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Janvier / février 2013 • N° 338

ÉDITO Ingénieurs, cadres, agents de maîtrises, techniciens :

© Dassault Aviation - Ph. Stroppa

état d’urgence !

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e Capitalisme est en panne. La financiarisation non régulée de notre économie a conduit à une déviance de ce modèle, conçu pour promouvoir les ressources d’un grand nombre de citoyens, dont la plupart se sentait faire partie de la classe moyenne ou aspirait à la rejoindre. Désormais, la concentration de la richesse s’opère par le haut de la pyramide. Sans base populaire, le capitalisme ne remplit pas son rôle qui est de mettre à la portée du plus grand nombre les ressources que procure la mise en œuvre des formidables progrès techniques accomplis depuis plusieurs décennies. Les menaces sur la cohésion sociale de notre pays ne pourront que croître, jusqu’à … ?

Sommaire Actualités Élections de représentativité AED Négociations sur les retraites complémentaires Contrat de génération Nouvelles sections et désignations

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Vie des entreprises 1er accord de groupe européen chez Safran EADS : le changement d’actionnariat... c’est maintenant... nEUROn, vol historique EADS Astrium Services : inquiétude des salariés

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Le Dossier Perspectives spatiales 2013

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Dans ce contexte, tout en agissant sur les causes, la CFE-CGC AED œuvrera pour défendre les catégories professionnelles dont, jour après jour, la « bien pensance » ambiante a de plus en plus tendance à considérer qu’ils seraient « les favorisés ».

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Alors, j’en suis persuadé, jamais sauf peut être au moment de sa création, les ingénieurs, les cadres, les agents de maîtrises, les techniciens, enfin tous ceux qui croient au mérite, au travail et à l’ascenseur social, n’ont autant eu besoin de la CFE-CGC AED pour faire entendre leur voix. <

C’est dans l’air On attend Monsieur le Ministre

Selon une étude récente du Crédoc(1) , 83 % des Français considèrent que la cohésion sociale n’est « pas très forte » ou « pas du tout forte ». Les principaux déterminants du sentiment de cohésion sociale sont de plus en plus fragilisés. En premier lieu, le travail, qui détermine fortement le sentiment d’intégration personnelle : les chômeurs et les bas revenus se sentent moins bien intégrés que les cadres et les hauts revenus. En deuxième lieu, alors que le nombre de personnes seules n’a jamais été aussi élevé et que la cellule familiale est de plus en plus fragilisée : les personnes qui se sentent seules, les célibataires et les couples sans enfants se considèrent souvent moins bien intégrés que la moyenne. Autre pilier de la cohésion sociale, le sentiment de confiance interpersonnelle, traditionnellement très faible en France, serait encore en baisse. Par ailleurs, les Français considèrent que la cohésion sociale est menacée par la hausse des inégalités : 86 % pensent « que les favorisés sont de plus en plus favorisés et les défavorisés de plus en plus défavorisés ». Et ils ne sont que 38 % à considérer que chaque individu a aujourd’hui la possibilité de trouver la place qu’il mérite (taux stable depuis 10 ans). Les Français seraient donc d’autant plus insatisfaits concernant le niveau de cohésion sociale qu’ils doutent de la capacité de la société à garantir l’intégration à tous ses membres.

Bernard Valette - Président CFE-CGC AED (1) Source : HOIBIAN Sandra, Baromètre de lacohésion sociale. La peur du chacun pour soi,Paris : Crédoc (Collection des rapports, n° 282),octobre 2012.


Actualités AED

Élections de représentativité AED… En ce début d’année 2013 seront proclamées les Organisations Syndicales Représentatives, suite aux élections dites de représentativité, depuis la loi d’août 2008. Concrètement, il s’agit des élections organisées entre le 1er septembre 2009 et le 31 décembre 2012.

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ette représentativité se mesure aux niveaux des établissements, entreprises, groupes, fédérations et confédération ; bien que pas directement consolidée (il n’y a pas de convention collective au niveau du GIFAS), notre syndicat AED contribuera à la représentativité de notre Fédération de la Métallurgie, et

LIEBHERR : une représentativité qui progresse de 37,61 % à 60,84 %, en pénétrant le 2ème collège, et un poids dans la négociation qui progresse aussi de 26,94 % à 44,64 %. La CFE-CGC AED peut donc signer seule un accord au sein de la société LIEBHERR. de

représentativité ONERA : une la négociation dans 34,5 % et un poids % à 29,33 %. Une 21 de e ss re qui prog ! ression de 8 points remarquable prog

donc de notre Confédération CFE-CGC. Sur le périmètre GIFAS, la CFE-CGC est présente dans environ 77 % des élections 2ème et 3ème collèges des institutions CE, DUP et DP ; environ 93 % des salariés des 2ème et 3ème collèges de toutes les institutions peuvent voter CFE-CGC. En consolidant les résultats des établissements où nous sommes implantés et ceux (les plus significatifs) où d’autres OSR se sont présentées, nous pouvons faire une estimation de notre « représentativité AED »… Nous pouvons être fiers d’annoncer : > une représentativité catégorielle (sur le 2ème (TAM) et 3ème collèges) d’environ 34 % ; > un poids dans la négociation généraliste

MB

DA : une représentativité qui progresse de 31,7 % à 38,99 % et un poids dans la négociation qui progress e aussi de 26,8 % à 32,39 %. La CFE-CGC AED peut donc signer seule un accord au sein de la société MBDA !

SABENA TECHNICS : une représentativité de 62,58 % (qui dit mieux ?) et un poids de 55,42 %. La CFE-CGC AED peut donc signer seule un accord au sein de la société SABENA Technics, et… sa signature ne peut être contestée ! (sur les 3 collèges) d’environ 28,5 %, de quoi faire bien des envieux parmi les OSR généralistes ! > et un poids au 3ème collège (I&C) d’environ 48 %. Dans ce contexte, nous vous proposons de vous informer périodiquement sur nos résultats les plus significatifs, comme, par exemple, pour décembre 2012, ceux de MBDA et de l’ONERA. À suivre… < Marc Legrand, Secrétaire Général AED

NÉGOCIATIONS SUR LES RETRAITES COMPLÉMENTAIRES

Où en sommes-nous ? Quels sont les enjeux ? La dégradation de la situation économique (crise économique et financière, chômage qui dépasse les 10 %, salaires d’embauche qui diminuent...) et une espérance de vie qui ne cesse d’augmenter impactent directement les finances des régimes complémentaires qui sont, aujourd’hui, dans l’obligation de puiser dans les réserves pour faire face aux déficits. Quels sont les objectifs des négociations ? > Arrêter, d’ici le 1er avril 2013, des mesures conservatoires, afin de permettre aux régimes complémentaires de fonctionner ; > définir les mesures à envisager au-delà de 2019,

afin de pérenniser les retraites complémentaires et d’améliorer la lisibilité des régimes ARRCO et AGIRC. Rappel des trois principes de la CFE-CGC 1. Le caractère contributif des retraites complémentaires. 2. La nécessité d’un effort partagé par tous (actifs, retraités, entreprises). 3. La lisibilité du dispositif en termes de contrepartie financière (recette, dépenses). Et son postulat : « la garantie du niveau des droits à la retraite pour les jeunes générations ». < Christian Viguier Expert retraite CFE-CGC AED

BLOC NOTES Information pour les retraités et futurs retraités : La loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la Sécurité sociale pour 2013 prévoit, à partir du 1er avril 2013, un prélèvement supplémentaire de 0,30 % sur la totalité de la pension de retraite (RSS et complémentaires) pour la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie. Les retraités les plus modestes, qui ne sont pas imposables à l’impôt sur le revenu et qui ne sont pas soumis à la CSG sur leur pension, en sont exemptés. De même, y échappent les personnes exonérées de taxe d’habitation et celles bénéficiant de l’allocation de solidarité aux personnes âgées, ou d’une allocation équivalente. Information des «actifs» nés en 1956 : Pour les actifs nés en 1956, le décret n° 2012-1487 du 27 décembre 2012 précise la durée d’assurance requise à 166 trimestres pour bénéficier de leur pension de retraite sans décote (dite «à taux plein»).

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CONTRAT DE GÉNÉRATION :

mise en application dans les entreprises C’était l’engagement n°33 du programme du candidat Hollande à la présidentielle, la lutte contre le chômage des jeunes et le maintien dans l’emploi pour les séniors. Le Parlement examine depuis le 15 janvier le projet de loi instaurant le contrat de génération. À charge aux entreprises de mettre en place ces contrats dans les six mois suivants la promulgation de la loi et de ses décrets. À qui s’adresse le contrat ? La population visée est les jeunes actifs de moins de 26 ans. Cette limite peut être repoussée à 30 ans en cas d’embauche en CDI d’un jeune présent avant ses 26 ans dans l’entreprise à l’issue d’un CDD ou d’un contrat de travail temporaire ou d’un contrat aidé, soit d’un contrat en alternance, à l’issue d’un doctorat ou d’études post-doctorales, ou bénéficiaire de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés. Les seniors sont les autres bénéficiaires de ce type de contrat. Il s’adresse en effet aux seniors de plus de 57 ans (plus de 55 ans pour les salariés handicapés ou en cas de nouvelle embauche). Quelles sont les entreprises concernées ? Les entreprises de 300 salariés ou appartenant à un groupe d’entreprises comprenant 300 salariés et plus ont l’obligation d’être couvertes par un accord intergénérationnel ou, à défaut, d’établir un plan d‘actions.

EN BREF NOUVELLES SECTIONS CASSIDIAN CYBER SECURITY Élancourt Représentant syndical de la section : PHILIPPE GOTTI FIGEAC AERO Figeac - Représentant syndical de la section : CHRISTOPHE CARMENTRAN NOUVELLES DÉSIGNATIONS PATRICE WAGNER - Délégué syndical central chez HISPANO SUIZA (remplace Jean-François Drejza) NABIL GRINE - Délégué syndical central suppléant chez SAFRAN Siège

Pour les entreprises de 50 - 300 salariés : proposition des signataires de modifier le code de la Sécurité sociale et de supprimer l’obligation de négocier un accord senior avec la pénalité y afférente et de conditionner les aides financières d’État à la conclusion d’un accord ou à la mise en place d’un plan d’actions. Pour les entreprises de moins de 50 salariés : convention de génération passée avec l’État pour bénéficier des aides financières. Diagnostic préalable à la négociation Établissement par l’employeur d’un diagnostic quantitatif et qualitatif préalable à la négociation en fonction de la taille et des caractéristiques de l’entreprise. Ce diagnostic est transmis aux instances représentant les salariés. Le diagnostic porte notamment sur : • la pyramide des âges ; • les caractéristiques des jeunes et des seniors et leur place respective dans l’entreprise ; • les prévisions de départ à la retraite ; • les perspectives de recrutement ; • les métiers dans lesquels la proportion de femmes et d’hommes est déséquilibrée. Quelles sont les dispositions obligatoires de l’accord ? Trois volets doivent être prévus : > Entrée des jeunes dans l’entreprise • objectifs chiffrés en matière de recrutement de jeunes en CDI (y compris lorsque le CDI succède à un stage ou une formation en alternance) ; • modalités d’intégration et d’accompagnement des jeunes en entreprise : parcours d’accueil et référent ; • modalités de mise en oeuvre d’un entretien de suivi entre le jeune, sa hiérarchie et son référent, adaptées à son parcours et portant notamment sur l’évaluation de la maîtrise de ses compétences ;

• prise en compte de l’égalité entre les femmes et les hommes et les actions destinées à accroître la mixité des emplois, • modalités de recours ou de développement des contrats en alternance ainsi que les modalités de recours aux stages ; • mobilisation d’outils existants dans l’entreprise permettant de lever les freins matériels à l’accès à l’emploi (aide au logement par ex). > Emploi des seniors • objectifs chiffrés en matière d’embauche ou de maintien dans l’emploi des seniors ; • actions dans au moins trois des sept domaines suivants choisis en fonction des résultats du diagnostic : • recrutement de seniors ; • anticipation des évolutions professionnelles et gestion des âges ; • organisation de la coopération intergénérationnelle ; • amélioration des conditions de travail et prévention de la pénibilité ; • développement des compétences et des qualifications et accès à la formation ; • aménagement de fin de carrière et transition entre activité et retraite ; • développement de la mixité des emplois et de la coopération intergénérationnelle. > Transmission des savoirs et des compétences • définition des actions à mettre en oeuvre en matière de transmission des savoirs et des compétences et d’accompagnement des jeunes. Le gouvernement a pour objectif la signature de 500 000 contrats de génération sur cinq ans dans les entreprises de moins de 300 salariés. < Ludovic Andrevon Vice-président CFE-CGC AED

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vie des entreprises SAFRAN

1er accord européen négocié

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a thématique retenue par la DG pour cette négociation de niveau européen, pionnière du genre chez Safran, était propre à être d’emblée bien accueillie par les organisations syndicales. Elle portait, en effet, sur l’intégration des jeunes dans le Groupe. Un texte très soft pour ce premier accord, où l’on trouvera essentiellement des intentions vertueuses, accompagnées d’initiatives exemplaires, les « bonnes pratiques », déjà existantes dans différentes implantations européennes Une négociation du Groupe. L’accent européenne est bien sûr mis sur formation des sur l’intégration lajeunes, mais aussi des jeunes la valorisation de dans le groupe ceux qui, en interne, les accompagneront dans leur parcours, éventuellement jusqu’à leur embauche. De même, il est prévu le développement des relations avec les écoles et les universités européennes, ainsi que des articles soulignant la démarche éthique du Groupe, concernant la promotion de la mixité, de la diversité et de l’égalité des chances, l’insertion et la lutte contre l’exclusion. Aucun objectif chiffré, mais une volonté affichée de maintenir un niveau d’embauches de jeunes qua-

lifiés d’ « ambitieux ». Seulement une déclaration, certes, mais qui ne peut laisser insensible aucun syndicaliste issu du monde de l’industrie, et soucieux pour l’avenir de ce secteur, à l’aune des 3 000 à 4 000 nouveaux entrants européens chaque année, depuis 3 ans, chez Safran. Le texte permettra, au passage, à nos collègues suisses, d’une filiale de la société Morpho, de faire partie du périmètre couvert par cet accord, alors qu’ils ne peuvent pas être représentés au Comité d’Entreprise Européen (pays hors UE). Un autre point important à souligner : la DG ouvre la porte aux organisations syndicales nationales représentatives, afin que leur vocation et leur rôle soient mieux connus des jeunes appelés à intégrer le Groupe. Quant à la méthode de négociation, elle était complètement novatrice pour tous les participants. Les représentants des organisations syndicales débattent entre eux sur le projet d’accord, en réunion préparatoire. Mais durant la plénière, en présence silencieuse de 3 représentants des syndicats français, dont un de la CFE-CGC, plus un belge, un anglais et un allemand, seul le porte-parole de la délégation (issu du

EADS : LE CHANGEMENT D’ACTIONNARIAT…

c’est maintenant… Alors que l’évolution d’actionnariat chez EADS est en cours (entrée de l’État allemand à parité avec l’État français, sortie à terme de Lagardère et Daimler, augmentation de l’actionnariat flottant à hauteur de 70 %), la Direction d’EADS annonce, d’ores et déjà, un changement dans le modèle d’entreprise, voire dans sa culture. EADS 2.0 est né. C’est sur ce dernier point que la CFE-CGC AED sera particulièrement vigilante. Après l’échec (peut-être pas tout à fait définitif...) 4

de la fusion avec BAE, le management d’EADS est tout de même arrivé à ses fins par un autre biais : rendre le groupe moins tributaire des décisions politiques et donner une part plus belle aux décisions du management. Peut-on y croire ? • La pression des marchés (actif flottant désormais à 70 % du capital du groupe) se concentrera sur la rentabilité de l’ensemble. • Le gouvernement français était actionnaire et on ne l’entendait pas en conseil d’administration.

syndicat IndustriAll) dialogue avec la Direction en faisant la synthèse des travaux et des revendications qui ont été soutenues par une majorité des organisations syndicales. Une façon de négocier très originale chez Safran, où les négociations sont traditionnellement longues, très longues… D’ailleurs, la DG en a été la plus surprise, et n’a pas tari d’éloges sur le processus ; pensez, seulement quatre séances… pour aboutir sur un accord qui devrait recevoir l’assentiment d’une très forte majorité des syndicats européens fédérés sous la bannière IndustriAll. Pour ce premier accord de niveau européen, une négociation qui a été menée presto et mezzo voce (si l’on peut dire, la perspective d’avoir des collègues italiens dans cette instance à Safran s’étant quelque peu éloignée, alors que la société transalpine Avio a préféré se rapprocher de notre partenaire GE). Le deuxième projet en piste sera indéniablement plus coriace, il s’agira d’aboutir à une GPEC sur le périmètre Europe pour le groupe Safran. < Frédéric Schwartz Membre du Comité de Groupe européen

• Le gouvernement allemand n’était pas actionnaire, mais pesait politiquement dès qu’il s’agissait de défense de l’emploi. La CFE-CGC AED suivra avec attention ce que donnera ce mélange des genres. Et puisque l’actionnariat est à la mode dans ce changement de gouvernance, la CFE-CGC milite dès à présent pour qu’une place d’importance soit donnée à l’actionnariat salarié. LES DOSSIERS DE FIN 2012 SUR : • l’avenir des aérostructures ; • le maintien dans le groupe ou non de filiales telles que EADS Test et Services ; • la centralisation des centres de décision sur Toulouse ;


nEUROn

vol historique

• la politique RH du groupe ; • la vision 2020, leitmotiv de la stratégie du groupe ; • la politique de R&D et son déploiement des deux côtés du Rhin ; • ... seront, bien sûr, toujours autant d’actualité en 2013. Si la CFE-CGC peut comprendre les évolutions dans un groupe de la taille d’EADS, ce n’est pas pour autant qu’elle comprendrait une révolution! < Ludovic Andrevon Coordinateur CFE-CGC EADS

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amedi 1er décembre 2012, mon réveil sonne à 5h30. C’est un peu tôt pour un samedi, mais il ne faut absolument pas se mettre en retard pour assister à un vol historique. Durant toute la semaine, les conditions météorologiques ne permettaient pas d’effectuer ce 1er vol, dû à un fort mistral. Les conditions givrantes ne sont pas admises et c’est en grattant le pare brise de ma voiture que je pars en toute confiance… En arrivant au poste de garde de la BA 125, le gendarme ne comprend pas la raison d’une telle affluence de voitures en ce jour banal. Il tente de comprendre, mais tous les invités jouent le jeu en expliquant que nous nous rendons simplement au travail. 7H20. Le Falcon 900 transportant Serge Dassault, Charles Edelstenne et les responsables du programme nEUROn se pose et stationne derrière le Rafale B301 en charge de suivre le vol. Le nEUROn, quand à lui, est déjà sur l’aire de point fixe pour les ultimes contrôles et préparatifs. Le jour se lève. Un vent quasiment absent, une température proche de 5°C, et un ciel exempt de nuage sont les signes d’une belle journée. Que le spectacle commence ! 8h05. Les moteurs du Rafale se font entendre. L’avion rejoint la piste d’envol tout comme l’hélicoptère Écureuil équipé d’un flir et affrété spécialement pour l’occasion. Au même moment, le Beechcraft revient de sa reconnaissance de la zone d’essai et donne son feu vert.

8h10. Décollage du Rafale. La campagne de la Crau se réveille ! En « décollage cravate », le pilote en place avant, tire sur le manche et monte à la verticale pour nous mettre dans l’ambiance. Le navigateur en place arrière doit avoir du mal à filmer… 8h15. L’instant est magique. Le nEUROn s’aligne sur la piste et roule jusqu’à la limite cruciale. Il vole ! Des applaudissements se font entendre autour des bâtiments qui donnent une vue imprenable sur la piste. La tension doit être à son comble dans les salles d’écoute où sont retransmis les paramètres de vol et les vidéos des cameras embarquées. Nous pensons aussi l’équipe qui suit le vol du Drone dans le Shelter (la station de commandement). Son rôle étant d’intervenir en cas de pannes et d’agir en conséquence. Le stress doit être insoutenable. C’est peut-être pour cette raison que

les deux pilotes ont revêtu leurs pantalons anti G ! Le Rafale B301 accompagne son apprenti qui suit son plan de vol, chargé au préalable dans ses calculateurs en direction de la Camargue. 8h30. Deux silhouettes réapparaissent à l’horizon. Le Rafale se dégage progressivement pour laisser la place à l’engagement du Drone sur sa pente d’approche. Les Alpilles en fond, le ciel bleu clair, la piste de la Crau déserte, le tableau est magnifique. Le nEUROn se présente dans un alignement parfait. L’atterrissage est imminent et … c’est en douceur que l’oiseau se pose à 8h40. Le nEUROn rejoint son aire de stationnement et coupe son moteur. L’histoire vient d’être écrite sous nos yeux. < Xavier EPENOY - Dassault Aviation

EADS ASTRIUM SERVICES :

inquiétude des salariés Lors des derniers Comité Européen EADS Astrium, CCE Astrium et CE Spot Image de décembre 2012, la direction a informé les représentants des salariés de l’engagement d’une réflexion sur « Géo-information », pour « réduire notre base de coûts et nos effectifs (environ 200) pour améliorer notre productivité de 15 % » ! Cette réflexion porte, notamment, sur l’objectif d’un seul site par pays (Royaume-Uni et France, avec une exception en Allemagne), avec, pour la France, l’étude du transfert des activités de Sophia-Antipolis vers Toulouse… Le Comité Européen a demandé et obtenu une expertise stratégique européenne sur cette activité, le rapport sera présenté à son niveau le 20 février, puis décliné en CCE et CE pour consultation… Inutile de vous dire l’inquiétude des 54 salariés de Sophia. < Marc Legrand Co-président du Comité Européen Astrium

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Dossier

INDUSTRIE SPATIALE

Perspectives spatiales 2013 La fin de l’année 2012 a apporté des réponses à un certain nombre de questions majeures conditionnant l’avenir de l’Espace en Europe. À de multiples reprises, la CFE-CGC AED est intervenue, ces dernières années, pour défendre la nécessité de poursuivre le programme Ariane 5ME et d’investir sur les technologies permettant de maintenir la compétitivité des constructeurs de satellites français.

L’industrie spatiale, c’est 13 000 emplois directs en France

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e sont plus de 13 000 emplois directs en France et l’indépendance française et européenne sur l’accès à l’Espace qui sont en jeu.

Alors qu’un euro investi dans l’Espace engendre une vingtaine d’euros de retombées dans l’économie, c’est un vecteur de croissance majeur pour l’Europe qui était dans l’expectative. Les décisions prises lors de la conférence ministérielle de l’ESA, fin novembre 2012, vont dans le bon sens : > la poursuite du programme Ariane 5ME a été actée. Ce programme, permettant d’assurer la compétitivité du lanceur européen en attendant Ariane 6, est nécessaire pour maintenir la compétitivité d’Ariane 5, et donc les emplois et les compétences des bureaux d’études lanceurs en France et en Europe ; > le lancement du programme Ariane 6, indispen-

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sable pour assurer la continuité d’Ariane 5ME dans la prochaine décennie, a été décidé. La CFE-CGC AED sera, néanmoins vigilante, à ce que les choix techniques effectués préservent les compétences développées depuis des décennies en France. En particulier, le fait que le type de propulsion retenu pour Ariane 6 soit la propulsion solide ne peut que nous inquiéter sur l’avenir de la filière cryogénique et sur des emplois associés aux Mureaux et à Vernon. > des programmes de R&D satellites majeurs ont été budgétés, tels que le projet NEOSAT, qui consiste dans le développement d’un ensemble d’équipements génériques et de technologies communes pour les futurs satellites d’Astrium et de Thales Alenia Space. La CFE-CGC s’en réjouit, bien évidemment, même si le niveau d’investissement européen en R&D reste très inférieur à celui des États-Unis, de la Chine ou de l’Inde…


Une concurrence de plus en plus intense Un grand regret cependant : alors même qu’Astrium et Thales Alenia Space ont des projets très avancés de développement de plateformes de satellites à propulsion électrique, une centaine de millions d’euros du budget ESA est consacrée au développement d’une plateforme électrique par OHB… À quoi cela rime-t-il d’aider à se développer un 3e constructeur de satellites en Europe, alors même qu’il faudrait optimiser les investissements européens ? Ainsi que cela a été souligné, mi-janvier lors du séminaire Euroconsult sur les « perspectives spatiales 2013 », la concurrence est de plus en plus intense, que cela soit dans le domaine des satellites ou des lanceurs. Poussés par les contraintes budgétaires, les clients institutionnels mettent, maintenant, la priorité sur les prix, avec une stratégie de plus en plus évidente visant à développer la concurrence en Europe. Le grand bénéficiaire de cette stratégie est OHB, PME allemande, considérée comme une alternative aux deux principaux industriels européens que sont Astrium et Thales Alenia Space. OHB est largement soutenue par le gouvernement allemand, 2ème contributeur au budget spatial européen. De plus, la plupart des opérateurs de satellites s’attachent à avoir deux fournisseurs différents pour limiter les impacts d’une défaillance récurrente sur les modèles d’un constructeur (tel que cela s’est produit il y a quelques années chez Boeing). Certains opérateurs européens, tel qu’Eutelsat, choisissent ainsi alternativement Astrium et Thales Alenia Space

pour réaliser leurs satellites. La montée en puissance d’OHB risque fort de pâtir aux deux gros industriels, les opérateurs répartissant leurs commandes auprès de trois constructeurs de satellites plutôt que deux actuellement. Au bout du compte, on pourrait assister à un jeu à somme nulle en termes d’emplois, mais avec un transfert de la France vers l’Allemagne.

Qualité et fiabilité de nos produits Ainsi que l’ont souligné les intervenants, lors du séminaire Euroconsult (ministre, DG ESA, CNES, PDG Astrium, TAS, Safran…) : « La compétitivité par l’innovation est la seule durable » ; « on pourra difficilement être en concurrence avec les pays à bas coût, mais ce qui fait notre compétitivité c’est la qualité et la fiabilité de nos produits » ; « TAS et Astrium doivent, tout en restant compétiteurs, trouver les moyens de coopérer pour être plus compétitifs ». La CFE-CGC ne peut qu’approuver ces propos. La « compétitivitécoût » est certes importante, mais seules l’innovation, la qualité, et une véritable politique industrielle spatiale européenne nous permettront de résister à la concurrence. Encore faut-il que les États et les agences mettent leurs décisions en cohérence avec leurs propos… < Thierry Préfol CFE-CGC AED, en charge de l’industrie spatiale

Pour 1 euro investi, ce sont 20 euros de retombées dans l’économie

L’INDUSTRIE SPATIALE EN CHIFFRES : > E mplois directs : 3 5 000 en Europe 13 000 en France 6 000 en Allemagne 5 000 en Italie

3 000 en Grande Bretagne 2 000 en Espagne

> B udgets Espace civil : É tats-Unis : 20 Md$ Russie : 3,3 Md$ France : 2,6 Md$ Japon : 2,4 Md$

A llemagne : 1,8 Md$ Chine : 1,7 Md$ Inde : 1,4 Md$

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C’est dans l’air

On attend Monsieur le Ministre

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e 8 janvier dernier, une délégation de l’AED a été reçue au ministère de la Défense. Cette visite faisait suite à d’autres menées, cet automne, auprès du ministère du Redressement productif et à Matignon. Nous noterons, au passage, le peu d’empressement du ministère des Finances à répondre à nos demandes de rendez-vous… En allant au ministère de la Défense, nous étions au cœur de l’actualité, et ce, même si les affaires africaines n’avaient pas commencé. Nous parlons d’actualité industrielle, et surtout budgétaire. Le monde de la Défense retient en effet son souffle, en attendant la sortie du Livre Blanc et sa déclinaison en Loi de Programmation. La dissuasion « soi-disant sanctuarisée » est appelée à contribuer à l’effort collectif. La Grande-Bretagne s’impatiente de l’inertie française concernant le futur missile antinavire léger. Elle menace explicitement de le lancer seule, ce qui aurait des conséquences sérieuses pour MBDA. Quant à l’Allemagne, elle réduit certains de ses contrats (hélicoptères, notamment) et pourrait donner des idées aux hauts fonctionnaires français… Nous avons en premier lieu plaidé pour le respect des engagements pris. Il n’est pas très difficile pour l’AED, malheureusement, d’expliquer ce que seraient les conséquences pour nos entreprises de remises en cause brutales des intentions exprimées lors des précédents exercices budgétaires. Chacun de vous les connaît pour son entreprise ou son secteur, nous ne reviendrons pas dessus. Nous avons aussi exprimé un besoin de clarté : positionnement de l’État dans le groupe EADS, relance du dialogue social chez Thales, devenir de Dassault, soutien à Sabena Technics et Cassidian, expression de besoin sur les drones, la cyberguerre, soutien aux actions de recherche, notamment, côté Onera, etc. Comme lors de nos précédentes rencontres, nous avons peut-être été entendus. Différents enjeux tels que la dualité civil / militaire, ou la tenue de la base industrielle française, sont bien mesurés au plus haut niveau de l’État. Seulement voilà : c’est le Ministre qui décide,

et en ce moment, on attend le Ministre. Voici donc nos industries dans une situation paradoxale. Alors que nos activités sont par nature à très long cycle (un avion ou un hélicoptère, ça peut durer plus de trente ans), les choix sont nécessaires à court terme, il y a peu de temps pour les exprimer, mais leurs conséquences pèseront sur la Nation pendant plusieurs décennies. Ainsi que nous le rappelait un conseiller : les compétences dans nos métiers, on met plusieurs années à les créer, on peut les perdre en quelques semaines. Ce qui n’a pas empêché qu’on nous annonce l’avis de décès de la filière cryogénique française, conséquence de la dernière conférence ministérielle sur l’Espace et des choix du CNES. À nous d’en tenir compte maintenant chez Astrium et Safran. Attendre le Ministre est peut-être nécessaire, ce n’est en tout cas pas satisfaisant. Nous espérons qu’à la date de parution du présent Bref Aéro, il se sera prononcé, et favorablement, à notre industrie. Car s’il est un message que nous relayons partout sans complexe, c’est que, globalement, notre branche ne se porte pas trop mal, mais qu’il serait désastreux de la déshabiller pour tenter d’en rhabiller une autre de manière hasardeuse. < Christophe Dumas Délégué administratif CFE-CGC AED

NOUVEAU Simplifiez -vous la vie ! Votre cotisation syndic ale par prélèvement aut omatique Vous l’utilisez sans doute déjà ... Pourquoi n’adopteriez-vous pas ce mode de paiement moderne, pratique, sûr et gratuit pour le règlement de votre cotis ation syndicale ? Comment procéder ? C’est très simp le : contactez votre section syndicale ou l’AED qui vous remettront les documents à renseigner. Bien entendu, vous gard erez la possibilité de suspendre ou d’annuler cette proc édure sur simple demande écrite un mois au moins avant la date prévisionnelle de prélè vement.

Directeur de la publication : Bernard Valette Coordinateur de la rédaction : Daniel Verdy Ont participé à la rédaction : C.Dumas, C.Viguier, C.Sibuet, M.Legrand, L.Andrevon, C.Berthiau, X.Epenoy, F.Schwartz, T.Préfol Crédits photos : © Dassault Aviation - Ph. Stroppa - EADS Astrium Bref Aéro est une publication bimestrielle de la CFE-CGC AED - 66 rue des Binelles- 92310 Sèvres - contact@snctaa.fr Rédaction, conception, réalisation : Agence L’œil et la plume - www.loeiletlaplume.com Impression: Imprimerie La Centrale de Lens Dépôt légal : février 2013 ISNN : 0293-8251 - CPPAP : 0114S 08080

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Bref Aéro 338 - Janvier, février 2013  

Bref Aéro 338 - Magazine bimestriel de la CFE-CGC AED - Conception, rédaction, réalisation: Agence L'Œil et la Plume

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