AUTOMNE-HIVER 2020-21
JARED LETO ISSN 1777-9375
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The Power of Freedom
ÉDITO Pa r GI AM PI ETRO BAUDO
Jared Leto, une personnalité aussi talentueuse qu’irrévérencieuse, aux multiples facettes, sans règles. Sans règles, comme le sont aussi les nouveaux habits du pouvoir, à des années-lumière des stéréotypes des années 80 sculptés dans la mémoire collective. Dans ce portfolio, quatre photographes et une équipe de top modèles, dirigée par Reece Nelson et Alessio Pozzi, ont revisité les classiques, entre vintage et provocation. Enfin, l’icône hollywoodienne Viggo Mortensen nous raconte la réalisation de son premier film. L’artiste Samuel Fasse échange avec l’illustrateur sonore de la mode Michel Gaubert. Les architectes Karl Fournier et Olivier Marty du Studio KO reviennent sur leurs plus belles réalisations. Et le duo légendaire Gilbert Prousch et George Passmore engagent un dialogue sans complaisance avec le designer nord-irlandais Jonathan Anderson, de quoi stimuler notre réflexion. Ce que ce magazine fait et continuera de faire…
“Nous ne sommes pas provocateurs. Nous voulons simplement provoquer la reflexion.” Cette phrase, tirée de la conversation entre le duo artistique Gilbert & George et le créateur de mode Jonathan Anderson, a été le point de départ de ce numéro spécial de L’Officiel Hommes. Ici se côtoient des stars montantes comme Rafferty Law, des sportifs comme Stan Wawrinka, des icônes comme Nick Cave, des musiciens comme Woodkid, des visionnaires comme Virgil Abloh et des artistes comme Luke Edward Hall. Une agora prête à entamer une conversation autour de la mode, animée par des photographes appelés à interpréter les tendances de la saison ou choisis pour expliciter la mode masculine contemporaine. Mais ce numéro est aussi le premier dans lequel paraît un dossier global, destiné à créer un langage esthétique commun à toutes les éditions de ce magazine, né à Paris il y a cent ans et prêt pour une nouvelle ère. On y retrouve 12
MONSIEUR BLANC
THE PLACE TO BE
TRUE COLORS Artiste, céramiste, décorateur d’intérieur et designer, l’Anglais Luke Edward Hall a imaginé deux nouveaux lieux à Paris : l’Hôtel Les Deux gares et le Café Les Deux Gares, auxquels il a apporté sa touche unique, entre maximalisme et nostalgie. Par DELPHINE VALLOIRE
Pour y parvenir, il faut prendre la rue d’Alsace, sur le côté de la gare de l’Est, monter un drôle d’escalier double, puis longer une vue époustouflante faite des toits gris et vert pâle des quais de la gare qui ondulent en vagues immobiles pour arriver enfin à un petit coin de rue, tranquille et lumineux, hors du temps. Là se trouvent l’Hôtel Les Deux Gares et son alter ego, un café-restaurant, situé juste en face. Pour recréer cet ancien petit hôtel de gare désuet, Adrien Gloaguen, fondateur du groupe Touriste, avait envie d’une ambiance cinématographique des seventies, celle des plus beaux films de Rohmer ou de Sautet, une “time capsule” avec un style singulier. Il confie cette réinvention totale au prodige du maximalisme à l’anglaise : Luke Edward Hall, touche-à-tout de génie et spécialiste d’une élégance excentrique à faire remonter le temps, dont ce sera le premier hôtel. Dès le lobby, on sait que le pari est réussi : des murs vert électrique, un sol en marbre à motifs chevron noir et blanc, un fauteuil bleu Klein, des touches chocolat, rouge et rose, des affiches de Salvador Dali et David Hockney, des fauteuils années 40 tendus de soie rayée et des livres anciens ou non minutieusement choisis et empilés sur une table. Le bistro décline les
mêmes codes avec un bar couleur rouge framboise, un plafond hypnotique avec un effet écailles de tortue et d’incontournables chaises Thonet. La carte, changeante, inspirée mais aussi très accessible, a été conçue par une jeune équipe de chefs (Jonathan Schweizer et Federico Suarez), et elle est déjà encensée par tous les critiques gastronomiques qui comptent dans la capitale, incluant un François Simon ravi. Tout cela est évidemment hautement instagrammable, mais il se passe quelque chose d’autre, l’atmosphère semble habitée d’un bel esprit et pas seulement grâce aux fantastiques portraits de l’illustratrice Fee Greening suspendus dans les couloirs, représentant des icônes comme Francis Bacon, Lucian Freud, David Bowie ou Oscar Wilde. Le panthéon personnel de Luke Edward Hall, lui aussi, regorge de héros, d’esthètes et d’artistes queer et “so british”. Il le revendique clairement dans ses interviews et dans son travail : avec ses dessins à la Cocteau (dont certains ornent les chambres de l’hôtel), les “Bright Young People” qu’il affectionne, dont faisaient partie le photographe Cecil Beaton et sa “muse” Stephen Tennant, le décorateur star du Swinging London David Hicks 16
Photo Benoît Linero
THE PLACE TO BE
L’artiste Luke Edward Hall a redesigné l’hôtel et le café Les Deux Gares, dans le 10e arrondissment de Paris.
MODE
RAFFERTY LAW
Mannequin, musicien, acteur, le fils de Sadie Frost et Jude Law sera à l’affiche du film Twist réalisé par Martin Owen, début 2021, au côté de Michael Caine. À la même période sortira le premier album de son groupe, Outer Stella Overdrive.
Photographie ALAN GELATI
S tylis me C HL O E B EE NE Y
Aute ur e C R I ST I NA M ANFR E DI 26
Trad uct i on HÉ L ÈN E G U ILLO N
Manteau doublé et pantalon en laine grain de poudre avec bande latérale en cuir, sweat-shirt à capuche, sneakers Arthur à talon, BURBERRY. Chaussettes, SEX SKATEBOARDS. Bagues, THEO FENNELL, BLEUE BURNHAM et PI LONDON.
COVER-BOY
TONNERRE DE BREST
Photographie LORENZO MARCUCCI
Stylis me GI UL I O M ART IN ELLI 35
MODE
CONVERSATION DE STYLE
Redéfinir le vestiaire de l’homme en abattant les barrières et en appliquant ses propres règles d’élégance. Quatre photographes internationaux confrontent leur regard autour du romantisme, de la mélancolie, de l’héritage et de la notion de genre.
AMBASSADEUR
STAN WAWRINKA, TOUJOURS PLUS HAUT Joueur de tennis talentueux et pugnace, Stan The Man, comme on le surnomme, est le nouveau Mark-Maker de Montblanc. Il a présenté le premier casque MB01, sans fil et intégrant la réduction active de bruit, lancé par la maison ce printemps. Rencontre. Par CAROLINE BAUD
Comment s’est faite votre rencontre avec Montblanc ?
Êtes-vous passionné de musique ?
Stan Wawrinka : J’ai toujours beaucoup aimé la marque et notre rencontre s’est faite via des connaissances communes. La Suisse reste un petit pays ! Montblanc est symbole de qualité et d’expertise et ces valeurs sont très importantes pour moi.
Oui, j’aime beaucoup la musique, elle joue un rôle important dans ma vie quotidienne : que je sois en voyage pour les tournois, à la salle de sport pour m’entraîner ou simplement quand je me relaxe chez moi.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet et quelle part y avez-vous prise ?
J’écoute tous styles de musique, cela dépend des occasions. Si je suis à la salle de sport, j’adore écouter du son avec du rythme style house music. En voyage, je varie, du rock au hip-hop en passant par le RnB.
Photo DR
Quel style écoutez-vous ?
Montblanc est un véritable dépositaire de l’expertise d’artisans, que ce soit avec les cuirs faits dans leurs ateliers en Toscane ou avec les instruments d’écritures fabriqués dans la manufacture historique à Hambourg. Ce niveau de compétences et de recherche d’excellence est exactement à l’image de ce que j’applique tous les jours à l’entraînement et pendant les tournois : repousser mes limites grâce à ma passion pour mon sport. Cet alignement de valeurs avec Montblanc m’a donné envie de collaborer avec la marque.
La musique vous aide-t-elle à vous concentrer, par exemple avant un match, ou à vous détendre ?
Absolument. La musique joue un rôle énorme, surtout quand je dois être concentré et me recentrer sur moi-même, elle annihile tous les bruits extérieurs et me permet de me préparer au mieux à affronter ce qui m’attend. 77
Jared Leto, entre abîmes et cimes Après trois décennies crowd-surfing depuis les scènes de concert rock et de transformations drastiques sur grand écran, l’énigmatique acteur, musicien et provocateur revient sur sa vie à l’aube d’une nouvelle ère avec l’innovateur de la pop Finneas. Photographie CAMERON McCOOL Stylisme KARLA WELCH Il y a vingt ans, Jared Leto était perché sous héroïne, se lançant dans un tour de manège fantasmagorique à la Coney Island vers le grand abîme. En jouant Harry, le héros déchu de Requiem For a Dream, l’épopée psychologique de Darren Aronofsky, Leto a mérité les vivas de la critique, catapultant l’acteur et musicien (il a formé le groupe de rock culte Thirty Seconds to Mars avec son frère Shannon en 1998) en haut de l’affiche après des rôles secondaires mais électriques dans Girl, Interrupted ou Fight Club de David Fincher, des performances intenses doublées d’une méthode martyrisante. Pour la saga d’Aronofsky, Leto a fait scandale en vivant plusieurs mois comme un sans-abri à New York, s’abstenant de relations sexuelles et de repas réguliers pour se transformer physiquement, construisant jour après jour le regard émacié de son personnage toxicomane. Au cours des deux décennies qui ont suivi, Leto a continué à chasser les extrêmes – jouer un superméchant millennial dans Suicide Squad ou un trafiquant
de pilules transgenre dans le Dallas Buyer’s Club – avec des performances subversives, parfois bizarres qui soulèvent la question : n’a-t-il aucune limite dans ses défis ? De même, dans la musique et la mode, Leto a dissous les frontières de la norme hollywoodienne, en évoluant du rebelle et underground au maximalisme fluide imaginé par Alessandro Michele chez Gucci (pour qui Jared a joué l’égérie) et une nouvelle génération de TikTokers expérimentaux. En effet, Leto aujourd’hui, avec sa longue crinière et son physique bien construit, n’est plus le jeune rocker en jean serré qui foulait le sol du Vans Warped Tour. Au moment où l’on fête l’anniversaire de Requiem For a Dream, il parle avec son ami de longue date (et parfois collaborateur) Finneas O’Connell – plus connu sous le nom de Finneas, l’éminence grise de sa sœur Billie Eilish –, de son nouvel amour de l’escalade, des grands moments de ses performances live, et même de musique inédite. — Joshua Glass
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Vous connaissez ce look. La veste ajustée à double boutonnage, les épaules larges, le fameux ensemble trois pièces. Glorifié dans les assemblées des salles de conférence des années 80, dans les déjeuners tardifs ou les verres pris avant dîner dans le vieux Four Seasons de la 52e rue à Manhattan. S’habiller “de puissance” a toujours été plus qu’une simple fantaisie. C’était une impertinence féroce, un style de vie qui ne se gagne pas au fil du temps, mais qui se saisit dans un accord signé en une minute, récompensé par des martinis secs avec un zest. On pourrait penser à Richard Gere avec un manteau en poil de chameau de Giorgio Armani dans American Gigolo ou aux chemises aux poignets retroussés que Michael Douglas porte sous des bretelles serrant la poitrine en jouant Gordon Gekko dans Wall Street. Alors que les femmes ont rapidement gagné les bureaux et gravi les échelons de l’entreprise, les héroïnes cinématographiques ont fait de même, vêtues de vestes à épaules rembourrées et de pulls à col roulé. Le “power suit” féminin a porté le premier coup au plafond de verre professionnel. Avance rapide jusqu’à aujourd’hui, où la certitude et l’excès d’hier ont été remplacés par la facilité et l’ambiguïté familière. Notifications push contre cocktails de salon, pantalons de survêtement contre costume-cravate. Le Four Seasons – comme d’autres symboles de la vie professionnelle – n’est plus ouvert, et le monde que nous regardons à travers nos écrans est très différent de celui d’avant. Avec la vie à la maison et les interactions sociales soit
réduites par les télécommunications soit relâchées lors de dîners distanciés servis sur les trottoirs à ciel ouvert, s’habiller n’est plus tout à fait la même chose. Le monde d’avant se réalignera-t-il jamais avec notre nouvelle réalité ? Les défilés semblent affirmer, au moins, que les designers ont réimaginé le tailoring de la mode masculine avec une perspective pleine de charme cet automne. La collection automne-hiver 202021 de Miuccia Prada, par exemple, joue sur le contraste du tricot rétréci et des costumes en laine classiques monochromes, tandis que, dans un autre monde, Virgil Abloh pour Louis Vuitton projetait un costume à la coupe ajustée entièrement imprimé de nuages et orné de cuir avec de fugaces volants et des détails pratiques. Nous avons vu des dizaines de fois cette oscillation entre coupes traditionnelles et modernes, au moment où la mode confort offre des arguments assez forts, mais ne sommes-nous pas déjà sur la brèche vers quelque chose de différent… Dans ce portfolio mode, L’Officiel repense un dressing sans les pouvoirs auxquels nous sommes habitués. Sera-t-il flamboyant, avec une quincaillerie décorative ornant chaque costume sur mesure ? Ou sera-t-il plus nostalgique avec un côté années 80 revisitées ? À mesure que la culture change, les uniformes évoluent également, pour préserver quelque chose de précieux, la confiance en soi. —Joshua Glass 97
ROME WHEN in
Quand l’allure se mesure à la Ville éternelle. Défiant le temps, à la fois classique et passionnée. Photographie FILIP KOLUDROVIC Stylisme LUCA FALCIONI