LES ARTICLES DE SMALKALDE
Lutheran Concord S e r i e s
Table des matières PRÉFACE DU DOCTEUR MARTIN LUTHER .................................................................. 1 PREMIÈRE PARTIE ................................................................................................. 4 LES HAUTS ARTICLES DE LA MAJESTÉ DIVINE ..................................................... 4 DEUXIÈME PARTIE ................................................................................................ 5 ARTICLES CONCERNANT LE MINISTÈRE ET L’ŒUVRE DE JÉSUS-CHRIST OU NOTRE RÉDEMPTION .................................................................................................... 5 TROISIÈME PARTIE .............................................................................................. 13 I. Le péché ...................................................................................................... 13 II. La Loi .......................................................................................................... 14 III. La repentance............................................................................................. 15 IV. L’Évangile................................................................................................... 22 VI. Le Baptême ................................................................................................ 22 VI. Le Sacrement de l’Autel .............................................................................. 23 VII. Les Clefs ................................................................................................... 23 VIII. La Confession........................................................................................... 24 IX. L’Excommunication .................................................................................... 25 X. L’Ordination et la Vocation ........................................................................... 26 XI. Le Mariage des Prêtres ................................................................................ 26 XII. L’Église ..................................................................................................... 27 XIII. Comment on est Justifié devant Dieu .......................................................... 27 XIV. Les Vœux Monastiques ............................................................................. 28 XV. Les Ordonnances Humaines ...................................................................... 28
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LES ARTICLES DE SMALKALDE Ce sont les
Articles de la Doctrine Chrétienne destinés à être présentés de notre part au concile1 qui devait se réunir à Mantoue ou ailleurs2. Ils indiquent les points que nous pouvons accepter ou sur lesquels nous pouvons faire des concessions, et ceux où ce n’est pas possible. Écrits par le Dr Martin Luther, en l’an 1537.
PRÉFACE DU DOCTEUR MARTIN LUTHER3 Le pape Paul III avait convoqué l’année dernière un concile qui devait se réunir à la Pentecôte, à Mantoue. Il avait décidé ensuite qu’il aurait lieu autre part, et on ne sait pas encore dans quelle ville il voudra ou pourra le convoquer. Quant à nous, ou bien nous serons invités ou bien nous serons condamnés sans invitation. C’est pour cela qu’on m’a demandé d’écrire des articles exposant notre doctrine. On saura alors, si la discussion s’engage, quelles sont les questions controversées, les points où nous pouvons faire des concessions et ceux où nous n’en ferons pas. J’ai donc rédigé ces articles et les ai remis aux représentants de nos Eglises. Nos théologiens les ont acceptés et adoptés unanimement et on a décidé qu’on les présenterait publiquement comme notre confession de foi, si le pape et les siens ont enfin le courage de convoquer sincèrement et sérieusement, sans mentir ni tromper, un concile vraiment libre, comme c’est leur devoir. Mais la curie romaine a très peur d’un concile libre. Elle a honte et fuit la lumière, si bien que plus personne n’ose espérer qu’elle le convoquera ou permettra simplement qu’il ait lieu. Les gens en sont franchement scandalisés et peinés. Ils se rendent compte que le pape préférerait encore laisser la chrétienté tout entière courir à sa perte et toutes les âmes endurer la damnation plutôt que de se réformer, lui et les siens, ne serait-ce qu’un peu, et de permettre qu’on mette un frein à sa tyrannie. Un concile est une réunion officielle des évêques et des théologiens les plus importants de l’Eglise Catholique Romaine. Il est chargé de prendre des décisions concernant son enseignement, sa liturgie et sa vie d’une façon générale. 2 Le Pape Paul III avait décidé le 2 juin 1536 de convoquer à Mantoue, en Italie, un concile général qui devait se réunir à partir du 23 mai 1537 pour extirper les hérésies propagées par les Luthériens et d’autres Protestants. La date fut plusieurs fois repoussée, et le concile finit par se réunir à Trente, une autre ville d’Italie. Il siégea en plusieurs sessions, de 1546 à 1663. 3 Cette préface fut écrite l’année suivante, en 1538, lorsqu’on imprima les Articles de Smalkalde. 1
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J’ai cependant décidé de faire imprimer et publier ces articles. En effet, il est possible que je meure avant que le concile ne se réunisse. J’en suis même certain et je l’espère. Ces fripons, en effet, fuient tellement la lumière et ont à ce point peur du grand jour qu’ils font tout pour retarder ou empêcher la tenue de ce concile. Je veux laisser à ceux qui me suivront un témoignage et une confession à laquelle ils pourront faire appel, en plus de la confession que j’ai déjà publiée il y a quelque temps4. Avec l’aide de Dieu, je suis resté fidèle à cette confession et veux le rester toujours. Que dire ? Est-ce que je vais me plaindre ? Je suis encore en vie, j’écris, je prêche et je confesse chaque jour ce que je crois. Mais il y a des gens qui sont remplis de venin non seulement chez nos adversaires, mais même parmi ceux qui prétendent qu’ils sont de notre côté. Ce sont de faux frères qui ont le culot de se servir de mes propres écrits et de mon enseignement pour m’attaquer. Et ils font cela de mon vivant et sous mes yeux, alors qu’ils savent très bien que je n’enseigne pas ce qu’ils prétendent. Ils se servent de mes travaux pour donner une belle apparence à leur poison, et ils utilisent mon nom pour égarer les pauvres gens. Qu’est-ce que cela va donner plus tard, quand je serai mort ? Tant que je suis en vie, je suis en mesure de leur répondre. Mais comment pourrais-je, à moi tout seul, fermer toutes les gueules du diable et, en particulier, réduire au silence tous ces empoisonneurs ? Ils ne veulent pas entendre ce que nous disons ni faire attention à ce que nous écrivons. Au lieu de cela, ils n’ont pas honte de falsifier ce que je dis et de tout changer, jusqu’aux moindres lettres. Je laisse au diable le soin de leur répondre comme ils le méritent et les abandonne à la colère de Dieu. Je pense surtout au brave Gerson5 qui se demandait s’il valait la peine de publier un bon livre. Si on ne le fait pas, on néglige le bien-être de beaucoup d’âmes qu’on pourrait délivrer de l’erreur. Mais si on le fait, le diable accourt aussitôt avec ses mille gueules venimeuses qui empoisonnent et falsifient tout, si bien qu’il n’en résulte rien de bon. Mais qu’ont-ils gagné à agir ainsi ? Pendant qu’ils calomnient honteusement et qu’ils s’efforcent avec tous leurs mensonges de retenir les gens de leur côté, Dieu poursuit son œuvre. Leur parti diminue, tandis que le nôtre ne cesse de progresser. C’est tout ce que méritent ces menteurs. Il faut que je vous raconte une histoire. Il y avait ici, à Wittenberg, un docteur venu de France. Il nous a dit que son roi prétendait, dur comme fer, qu’il n’y a pas d’Eglise chez nous, ni d’autorités, ni de mariage, que les gens couchent les uns avec les autres comme des bêtes et que chacun fait ce qui lui plaît. Qu’ils soient couverts de honte, ceux qui écrivent de telles sottises et qui font croire à leur roi des mensonges aussi grossiers, quand ils comparaîtront au jour du Jugement devant le tribunal du Christ ! Lui qui est notre Seigneur et notre Juge sait qu’ils ne font que mentir. Le jour viendra, j’en suis sûr, où ils seront jugés pour cela. Que Dieu convertisse ceux qui peuvent encore être convertis et qu’ils se repentent ! Quant aux autres, ils pleureront et gémiront éternellement !
Luther fait ici allusion à l’ouvrage qu’il avait publié en 1528, Confession de la Sainte Cène du Christ, dont la troisième partie s’appelle Confession des Articles de Foi. 5 Jean Gerson (1363-1429) avait été le président de l’Université de Paris. 4
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Je reviens à notre sujet. J’aimerais sincèrement qu’il y ait un vrai concile. Il pourrait arranger bien des choses et être utile à beaucoup de gens. Nous-mêmes n’avons pas besoin d’un concile, car, grâce à Dieu, nos Eglises sont aujourd’hui éclairées par la pure Parole de Dieu. Elles savent comment bien utiliser les sacrements. Elles savent pourquoi il y a plusieurs états6 dans la société et quelles sont les vraies bonnes œuvres prescrites par Dieu. C’est pourquoi, nous-mêmes n’avons pas besoin d’un concile et nous n’en attendons rien. Mais nous voyons que, dans tous les diocèses, tant de paroisses sont vacantes et abandonnées que nous en sommes écœurés. Les évêques et les chanoines se moquent de savoir comment vivent et meurent les pauvres gens pour qui cependant le Christ est mort. Hélas, ils ne peuvent pas l’entendre leur parler comme le bon berger parle à ses brebis. Aussi je crains fort que le Christ ne convoque contre l’Allemagne un concile d’anges qui nous fera tous périr, jusqu’au dernier, comme les habitants de Sodome et de Gomorrhe. En effet, nous l’insultons et nous nous moquons de lui, avec notre fameux concile. Il y a des affaires très urgentes à régler dans l’Eglise. Il y a aussi des choses importantes qu’il faudrait améliorer dans la société. Les princes et les Etats ne cessent de se quereller. L’avarice et l’amour de l’argent se répandent comme un déluge et sont devenus chose tout à fait normale. La frivolité, la débauche, le luxe des toilettes, la grande bouffe, le jeu, l’étalage de sa fortune, la méchanceté, l’insoumission des sujets, du personnel et des ouvriers, la flambée des prix chez tous les artisans aussi bien que chez les paysans, et la liste est longue… Ces vices et ces abus se sont à ce point développés que dix conciles et vingt diètes7 ne suffiraient pas pour rétablir l’ordre. Si un concile décidait de remédier à tous les désordres qui se manifestent dans l’Eglise et dans le monde et qui sont contraires à la volonté de Dieu, il aurait de quoi faire et on ne perdrait pas son temps avec des gamineries et des discussions ridicules concernant la longueur des vêtements sacerdotaux, le diamètre des tonsures8 et la largeur des ceintures. On ne ferait pas de palabres interminables au sujet de la mitre et des crosses des évêques, des chapeaux des cardinaux et autres sottises du même genre. Qu’on commence par obéir aux commandements de Dieu dans l’Eglise et dans le monde. Après cela, on verra comment réformer la réglementation concernant les jeûnes, les vêtements, les tonsures et les chasubles9. Mais si on continue d’avaler des chameaux tout en filtrant les moucherons10, de se soucier de la paille alors qu’on ne s’inquiète pas de la poutre11, autant renoncer à un concile. Je n’ai écrit qu’un petit nombre d’articles. Nous avons tant de commandements à observer dans l’Eglise, dans l’Etat et à la maison que nous ne pouvons pas tous les accomplir. Alors à quoi bon convoquer un concile pour multiplier les décrets et les Quand Luther parle d’états, il songe aux différentes fonctions exercées par les hommes et aux différentes situations sociales dans lesquelles ils se trouvent. Il pense en particulier aux relations parents/enfants, employeurs/employés, autorités/citoyens, etc. 7 La diète était une assemblée de tous les dignitaires et responsables du pays, chargée de régler les problèmes politiques, militaires et sociaux. 8 La tonsure consistait pour le clergé à se faire raser le sommet du crâne. 9 La chasuble est l’ample vêtement sans manche et richement brodé que les prêtres portent quand ils célèbrent la messe. 10 C’est le grave reproche que Jésus fait aux pharisiens et aux scribes, dans Matthieu 23, 24. 11 Matthieu 7, 3-5. 6
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ordonnances, puisqu’on néglige d’observer les commandements les plus importants, ceux que Dieu a donnés ? Allons-nous obliger le Seigneur à se soucier de nos sottises et à permettre qu’on foule aux pieds ses propres commandements ? Nos péchés nous pressent et l’empêchent de nous accorder sa grâce. Au lieu de nous repentir, nous ne cherchons qu’à justifier les abominations que nous commettons. Seigneur Jésus-Christ, convoque toi-même un concile et reviens dans ta gloire pour sauver les tiens ! Il n’y a rien à espérer du pape et des siens. Ils ne veulent pas de toi ! Alors viens nous secourir, nous, pauvres et misérables qui soupirons après toi et te cherchons sincèrement avec la grâce que tu nous as donnée par ton Saint-Esprit, qui, avec toi et le Père, vit et règne, Dieu éternellement béni ! Amen.
PREMIÈRE PARTIE
LES HAUTS ARTICLES DE LA MAJESTÉ DIVINE 1. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit, trois personnes distinctes en une seule essence ou nature divine, sont un seul Dieu qui a créé le ciel et la terre. 2. Le Père n’est né de personne. Le Fils est né du Père. Le Saint-Esprit est issu du Père et du Fils12. 3. Ce n’est pas le Père ni le Saint-Esprit qui est devenu homme, mais le Fils. 4. Voici comment le Fils est devenu homme : Il a été conçu du Saint-Esprit sans l’intervention d’un homme et il est né de la pure et sainte Vierge Marie. Il a souffert, il est mort, il a été enseveli, il est descendu aux enfers, il est ressuscité des morts, il est monté au ciel. Il est assis à la droite de Dieu pour juger un jour les vivants et les morts, comme l’enseignent le Symbole apostolique, le Symbole de St. Athanase et le catéchisme qu’on enseigne aux enfants. Il n’y a pas de controverse ni de querelle au sujet de ces articles, puisque nos adversaires et nous sommes d’accord sur ces points et les confessons. Il n’est donc pas nécessaire d’en parler plus longuement.
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En théologie, on dit que le Saint-Esprit « procède » du Père et du Fils.
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Table des matières
DEUXIÈME PARTIE
ARTICLES CONCERNANT LE MINISTÈRE ET L’ŒUVRE DE JÉSUS-CHRIST OU NOTRE RÉDEMPTION
Article I Article principal Jésus-Christ, notre Dieu et notre Seigneur, est « mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification » (Romains 4, 25). Il est, lui seul, « l’agneau de Dieu qui porte le péché du monde » (Jean 1, 29), et « Dieu a mis sur lui les péchés de nous tous » (Esaïe 53, 6). Il est dit encore : « Tous sont pécheurs… Ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption réalisée par Jésus-Christ, en son sang » (Romains 3, 23-25). C’est ce qu’il s’agit de croire et cela ne peut être obtenu par aucune œuvre, aucune loi et aucun mérite. Il est clair et certain que seule une telle foi nous justifie, comme le dit St. Paul dans Romains 3 : « Nous estimons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi » (Romains 3, 28). C’est, dit-il encore, pour que l’on reconnaisse que Dieu seul « est juste et qu’il justifie celui qui a la foi en Jésus » (Romains 3, 26). Aucune concession n’est permise sur cet article. On ne peut ni céder ni reculer sur ce point, même si le ciel et la terre devaient s’écrouler avec tout ce qui peut périr dans ce monde. En effet, comme le dit St. Pierre, « il n’y a aucun autre nom par lequel nous puissions être sauvés » (Actes 4, 12). Et « par ses meurtrissures nous sommes guéris » (Esaïe 53, 5). Sur cet article se fonde tout ce que nous enseignons contre le pape, le diable et le monde. Il faut donc que nous ayons à ce sujet une certitude entière. Il n’y a pas là de place pour le doute. Sinon tout est perdu, et le pape, le diable et tous nos adversaires vont remporter la victoire et nous garderont en leur pouvoir.
Article II La messe La messe est la pire et la plus horrible abomination de la papauté, car elle est radicalement et diamétralement opposée à l’article précédent qui est le plus important 5
de tous. Pourtant, nous avons affaire ici à la plus grande et la plus trompeuse de toutes les idolâtries papistes. On fait de la messe un sacrifice, une œuvre. Et on dit que même si elle est célébrée par des gens impies, elle les délivre de leurs péchés, aussi bien maintenant, dans ce monde, que dans le purgatoire. Or, comme nous l’avons dit plus haut, seul l’Agneau de Dieu a pu apporter et a réellement apporté ce sacrifice. Là aussi, il n’est pas question que nous fassions une concession, car le premier article ne le permet pas. Si les théologiens du pape étaient des gens sensés, on pourrait discuter amicalement avec eux et leur dire : Pourquoi tenez-vous tant à la messe ? Voici ce que nous enseignons : 1) La messe n’est qu’une invention humaine qui n’est pas commandée par Dieu. Nous ne voulons pas des inventions humaines, car le Christ a dit : « C’est un vain qu’ils m’honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d’hommes » (Matthieu 15, 9). 2) La messe n’est pas nécessaire. On peut la laisser tomber sans commettre de péché et sans courir de risque. 3) Il y a une façon de recevoir le Sacrement qui est bien meilleure et qui plaît bien plus à Dieu. C’est même la seule manière qui lui est agréable. Il faut l’administrer tel qu’il a été institué par le Christ. Pourquoi plonger le monde dans la misère et la détresse, si c’est simplement pour le plaisir de préserver une chose inventée par les hommes et qui n’est absolument pas indispensable, puisqu’on peut recevoir le Sacrement autrement et d’une meilleure façon ? Il faut enseigner publiquement aux gens que la messe n’est qu’une invention humaine qu’on peut laisser tomber sans commettre de péché. Ceux qui n’en veulent pas ne seront pas damnés pour autant. Ils peuvent, au contraire, obtenir le salut par un meilleur moyen. Si on enseigne cela, la messe disparaîtra toute seule, non seulement chez les gens du petit peuple, mais chez les tous chrétiens sensés qui sont vraiment pieux et qui craignent Dieu. Et cela ira d’autant plus vite s’ils apprennent qu’elle est une chose dangereuse, imaginée et inventée par les hommes et qui n’a aucun fondement dans la Parole et la volonté de Dieu. 4) On achète et on vend des messes, et ce commerce a donné lieu, dans le monde entier, à des abus scandaleux. Alors, rien que pour mettre fin à de tels abus, il vaudrait la peine d’abolir la messe, même s’il y avait en elle quelque chose d’utile et de valable. Et on ferait d’autant mieux de supprimer ces abus qu’elle est absolument inutile et dangereuse et qu’on peut recevoir les bénédictions de Dieu plus utilement et plus sûrement. 5) Il faut condamner et abolir la messe parce que, comme le reconnaissent le Canon13 et tous les livres, elle n’est qu’une œuvre humaine et ne peut pas être autre chose que cela. Elle est célébrée par des gens qui n’en sont pas dignes. Par elle, on cherche à se 13
S’agit du Code de Droit Canonique qui règle la vie et les activités de l’Eglise catholique.
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réconcilier soi-même et à réconcilier d’autres avec Dieu. On veut acquérir et mériter le pardon des péchés et la grâce. C’est, en effet, ce que prétendent ceux qui recommandent de la célébrer. Sinon, à quoi servirait-elle ? Elle est contraire à l’article principal de la foi chrétienne qui affirme que ce n’est pas le diseur de messes, en vertu de l’œuvre qu’il accomplit, mais l’Agneau et le Fils de Dieu qui porte les péchés du monde. Si quelqu’un, cherchant à se justifier, soutenait qu’il se donne la communion à luimême pour se fortifier dans la foi, nous lui répondrions que ce n’est pas sérieux. En effet, la meilleure façon de communier sincèrement, c’est de participer au Sacrement tel qu’il a été institué par Jésus-Christ. Se donner la communion à soi-même, dans son petit coin, est quelque chose d’illusoire et de vain. C’est même défendu. Celui qui communie ainsi ne sait pas ce qu’il fait. Il obéit à une impulsion humaine et non à la Parole de Dieu. Et même s’il administrait le Sacrement correctement, il aurait tort d’agir ainsi, au gré de ses idées, en dehors de la communion de l’Eglise. L’article de la messe sera un point décisif lors du concile. En supposant même que nous puissions céder sur tous les autres points, il n’est pas question de faire une concession sur cette doctrine. Campegio14 disait à Augsbourg qu’il préférerait se laisser mettre en pièces que de renoncer à la messe. Et moi, avec l’aide de Dieu, je préférerais me laisser brûler vif plutôt que d’admettre que ce que fait l’officiant qui célèbre la messe vaut autant ou même plus que ce qu’a fait mon Sauveur Jésus-Christ. Nous sommes divisés sur ce point, opposés les uns aux autres, et nous le serons à jamais. Ils savent très bien que si la messe tombe, toute la papauté tombera avec elle. Et ils préféreraient mourir, plutôt que d’accepter cela. D’autre part, la messe, cette queue du dragon15, a donné leu à de nombreux abus, des commerces impies et toutes sortes d’idolâtries. Il y a tout d’abord le PURGATOIRE. On célèbre des messes pour les morts, des vigiles, des services commémoratifs le septième et le trentième jour, des commémorations annuelles, la semaine commune16, le jour des morts et les bains des âmes17. Tout cela a un rapport avec le purgatoire, de sorte que la messe est surtout célébrée pour les morts. Or le Christ a institué la Sainte Cène pour les vivants et non pour les morts. Aussi le purgatoire avec les cérémonies, les cultes et les trafics qui tournent autour n’est-il qu’une invention du diable. Tout cela est contraire à l’article principal de la foi chrétienne d’après lequel le salut est l’œuvre exclusive du Christ et non pas celle des hommes. De plus, Dieu ne nous a rien ordonné concernant les morts. Il faut donc laisser tout cela de côté, même si ce n’était pas entaché d’erreur et d’idolâtrie. Les théologiens catholiques prétendent que St. Augustin et d’autres Pères parlent du purgatoire dans leurs écrits. Mais il faut savoir pourquoi ils le font, et à quelle occasion. Lorenzo Campegio représentait le Vatican à la diète d’Augsbourg en 1530. Dans Apocalypse 12, 3, Satan est représenté sous la forme d’un dragon. 16 On appelle ainsi la semaine qui suit la Saint-Michel (29 septembre) pendant laquelle on célèbre de nombreuses messes pour le salut des défunts. 17 C’étaient des bains gratuits offerts aux pauvres et utiles au salut de celui qui les finançait. 14 15
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St. Augustin ne dit pas qu’il y a un purgatoire. Il n’en trouve aucune preuve dans l’Ecriture. Il laisse donc la question ouverte. Il raconte que sa mère avait souhaité qu’on pense à elle quand le Sacrement est célébré à l’autel18. L’idée d’un purgatoire était une pensée pieuse qu’avaient certaines personnes, mais pas un article de foi, quelque chose que Dieu aurait ordonné de croire. Mais nos adversaires citent certains textes, pour qu’on prenne au sérieux leur détestable foire aux messes pour les morts et leurs sacrifices pour les âmes du purgatoire qui sont une pratique sacrilège et maudite. Jamais ils ne pourront prouver cela avec St. Augustin. Quand ils auront mis fin au trafic des messes pour les âmes du purgatoire, chose dont St. Augustin n’a jamais parlé, nous serons disposés à étudier avec eux la question de savoir si les paroles de St. Augustin sont acceptables ou pas, alors qu’il n’y a pas de preuve scripturaire pour cela. Nous verrons aussi si on peut associer la commémoration des morts à la célébration du Sacrement. On n’a pas le droit de transformer en articles de foi des choses qu’ont faites ou dites de saints Pères de l’Eglise. Si on en avait le droit, on pourrait tout aussi bien transformer en articles de foi tout ce qu’ils ont fait, les choses qu’ils ont mangées, les vêtements qu’ils ont portés et les maisons qu’ils ont habitées. On ferait alors comme avec les reliques. Non, seule la Parole de Dieu doit établir des articles de foi. En dehors d’elle, personne n’a ce pouvoir, pas même un ange. Deuxièmement, de MAUVAIS ESPRITS ont profité de tout cela pour exercer leur malice en se faisant passer pour les âmes des morts. Ils ont recouru à des mensonges et des supercheries horribles pour imposer aux gens des messes, des vigiles, des pèlerinages et des aumônes. On nous a demandé d’accepter ces fables comme des articles de foi et des règles de conduite. Et ces fables étaient approuvées par le pape en même temps que la messe et toutes les autres abominations. Sur ce point, il n’y a pas de concession possible. Troisièmement, il y a les PÈLERINAGES au cours desquels on célèbre des messes pour obtenir le pardon des péchés et la grâce de Dieu. En effet, la messe joue dans ces pèlerinages un rôle capital. Il est certain qu’ils ne sont pas prescrits, et qu’ils sont même inutiles, car nous pouvons obtenir la grâce et le pardon par un moyen bien meilleur. On peut donc les laisser tomber sans commettre de péché ni encourir un danger. A quoi bon quitter nos paroisses, nos épouses et nos enfants, renoncer à la prédication de la Parole et nous détourner de nos devoirs de tous les jours pour courir après ces chimères inutiles, incertaines, nuisibles et diaboliques ? C’est le diable qui a donné au pape l’idée d’approuver et d’encourager ces choses, si bien que beaucoup de gens se sont détournés de Jésus-Christ pour mettre leur confiance dans leurs propres œuvres et sont devenus des idolâtres, ce qui est pire que tout. Les pèlerinages ne sont pas commandés par Dieu. Il ne les conseille même pas. Ils ne valent donc pas grandchose et sont inutiles et nuisibles. Ça aussi, c’est un point où aucune concession n’est possible. Quatrièmement, il y a les CONFRÉRIES. Des moines, des chanoines et même de simples vicaires ont signé des contrats par lesquels ils se sont engagés à lire toutes les messes prescrites et faire de bonnes œuvres en faveur des vivants et des morts. Ce n’est qu’une invention humaine qui ne sert absolument à rien. Il n’existe pour cela 18
St. Augustin, Confessions, IX, 11.13
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aucun commandement de Dieu, et c’est, de plus, contraire à l’article primordial qui traite de la rédemption. C’est donc un usage que nous ne pouvons tolérer en aucune façon. Cinquièmement, il y a le CULTE DES RELIQUES qui se fonde trop souvent sur des mensonges manifestes et sur des sottises. On a trouvé parmi les reliques des os de chiens ou de chevaux. Alors le diable rit un bon coup en voyant comment on trompe les gens. Rien que pour cela, il aurait fallu condamner le culte des reliques depuis longtemps, même s’il avait quelque chose de bon. Or il n’est ni prescrit ni conseillé, et il est absolument inutile. Mais le pire est qu’on a prétendu que c’était, comme la messe, un culte rendu à Dieu, une bonne œuvre qui procure des indulgences et apporte le pardon des péchés. Sixièmement, nous en arrivons aux fameuses INDULGENCES qu’on accorde pour de l’argent aux vivants et aux morts. Le pape est un misérable Judas qui vend à la fois les mérites du Christ et ceux de tous les saints et de l’Eglise tout entière. Nous ne pouvons pas tolérer cela. Non seulement c’est inutile et Dieu ne l’a pas prescrit. Mais, en plus, c’est contraire au premier article. En effet, on n’obtient pas les mérites du Christ par ses oeuvres ou contre de l’argent, mais par la foi, par grâce, sans aucun mérite et sans qu’on ait à payer quelque chose. Et ce n’est pas le pape qui offre cela, mais la prédication de la Parole de Dieu.
L’invocation des saints : L’invocation des saints est, elle aussi, un des abus introduits par l’Antichrist. Elle est contraire à l’article premier et principal de la foi et anéantit la connaissance du Christ. Elle n’est ni prescrite, ni conseillée. On n’en trouve aucun exemple dans l’Ecriture. Et même si elle avait un certain prix, ce qui n’est pas le cas, nous pourrions très bien nous passer d’elle, car le Christ nous offre mille fois plus que les saints. Il est fort possible que les anges du ciel prient pour nous, comme le fait le Christ luimême. Les saints qui sont sur la terre et peut-être aussi ceux qui sont au ciel prient également pour nous. Mais ce n’est pas une raison pour les invoquer, les adorer, les honorer par des jeûnes, des fêtes et des messes, leur offrir des sacrifices, leur bâtir des autels et des églises et célébrer des cultes en leur nom. Nous n’avons pas non plus à les considérer comme nos patrons et nos protecteurs, en confiant à chacun d’eux une cause particulière comme le font les papistes. C’est de l’idolâtrie, tout cela, car Dieu seul a droit à tous ces honneurs. Si tu es un chrétien et un saint vivant sur la terre, eh bien ! prie pour moi. Pas seulement quand il y a quelque chose de particulier, mais chaque fois que j’ai besoin de tes prières. Cependant ce n’est pas pour cela que je vais t’adorer, t’invoquer, t’honorer par des fêtes, des jeûnes et des sacrifices ou dire des messes en ton honneur. Je ne mettrai pas ma foi en toi et ne chercherai pas le salut chez toi. Il y a bien d’autres façons de t’honorer, de te témoigner mon amour et de te montrer ma gratitude en Jésus-Christ. Si on supprime le côté idolâtre de tous ces honneurs qu’on rend aux anges et aux saints, ce qu’il en restera ne sera plus nuisible et
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bientôt on n’en parlera plus. En effet, si on ne peut plus attendre des saints un bienfait et un secours spirituel ou matériel, on les laissera en paix dans leur tombe et dans le ciel. S’il faut les honorer d’une manière désintéressée, tout simplement parce qu’on les aime, on cessera bientôt de célébrer leur mémoire et de leur vouer un culte. En un mot, nous ne pouvons pas tolérer la messe et devons la condamner, avec tout ce qui en résulte et tout ce qui s’y rapporte. Ainsi nous garderons le saint Sacrement pur et inchangé, nous l’administrerons conformément à l’institution du Christ et le recevrons avec foi.
Article III Les chapitres et les couvents Les chapitres19 et les couvents avaient été fondés à l’origine pour former des hommes instruits et des femmes vertueuses. C’était quelque chose de tout à fait louable. Il faudrait leur confier à nouveau cette mission. On pourrait y former des pasteurs, des prédicateurs et d’autres ministres de l’Eglise, ainsi que des gérants chargés de s’occuper des affaires temporelles, dans les villes et à la campagne, et de veiller à l’éducation des jeunes filles, pour en faire de bonnes mères de famille et de bonnes ménagères. Si les couvents ne veulent pas servir à cela, il vaudra mieux les laisser tomber en ruines ou même les démolir, plutôt que d’y héberger des moines qui offensent Dieu en imaginant que leur façon de le servir vaut mieux que la vie du chrétien ordinaire ou l’exercice de fonctions et de missions que le Seigneur a instituées. Tout cela est contraire au premier article, à la doctrine fondamentale concernant l’œuvre rédemptrice de Jésus-Christ. Dieu n’a pas institué la vie monastique. Celle-ci est un fruit de l’imagination humaine comme d’autres du même genre. Elle n’est ni obligatoire ni même utile. Au contraire, elle est dangereuse et nuisible. Les moines y peinent pour rien, pour « aven » comme disaient les prophètes, pour qui ce genre de culte était peine perdue20.
Article IV La papauté
Les chapitres sont des assemblées de chanoines et de religieux chargés de veiller aux biens et au bon fonctionnement des couvents ou des diocèses. 20 Zacharie 10, 2 ; Habakuk 1, 3 ; Esaïe 41, 29. « Aven » en hébreu signifie « peine », « labeur ». 19
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Le pape n’est pas le chef de l’Eglise tout entière « de jure divino »21, c’est-à-dire en vertu de la Parole de Dieu. Seul Jésus-Christ a droit à ce titre. Il est seulement l’évêque ou le pasteur de l’Eglise de Rome et de ceux qui veulent bien se rattacher à lui, non pas pour se soumettre à lui comme à un maître, mais pour être à ses côtés comme des frères, des collègues et des amis chrétiens. Ils le font parce qu’ils le veulent bien ou encore par obéissance aux autorités politiques, c’est-à-dire humaines. C’est ce que disent les anciens conciles et c’est ainsi que les choses se passaient à l’époque de Cyprien. Mais de nos jours aucun évêque n’oserait appeler le pape « mon frère », comme cela se faisait dans le temps. Il faut que les évêques et même les rois et les empereurs l’appellent « Très gracieux Seigneur ». Nous ne devons et ne pouvons pas approuver cela avec une bonne conscience. Que d’autres le fassent, mais pas nous ! Ainsi donc, tout ce que le pape a fait et qu’il fait encore de nos jours en prétextant d’une façon sacrilège et blasphématoire qu’il en a reçu le pouvoir, n’a été et n’est jusqu’à aujourd’hui qu’une œuvre diabolique. Elle vise à ruiner, autant qu’il dépend de lui, la sainte Eglise chrétienne tout entière. Cette oeuvre renverse aussi l’article capital sur l’œuvre de rédemption de Jésus-Christ. Nous avons toutes ses bulles et ses écrits dans lesquels il rugit comme le lion que l’ange décrit dans l’Apocalypse22. Il s’écrie qu’aucun chrétien ne pourra être sauvé s’il ne lui obéit pas et s’il ne lui est pas soumis en toutes choses, dans tout ce qu’il veut, qu’il dit et qu’il fait. C’est comme s’il disait : « Il ne suffit pas de croire en Christ pour trouver chez lui tout ce qu’il faut pour être sauvé. Cela ne compte pas et ne sert à rien, si tu ne me considères pas comme ton Dieu, si tu ne m’es pas soumis et que tu ne m’obéis pas. » Tout le monde sait que la sainte Eglise a été sans pape pendant plus de cinq cents ans. Et aujourd’hui encore, l’Eglise grecque et beaucoup d’autres Eglises qui parlent d’autres langues ne lui sont pas soumises. Nous avons souvent dit que la primauté du pape est une invention humaine. Elle ne se fonde sur aucun commandement divin. Nous n’avons donc pas à l’accepter et cela ne nous profiterait à rien. La sainte Eglise chrétienne n’a pas besoin d’un tel chef pour subsister, et il aurait mieux valu pour elle que le diable ne le lui donne pas. La papauté est inutile à l’Eglise, car elle n’exerce pas de ministère chrétien. Par conséquent, il vaudrait mieux que l’Eglise n’ait pas de pape. Supposons que le pape cesse de prétendre que sa primauté est de droit divin, c’est-àdire fondée sur un commandement de Dieu. Supposons qu’il se contente de dire : L’Eglise a besoin pour mieux maintenir l’unité face aux sectes et aux hérésies d’un chef sur lequel on puisse s’appuyer. Et supposons que ce chef soit élu par les hommes et que ceux-ci aient le pouvoir, par leur vote, de le déposer et de le remplacer par un autre, comme l’a fait le concile de Constance qui a déposé trois papes et en a élu un quatrième. Supposons enfin que le pape et le siège de Rome soient d’accord avec cela, ce qu’on ne peut pas imaginer, car il faudrait que le pape permette qu’on renverse sa domination, qu’on abolisse sa suprématie et tous ses privilèges, et qu’on brûle ses livres, ce qu’il n’acceptera jamais. Mais même en admettant tout cela, il n’en résulterait pas un avantage pour la chrétienté et il y aurait encore plus de sectes qu’avant. Si on 21 22
L’expression latine « de jure divino » signifie « de droit divin ». Apocalypse 10, 3.
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n’est pas tenu de se soumettre au pape par un ordre de Dieu, et que son autorité ne dépendait que de la bonne volonté des hommes, on aurait vite fait de le mépriser et il n’aurait plus aucun pouvoir. Il ne résiderait pas toujours et nécessairement à Rome ou en un autre lieu déterminé. Il pourrait être ailleurs, n’importe où, dans n’importe quelle Eglise où Dieu aurait suscité un homme capable de gouverner. Tout cela serait bien compliqué et source de beaucoup des désordres ! Voilà ce qu’il faut pour que l’Eglise soit bien gouvernée et préservée dans son unité : Que tous nous reconnaissions le Christ comme son unique chef et que les évêques, qui sont tous égaux au niveau de leur ministère, même s’ils ne le sont pas par leurs dons, soient fermement et unanimement attachés à la doctrine, la foi et les sacrements, la prière et les œuvres d’amour. C’est ce que faisaient les prêtres d’Alexandrie, selon le témoignage de St. Jérôme : ils gouvernaient les Eglises en commun. C’est aussi ce qu’avaient fait les apôtres et ce qu’ont fait à leur suite tous les évêques de l’Eglise, jusqu’au jour où le pape éleva sa tête au-dessus de celle des autres. Tout cela montre clairement que le pape est l’Antichrist. Il se met au-dessus du Christ et se dresse contre lui. En effet, il empêche les chrétiens d’arriver au salut s’ils refusent de reconnaître son autorité, alors que celle-ci ne lui a pas été confiée par le Christ. Cela s’appelle « se placer au-dessus de Dieu et contre Dieu », comme le dit St. Paul23. Même les Turcs et les Tartares24 ne font pas cela, bien qu’ils soient des ennemis des chrétiens. Ils laissent chacun libre de croire en Christ et exigent simplement des chrétiens qu’ils paient leurs impôts et qu’ils soient soumis dans les choses extérieures qui concernent la vie de tous les jours. Le pape, lui, ne tolère pas qu’on croie simplement en Christ, mais prétend qu’il faut lui obéir pour être sauvé. Nous ne sommes pas d’accord, même s’il nous faut mourir pour cela ! Tout ça parce que le pape a prétendu être de droit divin le chef suprême de l’Eglise chrétienne. Il s’est fait l’égal du Christ et s’est même placé au-dessus de lui. Il a voulu qu’on voie en lui la tête, puis le maître de l’Eglise, et enfin le maître du monde entier, pour ainsi dire une sorte de Dieu terrestre. Il est allé jusqu’à donner des ordres aux anges du ciel25. Il suffit de comparer ce qu’enseigne le pape avec ce que dit l’Ecriture Sainte pour constater que l’enseignement du pape est en grande partie emprunté au droit romain et traite de sujets politiques, comme le montrent les Décrétales26. Son enseignement tourne essentiellement autour de cérémonies ecclésiastiques, de vêtements liturgiques, d’aliments et de personnes. Ce sont des enfantillages et des futilités ridicules. Et dans tout cela, pas un mot du Christ, de la foi et des commandements de Dieu.
2 Thessaloniciens 2, 4. Les Tartares étaient des peuples nomades de l’Asie Centrale. 25 Allusion à une bulle du pape Clément VI, du 27 juin 1346, mais dont on n’est pas certain qu’elle soit authentique. 26 Les Décrétales sont des collections de décrets et de lois promulgués par les papes. 23 24
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Enfin, le pape a toute l’apparence du diable quand il profère contre Dieu ses mensonges sur la messe, le purgatoire, la vie monastique, les œuvres et les cultes inventés par les hommes. La papauté est fondée sur des mensonges. N’est-ce pas agir comme le diable quand on condamne, torture et extermine les chrétiens qui refusent d’exalter ces abominations par-dessus toutes choses ? Nous ne pouvons certainement pas adorer le diable comme notre Seigneur et notre Dieu. De même, nous ne pouvons pas reconnaître pour chef ou seigneur son apôtre, le pape ou l’Antichrist. Le propre de la papauté est de mentir, de tuer et de causer la perdition éternelle des corps et des âmes, comme je l’ai montré dans beaucoup de mes livres. Les quatre articles que nous venons d’exposer suffiront à nous faire condamner par le concile, car les théologiens du pape ne feront à leur sujet aucune concession. Nous pouvons en être sûrs. Ayons alors l’assurance que le Christ, notre Seigneur, combattra son adversaire et qu’il finira par triompher par son Esprit et son avènement. Amen. Au concile nous ne comparaîtrons pas devant l’empereur ou une autorité temporelle, comme à Augsbourg lorsque l’empereur nous invita avec bonté à exposer notre enseignement. Nous aurons, cette fois-ci, affaire au pape ou au diable lui-même. Il voudra nous condamner sans même nous écouter, nous massacrer ou nous obliger à devenir idolâtres. Nous n’embrasserons pas ses pieds en lui disant : « Vous êtes mon gracieux Seigneur », mais nous lui répondrons avec l’ange dont il est question dans Zacharie : « Que l’Eternel te réprime, Satan ! »27
TROISIÈME PARTIE Voici les articles dont nous pouvons discuter avec des hommes instruits et raisonnables ou entre nous. Ils n’ont pas beaucoup d’importance pour le pape et les siens, car les questions qui touchent à la conscience ne les intéressent pas. Ce qui est important pour eux, c’est l’argent, l’honneur et le pouvoir.
I. Le péché Nous confessons, comme le dit St. Paul dans l’épître aux Romains28, que le péché est entré dans le monde par un seul homme, Adam. Par sa désobéissance, tous les hommes sont devenus pécheurs et ont été soumis à la mort et au diable. C’est ce qu’on appelle le péché originel ou capital.
27 28
Zacharie 3, 2. Romains 5, 12.
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Ce péché a pour fruit les mauvaises oeuvres que condamne le Décalogue : l’incrédulité, la fausse foi, l’idolâtrie, le manque de confiance en Dieu et le manque de crainte de Dieu, l’orgueil, le désespoir, l’aveuglement. En un mot, c’est toute la vie de l’homme qui ne connaît pas Dieu et ne le respecte pas. Il y a encore d’autres œuvres mauvaises, comme mentir, jurer par le nom de Dieu, ne pas prier, ne pas invoquer le Seigneur, mépriser sa Parole, désobéir à ses parents, tuer, vivre dans la débauche, voler, tromper, etc. Le péché originel est une corruption si grave et si profonde de la nature humaine que la raison ne peut pas le comprendre. Mais il faut le croire, car cela est révélé dans l’Ecriture (Psaume 50 ; Romains 5 ; Exode 33 ; Genèse 3). Ce que les théologiens de l’Ecole29 ont enseigné à ce sujet n’est qu’erreur et aveuglement. Ils ont affirmé les choses suivantes : 1) Après la chute d’Adam, les forces spirituelles naturelles de l’homme sont restées entières et intactes, si bien que l’homme a par nature une raison droite et une volonté bonne, comme l’enseignent les philosophes. 2) L’homme possède le libre-arbitre, la capacité de faire le bien et de renoncer au mal ou, au contraire, de renoncer au bien et de faire le mal. 3) L’homme peut, par ses forces naturelles, observer et accomplir tous les commandements de Dieu. 4) Il peut, par ses forces naturelles, aimer Dieu par-dessus toute chose et son prochain comme lui-même. 5) Si l’homme fait tout son possible, Dieu lui donne à coup sûr sa grâce. 6) Pour participer au Sacrement, il n’est pas nécessaire que l’homme ait la ferme intention de faire le bien. Il suffit qu’il n’ait pas la mauvaise intention de commettre un péché. Sa nature est assez bonne et le Sacrement assez puissant pour cela. 7) On ne peut pas prouver par l’Ecriture qu’on a besoin du Saint-Esprit et de la grâce pour faire une bonne œuvre. Ces thèses et bien d’autres du même genre viennent de ce que les Scolastiques ne comprennent pas et ne savent pas ce qu’est le péché. Ils ne savent pas non plus qui est le Christ, notre Sauveur. Ce sont là des doctrines tout simplement païennes que nous ne pouvons pas admettre. Si ce qu’elles disent est vrai, alors le Christ est mort pour rien, puisqu’il n’y a pas dans l’homme de mal ou de péché qui l’aurait obligé à mourir. Ou bien alors, le Christ serait mort pour notre corps, mais pas pour notre âme, puisque, selon ces théologiens, l’âme se porte bien et que le corps seul est soumis à la mort.
II. La Loi
Ce sont les Scolastiques. On a donné ce titre aux grands théologiens catholiques du Moyen Âge, parce qu’ils formaient de véritables écoles de théologie. 29
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Nous croyons que Dieu a donné la Loi pour détourner l’homme du péché. C’est pour cela qu’il le menace de ses châtiments et qu’il lui promet et lui offre sa grâce et ses bienfaits. Mais le péché a rendu l’homme méchant, et cela n’a pas eu de bons effets. Quelques-uns sont devenus plus mauvais encore et se révoltent contre la Loi qui leur interdit de faire ce qui leur plaît et leur ordonne de faire ce qui ne leur plaît pas. S’ils ne sont pas retenus par la peur d’être punis, ils font, quand ils arrivent à échapper au châtiment divin, encore plus de mal qu’avant. Ce sont des gens grossiers et méchants qui font le mal chaque fois qu’ils en ont l’occasion. D’autres sont aveugles et orgueilleux. Ils imaginent qu’ils observent la Loi et qu’ils peuvent l’accomplir par leurs propres forces, comme l’enseignent les Scolastiques. Ce sont des hypocrites et de faux saints. Mais la fonction principale de la Loi est de dévoiler le péché originel et toutes ses conséquences. C’est ce qui fait tout son pouvoir. Elle révèle ainsi à l’homme à quel point il est par nature déchu et corrompu. Elle lui montre, en effet, qu’il est sans Dieu ou qu’il méprise le vrai Dieu et adore des divinités étrangères. Il ne le croirait pas si la Loi ne le lui enseignait pas. Alors il est terrifié, humilié, découragé et désespéré. Il cherche le secours et ne sait pas où le trouver. Il devient un ennemi de Dieu et commence à murmurer, etc. C’est ce que dit l’apôtre quand il écrit dans Romains 4 : « La loi produit la colère »30. Et dans Romains 5 : « La loi est intervenue pour que l’offense abonde »31.
III. La repentance Le Nouveau Testament maintient et confirme cette fonction de la Loi dont nous venons de parler. C’est le cas de St. Paul quand il dit : « La colère se révèle du ciel contre tous les hommes »32. « Tout le monde est coupable devant Dieu et personne n’est juste devant lui »33. Et le Christ dit lui-même : « Le Saint-Esprit convaincra le monde en ce qui concerne le péché »34. Ce sont là les foudres dont Dieu frappe à la fois les pécheurs manifestes et les faux saints. Il ne permet à personne de se prendre pour un juste et les réduit tous à la terreur et au désespoir. C’est le marteau dont parle Jérémie : « Ma parole est comme un marteau qui brise le roc » (Jérémie 23, 29). Ce n’est pas ce qu’on appelle une « contritio activa », une repentance produite par l’homme, mais une « contritio passiva », un vrai tourment de la conscience, une véritable souffrance du cœur, une agonie. Romains 4, 15. Romains 5, 20. 32 Romains 1, 18. 33 Romains 3, 19.20. 34 Jean 16, 8. 30 31
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C’est ainsi que commence la vraie repentance. L’homme est obligé d’entendre cette sentence : « Que vous soyez des pécheurs manifestes ou des saints, vous ne valez pas mieux les uns que les autres. Il faut que vous changiez tous et que vous vous comportiez autrement. Qui que vous soyez, même si vous vous prétendez grands, sages, puissants et saints, ici personne n’est juste. » Telle est la fonction de la Loi. Le Nouveau Testament y ajoute immédiatement la consolante promesse de la grâce, une promesse qui se trouve dans l’Evangile et à laquelle nous sommes invités à croire. Le Christ a dit : « Repentez-vous et croyez à l’Evangile »35. Cela veut dire : « Devenez autres, changez de conduite et croyez à ma promesse. » Avant lui déjà, Jean-Baptiste était appelé le prédicateur de la repentance, mais d’une repentance qui mène au pardon des péchés. Sa mission, en effet, consistait à accuser tous les hommes et faire d’eux des pécheurs, afin qu’ils sachent bien ce qu’ils sont devant Dieu, qu’ils reconnaissent qu’ils sont perdus. Ainsi préparés à accueillir le Seigneur, ils étaient disposés à chercher le pardon des péchés auprès de lui et à recevoir sa grâce. Le Christ dit lui-même, dans le dernier chapitre de Luc : « Il faut qu’on prêche en mon nom, dans le monde entier, la repentance et la rémission des péchés »36. Quand la Loi exerce sa fonction, elle conduit à la mort et à l’enfer et réduit l’homme au désespoir si elle n’est pas suivie de l’Evangile. Ce fut le sort de Saül et de Judas. Comme le dit le Christ : « La loi tue par le péché »37. L’Evangile, au contraire, nous apporte la consolation et le pardon. Il fait cela de plusieurs manières, par la Parole, par les sacrements et par d’autres moyens dont nous parlerons plus loin. Ainsi, comme le dit le Psaume 130, « la rédemption est auprès de Dieu en abondance »38 et nous ne sommes plus les malheureux prisonniers du péché. Il faut maintenant comparer à la vraie repentance la fausse repentance 39 des Sophistes40 pour mieux comprendre l’une et l’autre.
La fausse repentance des papistes : Les papistes ne sont pas capables d’enseigner correctement la repentance, car ils ne connaissent pas la vraie nature du péché. Comme nous l’avons dit plus haut, ils ont une fausse conception du péché originel. Ils prétendent que les forces naturelles de Marc 1, 15. Luc 24, 47. 37 Romains 7, 10. 38 Psaume 130, 7. 39 Le dogme catholique emploie le mot « pénitence ». 40 Autre mot pour désigner les Scolastiques. 35 36
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l’homme sont restées entières et intactes. D’après eux, la raison suffit pour nous instruire et la volonté est capable d’accomplir ce que la raison enseigne. Dieu donne donc sa grâce à celui qui fait tout son possible, en utilisant son libre-arbitre. Dans l’Eglise catholique, on ne fait donc pénitence que pour les péchés actuels, les mauvaises pensées que la volonté approuve, les mauvaises paroles et les mauvaises actions que l’homme commet alors qu’il n’y est pas obligé, puisque sa volonté est libre. On a divisé la pénitence en trois parties : la repentance, la confession et la satisfaction. Et on a ajouté cette promesse rassurante : si l’homme se repent sincèrement, s’il confesse ses fautes et les répare par des œuvres satisfactoires, il mérite le pardon puisqu’il aura payé à Dieu ce qu’il lui doit pour son péché. On amène ainsi les pénitents à se confier en leurs propres œuvres. C’est pour cela qu’on disait du haut de la chaire, lorsqu’on lisait au peuple la confession publique des péchés : « O Dieu, prolonge ma vie jusqu’à ce que j’aie fait pénitence pour mes péchés et que je me sois corrigé. » On ne parlait pas du Christ ni de la foi. Au contraire, on espérait pouvoir surmonter le péché par ses propres œuvres et l’effacer devant Dieu. Si nous sommes devenus des prêtres et des moines, c’était pour pouvoir d’autant mieux lutter nous-mêmes contre le péché. Voici ce qu’on enseignait concernant la repentance : Puisque personne ne peut se souvenir de tous ses péchés, tous ceux qu’on avait commis pendant une année entière, on recourait à la méthode suivante : on enseignait que dès que les péchés oubliés reviennent en mémoire, il faut s’en repentir et les confesser. En attendant, il fallait s’en remettre à la grâce de Dieu. Et comme personne ne sait quel est le degré de repentance exigé par Dieu, on rassurait les pénitents en disant que ceux qui ne pouvaient pas avoir la « contritio », c’est-à-dire la repentance, devaient avoir au moins l’ « attritio »41. On appelait ainsi une sorte de demi-repentance ou un commencement de repentance. Ni eux ni moi n’avons jamais compris le vrai sens de ces deux termes. On disait que chez ceux qui viennent se confesser, l’« attritio » remplace la « contritio ». Et si quelqu’un disait qu’il n’arrivait pas à se repentir et à regretter ses péchés (cela peut arriver, par exemple, dans le cas d’un amour interdit ou d’un désir de vengeance), le confesseur lui demandait s’il éprouvait au moins le désir de se repentir. Et si le pénitent répondait : « Oui » (qui d’autre que le diable oserait dire : Non ?), on acceptait sa réponse comme tenant lieu de repentance. Et en vertu de cette bonne œuvre, le confesseur lui pardonnait ses péchés. On citait pour cela l’exemple de St. Bernard42. On voit comment la raison aveugle tâtonne dans tout ce qui concerne Dieu. Elle suit sa fantaisie, laisse de côté le Christ et la foi et cherche son appui dans ses propres œuvres. Si on examine la chose de plus près, il devient évident qu’une telle repentance En français, on dit « attrition » et « contrition ». Saint Bernard de Clairvaux (1091-1153) fonda un ordre religieux et fut un théologien renommé. Il s’exprime sur ce sujet dans un traité sur la grâce et le libre-arbitre. 41 42
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est une pure invention de l’imagination, un produit des forces naturelles de l’homme. La connaissance du Christ et la foi ne jouent plus là aucun rôle et on pousse le malheureux pécheur à rire plutôt qu’à pleurer en songeant à son plaisir ou à la vengeance. Il y a, bien sûr, ceux qui sont frappés par les foudres de la Loi, tourmentés par le diable ou terrassés par la tristesse. Si on excepte ces derniers cas, la repentance telle qu’on la pratiquait était pure hypocrisie. Elle n’a jamais anéanti l’envie de recommencer. Ceux qui se confessaient n’avaient qu’un regret : celui de ne pas avoir péché davantage ! Voici ce qu’il en était de la confession : chacun devait énumérer tous ses péchés, ce qui est, bien entendu, impossible. Il s’ensuivait un grand tourment. Les péchés qu’on avait oublié de mentionner étaient pardonnés à condition qu’on les confesse plus tard, quand ils reviendraient à la mémoire. On ne pouvait donc pas savoir si on s’était assez bien confessé et s’il ne restait plus rien à confesser. On était ainsi amené à se confier en ses œuvres. On disait, en effet, que plus un homme se confesse purement, éprouve de la honte et s’humilie devant le prêtre, plus il satisfait pour ses péchés, car par son humilité il acquiert la grâce de Dieu. On ne parlait pas de la foi ni du Christ à celui qui venait se confesser. On ne lui expliquait pas le pouvoir de l’absolution. Alors, au lieu de fonder son assurance sur l’absolution, il la fondait sur le fait qu’il avait énuméré ses péchés et sur la honte qu’il en éprouvait. Cette sorte de confession a causé d’innombrables tourments, tromperies et idolâtries. La satisfaction était encore plus compliquée. Personne ne savait, en effet, ce qu’il fallait faire pour expier un seul péché, et encore moins pour les expier tous. Alors ils ont imaginé la méthode suivante : ils imposaient des satisfactions légères, faciles à observer : cinq Notre Père, un jour de jeûne, etc. Et ils disaient que ce qui manquait, il fallait l’accomplir dans le purgatoire. Cela a causé une grande angoisse. Certains croyaient qu’ils ne sortiraient jamais du purgatoire, puisque, selon les anciens canons, un seul péché mortel entraîne sept années de pénitence. Mais on ne cessait pas de mettre sa confiance dans les satisfactions qu’on apportait soi-même. Et si ces satisfactions avaient pu être parfaites, la confiance aurait été totale, si bien qu’on n’aurait plus eu besoin de la foi ni du Christ. Mais une satisfaction parfaite est impossible. Voilà ce qu’il en est de la fausse pénitence. Même si on avait fait pénitence pendant cent ans, on n’aurait jamais pu savoir si cela suffisait. C’était faire pénitence en permanence, mais sans jamais parvenir à la vraie repentance. C’est là que le Saint-Siège est venu au secours de la malheureuse Eglise. Il a inventé l’indulgence, c’est-à-dire un moyen de remettre et de supprimer la satisfaction en faveur de certaines personnes. D’abord pour sept ans, puis pour cent ans, etc. Ensuite le Saint-Siège a conféré une partie de ce pouvoir aux cardinaux et aux évêques, de sorte que les uns pouvaient accorder cent années d’indulgence et les autres, cent jours. Il s’est cependant réservé le pouvoir de remettre la satisfaction intégrale.
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En voyant que la vente des bulles commençait à rapporter de l’argent, le Saint-Siège imagina « l’année d’or », le jubilé, une année qui produit vraiment de l’or43. Ce jubilé devait être célébré à Rome et apportait la rémission de toute peine et de toute culpabilité. Les gens accouraient en foule, car chacun désirait être débarrassé de l’insupportable fardeau qui pesait sur lui. On appelle cela trouver et ramasser les trésors de la terre. Aussi le pape se dépêcha-t-il de multiplier les « années d’or ». Et plus il avalait d’argent, plus son gosier en réclamait. Il envoya donc ses représentants dans tous les pays pour y annoncer ces jubilés, jusqu’à ce que chaque église et chaque maison regorgent d’années de jubilé. Finalement, il est allé jusqu’à faire du tapage au purgatoire, parmi les morts, en instaurant ses messes et ses vigiles, puis ses indulgences et ses jubilés. Les âmes ont fini par devenir si bon marché que le rachat d’une seule d’entre elles ne coûtait plus qu’un malheureux sou. Mais tout cela ne servait à rien. Le pape, en effet, non seulement demandait aux gens de se fier aux indulgences, mais il semait lui-même le doute, puisqu’il écrivait dans ses bulles : « Tous ceux qui veulent profiter de l’indulgence ou du jubilé doivent se repentir, se confesser et donner de l’argent. » Or nous avons déjà vu que la repentance et la confession de ces gens sont sujettes à doute, car ce n’est que de l’hypocrisie. En plus, personne ne pouvait savoir qui est au purgatoire ni qui, parmi ceux qui y sont, s’est correctement repenti et confessé. Le pape se contentait de ramasser l’argent et encourageait les gens à se fier à son pouvoir et à ses indulgences. Et malgré cela, il renvoyait les gens à leurs œuvres dont la valeur est incertaine. Le monde recevait ainsi le salaire de son ingratitude envers Dieu. Il y avait cependant des gens qui pensaient qu’ils n’avaient pas commis de péchés actuels en pensées, en paroles ou en actes. J’étais comme cela, moi aussi, et bien d’autres encore qui avaient choisi d’être moines ou prêtres dans des couvents et des chapitres. Nous nous efforcions de résister aux mauvaises pensées à l’aide de jeûnes, de veilles, de prières et de messes, en portant des vêtements grossiers et en couchant à même le sol. Nous voulions à tout prix être des saints. St. Augustin, St. Jérôme et d’autres encore affirment que le mal qui est en nous agit même pendant notre sommeil. Eh bien ! malgré cela nous nous prenions pour des saints, des gens sans péchés et pleins de bonnes oeuvres. A tel point qu’il nous arrivait, quand on nous le demandait, de vendre à d’autres notre surplus de bonnes œuvres. C’est bien comme cela que les choses se passaient. C’est attesté par des lettres et des sceaux qui existent encore, et on pourrait en citer des exemples. Ces gens-là n’avaient pas besoin de faire pénitence. De quoi auraient-ils dû se repentir, puisque leur volonté n’avait pas approuvé leurs mauvaises pensées ? Qu’auraient-ils bien pu confesser, puisqu’ils avaient évité de prononcer de mauvaises paroles ? Et en quoi auraient-ils eu besoin d’accomplir des satisfactions, puisqu’ils n’avaient pas commis de péchés et qu’ils pouvaient vendre à d’autres qui étaient, eux, de pauvres pécheurs, la justice qu’ils avaient en trop ? Les scribes et les pharisiens à l’époque du Christ étaient des saints de ce genre-là. Le jubilé est une année appelée sainte. Il est célébré normalement tous les 25 ans. Il procure une indulgence plénière aux croyants qui, cette année-là, font un pèlerinage à Rome et visitent un certain nombre d’églises en y accomplissant des actes de piété. 43
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Mais voilà que surgit l’ange de feu44, Jean-Baptiste, celui qui a prêché la vraie repentance. D’un coup de tonnerre, il frappe à la fois les vendeurs et les acheteurs et dit : « Repentez-vous ! » « Mais nous nous sommes repentis », disent les gens. Et Jean leur répond : « Repentez-vous, les uns comme les autres ! Car il y a parmi vous des gens qui se repentent vraiment et d’autres qui sont de faux saints. Vous avez tous besoin du pardon des péchés, puisque personne parmi vous ne sait ce qu’est réellement le péché et encore moins qu’il faut l’expier ou l’éviter. Aucun de vous n’est bon. Vous êtes des incrédules. Vous ne connaissez pas Dieu et ne comprenez pas sa volonté. Car il est là, celui qui peut seul dans sa plénitude nous offrir une grâce après l’autre et sans qui personne n’est juste devant Dieu. Si vous voulez vous repentir, faites-le pour de bon. Le genre de repentance que vous pratiquez ne vaut rien. Et vous, les hypocrites, qui n’avez pas besoin de repentance, race de vipères, qui vous a assuré que vous échapperez à la colère à venir ? » St. Paul dit la même chose. Il écrit : « Il n’y a point de juste, pas même un seul. Nul n’est intelligent, nul ne cherche Dieu. Tous sont égarés, tous sont pervertis. Il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul »45. Et dans Actes 17 : « Dieu annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils doivent se repentir »46. « A tous les hommes », ditil. Personne, aucun être humain ne fait exception à cela. Cette repentance-là nous apprend ce qu’est le péché. Elle nous fait reconnaître que nous sommes tous perdus, qu’il n’y a rien de bon en nous, même pas un petit bout de notre peau ou un cheveu de notre tête. Il faut donc que nous soyons entièrement renouvelés et que nous devenions d’autres hommes. Cette repentance n’est pas partielle et misérable, comme celle qui est censée n’expier que les péchés actuels. Elle ne fait pas non plus naître le doute, comme cette dernière. En effet, elle ne discute pas pour savoir ce qui est péché et ce qui ne l’est pas. Elle prend tout en bloc et dit : En nous, tout est péché. Pas besoin de chercher longtemps, de faire de multiples distinctions et de chercher la petite bête. Cette repentance ne sème pas le doute, car il n’y a rien en nous qui serait assez bon pour réparer le péché. Nous ne pouvons que désespérer de tout ce que nous sommes, de tout ce que nous pensons, disons ou faisons. C’est pareil pour la confession. Elle ne peut pas être fausse, douteuse ou partielle. En effet, quand je confesse que tout n’est que péché en moi, j’englobe tout dans ma confession. Je n’en omets et n’en oublie aucun. Enfin, la satisfaction ne peut pas non plus donner lieu au doute. En effet, elle n’est pas notre œuvre, sinon elle serait souillée par le péché et on aurait le droit de douter de sa valeur. Elle consiste, au contraire, dans la passion et le sang de l’innocent « agneau de Dieu qui porte le péché du monde »47.
Apocalypse 10, 1. Romains 3, 10-12. 46 Actes 17, 30. 47 Jean 1, 29. 44 45
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C’est cette repentance que prêchent Jean-Baptiste et, après lui, le Christ dans l’Evangile. C’est celle que nous prêchons nous aussi. Et en la prêchant, nous jetons par terre le pape et tout ce qui repose sur nos bonnes œuvres. Tout cela est construit sur un fondement pourri qu’on appelle bonne œuvre ou Loi. Ce n’est que du néant, puisqu’il n’y a pas de bonnes œuvres, mais seulement des œuvres mauvaises, et que personne n’accomplit la loi, comme le déclare le Christ dans Jean 748. Au contraire, tout le monde la transgresse. Aussi tout cet édifice n’est-il rien d’autre que mensonge et hypocrisie, aussi beau et saint qu’il paraisse. Cette repentance dure chez les chrétiens jusqu’à la mort. Elle est un combat contre le péché qui subsiste dans la chair aussi longtemps que nous sommes en vie, comme l’atteste St. Paul dans Romains 7, 23. Il confesse, en effet, qu’il lutte contre la loi qui est dans ses membres. Et il ne fait pas cela par ses propres forces, mais grâce au don du Saint-Esprit qui suit le pardon des péchés. Le Saint-Esprit qui nous est donné nous purifie. Il balaie chaque jour les restes du péché et agit en l’homme pour le rendre vraiment pur et saint. Le pape, ses théologiens et ses juristes ne connaissent pas cela. Personne ne le comprend. C’est une doctrine qui vient du ciel. Elle est révélée dans l’Evangile. Elle est donc nécessairement traitée d’hérésie par les impies qui se prennent pour des saints. Il se peut aussi que certains sectaires viennent nous dire que tous ceux qui ont reçu le Saint-Esprit ou le pardon des péchés et qui sont devenus croyants, demeurent à jamais dans la foi, même s’ils pèchent par la suite. Il s’ensuit donc qu’ils peuvent pécher sans avoir à craindre que Dieu ne les punisse. Il y a peut-être des gens comme cela autour de nous. J’en ai vu pendant la révolte49. Ils disaient : « Fais ce qui te plaît. Du moment que tu crois, le reste est sans importance. La foi efface tous les péchés », etc. Ils ajoutent que si un homme commet des péchés après avoir reçu la foi et l’Esprit, c’est qu’il n’a jamais vraiment eu l’Esprit et la foi. J’ai rencontré beaucoup d’insensés comme cela, et j’ai bien peur que ce genre de démon n’habite encore en certains. Il faut donc savoir et enseigner que les saints eux-mêmes ont encore en eux le péché originel et qu’ils le sentent. Ils ne cessent de lutter contre lui et se repentent chaque jour. Cependant, s’ils tombent dans des péchés manifestes comme David qui devint adultère, meurtrier et blasphémateur, c’est qu’ils ont perdu la foi et le Saint-Esprit. En effet, le Saint-Esprit ne permet pas au péché de régner et de dominer. Au contraire, il lui fait obstacle et l’empêche de faire ce qui lui plaît. Mais si le péché a libre cours, c’est que le Saint-Esprit et la foi ne sont pas là. St. Jean dit en effet : « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché et ne peut pas pécher »50. Et cependant, le même apôtre a aussi raison de dire : «Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous »51.
Jean 7, 19. Luther fait allusion à la guerre des paysans en 1525. 50 1 Jean 3, 9. 51 1 Jean 1, 8. 48 49
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IV. L’Évangile Nous revenons maintenant à l’Evangile qui nous délivre du péché. Il fait cela de plusieurs façons, car Dieu est riche en miséricorde. L’Evangile nous secourt tout d’abord par la Parole qui annonce dans le monde entier le pardon des péchés. C’est là sa véritable fonction. Deuxièmement, il nous secourt par le Baptême. Troisièmement, par la Sainte Cène. Quatrièmement, par le pouvoir des clefs ainsi que par les entretiens et les consolations qu’on se prodigue entre frères52, selon Matthieu 18 : « Là où deux ou trois sont assemblés, etc. »53.
VI. Le Baptême Le Baptême n’est rien d’autre que la Parole unie à l’eau, selon l’institution et le commandement divins. Ou bien, comme le dit St. Paul, le « bain dans la parole »54. St. Augustin dit de même: “Que la parole s’ajoute à l’élément, et il y a un sacrement »55. C’est pourquoi nous ne sommes pas d’accord avec Thomas56 et les moines prêcheurs57 qui oublient la Parole et l’institution divines et affirment que Dieu a mis dans l’eau une force spirituelle qui permet à cette eau de laver les péchés. Nous rejetons aussi la théorie de Scot58 et des Franciscains59 qui enseigne que le Baptême efface le péché simplement parce que Dieu le veut. Ils affirment que la purification se fait en vertu de la volonté divine et non par la Parole et l’eau. Le Baptême des enfants : Nous croyons qu’il faut baptiser les enfants, car ils ont part, eux aussi, à la promesse de la rédemption que le Christ a accomplie. L’Eglise doit donc leur administrer le Baptême.
En latin dans le texte : « per mutuum colloquium et consolationem fratrum ». Matthieu 18, 3. En latin dans le texte : « Ubi duo fuerint congregati, etc. ». 54 Ephésiens 5, 26. En latin dans le texte : « lavacrum in verbo ». 55 En latin : « Accedat verbum ad elementum et fit sacramentum. » 56 St. Thomas d’Aquin, l’un des grands théologiens catholiques du Moyen Age. 57 Il s’agit des Dominicains, ordre monastique spécialisé dans la prédication. 58 Duns Scot est un autre théologien catholique du Moyen Age. 59 Littéralement : « des moines déchaussés ». Autre ordre monastique très répandu à l’époque. 52 53
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VI. Le Sacrement de l’Autel Nous croyons que le pain et le vin de la Sainte Cène sont le vrai corps et le vrai sang du Christ, qu’ils sont donnés et reçus non seulement par les chrétiens pieux, mais aussi par les mauvais chrétiens. Nous croyons qu’il ne faut pas donner seulement une des deux espèces. Nous n’avons pas besoin qu’on vienne nous démontrer avec beaucoup de science que dans une seule espèce il y a autant que dans les deux, comme le déclarent les Sophistes et le concile de Constance60. Même si c’était vrai, la communion sous une seule espèce ne serait pas conforme à l’ordre donné par Jésus-Christ. Ce n’est pas la communion complète telle qu’il l’a instituée. Nous condamnons et maudissons au nom de Dieu ceux qui non seulement laissent de côté la communion sous les deux espèces, mais qui vont jusqu’à l’interdire de façon tyrannique, qui la condamnent, la traitent d’hérésie et qui s’opposent ainsi au Christ, notre Seigneur et notre Dieu, et s’élèvent au-dessus de lui. En ce qui concerne la transsubstantiation, nous rejetons les subtilités des Sophistes qui enseignent que le pain et le vin cessent d’être du pain et du vin61 et qu’il ne reste que la forme et la couleur du pain qui n’est plus du vrai pain. Ce qui est le plus conforme à l’Ecriture, c’est que le pain reste du pain. C’est le mot que St. Paul lui-même emploie quand il dit : « Le pain que nous rompons… Qu’ainsi il mange de ce pain »62.
VII. Les Clefs Les clefs sont un office de l’Eglise, un pouvoir que le Christ lui a conféré. Il consiste à lier et délier les péchés, non seulement les péchés grossiers et manifestes, mais aussi les péchés subtils et cachés que Dieu seul connaît. C’est ainsi qu’il est écrit : « Qui peut connaître le nombre de ses fautes ? »63. Paul lui-même se plaint d’être soumis par la chair à la « loi du péché »64. Ce n’est pas à nous, mais à Dieu seul de juger de la gravité et du nombre de nos fautes, comme il est écrit : « N’entre pas en jugement avec ton serviteur, car aucun vivant n’est juste devant toi »65. Et Paul dit de même : « Je ne me sens coupable de rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis justifié »66. Concile qui s’est réuni dans la ville de Constance de 1414 à 1418. Littéralement : « abandonnent ou perdent leur substance naturelle ». 62 1 Corinthiens 10, 16 ; 1 Corinthiens 11, 28. 63 Psaume 19, 13. 64 Romains 7, 23. 65 Psaume 143, 2. 66 1 Corinthiens 4, 3.4. 60 61
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VIII. La Confession L’absolution ou le pouvoir des clefs, institué par le Christ dans l’Evangile, est un secours et un réconfort contre le péché et les remords. Il faut donc veiller avec soin à ce que la confession et l’absolution ne tombent pas dans l’oubli dans l’Eglise. Et cela surtout dans l’intérêt des consciences agitées par la peur et de la jeunesse turbulente qu’il faut interroger et instruire dans la doctrine chrétienne. Cependant, on n’est pas obligé d’énumérer ses péchés. Chacun est libre de dire ce qu’il a envie de confesser et de garder le reste pour lui. Aussi longtemps que nous vivons dans la chair, nous ne mentons pas si nous disons : « Je suis un pauvre homme plein de péchés. » L’apôtre dit lui-même : « Je vois dans mes membres une autre loi »67. L’absolution privée découle du ministère des clefs. On ne doit donc pas la mépriser, mais y attacher une grande valeur, comme à tous les autres ministères de l’Eglise chrétienne. Pour tout ce qui concerne la Parole externe68, orale, il faut maintenir fermement le principe suivant : Dieu ne donne à personne son Esprit ou la grâce autrement que par ou avec la Parole externe qui doit précéder. C’est ce qui nous met à l’abri des illuminés ou des spirituels qui se vantent d’avoir reçu l’Esprit sans la Parole et avant elle. Ils jugent, interprètent et falsifient l’Ecriture ou la Parole selon leur fantaisie. C’est ce que faisait Muntzer69 et que font encore bien des gens aujourd’hui. Ils se prennent pour des juges, distinguent entre l’esprit et la lettre et ne savent pas ce qu’ils disent ou enseignent. Le papisme est, lui aussi, du pur illuminisme. Le pape prétend, en effet, que « tous les droits sont dans le coffret de son cœur »70 et que tout ce qu’il décide et ordonne dans son Eglise est esprit et que c’est juste, même si c’est contraire à l’Ecriture ou à la Parole qu’on prêche. Tout cela vient du vieux serpent, du diable qui a fait d’Adam et d’Eve des illuminés en les détournant de la Parole externe de Dieu pour les amener à une fausse spiritualité et à des opinions fantaisistes. Il a été bien obligé pour cela de se servir de paroles externes. C’est ainsi que les illuminés de nos jours qui condamnent la Parole externe, au lieu de se taire, remplissent le monde de leurs bavardages et de leurs écrits. C’est comme si le Saint-Esprit ne pouvait pas nous parler par les écrits et les paroles des apôtres, mais qu’il avait besoin pour cela des écrits et des paroles de ces gens-là. Pourquoi ne s’abstiennent-ils pas de prêcher et d’écrire et ne laissent-ils pas l’Esprit luimême illuminer les gens sans leurs écrits, puisqu’ils se vantent de l’avoir reçu sans la Romains 7, 23. Luther appelle la Parole de Dieu une Parole externe parce qu’elle est prêchée et entendue. Dans les sacrements, elle devient aussi externe grâce aux éléments visibles que sont l’eau du Baptême, le pain et le vin de la Sainte Cène. 69 Thomas Muntzer (1489/91-1525), prédicateur fanatique et révolutionnaire qui participa à la guerre des paysans et mourut décapité. 70 Code de Droit Canonique, VI, I, 2, c. 1). 67 68
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prédication de l’Ecriture ? Mais arrêtons là cette discussion. Nous avons assez parlé de cela ailleurs. Ceux qui sont devenus des croyants avant d’avoir reçu le Baptême ou qui deviennent des croyants une fois qu’ils ont été baptisés, ne peuvent avoir la foi que par le moyen de la prédication de la Parole externe. C’est le cas des adultes qui ont atteint l’âge de raison. Il faut d’abord qu’ils entendent cette parole : « Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé »71. C’est vrai même s’ils sont au départ des incrédules et qu’ils ne reçoivent l’Esprit et le Baptême que dix ans plus tard. Longtemps avant son Baptême, Corneille avait entendu parler chez les Juifs du Messie qui devait venir72. Par la foi en cette promesse, il était juste devant Dieu, et ses prières et ses aumônes plaisaient au Seigneur. Luc dit, en effet, qu’il était « juste et craignant Dieu »73. Or, s’il n’avait pas eu auparavant une telle promesse ou s’il n’en avait pas entendu parler, il n’aurait pas pu croire ni être juste. Il a fallu que Pierre lui révèle qu le Messie attendu avec foi était venu. A partir de ce moment, Corneille n’était plus uni aux Juifs endurcis et incrédules par la foi en un Messie qui devait venir. Il savait qu’il ne pouvait être sauvé que par le Messie qui était venu et qu’il ne devait pas s’unir aux Juifs pour le rejeter et le persécuter. Résumons-nous : L’illuminisme habite en Adam et en ses enfants, du commencement à la fin du monde. C’est le venin que leur a injecté le vieux dragon 74, qui est la source et le moteur de toutes les hérésies, du papisme et de l’islam. C’est pourquoi, nous devons toujours maintenir que Dieu veut entrer en communication avec nous par sa Parole externe et les sacrements. L’Esprit que vantent les illuminés, qui agit sans cette Parole et les sacrements, c’est le diable. Dieu voulut apparaître à Moïse au milieu du buisson ardent et en lui adressant la parole75. Aucun prophète, ni Elie, ni Elisée, n’a reçu l’Esprit en dehors et indépendamment du Décalogue. C’est par la parole prononcée par l’ange Gabriel que Jean-Baptiste fut conçu, et c’est par la voix de Marie qu’il tressaillit dans le ventre de sa mère76. Et St. Pierre dit : « Les prophètes n’ont pas prophétisé au gré de la volonté humaine », mais « poussés par le Saint-Esprit »77. Ces « saints hommes » n’étaient pas devenus saints sans la Parole de Dieu. C’est elle qui les a rendus saints et c’est par elle que le Saint-Esprit les a poussés à parler. Ils étaient saints, dit l’apôtre, parce que le Saint-Esprit parlait par eux.
IX. L’Excommunication
Marc 16, 16. Actes 10, 1 ss. 73 Actes 10, 2.22. 74 Apocalypse 12, 9. 75 Exode 3, 1 ss. 76 Luc 1, 13-20.41. 77 2 Pierre 1, 21. 71 72
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L’excommunication que le pape appelle « excommunication majeure » est une peine purement civile. Elle ne regarde pas les ministres de l’Eglise que nous sommes. L’ « excommunication mineure », par contre, est la véritable excommunication chrétienne. Elle consiste à exclure de la participation au Sacrement et de la communion de l’Eglise les pécheurs notoires et obstinés, jusqu’à ce qu’ils se repentent et renoncent à leurs péchés. Les ministres de la Parole ne doivent pas mêler les peines civiles à cette excommunication qui est une peine infligée par l’Eglise.
X. L’Ordination et la Vocation Si les évêques voulaient être de vrais évêques, s’ils faisaient leur devoir de serviteurs de l’Eglise et de l’Evangile, on pourrait, au nom de l’amour et de l’union et sans que cela soit une obligation, leur laisser le pouvoir de nous ordonner et de nous confirmer, nous et nos prédicateurs. A condition cependant qu’ils laissent de côté toutes les fantaisies qu’ils ont inventées pour se donner des airs importants et qui n’ont rien de chrétien. Mais ils ne sont pas de vrais évêques. Ils ne veulent être que des seigneurs et des princes de ce monde. Ils ne veulent ni prêcher, ni enseigner, ni baptiser, ni administrer la Sainte Cène, ni remplir aucun des devoirs que leur a confiés l’Eglise. Pire encore, ils persécutent et condamnent ceux qui exercent un tel ministère au nom de la vocation régulière qu’ils ont reçue. Or il ne faut pas qu’à cause d’eux l’Eglise soit privée de ministres. C’est pourquoi, instruits par les exemples de l’Eglise ancienne et par les témoignages des Pères, nous avons décidé d’ordonner nous-mêmes au ministère des gens qualifiés. Les évêques, d’après leur propre droit78, ne peuvent pas nous l’interdire, puisque ce droit précise que même ceux qui ont été ordonnés par des hérétiques doivent être considérés comme réellement ordonnés et que leur ordination est valable. St. Jérôme écrit, au sujet de l’Eglise d’Alexandrie, qu’elle fut d’abord dirigée sans évêques, par les prêtres et prédicateurs qui la gouvernaient en commun.
XI. Le Mariage des Prêtres L’Eglise a interdit le mariage et imposé au clergé le célibat perpétuel. Ses dirigeants ont ainsi outrepassé leurs pouvoirs et leurs droits. Ils ont agi comme des antichrists, en tyrans et vauriens, ce qui a donné lieu à de nombreux péchés horribles et affreux et à 78
Le Code de Droit Canonique qui règle ce genre de choses.
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toutes sortes d’impudicités qui se commettent encore chez eux. Ils n’ont pas reçu, pas plus que nous, le pouvoir de changer un homme en une femme ou une femme en un homme ou de supprimer la différence entre les sexes. Ils n’ont pas non plus reçu le pouvoir de séparer hommes et femmes qui sont des créatures de Dieu et de leur interdire de se marier et d’habiter ensemble en toute honnêteté. Nous refusons donc d’approuver ou même de tolérer ce célibat impur. Nous voulons, au contraire, que chacun soit libre de se marier, de rétablir le mariage tel que Dieu l’a institué et mis en place. Nous ne voulons pas porter atteinte à son œuvre. St. Paul appelle l’interdiction du mariage « une doctrine de démons »79.
XII. L’Église Nous ne sommes pas d’accord pour dire que nos adversaires sont l’Eglise, car ils ne la sont pas, et nous n’écouterons pas ce qu’ils commandent ou interdisent au nom de l’Eglise. Dieu merci, un enfant de sept ans sait aujourd’hui ce qu’est l’Eglise : ce sont les saints croyants, « les brebis qui écoutent la voix de leur berger »80. En effet, les enfants prient ainsi : « Je crois une sainte Eglise chrétienne. » Cette sainteté n’est pas faite de surplis, de tonsures, de chasubles et de cérémonies dont l’Ecriture ne parle pas et qui sont d’invention humaine. Elle réside dans la Parole de Dieu et dans la vraie foi.
XIII. Comment on est Justifié devant Dieu Les Bonnes Œuvres Je n’ai rien à changer à ce que j’ai toujours enseigné, à savoir que « par la foi », comme le dit St. Pierre81, nous obtenons un cœur nouveau, un cœur pur, et que Dieu nous considère comme justes et saints grâce au Christ, notre Médiateur. Tant que nous sommes dans la chair, le péché n’est pas encore complètement détruit ou mort. Malgré tout, Dieu ne veut pas en tenir compte ni s’en souvenir. Cette foi, ce renouvellement et ce pardon ont pour fruit les bonnes œuvres. Le péché ou l’imperfection qu’il y a encore chez les croyants n’est plus compté comme péché ou imperfection, et cela grâce au Christ. L’homme est tout entier, dans sa personne et ses œuvres, déclaré et rendu juste, par pure grâce, par la miséricorde qui, en Christ, est répandue et déversée sur nous en abondance.
1 Timothée 4, 1.3. Jean 10, 3. 81 Actes 15, 9. 79 80
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Aussi ne pouvons-nous guère nous glorifier de mérites et d’œuvres, si on les regarde sans tenir compte de la grâce et de la miséricorde. Mais, comme il est écrit, « que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur »82. Qu’il se glorifie d’avoir un Dieu qui fait grâce. Alors tout va bien. Nous ajoutons que la foi est fausse, si elle n’est pas suivie de bonnes œuvres.
XIV. Les Vœux Monastiques Du fait que les vœux monastiques sont diamétralement opposés au premier article, à l’article fondamental de la foi chrétienne, ils doivent être entièrement abolis. Le Christ en parle quand il dit : « C’est moi qui suis le Christ », etc.83. En effet, celui qui fait vœu de vivre au couvent croit mener une vie meilleure que le chrétien ordinaire. Il veut, par ses œuvres, non seulement mériter le ciel pour lui-même, mais encore aider les autres à y parvenir. Cela s’appelle renier le Christ. Les papistes, se fondant sur leur saint Thomas, font l’éloge des vœux monastiques, au point qu’ils les mettent au même rang que le Baptême, ce qui est un blasphème.
XV. Les Ordonnances Humaines Quand les papistes disent que les ordonnances humaines servent à obtenir le pardon des péchés ou à mériter le salut, ils formulent une doctrine impie que le Christ a condamnée quand il a dit : « C’est en vain qu’ils m’honorent en enseignant des préceptes qui sont des commandements d’hommes »84. Des commandements d’hommes qui se détournent de la vérité, comme il est dit dans le premier chapitre de Tite85. Ils ont aussi tort de dire qu’on commet un péché mortel quand on désobéit à ces ordonnances. Voilà les articles qu’il faut maintenir. En ce qui me concerne, je les maintiendrai, avec l’aide de Dieu, jusqu’à ma mort. Je ne peux faire aucun changement, aucune concession. Si quelqu’un pense pouvoir en faire une, si petite soit-elle, qu’il agisse selon sa conscience ! On pourrait encore examiner le sac à malices du pape. Il est rempli d’articles insensés et puérils, qui concernent la dédicace d’églises, le baptême de cloches et d’autels en 1 Corinthiens 1, 3 ; 2 Corinthiens 10, 17. Matthieu 24, 5. En latin dans le texte : « Ego sum Christus. » 84 Matthieu 15, 9. 85 Tite 1, 14. En latin dans le texte : « adversantium veritatem ». 82 83
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présence de parrains et de marraines qui distribuent des cadeaux. Des baptêmes de ce genre sont d’abominables caricatures du saint Baptême. Ce sont des choses qu’on ne peut pas tolérer. La même chose est vraie de la bénédiction de cierges, de rameaux, de friandises, de l’avoine, d’épices, etc. Ce ne sont pas des bénédictions, car ces choses-là ne peuvent pas être bénies. C’est du cinéma et de l’imposture ! Ces pratiques de charlatans sont innombrables. Cela les regarde, eux et leur Dieu. Qu’ils leur rendent leur culte jusqu’à ce qu’ils en aient assez. Nous ne voulons rien avoir à faire avec cela.
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