C’était à Chavouot 5738 (1978). Le soleil brûlait de mille feux tandis que le Rabbi se dirigeait vers la bibliothèque. Au même moment, un petit garçon aperçut le Rabbi et, croyant reconnaître son père, courut spontanément vers lui. Il saisit la main du Rabbi et, sans la moindre gêne, essuya la sueur de son front avec le sirtouk du Rabbi.
Les passants furent horrifiés. Certains reprochèrent immédiatement à la mère de ne pas avoir empêché une telle familiarité.
La femme fut profondément bouleversée par ce qui s’était passé. Dès la fin de Yom Tov, elle écrivit au Rabbi pour lui présenter ses excuses et demander pardon pour l’attitude de son fils.
Quelques jours plus tard, après Chabbat Pin’has, la réponse du Rabbi arriva.
Avant même ses mots, le Rabbi avait annoté les excuses d’un point d’interrogation suivi d’un point d’exclamation, comme pour exprimer son étonnement devant l’idée même qu’il puisse y avoir ici matière à reproche.
Puis le Rabbi écrivit : « Bien au contraire, cela m’a procuré le plus grand des plaisirs ! La chaleur sincère, la simplicité et l’innocence d’un enfant sont inestimables. Si seulement les adultes en avaient une petite part ! »
Toute la vision du Rabbi sur l’enfance (et sur la vie) apparaît dans cette réponse. Là où les témoins avaient vu une maladresse ou un manque de respect, le Rabbi avait vu
l’expression d’une authenticité rare. L’enfant était entièrement sincère. Il s’était approché avec confiance, avec naturel, sans crainte ni artifice.
C’est aussi pour cette raison que le Rabbi consacra tant d’énergie aux enfants tout au long de sa vie. Il encourageait constamment leur éducation, leur participation active aux Mitsvot et leur rôle dans la vie juive.
Mais de surcroît, le Rabbi saisit l’anecdote avec cet enfant pour servir de source d’inspiration pour les adultes eux-mêmes : la grandeur ne réside pas uniquement dans la connaissance ou dans la maîtrise de soi. La pureté de cet enfant, sa sincérité absolue sont celles que chacun d’entre nous doit retrouver à l’intérieur de luimême.
Dans le service d’Hachem, l’authenticité n’est pas un luxe : c’est une exigence. Hachem nous demande une présence vraie, entière dans notre étude de la Torah et notre pratique des Mitsvot. Ce numéro de la Maison Juive propose une promenade à travers des thèmes qui semblent emprunter des chemins différents : de la réflexion à la prière, du récit biographique à la vie quotidienne, des éclairages de la ‘hassidout aux témoignages vivants. Pourtant, tous convergent vers une même intention : révéler l’œuvre magistrale du Rabbi, la profondeur de sa vision, et sa présence toujours vivante par laquelle il continue d’illuminer nos existences, dans notre manière de penser, de vivre et de transmettre.
K. Coen
LaLettre duRabbi
Traduction libre
Trouver des fautes chez ses parents
Les relations entre parents et enfants peuvent être parfois, compliquées. Face à une situation difficile, de nombreux individus sollicitent l’expertise de la psychologie contemporaine afin d’obtenir des réponses. Il arrive que ces praticiens orientent leurs clients jusqu’à attribuer la responsabilité de leurs échecs infantiles, et par voie de conséquence, de leurs difficultés actuelles, à leurs parents. Une telle approche engendre une distanciation et provoque l’aliénation des parents vis-à-vis de leurs enfants.
Quelle est l’approche de la Torah, telle qu’elle nous est enseignée par le Rabbi ? Celle de rapprocher parents et enfants en aidant ces derniers à découvrir toute l’affection et l’attention que les parents leur ont manifestées – en dépit de l’éventuelle imperfection de l’enfance. En complément, le Rabbi indique des recommandations pragmatiques visant à prévenir la survenue de conflits.
25 Éloul 5714
Brooklyn, NY
Je vous bénis et vous salue
Votre lettre de lundi de la parachah Nitsavim [m’] est parvenue.
Si vous estimez que la relation avec votre mère n’est pas ce qu’elle devrait être, vous devriez vous concentrer sur le tsaar guidoul banim (les douleurs de l’éducation des enfants) que ressentent les parents et tout particulièrement la mère, dans les circonstances de la grossesse et de la naissance, du soin porté aux enfants, de l’éducation, etc. Il sera alors plus aisé pour les enfants d’être maavir al midotav (surmonter leurs émotions) et contrôler leurs sentiments devant les erreurs qu’ils voient chez leurs parents, si on peut même considérer cela comme des erreurs. A plus forte raison si elles [les erreurs] sont imaginées ou exagérées.
Devant la prise de conscience du fait que l’esprit ne peut pas toujours contrôler le cœur, il serait recommandable que lors du temps avec ses parents, d’autres personnes soient présentes. Généralement, en présence d’étrangers, on évite d’entrer en conflit et on s’habitue naturellement à une relation de paix, d’amour et d’amitié.
En ce qui concerne le fait que vous écrivez que la yirat chamayim [la crainte de D.ieu] de votre mère est quelque peu déficiente, cela est inadéquat ; bien que vous devriez essayer, autant que possible, de l’influencer à faire le bien, vous n’empruntez pas la bonne démarche. Cela ne doit être accompli que par une approche empreinte de douceur.
Avec des bénédictions pour une ktiva ve’hatima tova, lechana tova oumetouka, à vous et à votre famille, qu’ils vivent.
La Si’ha
En cette période où nous célébrons la Hilloula du Rabbi, le 3 Tamouz, combien sommes-nous frappés par la similitude entre Moché Rabbénou et le Moché de notre génération, le Rabbi.
KORA’H
La dernière tentative de Moché
(Discours du Rabbi, Likouté Si’hot, tome 28, page 98)
La controverse de Kora’h et de son assemblée, contre Moché Rabbénou [notre Maître], se solda, comme on le sait, par la mort de Kora’h, de Datan et d’Aviram, qui furent engloutis par la terre. Au stade ultime de cette controverse, avant que la terre ne s’ouvre pour les avaler, le Saint béni soit-Il demanda à Moché Rabbénou, de mettre en garde tout le peuple : « Écartez-vous, tout autour des tentes de Kora’h, de Datan et d’Aviram » , afin que tous se tiennent à distance et s’éloignent1.
Que fit Moché Rabbénou lui-même, après avoir reçu cette injonction divine ? La Torah le relate : « Moché se leva et il se rendit chez Datan et Aviram. Et, les anciens d’Israël le suivirent ». A ce moment-là, les enfants d’Israël se trouvaient, en effet, près des tentes de Datan et d’Aviram. Moché Rabbénou arriva, sur ces entrefaites et il leur transmit l’injonction divine de s’éloigner de cet endroit.
1 En prononçant cette mise en garde, D.ieu scellait leur destin, aux yeux de tout Israël.
On peut, cependant, être surpris par ce qui vient d’être dit. Les termes du verset indiquent que Moché se rendit, en fait, chez Datan et Aviram2. Une question se pose donc : Pourquoi alla-t-il les voir précisément à ce moment-là ? 3 En effet, il avait déjà, au préalable, cherché à les conduire vers la Techouvah, mais ils lui avaient répondu avec effronterie. Et, s’il s’agissait pour lui de faire une dernière tentative de les convaincre avant l’application du verdict, pourquoi Moché se contenta-t-il de se rendre chez Datan et Aviram, sans même leur adresser une parole ?
Nous comprendrons tout cela avec le commentaire suivant de Rachi : « Moché se leva : il pensait qu’ils lui manifesteraient du respect ». En effet, le Saint Béni soit-Il avait demandé à Moché Rabbénou d’éloigner le peuple de Datan et d’Aviram. De ce fait, Moché lui-même ne pouvait plus s’adresser directement à eux, pour s’efforcer de les conduire à la Techouvah. S’il l’avait fait, il aurait enfreint l’injonction divine de s’écarter d’eux.
Concrètement, il ne restait que très peu de temps avant que la terre ne s’ouvre et les engloutisse4. Bien entendu, ils pouvaient encore parvenir à la Techouvah et Moché, qui était animé d’un immense amour pour chacun, voulait réellement sauver Kora’h et son assemblée, même à la dernière minute.
C’est la raison pour laquelle Moché se servit alors du dernier moyen qui restait encore à sa disposition :
« Moché se leva » et il se rendit chez eux, avec son apparence royale5. Le respect et la déférence inspirés par Moché, Rabbénou exerçaient une immense influence6. Les anciens qui le virent dans toute sa splendeur se joignirent à lui et ils le suivirent. Moché Rabbénou espérait que son apparition, dans toute sa gloire, permettrait, à elle seule, même s’il ne disait rien, que Kora’h, Datan et Aviram : « lui manifesteraient du respect » 7.
Néanmoins, Kora’h et son assemblée ne se repentirent pas et ils furent effectivement engloutis par la terre.
Tout ceci permet de prendre la mesure de l’immense amour du prochain qui animait Moché Rabbénou, le berger fidèle d’Israël. Après que la condamnation de ceux qui s’étaient dressés contre lui eut été prononcée, après que le Saint Béni soit-Il eut demandé de s’éloigner d’eux, il recherchait encore des moyens de les conduire à la Techouvah et de les préserver de la punition8.
Or, si Moché Rabbénou adopta une telle attitude, envers ceux qui s’étaient engagés dans la controverse et qui s’étaient révoltés contre le Saint Béni soit-Il, combien plus doit-on manifester de l’amour à ceux qui ne suivent pas la voie de la Torah, par manque de connaissance9, comme s’ils étaient des enfants capturés parmi les nations10. Il faut donc faire tout ce qui est nécessaire pour les motiver, les conduire à la téchouva et les sauver.
2 Et, il n’allait qu’accessoirement transmettre l’injonction divine de s’éloigner de leurs tentes. Son objectif premier était de se rendre chez Datan et Aviram eux-mêmes.
3 Après que D.ieu eut d’ores et déjà prononcé le verdict, à leur encontre.
4 Il fallait donc faire vite et trouver un moyen rapide de leur inspirer la Techouva
5 Dans le but de les impressionner, sans même avoir à leur parler.
6 Sur ceux qui le voyaient
7 Et, parviennent, de cette façon, à la Techouvah.
8 Qui était pourtant imminente.
9 Leur responsabilité n’est donc pas pleinement engagée.
10 On ne peut pas tenir rigueur à un enfant ravi à ses parents et éduqué par des étrangers jusqu’à son âge adulte, de ne pas connaître le Judaïsme et de ne pas le mettre en pratique
La genèse de la ‘Hassidout
LA VISITE DE L’ÉTRANGER
Au tournant du XVIIe siècle, dans une petite ville polonaise nommée Tloste, Reb Eliézer et son épouse Sarah servaient Hachem avec des cœurs purs. Ce couple ne pouvait se permettre d’acquérir une demeure en ville ; ils résidaient donc dans une cabane de fortune située au fond d’un large fossé.
Bien qu’Eliézer et Sarah n’aient pas d’enfants, leur foyer était constamment animé par la présence de visiteurs, souvent plus démunis qu’eux-mêmes. Un jour de Chabbat, alors que tous les Juifs de Tloste étaient réunis à la synagogue, un homme étrange fit irruption, manifestement marqué par un long voyage : ses vêtements poussiéreux, sa barbe hirsute et son sac porté sur le dos témoignaient qu’il n’observait manifestement pas les lois du Chabbat.
À cette époque, il n’existait pas de Juif séculier : tout individu ne respectant pas la hala’ha (les prescriptions de la Torah) était considéré comme apostat. Les habitants eurent pour réaction immédiate de repousser cet étranger qui s’approchait. Seul Eliézer prit l’initiative de se présenter et de l’inviter à partager son repas de Chabbat. Ignorant les murmures qui suivirent leur départ, ils rentrèrent ensemble à la maison.
Après la havdalah (prière de clôture du Chabbat), l’homme révéla son identité à Eliézer :
« Je suis Eliyahou Hanavi [le prophète Élie], déclara-t-il. Je suis venu ici pour vous éprouver. Une âme exceptionnelle va prochainement entrer dans ce monde ; elle introduira une nouvelle manière de servir Hachem, fondée sur l’ahavat Israël (amour du prochain juif). Toi et ton épouse avez réussi cette épreuve ; vous avez été choisis pour accueillir cette âme. »
Selon la tradition, Eliézer et Sarah avaient respectivement cent et quatre-vingt-dix ans - le même âge qu’Avraham Avinou et Sarah Iménou - lorsqu’ils devinrent parents. Le 18 Éloul 5458 (1698), l’âme du Baal Chem Tov pénétra ainsi dans ce monde.
L’enfant reçut le prénom Israël, homonyme désignant également le Peuple Juif lui-même. Un
individu évanoui peut être réveillé par l’appel direct de son nom, car ce dernier touche son essence , elle, toujours éveillée. Par le même biais, la naissance du Baal Chem Tov marqua le moment où le Peuple Juif devait sortir d’un coma spirituel ; sa venue fut comparable au murmure divin à l’oreille du Peuple Juif de son propre nom.
Quant à la modeste cabane au fond du fossé évoquée précédemment, plusieurs années plus tard, le Baal Chem Tov signera sous le nom « Reb Yisraël Baal Chem Tov, originaire de la cabane », faisant référence non pas à un lieu géographique, mais à ses humbles origines.
L’ÉNERGIE POTENTIELLE SACRÉE
Le Baal Chem Tov naquit doté d’un don singulier que nous pouvons qualifier, faute d’un terme plus adéquat, de force ou d’énergie potentielle unique. Il reçut ainsi la ‘Hassidout dans sa forme brute et embryonnaire, avec pour mission de faire émerger une idéologie concrète et accessible.
Cette perspective permet d’appréhender toute la Torah et la vie juive : Moché Rabénou reçut au Sinaï un pouvoir immense en transmettant la Torah écrite et la Torah orale ; il transforma cette énergie potentielle en un savoir applicable et fonctionnel qui nourrit spirituellement chaque génération juive à travers l’interprétation des textes sacrés afin d’en extraire des lois concrètes, empreintes de sainteté et donnant de la vigueur à notre vie.
Des figures majeures telles que Rabbi Chimon Bar Yo’haï, le Arizal, le Rambam ou Rabbi Akiva ont chacune ouvert des perspectives jusque-là insoupçonnées sur la Torah. Selon le Midrach, le Machia’h enseignera une « nouvelle Torah »non pas un nouveau texte, mais une dimension révolutionnaire intégrée à celle existante.
Comme ces grands maîtres avant lui, le Baal Chem Tov considérait que ce don ne lui avait pas été accordé pour son propre bénéfice personnel, mais bien pour celui du monde entier ; il devait assurer que cette énergie perdure au-delà même de sa vie terrestre.
Rav Y. Paltiel
Ces tsaddikim ne mesuraient pas leur réussite à leur degré personnel de sainteté ou de proximité divine - chose qu’ils estimaient aisée -, mais plutôt à la pérennité et à l’étendue des enseignements transmis.
Ainsi, toute sa vie fut consacrée à semer les graines destinées à croître en arbres durables, portant leurs fruits spirituels longtemps après lui : chaque personne touchée renforçait davantage les racines profondes de la ‘Hassidout, qui survécurent aux guerres, aux révolutions et aux pogroms, jusqu’à notre époque contemporaine, où nous récoltons encore ces précieux fruits.
QU’EST-CE QUE LA ‘HASSIDOUT ?
De nombreux essais complexes tentent d’élucider philosophiquement ce concept ; néanmoins, celui-ci peut se résumer simplement par une phrase transmise par Reb Eliézer à son fils peu avant sa mort :
« Yisrolik (petit Israël), ne crains rien hormis D.ieu Lui-même ; aime chaque Juif de toute ton âme. »
Cette double injonction constitue les deux piliers fondamentaux - théologique et émotionnel - sur lesquels repose la ‘Hassidout.
Le fondement théologique est l’a’hdout Hachem (l’Unicité divine), exprimant, en bref, qu’il n’existe rien en dehors de D.ieu : tout est certes Sa création, mais surtout tout est intrinsèquement D.ieu Lui-même ; cela aboutit à la notion d’hachga’ha pratit (Providence divine). Dès lors, aucun obstacle rencontré ne doit susciter d’autre peur que celle envers D.ieu Lui-même. Sur le plan émotionnel, on rencontre l’ahavat Israël - amour fraternel inconditionnel envers chaque Juif possédant une âme pure, digne d’un amour authentique -, notion révolutionnaire dans un contexte historique marqué par une hiérarchie rigide marginalisant nombre des siens.
La ‘Hassidout dévoile ainsi que la Yiddichkeit (la vie juive) ne se réduit ni au Judaïsme institutionnel ni aux mitsvot elles-mêmes, mais concerne essentiellement chaque individu accomplissant
ces mitsvot ; il s’agit moins de rendre ce monde plus divin que d’y révéler la Présence divine déjà latente partout, y compris chez chaque Juif.
LA CLÉ DE LA ‘HASSIDOUT
Les Chiv’hé HaBaal Chem Tov constituent un ouvrage rédigé par quelqu’un ayant connu personnellement le Baal Chem Tov. Ils sont considérés comme la principale source biographique authentique relatant sa vie.
On y apprend notamment que celui-ci recherchait ardemment la clé permettant d’accéder pleinement à l’essence profonde de la ‘Hassidout.
Recourant aux divers moyens mystiques disponibles dans les sphères célestes auxquelles il s’adressait afin d’obtenir une réponse quant au lieu où trouver cette clé, il apprit que celle-ci était détenue par le Samé’h Mem (abréviation désignant Samaël : le yetser hara maléfique incarné, également appelé mala’h hamavet), incarnation suprême du mal responsable des maux terrestres.
Le Baal Chem Tov intercéda alors dans les cieux et fit descendre le Samé’h Mem parmi les hommes. Il apparut sous la forme physique d’un grand chien noir, menaçant, frappant furieusement contre la fenêtre extérieure de sa cabane.
Le Baal Chem Tov exigea : « Donne-moi la clé de la ‘Hassidout ! »
Le Samé’h Mem enragea : « Je ne suis venu sur terre que deux fois ! Quand Adam et ‘Hava ont consommé le fruit interdit et lors de la destruction du Second Beth Hamikdach [ou, selon une autre tradition, lors de la destruction des deux Temples]. Comment oses-tu me faire venir maintenant ? »
Peu d’individus auraient pu résister au tourbillon de fureur que le Samé’h Mem déchaîna contre le Baal Chem Tov. De nombreux grands tsaddikim l’ayant approché se trouvèrent précipités dans les profondeurs de l’obscurité.
Mais le Baal Chem Tov demeura ferme, déclarant courageusement : « Je ne crains rien hormis D.ieu Lui-même », conformément aux enseigne-
ments paternels transmis durant son enfance. En refusant de succomber à la peur du Samé’h Mem et en niant son existence même en tant qu’entité distincte de Hachem, le Baal Chem Tov lui ôta toute puissance. Le chien périt, l’esprit du Samé’h Mem regagna sa demeure suprême, et le Baal Chem Tov détint enfin la clé de la ‘Hassidout.
LA MAGIE DU BAAL CHEM TOV
Il est largement reconnu qu’un nombre important de disciples, des gens simples pour la plupart, affluaient vers le Baal Chem Tov, cherchant à bénéficier directement de sa sainteté mani-
d’un corpus académique dense. Ses enseignements paraissaient parfois si subtils qu’on n’en percevait pas immédiatement la profondeur. Ils ressemblaient à des récits féeriques.
Il forma ainsi un cercle restreint composé d’environ soixante grands érudits, géants capables de recevoir pleinement ses doctrines puis de les transmettre progressivement à d’autres groupes restreints, et ainsi de suite.
Pour les dizaines de milliers de fidèles simples, le Baal Chem Tov revêtit cet enseignement abstrait de formes tangibles et accessibles : une bra’ha (bénédiction), un sourire, un niggoun (chant), une histoire et de très nombreux miracles.
feste ou à assister à l’un de ses miracles.
Moins connu, toutefois, est le fait que des érudits renommés, de grands maîtres talmudistes ou kabbalistes, se rendaient également chez le Baal Chem Tov afin d’étudier les enseignements profonds du Maître.
Le Baal Chem Tov sut transmettre efficacement la force de la ‘Hassidout, de façon adaptée à chaque individu. Pour les intellectuels érudits, il traduisit cette énergie brute sous la forme
Enfin, l’outil majeur forgé durablement, contribuant à immortaliser la ‘Hassidout, fut l’idée du voyage chez le Tsaddik. En axant la ‘Hassidout sur la relation entre le fidèle ordinaire et le Maître saint, entre le ‘hassid et le Rabbi, le Baal Chem Tov garantit que les Juifs des générations futures continueraient à rechercher des guides éclairés capables de les réchauffer intérieurement et de les reconnecter à leur essence. Pour conclure, le fait que notre étude de la ‘Hassidout perdure aujourd’hui même démontre irréfutablement la réussite éclatante de la mission sacrée confiée originellement au Baal Chem Tov.
Devant l’immoralité de ses habitants, D.ieu envoie un Déluge sur terre qui engloutit tout. Au bout de quarante jours, les pluies diluviennes cessent et, à mesure que les eaux du Déluge se retirent, Noa’h (Noé) ouvre la fenêtre de l’arche (dans laquelle sa famille et des espèces de chaque animal s’étaient réfugiées pour pouvoir plus tard reproduire l’humanité) et libère un corbeau (orèv), lequel « allait et revenait jusqu’à ce que les eaux se desséchassent de sur la terre » (Beréchit 8 : 7). Il semblerait que le corbeau ait accompli sa mission avec efficacité, ce qui aurait pu conclure le récit à cet instant. Toutefois, le texte décrit un processus prolongé au cours duquel Noa’h envoie une colombe (yonah), à trois reprises, afin de vérifier si les eaux se sont suffisamment retirées de la surface terrestre. Lors de la première tentative, la colombe revient à l’arche, faute d’avoir trouvé un lieu où se poser, car la terre demeure encore submergée. La seconde fois, elle revient portant une feuille d’olivier arrachée, signe manifeste d’un recul notable des eaux. Sept jours plus tard, Noa’h renvoie la colombe une troisième fois; celle-ci ne revient plus. Enfin, la colombe a trouvé un espace habitable : la terre redevient propice à la vie.
Cette dualité dans l’envoi des oiseaux suscite plusieurs interrogations : pourquoi recourir à deux espèces distinctes - un corbeau puis
Le corbeau & la colombe
Rav Simon Jacobson
une colombe - et pourquoi envoyer d’abord le corbeau puis la colombe ?
Le corbeau est historiquement associé à une image négative. En raison de son plumage noirâtre, de son cri rauque et de son régime alimentaire composé principalement de charognes, il est perçu comme un oiseau peu bienveillant. Le Psaume 147 évoque la miséricorde divine nourrissant toutes les créatures, y compris « les petits du corbeau qui crient » ; cette mention spécifique souligne que les corbeaux ne prennent pas soin de leurs petits comme le font d’autres espèces aviaires (Midrach Tan’houma Ékev 3), ce qui contribue également à leur classification comme oiseaux non cacher selon la tradition juive.
Cette perception s’est perpétuée dans la culture occidentale moderne. Ainsi, un groupe particulier de ces oiseaux a acquis une réputation notoire en résidant autour de la Tour de Londres - lieu chargé d’une histoire funeste marquée par des décapitations royales sanglantes - où ils représentent aujourd’hui encore une menace symbolique pour les visiteurs imprudents.
À l’opposé, la colombe incarne des valeurs telles que la tendresse, la loyauté et la bonté. L’image emblématique de la colombe portant un rameau d’olivier résonne profondément
dans la conscience collective. Le Cantique des Cantiques compare fréquemment l’épouse idéale à cette même colombe. Les Sages rabbiniques louent sa fidélité singulière envers son partenaire, qualité exceptionnelle dans le règne animal (Midrach Rabah Chir Hachirim).
Non seulement cet oiseau est cacher, mais il est également celui choisi par la Torah pour être offert au Beth Hamikdach, le Saint Temple, en tant qu’offrande divine.
D’après la Kabbale et la ‘Hassidout, le corbeau symbolise l’attribut de gvourah - soit la rigueur, la force et la sévérité - tandis que la colombe incarne le ‘hessed : la bonté, la douceur et l’empathie.
La compréhension approfondie du récit de l’histoire de Noa’h s’éclaire ainsi par cette opposition entre le corbeau et la colombe. Initialement, Noa’h semble considérer qu’après le Déluge, l’attitude appropriée doit être celle du corbeau : dureté et intransigeance sont nécessaires face aux conséquences désastreuses provoquées par l’arrogance humaine issue d’une indulgence excessive. Selon lui, il faut reconstruire un nouvel ordre fondé sur la discipline stricte et le jugement sévère afin d’éviter toute rechute vers le chaos primordial.
Ce paradigme trouve un écho dans nos expériences personnelles ; ceux qui ont traversé leur propre « déluge » adoptent souvent instinctivement une posture « de corbeau », développant une rude armure émotionnelle, voire un cynisme protecteur, pour éviter toute nouvelle blessure affective.
Pourtant, Noa’h découvre rapidement que cette posture seule ne suffit pas à rebâtir véritablement un monde viable. Le rôle du corbeau reste périphérique : il circonscrit l’amour en imposant les limites nécessaires à toute vulnérabilité, tout en veillant sur ce nouveau monde contre toute forme d’affection susceptible de devenir destructrice. Mais c’est bien la colombe qui doit guider concrètement ce processus restaurateur ; c’est elle qui incarne
les forces motrices essentielles que sont l’amour, la loyauté et la compassion.
Chacun connaît ses propres désillusions, dues tantôt aux agissements humains, tantôt aux aléas du destin ; certains ont été trahis par ceux-là mêmes censés veiller sur eux. Il n’est donc pas surprenant qu’ils aient adopté une attitude défensive analogue au « comportement du corbeau »,comme ce fut aussi le cas de Noa’h lui-même. Cependant, l’âme humaine possède une capacité supérieure : ne pas laisser la souffrance ni la douleur la priver de son énergie fondamentale : sa faculté d’aimer.
` Le Déluge moderne
Au cours des sept dernières décennies, le Peuple Juif tente laborieusement de se relever après avoir subi un déchaînement comparable à un déluge ayant anéanti près d’un tiers de sa communauté : environ un million cinq cent mille enfants furent envoyés vers les chambres à gaz sans réaction significative extérieure.
Il est compréhensible que ces événements aient engendré une amertume profonde, une méfiance intense ainsi qu’une douleur indicible chez nombre d’individus qui auraient pu aisément devenir des « corbeaux »,projetant de la haine et du cynisme envers leurs descendants. Toutefois, inspirés par l’exemple de Noa’h, ils ont préféré incarner plutôt « la colombe » : majoritairement, ces survivants ont construit des familles prodiguant amour, confiance et espoir.
Nous témoignons tous combien nos parents ou nos grands-parents ont prodigué les meilleurs efforts possibles pour protéger leurs proches, tout en leur offrant la chance de célébrer pleinement l’existence humaine - seronsnous jamais capables de leur témoigner une gratitude suffisante ?
Cela ne pourra advenir que si nous-mêmes - les générations successives - demeurons guidés par cette figure symbolique qu’est « la colombe »,transmettant autour de nous l’amour, la confiance, l’espérance et la loyauté.
Témoignage S. Cohen
Beaucoup auront déjà entendu ou lu une histoire similaire.
Mais cette histoire, c’est mon histoire, la mienne et celle du Rabbi, et c’est pour cela qu’aujourd’hui je la raconte. Il n’y a pas de moment plus approprié que le jour de Guimel Tamouz [date anniversaire du départ du Rabbi] pour évoquer l’impact que l’on peut avoir sur la vie d’autrui lorsqu’on choisit d’être « le bras du Rabbi ».
J’ai grandi dans une famille pleine d’amour et de vitalité, mais qui manquait cruellement de Torah et de connaissance du judaïsme. Nos préoccupations étaient bien éloignées de celles que l’on pourrait attendre d’une famille juive ; nous traversions un véritable vide spirituel, tout en ignorant la chance que nous avions d’avoir la Torah et les mitsvot.
Malgré ce fossé qui nous séparait du monde juif pratiquant, le Rabbi était présent dans nos vies. Nous le « rencontrions » de temps à autre, lors de fêtes chez la meilleure amie de ma mère, Tata Deborah, très attachée au Rabbi, qui nous transmettait ses enseignements. Il arrivait aussi que, grâce à des amis, ma mère soit littéralement entraînée à des cours de Torah - et moi avec elle, lorsque j’étais enfant - dans une école qui se trouvait être un édifice du Rabbi que je fréquenterais plus tard, en tant que femme mariée. Pour ma part, j’observais silencieusement cette figure royale et paternelle à la fois, plongeant mon regard dans ces photos accrochées au mur, attirée par ces yeux bleus perçants qui semblaient toujours me sourire, comme si nous nous connaissions et qu’il m’attendait.
Lorsque j’eus 10 ans, un évènement bouleversa
notre vie tranquille et nous amena à déménager dans le 20e arrondissement de Paris. Nous avons alors découvert Belleville, un quartier empreint de Torah, de folklore et d’amour. Synagogues, restaurants et commerces cacher, mais surtout une école juive, composaient ce nouvel environnement, offrant tout ce qu’il fallait pour nourrir mon besoin naissant de judaïsme.
Après avoir supplié ma mère de m’inscrire dans cette école, j’eus la chance de découvrir un nouveau monde, un univers infini de connaissances et de pratiques dont j’ignorais jusqu’alors l’existence.
Tsniout, Cacherout, Chabbat : tant de commandements à comprendre et à mettre en pratique. Tout au long de ce processus, le Rabbi était présent, à travers certaines de mes professeures qui étaient de ferventes ‘hassidot et qui m’encourageaient, en m’expliquant la profondeur et le sens de toutes ces choses auxquelles je m’engageais.
Au fur et à mesure de mon évolution, je sentais sa présence se renforcer, mais c’est l’année de mes 15 ans que j’eus la chance de recevoir mon premier message clair du Rabbi, durant un rêve.
Ce rêve se passe dans la salle des fêtes de l’école Beth Hanna, où une grande réception se préparait. J’étais seule et un peu perdue dans toute cette excitation lorsque je vis une porte presque cachée que j’ouvris. C’est là que j’aperçus le visage radieux du Rabbi, assis derrière un bureau, avec Rav Chmouel Azimov debout à ses côtés. À ce moment, mon émotion fut très particulière, car j’étais soulagée de pouvoir enfin le voir.
Avec un sourire lumineux, il me dit : « Il faut te dépêcher, tu sais, car tu dois leur dire de tout préparer pour Machia’h. »
Je le regardai, stupéfaite, et lui répondis : « Mais Rabbi, ils ne m’écouteront pas ! Il y a tellement de bruit ! »
Il me rassura alors en affirmant : « Tu dois y aller et leur dire que Machia’h arrive, que j’arrive aus-
si et qu’ils doivent tout préparer ! »
Je sortis du bureau en courant pour pouvoir exécuter la demande du Rabbi, mais la salle était déjà vide et les lumières éteintes.
À mon réveil, j’avais compris le message du Rabbi : il attendait quelque chose de moi, que je mette tout en œuvre afin de déclencher la Délivrance véritable.
Depuis cette nuit de mes 15 ans, j’eus la chance d’avoir ce que j’aime appeler une ligne directe avec le Rabbi. En effet, lorsque j’ai un souci important, il me montre toujours le chemin d’une façon claire, ne laissant aucune place au doute. Et avec les années, la maturité et surtout la ‘hassidout, qui a pris une très grande place dans ma vie, je découvris finalement que tout était prévu…
À bientôt 34 ans, j’ai la chance d’avoir bâti avec mon mari un foyer juif ‘hassidique, basé sur la Torah et ses mitsvot ainsi que sur les enseignements du Rabbi. J’ai également le mérite de transmettre à des femmes et des jeunes filles les paroles du Rabbi et de la ‘hassidout, à travers des interventions ou des cours que je donne, et j’ai la fierté et l’honneur d’avoir des enfants qui étudient la Torah d’Hakadoch Barou’h Hou toute la journée.
Tout ceci grâce aux émissaires, aux professeurs ‘Habad et aux ‘hassidot qui ont accompagné mon adolescence et ma vie de jeune femme. Ces personnes, sans le savoir, ont toutes apporté leur pierre à mon édifice, car elles ont fait le choix d’être des « partenaires » du Rabbi.
Tous les Juifs sont aimés et chéris du Roch Bené Israël (en hébreu, les trois premières lettres forment le mot Rabbi), donc nous devons saisir chaque opportunité pour être le « partenaire » de ce leader en révélant la parcelle divine présente chez l’autre. Alors Guimel Tamouz ne sera plus un jour de Hilloula, mais un jour de joie, car nous serons avec le Rabbi dans le troisième Temple, à Jérusalem. Amen.
éducation Élever les enfants qui nous défient
LE DON DE LES LAISSER S’EXPRIMER
J’ai entendu Rav Shimon Russell, un thérapeute très connu, relater publiquement une anecdote le concernant.
L’une de ses filles était extrêmement difficile. Vraiment très difficile.
[Elle s’était écartée du chemin dans lequel elle avait été élevée.]
Il est allé, un jour, lui rendre visite en Israël et ils se sont rendus quelque part en voiture.
La façon dont elle était habillée, la façon dont elle parlait, la façon dont elle se comportait… tout cela était très douloureux pour lui.
Et pendant tout le trajet, il souffrait énormément.
Il ressentait beaucoup de culpabilité intérieure, de honte, il se faisait des reproches… mais surtout il éprouvait de la douleur.
Et aussi de la colère.
De la colère contre ce qu’elle lui faisait à lui, à sa femme et à toute la famille.
Ces situations ne sont pas faciles.
Le voyage était tellement pénible qu’à un moment il a senti qu’il avait besoin d’une pause.
Alors il a arrêté la voiture - peut-être pour prendre de l’essence, ou pour une autre raison, peu importe - simplement pour aller respirer, se dégager un peu, pour ne pas étouffer.
Il est sorti de la voiture.
C’était un endroit typique d’Israël : de grands paysages ouverts, de la nature, des forêts.
Il s’est un peu enfoncé dans la nature.
Et là… il s’est effondré en pleurs.
Il sanglotait.
Et il s’est tourné vers D.ieu et a crié :
« Je n’en peux plus.
Ribono chel Olam [Maître du monde], qu’est-ce que Tu veux de moi ?
Je ne peux plus gérer ça.
Je suis un être humain.
J’ai des limites. Je ne suis pas infini. Je ne suis pas un ange.
Elle me brise. Elle est en train de me détruire. »
Il est dit que souvent, quand on s’effondre… quelque chose se produit.
Quand l’ego se brise, on s’ouvre à nous-mêmes…
Et soudain, il a eu une révélation intérieure.
Une pensée a surgi :
« Mais ! … c’est une opportunité incroyable. Mon rôle est de montrer à ma fille que mon amour est plus fort que sa rébellion.
Ma fille ! Mon amour sera toujours plus fort que ta rébellion.
Mon amour ne dépendra pas de ton itinéraire.
Car si mon amour dépend de ton comportement, cela veut dire que ta rébellion est plus forte que mon amour.
Donc c’est l’inverse :
Mon amour sera toujours plus fort que ta rébellion.
Et cela signifie que l’amour finira par vaincre la rébellion et non que la rébellion détruira l’amour. »
Il a alors pensé :
« Plus ma fille est rebelle, plus j’ai l’occasion de découvrir un amour encore plus profond. »
Quel cadeau extraordinaire je viens de recevoir ! »
Qui reçoit un tel cadeau ?
Tout le monde reçoit le cadeau d’aimer un enfant qui se comporte bien.
Mais moi, j’ai reçu le cadeau de pouvoir montrer combien je l’aime vraiment, même quand cela n’a aucun sens - même quand elle est rebelle.
Et plus elle est rebelle, plus le cadeau est grand.
Parce que je peux lui montrer que mon amour est plus puissant que sa rébellion.
« À partir de ce moment-là, tout a changé. »
Il est retourné à la voiture comme une autre personne.
Complètement différent.
La dynamique entière avait changé.
Pour illustrer ses propos, il a donné l’exemple suivant :
« C’est comme lorsqu’on est sur un tapis de course à la salle de sport.
Votre entraîneur vous dit :
« Allez plus vite. Prenez des poids plus lourds. »
Vous pourriez croire qu’il vous torture.
Mais non - ces poids sont là pour construire vos muscles.
Rav Shimon ajouta :
« C’est ça le sens de midat ha-gvoula / limitation : nous avons des limites, des murs.
« Moi je commence ici, je finis ici. »
Et l’autre personne vient percer ces murs.
Et ça fait très mal.
Mais il existe une autre dimension.
Dans une prophétie sur le Machia’h, il est dit que Jérusalem sera sans murailles.
Quand on est vulnérable et effrayé, on a besoin de murs.
Mais quand on n’a plus peur, on peut vivre sans murs. »
Ainsi, quand ce père s’est complètement effondré en pleurs…il est devenu un réceptacle pour une expérience différente.
À partir de ce moment, sa dignité ne dépendait plus de sa fille.
Auparavant la rébellion de son enfant lui criait :
« Tu es un père raté. »
« Tu ne me donnes pas de fierté. »
Et il poursuivit :
« Quel mauvais père je suis … quel mauvais mari… quel mauvais Juif… »
Rav Y.Y. Jacobson
Il raconta qu’il vivait à Lakewood où il était un Juif respecté, un ben Torah [érudit]… et la situation était extrêmement humiliante pour lui.
Il avait consacré sa vie à la Torah, à élever ses enfants…et tout semblait détruit.
Et il affirma qu’il fallait avoir de l’empathie pour un père dans cette situation.
Ce n’était pas un monstre.
Ce n’était pas un père abusif.
C’était un bon père qui aimait profondément sa fille.
Mais il l’aimait dans le cadre intérieur que luimême s’était tracé.
Et c’est là la subtilité :
Il avait besoin qu’elle valide son identité.
Et elle faisait exactement l’inverse.
Alors il a dit à D.ieu :
« Je ne peux plus faire ça. »
Et D.ieu lui a répondu :
« Tu n’as plus besoin de le faire.
Laisse-Moi le faire.
Laisse-Moi M’en occuper.
Toi, sois simplement un canal.
Je vais l’aimer.
Je vais prendre soin d’elle.
Je vais être là pour elle.
Toi, sois juste un canal. »
Et à ce moment-là, dit-il, il est comme né de nouveau.
Les enfants ressentent tout.
On ne peut pas apprendre cela par un simple discours.
On ne peut pas briser l’ego avec une conférence.
C’est une expérience intérieure.
Les enfants ressentent cela immédiatement.
En une seconde.
Ils sentent tout de suite :
Ils sentent notre subconscient avant même que nous-mêmes ne le sentions.
Ils ont une sorte de roua’h hakodech [esprit prophétique].
Un enfant ressent les humeurs de ses parents sans qu’on lui dise un mot.
Parce qu’un enfant vient de l’essence même de ses parents.
Et souvent les enfants ressentent leurs parents plus profondément que les parents eux-mêmes.
L’AMOUR VÉRITABLE
Rav Shimon explique :
Avant, sa fille servait à lui prouver qu’il était un bon père.
Mais un vrai père n’a pas besoin de son enfant pour se sentir bien.
C’est, paradoxalement quand on n’a plus besoin de l’autre qu’on peut lui donner beaucoup plus. Mais cela doit être authentique. Pas un calcul :
« Je vais l’aimer sans condition pour qu’elle change. »
Les enfants sentent immédiatement si c’est un calcul.
Il faut vraiment lâcher prise.
Et cela s’applique aussi au mariage.
On dit souvent que le mari est le machpia (celui qui donne) et la femme le mekabel (celle qui reçoit).
Mais ce n’est pas si simple.
Un vrai machpia est quelqu’un qui donne sans dépendre de l’autre.
Quand un homme atteint cet état intérieur, toute la dynamique du couple change.
Si la femme sent qu’il a besoin d’elle pour se sentir complet, elle ne pourra jamais être pleinement épouse.
Elle devient comme une petite mère.
Et beaucoup d’hommes cherchent inconsciemment une mère plutôt qu’une épouse.
Les femmes sentent cela immédiatement.
Mais être mekabel n’est pas non plus facile.
Recevoir demande aussi une grande ouverture et beaucoup de confiance.
L’amour au-delà des limites.
Tout cela revient au même point :
Ce n’est qu’en dépassant ses limites person-
nelles (midot de-gvoula / limites de l’ego) que l’on peut découvrir un amour qui ne dépend pas du comportement de l’autre.
Beaucoup de parents disent :
« Mais je veux cela pour le bien de mes enfants, pas pour moi. »
C’est vrai… mais souvent il y a aussi quelque chose de très subtil pour soi parce que nous pensons savoir ce qu’est une bonne vie.
UNE AUTRE HISTOIRE
Un vendredi soir, Rabbi Shimon était très malheureux, anxieux et en colère.
Finalement, il termina le repas de Chabbat et monta se coucher.
Dans le couloir, sa fille sortait de sa chambre.
Ils se croisèrent.
Il ne dit rien, pour éviter un conflit.
Elle le regarda et lui dit :
« Papa, ce Judaïsme auquel tu tiens tellement…
ça n’a pas l’air de te rendre heureux.
Tu as l’air de tellement souffrir ! »
Et elle continua son chemin.
Il avoue :
« À ce moment-là, elle a fait de moi un Baal Techouva [repentant]. »
Parce qu’il s’est rendu compte que si son Chabbat dépendait du comportement de ses enfants…il n’était donc pas vraiment en relation avec D.ieu.
Et Chabbat devenait une source de misère.
Il s’est alors demandé :
« Qu’est-ce que le Judaïsme ?
Est-ce juste le fait d’avoir une belle table de Chabbat avec des enfants parfaits qui chantent des zemirot [chants de Chabbat] ?
Ou bien est-ce quelque chose de beaucoup plus profond ?
Et il reconnaît :
« Ce moment a complètement changé ma relation avec D.ieu. »
LA VRAIE QUESTION
Et aussi :
Le vrai changement est de passer de la question :
« Qu’est-ce que les autres peuvent faire pour moi ? »
à la question :
« Qu’est-ce que moi je peux faire pour eux ? »
« Qu’est-ce que moi je peux faire pour D.ieu et pour Son monde ? »
Quand on découvre cette dimension intérieurequi dépasse l’ego - alors, l’amour devient infini.
éducation
Conseils précieux
Rav Hadakov
Rav Haïm Mordékhaï Aïzik Hadakov ל״צז (1902 – 1993) fut le chef de cabinet du secrétariat du Rabbi de Loubavitch pendant plus de 40 ans.
Personnalité centrale du mouvement ‘Habad, il fut également président de l’Agoudat ‘Hassidei ‘Habad et joua un rôle majeur dans le développement des institutions du Rabbi à travers le monde.
Reconnu comme un éducateur exceptionnel, il consacra une grande partie de sa vie au domaine du ‘Hinoukh, guidant enseignants, parents et directeurs d’écoles avec une approche à la fois exigeante, profonde et empreinte de sensibilité.
L’ouvrage « Hinoukh Véhamé’hanékh » rassemble de précieux conseils d’éducation, devenus une référence pour de nombreuses familles et éducateurs.
Nous partagerons ici quelques enseignements et réflexions tirés de cet ouvrage
Une punition ne doit jamais être donnée sous l’effet de la colère ou par esprit de vengeance. Pour qu’elle soit constructive et éducative, l’enfant doit sentir qu’elle est donnée avec amour, par souci de son bien et de son avenir.
C’est pourquoi il est essentiel de lui expliquer clairement la raison de la sanction.
Si la punition consiste, par exemple, à apprendre un texte par cœur, celui-ci doit être
en lien avec la faute commise, afin de donner du sens à la démarche.
Il est de notre responsabilité de réfléchir avant de punir. Les enfants grandissent vite… et un jour, ils deviendront eux-mêmes parents. La qualité de leur relation avec leurs propres enfants dépendra en grande partie de la patience et de l’exemple que nous leur aurons transmis.
Sanction physique
Autrefois, il arrivait que des éducateurs aient recours à des sanctions physiques pour corriger un enfant. Aujourd’hui, une telle pratique est totalement proscrite.
Au-delà du fait que cela soit strictement interdit, l’expérience a clairement montré que frapper un enfant est non seulement inefficace, mais profondément néfaste. Loin d’éduquer, cela peut entraîner des conséquences graves, tant sur le plan émotionnel que sur le développement de l’enfant.
De plus, lorsqu’un adulte agit sous l’effet de la colère, il dépasse une limite fondamentale : celle du respect de l’intégrité de l’autre. L’éducation ne peut se construire que dans un cadre de respect, de maîtrise de soi et de responsabilité.
Pression positive
La « pression » peut être un outil constructif en éducation, à condition qu’elle soit toujours portée par l’amour et la bienveillance.
Pour mieux comprendre, prenons l’exemple de deux amis : si l’un marche accidentellement sur le pied de l’autre, cela ne pose généralement pas de problème. En revanche, s’il existe une tension entre eux, ce même geste peut
être perçu comme une provocation.
Il en va de même en éducation : lorsque l’enfant se sent aimé et respecté, il peut accepter une certaine exigence. Mais sans ce lien, la pression devient vite pesante et contre-productive.
Plus l’exigence est élevée, plus elle doit s’accompagner d’un amour sincère et visible.
Comment faire un reproche ?
Réprimander un ami est une obligation de la Torah : « Ho’hah to’hia’h » (Kédochim 19, 17). Cependant, cela doit se faire selon les principes de la Torah, comme l’explique le Choul’han Aroukh, c’est-à-dire sans jamais
transgresser l’interdit de faire honte à autrui. Faire un reproche ne signifie pas faire la morale, se moquer, ni harceler.
La meilleure manière de reprendre quelqu’un
Punir avec bonté
est avant tout de montrer l’exemple, en appliquant soi-même ce que l’on attend de l’autre.
C’est ainsi que l’enfant — ou l’ami — pourra véritablement intégrer et faire sienne la leçon.
Les pleurs
Lors d’une réprimande — adressée bien sûr avec douceur et pédagogie — il peut arriver que l’enfant pleure. Cela peut être le signe qu’il prend conscience de sa mauvaise conduite et qu’il en éprouve du regret.
Cependant, le but n’est jamais de faire pleurer. L’essentiel est que l’enfant comprenne, se sente accompagné et reparte grandi, dans un climat de respect et de bienveillance.
« Je suis occupé »
Il nous arrive souvent de répondre à un enfant qui nous sollicite : « Je n’ai pas le temps. »
Cette réaction, bien que compréhensible, est à éviter autant que possible, car elle peut être néfaste pour l’enfant. Elle risque de lui donner le sentiment qu’il n’est pas important ou que sa demande ne compte pas.
Même lorsque nous sommes réellement occupés, il est préférable de lui accorder un instant d’attention, ou de lui dire avec bienveillance quand nous serons disponibles pour lui répondre.
Ainsi, l’enfant se sent écouté, respecté et valorisé.
Regard positif
Il faut regarder chaque enfant comme s’il était un grand Tsadik. Même Moché Rabbénou a d’abord été un simple enfant juif, avant de devenir Moché, notre Maître.
Chaque enfant porte en lui un potentiel im-
mense. Le regard que nous posons sur lui peut révéler ce qu’il deviendra.
Le résultat est, en grande partie, entre nos mains.
Voir et entendre
Une grande partie de l’éducation dépend de ce que l’enfant voit et entend. Il apprend bien davantage de ce qu’il observe — et qui lui sert de modèle — que de ce qu’on lui enseigne par les mots.
C’est pourquoi l’exemple personnel est l’outil éducatif le plus puissant.
Outils pour la vie
A Roch ʼHodech Iyar 5736, il y a cinquante ans cette année, le Rabbi présenta six Psoukim (versets) fondamentaux pour le ʼhinouʼh (l’éducation) juive : deux du Tana’h, deux de nos Sages, deux du Tanya. Lors de la parade de Lag BaOmer la même année, il en ajouta six autres selon le même schéma. Ces douze versets, soigneusement structurés, sont des outils essentiels pour accompagner chaque étape du développement de l’enfant jusqu’à l’âge adulte.
1 Torah Tsiva : l’identité
« La Torah que Moché nous a enseignée est l’héritage de l’assemblée de Yaakov. »
(Devarim 33:4)
Dès la naissance, le bébé est plongé dans les versets de la Torah. Ce premier passouk enseigne que la Torah est notre héritage (morachah). Contrairement à un achat ou à un cadeau, un héritage n’a pas de limites et ne peut être retiré. La Torah définit notre identité juive dès les premières heures de la vie.
2 Chéma : la sécurité
« Écoute Israël, Hachem est notre D.ieu, Hachem est Un. » (Devarim 6:4)
À l’âge d’un ou deux ans, l’enfant explore le monde et peut ressentir de l’anxiété. Le Ché-
ma lui inculque la conscience qu’Hachem est présent en tout lieu et en toute direction,
lui donnant la sécurité intérieure pour explorer librement : « Je peux devenir indépendant
puisqu’Hachem est toujours avec moi. »
3 BeʼHol : l’initiative
« Dans chaque génération, une personne doit se considérer comme sortie d’Égypte. » (Pessa him 116b)
Entre 3 et 5 ans, l’enfant développe des aptitudes et de l’initiative, mais il rencontre aussi frustrations et échecs. Ce passouk lui enseigne qu’il a une responsabilité dans ce monde, et que comme les Juifs ont pu sortir d’Égypte, lui aussi peut dépasser ses limites et dominer son yétzer hara (inclination à agir de façon inadéquate).
7 Beréchit : la créativité
« Au commencement, D.ieu créa le ciel et la terre. » (Beréchit 1:1)
L’adolescent développe ses capacités créatrices mais peut se sentir écrasé face aux réussites des autres. Beréchit rappelle que toute créativité vient de D.ieu, qui a investi en chacun de nous une part de Ses talents de Créateur. Quand on réussit, on Le remercie ; quand on échoue, on se tourne vers Lui pour trouver sa propre voie.
8
Véchinanetam : l’assiduité
« Tu enseigneras la Torah à tes enfants, chez toi et en voyage, avant de te coucher et à ton lever. » (Devarim 6:7)
« Tout Israël a une part dans le monde futur. » (Sanhédrin 90a)
L’enfant apprend à s’intégrer dans un groupe tout en restant un individu. Ce passouk contient cette dualité : kol (chacun individuellement) et Israël (le peuple). Chacun est une création unique de D.ieu, avec un rôle propre, mais tous liés au klal Israël, l’Assemblée d’Israël. Cela donne à l’enfant confiance pour être un individu fort au sein de la communauté.
5 Ki Karov : la compétence
« C’est à ta portée, dans la parole, les sentiments et l’action. » (Devarim 30:14)
Entre 6 et 12 ans, l’enfant maîtrise des compétences complexes mais peut développer un sentiment d’infériorité. Ce passouk lui enseigne que chacun a une mission unique et tous
les moyens pour l’accomplir - befiʼha (la parole), bilvavʼha (les sentiments), laassoto (les actions). Inutile de se comparer aux autres : chaque talent reçu est celui dont on a besoin.
6 Vehiné : la perception
« Voici, Hachem se tient devant lui, emplit la terre de Sa gloire et observe son cœur. » (Tanya, ch. 24)
Grandissant, l’enfant saisit l’immensité de l’univers et se demande si D.ieu se préoccupe vraiment de lui. Les enfants ont une conscience innée de D.ieu - notre rôle de parents n’est pas de la créer, mais de préserver sa simplicité. Vehiné instille à la fois la révérence devant la grandeur divine et la certitude d’être important aux yeux d’Hachem.
Lorsqu’on enseigne les psoukim en phase avec le développement de l’enfant, il devient un élève enthousiaste. Notre défi n’est pas de FAIRE apprendre, mais d’étancher naturellement leur soif de savoir - à table, en marchant, au coucher. La Parachah, les histoires de Tsaddikim, un mot de ʼHassidout : les enfants les absorbent avec joie.
La récompense dépasse toujours l’effort - matsati signifie « j’ai trouvé », une découverte inattendue. Cela veut dire que la récompense n’est pas proportionnelle à l’effort mais bien
plus grande ! Le Rabbi Rachab recommande de consacrer une demi-heure par jour à réfléchir à l’éducation. Commençons même moins longtemps et augmentons, jour après jour. Les efforts dans l’éducation donnent des résultats durables.
10 Véahavta : l’amour
« Aime ton prochain comme toi-même - Rabbi Akiva dit : c’est un grand principe de la Torah. » (Vayikra 18 19)
L’étape adulte : apprendre à se dépasser pour autrui. L’essence de la Torah est de devenir une personne qui considère l’autre comme une extension de soi. Comme l’explique le chapitre
32 du Tanya, lorsqu’on met davantage l’accent sur l’âme, on ressent naturellement l’unité fondamentale qui nous lie à tous les autres Juifs.
4 Kol Israël : l’appartenance
« Et ceci est tout l’homme - faire une demeure pour D.ieu dans ce monde. » (Tanya, ch. 33)
Face aux défis de la vie adulte - subsistance, santé, doutes spirituels - ce passouk donne un cap. La ‘Hassidout enseigne à trouver l’équilibre entre vie physique et spirituelle : notre mission n’est ni la réussite matérielle ni la fuite du monde, mais de lier le ciel et la terre, de faire de ce monde une dira betaʼhtonim : une demeure pour Hachem dans ce monde.
12 Yisma
h : la joie
« Les Juifs doivent se réjouir dans leur Créateur, partageant la joie d’Hachem dans Sa demeure. » (Tanya, ch. 33)
La vraie joie ne se planifie pas et ne dépend pas des biens matériels. Elle vient naturellement du seul fait de vivre comme un Juif, partenaire de D.ieu dans le projet de faire de ce monde Sa demeure. L’étape ultime du ʼhassid est de partager la joie d’Hachem Lui-même, joie qui nous conduit vers la venue du Machiaʼh.
Mots d’enfants
A la maison avant de sortir :
« S’il te plaît David, viens mettre ton pull-over, il fait froid dehors »
Pas de réaction !
Jusqu’au moment où j’entends : «Il n’est pas vert mon pull !»
Un enfant du Gan Israël :
« Ah ! J’ai compris comment Hachem est partout ; il est en chaise roulante»
(Un peu déroutant comme idée mais c’est un mot d’enfant qui essaie de comprendre comment cela peut être possible).
La maman annonce que c’est bientôt ‘Hanouccah. ‘Hanna (4 ans) :
« On va tremper la pomme dans l’huile ? »
Toujours au Gan Israël.
Nous avons distribué des petites pièces de 1 ou 2 centimes pour la Tsédaka à chaque enfant présent. Au moment de mettre sa petite pièce dans la boîte de Tsédaka, A. A.
(3 ans) refuse de la mettre, il nous regarde et nous dit :
« Je la garde pour mon papa. Il n’en a pas beaucoup ».
Meir , 5 ans , adore le fromage, mais ne sait pas dire « Camembert », il dit le « Camenvert » !
Ce matin, il voulait un morceau de Bleu (le fromage), dans l’emballage bleu. Il a demandé
« Ah maman je peux avoir du Caman-bleu ? »
On travaille le vocabulaire des noms des «petits» des animaux.
- « C’est qui le bébé du loup ? »
Cheïna (6 ans) : « La loupe » ! Hachem est partout.
Pas un endroit où Hachem ne se trouve pas. Il englobe le monde.
Un autre enfant du Gan Israël :
« Alors on est dans Hachem ? »
Bien que cette réponse soit au final très juste, je voyais plutôt que Hachem contenait le monde en Lui.
Mais cet enfant m’a éclairée en me disant qu’on est dans Lui...
David (5 ans).
À l’occasion de Hé Tevet, il voit des vidéos de la bibliothèque du Rabbi. « Mais pourquoi il reste des livres dans la bibliothèque du Rabbi ? Le voleur il a pas tout pris ? Pourquoi ? Il voulait en laisser aux autres voleurs ? »
(C’est une confusion très mignonne et tout à fait dans l’esprit des fêtes !)
Pendant Souccot, on était en voiture avec les enfants en allant à une fête et on cherchait une place où se garer. Quelqu’un a pris une bonne place devant nous, où on voulait se garer. Alors comme on est en plein ‘Haguim de Tichri, its’hak (5 ans) dit : « C’est pas grave, c’est Lechana Tova ! » au lieu de dire Gam Zou Le Tova.
Haya (6 ans) essaye de trouver la couleur exacte de son pull jaune.
Elle demande : « On dit que mon pull est jaune frite ou jaune banane ? »
En fait, elle cherchait le jaune moutarde !
La maman de Rivka (5 ans), lui demande :
« Mets ton sac au pied de ton lit !
- Quel pied ? Mais mon ne lit marche pas ! »
Meir, (3 ans) et demi regarde une ancienne vidéo de son papy lorsqu’il était jeune.
Ne le reconnaissant pas sans sa barbe blanche, il dit à sa maman : « Mais il est bizarre papy ! »
Elle lui répond : « C’est normal, ici, il a la barbe marron, il est jeune. »
Alors Meir pose la question : « Ah il a jeûné ?.»
Berel (3 ans) vient de recevoir un bonbon après avoir fait la téfilah.
- Maman je peux refaire ma téfilah ?
Vie quotidienne
‘Hanna Zejlinwarger
Le régime méditerranéen
• Ingrédients de la pâte :
• 250 g de boulghour fin
• 1 oignon haché
• 250 g de bœuf haché (ou d’agneau)
• ½ cuillère à café d’ail en poudre
• ½ cuillère à café de coriandre hachée
• ½ cuillère à café de cannelle (facultatif)
• Sel et poivre
Garniture :
• Préparation de la pâte :
1. Verser le boulghour dans une passoire, le rincer et le faire tremper dans un saladier rempli d’eau pendant 10 minutes. Égoutter et réserver.
2. Mixer le bœuf haché, l’oignon et les épices jusqu’à obtention d’une pâte homogène.
3. Ajouter le boulghour et bien mélanger.
Ingrédients de la farce :
• 1 oignon haché
• 250 g de bœuf haché (ou d’agneau)
• 50 g de pignons grillés
• ½ cuillère à café d’ail en poudre
• ¼ cuillère à café de cannelle
• Sel et poivre
• Huile d’olive
• Préparation de la farce et des boulettes :
1. Faire revenir l’oignon, puis ajouter les autres ingrédients.
2. Former des boulettes avec la première préparation et les creuser légèrement pour y insérer la farce.
3. Refermer et façonner des boulettes oblongues ou ovales.
4. Les frire jusqu’à ce qu’elles prennent une belle couleur brune (environ 5 minutes).
5. Égoutter sur du papier absorbant.
6. Servir chaud, accompagné de sauce tahina ou de houmous.
libanaise
• Ingrédients de la pâte :
• 500 g de farine
• 1 c. à soupe de levure de boulanger sèche
• 1 c. à café de sucre
• 1 c. à café de sel
• 250 ml d’eau tiède
• 3 c. à soupe d’huile d’olive
• 350 g de bœuf haché
• 2 petits oignons
• 2 petites tomates
• ½ c. à café de cannelle moulue
• 1 c. à café de coriandre en poudre
• Sel et poivre
Préparation :
1. Mélanger les ingrédients de la pâte jusqu’à obtenir une texture souple. Laisser lever 1 heure.
2. Émincer finement les oignons et peler les tomates. Les couper en petits dés. Égoutter le tout dans une passoire.
3. Mélanger ce mélange avec la viande et les épices.
4. Découper des cercles de pâte (8 cm de diamètre environ).
5. Déposer une boulette de viande au centre de chaque cercle. Replier les bords pour former un carré et pincer les angles.
6. Badigeonner de jaune d’œuf et cuire 12 à 15 minutes à 180°C
• 1 c. à café d’herbes de Provence
• Sel et poivre
• Feuilles de basilic ou de persil frais
• 1 poignée de pignons (facultatif)
Préparation :
Aubergines farcies aux lentilles Frittata aux légumes du soleil
• Ingrédients
• 2 grandes aubergines
• 200 g de lentilles corail
• 2 tomates bien mûres (ou 150 g de tomates concassées)
• 1 oignon
• 2 gousses d’ail
• 2 c. à soupe d’huile d’olive
• 1 c. à café de cumin moulu
• 1 c. à café de paprika
1. Cuire les lentilles 20 à 25 min dans l’eau bouillante, égoutter et réserver.
2. Couper les aubergines en deux dans le sens de la longueur et quadriller la chair.
3. Arroser d’un peu d’huile d’olive, saler, saupoudrer d’herbes de Provence et enfourner 25 à 30 min à 180°C.
4. Faire revenir l’oignon dans un peu d’huile, ajouter l’ail, les épices et les tomates coupées en dés.
Laisser mijoter 10 min.
5. Ajouter les lentilles, bien mélanger et rectifier l’assaisonnement.
6. Creuser légèrement les aubergines et incorporer cette chair à la farce. Remplir les moitiés d’aubergines.
7. Parsemer de pignons, enfourner à nouveau 10 à 15 min et ajouter les herbes fraîches avant de servir.
• Ingrédients
• 6 œufs
• 1 courgette
• 1 poivron jaune
• 2 tomates
• 2 gousses d’ail frais
• 4 c. à soupe d’huile d’olive
• Sel et poivre
Préparation :
1. Couper les légumes en cubes et hacher l’ail.
2. Battre les œufs avec le sel et le poivre.
3. Faire revenir l’ail dans l’huile d’olive, ajouter la courgette et le poivron, cuire 5 min.
4. Ajouter les tomates et poursuivre la cuisson 3 min.
5. Verser le tout dans un moule huilé, couvrir avec les œufs battus.
6. Cuire au four 20 à 30 min à 180°C. Servir tiède ou froid.
Poulet au citron
• Ingrédients
• 4 cuisses de poulet
• 2 gros oignons
• 2 citrons jaunes
• 3 c. à soupe d’huile d’olive
• 1 c. à café de cumin en poudre
• 1 c. à café de coriandre en poudre
• Sel
• 250 ml d’eau (à ajuster si nécessaire)
Préparation :
1. Faire revenir les oignons hachés dans l’huile pendant 10 min.
2. Préparer la marinade : mélanger les épices avec un peu d’huile et y enrober les cuisses de poulet.
Laisser reposer 30 min.
3. Ajouter le poulet aux oignons et faire revenir 5 min.
4. Ajouter 250 ml d’eau et cuire 25 min à feu doux.
5. Ajouter les citrons coupés en tranches et laisser réduire 10 min à découvert.
6. Servir avec du riz sauvage.
Figues rôties au chèvre et au miel
• Ingrédients
• 4 figues
• 1 bûche de fromage de chèvre
• Miel
• Romarin
• Graines de sésame
Préparation :
1. Préchauffer le four à 180°C.
2. Entailler les figues en croix, insérer une demi-tranche de chèvre.
3. Arroser de miel, ajouter un peu de romarin et saupoudrer de sésame.
4. Enfourner 5 minutes.
Verrines de pêches à la ricotta
• Ingrédients
• 4 pêches
• 1 c. à soupe de miel
• 5 c. à soupe de sucre
• ½ citron
• 2 jaunes d’œufs
• 1 pot de ricotta
Préparation :
1. Plonger les pêches dans l’eau bouillante, retirer la peau, couper en quartiers.
2. Les faire revenir avec le miel, 1 c. à soupe de sucre et le jus du citron, puis réserver.
3. Battre les jaunes d’œufs avec 4 c. à soupe de sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse.
4. Ajouter la ricotta et mélanger. Battre les blancs en neige avec une pincée de sel et les incorporer délicatement.
5. Monter en verrines : alterner mousse et quartiers de pêche.
6. Servir bien frais.
Les bienfaits du régime méditerranéen
Osnath Attuil
Le régime méditerranéen, c’est quoi ?
Le régime méditerranéen, appelé également régime crétois, est un mode d’alimentation originaire du bassin méditerranéen. Il est reconnu pour favoriser l’équilibre alimentaire sur la semaine.
En privilégiant la variété des aliments, il est très proche des recommandations nutritionnelles actuelles.
Plus qu’une pratique alimentaire, ce régime constitue un véritable mode de vie, facile à mettre en œuvre au quotidien : une alimentation équilibrée et des repas simples à préparer.
Fruits, légumes, légumes secs, poisson, viande
Les repas de la semaine reposent sur la diversité alimentaire et s’équilibrent en suivant les recommandations nutritionnelles, à savoir :
• augmenter la consommation de fruits, de légumes et de légumes secs ;
• privilégier les féculents complets, certaines huiles végétales et les poissons gras ;
• réduire la consommation de viande, ainsi que les produits gras, sucrés et salés ;
• favoriser le fait maison et les produits de saison.
Le régime méditerranéen est riche en :
• fruits et légumes de saison ;
• pâtes complètes,
riz complet, pain complet ;
• poisson, notamment les poissons gras : sardines, maquereaux, harengs, saumon… ;
• matières grasses apportées par des huiles végétales, principalement l’huile d’olive ;
• les produits raffinés et transformés : céréales du petit-déjeuner, pain de mie industriel, plats préparés…
Les bienfaits du régime méditerranéen
Ce régime contribue à préserver la santé à plusieurs niveaux :
• riche en vitamines, en antioxydants mais aussi en fibres, qui jouent un rôle indispensable dans notre santé ;
les fibres participent notamment à l’équilibre du transit intestinal ;
• riche en oméga-3, essentiels au bon fonctionnement de notre organisme ; ils contribuent à prévenir les maladies cardiovasculaires et ont un effet positif sur le maintien de la santé mentale ;
• limitation des aliments ultra-transformés, qui contiennent souvent des quantités importantes de sucre, de matières grasses et de sel, favorisant l’excès de poids et augmentant le risque de maladies cardiovasculaires.
Ces produits peuvent également contenir des additifs (conservateurs, exhausteurs de goût, épaississants…) dont l’impact précis sur la santé reste encore mal connu.
En bref, le régime méditerranéen se caractérise par sa variété alimentaire et sa richesse en aliments d’origine végétale…
Mais pas seulement !
Sa richesse en fibres, en vitamines et en minéraux constitue autant de spécificités qui en font une pratique alimentaire bénéfique pour la santé.
Quelques exemples de repas :
• salade d’endives aux noix, huile d’olive et citron ;
• rôti de veau aux champignons ;
• soupe à la tomate ;
• croustillant de poisson au paprika ;
• salade de feta ;
• yaourt nature ;
• tarte aux poireaux ;
• viande aux lentilles ;
• petits poissons grillés aux agrumes ;
• gratin de légumes ;
• salade de fruits, compote…
bien-être
Retrouver le sommeil : quand le lâcher-prise devient possible
Sarah Lévy
Il y a celles qui s’endorment dès que leur tête touche l’oreiller…
Et celles pour qui la nuit devient un second jour.
Pensées qui tournent, fatigue bien présente mais sommeil absent, réveils nocturnes comme si le corps voulait dormir, mais que l’esprit refusait de lâcher.
Aujourd’hui, les troubles du sommeil touchent particulièrement les femmes. Et ce n’est pas un hasard.
Entre charge mentale, responsabilités familiales, exigences professionnelles et vie intérieure souvent riche, le moment du coucher devient paradoxalement le seul espace de silence… où tout remonte.
La nuit n’est plus seulement un temps de repos. Elle devient un lieu de rencontre avec soi.
Beaucoup de femmes disent : “Je suis épuisée… mais dès que je me couche, mon cerveau s’active.”
Ce phénomène est parfaitement normal.
La journée, nous sommes dans l’action. Le soir, tout ce qui a été mis de côté refait surface : les préoccupations, les émotions non digérées, les
anticipations du lendemain…
Le problème n’est pas de penser.
Le problème, c’est de ne pas réussir à s’arrêter.
Et plus on essaie de “forcer” le sommeil, plus il s’éloigne.
Dormir est un processus naturel. Mais dans nos rythmes actuels, nous oublions souvent de créer les conditions nécessaires.
Le corps a besoin de ralentir.
Le système nerveux a besoin de se sentir en sécurité.
Et l’esprit a besoin d’être apaisé.
Sans cette transition, il reste en état d’alerte.
C’est pourquoi les petits rituels du soir ont un impact immense, même lorsqu’ils semblent anodins.
Une lumière plus douce.
Un moment sans écran.
Quelques minutes pour se recentrer.
Chez l’enfant, le sommeil fonctionne différemment.
Ce n’est pas tant une question de fatigue…
qu’une question de sécurité intérieure.
Dans ma pratique, j’ai souvent observé quelque chose de très simple, mais fondamental : les enfants s’endorment beaucoup plus facilement lorsque leur “réservoir d’amour” est rempli.
Un enfant qui résiste au coucher ne cherche pas à “tester”. Il cherche à se sentir pleinement sécurisé avant de « lâcher ».
Cela ne demande pas forcément du temps… mais de la qualité.
Par exemple :
Passer 10 minutes pleinement disponibles avec lui (sans téléphone, sans distraction)
Créer un petit rituel rien qu’à vous.
Offrir une présence calme et contenante
Et surtout, mettre des mots.
Des phrases simples, mais puissantes :
• “Tu peux dormir tranquille.”
• “Je suis là.”
• “Tu sais dormir seul(e), tu peux le faire.”
Ces mots viennent s’ancrer profondément et rassurer l’enfant de l’intérieur.
Du côté des adultes, nous essayons souvent de calmer nos pensées directement.
Mais la porte d’entrée la plus efficace reste le corps.
Quand le corps ralentit, le cerveau suit.
C’est là que la sophrologie devient un outil précieux : simple, accessible, profondément régulateur.
Voici quelques exercices pour améliorer votre endormissement et vos nuits.
Exercice 1 : La bulle de nuit
Allongée dans votre lit, les yeux fermés, prenez un instant pour sentir votre respiration.
Sans la modifier, observez-la simplement.
Puis imaginez autour de vous une bulle douce et lumineuse.
Une bulle protectrice, chaleureuse, comme un cocon.
À chaque expiration, laissez une tension s’échapper :
• Les épaules se relâchent
• Le visage se détend
• Le ventre s’apaise
Intérieurement, répétez doucement :
• « Je peux me reposer en toute confiance.”
• “Je relâche… tout peut attendre demain.”
• “Je n’ai rien à faire, juste à être ici.”
• “Mon corps sait comment s’endormir.”
En quelques minutes, le corps entre dans un état de relâchement propice au sommeil.
Exercice 2 : Le voyage apaisant
Lorsque le mental est trop présent, il peut être aidant de lui proposer une direction.
Imaginez un lieu qui vous apaise profondément.
Un endroit réel ou imaginaire.
Peut-être une plage au coucher du soleil…
Une forêt calme…
Prenez le temps d’explorer ce lieu : les couleurs, les sons…
Laissez-vous “habiter” cet espace.
Et si une pensée surgit, ramenez simplement votre attention à ce décor intérieur.
Petit à petit, l’esprit ralentit… sans effort.
Parfois, l’insomnie n’est pas seulement un
dysfonctionnement. Elle peut être un signal.
Un espace où quelque chose demande à être entendu.
Avant de lutter contre le sommeil, il peut être intéressant de se poser une question simple :
“Qu’est-ce que je n’arrive pas à déposer aujourd’hui ?”
Vous pouvez prendre quelques minutes pour écrire :
• Ce qui vous préoccupe
• Ce que vous essayez de contrôler
• Ce que vous n’avez pas encore accepté
Puis compléter cette phrase :
“Ce soir, je me donne la permission de ne pas tout résoudre. Je le peux…”
Ce geste, simple en apparence, crée une bascule intérieure.
On ne cherche plus à dormir. On s’autorise à lâcher.
Dans une société où tout va vite, où chaque minute semble devoir être optimisée, la nuit est souvent reléguée au second plan.
On dort “quand on peut”, on raccourcit ses nuits,on repousse l’heure du coucher pour “gagner du temps”.
Et pourtant, ce temps que l’on pense gagner… se paye ailleurs.
Dans la fatigue, l’irritabilité, la charge mentale amplifiée, la patience qui diminue.
Mais au-delà de ses effets biologiques, la nuit a une fonction plus profonde. Elle est un passage.
Un moment de bascule entre le faire et l’être. Entre le contrôle et le lâcher-prise. Dormir, ce n’est pas seulement fermer les yeux.C’est accepter pour quelques heures de ne plus gérer, de ne plus anticiper, de ne plus porter.
Et pour beaucoup de femmes, c’est précisément là où réside la difficulté.
Car la journée est souvent marquée par une posture de responsabilité constante : penser, organiser, prévoir, contenir.
La nuit vient alors demander l’inverse : faire confiance.
Faire confiance au fait que tout ne sera pas réglé ce soir.
Faire confiance à son corps.
Cela ne signifie pas tout lâcher parfaitement.
Mais peut-être commencer par un petit geste intérieur :
Se dire que, pour quelques heures, on peut déposer comme je vous y ai invité précédemment.
• Déposer ses inquiétudes.
• Déposer ses tensions.
• Déposer ce qui n’a pas trouvé de solution aujourd’hui.
Et accepter que cela soit suffisant.
Car paradoxalement, c’est souvent dans cet espace de relâchement que quelque chose se réorganise en profondeur.
Un endroit où l’on se ressource, où l’on se répare, et parfois même… où l’on se retrouve.
Peut-être que redonner à la nuit sa juste place, ce n’est pas simplement mieux dormir.
C’est réapprendre, chaque soir, à ne plus tout porter seule.
Sarah Lévy Psychologue, sophrologue et formatrice
Il ramène le cœur des pères…
Feiga Lubecki
C’est une histoire qui s’étend sur plus de quarante ans, qui traverse les périodes les plus sombres du siècle dernier et dont les effets sont encore bien concrets aujourd’hui… C’est l’histoire de mon beau-père, David Lubecki - dont, certainement, les mérites nous protègent aujourd’hui.
Il était né en 1905 en Lituanie, dans une famille traditionaliste, et avait étudié au ‘Héder, l’école juive. Enrôlé dans l’armée polonaise (à l’époque, les régions changeaient assez souvent de souveraineté à la suite de guerres et d’annexions sauvages), il subit un entraînement très rigoureux, dans des conditions extrêmes : il raconta par la suite que le froid était tel que, lorsqu’un de ses camarades avait touché sa propre oreille, celle-ci lui était restée dans les mains… Et puisqu’on parle de camarades : l’un d’entre eux, avec qui il parlait évidemment le yiddish, s’appelait… Lustiger (oui, le père d’Aaron, celui qui allait devenir cardinal de Paris ! ).
Un jour, dans l’épaisse forêt de la région de Radin, David aperçut un vieux Juif qui ramassait du bois avec difficulté, sans doute pour se chauffer. N’écoutant que son bon cœur, ce soldat polonais l’aida à charger le bois sur sa carriole. Le vieux Juif le remercia profusément et demanda comment il pourrait le payer pour ce service. David répondit qu’il avait surtout besoin d’une bénédiction pour sortir vivant de ce service militaire. L’homme - qui était un Cohenle bénit afin qu’il sorte vivant non seulement de cette période militaire, mais aussi de toutes les épreuves de la vie, et qu’il ait des descendants Bné Torah, fidèles à la Torah.
Des années plus tard, en août 1939, David se maria avec une jeune fille de Varsovie, Ida-Yehoudit Heller. Mais un mois plus tard, les nazis envahirent la Pologne en à peine quinze jours. David était imprimeur ; Ida était assistante dentaire - métier qu’elle avait appris dans une grande école où elle avait trouvé grâce aux yeux d’une de ses professeures malgré le fait qu’elle fût juive (blonde aux yeux clairs, elle passait facilement pour polonaise). David et Ida habitaient à Sosnoviec, à dix-huit kilomètres de la sinistre ville d’Oswiecim, plus connue sous le nom d’Auschwitz, et c’est pourquoi ils furent très rapidement déportés dans le camp qui venait d’être construit. Comme la plupart des Polonais de cette région, David et Ida savaient très bien ce qui se passait dans ce camp, même si des personnes supposées être bien informées, comme les dirigeants politiques et ecclésiastiques européens de l’époque, prétendirent n’avoir jamais su (car ils ne voulaient sans doute pas savoir et étaient peut-être même complices par leur silence).
Avant d’être séparés, David eut la présence d’esprit de recommander à Ida :
- Après la guerre, si nous nous en sortons vivants, nous nous retrouverons à Paris !
- Où ça, à Paris ?
- Euh… dans le nord de Paris ! jeta-t-il avec un dernier regard vers sa jeune épouse.
David était grand et fort ; il fut affecté à de durs travaux. Par deux fois, il s’échappa, profitant des moments où des détenus à bout de forces se précipitaient contre les barbelés électrifiés
pour se suicider : les nazis paraient à ces incidents en débranchant le courant, et David profita de ce désordre pour s’échapper et retourner à son village de Sosnoviec. Les habitants le cachèrent du mieux qu’ils purent, mais il fut rattrapé, ramené au camp, frappé et torturé.
Puis les nazis eurent une idée : fabriquer de la fausse monnaie anglaise et américaine afin de ruiner l’économie des forces alliées. Pour cela, ils avaient besoin d’imprimeurs qualifiés et minutieux. David fut sélectionné pour faire partie de ce petit groupe très fermé. D’abord mis en quarantaine, les neuf Juifs sélectionnés pour cette tâche très spéciale furent ensuite envoyés dans le camp de Bergen-Belsen, où on les parqua à l’écart, sans aucun contact avec les autres détenus. (Cet épisode a fait l’objet d’un livre puis d’un film américain – Les Faussaires - qui obtint un Oscar.)
gues années une des rares imprimeries juives, MazBro, rue des Rosiers à Paris - actuellement le magasin Damiel.)
Après la guerre, Herman Heller, qui habitait à Paris, parvint à retrouver ses deux sœurs, Ida et Malka, et à les faire venir à Paris dans une ambulance qu’il avait payée et qui put passer tous les barrages. Il trouva pour Ida un petit appartement rue Belliard, dans le 18e arrondissement, donc « au nord de Paris » , comme Ida et David en avaient convenu.
Après sa libération des camps, David tenta de retrouver sa famille et surtout sa femme, puis comprit l’ampleur du désastre autour de lui.
Pour se rendre à Paris, il usa de toutes sortes de moyens, n’hésitant pas à se glisser sous un train et à voyager ainsi, agrippé entre les roues.
Quant à Ida, elle avait retrouvé au camp une de ses anciennes professeures, qui la protégea afin qu’elle puisse exercer ses compétences de dentiste : elle put ainsi se procurer de la nourriture qu’elle distribuait secrètement à sa sœur et à sa nièce, internées dans des conditions bien plus misérables. (Sa sœur Malka perdit son mari et son fils ; sa nièce subit des tortures telles qu’elle ne put jamais mettre au monde d’enfants. Après la guerre, Malka se remaria avec Touvié Meitlis, lui aussi ancien déporté, qui géra durant de lon-
Errant dans Paris, David frappait à toutes les portes pour trouver où se loger et, qui sait, retrouver sa femme dont il avait été séparé si longtemps. Il arriva un jour rue Belliard, demanda à une concierge s’il y avait un appartement à louer : à ce moment précis, Ida descendit chercher son courrier avec peut-être, peutêtre, une lettre de son mari…
Qui peut décrire leurs retrouvailles sans verser des larmes devant cet incroyable baiser du bon D.ieu, après tant de souffrances ? Longtemps, David et Ida gardèrent ce petit appartement où ils eurent deux enfants, Léa et Max, mon mari.
Un vendredi, Ida remarqua que, dans un appartement situé en face du leur, une dame avait, comme elle, allumé des bougies. Bien vite, elles firent connaissance : Ida, d’Europe centrale, et Mme Gracia Mergui, arrivée du Maroc. Gracia persuada Ida de mettre son fils (mon mari) à l’école juive Yavné, en proposant même que son fils l’accompagne tous les jours dans le métro. C’est ainsi que mon mari fut inscrit à l’école Yavné (dirigée à l’époque, faut-il le rappeler, par mon arrière-arrière-petit-cousin Bernard Picard, de mémoire bénie), et c’est là qu’il fit
la connaissance de mon autre lointain cousin Yits’hak Gabay (qui devint bien des années plus tard notre double me’houtane, puisque deux de ses filles épousèrent deux de nos fils…).
C’est aussi à cette époque qu’il fit la connaissance de Rav Pin’has Pachter puis de Rav Chmouël Azimov ( « Moulay » ), qui l’initièrent à la ‘hassidout Habad et l’introduisirent dans la communauté Loubavitch : Aubervilliers, Brunoy, rue Duc, rue des Saules, rue Meslay… et surtout rue des Rosiers. Si Ida sembla s’accommoder à peu près des changements survenus dans sa conduite, David s’inquiétait : son fils ne devenait-il pas adepte d’une secte dangereuse ? La tension à la maison grandissait et la pratique religieuse devenait source de frictions.
À l’occasion de son anniversaire, mon mari écrivit au Rabbi, comme le veut la coutume ‘hassidique, et reçut une réponse relativement « traditionnelle » , mais avec un ajout étonnant : alors qu’il n’avait rien demandé de particulier, il fut très surpris de recevoir la recommandation suivante : « Ce serait bien qu’il aille en Yechiva, à Aix-les-Bains [ces trois mots étant écrits à la main] ou en Terre sainte » !
Surprise totale, car jamais il n’avait envisagé d’aller en Yechiva en Israël, et encore moins à Aixles-Bains, qui n’était pas une Yechiva Loubavitch. Les problèmes matériels que cela posait n’étaient pas négligeables. Avant l’âge de la majorité (21 ans), impossible d’obtenir un passeport sans l’accord des parents. Donc l’option de la Yechiva en Israël était impossible. Rav Azimov insista : puisque le Rabbi avait mentionné Aixles-Bains en premier et de sa main, c’était là qu’il devait s’inscrire. Pour mon mari, ce fut douloureux, car il se sentait déjà l’âme d’un ‘hassid et ne comprenait pas pourquoi - si déjà il devait aller en Yechiva - il ne pouvait pas s’inscrire à Brunoy, où il avait déjà étudié et qui, de plus, avait l’avantage d’être située non loin de Paris.
C’est M. Leïb Léwin, qui habitait non loin de ses parents, qui se chargea de téléphoner à Rav Chaykin, directeur de la Yechiva d’Aix-lesBains. Au début, celui-ci refusa catégoriquement d’inscrire un élève sans l’accord de ses parents : il risquait pour cela d’être arrêté pour détournement de mineur, d’être envoyé en pri-
son et même de voir la Yechiva fermée par la police ! Mais M. Léwin insista : « Nous avons tenu tête aux autorités en Union Soviétique et avons risqué la Sibérie et même la mort pour pouvoir étudier la Torah ! » Ce dernier argument l’emporta et mon mari prit le train, accompagné à la gare par sa mère, qu’il avait mise au courant.
Quand son père apprit ce qui s’était passé, il fut outré et, malgré la distance et les frais impliqués, il prit le train et se précipita à la Yechiva, prêt à en découdre. Furieux, il interpella Rav Chaykin, s’aperçut que celui-ci parlait le même yiddish lituanien que lui ; il l’accusa effectivement de détournement de mineur et menaça de porter plainte auprès de la police. Cet esclandre attira tous les élèves, qui observaient avec effroi le scandale. Rav Chaykin proposa à David d’entrer dans son bureau pour discuter en privé.
Dehors, tous s’attendaient à ce que le ton de la discussion monte encore mais, tout à coup, ce fut le silence.
Quelques minutes plus tard, David sortit du bureau et appela doucement son fils :
Tu peux rester à la Yechiva !
Puis il reprit le train, tout seul, pour Paris.
Que s’était-il passé ?
En entrant dans le bureau, David avait aperçu un grand portrait suspendu au mur :
De qui s’agit-il ? avait-il demandé à Rav Chaykin.
- De mon Maître, le saint Rabbi Israël Méïr Kogan, qu’on appelait le ‘Hafetz ‘Haïm, du nom de son ouvrage sur les lois de la médisance.
- Je crois le reconnaître : habitait-il près de Radin, en Pologne ? (David était devenu pâle, tant de souvenirs remontaient à la surface…)
Oui !
- Alors c’est bien lui qui m’a donné ces bénédictions pour que je survive au service militaire et aux camps d’extermination ! Et c’est lui qui m’a assuré que ma descendance resterait attachée à la Torah ! Qu’il reste donc à la Yechiva !
C’est ainsi que, grâce au surprenant conseil du Rabbi, la boucle fut bouclée et la bénédiction du saint ‘Hafetz ‘Haïm se concrétisa et, surtout, contribua à ramener la paix dans le cœur d’un père. Maintenant, tout était clair : le Rabbi avait vu loin !
Nos prières : Modéh Ani
Au cours des années 50, le jeune Nachum Stilerman assurait la livraison des denrées issues de l’épicerie paternelle à la mère du Rabbi, la Rebbetsen ‘Hanna. Se développèrent entre eux des liens de proximité.
Un jour, il lui adressa la question suivante : Rebbetsen, quelle est la prière favorite du Rabbi ? »
Elle lui répondit qu’elle l’ignorait mais qu’elle allait lui poser la question. La semaine suivante, lors d’une nouvelle livraison, elle avait la réponse :
Il s’agit d’une prière très courte, affirma-t-elle. C’est la toute première prière que nous prononçons le matin, Modéh ani léfané’ha - Je Te rends grâce devant Toi, Roi vivant et éternel, de m’avoir rendu mon âme avec compassion ; grande est Ta fidélité.
« C’est ça ? demanda-t-il.
- Oui, répondit-elle. C’est sa préférée. »
La prière de Modeh Ani, récitée immédiatement au réveil, occupe une place centrale dans la liturgie. Malgré sa brièveté, elle concentre plusieurs thèmes essentiels : le retour de l’âme après le sommeil, la relation entre l’homme et D.ieu, la structure de la prière et la notion de l’essence intérieure de l’âme.
Modéh ani léfané’ha, Mélè’h ‘haï vékayam,
chéhé‘hézarta bi nichmati be‘hemla, raba émounaté’ha
« Je reconnais devant Toi, Roi vivant et éternel, que Tu as rendu en moi mon âme avec miséricorde ; grande est Ta fidélité. »
Selon la ‘Hassidout, cette formule ne constitue pas uniquement une expression de gratitude ; elle représente le premier mouvement de conscience de l’être humain au réveil.
Quelle est l’origine de cette prière ?
Contrairement à une idée répandue, Modéh Ani n’est pas une prière ancienne. Elle apparaît relativement tardivement dans le livre Séder Hayom, il y a environ quatre cents ans. Auparavant, la bénédiction récitée au réveil était principalement Élokaï Nechama.
La raison hala’hique (selon la loi juive) de cette innovation est simple : avant le lavage rituel des mains (nétilat yadaïm), il est interdit de prononcer les noms divins. Or Modéh Ani ne contient aucun nom explicite de D.ieu, ce qui permet sa
récitation immédiatement après le réveil. Cette caractéristique donne lieu à plusieurs discussions. Certains décisionnaires autorisent pleinement sa récitation avant le lavage des mains, tandis que d’autres préfèrent attendre un état de pureté rituelle. Dans la pensée ‘hassidique, cependant, l’absence du Nom divin reçoit une signification plus profonde : Modéh Ani exprime une relation à D.ieu qui précède toute formulation intellectuelle ou théologique.
Le réveil et le retour de l’âme
Le thème principal de Modéh Ani est le retour quotidien de l’âme.
Pendant le sommeil, l’âme se retire partiellement du corps. Au réveil, D.ieu restitue cette âme à l’être humain. La formule chéhé‘hézarta bi nichmati , « … Tu as rendu en moi mon
âme » exprime cette idée de restitution.
Avant de dormir, l’on récite : Béyad’ha afkid rou‘hi , « Entre Tes mains je dépose mon esprit ». L’âme est donc confiée à D.ieu pendant la nuit puis rendue le matin.
Cette expérience quotidienne est interprétée comme une forme miniature de résurrection. Le réveil devient ainsi un renouvellement de l’existence humaine. Chaque matin, l’homme recom-
mence symboliquement sa vie.
L’expression raba émounaté’ha peut être comprise de deux manières :
Dans un premier sens, D.ieu se montre fidèle en restituant l’âme. Mais cela signifie également que cette fidélité renforce la foi de l’homme envers D.ieu.
Le réveil possède donc une portée spirituelle autant qu’existentielle.
La signification du mot
Le mot modéh est généralement traduit par « (je) remercie ». Toutefois, plusieurs commentaires ‘hassidiques lui donnent un sens plus profond : reconnaître, admettre ou se soumettre.
Cette reconnaissance peut prendre deux formes : c’est une reconnaissance fondée sur la compréhension mais également une reconnaissance antérieure à toute compréhension.
Dans le premier cas, l’homme reconnaît ce qu’il comprend intellectuellement. Dans le second, il
« Modéh »
accepte une réalité qui dépasse sa pensée.
Selon la ‘Hassidout, Modéh Ani appartient précisément à cette seconde catégorie. Au réveil, l’intelligence et les émotions ne sont pas encore pleinement actives. La relation à D.ieu apparaît alors dans un état de simplicité première, émanant de notre essence.
La prière exprime donc moins une réflexion élaborée qu’un acte immédiat d’adhésion intérieure.
Le commencement de la prière
La ‘Hassidout explique que la longueur de la prière du matin correspond à la condition spirituelle de l’être humain au réveil.
Au matin, l’homme est encore dispersé et inerte. Toute la structure du sidour (livre de prières) vise progressivement à éveiller la conscience jusqu’à la Amida, moment central de la rencontre avec D.ieu.
Modéh Ani constitue le point de départ de ce processus. Avant toute méditation ou analyse, il existe un instant élémentaire où l’âme reconnaît spontanément la présence divine.
La prière quotidienne devient ainsi un mouvement progressif : partir d’un état de sommeil spirituel pour atteindre une conscience plus élevée.
Simplicité et essence de l’âme
L’un des thèmes majeurs du ‘Hassidisme est la notion de yé‘hida, le niveau le plus profond de l’âme.
Selon la pensée kabbalistique, certaines dimensions de l’âme peuvent être affectées par les fautes ou les distractions de la vie quotidienne. Mais l’essence de l’âme demeure intacte.
Or Modéh Ani est précisément associé à cette dimension essentielle.
La possibilité de réciter cette prière avant toute purification rituelle reçoit alors une nouvelle interprétation : aucune impureté ne peut atteindre ce point intérieur de l’âme.
Le réveil devient ainsi un moment unique où l’essence de l’âme s’adresse directement à D.ieu, avant que l’intellect et les préoccupations du quotidien ne réapparaissent.
Cette simplicité constitue précisément la gran-
deur de Modéh Ani. La prière ne repose ni sur la connaissance ni sur la sophistication spiri-
tuelle, mais sur une relation immédiate entre l’homme et D.ieu.
L’absence des noms divins
Dans la pensée mystique juive, les noms divins correspondent à différentes modalités de révélation de D.ieu.
Or Modéh Ani ne contient aucun de ces noms. Cette absence est interprétée comme le signe d’une relation plus essentielle encore, antérieure aux différentes manifestations divines.
Le terme léfané’ha , « devant Toi » , désigne ainsi
une relation directe à D.ieu lui-même, au-delà des définitions et des attributs.
Plus tard dans la prière apparaîtront les méditations complexes et les structures spirituelles développées par la Kabbale. Mais Modéh Ani appartient à un niveau plus simple et plus fondamental.
Le « point intérieur »
Plusieurs enseignements ‘hassidiques associent Modéh Ani à l’idée du pintele yid, le « point intérieur juif ».
Ce « point » désigne le noyau irréductible de l’identité spirituelle, indépendant du niveau intellectuel ou moral de l’individu.
Selon certains enseignements attribués au Rabbi Chalom DovBer Schneersohn, le point placé après le mot bé‘hémla, dans certains livres de prières, symbolise ce noyau intérieur. Toute la prière quotidienne aurait alors pour fonction de développer et de diffuser ce « point » dans l’ensemble de la vie de l’individu.
Le réveil quotidien représente donc la redécouverte de cette dimension essentielle de l’âme.
Une relation spontanée à D.ieu
La ‘Hassidout insiste enfin sur le caractère spontané de Modéh Ani. Au réveil, l’être humain se trouve encore seul avec lui-même, avant toute interaction sociale ou réflexion élaborée.
Le fait même qu’il prononce cette prière manifeste une orientation intérieure fondamentale : avant même de penser ou d’analyser, l’âme reconnaît naturellement sa dépendance envers D.ieu. [C’est ce qui explique la place inhabituelle du mot Ani. Généralement le sujet se place avant le verbe. Le rejet d’Ani après le verbe montre la soumission totale du moi devant D.ieu.]
Cette spontanéité explique pourquoi Modeh Ani est parfois considéré comme l’un des moments les plus authentiques de toute la journée spirituelle.
Ainsi, Modeh Ani dépasse largement le cadre d’une simple formule de gratitude matinale. Cette courte prière exprime le renouvellement quotidien de l’âme, la simplicité du lien entre l’homme et D.ieu et l’existence d’un noyau spirituel irréductible au cœur de l’être humain.
Prononcée avant toute préparation et avant même la pleine activité de la conscience, elle représente un moment de relation immédiate à D.ieu, antérieur aux élaborations intellectuelles et aux constructions spirituelles plus complexes.
Le réveil quotidien devient ainsi la redécouverte d’un point intérieur essentiel qui constitue le fondement de toute la vie religieuse.
UNE BÉNÉDICTION EN SON TEMPS ...
Yehoudit Zekri
Nous sommes en Tichri 1980. J’étais alors une jeune mariée, maman d’un petit garçon de deux ans, Mena’hem Mendel. J’avais la chance d’attendre un bébé mais je dus subir une opération invasive et hélas, mon bébé ne put venir au monde. Après deux longs mois d’hospitalisation, de soins et finalement de rétablissement, j’essayais de reprendre le cours de ma vie, auprès de mon fils et de mon mari.
Quelques semaines après ces évènements douloureux, sont arrivées les fêtes de Tichri. J’étais épuisée physiquement et je ne m’étais pas encore remise moralement, et mon mari et moi-même ressentions un besoin impératif de passer, comme chaque année, les fêtes de Sim’hat Torah auprès de notre Rabbi. Nous nous envolâmes donc pour New York avec pour destination : le 770 Eastern Parkway (quartier général du mouvement Loubavitch).
kippa et une petite barbe. Il se présenta : « Je suis le Docteur Rabinovitch ».
Le voir me rassura et m’apaisa, ce qui ne fut pas le cas des mots qui sortaient de sa bouche.
En effet, il confirma le diagnostic établi précédemment et m’annonça que je devais subir une opération au plus vite car ma vie en dépendait. En dépit de ses efforts de persuasion, je redoutais cette intervention. Malgré mon refus, le médecin la programma pour le surlendemain, le dimanche matin.
Mais pour nous, il n’était pas question de pratiquer cette intervention sans la bra’ha du Rabbi. Le Docteur Rabinovitch, lui-même grand admirateur du Rabbi, consentit à patienter.
Yom Tov arriva. Mon mari, mon fils et moi-même étions invités chez la famille Dubrawsky pour les repas de fête lorsque je sentis que quelque chose n’allait pas. Crampes, nausées, fortes douleurs au ventre survinrent et me pétrifièrent de douleur. Plusieurs médecins consultés diagnostiquèrent une sévère occlusion intestinale. J’étais terrorisée de me faire hospitaliser dans un pays inconnu. Mon mari s’adressa au secrétariat pour que l’on demande l’avis du Rabbi. « Suivre l’avis des médecins » conseilla le Rabbi.
Je fus donc finalement transportée dans un hôpital portoricain, Greenpoint Hospital, situé dans un quartier du Bronx d’une extrême pauvreté, imprégné par la violence des gangs environnants, mais sur lequel reposa la bra’ha du Rabbi…
La nuit fut pénible : j’étais anxieuse, mal à l’aise dans ce lieu complètement étranger. Au matin, apparut devant moi, un homme portant une
Cette année-là, le Rabbi décida, exceptionnellement, de commencer les yé’hidout (entretiens privés) à partir de dimanche midi, au lieu de dimanche soir, comme il en avait l’habitude, pour pouvoir recevoir les invités qui repartaient vers leurs pays respectifs le jour-même.
Ma sœur Sheindel (Samama) se rendit au bureau du secrétaire du Rabbi afin de transmettre une demande de bra’ha pour l’opération, mon mari étant à mon chevet. Elle attendit sur place. La réponse tardait. La lettre était sur le bureau du Rabbi mais le Rabbi ne répondait toujours pas. Les yé’hidout ont commencé. Il était alors plus difficile de solliciter le Rabbi.
Pourtant, le Rabbi transmit sa réponse. Il remit à Rav Groner un dollar qui m’était destiné, avec l’instruction que je le mette dans la tsédakah, le conseil de suivre l’avis médical et la bra’ha de refouah chelema (une guérison parfaite). C’est le Rav Gurewitz (Chalia’h du Rabbi à Lyon) qui se chargea de m’apporter le dollar à l’hôpital.
Au même moment, à des kilomètres de là, dans un hôpital malfamé du Bronx, je sentis que quelque chose se passait, comme si s’ouvrait en moi un tout petit passage.
J’appelai alors le médecin qui m’examina et me dit : « Votre ventre s’est un peu assoupli ! Nous attendons ! »
Précisément à cet instant, mon mari entra dans la salle de soins en s’écriant : « Nous avons la réponse du Rabbi : « suivre l’avis médical ». Il pensait : « procéder à l’intervention », ignorant tout du renversement de situation qui venait de se produire.
« L’avis médical a changé. Pour le moment, c’est " attendons " » l’informai-je, avec le sentiment d’une immense victoire.
J’étais heureuse, mes prières avaient été exaucées. Le miracle avait eu lieu !
Je ressentais également à ce moment-là un lien très fort avec le Rabbi.
Après quelques soins, je pus miraculeusement sortir de l’hôpital, sans avoir subi d’intervention.
Le Rabbi avait repoussé sa réponse jusqu’au moment opportun. En effet, c’est précisément lorsqu’il conseilla d’écouter l’avis médical que mon état s’ améliora, ce qui décida le médecin à annuler l’intervention.
de nombreuses années. Mais à force de changer de portefeuilles et de sacs, je le perdis, ce qui m’attrista énormément.
C’est alors que cette histoire trouva une suite très inattendue.
Il y a trois ans, je souffrais à nouveau de soucis de santé et notamment de plusieurs occlusions, dont l’une fut sévère et nécessita une intervention. La veille de l’opération, ma fille ‘Haya Mouchka (chlou’ha dans le 10ème arrondissement de Paris) vint me voir à Lyon, pour m’aider à m’y préparer.
‘Haya est une jeune femme ordonnée et déterminée. Elle ne supporte pas d’accumuler les choses inutilement, c’est pour cela qu’elle décida de réorganiser une de mes commodes remplie d’objets qu’elle jugeait « inutiles ».
Qu’elle ne fut notre surprise lorsqu’elle retrouva ce fameux dollar, donné par le Rabbi, quarante-deux ans plus tôt, pour ma refoua chelema.»
Lors de sa tournée, le Docteur Rabinovitch revint me voir avec son infirmière pour un bilan de sortie. Lorsqu’il vit sur ma table de chevet un numéro du magazine Kfar Habad, avec pour couverture une très belle photo du Rabbi, tout en sourire, il s’adressa à l’infirmière et exprima sa gratitude et son admiration : « C’est lui qui a fait ce miracle, c’est lui qui l’a sauvée, regardez, tout ça c’est grâce à lui !!! ».
Le précieux dollar resta dans mon sac pendant
L’émotion nous envahit. En nous regardant, ma fille et moi, nous savions que le Rabbi donnait à nouveau sa bra’ha pour une refoua chelema (guérison complète) et que l’opération se passerait bien. La bénédiction du Rabbi n’est pas un événement ponctuel, un moment prisonnier du temps, qui n’aurait aucun autre objectif que celui de l’instant. Cette bénédiction est pérenne, elle possède une longévité et une éternité dont nous n’avons aucune idée. Elle nous concerne mais concerne également nos proches, et les personnes avec qui nous interagissons, tout au long de notre vie. La bénédiction du Rabbi n’a pas de date de péremption, il suffit de s’attacher à ses mots et de se laisser porter par elle pour voir les miracles se produire.
Propos recueillis par Sarah Cohen
Portraits de Nos Rebbetsen (2)
La Rebbetsen Shterna Sara
Rav Yossi Paltiel
La Rebbetsen Shterna Sara était l’épouse du cinquième Rabbi ‘Habad, le Rabbi Rachab (Rab-
bi Chalom Dov Ber), et la mère du sixième Rabbi, le Rabbi Yossef Yits’hak, le Rabbi précédent.
UNE HISTOIRE DANS UNE HISTOIRE
Chaque année, lors de Chabbat Parachat Michpatim, Reb Shimon, un ‘hassid de Crown Heights, se levait dans le 770 devant le Rabbi afin de prononcer un dvar Torah ( « parole de Torah » ). Voici l’un des récits qu’il partagea.
Lors d’un farbrenguen (réunion ‘hassidique) en Pologne, Reb Itche le Matmid but une grande quantité d’alcool, ce qui diminua la réserve qu’il éprouvait habituellement en présence du Rabbi précédent, Rabbi Yossef Yits’hak. Il le fit volon-
tairement, car il voulait parler publiquement devant le Rabbi.
Il commença ainsi : « Rebbe, Goel Tzedek, Itche vill reden [Rabbi, rédempteur juste, Itche souhaite parler]. »
Le Rabbi répondit : « Je ne souhaite pas entendre cela. »
Reb Itche reprit : « Ce que je veux dire concerne le Rabbi. »
Le Rabbi répondit : « S’il s’agit de moi, je le sais déjà. »
Reb Itche cessa alors de boire, comprenant qu’il n’était plus nécessaire de parler, et retrouva rapidement sa sobriété.
Plus tard, au cours du farbrenguen, le Rabbi lui dit : « Maintenant, tu peux raconter ton histoire. »
Reb Itche répondit : « Maintenant, Itche ne peut plus parler. »
Lorsqu’il était ivre, il avait l’audace nécessaire pour parler ; à présent, il ne l’avait plus.
À la fin du farbrenguen, les ‘hassidim entourèrent Reb Itche et lui demandèrent de raconter son histoire.
Voici le récit qu’il avait voulu dire au Rabbi Yossef Yits’hak sans y parvenir.
UNE HISTOIRE DANS UNE HISTOIRE DANS UNE HISTOIRE
Reb Na’houm conduisit Rabbi Chnéor Zalman dans la chambre des garçons. Après avoir observé les enfants, il choisit Yaakov Yisroel, le fils de Reb Mottele Chernobyler, pour sa petite-fille, Devorah Leah, fille du Rabbi Dov Ber.
Plusieurs années passèrent, puis Reb Na’houm quitta ce monde.
Un jour, Reb Barou’h de Mezhibuzh, petit-fils du Baal Chem Tov, vint à Chernobyl. Il remarqua un jeune garçon impressionnant et dit à son père, Reb Mottele, qu’il souhaitait conclure un chiddou’h entre ce garçon et sa propre fille.
Reb Mottele répondit : « Ce garçon est déjà promis. L’Admour Hazaken a conclu ce chiddou’h avec mon père lorsqu’il était encore jeune. »
pour Barou’h] ? »
Reb Mottele répondit : « Afilu far hindert Boruchs [pas même pour cent Barou’h]. »
Dvorah Leah et Yaakov Yisroel se marièrent donc.
L’Admour Hazaken vint à Chernobyl pour le mariage.
Le couple vécut ensuite à Loubavitch durant de nombreuses années, jusqu’à ce que Reb Yaakov Yisroel accepte une fonction de Rav à Cherkas. Ils n’eurent que des filles ; aucun de leurs fils n’atteignit l’âge adulte.
Le Maguid de Mézéritch avait dit que le Machia’h descendrait soit de son plus ancien élève, Reb Na’houm de Chernobyl, soit de son plus jeune disciple, l’Admour Hazaken, Rabbi Chnéor Zalman.
L’Admour Hazaken décida donc de conclure un chiddou’h (projet de mariage entre leurs descendants) avec Reb Na’houm afin de faire descendre la nechamah du Machia’h à travers cette union.
Rabbi Chnéor Zalman se rendit à Chernobyl et passa Chabbat chez Reb Na’houm. Après Chabbat, ils allèrent ensemble au puits.
Bien qu’il fût plus âgé de vingt ans, Reb Na’houm insista pour porter luimême les seaux d’eau, par respect pour l’Admour Hazaken. Les deux hommes parlèrent avec une telle intensité qu’ils restèrent dehors toute la nuit.
Le dimanche matin, lorsque les habitants de Chernobyl se rendirent à la synagogue, ils découvrirent leur Rabbi, Reb Na’houm, toujours debout avec les seaux sur les épaules, écoutant attentivement un homme beaucoup plus jeune que lui.
Les ‘hassidim s’approchèrent naturellement pour entendre les paroles de ces deux Tsaddikim.
Finalement, Reb Na’houm et l’Admour Hazaken rentrèrent à la maison pour préparer leur thé.
Reb Na’houm demanda alors : « Je sais que votre visite a un but précis. Quel est-il ? »
L’Admour Hazaken lui exposa son projet.
Reb Na’houm répondit : « Mes enfants sont déjà mariés et mes petits-enfants sont encore trop jeunes ! »
L’Admour Hazaken répliqua : « Faisons le chiddou’h entre les petits-enfants afin qu’ils se marient lorsqu’ils seront adultes. »
C’était une pratique courante à cette époque.
Reb Na’houm vivait dans une très grande pauvreté. Tous ses enfants mariés vivaient chez lui, et les petits-enfants dormaient dans des pièces communes : une pour les garçons et une pour les filles.
Reb Barou’h, qui se considérait comme l’héritier du Baal Chem Tov, répondit : « Rompez le chiddou’h ! »
Reb Mottele répondit : « Mon père a conclu cet engagement. Je ne peux pas l’annuler. »
Reb Barou’h insista : « Rendez-vous sur la tombe de votre père et dites-lui que vous rompez le chiddou’h afin d’en conclure un avec Barou’h, le petit-fils du saint Baal Chem Tov. »
Après être allé sur la tombe de son père, Reb Mottele revint en silence.
Reb Barou’h lui demanda : « Qu’a dit votre père ? »
Reb Mottele répondit : « Nicht tsoubre’hen dem chiddou’h [ne pas rompre le mariage arrangé]. »
Reb Barou’h demanda : « Afilu far Boruch [même
Le Tséma’h Tsédek voulut lui aussi établir un lien avec la famille de Chernobyl. Son fils, Yossef Yits’hak, épousa ‘Hanna, la fille de Dvorah Leah et de Reb Yaakov Yisroel.
Le couple s’installa dans la ville natale de ‘Hanna, avant que Reb Yossef Yits’hak ne devienne Rebbe à Avruch.
De cette union naquit une fille : Shterna Sara.
Le Rabbi Maharach voulut à son tour conclure un chiddou’h avec la famille de Chernobyl. Son fils, le Rabbi Rachab, épousa la Rebbetsen Shterna Sara.
Le Rabbi Rachab et la Rebbetsen Shterna Sara n’eurent qu’un seul enfant : Yossef Yits’hak qui allait devenir le sixième Rabbi de Loubavitch, le Rabbi précédent.
Ainsi, le Rabbi précédent représentait la troisième union entre les descendants de l’Admour Hazaken et ceux de Reb Na’houm de Chernobyl.
UNE ÉPOUSE DE GRANDE STATURE
La Rebbetsen Shterna Sara descendait donc d’une lignée exceptionnelle de Tsaddikim : l’Admour Hazaken, l’Admour Haemtsaï, le Tséma’h Tsédek ainsi que les Rabbis de Chernobyl. Mais elle était également une femme sainte par ses propres mérites.
Son chiddou’h avec le Rabbi Rachab fut conclu alors qu’ils étaient encore enfants. Leurs pères signèrent les tenaïm (engagements), chacun versant mille roubles. Le Tséma’h Tsédek, grand-père du Rabbi Rachab, signa lui aussi le contrat et ajouta cinq cents roubles.
Vers l’âge de quatorze ans, le mariage fut célé-
bré à Avruch, où Shterna Sara avait grandi. Juste après les chéva bra’hot, le jeune couple s’installa à Loubavitch.
À cette époque, beaucoup de jeunes couples vivaient près de la famille de la kallah. Cela permettait à la jeune femme de rester entourée pendant que son mari étudiait ou travaillait. Mais, pour ce mariage, une condition avait été posée : le Rabbi Rachab devrait vivre près de son père, à Loubavitch.
Cette période fut difficile pour la jeune Rebbetsen Shterna Sara, qui se sentait étrangère à la communauté de Loubavitch.
Même physiquement, elle se sentait diffé-
rente : elle était petite alors que la famille Schneerson était grande. Cela lui donnait un sentiment d’insécurité.
Un jour, le Rabbi Maharach lui dit : « Ne regrettez pas votre taille. Les plus petits arbres donnent parfois les fruits les plus doux. »
Dans les premières années de son mariage, la Rebbetsen Shterna Sara rédigeait des résumés des maamarim (‘discours ‘hassidiques profonds) que le Rabbi Rachab entendait de son père, le Rabbi Maharach.
Le Rabbi précédent écrivit plus tard que ces résumés faisaient partie de sa collection de manuscrits.
Entre amies
‘HANNA KORNFELD
LE RÊVE PROPHÉTIQUE
La Rebbetsen Shterna Sara raconta :
« Nous étions mariés depuis plusieurs années et nous n’avions toujours pas d’enfants. Cette situation me faisait beaucoup souffrir, d’autant plus que j’étais loin de ma famille.
Un Sim’hat Torah, pendant le kiddouch dirigé par mon beau-père, un mi chébéra’h (bénédiction) fut prononcé pour chacun.
Ensuite, les hommes vinrent dans la pièce des femmes afin de faire un mi chébéra’h pour chacune d’entre nous, mais mon nom fut oublié.
Même si l’erreur fut immédiatement corrigée, j’en ressentis une vive douleur.
Après le départ des hommes, je me retirai dans ma chambre. Je pensais à ma solitude, à l’absence d’enfants et à cet oubli.
Je me mis à sangloter abondamment, puis je m’endormis.
Dans mon rêve, je vis un homme entrer dans la pièce.
Il me demanda : “Ma fille, pourquoi pleurestu ? ”
Je lui racontai tout mon chagrin.
Il me répondit : “Ne pleure pas. Cette année, tu auras un enfant. Mais tu dois respecter deux conditions : donner dix-huit roubles de ton propre argent à la tsedakah, après Yom Tov, et garder cela secret.”
L’homme disparut puis revint accompagné de deux autres hommes. Tous deux répétèrent la bénédiction et les deux conditions.
Plus tard, lorsque mon mari rentra à la maison s’écria joyeusement “Gout Yom Tov”, je lui racontai mon rêve.
Nous allâmes ensuite voir mon beau-père, le Rabbi Maharach.
Il m’expliqua que le premier homme était le Tséma’h Tsédek, rejoint ensuite par l’Admour Hazaken et l’Admour Haemtsaï.
Après Yom Tov, j’accomplis les deux conditions. Je vendis discrètement un vêtement qui m’appartenait afin de réunir les dix-huit roubles, puis je donnai cet argent à la tsedakah.
Cette année-là, le Rabbi précédent naquit.
Chère Esther
L’ordinateur portable de mon fils (adulte) était resté ouvert sur son compte Gmail, posé sur le comptoir de la cuisine. Je suis tombée (avec un peu d’aide de mes doigts qui cliquaient) sur un e-mail que je n’aurais pas dû voir. Il s’agissait d’un échange entre lui et sa sœur et, eh bien, je suis leur mère et je voulais savoir de quoi ils parlaient. Alors je me suis assise avec ma tasse de café, au beau milieu de la matinée, j’ai lu leurs mails et j’ai découvert qu’ils disaient à mon sujet des choses peu agréables ! Je ne vais pas vous ennuyer avec leur longue liste de plaintes et de critiques, mais c’était suffisant pour que mon café prenne un goût amer. Je me sens si mal ! Après tout ce que j’ai fait pour eux, voilà donc ce qu’ils pensent de moi ?
Signé
Furieuse au début, triste à la fin
Chère Furieuse Triste,
On dit souvent « Qui veut tout savoir perd souvent le repos » et « Ce qu’on ne sait pas ne peut pas nous blesser ». Eh bien… Votre curiosité a tué vos chances de ne jamais être blessée par des ressentiments que votre fils
n’aurait peut-être jamais partagés avec vous. Ce qui me rappelle un autre adage approprié : « Ce que les autres pensent de nous ne nous regarde pas ». Nous avons tous droit à notre vie privée, et les mails, messages textes et appels téléphoniques sont censés être privés.
Je ne recommande pas de confronter votre fils à ce sujet, car il répondrait probablement : « Pourquoi lisais-tu mes courriels ? » - et il n’y a pas de bonne réponse à cette question. Vous pouvez vous consoler avec la probabilité qu’au moment où il écrivait ces messages, il était contrarié par quelque chose (les attentes que les enfants ont de leurs parents sont illimitées, même à l’âge adulte) et qu’en temps normal, il n’éprouve pas ces sentiments. (Ne dites-vous pas parfois du mal de gens d’une manière qui ne reflète pas vos véritables sentiments à leur égard, surtout lorsque vous « videz votre sac » ?)
Épargnez-vous, à l’avenir, du chagrin inutile en gardant votre attention et votre énergie concentrées sur vos propres affaires.
Lecteurs : respectez vos sentiments et votre vie privée, et respectez les sentiments et la vie privée des autres. Souvenez-vous de vous déconnecter de vos comptes de messagerie si d’autres utilisent le même ordinateur. Si vous
répondez à un appel sur haut-parleur, avertissez immédiatement votre interlocuteur afin qu’il ne dise pas quelque chose qu’il ne voudrait dire qu’à vous seul. Et, en général, ne mettez pas votre nez dans les affaires des autres. N’écoutez pas la conversation d’un voisin et ne regardez pas la fiche de paie de votre collègue. Vous ne faites que chercher à vous blesser vous-même.
Une amie chère, âgée de 60 ans, m’a confié récemment : « Je savais que mes enfants préparaient une fête surprise pour mon soixantième anniversaire et je n’ai pas pu résister à lire l’un de leurs mails que j’ai vu sur l’ordinateur familial. J’aurais préféré ne pas savoir. Maintenant, chaque fois que je regarde l’une de mes filles, je ne peux m’empêcher de savoir que c’est celle qui voulait dépenser le moins pour moi. »
Mendel Notik, qui passait beaucoup de temps chez le Rabbi et la Rebbetsen, a un jour répondu à l’appel téléphonique du médecin de la Rebbetsen. Il a eu une courte conversation en anglais avec le médecin puis a tendu le téléphone à la Rebbetsen.
« C’est le Dr Weiss » , a-t-il dit à la Rebbetsen.
« Si j’avais su que c’était le Dr Weiss, je serais venue répondre immédiatement au téléphone, a-t-elle affirmé. Je pensais que vous parliez à Sholom Gansburg. »
« Mais je parlais en anglais, je parle toujours à Sholom en yiddish » , rétorqua Mendel. La Rebbetsen lui dit alors : « On m’a appris, dans la maison de mon père, qu’on peut être présent et ne pas entendre. »
Signé, Esther
quelque chose à mon mari auparavant et, honnêtement, cela me met mal à l’aise. Je sais que mon mari n’a pas besoin de connaître cette information, mais malgré tout, cela me semble un peu malsain. Qu’en pensez-vous, Esther ?
Signé, Une épouse perplexe
Chère merveilleuse épouse,
Que je sois ou non d’accord avec l’idée des secrets dans le mariage, votre amie aurait dû vous prévenir, avant de se confier à vous, qu’elle souhaitait que vous gardiez ses propos secrets vis-à-vis de votre mari. Vous auriez alors pu décider si, à cette condition, vous vouliez entendre ces confidences. Vous demander de ne rien dire à votre mari, après coup, est injuste.
Dites à votre amie : « Mon mari et moi ne nous cachons rien. Il n’y a aucune raison que je partage maintenant avec lui ce que tu m’as dit, mais à l’avenir, comprends bien que ce que tu me confies pourrait être partagé avec mon mari, sauf si nous convenons à l’avance qu’il est important que cela reste entre nous. »
Il y a des moments où un mari ou une femme choisit de ne pas partager certaines informations. Bien sûr, les conseillers et les machpyim ne doivent pas rapporter aux conjoints les confidences qu’on leur fait. Même si vous n’êtes ni conseiller ni machpia, tout n’a pas besoin d’être partagé (cela pourrait être indécent ou alimenter la médisance). Mais une personne extérieure ne devrait pas être celle qui décide de ce qui est partagé dans un mariage. Dès qu’une personne exige que vous cachiez quelque chose à votre conjoint, cela nuit à l’exclusivité du mariage. Ce n’est pas sain.
positiveL’approche du Rabbi sur le langage
Chère Esther,
Une amie et moi avons déjeuné ensemble et elle m’a confié quelque chose, puis m’a demandé de ne pas le dire à mon mari. On ne m’avait jamais demandé de cacher
Signé, Esther
Le Judaïsme ne croit pas en la liberté absolue de la parole. Certaines manières de parler d’autrui sont interdites ou jugées inappropriées.
Cette sensibilité extrême au langage s’appuie sur un profond respect pour la puissance intrinsèque qu’il recèle.
En fait, les mots ont du poids.
La Kabbale enseigne que la parole dépasse de loin les circonstances dans lesquelles elle a été prononcée. En raison même de leur signification, les mots laissent une empreinte énergétique.
La contrepartie négative de ce phénomène est le cas du lachone hara, qui signifie littéralement « une langue méchante » mais englobe l’ensemble des paroles délétères, y compris les rumeurs quand bien même elles s’appuieraient sur des faits avérés ou sembleraient bien intentionnées.
La Torah interdit de prononcer ou même d’écouter du lachone hara. Par ailleurs, nos Sages affirment qu’en dehors du fait qu’elle affecte celui qui parle et celui qui écoute, la médisance exerce également, au-delà de son caractère diffamatoire, un impact négatif sur la personne visée, quand bien même celle-ci n’aurait pas entendu ces propos.
Nous pouvons aisément admettre que celui qui parle et celui qui écoute soient sanctionnés : ils se sont rendus coupables d’une sérieuse transgression.
Mais pourquoi la personne dont on a parlé serait-elle affectée ?
Les Kabbalistes expliquent qu’en évoquant des défauts d’un individu, on suscite leur expression. La personne n’est peut-être pas consciente qu’on parle d’elle, mais le fait d’évoquer les failles de son caractère concrétise, à un certain niveau, leur contenu.
Dans son ouvrage de méditations quotidiennes, Hayom Yom, le Rabbi illustre l’effet néfaste d’un tel discours négatif par une histoire sur le Baal Chem Tov, le fondateur du ‘Hassidisme : ¹²⁵
« Un jour, deux hommes se querellèrent dans la synagogue du Baal Chem Tov, et l’un d’eux cria
qu’il déchirerait l’autre en morceaux comme un poisson.
En réponse, le Baal Chem Tov demanda à ses disciples de se tenir près de lui les yeux fermés. Puis il posa ses saintes mains sur les épaules des deux élèves qui se trouvaient à côté de lui.
Soudain, les disciples se mirent à crier de terreur : ils avaient vu cet homme en train de démembrer réellement son adversaire.
Cet incident démontre que tout potentiel est suivi d’un effet, que ce soit sous forme physique ou sur un plan spirituel qui ne peut être perçu qu’avec des sens plus élevés et plus raffinés. »
En se fondant sur la subtilité d’une telle compréhension du pouvoir de la parole à affecter négativement autrui, nous ne pouvons qu’imaginer les effets positifs que nos mots peuvent engendrer s’ils sont prononcés avec conscience et compassion.
Dans cet esprit, nos Sages nous disent de « juger tout le monde favorablement », en s’efforçant de comprendre, par l’empathie, la source des lacunes d’autrui et en tentant de nous mettre à leur place.
Par-delà cette approche, nous pouvons activement rechercher des moyens pour louer chaque personne. L’effet spirituel d’un tel lachone tov, discours positif, consiste à permettre aux bonnes qualités d’une personne - qui peuvent être profondément enfouies en elle - de surgir à la surface.
Alors que le lachone hara tend, en dernier ressort, à la destruction d’autrui, le lachone tov est destiné à le construire.
Il existe une multitude d’exemples illustrant la mise en pratique du lachone tov par le Rabbi. En effet, se concentrer consciemment sur le bien qu’il trouvait en chaque individu et le verbaliser explicitement était une caractéristique de chaque rencontre du Rabbi.
Dépassant le cadre d’un simple échange de politesses, le Rabbi voyait ces paroles positives comme un instrument visant à renforcer ou à activer les ressources cachées de chaque interlocuteur avec lequel il entrait en relation.
Ses paroles positives encourageaient constam-
ment les gens et étaient destinées à avoir un effet de renforcement spirituel.
Selon les termes du Rav Morde’haï Eliyahou, ancien Grand Rabbin d’Israël : « Lors de nos quatre audiences, le Rabbi s’efforçait systéma-
tiquement de déceler le mérite des autres. Quel que fût le sujet de nos échanges, le Rabbi orientait la conversation de manière à pouvoir louer les autres. »
Compliments
Une façon particulière par laquelle le Rabbi exerçait une influence positive sur autrui, lors de conversations ou dans sa correspondance, était de toujours chercher l’occasion de formuler des compliments. Recevoir un compliment de quiconque est valorisant, mais encore plus de la part d’un leader spirituel mondial.
Aujourd’hui, c’était vous le professeur.
Après s’être fiancé à une jeune femme Loubavitch à Brooklyn, Jack Hardoff et sa fiancée furent invités à une audience privée avec le Rabbi. Le Rabbi fit remarquer qu’à l’instar de Jack, il avait lui aussi fait des études en génie électrique, obtenant son diplôme à la Sorbonne à Paris, et qu’à son arrivée d’Europe pendant la guerre, il avait travaillé à la Brooklyn Navy Yard en tant qu’ingénieur.
Le Rabbi demanda ensuite à Jack de l’informer de toutes les avancées contemporaines dans le domaine du génie électrique. Ce qui devait être une réunion de quinze minutes dura deux heures. A l’issue de cette rencontre, le Rabbi bénit le jeune couple en lui souhaitant de nombreuses années de bonheur conjugal. Puis il dit quelque chose d’inattendu :
« Vous savez Yaakov ben Eliézer (le prénom hébreu de Jack), [habituellement] lorsque les gens viennent me voir, je suis le « rav » et ils sont les « élèves », mais aujourd’hui vous avez été le professeur et j’ai été l’élève. »
Selon les propres mots de Jack : « Je n’oublierai jamais ce compliment. C’est quelque chose dont je me souviendrai toute ma vie. »
Raphaël Nouril est né en Iran et a reçu une formation classique d’artiste peintre. Il s’est ultérieurement installé avec sa famille à Londres, où il résidait à côté d’une famille Loubavitch qui invita les nouveaux voisins à partager un repas. En pénétrant dans leur demeure, Raphaël fut immédiatement attiré par un tableau du Rabbi accroché au mur. Inexplicablement touché, il prit la résolution immédiate de peindre un portrait du Rabbi.
Chaque fois qu’il réalisait le portrait d’un sujet, avant de commencer son travail, Rafaël cherchait à en faire quelque peu la connaissance. Ce portrait, cependant, posait un problème particulier pour Raphaël.
« Je ressentais une distance à plusieurs niveaux. Outre l’éloignement géogra-
phique de plusieurs milliers de kilomètres du Rabbi, ma condition de personne laïque m’empêchait de me sentir apte à établir un lien personnel avec lui. Dans ma
Meilleur que l’original
quête de rapprochement, j’ai commencé à prier, à mettre les tefilin, et même à observer le Chabbat et les fêtes. »
Une fois le portrait achevé, Raphaël se rendit à New York avec son voisin pour présenter son œuvre au Rabbi. Après avoir commenté la position de ses mains dans le tableau, Raphaël demanda au Rabbi ce qu’il pensait du visage.
« Très bien ! » dit le Rabbi à trois reprises, puis il ajouta avec un sourire : « Meilleur que l’original ! »
La Beauté de l’intériorité
Susan Schuster a reçu une éducation laïque, à New York. Elle est devenue infirmière et s’est mariée avec un chirurgien plasticien réputé. Peu après, ils déménagèrent en Floride et commencèrent à fonder une famille. L’un de ses fils se lia d’amitié avec une famille Loubavitch à son école hébraïque, ce qui incita sa propre famille à devenir tous ensemble plus religieux. Finalement, ils entreprirent un voyage à Brooklyn pour rencontrer le Rabbi, une expérience que Susan qualifia comme « au-delà des mots ».
Après cette première rencontre avec le Rabbi, ils revinrent plusieurs fois, approfondissant ainsi leur engagement religieux. Lors d’une rencontre ultérieure, le Rabbi dit à Susan :
« Votre époux est un chirurgien plasticien ; il rend les gens beaux à l’extérieur. Cela devrait être votre mission de rendre les gens beaux à l’intérieur. »
Sous l’effet des encouragements et du renforcement constants du Rabbi, les Schuster ont même créé et dirigé avec succès un minyan (groupe de prière) pendant de nombreuses années dans leur quartier, offrant à d’autres l’occasion de se réunir et de se connecter à un objectif supérieur.
Susan prit ces paroles à cœur et commença à inviter les gens chez eux pour les repas du Chabbat dans l’intention de les aider à trouver un sens spirituel à leur vie. Comme elle le dit : « J’ai mis beaucoup de soin dans la préparation de ces repas et dans l’esthétique de la table, afin qu’elle reflète la beauté intérieure du Judaïsme. »
Le pouvoir d’un nom
Une façon très personnelle dont le Rabbi renforçait les autres était de lier ses encouragements et ses bénédictions de succès au nom qui leur avait été donné.
Cette pratique repose sur la déclaration talmudique selon laquelle Rabbi Meir trouvait des références au caractère d’une personne dans son
nom, et sur l’idée kabbalistique selon laquelle tout être ou entité est défini, à un certain niveau spirituel, par le(s) nom(s) par lesquels il est appelé ; il en résulte que l’essence intérieure peut être expliquée à travers le prisme de la dénomination.
Pour une influence universelle
Lors de l’une des nombreuses distributions du dollar, le dimanche, Rav Yits’hak Kadouri, un influent kabbaliste et Maître Sépharade, sollicita une bénédiction auprès du Rabbi, pour le succès de son nouveau projet, une yechiva kabbalistique en Israël. Le Rabbi répondit avec des bénédictions abondantes pour le succès du projet et sa capacité à « influencer le monde entier, ce qui est conforme à votre nom, Kadouri (signifiant mondial). [À travers votre yeshiva] vous serez capable d’influencer non seulement Israël, mais le monde entier. »
D’un endroit d’amour
A la suite des émeutes de Crown Heights en 1991, le sénateur américain Alfonse D’Amato se rendit auprès du Rabbi, accompagné du procureur américain du district oriental de New York, afin de lui assurer qu’il était pleinement conscient des problèmes du quartier et qu’il prenait très au sérieux la protection du Peuple Juif.
Le Rabbi offrit de multiples paroles de sagesse et de bénédiction, explicitement destinées à « tous les habitants de New York et des ÉtatsUnis », puis il ajouta un commentaire personnel adressé au sénateur D’Amato.
« Vous n’ignorez pas que le mot « Amato » a une corrélation avec le mot « amour » en italien », affirma le Rabbi.
Il poursuivit : « Si vous accomplissez vos fonctions avec une véritable dimension d’amour
intérieur, alors l’ensemble de la population de New York vous répondra à vous et à vos collaborateurs également par un véritable amour. »
Conformément aux paroles de nos Sages : « Les paroles qui viennent du cœur entrent dans le cœur. »