Master 2 domaine Architecture, Théorie, Critique
HABITER L’INHABITABLE CAS DE L’HABITER DANS LES RUINES DE LA SYRIE
Memoire de fin d’études . Année universitaire 2021.2022 Ecole Nationale supérieure d’architecture de Nancy
Encadrants : Emeline Curien - Mathias Rollot
1
Battikh Lina
« Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : les hésitations d’avril, l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Eschyle, les débuts d’un amour, de l’herbe sur des pierres, des mères se tenant debout sur la ligne d’une flûte et la peur qu’éprouvent les conquérants du souvenir. Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : la fin de septembre, une dame qui franchit la quarantaine avec tous ses fruits, l’heure de la promenade au soleil en prison, un nuage mimant une nuée de créatures, les ovations d’un peuple pour ceux qui montent à la mort souriants et la peur qu’ont les tyrans des chansons. Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : il y a sur cette terre, le commencement des commencements, la fin des fins, On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine. Madame je mérite, parce que vous êtes ma dame, je mérite de vivre.» M.Darwich , sur cette terre
2
TABLE DES MATIERES : Remerciement Avant propos Introduction I. Entre ruine, habitation et identité : 1.Villes mortes 2.Ruines 3.Habiter 4.Identité 5.Chez-soi II. Conditions de l’habiter 1. L’Instauration d’un dedans-dehors 2. Le visible et le caché 3. L’appropriation : 3.1. Une notion abstraite et polysémique 3.2. Origine 3.3. Entre possession et expression a. Le contrôle a.1. Territorialité a.2.S’approprier la rue b. Le marquage : b.1 . Entre symbolisme et matérialité b.2 . Marquage identitaire c. La personnalisation : c.1. Espace propre c. 2. Faire témoigner les choses c. 3.Entre permanence et singularité. d. Analyse iconographique III. Habiter l’Inhabitable : 1.Festivité : a.Polysémie et évolution b.Fonctions : b. 1 . Rupture du quotidien effervescence et cohésion sociale b. 2 . Rupture Spatio-temporelle b.3 . Rupture des normes du groupes / chaos ordonné c. Interprétation iconographique 2.Le Repas : a.Fonctions : a.1.Dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es a.2.Commensalité et alimentation a.3.Acte symbolique b. Le repas des confinés b.1. Le plaisir gustatif b.2. Le plaisir de la commensalité 1. Tous autour d’une table a . Sacré tablé b. Rapprochement physique et symbolique c. Partager un repas : Un plaisir dans les ruines IV.Conclusion et ouverture :
3
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
REMERCIMENTS
REMERCIMENTS
Je dédie ce travail à la mémoire de mon père et de mes
grands-pères. En préambule j’aimerai remercier toutes les personnes ayant participé d’une manière ou d’une autre à la réalisation de ce mémoire. En commençant par remercier Emeline Curien et Mathias Rollot qui de semaine en semaine ont réussi à trouver les mots d’encouragements, les bonnes idées, conseils et orientations mais surtout pour leur bonne humeur à toute épreuve. Je remercie tout le corps enseignant de l’Ensan, et spécialement Catherine Deschamps pour ces précieux conseils. Je tenais également à remercier particulièrement Anwar Nahlawi, et Annie Sartre pour le temps qu’ils m’ont accordé et les précieuses informations fournies. Pour terminer j’aimerai remercier toute ma famille, et principalement ma mère et ma soeur, pour leurs soutiens infaillibles, et leurs confiance en moi.
4
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
AVANT-PROPOS
AVANT- Propos Ce mémoire s’articule autour de questions relatives et résultantes des états de guerres. Un état que j’ai eu l’occasion de vivre, lors du printemps arabre en Tunisie. Étant très jeunes, ces événements m’ont beaucoup marqués et ont profondément modifié la vision que j’avais de la vie, ainsi que du territoire, de l’identité, et de l’habitat. J’ai eu l’opportunité de commencer à appréhender ce sujet autour de la guerre, lors de mon mémoire de licence, intitulé Ruines de guerre : le cas de la ville de Berlin et du Havres. Dans lequel j’ai abordé les questions relatives à la reconstruction d’après guerre. Ainsi que la méthodologie décidée par les deux architectes reconstructeurs de ces villes emblématiques. Pour ce mémoire de master, j’ambitionne une approche plus sociale et anthropologique de la relation, dans ces circonstances précaires et critiques, les personnes présentes sur place avec leurs habitations. Ce travail a été le résultat de deux semestres d’études, de plusieurs recherches, lectures , analyses et entretiens réalisés. C’est un sujet sensible, d’actualité, qui devrait nécessiter une étude sur terrain, mais qui malheureusement est impossible. La collecte d’informations au sujet de la Syrie et de la guerre qui est toujours en vigueur a été difficile. Les recherches et la documentation disponibles sont très rares, et les entretiens avec les réfugiés sont souvent déclinés pour des raisons de sécurité ou de peur.
5
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
INTRODUCTION
INTRODUCTION Les guerres de territoires peuvent offrir des paysages qui renvoient aux langages de violence, de vide, et de morts. Pourtant la vie existe bel et bien encore, dans ces villes fantômes, et ses paysages déserts. Cela fait 11 ans que le printemps arabe a commencé en Tunisie, à SidiBouzid, entraînant, des révoltes des populations arabes d’importance et d’impact variables. Les images de violence, d’injustice, de volonté de vivre, de liberté, sont toujours présentes. Certains pays, tels que la Syrie, subissent encore les conséquences d’un tel événement. “ Cigales, Sous le ciel lourd de bombardiers dans la poussière et la fumée de ruines chaudes soir après soir chantent les cigales ” 1 André Chedid
La collecte d’un ensemble d’images, montrant le quotidien, des moments de plaisir , de partage et de vie vient appuyer mon hypothèse de départ, de la réalisation de l’acte de l’habiter au sein de ces ruines a été déterminante. Et représente la première source d’inspiration du sujet de ce mémoire. Ces dernières, m’ont poussé à me demander : Comment se traduit, la vie dans ces ruines en mouvement ? Comment les habitants investissent-ils ces espaces? Peut-on réellement parler d’habiter des ruines dans ces conditions ? Mais alors que signifie Habiter un espace? Autant de questionnements en découlent. Durant les années, on a vu plusieurs propositions de reconstructions des villes syriennes pour l’après-guerre. Pourtant rares sont les publications sur l’état actuel du quotidien des habitants en Syrie. Quelques documentaires amateurs ou professionnels essaient de raconter sur une période précise, des journées vécues, en mettant au devant de la scène, l’atrocité et la violence de la guerre. La question de l’habiter n’est jamais réellement au cœur du sujet. La survie vient prendre le dessus sur l’habitation. Pourtant, abordant le sujet sous un point de vue temporel, la question de survie ici, se transforme sur le long terme et inévitablement en des questions d’habitation. Ce sujet remet en cause la signification du terme habiter. En effet, ce cas d’étude, et ses circonstances précises font revenir la notion d’habiter à ses prémices, et pousse à questionner l’essence même du terme.
Dépourvu de tout confort, de sécurité, de chez-soi. Comment ces personnes confrontées à la destruction, habitent-elles l’inhabitable ? 1.Andrée Chedid, 101 poémes contre la guerre , le temps des cerises 2003
6
Dans l’ambition de répondre à cette problématique, et dans un premier temps nous allons mettre au clair et définir des notions complexes et nécessaires à la compréhension du développement du mémoire. Après avoir précisé ces notions, nous ferons ressortir trois conditions nécessaires à la réalisation de l’acte d’habiter, qui se terminera par une analyse, qui a pour but de remettre en situation de guerre, les éléments tirés au cours de ce premier approfondissement d’idées. Enfin, et pour conclure, nous verrons comment des actions du quotidien (qui ont été tirées et choisi suite au visionnage du documentaire, Pour Sama de Waed el Kaeteb, de la lecture de la route de Cormac Mccarthy ainsi que de la collecte iconographique réalisée au début du mémoire ) peuvent représenter des événements et des symboles participant à la création du sentiment d’habitation et notamment dans des circonstances précaires. Afin de mener à mieux ce travail, plusieurs méthodologies ont été mises en pratique. Ceci est également dû au manque de documentations disponibles sur ce sujet, et implique alors un travail de collecte, d’entretiens, et de création de données. En ce qui concerne la première partie, la méthodologie choisie est un travail de compréhension, hiérarchie d’analyse et d’interprétation d’idées tirées de la lecture d’ouvrages précis, qui seront cités au début de chaque chapitre. La suite du travail sera structurée grâce à l’analyse d’ouvrage, la réalisation d’entretiens, mais également , une étude iconographique menée, permettant la création d’outils et de matériaux d’analyse.
Un cratère de bombe sert de piscine aux enfants d’Alep. Image issue de Tdg, Syrie . Image issue de : https://www.tdg.ch/monde/asie-oceanie/cratere-bombe-sert-piscine-enfants/ story/19162817
Mohammad s’assied parfois dans son appartement détruit à Alep pour écouter son gramophone, Image issue de DH. Image issue de ; https://www.dhnet.be/actu/monde/l-incroyable-photo-mohammad-s-assiedparfois-dans-son-appartement-detruit-a-alep-pour-ecouter-son-gramophone-58c554c8cd705cd98de6c790
Le marionnettiste Walid Rashed joue un spectacle pour des enfants syriens au milieu des décombres de la ville, à Saraqib, en mars 2019. — ANAS ALKHARBOUTLI/DPA POUR UNOCHA. Image issue du : https://www.20minutes.fr/medias/diaporama-15166-photo-1150061-photojournalisme-la-programmation-des-expositions-au-33e-visa-pour-l-image-de-perpignan
Un magasin récemment rouvert au milieu des ruines d’Alep en juillet 2017 Image issue du Middle east eye : https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/apres-la-guerre-qui-financerala-reconstruction-de-la-syrie
7
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Pour entamer ce mémoire, il semblait pertinent de définir quelques notions, qui peuvent à la fois paraître évidentes mais en même temps difficiles à cerner. Ces notions seront présentes tout le long du mémoire, et constituent des composantes majeures dans la réflexion portée sur celui-ci. Dans un premier temps, il m’a paru important de définir une nomination, que j’ai rencontré au commencement de ma réflexion, et qui a de manière très claire participé à l’évolution de ma problématique. Cette appellation est celle des villes mortes du Nord de la Syrie.
I. ENTRE RUINE , HABITATION et IDENTITÉ 1. Villes mortes : Remontons aux origines : J’ai commencé ma réfexion sur le sujet, en me questionnant sur le quotidien, dans les ruines modernes de guerre, des habitants de la Syrie. C’est ainsi qu’en débutant mes recherches, j’ai rencontré à plusieurs reprises ce terme, dans diverses publications et articles. Je me suis alors posée la question de Quel lien entretient cet espace avec la problématique du quotidien dans les ruines? Une première définition historique et géographique est importante à la compréhension globale de ce lieu.
Géographie : Le massif calcaire accueillant ces sept villages s’étend sur une superficie de 5 500 kilomètres carrés, sur une longueur totale de 150 km couvrant du nord au sud et 50 km de largeur d’est en ouest. Il est entouré de vallées. Au sud, la vallée de l’Oronte et au nord celle de l’Alfrin. Les collines structurantes culminent entre 400 et 500 m d’altitude avec des monts dépassant parfois les 800 m. L’ensemble se divise en 3 régions : le sud, le centre et le nord. Au nord, on retrouve la région caractérisée par le djebel ( signifiant montagne en arabe ) Se’man et le djebel Halaqa. Le centre quant à lui, est reparti et organisé en trois parties : d’ouest en est le djebel Duwayli et le djebel Wastani, le djebel il-Ala ainsi que le mont Teltita au sud, et enfin le djebel Barisha à l’est. “ Sur ces plateaux ondulés, faillés et dénivelés, dont l’altitude varie entre 600 et près de 1 000 mètres, on a recensé plus de sept cents sites antiques. Parmi eux, une soixantaine est dans un état de préservation si remarquable que de nombreuses constructions antiques offrent encore des élévations de six à huit mètres, avec des murs conservés jusqu’à leur corniche faîtière ; seules manquent les parties en bois, poutres soutenant les planchers et charpentes portant les tuiles. ” 2 Ce plateau avec sa géomorphologie caractérisée par l’érosion de roche, a toujours été peu peuplé, ne pouvant convenir qu’à une agriculture extensive. Des oliviers, des vignes ont été cultivés principalement. Les céréales ne pouvaient l’être que dans quelques régions. De plus, la région ne possède pas de rivière et la présence de puits profonds est rare. Les populations se sont adaptées à ses conditions géo-climatiques en construisant des citernes, pour profiter de l’abondance des précipitations l’hiver. 2. George Tate, les villages oubliés de Syrie du Nord,Février 1999 Copyright Clio 2021 https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/pdf/pdf_les_villages_oublies_de_la_syrie_du_nord.pdf
8
djebel Sim’ an
AFRIN Afrin
TURQUIE
ALEP
djebel Barisha
Oronte
IDLIB
djebel Wastani
djebel Zewiya SYRIE
fig 1 : carte montrant la situation géographique de la région des villes mortes . Document personnel
fig 2 : carte montrant l’emprise et la délimitation de la région du massif calcaire de la région des villes mortes . Document personnel
Djebel Sem’an
AFRIN PARTIE NORD
Djebel Hamaqa Djebel Barisha
ORONTE
ALEP
PARTIE CENTRALE
Djebel Westani
PARTIE SUD
Djebel Zawiye
fig 3 : carte montrant la décomposition en trois parties ( Nord, centrale, Sud ) de la région du massif calcaire de la région des villes mortes . Document personnel
9
Histoire :
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Les villages antiques du Nord de la Syrie, ou communément appelées villes mortes , représentent un ensemble de villages en ruines, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elles datent de l’antiquité tardive et de l’époque byzantine. Elle se localise au nord-ouest de la Syrie, en plein dans le massif calcaire. La civilisation habitant ces villages ( 7 au total ) jouissaient d’un développement et d’une infrastructure très développée au sein de ces derniers. La présence de plusieurs bâtiments publics existaient et rythmaient la vie quotidienne de la société. L’apogée de ces communautés rurales s’est faîte vers le IVe siècle, grâce notamment à un développement économique dû au commerce de vin et d’huile d’olive. Elles représentent un acropole archéologique, de villages des époques romaine et byzantine, elles ont prospéré le temps du règne de ces deux civilisations. Puis ont connu, une première fois les invasions perses en 611, puis une deuxième fois en 636 où, elles ont été entièrement abandonnées. Villes Chrétiennes, on peut apercevoir gravés un peu partout des croix, ou encore des chrismes. La caractéristique principale de tous ces villages, indépendamment de leurs tailles, ou de leurs importances, était comme vu précédemment, très bien équipés. On peut y trouver au minimum une chapelle, une église ou des couvents isolés comme à Bureij qui signifie petite tour. Au cours des années, ces villages se sont dépeuplés petit à petit, deux théories principales ont été proposées dans le but d’expliquer ce dépeuplement de ces sites au Xe siècle. Les deux ne sont pas vérifiées et restent sujettes à débat. La première est soumise par le père Joseph Mattern, de l’Université jésuite Saint Joseph de Beyrouth. Il suppose que le haut plateau était couvert de forêts, première source d’alimentation, pour la population. Elles ont subi la rage des hordes de l’Est, lors de la seconde évasion. Au cours de cette dernière, l’ennemi avait mis le feu dans les plateaux et condamné ainsi tout le terrain, et par ce fait obligé les habitant à fuir. La seconde s’y oppose et est soumise par Georges Tchalenko, qui a publié entre autres, trois volumes de planches regroupant des images et textes au sujet des Villages Antiques de Syrie du Nord. Il affirme que ce plateau n’a jamais été boisé naturellement, mais uniquement planté de main d’homme. Je le cite : « En réalité, c’est à des circonstances historiques et non physiques qu’est liée la décadence de la région. C’est parce que celle-ci était propre à la culture de l’olivier, et impropre à celle des céréales, qu’elle a été prospère à une époque où la monoculture était rémunératrice, et qu’elle a été abandonnée lorsque le pays a dû tirer de sa seule terre son pain quotidien. »3 Dans cette explication proposée par l’archéologue qui défend l’hypothèse que le site n’était pas propice à une culture autre que celles des oliviers, et qui limitait alors la population dans son évolution agricole et sociale. La poussant alors à chercher de meilleurs terrains autre part. Cette thèse peut être supportée par la trouvaille de plusieurs pressoirs à huile datant de la période byzantine . La culture ou alors monoculture, si l’on croit Georges Tchalenko, de l’huile d’olive représentait le principal apport économique de cette civilisation. Une fois abandonnés ces villages, grâce à leur situation géographique excentrée des autres grands pôles d’habitation, ont pu être préservés de toute détérioration. grands pôles d’habitation, ont pu être préservés de toute détérioration. 3.Georges Tchalenko, , Institut français d’archéologie du Proche-Orient, Villages antiques de la Syrie du Nord : Le massif du Bélus à l’époque romaine, 1 janvier 1953, P. Geuthner (1 janvier 1953)
10
Entre les murs du passé :
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Mon intérêt pour ce site dépasse son histoire ou sa géographie. Il se porte sur un phénomène qu’il a vu naître après le déclenchement de la guerre. A partir de l’année 2012, ces sites ont été lieu de réinvestissement par des réfugiés syriens, fuyant les grands centres en guerre. Sorti de l’oubli, ces sites se voient être à nouveau, lieu de vie. Les familles viennent chercher refuge, derrière ces murs épais de pierre. Plusieurs types d’appropriation sont nés, créant même à nouveau une micro société, et des liens entre les différents villages. On a vu naître une école, dans un ancien tombeau, « Ici, entre les débris des choses et le rien, ou encore à Sergilla où les habitants ont investi nous vivons dans les faubourgs de l’éternité. des bâtiments dans les rochers et ont creusé des Nous jouons parfois aux échecs, latrines au centre du village antique. 4 insouciants du destin derrière la porte.» Cette migration m’a poussé à me questionner sur la raison de ce choix de localisation. J’ai émis l’hypothèse que ce choix était une volonté inconsciente, de vouloir se reconnecter avec ses racines et d’éprouver un sentiment d’appartenance, de sécurité derrière ces murs qui ont survécu durant des siècles. Cette théorie était initialement fondée sur les dires d’Annie Sartre, historienne, et professeur,qui dans le documentaire Syrie : les derniers remparts du patrimoine, défendait la puissance du lien que cultivent les syriens avec leur histoire et leur patrimoine. Sophie Cluzan, conservatrice au musée du Louvre, parle également du lien entre syrien et patrimoine. Je la cite : “ Le peuple syrien a une relation organique très forte avec son patrimoine, si l’on va sur les sites archéologique dans les régions, on voit les populations qui vivent dans les ruines ” Cette théorie a été mise en question par des entretiens réalisés avec un étudiant syrien à l’école d’architecture de Nancy Anwar Nahlawi et avec également Annie Sartre. Les deux insistent sur le fait qu’avant le déclenchement de la guerre, les syriens n’étaient pas forcément intéressés par le patrimoine. Selon Anwar 58 , en Syrie le problème de l’illettrisme et de la pauvreté était la cause de l’ignorance générale sur l’histoire et le patrimoine du pays. L’intérêt premier, à son avis, de ses familles est de se loger et de se mettre à l’abri, sûrement pas la recherche de sentiment d’identité. Annie Sartre, confirme ces dires. “ Alors là, c’est pour des raisons de sécurité, parce que beaucoup de villages ont été bombardés dans la région d’Idlib, toute cette région du nord de la Syrie, et ils estiment qu’ils sont plus en sécurité dans les ruines, en espérant que ça, c’est un vœu pieux que les avions ne viendront pas bombarder les ruines. Ça, ce n’est pas gagné. ” 5 Cette théorie est encore plus réfutée avec la découverte d’articles, dans lesquels les réfugiés témoignent de leur besoin de sécurité et de calme. Un article publié dans le Figaro, de l’installation d’une famille dans les ruines byzantines du site de Baqarah. L’homme questionné sur la raison de sa présence affirme qu’il fuit les endroits surpeuplés ou la maladie prédomine dans les camps. Il précise qu’il a choisi ces ruines, car elles sont proches des frontières turques, où en cas d’évasion, il pourrait fuir. “J’ai choisi cet endroit pour son calme, loin des endroits surpeuplés où grouillent les maladies ”6 4.Mahmoud Derouiche, Le lanceur de dés et autres poémes , ACTES SUD (24/04/2010) 5.Annie Sartre, entretiens voir annexe minute 31.04 6.Abdelaziz al-Hassan, En Syrie, des réfugiés préfèrent les ruines romaines aux camps de déplacés, Le figaro, Publié le12/11/20, 06:00 11 https://immobilier.lefigaro.fr/article/en-syrie-des-refugies-preferent-les-ruines-romaines-aux-camps-de-deplaces_7f3f9cda-
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : http://www.mazavaroo.mu/international_article/fuyant-une-guerre-moderne-les-syriens-cherchent-refuge-dans-des-ruines-anciennes/
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : http://www.mazavaroo.mu/international_article/fuyant-une-guerre-moderne-les-syriens-cherchent-refuge-dans-des-ruines-anciennes/
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : https://www.seattletimes.com/nation-world/fleeing-a-modern-war-syriansseek-refuge-in-ancient-ruins/
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : https://www.seattletimes.com/nation-world/fleeing-a-modern-war-syriansseek-refuge-in-ancient-ruins/
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : https://www.seattletimes.com/nation-world/fleeing-a-modern-war-syriansseek-refuge-in-ancient-ruins/
Vivre dans un temple en ruine, plutôt que dans les camps surpeuplés Image issue de : https://www.dailymail.co.uk/news/article-8941511/Syrianrefugees-shelter-ancient-temple-dedicated-Zeus-live-overcrowded-camp. html
12
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Suite à ces discussions, et à cette opposition de propos sur le sujet, je me suis alors posée la question de ce qui rendait ces ruines habitables ? Quelle est la signification de l’habiter ? et quelles sont ses conditions? Dans la deuxième partie des définitions nous allons nous consacrer à définir en s’appuyant sur la lecture d’ouvrages précis, qui seront cités en préambule de chaque définition. notion d’habiter.
I. ENTRE RUINE , HABITATION et IDENTITÉ 1. RUINES Au cours de mon mémoire de licence, j’ai eu l’occasion de traîter la notion de la ruine, sur le sujet de la reconstruction des ruines de guerre, en Allemagne à ¨Berlin et en France au Havre. Cette définition ainsi que la distinction qu’elle permet, est toujours pertinente. La définition présentée ci dessous est tirée du mémoire les ruines de Guerre, de Lina Battikh “ La ruine de son étymologie Ruina est sémantiquement définie en tant qu’un état. Un état de décombre, de destruction , d’altération et de dégradation. Larousse la définit en tant que Vestiges. “ Vestiges et décombres d’un édifice en partie écroulé ” Le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales nous offre une deuxième définition. La ruine est “ Effondrement partiel ou total d’une construction ou d’un ensemble d’édifice à la suite d’une dégradation naturelle, d’une destruction volontaire ou accidentelle. ” Le terme Destruction lui est attribué en tant que synonyme. Cette définition sous-entend l’existence de deux types de ruines. Les deux sont le résultat de destruction, mais l’une est naturelle, et l’autre provoquée. Elle est appuyée et soutenue par Alain Schnapp. Historien et archéologue français, qui lors de la colloque Archéologie de la violence: Violence de guerre, violence de masse, essaie de nous initier au concept de la ruine, explique la fonction, le champ sémantique et la philosophie de la ruine. Qu’il définit en tant que reste de quelque chose qui a été et qui s’est transformé. Il nous explique à travers deux textes de Pontalis qu’il existerait deux types de ruine. Ces deux ruines provoquent différents sentiments et sont en relation directe avec le temps. Pontalis distingue, la ruine du réconfort et la ruine de la désolation. “ Il y a ruines et ruines. Celles propices à la douce mélancolie à la nostalgie : le monument- le temple, château, donjon, abbaye ... ” Jean-Bertrand Pontalis.Ce temps qui ne passe pas: suivi de, Le Compartiment de chemin de fer,Gallimard, P 126. . Ces ruines du réconfort, sont les ruines des cités antiques, la preuve du temps passé, et la nostalgie des civilisations. Les ruines des poètes et du repos. 2. George Tate, les villages oubliés de Syrie du Nord,Février 1999 Copyright Clio 2021 https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/pdf/pdf_les_villages_oublies_de_la_syrie_du_nord.pdf
13
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Quant aux ruines de la désolation, il nous parle des ruines des temps modernes, les ruines provoquées par l’homme, les guerres. Il les appellera les ruines du mal absolu. Elles représentent la trace de ce qui ne peut plus rester. “ Mais errer dans une ville bombardée, sinistrée, dans un quartier détruit, déserté de ses habitants nous accable …’’.. Jean-Bertrand Pontalis, Ce temps qui ne passe pas: suivi de, Le Compartiment de chemin de fer,Gallimard, P 126.
Un aspect semble important dans la distinction entre ces deux ruines.Le temps, est un facteur déterminant. Dans les ruines du réconfort, le temps a pris son temps, et c’est ce qui provoque cette impression de repos. Par contre pour les ruines de la désolation, le temps nous surprend, le temps manque, et on a cette impression d’inachevé. “ Mais la vision du chantier de construction laissé à l’abandon nous indigne.. Inachevée, mais inachevée à jamais, le temps ne lui aura donc pas été laissé de devenir une ruine. ” On retrouve cette notion de ruines modernes chez Henri-Pierre Jeudy, dans la préface de l’ouvrage. Le rien en architecture, l’architecture du rien ‘’ de Joseph Nasr. Il écrit “ Si on considère habituellement que les ruines des cités antiques, comme celles de Palmyre en Syrie, expriment toute la magnificence des civilisations disparues, qu’en est-il des ruines du temps présent, de ces ruines que provoquent les guerres et les désastres ? ” Joseph Nasr, Le rien en architecture, l’architecture du rien, Préface de Henri-Pierre Jeudy, l’Harmat-
Image issue de https://www.bnf.fr/fr/lart-des-ruines-les-ruines-en-art Louis-François Cassas. Vue de l’Arc Triomphal de Titus (1801)
Image issue de https://lequotidien.lu/monde/syrie-kobane-sous-lecontrole-des-forces-kurdes-est-en-ruines-video/ AFP
Image issue de https://www.bnf.fr/fr/lart-des-ruines-les-ruines-en-art Louis-François Cassas.Vue d’une partie des Ruines du Temple de Junon à Agrigente, ca 1801
Image issue de https://lequotidien.lu/monde/syrie-kobane-sous-lecontrole-des-forces-kurdes-est-en-ruines-video/ AFP
6. Battikh lina, les ruines de guerre, p 12-14, Mémoire de licence, école nationale supérieure d’architecture de Nancy, Ensan, issu , publié le 9 mars 2021 https://issuu.com/linabattikh/docs/210210_battikh_lina_ruines_de_guerre
14
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Dans l’intention de définir cette notion complexe qu’est l’habiter, sujette à débat depuis des décennies. Nous allons nous appuyer principalement sur le fameux essai Bâtir, Habiter Penser 7, de Martin Heidegger. Pour ce faire, il faudrait en premier lieu soulever la distinction entre habiter et loger, pour parvenir à définir la notion d’habiter. Perla Serfaty Garzon avec “ Habiter ” 8 et Gaston Bachelard “ La poétique de l’espace ” 9 seront également cités précisant la relation entre habiter et identité relevée par Heidegger.
I. ENTRE RUINE , HABITATION et IDENTITÉ 1.HABITER OU ETRE LOGER En vue de spécifier la notion d’habiter, Heidegger défend l’importance de bien distinguer la notion d’habiter de celle de se loger. Deux notions, qui dans nos sociétés contemporaines, et encore davantage dans la société moderne peuvent être entendues comme étant des synonymes. Or la notion d’habiter est différente en tout point de celle d’être loger. “La maison est notre coin Un logement est entendu, par le spécialiste , en tant qu’un local, une du monde. C’est notre pre- enveloppe, dénuée de sens. mier univers et un véritable Un contenant dans lequel on vient insérer des contenus. Loger sicosmos.” gnifie alors uniquement contenir. Un logement peut également faire référence à l’abri ou à l’achèvement du sentiment de sécurité. Ce -Gaston Bachelardqui pour le philosophe relève de l’instinct animal de s’abriter. Or l’habiter est bien ce qui distingue l’humain de l’animal. La représentation collective selon laquelle, l’habitation en tant que possession d’un logement n’est pas , selon le philosophe allemand concevable. Elle induit et sous-entend que l’acte d’habiter est un comportement relatif à l’humain, au même statut qu’un ensemble d’autres comportements. Le Corbusier, propose dans la Charte d’Athènes, sous le thème de la ville fonctionnelle, propose quatres fonctions urbaines nécessaires : “ Les clefs de l’urbanisme sont dans les quatre fonctions : habiter, travailler, se recréer (dans les heures libres), circuler. ” 10
autres Circuler Habiter Travailler
comportements humains
HABITER Fig4: Schéma montrant les clefs de l’urbanisme selon Le Corbusier. Document personnel
Fig5 : Schéma représantant la definition de Heidegger de l’habiter en tant que socle fondateur de tous les autres comportements humains. Document personnel
7. Martin Heidegger, Bâtir habiter penser, essais et conférences de Martin Heidegger 1951, août , Darmstadt, Gallimard. http://palimpsestes.fr/textes_philo/heidegger/habiter.html 8. Perla Serfaty-Garzon, Habiter, dans Dictionnaire critique de l’habitat et du logement, sous la direction de Marion Segaud, Jacques Brun, Jean Claude driant, Paris editions Armand Colin, 2003 p 213-214 http://perlaserfaty.net/texte9.htm 9. Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, Presses universitaires, 2018 10. Le Corbusier, Chartes d’Athènes 1933, Point essais 1971
15
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE. I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Cette théorie, très fonctionnaliste, s’oppose en tout point à celle proposée par Heidegger. Pour lui, le fait d’habiter n’est pas un comportement entre plusieurs autres comportements, tous sur le même pied d’estale, ou encore à l’intérieur d’une série de comportements. Ce dernier, représente le fondement même de tout comportement ou série de comportement, il représente, le socle de la pyramide des comportements.Ce qui préside toute action, et tout état. En ce sens, Heidegger, précise que habiter ne représente en rien, comme sous entendu dans la théorie corbuséenne, une fonction. L’acte d’habiter représente pour lui une condition. Il le jugera en tant que : “ le trait fondamental de la condition humaine ”11 Il précisera son propos en disant, que finalement habiter n’est rien d’autre que être. L’homme, dans sa condition la plus primitive, n’est rien d’autre qu’habitant de la terre. “ La façon dont tu es et dont je suis, la manière dont nous autres hommes sommes sur terre est le buan, l’habitation. Être homme veut dire : être sur terre comme mortel, c’est-à-dire : habiter. [...] L’homme est pour autant qu’il habite. ”12 Perla Serfaty parle également de cette relation biologique entre l’être et l’habiter. Exister, est une action inscrite dans un moment donné, dans un lieu donné. Ce qui veut dire, situé, localisé mais aussi au sein d’un groupe ou une communauté, dans une temporalité donnée. Elle complète en relevant le caractère égocentré de l’action d’habiter. Cette action s’organise autour d’un centre, l’homme. A partir de ce centre, l’habitation est structurée, délimitée, significative. A partir de ce centre, des éléments seront éloignés et d’autres rapprochés. Revenons à Heidegger, qui appuie encore ce propos grâce à une analyse étymologique, démontrant la racine commune entre le verbe bauen ( habiter ) et bin ( être ) . Il faut préciser néanmoins que la question d’habiter ne se réduit pas uniquement à être sur terre. Ce n’est que le premier aspect de l’acte d’habiter. Nous verrons, dans la suite du mémoire, les autres particularités constitutrices de l’acte de l’habiter.
2. Habiter : socle fondateur de l’identité Cette relation entre identité et habitation a été relevée par Gaston Bachelard dans La poétique de l’espace où il traite le sujet de la maison natale, qu’il associe à une individualité, voire à une identité. Pour Bachelard on habitue à travers nos rêveries, nos songes, nos habitudes et nos souvenirs. “ La maison natale est plus qu’un corps de logis, elle est un corps de songes. Chacun de ses réduits fut un gîte de rêverie. Et le gîte a souvent particularisé la rêverie. Nous y avons pris des habitudes de rêverie particulière. La maison, la chambre, le grenier où l’on a été seul, donnent les cadres d’une rêverie interminable, d’une rêverie que la poésie pourrait seule, par une oeuvre, achever, accomplir.’’ 13 12. Martin Heidegger, Bâtir habiter penser, essais et conférences de Martin Heidegger 1951, août , Darmstadt, Gallimard. http://palimpsestes.fr/textes_philo/heidegger/habiter.html 13.Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, Presses universitaires, 2018
16
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
La maison trace est lieu de mémoire. La maison d’enfance, indépendamment de toutes les formes ou expériences différentes possibles, elle possède une immense charge affective. Cette dernière, constitue la base et le commencement de la construction de l’identité. Toute tentative à habiter autre que sa maison d’enfance, se fera en fonction de la mémoire de cette dernière. Michel de Certeau a également abordé ce thème. Il précise dans L’invention du quotidien, que nos expériences de vie, nos souvenirs, les différents logements qu’on pratique au cours de nos vies, nous marquent et habitent à leurs tours en nous. Pour constituer notre être. Finalement, on habite un espace à travers ce qui nous a habité. “ Nos habitats successifs ne disparaissent jamais totalement, nous les quittons sans les quitter, car ils habitent à leur tour, invisibles et présents, dans nos mémoires et nos rêves ” 14 Nous transportons avec nous cette identité, et ces manières d’habiter inculquées. La maison natale est alors le lieu où l’expérience d’habiter voit le jour, on pourrait dire, que c’est la machine à apprendre à habiter. Cette relation à l’identité et la mémoire, du statut de l’espace habiter. Comment se caractérise ces espaces ? Est ce que tout espace habité, représente forcément une identité, une histoire et donc un chez-soi ?
14. Michel De Certeau, l’invention du quotidien II, folio essais, p210
17
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Dans l’ambition de comprendre ce que représente la forme la plus complète de l’habiter, qui se traduit, dans le chez -soi. Nous allons tenter de définir cette notion, qui peut sembler évidente, mais est souvent difficile à définir. Pour ce faire, nous nous appuyons sur l’ouvrage de Perla Serfaty Garzon, le chez-soi : habitat et intimité.
I. ENTRE RUINE , HABITATION et IDENTITÉ 3. Chez-soi : Serfaty commence par décortiquer le terme chez-soi. Le terme se compose de deux pôles . Le premier est celui du mot chez qui traduit la notion de la maison et qui dérive du latin casa. Quant au deuxième pôle constitué du pronom personnel soi , renvoie à une intériorité. “ l’expression française véhicule deux questions distinctes mais déjà reliées : celle de la maison, qui traduit l’essence même du « home », est véhiculée par le mot « chez » qui dérive du nom latin « casa ». L’autre est celle transmise par le pronom personnel «soi » qui renvoie à l’habitant, à sa maîtrise de son intérieur, mais aussi à sa manière subjective d’habiter. Le chez-soi est ainsi plus que le « home ». ”15 Le soi représente alors, une identité, des capacités et une intimité. Suivant cette logique le chezsoi abrite alors ce qui caractérise la conscience de l’être, ses potentialités, et ses faiblesses. Lieu d’expérimentation, et de construction identitaire. En résumé ce fil rouge, le chez-soi représente alors, un lieu d’expression de l’être. Cela représente la manière la plus authentique et personnelle d’exprimer un mode de vie, des processus qui englobe à la fois une expression, un espace matériel, et celui qui s’exprime.
CELUI QUI S’EXPRIME
Autrement dit, cet espace d’expression ne peut pas relever uniquement de la maison. Plusieurs lieux d’expressions du soi peuvent être cités comme l’atelier d’artiste, un espace d’écriture, une feuille, une bibliothèque, un studio de danse, un lieu de travail. Fig6: Schéma montrant les trois composantes proposées par la définition de Serfaty, constituant les pôles du chez-soi Document personnel
CHEZ - SOI LIEU DE L’EXPRESSION DE L’ETRE
ESPACE MATERIEL
15. Perla Serfaty Garzon, Le chez-soi, les territoires de l’intimité ( sociétale ) , Armand Colin http://www.perlaserfaty.net/texte7.htm
EXPRESSION
18
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
I.ENTRE RUINES,HABITATION ET IDENTITE
Le chez-soi, en tant qu’expression de l’être ne représente pas la forme ultime de l’habiter. Mais plutôt l’une des conditions nécessaire à l’atteinte de ce dernier. Les différentes définitions éclaircies, poussent à interroger encore plus l’habitabilité de ces espaces, qui de prime abord, ne permettent pas la réalisation de ce dernier. Si l’on se réfère à la définition du premier type de ruine, vue précédemment comme ruine de nostalgie et de mémoire. l’acte d’habiter, définie en tant que tel semble possible. Par contre, en ce qui concerne les ruines de désolations, et suivant la définition de l’habiter et du chez-soi, comment ces lieux peuvent-ils contenir toutes ces caractéristiques, de sécurité, d’identité et d’expression, nécessaires à la création d’une habitation. Quels sont les dispositifs mis en place, afin d’habiter ce qui pourrait être jugé de inhabitable ?
19
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
Habiter signifierait alors être actif, fournir des efforts afin de participer à modeler, constituer, et créer ce qu’on qualifierait d’habitation. Cette habitation représente le nid de l’identité et du soi. La notion de l’habitation, intègre celle du chez-soi qui à son tour comprend celle de l’intimité. G.Bachelard dans son ouvrage la poétique de l’espace, parle de l’expérience de l’habitat comme la traduction même de l’intimité. Le sentiment de sécurité seul ne suffit pas , comme vu précédemment, à définir une habitation, ce n’est qu’une fois accouplé à un sentiment d’intimité et d’intériorité, que l’habitation naît. Les deux ensembles représentent les piliers même de la fondation d’une habitation. Comment se manifestent ces deux conditions premières dans l’élaboration de l’habitation ?
II. LES CONDITIONS DE l’HABITER Ambitionnons de répondre à cette problématique nous nous appuierons principalement sur l’écrit de Perla Serfaty, chez soi, les territoires de l’intimité, où elle décompose l’habiter à travers trois conditions majeurs: “ Habiter signifie donc être actif, agir sur le vaste espace du monde pour le qualifier et constituer son habitation, pour enclore celle-ci et en définir le seuil, l’intérieur et l’extérieur, pour en moduler l’ouverture et réaliser l’hospitalité. L’individu fait sortir du monde environnant les éléments qui vont former son habitation, en éloigne des parts et se rapproche d’autres. ” 16 De cette citation, nous pouvons faire ressortir les trois axes structurant l’habitation 1. l’instauration d’un dedans- dehors 2. Le cacher et le visible 3. Le processus de l’appropriation de l’espace. Nous allons analyser en profondeur ces axes et principalement, le premier l’instauration d’un dedans-dehors, et le troisième qui est le processus de l’appropriation. Le deuxième axe sera traité de manière plus sommaire, car plus relatif et dépendant des différentes cultures et traditions, comme nous allons le voir par la suite. Cette analyse sera réalisée à travers une décomposition iconographique de situations capturées en Syrie au moment de la guerre. limite dedans dehors
LES CONDITION DE L’HABITER
cacher / visible
Appropriation
Fig6: Schéma montrant les trois composantes proposées par la définition de Serfaty, constituant les conditions de la réalisation de l’acte d’habiter Document personnel
16.Perla Serfaty-Garzon, Habiter, dans Dictionnaire critique de l’habitat et du logement, sous la direction de Marion Segaud, Jacques Brun, Jean Claude driant, Paris editions Armand Colin, 2003 p 213-214 , http://perlaserfaty.net/texte9.htm
20
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
1.L’instauration du dedans-dehors : Revenons sur la notion d’intimité. L’intime “ intimus” peut être traduit par ce qui est le plus intérieur, or l’intérieur “ interior ” évoque ce qui a rapport avec le dedans, son existence nécessite obligatoirement, un extérieur. La notion d’intérieur , du dedans, implique alors celles de limites et de frontières. Qu’elles existent entre une maison et son environnement, ou encore du soi (corps ) avec son environnement. “ entre l’intime et l’intérieur, la différence n’est que de degré, puisque « Votre maison est l’intime (intimus) est le superlatif - « ce qui est le plus intérieur » - et « votre corps déployé. 17 Elle s’épanouit au soleil interior » le comparatif ” et dort dans le silence L’intime dans sa définition moderne, renvoie au retrait, et à une sociade la nuit.» 20 bilité sélective. La maison avec ses limites, ainsi que son imaginaire de retrait et et d’intimité domestique, est de nature un espace intérieur. En mettant en place cette distinction et en identifiant un dedans détaché d’un dehors permet alors naturellement de questionner des notions relatives au passage, aux limites et à la protection qui s’opèrent entre ces deux pôles. L’intérieur dans sa définition en tant que lieu distinct, qu’espace privé et protégé des obstacles physiques ou encore psychologiques gagne alors de l’importance par rapport à l’extérieur. Ces limites mettent en exergue la frontière entre les deux mondes. INTIME INTERIEUR La maison devient lieu propre et délimitée, permettant une séparation et éloignant en mettant à distance les tensions 18 et dangers du monde extérieur de la tranquillité de l’espace intérieur. La maison est alors perçue comme refuge, espace de repli du soi et de sécurité.
“ Ces limites permettent d’opérer une séparation entre la tension excentrique du monde extéINTERIEUR DEDANS rieur et la tranquillité « centrique » de la maison ” 19
INTIME
INTERIEUR echanges
INTERIEUR
INTERIEUR
EXTERIEUR
DEDANS
Fig7: Schéma montrant la relation entre intime, intérieur et dedans . Document personnel
Fig8 : Schéma montrant les échanges entre interieur et exterieur Documents personnel 17.Perla Serfaty Gazon, Le chez-soi, les territoires de l’intimité ( sociétale ) , Armand Colin http://www.perlaserfaty.net/texte7.htm 18. Terme utilisé par Sabine Vassart, Habiter , Pensée plurielle 2006/2 (no 12), pages 9 à 19 https://www.cairn.info/revuepensee-plurielle-2006-2-page-9.htm 19.Ibid 20.Khalil Gibran , le Prophéte 1923, OuestFrance Citations 21 https://citations.ouest-france.fr/citation-khalil-gibran/votre-maison-votre-corps-deploye-116787.html
INTERIEUR
EXTERIEUR
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
Un double mouvement, cependant, est engendré par l’installation de ces limites. La première fait écho à la première spécificité de la définition moderne de l’intimité, comme vu un peu plus haut, qui est le retrait. Un repli sur soi, et une privatisation. Ces dernières vont s’exprimer par la mise en place d’éléments signifiant la frontière. On pourrait citer en exemple les grilles, des fenêtres; des portes par exemple. Ces éléments permettent d’une part d’affirmer un contrôle mais également un maintien du soi. Le domicile apparaît alors grâce à la mise en place de ses frontières entre cet intérieur représentant un espace maîtrisé et un monde inconnu et incontrôlé , le dehors. C’est le moi qui établit les règles, qui pose les limites, qui décide de la présence ou non et jusqu’à ou de l’autre. Le domicile c’est le soi qui se protège de l’autre. “ Dans cette perspective, partir de chez soi prend le sens d’une prise assumée des risques de la vie sociale, tandis que rentrer chez soi est une aspiration vers un repos en soi ” 21(Serfaty, 1999). Le domicile représente bien en un sens, un des paradoxes fondamentaux de l’être humain; tiraillé entre le repli, l’autonomie, la socialisation et la vulnérabilité. La deuxième constituante de ce double mouvement qui consiste à la nécessité de l’humain de vivre en société, et donc d’offrir à voir à l’autre une partie du soi. “ l’Homme est par nature, un animal politique ” 22 Aristote. Le chez-soi présente alors des dispositifs architecturaux, qui permettent de maintenir une dialectique entre intérieur et extérieur. on peut regarder du dedans, le monde extérieur. « l’habiter devient le lieu d’où on regarde le monde » 23 (Serfaty, 1999) Ces éléments, fenêtres , portes, jardins, trottoires , et pleins d’autres encore permettent à l’habitant d’exercer une première approche avec l’extérieur. En plus des limites physiques, ils permettent d’amplifier le sentiment de sécurité en permettant à ce dernier d’avoir une première approche de l’extérieur, grâce à la porosité qu’impliquent ces éléments.
Fig9: Croquis montrant le rôle de la fenetre en tant que limite physique entre l’intérieur et l’extérieur , mais également entant que premiére approche avec l’exterieur. Document personnel
Fig10: Croquis montrant la fonction de séparation physique de la porte mais également, l’importance de la notion de passage qu’engendre cette derniére Document personnel
21. Perla Serfaty Gazon, Le chez-soi, les territoires de l’intimité ( sociétale ) , Armand Colin http://www.perlaserfaty.net/texte7.htm 22.Pierre Marie Morel, Animal Politique animal pratique , La thèse de « l’animal politique » dans les traités éthiques d’Aristote, p. 109-120, edition de la Sorbonne, OpenEdition Book 23. Perla Serfaty Gazon, Le chez-soi, les territoires de l’intimité ( sociétale ) , Armand Colin 22 http://www.perlaserfaty.net/texte7.htm
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
On investit le dehors en premier, de chez soi. On se forge des avis, avant l’accès physique au dehors. Ils permettent également, de maintenir l’établissement de cette relation et de ce contact, en offrant à voir de l’extérieur, une partie de son intérieur. Cette perméabilité vient jouer avec les limites de l’intime, ainsi que le sentiment de sécurité. Souvent l’habitant choisit et contrôle , à travers ces éléments, ce qu’il donne à voir. Ce donner à voir, permet alors la préservation de la relation avec l’autre, d’assumer une certaine convivialité. Cette relation pour Fischer “ s’inscrit dans la continuité de notre vécu intérieur et de notre ressenti de l’environnement extérieur ”.24 Elle traduit alors inévitablement, le paradoxe ouvert/fermé. Ce paradoxe régit la perméabilité de l’espace, du chez-soi, et donc de l’être.
2 . Le visible et le caché : A la dualité intérieur extérieur traitée précédemment, Serfaty ajoutera une nouvelle qui serait contenue au sein même de cette première. La dynamique du visible et du caché reste très relative. Le principe consiste à donner à voir ou à ne pas voir, une partie du soi à partir de l’appropriation faite de l’espace. Elle sera réalisée par un certain rangement, une certaine structuration, ou encore la volonté de venir cacher des éléments. Créant ainsi des sous espaces d’intimités. « La chambre était quasiment un corps, presque un corps maternel qui nous reçoit la nuit. Une armoire, il faut Fig11: Croquis montrant l’organisation d’un qu’elle soit vieille... Il n’y a pas espace avec des «coins» , dans l’armoire, de mystère sans cachotterie, mettant en avant la dimension de l’intime et du caché . d’où le tiroir..» 25 Document personnel
Cette dimension est mise en avant par Barbey (1976). En appuyant la portée sociale de cette dimension et de sa dépendance aux modèles culturels, modes de vie, et autres paramètres sociaux.L’appropriation est alors réalisée par une disposition ou structuration des objets dans l’espace. Cette disposition est porteuse de sens, de symboles, et d’émotions. En ce sens, l’appropriation est évocatrice de communication. Par ailleurs, Chombart de Lauwe introduit le concept de désappropriation, qu’il définit , en tant que “ tous les processus qui font qu’une personne, individuellement ou en groupe, sent que l’espace ne lui appartient pas, lui est étranger»26. Dans la société actuelle, nous trouvons, selon lui, plus de forces de désappropriation que d’appropriation. La maison est alors un espace qui contrôle le visible et le caché. Ces espaces-objets sont disposés suivant des codes et hiérarchies relatives aux sociétés, ainsi qu’à leurs valeurs. Ils sont porteurs de symboles et de significations et renvoient forcément à l’univers du secret et de l’intime Une nouvelle fois, ces dispositifs renvoient au même paradoxe fondamental de l’être humain, tiraillé entre fermeture et ouverture. “ secret dans la fermeture des portes et des fenêtres, secret des coffres et des armoires closes, secret dans la mise à distance du monde extérieur. Visibilité dans l’hospitalité et la table partagée, dans les conflits et les revendications ” 27
24. Sabine Vassart, Habiter , Pensée plurielle 2006/2 (no 12), pages 9 à 19 https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle2006-2-page-9.htm 25.Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, Presses universitaires, 2018 26.Chombart de Lauwe, P.-H. (1976b). Transformation de l’environnement des aspirations et des valeurs. Paris : CNR 27.Perla Serfaty Gazon, Le chez-soi, les territoires de l’intimité ( sociétale ) , Armand Colin 23 http://www.perlaserfaty.net/texte7.htm
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
3. L’appropriation de l’espace : Chombart de Lauwe dans Appropriation de l’espace et changement social28 , envisage et définit l’appropriation psychosociologique d’un espace construit selon un point de vue socio-économique mais également en rapport avec l’appropriation physique des lieux. Dans cette dynamique d’appropriation, Chambart insiste sur le fait que l’individuel et le social sont intrinsèquement liés. Le point de départ de toute appropriation, est celle de notre propre enveloppe corporelle. Cette appropriation, commune à toute l’humanité mais vécue différemment, vient influencer et diriger notre manière de vivre l’espace. C’est bien à travers nos corps qu’on pratique les lieux, et par conséquent qu’on les habite et qu’on se les approprie. Il est important également de rappeler que nous vivons dans une société industrialisée, codifiée, normée et structurée. Cet large espace qu’est la société, influe sur la manière de s’approprier ou pas un espace. la dimension de commensalité dans la définition même d’une société, engendre forcément deux situations possibles dans la recherche de ce sentiment d’appropriation. Chombart de Lauwe nous propose l’exemple de réfugiés qui s’approprient progressivement un quartier, en modifient l’aspect, ou encore son fonctionnement, afin de se sentir chez eux. « Votre corps est une harpe pour votre âme, et il vous appartient d’en tirer une musique douce ou des sons confus. »29 KHALIL GIBRAN
Pour ce faire, ils se retrouvent forcément en conflit avec des propriétaires, des administrations, d’anciens habitants etc .. L’exemple d’un ouvrier qui se sentira jamais intégré dans un quartier bourgeois, ou inversement, démontre également ce conflit. Ce dernier est la résultante de la dialectique entre espace codifié et espace vécu, marquant une dominance et influant ainsi sur la psychologie des habitants et donc leur habilitation d’appropriation. Un autre point également important à relever avant toute tentative de définition de l’appropriation, se trouve encore lié à cette même société qui par ses lois, définit deux statuts relatifs à la possession d’un espace : un propriétaire et un locataire. Cette distinction faite, l’appropriation d’un espace se retrouvera obligatoirement influencée par ce paramètre. La propriété du sol et donc de ces objets procure un droit qui détermine le pouvoir de l’utilisateur. Encore une fois, cette dominance sociale, impactera la psychée des habitants . Enfin un dernier point est celui de la large signification du terme d’espace qui implique différentes échelles d’appropriations. Pour la suite de ce travail, l’espace sera généralement utilisé pour qualifier un espace domestique. Si l’appropriation se déroule dans un espace plus large ce nouveau sera défini.
28. Paul-Henry Chombart de Lauwe, Appropriation de l’espace et changement social, Cahiers Internationaux de Sociologie NOUVELLE SÉRIE, Vol. 66 (Janvier-Juin 1979), pp. 141-150 (10 pages), Presses Universitaires de France19. 29.--Khalil Gibran , le Prophéte 1923, Bulles de légerté https://bullesdelegerete.com/citations/citation-khalil-gibran%ef%bb%bf-votre-corps-est-une-harpe-pour-votre-ame/
24
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
3.1. une notion abstraite et polysémique : Le terme appropriation vient des verbes approprier ou s’approprier. Selon comment on l’emploi, le terme peut posséder deux significations. La première évoque la manière dont quelque chose est indispensable et propre à un usage. La seconde renvoie à l‘idée de rendre sien un objet. Dans ce sens on insinue une création d’une dimension dynamique qui réfère à la phrase de : prendre possession. S’approprier un espace, nécessite alors de pouvoir disposer à son gré de l’espace objet. L’appropriation, dans ce sens , nécessite un désir, un imaginaire, une possession, des capacités. Cela engendrera un sentiment de familiarité. La complexité du terme, ainsi que sa relativité, démontre sa richesse mais oblige à son interrogation perpétuelle à chaque fois qu’ il est utilisé. Il nécessite de se poser les questions : par qui, quoi, et comment à chaque fois qu’on l’interroge. Vincent Veschambre, géographe et professeur de sciences sociales relève ce caractère énigmatique de la notion d’appropriation. Il appuie le fait que la notion n’apparaît jamais comme centrale, elle se retrouve toujours utilisée de manière appropriée pour justifier tel ou tel sujet. En effet, elle serait utilisée dans 39 entrées, dans 22 sont en relation avec l’espace. Elle n’apparaît centrale que dans trois grandes thématiques : la Géopolitique, l’Habiter et le Territoire. “ De manière significative, il n’y a pas d’entrée d’appropriation et à quelques exceptions près, elle n’est pas utilisée pour définir d’autres notions . ”30 Le terme étant ambigu, avec une mise en forme différente selon le domaine disciplinaire sous lequel il est envisagé ou encore les différents courants de pensées. Il est préférable de considérer l’appropriation en tant que notion et non pas un concept qui nécessiterait d’être défini et structuré.
3.2. Origine : Il faudrait remonter à l’anthropologie Marxiste pour comprendre l’usage sociologique de la notion d’appropriation. Pour Marx, l’appropriation représente l’un des leviers moteurs de sa conception du travail. Il explique que l’objet produit par l’humain représente la matérialisation des capacités humaines, qui sans ce dernier , seraient restées implicites. Confronté à ce paradoxe de création, l’objet créé possède une vie autonome et devient étranger à son créateur. En réaction l’homme essaie de s’approprier l’objet par une intériorisation des connaissances et savoir-faire, l’histoire qui forment et donnent sens à l’objet. Cette intériorisation constitue l’essence même de l’appropriation. La notion connaît un rebond suite à l’euphorie de construction de grands ensembles d’après 30.Vincent Veschambre, la notion d’appropriation. dans Segaud M, Brun J , Driant K,-C, 2002 - Dictionnaire de l’habitat et du 25 logement, Paris , A 195, Presse universitaire de Rennes , juin 2005, p115
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
guerre, standardisé et impersonnel, engendrant un conflit entre l’habitant et son habitat. Ce dernier est traité dans Qu’est ce qu’est l’appropriation 31, de Jodelle Zetlaoui-Léger, où elle explique que l’intérêt des psychologues, architectes, sociologues et urbanistes pour la notion d’appropriation, a commencé à grandir pendant les années 60 suite à cette crise du logement. Elle remet alors au coeur de la conceptualisation de la notion de l’habiter celle de l’appropriation Dans ce contexte d’urgence, avec comme objectif de loger le plus grand nombre, rapidement, et à moindre coût, à engendrer ce qu’on appelle un urbanisme rationnel, puisant ses inspiration dans le mouvement moderne. Cette nouvelle manière d’appréhender l’urbanisme, avec des constructions d’immeubles standards, répétitives, qui se veulent adéquates aux nouveaux besoins des habitants, sans prendre en considération les désirs de ces derniers n’a fait que renforcer ce détachement entre l’habitant et son habitation. Cette nouvelle manière d’appréhender l’urbanisme, avec des constructions d’immeubles standards, répétitives, qui se veulent adéquates aux nouveaux besoins des habitants, sans prendre en considération les désirs de ces derniers n’a fait que renforcer ce détachement entre l’habitant et son habitation.
J.Zetlaoui-Leger, cite Henri Lefebvre qui appuie cette impersonnalisation des constructions d’après- guerre : “ Ce n’est pas le cas de l’espace fourni aux copropriétaires dans un ensemble: cet espace est rigide, dépourvu de souplesse. Les aménagements y sont impossibles presque toujours interdits ” 32 En ce qui concerne la notion d’appropriation dans le domaine de l’urbanisme et du territoire, à une échelle plus vaste, elle est bien présente ( comme vu précédemment ) , discutée mais souvent pour être réfutée. La conclusion de J.Lévy est présentée par Vincent Veschambre dans La notion d’appropriation33 Il explique que la notion d’appropriation est difficilement envisageable à l’échelle du territoire, car cela impliquerait que tous les aspects de l’espace, ainsi que toute la spatialité devrait renvoyer à cette appropriation. Ce qui renverrait à un vocabulaire de centralité, “ une appropriation ego-centrée ”dans laquelle l’espace serait étudié et pratiqué à partir du Moi. Il ne nie pas pour autant, sa forte présence dans les tentatives de définitions du territoire. On étudiera plus loin cette relation qui pourrait exister entre territoire et appropriation. Afin de mieux cerner cette notion, nous allons la restreindre principalement au domaine de l’habiter.
31.Jodelle Zetlaoui-Léger, Qu’est ce que l’appropriation ? , Contribution scientifique et technique sur la notion d’appropriation dans les opérations d’aménagement urbain durable, 2012, p 4 32.Ibid, p5 33.Vincent Veschambre, La notion d’appropriation, dans L’appropriation de l’espace: sur la dimension spatiale des inégalités sociales et rapports de pouvoir 195 l 2005/2 , Journal Open Editions https://journals.openedition.org/norois/589
26
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
3.3. Entre possession et expression : La notion d’appropriation renvoie à deux concepts nécessaires à l’accomplissement de cette dernière. D’une part, celle de l’adaptation d’un objet ou d’un espace à un usage particulier. D’autre part, une deuxième qui résulte de la première et engendre le statut de propriété. l’adaptation de cet objet à un usage particulier nécessite d’être réalisée avec une harmonie telle que l’objet, sans l’usage qui lui est attribué, il perd de sa signification. « Elle traduit l’intention d’atteindre une certaine justesse dans l’action de modification de l’objet sur lequel s’exerce l’appropriation, justesse qui révèle une intelligence intime des qualités propres à cet objet et de ses potentialités.» 34 L’appropriation d’un espace désigne et fait sens uniquement si, un processus s’effectue afin donner du sens et une signification particulière aux lieux. Ces lieux deviennent porteurs de sens à travers différents éléments d’attaches qui leurs sont accordés. Grâce à ces multiples actions mises en place, le sujet cherche à exprimer une emprise sur l’espace en question. Cette emprise est synonyme et doit signifier une possession. On pourrait alors se poser la question du type de possession nécessaire . Serfaty nous précise que cette possession n’est pas forcément uniquement d’ordre légal et juridique mais peut être également d’ordre moral, psychologique et affectif. « Indépendante de la propriété juridique, elle peut néanmoins se superposer à celle-ci, sans en constituer un préalable ni une conséquence nécessaire. »35 Ce mode d’habiter retranscrit alors une double fonction. Une première qui a pour but de rendre propre l’objet à approprier, à l’adapter pour enfin le transformer en un support d’expression du soi. Le processus débute alors par une volonté de possession qui se retrouve mise au rang de vehiculateur d’identité. L’appropriation d’un lieu permet alors d’exprimer Fig12 : Schéma montrant Marquage l’articulation des conditions une identité ainsi qu’un mode de vie spécifique. de l’appropriation En ce sens, l’appropriation s’exprime principaDocument personnel lement, selon Sabine Vassart dans son article Habiter 36 qui reprend les idées de Serfaty et les complète à travers trois processus comportementaux qui sont : le contrôle, le marquage, et la personnalisation. LES CONDITIONS DE L’APPROPRIATION
Controle
Personnalisation
Nous allons étudier chacun de ces thèmes séparément, puis nous allons grâce à une analyse iconographique de situations d’habiter en Syrie, en période de guerre, démontrer la pertinence de leur coexistence .
34.Perla Serfaty Garzon, L’appropriation, dans Dictionnaire critique de l’habitat et du logement, sous la direction de Marion Segaud, Jacques Brun, Jean Claude driant, Paris editions Armand Colin, 2003 p 27-30 http://www.perlaserfaty.net/texte7.htm 35.Ibid 36.Sabine Vassart, Habiter, Pensée Plurielle, 2006 n 12 pages 9 à 19 , Cairn 27 https://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2006-2-page-9.htm
Par moi
ESPACE PROPRE
moi HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE ENAGUERRE. ESPACE OBJECTIVÉ
a. Le contrôle :
Propriété
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
Moi
Propriétaire
Par moi
mode d’habiter
Auto-référence
a.1. Territorialité :
Formaliste
mode d’habiter
Adapatatif Fonctionnel Formalise
Au Ob
Appropriation
Dans les courants anglo-saxons, l’appropriation a souvent été mise en relation et étudiée avec le concept et territorialisation, grâce à un processus de marquage et de personnalisation.CepenPermanance dant, et historiquement, le processus de territorialisation trouve ses racines dans la géographie ETRE CHEZ-SOI ETRE SOI Identité évolutive politique et institutionnelle. Singularité
Elle est définie par Littré comme “ ce qui appartient en propre à un territoire considéré politiquement ” Littré 1872 . Fasti
ORGANISATION
Avec le abstrait, quotidiendépendant Il dissocie alors le territoire qui relève d’un concept Festi de la dominance d’un pouvoir, du sol qui n’est que support à ce dernier. Spatio-temporelle Rupture réglementée En ce sens, il fait ressortir le lien existant entre territoire, pouvoir, Fête contrôle et organisation sociale LACHER PRISE - OPP Des normes qu’il implique. PRESERVATION DE L FONCTIONS DE LA FETE Fête du désordre
Intimité
Ces liens ont été réinterprétés par les chercheurs en éthologie, qui traitent et analysent certains Sociabilisation APPARTENANCE comportements animaliers qu’ils assimilent à du territorialisme. Howard, est l’un desSOCIALE précurseurs Partage dans ce domaine en publiant son ouvrage, “ territory in bird life ” où il traite le comportement territorial des oiseaux. Suite à cette publication, plusieurs chercheurs proposent des définitions de la territorialité. Annie Moche et Liliane Rioux, nous offrent une très pertinente en citant Hall, dans l’Approche psychosociale de l’appropriation de l’espace 37 . Il définit la territorialité comme“ la conduite caractéristique adoptée par un organisme pour prendre possession d’un territoire et le défendre contre les membres de sa propre espèce” 38 Edward.T.Hall 1937
Deux dimensions ressortent de cette définition, qui semblent régir les comportements territoriaux. INTERIORITE INTIMITE IDENTI D’ALIMENTATION La ACTE première est la possession, uneINCORPORATION condition déjà relevée par Serfaty et développée précédemment. La deuxième est un contrôle résultant d’une protection. Cette protection peut se traduire de deux manières. Soit elle est d’ordre effective et donc s’apLOI DE CONTAGION FUSION DES ELEMETS puie sur la violence, la menace, etc… . Ou de manière subtile, grâce à l’affirmation de sa préPENSEE MAGIQUE sence et de son emprise ( avec des marqueurs sonores, visuels ou olfactifs ) ou encore grâce à Caracteristi INCORPORATION physique la mise en place de frontières psychologiques et/ou physiques. LOI DE SIMILITUDE
TRANSFERT
Materielle
Mode de fonctionnem
POSSESSION Symbolique
TERRITORIALITE
Effective : violence
PROTECTION
Psychologique
Fig13 : Schéma montrant l’articulation de la territorialité entre possession et protection. Ainsi que les deux maniéres avec lesquelles s’expriment ces deux critéres Document personnel
37.Liliane Rioux, Annie Moch, Approche Psychosociale de l’appropriation de l’espace : état des lieux, Lapsi N 6 , Novembre 2009 38.Edward-T-Hall, The silent language, Garden City, New York : Doubleday and Co, 1959
28
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
S’approprier un espace, suite à cette analyse, peut énoncer une volontée de contrôle d’un territoire plus ou moins étendu. Ce contrôle s’exprime par la mise en place d’obstacle entre soi et l’intrus, entre l’ici et le là-bas. Comme cité plus haut, ces limites peuvent prendre différents aspects, qu’elles soient d’ordre symbolique, psychologique ou physique. Leurs objectifs premier est d’imposer une dominance, et de défendre son territoire. Citons comme exemple : la mise en place de barrières, de murs, de règles régissant l’accessibilité du lieu, ou encore dans le cas des personnes sans domicile fixe SDF, un bout de carton, une odeur forte, un visage fermé, un chien etc .. Afin de rendre plus compréhensible ces barrières invisibles nous allons traiter rapidement le cas des sans domicile fixe.
a.2.S’approprier la rue : Cas des sans domicile fixe : Nous allons nous appuyer principalement sur les recherches de Djemila Zeneidi-Henry géographie qui a travaillé sur la population dite SDF et leurs appropriation de la ville et de sa géographie. “Habiter dépasse la matérialité du logement, l’investissement domestique suppose une intégration dans un espace donné, des liens avec un environnement. ” 39 L’habiter dépasse alors la question de la matérialité des logements, et de la sédentarisation. Les SDF, sont connus pour leurs errances et leurs vagabondages, ils habitent tout d’abord les quartiers, la ville. Ils les pratiquent de manière quotidienne à toutes heures. Ils connaissent la ville par cœur,ses moindres recoins.Ils se construisent,ce que Zeneidi appelle, une carte mentale.Cette caractéristique confère un sentiment de familiarité avec le territoire et représente dans une des premières clés d’habitabilité.
Fig14 : Carte mentale dessinée par un SDF nancéen 30 ans. Cette carte représente son itinéraire quotidien qu’il écrit en premier suivant des arrêts et de points particuliers. Document personnel
Fig15 : Carte mentale dessinée par un SDF nancéen 27 ans. Cette carte représente son itinéraire quotidien qu’il écrit en premier suivant des arrêts et de points particuliers. Document personnel
39.Djemila Zeneidi-Henry, Les SDF et la ville : géographie du savoir vivre, Bréal, https://books.google.fr/books?id=zFuXvujRwIYC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false38 29
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
l’appropriation du territoire passe pour les SDF par l’occupation des lieux, par la réalisation de fonctions biologique ou sociale, ou encore par la mise en place de relations de pouvoir. Cette appropriation peut prendre différents aspects, tels que, les pratiques routinières ( la mendicité par exemple ) , la réalisation de fonctions élementaires ( sociabilisation, pissotiére, le sommeil … ). Mais également par la privatisation de l’espace publique en espace domestique. Les personnes à la rue, ont ce pouvoir de transformer l’espace public, de “ travestir la rue en chambre à coucher, une poubelle en paravent, un banc devient lit, un trottoir salon. ”39 Dans ces espaces domestiques à ciel ouvert, ni de porte, ou de murs, pas de frontières au sens physique du terme. Pourtant l’emprise et la dominance de ses habitants est souvent reconnue par les citoyens. Ce dernier point, nous pousse à nous interroger sur les dispositifs mis en place par les sans domicile fixe afin d’affirmer leurs dominations sur leurs espaces. Ce chez-soi inédit se retrouve tout d’abord délimité par l’étalement et la mise en place d’éléments qui relèvent de l’intime et prolongeant ainsi l’espace du privé. Ces limites seront contrôlées et protégées suivant deux possibilités, comme vu précédemment, une défense effective, en usant de la violence. Un cas de figure fréquent dans le quotidien des SDF mais qui ne prend pas forcément forme entre deux groupes de sans domicile fixe mais plutôt avec les autorités ou habitants du quartier. Comme le précise D.Zeneidi-Henry, les territoires naissent entre reconnaissance et négation. L’emprise des lieux se fait également savoir grâce aux marqueurs corporels et aux messages qu’ils renvoient. La frontière dans ce sens, est un regard vide, ou une expression froide, dissuadent de toute intrusion. “ Lorsque le regard est verrouillé, vide, qu’ils sont plongés au fond d’eux-mêmes, il ne faut pas insister, ils sont chez eux ”40 L’odeur peut représenter également une barrière et une défense contre les tentatives d’intrusion. Cette sphère odorante qui entoure les lieux marque la dominance de son occupant et organise ces frontières. Dépassant les bornes du supportables pour les voisins, elle offre l’exclusivité de ce lieu à son propriétaire. “Cette géographie des territoires pourrait recouper une géographie olfactive. Les SDF finissent par habiter ces odeurs qui l’entourent comme des forteresses” 41
Fig16 : Croquis SDF frontiére olfactive Document personnel
Fig17 : Croquis SDF frontiére étalement de biens Document personnel
39.Centre interdisciplinaire Récits, Cultures,Psychanalyse, Langues et sociétés, Université de Nice, UFR LASH, Dimensions psychologiques de l’Habiter chez les personnes sans domicile fixe, Février 2010 , P35 40. Ibid , p 35 30 41. Ibid , p35
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
Cette sous-partie permet de démontrer l’existence de formes potentielles de limites et de frontières symboliques qui permettent, à la manière d’un mûr ou d’une barrière,d’une part la protection mais également de renforcer le contrôle qu’à l’habitant sur son habitation. Une fois cette domination instaurée, comment se retranscrit-elle dans l’espace à fin de signaler ce contrôle des lieux ?
b. Le marquage : b.1. Entre symbolisme et matérialité : Cette sous-partie ambitionne de démontrer la relation entre marquage et appropriation. Comme vu précédemment, la notion d’appropriation est une notion polysémique et peut ainsi posséder multiples définitions dépendamment du domaine dans lequel elle sera utilisée. Le marquage en géographie possède une définition presque intuitive, et renvoie à l’identité, et à la domination d’un espace. L’expression marquer son territoire est révélatrice de cet aspect. Vincent Veschambre dans « Appropriation et marquage symbolique de l’espace : quelques éléments de réflexion» propose une définition tirée de l’ouvrage les mots de la géographie 1993 par Brunet et al. « Sur mes refuges détruits “ le marquage symbolique de l’espace est destiné à signaler une Sur mes phares écroulés appropriation”42 Sur les murs de mon ennui Une deuxième définition est proposé par Segaud et al dans le DicJ’écris ton nom » tionnaire du logement et de l’habitat 2002 “ le marquage, par la disposition des objets ou les interventions sur l’espace habité, est l’aspect matériel le plus important de l’appropriation ”43 Ces deux définitions permettent d’accentuer l’importance de la relation entre marquage et appropriation. La première proposée par V.Veschambre, met en exergue une des caractéristiques majeures du marquage qui est la signalétique. Le signe étant, dépendamment des cultures, porteur de conventions, d’idées et de symbolisme. Cette dimensions symbolique est représentative du marquage que peut engendrer l’homme est le propre même de ce qui distingue le marquage humain du territoire de celui de l’animal. Ces derniers ne produisent ni n’interprètent pas de symboles mais extériorisent des produits chimiques et réagissent grâce à des réflexes, en réponse à ceux produits par les autres. La deuxième vient ajouter un nouveau type de marquage qui est d’ordre matériel. Vincent Veschambre nous donne l’exemple de la colonisation. Afin de s’approprier le territoire colonisé, de le marquer et d’affirmer sa domination , les colons viennent marquer le territoire de Fig18 : Croquis montrant l’impact de la colonisation sur l’urbanisme mais également sur le style vestimentaire en Tunisie l’échelle de la toponymie, à la signalétique, Document personnel jusqu’à l’urbanisme. 42. Vincent Veschambre, Appropriation et marquage symbolique de l’espace :quelques éléments de réflexion, CARTA - UNIVERSITÉ D’ANGERS, ESO - UMR 6590 CNRS, N21 mars 2004 43. Marion Segaud, Jacques Brun, Jean-Claude Driant, Dictionnaire critique de l’habitat et du logement, Collection Dictionnaire 31
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
On peut en conclure que deux types de marquage existent. Un premier symbolique, et riche de sens. Il est structuré par l’usage de signes indexicaux, il comprend et associe le signifiant ( porteur de sens ) et le ou les signifiés. Toute forme de marquage nécessite alors la production de signes. A moi
Propriété
Il est matériel lorsqu’il relève d’un processus de fabrication , construction ouAdapatatif destruction d’éléESPACE OBJECTIVANT Moi Propriétaire Fonctionnel ments significatifs ( exemples : bornes, pancartes , graffitis .. ) des éléments dont la durée de vie Formaliste Par moi mode d’habiter et l’impact sont plus ou moins importants. SPACE PROPRE Le marquage peut être aussi réalisé par la pratique d’événements porteurs de sens ( exemple A moi : manifestation, fêtes .. ). Il peut également s’agir d’unPropriété marquage qui associe un groupe de perAdapatatif sonnes à un lieu donné. ( exemple : l’église, la mecque .. ) ESPACE OBJECTIVÉ Propriétaire Moi Fonctionnel Formalise
Auto-
moitypes de mode d’habiter seraient passer à côté d’un Selon Veschambre, se restreindre à ces Par deux marquages, Objectivant troisième type, qui permettrait de mieux comprendre le rapport entre marquage et appropriation. Auto-référence Appropriation Ce dernier est ce qu’il appelle un marquage trace ou marquage identitaire. Il précise également, que ce type de marquage, peut ne pas résulter d’une volonté d’appropriation, mais plutôt une volonté de “ laisser sa trace ”.
b.2. Marquage identitaire : Permanance
TRE CHEZ-SOI
ETRE SOI
Quelle différence alors entre marquage Singularité et trace ?
Identité évolutive
Ces deux termes sont souvent utilisés dans la majorité des définitions en tant que synonymes. Les deux représentent la signalisation d’une présence surFasti un espace ou objet. Cependant il est important de les distinguer afin de mieux comprendreORGANISATION la dynamique d’appropriaAvec le quotidien Festi tion. Rupture La trace renvoie au lexique du passéSpatio-temporelle et de ce qui en subsiste. Autrement dit, à ce qui reste de Fête réglementée la matérialisation d’une action dans le passé. La trace a un rôle commémoratif,LACHER elle rappelle PRISE -au OPPOSITION Des normes PRESERVATION DE L’ORDRE ONCTIONS DE LA FETE présent ce qui fut. Fête du désordre On peut encore plus préciser la notion, en ajoutant comme caractéristique qu’elle n’est pas forIntimité cément intentionnelle ou nécessairement voulu pour être porteuse de signe. Sociabilisation APPARTENANCE SOCIALE La marque quant à elle, partage en effet la même définition, mais se distingue de la trace grâce Partage à deux caractéristiques. MARQUE
TRACE
MARQUE
PRESENT
PASSÉ
SIGNATURE SYMBOLE
TRACE EMPREINTE INDICE
MARQUE
TRACE
INTENTIONNELLE
PAS FORCEMENT INTENTIONNELLE
Fig19 : Schéma montrant les points majeurs permettant la distinction entre trace et marque Document personnel
La marque d’une part, ne perdure pas forcément dans le temps, elle peut disparaître avec la fin de l’action sur l’espace ( cas de la manifestation de rue comme vu précédemment ) . D’autre part, la marque peut être consolidée en se voyant attribuer un ou plusieurs contenus particuliers. INTERIORITE IDENTITE La marque peut attester de telle ou telle qualité ( marque de respect , deINTIMITE reconnaissance etc …) INCORPORATION ACTE D’ALIMENTATION Dans ce sens, le marquage permet la qualification, catégorisation et l’identification de l’espace. LOI DE CONTAGION PENSEE MAGIQUE
FUSION DES ELEMETS INCORPORATION
LOI DE SIMILITUDE
TRANSFERT
32 Caracteristique physique Mode de
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
Le marquage identitaire de l’espace pourrait être défini comme « la localisation d’un ou plusieurs signes indexicaux exprimant l’affirmation d’un rapport actuel entre l’individu ou le groupe auquel ils renvoient et l’espace où ils sont localisés.» 44 Ce marquage identitaire permet alors d’offrir une des clés de l’appropriation de l’espace. Toute tentative d’appropriation nécessite la mise en place d’un marquage identitaire visé. A l’échelle de la maison, ce marquage se définit comme la signature ( et non plus un simple signe ) d’un espace à l’aide d’inscriptions ou d’objets. INTIME
INTERIEUR
Le marquage doit s’entendre comme la manière de signer un espace évoquant ainsi une identification et la domination psychologique de l’habitant sur le lieu. Le titre légal de propriété, l’inscription du nom sur la boîte aux lettres,interphones, la disposition INTERIEUR DEDANS d’objets à connotation personnelle.Ces exemples démontrent une prise de possession soit matérielle ou/et psychologique d’un lieu. La réflexion portée sur la relation entre contrôle , marquage et appropriation, démontre la complexité de cette dernière. Les deux aspects permettent de rendre compte à la fois d’une dominaEXTERIEUR tionINTERIEUR et d’une hiérarchisation sociale. Rappelons la définition de l’appropriation donnée un peu plus haut : “ Ce mode d’habiter retranscrit alors une double fonction. Une première qui a pour but de rendre propre l’objet à approprier, à l’adapter pour enfin le transformer en un support d’expression du soi. Le processus débute alors par une volonté de possession qui se retrouve mise au rang de vehiculateur d’identité. ” Signe indexicaux - Signifiant SIGNIALITIQUE
SIGNE Siginifié
MARQUAGE
MATERIEL
MODIFICATION D’ETAT
Construction - Fabrication Destruction Rapport
IDENTITAIRE
SIGNATURE / TRACE
Fig20 : Schéma résumant les differents types de marquages possibles ainsi que leurs spicificités Document personnel
Domination
individu espace Psychologique Physique
La volonté de possession et l’affirmation de cette dernière ne suffisent alors pas à la revendication de l’action d’appropriation. Un dernier paramètre manque, à fin de permettre la transfusion de l’identité d’une personne ou d’un groupe à un espace. Cette dernière condition est celle de la personnalisation. 44.Fabrice Ripoll, Réflexions sur les rapports entre marquage et appropriation de l’espace, ResearchGate, Janvier 2006
33
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
c. La personnalisation : Afin de mieux appréhender la notion de personnalisation, ainsi que son importance dans la trilogie de la réalisation de l’appropriation, et donc de la manifestation du chez soi, nous allons nous intéresser tout d’abord à la question de l’espace propre. En s’appuyant principalement sur l’ouvrage Le Chez soi dans tous les sens 45, des auteurs P.Amphoux et L.Mondada. A la suite de cet approfondissement nous allons faire ressortir deux axes permettant l’auto-identification au lieu par la personnalisation, et la réalisation du soi. En s’appuyant cette fois-ci sur deux ouvrages. Le premier est celui de Nadège Leroux , Qu’est ce qu’habiter 46 . Ainsi que Etre chez-soi, être soi 47, d’Agata Zielinski
c.1.Espace Propre : La notion d’espace propre est structurée selon P.Amphoux et L.Mondada selon deux pôles distincts, importants à soulever. L’espace propre sera alors divisé en deux espaces. Un premier “ Espace Objectivé ” et un deuxième “ Espace Objectivant ”.48
Il est important de partir par la définition de ses deux composantes, à fin de ne pas tomber dans des définitions parfois, rigides et précises à cause d’un excès d’objectivisme, ou encore dans des concepts flous et fluctuants, à cause cette fois-ci d’un excès de subjectivisme. Le but étant ici d’essayer de trouver une harmonie et un équilibre entre les deux. Dans une première approche de l’espace Objectivé, l’espace propre ou encore le chez-soi, reflète et répond à la fois, ( à moi ) pour la possession, ( moi ) de l’ipséité ainsi que ( par moi ) la propreté Ces trois éléments réunis, affirment à nouveau, et comme vu précédemment, la capacité du chez soi, à articuler différents thèmes tels que , ceux mis en valeur ici, la propriété, une personnalité, et un mode de vie spécifique. A ce niveau de lecture, nous restons alors encore dans un niveau “ niveau adaptatif, fonctionnel et formaliste ”49. En ce cas, le Chez-soi, et indépendamment du fait que la question de l’ipséité soit relevée, s’appliquerait à la notion de territoire comme définie précédemment. Un espace délimité , protégé, renvoyant à des connotations d’abris et de refuge. L’espace Objectivant quant à lui, ne recouvre plus uniquement des notions relatives au territoire. Dans le sens où il ne se réduit plus uniquement à une possession, le propriétaire et son mode d’habiter. L’espace Objectivant se veut être représentatif dans sa morphogenèse, comme lieu d’appropriation et d’auto-référence. Rappelons, encore la distinction entre lieu d’appropriation et l’ipséité ou le mode d’habiter. 45.Pascal Amphoux, Lorenza Mondada, Le Chez-soi dans tous les sens, Architecture et Comportement/Architecture and Behaviour, Colloquia/ Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, 1989, vol. 5 (n°2), pp. 135-152. ffhal-01561820 46.Nadège Leroux, Qu’est ce que l’habiter: les enjeux de l’habiter pour la réinsertion, Eres, VST - Vie sociale et traitement 2008/1 n 97 page 14 à 25. ISSN 0396-8669 https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2008-1-page-14.htm 47.Agata Zielinski, Être Chez-soi, être soi, Etudes 2015/6 juin pages 55 a 65 , Cairn https://www.cairn.info/revue-etudes-2015-6-page-55.htm?contenu=article 48.Pascal Amphoux, Lorenza Mondada, Le Chez-soi dans tous les sens, Architecture et Comportement/Architecture and Behaviour, Colloquia/ Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, 1989, vol. 5 (n°2), p 139 . ffhal-01561820 39. Ibid, p 140 34
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
Le mode d’appropriation ici veut signifier non pas uniquement le marquage de l’espace ou la mise en place de signes ou symboles mais plus précisément l’attitude et la façon avec lesquelles ils ont été disposés. C’est la manière dont ces objets/espaces sont devenus un référentiel du soi.
ESPACE OBJECTIVANT ESPACE PROPRE ESPACE OBJECTIVÉ Fig 21 : Schéma résumant la polarité de l’espace propre et citant les caractéristiques de chaque pole. Mettant ainsi au clair la distinctin entre les deux. Document personnel
A moi
Propriété
Moi
Propriétaire
Par moi
mode d’habiter
A moi
Propriété
Moi
Propriétaire
Par moi
mode d’habiter
Auto-référence
Adapatatif Fonctionnel Formaliste
Adapatatif Fonctionnel Formalise
AutoObjectivant
Appropriation
L’espace propre trouve alors une objectivité dans sa propre constitution, en ce sens, pourrait être défini comme auto-objectivant. Cette dynamique n’est pour autant jamais achevée, elle est dépendante de l’expérience du soi et de son évolution, toujours donc sujette à questionnement, remaniement. Ce processus est d’autant plus éloigné du tautologisme, qu’il ne s’isole pas du sujet, impliquant forcément l’introduction d’éléments extérieurs au soi, pour modeler son chez-soi. “ L’espace propre en ce sens n’est plus seulement objectivant, il est auto-objectivant; il désigne le mouvement-même de l’objectivation; en l’occurrence il trouve une objectivité dans le chez-soi qu’il constitue ” 50
c.2. Faire témoigner les choses : Selon, Amphoux et Mondada, dans ‘’ Le chez-soi dans tous les sens, 1989 ’’ , la personnalisation dépasse le phénomène de contrôle ou encore celui du marquage. En se distinguant par la manière dont ces derniers sont mis en place et sont reconnus. Selon une première définition donnée par le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales, ( CNRTL ) : la personnalisation est “ l’action de représenter une abstraction sous les Signe indexicaux - Signifiant traits d’une personne ”. SIGNE La personnalisation s’apparenteSIGNIALITIQUE à l’identification d’un humain ou d’un groupe de personnes à Siginifié un lieu précis. C’est cette identification, qui procure l’identité du lieu et donc du chez soi. Elle est Construction - Fabrication rendue possible grâce à un effort fourni afin de disposer des éléments personnels dans le seul but est de venir témoigner de cette appartenance. MODIFICATION D’ETAT MATERIEL MARQUAGE
Destruction
individu Dans ce sens, ce phénomène renvoie à l’identité et au propre. Ces deux notions Rapport vont s’exprimer espace à partir de diverses modifications / actions portées par l’humain sur son espace. IDENTITAIRE
SIGNATURE / TRACE
Psychologique
Domination ‘’L’appropriation c’est faire témoigner les choses ” 51 Nadège Leroux, Qu’est ce qu’habiter : les Physique enjeux de l’habiter pour la réinsertion
50.Pascal Amphoux, Lorenza Mondada, Le Chez-soi dans tous les sens, Architecture et Comportement/Architecture and Behaviour, Colloquia/ Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, 1989, vol. 5 (n°2), p 139 . ffhal-01561820 51. Nadège Leroux, Qu’est ce que l’habiter: les enjeux de l’habiter pour la réinsertion, Eres, VST - Vie sociale et traitement 2008/1 n 97 page 17 . ISSN 0396-8669 https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2008-1-page-14.htm 35
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
C’est par le biais de ces différents témoignages que le simple territoire, dans sa dimension encore uniquement de refuge, devient un chez-soi, rempli d’identité et de mémoire. L’appropriation est alors entendue comme le versant actif du chez soi. L’action sur ce qui n’est pas soi afin de le rendre soi, en lui injectant des qualités personnelles et relevant de l’intime. “ Habiter, c’est vivre sa demeure comme le prolongement de soi, c’est posséder un espace et le maîtriser, c’est remplir toutes les fonctions de l’habiter .” 52 Cette dynamique de retranscription d’une personnalité est réciproque. Le chez soi participe également à la construction de l’identité de son habitant. Le chez-soi permet d’offrir la liberté d’agir à sa guise. Ce qui induit une prise de décision et un positionnement, sans forcément devoir répondre aux codes et normes sociétaires. Toutes ces possibilités offertes participent à la formation de l’identité d’affirmer sa A moiet permettent Propriété personnalité, ses choix et ses envies en toute sécurité.
ESPACE OBJECTIVANT
Moi
Propriétaire
La capacité qui ici est attribuée à l’habitant est sa capacité à produire du sens à partir d’une Par moi mode d’habiter structure minimale. Produire du sens , en agissant sur celui qui préexistait.
ESPACE PROPRE
Propriété En réarrangeant, en additionnant, ou encore en déstructurant. C’est menée par A moicette réflexion l’habitant, dans le seul but d’arriver à générer une construction spatiale qui permettrait de transESPACE OBJECTIVÉ Propriétaire Moi fuser et de rendre compte d’une certaine qualité ou trait de personnalité. moi mode d’habiter L’élaboration du chez-soi permet alors l’expression de l’identité Par de l’habitant dans l’espace.
Appropriation Cette identité n’est pas figée et est évolutive, se développant auAuto-référence cours du temps, influant sur les habitudes et cette même action d’appropriation. Cette relation active et évolutive est le dernier point à aborder avant de conclure cette approche de l’appropriation.
ETRE CHEZ-SOI
Permanance
ETRE SOI
Identité évolutive
Singularité Fig 22 : Schéma résumant la relation entre chez soi et identité évolutive Document personnel
Fasti
c.3.Entre permanence et singularité : Avec le quotidien
Festi évoPour cette dernière partie nous nous appuyons principalement sur l’article d’Agata Zielinski
ORG
qué précédemment, même si cette relation au temps, a également été relevée de manière plus Spatio-temporelle Rupture Fête réglementée subtile dans l’analyse faite par P.Amphoux et L.Mondada.
Des normes
FONCTIONS DE LA FETE
Fête du désordre
Intimité
52. Nadège Leroux, Qu’est ce que l’habiter: les enjeux de l’habiter pour la réinsertion, Eres, VST - Vie sociale et traitement 2008/1 n 97 page 17 . ISSN 0396-8669 https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2008-1-page-14.htm
Sociabilisation
Partage
36 APPARTENANCE
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
Dans son chapitre, Domicile et identité 53, l’auteur assoit encore une fois le lien devenu maintenant évident entre l’identité et le chez soi. Il représente à la fois l’état de perfectionnement de l’habitat, définissant ainsi le fait d’être chez soi mais surtout faisant ressortir ce qui signifie être soi. Le dialogue existant entre la demeure et l’habitant permettra de conserver son identité mais également de la comprendre. Ce dialogue sera l’expression de ce qui structure l’identité : à la fois ce qui demeure et est permanent, mais également ce qui évolue, ce qui fait de moi qui je suis à cet instant précis. Ce qui me distingue des autres. Ce que A.Zielinski appelle la singularité. “ Ce qui constitue mon identité, c’est à la fois ce qui fait que je demeure le même, et ce qui fait que je suis moi et pas un autre, ce qui me distingue des autres : la singularité. Être soi-même : à la fois toujours le même, et à la fois soi ”54 C’est grâce à cette dernière que l’appropriation, selon la philosophe, peut avoir lieu et prend sens. Le chez soi est alors l’objet découlant du mélange d’actions et de l’expression de valeurs personnelles. La réalité étant que nous évoluons dans le temps, en fonction de nos expériences ou tout simplement du passage du temps. Ce chez-soi retranscrit alors cette évolution. Cette relation avec le temps est inévitable, dans le sens où l’appropriation dans son aspect général même nécessite le passage d’un temps afin de prendre forme. « L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence.» 55
En étudiant cette dimension temporelle, on ne peut pas négliger, l’effet d’attachement au lieu . Qui serait la résultante d’un travail continu. Donc d’une persévérance, d’une adaptation et de l’appropriation progressive de l’espace. Cet attachement est souvent perceptible par la multiplication des habitudes et routines, témoignant de la familiarité avec les lieux
mais également du sentiment de sécurité, d’autonomie et de liberté. “ L’autonomie à domicile, ce n’est pas simplement la faculté de faire par soi-même les gestes quotidiens, répondre de soi-même et pour soi-même aux besoins élémentaires. L’autonomie représente, plus largement que l’action, la capacité de choisir par soi-même et pour soi-même. ”56
53.Agata Zielinski, Être Chez-soi, être soi, Etudes 2015/6 juin pages 55 a 65 , Cairn https://www.cairn.info/revue-etudes-2015-6-page-55.htm?contenu=article 54.Ibid 55.Amin Maalouf, Les Identités meurtrières (1998 ) , Lgf 2001 56.Agata Zielinski, Être Chez-soi, être soi, Etudes 2015/6 juin pages 55 a 65 , Cairn https://www.cairn.info/revue-etudes-2015-6-page-55.htm?contenu=article
37
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
Resumé des idées : Pour conclure cette partie il est important de rappeler qu’on a dégagé trois conditions majeures de l’habiter ,qui sont : tout d’abord l’instauration d’un dedans- dehors. Mettant en évidence la relation paradoxale entre l’intérieur/ l’intériorité/ l’identité ave l’exteieur/ dehors / l’autre. Ensuite le visible et le caché, qui complète la première condition. Il constitue cette liberté procurée par le chez-soi, de venir choisir ce que l’on donne à voir de son intérieur et donc de soi et de son intimité. Mettant en avant un deuxiéme paradoxe régissant la structure même de l’être humain, entre repli et sociabilisation. Enfin le dernier axe qui est celui de l’appropriation, un terme polysémique et dépendant du domaine d’application. Sa décomposition en trois phases , Contrôle-Marquage-Personnalisation , a permis de comprendre les étapes nécessaires à l’aboutissement de ce dernier, et donc à la réalisation de l’habitation. Chaque étape est caractérisée par une évolution marquée et rendue possible grâce à la réalisation de l’étape précédente. Ceci étant dit, l’étude de cette partie était faite sans prendre en considération les conditions géopolitiques d’un état de guerre, tels qu’il est existant en Syrie. Il me semblait nécessaire de réaliser une analyse et une décomposition d’exemples de tentatives d’habitations recueillies, et ayant lieu en situation de guerre. Cette analyse aura pour objectif de venir réfuter ou bien démontrer l’exactitude des affirmations développées au cours de cette partie. Interieur DEDANS / DEHORS
Soi Passage - Seuil - Frontiére
Exterieur
L’autre
Ce qui est donné à voir
Sociabilisation Liberté de choisir
VISIBLE / CACHE
Retrait
Secret Physique Controle
Symbolique
APPROPRIATION Marquage
Personnalisation
Controle de l’acces
Signalitique
Signe
Materiel
Modification d’état
Identitaire
Signature
Permanance Singularité Expression
Identité evolutive
Signaler une dominance physique psychologique / Laisser sa marque
Expression de l’évolution identitaire
Fig 23 : Schéma résumant les conditions de l’habiter developpées précedemment, Wainsi que leurs compositions et effets sur cette derniére. Document personnel38
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
d.Analyse iconographique : Cette analyse permet de faire ressortir des axes et des aspects primordiaux de l’appropriation des espaces. Ces aspects sont : 1. l’instauration d’un dedans- dehors, 2. Le visible et le caché ,3.l’appropriation des lieux par ( le contrôle, le marquage, la personnalisation.) . Ce découpage iconographique permet de faire ressortir à chaque fois une de ces caractéristiques. Rendant plus clair et évident la matérialisation de thémes qui pourrait parraître flous. Image 1 : fournie par Annie Sartre
1er exemple : Ruines réinvestis par des réfugiés de ville syrienne. Située à Hauran : une région de la Syrie méridionale, dans les gouvernorats de Qouneitra, As-Suwayda, et Deraa, et a pour capitale la ville de Bosra. Dans cet exemple le reinvestissement, est jugé par Annie Sartre comme : « plus ou moins respectueux des ruines.» INSTAURATION D’UN DEDANS DEHORS / LE VISIBLE ET LE CACHE
LE CONTROLE
Mise en place d’elements ( dans ce cas précis : porte et fenetres ) afin de marquer cette transition entre un dedans et un dehors ainsi que de controler la visibiltié des lieux. Les deux se confondent dans cet exemple
Remplissage des vides des ruines. Création d’une frontiére physique àfin de controller les accés à l’espace. Les ‘‘trous’’ ont été bouchés par des pierres qui proviennent du même site l’accés a également été surelevé.
LE MARQUAGE
LA PERSONNALISATION
Le seul élement qui vient marquer la présence des occupants est la bicyclette. Un peu à la maniére de stationner sa voiture en face de chez soi, àfin de marquer sa possession des lieux
La création d’un par terre, et la mise en place d’une ampoule audessus de la porte d’entrée representent des élements de personnalisation des lieux.
toutes les images sont des productions personnelles
39
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
2eme exemple : En Syrie, des jeunes essaient de protéger leurs quartiers. Dans une cour intérieure d’immeuble, à l’abri, toute une vie se crée. Le travail de ce photojournaliste franco-syrien consistait à montrer une image de la Syrie, qui se distingue de celle relayée par les médias durant ces années. Des images représentant la vie au lieu de la mort. En usant de la photographie il met en lumière des aspects délaissés par les médias, tels que l’art, les graffitis, la préservation du patrimoine. Ambitionnant de montrer qu’il existe encore de la vie dans ces paysages de guerre. Image 2 par Ammar Abd Rabbo, issue du site courrier international, publié le 29-10-2013 https://www.courrierinternational.com/article/2013/10/29/ammar-abd-rabbo-photoreporter-la-srie-uneguerre-mediatique INSTAURATION D’UN DEDANS DEHORS MARQUAGE :
CONTROLE :
1. Instauration dedans/ dehors : Ce systéme composé de draps / tapis cousus ensemble et accrochés couvrant la faille entreles deux immeubles. permet de venir cette derniére et établir ainsi clairement, un dedans / dehors.
L’accumulations de sac et d’objets, ici reprensente le controle de l’espace. Ces elements sont superposés et accumulés àfin de creer un mur. Ce mur bloque l’accés et le controle.
2.Marquage : Ce même systéme permet également le marquage trace, de chaque habitant de ces immeubles, par la participation à la création de cette énorme couverture ,à l’affirmation de son appartenance au groupe.
VISIBLE / CACHE :
PERSONNALISATION :
Le visible et le caché est representé ici par la suspension de rideaux dans les balecons des appartements denant sur la cour, recherche d’une intimité à l’interieur d’un interieur déjà délimité.
toutes les images sont des productions personnelles
La personnalisation de l’espace ici, se fait à travers du mobilier disposés à l’arriére du mur. Des chaises et un barbecue.
40
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
3eme exemple : Binich, avril 2020. Une mère et son enfant rentrent dans le refuge qu’ils ont trouvé dans une école ravagée. Ils n’ont pas réussi à obtenir une tente dans le camp de déplacés voisin. Image 3 : Des familles vivant dans une école endommagée en Syrie . OCHA photographie. Issue du site des Nations Unis : https://news.un.org/fr/story/2021/03/1091422 INSTAURATION D’UN DEDANS DEHORS / LE VISIBLE ET LE CACHE
LE CONTROLE
La bache plastique represente ici une maniére de venir séparer l’espace intérieur de l’espace exterieur.
La bache plastique est controlé par la mise en place d’elements lourds : parpaings et couettes àfin de l’empêcher de s’envoler. De la maintenir ainsi contrôler et de bloquer. Ce systéme permet alors de controler l’accés.
LE MARQUAGE
LA PERSONNALISATION
Les graffitis et tags, permettent le marquage de l’espace. Ils mettent en évidence dans ce cas précis, la résilience des occupants face au régime.
Suspendre le linge dans cet exemple represente la personnalisation des lieux. La mise en place d’une assise et à l’étage pour créer un coin lecture également.
LE VISIBLE / CACHE
Le visible et le caché est representé ici par des sacs aux contenus secrets, à l’image des tirroirs et des armoirs dans les maisons. Cet aspect permet de preserver une part d’intimité.
toutes les images sont des productions personnelles
41
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
II.LES CONDITIONS DE L’HABITER
Conclusion de l’ Analyse iconographique : L’expérience réalisée a permis de démontrer que malgré les conditions précaires et difficiles de la guerre, ces trois conditions restent permanentes et nécessaires dans tous les cas étudiés à l’élaboration d’une habitation indépendamment de la forme matérielle que cette condition prendra. Un autre point à relever peut être que ces conditions peuvent être confondues dans certains cas. Pour conclure cette deuxième partie, je vous propose de revenir sur ces tois exemples d’habitation accompagnés de nuages de mots. Ces derniers ont été réalisés grâce aux différentes réponses de personnes interrogées sur la signification de ces images en quelques mots. IMAGINATION
RUINES
PAUVERAUTE
INVESTISSEMENT
RESPECT
REFUGE
CLANDESTINE
HABITATION
INVESTISSEMENT
DEBROUILLE
SUBTILE
ILLEGAL
DROIT
RESILIENCE
IGNORANCE
DELIMITATION
LIENS HISTOIRE
SURVIE
ADAPTATION
IDENTITE
ENTRAIDE
FRONTIERE
MEMOIRE
RASSEMBLEMENT
Image 1 : fournie par Annie Sartre
BOUCLIER
PROTESTANT
RESILIENCE
SURVEILLANCE PRIVATISATION
TRISTESSE
PRECARITE
INSECURITE
REFUGE
CLANDESTINE
SURVIE ARMES
ADAPTATION
CLOTURE
BLINDAGE
Image 2 par Ammar Abd Rabbo, issue du site courrier international, publié le 29-10-2013 https://www.courrierinternational.com/article/2013/10/29/ammar-abd-rabbo-photoreporter-la-syrie-une-guerre-mediatique
PAUVERETE
ENDURANCE
TRANSFORMATION
REFUGIE SEPARATION
DANGER
ABRIS
INVESTISSEMENT
GUERRE
DESTRUCTION
REFUGE
COMMUNAUTE
REBELS
CACHETTE
INVESTISSEMENT
GUERRE
PROTECTION
RESILIENCE
RESISTANCE CATASTROPHE
EPHEMERE
SURVIE URGENCE
DESTRUCTION AIDE
RAVAGE
RUINE
Image 3 : Des familles vivant dans une école endommagée en Syrie . OCHA photographie. Issue du site des Nations Unis : https://news.un.org/fr/story/2021/03/1091422
42
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Malgré que les trois conditions nécessaires à l’aboutissement de l’habiter ont été démontrés présentes dans la totalité des cas traités. Un point pertinent semble manquer à cette analyse. On n’a traité pour l’instant que la dimension spatiale de l’habitation, pourtant la relation au temps est primordiale à la notion de stabilité.
III.HABITER L’INHABITABLE : Malgré que les trois conditions nécessaires à l’aboutissement de l’habiter ont été démontrés présentes dans la totalité des cas traités. Un point pertinent semble manquer à cette analyse. On n’a traité pour l’instant que la dimension spatiale de l’habitation, pourtant la relation au temps est primordiale à la notion de stabilité. Lorsqu’un ancrage à un lieu sur le long terme est possible, le sentiment de stabilité renforce l’idée du chez soi. Ce troisième pilier est la dimension temporelle du chez soi : l’ancrage sur le long terme. Cette stabilité se construit au fil du temps; et se traduit également par la disposition de nouveaux éléments d’appropriation de l’espace. Des éléments plus lourds, moins amovibles et donc plus stables ( commodes, lits … ) En période de guerre, ou dans des conditions précaires, la sédentarisation et le sentiment de stabilité n’est pas garantie voire impossible. Les personnes se retrouvent dans une situation d’errance continue. Ce troisième critère en moins, ces espaces sont-ils réellement habitables ? Une fois dépourvue de ce sentiment de stabilité, l’habitant se retrouve a chercher des subterfuges pour habiter temporairement un espace. Après tout, « L’action d’habiter» possède une dimension existentielle […]. C’est parce que l’homme “habite” que son “habitat” devient “habitation” » Paquot, 2007, p. 13. Grâce à la lecture d’ouvrages et les visionnages de réalisations audiovisuelles, on a fait ressortir pour ce mémoire deux thèmes principaux qui jouent le rôle de porte de secours. Des dispositifs, permettant d’habiter l’inhabitable. Ces thèmes sont la festivité, et la prise de repas.
«Ils étaient là tous deux pareils aux vagabonds de la fable, engloutis et perdus dans les entrailles d’une bête de granit » Cormac Maccarthy , La route p 9
Fig 24. Schéma représentant la érrance dans les ruines . Docu43 ment personnel
III.HABITER L’INHABITABLE
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
1. FÊTE
Ayant repéré, lors de mes recherches, plusieurs moments représentant des instants de célébrations dans les ruines de Syrie. Et ceci, à travers la recherche iconographique, le visionnage Interieur de films ou encore dans la lecture du roman La routeSoi de Cormac Mccarthy. L’omniprésence , de ce type d’événements qui pourraient paraître dérisoires et inutiles, dans de Passage - Seuil - Frontiér telles conditions, de l’action d’habiDEDANS / m’a poussé à questionner le rôle de la fête dans la réalisation ter.DEHORS
Exterieur
L’autre
Dans l’inttention d’essayer de comprendre je m’appuie sur la lecture d’un nombre d’ouvrages sociologiques et anthropologiques.
Ce qui est donné à voir
Sociabilisation
Principalement sur trois ouvrages majeurs qui ont pendant longtemps servi de base à la comVISIBLEde/la fête : Totem et Tabou de Sigmund Freud, Les formes élémentaires de la vie Liberté d préhension CACHE d’Émile Durkheim, et l’Essai du don : forme et raison de l’échange dans les sociétés religieuse Retrait archaïques de Marcel Mauss. Secret D’autres ouvrages seront également cités afin d’appuyer certains points.
Physique
a . Polysémie et évolution : Controle
Controle de l’acces
Symbolique Signalitique
APPROPRIATION
Signe
La fête est un phénomène et une pratique constante, elle est commune à toutes les civilisaMarquage Materiel Modification d’état tions, et dans toutes les sociétés humaines. Cependant, la polysémie, ainsi que la multitude des typologies des fêtes, dûes à sa longévité historique et à son évolution au cours du temps, la Signature rendent difficile à définir. Identitaire
Permanance Afin d’essayer de mieux comprendre ce qu’est une fête nous allons essayer de relater l’évolution Identité evolutive Personnalisation que cette dernière a connue. Singularité
Le mot ‘’ fête ‘’ vient du latin festi, deux jours qui constituent et structurent le calendrier romain. Expression Les romains organisaient alors leurs quotidien, selon le type de jour en question. Les jours de congés appelés Festi, consacrés à la gloire des dieux, et à la célébration. Et les jours Fasti, consacrés au travail et aux affaires publiques. Cette distinction, démontre dors et déjà deux caractéristiques principales de la fête qui sont : La fête est organisée et planifié La fête est un moment particulier détaché du quotidien
CALENDRIER ROMAIN
Fasti
Travail
Festi
Repos
ORGANISATION PLANIFICATION
Fig 25. Structuration du calendrier romain en deux types de jours. Les jours de travail et les jours de fête.
44
SIGNIALITIQUE
SIGNE
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Siginifié
Les rites, fêtes et cérémonies ont marqué l’existence de l’être humain et ce depuis toujours.
Co
La vie est régulée par des cycles précis. Les fêtes viennent mettre l’accent sur un moment précis MATERIEL MODIFICATION D’ETAT MARQUAGE de ces cycles. Elles ont toujours été liées et permettent de célébrer les cycles régis par la nature ( Elles incluent les fêtes lunaires ou solaires chez les chrétiens comme la célébration de Pâques ou les équinoxes et solstices ).
De
Ra
D’autres dépendent des cycles en relation avec les saisons , ou encore aux périodes de vie ( nous pouvons citer, la naissance,IDENTITAIRE la puberté, les mariages et les SIGNATURE enterrements /) TRACE . A travers le temps, les fêtes collectives ont été catégorisées en deux types soit mobiles soit fixes. Les célébrations liées à la course solaire représentent des fêtes fixes et celles liées à la course lunaires, sont mobiles.
LUNAIRE
FETES MOBILES
SOLAIRE
FETES FIXES
FETE
Fig 26. Schéma représentant la décomposition des fêtes en lunaire et solaire Document personnel
Nous pouvons en conclure que la fête illustre soit des moments de la vie collective ou individuelle. Outre ces cérémonies naturelles, d’autres servent à commémorer un événement marquant pour un groupe ou évoquant un moment de l’histoire d’une communauté. Plusieurs acteurs des sciences sociales se sont intéressés à la question de la fête, à ses typologies, évolutions et à ses significations. On pourrait citer Freud qui s’est intéressé dans Tôtem et Tabou 57 au repas totémiques, qu’il considère comme la première manifestation de la fête. Ou encore Emile Durkheim, père fondateur de la sociologie, qui, dans les formes élémentaires de la vie religieuse 58, traite la fête d’un point de vue d’une sociologie du sacré. Quant aux travaux de Marcel Mauss, dans son ouvrage Essai sur le don 59 s’intéressent aux fêtes, mais plus précisément aux fêtes relatives aux dons et à leurs dimensions économiques et hiérarchie sociale. On observe cependant un déclin dans ces recherches dans nos sociétés contemporaines, et ceci malgré l’omniprésence de la pratique de la fête. Cette dernière pourrait s’expliquer par un phénomène de négation et un rejet de la pratique , dans les sociétés industrielles. Un rejet motivé par de grands penseurs, tels que Montesquieu ou Homme, qui jugeaient la fête comme inutile et contre-productive. 57.Sigmund Freud, Totem et Tabou, petite biblio Payot, P 101 - 120 58.Émile Durkheim, les formes élémentaires de la vie religieuse, PUF; 7e édition (4 janvier 2013) 59.Marcel Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, PUF, coll. « Quadrige Grands 45 textes », 2007, 248 p., EAN : 9782130554998.
Do
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
La crise sanitaire actuelle fait ressortir ce débat, et met en doute la nécessité de la pratique des fêtes. En la réduisant, ou encore en l’interdisant, on a remarqué une persévérance et une résistance à cette décision. Les populations ont alors redoublé d’efforts et de créativités, donnant naissance à de nouveaux types de célébrations en ligne, sur le parking d’un supermarché, dans les parcs ou places publics. Pleins d’autres exemples pourraient être cités. Cette résilience démontre alors l’importance et la nécessité de la pratique de la fête. Dans cette partie, nous allons essayer de comprendre ce qui rend la fête indispensable, ses fonctions, ainsi que l’importance de l’existence de cette dernière en temps de guerre. Nous allons essayer de démontrer également par une expérience de comparaison iconographique, l’accentuation de la signification ainsi que de l’importance de cette dernière, en temps de guerre.
b . Fonctions : La fête, dans sa complexité, relève à la fois du naturel et de l’institutionnel. Les traces les plus anciennes de pratique de la fête ont été découvertes en Mésopotamie. Les anthropologues attribuent au phénomène de festivité de multiples fonctions, individuelles et sociales. Ils lui reconnaissent son caractère universelle ainsi que son attrait pour l’excès. L’inversion des coutumes. La rupture spatio-temporelle, l’aspect économique et la cohésion sociale, lui sont également reconnues. b.1. Rupture du quotidien : Effervescence, cohésion sociale : La fête a la capacité de relier le présent au passé. Par cette fonction de préservation des ordres et coutumes qui survivent aux générations. Elle permet de conserver et de maintenir les croyances et mythes d’une génération à une autre. Elle permet en ce sens de renforcer le sentiment d’appartenance d’un groupe. Selon Jean Bernard Chapelier dans ‘’ la grande illusion ‘’ : fête et processus groupaux : « La fête renvoie naturellement au collectif, car elle ne se conçoit que groupalement.»60 Durkheim traite la dimension sociale des événements festifs dans les formes élémentaires de la vie religieuse, le lien entre fête et organisation sociétale. Selon l’école durkheimienne, la vie sociale d’un groupe s’organise selon deux périodes distinctes. Une période d’isolement social, monotone, qu’on pourrait rapprocher des jours Fasti vu traités précédemment . Cette période s’opposerait aux périodes de rassemblements religieux ou aux corroboris 61. Cette dernière période pourrait être assimilée à la définition donnée plus haut, des jours Festi. La mise en évidence de cette mécanique représente la clé de l’équilibre et du maintien des sociétés. 57.Sigmund Freud, Totem et Tabou, petite biblio Payot, P 101 - 120 58.Émile Durkheim, les formes élémentaires de la vie religieuse, PUF; 7e édition (4 janvier 2013) 59.Marcel Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, PUF, coll. « Quadrige Grands textes », 2007, 248 p., EAN : 9782130554998. 60. Jean-Bernard Chapelier, Les phénomènes de groupe : importance de l’illusion groupale, la loi des pairs 2019 ,pages 57 à 91 61.terme qui signifie lieu de réjouissance communes, chez les aborigènes d’Australie, où les cérémonies se célèbrent en chants ou danses. Durkheim l’utilise en opposition aux rites commémoratifs. Il les décrit comme vulgaires. 46
III.HABITER L’INHABITABLE
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
En effet, l’effervescence sociale reconnue comme caractéristique des moments festifs, ou la vie sociale est intense et le groupe soudé. Vient s’opposer à la monotonie et rigidité de la vie économique marquée par l’individualisme, et l’éclatement du groupe en petites entités. Engendrant ainsi un épuisement et une atonie sociale. Ce très célèbre passage de l’ouvrage cité précédemment, illustre parfaitement ce propos : “Tantôt la population est dispersée par petits groupes qui vaquent, indépendamment les uns des autres, à leurs occupations ; chaque famille vit alors de son côté, chassant, pêchant, cherchant en un mot, à se procurer la nourriture indispensable par tous les moyens dont elle dispose. Tantôt, au contraire, la population se condense, pour un temps qui varie de plusieurs jours à plusieurs mois, sur des points déterminés ”62 Durkheim distingue dans le développement de ces idées, fête et religion , profane et sacré mais également l’aspect économique de la fête. moi Propriété D’autres ont également étudié cette saisonnalité desA relations sociales. On pourrait citer Marcel Adapatatif Mauss, le père de l’anthropologie française, qui traite dans Essai sur les variations saisonnières ESPACE OBJECTIVANT Moi Propriétaire Fonctionnel des sociétés eskimos 63, l’organisation de la vie sociale des sociétés eskimos. Formaliste Par moi
ESPACE PROPRE
mode d’habiter
Il part d’une analyse morphologique de l’habitat, afin de faire ressortir une opposition structurante Propriété A moi de la vie sociale : l’hiver et l’été.
Adapatatif Moi Fonctionnel Il développe cette opposition en démontrant la présence de deux positionnements de formes Formalise Par moi mode d’habiter sociales chez les eskimos. ESPACE OBJECTIVÉ
Propriétaire
Auto-référence
Appropriation
L’été les familles se replient sur elles-mêmes, se coupent de la société et se consacrent aux activités quotidiennes de pêche, chasse et survie. La vie sociale est très faible ou inexistante. L’hiver émerge le phénomène de la fête avec un état d’exaltation continu, ou l’esprit de partage et de société atteint son pic. ETRE CHEZ-SOI
ETRE SOI
Permanance
Identité évolutive L’exemple donnée par Mauss, le plus parlant de cette dimension collective est surement la transSingularité gression de la réglementation ordinaire des rapports sexuels, par le partage et l’échange des femmes. Fasti On pourrait rapprocher cette distinction saisonnière, par un phénomène de nos sociétés contemORGANISATION poraines qui est représenté par les vacances d’été. Avec le quotidien Festi
Spatio-temporelle Rupture La fête permet alors par le partage des mêmes traditions, ainsi qu’à laFête participation aux célébraréglementée LACHER PRIS tions, à la fois de marquer l’appartenance à groupe Des social, normesmais également structurer l’organisaPRESERVATI tion de ce dernier. Fête du désordre Intimité Sociabilisation
FONCTION DE LA FETE
Partage
APPARTENANCE SOCIALE
Fig 27. Schéma représentant la relation entre fête, sociabilisation et appartenance sociale . Document personnel
TRACE MARQUEPUF; 7e édition MARQUE MARQUEles formes élémentaires TRACE 62. Émile Durkheim, de la vie religieuse, (4 janvier 2013) 63. Marcel Mauss (1904-1905) , Essai sur les variations saisonnières des sociétés eskimo Étude de morphologie sociale , LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES CHICOUTIMI, QUÉBEC 47 http ://classiques.uqac.ca/ PRESENT
PASSÉ
SIGNATURE SYMBOLE
EMPREINTE INDICE
INTENTIONNELLE
TRACE
PAS FORC INTENTIO
III.HABITER L’INHABITABLE
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
b.2. Rupture spatio-temporelle : Malgré son insertion dans une temporalité précise par une date souvent déterminée. La fête permet le temps de cet événement de couper avec le passé et le sacré. Ce moment est hors du temps. La fête devient simultanément mémoire et rupture. Elle permet généralement, le temps d’un moment , dans un espace donné, la rencontre de deux paradoxes ou de deux mondes opposés et séparés. L’exemple le plus parlant serait la fête d’Halloween, où le temps d’une journée, les vivants célèbrent les morts. Dans son aspect de cohésion sociale développé précédemment, elle permet une porosité entre l’intérieur et l’extérieur. Elle est témoin,périodiquement de l’unité de la communauté. L’acceptation d’autrui, de l’étranger au sein du groupe est rendue plus simple et plus évidente, par le simple fait du partage des mêmes traditions, et des mêmes pratiques. Elle permet également de créer un lien entre l’imaginaire et le réel. La fête est un entre-deux, un espace où les légendes ou coutumes deviennent réels. Dans ce sens, la fête traduit la volonté de la communauté de trouver le temps d’un événement un équilibre entre des forces contraires qui constituent, dans la plupart des cas, les fondements même de son existence.
memoire
fête
rupture
Société
Fig 28. Schéma représentant l’intersection de la fête entre rupture et mémoire. Document personnel
Imaginaire
fête
Etranger
Fig 29 Schéma représentant l’intersection de la fête entre société et étrangers, démontrant la capacité de la fête à joindre les deux. Elle permet ainsi l’insertion de nouvelles personnes au groupe Document personnel
fête
réel
Fig30 Schéma représentant l’intersection de la fête entre imaginaire et réel. Document personnel
48
INTIME
III.HABITER L’INHABITABLE
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
b.3. Rupture des normes du groupe : Chaos ordonné : Il existerait deux types de fêtes. Les premières fêtes réglementées, conformistes et ordonnées. Rigide dans leurs pratiques. Et d’autres “ fêtes du désordre ”64: qui ont pour fonction première la libération des mœurs sociétaires et communautaires. Ces transgressions n’ont pas pour but de rendre vulnérable les valeurs de la société mais de les solidifier, en prévoyant souvent un retour à l’ordre. Selon Freud : “ Une fête est un excès permis, voire ordonné, une violation solennelle d’une prohibition. Ce n’est pas parce qu’ils se trouvent, en vertu d’une prescription, joyeusement disposés que les hommes commettent des excès : l’excès fait partie de la nature même de la fête; la disposition joyeuse est produite par la permission accordée de faire ce qui est défendu en temps normal. ” 65
INTERIEUR Elle permet la libération de tensions et pulsions contrôlées par la société en temps réel.
Caillois dans sa définition rejoint celle de Freud. Il met la fête dans une catégorie du “ sacré de transgression ”.Elle se retrouve à l’opposé de la vie quotidienne, par son exubérance, son effervescence, sa démesure, FETEau temps primitif ou Urzeit, le INTERIEUR DEDANSson dérèglement et son excès. Il l’associe commencement de toute chose.
« De jadis à aujourd’hui, la fête se définit toujours par la danse, le chant, l’ingestion de nourriture, la beuverie. Il faut s’en donner tout son soûl, jusqu’à s’épuiser, jusqu’à se rendre malade. ORDONNE DESORDRE C’est la loi même de la fête » 67 FETE INTERIEUR EXTERIEUR FETE DESORDRE ORDRE ORDONNE
Fig 31. Schéma représentant les deux formes possibles de la fête . Document personnel
ORDRE
RETOUR
DESORDRE
FETE
Fig 32. Schéma représentant la relation régissant le retour à l’ordre grâce à la pratique de la fête. Document personnel
DESORDRE
Signe indexicaux - Signifiant
RETOUR
SIGNIALITIQUE
SIGNE Siginifié
Signe indexicaux - Signifiant
MODIFICATION D’ETAT des fêtes d’un point de vue psychosociologique RQUAGE 64.tecfa, les fonctions MATERIEL http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/0001/bin59/spsycho.htm#temps SIGNE 65.Sigmund Freud, Totem et Tabou, petite biblio Payot, P 101 - 120 66. Roger Caillois, l’Homme et le sacré, folio essai
Siginifié
Construction - Fabrication
Fig 33. Croquis represantant l’excés et la sociabilisation induits par la fête. Document personne
Construction - Fabrication IDENTITAIRE SIGNATURE / TRACE
Destruction Rapport
individu 49 espace
III.HABITER L’INHABITABLE
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
La fête étant tout d’abord un rite, et comme vu plus haut est contrôlée et temporelle . Elle se verra attribuer un début, une apogée et une fin. Elle permet une libération, un défoulement, d’exprimer de certaines oppositions mais ce n’est aucunement une révolution. Les interdits sont bien évidemment transgressés, manipulés, ou retournés, mais uniquement de manière temporaire et éphémère. “ Elle ne se déclenche pas n’importe comment, ni n’importe où et encore moins n’importe quand. À la fin, avec les derniers éclats de chants ou de rires, on brûle l’effigie de la fête : le « bonhomme carnaval ». Plus brutalement, on dissout une fête comme on le fait aussi de quelques manifestations de rue. Il n’est pas, au plan Propriété de l’ordre traditionnel, de dérive possible A moi Adapatatif 67 à la fête – ce grand thème situationniste –Moi ” ESPACE OBJECTIVANT Propriétaire Fonctionnel Par moi
Formaliste
mode d’habiter
ESPACE PROPRE Ceci dit, il faut bien comprendre que cette relation entre ordre et fête est réciproque. Propriété moi Ils sont liés, et n’existeraient pas l’un sans Al’autre. L’ordre n’est pas l’ennemi de cette dernière, Adapatatif ESPACE OBJECTIVÉ Propriétaire Moi Fonctionnel elle le supporte et il la crée. Formalise Automoi du lâcher mode d’habiter Autant bien la fonction psychologique de laPar fête, prise avec ces débordements,Objectivant de l’euphorie dans ses divertissements et de la libération des pulsions réprimées dans la vie quotiAuto-référence Appropriation dienne sont reconnus.
Il ne faut pas négliger la fonction thérapeutique de la fête, du renforcement du lien social et du Permanance partage de ce qui relève du plus intime. ETRE CHEZ-SOI ETRE SOI Identité évolutive Faire partager collectivement les Singularité émotions de deuils et de chagrin, permet d’éviter la solitude lors des moments de tristesse. Fasti Avec le quotidien Rupture
Spatio-temporelle Des normes
FONCTIONS DE LA FETE
Festi
ORGANISATION
Fête réglementée Fête du désordre
LACHER PRISE - OPPOSITION PRESERVATION DE L’ORDRE
Intimité Sociabilisation Partage
APPARTENANCE SOCIALE
Fig 34. Schéma résumant les différentes fonctions de la fête ainsi que leurs caractéristiques et effets. Document personnel
Comme vu dans cette partie dédiée à la compréhension de la notion et des fonctions de la fête, dans l’objectif d’essayer d’expliquer comment la fête peut représenter un moment hors du temps, Signe indexicaux - Signifiant nécessaire à l’accomplissement de l’action de l’habiter en guerre. SIGNIALITIQUE
SIGNE
Dans un premier temps, et comme démontré par Durkheim, laSiginifié fête est régulatrice de liens soConstruction - Fabrication ciaux, et du sentiment d’appartenance. Un sentiment nécessaire et primordial crise. Ensuite selon Freud et Caillois la fête MATERIELen période de MODIFICATION D’ETAT MARQUAGE Destruction représente le moment de l’évasion, du lâcher prise et de l’expression de ses désirs. Rapport
individu
espace
67.Olivier Douville, Fêtes et contextes anthropologiques, Adolescence 2005/3 (T. 23 n°3), pages 639 à 648, Cairn IDENTITAIRE SIGNATURE / TRACE https://www.cairn.info/revue-adolescence-2005-3-page-639.htm#:~:text=Elle%20ne%20se%20d%C3%A9clenche%20 Psychologique50 pas,de%20quelques%20manifestations%20de%20rue.
Domination
Physique
III.HABITER L’INHABITABLE
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
Cette émancipation permet un retour au quotidien plus apaisé. Cette dimension me paraît être une clef à fin d’expliquer les phénomènes repérés dans les exemples iconographiques de célébrations dans les ruines. Ces moments de commémoration permettent d’exprimer à la fois, une opposition, un espoir. Une opposition au quotidien rempli de morts et de peur, par un moment de joie et de célébration. Pour conclure sur ce premier échapatoire, nous allons essayer, grâce à la participation de plusieurs personnes, de mettre des mots sur les images recueillies lors des différentes recherches réalisées. Le choix de ces mots démontrent la valeur et la dimension que prend l’acte de faire la fête en conditions de guerre. On remarquera la permanance des mots lacher prise , espoir, évasion, optimisme Mais également, de déni, oubli et opposition. Ce qui appuie la fonction de rupture avec le quotidien évoqué précedemment. SOLIDARITE
LACHER PRISE
DESTRUCTION
EXPRESSION
ESPOIR
EPHEMERE
ART
RELACHEMENT
OPPOSITION
OUBLIE
CLICHE BEAU LUTTE
OPTIMISME
ARTISTES
LIBERTE
Fig 35. NUAGE DE MOTS 1 image issue du site Le pointCulture. La photographie est signée AFP https://www.lepoint.fr/culture/en-syrie-la-peinture-pour-exorciser-la-guerre-dans-le-camp-de-yarmouk-23-08-2018-2245269_3.php
GUERRE
CREATION
DESTRUCTION
ESPOIR
PARADOXE
SYMBOLE
OPPOSITION
OUBLIE
AMOUR CLICHE
MARRIAGE CELEBRATION RUINES
EFFORT
EXCEPTIONNEL LUTTE
BONHEUR FAMILLE
CREATION
EVASION
LACHER PRISE RELACHEMENT
REPAS
EVASION
FORCE
RESISTANCE
EVENEMENT
TRADITION OPPOSITION
DENI
LUTTE
ESPOIR
FETE
OPTIMISME CONTRASTE
LIBERTE
Fig 36. NUAGE DE MOTS 2 Image du haut issue du site BFM TV, signée Joseph Eid - AFP https://www.bfmtv.com/diaporama/des-photos-demariage-dans-les-ruines-de-homs-3543/faire-des-photosun-message-4/ Image du bas est issue du reportage Pour Sama, de Waed El Kateb
DESTRUCTION
TRADITION
EXPRESSION
BONHEUR
AMOUR
LACHER PRISE RELACHEMENT
EVASION
COUTUME
PARADOXE
Fig 37.NUAGE DE MOTS 3 Image issue du site Femmesdetunisie. La photographie est signée Ibrahim Faraj https://femmesdetunisie.com/ramadan-2015-iftara-ramallah-ou-la-vie-malgre-tout/
OPTIMISME
EVASION
PARADOXE
GUERRE
LIENS
ANNIVERSAIRE 51
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
La première source d’inspiration de cette sous-partie est sûrement l’ouvrage La route de Cormac Mccarthy. Dans son œuvre il consacre une grande partie à la description de ces moments de prises de repas, qui viennent rythmer les journées moroses des deux personnages principaux. Ces derniers passent leur journées à errer dans ces paysages d’apocalypses. Ces moments de prise de repas sont décrits comme des moments de détente et de partage. « Ils mangèrent un somptueux repas aux chandelles. Du jambon et des haricots verts et de la purée de pommes de terre avec des biscuits et de la sauce » 68
« Ils mangèrent les petits champi- « lavèrent les morilles pour enlever la terre et la gnons avec les haricots et burent cendre et les mirent à tremper dans une casserole du thé et en dessert ils eurent d’eau. ...il découpa une poignée de champignons des poires en boîte. Il tassa le feu sur une bûche pour leur dîner et les versa dans contre le filon rocheux ... la poêle avec la graisse de porc d’une boîte de ils restèrent assis au chaud dans haricots blancs et les fit mijoter lentement sur les leur refuge» 69 braises. Le petit l’observait.» 70
2- Le repas : Si l’alimentation représente pour l’homme un moment incontournable et vital où le processus d’ingurgitation des éléments naturels lui procure les besoins nutritifs, les vitamines, eau et sel minéraux dont il a besoin. Cependant la prise de repas et la cuisine représentent des faits plus complexes, impliquant à la fois, des dimensions historiques, culturelles, psychologiques et sociales. Nous allons traiter dans cette partie les fonctions autres que la fonction biologique et évidente de la prise de repas. Nous allons essayer de démontrer en quoi, l’acte de manger et de manger ensemble, peut représenter un événement marquant et indispensable au maintien d’une santé physique mais surtout psychologique saine en temps de guerre. a. Fonctions : a.1.Dis moi ce que tu manges , je te dirai qui tu es : On connait tous la fameuse citation de Brillat Savarin ‘’ dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es ”71. La question de la prise de repas est au centre des enjeux et questionnements actuels ( politique, environnemental, de santé … ) pourtant malgré cette importance qui lui est accordée; les recherches dans le domaine des sciences humaines et sociales sur l’alimentation restent timides.Des précurseurs tels que Claude Lévi Strauss ou Roland Barthes ont commencé à traiter le sujet. Mais ce dernier n’a connu le succès qu’il méritait que grâce aux travaux de Claude Fischler, sociologue français né en 1947. Il publie son premier ouvrage ‘’ l’Homnivore’’, apparu en 1990. Lors de ces différentes recherches et publications, Fischler traite les liens qui régissent l’alimentation, l’identité et les liens sociaux. 68.Cormac Maccarthy, La route, , Points 252 pages , P 138 69.Ibid, p 43 70.Ibid, p 42 71. Brillat-Savarin , Physiologie du goût, Hermann , 1981
52
Intimité Sociabilisation Partage
APPARTENANCE SOCIALE
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
« l’aliment un produit de consommation pas comme un autre, ne serait-ce que parce qu’une part de ce que nous ingérons devient notre corps, notre chair, nos os […] » 72 Claude Fischler met l’accent sur l’acte d “ incorporation ”. Ce dernier confère au processus de l’alimentation une dimension d’intimité. Ceci justifie ce lien naturel et essentiel entre alimentation, homme et identité. Ce lien intrinsèque permet le développement de ce que Fischler nomme la pensée magique.73 ACTE D’ALIMENTATION
INCORPORATION
INTERIORITE
INTIMITE
IDENTITE
Fig 38. Schéma expliquant la relation entre l’acte d’alimentation et l’identité. Document personnel
LOI DE CONTAGION
FUSION DES ELEMETS
PENSEE « J’ai laMAGIQUE nostalgie du café de ma mère,
La pensée magique : Qu’est-ce que la pensée magique ? Caracteristique INCORPORATION Du pain de ma mère, physique La pensée magique est un terme créé par Tylor et Mauss LOI DE SIMILITUDE TRANSFERT Des caresses de ma mère… Mode Frazer. Ce terme représente les éléments de base de lade Et l’enfance grandit en moi » 74
réflexion dans les sociétés primitives. Elle peut être fonctionnement structurée selon deux lois qui la régissent. La première est la loi de la contagion et la deuxième est celle de la similitude. La loi de la contagion est décrite par Fischler comme ce qui « passe par le contact, alors l’acte d’incorporation alimentaire constitue le contact le plus intime possible, puisqu’il y a, à proprement parler, pénétration, fusion, confusion de la substance absorbée dans l’organisme absorbant. » 75. Le contact qui se fait entre ces deux entités engendre une fusion et procure une dimension permanente à cette interaction. En anglais le diction « once in contact, always in contact »retranscrit parfaitement cette analogie. La deuxième loi se traduit par un transfert de caractéristiques propres du mangé au mangeur. Ces caractéristiques peuvent être physiques, psychologiques ou symboliques. On retrouve très fréquemment des exemples retranscrivant cette loi dans nos sociétés contemporaines. “ Il faut manger sain pour être sain” “ Pour grandir vite il faut manger des plantes qui poussent vite ” Fischler utilise un dicton français qui date du XIXe siècle pour illustrer ses propos : “ qui mange de la cervelle d’ours se prendra pour un ours ” 76
72 .Fischler cité par Philippe Pitaud, A table, les vieux ! page 17, Erès 2021 73. Claude Fischler , Pensée magique et Utopie dans la science : de l’incorporation à la diète méditerranéenne , Cahiers de l’OCHA , Paris : OCHA„ 1996, 5 (Pensée magique et alimentation aujourd’hui, Claude Fischler, dir.), pp.1-17. halshs-00505644f 74. Mahmoud Darwich, La Terre nous est étroite et autres poèmes , GALLIMARD, 2000 75.Claude Fischler , Pensée magique et Utopie dans la science : de l’incorporation à la diète méditerranéenne , Cahiers de l’OCHA , Paris : OCHA„ 1996, 5 (Pensée magique et alimentation aujourd’hui, Claude Fischler, dir.), pp.1-17. halshs-00505644f 76. Ibid 53
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
On remarque que dans cet exemple, la dynamique qui s’opère entre les deux corps, ne se réduit plus à des caractéristiques fondamentales de l’animal qui sont appliquées au mangeur éternel 77. Mais également et surtout marqué par le transfert d’un mode de fonctionnement. INTERIORITE INTIMITE IDENTITE INCORPORATION ACTE D’ALIMENTATION
LOI DE CONTAGION PENSEE MAGIQUE
FUSION DES ELEMETS INCORPORATION
LOI DE SIMILITUDE
TRANSFERT
Caracteristique physique Mode de fonctionnement
Fig 39. Schéma expliquant les lois régissant la pensée magique , passant par le processus d’incorporation les caractéristiques de chacune Document personnel
On remarque que dans cet exemple, la dynamique qui s’opère entre les deux corps, ne se réduit plus à des caractéristiques fondamentales de l’animal qui sont appliquées au mangeur éternel 77. Mais également et surtout marqué par le transfert d’un mode de fonctionnement. Cette représentation de l’incorporation met l’accent sur la volonté du mangeur à contrôler son corps. Cette tentative, commune à toutes les cultures permet à travers ce contrôle la maîtrise de l’esprit, de l’âme et donc de l’identité. La dimension personnelle de l’alimentation ne représente qu’un axe de décomposition de ce processus d’incorporation. Si nous revenions sur les fondements même sur lesquels reposent l’alimentation mondiale contemporaine . L’homme par son caractère Omnivore bénéficie d’une grande liberté alimentaire. Cette liberté le pousse à la diversification, et à l’expérimentation. Simultanément, cette diversification nécessite de la prudence, tout aliment inconnu peut représenter un danger. L’apprentissage résultant de ces expériences crée une base de données qui sera transmise de génération en génération. Assurant ainsi la longévité de la race humaine, une identité alimentaire, créant des sociétés, et renforçant un sentiment d’appartenance. Suivant cette logique, il semble pertinent de traiter la consommation alimentaire en tant que fait social. En quoi et comment l’alimentation régis t-elle les liens sociaux ?
77.terme utilisé par Claude Fischler dans L’Homnivore, Odile Jacob, pour désigner l’humain.
54
CHEZ-SOI
ETRE SOI
Permanance Identité évolutive
HABITER L’INHABITABLE : CASSingularité DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
a.2. Commensalité et alimentation :
III.HABITER L’INHABITABLE
Fasti
Avec le quotidien
ORGANISATION
Festi
Le repas représente bien plus que la simple et unique satisfaction d’un besoin vital et naturel. Spatio-temporelle Rupture à la fois De ce fait, il est considéré comme un acte symbolique rythmant le quotidien et comme Fête réglementée LACHER - OPPOSITION un facteur de lien social par la proximité qu’il induit nécessairement entre ceux qui PRISE y participent. Des normes
TIONS DE LA FETE
Fête du désordre
PRESERVATION DE L’ORDRE
Dans la suite de cette partie, on va décortiquer ces deux caractéristiques de la prise de repas. Intimité Dans le but d’essayer d’appréhender l’importance et l’impact psychologique et social de ce derSociabilisation APPARTENANCE SOCIALE nier. Partage 1. Un acte symbolique : Comme vu précédemment l’action de manger relève de l’intime. Cette particularité ainsi que la dimension d’un corps extérieur et d’un corps intérieur, existant dans ce qu’on appelle espace-corps, nécessite pour l’être humain une mise en scène afin de marquer ce passage.
TE D’ALIMENTATION
Un dedans - un dehors, un intérieur- un extérieur, on pourrait citer plusieurs autres termes qui marquent cette distinction, et qui appuient cette frontière.
Tout élément franchissant cette frontière afin de pénétrer le corps, relève du sacré. Cette symbolique rend obligatoire la mise en place de rituels ainsi que la structuration autour de INTERIORITE INTIMITE IDENTITE TE D’ALIMENTATION ces derniers, de l’acteINCORPORATION de manger. ACTE SYMBOLIQUE
INCORPORATION PENETRATION
Dedans
PASSAGE
SACRE
RITUEL
Dehors
Fig 40. Schéma expliquant la dimension symbolique de l’acte de prise de repas Cohesion Document personnel
Commensalité
FACTEUR LIEN SOCIAL
Creation de liens
Ce rituel se traduit par la mise en scène qui se met en place autour de l’acte le plus naturel du intimité Physique monde. Rapprochement Psychologique
valeurs
Cette mise en place, et toutes ces manières créées autour, représentent bien l’importance accordée par l’humain au moment du manger. En effet, l’homme dresse la table, accommode les mets, à des horaires précises, mange d’une certaine manière … Jean ¨Philippe Pierron philosophe cité par Jean Jacques Amyot nous dit : “ L’homme dresse la table quand les besoins sont , eux aussi, dressés. C’est dire qu’il cultive l’aliment et le sublime. La nutrition a de prosaïque ce que la cuisine a de poétique… ” Pierron , 2005 Dans ce qui représente la vie quotidienne, le moment du repas apparaît ici comme un événement. Une pause, un moment pour soi ou à partager, une échappatoire à la routine et aux problèmes. Qu’est ce qui distingue alors le rituel de la routine?
55
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
A moi
Propriété
Moi
Propriétaire
Par moi
mode d’habiter
III.HABITER L’INHABITABLE
ESPACE OBJECTIVANT
ESPACE PROPRE
Propriété Nous allons nous appuyer sur la définition de Lalive d’Epinay, qui traite le rituel comme A moi manière de mettre en évidence les tensions existantes entre routine etESPACE évènement. OBJECTIVÉ Propriétaire Moi
« Le café, pour le connaisseur que je suis, il faut se le préparer soi-même et ne pas se le faire servir. Car celui qui vous l’apporte y ajoute ses paroles, et le café du matin ne supporte pas le moindre mot.»78
moi mode d’habiter Elle nous explique que, le rituel représente par la Par symbolique Auto-référence Appropr qu’il renferme, une résilience, un refus et une opposition à la monotonie de l’existence routinière. Nous pouvons facilement mettre en parallèle ici la volonté de s’extraire d’ une routine lambda, que celle de s’extraire de la Permanance routine deETRE guerre. CHEZ-SOI ETRE SOI Identité évolutive Singularité
“ Chaque individu est susceptible de créer ou trouver une symbolique et une signification particulière à des activités ponctuant son quotidien en donnant à ce qui peut paraître de peu d’importance, une dimension « d’événement » ” (Lalive d’Epinay, 1983). Avec le quotidien
Fasti Festi
Spatio-temporelle
Rupture
Il serait intéressant pour mieux comprendre cet impact et rendre ce parallèle avec les conditionsFête régleme Des normes de crise et de guerre, d’étudier l’importanceFONCTIONS accordée auFETE moment du repas, par les français lors Fête du déso DE LA Intimité des différents confinements liés à la crise du Covid Sociabilisation
APPARTEN
Partage
routine
rituel
ROUTINE
événement
RITUEL
RESILIENCE A LA ROUTINE
SIGNIFICATION
Fig 41. Schéma représentant le rituel en tant que la résultante de l’intersection de la routine avec l’événement . Document personnel
b. Le repas des confinés :
Fig 42. Schéma représentant la différence entre routine et rituel. Document personnel INTERIORITE INCORPORATION ACTE D’ALIMENTATION
REPAS
ACTE SYMBOLIQUE
INCORPORATION PENETRATION
Dedans
PASS
Dehors
Cohesion
Commensalité Pour cette sous-partie, nous allons nous appuyer sur FACTEUR les résultats d’une étude menée Creation par Ipsos, de liens LIEN SOCIAL Physique pour la Fondation Nestlé afin de déterminer l’impact du confinement et de la crise sanitaire sur Rapprochement Psychologique les habitudes alimentaires des français.
Si la tradition des repas à la française était en déclin, la crise sanitaire ainsi que la privation des certains droits fondamentaux, ont participé à la renaissance de cette tradition. En effet, cette étude qui a été réalisé en trois phases ( le suivi des conversations des français sur les réseaux sociaux, l’observation du quotidien de 95 familles pendant un mois, et enfin deux sondages quantitatifs réalisés avant et à la fin du confinement ) a démontré que l’importance et de la signification accordés au moment du repas à augmenter. Le repas était pris souvent à des heures fixes et surtout partagés, un vrai rituel permettant un moment de relaxation. 74. Mahmoud Darwich, La Terre nous est étroite et autres poèmes , GALLIMARD, 2000
56
intimité valeurs
ESPACE OBJECTIVANT
A moi
Propriété
Moi
Propriétaire
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
Par moi
mode d’habiter
Adapatatif Fonctionnel Formaliste
III.HABITER L’INHABITABLE
Propriété
A moi Le magazine LSA ( Libre service Actualité ) partage avec nous ces chiffres de l’étude. Adapatatif L’alimentation sujets les plus abordés sur les réseaux sociaux avec 37% des converESPACE OBJECTIVÉ est l’un des Propriétaire Moi Fonctionnel sations en un an. Formalise Par moi
AutoObjectivant
mode d’habiter
Un autre chiffre marquant, pour 58 % des sondés, le moment du repas est d’abord un moment Auto-référence Appropriation de plaisir. Ce moment de plaisir est divisé en deux catégories. En premier lieu 62% associent ce plaisir aux traits gustatifs du repas, contre 41% qui mettent en relation ce plaisir au fait du “ manger ensemble ” et du plaisir de partager et de se retrouver autour de la table. C’est important de noter que la notion du plaisir de manger, que ce soit individuellement ou enPermanance core en groupe, constitue, en temps de crise un moment hors du temps, et une échappatoire à la ETRE SOI Identité évolutive morosité du quotidien.
TE
Singularité
b.1. plaisir gustatif Le plaisir et le repas sont deux notions qui ont toujours été associées. Fasti Dans toutes les langues métaphores alimentairesORGANISATION pour rendre compte du désir. On pourrait Avec le, les quotidien Festi citer des exemples tels que ‘’ la soif du pouvoir, tu es à croquer, dévorer un livre … ” plusieurs Spatio-temporelle Rupture autres exemples pourraient être cités, cependant ce n’est pas le sujet principal de cette partie. Fête réglementée
Des normes
LACHER PRISE - OPPOSITION
Le plaisir gustatif relève de l’individualisme. estdésordre souvent subjectif et dépend DE du L’ORDRE vécu de PRESERVATION FêteIldu chacun, des souvenirs et des appartenances et de l’identité culinaire personnelle. Intimité
Sociabilisation APPARTENANCE Chaque aliment renvoie à un imaginaire particulier, suivantSOCIALE également l’identité culinaire du manPartage geur, prenons un exemple simple : manger des tomates fraîches ne procurera surement pas le même imaginaire ou la même sensation que de manger du caviar.
Les deux aliments renvoient à deux imaginaires différents.
PLAISIR GUSTATIIF
Individualiste
Relatif aux specificités personnelles
Le caviar renvoie plutôt à une classe sociale supérieure, à une hiérarchie. La tomate quant à elle, plus modeste et grand public procurerait une sensation de
Relatif à l’imaginaire de l’élément
Fig 43. Schéma représentant les spécificités du plaisir gustatif
fraicheur, de soleil et pourrait rappeler, associée à de l’huile d’olive,à des vacances sur la méditerranée. INTERIORITE Le plaisir gustatif, neINTIMITE dépend pas doncIDENTITE uniquement du goût
INCORPORATION
ATION
SYMBOLIQUE
INCORPORATION PENETRATION Commensalité
mais est souvent rattaché aux différents symboles et significations que les aliments ou plats englobe. Dedans C’est Dehors
Rapprochement
SACRE
RITUEL
grâce à ces derniéres que le plaisir gustatif permet de s’évader et comme on le dit souvent dans un langage inforCohesion mel “ de faire voyager ”
Creation de liens 44. Croquis représentant les differents imaginaires des UR LIEN Fig SOCIAL aliments. Document personnel
PASSAGE
Physique
Psychologique
intimité valeurs
57
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Cependant, dans la majorité des cultures, que ce soit à travers la religion, les contes ou traditions, l’acte de manger seul a une forte connotation péjorative et d’anormalité. Le mangeur isolé paraît alors comme un humain dont les circonstances auraient physiquement privé le vivre ensemble. E.Masson, retiendra trois catégories, dans son étude. Culturellement, manger c’est manger ensemble, de mangeur solitaire : L’ermite, le sauvage et le fou. George Simmel fait ressortir ce paradoxe qu’il juge fondamental de l’alimentation. Ce dernier réside dans le fait que l’acte principalement individuel ( comme vu précédemment ) de se nourrir et d’en tirer du plaisir soit également, un acte fondateur d’un fait social total, catalyseur et créateur de liens sociaux. Nous allons étudier dans cette seconde partie comment le repas peut être catalyseur de liens sociaux.
b.2. Le plaisir de la commensalité “ Que ce soit dans les sociétés de chasseurs cueilleurs, hier aux Etats-Unis, aujourd’hui, ou même dans les villages gaulois d’Astérix, dans tous les cas les activités sociales passent par un moment de prise alimentaire, un repas … ”75 Toutes les occasions sont bonnes pour se retrouver et partager un bon repas. La capacité du repas à nouer des liens sociaux est devenue presque évidente. Dans nos sociétés contemporaines, l’impact social du partage n’est plus un secret. Nous pouvons citer hormis les dîners de mariages, et autres cérémonies, les initiatives plus contemporaines, tels que les apéritifs “ d’after work ” ou encore les sessions de “ team building ” autour d’un repas partagé . Ces derniers ont souvent pour objectif de renforcer la cohésion entre les membres de l’entreprise et de créer de nouveaux liens entre ces personnes. Si on se réfère à Fischler dans son ouvrage l’Homnivore , “ Manger est, dans l’histoire de l’humanité, non seulement une question collective, régie par la culture et la société, mais encore bien davantage : elle est au centre de l’organisation sociale. Manger est affaire de partage, de répartition, de distribution, d’échange. Le lien social passe, notamment par la nourriture et il la régule. ” (Fischler, 2003, p. 26) La nourriture apparaît ici non seulement comme un espace de partage et de commensalité mais également comme un régulateur et organisateur de liens sociaux. On pourrait se demander alors, comment une action essentiellement biologique arrive-t-elle à créer et réguler des liens sociaux ? 75.Dominique Desjeux,Alimentations contemporaine , l’Harmattan V
58
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
1 . Tous autour d’une table : Le moment du partage de repas, nécessite tout d’abord un rapprochement physique. Tous autour d’un élément structurant, l’espace et l’action du partage. Une table qu’elle soit haute , basse, un tapis, ou encore juste un barille représente un lieu sacré du partage. a. Sacré Table : La table ici, sera traitée dans son sens le plus large, qui est d’espace de partage de repas. Sa formalisation reste personnelle aux situations, et aux cultures et également aux caractéristiques formels ou informels de la prise du repas. La table représente le lieu de la mise en œuvre rituelle ( comme vue précédemment ). Elle nécessite alors des codes, et une attention particulière à la mise en place de ces derniers. Elle serait porteuse de symbolisme, rythmant notre quotidien, représentation d’une identité. Elle représente à elle seule , lieu de rencontre du sensible et du biologique. Afin de rendre compte de ce double rôle nous pouvons citer Jean-Jacques Amyot, dans son ouvrage A Table, les vieux, 2021 . L’auteur opère un rapprochement entre la table et le lit. Deux éléments du mobiliers domestiques qui pourraient résumer à eux seuls, les fondements de l’existence humaine. Lieu où naissent le plaisir, le désir et les besoins. “ Deux pièces du mobilier, deux symboles qui scandent nos journées, trahissent nos manières de vivre, nos personnalités, nos obsessions et nos attentes, nos dégoûts et nos jouissances, des régressions individuelles et des évolutions culturelles. ” 76 Il décrit la table comme lieu de lumière, lieu d’innombrable liens sociaux, lieu où se trouve le monde végétal et animal afin de répondre à notre survie et nos plaisir. Lieu de transmission, de culture, d’ingéniosité et de délectation. Le lit, lieu de la vulnérabilité, de la pénombre, lieu où le corps est roi, où il se suffit à lui-même. Ces deux fournitures, ont selon l’auteur, la capacité de couvrir tous les champs du sensible. Elles sont symboles de traditions, fantasme, plaisir, croyances.. La table du repas et le lit des ébats portent des imaginaires communs à toutes les cultures. “ si l’on vous dit ‘table ’ vous salivez ; si l’on vous dit ‘ lit ’ vous fantasmez. ”77
76.Jean Jacques Amyot, A table les vieux, 2021, Eres 77 .Ibid
59
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Dans sa dimension sensible, Fasti elle permet deTravail rendre compte, paradoxalement, d’une structuration. Elle se trouve à la jonction de ces deux axes. Elle favorise ORGANISATION tout d’abord le rassemblement, des CALENDRIER PLANIFICATION consommateurs ou convives, qui participent à la création d’une identité collective. Parallèlement, ROMAIN Repos elle impose par son organisation Festiune hiérarchie entre les convives et les hôtes.
Rassemblement
Identité collective
Separation
Hierarchie entre les participants
TABLE
Fig 45. Schéma montrant le paradoxe découlant des fonctions sociales de la table . Document personnel
La table par la grand attention prêté à son dressage ou mise en place, est inévitablement ritualisée à travers laquelle un événement est célébré ( fin de journée, mariage, retrouvailles, la vie...). Ce dispositif matériel, se transforme alors en objet de médiation, qui transporte les participants dans une autre dimension. Cette fonction de médiation est également permise par le rapprochement physique que cet objet engendre. b. Rapprochement physique et symbolique : Le repas autour d’une table,( on se réfère toujours ici à la définition de la table donnée précédemment ) dans sa structure nécessite forcément un contact physique. Une fois assis à table, il est presque inconcevable de ne pas dialoguer avec son voisin. Cette notion de ‘‘autour d’un objet ’’, va nécessiter obligatoirement la présence d’une personne en face ou à côté de soi. Ce rapprochement physique , en plus du partage du repas, constitue un critère obligatoire pour la création du lien social. Cet objet sacré de la table, engendre presque instinctivement, le positionnement des participants en cercle. Cette figure est primordiale et très particulière. En effet , Freud utilise souvent le terme de “ cercle social ”78 ou encore “ cercle plus étroit ”79 afin de parler de groupe social. Former un repas revient à former un cercle. Littéralement, cela veut dire dessiner autour d’un espace, grâce aux corps un rond, une forme fermée. Symboliquement, cela revient à définir un dedans, un dehors. Un groupe, ses membres et ceux qui y sont étrangers.
77.Paul Laurent Assoun, Inconscient anthropologique et anthropologie de l’inconscient. Freud Anthropologue, Revue du MAUSS, 2011 / n 37 Page 71 à 87 78.Ibid-
60
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE. A moi
III.HABITER L’INHABITABLE
Propriété
Adapatatif
ESPACE OBJECTIVANT Cette distinction, permet comme montré grâce l’identification des membres du Moi à ces schémas, Propriétaire Fonctionnel Formaliste groupe, ainsi que la création d’un nouvel espace d’intimité etd’habiter de partage. Par moi mode ESPACE PROPRE
ESPACE OBJECTIVÉ
A moi
Propriété
Moi
Propriétaire
Par moi
mode d’habiter
Auto-référence
ETRE CHEZ-SOI
Adapatatif Fonctionnel Formalise
AutoObjectivant
Appropriation
Permanance
ETRE SOI
Identité évolutive
Fig 46. Schéma montrant les différentes organisation circulaires autour de la table . Document personnel .
Singularité
Cette disposition comme expliquait précédemment, et réappuyer par ses schémas ( Fig 24 ) démontrent l’inévitabilité de la création de liens autour de ce cercle. Encerclé, aucun échappatoire Fasti ORGANISATION possible. Avec le quotidien Festi Spatio-temporelle
Rupture
Fête réglementée
Ce rapprochement physique est solidifié par la notion de commensalité et de partage vu précéLACHER PRISE - OPPOSITION Des normes PRESERVATION DE L’ORDRE FONCTIONS DE LA FETE Fête du désordre demment. Intimité
Sociabilisation
APPARTENANCE SOCIALE L’action d’incorporation commune des mêmes aliments, renvoie premièrement, au partage des Partage mêmes valeurs / cultures entre les mangeurs. Mais également à l’expérience d’une intimité partagée. Ceci par le simple fait d’incorporer dans son corps, des aliments préparés par autrui. Ce dernier point se veut véhiculateur d’un sentiment de confiance mutuelle entre les participants. ACTE D’ALIMENTATION
Pour illustrer cette notion du manger symbolique, nous citerons Françoise Parouty-David “ c’est-à-dire d’in-corporer des valeurs liées aux aliments et surtout de le faire ensemble dans un rituel qui détermine la valeur des aliments et des boissons – prescrits et proscrits – et ce dans toutes les civilisations pour construire une identité collective ou sceller des alliances. ”79 ACTE D’ALIMENTATION
ACTE SYMBOLIQUE REPAS
INTERIORITE
INCORPORATION
INCORPORATION PENETRATION Commensalité
FACTEUR LIEN SOCIAL Rapprochement
Dedans
INTIMITE
PASSAGE
SACRE
IDENTITE
RITUEL
Dehors
Cohesion Creation de liens Physique Psychologique
intimité valeurs
Fig 47. Schéma résumant les fonctions premiére de la prise de repas, leurs caractéristiques et effets . Document personnel .
79.Françoise Parouty-David, Jean-Jacques Boutaud, Le sens gourmand. De la commensalité – du goût – des aliments, JeanPaul Rocher éditeur, 2005, in Nouveaux Actes Sémiotiques, Site Internet, Comptes rendus, Université de Limoges, 5 juillet 61 2007, Disponible sur : http://revues.unilim.fr/nas/document.php?id=1593
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
c. Partager un repas, un plaisir dans les ruines? Afin d’arriver à mesurer le plaisir que peut offrir le partage d’un repas, en situation de guerre. Nous allons nous appuyer sur un travail d’expertise réalisé par l’autoentreprise Sophie Thiron et le groupe Danone Produits frais de France. Les résultats de cette étude sont publiés dans la rubrique Anthropology of Food, dans le journal Openedition Journals, sous le titre de Food pleasure in daily lives of urban adults in France: do not miss your appointment! 80 L’idée principale de cet article est de venir relever des caractéristiques qui impactent le plaisir ressenti lors du partage d’un repas. Ces rituels quotidiens sont caractérisés par la rencontre entre un mangeur, son aliment, à un moment, dans un espace, et un contexte social précis. En fonction de ces variables, on obtient une diversité de situations. Chacune d’entre elles participe à la constitution du plaisir ressenti lors de ces expériences. Jean Pierre Corbeau détaille également ces composantes: 1.Une composante temporelle : le moment du rendez vous 2.Une composante spatiale : le lieu du rendez vous 3.Une composante sociale : les individus qui entourent ou non le mangeur Ces trois composantes, permettent comme montré dans ce schéma la création d’un triangle, qui régulera l’intensité du plaisir ressenti. On appellera ce triangle le triangle du plaisir ( fig 48 ) Le plaisir est donc la résultante de ces trois composantes réunies. Chacune est porteuse de sens et de ressenti. Lorsque l’une varie, le résultat n’est plus le même, voire n’est plus. Composante sociale
LE PLAISIR RESSENTI LORS DU MOMENT DE LA PRISE DE REPAS
Composante spatiale
Composante temporelle
Fig48 : Schéma montrant les composantes régissant le plaisir ressenti lors du moment de la prise du repas. Document personnel
80.Sophie Thiron, Amélie Aubert-Plard , Le plaisir alimentaire dans le quotidien des adultes urbains en France, Des rendez-vous à ne pas manquer, Anthropology of food, Openeditions Journals : https://journals.openedition.org/aof/11928
62
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Nous allons procéder, à l’analyse des moments capturés dans ces photographies de guerre, grâce à la mise en place d’un questionnaire, en prenant en considération les trois composantes relevées par J.P.Corbeau. Cette analyse aura pour but de déterminer l’impact de ce moment de partage sur le plaisir ressenti par ces participants et donc de vérifier ou pas l’hypothèse que le moment du repas, permet à ces habitants de guerre, grâce au plaisir ressenti, d’habiter l’inhabitable. Ce questionnaire à permis de réaliser en plus des nuages de mots, des courbes montrant l’intensité du plaisir ressenti en fonction des composantes décrites précédemment. On remarque que les composantes spatiales, généralement des espaces en ruine, créent une courbe décroissante, et diminue donc la sensation de plaisir. La courbe de la composante temporelle quant à elle, est toujours croissante. Pour autant, il faut préciser que le plaisir ressenti est plus jugé par les nuages de mots plus intense lorsque le moment représenté est un événement particulier. Enfin la dernière courbe, prouve l’importance des moments de commensalité et de partage dans l’accentuation du plaisir éprouvé
80.Sophie Thiron, Amélie Aubert-Plard , Le plaisir alimentaire dans le quotidien des adultes urbains en France, Des rendez-vous à ne pas manquer, Anthropology of food, Openeditions Journals : https://journals.openedition.org/aof/11928
63
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Premier exemple : Douma, Chakan I’lfater en famille , Ramadan en Syrie 20 juin 2017
AMOUR
BONNE HUMEUR
ESPOIR
APPARTENANCE
JOIE
AFFINITE
LUTTE
BONHEUR
OPTIMISME
RASSEMBLEMENT
MODESTIE
SUPPORT
TRADITION RELIGION
FAMILLE
PARTAGE
LIENS GUERRE
SOLIDARITE
RAMADAN
OUBLI
PLAISIR
CONTEXTE SOCIAL EN GROUPE / FAMILLE
PLAISIR
CONTEXTE TEMPOREL Ramadan en guerre PLAISIR
0
CONTEXTE SPATIAL Dans les ruines
Fig49 : Nuage de mots 1 et courbes d’analyses Image issue du site web liberation, par Bassam Khabieh https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/une-decennie-de-guerre-vue-par-16-photographes-syriens-20210315_OHPV2ZQE3JHCPCXUV25HSDBLZY/. Document personnel
64
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Deuxiéme exemple: Douma, Chakan I’lfater dans un quartier ,Ramadan en Syrie 17 juin 2017
ENTREAIDE
ESPOIR
COMMUNAUTE REPAS
AFFINITE
RESISTANCE
BONHEUR
OPTIMISME
RASSEMBLEMENT
TRADITION
RELACHEMENT
TRADITION RELIGION
APPARTENANCE
PARTAGE
BONNE HUMEUR
GUERRE
MISE EN PLACE
RAMADAN
LIENS
SOLIDARITE
PLAISIR
CONTEXTE SOCIAL EN GROUPE COMMUNAUTE
PLAISIR
CONTEXTE TEMPOREL Ramadan en guerre PLAISIR
0
CONTEXTE SPATIAL Dans les ruines
Fig50 : Nuage de mots 2 et courbes d’analyses Image issue du site web TV5Monde, HAMZA AL-AJWEH / AFP https://information.tv5monde.com/info/en-syrie-rupture-du-jeune-au-milieu-des-ruines-176643 . Document personnel
65
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Troixiéme exemple : En Syrie, un iftar sur les ruines de l’ancienne maison familiale 05.05.2020.
ENTREAIDE TRADITION
ESPOIR
RELIGION
ADAPTATION
AFFINITE
SACRIFICE
RESILIENCE
BONHEUR SOURIRE
FAMILLE
PETIT PLAISIR RAMADAN
PROTECTION RELACHEMENT
APPARTENANCE
PARTAGE
BONNE HUMEUR
OPTIMISME LIENS MISE EN PLACE
COMPLICITE
REUNION
SOLIDARITE
GUERRE
PLAISIR
ENFANCE
CONTEXTE SOCIAL EN FAMILLE
PLAISIR
CONTEXTE TEMPOREL Dejeuner en guerre PLAISIR
0
CONTEXTE SPATIAL Sur le toit de l’ancienne maison
Fig51 : Nuage de mots 3 et courbes d’analyses Image issue du site web LePoint International, AFP/Aaref WATAD, AFP https://www.lepoint.fr/monde/en-syrie-un-iftar-sur-les-ruines-de-la-maison-familiale-05-05-2020-2374319_24.php Document personnel
66
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Quatriéme exemple : En Syrie, un homme prenant le thé dans un batiment détruit, 14.02.2019
TRANQUILITE
REGRET
ESPOIR
NOSTALGIE
ESPERANCE
PONCIF
LUTTE
SERENITE PLAISIR
PATIENCE
RESILIENCE
SAGESSE
ROUTINE
TRADITION OBSERVATION PAUSE
DENI
TRISTESSE APPARTENANCE GUERRE
DESTRUCTION
RUINES
SOLITUDE
PLAISIR
CONTEXTE SOCIAL SEUL
PLAISIR
CONTEXTE TEMPOREL En journée PLAISIR
0
CONTEXTE SPATIAL Dans un batiment détruit
Fig52 : Nuage de mots 3 et courbes d’analyses Image issue du site web 70 Caritas International https://www.caritas.org/category/moyen-orient-et-en-afrique-du-nord/syria-fr/?lang=fr . Document personnel
67
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
III.HABITER L’INHABITABLE
Résumé : ESPACE OBJECTIVANT
A moi
Propriété
Moi
Propriétaire
Moi
Propriétaire
Adapatatif Fonctionnel Formaliste temps, comme
Cette dernière partie est consacrée à l’étudePar demoi ces moments hors du mode d’habiter ESPACE PROPRE catalyseurs et moteurs du sentiment d’habiter, sur une courte durée, à condition bien évidemPropriété A moi ment que les trois conditions de l’habiter soient présentes. Adapatatif ESPACE OBJECTIVÉ
Fonctionnel Formalise
AutoPar moi vu précédemment mode d’habiter Ces instants vécus au quotidien permettent comme dans les deux cas, une Objectivant A moi Propriété Adapatatif rupture avec l’hostilité du monde extérieur. Ils permettent également de créer un sentiment Auto-référence ESPACE OBJECTIVANT Moi Propriétaire Appropriation Fonctionnel d’appartenance grâce au partage nécessairement induit de ces deux actions. Mais également Formaliste Par moi mode d’habiter de consolider ESPACE PROPRE les liens sociaux, de provoquer un sentiment de plaisir et surtout de permettre une Propriété A moi évasion. Adapatatif Permanance ESPACE OBJECTIVÉ Ces moments presque futiles pour la majorité Moi d’entre Propriétaire Fonctionnel ETRE CHEZ-SOI ETRE SOI Identité évolutive Formalise Autonous, représentent dans ce cas, des éléments inREPAS Par moi mode d’habiterFETE Singularité Objectivant dissociables et obligatoire à la réalisation d’un sentiAuto-référence Appropriation ment de bien être, et d’habitation. Fasti
Avec le quotidien
ORGANISATION
Festi
Les analyses iconographiques terminent par démonSpatio-temporelle Rupture Fête réglementée trer la pertinence et l’envergueur Permanance que prennent ces LACHER PRISE - OPPOSITION ETRE CHEZ-SOI ETRE SOI ECHAPPATOIRE Des normes Identité évolutive moments duDEquotidien, dans les circonstances de PRESERVATION DE L’ORDRE FONCTIONS LA FETE Fête du désordre Singularité Fig 53. Schéma représentant l’ é chappatoire. Document personnel guerre. Intimité Sociabilisation Partage Fasti Avec le quotidien Festi Spatio-temporelle
Rupture
ACTE D’ALIMENTATION FONCTIONS DE LA FETE
APPARTENANCE SOCIALE ORGANISATION
Fête réglementée
Des normes
LACHER PRISE - OPPOSITION PRESERVATION DE L’ORDRE
Fête du désordre
Intimité Sociabilisation
APPARTENANCE SOCIALE
Partage
Fig 34. Schéma résumant les différentes fonctions de la fête ainsi que leurs caractéristiques et effets. Document personnel
ACTE D’ALIMENTATION ACTE SYMBOLIQUE REPAS
INCORPORATION
Dedans
INCORPORATION PENETRATION SIGNIALITIQUE SIGNE Dehors Commensalité
FACTEUR LIEN SOCIAL MARQUAGE
INTERIORITE
MATERIEL Rapprochement
Cohesion
INTIMITE
Signe indexicaux - Signifiant PASSAGE
Siginifié
Creation de liens Physique
Construction - Fabrication
valeurs
Destruction Rapport
Fig 47. Schéma résumant les fonctions premiére de la prise de repas, leurs caractéristiques et effets . Document personnel .
IDENTITAIRE
RITUEL
SACRE
intimité
MODIFICATION D’ETAT
Psychologique
IDENTITE
SIGNATURE / TRACE Domination
individu espace Psychologique Physique
68
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
CONCLUSION
conclusion : Ce mémoire à débuté avec l’ambition de répondre à la problématique suivante : Dépourvu de tout confort, de sécurité, de chez-soi. Comment ces personnes confrontées à la destruction, habitent-elles l’inhabitable ? En vue de préciser certains termes clés évoqués à maintes reprises dans la suite du développement du sujet mais également présents au moment de la problématique, dans un premier temps, la définition de certains termes était nécessaire. Ces derniéres, d’habiter , du chez soi, et de la ruine, ont permis d’une part d’éclairer la compréhension globale du sujet, mais également d’émettre un doute sur l’hypothèse d’origine, qui supposait que les habitants des villes en guerre habitent belle et bien ces espaces de désolation et de ruines. Dans un second temps, les trois conditions majeures à l’accomplissement de l’habiter ont été relevées, traitées et analysées l’une après l’autre. Au vue de démontrer leurs importances mais également leurs interdépendances. La réalisation de l’étude iconographique, en la décomposant selon ces trois critères vient appuyer et confirmer la validité des faits exposés precedemment, en les confrontant avec la réalité des circonstances de guerre. Enfin et en dernier lieu, l’hypothèse de base est de nouveau remise en question et cela malgré les résultats positifs de la deuxième partie.En effet, un critère important n’a pas été pris en compte lors de cette dernière, qui est le paramètre temporel . La guerre étant un état d’incertitude et d’errance. La sédentarisation est presque impossible. De ce fait, la réalisation du sentiment d’habitation, en passant par les trois phases décrites dans la deuxième partie, ne pourra pas prendre forme lors d’une très courte durée. Les personnes ayant constamment à changer de localisation, pourtant arrive à habiter, grâce à des moments d’évasion tellement anodins. Tout au long de ce mémoire, l’hypothèse de départ à été remise en question à plusieurs reprises et constamment à la fin de chaque partie. Pour finalement être validée, mais uniquement, à moitié.
69
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
CONCLUSION
Il faudrait quand même préciser que même si l’action d’habiter est atteinte, elle ne l’est que périodiquement et de façon ponctuelle. Ces cassures et ruptures dans cette action entraînent forcément une perturbation physique et psychologique pour ces habitants temporaires. Car rappelons-le, l’acte d’habiter, selon Heidegger, est le fondement même de tout autres comportements humains. Pour conclure, on pourrait envisager, un futur travail traitant des répercussions sur la manière d’habiter, en temps de paix, de ces personnes ayant vécus cet état d’errance et de destruction continu. Quels impacts ont les traumatismes dûs aux destructions de guerre, aux situations perpétuelles d’errance et d’insécurité vécues par ces habitants, sur leurs manières d’appréhender et de réaliser l’acte d’habiter en temps de paix ?
autres comportements humains
autres comportements humains
HABITER PERTURBATION HABITER Fig5 : Schéma représantant la definition de Heidegger de l’habiter en tant que socle fondateur de tous les autres comportements humains. Document personnel
Fig48 : Schéma représantant l’effet de la perturbation de l’habiter sur les autres comportements humains. Document personnel
70
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE : 1. Ouvrages : • Garance Le Caisne, opération césar : au coeur de la machine de mort syrienne, Stock, 2015 • Leyla dakhli, Histoire du proche-orient contemporain, la découverte, 2015 • Institut de recherches et d’études sur le monde arabes et musulman, CNRS-Université d’Aix-Marseille, les arabes du Levant en Argentine , les cahiers de l’IREMAM. • Institut de recherches et d’études sur le monde arabes et musulman, CNRS-Université d’Aix-Marseille, Anthropologie de l’immigration , les cahiers de l’IREMAM • Gilles Doronsorro, Adam Boczko, Arthur Quesnay, Syrie: Anatomie d’une guerre civile, ACNRS editions, 2016 •Joseph Nasr, Le rien en architecture, l’architecture du rien, Préface de Henri-Pierre Jeudy, l’Harmattan , 2011 • Jean-Bertrand Pontalis, Ce temps qui ne passe pas: suivi de, Le Compartiment de chemin de fer,Gallimard , 2001 • Thierry Paquot, Michel Lussault, Chris Younès , Habiter, le propre de l’humain. Villes, territoires et philosophie, 2007. • Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, Quadrige, mai 2020 • Michel De Certeau, L’invention du quotidien, Gallimard , novembre 1990 • Martin Heidegger, Bâtir Habiter Penser, Gallimard, Octobre 1980 •Sigmund Freud, Totem et Tabou, editions Payot et Rivages • Wajdi Mouawad, Incendies, Le sang des promesses 2 , Babel, 2009 • Andrée Chedid, Le message , Flammarion 2021 • Cormac Mccarthy, La route , Editions de l’Olivier , 2009 • Brillat-Savarin , Physiologie du goût, 1825 • Philippe Pitaud, A table, les vieux ! Erès 2021 • Jean-Pierre Poulain, Sociologie de l’alimentation, Quadirage, 2021 • Claude Fischler , L’Homnivore , Odile Jacob, 2021 • Claude Fischler , Pensée magique et Utopie dans la science : de l’incorporation à la diète méditerranéenne , Cahiers de l’OCHA , Paris : OCHA„ 1996,, pp.1-17. halshs00505644f •Dominique Desjeux,Alimentations contemporaine , l’Harmattan, 2002 •Perla Serfaty-Garzon, Habiter, Dictionnaire critique de l’habitat et du logement, sous la direction de Marion Segaud, Jacques Brun, Jean Claude driant, Paris editions Armand Colin, 2003 71
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
BIBLIOGRAPHIE
1. Ouvrages : •Perla Serfaty Gazon, Le chez-soi, les territoires de l’intimité ( sociétale ) , Armand Colin , 2003 • Perla Serfaty Garzon, L’appropriation, dans Dictionnaire critique de l’habitat et du logement, sous la direction de Marion Segaud, Jacques Brun, Jean Claude driant, Paris editions Armand Colin, 2003 la direction de Marion Segaud, Jacques Brun, Jean Claude driant, Paris editions Armand Colin, 2003 •Edward-T-Hall, The silent language, Garden City, New York : Doubleday and Co, 1959 •Chombart de Lauwe, P.-H. (1976b). Transformation de l’environnement des aspirations et des valeurs. Paris : CNR 1976 •Djemila Zeneidi-Henry, Les SDF et la ville : géographie du savoir vivre, Bréal, 2003 •Émile Durkheim, les formes élémentaires de la vie religieuse, PUF; 7e édition (4 janvier 2013) • Marcel Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, PUF, coll. « Quadrige Grands textes », 2007, 248 p., EAN : 9782130554998. • Marcel Mauss , Essai sur les variations saisonnières des sociétés eskimo Étude de morphologie sociale , les classiques des sciences sociales chicoutimi, 2007 • Roger Caillois, l’Homme et le sacré, folio essai •George Tate, les villages oubliés de Syrie du Nord,Février 1999 , Clio 2021 •Georges Tchalenko, Institut français d’archéologie du Proche-Orient, Villages antiques de la Syrie du Nord : Le massif du Bélus à l’époque romaine, 1 janvier 1953, P. Geuthner (1 janvier 1953) •Battikh lina, les ruines de guerre, Mémoire de licence, école nationale supérieure d’architecture de Nancy, Ensan, issu , publié le 9 mars 2021 https://issuu.com/linabattikh/docs/210210_battikh_lina_ruines_de_guerre •Martin Heidegger, Bâtir habiter penser, essais et conférences de Martin Heidegger 1951, août , Darmstadt, Gallimard. •Michel De Certeau, l’invention du quotidien II, folio essais,
72
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
BIBLIOGRAPHIE
2. Articles et revues • Vincent Veschambre, la notion d’appropriation, dans Segaud M, Brun J , Driant K,-C, 2002 - Dictionnaire de l’habitat et du logement, Paris , A 195, Presse universitaire de Rennes , juin 2005, • Jodelle Zetlaoui-Léger, Qu’est ce que l’appropriation ? , Contribution scientifique et technique sur la notion d’appropriation dans les opérations d’aménagement urbain durable, 2012 •Centre interdisciplinaire Récits, Cultures,Psychanalyse, Langues et sociétés, Université de Nice, UFR LASH, Dimensions psychologiques de l’Habiter chez les personnes sans domicile fixe, Février 2010 • Fabrice Ripoll, Réflexions sur les rapports entre marquage et appropriation de l’espace, ResearchGate, Janvier 2006 • Pascal Amphoux, Lorenza Mondada, Le Chez-soi dans tous les sens, Architecture et Comportement/Architecture and Behaviour, Colloquia/ Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, 1989, vol. 5 (n°2), pp. 135-152. ffhal-01561820 •Paul Laurent Assoun, Inconscient anthropologique et anthropologie de l’inconscient. Freud Anthropologue, Revue du MAUSS, 2011 / n 37 Page 71 à 87• Leyla dakhli, Histoire du proche-orient contemporain, la découverte, 2015 • IJean-Bernard Chapelier, La grande illusion : fête et processus groupaux , Adolescence 2005/3 ( T.23 n 3 ) pages 695 • Sabine Vassart, Habiter , Pensée plurielle , 2006/2 (no 12), pages 9 à 19 • Liliane Rioux, Annie Moch, Approche Psychosociale de l’appropriation de l’espace : état des lieux, Lapsi N 6 , Novembre 2009 •Nadège Leroux, Qu’est ce que l’habiter: les enjeux de l’habiter pour la réinsertion, Eres, VST - Vie sociale et traitement 2008/1 n 97 page 14 à 25. ISSN 0396-8669 •Agata Zielinski, Être Chez-soi, être soi, Etudes 2015/6 juin pages 55 a 65 , Cairn https://www.cairn.info/revue-etudes-2015-6-page-55.htm?contenu=article •Jean-Bernard Chapelier, Les phénomènes de groupe : importance de l’illusion groupale, la loi des pairs 2019 , pages 57 à 91 •Olivier Douville, Fêtes et contextes anthropologiques, Adolescence 2005/3 (T. 23 n°3), pages 639 à 648,
73
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
BIBLIOGRAPHIE
2. Articles et revues • Vincent Veschambre, la notion d’appropriation, dans Segaud M, Brun J , Driant K,-C, 2002 - Dictionnaire de l’habitat et du logement, Paris , A 195, Presse universitaire de Rennes , juin 2005, • Jodelle Zetlaoui-Léger, Qu’est ce que l’appropriation ? , Contribution scientifique et technique sur la notion d’appropriation dans les opérations d’aménagement urbain durable, 2012 •Centre interdisciplinaire Récits, Cultures,Psychanalyse, Langues et sociétés, Université de Nice, UFR LASH, Dimensions psychologiques de l’Habiter chez les personnes sans domicile fixe, Février 2010 • Fabrice Ripoll, Réflexions sur les rapports entre marquage et appropriation de l’espace, ResearchGate, Janvier 2006 • Pascal Amphoux, Lorenza Mondada, Le Chez-soi dans tous les sens, Architecture et Comportement/Architecture and Behaviour, Colloquia/ Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, 1989, vol. 5 (n°2), pp. 135-152. ffhal-01561820 •Paul Laurent Assoun, Inconscient anthropologique et anthropologie de l’inconscient. Freud Anthropologue, Revue du MAUSS, 2011 / n 37 Page 71 à 87• Leyla dakhli, Histoire du proche-orient contemporain, la découverte, 2015 • IJean-Bernard Chapelier, La grande illusion : fête et processus groupaux , Adolescence 2005/3 ( T.23 n 3 ) pages 695 • Sabine Vassart, Habiter , Pensée plurielle , 2006/2 (no 12), pages 9 à 19 • Liliane Rioux, Annie Moch, Approche Psychosociale de l’appropriation de l’espace : état des lieux, Lapsi N 6 , Novembre 2009 •Nadège Leroux, Qu’est ce que l’habiter: les enjeux de l’habiter pour la réinsertion, Eres, VST - Vie sociale et traitement 2008/1 n 97 page 14 à 25. ISSN 0396-8669 •Agata Zielinski, Être Chez-soi, être soi, Etudes 2015/6 juin pages 55 a 65 , Cairn https://www.cairn.info/revue-etudes-2015-6-page-55.htm?contenu=article •Jean-Bernard Chapelier, Les phénomènes de groupe : importance de l’illusion groupale, la loi des pairs 2019 , pages 57 à 91 •Olivier Douville, Fêtes et contextes anthropologiques, Adolescence 2005/3 (T. 23 n°3), pages 639 à 648, •Thierry Boissière, L’anthropologie face au conflit syrien :replacer la société au coeur de l’analyse , Openeditions journals, décembre 2015 • AFP, En Syrie, la peinture pour exorciser la guerre dans le camp de Yarmouk, 23/08/2018 • Capital, Dans la Syrie rebelle, une villa cossue transformée en école de fortune, 24/09/2018 74
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
BIBLIOGRAPHIE
3. Documentaires et reportages ● Arte , Les derniers hommes d’Alep, un drame sans fin, Ferras Fayad, 2017, disponible du 11.03.21 au 14.04.21, 89min ● Jean Luc Raynaud, Syrie, les derniers Remparts du patrimoine, 52 minutes 38 Arte, Syrie : de cendres et d’espoir , 24 minutes 29 ● UNESCO, diversité des expressions culturelles, « De la crise naîtra l’art » – raviver les expressions créatives à Mossoul, 09 mai 2019 ● Franceinfo, La vie à Mossoul, après plus de 3 ans de destruction, Publié le06/04/2018 ● Waed El Kaeteb, Pour Sama, KMBO, Publié le 06/04/2018 1h40min
4. Mémoire d’études : ● Marius Cailleau, Architecture et appropriation : éxperimentation et logement collectif en France, Semestre printemps 2022, sous la direction de Frank Vermandel et Akeksey Sevastyanov, domaine conception, Ensapl https://issuu.com/marius.cailleau/docs/memoire_de_recherche_-_architecture_et_appropriati
75
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
ANNEXE : 1.Retranscription d’entretiens : a.Questionnaire et réponse d’Anwar Nahlawi : Pouvez-vous vous présenter ? NEHLAWI Anwar un étudiant syrien à l’école d’architecture de Nancy. Je viens de Damas, la capitale de la Syrie, pour fuir une guerre féroce qui a commencé en 2012. Dans quelle circonstances / périodes étiez-vous partie en Syrie ? Je suis parti de la Syrie en 2012, après l’obtention du brevet, quand les batailles se sont rapprochés de Damas. La seule sortie était le Liban où j’ai vécu avec ma famille pendant un an pour revenir après à Damas et obtenir mon bac S syrien en 2015. Je suis venu en France après l’obtention du bac grâce à un visa que j’ai demandé lorsque j’étais au Liban. Contrairement à la majorité des syriens qui ont dû quitter la Syrie à pieds ou en bateau pour chercher la sécurité et les droits de l’homme. Pouvez-vous nous parler de votre expérience en Syrie ? Je viens d’une famille industrielle et j’ai grandi dans un contexte politique stable pendant 15 ans. Ces 15 ans était une piège qui nous ont fait penser que toute la vie serai dans le même rythme et la même stabilité. Il faut souligner l’importance de la vie familiale en Syrie. Tout le monde est très attachés à la famille et forge sa vie autour ce noyau central que ce soit les membres, les lieux ou les souvenirs. Je vis à moins de 2km de mes grands parents paternels et maternels, mes tantes aussi vivent dans le même quartier et mon oncle est à 1km de chez moi. Les liens familiaux étaient très rigides et d’une très grande valeur. Les amis aussi… très nombreux et souvent proches aussi quand les parents se connaissent. Toute la communauté se connaissait et tout le monde grandissait au même endroit. Aujourd’hui on est éparpillé partout dans ce monde entre le Canada, la France, Dubai… Nous avons perdu ces liens et ces valeurs à cause des distances géographiques. Nous avons perdu le sentiment de sécurité et de stabilité et nous avons toujours peur de demain même si la guerre a déjà détruit tous les aspects de la vie de syriens. Pouvez-vous nous faire part du quotidien des personnes vivant encore sur place leurs habitudes , leurs sentiments, leurs traits de caractère, leurs envies … ? En 2011, la Syrie comptait 23 millions d’habitants. Environ 10 millions de syriens ont quitté le
76
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
a.Questionnaire et réponse d’Anwar Nahlawi :
pays pendant la guerre, ce qui laisse environ 11 millions sur place ( il y a 2 millions morts et disparus) Ceux qui sont restés jusqu’à aujourd’hui ont vécu tous les types de catastrophes et de crises qu’un peuple peut vivre en 10 ans. Donc, il faut prendre l’aspect psychologique en compte pour comprendre la société syrienne d’aujourd’hui. Je ne sais pas si l’on peut parler d’habitudes. Une habitude nécessite une stabilité (que ce soit une bonne ou une mauvaise). Là bas il n’y a rien qui est programmé. L’électricité se coupe tout le temps et partout ( parfois on ne la voit que 2 heures dans les 24h). L’essence et le mazout devient très chère et souvent rare et cela durcit le déplacement des gens. Le pouvoir d’achat a nettement baissé ( la moyenne salariale est autour 75,000 livres syriens ~ 18€) alors que pour faire le plein d’une voiture il faudra environ la moitié du salaire. Les gens sont épuisés et cherchent une tranquillité tous les jours sans penser au lendemain. Grâce à ça ils sont devenus beaucoup plus fort et plus résistants psychologiquement et ils essaient toutes les heures de s’adapter aux changements éternels de la vie quotidienne. L’envie du syrien est de savoir qu’il va vivre ses prochaines années avec dignité et sécurité. Il veut s’assurer que le futur de ses enfants est plus prometteur que le sien. Pouvez-vous nous dire, dans quelles conditions habitaient ces réfugiés? exemple : quels espaces habitaient-ils ? Dans quelles conditions ? Il existe plusieurs situations partout en Syrie et dans les pays voisins. Il y a les camps des réfugiés qui sont souvent dans un état déplorable face au froid et pluies de l’hiver et à la chaleur de l’été. Et il y a des réfugiés intérieurs qui se dirige vers d’autres villes syriennes pour fuire les batailles et les massacres dans leur villages et villes. Ces réfugiés sont hébergé dans des écoles ou des universités d’une manière temporelle jusqu’à nouvel ordre. Avez-vous remarquez des formes d’investissement de lieux ? de tentative d’appropriation d’espace? exemple : de la décoration, des dessins sur un mur, du réaménagement d’espace etc .. Si oui, pouvez vous nous en citer quelques uns ? non 77
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
a.Questionnaire et réponse d’Anwar Nahlawi : Comment pourriez-vous expliquer la phrase ‘’ habiter un espace “ ? Vous pouvez utiliser uniquement des mots, des phrases , des images, décrire une situation précise, peu importe,. Noyau de la famille Refuge nocturne Souvenirs spatial Pour habiter un espace il faut l’accepter (psychologiquement) Se sentir protégé Lieu de repos Après avoir vécu toutes ces expériences, pensez-vous que votre interprétation du terme habiter a évolué ? Dans ce cas pourriez vous nous expliquer comment votre regard a t il évolué? Oui. Je suis quelqu’un qui n’a jamais pensé à quitter son pays ni sa maison. J’avais un attachement fort au lieu physique. Aujourd’hui je me vois plus libre vis à vis le lieu physique et je commence à m’attacher plutôt aux achèvements que les lieux. Nous étions comme des arbres avec des racines qui nous empêchent de changer de lieu. Je suis coupé de mes racines et je me sens beaucoup plus libre et ouvert au monde international. Que signifie pour vous l’identité ? L’identité est le mot qui résume ce que nous avons vécu dans la vie. C’est une accumulation d’expériences et de priorités triées et classées par nous. Avez-vous déjà entendu parler des familles qui viennent chercher refuge dans ce qu’on appelle les villes mortes du Nord de la Syrie ? Ces ruines sont souvent classées patrimoine mondial de l’UNESCO. Non Si oui, pourriez-vous nous en dire un peu plus. Comment habitent-ils ces espaces? Que pensez-vous de ce phénomène ? Cela redonne une utilité fonctionnelle contemporaine de ces villes. Une preuve de l’efficacité des techniques et matériaux utilisés à l’époque. 78
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
a.Questionnaire et réponse d’Anwar Nahlawi : A votre avis, pourquoi ces personnes iraient chercher refuge dans ces ruines? Pour la même raison qui pousse l’homme nomade à s’abriter dans les grottes. Pour se protéger des dangers extérieurs. Ces ruines représentent- elles un moyen de retrouver un sentiment d’appartenance et d’identité? Pour certains peut-être, pour d’autres non. En Syrie il y a le problème de pauvreté et d’illettrisme et l’intérêt directe de ces familles est surtout de trouver un toit et des murs qui leur protègent. Il y a des gens qui ne connaissent le mot Patrimoine voire Histoire. Même pendant la paix, très peu de syriens s’intéressent à ces trésors architecturaux. Il existe beaucoup de villages pauvres construits avec des techniques similaires (économiques) qui un paysage similaire. C’est aussi une question de priorité immédiate. Visiter ces villes en tant que touriste ne donne pas la même expérience que quand on est réfugié de guerre.
79
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
a.Questionnaire et réponse d’Anwar Nahlawi : Conclusion de l’entretien avec Anwar : La première partie de l’entretien a permis de faire ressortir l’importance des liens sociaux et familiaux dans le processus de survie pour les syriens. Les mots “ stabilité, importance, attaché, forge , noyau, central, souvenirs. ‘’ démontrent l’impact de ces notions sur la personne. Egalement, la suite démontre l’absurdité de l’utilisation de ma part du terme “ habitude ” . Lorsque la stabilité manque, selon Anwar, l’habitude n’est plus d’usage. car l’habitude nécessite un quotidien programmé et défini alors qu’ en temps de guerre, rien ne peut être anticipé. ‘’ Je ne sais pas si l’on peut parler d’habitudes. Une habitude nécessite une stabilité (que ce soit une bonne ou une mauvaise). Là bas il n’y a rien qui est programmé. ‘’ Nous apprenons également qu’il existe deux types de réfugiés. Ceux qui sont acceptés et partent dans les camps de protection. Et ceux qui se réfugient dans les villes. Ceux-là auront tendance à fuir et chercher refuge dans des immeubles désertés. exemples : écoles, hôpitaux… Il utilise pour décrire le terme habiter des terme tels que : Noyau de la famille Refuge nocturne Souvenirs spatial Pour habiter un espace il faut l’accepter (psychologiquement) Se sentir protégé Lieu de repos Dans ces termes, on va retenir repos, noyau, acceptation et refuge. Enfin Anwar , nous apprend que la société syrienne n’avait pas forcément de culture du patrimoine avant la guerre. La présence de ces réfugiés dans ces ruines patrimoniales, ne témoignent pas forcément d’une volonté de se rapprocher de son identité , ou de chercher un sentiment d’appartenance, mais plus d’une urgence de se protéger .
80
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre Annie : (01:32) Donc je j’ai une formation d’historien, je suis agrégé d’histoire et j’ai fait une recherche pour continuer de progresser dans la vie, dans ma carrière. J’ai fait une thèse sur les monuments funéraires de Syrie du Sud à l’époque antique. C’est entre le 1er siècle, avant la fin du 1er siècle, avant jusqu’à l’islam. En gros, donc j’ai travaillé là-dessus. Ça m’a pris 10 ans. J’ai soutenu une thèse. Ensuite, je suis devenu professeur d’université et j’ai continué mes travaux pour toujours sur le funéraire, plus ou moins. Mais après, j’ai un peu bifurqué. J’ai travaillé sur les voyageurs parce que, comme dans le cadre de mes recherches, j’avais été amené à consulter beaucoup de d’archives de voyageurs qui étaient venus avant moi et qui avaient vu des choses qui ne se voyaient plus. Donc, je me suis intéressé ensuite aux voyageurs qui sont venus au Proche-Orient. Alors, à partir du 17e siècle, ils arrivent à partir du 17e siècle. Enfin, ça dépend des régions. Et donc, j’ai été amené à publier les archives d’un voyageur anglais qui s’appelait William John Banks, qui était venu en Syrie en 1816 et qui avait rapporté énormément de dessins, de copies, d’inscriptions, etc. Mais tout cela était resté inconnu de tout le monde jusqu’à la découverte de ces archives tout à fait par hasard par un collègue anglais qui visitait un château dans le sud de l’Angleterre. Et il semble que c’était le château de ce voyageur et le conservateur du château le diable, puisque vous vous intéressez à l’Antiquité, à la Syrie, etc. L’ancien propriétaire du château est allé au Proche-Orient quand il était très jeune et on a des tas de papiers qui traînent. Bon, alors, il s’était intéressé pas les conservateurs, s’était intéressé à ce qui était égyptien parce que le voyageur avait ramené carrément un obélisque de l’Egypte et qui était dans le jardin du château. Et le conservateur ne connaissait pas bien les autres documents. Du coup, ce collègue a commencé à trier. Et puis, comme il n’y connaissait pas les Grecs, il ne connaissait pas le latin. Du coup, il s’est dit très vite. Il s’est aperçu qu’il ne connaissait pas très bien la Syrie. Il y était allé pendant la Seconde Guerre mondiale, mais il ne connaissait pas les détails des villages où était allé le voyageur. Donc, il a demandé conseil à des collègues sardes qui lui ont dit Écoutez, en France, il y a des gens qui s’intéressent à cette région Et puis vous verrez bien. Et donc, c’est comme ça que j’ai été mis en contact avec ces archives que j’ai aidé à trier, à identifier, classer, etc. Et en contrepartie, les Anglais vous ont donné l’autorisation de publier les archives du sud de la Syrie, ce qui venait du sud de la Syrie. il y avait une centaine de feuillets avec des tas de dessins, des tas de copies d’inscriptions, etc. 81
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre Donc ça, ça a été mon second gros travail de publication de ces archives qui a abouti à la publication de. Sur Le voyageur, essai et exploration du sud de la Syrie. Et puis ensuite, il y avait un gros travail qui est sur chantier. C’était justement le chantier de tout ce qui était inscriptions de ce secteur-là. Alors, pour vous situer, le ranch, je ne sais pas si vous connaissez un petit peu. C’est la région qui est au sud de Damas, entre Damas et la Jordanie. A l’est, c’est le djebel druze dans ce désert et à l’ouest, et le Golan, Israël et la Palestine. Donc là, dans cette région qui fait 150 km , il y a quatre mille inscriptions, donc un énorme travail que mon mari avait commencé à faire pour sa thèse à lui et qu’il avait un peu laissé tomber parce qu’il a fait plein d’autres choses dans ce terrain. Et puis, comme moi, je cherchais un petit peu à quoi j’allais m’intéresser. j’ai proposé de reprendre ce chantier des inscriptions avec lui. Et donc là, on publie régulièrement puisqu’il y a un volume qui est sorti en début d’année. Il y en a un qui va sortir bientôt. On a publié sept volumes déjà d’inscriptions et il en reste encore quatre encore. Donc, c’est un énorme travail qui demande beaucoup de temps. Alors le fait que je sois allé en Syrie pendant deux ans, entre 2009 et 2011, a fait qu’on a pu retourner sur le terrain, faire des prospections, revoir des choses qu’on avait mal vues dans les années antérieures. Parce qu’entre temps, il s’était passé une révolution. C’était la révolution du numérique. Quand on allait dans le Haut-Rhin dans les années 70 80, on faisait de la photo argentique. On ne savait pas toujours si on en avait bien ou pas bien photographié. Voilà ce qu’on avait vu alors qu’après avec le numérique, vous voyez tout de suite la prise. Quand vous habitez sur place, contrairement aux missions où vous restez un mois, vous n’avez pas le temps de revenir trois fois au même endroit. Là, on avait le temps vraiment d’aller régulièrement revoir à différents moments de la journée. Parce que pour lire les inscriptions dans les murs, il y a un problème d’éclairage. Si vous avez un éclairage qui est comme ça devant, vous ne voyez rien. Il faut un éclairage rasant pour qu’on voit bien les gravures, etc. Donc ça nous permettait d’y retourner souvent, de voir les différents sous différents angles survolés. Donc ça, ça a été le travail que j’ai entamé à partir des années 2000 et qui se poursuit donc encore aujourd’hui avec le liposome qui reste à publier. Et puis, parallèlement, on a écrit Mon mari et moi des ouvrages de vulgarisation. On va dire. Vous avez peut-être vu sur Palmyre, Zénobie. Récemment, mon mari a publié un livre sur les
82
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre contacts dans l’Antiquité et sur comment les anciens, finalement, se sont rencontrés entre les mais pas les Iraniens qui allaient en Inde, les Indiens qui venaient en Afrique et moi, j’ai publié un livre sur les voyageurs et les savants qui ont contribué à faire connaître l’archéologie. J’ai trois, quatre chantiers en même temps. Je ne sais pas lequel va aboutir. On va voir. Alors il y a à la fois un chantier scientifique qui est la continuation de la publication des inscriptions, sans doute une synthèse sur Economie et Société en Syrie dans l’Antiquité. Et puis, des choses plus on va dire grand public, cultivé, bon. Deux biographies sur un groupe, un travail sur un groupe social particulier. Je ne sais pas ce qui va aboutir, mais là, ce n’est qu’au début. Je suis à la recherche de documentation et d’écriture. Voilà donc un objet du point de vue professionnel. J’enseignais à l’université jusqu’à ma retraite en 2011. J’étais d’accord. J’ai été dans plusieurs universités. J’ai terminé ma carrière à cette université dans le nord de la France Université d’Artois, et puis depuis, je travaille à mon rythme comme je peux. C’est le privilège de la retraite en plus de plus de cours affaires, pas plus d’administration. Après, on peut commander un verre. Lina (10:08) J’avais commencé à trouver les informations sur vous et sur la question du reinvestissement des ruines en syrie dans le documentaire que je regardais, qui s’appele Syrie, fait par Jean-Luc Raynaud. Annie : Oui, alors le film était très, très bien. Il a été primé d’ailleurs plusieurs fois. Il était centré effectivement sur la manière de préserver le patrimoine par les gens eux-mêmes sur place, en opposition avec tout ce que ne faisait pas le gouvernement syrien. Oui, parce que le problème auquel on a été confronté au moment de la guerre, c’est qu’on s’est aperçu qu’il n’y avait aucune protection contre la guerre, contre les dégâts de la guerre. Mais bien plus grave, la protection du patrimoine était quelque chose de complètement délaissé. Malgré les discours, parce qu’on vous expliquait qu’il y avait Palmyre, il y avait Alep qui avait été protégée, vitrine du régime que le régime mettait en valeur, qui était plus ou moins protégé. Et parce que même Palmyre, il y avait à dire sur la manière dont le site était protégé et pas protégé et pas préservé des dégradations. Que pouvaient faire les Bédouins, par exemple, qui venaient s’installer alors précisément dans le tombeau Bacha en jetant toutes leurs ordures à droite, à gauche, en passant dans le site en mobylette . Avant, rien, aucune ne préservation, aucune contrainte si vous voulez, à l’égard de ces gens, ni même à l’égard des touristes qui ont contribué aussi à dégrader le site. 83
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre Par exemple, il y avait des tombeaux peints, sans doute entendu parler du tombeau des trois frères. Bon, chaque année, on voyait les peintures disparaître progressivement parce qu’il y avait des hordes de touristes qui rentraient là-dedans sans contrôle de d’hygrométrie. De choses comme ça, donc beaucoup de saleté qui se répandait sur les murs, qui faisaient pâlir les peintures qui étaient quand même assez assez graves. Or, on était sur un site inscrit au patrimoine mondial dont les Syriens ne prenaient pas réellement soin comme ils auraient pu. Annie (12:33) Et puis, on voyait aussi beaucoup disparaître les antiquités. Beaucoup de pillage ou de trafics, y compris en temps de paix. C’est à dire que la guerre n’a fait qu’aggraver les choses, mais y compris en temps de paix. Déjà beaucoup de laisser aller beaucoup. Lina (12:48) Bon, c’est vrai que maintenant que vous l’expliquer. Mais je pensais que c’était tout le contraire. Et je voulais vous parler de la relation très forte qu’ont les syriens avec le patrimoine, leur mémoire, leur volonté de se rattacher à ce patrimoine, surtout en temps de guerre. Annie : Pour retrouver ça, c’est vrai depuis la guerre, parce qu’avant la guerre, on était parfois confronté à leur ignorance de l’importance du patrimoine. Parce que dans leur cursus scolaire, il y avait des pans entiers de l’histoire qui étaient ignorés dès qu’on s’apercevait d’année en année, que les manuels scolaires à l’école tendaient à faire commencer l’histoire avec l’islam. Annie (13:39) Et donc quand on leur disait mais là, c’est écrit en grec parce qu’il y avait dans l’Antiquité des gens de chez vous parler le grec, écrivaient le grec. Les gens ne croyaient pas. Et quand on leur disait mais voyez ce monument là qui date de l’époque romaine, il est très vieux, il est ancien, il était parfois bien préservé et bien conservé. On leur disait il faut continuer à le préserver et pas le détruire pour essayer de trouver le trésor hypothétique qui peut être caché sous les cailloux. Et ils nous disaient Oh, mais ce n’est pas notre histoire. Donc, si vous voulez, c’était un peu triste et la guerre a eu cet aspect peut être un peu positif de faire prendre conscience aux gens que le patrimoine historique, ça a de la valeur. C’est important pour pour leur environnement. Ils ont plus conscience que détruire des monuments du passé, ça les privait de ne serait-ce que la vue de ces monuments. Et puis, ils ont compris que les touristes qui venaient les voir viendraient plus. Et d’où une espèce de prise de conscience de l’intérêt de ça. Et alors, c’est assez général de l’ensemble du pays. Là, dans les remparts du patrimoine, on parlait beaucoup d’Alep. Et de ce 84
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre jeune Syrien qui a sauvé le minbar de la mosquée d’Alep. Mais c’est aussi vrai dans le sud, où je corresponds toujours via Facebook, avec des jeunes Syriens qui font des sorties le vendredi avec des copains avec une, deux, trois, quatre ,personnes. Ils vont dans les villages et il photographie les choses anciennes. Ça va du silex, éventuellement jusqu’à une mosquée du 19e siècle. Mais ils s’intéressent finalement aux vestiges du passé parce qu’il faut aussi reconnaître que beaucoup de villages ont été massacrés par l’expansion urbaine. Démographiquement, ils ont beaucoup, beaucoup d’enfants. Ils avaient plus d’enfants. Donc, il fallait agrandir les maisons. Il fallait loger tout le monde et on avait tendance à monter des parpaings et à construire des maisons n’importe où, n’importe comment. Pas de plan d’urbanisme, pas de pas de protection, justement, du bâti ancien et des villages du Orane qui sont tout noirs, qui étaient tous noirs parce que c’est la région du basalte où il y a des volcans. On construit en pierre de basalte, ça devenait tout blanc parce qu’ils construisent en béton et en ciment. Et donc, on voyait plus les anciens villages qui servaient de dépotoir ou dans lesquels on venait ramasser des cailloux pour les casser. Pour empirer la cour ou je ne sais quoi. Bon, donc, si vous voulez, tout ça était extrêmement triste et peut être que la guerre leur a fait prendre conscience, finalement, de l’intérêt des choses anciennes. Espérons, espérons. Le problème, c’est que ceux qui sont les plus éduqués, les plus conscients et sont partis. Lina (17:12) Du coup, j’ai posé la question a un ami syrien; je lui ai dit : que pensez-vous des migrants qui venaient de Syrie pour habiter les ruines des villes mortes qui pourraient peut être pas sembler plus sécurisante en soi ? Il me dit non, non, non, je pense que c’est juste pour la sécurité. En vrai, en Syrie, il y avait une grande ignorance et une grande nuance sur tout ce qui est le patrimoine, la culture. Et la plupart des gens ne connaissaient pas du tout le patrimoine, ils n’ont pas l’impression de détruire. Annie (17:42) Par exemple, on s’est promené beaucoup en Syrie du Nord, justement dans les villes mortes ces dernières des dernières années où on y était. Et là aussi, la démographie a beaucoup contribué à détruire, réoccuper des villages dans les arbres en prenant pas suffisamment soin. Et les gens ne voyaient pas quel mal ils faisaient à monter un mur en parpaings contre un mur du 5e siècle, par exemple. Forcément, ils allaient provoquer des dégâts parce que ne serait ce que le béton qu’on allait mettre contre qui allait peut-être abîmer la pierre ancienne. Il n’avait pas vraiment conscience de participer à la destruction, mais en même temps, c’est difficile de leur en vouloir parce que je pense à certaines villes comme Bosra, par exemple, dans 85 le
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre sud de la Syrie, où, pendant jusqu’à ce qu’on décide d’évacuer la population pour mettre le site archéologique en valeur, les gens habitaient des ruines. Mais comme c’était leur maison, ils avaient tendance quand même à en prendre un peu, voire pas forcément très bien, mais de deux manières. Ils habitaient là, donc quand le mur menaçait de tomber, ils le consolident, ils découvrent les gens partis, les murs s’écroulent. Les gens viennent jeter leurs ordures là parce qu’il n’y a personne et on efface soi-même un problème grave de destruction. Donc, si c’est à double tranchant, tout ça, c’est blanc et Noir. Habiter les ruines, d’une certaine manière, ça peut être bien et avoir un effet de les préserver. Et en même temps, si on dit pas aux gens attention, si vous faites ça, vous allez abîmer, etc. Forcément, il y aura des dégâts, forcément. Lina (19:36) OK, j’avais un peu de difficulté au départ à trouver des entretiens avec des Syriens sur ce sujet, je voulais des récits de vie par rapport à comment les personnes avaient investis des ruines en guerre. Mais je n’ai pas très bien réussi et du coup, j’étais parti sur trois axes différents. Un peu. Pour essayer de comprendre ce qui fait la vie dans les ruines, comme vous le dites, ça peut être des petits trucs pour prendre soin de sa maison. La décoration, par exemple . J’ai basé au départ sur une analyse d’œuvres de romanciers du 20ème, sur l’imaginaire de l’apocalypse des guerres. J’avais fait une petite sélection Andrée Chedid, Le message, Cormac McCarthy Sur la route, différentes œuvres qui parlaient de ce sujet là. Après, j’ai regardé aussi beaucoup de documentaires audiovisuels exemple pour sama de waed el kaeteb. Il y avait beaucoup de scènes, de réinvestissements , plusieurs thèmes que j’ai fait ressortir, quelques thèmes de ce qui fait habiter un pays en ruines. Par exemple, il y avait un mariage dans les ruines. Le théme de la festivité me semblait interessant pour faire l’habiter. il est simple de penser, par exemple, à la crémaillère. Quand on arrive dans un nouvel appartement, on fait une crémaillère pour dire ça chez moi et c’était un peu pareil pour moi. Je me marie, c’est chez moi, je fais la table du ramadan. J’invite mes amis pour avoir ce sentiment de convivialité. Il y avait aussi le thème du sommeil et de la rêverie, où il essayait de s’échapper pendant le temps de sommeil. Je voulais savoir si vous aviez peut-être remarqué des idées, de thèmes comme ça ou des moments où vous avez remarqué un moment d’habitabilité ? Annie (21:38) Alors bon, il se trouve que moi, ce que j’ai pu constater, c’est quand les gens vivaient dans les ruines par réoccupation parce qu’ils se sont sédentarisés. Comme je vous le disais, pour les Bédouins du sud de la Syrie, où les Druzes qui sont venus réoccuper des villages an86
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre tiques, bon, ça, je l’ai vu effectivement. Comment les gens s’installaient dans un petit préalable. Or, parfois, en le préservant très bien, parfois en reconstruisant, remodelant des choses, en prélevant sur un bâtiment déjà un peu écroulé, ce qui était sculpté ou ce qui était gravé dans le réel, utilisant dans leur maison ça chez les gens pour le plus de goût, parce qu’il y en a un dans le béton. La pierre gravée, il avait plutôt la mettre à l’envers dans le poulailler que de la mettre au dessus de la porte. Là aussi amusant et que comme les gens écrivent de droite à gauche en arabe, quand ils voient une inscription qui est en grec ou en latin, ils l’inversent. Quand ils y mettaient la pierre au dessus de leur fenêtre, quand ils ne savaient pas, il la met à l’envers. Annie (25:54) Oui, et surtout j’ai pour vous un groupe facebook, ou les gens publient des photos comme ça, à la rue juste une très grande sélection en ce moment en va avec des investissements massifs dans une région où prenez les ruines aussi et faisaient un petit magasin de valeur, de vrais ateliers. Il y a beaucoup de choses intéressantes sur ce site. Moi, j’y puise beaucoup d’informations. Parfois, j’échange des choses. C’est comme ça que j’ai connu d’ailleurs. Des gens en Syrie qui m’envoient des photos description des photos de choses qu’ils ont fait lors de leur balade. Et on a récupéré beaucoup, beaucoup de choses nouvelles depuis la guerre puisque ça fait 10 ans qu’on ne peut plus y aller. Donc les gens qui sont sur place, s’ils veulent bien nous envoyer les photos qu’ils trouvent , nous apportent des documents complémentaires. On a du pain, on a bien intégré une vingtaine d’inédits depuis, depuis que je communique avec ces charmants syriens. Bref, à tout point de vue, ce site d’échange est intéressant. Lina (26:58) Je demanderai mon adhésion. Annie (29:26) donc vous pouvez trouver des infos. Oui, alors. Donc, si vous voulez moi l’expérience, encore une fois que j’ai de la chance d’habiter les ruines, c’est des gens que j’ai connus, chez qui je suis allé et qui habitaient effectivement des ruines. Comme dans le Orane à Bosra, où je connaissais quelqu’un qui habitait la cathédrale antique ou encore les thermes. La troisième habitait dans une église quelconque, temple quelconque. Donc, j’ai vu ça. Et puis, j’ai vu la même chose en Syrie du Nord parce que les villes mortes. Bon, c’est vrai qu’elles étaient beaucoup moins repeuplées que le Sud, mais il y avait des gens qui avaient réinvesti des maisons avec leurs troupeaux de moutons chèvres qui ils étaient 3 ou 4 dans le village 87
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre Et Bon il avait trouvé une maison toute faite. Pourquoi se priver ? Évidemment. Parfois, j’étais un peu loin de tout. Parce que ce village un peu et du coup, il avait des correspondances entre eux. Exemple dans le village, beaucoup de gens pouvaient effectivement communiquer entre eux et recréer une société. Annie (31:04) Mais ce phénomène d’habitat, qui remontait parfois à 10, 20, 30 ans, ça s’est beaucoup accéléré depuis la guerre. Et il y a eu des photos très récemment qui m’y sont parvenues, où on voit effectivement les gens, comment ils ont réinvesti récemment les ruines. Alors là, c’est pour des raisons de sécurité, parce que beaucoup de villages ont été bombardés dans la région d’Idlib, toute cette région du nord de la Syrie, et ils estiment qu’ils sont plus en sécurité dans les ruines, en espérant que ça, c’est un vœu pieux que les avions ne viendront pas bombarder les ruines. Ça, ce n’est pas gagné. Et que, du coup, il serait plus à l’abri que dans un immeuble dans une ville comme Alep. Mais ça, c’est le phénomène récent de réoccupation des ruines lié à la guerre maintenant. Et puis, comme je le disais à Beyrouth, c’est un peu pareil. La guerre civile au Liban a fait que beaucoup de réfugiés du Sud-Liban sont venus à Beyrouth et se sont installés dans des immeubles qui avaient été abandonnés après les combats de la guerre civile. Et il y a encore des gens qui habitent des immeubles non reconstruits, non réhabilités dans certains quartiers pauvres de Beyrouth. Les gens continuent d’habiter les ruines. Et puis, il y a ceux qui habitaient des immeubles, qui ont été abîmés, mais qui ne savent pas où aller ailleurs et qui sont bien obligés d’habiter leur leurs appartements, même si le balcon a disparu.. on a encore à Beyrouth, on voit encore des choses comme ça encore aujourd’hui. Encore aujourd’hui, il y a des quartiers. Le quartier de Bastad a notamment été le quartier des puces de périodes où les quartiers sud et les quartiers chiites. Il y a encore des quartiers très abîmés, des immeubles très abîmés où les gens continuent d’habiter, soit parce qu’il habitait là, soit parce qu’ils ont trouvé un abri à cet endroit. Annie (33:36) C’est tous se sont habitués avec le temps, alors je pense, et c’est un peu parfois des habitats de fortune. Parce que le Liban, c’est encore une autre affaire. Ils ont. Tout le monde s’appauvrit aujourd’hui au Liban. Je veux. Sauf ceux qui ont volé dans la caisse, mais la population est dans une situation catastrophique. Il y a plus d’électricité et rien, alors il y avait déjà pas beaucoup d’électricité avant, ce qui fait que les gens se brancher sur les compteurs publics, oui, extérieur et des forêts de feuillus. 88
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre Lina (38:51) Est ce que les gens seraient prêts à reconstruire leur maison ou restaurer leurs appartements ?
Annie (39:02) Alors oui, à Alep, ils ont commencé à restaurer le patrimoine historique. Ça, c’est la Fondation Aga Khan qui finance ces choses-là. Et puis des gens bien et de toute façon, beaucoup de gens ont fui de toute façon. Mais ceux qui ont fui dans les camps au Liban ou ailleurs ou en Turquie, aimeraient bien revenir. Problème, c’est qu’aux dernières nouvelles les Syriens qui rentrent, qui ont émigré pour des raisons de sécurité et qui veulent revenir chez eux. On les arrête immédiatement et on s’attend à ce qu’ils viennent. Oui, oui, il y a énormément actuellement. Les ONG sont très vigilantes parce qu’il y a beaucoup de gens qui sont revenus en croyant. Bon, comme on leur a dit là, la guerre est finie à l’avenir, etc. Et en fait, ils se font arrêter parce qu’on les soupçonne d’être des agents étrangers, etc. Et beaucoup de gens ont disparu. Et puis beaucoup aussi n’ont pas eu connaissance d’une loi qui a été passée en 2018 ou quelque chose comme ça, je pas la date exacte, mais qui disait que si les propriétaires d’appartements maisons ne revenait pas dans un délai très court, ont confisqué leurs biens. Ils n’étaient plus propriétaires. Alors il y a eu pas mal de gens qui sont rentrés pour éviter ce problème et on les arrête et les choses disparaissent. Donc, il y a vraiment là un problème pour le retour. Parce que c’est vrai, ils ont des nouvelles. Ils savent que leur appartement a été plus ou moins détruit, qu’ils pourraient revenir et ils ont envie de revenir.
Lina (47:04) ... Oui, c’est un peu compliqué. Donc voilà donc peut être qu’on a perdu un peu de vue le sujet. Je ne sais pas si vous avez regardé le documentaire Pour sama. Je trouvais dans le documentaire, il y avait un moment où il partait dans une petite villa qui a été abandonnée. Il très content de l’avoir trouvée, il y avait un jardin. Ils ont commencé à cultiver le jardin avec eux et un moment. Et y a une bombe qui arrive audessus et detruit le jardin. Annie (49:30) Ça, c’est la guerre, c’est oui. Mais bon, c’est vrai que. C’est celle du confort habité, sans vraiment habiter, sans s’attacher, parce que de fait, dans une situation de guerre, on n’est jamais sûr d’être là demain, que la maison sera encore là demain. Ça, c’est évident et les gens s’attachent sans s’attacher et en même temps, ils sont quand même attachés à ce qu’ils ont bâti et à ce qu’ils ont construit. On le voit dans les catastrophes climatiques où les gens voient leur maison soit brûler intégralement, soit détruite par un ouragan, etc. 89
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
b. Entretiens avec Annie Sartre Il y en a qui vont dire mais moi, je ne pourrai jamais habiter là, je m’en vais. Et puis, il y a ceux qui disent maintenant, je suis là, j’ai mes racines. Là, même s’il y a du danger, je vais revenir et je vais essayer de reconstruire quelque chose. C’est ça, c’est lié à la nature humaine. C’est vrai qu’on est plus ou moins attaché à ses racines, à son cadre de vie, même s’il n’a pas été détruit, même si c’est volontairement qu’on s’en va. Ce n’est pas toujours évident de changer, de partir ou de reconstruire autre chose. Alors quand c’est dans des conditions matérielles acceptables, oui, mais beaucoup de gens qui sont contraints et forcés. Et dans ces conditions, évidemment, vivent plus mal le déracinement ou l’exil. C’est clair, mais je pense que si on donnait le choix aux Syriens des camps de la frontière turque de rester là ou de rentrer chez eux mêmes dans une ville en ruines, même dans une maison détruite. Je ne crois pas l’avancée beaucoup en disant que je choisirais la deuxième solution. Mais le problème, c’est qu’après, il y a la sécurité, y a l’environnement puisque pour l’instant, tout ce qui est reconstruction dans les villes, est compliqué.
Conclusion : Cet entretien m’a permise d’avoir des explications et plus de détail sur le réinvestissement des ruines patrimoniale en Syrie. Annie nous parle également du fort lien qu’entretiennent les Syriens avec leurs territoires. Elle m’a également transmis par email, différents documents montrant un investissement dans les ruines de Bosra, qui m’ont été très utiles pour mon analyse iconographique. Elle confirme également le manque de stabilité et d’attachement des personnes aux lieux qu’ils pratiquent. Car la guerre le veut, il change souvent d’emplacement. Et pourtant ils s’attachent quand même. Ils s’attachent, sans s’attacher. Et ceux par leurs appropriations des lieux. Chaque lieux les marquent d’une manière ou d’une autre. Et c’est tous ces lieux qui constituent au final leurs identités
90
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
ANNEXE : 2.Extrait de l’ouvrage de Cormac Maccarthy , La route, Points 252 pages ‘’ Il retira la bâche plastique bleue sous laquelle il dormait, la plia et l’emporta et la rangea dans le caddie du supermarché et revint avec leurs assiettes et des galettes de farine de maïs dans un sac en plastique et une bouteille en plastique contenant du sirop. Il déplia par terre la petite toile cirée qui leur servait de table et y disposa le tout et prit le revolver qu’il portait à la ceinture et le posa sur la toile et resta simplement assis à regarder le petit dormir. ‘’ P 11 La route Cormac Maccarthy Ce passage montre une disposition d’espace, avec une délimitation et une création de frontière psychologique grâce à la bâche plastique, qui sert à la fois, de lit et de table. ‘’ Ils établirent leur bivouac au pied d’un rocher et il improvisa un abri avec des bâtons et la bâche. Il alluma un feu et ils firent un grand tas de broussailles pour avoir suffisamment de bois pour la nuit. Ils s’étaient confectionner un matelas sur la neige en entassant des branches de ciguë morte et ils étaient assis enveloppés dans leurs couvertures, contemplant le feu et buvant le dernier reste du cacao récupéré des semaines plus tôt. Il s’était remis à neiger, les flocons à la dérive tombaient doucement, filtrés par l’obscurité. ‘’ P33 La route Cormac Maccarthy Dans ce paragraphe on a la fois, notion d’abri qui apparait avec la création d’une structure pour abriter. Mais également de personnalisation de l’espace avec la confection d’un matelas. Le tout autour d’un feu et d’un repas qui crée le “moment exceptionnel ” de confort. ‘’ Ils cueillirent les morilles, de petites choses d’aspect bizarre qu’il empilait dans le capuchon de la parka du petit. Ils redescendirent sur la route à l’endroit où ils avaient laissé le caddie et ils établirent leur bivouac à la cascade au bord du bief et lavèrent les morilles pour enlever la terre et la cendre et les mirent à tremper dans une casserole d’eau. Le temps d’allumer le feu, il faisait nuit et il découpa une poignée de champignons sur une bûche pour leur dîner et les versa dans la poêle avec la graisse de porc d’une boîte de haricots blancs et les fit mijoter lentement sur les braises. Le petit l’observait. C’est un bon endroit Papa, dit-il.’’ Page 42 La route Cormac Maccarthy La découverte de la cascade représente un moment phare dans leur parcours. Un espace insonorisé par le bruit de la chute d’eau, naturel et rassurant. Un lieu qui produit également des 91
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
ANNEXE : 2.Extrait de l’ouvrage de Cormac Maccarthy , La route, Points 252 pages morilles donc de la nourriture. Condition nécessaire à la survie. Tous ces critères créent un espace réconfortant et accueillant.
‘’ Ils mangèrent les petits champignons avec les haricots et burent du thé et en dessert ils eurent des poires en boîte. Il tassa le feu contre le filon rocheux au pied duquel il l’avait préparé et il accrocha la bâche derrière eux pour qu’elle leur renvoie la chaleur et ils restèrent assis au chaud dans leur refuge pendant qu’il racontait des histoires au petit. D’anciennes histoires de courage et de justice dont il se souvenait jusqu’à ce que le petit s’endorme dans ses couvertures puis il attisa le feu et s’étendit au chaud... La cascade est une attraction ‘’ Page 43 Ce paragraphe démontre que l’espace investi près de la cascade devient refuge. Ils commencèrent l’investissement des lieux par la mise en place d’un dispositif en accrochant la bâche, afin de profiter de la chaleur du feu. Au chaud, le père crée une atmosphère conviviale en racontant une histoire à l’enfant. Le tout bien sûr, après le repas. ‘’ Ils mangèrent un somptueux repas aux chandelles. Du jambon et des haricots verts et de la purée de pommes de terre avec des biscuits et de la sauce. Il avait découvert quatre bouteilles de whisky de marque qui se trouvaient encore dans les sacs en papier dans lesquels elles avaient été achetées et il en but un doigt dans un verre avec de l’eau. Avant même de l’avoir fini la tête lui tournait et il n’en but pas davantage. En dessert ils eurent des pêches et de la crème sur des biscuits et ils burent du café. Il jeta les assiettes en carton et les couverts en plastique dans un sacpoubelle. Puis ils firent une partie de dames et il mit le petit au lit. ‘’ page 138 La route Cormac Maccarthy Ce paragraphe nous montre l’importance du moment du repas dans le quotidien de guerre. Ce moment représente une rupture avec le quotidien. Partager un bon repas est synonyme de résilience et d’espoir.
92
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
ANNEXE : 2.Extrait de l’ouvrage de Cormac Maccarthy , La route, Points 252 pages ‘’ Ils avaient tiré une table à ouvrage contre la fenêtre et avaient étalé leurs couvertures et le petit était couché à plat ventre et regardait dehors de l’autre côté de la baie. L’homme était assis, les jambes allongées. Entre eux étaient posés sur la couverture le revolver et le pistolet d’alarme avec la boîte de fusées. Au bout d’un moment l’homme dit : Je crois que ce n’est pas si mal. Que c’est une assez belle histoire. Que ça compte pour quelque chose. ‘’ Page 237 La route Cormac Maccarthy. Dans ce paragraphe on remarque la notion de contrôle, avec le positionnement de la table, de seuil avec l’extérieur grâce à la fenêtre. l’étalement des couvertures peut représenter la personnalisation des lieux.
93
HABITER L’INHABITABLE : CAS DES RUINES DE LA SYRIE EN GUERRE.
ANNEXE
ANNEXE : 4.Tables d’Ilustrations Introduction :
Un cratère de bombe sert de piscine aux enfants d’Alep. Image issue de Tdg, Syrie . Image issue de : https://www.tdg.ch/monde/asie-oceanie/cratere-bombe-sert-piscine-enfants/ story/19162817
Mohammad s’assied parfois dans son appartement détruit à Alep pour écouter son gramophone, Image issue de DH. Image issue de ; https://www.dhnet.be/actu/monde/l-incroyable-photo-mohammad-s-assiedparfois-dans-son-appartement-detruit-a-alep-pour-ecouter-son-gramophone-58c554c8cd705cd98de6c790
Le marionnettiste Walid Rashed joue un spectacle pour des enfants syriens au milieu des décombres de la ville, à Saraqib, en mars 2019. — ANAS ALKHARBOUTLI/DPA POUR UNOCHA. Image issue du : https://www.20minutes.fr/medias/diaporama-15166-photo-1150061-photojournalisme-la-programmation-des-expositions-au-33e-visa-pour-l-image-de-perpignan
Un magasin récemment rouvert au milieu des ruines d’Alep en juillet 2017 Image issue du Middle east eye : https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/apres-la-guerre-qui-financerala-reconstruction-de-la-syrie
ANNEXE : 4.Tables d’Ilustrations I. Entre ruine, habitation et identité
94
djebel Sim’ an
AFRIN Afrin
TURQUIE
ALEP
djebel Barisha
Oronte
IDLIB
djebel Wastani
djebel Zewiya SYRIE
fig 1 : carte montrant la situation géographique de la région des villes mortes . Document personnel
fig 2 : carte montrant l’emprise et la délimitation de la région du massif calcaire de la région des villes mortes . Document personnel
Djebel Sem’an
AFRIN PARTIE NORD
Djebel Hamaqa Djebel Barisha
ORONTE
ALEP
PARTIE CENTRALE
Djebel Westani
PARTIE SUD
Djebel Zawiye
fig 3 : carte montrant la décomposition en trois parties ( Nord, centrale, Sud ) de la région du massif calcaire de la région des villes mortes . Document personnel
95
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : http://www.mazavaroo.mu/international_article/fuyant-une-guerre-moderne-les-syriens-cherchent-refuge-dans-des-ruines-anciennes/
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : http://www.mazavaroo.mu/international_article/fuyant-une-guerre-moderne-les-syriens-cherchent-refuge-dans-des-ruines-anciennes/
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : https://www.seattletimes.com/nation-world/fleeing-a-modern-war-syriansseek-refuge-in-ancient-ruins/
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : https://www.seattletimes.com/nation-world/fleeing-a-modern-war-syriansseek-refuge-in-ancient-ruins/
Fuyant une guerre moderne, les Syriens cherchent refuge dans des ruines anciennes. Image issue de : https://www.seattletimes.com/nation-world/fleeing-a-modern-war-syriansseek-refuge-in-ancient-ruins/
Vivre dans un temple en ruine, plutôt que dans les camps surpeuplés Image issue de : https://www.dailymail.co.uk/news/article-8941511/Syrianrefugees-shelter-ancient-temple-dedicated-Zeus-live-overcrowded-camp. html
96
Image issue de https://www.bnf.fr/fr/lart-des-ruines-les-ruines-en-art Louis-François Cassas. Vue de l’Arc Triomphal de Titus (1801)
Image issue de https://lequotidien.lu/monde/syrie-kobane-sous-lecontrole-des-forces-kurdes-est-en-ruines-video/ AFP
Image issue de https://www.bnf.fr/fr/lart-des-ruines-les-ruines-en-art Louis-François Cassas.Vue d’une partie des Ruines du Temple de Junon à Agrigente, ca 1801
Image issue de https://lequotidien.lu/monde/syrie-kobane-sous-lecontrole-des-forces-kurdes-est-en-ruines-video/ AFP
autres comportements humains
Circuler Habiter Travailler
HABITER Fig4: Schéma montrant les clefs de l’urbanisme selon Le Corbusier. Document personnel
Fig5 : Schéma représantant la definition de Heidegger de l’habiter en tant que socle fondateur de tous les autres comportements humains. Document personnel
CELUI QUI S’EXPRIME
CHEZ - SOI LIEU DE L’EXPRESSION DE L’ETRE
Fig6: Schéma montrant les trois composantes proposées par la définition de Serfaty, constituant les pôles du chez-soi Document personnel
ESPACE MATERIEL
EXPRESSION
97
INTIME
INTERIEUR
INTERIEUR
DEDANS
ANNEXE : 4.Tables d’Ilustrations II. LES CONDITIONS DE L’HABITER limite dedans dehors
echanges
INTERIEUR
Fig7 : Schéma montrant les échanges entre interieur et exterieur Documents personnel
LES CONDITION DE L’HABITER
cacher / visible
EXTERIEUR
INTIME
INTERIEUR
INTERIEUR
DEDANS
Appropriation
Fig6: Schéma montrant les trois composantes proposées par la définition de Serfaty, constituant les conditions de la réalisation de l’acte d’habiter Document personnel
Fig8: Schéma montrant la relation entre intime, intérieur et dedans . Document personnel
INTERIEUR
Fig9: Croquis montrant le rôle de la fenetre en tant que limite physique entre l’intérieur et l’extérieur , mais également entant que premiére approche avec l’exterieur. Document personnel
EXTERIEUR
Fig10: Croquis montrant la fonction de séparation physique de la porte mais également, l’importance de la notion de passage qu’engendre cette derniére Document personnel
Marquage
LES CONDITIONS DE L’APPROPRIATION
Fig11: Croquis montrant l’organisation d’un espace avec des «coins» , dans l’armoire, mettant en avant la dimension de l’intime et du caché . Document personnel
Fig12 : Schéma montrant l’articulation des conditions de l’appropriation Document personnel
Controle
Personnalisation
98
PENSEE MAGIQUE
INCORPORATION LOI DE SIMILITUDE
Caracteristiq physique
TRANSFERT
Mode de fonctionnem
Materielle
POSSESSION Symbolique
TERRITORIALITE
Effective : violence
PROTECTION
Fig14 : Carte mentale dessinée par un SDF nancéen 30 ans. Cette carte représente son itinéraire quotidien qu’il écrit en premier suivant des arrêts et de points particuliers. Document personnel
Fig16 : Croquis SDF frontiére olfactive Document personnel
Psychologique
Fig13 : Schéma montrant l’articulation de la territorialité entre possession et protection. Ainsi que les deux maniéres avec lesquelles s’expriment ces deux critéres Document personnel
Fig15 : Carte mentale dessinée par un SDF nancéen 27 ans. Cette carte représente son itinéraire quotidien qu’il écrit en premier suivant des arrêts et de points particuliers. Document personnel
Fig17 : Croquis SDF frontiére étalement de biens Document personnel
Fig18 : Croquis montrant l’impact de la colonisation sur l’urbanisme mais également sur le style vestimentaire en Tunisie Document personnel
99
Sociabilisation
APPARTENANCE SOCIALE
Partage INTERIEUR
MARQUE
TRACE
PRESENT
PASSÉ
EXTERIEUR
MARQUE
MARQUE
TRACE
SIGNATURE SYMBOLE
EMPREINTE INDICE
TRACE
INTENTIONNELLE
PAS FORCEMENT INTENTIONNELLE
Fig19 : Schéma montrant les points majeurs permettant la distinction entre trace et marque Document personnel
Signe indexicaux - Signifiant SIGNIALITIQUE
ACTE D’ALIMENTATION
MARQUAGE
SIGNE
INTERIORITE Siginifié
INCORPORATION
FUSIONPropriété DES ELEMETS
Destruction
ESPACE OBJECTIVANT Moi INCORPORATION LOI DE SIMILITUDE IDENTITAIRE
SIGNATURE / TRACE
Rapport
Par moi
Materielle
A moi
Fig20 : Schéma résumant les differents types de marquages possibles ainsi que leurs spicificités POSSESSION Document personnel
ESPACE OBJECTIVÉ A moi: violencePropriété Moi Effective
ESPACE OBJECTIVANT
PROTECTION
ESPACE PROPRE
Moi
Par moi Psychologique
ESPACE OBJECTIVÉ Fig 21 : Schéma résumant la polarité de l’espace propre et citant les caractéristiques de chaque pole. Mettant ainsi au clair la distinctin entre les deux. Document personnel
ETRE CHEZ-SOI
Propriétaire
Par mode d’habiter
physique
Domination
Propriété
Moi
Propriétaire
Par moi
mode d’habiter
Mode de fonctionnement Psychologique
Propriété Physique
Propriétaire
Adapatatif Fonctionnel moiFormalistemode
Auto-référence
A moi
Auto-référence
Propriétaire Caracteristique individu
espace TRANSFERT mode d’habiter
Symbolique
TERRITORIALITE
IDENTITE
Construction - Fabrication
MODIFICATION D’ETAT A moi
LOI DE CONTAGION MATERIEL
PENSEE MAGIQUE
ESPACE PROPRE
INTIMITE
Adapatatif Fonctionnel Formalise
d’habiter
Appropriation AutoObjectivant
Appropriation
Permanance
ETRE SOI
Identité évolutive
Singularité Fig 22 : Schéma résumant la relation entre chez soi et identité évolutive Document personnel
Fasti Avec le quotidien Spatio-temporelle
Rupture
Des normes
FONCTIONS DE LA FETE
ORG
Festi
Fête réglementée Fête du désordre
Intimité Sociabilisation Partage
APPARTENANCE
Signe indexicaux - Signifiant SIGNIALITIQUE
100
SIGNE Siginifié
Construction - Fabrication
Image 1 : fournie par Annie Sartre
LE CONTROLE
INSTAURATION D’UN DEDANS DEHORS / LE VISIBLE ET LE CACHE
LA PERSONNALISATION
LE MARQUAGE
101
Image 2 par Ammar Abd Rabbo, issue du site courrier international, publié le 29-10-2013 https://www.courrierinternational.com/ article/2013/10/29/ammar-abd-rabbophotoreporter-la-srie-une-guerre-mediatique
INSTAURATION D’UN DEDANS DEHORS MARQUAGE :
CONTROLE :
VISIBLE / CACHE :
PERSONNALISATION :
102
Image 3 : Des familles vivant dans une école endommagée en Syrie . OCHA photographie. Issue du site des Nations Unis : https://news.un.org/fr/story/2021/03/1091422
INSTAURATION D’UN DEDANS DEHORS / LE VISIBLE ET LE CACHE
LE CONTROLE
LE MARQUAGE
LA PERSONNALISATION
LE VISIBLE / CACHE
103
IMAGINATION
RUINES
PAUVERAUTE
INVESTISSEMENT
RESPECT
REFUGE
CLANDESTINE
HABITATION
INVESTISSEMENT
DEBROUILLE
SUBTILE
ILLEGAL
DROIT
RESILIENCE
IGNORANCE
DELIMITATION
LIENS HISTOIRE
SURVIE
ADAPTATION
IDENTITE
ENTRAIDE
FRONTIERE
MEMOIRE
RASSEMBLEMENT
Image 1 : fournie par Annie Sartre
BOUCLIER
PROTESTANT
RESILIENCE
SURVEILLANCE PRIVATISATION
TRISTESSE
PRECARITE
INSECURITE
REFUGE
CLANDESTINE
SURVIE ARMES
ADAPTATION
CLOTURE
BLINDAGE
Image 2 par Ammar Abd Rabbo, issue du site courrier international, publié le 29-10-2013 https://www.courrierinternational.com/article/2013/10/29/ammar-abd-rabbo-photoreporter-la-syrie-une-guerre-mediatique
PAUVERETE
ENDURANCE
TRANSFORMATION
REFUGIE SEPARATION
DANGER
ABRIS
INVESTISSEMENT
GUERRE
DESTRUCTION
REFUGE
COMMUNAUTE
REBELS
CACHETTE
INVESTISSEMENT
GUERRE
PROTECTION
RESILIENCE
RESISTANCE CATASTROPHE
EPHEMERE
SURVIE URGENCE
DESTRUCTION AIDE
RAVAGE
RUINE
Image 3 : Des familles vivant dans une école endommagée en Syrie . OCHA photographie. Issue du site des Nations Unis : https://news.un.org/fr/story/2021/03/1091422
104
Des normes
TIONS DE LA FETE
ANNEXE : 4.Tables d’Ilustrations APPROPRIATION
Modification d’état
Identitaire
Signature
Permanance Propriété
Expression SIGNE Propriétaire
SIGNIALITIQUE ESPACE OBJECTIVANT Moi
Adapatatif Fonctionnel Formaliste Siginifié
Par moi
mode d’habiter
A moi
Propriété
Moi
Propriétaire MODIFICATION
Par moi
mode d’habiter
ESPACE OBJECTIVÉ MATERIEL
Fig 24. Schéma représentant la érrance dans les ruines . Document personnel
CALENDRIER ROMAIN
Identité evolutive - S Signe indexicaux
Singularité
A moi
ESPACE PROPRE
APPARTENANCE SOCIAL Signe
Materiel
Personnalisation
Travail
Fasti
Controle de l’acces
Symbolique Partage Signalitique
III. HABITER L’INHABITABLE Marquage
MARQUAGE
Fête du désordre
Physique Intimité
Controle Sociabilisation
LA PR
Adapatatif Fonctionnel D’ETAT Formalise
De
Ra
Auto-référence
Appropriation ORGANISATION PLANIFICATION SIGNATURE / TRACE
IDENTITAIRE Repos Festi
Con
Do
Permanance
Fig 25. CHEZ-SOI Structuration du calendrier romain en deux ETRE ETRE SOItypes de jours. Les jours de travail et les jours de fête. Identité évolutive
LUNAIRE
Singularité
FETES MOBILES Fasti
FETE
Avec le quotidien
SOLAIRE
Spatio-temporelle
Rupture
FETES FIXES
Des normes
Fig 26. Schéma représentant la décomposition des fêtes en lunaire et solaire Document personnel
Festi
ORGANISATION
Fête réglementée Fête du désordre
LACHER PRIS PRESERVATIO
Intimité Sociabilisation
FONCTION DE LA FETE
Partage
APPARTENANCE SOCIALE
Fig 27. Schéma représentant la relation entre fête, sociabilisation et appartenance sociale . Document personnel
MARQUE
TRACE
MARQUE
PRESENT
PASSÉ
SIGNATURE SYMBOLE
TRACE EMPREINTE INDICE
MARQUE
INTENTIONNELLE
TRACE
PAS FORCE INTENTION
105
memoire
fête
rupture
INTIME
Société
fête
INTERIEUR
Fig 28. Schéma représentant l’intersection de la fête entre rupture et mémoire. Document personnel
INTERIEUR
Fig 29 Schéma représentant l’intersection de la fête entre société et étrangers, démontrant la capacité de la fête à joindre les deux. Elle permet ainsi l’insertion de nouvelles personnes au groupe Document personnel
FETE
DEDANS Imaginaire
fête
réel
ORDONNE
FETE INTERIEUR
EXTERIEUR
Fig 31. Schéma représentant les deux formes possibles de la fête . Document personnel
A moi
Propriété
Fig30 Schéma représentant l’intersection de la fête entre imaginaire et ESPACE OBJECTIVANT Moi réel. Document personnel
ESPACE PROPRE
ORDONNE
ORDRE
ORDRE
mode d’habiter
A moi
Propriété
Moi
Propriétaire
Par moi
mode d’habiter
ESPACE OBJECTIVÉ
FETE
Propriétaire
Par moi
DESORDRE
DESORDRE
DESORDRE
Auto-référence
FETE Adapatatif Fonctionnel DESORDRE Formaliste RETOUR
Adapatatif Fonctionnel Formalise
Appropriation
Signe indexicaux - Signifiant
RETOUR SIGNIALITIQUE
SIGNE
Permanance
Fig 32. Schéma représentant la relation régissant le retour à l’ordre grâce à la ETRE CHEZ-SOI ETRE SOI pratique de la fête. Document personnel
Fig 33. Croquis represantant l’excés et la sociabilisation induits par la Identité évolutive Siginifié fête. Document personne
Singularité
Construction - Fabrication
Signe indexicaux - Signifiant MATERIEL
MARQUAGE SIGNE
Siginifié FONCTIONS DE LA FETE
MODIFICATION D’ETAT
AutoObjectivant
Fasti MODIFICATION D’ETAT
Avec le quotidien
Rupture
Spatio-temporelle Des normes
ORGANISATION Destruction
Festi
Fête réglementée
Construction - Fabrication Fête du désordre IDENTITAIRE SIGNATURE / TRACE Intimité Sociabilisation
Destruction
Partage
Rapport
individu
LACHER PRISE - OPPOSITION espace PRESERVATION DE L’ORDRE
APPARTENANCE SOCIALE
Domination
individu
Psycholog
Physique
Fig 34. Schéma résumant les différentes fonctions de la fête ainsi que leurs caractéristiques et effets. Document personnel Rapport
espace
SIGNATURE / TRACE Domination
SIGNIALITIQUE
Psychologique
Signe indexicaux - Signifiant
SIGNE Physique Siginifié
MATERIEL
MODIFICATION D’ETAT
106 Construction - Fabrication
Fig 35. NUAGE DE MOTS 1 image issue du site Le pointCulture. La photographie estPropriété signée AFP Adapatatif https://www.lepoint.fr/culture/en-syrie-la-peinPropriétaire Fonctionnel ture-pour-exorciser-la-guerre-dans-le-camp-de-yarFormaliste mouk-23-08-2018-2245269_3.php Propriété mode d’habiter
A moi LACHER PRISE ESPOIRESPACE OBJECTIVANT Moi EXPRESSION
SOLIDARITE
DESTRUCTION
ESPACE PROPRE
A moi Par moi
ESPACE OBJECTIVANT
BEAU
LUTTE
ESPACE PROPRE
ARTISTES
Moi A moi Par moi
SYMBOLE
OUBLIE
Appropriation
AMOUR
ETRE SOI
ETRE CHEZ-SOI
Singularité Permanance
ETRE SOI
Identité évolutive
Fasti
CONTRASTE
Sociabilisation
Intimité Partage Partage
LUTTE
BONHEUR
RELACHEMENT
EFFORT
FORCE
EVASION
LACHER PRISE
ORGANISATION
RESISTANCE
Des normes Spatio-temporelle
OPTIMISME
Festi Fasti PARADOXE ORGANISATION Fête réglementée CREATION Festi LACHER PRISE - OPPOSITION PRESERVATION DE L’ORDRE Fête du désordre Fête réglementée LACHER PRISE - OPPOSITION PRESERVATION DE L’ORDRE Fête du désordre Fig 37.NUAGE DE MOTS 3 APPARTENANCE SOCIALE
EVASION
Intimité EVENEMENTDes normes
Sociabilisation TRADITION OPPOSITION REPAS
EXCEPTIONNEL
LUTTE
FONCTIONS DE LA FETE
RUINES
Identité évolutive LIBERTE
DESTRUCTION Rupture
ESPOIR
CELEBRATION
BONHEUR
Fig 36. NUAGE DE MOTS 2 Singularité Image du haut issue du site BFM TV, signée Joseph Eid FETE - AFP https://www.bfmtv.com/diaporama/des-photos-demariage-dans-les-ruines-de-homs-3543/faire-des-photosAvec le quotidien DENI un-message-4/ Image du bas est issue du reportage Pour Sama, Spatio-temporelle de Waed Rupture El Kateb Avec le quotidien
FONCTIONS AMOUR DE LA FETE
MARRIAGE
CLICHE
ETRE CHEZ-SOI
Permanance
EXPRESSION
RELACHEMENT
EVASION
Auto-référence
FAMILLE
Adapatatif Fonctionnel Formaliste Adapatatif Fonctionnel Formalise AutoAdapatatif LACHER PRISE Objectivant Fonctionnel Formalise AutoTRADITION Objectivant
Propriétaire Propriété mode d’habiter ESPACE OBJECTIVÉ Propriétaire Moi OPTIMISME Propriété A moi Par moi mode d’habiter DESTRUCTION COUTUME ESPACE OBJECTIVÉ Propriétaire Moi ESPOIR Auto-référence Appropriation GUERRE Par moi mode d’habiter CREATION PARADOXE OPPOSITION
CLICHE
LIBERTE
EPHEMERE
ART
RELACHEMENT
OPPOSITION
OUBLIE
Image issue du site Femmesdetunisie. La photographie est signée Ibrahim Faraj https://femmesdetunisie.com/ramadan-2015-iftarAPPARTENANCE SOCIALE a-ramallah-ou-la-vie-malgre-tout/
OPTIMISME
EVASION
PARADOXE
ACTE D’ALIMENTATION
GUERRE
LIENS
ANNIVERSAIRE
INCORPORATION
INTERIORITE
INTIMITE
IDENTITE
INTERIORITE INTIMITE FigACTE 38. Schéma expliquant la relation entre l’acte d’alimentation et l’identité. Document personnel INCORPORATION D’ALIMENTATION
IDENTITE FUSION DES ELEMETS
LOI DE CONTAGION
PENSEE MAGIQUE PENSEE MAGIQUE
LOI DE CONTAGION
LOI DE SIMILITUDE LOI DE SIMILITUDE
INCORPORATION INCORPORATION
Caracteristique FUSION DES ELEMETS
TRANSFERT TRANSFERT
physique
Caracteristique Mode de physique fonctionnement Mode de fonctionnement
Fig 39. Schéma expliquant les lois régissant la pensée magique , passant par le processus d’incorporation les caractéristiques de chacune Document personnel
107
CACHE Retrait PermananceINCORPORATION INTERIORITE Secret CTE D’ALIMENTATION ETRE SOI Identité évolutive
TE
Singularité ACTE SYMBOLIQUE
INCORPORATION Controle PENETRATION
Physique Dedans
INTIMITE
IDENTITE Avec le quotidien Spatio-temporelle
Rupture
FONCTIONS DE LA FETE Symbolique
Dehors
Controle de l’acces PASSAGE SACRE Des normes
Fig 40. Schéma expliquant la dimension symbolique de l’acte de prise de repas Signalitique APPROPRIATION Fasti Cohesion Document personnel
Fête régleme
RITUEL
Fête du déso
Intimité
Signe
Sociabilisation
Commensalité
Fasti Festi
ORGANISATION Modification d’état Avec le quotidienMarquage Creation Materiel de liens Festi FACTEUR LIEN SOCIAL
Partage
APPARTE Signaler une physique psy Laisser sa ma
intimité Physique moi Identitaire Propriété Signature Rapprochement Fête Aréglementée Adapatatif Psychologique ROUTINE ESPACE OBJECTIVANT Moi Propriétaire Fonctionnel LACHER PRISE - OPPOSITION Permanance Des rituel normes événement valeursRITUEL RESILIENCE A LA ROUTINE Formaliste Identité PRESERVATION DEevolutive L’ORDRE Personnalisation Fête Par du moi désordre mode d’habiter
Spatio-temporelle
Rupture routine ESPACE PROPRE
Sociabilisation
Expression identitaire
SIGNIFICATION Singularité
Intimité
Propriété
A moi
Expression APPARTENANCE SOCIALE Propriétaire Moi
ESPACE OBJECTIVÉ
Partage
Adapatatif Fonctionnel Formalise
Auto-
mode d’habiter Fig 41. Schéma représentant le rituel en tant que la résultante de l’inter- Par Figmoi 42. Schéma représentant la différence entre routine et rituel. Document personnel Objectivant INTERIORITE INCORPORATION ACTE D’ALIMENTATION section de la routine avec l’événement . Document personnel Auto-référence
PLAISIR GUSTATIIF
Travail
Permanance
Individualiste Relatif ETRE CHEZ-SOI ETREaux SOI CALENDRIER
INCORPORATION PENETRATION
ACTE SYMBOLIQUE
REPAS
Fasti
Appropriation
ORGANISATION FACTEUR LIEN SOCIAL Identité évolutive PLANIFICATION
Relatif à specificités l’imaginaire ROMAIN Singularité Repos personnellesFestide l’élément
Commensalité
Rapprochement
Dedans
Cohesion Creation de liens
intimité
Physique Psychologique
Fig 43. Schéma représentant les spécificités du plaisir gustatif
Fasti
Rassemblement
Avec le quotidien Identité
Rupture
Spatio-temporelle
INTERIORITE
TABLE INCORPORATION
TION
FONCTIONS DE LA FETE
Separation
Dedans
ORGANISATION
Fig 44. Croquis représentant les differents imaginaires des Festi collective aliments. Document personnel
INTIMITE Fête réglementée IDENTITE
LACHER PRISE - OPPOSITION PRESERVATION DE L’ORDRE
Des normes
Fête du désordre Hierarchie entre les participants Intimité
INCORPORATION Sociabilisation RITUEL PASSAGE SACRE Fig 45. Schéma montrant le paradoxe découlant des fonctions sociales de la table . Document personnel APPARTENANCE SOCIALE PENETRATION Dehors
YMBOLIQUE
Partage
Commensalité
UR LIEN SOCIAL ACTE D’ALIMENTATION
Cohesion Creation de liens
Rapprochement
Physique Psychologique
intimité valeurs
Fig 46. Schéma montrant les différentes organisation circulaires autour de la table . Document personnel .
ACTE D’ALIMENTATION
ACTE SYMBOLIQUE REPAS
INTERIORITE
INCORPORATION
INCORPORATION PENETRATION Commensalité
FACTEUR LIEN SOCIAL Rapprochement
Dedans
INTIMITE
PASSAGE
SACRE
IDENTITE
RITUEL
Dehors
Cohesion Creation de liens Physique Psychologique
intimité valeurs
Fig 47. Schéma résumant les fonctions premiére de la prise de repas, leurs caractéristiques et effets . Document personnel .
PAS
Dehors
108
valeurs
Composante sociale
LE PLAISIR RESSENTI LORS DU MOMENT DE LA PRISE DE REPAS
Composante temporelle
Composante spatiale
AMOUR
BONNE HUMEUR
ESPOIR
AFFINITE
SOLIDARITE
RAMADAN
OUBLI
REPAS
AFFINITE
RESISTANCE
BONHEUR
LUTTE
BONHEUR
LIENS GUERRE
COMMUNAUTE
TRADITION RELIGION
OPTIMISME
RASSEMBLEMENT
MODESTIE
ESPOIR
APPARTENANCE
PARTAGE
BONNE HUMEUR
OPTIMISME
RASSEMBLEMENT
TRADITION
RELACHEMENT
APPARTENANCE
JOIE
ENTREAIDE
PARTAGE SUPPORT
TRADITION RELIGION
FAMILLE
Fig48 : Schéma montrant les composantes régissant le plaisir ressenti lors du moment de la prise du repas. Document personnel
GUERRE
MISE EN PLACE
RAMADAN
LIENS
SOLIDARITE
PLAISIR
PLAISIR
CONTEXTE SOCIAL EN GROUPE COMMUNAUTE
CONTEXTE SOCIAL EN GROUPE / FAMILLE
PLAISIR
PLAISIR
CONTEXTE TEMPOREL Ramadan en guerre
CONTEXTE TEMPOREL Ramadan en guerre
PLAISIR
PLAISIR
0
CONTEXTE SPATIAL Dans les ruines
0
Fig49 : Nuage de mots 1 et courbes d’analyses Image issue du site web liberation, par Bassam Khabieh https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/une-decennie-de-guerre-vuepar-16-photographes-syriens-20210315_OHPV2ZQE3JHCPCXUV25HSDBLZY/. Document personnel
CONTEXTE SPATIAL Dans les ruines
Fig50 : Nuage de mots 2 et courbes d’analyses Image issue du site web TV5Monde, HAMZA AL-AJWEH / AFP https://information.tv5monde.com/info/en-syrie-rupture-du-jeune-au-milieudes-ruines-176643 . Document personnel 109
ENTREAIDE TRADITION
ESPOIR
RELIGION
SACRIFICE
PROTECTION
LIENS COMPLICITE
REUNION
SOLIDARITE
GUERRE
PLAISIR
PATIENCE
SAGESSE
TRISTESSE APPARTENANCE GUERRE
DESTRUCTION
RUINES
SOLITUDE
ENFANCE
PLAISIR
PLAISIR
CONTEXTE SOCIAL EN FAMILLE
CONTEXTE SOCIAL SEUL
PLAISIR
PLAISIR
CONTEXTE TEMPOREL Dejeuner en guerre
CONTEXTE TEMPOREL En journée
PLAISIR
0
RESILIENCE
DENI
ESPERANCE
PONCIF
OPTIMISME MISE EN PLACE
NOSTALGIE
TRADITION OBSERVATION PAUSE
LUTTE
RAMADAN
ESPOIR
SERENITE
PETIT PLAISIR
AFFINITE
REGRET
ROUTINE
ADAPTATION
RESILIENCE
BONHEUR
SOURIRE
FAMILLE
TRANQUILITE
RELACHEMENT
APPARTENANCE
PARTAGE
BONNE HUMEUR
PLAISIR
CONTEXTE SPATIAL Sur le toit de l’ancienne maison
0
CONTEXTE SPATIAL Dans un batiment détruit
Fig52 : Nuage de mots 3 et courbes d’analyses Fig51 : Nuage de mots 3 et courbes d’analyses Image issue du site web 70 Caritas International Image issue du site web LePoint International, AFP/Aaref WATAD, AFP https://www.caritas.org/category/moyen-orient-et-en-afrique-du-nord/syhttps://www.lepoint.fr/monde/en-syrie-un-iftar-sur-les-ruines-de-la-maison-fa- ria-fr/?lang=fr . Document personnel miliale-05-05-2020-2374319_24.php Document personnel
110
Formalise Par moi mode d’habiter A moi Propriété Adapatatif Auto-référence Moi Propriétaire Appropriation Fonctionnel Formaliste Par moi mode d’habiter
ESPACE OBJECTIVANT ESPACE PROPRE
Propriété
A moi
FETE ETRE CHEZ-SOI
ESPACE OBJECTIVÉ Permanance Moi ETREREPAS SOI Par moi Singularité
Adapatatif Fonctionnel Formalise
Propriétaire Identité évolutive mode d’habiter
Auto-référence
AutoObjectivant
AutoObjectivant
Appropriation
Fasti Avec le quotidien
ORGANISATION
Festi
Spatio-temporelle Rupture Permanance ECHAPPATOIRE Fête réglementée ETRE CHEZ-SOI ETRE SOI Des normes Identité évolutive Fig FONCTIONS 53. Schéma représentant l’échappatoire. Document personnel DE LA FETE Fête du désordre Singularité
LACHER PRISE - OPPOSITION PRESERVATION DE L’ORDRE
Intimité Sociabilisation Partage Fasti Avec le quotidien Festi Spatio-temporelle
Rupture
ACTE D’ALIMENTATION FONCTIONS DE LA FETE
APPARTENANCE SOCIALE ORGANISATION
Fête réglementée
Des normes
LACHER PRISE - OPPOSITION PRESERVATION DE L’ORDRE
Fête du désordre
Intimité Sociabilisation
APPARTENANCE SOCIALE
Partage
Fig 34. Schéma résumant les différentes fonctions de la fête ainsi que leurs caractéristiques et effets. Document personnel
ACTE D’ALIMENTATION ACTE SYMBOLIQUE REPAS
Dedans
INCORPORATION PENETRATION SIGNIALITIQUE SIGNE Dehors Commensalité
FACTEUR LIEN SOCIAL MARQUAGE
INTERIORITE
INCORPORATION
MATERIEL Rapprochement
Cohesion
INTIMITE
Signe indexicaux - Signifiant PASSAGE
Siginifié
Creation de liens Physique
Construction - Fabrication
valeurs
Destruction Rapport
Fig 47. Schéma résumant les fonctions premiére de la prise de repas, leurs caractéristiques et effets . Document personnel .
IDENTITAIRE
RITUEL
SACRE
intimité
MODIFICATION D’ETAT
Psychologique
IDENTITE
individu espace
SIGNATURE / TRACE
ANNEXE :
Domination
Psychologique Physique
4.Tables d’Ilustrations CONCLUSION autres comportements humains
Fig48 : Schéma représantant l’effet de la perturbation de l’habiter sur les autres comportements humains. Document personnel
PERTURBATION HABITER
111