LE GRAND CATÉCHISME
Lutheran Concord S e r i e s
Table des matières PRÉFACE.................................................................................................................................1 Préface de Martin Luther (1529) ...............................................................................................4 PREMIER POINT ...................................................................................................................4 DEUXIÈME POINT.................................................................................................................5 TROISIÈME POINT ................................................................................................................5 Le Baptême .........................................................................................................................6 Le Sacrement (de l’Autel) .....................................................................................................6 PREMIÈRE PARTIE - LES DIX COMMANDEMENTS ......................................................................7 LE PREMIER COMMANDEMENT ............................................................................................7 LE DEUXIÈME COMMANDEMENT ....................................................................................... 11 LE TROISIÈME COMMANDEMENT ....................................................................................... 15 LE QUATRIÈME COMMANDEMENT ..................................................................................... 18 LE CINQUIÈME COMMANDEMENT ..................................................................................... 25 LE SIXIÈME COMMANDEMENT ........................................................................................... 27 LE SEPTIÈME COMMANDEMENT ........................................................................................ 30 LE HUITIÈME COMMANDEMENT......................................................................................... 33 LE NEUVIÈME ET LE DIXIÈME COMMANDEMENTS ............................................................... 37 CONCLUSION DU DÉCALOGUE ......................................................................................... 39 DEUXIÈME PARTIE - LA FOI .................................................................................................... 44 PREMIER ARTICLE .............................................................................................................. 44 DEUXIÈME ARTICLE ........................................................................................................... 46 TROISIÈME ARTICLE ........................................................................................................... 47 TROISIÈME PARTIE - LE NOTRE PÈRE ..................................................................................... 52 LA PREMIÈRE DEMANDE .................................................................................................... 55 LA DEUXIÈME DEMANDE.................................................................................................... 57 LA TROISIÈME DEMANDE ................................................................................................... 58 LA QUATRIÈME DEMANDE.................................................................................................. 59 LA CINQUIÈME DEMANDE ................................................................................................. 61 LA SIXIÈME DEMANDE ....................................................................................................... 63 LA SEPTIÈME DEMANDE..................................................................................................... 64 QUATRIÈME PARTIE - LE BAPTÊME.......................................................................................... 66 CINQUIÈME PARTIE - LE SACREMENT DE L’AUTEL ................................................................... 73 COURTE EXHORTATION À LA CONFESSION ........................................................................... 81
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LE GRAND CATÉCHISME Martin Luther (1530)
PRÉFACE Nous avons d’excellentes raisons de prêcher sur le Catéchisme et de demander aussi à d’autres de le faire. En effet, beaucoup de prédicateurs et de pasteurs sont très négligents dans ce domaine. Ils ne se soucient pas de leur ministère ni de l’enseignement qu’ils doivent donner. Certains imaginent qu’ils sont trop savants pour cela. D’autres sont trop paresseux et ne s’occupent que de leur ventre. On dirait qu’ils sont devenus pasteurs ou prédicateurs pour se remplir la bedaine. La seule chose qui les intéresse dans la vie, c’est de profiter des biens de ce monde, comme ils avaient l’habitude de le faire quand ils étaient encore sous la papauté. Il y a pourtant des livres pour leur expliquer ce qu’ils doivent enseigner et prêcher. Dans le temps on appelait cela des « sermons qui parlent pour eux-mêmes »1, tout prêts à être prêchés. Mais ils ne sont pas assez pieux ni assez consciencieux pour acheter ces livres. Et quand ils les ont achetés, ils ne s’en servent pas. Bien manger et bien boire, c’est tout ce qui les intéresse. Ils se contentent de servir leur ventre. Ils devraient s’occuper de cochons et de chiens, au lieu d’être des pasteurs chargés de prendre soin des âmes. Ils n’ont plus besoin maintenant de gaspiller leur temps à réciter des prières pendant les offices des sept heures. Ils pourraient donc utiliser ce temps, le matin, à midi et le soir, à lire une page ou deux du Catéchisme, d’un Recueil de prières, du Nouveau Testament ou d’une autre partie de la Bible. Ils pourraient aussi prier le nôtre Père pour eux-mêmes et pour leurs paroissiens. Ainsi ils rendraient honneur à l’Évangile et montreraient qu’ils sont reconnaissants d’avoir été délivrés du fardeau pénible qui les écrasait. Et ils auraient honte de profiter de l’Évangile pour se prélasser dans l’oisiveté et la paresse, pour vivre selon la chair, comme des cochons et des chiens. Les gens du peuple, à qui ils donnent un bien mauvais exemple, ont déjà trop tendance à mépriser l’Évangile, et nous avons tout le mal du monde à exercer sur eux une bonne influence. Que vontils devenir, si nous restons nous-mêmes aussi négligents et paresseux que nous l’étions sous la papauté ?
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En latin dans le texte : « sermones per se loquentes ».
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A cela s’ajoute encore un autre vice honteux. C’est une maladie dangereuse qui s’appelle fausse sécurité, quand les gens sont rassasiés et s’imaginent que le Catéchisme est bon pour les débutants, qu’eux-mêmes n’en ont plus besoin. Ils le lisent une fois et s’imaginent ensuite qu’ils savent tout. Ils jettent le livre, comme s’il y avait de la honte à le relire. Il y a, même parmi les nobles, des gens grossiers et avares qui prétendent qu’on n’a plus besoin de pasteurs ni de prédicateurs, puisqu’on a des livres où on peut apprendre ces choses tout seul. Ils ne se soucient pas des paroisses et les laissent tomber en ruines. Quant aux pasteurs et prédicateurs, on les abandonne à leur misère et les laisse mourir de faim. C’est typique pour les Allemands insensés que nous sommes. Notre peuple est vraiment odieux. Et on a l’impression qu’on ne peut rien faire contre cela. Mais je ne veux pas simplement prêcher aux autres. Moi-même, je suis un docteur et prédicateur. Je suis aussi instruit et expérimenté que tous ces fanfarons. Pourtant je me conduis comme un enfant à qui on apprend le Catéchisme. Le matin et quand j’ai un moment de libre dans la journée, je lis et récite mot à mot le Notre Père, les Dix Commandements2, le Symbole des Apôtres, les Psaumes, etc. J’étudie encore chaque jour un tas d’autres choses, parce que je ne me prends pas pour un maître. Je reste un enfant, un élève du Catéchisme, et je le fais de bon cœur. Mais ces gens qui se croient très fins et qui ne manquent pas d’orgueil, se prennent, après l’avoir lu une première fois en vitesse, pour plus savants que les docteurs ! Ils croient tout savoir et pensent qu’ils n’ont plus rien à apprendre. Ils montrent clairement qu’ils méprisent leur ministère et les âmes qui leur sont confiées. Oui, ils méprisent Dieu lui-même et sa Parole. C’est une terrible erreur. Ils auraient bien besoin de devenir des enfants et de commencer par apprendre le B.A.BA3 qu’ils croient connaître depuis longtemps. Aussi je prie au nom de Dieu tous ces ventres paresseux et tous ces gens qui se prennent pour des saints de se laisser convaincre. Il faut qu’ils sachent qu’ils sont loin d’avoir autant de science qu’ils se l’imaginent. Qu’ils arrêtent de s’imaginer qu’ils connaissent ces points à fond et qu’ils n’ont plus rien à apprendre. Et même s’ils les connaissaient de façon parfaite, ce qui n’est pas possible dans cette vie, ils feraient bien de lire, de réciter et de méditer chaque jour les différents points du Catéchisme. En effet, s’ils font cela, le Saint-Esprit leur donnera toujours de nouvelles lumières et les aidera à mieux comprendre ces choses. C’est ainsi qu’on prend toujours davantage goût à ces lectures et qu’on en saisit toujours mieux le contenu. Le Christ lui-même nous a promis qu’il serait avec nous lorsqu’il a dit : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18, 20). D’ailleurs le meilleur moyen de résister au diable, au monde, à la chair et à toutes les mauvaises pensées est de s’occuper de la Parole de Dieu, d’en parler et de la méditer. Le psalmiste dit : « Heureux celui qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel et qui la médite jour et nuit » (Psaume 1, 2). Brûler de l’encens et d’autres parfums est moins efficace contre le diable que de s’occuper de la Loi et de la Parole de Dieu, d’en parler, d’en faire l’éloge et de la méditer. C’est là une vraie eau bénite qui fait fuir Satan. Et même si tu n’avais plus besoin d’étudier le Catéchisme, tu devrais aimer le lire, le réciter et le méditer chaque jour, parce qu’avec cela tu peux chasser le diable et les mauvaises pensées. En effet, le diable ne supporte pas d’entendre la Parole de Dieu. C’est qu’elle n’est pas un bavardage inutile comme les légendes de Thierry de Vérone4. Au contraire, On les appelle encore le « Décalogue », ce qui veut dire les « dix paroles ». Le texte original dit « l’alphabet ». 4 De son nom allemand « Dietrich von Bern », appelé encore Théodore le Grand (454-526). C’était le roi d’un peuple ancien qui a fondé la monarchie en Italie. 2 3
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elle est, comme le dit saint Paul, « une puissance de Dieu » (Romains 1, 16), une puissance de Dieu qui fait mal au diable, mais qui nous fortifie, nous console et nous aide plus qu’on ne peut l’imaginer. Que dire encore ? Si je voulais faire la liste de tous les avantages que procure la Parole de Dieu et de tous les fruits qu’elle porte, je n’aurais pas assez de papier ni assez de temps. On dit que le diable est un sorcier qui a mille tours dans son sac. Que dire alors de la Parole de Dieu qui chasse ce sorcier et détruit toutes ses ruses et sa puissance ? Elle est capable de plus de cent mille tours. Et nous, pasteurs et prédicateurs, nous aurions le culot de la mépriser, alors qu’elle est si puissante et qu’elle produit de si grands effets ? Nous mériterions qu’on nous prive de toute nourriture, qu’on lâche les chiens à nos trousses et qu’on nous chasse en nous jetant du crottin. En effet, nous avons chaque jour autant besoin de la Parole de Dieu que de pain. Chaque jour, nous avons besoin d’elle pour nous défendre contre les tentations et les pièges de Satan qui nous épie sans cesse. Et si tout cela ne suffit pas pour que vous lisiez chaque jour le Catéchisme, il y a aussi l’ordre formel de Dieu : « Tu inculqueras ces commandements à tes enfants et tu en parleras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Tu les lieras comme un signe sur tes mains et ils seront comme des fronteaux entre tes yeux » (Deutéronome 6, 7.8). Ce n’est certainement pas sans raison que Dieu nous a donné cet ordre. Il connaît nos besoins et les dangers qui nous menacent. Il sait que le diable ne cesse pas de nous tenter et de nous agresser avec fureur. Alors il veut nous préparer à cela, nous armer, nous protéger à l’aide d’une bonne armure contre les flèches enflammées de Satan (Éphésiens 6, 11.16). Il veut aussi nous donner un bon remède pour soigner les blessures empoisonnées que le diable nous inflige. Nous sommes de pauvres fous ! Nous vivons et habitons au milieu d’ennemis qui sont aussi puissants que des démons, et nous méprisons les armes qui nous permettraient de nous défendre. Nous les laissons de côté, nous les oublions ! C’est ce que font ces gens gonflés d’orgueil qui se prennent pour des saints. Ils ne veulent pas lire et apprendre chaque jour le Catéchisme, parce qu’ils se croient plus savants que Dieu lui-même avec tous ses saints anges, ses prophètes et ses apôtres et tous les chrétiens du monde. Dieu luimême n’a pas honte de nous apprendre ces choses chaque jour. Il nous montre ainsi qu’il n’a rien de meilleur à nous enseigner. Il répète toujours les mêmes choses, sans rien y ajouter et sans rien y changer. Les vrais saints, eux, savent qu’ils n’ont rien de mieux à faire que d’apprendre ces choses et qu’ils devront toujours le faire. Et nous, avec toute notre fierté, nous nous croyons assez intelligents pour tout savoir après avoir lu le Catéchisme une première fois. Nous croyons que tout est fait, qu’il n’y a plus rien à écouter ni à apprendre ! Nous pensons qu’en une heure nous avons tout compris, alors que Dieu ne cesse d’enseigner ! Il le fait depuis le commencement du monde et le fera jusqu’à la fin des temps. Tous les prophètes et tous les saints ont sans cesse étudié sa Parole. Ils ont été et ils ont dû rester des écoliers pendant toute leur vie. C’est sûr, si quelqu’un connaît à fond les Dix Commandements, il comprend toute l’Écriture. Il peut à tout moment conseiller, aider et consoler. Il sait juger et apprécier les choses, aussi bien dans le domaine spirituel que dans le domaine matériel. Il maîtrise la doctrine, sait juger les esprits et s’y connaît en droit. Tous les problèmes de société et toutes les choses de ce monde sont soumis à son jugement. Le psautier, par exemple, n’est rien d’autre qu’un exposé et une application du premier Commandement. Je sais que ces ventres paresseux et ces esprits orgueilleux ne comprennent pas un seul des psaumes. Comment alors comprendraient-ils toute l’Écriture ? Ces gens méprisent le Catéchisme qu’ils prétendent connaître et qui est un résumé de toute l’Écriture. 3
Alors, une fois de plus, je prie tous les chrétiens, et tout spécialement les pasteurs et les prédicateurs, de ne pas se prendre trop vite pour des docteurs en s’imaginant qu’ils savent tout. Quand on se fait une trop haute idée de soi-même, on est comme une étoffe trop tendue qui va se déchirer. Non, il faut que ces gens s’exercent tous les jours. Ils sont sûrs d’eux-mêmes et leur orgueil les pousse à se prendre pour des maîtres. C’est là un venin dont il faut qu’ils se méfient avec soin. Qu’ils continuent donc de lire, d’enseigner, d’apprendre, de réfléchir et de méditer, jusqu’au jour où leur expérience intime leur procurera la certitude qu’ils ont mis le diable hors de combat et qu’ils sont devenus plus savants que Dieu et tous ses saints. S’ils s’appliquent à cette étude avec tout le zèle qui convient, je peux leur promettre qu’ils en récolteront les fruits. Dieu, en fait, leur fera comprendre que plus ils étudient le Catéchisme, plus ils se rendront compte qu’ils sont des ignorants. Ils sauront alors qu’ils ont besoin d’en apprendre davantage. Le jour où ils ressentiront cette faim et cette soif, ils prendront vraiment goût à l’étude continue du Catéchisme qu’ils méprisent aujourd’hui. Que Dieu leur en accorde la grâce ! Amen.
Préface de Martin Luther (1529) Cette explication destinée aux enfants et aux gens simples a été de tout temps appelée un Catéchisme. Ce mot vient du grec et signifie « instruction ». C’est une instruction pour les enfants, ce qui veut dire que chaque chrétien doit connaître ces choses, si bien que celui qui ne les connaît pas ne peut pas être considéré comme un chrétien. C’est comme un ouvrier qui ne connaît pas les règles et usages de son métier. C’est un incompétent et un incapable. Il faut donc pousser les jeunes à apprendre à fond tous les points du Catéchisme, à l’étudier avec zèle. C’est pour cela qu’un chef de famille doit, au moins une fois par semaine, interroger ses enfants et ses domestiques5. Ainsi il se rendra compte de ce qu’ils savent et apprennent. Et s’ils ne savent pas leur Catéchisme, il faut qu’il les exhorte à l’étudier sérieusement. Je me souviens que dans le temps, tout le monde était dans l’ignorance. Et aujourd’hui encore on rencontre chaque jour des vieillards qui n’ont rien appris de tout cela et qui sont des ignorants. Pourtant ils sont baptisés, ils vont communier et ont part à tous les biens que possèdent les chrétiens ! Ceux qui vont à la Sainte Cène ne devraient-ils pas avoir une plus grande connaissance et une meilleure compréhension de la doctrine chrétienne que les enfants et les écoliers ? Pour les gens les plus simples, nous nous contenterons de leur demander d’apprendre les trois points essentiels qu’on a toujours connus dans la chrétienté, même s’ils étaient rarement enseignés. Je veux dire les Dix Commandements, le Symbole des Apôtres et le Notre Père. Il faut que ces points soient appris à fond, aussi bien par les jeunes que par les vieux. Tous ceux qui se disent chrétiens et qui veulent être des chrétiens doivent les connaître. Il s’agit des points suivants :
PREMIER POINT Les Dix Commandements de Dieu 1. Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Les domestiques sont les serviteurs et servantes qui, à l’époque de la Réforme, travaillaient chez les gens aisés. 5
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2. Tu ne prendras pas le nom de Dieu en vain. 3. Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier. 4. Honore ton père et ta mère. 5. Tu ne tueras pas. 6. Tu ne commettras pas d’adultère. 7. Tu ne voleras pas. 8. Tu ne diras pas de faux témoignage contre ton prochain. 9. Tu ne convoiteras6 pas la maison de ton prochain. 10. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bétail, ni aucune chose qui appartient à ton prochain.
DEUXIÈME POINT Les Articles Fondamentaux de notre Foi Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre. Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit et qui est né de la Vierge Marie. Il a souffert sous Ponce Pilate; il a été crucifié; il est mort; il a été enseveli; il est descendu aux enfers. Le troisième jour, il est ressuscité des morts; il est monté au ciel; il s'est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant, et il viendra de là pour juger les vivants et les morts. Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église chrétienne7, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle. Amen.
TROISIÈME POINT Le Notre Père ou la Prière que le Christ a Enseignée Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié. Que ton règne vienne. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal.
Ce sont là les points les plus importants qu’il faut apprendre avant les autres. Il faut les savoir par cœur, habituer les enfants à les réciter chaque jour, quand ils se lèvent le matin, quand ils se mettent à table et le soir, avant de s’endormir. Il ne faut pas leur donner à boire et à manger aussi longtemps qu’ils ne les ont pas récités. Chaque chef de famille doit aussi exiger de son personnel, de ses serviteurs et de ses servantes, qu’ils les apprennent. Il ne doit pas les garder à son service s’ils ne les connaissent pas ou ne veulent pas les apprendre. On ne peut en aucun cas accepter « Convoiter » veut dire désirer quelque chose qui ne vous appartient pas. Dès le XV° siècle, on traduisait le latin « ecclesia catholica » par «Église chrétienne ». « Catholica » en latin signifie « universelle ». Mais sous la papauté, le mot avait fini par désigner l’Église Catholique Romaine. C’est la raison pour laquelle les protestants évitent généralement de l’utiliser. 6 7
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qu’un homme soit grossier et sauvage au point de ne pas apprendre cela, car tout l’enseignement de l’Écriture est résumé dans ces trois points en quelques mots et d’une manière simple. Les Pères de l’Église, les apôtres et d’autres ont résumé de cette façon la doctrine, la vie et tout ce qui fait la sagesse et la connaissance des chrétiens. C’est le sujet de leurs conversations et c’est de ces choses qu’ils s’occupent. Quand on a bien compris ces trois points, il faut aussi pouvoir dire quelque chose au sujet du Baptême et du corps et du sang du Christ, les sacrements qu’il a lui-même institués, comme le rapportent St. Matthieu et St. Marc à la fin de leurs évangiles. Il a institué ces sacrements au moment de quitter ses disciples, quand il les a chargés d’aller prêcher son Évangile.
Le Baptême « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du SaintEsprit » (Matthieu 28, 19 ; Marc 16, 16). Ces paroles au sujet du Baptême suffisent pour les gens simples. Et pour l’autre sacrement, il leur suffira de connaître les paroles brèves et simples de St. Paul.
Le Sacrement (de l’Autel)8 « Notre Seigneur Jésus-Christ, dans la nuit où il fut trahi, prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit et dit : Ceci est mon corps qui est rompu pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il prit la coupe et dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez » (1 Corinthiens 11, 23-25). Toute la doctrine chrétienne est résumée en ces cinq points qu’il faut enseigner sans cesse, pour que les gens les apprennent et sachent les réciter par cœur. Il ne faut pas croire que la prédication suffit pour que les jeunes apprennent cela et le retiennent. Quand quelqu’un connaîtra bien ces points, il pourra ajouter quelques psaumes ou des cantiques qui s’y rapportent 9. Ce seront des suppléments destinés à le fortifier. Ainsi, les jeunes seront amenés à lire et étudier l’Écriture, et ils pourront progresser chaque jour. Mais il ne suffit pas que les jeunes connaissent par cœur le Catéchisme et qu’ils sachent le réciter. Il faut aussi qu’ils écoutent les sermons, surtout pendant le temps où on prêche sur le Catéchisme. Il faut qu’ils entendent ces explications pour bien comprendre le sens de chaque point du Catéchisme. Les enfants doivent pouvoir répéter ce qu’ils ont entendu et répondre correctement quand on les interroge, pour que la prédication ne soit pas inutile et sans fruits. C’est pour cela que nous prêchons souvent sur le Catéchisme. Non pas de façon savante et difficile à comprendre, mais en peu de mots et avec beaucoup de simplicité. Ainsi, les enfants nous comprennent facilement et retiennent ce qu’ils ont entendu. Voilà pourquoi nous allons maintenant prendre un point après l’autre et le développer autant qu’il le faudra et le plus clairement possible.
Parfois la Sainte Cène est appelée « le Sacrement de l’autel » ou tout simplement « le Sacrement ». Martin Luther, par exemple, avait composé des cantiques sur les Dix Commandements, le Credo et le Notre Père. 8 9
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PREMIÈRE PARTIE - LES DIX COMMANDEMENTS
LE PREMIER COMMANDEMENT Tu n’auras pas d’autres dieux
Cela veut dire : Je serai ton seul Dieu. Qu’est-ce que cela signifie et comment faut-il le comprendre ? Que veut dire avoir un Dieu ? Et qu’est-ce qu’un Dieu ? Réponse : « Dieu » est celui qui est tellement bon et puissant qu’on peut tout espérer de lui et chez qui on peut se réfugier dans tous les malheurs et les dangers. Avoir un Dieu, c’est donc tout simplement croire en lui de tout son cœur et mettre en lui toute sa confiance. Comme je l’ai souvent dit, c’est la confiance et la foi du cœur qui font que j’ai un Dieu ou que j’adore une idole. Si ta foi et ta confiance sont vraies, ton Dieu sera aussi le vrai Dieu. Si, au contraire, tu n’as pas de vraie confiance, tu n’as pas non plus de vrai Dieu. En effet, la foi et Dieu sont inséparables. Ton Dieu, c’est ce à quoi tu attaches ton cœur pour lui faire entièrement confiance. C’est là le sens de ce Commandement : il exige la vraie foi du cœur, la confiance qui se tourne vers le seul vrai Dieu et s’attache à lui seul. C’est comme si Dieu nous disait : « Aie confiance, permets-moi d’être ton seul Dieu et n’en cherche pas d’autre. Tout ce dont tu as besoin, viens le chercher auprès de moi et compte sur moi. Si tu souffres, si le malheur te frappe, si tu es en danger, viens chez moi et reste auprès de moi. Je veux te donner tout ce qu’il te faut, te secourir et te délivrer. N’attache ton cœur à aucun autre dieu et accorde à moi seul toute ta confiance. Il faut que je donne encore quelques explications, pour que ce soit bien compris. Je vais donner quelques exemples tirés de la vie de tous les jours, qui montrent comment on désobéit à ce Commandement. Observez par exemple cet homme qui croit n’avoir besoin de rien, même pas de Dieu, car il a tout en abondance. Il en jouit avec tant de confiance, d’assurance et de fierté qu’il méprise tout le monde. Cet homme a aussi un dieu, mais son dieu s’appelle Mammon. Ce sont l’argent et les richesses. Il donne à ce dieu tout son cœur. Mammon est, en effet, l’idole la plus vénérée des hommes. Le riche se sent en sécurité, il est joyeux et n’a peur de rien, comme s’il était déjà au paradis. Le pauvre, lui, est hésitant et découragé, comme s’il n’avait pas de dieu. Il n’y a pas beaucoup de gens qui soient de bonne humeur, qui ne s’affligent pas et ne se plaignent pas s’ils n’ont pas de Mammon. L’homme s’attache aux biens de ce monde jusque dans la tombe. Autre exemple : Tous ceux qui sont fiers de leur savoir, de leur sagesse, de leur puissance, de leur influence et du respect qu’on leur montre ont aussi un dieu, mais ce n’est pas le seul vrai Dieu. On peut constater combien les gens sont sûrs d’eux et fiers quand ils possèdent ces choses, et combien ils sont tristes quand ils en sont privés ou qu’ils les ont perdues. Alors nous avons bien raison de dire qu’avoir un dieu, c’est avoir quelque chose en quoi on se confie entièrement. Vois un peu ce que nous faisons dans le temps, dans notre aveuglement, quand nous étions encore sous la papauté. Quand quelqu’un avait mal aux dents, il jeûnait et appelait Ste. Apollonie au secours. S’il avait peur que sa maison ne brûle, il la mettait sous la protection de St. Laurent. S’il craignait la peste, il s’adressait à St. Sébastien ou St. Roch. Il y avait beaucoup d’abominations de ce genre, car chacun choisissait son saint, l’adorait, l’invoquait et courait chez lui quand il y
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avait un danger. D’autres, des magiciens et des sorciers, allaient jusqu’à conclure un pacte avec le diable, pour qu’il leur procure de l’argent, qu’il leur donne de la chance en amour, qu’il protège leur bétail et leur rende un bien qu’ils avaient perdu. Ceux qui font cela mettent leur cœur et leur confiance ailleurs que dans le vrai Dieu. Ils n’attendent de lui aucun bien et ne lui demandent rien. Il est facile de comprendre ce que prescrit ce Commandement. Ce que Dieu veut, c’est le cœur tout entier de l’homme. Il veut que nous mettions en lui seul toute notre confiance et que nous n’ayons recours qu’à lui. Il est clair qu’ « avoir Dieu », ce n’est pas pouvoir le toucher, le saisir de ses mains, le mettre dans un sac ou l’enfermer dans une armoire. On a Dieu quand on le saisit et qu’on s’attache à lui avec son cœur. Et ça, c’est se confier entièrement en lui. Dieu veut nous détourner de tout ce qui n’est pas lui et nous attirer à lui, car il est le seul bien éternel. C’est comme s’il disait : « Ce que tu as cherché jusqu’à aujourd’hui auprès des saints, c’est chez moi que tu le trouves. La confiance que tu avais en Mammon ou en une autre idole, mets-la entièrement en moi. En effet, c’est moi qui veux t’aider et te combler de tous les biens. » Tu vois maintenant comment il faut honorer Dieu et quel est le genre de culte qui lui plaît, le culte qu’il t’ordonne de lui adresser, en te menaçant de sa colère éternelle si tu ne le fais pas. Notre cœur ne doit se réfugier qu’auprès de lui et doit mettre en lui seul une confiance inébranlable, une confiance qui nous aide à affronter tous les dangers. Tu comprendras aussi facilement que le culte pratiqué par le monde est un faux culte. C’est de la pure idolâtrie. Tous les peuples, aussi sauvages soient-ils, ont inventé et pratiquent un culte quelconque. Chacun s’est choisi un dieu dont il attend toutes sortes de bienfaits. C’est sur le secours et la protection de ce dieu qu’il compte. Prenez l’exemple des païens : Il y en avait qui mettaient leur confiance dans la puissance et la domination et qui faisaient de Jupiter le dieu suprême. Tandis que ceux qui recherchaient la richesse, le bonheur et les plaisirs, préféraient Hercule, Mercure, Vénus ou d’autres dieux. Les femmes enceintes apportaient des sacrifices à Diane ou à Lucine, et ainsi de suite. Chacun se choisissait pour dieu celui auquel il tenait le plus. Si bien que pour les païens aussi, avoir un dieu c’était mettre sa confiance en quelqu’un et croire en lui. Mais leur confiance était fausse et mal placée, car ils ne la mettaient pas dans le Dieu unique en dehors duquel il n’y a pas de Dieu, ni dans le ciel ni sur la terre. Les dieux des païens étaient de faux dieux, des dieux qu’ils se fabriquaient dans leur imagination et leurs rêveries. Ils mettaient donc leur confiance dans le néant, dans quelque chose qui n’existe pas. Et ça c’est vrai pour toutes les formes d’idolâtrie. L’idolâtrie, en effet, ce ne sont pas seulement des statues ou des images qu’on fabrique pour les adorer, mais elle est avant tout dans le cœur, quand on cherche aide et secours auprès des créatures, des saints ou des démons, c’est-à-dire ailleurs qu’en Dieu qu’on néglige. Un idolâtre est quelqu’un qui ne compte pas sur la bonté de Dieu, qui n’attend de lui ni bienfaits ni secours et qui ne croit pas que toutes les bonnes choses qui font son bonheur viennent de lui. Il faut que je parle encore d’une autre forme de faux culte. Il s’agit de l’idolâtrie suprême que nous avons nous aussi pratiquée dans le temps, qui règne encore dans le monde, et qui est aussi le fondement de tous les ordres religieux. Le siège de cette idolâtrie est la conscience de l’homme qui cherche secours, consolation et salut dans ses propres œuvres. C’est quand on croit pouvoir forcer Dieu à ouvrir la porte du ciel parce qu’on a financé beaucoup de fondations pieuses, qu’on a beaucoup jeûné et dit beaucoup de messes, etc. C’est quand on se fie à ses œuvres et son orgueil, qu’on ne veut recevoir de Dieu aucun cadeau, mais tout gagner, tout mériter avec abondance par soi-même. Comme si Dieu était à notre service, comme s’il avait des dettes qu’il devrait nous rembourser et que nous aurions des droits sur lui. Quand on agit comme cela, on fait
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de Dieu une idole et on se prend soi-même pour Dieu. Mais ce que je dis là est trop difficile à comprendre pour de jeunes écoliers. Ce que je dis, je le dis aux simples, pour qu’ils comprennent bien et qu’ils retiennent le sens de ce Commandement. C’est en Dieu seul que nous devons nous confier. C’est sur lui que nous devons compter, c’est de lui que nous devons attendre tous les biens. En effet, c’est lui qui nous donne le corps et la vie, de quoi manger et boire, la santé et la paix. C’est lui qui nous protège, qui nous offre tout ce dont nous avons besoin, les biens matériels et les biens éternels. De plus, il nous préserve du malheur et quand nous sommes en danger, il vient à notre aide et nous secourt. Comme je l’ai dit souvent, c’est de Dieu seul que nous recevons tous les biens. Lui seul nous délivre de tous les maux. Je pense que c’est pour cela que les Allemands l’ont depuis les temps anciens appelé « Gott », ce qui vient de « gut »10. Aucune autre langue n’a pu trouver un nom qui convienne aussi bien à Dieu et qui signifie que Dieu est une source éternelle qui déborde de bonté et d’où jaillit tout ce qui est bon. Il est vrai que les hommes nous procurent aussi de nombreux bienfaits, mais c’est de Dieu que finalement nous recevons tout, car c’est lui qui programme et ordonne toutes choses. Il a donné à nos parents et à nos supérieurs l’ordre de nous faire du bien, ce que chacun doit faire pour son prochain. Cela signifie que ce que nous recevons, nous le recevons non pas d’eux, mais de lui. Les créatures sont ainsi les mains, les moyens par lesquels Dieu nous accorde toutes choses. C’est lui qui donne à une mère des mamelles et du lait pour nourrir son bébé. C’est lui qui fait pousser le blé et toutes les plantes qui nourrissent les hommes. Ce sont des biens qu’aucune créature ne peut produire d’elle-même. Personne ne peut donc prétendre qu’il reçoit ou donne quelque chose sans que Dieu en ait décidé ainsi. Alors nous devons tous reconnaître ses bienfaits et l’en remercier, comme l’exige ce Commandement. Nous n’avons pas à rejeter les biens que d’autres créatures nous offrent, et nous ne devons pas non plus, par orgueil, rechercher d’autres biens que ceux que Dieu veut nous accorder. Dans ce cas, en effet, notre bienfaiteur ne serait plus Dieu, mais nous-mêmes. Voilà toute l’étendue et la portée de ce Commandement. Il faut donc que chacun le médite avec soin. Interroge et sonde ton cœur, tu verras alors s’il est ou non attaché à Dieu seul. Si ton cœur n’attend de Dieu que du bien, surtout quand tu souffres et que tu es dans le malheur, et si tu es prêt à renoncer à tout ce qui ne vient pas de lui, alors ton Dieu est bien le seul vrai Dieu. Mais si ton cœur s’attache à autre chose, si tu vas chercher des bienfaits ailleurs que chez Dieu et si, dans le malheur, tu ne te réfugies pas en lui, mais que tu fuis loin de lui, alors tu as un autre dieu, un faux dieu. Dieu veut qu’on prenne ce Commandement au sérieux et non pas à la légère. Pour qu’on s’en rende bien compte, il a ajouté une terrible menace, puis une belle et rassurante promesse. Il faut aussi prêcher sur cela et y insister, pour que les jeunes y fassent attention et qu’ils s’en souviennent.
Explication de la Conclusion du Premier Commandement Je suis le Seigneur, ton Dieu, un Dieu fort et jaloux, qui punis la faute des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais
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« Gut » en allemand veut dire « bon ».
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miséricorde jusqu’à mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes Commandements
Ces paroles se rapportent en réalité à tous les Commandements, comme on le verra plus loin. Mais elles sont placées après le premier Commandement qui vient en tête de tous les autres. C’est comme pour montrer qu’il est surtout important que la tête soit en bon état. En effet, si la tête va bien, la vie tout entière sera comme il faut, et inversement. Ces paroles montrent combien Dieu se fâche contre ceux qui le négligent et se confient en une créature quelconque. Elles montrent aussi combien il est bon et miséricordieux pour ceux qui se confient en lui seul et qui croient en lui de tout leur cœur. Si Dieu nous dit que sa colère dure jusqu’à la quatrième génération, tandis que sa bienveillance et sa bonté s’étendent sur mille générations, c’est pour que nous ne vivions pas dans une fausse sécurité, en négligeant sa volonté, comme le font les gens grossiers qui s’imaginent que la volonté de Dieu est sans importance. Il est un Dieu qui punit ceux qui se détournent de lui et qui fait sentir les effets de sa colère jusqu’à la quatrième génération, jusqu’à ce qu’ils soient anéantis. Il veut qu’on le craigne et pas qu’on le méprise. Dieu nous en donne la preuve par toutes les histoires et tous les récits de l’Écriture. D’ailleurs ce que nous voyons autour de nous chaque jour nous l’apprend aussi. Dès le commencement, il a détruit toute l’idolâtrie et tous les païens qui la pratiquaient, même le peuple juif. Et aujourd’hui encore il détruit tous les faux cultes, si bien que ceux qui continuent de les pratiquer disparaîtront tous un jour. C’est le sort qui attend les insensés, ceux qui sont fiers de leur puissance et de leurs richesses et qui se confient en Mammon et insultent Dieu. Ils ne se soucient pas de savoir s’il est fâché ou satisfait. Ils croient pouvoir tenir tête à sa colère et voici qu’ils disparaissent en un instant, eux et leurs idoles, comme ont disparu les peuples païens de l’Antiquité. Eux aussi se croyaient puissants et se sentaient en sécurité. Ces gens sont têtus. Ils voient que Dieu est patient et les laisse agir à leur guise. Alors ils s’imaginent qu’il ne voit pas leur impiété ou qu’il la tolère. Ils ont le cœur endurci et obligent ainsi le Seigneur à frapper et punir jusqu’aux enfants de leurs enfants. Il faut donc qu’ils sachent qu’il ne peut rien oublier et que ce qu’ils font est grave. Ce sont ces hommes que Dieu vise quand il dit : « ceux qui me haïssent », des hommes qui persistent dans leur orgueil et leur vantardise. On peut leur dire et leur prêcher ce qu’on veut, ils refusent d’écouter. Si on commence à les punir pour qu’ils reconnaissent leurs fautes et qu’ils se corrigent avant que le gros de la punition ne les frappe, ils deviennent fous et insensés et méritent d’autant plus la colère de Dieu. L’exemple de bien des évêques et princes est là pour en témoigner. Mais si les menaces sont terribles, la promesse en est d’autant plus rassurante. Ceux qui mettent leur confiance en Dieu seul ont le droit de savoir qu’il veut faire preuve de bonté à leur égard. Il ne veut leur faire que du bien et les inonder de ses bienfaits, non seulement eux, mais aussi leurs enfants jusqu’en mille générations. Cela doit nous pousser à donner notre cœur à Dieu avec une entière confiance, nous qui désirons posséder tous les biens matériels et éternels. C’est pour cela que la Majesté Suprême veut nous offrir de tels présents, qu’elle nous invite si chaleureusement à les accepter et nous fait de si riches promesses. Mais qu’on y prenne bien garde ! Ces paroles n’ont pas été prononcées par un homme. Elles te placent devant un choix : ou bien la bénédiction éternelle, le bonheur et la joie, ou bien la colère éternelle, le malheur et la souffrance. Ne devrais-tu pas te contenter de savoir que Dieu veut être avec toi avec sa promesse miséricordieuse, t’inonder de ses bienfaits, te protéger et te secourir quand tu es en difficulté ? 10
Malheureusement le monde ne veut pas croire ce que nous disons. Il ne prend pas ces paroles pour la Parole de Dieu, parce qu’il constate que ceux qui se confient en Dieu et non en Mammon ont des peines et des souffrances. Ils sont souvent attaqués par le diable qui les prive de toute richesse, de toute influence et de tout honneur. C’est tout juste s’ils arrivent à survivre. Inversement ceux qui servent Mammon possèdent la puissance, l’influence, les honneurs, la richesse et tous les biens de ce monde. Alors il faut bien retenir ces paroles, car elles s’opposent aux apparences. Il faut savoir qu’elles ne mentent et ne trompent pas, mais qu’elles sont vraies et infaillibles. Fais travailler ta mémoire ou regarde autour de toi et réponds-moi : Qu’est-ce qu’ils ont gagné, tous ceux qui ont passé leur temps et consacré leurs forces à amasser une grande fortune ? Tu verras toi-même qu’ils ont gaspillé leur temps et leurs efforts. Et s’ils ont entassé des trésors, ceux-ci ont été rapidement dilapidés et se sont évanouis. Leur fortune ne leur a jamais procuré la moindre joie et le moindre bonheur et n’est jamais parvenue jusqu’aux héritiers de la troisième génération. Tu en trouveras de nombreux exemples dans toutes les histoires et dans ce que racontent nos vieillards pleins d’expérience. Note bien tout cela et tires-en une leçon. Saül a été un grand roi, l’élu de Dieu et un homme pieux. Mais une fois devenu roi, il s’est détourné de Dieu et a mis sa confiance dans sa couronne et sa puissance. Alors il est tombé et a entraîné dans sa chute tout ce qu’il avait. Aucun de ses enfants ne lui a survécu. David, au contraire, était un homme pauvre et méprisé. Il était chassé de lieu en lieu et persécuté, et sa vie était sans cesse menacée. Il a cependant échappé aux attaques rusées de Saül et il est devenu roi. Ainsi, ces paroles de Dieu demeurent et sont infaillibles, parce qu’il ne peut ni mentir ni tromper. Ne te laisse donc pas séduire par le diable et le monde. Leur séduction se fonde sur des apparences qui durent un certain temps et finissent par s’évanouir. Tâchons donc de bien comprendre le premier Commandement. Il nous montre que Dieu ne tolère pas qu’on soit arrogant et présomptueux et qu’on mette sa confiance en un autre que lui. Il exige de nous par-dessus tout une confiance totale. Il veut que nous cherchions chez lui tous les bienfaits et que nous les utilisions comme il convient pour des cadeaux divins. C’est comme un cordonnier qui se sert de son aiguille et de ses autres outils pour faire son travail et qui les range ensuite. Ou comme un voyageur qui descend dans une auberge pour y passer la nuit et y trouver de quoi manger. Que chacun de nous emploie ses biens selon les besoins du moment, chacun dans l’état où Dieu l’a placé. Qu’aucun bien ne soit notre maître ou notre idole ! Nous avons pris le temps de bien expliquer le premier Commandement, parce que c’est le plus important de tous. Si notre cœur est uni à Dieu et si nous observons ce Commandement, l’observation de tous les autres viendra d’elle-même.
LE DEUXIÈME COMMANDEMENT Tu ne prendras pas le nom de Dieu en vain
Le premier Commandement s’adresse à notre cœur et nous apprend ce qu’est la foi. Le deuxième concerne ce qui sort de notre cœur et nous dit comment notre bouche et notre langue doivent
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servir Dieu. En effet, la première chose qui sort du cœur et qui se manifeste, c’est la parole. J’ai montré plus haut ce que cela veut dire d’avoir un Dieu. Je vais maintenant indiquer le sens de ce deuxième Commandement et des suivants. Tu apprendras ainsi à les comprendre quand tu les réciteras. Si on te demande : « Comment comprends-tu le deuxième Commandement ? Ou qu’est-ce cela veut dire, prendre le nom de Dieu en vain et le profaner11? », tu répondras ainsi : « On profane le nom de Dieu quand on le prononce pour mentir ou qu’on le mêle à quelque chose d’impie, de quelque façon que ce soit. » Ce Commandement nous défend de prendre Dieu à témoin, quand nous savons ou devrions savoir que ce que nous allons dire n’est pas vrai. C’est ce que font ceux qui jurent devant les tribunaux, alors que l’une des deux parties ment et trompe l’autre. C’est la plus grave insulte qu’on puisse faire au nom de Dieu que de le prendre sur les lèvres pour mentir et tromper. C’est là le sens clair et simple de ce Commandement. Ainsi chacun pourra estimer combien de fois et de quelle façon il a profané le nom de Dieu, bien qu’il ne soit pas possible d’en faire la liste précise. Contentons-nous de dire que le nom de Dieu est profané chaque fois qu’on se querelle pour les choses de ce monde, l’argent, les biens, l’honneur, et que ces disputes ont lieu en public, devant les tribunaux, sur la place du marché ou ailleurs. On profane son nom quand on jure, qu’on fait de faux serments en prenant le nom de Dieu ou bien sa propre âme à témoin pour dire des mensonges. On devient ainsi parjure12. C’est très fréquent quand on échange des promesses de mariage, lorsqu’un jeune homme et une jeune fille, après s’être fiancés en secret, rompent leur serment. Mais c’est surtout dans le domaine spirituel qu’on abuse du nom de Dieu, dans les choses qui concernent la conscience. Par exemple, quand de faux prédicateurs montent en chaire et présentent leur tissu de mensonges comme la Parole de Dieu. Dans tous ces cas on orne quelque chose du nom de Dieu, pour que ce soit beau et que cela paraisse juste, pour faire croire qu’on a raison, que ce soit dans les vulgaires affaires du monde ou bien en matière de foi et de doctrine. Parmi ces menteurs il y a aussi les blasphémateurs. Tout d’abord ceux qui n’ont pas honte de profaner grossièrement le nom de Dieu, devant tout le monde. Ce n’est pas à nous, mais aux juges de les corriger. Mais il y a aussi tous ceux qui rejettent la vérité de Dieu. Ils blasphèment en faisant de la Parole de Dieu une invention du diable. Nous n’en dirons pas plus ici. Il faut bien apprendre ce Commandement et en comprendre tout le sens, pour ne pas profaner le saint nom de Dieu. C’est le plus grand péché qu’on puisse commettre extérieurement. Mentir et tromper est déjà en soi un grave péché, mais il devient encore beaucoup plus grave quand on fait appel au nom de Dieu pour justifier et confirmer son mensonge, si bien que la honte en retombe sur le Seigneur. Au lieu de dire un simple mensonge, on ment doublement. On entasse ainsi mensonge sur mensonge. C’est pourquoi Dieu a ajouté à ce Commandement une sérieuse menace quand il dit : « Le Seigneur ne tiendra pas pour innocent celui qui aura pris son nom en vain. » Cela signifie qu’il punit une telle profanation. Il ne veut pas qu’on détourne son cœur de lui. Il tolère encore bien moins qu’on se serve de son nom pour embellir un mensonge. Malheureusement, beaucoup de
Profaner veut dire faire souiller, salir. Un parjure est quelqu’un qui ment, alors qu’il a juré de dire la vérité. Ou quelqu’un qui rompt le vœu qu’il a fait. 11 12
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gens abusent du nom de Dieu pour mentir et faire le mal. Ils sont plus nombreux que ceux qui se confient en lui de tout leur cœur. Nous avons tous par nature cette belle « vertu » qui consiste à cacher une mauvaise action ou à la parer pour que personne ne la voie et ne s’en rende compte. Personne n’est corrompu au point qu’il ira se vanter de faire le mal. On le fait en cachette, pour que personne ne le voie. Et si quelqu’un est surpris en train de faire une mauvaise action, il invoque le nom de Dieu, comme si le rôle de Dieu était de blanchir ce qui est noir et de transformer le mal en bien. C’est ainsi que les choses se passent normalement dans le monde. La ruse s’est répandue partout comme un déluge. C’est pourquoi nous récoltons ce que nous méritons, la peste, la guerre, la famine, les incendies, les inondations, des querelles conjugales, des enfants et des serviteurs désobéissants, et toute sorte de désordres. Sinon, d’où viendraient toutes ces misères ? Nous avons de la chance que la terre veuille encore nous porter et nous nourrir. C’est là une grande grâce que Dieu nous fait. Ce sont surtout les jeunes qu’il faut habituer à observer ce deuxième Commandement tout autant que le premier. Si vos enfants les transgressent, soyez tout de suite là pour les punir. Mettez-leur sans cesse ce Commandement sous les yeux et faites-le pénétrer en eux. Elevez-les non seulement en les punissant, mais en leur apprenant aussi à craindre Dieu et sa colère. Résumons-nous : Prendre le nom de Dieu en vain, c’est s’en servir pour mentir. C’est le prendre sur les lèvres pour dire quelque chose qui n’est pas vrai, ou bien pour maudire, pour jurer ou pour jeter des sorts. En un mot, pour faire le mal, de quelque façon que ce soit. Il faut savoir aussi ce que cela veut dire de bien se servir du nom de Dieu. Le Seigneur nous dit : « Tu ne prendras pas le nom de Dieu en vain. » Cela veut dire qu’il faut aussi faire un bon usage de son nom. Il nous l’a en effet révélé et donné pour que nous nous en servions correctement. Il nous interdit de le prononcer pour mentir ou faire le mal. Mais il nous ordonne aussi de faire le bien et défendre la vérité. Il faut, par exemple, prêter serment quand c’est nécessaire et qu’on nous le demande. Il faut aussi invoquer son nom pour enseigner la vérité ou implorer son secours dans le malheur, ou bien pour lui rendre grâces dans le bonheur, etc. Tout cela est résumé dans cette phrase du psaume : « Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai et tu me glorifieras » (Psaume 50, 15). Dans tous les exemples que nous venons de donner, nous utilisons le nom de Dieu d’une façon qui est bonne et sainte. C’est ainsi qu’il est sanctifié, comme nous le demandons quand nous prions le Notre Père13. Ce que nous venons d’expliquer au sujet de ce Commandement nous aide aussi à répondre à une question qui a gêné bien des docteurs : Pourquoi l’Évangile nous interdit-il de jurer, alors que le Christ, St. Paul et d’autres saints ont souvent juré ? Voici la réponse : Il est défendu de jurer pour faire le mal, c’est-à-dire pour mentir, et quand ce n’est ni nécessaire ni utile. Mais quand il est question de défendre une bonne cause et de rendre service à notre prochain, il est permis de jurer. Jurer est une chose excellente quand il s’agit de rendre gloire à Dieu, de confirmer la vérité et le droit, de repousser des mensonges, de rétablir la bonne entente entre les gens et d’apaiser les querelles. Dieu intervient alors lui-même et sépare la justice et l’injustice, le bien et le mal. Si l’une des parties fait un faux serment, le jugement qu’elle mérite est clair. Elle n’échappera pas au châtiment, même s’il se fait attendre. Rien ne réussit à ceux qui prêtent de faux serments. Tous les avantages qu’ils croient en tirer s’évanouissent entre leurs mains. Ils ne pourront jamais en Luther emploie généralement, quand il parle du Notre Père, l’expression « Oraison Dominicale », qui signifie « prière du Seigneur ». Nous utiliserons le terme « Notre Père », plus simple à comprendre et plus couramment employé de nos jours. 13
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jouir joyeusement. Je sais cela par expérience. J’ai vu des gens qui, après avoir violé le serment qu’ils avaient fait le jour de leur mariage, n’ont plus jamais connu le bonheur. Les maladies et les tourments de l’âme ont gâché le restant de leur vie. Ils ont perdu tous leurs biens et péri misérablement. Alors je le dis et le répète encore une fois : il faut, à l’aide d’avertissements, de menaces et de punitions, habituer de bonne heure les enfants à détester le mensonge et surtout à ne pas y mêler le nom de Dieu. Si on les laisse jurer sans rien faire, il n’en sortira rien de bon. Voilà pourquoi nous voyons que le monde est aujourd’hui plus mauvais que jamais. Il n’y a plus ni ordre, ni obéissance, ni fidélité, ni foi. Rien que des gens effrontés qui ne craignent ni la loi ni le châtiment. Tout ceci est l’effet de la colère de Dieu. C’est ainsi qu’il punit ceux qui méprisent le deuxième Commandement. On doit, d’autre part, habituer les enfants à honorer le nom de Dieu et à l’invoquer en toute circonstance. La vraie façon de faire cela est de se confier en lui et de lui adresser ses prières. Il faut d’abord, comme nous l’avons dit plus haut, rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû. On fait cela avec son cœur, par la foi. Puis avec la bouche, quand on confesse sa foi. C’est là une excellente habitude. Elle est très utile et efficace contre le diable qui rôde toujours autour de nous. Toutes les occasions lui sont bonnes pour nous faire tomber dans le péché et la honte, dans le malheur et la misère. Mais il est obligé de prendre la fuite là où le nom de Dieu est invoqué du fond du cœur. Il nous arriverait des malheurs épouvantables si Dieu ne nous protégeait pas quand nous invoquons son nom. J’en ai fait moi-même l’expérience. Plus d’une fois j’étais menacé d’un grand danger. Alors j’ai invoqué Dieu, et aussitôt le danger a disparu. Pour faire du tort au diable, il faudrait que nous ayons sans cesse à la bouche le nom de Dieu. Ainsi il ne pourrait nous faire aucun mal. Il est bon de nous habituer à recommander à Dieu notre âme et notre corps, notre femme et nos enfants, nos employés et tout ce que nous possédons. Prenons l’habitude de le prier de nous préserver de tous les dangers. C’est pour cela qu’on a pris et gardé l’habitude de prier à table, le matin et le soir. C’est pour cela aussi qu’on habitue les enfants à faire le signe de la croix quand ils voient ou entendent quelque chose d’étrange et d’effrayant, et à dire : « Seigneur Dieu, protègenous ! Aide-nous, Seigneur Jésus ! » Et quand il nous arrive un bonheur inattendu, si petit soit-il, il faut le remercier et dire : « C’est Dieu qui nous fait ce don. Qu’il soit béni ! » Autrefois, on apprenait aux enfants à honorer St. Nicolas et d’autres saints en jeûnant et en priant. Les prières dont je viens de parler plaisent davantage à Dieu plus que la vie des moines et la sainteté des chartreux14. C’est ainsi qu’il faudrait apprendre aux jeunes, d’une façon très simple et comme en jouant, à vivre dans la crainte de Dieu et pour sa gloire. Le premier et le deuxième Commandements seraient alors constamment observés et mis en pratique. Il en résulterait un grand bien, et nous aurions le bonheur de voir grandir une génération qui rendrait le pays prospère et heureux. Ce serait aussi une bonne manière d’élever convenablement les enfants. Ils prendraient avec plaisir et amour de bonnes habitudes. Ce n’est pas en les fouettant et en les frappant qu’on les rend meilleurs. On pourra faire ce qu’on voudra, si on agit ainsi, ils ne suivront le droit chemin que parce qu’ils ont peur du bâton. Mais avec l’éducation que nous conseillons de leur donner, ils prendront l’habitude de craindre Dieu plus que le bâton ou le fouet.
Les chartreux sont un ordre de moines, à la règle particulièrement sévère. Fondé en France au XII° siècle, il se répandit rapidement à travers toute l’Europe. 14
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Je dis cela avec des mots très simples, pour que les jeunes le comprennent facilement. Quand on prêche à des enfants, il faut parler comme un enfant. Nous avons montré comment on prend le nom de Dieu en vain et comment on l’utilise correctement. Non seulement par la parole, mais aussi par tous les gestes qu’on accomplit dans la vie. Voilà qui plaît à Dieu, et il saura nous récompenser abondamment, comme il ne manquera pas de punir les gens s’ils abusent de son nom.
LE TROISIÈME COMMANDEMENT Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier
Le mot « sabbat » vient de l’hébreu « sabbath » qui signifie se reposer, cesser de travailler. Le jour du sabbat est un jour où on ne travaille pas, un jour de repos. Dans l’Ancien Testament, Dieu avait mis le septième jour à part et ordonné de le considérer comme un jour plus saint que les autres. C’est aux Juifs seulement qu’il avait prescrit l’observance extérieure du sabbat, en leur disant qu’ils devaient cesser tout travail manuel et se reposer. Il faut, en effet, que les hommes et les bêtes puissent se reposer et ne soient pas obligés de travailler sans arrêt. Plus tard, les Juifs ont donné une interprétation trop stricte de ce Commandement et en ont fait une mauvaise règle. Ils sont allés jusqu’à insulter le Christ, lui reprochant de faire, le jour du sabbat, des choses qu’ils faisaient eux-mêmes, comme le raconte l’Évangile. Ils pensaient que pour accomplir ce Commandement, il suffisait de ne faire aucun travail. Mais ce n’est pas ce qui nous est demandé. Ce Commandement nous ordonne, en effet, de faire de faire du jour du repos un jour saint 15, comme nous le verrons plus loin. C’est pourquoi, ce Commandement ne nous concerne pas, nous chrétiens, dans le sens purement extérieur du terme. C’est un précepte purement extérieur comme d’autres préceptes de l’Ancien Testament. C’est quelque chose qui est lié à des coutumes, à des personnes, à une époque et un lieu donnés, dont le Christ nous a délivrés. Pour comprendre le sens chrétien de ce Commandement et expliquer de façon simple ce que Dieu exige de nous, nous ferons les remarques suivantes. Ce n’est pas à cause des chrétiens instruits et érudits que nous avons des jours fériés. Ces gens n’en ont pas besoin. Mais c’est tout d’abord à cause de nos besoins corporels qu’il faut satisfaire, des besoins que connaissent surtout les gens du peuple, les travailleurs manuels, les serviteurs et les servantes qui travaillent toute la semaine. Il faut qu’ils aient, eux aussi, un jour de repos pour reprendre des forces. Mais le jour du repos nous est donné surtout pour que nous fassions, ce jour-là, ce que nous ne pouvons pas faire les jours ordinaires. Dieu veut que nous utilisions ce temps de repos pour aller au culte, pour nous réunir autour de sa Parole et la méditer, pour le louer, chanter et prier ensemble. Ce culte ne doit pas nécessairement, comme chez les Juifs, se faire à un moment donné. Il n’est pas indispensable de le célébrer un jour fixe. En effet, aucun jour n’est en lui-même meilleur que 15
C’est ce que veut dire le verbe « sanctifier », quand la Bible nous demande de sanctifier le jour du repos.
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les autres. Pour bien faire, il faudrait célébrer un culte chaque jour, mais comme la plupart des gens n’auraient pas le temps d’y assister, il faut bien choisir pour cela au moins un jour par semaine. Et comme de tout temps le dimanche était consacré au culte, il faut maintenir cet usage, pour que l’ordre et la paix règnent et que personne ne cause de désordre en changeant inutilement les choses. Voici donc ce que ce Commandement signifie en toute simplicité : Puisque nous avons des jours fériés, il faut les employer à étudier la Parole de Dieu. Il faut donc que le jour de repos soit consacré à la prédication, à cause de la jeunesse et des gens du peuple. Quant au repos, il ne faut pas interpréter la chose trop strictement, comme s’il était interdit de faire tout travail, y compris un travail indispensable. Alors, si on te demande ce que signifient les mots : « Tu sanctifieras le jour du repos », tu répondras : Sanctifier le jour du repos, c’est le tenir pour saint. Et le tenir pour saint, c’est prononcer de saintes paroles, faire des œuvres saintes, mener une vie sainte. Le jour du repos, en effet, n’a pas besoin d’être rendu saint, puisque Dieu l’a créé saint. Mais il veut qu’il soit saint pour nous. C’est nous qui le rendons saint ou qui le profanons, selon que nous faisons ce jour-là des choses saintes ou pas. Et comment fait-on pour sanctifier le jour du repos ? Ce n’est pas en restant assis derrière son fourneau et en s’abstenant de faire tout travail manuel, en se mettant une couronne de fleurs sur la tête ou en revêtant ses plus beaux habits, mais en méditant la Parole de Dieu. Nous qui sommes chrétiens, nous devrions sanctifier ainsi tous les jours et ne faire que des choses saintes. Nous devrions méditer la Parole de Dieu chaque jour, la porter constamment dans le cœur et en parler sans cesse. Mais, comme nous l’avons dit plus haut, nous ne pouvons pas tous faire cela, faute de temps. Alors il faut bien trouver chaque semaine quelques heures pour instruire les jeunes, et au moins un jour par semaine pour enseigner le peuple tout entier, en lui expliquant les Dix Commandements, le Symbole des Apôtres et le Notre Père. Ainsi notre âme et notre vie seront tout entières soumises à la Parole de Dieu. Peu importe le jour où on fait cela, on en fait ainsi un vrai jour de sabbat. Et inversement, un jour où on ne fait pas cela n’est pas un sabbat chrétien. Ceux qui ne sont pas chrétiens se reposent et se détendent eux aussi, mais ils ne sanctifient pas le jour du repos. C’est vrai aussi des membres du clergé16 qui se tiennent chaque jour dans les églises, chantent à pleine voix, mais qui, au lieu de prêcher la Parole de Dieu et de la mettre en pratique, la contredisent par leur enseignement et leur vie. La Parole de Dieu est la plus sainte parmi les choses saintes. Bien plus, elle est à vrai dire la seule chose sainte que les chrétiens connaissent et possèdent. Même si nous mettions sur un même tas les ossements et les vêtements consacrés de tous les saints, cela ne nous servirait à rien, car ce sont des choses mortes qui ne peuvent sanctifier personne. La Parole de Dieu, au contraire, est le trésor qui sanctifie toutes choses et par lequel les saints eux-mêmes ont été sanctifiés. Quand on l’enseigne, qu’on la prêche, qu’on l’écoute, qu’on la lit et la médite (et cela à n’importe quel moment), la personne, le jour et la chose sont sanctifiés. Pas à cause de l’œuvre extérieure qu’on accomplit, mais en vertu de la Parole qui fait de nous des saints. C’est pourquoi, je dis et je répète que toute notre vie et toutes nos œuvres doivent être conformes à la Parole de Dieu, si nous voulons qu’elles plaisent à Dieu et qu’on puisse les appeler saintes. Lorsque c’est le cas, le troisième Commandement est pleinement accompli.
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Le clergé est l’ensemble des serviteurs de l’Église, évêques, pasteurs, diacres, catéchistes, etc.
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Par contre, toute vie, tout comportement qui s’écarte de la Parole de Dieu est profane à ses yeux, même si c’est beau aux yeux des hommes et qu’on le pare des reliques des saints. C’est le cas pour les ordres religieux imaginés par les hommes. Ils ne connaissent pas la Parole de Dieu et cherchent la sainteté dans leurs œuvres. On remarquera que ce qu’il y a de plus important dans ce Commandement, ce n’est pas le repos, mais la sanctification par laquelle on fait de ce jour un jour saint. Il doit être consacré à des occupations saintes. Le travail et ce que nous avons l’habitude de faire chaque jour ne sont pas, à vrai dire, des choses saintes. Ils ne le deviennent que si l’homme qui les fait est saint. Ce jourlà il importe donc de faire une chose qui sanctifie l’homme lui-même. Pour cela, il faut la Parole de Dieu. C’est pour cela qu’on a construit des églises et fixé des heures, que certaines personnes ont été ordonnées, que tout le service divin a été institué et que le culte public est célébré. La Parole de Dieu est tellement importante qu’aucun jour ne peut être sanctifié sans elle. Aussi, Dieu qui veut que ce Commandement soit strictement observé punira-t-il ceux qui méprisent sa Parole et refusent de l’écouter et de l’apprendre, spécialement aux heures fixées pour cela. Ceux qui transgressent ce Commandement ne sont pas seulement ceux qui abusent grossièrement du jour du repos et qui le profanent en négligeant d’écouter la Parole de Dieu. Qu’ils le fassent par amour du gain ou par légèreté, ou en s’enivrant dans les bistros où ils se vautrent comme des porcs. Ce sont aussi tous ceux qui écoutent la Parole de Dieu comme on écouterait une fable, qui ne vont à l’église que par habitude et en ressortent comme ils y étaient entrés. Quand vient la fin de l’année, ils n’ont pas fait le moindre progrès. C’est encore le cas aujourd’hui. On pensait, dans le temps, que pour célébrer le dimanche, il suffisait d’aller entendre une messe ou la lecture de l’Évangile du jour. Personne ne désirait vraiment connaître la Parole de Dieu et personne ne l’enseignait. Et maintenant que nous la possédons, le même abus continue. On a beau prêcher et exhorter les gens, ils écoutent sans sérieux et sans attention. Il ne suffit pas d’entendre la Parole. Il faut encore l’apprendre et la retenir. Et il ne faut pas croire que cela dépend de notre bonne volonté et que c’est sans grande importance. C’est le Commandement de Dieu qui nous demandera compte de la manière dont nous aurons écouté, étudié et respecté sa Parole. Il faut aussi blâmer ceux qui, après avoir entendu un ou deux sermons, s’en lassent, sont repus et se croient assez instruits pour n’avoir plus besoin qu’on les enseigne. Ce péché, qui jusqu’à présent a été mis au nombre des péchés mortels17, est appelé en grec « akèdia », c’est-à-dire négligence ou satiété. C’est un mal odieux et pernicieux, une ruse par laquelle le diable ensorcelle beaucoup d’âmes, pour nous surprendre et nous ravir la Parole de Dieu. Qu’on le sache donc, même si nous avons une connaissance parfaite de l’Écriture et de toutes choses, nous restons chaque jour sous l’emprise du diable. Il nous épie jour et nuit pour semer dans notre cœur l’incrédulité et de mauvaises pesées, contraires à tous les Commandements de Dieu. C’est pour cela qu’il faut toujours avoir la Parole de Dieu dans le cœur et à la bouche et y prêter l’oreille. Lorsque le cœur est oisif et que la Parole ne se fait pas entendre, le diable surgit et, avant même qu’on s’en aperçoive, le mal est fait. Par contre, si nous méditons sérieusement la Parole de Dieu, si nous l’écoutons et la mettons en pratique, elle ne restera pas sans fruits. Elle réveillera notre intelligence, nous prendrons plaisir à la méditer et elle purifiera notre cœur et nos L’Église catholique avait l’habitude d’appeler « péchés mortels » sept péchés particulièrement graves qui privent l’homme de la grâce et par lesquels il mérite la damnation éternelle. Ce sont l’orgueil, la convoitise, la cupidité, la colère, la gloutonnerie, l’envie et la paresse. 17
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pensées. En effet, ce ne sont pas des paroles stériles et mortes que Dieu prononce, mais des paroles actives et vivantes. Et même si la Parole avait pour seul effet de faire fuir le diable, ce serait une raison suffisante pour que chacun d’entre nous observe ce Commandement dont l’accomplissement est plus agréable à Dieu que toutes les œuvres des hypocrites, si brillantes soient-elles !
LE QUATRIÈME COMMANDEMENT Nous avons étudié jusqu’à présent les trois premiers Commandements dans lesquels il est question de Dieu. Nous avons vu premièrement que nous devons nous confier en lui de tout notre cœur, le craindre et l’aimer toute notre vie. Nous avons vu ensuite que nous ne devons pas souiller son saint nom en nous servant de lui pour mentir ou pour faire le mal. Par contre, nous devons le prononcer pour louer Dieu et faire du bien à notre prochain, en pensant à son salut et au nôtre. Troisièmement, nous avons vu que nous devons consacrer le jour du repos à la méditation et à la prédication de la Parole de Dieu, pour que tous nos actes et notre vie tout entière y soient conformes. Nous allons voir maintenant les sept autres Commandements qui concernent notre prochain. Voici le premier et le plus grand :
Honore ton père et ta mère
Dieu fait un éloge tout particulier des pères et des mères et les élève ainsi au-dessus de toutes les autres personnes dans ce monde. Il nous ordonne d’aimer nos parents, mais aussi de les honorer, tandis qu’il nous demande simplement d’aimer nos frères, nos sœurs et notre prochain en général. Il met donc père et mère à part et les distingue de toutes les autres personnes qui sont sur la terre. Il les met en quelque sorte au même rang que lui. Respecter, c’est beaucoup plus qu’aimer. C’est aimer avec respect, avec humilité, en honorant la majesté qui est pour ainsi dire cachée dans la paternité. Dieu nous demande non seulement de parler à nos parents de façon polie et respectueuse. Il veut aussi que nous montrions par notre attitude et notre conduite qu’ils sont pour nous, après lui, la plus haute autorité qui soit. En effet, honorer quelqu’un veut dire qu’on le considère comme vraiment grand. Il faut donc habituer les enfants à voir dans leurs parents les représentants de Dieu. Même s’ils sont faibles, pauvres, infirmes et parfois mal lunés, ils sont les parents que Dieu leur a donnés. Leur conduite ou leurs défauts ne doivent pas les priver de l’honneur qui leur est dû. Il ne faut donc pas regarder à leur personne, mais à la volonté que Dieu exprime dans ce Commandement. Devant lui, nous sommes tous égaux. Mais il est nécessaire qu’il y ait entre nous des inégalités et des différences de rang que Dieu nous commande d’observer. En tant que ton père je suis audessus de toi. Aussi Dieu veut-il que tu m’obéisses. Il faut donc que tu apprennes quel est l’honneur que tu dois à tes parents. Les honorer, c’est les regarder comme ton trésor le plus précieux sur la terre. C’est leur parler avec respect, sans effronterie, sans leur tenir tête ou se mettre en colère. C’est leur céder et se taire, même s’il leur arrive d’être trop exigeants. Il faut aussi leur montrer du respect par nos actes, les servir, les aider
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et prendre soin d’eux quand ils sont vieux, malades, infirmes ou pauvres. Il faut faire cela de bon cœur, mais aussi avec humilité et respect, comme si on le faisait pour Dieu. Celui qui honore sincèrement ses parents ne les laissera pas souffrir de faim. Il leur viendra en aide et partagera avec eux tout ce qu’il possède. Il faut constater aussi que ce devoir des enfants, si beau et sacré, est malheureusement méprisé et négligé de nos jours. On ne sait plus que c’est Dieu qui parle dans ce Commandement et que sa Parole est sainte et divine. Si on était conscient de cela, on pourrait en conclure que ceux qui observent ce Commandement sont eux aussi des saints. On n’aurait pas pensé à instituer la vie monastique et les ordres religieux. Chaque enfant se serait appliqué à observer ce Commandement et aurait pu dire avec une bonne conscience devant Dieu : « En ce qui concerne les bonnes œuvres, je n’en connais pas de meilleure que d’honorer mes parents et de leur obéir, car Dieu lui-même l’a commandé. Et ce que Dieu ordonne vaut plus que tout ce que nous pourrions imaginer. Il n’y a pas de plus grand et de meilleur maître que Dieu. Il n’y a donc pas non plus de meilleur enseignement que le sien. Il enseigne ce que nous devons faire, si nous voulons pratiquer des œuvres vraiment bonnes. En nous les prescrivant, il atteste qu’elles lui sont agréables. Et si c’est Dieu qui les prescrit et qu’il n’y a rien de meilleur que cela, je ne peux pas faire mieux que de m’y soumettre. » En inculquant cela aux enfants, on leur aurait appris des choses salutaires. Ils auraient pris l’habitude d’obéir à leurs parents et de les servir. Ils auraient aussi répandu autour d’eux du bonheur et de la joie. Mais au lieu de bien enseigner ce Commandement de Dieu, on l’a laissé de côté. Ou bien on en a parlé de façon superficielle, si bien que les enfants n’y ont pas fait attention et n’avaient aucune envie de s’y conformer et de remercier Dieu de nous l’avoir donné. C’est pourquoi, pour l’amour de Dieu, apprenons avant tout aux enfants à observer ce Commandement. Les meilleures œuvres qu’ils puissent accomplir pour servir Dieu, c’est de faire ce qui plaît à leurs parents ou à ceux qui sont chargés de les remplacer. L’enfant qui sait cela et qui le met en pratique a la joie de pouvoir dire avec une entière assurance, même si beaucoup de gens autour de lui n’en font qu’à leur tête : « Je sais que ce que je fais plaît à mon Dieu. » Qu ’ils viennent donc, tous ceux qui se vantent d’accomplir des choses nobles, difficiles et pénibles. Voyons s’ils peuvent en montrer une seule qui soit plus grande et plus noble que l’obéissance à son père et à sa mère. Dieu, en effet, a placé l’obéissance aux parents immédiatement après celle qu’on lui doit à lui-même. Selon la Parole et la volonté du Seigneur, il n’y a rien de plus grand que la parole et la volonté des parents, à condition que leur volonté soit soumise à la sienne et ne s’élève pas contre les premiers Commandements. Soyons heureux et remercions le Seigneur ! Il nous a choisis et rendus dignes d’accomplir une œuvre particulièrement précieuse et agréable à ses yeux. Bien qu’elle soit méprisée et considérée comme trois fois rien, regardons-la comme quelque chose de noble et de précieux. Non pas à cause de notre mérite, mais parce que c’est la Parole et le Commandement de Dieu et qu’il n’y a rien de plus précieux ni de plus sacré que cela. Ils seraient bien contents, tous les chartreux et autres moines et nonnes, de pouvoir présenter à Dieu, dans toute leur vie monastique, un seule œuvre qui soit à ce point conforme à sa volonté. Alors ils pourraient lui dire : « Je sais que ce que je fais là t’est agréable. » Pauvres gens ! Ils seront couverts de honte et rougiront devant Dieu et le monde entier, quand ils se compareront à un jeune enfant qui observe ce Commandement et qu’ils devront avouer qu’avec toutes les privations qu’ils se sont imposées, ils ne sont pas dignes de lui présenter un verre d’eau ! Ils se martyrisent en accomplissant des œuvres qu’ils ont inventées eux-mêmes, sans rien y gagner si ce n’est de déclencher le rire. C’est la punition qu’ils ont méritée avec leur perversion diabolique, en foulant aux pieds le Commandement de Dieu. 19
Notre cœur devrait bondir de joie lorsque nous nous mettons au travail, que nous faisons ce que Dieu nous demande et que nous pouvons dire : ceci vaut mieux que toute la sainteté des chartreux, même s’ils se tuent à force de jeûner et de prier à genoux. Nous pouvons, en effet, nous fonder sur un texte clair qui affirme que Dieu nous ordonne de travailler, tandis qu’il n’y a pas un seul mot dans la Bible qui nous ordonne de nous faire moines. Hélas, personne ne le croit. Cela montre combien le monde est aveugle. Le diable nous a ensorcelés en nous séduisant par une fausse sainteté et par des œuvres qui ont une belle apparence, mais que nous avons inventées nous-mêmes. Je répète donc qu’il faut ouvrir les yeux et les oreilles et prendre tout cela à cœur, pour ne pas se laisser détourner de la pure Parole de Dieu par les mensonges du diable. Il y aurait alors plus de joie, d’affection, d’amitié et de bonne entente dans les familles, et tous les enfants gagneraient le cœur de leurs parents. Quant aux enfants rebelles qui n’obéissent que parce qu’ils ont peur des coups, ils irritent Dieu et leurs parents, se privent eux-mêmes d’un trésor inestimable, de la paix de la conscience, et n’amassent que des malheurs. Chacun se plaint de ce que de nos jours tous, jeunes et vieux, sont surexcités et indomptables. Il n’y a plus de crainte ni de respect. Les gens n’obéissent que si on les y oblige en les menaçant de coups. Ils ne cherchent qu’à se tromper et se voler les uns les autres. Alors Dieu les punit en leur envoyant toutes sortes de malheurs et de misères. Et les parents sont généralement aussi ignorants que leurs enfants. Ce sont des fous qui se dressent contre des fous, et les enfants vivent comme ont vécu leurs parents. Tout cela doit nous pousser à garder ce Commandement, au point que même si nous n’avions ni père ni mère, nous devrions demander à Dieu de nous présenter un bloc de bois ou une pierre que nous puissions appeler notre père et notre mère. Mais il nous a donné des parents vivants. Alors nous devons être d’autant plus heureux de pouvoir leur rendre honneur et obéissance. Nous savons, en effet, que cela plaît à la majesté de Dieu et à tous ses anges et que cela déplaît à tous les démons. Après le culte suprême qui consiste dans l’accomplissement des Commandements précédents, c’est la plus belle chose que nous puissions faire. Elle vaut plus que les aumônes et tout ce que nous pourrions faire pour notre prochain. Dieu, en effet, a fait du rôle des pères et des mères un état supérieur à tous les autres. Il a fait des parents ses représentants sur la terre. Ce doit être là un motif suffisant, quelque chose d’assez puissant pour que nous fassions pour nos parents tout ce que nous pouvons faire, et que nous le fassions avec plaisir et de bon gré. Même le monde estime que c’est un devoir de remercier ses parents pour tous les bienfaits qu’on reçoit d’eux. Mais dans ce domaine aussi le diable règne dans le monde. Les enfants oublient les parents, comme nous tous oublions Dieu. Personne ne se rappelle que c’est lui qui nous nourrit, nous garde, nous protège et nous donne beaucoup de bonnes choses pour le corps et pour l’âme. Quand vient un mauvais jour, nous nous fâchons et murmurons avec impatience, oubliant tous les bienfaits que nous avons déjà reçus de lui. Nous faisons la même chose avec nos parents. Aucun enfant ne sait et ne se rappelle ce qu’il leur doit, à moins d’être guidé par le Saint-Esprit. Dieu connaît cette ingratitude du monde. C’est pour cela qu’il nous met en garde et nous stimule avec ses Commandements, pour que nous nous souvenions tous de ce que nous avons reçu de nos parents. Ils nous ont donné la vie, nous ont nourris et élevés. Sans eux, nous aurions cent fois péri de misère. Aussi est-ce avec raison que des sages des temps anciens ont dit : « On ne peut jamais témoigner trop de reconnaissance à Dieu, à ses parents et à ses maîtres. » Celui qui réfléchit à cela rendra à ses parents tout l’honneur qui leur est dû, et sans qu’on l’y oblige. Il les aimera comme les instruments par lesquels le Seigneur le comble de ses bienfaits. Voici encore un autre motif puissant qui doit nous stimuler à bien observer ce Commandement. C’est la promesse qui nous est faite : « afin que tu vives longtemps dans le pays où tu vas habiter. » 20
Elle nous montre combien ce Commandement est important aux yeux de Dieu. Il ne nous dit pas seulement qu’il tient à ce que nous l’observions et qu’il aime cela, mais il déclare aussi que cela doit contribuer à notre bonheur. Ainsi nous mènerons une vie douce et heureuse et jouirons de toutes sortes de biens. C’est ce que St. Paul souligne quand il écrit : « C’est le premier commandement avec une promesse : afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps sur la terre. »18 Les autres Commandements contiennent aussi une promesse, mais il n’en est aucun où elle soit exprimée aussi clairement. Tu vois ainsi le fruit et la récompense qui sont attachés à ce Commandement : celui qui l’observe sera heureux et prospère ! Tu vois aussi le châtiment qui attend ceux qui désobéissent à leurs parents : ils mourront jeunes et ne profiteront pas de la vie. Dans l’Écriture, en effet, avoir une longue vie, ce n’est pas seulement vivre longtemps, mais aussi posséder tout ce qu’il faut pour cela, comme par exemple la santé, une femme et des enfants, de quoi manger, la paix, un bon gouvernement, etc., bref tout ce qu’il faut pour être longtemps heureux. Si tu ne veux pas obéir à ton père et à ta mère et te laisser éduquer par eux, alors tu devras obéir au bourreau. Et si tu ne veux pas obéir au bourreau, il te faudra obéir à la mort. C’est là, en effet, ce que Dieu veut : si tu lui obéis, que tu l’aimes et le sers, il te récompensera abondamment en t’offrant beaucoup de bonnes choses. Mais si tu le fâches, il t’enverra le bourreau et la mort. Pourquoi y a-t-il tant de voyous qu’il faut constamment pendre, décapiter ou rouer de coups ? N’est-ce pas parce qu’ils ont désobéi à ceux qui voulaient les éduquer avec bonté ? Dieu se fâche, et ils font ainsi le malheur et la honte de leurs parents. Il est bien rare, en effet, que des voyous de cette espèce meurent d’une mort naturelle. Par contre, ceux qui sont pieux et obéissants sont bénis par Dieu. Ils vivent longtemps et heureux et ont la joie de voir les enfants de leurs enfants « jusqu’à la troisième et la quatrième génération ». L’expérience le prouve : il y a de vieilles familles honorables qui connaissent le bien-être et ont beaucoup d’enfants. Ce sont des familles dont les membres ont été élevés dans l’obéissance à leurs parents et qui les ont honorés. La Bible dit de l’impie : « Que ses descendants soient exterminés et que leur nom s’éteigne dans la génération suivante ! »19 Vous voyez que l’obéissance est quelque chose de très important pour Dieu. Il la place très haut, y prend plaisir, la récompense abondamment, tandis qu’il punit sévèrement ceux qui désobéissent. Je dis tout cela pour que les jeunes le comprennent bien. Personne ne se rend compte à quel point c’est important. Dans la papauté, on ne faisait guère attention à ce Commandement et on ne l’enseignait pas. Ce sont des choses très simples que chacun doit facilement comprendre. Mais on n’y fait pas attention et on s’en désintéresse. Les gens ne savent pas qu’en négligeant ce Commandement on irrite Dieu, et qu’on lui plaît quand on s’y soumet. Au sujet de ce Commandement, il faut parler aussi de l’obéissance qu’on doit aux supérieurs, à ceux qui sont chargés de commander et de gouverner. En effet, de l’autorité des parents découlent toutes les autres formes d’autorité. Quand un père de famille n’est pas capable d’éduquer lui-même son enfant, il a recours, pour l’instruire, à un maître d’école. S’il est faible, il demande à ses amis et ses voisins de venir l’aider. S’il est mourant, il confie sa maisonnée et transmet son autorité à des personnes choisies pour cela. Parfois il a sous ses ordres, dans sa maison, du personnel, des serviteurs et des servantes. La Bible appelle ces chefs de famille des pères, car en dirigeant leur maisonnée, ils font office de pères. Ils doivent aussi avoir pour tous ceux qui vivent sous leur toit un cœur paternel. Dans l’Antiquité, les Romains et d’autres peuples appelaient « patres et matres familias », c’est-à-dire pères et mères de famille, les chefs de famille 18 19
Éphésiens 6, 2.3. Psaume 109, 13.
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et leurs épouses. Et ils donnaient le titre de « patres patriae », c’est-à-dire de pères du pays, à leurs princes et leurs magistrats. Il y a de quoi avoir honte. Nous qui voulons être des chrétiens, ne devrions-nous pas faire de même et appeler pères ou au moins considérer comme pères ceux qui exercent l’autorité parmi nous ? Tous ceux qui font partie de la maison doivent avoir pour leurs maîtres le même respect que les enfants pour leurs parents. Non seulement les serviteurs et les servantes doivent obéir à leurs maîtres et leurs maîtresses, mais ils doivent aussi les honorer comme leurs propres parents et faire tout ce qu’ils leur ordonnent. Non pas parce qu’ils y sont obligés et à contre-cœur, mais avec plaisir et joie, parce c’est Dieu qui veut cela, comme nous l’avons dit plus haute, et que cela lui plaît davantage que tout le reste. Alors, au lieu de se faire payer, ils devraient payer eux-mêmes, heureux de pouvoir servir de tels maîtres, d’avoir une conscience joyeuse et de pouvoir accomplir des œuvres aussi précieuses que l’or. Mais ce sont là des choses qu’on négligeait et méprisait jusqu’à présent. Chacun, poussé par le diable et contrairement à ce que demande la conscience, se dépêchait d’entrer au couvent, de faire des pèlerinages et d’acheter des indulgences. Si on pouvait inculquer ces choses au peuple, une pauvre servante sauterait de joie, louerait et bénirait Dieu à l’idée qu’en plus de son salaire et de la nourriture, elle peut acquérir un trésor que ceux qu’on regarde comme les plus grands saints ne possèdent pas. Il y a là de quoi être fier à juste titre. N’est-ce pas beau de pouvoir se dire que si on s’occupe chaque jour du ménage, on accomplit une œuvre qui est plus belle que la sainteté et la vie austère des moines ? Et en plus on a la promesse de réussir dans tout ce qu’on entreprend et de trouver le bonheur. Comment pourrais-tu mener une vie plus heureuse ou plus sainte ? Certes, devant Dieu c’est la foi qui rend saint. C’est par elle seule que nous le servons. Mais par les œuvres nous servons les hommes. Tu as ainsi tout ce qu’il faut, la protection du Seigneur, une conscience joyeuse et un Dieu miséricordieux qui te récompense au centuple ; tu es comme un noble, pourvu que tu sois pieux et obéissant. Mais dans le cas contraire tu t’attires la colère de Dieu. Tu n’as plus sa faveur ni la paix du cœur et tu auras bien du malheur. Quant à ceux que tous ces arguments ne peuvent pas convaincre et rendre dociles, nous les abandonnons au bourreau et à la mort. Mais que ceux qui veulent se laisser instruire sachent que Dieu ne rigole pas en nous donnant ce Commandement. Tu dois savoir que c’est lui qui te parle et qu’il exige l’obéissance. Si tu obéis, tu seras son enfant bien-aimé. Mais si tu méprises ses ordres, tu auras pour salaire la honte, la misère et la souffrance. Il faut parler aussi de l’obéissance qu’on doit aux autorités civiles. Nous avons dit plus haut que le pouvoir civil détient son autorité de l’autorité paternelle. Mais il s’en distingue par son étendue. En effet, un prince n’est pas le père d’une seule famille. Il est le père de chacun des habitants ou citoyens du pays. Dieu se sert des princes comme il se sert de nos parents pour nous procurer la nourriture, la demeure, la protection et la sécurité. Puisque c’est là leur plus beau titre et leur plus belle décoration, nous devons les honorer et les considérer comme notre plus précieux trésor sur cette terre. Celui qui obéit de bon cœur, qui est serviable et qui rend avec plaisir à ses supérieurs l’honneur qui leur est dû, sait que ce qu’il fait plaît à Dieu et qu’il aura pour récompense la joie et le bonheur. Mais celui qui, au lieu d’agir par amour, méprise la volonté de Dieu, lui résiste et se révolte, doit savoir qu’il n’y aura pour lui ni grâce ni bénédiction. Et s’il espère gagner un peu d’argent, il faut qu’il sache qu’il en perdra par ailleurs dix fois plus et qu’il périra misérablement, par la main du bourreau, la guerre, la peste ou la famine. Ses enfants ne lui procureront aucune joie. Ses serviteurs, ses voisins, des étrangers ou des tyrans le tromperont. Il devra subir l’injustice et la violence. Ainsi, chacun de nous trouve ce qu’il a cherché et reçoit le salaire qu’il mérite. 22
Si nous étions prêts à croire vraiment que l’obéissance est à ce point agréable à Dieu et qu’il la récompense abondamment, nous serions plus que riches et posséderions tout ce que notre cœur désire. Mais nous méprisons la Parole et le Commandement de Dieu comme si c’étaient des paroles en l’air. Cela s’appelle braver Dieu. Comment pourrons-nous dès lors subsister au jour du Jugement ? Il vaut bien mieux vivre en jouissant de la faveur de Dieu, de la paix et du bonheur que de devoir redouter sa colère et le malheur. Pourquoi y a-t-il aujourd’hui dans le monde tant d’infidélités, de hontes, de misères et de crimes ? N’est-ce pas parce que chacun veut être son propre maître et seigneur et faire ce qui lui plaît, sans se soucier des autres ? Alors Dieu punit un malfaiteur par un autre. Si tu trompes ton seigneur et le méprises, un autre viendra qui fera pareil avec toi. Et dans ta propre maison, ta femme, tes enfants et tes serviteurs te feront expier dix fois les fautes que tu as commises. Nous nous sentons malheureux, sommes mécontents et nous plaignons de l’infidélité, de la violence et de l’injustice qui règnent dans le monde, mais nous ne voulons pas reconnaître que nous avons mérité cela par notre mauvaise conduite, et nous ne nous corrigeons pas. Nous repoussons la grâce et le bonheur. C’est pourquoi nous n’obtenons pas miséricorde et n’avons que des maux. Et si Dieu nous laisse encore tant de biens, cela prouve qu’il y a sans doute encore des gens pieux quelque part sur la terre. Quant à nous, nous mériterions de n’avoir ni argent à la maison, ni blé dans nos champs. J’ai dû expliquer cela dans le détail, parce qu’il faut que nous prenions ce Commandement au sérieux, pour être délivrés de l’aveuglement et de la misère dans lesquels nous sommes si profondément plongés. Nous devons bien comprendre la Parole de Dieu et nous soumettre à sa volonté. Alors nous apprendrons à nous conduire de manière à posséder la joie, le bonheur et le salut pour le temps et pour l’éternité. En expliquant ce Commandement, nous avons parlé de trois sortes de pères. Il y a ceux qui sont des pères par le sang, ceux qui sont pères parce qu’ils commandent leur maisonnée, serviteurs et servantes, et ceux qui le sont parce qu’ils gouvernent le pays. Mais il y a aussi les pères spirituels. Nous ne parlons pas de ceux qui se font appeler ainsi dans la papauté, mais qui n’exercent pas leur ministère comme de vrais pères. Nous n’appelons pères spirituels que ceux qui nous conduisent vraiment par la Parole de Dieu. Ceux-là sont nos vrais guides. C’est en ce sens que Paul se glorifie d’être un père quand il écrit : « Je vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile »20. Puisqu’il sont des pères, il est normal qu’on les honore plus que tous les autres hommes. Cependant c’est à eux qu’on témoigne le moins de respect. Le monde, en effet, les honore d’étrange façon : on les chasse du pays et leur refuse un morceau de pain. C’est comme le dit l’apôtre Paul : ils sont « comme les balayures du monde, le rebut de tous les hommes »21. Voilà ce qu’il faut faire comprendre aux gens. Ceux qui se disent chrétiens sont tenus devant Dieu « d’estimer dignes d’un double honneur »22 ceux qui veillent sur leur âme. Ils doivent les assister de leurs biens et pourvoir à leurs besoins. Dieu te le rendra ; il ne te laissera manquer de rien. Mais les gens ne veulent pas de cela. Ils ont peur pour leur ventre. Ils ne sont pas capables d’entretenir un bon prédicateur, eux qui dans le temps engraissaient une dizaine de moines fainéants. Nous mériterions vraiment que le Seigneur nous prive de sa Parole et de sa bénédiction et qu’il laisse de nouveau surgir des prédicateurs menteurs qui nous conduisent chez le diable et qui sucent notre sueur et notre sang.
1 Corinthiens 4, 15. 1 Corinthiens 4, 13. 22 1 Timothée 5, 17. 20 21
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Ceux qui observent la volonté et le Commandement de Dieu ont reçu cette promesse : tout ce qu’ils font pour honorer leurs parents selon la chair et leurs pères spirituels leur sera largement rendu. Ils n’auront pas seulement du pain, des vêtements et de l’argent pour un an ou deux, mais une longue vie. Ils jouiront de la paix et seront éternellement riches et heureux. Alors, fais ton devoir et mets ta confiance en Dieu ! Il prendra soin de toi, te nourrira, et tu auras tout ce dont tu as besoin. C’est lui qui a fait cette promesse. Il n’a jamais menti et ne te trompera pas. Une telle assurance devrait nous remplir de joie et nous faire aimer de tout cœur les personnes que nous devons honorer. Alors, dans notre joie, nous devrions lever les mains et remercier Dieu de nous avoir fait de telles promesses. Pour elles, nous devrions être prêts à courir jusqu’au bout du monde. Ce monde, en effet, même s’il rassemblait toutes ses forces, ne pourrait pas ajouter une heure à notre vie ni faire germer un seul grain de blé. Dieu seul peut faire cela et il veut nous donner tout ce que notre cœur désire. Celui qui méprise de tels bienfaits et les jette par la fenêtre n’est pas digne d’entendre une seule parole de Dieu. Ce que nous venons de dire concerne ceux qui sont soumis à ce Commandement. Mais il faudrait aussi prêcher aux parents, leur rappeler leurs devoirs et leur dire comment ils doivent se comporter envers ceux qu’ils sont chargés de diriger. Il est vrai que ce n’est pas exprimé dans le Décalogue, mais c’est enseigné de façon très claire dans beaucoup d’autres textes de l’Écriture. C’est donc sous-entendu dans ce Commandement où Dieu fait mention des pères et des mères. En effet, ce n’est pas à de mauvais sujets ou à des tyrans qu’il veut confier la charge de gouverner une maison. S’il attribue aux parents l’honneur, c’est-à-dire le pouvoir et le droit de commander, ce n’est pas pour qu’ils se fassent adorer. Il faut qu’ils se souviennent, au contraire, qu’ils sont tenus d’obéir à Dieu et d’accomplir leur mission fidèlement et consciencieusement. Ils doivent non seulement nourrir leurs enfants et leurs serviteurs et pourvoir aux besoins de ceux qui leur sont soumis, mais aussi et surtout élever leurs enfants à la gloire et la louange de Dieu. Alors n’imaginez pas que cela dépend de votre bon vouloir et que vous pouvez faire ce que vous voulez. Sachez que Dieu vous a ordonné cela. Il vous a imposé ce devoir et vous devrez un jour rendre compte de la manière dont vous l’avez accompli. Hélas, là aussi, il faut constater avec regret que personne ne prend sa tâche au sérieux. Nous nous comportons comme si Dieu nous donnait des enfants pour nous distraire et nous amuser, des serviteurs pour les faire trimer comme des bœufs ou des ânes, et des subordonnés pour satisfaire nos caprices. Nous les laissons faire ce qu’ils veulent, comme si cela ne nous regardait pas. Nous ne nous soucions pas de savoir s’ils apprennent quelque chose ni comment ils vivent. Personne ne fait attention à l’ordre que nous donne la majesté divine qui nous jugera sévèrement pour notre conduite. Personne ne comprend combien il est important de s’occuper sérieusement de la jeunesse. Si nous voulons avoir des citoyens de valeur, des gens capables de gouverner, aussi bien dans le domaine temporel que dans les questions spirituelles, nous ne devons pas épargner nos efforts ni notre peine. Il ne faut pas non plus regarder à l’argent que coûte l’éducation de nos enfants. Il faut qu’ils puissent servir Dieu et être utiles aux hommes, et cela n’a pas de prix. Nous ne devons pas chercher uniquement à amasser pour eux de grands biens et beaucoup d’argent. Dieu, en effet, n’a pas besoin de nous pour les nourrir et les enrichir, et il le fait chaque jour. S’il nous a donné et confié des enfants, c’est pour que nous les élevions et les éduquions selon sa volonté. Autrement il n’aurait aucun besoin des pères et des mères. Que tout le monde le sache : nous devons avant toutes choses et sous peine de perdre la grâce divine, élever nos enfants dans la crainte et la connaissance de Dieu. Et s’ils peuvent faire des études, il faut que nous leur donnions de l’instruction, de façon à ce qu’ils puissent être des hommes utiles.
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Si nous faisions cela, Dieu nous bénirait abondamment et nous accorderait sa grâce. Alors nous élèverions des enfants qui feraient le bonheur de leur pays. Les citoyens seraient des gens instruits, leurs femmes d’honnêtes mères de famille qui, à leur tour, pourraient élever leurs enfants et leurs domestiques dans la piété. Rendez-vous compte du tort terrible que vous causez par votre négligence si, par votre faute, vos enfants ne reçoivent pas une éducation utile et salutaire. Vous êtes alors responsables de tous les péchés qu’ils pourront commettre. Vous attirez sur vous la colère de Dieu et, même si par ailleurs vous êtes pieux et saints, vous méritez l’enfer pour avoir négligé vos devoirs envers vos enfants. Si Dieu punit le monde si sévèrement, c’est parce qu’on méprise tout cela. Résultat : il n’y a ni ordre, ni autorité, ni paix. Tout le monde s’en plaint, mais aucun de nous ne veut reconnaître que c’est de sa faute et que, si nos enfants et nos subordonnés sont des voyous et des êtres désobéissants, c’est parce que nous les élevons mal. Je termine ici mon exhortation. J’en dirai plus une autre fois.
LE CINQUIÈME COMMANDEMENT Tu ne tueras pas
Nous avons parlé jusqu’ici du gouvernement spirituel et du gouvernement temporel, c’est-à-dire de l’autorité de Dieu et de celle des parents, ainsi que de l’obéissance qu’on leur doit. Sortons maintenant de nos maisons et allons chez nos voisins pour apprendre comment nous devons vivre les uns avec les autres et comment chacun d’entre nous doit se comporter à l’égard de son prochain. Précisons que Dieu et ceux qui nous gouvernent sont au-dessus de ce Commandement. Le Seigneur ne leur enlève pas le pouvoir qu’ils ont de condamner à mort. Il a, en effet, donné aux magistrats le pouvoir de punir les malfaiteurs car, sous ce rapport, ils remplacent les parents. Comme on peut le lire dans les livres de Moïse23, les parents eux-mêmes devaient autrefois traduire leurs enfants en justice et, au besoin, les faire condamner à mort. Ce Commandement s’applique aux relations que les gens ont entre eux et ne concerne donc pas les autorités. Le cinquième Commandement est très facile à comprendre et il est souvent expliqué. Tous les ans, nous entendons lire dans l’Évangile le texte de Matthieu24 où le Christ l’explique lui-même et en résume le sens. On ne doit tuer ni avec la main, ni par le cœur, ni par la bouche, ni par son comportement, ni en étant complice d’un crime ni en donnant des conseils odieux. C’est pourquoi, Dieu interdit à tous les hommes de se mettre en colère, sauf, comme nous l’avons dit plus haut, quand on est son représentant, comme c’est le cas des parents et des magistrats. Dieu et ses représentants, en effet, ont le droit de se fâcher et de s’indigner contre ceux qui violent les Commandements et de les punir.
Il s’agit du Pentateuque, les cinq livres dont Moïse est l’auteur. Luther fait ici allusion à Deutéronome 21, 18-21. 24 Matthieu 5, 21 ss. 23
Table des matières
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Si Dieu nous a donné ce Commandement, c’est parce qu’il sait combien le monde est méchant et que nous sommes exposés à de nombreux dangers. Il l’a donc établi pour protéger les bons contre les méchants. Nous sommes tentés à chaque instant de le transgresser, car nous sommes forcés de vivre au milieu de gens qui nous font du mal, si bien que nous aurions beaucoup de raisons de les haïr. Par exemple, si ton voisin voit que ta maison est plus belle que la sienne et que Dieu t’accorde plus de bien et de bonheur qu’à lui, il va se fâcher, t’envier et dire du mal de toi. Ainsi nous avons beaucoup d’ennemis, poussés par le diable, qui ne nous souhaitent rien de bon, ni pour le corps, ni pour l’âme. Quand nous les voyons, notre cœur s’indigne, se met en colère et voudrait se venger. Alors nous avons vite fait de rendre injures pour injures et coups pour coups, et il en résulterait des malheurs et des meurtres. Mais Dieu intervient comme un bon père ; il s’interpose pour mettre fin à la querelle, pour éviter que nous nous fassions du mal et que allions peut-être jusqu’à nous tuer les uns les autres. Il veut nous protéger et nous mettre à l’abri des attentats et de la violence des autres. Il a donc fait de ce Commandement un rempart et une forteresse autour de notre prochain, pour que nous ne portions pas atteinte à sa vie. Voilà pourquoi il nous est défendu dans ce Commandement de faire du mal à notre prochain, sous aucun prétexte, et même s’il le mérite. Si Dieu nous interdit le meurtre, il nous interdit aussi tout ce qui peut conduire au meurtre. Bien des gens ne vont pas jusqu’à tuer leur prochain, mais ils le maudissent, lui souhaitent du mal et disent que s’ils pouvaient mettre la main sur lui, il n’irait pas loin. L’envie de nous venger est inscrite dans notre nature ; nous ne voulons rien supporter de la part des autres et notre cœur est vite aigri contre le prochain. Aussi Dieu a-t-il voulu couper le mal à la racine. C’est pour cela qu’il nous a donné ce Commandement. Il veut que nous l’ayons toujours devant les yeux, que nous nous y regardions comme dans un miroir et que nous reconnaissions sa volonté. Si nous souffrons injustement, nous devons le prendre à témoin et invoquer son nom avec une entière confiance. Laissons nos adversaires donner libre cours à leur colère et faire ce qu’ils veulent. Quant à nous, apprenons à nous maîtriser et à être doux et patients, en particulier à l’égard de ceux qui nous poussent à la colère, c’est-à-dire nos ennemis. D’après ce que nous venons de dire, voici comment il faut expliquer aux gens simples ce que signifient ces mots « ne pas tuer ». C’est tout d’abord ne faire de mal à personne, ni par la main ni par le geste. C’est ensuite ne pas se servir de sa langue pour donner de mauvais conseils. C’est aussi ne rien faire pour nuire aux autres, et veiller à ce que les autres fassent de même. Enfin, il faut que notre cœur ne soit l’ennemi de personne et ne souhaite pas le mal par la colère ou la haine. Il faut donc que notre corps et notre âme soient innocents à l’égard de tous les hommes, surtout de ce ceux qui nous veulent du mal ou qui nous en font. Quant à faire du mal à ceux qui ne nous souhaitent et ne nous font que du bien, c’est tout simplement inhumain, diabolique. Deuxièmement, on transgresse ce Commandement non seulement quand on fait du mal au prochain, mais aussi quand on pourrait lui faire du bien, lui rendre service, le défendre, le protéger et le secourir dans le danger, et qu’on ne le fait pas. Si tu laisses un pauvre aller tout nu et mourir de froid, alors que tu pourrais lui donner des vêtements, tu es responsable de sa mort. Si tu en vois un souffrir de faim et que tu ne lui donnes pas à manger, tu le fais mourir de faim. De même, si tu vois un innocent condamné à mort ou en grand danger, que tu pourrais le sauver et que tu ne le fais pas, c’est toi qui le tues. Tu auras beau dire que tu ne l’as fait mourir ni par tes paroles ni par tes actes ; tu as manqué d’amour pour lui et tu lui as refusé ton secours, alors que tu aurais pu le sauver.
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C’est pour cela que Dieu appelle meurtriers tous ceux qui voient leur prochain en danger de mort et lui refusent aussi bien leurs conseils que leur aide. Il prononcera sur eux, au jour du Jugement, une terrible sentence. Le Christ leur dira : « J’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger. J’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire. J’étais étranger, et vous ne m’avez pas recueilli. J’étais nu, et vous ne m’avez pas vêtu. J’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité »25. Ce qui veut dire : « Vous m’avez laissé, moi et les miens, mourir de faim, de soif et de froid. Vous nous avez vus jetés aux bêtes féroces, pourrir dans les cachots et périr dans la détresse. » N’eston pas un assassin, un buveur de sang, quand on agit ainsi ? Peut-être n’as-tu pas versé de sang, mais tu as abandonné ton prochain dans le malheur et tu l’as laissé mourir, alors que tu aurais pu le sauver. Si je vois un malheureux se débattre dans une eau profonde ou tomber dans le feu et si je peux le sauver, mais que je ne lui tends pas la main, ne serai-je pas aux yeux du monde entier un lâche et un meurtrier ? Concluons : Dieu ne veut pas que nous laissions le malheur frapper les autres ; il veut au contraire que nous fassions preuve de bonté et d’amour à l’égard de tous les hommes et tout spécialement, comme nous l’avons expliqué, envers nos ennemis. Faire du bien à ses amis, ce n’est pas grand-chose et même les païens en sont capables, comme le dit le Christ dans Matthieu 526. Nous avons affaire ici à la Parole de Dieu. C’est par elle que le Seigneur vous nous stimuler et nous pousser à faire des œuvres vraiment bonnes, nobles et grandes, c’est-à-dire à montrer à nos ennemis de la douceur et de la bonté. Par la Parole il veut nous rappeler sans cesse qu’il est notre Dieu, comme il l’affirme dans le premier Commandement. Cela signifie qu’il veut nous aider et nous protéger pour étouffer en nous l’envie de nous venger nous-mêmes. Voilà ce qu’il faudrait prêcher et enseigner ; nous pourrions alors faire tout plein de bonnes œuvres. Mais cela ne plairait pas aux moines. Cela ferait du tort aux ordres religieux et toucherait à la sainteté des chartreux. On nous accuserait d’interdire les bonnes œuvres et de vider les couvents. Cela reviendrait à considérer la vie chrétienne de tous les jours comme égale et même comme bien supérieure en valeur à la vie des moines. Chacun saurait ainsi combien ces hypocrites séduisent le monde entier par leur fausse apparence de piété, jetant par la fenêtre les Commandements de Dieu comme des choses inutiles et les regardant non pas comme des préceptes, mais comme de simples conseils. Tout en vantant leur fausse piété et leurs œuvres et en prétendant avec audace que la vie qu’ils mènent est la plus parfaite qui soit, ils mènent une existence douce et tranquille, sans croix et sans soucis. S’ils sont entrés au couvent, c’est pour ne pas avoir à souffrir de la part des autres et ne rien devoir à personne. Quant à toi, sache que les œuvres vraiment bonnes, saintes et divines qui réjouissent Dieu et tous les anges, sont celles que j’ai décrites, tandis que toute la sainteté humaine n’est que puanteur et ordure et ne mérite que la colère et la damnation.
LE SIXIÈME COMMANDEMENT
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Matthieu 25, 42.43. Matthieu 5, 46.
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Tu ne commettras pas d’adultère
Le Commandement que nous venons d’expliquer permet de facilement comprendre ceux qui vont suivre. En effet, ils ont tous pour but de nous empêcher de faire du mal à notre prochain. L’ordre dans lequel ils sont rangés est excellent. Le premier27 se rapporte à la personne même de notre prochain. Le suivant parle de celle qui le touche de plus près, celle qui est son bien le plus précieux après sa propre vie, son épouse qui constitue avec lui une seule chair et un seul sang 28. Le plus grand mal qu’on puisse faire à quelqu’un est de toucher à son épouse. C’est pourquoi il nous est expressément défendu de porter atteinte à l’honneur d’un homme en déshonorant sa femme. Il est question ici tout spécialement de l’adultère. Chez les Juifs, en effet, la règle voulait que tout homme soit marié. Aussi se mariait-on de bonne heure, de sorte qu’il n’y avait pratiquement pas d’adulte célibataire. Ni les femmes ni les hommes n’avaient le droit de vivre de la prostitution, ce qui est publiquement toléré de nos jours. L’adultère était donc la manifestation la plus courante de l’impudicité. Mais puisque les gens de chez nous vivent dans le vice et commettent un tas de choses honteuses, ce Commandement signifie encore davantage. Il ne se rapporte pas seulement à l’adultère, mais condamne toute impudicité, quel que soit son nom. Il ne défend pas seulement l’acte extérieur, mais tout ce qui peut être la cause, le mobile et le moyen de cet acte. Il faut donc que le cœur, la bouche et le corps tout entier soient purs, qu’il n’y ait pas de place pour l’impudicité et que tout ce qui pourrait nous inciter à commettre ce péché soit banni. Et ce n’est pas tout. Ce Commandement nous ordonne aussi de défendre, de protéger et de secourir notre prochain, et de l’aider de nos conseils quand son honneur est en danger. Si nous négligeons ce devoir et fermons les yeux, comme si cela ne nous concernait pas, nous sommes tout autant coupables d’adultère que lui. Dieu demande donc à chacun d’entre nous d’être chaste et d’aider notre prochain à l’être également. Par ce Commandement, il a voulu protéger toutes les épouses du monde, pour que personne ne porte atteinte à leur honneur. Ce Commandement se rapporte directement au mariage et nous donne l’occasion d’en parler. Nous ferons donc remarquer tout d’abord combien Dieu honore et estime cet état ; en effet, il le confirme et le protège à l’aide de ce Commandement. Il l’a déjà confirmé par le quatrième où il dit : « Honore ton père et ta mère. » Dans le sixième, il l’entoure de ses soins et le protège. Aussi veut-il que nous l’honorions, nous aussi, et que nous le considérions comme un état divin et bienheureux, puisqu’il l’a institué avant tous les autres. S’il a créé deux êtres différents, l’homme et la femme, ce n’est pas pour qu’ils vivent dans l’impureté, mais pour qu’ils soient bien unis l’un à l’autre, qu’ils engendrent des enfants, les nourrissent et les élèvent à sa gloire. Dieu a béni cet état plus que tous les autres. Il a placé à son service tout ce qui se trouve dans le monde et l’a ainsi richement béni. La vie conjugale n’est donc pas un jeu, mais une chose excellente, sérieuse et divine. Il est en effet extrêmement important d’élever des hommes qui soient utiles au monde et lui apprennent à connaître Dieu, à mener une vie heureuse et riche en vertus, en luttant contre la méchanceté et le diable. C’est pour cela que j’ai toujours enseigné qu’il ne faut pas mépriser le mariage ni se moquer de lui, comme le font le monde aveugle et ces faux personnages religieux que sont nos moines. Il faut lui accorder la considération même que lui accorde la Parole de Dieu qui le pare et le sanctifie 27 28
Il s’agit du cinquième Commandement. Genèse 2, 24.
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de telle sorte qu’il est non seulement égal, mais supérieur à tous les autres états, y compris celui des empereurs, des princes et des évêques. Il faut que les gens, quel que soit leur état dans l’Église et dans le monde, s’humilient devant l’état du mariage et y entrent, comme nous le dirons plus loin. En effet, le mariage n’est pas un état particulier, mais l’état le plus général et le plus noble qui soit. Il est répandu dans toute la chrétienté et même dans le monde entier. Deuxièmement, le mariage n’est pas seulement honorable. Il est aussi nécessaire et commandé par Dieu qui veut qu’en règle générale, les hommes et les femmes se marient. C’est pour cela qu’il a été institué. Il existe cependant quelques rares exceptions. Il y a des hommes que Dieu a mis à part, qui ne sont pas faits pour le mariage ou qui ont reçu un don surnaturel qui les rend capables de rester chastes en dehors du mariage. Mais quand la nature, telle que Dieu l’a créée, suit son cours, il est impossible de vivre chastement en dehors du mariage. En effet, la chair et le sang restent chair et sang, si bien que les désirs charnels continuent de nous exciter sans qu’on puisse les en empêcher, comme chacun le sait et le ressent. Dieu veut que nous puissions plus facilement éviter l’impureté. Il a donc prescrit le mariage, afin que chacun ait sa part de bonheur et qu’il s’en contente, bien que la grâce de Dieu soit nécessaire pour que le cœur soit lui aussi chaste. La foule de nos papistes, prêtres, moines et nonnes s’opposent à l’ordre établi par Dieu et au Commandement qu’il a donné en méprisant et en interdisant le mariage et en se vantant, au contraire, d’observer perpétuellement le vœu de chasteté. En agissant ainsi, ils ne font que tromper les gens simples par leurs paroles mensongères et leur hypocrisie. Personne, en effet, n’aime moins la chasteté que ceux qui, fiers de leur sainteté, renoncent au mariage. Il y en a qui se livrent publiquement à la débauche, sans éprouver la moindre honte. D’autres font pire encore et commettent en secret des choses infâmes que la plume se refuse à décrire et dont malheureusement on ne parle que de trop. Et même s’ils ne commettent pas de tels actes, leurs cœurs sont remplis de pensées impures et de désirs mauvais. C’est un feu perpétuel et un tourment secret qu’on pourrait éviter en se mariant. Ce Commandement condamne donc tous les vœux de chasteté. Il permet et ordonne même à toutes les pauvres consciences qu’on a trompées et ligotées avec les vœux monastiques, de sortir de cet état impur et d’entrer dans la vie conjugale. Même si Dieu avait institué la vie monacale, ces gens n’ont pas la force d’observer le vœu de chasteté. S’ils restent dans cet état, ils ne font que pécher de plus en plus contre le Commandement divin. Je dis tout ça pour qu’on apprenne aux jeunes gens à apprécier le mariage et à le considérer comme un état qui procure le bonheur et qui est agréable à Dieu. On parviendrait ainsi, avec le temps, à remettre le mariage en honneur et à lutter contre le désordre dans les mœurs qui règne aujourd’hui dans le monde, contre la débauche qu’on pratique en plein jour et les autres choses honteuses qui proviennent de ce qu’on méprise le mariage. C’est pourquoi les parents et les autorités doivent veiller sur les enfants, pour qu’on les élève dans la pureté et dans le respect de soi-même. Ainsi, une fois devenus adultes, on pourra les marier honorablement et devant Dieu. Si on fait cela, le Seigneur leur accordera sa grâce et sa bénédiction et ils nous causeront joie et bonheur. Disons, pour conclure, que ce Commandement n’ordonne pas seulement à tout homme d’être chaste dans ses actes, ses paroles et ses pensées et de vivre dans le mariage qui est le meilleur état qui soit. Il exige aussi que chacun accueille et aime la femme que Dieu lui a donnée. En effet, pour que la chasteté conjugale soit observée comme il se doit, il faut avant tout que l’homme et la femme vivent unis par l’amour, qu’ils se chérissent et qu’ils soient fidèles l’un à l’autre. C’est à cette condition qu’ils peuvent aimer et désirer la chasteté. Ils la pratiqueront alors tout 29
naturellement, sans aucun Commandement. C’est pour cela que St. Paul exhorte les époux à s’aimer et à se respecter mutuellement29. Voilà encore une bonne œuvre, ou plutôt beaucoup d’œuvres de grand prix. Nous pouvons les honorer avec joie en les opposant aux ordres religieux que les hommes ont institués de façon arbitraire, sans tenir compte de la Parole et des Commandements de Dieu.
LE SEPTIÈME COMMANDEMENT Tu ne voleras pas
Ce qui nous touche de plus près, après notre personne même et celle de notre épouse, ce sont nos biens matériels. Dieu veut aussi les protéger. Il a donc défendu à tout homme de prendre, en totalité ou en partie, ce qui appartient au prochain. Voler, c’est prendre ce qui appartient aux autres. C’est leur causer un dommage, quel qu’il soit. C’est un vice très répandu. C’est devenu tellement courant qu’on n’y fait même plus attention. Si on voulait pendre tous ceux qui, sans l’avouer, sont des voleurs, le monde serait bientôt un désert et il n’y aurait pas assez de potences et de bourreaux pour les exécuter tous. Voler, ce n’est pas seulement vider des coffres et des poches. C’est aussi prendre les biens des autres au marché, dans les boutiques, dans les auberges, dans les ateliers, partout où on échange de l’argent contre des marchandises ou du travail. Pour que tout le monde me comprenne bien, je vais donner un exemple pour montrer comment on est « honnête » chez nous. Un serviteur ne sert pas fidèlement ses maîtres quand il leur fait du tort ou qu’il permet à d’autres de leur en faire, alors qu’il pourrait empêcher cela. Ou bien quand il néglige leurs intérêts par sa paresse ou par méchanceté, en leur tenant tête et en les irritant volontairement. En effet, je ne parle pas ici de ce qu’on fait par inadvertance. Il peut ainsi soustraire à ses maîtres trente ou quarante pièces d’or chaque année, et même davantage. Si un bandit volait une telle somme, on le pendrait haut et court, mais ce serviteur infidèle en arrive encore à se vanter d’être un honnête homme et n’accepterait pas qu’on le traite de voleur. Il en va de même avec les artisans, les ouvriers, les journaliers qui exigent des salaires exagérés et qui, cependant, sont négligents et infidèles dans leur travail. Ces gens-là sont pires que des voleurs dont on peut se protéger en fermant sa porte à clé et qu’on punit, quand on les surprend en flagrant délit, de telle façon qu’ils ne recommencent pas. Mais les gens malhonnêtes dont je parle, personne ne peut se défendre contre eux, les accuser ou les convaincre de vol. On préférerait encore y perdre son argent. Ceux qui nous trompent de la sorte sont souvent nos voisins, nos meilleurs amis, nos propres employés, sur lesquels nous croyons pouvoir compter. On vole librement au marché et dans le commerce. Les gens s’escroquent les uns les autres publiquement en vendant de mauvaises marchandises ou en utilisant de fausses mesures, de faux poids et de la fausse monnaie. Ou bien par la ruse et en recourant à d’étranges opérations financières. Le commerçant, en vendant trop cher, exploite et malmène ses clients. Qui pourrait raconter ou imaginer toutes les tromperies qu’on commet ainsi ? Bref, tromper et escroquer, c’est 29
Éphésiens 5, 22.25 ; Colossiens 3, 18 ss.
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ce qu’on fait le plus sur cette terre. Il n’y a pas de corporation plus nombreuse que celle des voleurs. Si on observe les gens de plus près, quelle que soit leur condition sociale, on constate que le monde n’est qu’un immense repaire de brigands. Ainsi donc, les bandits et les voleurs de grands chemins, ce ne sont pas seulement ceux qui vident les coffres ou qui s’emparent des bourses, mais aussi ceux qui, assis dans leur fauteuil et considérés comme de grands seigneurs ou des bourgeois honnêtes et pieux, volent les autres en ayant l’air parfaitement honnêtes. On pourrait laisser de côté les petits voleurs sans importance, pour ne parler que des grands et puissants bandits avec lesquels les seigneurs et les princes font alliance. Ils ne se contentent pas de dépouiller une ville ou deux, mais pillent chaque jour l’Allemagne tout entière. Et que dire du chef et du protecteur suprême de tous les voleurs, du saint-siège de Rome ? Avec toute sa suite, il vole le monde entier en s’emparant de ses biens. Voilà comment cela se passe dans le monde : celui qui veut voler publiquement est libre de le faire. Personne ne vient le déranger. Il n’a aucun châtiment à redouter et exige même qu’on l’honore. Les petits voleurs, par contraire, agissent en secret. Quand ils se font prendre la main dans le sac, ils sont couverts de honte et punis. Leur condamnation fait passer les grands brigands pour des gens honnêtes et respectables. Mais devant Dieu ces derniers sont les plus grands voleurs. Aussi les punira-t-il comme ils le méritent. Puisque ce Commandement couvre un domaine si vaste, il faut l’expliquer clairement aux gens et ne pas les laisser faire tout ce qui leur passe par la tête. Il faut leur annoncer sans cesse la colère de Dieu. Ceux à qui nous prêchons ne sont pas tous des chrétiens. La plupart d’entre eux sont, au contraire, des gens fort malhonnêtes et de grands coquins. C’est plutôt un juge, un gardien de prison ou un bourreau qui devrait leur parler. Que chacun le sache donc : pour ne pas encourir la colère de Dieu, il ne suffit pas de ne pas faire de tort à son prochain, de ne pas diminuer ses gains, de ne pas le tromper dans le commerce ou en faisant des affaires avec lui. Nous devons aussi veiller fidèlement sur ses biens, l’aider à les conserver et à les augmenter. C’est vrai surtout quand il est payé et nourri pour son travail. Celui qui refuse volontairement d’agir ainsi échappera peut-être au bourreau, mais pas à la colère et au châtiment de Dieu. Si dans son orgueil il persiste à braver le Seigneur, il finira par être un vagabond et un mendiant. Il connaîtra un tas de malheurs. Toi qui devrais veiller sur les biens de ton maître, tu te soucies de ton propre ventre. Tu reçois ton salaire comme un voleur et tu as la prétention d’être un honnête citoyen ! Il y a beaucoup de gens comme cela qui bravent leurs employeurs et ne font rien pour protéger leurs biens. Mais prends garde ! Qu’est-ce que tu y gagnes à agir ainsi ? Lorsque tu seras dans ta propre maison, Dieu t’enverra la punition que tu mérites, et si tu as fraudé et pris de l’argent qui ne t’appartient pas, tu devras en rendre trente fois plus. C’est pareil pour les ouvriers et les journaliers qui vous font supporter aujourd’hui un tas de choses désagréables, comme s’ils étaient les seigneurs et les maîtres des biens d’autrui et qu’il fallait leur donner tout ce qu’ils exigent. Qu’ils se dépêchent de dépouiller les gens tant qu’ils peuvent, car Dieu n’oublie pas son Commandement et il leur versera le salaire qu’ils méritent. Il les punira tellement qu’ils ne pourront plus, de toute leur vie, réussir dans ce qu’ils entreprendront et ne trouveront plus jamais le bonheur. Si notre pays était bien gouverné, on pourrait mettre un frein à tout cela et résister à
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ces caprices. C’est ce que faisaient autrefois les Romains. Ils saisissaient les gens par la peau du cou pour inspirer aux autres une crainte salutaire. Un sort semblable est réservé à tous ceux qui transforment le marché en une caverne de brigands où on exploite les pauvres en leur imposant chaque jour de nouvelles charges et en augmentant sans cesse le prix des aliments. Chacun marchande à sa guise et prétend avoir le droit de vendre ses produits au prix qu’il a choisi, et personne n’a le moyen de protester. Laissons-les faire ! Qu’ils dépouillent et volent les gens et qu’ils donnent libre cours à leur soif d’argent, mais ayons confiance en Dieu ! Quand tu auras dépouillé les autres et amassé beaucoup d’argent, Dieu te bénira en faisant pourrir ton blé dans ta grange. Ta bière sera gâtée dans ta cave, ton bétail périra dans ton étable. Si tu as volé quelqu’un d’un écu30, tout ton argent rouillera et périra, et tu n’en profiteras jamais. L’expérience montre chaque jour que ce qu’on a volé ou mal acquis ne profite pas. Beaucoup de gens se tourmentent jour et nuit pour amasser des trésors et ne sont pas plus riches pour cela ! Et même s’ils parviennent à s’enrichir, ils sont frappés par des malheurs qui les empêchent de jouir en paix de leurs richesses et de les transmettre à leurs enfants. Mais personne ne fait attention à cela. Chacun de nous vit comme si ce n’était pas son affaire. Alors il faut que Dieu s’y prenne autrement pour nous rendre sages : il nous punit par les nombreux impôts qui frappent notre pays. Ou bien nous sommes obligés de loger chez nous des bandes de soldats qui, au bout d’une heure, vident nos armoires et nos bourses. Ils ne nous laissent pas en repos jusqu’à ce qu’ils nous aient pris le dernier denier31. Puis, comme pour nous remercier, ils dévastent et incendient nos maisons et nos fermes. Voilà donc ce qui t’arrivera si tu voles les autres. Si tu t’enrichis en les escroquant par la violence et l’injustice, un autre viendra et te fera la même chose. Dieu est maître dans l’art de punir un voleur par un autre. S’il n’intervenait pas, où trouverait-on assez de cordes et de potences pour punir les brigands ? Sache donc que c’est là un commandement divin et que Dieu n’accepte pas qu’on s’en moque. Si tu nous méprises, que tu nous trompes et nous dépouilles, nous le supporterons. Nous endurerons ton orgueil et, comme nous le disons dans le Notre Père, nous te pardonnerons et aurons pitié de toi. Nous savons, en effet, que les honnêtes gens auront toujours de quoi vivre et que tu nuis plus à toi-même qu’aux autres. Mais quand un pauvre, obligé de mendier chaque jour son pain (et il y en a beaucoup de nos jours) viendra te demander l’aumône, garde-toi de lui répondre avec dureté qu’il n’est pas normal qu’on vive de la charité. Ne l’accable pas d’injures et ne le renvoie pas avec insolence. Il partirait tout triste et, ne pouvant se plaindre à personne, crierait vers le ciel et appellerait Dieu au secours. Je le répète : garde-toi de cela comme du diable même. Ce soupir et cet appel du pauvre ne sont pas vains. Ils vont devenir un lourd fardeau que tu ne pourras pas porter. En effet, un tel cri parvient aux oreilles de celui qui prend soin des pauvres et des affligés et qui les venge. Tu te moques de tout cela et tu en ris, mais n’oublie pas quel est celui que tu irrites. Si jamais tu arrives à vivre dans le bonheur et la joie, tu pourras traiter Dieu et moi-même de menteurs devant le monde entier. Nous avons suffisamment exhorté et averti. Si quelqu’un ne veut pas nous écouter et nous croire, nous attendons que l’expérience l’instruise. Mais nous ne nous lassons pas d’inculquer ces 30 31
Ancienne pièce de monnaie, généralement en argent. Le denier était la plus petite monnaie de l’époque.
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choses aux jeunes, pour qu’ils se gardent bien d’imiter la conduite de leurs aînés, qui sont des gens indomptables et indisciplinés, et qu’ils observent le Commandement de Dieu, pour que sa colère et son châtiment ne les frappent pas eux aussi. Nous ne pouvons qu’exhorter et reprendre par la Parole de Dieu. C’est aux princes et aux autorités de réprimander les manifestations publiques du mal. Ils ont des yeux pour voir et il faudrait qu’ils aient l’énergie nécessaire pour établir et maintenir l’ordre dans les affaires et dans le commerce, pour que les pauvres ne soient pas opprimés. Si les princes ne font pas cela, ils participent au péché des autres. Nous avons suffisamment expliqué ce que voler veut dire. Nous avons montré qu’il ne faut pas prendre ce mot dans son sens étroit, mais l’appliquer à toutes nos relations avec le prochain. Résumons tout cela : Il nous est défendu tout d’abord de faire du tort à notre prochain en lui causant d’une façon ou d’une autre un dommage matériel. Cela se fait soit en détruisant ce qui lui appartient, soit en l’empêchant de s’enrichir, soit en réduisant son salaire. Ensuite, il nous est défendu d’approuver ou de tolérer que d’autres fassent cela. Nous devons, au contraire, nous y opposer, empêcher cela et aider notre prochain à conserver et à augmenter ses biens. Et quand il est dans le besoin, nous devons le secourir et partager avec lui ce que nous possédons. C’est vrai aussi bien pour nos ennemis que pour nos amis. Ceux qui cherchent à faire de bonnes œuvres en trouveront ici plus qu’il ne leur en faut. Ce sont des œuvres qui plaisent à Dieu et auxquelles il attache une bénédiction particulièrement précieuse. Il nous promet en effet de nous rendre abondamment ce que nous faisons pour autrui. Comme le dit le roi Salomon : « Celui qui a pitié du pauvre prête à l’Éternel, qui lui rendra selon son oeuvre »32. Tu as un riche Seigneur qui te donne en abondance et qui ne te laissera manquer de rien. Tu éprouveras de la joie dans ta conscience et tu pourras jouir de tes biens cent fois plus que si tu les avais amassés d’une façon malhonnête. Par contre, celui qui dédaigne cette bénédiction ne peut s’attendre qu’à la colère et la malédiction de Dieu.
LE HUITIÈME COMMANDEMENT Tu ne diras pas de faux témoignage contre ton prochain
En plus de notre corps, de notre femme et de nos biens matériels, nous possédons encore un autre trésor, l’honneur et la bonne réputation. Nous ne pouvons pas nous passer de cela, car nous ne supporterions pas de vivre dans la honte et d’être méprisés par tous. C’est pourquoi, Dieu nous défend non seulement de prendre l’argent et les biens des autres, mais aussi d’attaquer la réputation d’honnêteté et de loyauté de notre prochain, pour que chacun puisse jouir de l’estime de sa femme et de ses enfants, de son personnel et de ses voisins. Dans ce Commandement il est tout d’abord question, comme son texte l’indique, des faux témoignages qui ont parfois lieu devant les tribunaux, quand on accuse un innocent et qu’on l’accable en recourant à de faux témoins, pour que ce pauvre homme soit frappé dans son corps, ses biens ou son honneur d’un châtiment qu’il ne mérite pas en fait.
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Proverbes 15, 17.
Table des matières
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Il semble qu’aujourd’hui cela ne nous concerne pas beaucoup. Chez les Juifs, par contre, c’était une pratique courante. Ce peuple avait d’excellentes lois, et là où de bonnes lois sont en vigueur, on recourt très souvent au faux témoignage. En voici la raison : partout où siègent des juges, des magistrats, des princes ou d’autres autorités, il arrive généralement que les témoins ne désirent offenser personne. Alors ils mentent en tenant compte de la fortune, de la réputation ou des relations de familles. Ils ne veulent pas risquer de perdre la faveur ou l’amitié d’hommes influents. Résultat : le pauvre est opprimé. Même si sa cause est juste, il ne peut qu’avoir tort. C’est donc lui qu’on va punir. Il est malheureusement rare de trouver d’honnêtes gens parmi ceux qui siègent dans les tribunaux. Un juge doit être avant tout un personnage honnête et aussi un homme sage et avisé, ainsi que courageux et audacieux. Un témoin doit, lui aussi, avoir du courage et être honnête. En effet, quand on veut juger toutes les causes d’une façon équitable, on irrite nécessairement ses meilleurs amis, ses proches, ses voisins, les riches et les puissants qui peuvent vous être très utiles, mais aussi vous nuire énormément. Il faut donc savoir fermer les yeux et se boucher les oreilles pour ne pas les voir ni les entendre, et regarder droit devant soi, en ne tenant compte que des faits qu’on expose. Ce sont ces faits et eux seuls qu’il s’agit de juger. Ce Commandement nous est donné pour que nous aidions notre prochain à obtenir justice et que nous empêchions d’autres de lui faire du tort. Nous devons l’assister autant que cela nous est possible, que nous soyons juges ou témoins, et cela quoi qu’il arrive. Cela concerne avant tout les hommes de loi. Qu’ils examinent avec attention et d’une façon équitable les causes qu’ils ont à juger, en laissant juste ce qui est juste. Il ne faut pas qu’ils tordent le droit, qu’ils défigurent la vérité, mais qu’ils la disent franchement, sans se laisser influencer par l’argent, la fortune, l’honneur ou la puissance. Ce Commandement, dans son sens le plus simple, concerne donc en premier lieu ce qui se passe dans les tribunaux. Deuxièmement, ce Commandement s’applique également au tribunal spirituel ou au gouvernement des esprits. Là aussi chacun calomnie son prochain. Les prédicateurs les plus pieux et les meilleurs chrétiens passent aux yeux du monde pour des hérétiques et des apostats33. On va même jusqu’à les traiter de malfaiteurs et de rebelles. La Parole de Dieu elle-même est honteusement persécutée et blasphémée, traitée de mensonge. On la déforme en la citant faussement et on l’interprète en faussant son sens. C’est normal, car le monde est aveugle au point de condamner et de persécuter la vérité et les enfants de Dieu. Il ne voit pas que c’est un péché. Troisièmement, et ceci nous concerne tous, ce Commandement condamne tous les péchés qu’on commet avec la langue, par lesquels on fait du tort à son prochain ou porte atteinte à sa renommée. Le faux témoignage est un péché qu’on commet avec la langue. Dieu condamne tous ceux qui, par leurs paroles, font du mal au prochain, que ce soient les faux prédicateurs avec leurs doctrines et leurs blasphèmes, les faux juges avec leurs sentences, les faux témoins avec leurs dépositions ou ceux qui, en dehors du tribunal, mentent et disent du mal. Le mensonge et la médisance sont en effet des vices honteux et pernicieux par lesquels le diable nous gouverne. Il y aurait beaucoup de choses à dire à ce sujet. Il est vrai que nous préférons entendre dire du mal de notre prochain que du bien. Et bien que nous soyons nous-mêmes mauvais, nous ne souffrons pas qu’on dise du mal de nous. Nous voudrions, au contraire, que tout le monde chante nos louanges, tandis que nous ne supportons pas qu’on chante celles des autres.
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Un apostat est quelqu’un qui renie publiquement Dieu ou le Christ.
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Pour éviter tout cela, il faut rappeler qu’aucun homme n’a le droit de dénoncer et juger publiquement son prochain, même s’il le voit commettre un péché, s’il n’a pas reçu pour mission de juger et de punir. Il y a en effet une grande différence entre connaître un péché et le juger. Tu peux connaître un péché, mais ce n’est pas à toi de le juger. Je peux voir et entendre mon prochain commettre un péché, mais je ne suis pas chargé de le raconter. Si je le fais quand même et que je le juge et censure, je commets un péché plus grand que le sien. Si donc tu sais que ton prochain a péché, fais de tes oreilles un tombeau et garde la chose pour toi, jusqu’à ce que tu aies été nommé juge et que tu aies ainsi pour mission de punir les autres. Les calomniateurs ne se contentent pas de savoir. Ils s’accordent aussi le droit de juger. Quand ils savent que quelqu’un a commis une faute, ils se dépêchent de le répéter partout et prennent plaisir à exciter les gens contre le coupable, comme les cochons qui aiment se rouler dans la boue et y plonger leur groin. Quand on agit ainsi, on fait comme si on était Dieu ; on se comporte comme un juge et condamne avec sévérité. En effet, aucun juge ne peut condamner quelqu’un plus sévèrement qu’en disant : cet homme est un voleur, un assassin, un traître, etc. C’est pourquoi celui qui se permet de parler ainsi de son prochain fait comme s’il était l’empereur et toutes les autorités réunies. Il ne manie pas l’épée, mais il se sert de sa langue empoisonnée pour faire du mal à son prochain et le couvrir de honte. Voilà pourquoi Dieu nous interdit de dire du mal du prochain, même si nous le savons coupable, et à plus forte raison si nous ne sommes pas sûrs de sa culpabilité et que nous en avons simplement entendu parler. « Mais », répliqueras-tu, « ne faut-il pas le dire, si c’est vrai ? » A quoi je répondrai : « S’il en est ainsi, va le dire au juge ! » Alors du diras peut-être : « Mais je ne peux pas dire ça publiquement, sinon on va me frapper et je serai couvert de honte. » « Eh bien, mon ami, dans ce cas, si tu n’oses pas te présenter devant les magistrats pour dire ce que tu sais, tu n’as qu’à te taire. Ce que tu sais, garde-le pour toi. S tu en parles à quelqu’un, même si c’est vrai, tu passeras pour un menteur parce que tu ne peux pas le prouver. En plus, tu agis comme un malfaiteur, car on ne doit pas démolir l’honneur et la réputation d’un autre, à moins que la justice n’ait démontré son crime publiquement. » Toute accusation qu’on ne peut pas prouver est donc un faux témoignage. Par conséquent, ce qu’on ne peut pas prouver ne doit pas être dit et encore moins affirmé comme une vérité certaine. En d’autres termes, ce qui est secret doit rester secret ou, comme nous le verrons plus loin, être réprimandé entre quatre yeux. Si tu as affaire à un bavard qui prend un malin plaisir à dire du mal des autres, reprends-le vivement pour qu’il en éprouve de la honte. Ainsi tu feras taire bien des médisants dont les calomnies peuvent faire beaucoup de mal à de pauvres gens. L’honneur et la bonne renommée sont des biens aussi faciles à ôter que difficiles à rendre. Comme tu le vois, il est défendu aux hommes de dire du mal des autres, sauf quand ce sont des représentants de l’ordre public, des prédicateurs et des parents, car il ne faut pas croire que ce Commandement défend de punir le mal. Rappelons ce que nous avons dit du cinquième Commandement : il défend de tuer. Cependant le bourreau qui punit en faisant son métier ne pèche pas contre le Commandement de Dieu. En effet, Dieu qui, d’après le premier Commandement, s’est réservé le droit de punir, a institué cette fonction et c’est en son nom que le bourreau l’exerce. De même, bien qu’il soit défendu de juger et de punir, si ceux qui sont chargés de le faire ne le font pas, ils pèchent autant que ceux qui le font par plaisir alors que ce n’est pas leur mission. Un magistrat, en effet, doit s’occuper de ce qui est mal, écouter les plaintes, poser des questions, exiger des témoignages, comme un médecin doit parfois examiner et toucher les parties intimes d’un malade pour le guérir. Les autorités et les parents ont le devoir
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de punir le mal. C’est ainsi que des frères, des sœurs, des amis doivent se réprimander mutuellement lorsque cela est nécessaire ou utile. La meilleure manière de procéder serait de faire ce que le Christ dit dans l’Évangile : « Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le entre toi et lui seul »34. Voilà une consigne des plus précieuses qui nous apprend à maîtriser notre langue et à lutter contre la mauvaise habitude de dire du mal des autres. Conforme-toi à cet ordre et ne va pas raconter les fautes de ton prochain, mais reprends-le discrètement, pour qu’il se corrige. Et si quelqu’un vient te raconter en douce le mal commis par son frère, dis-lui d’aller le trouver et de le réprimander lui-même, s’il a été témoin de la faute. Sinon, qu’il se taise ! Ce précepte est chaque jour mis en pratique dans le gouvernement d’une maison. C’est ainsi, en effet, qu’agit un chef de famille. Quand il voit que l’un de ses serviteurs ne fait pas ce qui lui est commandé, il va lui parler lui-même. Il serait un fou s’il laissait faire le fainéant et allait se plaindre de lui chez ses voisins. Il mériterait qu’on lui dise : « Insensé, est-ce que cela nous regarde ? Va le lui dire toi-même. » On agit fraternellement envers son prochain quand on corrige ses défauts sans porter atteinte à son honneur. C’est ce que dit le Christ : « Sil t’écoute, tu as gagné ton frère »35. Tu auras fait ainsi une œuvre excellente. En effet, ce n’est pas rien que de gagner son frère. Que tous les moines et tous les saints s’assemblent et qu’ils entassent leurs œuvres. Ils ne pourront pas se vanter d’avoir gagné un seul frère. Le Christ ajoute : « S’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l’affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins »36. Il faut donc d’abord que tu t’adresses au coupable lui-même, sans médire derrière son dos. Et si cela ne suffit pas, dis-le publiquement, devant la communauté, devant le tribunal ecclésiastique ou le tribunal de ce monde. Dans ce cas, tu n’es pas seul, mais tu as avec toi des témoins qui peuvent t’aider à convaincre le coupable. Ainsi le juge pourra juger et punir. Voilà comment il faut résister au méchant et le corriger, alors que si on va partout dire du mal de lui et remuer de la boue, on ne corrige personne. Et quand on doit ensuite se présenter devant le tribunal pour témoigner, on retire souvent ce qu’on a dit. Il faudrait faire payer aux bavards le mal qu’ils disent des autres. Ce ne serait que justice et cela servirait d’exemple aux autres. S’ils cherchaient vraiment à corriger leur prochain et désiraient faire triompher la vérité, ils n’agiraient pas en secret et ne craindraient pas la lumière. Tout ce que nous venons de dire concerne des péchés secrets. Lorsqu’un péché est manifeste, si tout le monde est au courant et que le juge en a connaissance, on peut, sans commettre de péché, abandonner le coupable, le fuir et l’éviter comme quelqu’un qui s’est lui-même couvert de honte. On peut aussi témoigner publiquement contre lui. Quand il est clair comme le jour qu’un homme a commis un péché, ce n’est pas médire que d’en parler. Ceux qui le jugent ne sont pas de faux juges ni ceux qui témoignent contre lui, de faux témoins. C’est ainsi qu’aujourd’hui nous attaquons le pape et sa doctrine, car celle-ci est enseignée publiquement, exposée dans des livres et répandue dans le monde entier. Quand un péché est public, il faut qu’il soit suivi d’un châtiment public, pour que chacun sache s’en garder. Voilà en résumé le sens de ce Commandement : personne ne doit se servir de sa langue pour nuire à son prochain, que ce soit un ami ou un ennemi, ni dire du mal de lui, que ce soit vrai ou faux. A moins qu’on ne le fasse parce qu’on en a reçu la charge ou pour son bien. La langue doit, Matthieu 18, 15. Matthieu 18, 15. 36 Matthieu 18, 16. 34 35
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au contraire, servir à dire de tout homme le plus de bien possible. Elle doit voiler les péchés et les fautes des autres, les excuser et interpréter leurs actes du mieux qu’on peut. Nous devons avant tout agir ainsi parce que le Christ nous le demande dans l’Évangile. Il a résumé ainsi tous les commandements qui se rapportent au prochain : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux »37. La nature même nous enseigne cela. Pensons à notre corps. Saint Paul dit : « Les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires. Et ceux que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi nos membres les moins honorables reçoivent le plus d’honneur »38. Nous n’avons pas l’habitude de nous couvrir le visage, les yeux, le nez, la bouche, parce que ce n’est pas nécessaire. Ce sont nos membres les plus respectables. Par contre, nous couvrons nos membres les plus fragiles, ceux dont nous avons honte, et il faut que les mains, les yeux et tout le corps servent à les cacher. C’est ainsi que nous devons agir les uns à l’égard des autres. Nous devons couvrir et cacher la honte et les faiblesses de notre prochain, faire tout ce que nous pouvons pour l’aider à conserver son honneur et faire obstacle à tout ce qui pourrait le déshonorer. C’est une belle chose que d’interpréter du mieux que nous pouvons tout ce que nous entendons dire de lui, à moins qu’il n’ait fait quelque chose de très mal. Nous devons prendre sa défense contre les langues venimeuses qui cherchent à découvrir les fautes des autres pour leur nuire, et qui interprètent leurs actes de la façon la plus mauvaise et la plus odieuse qui soit. C’est ainsi qu’on calomnie aujourd’hui la Parole de Dieu et ceux qui la prêchent. A ce Commandement se rattachent d’innombrables bonnes œuvres qui plaisent particulièrement à Dieu, qui nous attirent sa bénédiction et sont source de bonheur. Ah ! si seulement le monde aveugle et les faux saints voulaient le reconnaître. Rien dans l’homme ne peut faire autant de bien et autant de mal, que ce soit dans le domaine spirituel ou dans les affaires de ce monde, que la langue qui est pourtant le plus petit et le plus faible de nos membres39.
LE NEUVIÈME ET LE DIXIÈME COMMANDEMENTS Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bétail, ni aucune chose qui appartient à ton prochain.
Ces deux Commandements ont été donnés spécialement aux Juifs, mais ils nous concernent aussi. Selon l’interprétation qu’en donnent les Juifs, ils ne parlent pas d’impudicité et de vol, parce que ces péchés ont déjà été condamnés dans des Commandements précédents. Mais comme les Juifs ont tendance à croire que pour observer toute la Loi il suffit de ne pas la transgresser extérieurement par des actes, Dieu a ajouté ces deux Commandements pour qu’on sache que c’est aussi un péché de désirer simplement la femme et les biens de son prochain et Matthieu 7, 12. 1 Corinthiens 12, 22.23. 39 Jacques 3, 5. 37 38
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d’avoir envie de les avoir. Ce Commandement a donc été donné spécialement aux Juifs, parce qu’à l’époque les serviteurs et les servantes n’étaient pas des gens libres qui travaillaient pour un salaire, comme c’est le cas aujourd’hui pour le personnel de maison. Ils appartenaient à leur maître corps et biens, comme le bétail ou n’importe quel autre bien. De plus, chacun pouvait répudier sa femme en lui remettant une lettre de divorce40 pour en épouser une autre. Lorsqu’un homme aimait la femme d’un autre, on pouvait donc craindre que, pour un prétexte quelconque, il ne répudie la sienne et ne cherche à détourner l’autre de son mari pour pouvoir l’épouser. On ne voyait pas de péché là-dedans ni quelque chose de honteux, comme aujourd’hui on ne voit pas de mal à congédier son employé pour embaucher celui d’un autre. Ce Commandement a encore un sens plus large que cela. Cependant les Juifs ont eu raison de l’interpréter de la façon suivante en disant : il est défendu de chercher à s’approprier ce qui appartient à un autre, que ce soit sa femme, son personnel, sa maison, ses champs, ses prés et son bétail, en lui causant ainsi du tort, et cela sous quelque prétexte que ce soit. Le septième Commandement nous défend de nous emparer du bien d’autrui et de le garder, ce qui est évidemment injuste. Mais dans le neuvième on nous défend en plus de priver notre prochain de quelque chose, même si aux yeux du monde on agit honnêtement et que personne ne peut vous reprocher et vous accuser de l’avoir acquis de façon injuste. La nature humaine est ainsi faite : on ne souhaite jamais aux autres autant de bonheur qu’à soimême et on s’approprie tout ce qu’on peut, sans se soucier d’eux. De plus, nous voulons paraître honnêtes et nous donner une bonne apparence, en dissimulant habilement notre ruse. Nous avons vite fait de nous trouver des excuses. Alors nous cherchons par tous les moyens à montrer que nous sommes dans notre bon droit. Nous osons même prétendre qu’en agissant comme nous le faisons, nous n’usons pas de ruse, mais faisons simplement preuve de sagesse et de prévoyance. Nous sommes en cela aidés par les juges et les hommes de loi. Ils n’hésitent pas, pour faire triompher une cause, à falsifier les faits et à jouer avec les mots, sans se soucier de la justice et des droits de la partie adverse. Bref, c’est le plus malin et le plus rusé qui gagne d’ordinaire le procès, comme il est dit : « Le droit vient en aide à ceux qui sont prévoyants. » Le dernier Commandement de la Loi dont il s’agit ici ne s’adresse pas aux vrais voyous, mais à des gens vraiment honnêtes, à ceux qui veulent qu’on leur fasse des éloges, qui passent pour honorables et justes et pensent qu’ils n’ont transgressé aucun des autres Commandements. C’était le cas des Juifs dans le temps, et c’est le cas aujourd’hui de beaucoup de bons bourgeois, de grands seigneurs et de princes. Quant aux autres, à ces gens grossiers qui ne cherchent qu’à s’enrichir et qui se moquent de l’honneur et du droit, ils sont condamnés par le septième Commandement. Cela se produit surtout dans les procès où on cherche à dépouiller son prochain de ce qui lui a appartient. Quand il s’agit, par exemple, de partager un grand héritage ou des terres. Les héritiers ne sont pas d’accord et chacun estime être dans son bon droit. Mais c’est le plus habile qui gagne le procès. C’est lui qui hérite de la propriété, et personne parmi les autres ne peut contester ses titres ni prétendre qu’il y a autant droit que lui. Voici un autre exemple : Si quelqu’un désire posséder un château, une ville, un comté ou autre chose du même genre, il se démène autant qu’il peut, fait intervenir sa fortune, ses relations et tous les moyens imaginables pour en déposséder autrui et s’en faire proclamer le propriétaire légitime. Et si cela est confirmé par une lettre ou un sceau, il passera pour l’avoir acquis d’une façon honnête, grâce à un titre princier.
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Deutéronome 24, 1.
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C’est la même chose dans le commerce ordinaire. On cherche à acheter à bon compte, quelquefois même à moitié prix. Alors on trompe habilement le marchand, ou bien on le presse jusqu’à ce qu’il accepte de vendre au prix qu’on lui propose. On lui ravit ainsi son gain, l’obligeant parfois même à vendre à perte. Si cela se répète, il devra faire des dettes et tombera ainsi peu à peu dans la misère. Et on appelle cela acheter honnêtement ! En réalité, c’est ravir et voler. On a l’habitude de dire : « Charité bien ordonnée commence par soi-même ! Que chacun tente sa chance ! » Mais qui dira tout ce qu’on peut s’approprier sous ce beau prétexte ? Le monde permet qu’on accule son prochain à la ruine, mais personne ne voudrait qu’on lui fasse la même chose, ce qui montre bien que ce proverbe est mensonger. On faisait de même, autrefois, avec les femmes. Quand un homme désirait la femme de son prochain, il cherchait par tous les moyens à exciter contre elle la colère de son mari ou l’encourageait à se révolter contre lui, de sorte que ce dernier finissait par la répudier. Il pouvait alors l’épouser. Cela arrivait très souvent chez les Juifs. L’Évangile raconte que le roi Hérode, qui voulait pourtant passer pour un homme honnête et pieux41, épousa la femme de son frère, alors que celui-ci vivait encore. On voudrait espérer que des choses comme cela ne se produiront pas chez nous, parce que dans le Nouveau Testament il est défendu aux époux de se séparer. Mais il peut arriver qu’un homme enlève à un autre une riche fiancée. Et il n’est pas rare qu’on attire à soi par de belles promesses le serviteur ou la servante de son prochain. Quoi qu’il en soit, il faut savoir que Dieu nous défend de dépouiller notre prochain de ce qui lui appartient. Nous n’avons pas le droit de le priver de ses biens par cupidité, même si nous pouvons les acquérir sans compromettre notre honneur aux yeux du monde. C’est, en effet, de la ruse que de chercher à nuire aux autres sous l’apparence de l’honnêteté, pour qu’on ne le remarque pas. Même si tu avais la réputation de n’avoir fait de tort à personne, tu n’en aurais pas moins nui à ton prochain. Si on ne peut pas t’accuser d’avoir volé ou fraudé, tu as cependant convoité son bien. Tu as cherché à t’en emparer sans qu’il s’en rende compte ou bien à lui prendre quelque chose sans sa permission, et tu n’as pas voulu le laisser jouir des biens que Dieu lui a accordés. Si le juge et le monde entier te déclarent innocent, tu n’en es pas moins coupable devant Dieu. En effet, lui voit très bien la fausseté du cœur et la perfidie du monde qui veut prendre toute la main quand on lui donne un doigt et qui n’hésite pas à recourir à l’injustice et la violence. Nous prenons donc ces deux Commandements dans leur sens ordinaire. Ils nous défendent avant tout de souhaiter du mal à notre prochain, d’aider les autres à lui nuire et de leur en fournir l’occasion. Nous devons, au contraire, lui souhaiter du bien et, de plus, l’aider à conserver ce qu’il possède. Nous devons, en d’autres termes, lui rendre tous les services que nous aimerions bien qu’on nous rende à nous. Ces Commandements condamnent particulièrement la jalousie et la cupidité qui sont la source de tout le mal qu’on peut faire à son prochain. Dieu veut les arracher de notre cœur. Il le dit très clairement quand il déclare : « Tu ne convoiteras pas. » Il veut, pardessus tout, que notre cœur soit pur, même si nous ne pouvons parvenir à cette pureté tant que nous vivons ici-bas. Comme tous les autres Commandements, celui-ci nous accuse donc sans cesse et montre ce que notre honnêteté vaut aux yeux de Dieu.
CONCLUSION DU DÉCALOGUE
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Marc 6, 20.
Table des matières
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Les Dix Commandements expriment de façon admirable la Loi divine qui prescrit ce que nous devons faire pour que notre vie entière plaise à Dieu. Ils sont aussi la source et les canaux d’où doivent jaillir et découler toutes les bonnes œuvres, si bien qu’en dehors de ces Commandements, il n’y a aucune œuvre, si grande et précieuse soit-elle aux yeux du monde, qui puisse plaire à Dieu. Mais nos grands saints, qui vantent leurs ordres religieux et se glorifient des œuvres difficiles qu’ils font et qu’ils ont imaginées eux-mêmes, négligent celles que Dieu a commandées. Elles ne sont pas assez importantes à leurs yeux ou bien ils croient les avoir accomplies depuis longtemps. Je pense personnellement que nous aurions assez à faire si nous voulions pratiquer les vertus suivantes : la douceur, la patience, l’amour de nos ennemis, la chasteté, la bienfaisance, etc., avec tout ce que cela comprend. Mais ce sont là des choses qui ne brillent pas aux yeux du monde. Elles n’ont pour lui rien d’extraordinaire et il ne voit pas en quoi il faudrait les célébrer. Elles ne sont pas liées à des temps, des lieux et des usages particuliers. Ce sont des choses tout à fait ordinaires, qui font partie de la vie de tous les jours, des choses que chacun peut mettre en pratique dans ses relations avec ses voisins. C’est pour cela qu’on les méprise. Les autres œuvres, elles, attirent les regards et leur éclat est encore rehaussé par des cérémonies fastueuses dans de splendides édifices. Il faut que tout brille et resplendisse. Alors on brûle de l’encens, on chante, on sonne les cloches, on allume des cierges et des lustres, de sorte qu’on ne peut plus voir ni entendre autre chose. Quand un prêtre se tient debout, vêtu d’une chasuble dorée, ou qu’un fidèle reste une journée entière à genoux dans l’église, on dit que c’est une chose excellente qu’on ne saurait assez exalter. Mais quand une pauvre servante veille sur un petit enfant et accomplit fidèlement ce qu’on lui a demandé de faire, cela ne vaut rien. Pourquoi, en effet, irait-on au couvent et se ferait-on moine ou nonne, si ce n’était pas le cas ? C’est une chose abominable quand nos soi-disant saints prétendent mener une vie supérieure à ce que prescrit le Décalogue. La vie conforme au Décalogue, disent-ils, est bonne pour les gens ordinaires, mais l’autre est pour nous qui sommes saints et parfaits. Ils ne voient pas, les malheureux, que personne ne peut observer parfaitement un seul des Dix Commandements. Il faut, au contraire, que le Symbole apostolique et le Notre Père nous viennent en aide pour que, par leur moyen, comme nous le verrons plus loin, nous cherchions, demandions et recevions sans cesse la force nécessaire pour y parvenir. Quand ils se vantent, c’est comme si moi je disais : « Je n’ai pas un seul denier, mais je peux vous payer dix écus42. » Je dis tout cela pour qu’on soit délivré de cette dangereuse erreur si profondément enracinée en chacun de nous, et qu’on prenne l’habitude, à quelque état qu’on appartienne dans la société, de ne penser qu’à la Loi de Dieu et de se soumettre à elle. On ne trouvera jamais de préceptes qui valent les Dix Commandements, ni d’états qui surpassent les états que ces Commandements instaurent. Ils sont si élevés que personne ne peut les accomplir par ses propres forces. Celui qui y parvient est un être céleste, un ange qui domine de haut toute la sainteté du monde. Essaie des les accomplir, mets-y toute ta volonté, toute ta force, et tu auras tant à faire que tu ne chercheras plus d’autres œuvres ni d’autre sainteté. Nous avons dit tout ce qu’il y avait à dire au sujet du premier point de la doctrine chrétienne, pour instruire et exhorter les fidèles. Mais pour conclure, nous rappellerons le texte qui s’y rapporte et dont nous avons déjà parlé dans l’explication du premier Commandement, pour qu’on
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Un écu valait à l’époque beaucoup plus qu’un simple denier.
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comprenne bien combien Dieu veut qu’on s’applique à bien apprendre et bien enseigner les Dix Commandements et à les mettre en pratique :
Moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui use de bienveillance jusqu’à mille générations envers ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.
Ce texte est rattaché au premier Commandement, mais il se rapporte à tous les dix et sert de conclusion au Décalogue tout entier. Comme je l’ai dit plus haut, il faut rappeler et inculquer ces paroles à la jeunesse, pour qu’elle les apprenne bien et les retienne. Elle saura alors ce qui doit nous pousser et nous inciter à observer les Dix commandements. C’est pour cela qu’il est bon de raccrocher ce texte à chaque Commandement en particulier, pour qu’il le pénètre et qu’il traverse ainsi l’ensemble du Décalogue. Ces paroles expriment tout d’abord une menace, puis une promesse pleine d’amour. Elles veulent nous effrayer et nous avertir, mais aussi nous préparer à recevoir la Parole de Dieu comme une parole sérieuse et à lui accorder toute notre attention. Dieu dit lui-même combien sa Parole est importante pour lui et combien il veut qu’elle le soit aussi pour nous. Il déclare, en effet, qu’il punira de manière redoutable et terrible tous ceux qui méprisent et transgressent ses Commandements. Puis il dit qu’il récompensera abondamment et accordera ses nombreux bienfaits à ceux qui les observent et prennent plaisir à y conformer leurs actes et leur vie. Il exige donc que notre obéissance vienne d’un cœur qui le craint lui seul et qui, à cause de cela, renonce à tout ce qui est contraire à sa volonté, pour ne pas l’irriter. Mais il veut aussi que notre obéissance vienne d’un cœur qui se confie en lui seul et qui, par amour, fait tout ce qu’il ordonne. Il nous parle en effet avec toute la bonté d’un père et nous offre sa grâce et ses bienfaits. C’est comme cela, en effet, qu’il faut interpréter et comprendre le premier Commandement, qui est aussi le plus grand de tous et celui duquel tous les autres découlent. Ainsi ces mots : « Tu n’auras pas d’autres dieux » ne signifient rien d’autre que ce qui est commandé ici : « Tu dois me craindre et m’aimer comme ton seul Dieu et te confier en moi. » Celui qui craint et aime Dieu de tout son cœur accomplit le premier Commandement, et du même coup tous les autres. Inversement, celui qui craint et aime autre chose dans le ciel ou sur la terre n’observe ni ce Commandement ni les autres. C’est pour cela que l’Écriture tout entière souligne ce Commandement et en parle si souvent. Elle ramène tout à ces deux choses, la crainte de Dieu et la confiance. Le prophète David, en particulier, le fait constamment dans ses psaumes, quand il dit : « L’Éternel aime ceux qui le craignent, ceux qui espèrent en sa bonté »43. On peut dire qu’avec ce seul verset il explique le Commandement tout entier. C’est comme s’il disait : L’Éternel prend plaisir à ceux qui n’ont pas d’autres dieux. Le premier Commandement doit donc éclairer tous les autres. Ces paroles sont comme la trame d’un tissu. Elles doivent passer à travers tous les Commandements. C’est comme un cercle sur lequel on fixe les fleurs d’une couronne : il sert à fermer la couronne et à relier les fleurs les unes aux autres. Ainsi, ces paroles servent à réunir en un bel ensemble tous les Commandements. Il faut donc toujours les répéter et ne jamais les oublier. Prenons pour exemple le deuxième 43
Psaume 147, 11.
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Commandement : il nous demande de craindre Dieu et de ne pas faire un mauvais usage de son nom en jurant, en mentant, en trompant, en séduisant ou en commettant quelque autre mauvaise action. Nous devons, par contre, nous servir de ce nom pour invoquer le Seigneur, le prier, le louer et le remercier. Tout cela résulte de l’amour et de la confiance que nous devons témoigner à Dieu selon le premier Commandement. Cette crainte, cet amour et cette confiance doivent aussi nous pousser à ne pas mépriser sa Parole, mais à la méditer, à l’écouter avec joie et à la mettre en pratique avec un saint respect. C’est vrai aussi pour les Commandements suivants qui se rapportent au prochain. Le premier Commandement veut nous inciter à honorer nos parents, nos supérieurs et toutes les autorités, à leur être soumis et leur obéir, non pas parce qu’ils le mériteraient en eux-mêmes, mais parce que Dieu le veut. Ce n’est ni ton père ni ta mère que tu dois respecter et craindre. A vrai dire, ce n’est même pas l’amour filial qui doit te dicter ta conduite, mais c’est la volonté de Dieu. C’est à lui que tu as des comptes à rendre. Si tu ne fais pas ce qu’il commande, il sera pour toi un juge en colère. Mais si tu lui obéis, tu trouveras en lui un Père miséricordieux. De même, tu ne dois faire aucun mal à ton prochain. Tu ne dois lui causer aucun dommage, ni être violent avec lui. Tu ne dois lui nuire en rien. Pour suivre l’ordre du Décalogue : tu ne dois lui nuire ni par rapport à son corps, ni par rapport à sa femme, ni par rapport à ses biens, ni par rapport à son honneur ou son droit. Même si tu en as les moyens, que tu trouves une raison valable de le faire et que personne ne pourrait te punir pour cela. Tu dois, au contraire, rendre service à tous les hommes, les aider et les secourir autant que tu peux, et tu dois faire cela uniquement par amour pour Dieu et en te confiant en lui, en ayant l’assurance qu’il te rendra abondamment tout ce que tu fais pour eux. Tu vois ainsi que le premier Commandement est le Commandement suprême, celui dont découlent tous les autres. Et inversement, tous les autres se ramènent au premier et en dépendent, de telle sorte que du début jusqu’à la fin, le Décalogue est un tout bien ordonné. Voilà ce qu’il faut enseigner, inculquer et rappeler sans cesse aux enfants, pour qu’ils soient élevés dans la crainte et le respect de Dieu, et non pas simplement dressés comme on dresse des animaux en les frappant à tour de bras. Il faut qu’ils sachent que ce qu’on leur enseigne n’est pas une doctrine humaine, mais le Commandement de la Majesté Suprême qui veille sévèrement à ce qu’on observe sa Loi. Elle s’irrite contre ceux qui la méprisent et les punit terriblement, mais elle récompense aussi abondamment ceux qui l’observent. Quand on sait cela et qu’on y réfléchit bien, on se sent poussé à faire la volonté de Dieu et on y prend plaisir. C’est là la raison pour laquelle l’Ancien Testament ordonne qu’on placarde le Décalogue sur les murs et dans tous les recoins des maisons, et même sur les vêtements44. Pas seulement pour qu’il soit là, bien en vue, comme le faisaient les Juifs45, mais pour que nous l’ayons sans cesse sous les yeux, que nous y pensions toujours et qu’il soit la règle de notre conduite et de toute notre vie. Nous devons consulter le Décalogue tous les jours, à tout moment et quoi que nous fassions, comme s’il était écrit en tous lieux, partout où nous sommes, partout où nous allons et partout où nous demeurons. Nous trouverions ainsi, sans avoir à les chercher bien loin, de nombreuses occasions chez nous, dans notre propre maison et dans nos rapports avec nos voisins, de mettre les Commandements de Dieu en pratique.
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Deutéronome 6, 8.9 ; Nombres 15, 38. Matthieu 23, 5.
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On voit ainsi quel prix il faut accorder aux Dix Commandements. Il faut les estimer plus que tout au monde, plus que tous les préceptes qu’on a coutume d’enseigner et toutes les œuvres qu’on a l’habitude de préconiser. Alors nous allons lancer ce défi : Faites paraître tous les sages et tous les saints du monde, qu’on sache s’ils peuvent présenter une seule œuvre comparable à la plus petite œuvre que Dieu prescrit dans ces Commandements, aux choses qu’il nous demande de faire sous peine d’encourir sa colère et un châtiment terrible, mais aussi avec la magnifique promesse qu’il nous fait de vouloir nous combler de ses bienfaits. Conclusion : il faut enseigner ces Commandements avant toute autre chose et les regarder comme un trésor inestimable que Dieu nous a offert.
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DEUXIÈME PARTIE - LA FOI 46 Nous avons étudié le premier point de la doctrine chrétienne et avons vu ce que Dieu nous ordonne et ce qu’il nous interdit. Nous allons parler maintenant de la Foi qui nous dit ce que nous pouvons espérer et recevoir de lui. C’est elle qui nous le fait connaître, pour que nous puissions accomplir ce que nous devons faire d’après les Dix Commandements. Ceux-ci en effet se situent à un niveau très élevé, si bien que nous sommes, malgré toutes nos forces, trop faibles pour les observer. Il est donc tout aussi important d’apprendre ce deuxième point que le premier. Il nous enseigne, en effet, comment nous pouvons arriver à les observer, où nous trouverons les forces nécessaires à cela. En effet, si par nos propres forces nous pouvions accomplir convenablement les Dix Commandements, nous n’aurions plus besoin de rien, ni de la Confession de foi ni du Notre Père. Nous allons donc voir quelle est l’utilité de cette Confession de foi et en quoi elle est nécessaire. Mais nous allons d’abord expliquer aux gens simples ce qu’elle enseigne. Le Symbole apostolique est fait de douze articles de foi, mais si on prenait séparément tout ce que l’Écriture enseigne au sujet de la foi, il y en aurait beaucoup plus et on ne pourrait pas les expliquer en quelques mots. Quand on instruit des enfants, il faut expliquer les choses simplement. Pour que le Symbole apostolique soit plus facile à comprendre, nous le diviserons en trois articles principaux, d’après les trois personnes de la Trinité auxquelles se rapporte tout ce que nous croyons. Le premier article, qui parle du Père et explique la création. Dans le deuxième article qui concerne le Fils, il est question de la rédemption. Enfin, le troisième qui traite du saint-Esprit parle de la sanctification. On peut donc résumer la foi chrétienne en ces quelques mots : Je crois en Dieu le Père qui m’a créé. Je crois en Dieu le Fils qui m’a racheté. Et je crois au Saint-Esprit qui me sanctifie. Il n’y a qu’un seul Dieu et une seule foi, mais il y a trois personnes, et donc trois articles de foi. Nous allons les étudier rapidement.
PREMIER ARTICLE Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre
Cet article nous dit en peu de mots qui est Dieu le Père, ce qu’il veut et ce qu’il fait. Les Dix Commandements nous ordonnent de n’avoir qu’un Dieu. Alors nous posons les questions suivantes : Qui est-il ? Que fait-il ? Comment peut-on le glorifier ? Comment le dépeindre et le décrire pour qu’on puisse le connaître ? C’est tout cela que nous apprennent cet article et les suivants, de sorte que le Symbole n’est autre chose qu’une réponse des chrétiens au premier Commandement. Si on demande à un jeune enfant : Mon cher enfant, qui est ton Dieu et que saistu de lui ? il pourra dire : Mon Dieu, c’est d’abord le Père qui a créé le ciel et la terre. Je crois qu’il n’y a pas d’autre Dieu, car personne d’autre n’aurait pu créer le ciel et la terre.
C’est ce qu’on appelle encore le Symbole apostolique ou le Credo. « Credo » veut dire en latin « je crois ». C’est le premier mot du Symbolique apostolique en latin. 46
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Quand on a affaire à des savants et des gens qui ont beaucoup d’instruction, on peut expliquer les trois articles dans le détail et les diviser en autant de parties qu’il y a de mots. Mais il suffit pour les écoliers de souligner l’essentiel, c’est-à-dire de montrer que cet article concerne la création et d’expliquer ces mots : « Créateur du ciel et de la terre. » Alors que signifient les paroles : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur, etc. » ? Qu’est-ce qu’on veut dire en confessant cela ? Réponse : Je veux dire par là et je crois que je suis une créature de Dieu, c’està-dire qu’il m’a donné et me conserve sans cesse mon corps, mon âme et ma vie, mes membres, aussi bien les petits que les grands, tous mes sens, la raison et l’intelligence, et tout le reste : nourriture et boisson, vêtements, femme et enfants, mes employés, ma demeure, etc. De plus, Dieu fait que tout ce qu’il a créé soit à mon service : le soleil, la lune et les étoiles qui brillent dans le ciel, le jour et la nuit, l’air, le feu, l’eau, la terre et tout ce qu’elle produit, les oiseaux, les poissons et tous les animaux, les céréales et toutes sortes de plantes. Il nous accorde encore beaucoup d’autres bienfaits matériels, un bon gouvernement, la paix, la sécurité. Cet article nous enseigne donc que personne ne possède la vie par lui-même ni ne peut la conserver par ses propres moyens. C’est vrai aussi de tous les biens que nous venons d’énumérer, y compris de la plus petite chose qu’on puisse imaginer. Tout cela est compris dans le mot « Créateur ». Nous croyons aussi que Dieu le Père ne nous a pas seulement donné tout ce que nous possédons et tout ce que nous voyons, mais que chaque jour il nous protège et nous garde de tout mal et de tout ce qui pourrait nous nuire. Il détourne de nous les dangers et les accidents, et il fait tout cela par amour, tout simplement parce qu’il est bon, et sans que nous l’ayons mérité. Comme le meilleur des pères, il prend soin de nous pour qu’il ne nous arrive aucun malheur. Ceci se rapporte aux mots « Père tout-puissant » qui forment la deuxième partie de cet article. Il s’ensuit que Dieu nous donne et nous conserve chaque jour tout ce que nous possédons, ainsi que tout ce qui est au ciel et sur la terre. C’est pourquoi nous devons l’aimer, le louer sans cesse, le remercier pour ses dons et les consacrer à son service, comme il l’ordonne dans les Dix Commandements. Il n’y a pas beaucoup de gens qui croient en cet article, et il y aurait bien des choses à dire à ce sujet. On se contente souvent de l’entendre et de le répéter, sans comprendre le sens des mots et sans y réfléchir. Si nous le croyions vraiment de tout notre cœur, nous agirions autrement et ne serions pas si orgueilleux et si arrogants. Nous ne ferions pas les fiers, comme si c’était grâce à nous que nous aurions la vie, la richesse, la puissance, l’honneur, etc., et comme s’il fallait pour cela nous craindre et nous servir. C’est ce que fait ce monde misérable et corrompu. Dans son aveuglement, il abuse de tous les biens et dons de Dieu pour satisfaire son orgueil, son avarice, ses désirs et ses envies, sans même penser à remercier Dieu et sans reconnaître en lui le Seigneur et le Créateur. Cet article devrait nous humilier et nous secouer, si nous le croyions vraiment. En effet, nous péchons chaque jour avec les yeux, les oreilles, les mains, le corps et l’âme, avec notre argent, nos biens et tout ce que nous possédons. C’est surtout vrai de ceux qui, en plus, luttent contre la Parole de Dieu. Les chrétiens ont un avantage sur le monde : ils savent qu’ils doivent pour tous ces bienfaits servir Dieu et lui obéir. Il faut donc que nous étudiions et méditions cet article chaque jour. Chaque fois qu’il nous arrive quelque chose d’heureux ou que nous échappons à un danger, il faut se souvenir que c’est à Dieu que nous le devons. Alors nous sentirons et verrons dans tout cela son cœur paternel et son amour infini. Notre cœur en sera réchauffé et nous brûlerons du désir de lui montrer notre reconnaissance et de mettre tous nos biens à son service.
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Voilà en peu de mots le sens de cet article. Il faut avant tout apprendre aux gens simples ce que nous recevons du Seigneur et ce que nous lui devons en retour. C’est là une connaissance extrêmement précieuse. C’est le plus grand des trésors. Nous voyons ainsi comment le Père s’offre à nous avec tout ce qu’il a créé et nous comble de bienfaits dans cette vie. Il nous accorde de plus, par son Fils et par le Saint-Esprit, des bienfaits éternels tellement beaux qu’on peut à peine les décrire. C’est ce que nous allons voir encore.
DEUXIÈME ARTICLE Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit et qui est né de la Vierge Marie. Il a souffert sous Ponce Pilate ; il a été crucifié ; il est mort ; il a été enseveli ; il est descendu aux enfers. Le troisième jour, il est ressuscité des morts ; il est monté au ciel ; il s’est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant, et il viendra de là pour juger les vivants et les morts.
Cet article nous fait connaître la deuxième personne de la divinité et nous montre ce que nous recevons de Dieu, en plus des biens matériels dont nous venons de parler. Il s’est entièrement livré pour nous. Il n’a rien gardé pour lui, mais nous a tout donné. Cet article est très riche et vaste, mais pour le présenter en peu de mots et le mettre à la portée des enfants, nous choisirons une parole qui en renferme tout le sens en nous montrant comment nous avons été rachetés. Nous nous bornerons à expliquer ces mots : « Et en Jésus-Christ, notre Seigneur. » Si on t’interroge sur le deuxième article et qu’on te demande : Que sais-tu de Jésus-Christ ? tu répondras en peu de mots : Je crois que Jésus-Christ, vrai Dieu, est devenu mon Seigneur. Et que signifient ces mots : il est devenu mon Seigneur ? Cela veut dire qu’il m’a délivré du péché, du diable, de la mort et de tout mal. Avant cela, je n’avais ni seigneur, ni roi, mais j’étais sous la puissance du diable, condamné à mort et retenu dan les liens du péché, et j’étais aveugle. Quand Dieu nous eut créés et nous eut donné toute sorte de biens, le diable est venu. Il nous a poussés à désobéir et nous a fait tomber dans le péché, dans la mort et la misère. La colère de Dieu s’est abattue sur nous et nous avons été condamnés à la perdition éternelle que nous avions méritée. Alors il n’y avait plus pour nous ni aide, ni espoir, ni consolation, jusqu’au moment où le Fils unique et éternel de Dieu, dans son immense bonté, a eu pitié de notre misère et de notre détresse. Il est venu du ciel à notre secours. Maintenant les tyrans auxquels nous étions soumis sont tous chassés, et c’est Jésus-Christ, le prince de la vie, de la justice, de tous les biens et du salut éternel qui a pris leur place. Il nous a arrachés, nous, pauvres hommes perdus, au gouffre de l’enfer. Il nous a rachetés et délivrés. Il nous a fait entrer dans la grâce du Père, si bien que nous lui appartenons. Il nous a pris sous sa protection pour nous gouverner par sa justice, sa sagesse et sa puissance, et nous apporter la vie et le salut. On peut donc exprimer tout le contenu de cet article en disant que le mot « Seigneur » signifie tout simplement « Sauveur ». Le Seigneur, c’est celui qui nous a délivrés du diable et amenés à Dieu. Il nous a fait passer de la mort à la vie, du péché à la justice et nous maintient dans tout cela. Quant aux phrases qui suivent, elles ne font qu’expliquer la rédemption. Elles montrent comment et par qui elle a été faite, combien le Seigneur a payé cher pour que nous lui appartenions et 46
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soyons sous sa domination. Il a été conçu du Saint-Esprit et est devenu homme. Il est né de la Vierge Marie sans aucun péché, afin d’être le maître du péché. Il a souffert, il est mort et a été enseveli. C’est ainsi qu’il a satisfait pour moi et payé ma dette, non pas à prix d’or ou d’argent, mais au prix de son propre et précieux sang. Et tout cela, il l’a fait pour devenir mon Seigneur, car il n’était pas obligé de le faire et il ne l’a pas fait pour lui-même. Ensuite, il est ressuscité, il a dévoré et englouti la mort, il est monté au ciel et a pris le pouvoir à la droite du Père. Ainsi le diable et toute sa puissance sont soumis à sa domination et jetés à ses pieds. Enfin, au dernier jour, il nous séparera et nous délivrera de ce monde impie, du diable, de la mort, du péché, etc. On n’a pas besoin de développer tout cela séparément, quand on instruit des enfants. Par contre, dans les grands sermons qu’on prononce tout au long de l’année et tout spécialement aux temps destinés à cela, il faut exposer ces choses dans le détail et parler successivement de la naissance, de la passion, de la résurrection et de l’ascension du Christ. Tout l’Évangile que nous prêchons repose sur cet article. Il faut donc s’appliquer à bien le comprendre, car de lui dépendent notre salut et notre bonheur éternel. Il est si riche et si vaste qu’on ne pourra jamais l’épuiser.
TROISIÈME ARTICLE Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église chrétienne47, la communion des saints, la rémission48 des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle.
Le mieux, pour expliquer cet article, est de partir de la sanctification, car c’est de cela qu’il est question ici. Le Saint-Esprit, en effet, est présenté et décrit dans sa fonction qui consiste à sanctifier les hommes. Il faut prendre comme point de départ le mot « Saint-Esprit ». C’est ce qu’il y a de plus simple. Il y a plusieurs sortes d’esprits. L’Écriture parle de l’esprit de l’homme, d’esprits célestes et d’esprits mauvais. Mais seul l’Esprit de Dieu est appelé Esprit Saint. C’est lui, en effet, qui nous a sanctifiés et qui continue de le faire. Nous appelons le Père Créateur et le Fils Rédempteur. Il convient donc d’appeler le Saint-Esprit, en raison de l’œuvre qu’il accomplit, le Sanctificateur. Comment se passe la sanctification ? Réponse : De même que le Fils est devenu, par sa naissance, sa mort et sa résurrection, etc., notre souverain à qui nous appartenons, de même le Saint-Esprit réalise la sanctification par les moyens désignés par les mots qui suivent, à savoir la communion des saints ou l’Église chrétienne, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle. C’est lui qui nous introduit dans sa sainte communauté et qui fait de nous des membres de l’Église dans laquelle il nous prêche l’Évangile et nous amène au Christ.
Nous avons déjà mentionné plus haut que dès le XV° siècle, on traduisait le latin « ecclesia catholica » par «Église chrétienne ». « Catholica » en latin signifie « universelle ». Mais sous la papauté, le mot avait fini par désigner l’Église Catholique Romaine. C’est la raison pour laquelle les protestants évitent généralement de l’utiliser. 48 Rappelons ici que « rémission des péchés » et « pardon des péchés » désignent la même chose. Remettre les péchés, c’est les pardonner. 47
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En effet, ni toi, ni moi ne pourrions rien savoir du Christ, ni croire en lui ni l’avoir pour Seigneur, si le Saint-Esprit n’ouvrait pas notre cœur à la prédication de l’Évangile par laquelle il nous offre et nous accorde ses dons. L’œuvre est accomplie. C’est le trésor que le Christ nous a acquis, qu’il a gagné pour nous par ses souffrances, sa mort et sa résurrection, etc. Mais si cette œuvre restait cachée, si personne ne la connaissait, il l’aurait accomplie en vain. Elle ne servirait à rien. Il ne faut pas que ce trésor reste caché, mais qu’il soit utilisé et exploité. Dieu a donc envoyé sa Parole pour nous annoncer le salut en Christ. Par elle, il nous donne le Saint-Esprit qui nous fait entrer en possession de ce trésor, pour que la rédemption nous appartienne. Nous sanctifier, c’est nous amener au Christ, notre Seigneur, pour que nous recevions ces biens que nous ne pourrions pas obtenir de nous-mêmes. Je vais t’expliquer le plus clairement possible ce que signifie cet article. Si on te demande : Que signifient pour toi ces mots : Je crois au Saint-Esprit ? tu répondras : Je crois que le Saint-Esprit me sanctifie, comme son nom l’indique. Comment le Saint-Esprit fait-il cela et quels moyens utilise-t-il ? Réponse : Ces moyens sont l’Église chrétienne, le pardon des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle. En effet, le Saint-Esprit a dans le monde un peuple qui lui appartient. Ce peuple ou cette communauté est la mère qui enfante chaque chrétien et le nourrit de la Parole divine que révèle et enseigne le Saint-Esprit. Il éclaire notre cœur, ainsi nous pouvons comprendre la Parole de Dieu, la recevoir, nous fonder sur elle et y demeurer attachés. Partout, en effet, où le Saint-Esprit ne fait pas prêcher la Parole et n’éveille pas dans le cœur le désir de la recevoir avec foi, elle est perdue. C’est ce qui est arrivé sous la papauté où la foi était laissée de côté et où personne ne reconnaissait le Christ pour Seigneur, ni le Saint-Esprit pour Sanctificateur. En d’autres termes, personne ne croyait que le Christ est Seigneur au sens que nous avons indiqué, c’est-à-dire celui qui, sans nos œuvres et nos mérites, nous a acquis un si grand trésor et nous a rendus agréables au Père. Pourquoi cela ? Parce que le Saint-Esprit qui aurait pu révéler cela et le faire prêcher, n’était pas là. Par contre, il y avait des hommes et des esprits mauvais qui nous apprenaient à nous sauver nous-mêmes et à mériter la grâce par nos œuvres. Mais une telle Église n’est pas l’Église chrétienne. Là où on ne prêche pas le Christ, il n’y a pas de Saint-Esprit pour fonder, appeler et réunir l’Église chrétienne. En dehors de l’Église, en effet, personne ne peut venir au Christ. Voilà le sens de cet article. Les différentes choses qui y sont énumérées ne sont pas très faciles à comprendre. Nous allons donc les expliquer. La sainte Église chrétienne est appelée dans le Symbole des apôtres « communio sanctorum »49. Les deux expressions, Église chrétienne et communion des saints, sont des synonymes. Il fut un temps où l’expression « communion des saints » n’existait pas dans le Symbole. Elle est mal traduite en allemand, car l’expression « communion des saints » est incompréhensible. Pour que les choses soient claires, il faudrait un autre mot en allemand. En effet, le mot « ecclesia »50 désigne à vrai dire une « assemblée ». Nous avons l’habitude de parler en allemand de « Kirche » (Église). Or ce mot désigne pour les gens simples non pas l’assemblée des fidèles, mais un édifice religieux. Le lieu de culte ne devrait pas être appelé « église ». Il ne porte ce nom que parce que c’est là que se réunit l’assemblée. Pour nous réunir, il nous faut un bâtiment, et le mot « église » a ainsi fini par désigner ce bâtiment. Le mot allemand « Kirche » (Église) signifie donc, à proprement parler, assemblée. Il n’est pas d’origine allemande, mais vient du latin « ecclesia » qui, lui, vient du grec. Le mot grec correspondant est « kyria », d’où vient le mot latin « curia » qui a le même sens. Pour employer des 49 50
Terme latin qui signifie en français « communion des saints ». Mot latin qui signifie « Église ».
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mots vraiment allemands, qui viennent de notre langue maternelle, il faudrait dire : « eine christliche Gemeinde oder Versammlung » (une communauté ou une assemblée chrétienne). L’expression la meilleure et la plus claire de toutes serait « eine heilige Christenheit » (une sainte chrétienté51). On a ajouté le mot « communio » qu’il ne faudrait pas traduire par communion, mais par communauté. Il veut simplement expliquer ce qu’est l’Église chrétienne. Ceux qui ne savent ni le latin ni l’allemand l’ont traduit par « communion ». Ainsi est née l’expression « communion des saints » qui ne veut rien dire et n’a pas de sens en allemand. Pour parler vraiment allemand, on devrait dire : la communauté des saints, c’est-à-dire la communauté dans laquelle il y a que des saints ou, mieux encore, une sainte communauté. Je dis cela pour faire comprendre l’expression « communion des saints ». Les gens se sont habitués à elle, et c’est une habitude dont ils auront du mal à se défaire. On crie à l’hérésie, en effet, dès qu’on change un mot. Voici donc le sens de l’expression « communion des saints » : Je crois qu’il y a sur la terre une sainte communauté, un petit groupe de chrétiens dont le Christ est le seul Chef. C’est le Saint-Esprit qui les assemble et les réunit. Ils ont une même foi, les mêmes sentiments et une même pensée. Ils ont reçu des dons différents, mais sont unis dans l’amour, et il n’y a parmi eux ni sectes, ni divisions. Je suis, moi aussi, un membre de cette communauté. J’ai part à tous les biens qu’elle possède. J’ai été amené et introduit dans cette communauté par le Saint-Esprit, au moyen de la Parole de Dieu que j’ai écoutée et que j’écoute encore. C’est la première condition pour y entrer. Avant cela, nous appartenons au diable, nous ne savons rien de Dieu ni du Christ. Le Saint-Esprit restera jusqu’au dernier jour avec la sainte communauté ou la chrétienté par laquelle il nous amène à lui. Il se sert d’elle pour prêcher et enseigner la Parole, et c’est par cette Parole qu’il réalise notre sanctification et la fait progresser. C’est ainsi que grandit la chrétienté, qu’elle se fortifie de jour en jour dans la foi et que cette foi produit ses fruits. Nous croyons aussi que, dans cette Église chrétienne, nous avons le pardon des péchés qui est offert dans les saints sacrements et dans l’absolution, ainsi que dans les nombreuses paroles de consolation et de réconfort qui abondent dans l’Évangile. Il convient donc ici de parler des sacrements, et en fin de compte de l’Évangile et de tous les ministères dans l’Église chrétienne. Il faut que ces ministères soient constamment exercés. Il est vrai que la grâce de Dieu nous a été acquise par le Christ et que le Saint-Esprit nous sanctifie au moyen de la Parole de Dieu, dans la communion de l’Église chrétienne. Mais il est tout aussi vrai que nous ne sommes jamais sans péché, à cause de notre chair qui pèse encore sur nous. C’est donc dans la chrétienté que nous sommes invités à chercher et trouver chaque jour le pardon des péchés offert dans la Parole et les signes sacrés52 pour consoler et relever notre conscience tant que nous vivons dans ce monde. Ainsi, bien que nous soyons pécheurs, grâce à l’action du Saint-Esprit le péché ne peut pas nous nuire, parce que nous sommes dans l’Église chrétienne où il n’y a que pardon. Dieu nous pardonne et nous nous pardonnons nos péchés réciproquement ; nous portons les fardeaux des uns et des autres et nous nous aidons mutuellement. En dehors de la chrétienté, là où il n’y a pas d’Évangile, il ne peut pas y avoir de pardon des péchés ni de sanctification. Par conséquent, tous ceux qui veulent mériter la sanctification par leurs
Ou une sainte Église chrétienne. « Chrétienté » et « Église chrétienne » signifient pour Luther la même chose. 52 C’est-à-dire les sacrements. 51
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œuvres, qui la cherchent par ce moyen et non par l’Évangile et le pardon des péchés, s’excluent eux-mêmes de l’Église chrétienne et s’en séparent. Lorsque la sanctification a commencé et qu’elle progresse de jour en jour, notre chair périt et est enterrée avec toutes ses souillures. Et elle reparaît et ressuscite en gloire dans une sainteté parfaite et animée d’une vie nouvelle et immortelle. Dans la vie présente, nous ne sommes qu’à moitié purs et saints ; le Saint-Esprit agit constamment en nous par la Parole et nous accorde chaque jour le pardon des péchés. Dans la vie future, au contraire, il n’y aura plus de pardon des péchés, mais nous serons entièrement purs et saints, pleins de piété et de justice, délivrés de tout péché, de la mort et de tout mal, et nous aurons un corps nouveau, immortel et glorieux. Tout cela est l’oeuvre et le travail du Saint-Esprit. Dans cette vie terrestre, il commence notre sanctification et la fait progresser de jour en jour en utilisant ces deux moyens : l’Église chrétienne et le pardon des péchés. Quand nous tomberons en pourriture, il achèvera notre sanctification en un instant et nous maintiendra dans une sainteté parfaite par les deux dernières choses que mentionne cet article. Il est dit « la résurrection de la chair », ce qui n’est pas une bonne expression en allemand. Quand nous entendons le mot « chair », nous pensons automatiquement à la viande que vend le boucher. Pour bien parler l’allemand, il faudrait dire « la résurrection du corps ou du cadavre ». Mais peu importe, il suffit de bien s’entendre sur le sens des mots. Le troisième article parle d’une œuvre qui n’est pas encore terminée. La création, elle, est achevée. La rédemption aussi. Mais le Saint-Esprit, lui, poursuit son œuvre jusqu’au Jugement dernier. C’est pour cela qu’il a fondé sur cette terre une communauté par laquelle il dit et fait toute chose. Il n’a pas encore fini de rassembler la chrétienté et de distribuer à tous la rémission des péchés. C’est pourquoi nous croyons en celui qui nous appelle chaque jour par la Parole et qui, par cette Parole et par le pardon des péchés, nous donne la foi, l’augmente et la fortifie. Un jour, tout cela sera accompli. Si nous avons persévéré dans la foi, nous serons morts au monde et délivrés de tous les maux. Alors le Saint-Esprit nous rendra parfaitement saints pour l’éternité. Nous attendons cela aujourd’hui avec foi, en nous fondant sur la Parole. Le Symbole apostolique dépeint admirablement Dieu, sa volonté et son œuvre. Il le fait en quelques phrases très riches de sens. C’est en cela que consiste toute notre sagesse qui surpasse la sagesse, la pensée et la raison humaines. Le monde entier a cherché à comprendre Dieu, ce qu’il veut et ce qu’il fait, mais il n’y est pas parvenu. Tout cela, tu le trouves ici. En effet, dans ces trois articles Dieu a lui-même montré son cœur de père et dévoilé le profond abîme de son amour pur qu’aucune langue humaine ne peut décrire. Il nous a créés pour nous sauver et nous sanctifier. Il nous permet de posséder tout ce qui est au ciel et sur la terre et d’en jouir. Il a fait plus encore : il a donné son Fils et le Saint-Esprit par lesquels il veut nous attirer à lui. Sans notre Seigneur Jésus-Christ, en effet, nous ne pourrions jamais connaître la faveur et la grâce du Père, car il est le miroir du cœur paternel de Dieu sans qui nous ne voyons en Dieu qu’un juge dont la colère fait trembler. Et nous ne saurions rien du Christ si le Saint-Esprit ne nous le révélait pas. Ces articles de foi séparent les chrétiens de tous les autres hommes du monde. Ceux qui sont en dehors de l’Église chrétienne, comme les païens, les Turcs, les Juifs, les faux chrétiens ou les hypocrites, peuvent certes croire qu’il y a un seul vrai Dieu et n’adorer que lui. Mais ils ne savent pas ce que ce Dieu pense d’eux. Ils ne peuvent donc pas espérer en son amour ni attendre de lui aucun bien. Ils restent ainsi sous la menace de la colère divine et de la damnation éternelle, parce que le Christ n’est pas leur Seigneur. Ils n’ont pas reçu les dons du Saint-Esprit pour les éclairer.
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Le Symbole des apôtres nous enseigne donc quelque chose de très différent de ce que nous apprennent les Dix Commandements. Ceux-ci nous disent ce que nous devons faire. Le Symbole, au contraire, nous dit ce que Dieu fait pour nous et ce qu’il nous donne. Les Dix Commandements sont écrits dans le cœur de tous les hommes, tandis que les articles de foi ne peuvent pas être compris par la sagesse humaine. Ils ne peuvent être enseignés que par le Saint-Esprit. La Loi ne peut pas faire de nous des chrétiens. Elle fait toujours planer sur nous la colère de Dieu, puisque nous ne pouvons pas accomplir ce qu’il nous commande. La foi, au contraire, apporte avec elle la grâce, elle nous rend pieux et agréables à Dieu. En sachant cela, nous prenons plaisir à accomplir tous ses Commandements, parce que nous voyons comment Dieu se donne entièrement à nous, avec tout ce qu’il a, pour nous aider à observer ses Commandements. Le Père nous donne toutes ses créatures, le Christ toutes ses œuvres, le Saint-Esprit tous ses dons. Ce que nous avons dit du Symbole suffira pour les gens simples. Il ne faut pas les surcharger, mais leur faire comprendre l’essentiel. Ensuite, par leur étude personnelle, ils peuvent parvenir à une connaissance toujours plus complète du Symbole, en y rattachant tout ce qu’ils apprennent par l’Écriture. Ainsi, pendant toute notre vie nous avons de quoi l’étudier et l’enseigner.
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TROISIÈME PARTIE - LE NOTRE PÈRE Le Décalogue et le Symbole apostolique nous ont montré ce que nous devons faire et ce que nous devons croire, en quoi consiste la vie la meilleure et la plus heureuse. Voici maintenant le troisième point : Comment devons-nous prier ? Nous avons vu que personne ne peut accomplir parfaitement les Dix Commandements, même s’il a commencé à croire, et que le diable avec toute sa puissance s’y oppose, ainsi que le monde et notre propre chair. Rien n’est donc aussi nécessaire que d’appeler constamment Dieu à l’aide. Nous devons l’invoquer et le prier de nous donner, de nous conserver et de nous augmenter la foi, de nous aider à accomplir les Dix Commandements et de supprimer tous les obstacles qui voudraient nous en empêcher. Et pour que nous sachions ce que nous devons demander, le Christ, notre Seigneur, nous a lui-même enseigné une prière. Avant d’expliquer les demandes du Notre Père, il faut exhorter le peuple à prier, comme l’ont fait le Christ et les apôtres. Il faut, avant tout, qu’on sache que la prière est un devoir : Dieu nous demande de prier. Dans l’explication du deuxième Commandement : « Tu ne prendras pas le nom de Dieu en vain », nous avons vu qu’il nous ordonne de louer son nom, de l’invoquer dans tous nos besoins, c’est-à-dire de prier. En effet, invoquer c’est tout simplement prier. Le Seigneur qui nous a commandé de ne pas avoir d’autre Dieu, de ne pas tuer, de ne pas voler, etc., nous ordonne aussi et de façon sévère de prier. Personne ne doit imaginer qu’il n’est pas important de prier ou de ne pas prier, comme le pensent les gens grossiers qui se disent : « A quoi bon prier ? Qui sait si Dieu écoute ma prière ? Si je ne prie pas, un autre le fera pour moi ! » Ils prennent ainsi l’habitude de ne jamais prier, sous prétexte que nous rejetons les prières fausses et hypocrites, comme si nous enseignions qu’il est interdit de prier. Il est vrai que les prières qu’on a jusqu’ici prononcées à haute voix dans les églises n’étaient pas de véritables prières. Toujours réciter les mêmes prières est sans doute un exercice utile pour les petits enfants, les écoliers et les gens simples. Ce sont peut-être de bons exercices de récitation ou de chant, mais ce ne sont pas des prières. Le deuxième Commandement nous a appris que prier, c’est invoquer Dieu dans tous nos besoins. Dieu veut cela, ce n’est donc pas à nous de décider si nous allons prier ou pas. Si nous voulons être des chrétiens, nous devons prier, de même que nous devons obéir à nos parents et à ceux qui nous gouvernent. En effet, quand nous l’invoquons dans nos prières, nous honorons son nom et l’employons utilement. C’est ce que nous ne devons jamais oublier, pour que nous puissions repousser les tentations qui nous assaillent et nous empêchent de prier. Depuis quand un fils aurait-il le droit de dire à son père : « Pourquoi est-ce que je t’obéirais ? Je fais ce que je veux, c’est tout aussi bien » ? Non, le commandement de Dieu est là qui te dit que tu dois obéir. C’est la même chose pour la prière. Nous ne pouvons pas choisir de prier ou de ne pas prier. Il faut prier, sinon on encourt la colère de Dieu. Il faut bien comprendre cela et ne pas l’oublier pour écarter les pensées qui empêchent de prier. Par exemple celles-ci : « Il n’est pas important de prier. Seuls ceux qui sont plus saints et plus près de Dieu que nous doivent prier. » Le cœur de l’homme est par nature tellement mauvais qu’il fuit toujours Dieu. Il s’imagine que le Seigneur ne veut pas et ne peut pas entendre notre prière parce que nous sommes des pécheurs et que nous n’avons mérité que sa colère. Pour écarter de telles pensées, nous devons observer ce commandement et nous tourner vers Dieu. Ainsi nous éviterons de l’irriter par notre désobéissance. En nous ordonnant de prier, il nous fait en effet
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clairement comprendre qu’il ne veut pas nous repousser, nous chasser loin de lui, même si nous sommes de grands pécheurs. Au contraire, il veut nous attirer à lui, pour que nous nous humiliions devant lui, que nous confessions notre misère et notre détresse et que nous implorions sa grâce et son aide. Nous lisons aussi dans l’Écriture que Dieu se fâche quand des gens sont frappés à cause de leurs péchés, parce qu’ils ne sont pas revenus à lui pour apaiser sa colère par leurs prières et implorer sa grâce. Si Dieu nous commande si fermement de prier, il est clair que personne ne doit mépriser la prière. Nous devons, au contraire, la considérer comme quelque chose de très important, aussi important que ce que prescrivent les autres commandements. Un enfant ne doit jamais négliger d’obéir à ses parents. Il doit toujours se dire : « Ce que je fais, je le fais par obéissance, pour obéir au commandement de Dieu sur lequel je peux me fonder. Et si je dois m’appliquer à cela, ce n’est pas pour sauvegarder mon honneur, mais à cause du commandement divin. » De même, nous devons savoir que la prière est un acte d’obéissance. Tout ce que nous demandons à Dieu, nous le lui demandons parce que lui-même nous l’a ordonné. Nous dirons donc : « Si Dieu considérait notre personne, ma prière n’aurait aucune valeur. Elle n’a de valeur que parce que le Seigneur m’a commandé de prier. » C’est donc toujours pour lui obéir que nous devons nous présenter devant lui. Aussi exhortons-nous instamment chacun à prendre ces choses à cœur et à ne pas mépriser la prière. On peut dire que ce qu’on a enseigné jusqu’à présent a bien profité au diable, car il s’en est servi pour donner aux gens une fausse conception de la prière. Tout le monde croyait qu’il suffisait de réciter des prières sans se demander si Dieu les exauçait ou non. C’est faire de la prière un jeu. Prier ainsi, c’est prier pour rien. Nous ne devons pas non plus nous laisser égarer et effrayer par des pensées du genre : « Je ne suis pas assez saint pour prier, je m’en sens indigne. Si j’étais aussi pieux et aussi saint que St. Pierre ou St. Paul, alors je prierais. » Loin de nous ces pensées ! En effet, le commandement qui était donné à St. Pierre est donné aussi à moi. C’est aussi bien pour moi que pour lui que Dieu a établi le deuxième Commandement, et l’apôtre ne peut pas se vanter d’avoir reçu un commandement meilleur et plus saint que moi. C’est pour cela que tu dois dire : « La prière que je fais est aussi précieuse, aussi sainte et aussi agréable à Dieu que celles de St. Paul et des plus grands saints. En voici la raison : je veux bien que ces gens soient plus saints que moi dans leur personne, mais ils ne le sont pas par rapport au commandement. Dieu en effet n’accepte pas une prière parce que l’intéressé en serait digne, mais à cause de sa Parole et de notre obéissance. Ma prière se fonde sur le même commandement que les prières de tous les saints et je demande à Dieu les mêmes choses qu’eux. J’y attache la même importance et j’en ai encore davantage besoin que ces grands saints. » Le point capital sur lequel il faut insister avant tout est celui-ci : toutes nos prières doivent se fonder sur l’obéissance que nous devons à Dieu. C’est vrai pour tous, que nous soyons justes ou pécheurs, dignes ou indignes. Sachons-le, Dieu n’admet pas que nous nous moquions de sa volonté. Il se fâche, au contraire, si nous ne prions pas, et punit cette désobéissance comme toutes les autres. D’autre part, il ne laisse pas se perdre nos prières et ne veut pas qu’elles ne servent à rien. En effet, s’il ne voulait pas nous exaucer, il ne nous aurait pas ordonné de prier. Deuxièmement, ce qui doit nous pousser encore davantage à prier, c’est que Dieu a attaché une promesse à la prière : il veut nous exaucer et nous accorde ce que nous lui demandons. Il dit dans
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le Psaume 50 : « Invoque-moi au jour de la détresse, et je te délivrerai »53. Et le Christ nous dit dans l’Évangile selon St. Matthieu : « Demandez, et on vous donnera, etc., car quiconque demande reçoit »54. De telles promesses devraient remplir notre cœur de joie, de sorte que nous prenions plaisir à prier, puisque Dieu déclare par sa Parole que notre prière lui est agréable et qu’elle sera certainement exaucée. Nous ne devons donc pas mépriser la prière et la jeter au vent en doutant de Dieu. Tu peux, au contraire, lui dire avec confiance : « Je viens à toi, Père bien-aimé, et je t’adresse ma prière, non pas de moi-même comme si j’étais digne de me présenter devant toi, mais en me fondant sur ton commandement et sur ta promesse qui est certaine et ne peut pas mentir. » Quant à celui qui ne croit pas à cette promesse, qu’il sache qu’il irrite Dieu, car il l’insulte au plus haut point et le traite de menteur. Ce qui doit nous pousser et nous encourager à prier, en plus du commandement et de la promesse, c’est le fait que Dieu vient à notre rencontre. Il nous enseigne, en effet, à prier et nous indique lui-même les mots que nous devons prononcer et les demandes que nous devons lui adresser. Il nous montre ainsi avec quelle bonté il s’intéresse à nos besoins et veut que nous sachions qu’une telle prière lui est agréable et qu’elle sera exaucée. Le Notre Père a pour cela un grand avantage par rapport à toutes les prières que nous pourrions imaginer. Celles-ci, en effet, nous laisseraient toujours dans le doute, et nous pourrions nous dire : J’ai prié, mais qui sait si ma prière plaît à Dieu et si j’ai trouvé les mots qu’il fallait ? Il n’y a donc pas de plus noble prière au monde, car Dieu lui-même déclare qu’il aime l’entendre. Nous n’accepterions pas en échange toutes les richesses du monde. D’autre part, si Dieu nous a donné cette prière, c’est pour que nous voyions et reconnaissions quels sont les besoins qui doivent nous pousser et nous contraindre à prier sans cesse. Quand on prie, il faut nécessairement présenter une demande à Dieu et lui dire ce qu’on désire, sinon ce n’est pas une prière. Voilà pourquoi nous avons rejeté les prières des moines et des prêtres qui, jour et nuit, récitent et murmurent continuellement les mêmes formules sans jamais vraiment demander quelque chose à Dieu. Si on réunissait tous les prêtres et les moines, ils seraient obligés de reconnaître qu’ils n’ont jamais prié du fond du cœur pour obtenir la moindre chose. Ils n’ont pas prié parce qu’ils voulaient obéir à Dieu ou parce qu’ils avaient foi en sa promesse et qu’ils désiraient son secours. Pour eux, il s’agissait de prier pour faire une bonne œuvre, de s’acquitter d’un devoir envers Dieu. Ils voulaient apporter quelque chose au Seigneur, au lieu de recevoir quelque chose de ses mains. La prière est une affaire sérieuse. Il faut que nous ressentions notre misère, une misère telle qu’elle nous fait souffrir et nous pousse à appeler Dieu au secours. Alors la prière se fait toute seule, comme il se doit. On n’a pas besoin d’apprendre comment il faut s’y préparer ni comment on prie avec recueillement. Ce que nous devons demander pour nous et pour les autres est indiqué dans le Notre Père. Il veut nous le rappeler pour que nous y réfléchissions, que nous le prenions à cœur et que nous ne nous fatiguions pas de prier. Bien des choses nous manquent, mais ce sont des choses auxquelles malheureusement nous ne pensons pas, dont nous ne nous rendons pas compte. Dieu veut que tu reconnaisses ta misère et que tu lui exposes tes besoins. Cela ne veut pas dire qu’il ne les connaît pas, mais il veut que tu lui exposes tes besoins. Tu lui montres ainsi que tu souhaites ardemment les biens qu’il désire t’accorder. Si tu étends largement ton manteau, il pourra y mettre beaucoup de choses.
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Psaume 50, 15. Matthieu 7, 7 ss.
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Nous devrions nous habituer, dès notre enfance, à prier tous les jours. Nous devons, quand nous sommes dans la peine, demander à Dieu de nous accorder les choses dont nous avons besoin. Nous devons aussi le prier pour ceux qui nous entourent, pour les prédicateurs et les autorités, pour nos voisins et nos employés, etc… En faisant cela, nous lui rappelons constamment son commandement et la promesse qu’il nous a faite et sommes assurés qu’il ne méprisera pas nos prières. Il est souhaitable que les gens reprennent l’habitude de prier et qu’ils apprennent à bien prier. Sinon ils s’abrutiront de plus en plus, si bien qu’ils ne seront bientôt plus capables de prier. C’est justement ce que veut le diable : il y emploie toutes ses forces, car il sait que la prière lui cause un grand tort. Toute notre protection est donc dans la prière. En effet, nous sommes bien trop faibles pour résister au diable et à ses alliés qui nous attaquent avec tant de violence qu’ils pourraient nous jeter à terre et nous piétiner. Alors saisissons les armes dont les chrétiens ont besoin pour combattre le diable. Crois-tu que nous aurions pu faire jusqu’à présent de si grandes choses, que nous aurions pu déjouer les projets et les entreprises de nos ennemis, résister aux meurtres et aux troubles par lesquels le diable a cherché à nous écraser, nous et l’Évangile, si des hommes pieux n’avaient pas avec leurs prières élevé un solide rempart autour de nous pour nous protéger ? Sans leurs prières, les choses se seraient passées autrement et nous aurions vu le diable mettre toute l’Allemagne à feu et à sang. Laissons nos adversaires rire et se moquer de nous. Nous les vaincrons, eux et le diable, rien que par la prière, si nous ne nous lassons pas de prier. En effet, quand un chrétien dit à Dieu : « Mon Père, que ta volonté soit faite », le Seigneur lui répond du haut du ciel : « Oui, cher enfant, ma volonté sera faite, en dépit du diable et du monde entier. » Il faut donc avant tout bien comprendre combien la prière est importante et précieuse, comprendre aussi la différence qu’il y a entre bavarder et demander quelque chose à Dieu. Nous ne rejetons absolument pas la prière, mais ce que nous rejetons, c’est un blablabla qui ne sert à rien, de même que le Christ a rejeté et condamné les longues redites55. Nous allons maintenant expliquer le Notre Père le plus simplement et le plus clairement possible. Nous énumérons en sept articles ou demandes toutes les choses dont nous avons constamment besoin. Chacune de ces choses est tellement grande que nous devrions passer notre vie à la demander.
LA PREMIÈRE DEMANDE Que ton nom soit sanctifié
Cette façon de parler est un peu difficile à comprendre et ce n’est pas du bon allemand. Dans notre langue maternelle il faudrait dire : « Père céleste, que ton nom seul soit saint. » Qu’est-ce que cela veut dire, demander à Dieu que son nom devienne saint ? Est-ce qu’il ne l’est pas de toute façon ? Réponse : Oui, le nom de Dieu est éternellement saint par lui-même, mais il n’est pas saint dans l’usage que nous en faisons. Il nous a été donné, à nous qui sommes des chrétiens et qui avons été baptisés, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Ainsi nous jouissons des sacrements par lesquels il nous unit à lui, de sorte qu’il met à notre service tout ce qui lui
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Matthieu 6, 7 ; 23, 14.
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appartient. Il faut donc avant tout veiller à l’honneur de son nom, le tenir pour sacré, le garder pur et le considérer comme notre plus précieux trésor, comme la chose la plus sainte que nous ayons. Le nom de notre Père est saint dans le ciel, mais nous qui sommes ses enfants, nous lui demandons qu’il soit aussi saint sur la terre, parmi nous et dans le monde entier. Comment le nom de Dieu est-il sanctifié parmi nous ? Je répondrai tout simplement de la façon suivante : le nom de Dieu est sanctifié parmi nous quand notre doctrine et notre vie sont conformes à la Parole de Dieu et vraiment chrétiennes. Dans cette prière nous appelons Dieu notre Père. Alors il convient que nous nous comportions comme le font des enfants pieux, pour ne pas lui faire honte, mais honneur. Mais au lieu de cela, le nom de Dieu est sali par nous, par nos paroles et par nos actes. En effet, ce qu’on fait sur la terre consiste nécessairement en des paroles et des discours ou en des œuvres et des actes. Le nom de Dieu est sali premièrement quand on prêche, enseigne et dit des choses qui sont manifestement fausses et trompeuses et qu’on se sert de ce nom pour les orner et les faire passer pour divines. C’est le plus grand outrage qu’on puisse lui faire. On salit aussi le nom de Dieu quand on se sert de lui pour jurer, maudire et pratiquer la sorcellerie. Il est sali également par une conduite scandaleuse, quand ceux qui se disent chrétiens et prétendent former le peuple de Dieu sont adultères, buveurs, avares, jaloux et calomniateurs. Ou encore quand le nom de Dieu est outragé et blasphémé à cause de nous. C’est une honte et un déshonneur pour un père d’avoir un enfant méchant, corrompu, qui se révolte contre lui, si bien que ce père est méprisé à cause de son fils. C’est la même chose quand nous qui portons le nom de Dieu enseignons, parlons et vivons autrement qu’il ne convient à des enfants du Père céleste. Nous déshonorons son nom, parce que les gens autour de nous disent : ce ne sont pas des enfants de Dieu, mais des enfants du diable. Tu vois ainsi que, par cette prière, nous demandons ce que Dieu exige dans le deuxième Commandement. Nous lui demandons de faire en sorte qu’on ne se serve pas de son nom pour jurer, maudire, mentir, tromper, etc., mais qu’on en fasse un bon usage pour lui rendre honneur et gloire. Se servir du nom de Dieu pour faire quelque chose de mauvais, c’est profaner et souiller ce saint nom. On disait autrefois qu’une église était profanée quand on y commettait un meurtre ou quelque autre crime, quand par exemple un ostensoir56 ou un autre objet sacré était souillé. L’église consacrée à Dieu était profanée par l’usage qu’on en faisait. Cet article devient clair si on comprend que sanctifier le nom de Dieu veut dire le louer, le glorifier et l’honorer par nos paroles et nos actions. Il est évident que cette prière est plus que nécessaire. Le monde, en effet, est plein de sectes et de faux docteurs qui emploient le saint nom de Dieu pour couvrir et embellir leurs doctrines diaboliques. C’est pour cela que nous devons sans cesse crier à Dieu, l’appeler au secours contre ces gens qui enseignent de fausses doctrines et contre ceux qui les croient, ou encore contre tous ceux qui attaquent, persécutent et veulent supprimer l’Évangile et la bonne doctrine, que ce soient des évêques, des tyrans ou des illuminés. Nous devons aussi prier Dieu pour nous-mêmes. Nous avons sa Parole, malheureusement nous ne lui sommes pas reconnaissants pour cela et nous n’y conformons pas notre vie comme nous le devrions. Si nous adressons cette prière à Dieu du fond de notre cœur, nous pouvons être certains qu’elle lui plaît. Rien ne lui est plus agréable que lorsqu’il nous entend demander que son honneur et sa gloire passent avant tout, que sa Parole soit enseignée purement et qu’elle nous soit chère et précieuse.
Un ostensoir est dans l’Église catholique un ustensile en or ou en argent dans lequel on place l’hostie consacrée pour la présenter à l’adoration des fidèles. 56
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LA DEUXIÈME DEMANDE Que ton règne vienne
Dans la première demande, il est question du nom de Dieu et de l’honneur qu’on lui doit. Nous avons prié Dieu d’empêcher le monde de se servir de son nom pour masquer ses mensonges et sa méchanceté. Nous lui avons demandé de le faire respecter et de nous aider à le glorifier par notre doctrine et notre vie. Nous demandons maintenant que son règne vienne. Le nom de Dieu est saint par lui-même ; cependant nous demandons qu’il soit sanctifié parmi nous. Nous faisons cela aussi pour son règne. Il vient de lui-même et n’a pas besoin pour cela de nos prières. Mais nous demandons qu’il vienne jusqu’à nous, qu’il arrive chez nous. C’est comme si nous lui demandions : « Fais en sorte que nous soyons parmi ceux qui sanctifient ton nom et qui contribuent à l’établissement de ton règne. » Qu’est-ce que le règne de Dieu ? Réponse : C’est ce que nous apprend le Symbole des apôtres dont nous avons parlé plus haut. Dieu a envoyé dans le monde son Fils, le Christ, notre Seigneur, pour qu’il nous sauve et nous délivre de la puissance du diable, qu’il nous amène à lui et qu’il règne sur nous, lui qui est le Roi de la justice, de la vie et du salut. Pour cela, il nous délivre du péché, de la mort et des angoisses d’une conscience troublée. De plus, Dieu nous a donné son Saint-Esprit qui nous offre ces bienfaits par sa sainte Parole et qui, par sa puissance, nous éclaire et nous fortifie dans la foi. Nous demandons donc tout d’abord qu’il agisse puissamment en nous, que son nom soit glorifié par sa sainte Parole et par la vie chrétienne tout entière que nous devons mener. Ainsi nous retenons fermement ce que nous avons reçu et progressons de jour en jour. Nous demandons aussi que le règne de Dieu s’étende sur toute la terre, que beaucoup d’hommes soient gagnés et amenés par le Saint-Esprit dans le Royaume de sa grâce. Tout cela pour qu’ils aient part à la rédemption et que nous tous qui sommes déjà entrés dans ce Royaume, nous y restions éternellement. Le règne de Dieu vient parmi nous de deux manières. D’une part, il s’établit dans le temps, par la Parole et par la foi. D’autre part, il s’établira dans l’éternité quand le Christ reviendra. Nous demandons donc deux choses à Dieu : Nous lui demandons que son règne vienne dans les cœurs de ceux qui ne sont pas encore dans son Royaume. Nous lui demandons aussi que son règne s’affermisse chaque jour en nous qui en faisons déjà partie, jusqu’à ce qu’il se manifeste un jour dans la vie éternelle. C’est comme si nous disions : « Notre Père, donne-nous premièrement ta Parole, pour que l’Évangile soit prêché partout dans le monde. Fais qu’elle soit reçue avec foi, qu’elle vive et agisse en nous, pour que, grâce à cette Parole et par la puissance du Saint-Esprit, ton règne s’établisse parmi nous et que soit repoussé le règne du diable. Il faut que le diable n’ait aucun droit ni aucun pouvoir sur nous, jusqu’à ce que sa domination soit complètement détruite, que le péché, la mort et l’enfer soient anéantis et que nous vivions éternellement dans la justice et dans un bonheur parfaits. Tu vois que nous ne demandons pas quelque chose de banal, un bien matériel et périssable, mais un trésor éternel et inépuisable. Nous demandons à Dieu ce qu’il a de plus précieux. C’est si grand que personne n’oserait le lui demander s’il ne nous y invitait pas lui-même. Mais il est Dieu. Il veut donc avoir l’honneur de nous donner plus que tout ce que nous pouvons imaginer. Il est une source éternelle qui ne s’épuise jamais. Plus on y puise, plus elle donne. Le Seigneur désire que nous lui demandions beaucoup, et des choses importantes, et il n’est pas content quand nous ne
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le faisons pas avec confiance. Supposons que le plus riche et le plus puissant des empereurs, prêt à faire un cadeau impérial, dise un jour à un pauvre mendiant : « Demande-moi ce que tu désires », et que ce fou ne lui demande qu’une assiette de soupe, ne le prendra-t-on pas avec raison pour un mauvais plaisantin et un voyou qui se moque de la majesté impériale et qui n’est pas digne de paraître devant ses yeux ? Eh ! bien, c’est ainsi que nous offensons et insultons Dieu, qui nous promet et nous offre des dons ineffables, si nous les méprisons ou si, doutant de sa promesse, nous osons à peine mendier un morceau de pain. Tout cela vient de notre incrédulité dont nous devrions avoir honte. Nous avons si peu confiance en Dieu que nous n’attendons de sa bonté aucun bien, ni ses trésors éternels, ni même la nourriture matérielle. Pour lutter contre cette incrédulité, nous devons lui demander tout d’abord que son règne vienne, et nous recevrons en même temps tout le reste. C’est ce que dit le Christ : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront données par-dessus tout »57. Comment nous refuserait-il les choses matérielles, lui qui nous promet les biens éternels ?
LA TROISIÈME DEMANDE Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel
Jusqu’à présent nous avons demandé que le nom de Dieu soit honoré par tous et que son règne s’établisse parmi nous. Ces deux premières demandes englobent tout ce qui concerne l’honneur de Dieu et notre salut. Nous recevons Dieu avec tous ses biens, mais il faut aussi que nous retenions fermement ce que nous avons reçu, pour que personne ne puisse nous l’arracher. Dans un royaume bien organisé, il ne suffit pas qu’il y ait des travailleurs et des magistrats. Il faut qu’il y ait aussi des soldats pour défendre et protéger le pays. C’est la même chose ici : une fois que nous avons demandé à Dieu ce qui nous est le plus nécessaire, l’Évangile et la foi, et que nous avons prié pour que le Saint-Esprit nous guide et nous délivre de la puissance du diable, il faut aussi que nous lui demandions que sa volonté soit faite. En effet, si nous voulons lui rester fidèles, nous devrons repousser bien des attaques et supporter bien des tribulations de la part de ceux qui veulent empêcher que se réalisent les deux premières demandes. On ne peut imaginer avec quelle violence le diable s’oppose et résiste à la volonté de Dieu. Il ne veut pas qu’on enseigne l’Évangile dans sa pureté et qu’on ait la vraie foi. C’est pour lui une chose terrible quand il voit qu’on dévoile ses abominations et ses mensonges qu’il a ornés du nom de Dieu. Il n’accepte pas d’être couvert de honte et chassé des cœurs et de voir ainsi que son empire s’écroule. Alors il frémit de rage, comme un ennemi en colère. Il rassemble toutes ses forces, utilise tous les moyens dont il dispose et appelle à l’aide le monde et notre propre chair. Celle-ci, en effet, est mauvaise par nature. Elle a envie de faire le mal alors même que nous avons reçu la Parole de Dieu et que nous y croyons. Quant au monde, il est méchant et pervers. Alors le diable s’anime et mobilise tous ses alliés pour s’emparer de nous, nous abattre et nous ramener sous sa puissance. Telle est sa volonté, son intention ; c’est ce qu’il a toujours en tête. Il y songe jour et
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Matthieu 6, 33.
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nuit, ne s’accorde aucun repos et use de tous les moyens, de toutes les ruses qu’il peut imaginer pour parvenir à ses fins. Si donc nous voulons être des chrétiens, nous devons nous attendre à avoir pour ennemis le diable, tous ses anges et le monde entier qui nous feront souffrir autant qu’ils peuvent. Partout où la Parole de Dieu est prêchée, où elle est reçue avec foi et produit des fruits, là est aussi la chère et sainte croix. Personne ne peut espérer jouir de la paix, mais tous doivent être prêts à quitter ce qu’ils ont sur la terre, leurs biens, leur honneur, leur maison, femme et enfants, et à sacrifier leur vie. Cela fait mal à notre chair, à notre vieil homme58, car il s’agit de tenir bon. Nous devons souffrir avec patience quand on nous attaque, et abandonner sans résistance ce qu’on nous prend. C’est pourquoi, il est nécessaire de toujours dire à Dieu : « Mon Père, que ta volonté soit faite et non pas celle du diable et de nos ennemis qui veulent nous persécuter et étouffer ta sainte Parole et qui s’opposent à l’établissement de ton règne. Accorde-nous la grâce de supporter avec patience les souffrances que nous devons endurer, ainsi nous pourrons tout surmonter. Fortifie-nous, pour que notre pauvre chair ne cède pas et qu’elle ne capitule pas par faiblesse ou par mollesse. » Ces trois demandes se rapportent à des choses qui concernent Dieu lui-même, mais c’est pour nous que nous les demandons. En effet, nous prions Dieu que s’accomplisse aussi en nous ce qui s’accomplit de toute façon sans nous. Même si nous ne prions pas, le nom de Dieu sera sanctifié, son règne viendra et sa volonté se fera, et c’est elle qui triomphera, même si le diable dans sa fureur et tous ceux qui le suivent et qui veulent anéantir l’Évangile poussent de grands cris. C’est à cause de nous que nous devons demander à Dieu que sa volonté se fasse parmi nous, malgré la colère de nos ennemis. Il faut qu’ils soient réduits à l’impuissance, que nous restions fermes malgré toutes les violences et les persécutions et que nous nous soumettions avec joie à la volonté de Dieu. Cette prière doit être aujourd’hui notre protection et notre défense, l’arme avec laquelle nous pourrons repousser victorieusement toutes les attaques contre l’Évangile qui viennent du diable, des évêques, des tyrans et des hérétiques. Qu’ils laissent éclater leur colère, qu’ils fassent tout leur possible, qu’ils se consultent et qu’ils délibèrent entre eux ! Qu’ils cherchent le meilleur moyen de nous écraser et de nous exterminer, que leur volonté se fasse et que leurs desseins s’exécutent. Ils ne nous font pas peur, car il suffit qu’un ou deux chrétiens prient pour que s’élève un mur contre lequel ils se briseront la tête. Nous avons la certitude que la volonté et les entreprises du diable et de tous nos ennemis seront anéanties, même s’ils sont fiers et présomptueux comme il n’est pas permis de l’être et qu’ils se croient très puissants. Si leur volonté n’était pas enchaînée et brisée, le règne de Dieu ne pourrait pas subsister sur la terre et son nom ne pourrait pas être sanctifié.
LA QUATRIÈME DEMANDE Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour
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Le texte original parle du « vieil homme ».
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Nous pensons maintenant à notre « malheureuse corbeille à pain », aux besoins de notre corps et à notre vie dans le monde. C’est une demande courte et simple, mais elle comporte beaucoup de choses. En effet, en demandant « notre pain de ce jour », nous demandons tout ce qu’il faut pour avoir ce pain et pouvoir le manger. Nous prions aussi Dieu d’écarter tout ce qui pourrait nous en empêcher. C’est pourquoi notre pensée doit s’élargir. Nous ne devons pas songer seulement au four et à la huche, mais encore aux vastes champs et à nos campagnes fertiles qui produisent le pain de chaque jour et toute notre nourriture. En effet, si Dieu ne faisait pas pousser le blé et ne bénissait pas les fruits de la terre en les préservant du mauvais temps, nous ne pourrions pas sortir de pain de notre four et le mettre sur notre table. Aussi cette demande comporte-t-elle tout ce qu’il faut pour vivre dans ce monde. C’est en effet pour préserver cette vie qu’il nous faut chaque jour du pain. Mais il ne suffit pas, pour vivre, de manger et de s’habiller. Il faut aussi que nous vivions en paix avec les gens qui nous entourent et avec lesquels nous sommes en relation d’une façon ou d’une autre. Le pain de chaque jour, c’est tout ce qui concerne la vie à la maison et dans le pays. Il faut qu’on nous protège, sinon nous manquons du nécessaire et sommes en danger. Alors nous devons prier avant tout pour le gouvernement et les autorités civiles. En effet, c’est surtout par elles que Dieu nous donne le pain de chaque jour et qu’il nous procure tout ce qu’il nous faut pour vivre. Même si nous avons reçu de lui tous les biens de ce monde, nous ne pourrions pas les conserver ni en jouir dans la paix et la joie, si Dieu ne nous donnait pas un gouvernement stable qui veille à la paix. Quand règnent la mésentente, les querelles ou la guerre, on ne trouve pas de pain ou on ne le trouve que bien difficilement. Il faudrait supprimer le lion ou la couronne qui figurent sur la monnaie d’un prince pieux et y graver à la place une miche de pain. Cela rappellerait aux princes et à nous-mêmes que c’est leur pouvoir qui nous protège. C’est grâce à eux que nous avons le pain ; sans eux nous ne pourrions ni manger ni conserver notre pain quotidien. Aussi sont-ils dignes des plus grands honneurs. Il faut leur donner non seulement ce que nous leur devons, mais tout ce que nous pouvons, puisque c’est grâce à eux que nous avons ce que nous avons et que sans eux nous ne pourrions pas conserver la plus petite pièce de monnaie. Nous devons donc prier pour eux, afin que, par eux, Dieu nous comble de ses bienfaits. Cette prière s’applique à tout ce qu’il faut pour vivre sur cette terre. On pourrait pour expliquer cela en faire la liste. Nous demandons à Dieu de nous donner la nourriture, le vêtement, la demeure et la santé. Nous lui demandons aussi de faire pousser et mûrir le blé et les fruits de la terre. De nous aider à bien diriger notre maison. De nous accorder et de nous conserver une femme pieuse, des enfants obéissants, des serviteurs honnêtes. De faire prospérer notre travail, notre métier et tout ce que nous avons à faire. De nous donner de bons voisins et des amis fidèles, etc. Nous lui demandons également d’accorder à l’empereur, aux rois, à toutes les autorités et plus spécialement à notre prince et à ses conseillers et représentants la sagesse, la force et le bonheur pour qu’ils gouvernent bien et qu’ils triomphent des Turcs59 et de tous nos ennemis. Qu’il accorde aussi à leurs sujets et à tout le peuple la paix et la bonne entente dans l’obéissance. Qu’il nous préserve également des maladies, de la famine, du mauvais temps, de la grêle, des incendies, des inondations, du poison, de la peste, des épidémies, de la guerre et des conflits sanglants, de l’inflation, des animaux nuisibles, des gens méchants, etc. Il est bon d’apprendre
Les Turcs formaient à l’époque un grand empire qui menaçait les pays d’Europe et constituait pour eux un grand danger. 59
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aux gens simples que toutes ces choses sont des dons de Dieu que nous devons lui demander de nous accorder. Cette prière, cependant, vise avant tout notre plus grand ennemi, le diable. Il n’a qu’une envie, c’est de nous prendre ce que nous recevons de Dieu ou de nous empêcher d’en jouir. Il ne se contente pas de combattre et de détruire le gouvernement spirituel en gagnant les âmes par ses mensonges et en les soumettant à sa puissance. Il cherche aussi à mettre un obstacle à toute forme de gouvernement. Il ne veut pas que les gens puissent vivre sur la terre honnêtement et dans la paix. Alors il cause partout des querelles, des meurtres, des révoltes et des guerres. Il déchaîne aussi les tempêtes, envoie la grêle et empoisonne l’air pour détruire le blé et faire mourir le bétail, etc. Bref, il ne supporte pas qu’il nous reste quelque chose de ce que Dieu nous donne et que nous mangions notre pain en paix. S’il en avait le pouvoir et si Dieu n’écoutait pas notre prière, il s’arrangerait pour que nous n’ayons pas un seul épi dans nos champs, ni une seule pièce de monnaie dans notre maison. Il ne nous resterait même pas une heure pour vivre, surtout à ceux d’entre nous qui s’attachent à la Parole de Dieu et qui veulent vivre chrétiennement. Dieu veut nous montrer ainsi combien il est bon quand il nous procure tout ce dont nous avons besoin, et avec quelle fidélité il nous accorde notre nourriture matérielle. Il est vrai qu’il accorde tout cela aussi aux gens impies et aux méchants. Il veut cependant que nous les lui demandions. Nous reconnaissons alors que nous recevons tout cela de sa main. Nous ressentons toute la bonté paternelle qu’il nous manifeste. Quand il retire sa main, plus rien ne prospère ni ne subsiste, comme on peut le voir chaque jour. S’il y a aujourd’hui tant de misère dans ce monde, c’est parce qu’on fabrique de la fausse monnaie et que les choses deviennent de plus en plus chères. Chaque jour aussi on pratique l’usure dans le commerce et dans les affaires60, en exploitant les pauvres et en les privant du pain quotidien. Nous sommes obligés de subir cela, mais qu’ils y prennent garde ! Les gens qui font cela perdront l’estime de tous, et cette demande du Notre Père se retournera contre eux !
LA CINQUIÈME DEMANDE Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés
Cette demande concerne la vie pauvre et misérable que nous menons. Nous avons la Parole de Dieu, nous croyons en elle, nous faisons et acceptons sa volonté et nous nous nourrissons de ses dons. Cependant, notre vie n’est jamais sans péché. Chaque jour, nous faisons de faux pas et n’arrivons pas à nous maîtriser, parce que nous vivons dans le monde, au milieu de gens qui nous font beaucoup de mal. Alors, nous perdons patience, nous réagissons par la colère et cherchons à nous venger. De plus, le diable rôde autour de nous et nous attaque de toutes parts. Il cherche à annuler ce que nous avons demandé jusque-là, si bien que nous n’arrivons pas toujours à lutter avec fermeté. Il faut pour cela que nous adressions chaque jour cette demande à Dieu : « Notre Père, pardonne-nous nos offenses. » Il est vrai que Dieu nous pardonne, sans même que nous le lui demandions ou avant que nous le fassions. Il nous a donné en effet l’Évangile dans lequel il L’usure consiste à prêter de l’argent en exigeant un intérêt excessif. On gagne ainsi de l’argent sur le dos des pauvres qui sont obligés de faire des dettes pour survivre. 60
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n’est question que de pardon, et il a fait cela avant que nous le lui demandions. Mais il veut que nous recevions son pardon avec reconnaissance. Nous vivons dans la chair, et la chair ne veut pas croire en Dieu ni se confier en lui. Elle est toujours animée de mauvais désirs, si bien que nous péchons chaque jour en paroles et en actes. Nous faisons le mal et négligeons de faire le bien. Notre conscience en est troublée. Elle redoute la colère de Dieu et perd la confiance que donne l’Évangile. C’est pour cela que nous avons sans cesse besoin de prier pour le pardon, de façon à trouver la consolation et à rassurer notre conscience. Par cette prière, Dieu veut briser notre orgueil et nous maintenir dans l’humilité. Si quelqu’un se vante de sa piété et méprise les autres, qu’il s’examine lui-même et qu’il médite cette demande. Alors il se rendra compte qu’il n’est pas plus pieux que les autres, si bien que nous devons nous humilier devant Dieu et nous estimer heureux d’obtenir son pardon. Que personne ne s’imagine qu’il pourra se passer du pardon dans cette vie terrestre. Si Dieu ne nous pardonnait pas sans cesse, nous serions perdus. Voici donc le sens de cette prière : nous demandons à Dieu de bien vouloir ne pas tenir compte de nos péchés, mais de nous faire grâce, de nous pardonner selon sa promesse et de nous accorder une conscience joyeuse, pour que nous puissions l’approcher sans crainte et lui présenter notre demande. En effet, un cœur qui tremble devant le Seigneur et n’a pas une entière confiance en sa promesse, n’osera jamais prier. Mais pour avoir une telle confiance et le cœur joyeux, il faut que nous sachions que nos péchés sont pardonnés. Il y a encore un complément à cette demande, quelque chose de nécessaire et en même temps de rassurant : « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » Dieu nous assure par sa promesse que tout nous est donné et pardonné, à condition qu’à notre tour nous pardonnions à notre prochain. Nous péchons chaque jour contre lui, et il nous pardonne tout dans sa grâce. Alors nous devons nous aussi toujours pardonner à notre prochain quand il nous fait du tort, qu’il nous fait du mal, qu’il devient violent et qu’il nous joue de mauvais tours. Si tu ne pardonnes pas, ne va pas croire que Dieu te pardonnera. Mais si tu pardonnes, tu peux être sûr qu’il te pardonnera aussi dans le ciel. Il ne le fera pas parce que toi tu as pardonné, mais librement, par pure grâce, parce qu’il l’a promis, comme l’enseigne l’Évangile. S’il nous dit de pardonner, c’est pour fortifier notre assurance. Il ajoute à sa promesse un ordre qui est comme un signe et une preuve de son pardon : « Pardonnez, et il vous sera pardonné »61. C’est pour cela que Jésus dit, tout de suite après le Notre Père : « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi »62. Ce signe est attaché à cette prière pour que, lorsque nous prions, nous nous souvenions de la promesse de Dieu et que nous lui disions : « Mon Père, je viens te trouver et j’implore ton pardon. Je sais que je ne peux pas l’obtenir par mes œuvres et mes mérites, mais tu me l’as promis et tu as mis un sceau sur cette promesse, pour que je sois aussi certain de ton pardon que si toi-même le prononçais sur moi. » Ce que font le Baptême et la Sainte Cène, qui sont aussi des signes extérieurs de la grâce divine, ce signe-là le fait tout aussi efficacement et contribue ainsi à fortifier et réjouir notre conscience. Et il a sur le Baptême et la Sainte Cène cet avantage que nous pouvons l’utiliser à tout moment, chaque fois que nous le désirons.
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Luc 6, 37. Matthieu 6, 14.
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LA SIXIÈME DEMANDE Ne nous soumets pas à la tentation
Il nous faut beaucoup de peine et d’efforts pour obtenir et conserver ce que nous demandons. C’est ce que nous venons de voir. En effet, nous faisons beaucoup de faux pas et commettons sans cesse des péchés. Nous sommes pardonnés et entièrement absous, ce qui apaise notre conscience. Mais il peut arriver que celui qui est debout aujourd’hui tombe demain. La vie est ainsi faite. Maintenant que nous sommes justes aux yeux de Dieu et que notre conscience est en paix, il faut encore que nous lui demandions de ne pas nous laisser retomber dans la tentation et y succomber. Il y a trois sortes de tentations : elles viennent de la chair, du monde et du diable. Nous vivons, en effet, dans la chair et traînons avec nous le vieil homme63 qui s’excite et nous pousse à l’impudicité, la paresse, la gourmandise, l’ivrognerie et l’avarice. Il nous incite aussi à tromper notre prochain et à lui faire du tort et réveille tous les mauvais désirs que nous portons par nature en nous. Nos passions sont aussi allumées par les mauvaises compagnies et les mauvais exemples, par tout ce que nous entendons et voyons autour de nous et qui souvent blesse et corrompt un cœur encore innocent. Le monde, lui, nous offense par ses paroles et ses actes et nous pousse à la colère et à l’impatience. On voit partout de la haine, de la jalousie, de l’inimitié, de la violence, de l’injustice, de l’infidélité, de la vengeance, des malédictions, des querelles, des calomnies, de l’orgueil et de la vanité, un amour immodéré de la toilette et des bijoux, de l’honneur, de la gloire et de la puissance. Chacun bombe le torse, veut avoir la première place et être le plus en vue. Alors vient le diable. Il allume tous ces mauvais désirs et ces passions, mais il travaille surtout au niveau de la conscience et des choses spirituelles. Il nous pousse à mépriser et jeter au vent la Parole et les œuvres de Dieu. Il veut arracher de notre cœur la foi, l’espérance et l’amour, nous pousser à l’incrédulité et à l’orgueil et nous endurcir. Ou alors, au contraire, il cherche à nous plonger dans le désespoir, à nous faire renier Dieu et blasphémer contre lui et à commettre encore bien d’autres choses abominables. Ce sont les pièges qu’il nous tend, ses « traits enflammés »64. Ce ne sont pas la chair et le sang, mais c’est le diable qui les tire dans notre cœur. Bien des dangers nous menacent, et dans cette misérable vie où nous sommes assaillis et pourchassés de tous côtés, chaque chrétien doit subir de terribles tentations. Tout cela doit nous pousser à prier sans cesse et à demander à Dieu de ne pas nous laisser sombrer dans le découragement et retomber dans le péché, la honte et l’incrédulité. En effet, s’il ne nous vient pas en aide, nous ne pouvons pas surmonter la moindre tentation. « Ne nous soumets pas à la tentation. » Nous ne demandons pas à Dieu de supprimer la tentation, mais de nous donner la force de lui résister. Personne, en effet, ne peut éviter la tentation ou la séduction, parce que nous vivons dans la chair et que le diable rôde autour de nous. Alors il faut bien subir la tentation et même l’endurer sans cesse, mais nous prions pour ne pas y succomber. C’est une chose de passer par des tentations, et c’en est une autre d’y consentir et d’y céder. Nous sommes tous tentés, mais pas tous de la même manière. Les jeunes subissent surtout les 63 64
Le « vieil homme », dit le texte original. Éphésiens 6, 16.
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tentations de la chair, les adultes et les vieillards celles du monde. D’autres qui sont préoccupés par les choses spirituelles, c’est-à-dire les vrais chrétiens, sont tentés par le diable. Mais une tentation que nous subissons malgré nous et à laquelle nous résistons ne peut pas nous nuire. Si on ne l’éprouvait pas, ce ne serait pas une tentation. Par contre, consentir à une tentation, c’est lui lâcher la bride, ne pas lui résister et ne pas implorer le secours de Dieu. Nous devons donc, nous qui sommes des chrétiens, être sur nos gardes et nous attendre à être attaqués sans cesse. Que personne ne vive dans l’insouciance et la sécurité, comme si le diable était loin de nous, mais que chacun soit prêt à parer ses coups ! Peut-être suis-je en ce moment chaste, patient, bon ou ferme dans la foi. C’est alors justement que le diable veut me tirer dans le cœur une de ces flèches auxquelles on ne peut pas résister. Il est l’ennemi de notre âme et ne se lasse jamais. Dès qu’une tentation est repoussée, il en surgit une autre. C’est pour cela que la prière est notre seule ressource. Il faut saisir le Notre Père comme une arme et dire à Dieu du fond de son cœur : « Mon Dieu, tu m’as dit de prier. Alors ne me laisse pas succomber à la tentation ! » Fais cela et tu verras que la tentation cède du terrain et que tu finiras par triompher. Mais si tu essaies d’y résister par tes propres moyens, tu ne feras que la rendre plus forte et tu donneras davantage de prise au diable. Il ressemble au serpent qui, lorsqu’il trouve une ouverture assez grande pour y passer la tête, s’y glisse et s’y introduit sans que personne puisse l’arrêter. Mais avec la prière on peut lui résister et le mettre en fuite.
LA SEPTIÈME DEMANDE Mais délivre-nous du mal. Amen
D’après le texte grec, nous devrions dire : « Délivre-nous ou garde-nous du Malin ou du Méchant. » Il est question en effet du diable65. Le Notre Père semble se résumer en cette dernière demande dirigée contre notre principal ennemi. C’est lui, en effet, qui met un obstacle à tout ce que nous demandons. Il nous empêche de sanctifier le nom de Dieu, de nous soumettre à son règne et de faire sa volonté. Il veut nous priver du pain de chaque jour, troubler notre conscience, etc. Aussi résumons-nous toutes ces demandes en ces mots : « Notre Père, délivre-nous de tout mal. » Nous songeons à tout mal qui pourrait nous atteindre tant que nous sommes sous l’empire du diable, comme la pauvreté, la honte, la mort et toutes les misères et souffrances qu’on affronte sur cette terre. Le diable qui n’est pas seulement un menteur, mais aussi un meurtrier66, attente à notre vie. Il déverse sur nous sa colère en nous causant des accidents et en nous faisant autant de mal qu’il peut. Aux uns il brise le cou ou les rend fous. D’autres, il les noie. Il pousse aussi beaucoup de gens au suicide et à d’autres choses atroces. Il faut donc, tant que nous sommes sur la terre, que nous demandions sans cesse à Dieu de nous protéger contre cet ennemi mortel. Si lui ne nous garde pas, nous ne serons jamais à l’abri de ses coups. Comme tu peux le voir, Dieu veut que nous lui demandions de nous délivrer aussi des maux qui peuvent nous frapper dans notre corps. Il désire que nous cherchions le secours auprès de lui seul. Il a placé cette demande à la fin du Notre Père parce que, pour que nous soyons gardés 65 66
En fait, le mot grec peut se traduire aussi bien par « Malin » ou « Méchant » que par « mal ». Jean 8, 44.
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et délivrés de tout mal, il faut que son nom soit d’abord sanctifié en nous, que son règne s’établisse parmi nous et que sa volonté soit faite. Alors il nous gardera du péché, de la honte et de tout ce qui pourrait nous nuire et nous faire souffrir. Dieu nous a montré ainsi toutes les choses dont nous avons besoin, de sorte que nous sommes sans excuse si nous ne prions pas. Mais il est important aussi que nous apprenions à terminer notre prière en disant « Amen ». Cela veut dire que nous ne devons pas douter qu’elle soit exaucée. « Amen » est un mot qui exprime la foi, une foi qui n’hésite pas. En le prononçant, le croyant dit sa certitude qu’il ne prie pas pour rien, mais que Dieu répond à sa prière comme il l’a promis, parce qu’il ne peut pas mentir. Là où il n’y a pas de foi, il n’y a pas non plus de vraie prière. Ils s’illusionnent de façon dangereuse, les gens qui prient sans oser dire « Amen », sans avoir la certitude que Dieu les exauce, mais qui restent dans le doute et se disent : « Comment aurais-je l’audace de croire que Dieu exauce ma prière, alors que je suis un pauvre pécheur ? » Ces genslà ne se fondent pas sur la promesse de Dieu, mais sur leurs œuvres et leur propre dignité. En faisant cela, ils méprisent Dieu et le traitent de menteur. C’est pourquoi ils ne reçoivent rien. Comme le dit St. Jacques : « Qu’il demande avec foi, sans douter. Car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d’autre. Qu’un tel homme ne s’imagine pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur »67. Dieu veut que nous soyons assurés que nos demandes ne sont pas vaines. Nous ne devons en rien sous-estimer nos prières.
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Jacques 1, 6.7.
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QUATRIÈME PARTIE - LE BAPTÊME Nous avons exposé les trois points principaux de la doctrine chrétienne. Il nous faut présenter maintenant les deux sacrements que le Christ a institués. Tout croyant doit les connaître au moins dans l’essentiel, car sans ces sacrements on ne peut pas être chrétien. Malheureusement, jusqu’à présent on n’a rien enseigné au peuple à ce sujet. Nous parlerons d’abord du Baptême. C’est le sacrement par lequel nous sommes reçus dans l’Église chrétienne68. Pour qu’on nous comprenne plus facilement, nous ne dirons que ce qu’il y a de plus important, ce qu’il faut à tout prix savoir. Nous laisserons aux savants le soin de défendre le Baptême contre les hérétiques et les sectaires. Il faut tout d’abord bien connaître les paroles sur lesquelles se fondent le Baptême et tout ce que nous allons dire. Ce sont les paroles de notre Seigneur Jésus-Christ, au dernier chapitre de St. Matthieu : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du SaintEsprit »69. Et au dernier chapitre de St. Marc : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné »70. Premièrement, ces paroles enseignent que Dieu a établi et institué le Baptême. C’est ce qu’il faut constater tout d’abord. Nous avons ainsi la certitude qu’il est une institution divine et non pas une cérémonie imaginée et inventée par les hommes. Je peux dire sans me tromper que le Décalogue, le Symbole71 et le Notre Père ne sont pas sortis du cerveau d’un homme, mais ont été révélés et donnés par Dieu. Eh ! bien, je peux affirmer avec la même certitude que le Baptême n’a pas été inventé par les hommes, mais institué par Dieu. Et non seulement c’est Dieu qui l’a institué, mais il nous a aussi ordonné de nous faire baptiser si nous voulons être sauvés. Il ne faut pas croire que se faire baptiser est une chose banale qu’on peut faire ou ne pas faire, comme par exemple mettre des habits neufs. Non, au contraire, il est capital de considérer le Baptême comme une chose excellente qu’on ne pourra jamais surestimer. C’est surtout pour cela que nous luttons et que nous nous battons aujourd’hui, car le monde est plein de sectes qui prétendent que le Baptême est une cérémonie purement extérieure et que, pour cette raison, il ne sert pas à grand-chose. Nous avons ici la Parole et le commandement de Dieu qui instituent, justifient et approuvent le Baptême. Ce que Dieu institue et ordonne n’est jamais vain, mais c’est une chose précieuse, même si elle paraît modeste et semble ne pas valoir plus qu’un brin de paille. Jusqu’à aujourd’hui, on a attaché beaucoup d’importance aux lettres et aux bulles du pape concernant les indulgences, tout simplement parce que son sceau y était apposé. Alors combien plus de prix faut-il attacher au Baptême parce qu’il est commandé par Dieu et administré en son nom. En effet, il est écrit : « Allez… baptisez… au nom de Dieu », et non pas en votre nom. Etre baptisé au nom de Dieu, ce n’est pas être baptisé par des hommes, mais par Dieu lui-même. Certes, ce sont des hommes qui administrent le Baptême, mais c’est l’œuvre de Dieu, et tout le Rappelons que nous traduisons par « Église chrétienne » le mot « chrétienté » que Luther utilise généralement. 69 Matthieu 28, 19. 70 Marc 16, 16. 71 Il s’agit du Symbole apostolique ou du Credo. 68
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monde sait que ce que Dieu fait vaut plus que ce que font les hommes, même les saints. Qui pourrait faire quelque chose de plus grand que Dieu ? Mais voilà que surgit le diable. Il nous éblouit par de fausses apparences et nous amène à préférer notre œuvre à celle de Dieu. Plus les œuvres d’un moine72 sont pénibles, plus elles semblent belles, et nous attachons tous une valeur particulière à ce que nous faisons et méritons nous-mêmes. Mais voici ce qu’enseigne l’Écriture : si on mettait sur un tas toutes les œuvres des moines, aussi brillantes soient-elles, elles ne vaudraient pas autant que la moindre tige de blé que Dieu fait sortir de la terre. Pourquoi ? Parce que Dieu est plus noble et meilleur que le plus grand saint. Il s’agit ici de ne pas évaluer une personne d’après les œuvres qu’elle fait, mais au contraire les œuvres d’après la personne. C’est la personne, en effet, qui leur donne leur noblesse. C’est choquant pour notre folle raison qui juge ainsi : si ce que nous faisons n’est pas beau extérieurement et n’a pas d’éclat, c’est que cela ne vaut rien. Après ce que nous venons de dire, tu peux te faire une idée juste du Baptême. Si on te demande ce qu’il est, tu répondras : « Le Baptême n’est pas simplement de l’eau, mais c’est une eau prise dans la Parole et le commandement de Dieu. Elle est ainsi sanctifiée, de sorte que c’est une eau divine. Cela ne veut pas dire que l’eau qu’on prend pour baptiser soit en elle-même plus noble que l’eau ordinaire, mais qu’elle est enveloppée dans la Parole et le commandement de Dieu. C’est donc par une ruse et une inspiration du diable qu’aujourd’hui nos nouveaux illuminés73 blasphèment au sujet du Baptême en oubliant complètement la Parole et l’ordre de Dieu pour ne penser qu’à l’eau qu’on va chercher à la fontaine, et en disant : « Comment un peu d’eau pourraitil être utile aux âmes ? » Il est sûr que si on retire la Parole de Dieu, l’eau n’est plus que de l’eau. Tout le monde sait cela. Mais comment oserais-tu porter atteinte à quelque chose que Dieu a institué en supprimant ce que lui a enfermé dans l’eau et en séparant ainsi ce qu’il a uni ? Ce qu’il y a de plus précieux dans l’eau du Baptême, c’est la Parole ou le commandement de Dieu et son nom. Ce trésor est plus grand et plus beau que le ciel et la terre. Le Baptême est une eau très différente de n’importe quelle autre eau. Ce n’est pas qu’elle change de nature, mais quelque chose d’extrêmement noble y a été uni. Dieu lui-même l’honore de son nom et y met sa force et sa puissance. Ce n’est donc pas une eau comme les autres, mais une eau divine, céleste, sainte, une eau qui apporte le salut. On n’en fera jamais suffisamment l’éloge, à cause de la parole divine, céleste et sainte qui y est unie et que personne ne peut assez glorifier. La Parole de Dieu, en effet, possède toutes les qualités et toute la puissance de Dieu lui-même. C’est donc grâce à cette Parole que le Baptême est un sacrement. C’est ce qu’enseignait St. Augustin quand il disait : « Que la Parole s’ajoute à l’élément, et il y a un sacrement », c’est-à-dire une chose sainte et un signe divin74. Quant aux sacrements et à toutes les choses extérieures que Dieu a instituées, nous ne cessons d’enseigner qu’il ne faut pas s’attarder à l’enveloppe grossière, qui ressemble à une coque de noix, mais considérer la Parole de Dieu qui y est contenue. C’est ce que nous faisons quand nous parlons des parents et des princes. Si on se contente de constater qu’ils ont un nez, des yeux, de la peau, des cheveux, de la chair et des os, alors, comme les Turcs et les païens, ce sont des hommes comme nous et on pourrait dire : « Pourquoi est-ce qu’on devrait honorer ces gens plus que d’autres ? » Mais il y a un Commandement qui dit : « Honore ton père et ta mère. » Ce sont Le texte du Grand Catéchisme parle d’un moine chartreux. Luther appelle ainsi les Anabaptistes, un mouvement dans la chrétienté qui rejetait le Baptême des enfants. Ils rebaptisaient ceux qui avaient été baptisés dans leur petite enfance. « Anabaptistes » veut dire « ceux qui rebaptisent ». 74 Cette phrase figure en latin dans le texte : « Accedat Verbum ad elementum et fit sacramentum. » 72 73
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donc des gens différents des autres. Ils sont parés et revêtus de la majesté et de la gloire de Dieu. Ce Commandement est comme la chaîne d’or que le prince porte autour de son cou, comme la couronne qui repose sur sa tête et qui montre pourquoi nous devons honorer cette créature faite de chair et de sang. Il faut donc honorer et exalter d’autant plus le Baptême que Dieu lui-même l’a honoré de sa Parole et confirmé par un miracle céleste. Crois-tu que c’était une comédie lorsque le Christ a été baptisé, que le ciel s’est ouvert, que le Saint-Esprit est descendu de façon visible et qu’on ne voyait que gloire et majesté divines ? Je le répète encore une fois : il faut bien se garder de séparer les deux, la Parole et l’eau. Si nous enlevons la Parole, l’eau n’est plus qu’une eau ordinaire, comme l’eau que prend une servante pour cuire les aliments. Alors le Baptême n’est plus qu’un simple bain. Mais si la Parole y est unie, comme Dieu l’a ordonné, c’est un sacrement. C’est le Baptême du Christ. Voilà ce qu’est le saint sacrement et quel est son prix ! Deuxièmement, maintenant que nous savons ce qu’est le Baptême et ce qu’il faut en penser, nous devons apprendre aussi pourquoi et dans quel but il a été institué. A quoi sert-il ? Qu’est-ce qu’il procure et réalise ? Les paroles du Christ que nous avons citées plus haut le disent : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. » Nous dirons donc tout simplement que le Baptême a le pouvoir de sauver. C’est là son but et son effet. On ne baptise pas un homme pour qu’il devienne un prince, mais, comme le Christ l’a dit, pour qu’il soit sauvé. Or, tout le monde sait qu’être sauvé, c’est être délivré du péché, de la mort et d diable, entrer dans le Royaume du Christ et vivre éternellement avec lui. Alors on comprend combien le Baptême est important et précieux, puisque c’est par lui qu’on obtient ce trésor inestimable. Cela suffirait à démontrer que ce n’est pas que de l’eau, car l’eau à elle seule ne pourrait jamais faire d’aussi grandes choses. Ces choses sont réalisées par la Parole, du fait que le nom de Dieu est là, comme nous l’avons dit plus haut. Or, là où est le nom de Dieu, là sont aussi la vie et le salut. L’eau du Baptême peut vraiment être appelée une eau divine, une eau qui bénit, qui est féconde et pleine de grâce, car la Parole lui donne le pouvoir d’être le « bain de la régénération », un titre que St. Paul donne au Baptême75. Quand nos nouveaux illuminés76, qui croient tout mieux savoir que les autres, affirment que la foi seule sauve et que les œuvres et les choses extérieures ne servent à rien, nous leur répondons : Bien sûr que la foi fait tout en nous. Nous expliquerons cela plus loin. Mais ces conducteurs d’aveugles ne veulent pas comprendre que la foi a besoin de quelque chose pour croire, quelque chose à quoi elle puisse s’accrocher et sur quoi elle puisse se fonder. Ainsi, la foi s’attache à l’eau et croit que dans le Baptême se trouvent la vie et le salut. Non pas grâce à l’eau, comme nous l’avons déjà dit, mais parce que cette eau est unie à la Parole et au commandement de Dieu et que le nom de Dieu est attaché à elle. Croire cela, c’est croire en Dieu qui a placé sa Parole dans le Baptême et qui nous offre cette chose extérieure pour que nous puissions saisir le trésor qu’il y a mis. Mais ces gens sont tellement insensés qu’ils séparent la foi de la chose à laquelle elle est liée, sous prétexte que c’est une chose extérieure. Il faut bien qu’elle extérieure, sinon nous ne pourrions pas la voir ni la saisir par nos sens et ainsi la faire entrer dans notre cœur. L’Évangile est lui aussi une chose extérieure, quelque chose qu’on prêche et qu’on entend. Ce que Dieu fait et réalise en nous, il le fait par des choses extérieures. Quand il parle, quel que soit son but et le moyen ou l’instrument dont il se sert, c’est vers cela qu’il faut tourner le regard de la foi, c’est à cela qu’il faut s’attacher. Il est dit : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. » De quoi estce qu’il est question ici ? Du Baptême, évidemment, donc de l’eau qui est comprise dans le Tite 3, 5. Rappelons que Luther appelle ainsi les Anabaptistes, un mouvement de chrétiens évangéliques qui rejetaient le Baptême des enfants. 75 76
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commandement de Dieu. Conclusion : rejeter le Baptême, c’est rejeter la Parole de Dieu, la foi et le Christ qui avec son ordre nous lie au Baptême. Troisièmement, maintenant que nous savons à quoi sert le Baptême et comment il agit, voyons qui reçoit les bienfaits qu’il procure. C’est ce que disent très clairement les paroles que nous avons déjà citées : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé. » Cela signifie que la foi seule rend quelqu’un digne de recevoir utilement l’eau salutaire et divine. Ce qui est offert et promis ici, par ces paroles unies à l’eau, ne peut être reçu que si nous croyons ce que ces paroles disent. Sans la foi, le Baptême ne sert à rien, bien qu’il soit en lui-même un trésor inépuisable. Les mots « celui qui croira » suffisent pour exclure et rejeter toutes les œuvres que nous voudrions faire pour obtenir et mériter le salut. C’est ce que Dieu a décidé : le salut ne s’obtient que par la foi, tout le reste ne sert à rien. Mais il y a des gens qui disent : « Puisque le Baptême lui-même est une œuvre, comment peux-tu dire que les œuvres sont sans valeur pour le salut et que fais-tu de la foi ? » A cela je répondrai : Il est vrai que nos œuvres ne servent à rien pour le salut, mais le Baptême n’est pas notre œuvre. Il est l’œuvre de Dieu. En effet, comme nous l’avons dit plus haut, le Baptême du Christ n’est pas un simple bain. Or les œuvres de Dieu sont, elles, salutaires et nécessaires pour obtenir le salut. Elles n’excluent pas la foi. Au contraire, elles l’exigent puisque, sans la foi, on ne pourrait pas saisir le salut. Pour recevoir le Baptême utilement, il ne suffit pas qu’on te verse de l’eau sur la tête. Le Baptême n’est utile que si tu te fais baptiser par obéissance au commandement de Dieu. Alors tu reçois, par le Baptême d’eau administré en son nom, le salut promis. Ce n’est pas avec la main que tu peux saisir la grâce du Baptême, mais avec le cœur, par la foi. Ainsi, comme tu le vois, le Baptême n’est pas une œuvre que nous accomplissons, mais un trésor que Dieu nous donne. Ce trésor, la foi le saisit, de même qu’elle saisit le Christ crucifié qui, lui aussi, est tout sauf une oeuvre, car il est un trésor contenu et offert dans la Parole et reçu par la foi. Ceux qui prétendent que nous prêchons contre la foi nous accusent donc injustement. En effet, nous ne cessons de répéter qu’elle est indispensable et que, sans elle, nous ne pouvons rien recevoir. Voilà les trois choses qu’il faut savoir pour comprendre l’importance de ce sacrement. Il faut surtout savoir que le Baptême a été institué par Dieu. Cela doit suffire pour honorer ce sacrement, même si c’est une chose tout à fait extérieure. Le quatrième commandement : « Honore ton père et ta mère » se rapporte lui aussi à des êtres corporels, faits de chair et de sang. Ce n’est pas la chair et le sang de ces êtres qui compte ici, mais le Commandement de Dieu. C’est à cause de lui que nous honorons nos parents. C’est la même chose avec le Baptême. Même si nous n’avions que ces mots : « Allez et baptisez », nous devrions le considérer comme une institution divine et l’administrer. Mais nous n’avons pas seulement un commandement. Nous avons aussi une promesse. C’est pourquoi le Baptême est encore plus précieux que tout ce que Dieu commande par ailleurs. Il est plein de consolations et de grâces qui dépassent tout ce que nous pouvons comprendre dans le ciel et sur la terre, mais il faut y croire. Ce ne sont pas les trésors qui manquent ici, mais les gens négligent de les saisir et de les garder. Chaque chrétien doit méditer sur le Baptême pendant sa vie entière, car il doit sans cesse lutter pour croire fermement ce que le Baptême offre : la victoire sur le diable et sur la mort, le pardon des péchés, la grâce de Dieu, le Christ tout entier et le Saint-Esprit avec ses dons. Si un médecin avait trouvé le moyen d’empêcher les gens de mourir ou de les faire vivre éternellement après leur mort, les pièces d’argent tomberaient comme une pluie diluvienne, mais seuls les plus riches auraient accès à ses soins. Or, dans le Baptême, chacun reçoit gratuitement un trésor de ce genre, un remède qui détruit la mort et maintient tous les hommes en vie. Alors il faut bien comprendre ce qu’est le Baptême pour en user utilement. Si notre péché ou notre conscience 69
nous oppresse, il sera notre force et notre consolation et nous pourrons dire : « Je suis baptisé, et parce que je suis baptisé j’ai la promesse d’être sauvé et d’avoir la vie éternelle, dans l’âme et dans le corps. » C’est pour cela que dans le Baptême on verse de l’eau sur le corps. Le corps, lui, ne peut recevoir que de l’eau. Mais la Parole est prononcée en même temps, pour que l’âme ait également quelque chose à recevoir. Et puisque l’eau et la Parole forment ensemble le Baptême, il en résulte que le corps et l’âme seront sauvés et vivront éternellement l’un et l’autre : l’âme, grâce à la Parole à laquelle elle croit, et le corps parce qu’il est uni à l’âme et qu’il reçoit aussi le Baptême à sa façon. Il n’y a rien de plus précieux pour notre corps et notre âme, car le Baptême nous rend saints et nous apporte le bonheur éternel, ce qu’aucune vie au monde ni aucune œuvre ne peut faire. Nous avons suffisamment expliqué ce qu’est le Baptême, à quoi il est utile et comment il faut le recevoir. Reste une question dont le diable se sert pour troubler le monde au moyen de ses sectes. Il s’agit du Baptême des enfants. La question est de savoir s’ils croient eux aussi, et si on a donc raison de les baptiser. Les simples fidèles font bien de laisser les gens savants répondre à cela. Cependant, si on veut répondre, voici ce qu’il faut dire : Il est clair que le Baptême des enfants est agréable au Christ. C’est ce que montre à lui seul le fait que Dieu a sanctifié beaucoup de ceux qui ont été baptisés dans leur enfance et leur a donné le Saint-Esprit. Aujourd’hui encore, la doctrine et la vie de beaucoup de gens montrent qu’ils ont reçu le Saint-Esprit. De même, Dieu nous a accordé la grâce d’expliquer l’Écriture et de connaître le Christ, ce qui n’est pas possible sans le Saint-Esprit. S’il ne voulait pas du Baptême des enfants, il n’aurait pas donné le SaintEsprit à tant de gens qui ont été baptisés quand ils étaient petits. Par conséquent, il n’y aurait plus eu depuis longtemps et jusqu’au jour d’aujourd’hui un seul chrétien sur la terre. Mais puisque Dieu approuve le Baptême en accordant le Saint-Esprit dont l’action se fait sentir chez de nombreux Pères, tels que St. Bernard, Gerson, Jean Hus et bien d’autres, et puisque l’Église chrétienne subsistera jusqu’à la fin du monde, nos adversaires eux-mêmes sont obligés de reconnaître que le Baptême des enfants plaît au Seigneur. Dieu ne peut pas se contredire ni soutenir le mensonge et la ruse en accordant sa grâce et son Esprit. Cette démonstration, que les gens les plus simples et les plus ignorants peuvent comprendre, est peut-être la meilleure de toutes, car on ne pourra jamais renverser cet article : « Je crois une sainte Église chrétienne, la communion des saints, etc. » Nous dirons aussi la chose suivante : il n’est pas si important que cela que celui qui reçoit le Baptême possède la foi, car le Baptême ne dépend pas de notre foi, mais de la Parole et du commandement de Dieu. Cette affirmation va peut-être scandaliser certains, mais elle découle de la définition que j’ai donnée du Baptême quand j’ai dit qu’il n’est pas autre chose que de l’eau unie à la Parole de Dieu. Si donc la Parole est unie à l’eau, le Baptême est un vrai Baptême, même sans la foi. En effet, la foi ne fait pas le Baptême, mais elle le reçoit. Il n’est pas rendu nul lorsque nous ne le recevons pas ou que nous ne le recevons pas comme il convient, puisque, comme nous venons de le dire, il n’est pas lié à notre foi, mais à la Parole de Dieu. Supposons que quelqu’un vienne d’une façon hypocrite et avec une mauvaise intention nous demander le Baptême et que nous le baptisions avec tout le sérieux exigé pour cela. Ce Baptême serait un vrai Baptême parce que l’eau et la Parole y sont réunies, même s’il n’est pas reçu comme il devrait l’être. De même, ceux qui communient indignement reçoivent véritablement le corps du Seigneur, même s’ils ne croient pas. Tu vois ainsi que l’objection des sectaires ne vaut rien. En supposant même que les enfants ne croient pas (ce qui est faux, comme nous venons de le voir), le Baptême qu’ils reçoivent est un vrai Baptême et personne ne devrait les rebaptiser. De même le sacrement de la Sainte Cène ne
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perd rien de sa valeur si on y participe avec une mauvaise intention. On ne pourrait pas accepter que quelqu’un communie une deuxième fois dans la même heure, sous prétexte qu’il a mal communié la première fois. Si on acceptait cela, on admettrait par là que cet homme n’aurait pas vraiment reçu le sacrement. Ce serait là outrager le sacrement et blasphémer contre lui. La Parole de Dieu aurait-elle tort et ce que Dieu a institué serait-il inutile sous prétexte que nous en faisons un mauvais usage ? Si tu n’as pas cru jusqu’à présent, eh ! bien, crois maintenant et dis : « J’ai reçu le vrai Baptême, mais je l’ai reçu indignement. » Moi aussi, ainsi que tous ceux qui se font baptiser, je dois dire devant Dieu : « Je viens ici avec ma foi et soutenu par la foi des autres. Mais je ne peux pas me fonder sur ma foi ni sur les prières que d’autres font pour moi. Je me fonde uniquement sur ta Parole et ton commandement. » De même, quand je vais communier, je ne me fonde pas sur ma propre foi, mais sur la Parole du Christ. Suis-je fort ou faible ? Dieu seul le sait. Ce que je sais, moi, c’est que le Christ me dit de venir, de manger et de boire. Je sais qu’il me donne son corps et son sang et qu’il ne peut ni mentir ni me tromper. Nous faisons de même quand nous présentons un enfant au Baptême. Nous l’apportons, en estimant et espérant qu’il croit, tout en demandant à Dieu de lui donner la foi. Cependant, ce n’est pas à cause de cela que nous le baptisons, mais parce que Dieu l’a ordonné et que nous savons qu’il ne ment pas. Moi et mon prochain, ainsi que tous les hommes, nous pouvons tromper les autres, mais la Parole de Dieu ne trompe jamais. Ce sont des esprits orgueilleux et stupides qui tirent la conclusion que là où il n’y a pas la vraie foi, il n’y a pas non plus le vrai Baptême. C’est comme si je disais : « Je ne crois pas, donc le Christ ne vaut rien. » Ou bien : « Je suis désobéissant, donc les parents et les magistrats ne valent rien. » Si quelqu’un ne fait pas ce qu’il doit faire, peut-on pour autant en conclure que le devoir de faire cela n’existe pas ou qu’il n’existe pas pour lui ? Il faut, au contraire, retourner l’argument et dire : si on peut recevoir le Baptême indignement, cela prouve précisément qu’il est une bonne chose. En effet, dans le cas contraire, on ne pourrait pas en faire un mauvais usage ni commettre un péché contre ce sacrement. On dit en effet : « L’abus ne détruit pas une chose »77, mais prouve, au contraire, que cette chose existe. Si une fille de joie, qui vit dans le péché et la honte, porte de l’or sur elle, c’est bel et bien de l’or qu’elle porte sur elle. Je conclus en disant que le Baptême serait toujours valable et demeurerait entier, même s’il n’avait été administré qu’à un seul homme et que cet homme n’avait pas eu la vraie foi. La Parole de Dieu et ce qu’il institue sont des choses qui ne bougent pas et que les hommes ne peuvent pas altérer. Mais nos illuminés sont tellement éblouis qu’ils ne voient pas la Parole et le commandement de Dieu. Dans le Baptême, ils ne voient que l’eau qu’on va puiser dans la rivière à l’aide d’une cruche. Dans les princes, ils ne voient que des hommes quelconques. Parce qu’ils ne voient ni foi ni obéissance, ils contestent la valeur du Baptême et l’autorité du prince. C’est que se cache ici un démon rusé qui voudrait arracher aux princes leur couronne pour qu’on la foule aux pieds, un démon qui cherche à fausser et anéantir les institutions et l’œuvre de Dieu. Alors soyons vigilants, ne nous laissons pas détourner de la Parole. Elle nous mettra en garde contre les rêveries des illuminés qui font du Baptême un simple signe. Enfin, il faut savoir ce que signifie le Baptême et comprendre que Dieu l’a précisément institué pour faire de ce signe et de cette cérémonie extérieure le sacrement par lequel nous sommes reçus dans l’Église chrétienne. L’acte ou la cérémonie consiste à nous plonger dans l’eau qui nous
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C’est un dicton latin : « Abusus non tollit, sed confirmat substantiam. »
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recouvre entièrement et à nous en retirer78. Ces deux choses, plonger dans l’eau et en retirer, indiquent la puissance et l’efficacité du Baptême qui consistent à tuer le vieil Adam et à ressusciter l’homme nouveau. Ces deux choses doivent se produire chez nous pendant notre vie entière, de sorte que la vie chrétienne n’est rien d’autre qu’un Baptême quotidien. L’œuvre du Baptême a commencé un jour. Mais elle doit se poursuivre tous les jours, car il faut que nous soyons constamment purifiés des souillures du vieil homme, pour qu’apparaisse en nous l’homme nouveau. Qu’est-ce que le vieil homme ? C’est ce qui nous vient d’Adam, quelque chose avec quoi nous venons au monde. Par nature, le vieil homme est coléreux, haineux, envieux, impudique, avare, paresseux, orgueilleux, incrédule. Bref, il est plein de vices et il n’y a rien de bon en lui. Quand nous entrons dans le Royaume du Christ, ces vices doivent diminuer chaque jour, pour que nous devenions de plus en plus doux, patients, charitables et que nous luttions de plus en plus contre l’avarice, la haine, la jalousie et l’orgueil. Voilà comment les chrétiens doivent user du Baptême. C’est ce qu’indique l’immersion. Si on lâche la bride au vieil homme et qu’on le laisse prendre toujours plus de force, on néglige de se servir du Baptême. Pire que cela, on résiste au Baptême. Ceux qui ne vivent pas en communion avec le Christ ne peuvent que devenir de jour en jour plus mauvais. C’est ce que dit le proverbe : « Plus ils sont vieux, plus ils sont méchants. » Celui qui l’année passée était orgueilleux et avare, l’est encore plus aujourd’hui. Ces vices augmentent en lui depuis sa jeunesse. Un petit enfant n’a pas de vice particulier. Mais l’impudicité et l’impureté augmentent en lui au fur et à mesure qu’il grandit. Et quand il sera devenu un adulte, les vices qu’il aura contractés ne feront qu’augmenter. Le vieil homme agit selon sa nature, sans retenue, s’il n’est pas maîtrisé par la puissance du Baptême. Mais chez les chrétiens il perdra sa force de jour en jour et finira par succomber. C’est ce qu’on appelle se plonger vraiment dans le Baptême et en ressortir chaque jour. Le but de ce sacrement, c’est non seulement d’agir efficacement, mais encore de signifier quelque chose. Quand la foi est là et qu’elle porte ses fruits, le Baptême n’est pas un simple symbole, mais il réalise aussi ce qu’il signifie. Quand au contraire la foi est absente, il est sans effet et reste un simple signe. Quand on pense à l’efficacité et la signification du Baptême, on se rend compte qu’il comprend aussi ce qu’on a appelé le troisième sacrement, la repentance qui n’est autre chose que le Baptême. Q’est-ce que cela veut dire en effet, se repentir, si ce n’est lutter contre le vieil homme et entrer dans une vie nouvelle. Vivre dans la repentance, c’est vivre dans le Baptême. Celui-ci, en effet, ne symbolise pas seulement la vie nouvelle, mais il la réalise du commencement jusqu’à la fin. Il nous communique la grâce et l’Esprit et nous donne la force nécessaire pour vaincre le vieil homme, pour que l’homme nouveau apparaisse et prenne des forces. C’est pour cela que le Baptême demeure toujours valable. Au milieu de nos chutes et de nos péchés, nous pouvons recourir à lui pour soumettre à nouveau le vieil homme. Il n’est plus nécessaire de s’asperger avec de l’eau, et même si on se replongeait cent fois dans l’eau, ce serait toujours le même Baptême dont l’efficacité et la signification demeurent. Ainsi donc, la repentance n’est rien d’autre qu’un retour au Baptême, une reprise de l’œuvre qui a été commencée, puis abandonnée. Je dis cela pour qu’on ne succombe pas à l’erreur dans laquelle nous avons vécu longtemps. Celle-ci consiste à croire que le Baptême ne vaut plus rien et qu’il n’a plus aucune utilité quand on est tombé dans le péché. Cette erreur vient du fait qu’on a vu dans le Baptême un acte Il arrivait encore fréquemment, à l’époque de la Réforme, qu’on baptise par immersion. L’Église luthérienne considère la façon dont le Baptême est administré (par effusion, aspersion ou immersion) comme un « adiapho-ron », c’est-à-dire quelque chose qui n’est ni prescrit ni interdit, mais laissé à la liberté des chrétiens. 78
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accompli dans le passé qui n’agit qu’une seule fois. Elle provient aussi d’une affirmation de St. Jérôme qui n’est pas juste. Il a écrit en effet : « La pénitence79 est la deuxième planche qu’il faut saisir pour surnager et gagner la rive quand le bateau a sombré »80. Le Baptême est le bateau sur lequel nous montons et qui nous transporte quand nous entrons dans l’Église. Mais en affirmant que la pénitence est notre deuxième planche de salut, Jérôme nie l’utilité du Baptême et lui enlève son efficacité. Il ne s’est pas bien exprimé, car le bateau ne sombre pas, puisqu’il est, comme nous l’avons dit, quelque chose que Dieu a institué et non pas notre œuvre. Il arrive souvent qu’on glisse et qu’on tombe du bateau. Alors il faut s’efforcer de le regagner à la nage et de s’y cramponner jusqu’à ce qu’on puisse remonter à bord, y reprendre sa place et continuer d’y vivre comme auparavant. Il est clair que le Baptême est un trésor précieux. Il nous arrache au gosier du diable, nous remet entre les mains de Dieu, combat le péché et nous en délivre. Il fortifie aussi chaque jour l’homme nouveau et continue d’agir jusqu’à ce que nous passions de la misère de cette vie à la gloire éternelle. Que chacun d’entre nous considère son Baptême comme un vêtement qu’il faut mettre tous les jours, pour persévérer dans la foi par laquelle nous tuons le vieil homme et grandissons dans l’homme nouveau. Si nous voulons être des chrétiens, il faut que vivions dans le Baptême qui a fait de nous des chrétiens. Et si quelqu’un tombe, qu’il revienne à son Baptême ! Le Christ reste pour nous le trône de la grâce81, ce qui veut dire qu’il ne s’éloigne jamais de nous et qu’il nous permet de revenir toujours à lui, même quand nous avons péché. De la même façon, il nous préserve tous ses trésors et ses dons. Le pardon que nous avons reçu un jour dans le Baptême demeure en vigueur. Nous pouvons le saisir chaque jour, tant que nous vivons, c’est-à-dire tant que nous traînons avec nous le vieil homme.
CINQUIÈME PARTIE - LE SACREMENT DE L’AUTEL Nous avons traité du Baptême. Il nous faut parler maintenant du deuxième sacrement et dire ce qu’il est, à quoi il sert et qui est invité à le recevoir. Nous nous fonderons sur les paroles que le Christ a prononcées quand il l’a institué. Ce sont des paroles que doivent connaître tous ceux qui veulent être des chrétiens et participer à ce sacrement. Nous ne laissons pas s’approcher de l’autel ceux qui ne savent pas ce qu’ils y cherchent ni pourquoi ils viennent. Voici les paroles d’institution : « Notre Seigneur Jésus-Christ, dans la nuit où il fut livré prit du pain. Après avoir rendu grâces, il le rompit, le donna à ses disciples et dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. De même, après avoir soupé, il prit la coupe, rendit grâces, la leur donna et dit : Prenez et buvez-en tous. Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang qui est répandu pour vous en rémission des péchés. Faites ceci toutes les fois que vous en boirez en mémoire de moi »82.
L’Église catholique parle de « pénitence » là où les Luthériens préfèrent employer le mot « repentance ». Jérôme, Epître 130 à Démétrias. 81 Hébreux 4, 16. 82 1 Corinthiens 11, 23-25 ; Matthieu 26, 26-28 ; Marc 14, 22-24 ; Luc 22, 19.20. 79 80
Table des matières
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Nous ne voulons pas nous quereller ni rompre une lance avec ceux qui outragent ce sacrement et blasphèment à son sujet, mais souligner ce qui est vraiment important. Or la chose essentielle dans ce sacrement, comme dans le Baptême, est la Parole de Dieu, ce qu’il a institué et prescrit. Ce sacrement n’a pas été inventé et établi par un homme, mais par le Christ, sans les conseils et les avis de personne. Les Dix Commandements, le Notre Père et le Symbole restent ce qu’ils sont et ne perdent pas leur valeur, même si tu ne les observes pas, si tu ne pries jamais et si tu ne crois pas. C’est la même chose avec ce sacrement : il subsiste en entier même si nous en usons de façon indigne. Crois-tu que Dieu cherche à savoir ce que nous faisons ou ce que nous croyons pour, à la suite de cela, modifier ce qu’il a institué ? Tout dans ce monde reste comme Dieu l’a créé et ordonné, quel que soit l’usage que nous en fassions. Il faut sans cesse enseigner cette vérité pour fermer la bouche à tous les sectaires qui voient les sacrements sans la Parole de Dieu, comme s’ils étaient notre œuvre. Qu’est-ce que le sacrement de l’autel ? Réponse : c’est le vrai corps et le vrai sang du Seigneur Jésus-Christ dans et sous le pain et le vin, que la parole du Christ ordonne aux chrétiens de manger et de boire. Nous avons dit du Baptême que ce n’est pas simplement de l’eau. Nous disons de même que le sacrement de l’autel est, bien sûr, du pain et du vin. Mais ce n’est pas que cela ; ce n’est pas simplement du pain et du vin comme celui que nous mettons tous les jours sur la table. C’est du pain et du vin compris dans la Parole de Dieu et liés à elle. C’est la Parole, en effet, qui fait que c’est un sacrement et qui lui donne son caractère particulier. En vertu de la Parole, il n’y a pas là simplement du pain et du vin, mais réellement le corps et le sang du Christ. Comme l’a dit St. Augustin : « Que la Parole s’ajoute à l’élément, et il y a un sacrement »83. Il serait difficile de trouver ce Père de l’Église une maxime plus juste et mieux formulée. La Parole fait de l’élément un sacrement. Sans elle, c’est un simple élément. Or cette Parole n’est pas celle d’un prince ou d’un empereur, mais c’est la Parole et l’ordre de la majesté divine. Quand Dieu parle, toutes les créatures doivent tomber à genoux, approuver et recevoir sa Parole avec un saint respect, avec crainte et humilité. Par sa Parole tu peux affermir ta conscience, même si cent mille diables et tous les illuminés viennent te demander : « Comment du pan et du vin peuvent-ils être le corps et le sang du Christ ? » Tu peux leur répondre avec assurance : « Je sais que tous les sages et tous les savants réunis n’ont pas autant de sagesse qu’il y en a dans le plus petit doigt de la majesté divine. Or le Christ a dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps… Buvez-en tous, ceci est la nouvelle alliance en mon sang. Nous nous attachons à cette parole et nous verrons bien si quelqu’un a l’audace de renvoyer le Christ à l’école et de changer ce qu’il a dit ! » Il est vrai que s’il n’y avait pas cette parole, ce ne serait que du pain et du vin. Mais si la Parole y est unie, comme elle doit l’être, alors c’est véritablement, au vrai sens des mots, le corps et le sang du Christ. Le Christ lui-même l’a dit et c’est vrai, parce qu’il ne peut ni mentir ni tromper. Une fois que nous avons constaté cela, il est facile de répondre aux différentes questions qui tourmentent les gens aujourd’hui. Par exemple : Un mauvais prêtre peut-il administrer et donner le Sacrement ? Voici ce que nous répondons : Même si celui qui administre le Sacrement, qui le donne aux autres et à lui-même, est mauvais, il prend et donne réellement le Sacrement, c’est-àdire le corps et le sang du Christ, tout autant que celui qui l’administre avec toute la dignité voulue. En effet, la Sainte Cène ne se fonde pas sur la sainteté des hommes, mais sur la Parole de Dieu. Aucun saint sur la terre et aucun ange dans le ciel ne peuvent faire que le pain et le vin soient le corps et le sang du Christ. Personne non plus ne peut changer quelque chose au Sacrement ou l’abolir par le mauvais usage qu’il en fait. L’indignité et l’incrédulité d’une personne ne changent rien aux paroles par lesquelles il a été établi et institué. Le Christ n’a pas dit : « Si vous 83
En latin : « Accedat Verbum ad elementum et fit sacramentum. »
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croyez et si vous en êtes dignes, vous recevrez mon corps et mon sang. » Il dit au contraire : « Prenez, mangez et buvez, ceci est mon corps et mon sang. » Et il ajoute ces mots : « Faites ceci. » C’est-à-dire : Faites ce que je fais maintenant, ce que j’institue, ce que je vous donne et vous demande de prendre. Voici ce que cela veut dire : Que tu sois digne ou indigne, tu reçois le corps et le sang du Christ grâce aux paroles qui viennent s’unir au pain et au vin. Retiens bien ceci, car sur ces paroles se fonde toute notre assurance. Elles sont notre protection et notre défense contre toutes les erreurs et séductions présentes ou futures. Nous avons traité en peu de mots le premier point et vu ce qu’est ce sacrement. Voyons maintenant quelles sont son efficacité et de son utilité. Il faut savoir, en effet, pourquoi il a été institué et ce que nous devons y chercher. Les paroles que nous avons citées plus haut montrent cela clairement : « Ceci est mon corps et mon sang, donné et répandu pour vous en rémission des péchés. » Par conséquent, nous allons à la Sainte Cène parce qu’elle est le trésor par lequel et dans lequel nous recevons le pardon des péchés. Et pourquoi le recevons-nous ? Tout simplement parce que les paroles du Christ sont là qui nous procurent ce bienfait. Si le Christ me demande de manger et de boire, c’est pour que je reçoive ce trésor, qu’il me soit bénéfique comme un gage et un signe certain. C’est par ce moyen que le Christ me délivre de mon péché, de la mort et de tous les maux. On peut appeler ce sacrement la nourriture de l’âme. En effet, il nourrit et fortifie l’homme nouveau. Le Baptême nous a régénérés, mais, comme nous l’avons dit, la chair et le sang collent encore à nous comme une vieille peau. Nous sommes, de plus, entourés de tant d’obstacles et de tentations qui viennent du diable et du monde que nous finissons par perdre courage. Parfois même nous tombons. C’est pourquoi, le Sacrement nous est donné comme une nourriture quotidienne, pour que notre foi soit restaurée et fortifiée. Ainsi, loin de faiblir dans ce combat, elle s’affermit de jour en jour. La vie nouvelle, en effet, doit se développer et progresser constamment. Résultat : il nous faut beaucoup souffrir, car le diable est un terrible ennemi. Dès qu’il s’aperçoit que nous lui résistons, que nous luttons contre le vieil homme et qu’il ne peut pas nous vaincre par la force, il essaie avec la ruse. Il vient rôder autour de nous, utilise tous ses pièges et fait tout ce qu’il peut pour user notre foi. Il veut qu’elle fléchisse et que nous succombions au découragement, à la colère et à l’impatience. Mais le Sacrement nous apporte alors du réconfort. Quand notre cœur est opprimé, que le combat nous paraît trop dur, il restaure notre âme et nous procure des forces nouvelles. Mais là aussi nos esprits forts viennent avec tout leur savoir et leur sagesse, se scandalisent et s’écrient : « Comment du pain et du vin peuvent-ils pardonner les péchés ou fortifier la foi ? » Pourtant ils savent très bien que, lorsque nous disons cela, nous ne parlons pas du pain et du vin en tant que tels, mais d’un pain qui est le corps du Christ et d’un vin qui est son sang, puisque ses paroles y sont unies. Ce pain et ce vin sont le trésor par lequel nous est offert le pardon des péchés, car le Christ y a lié sa Parole. Le pardon que nous sommes invités à saisir nous est offert par ces mots : « Donné et répandu pour vous. » Ces mots indiquent bien que le pain et le vin sont le corps et le sang du Christ et que ce trésor est pour nous. Il nous est offert pour que nous le prenions. Or le corps du Christ ne peut pas être une chose inefficace et inutile, qui ne produirait rien et ne servirait à rien. Si grand que soit ce trésor, il faut qu’il soit inclus dans la Parole et qu’il nous soit présenté par elle. Autrement nous ne pourrions pas le connaître ni le chercher. Il est donc faux de dire que le corps du Christ ne nous est pas donné dans la Sainte Cène et que, par conséquent, on ne peut pas recevoir dans le sacrement la rémission des péchés. Il est vrai que l’œuvre de la rédemption a été accomplie sur la croix et que c’est là que le pardon nous a été acquis, mais c’est dans la Parole qu’il nous est présenté. Nous ne saurions pas que cette œuvre 75
a été accomplie et que le pardon nous est accordé, si la prédication ou la Parole ne nous l’apprenait pas. Où est-ce que l’apprennent même nos adversaires ? Comment pourraient-ils saisir le pardon et se l’approprier, s’ils n’avaient pas l’Écriture et l’Évangile ? L’Évangile tout entier et cet article de foi : « Je crois une sainte Église chrétienne, la rémission des péchés », etc. sont mis par la Parole dans ce sacrement et nous y sont présentés. Pourquoi devrions-nous accepter qu’on nous arrache un tel trésor du sacrement, quand même nos adversaires sont obligés de reconnaître que ce sont les paroles mêmes de l’Évangile. Ils ne peuvent pas prétendre que, dans le sacrement, les paroles du Christ ne servent à rien, sinon il faudrait qu’ils aillent encore plus loin et qu’ils disent que l’Évangile tout entier ou la Parole de Dieu ne servent à rien, que ce soit dans le sacrement ou en dehors du sacrement. Nous avons montré ce qu’est le Sacrement et à quoi il sert. Nous dirons encore en quelques mots comment on le reçoit de façon salutaire. Nous allons répéter brièvement ce que nous avons déjà souvent dit, par exemple quand il était question du Baptême : celui qui croit aux paroles liées aux sacrements obtient ce qu’elles expriment. Ces paroles n’ont pas été prononcées pour des pierres ou des bûches, mais pour ceux qui les entendent et à qui le Seigneur dit : « Prenez, mangez, etc. » Le pardon des péchés qui est promis et offert dans le sacrement ne peut être reçu que par la foi. Le Christ lui-même exige la foi quand il dit : « donné pour vous » et « répandu pour vous ». C’est comme s’il disait : « Je vous donne cela et vous ordonne de manger et de boire, pour que ce soit à vous et que vous en jouissiez. » Celui qui s’en tient à ces paroles et qui croit qu’elles sont vraies, obtient ce qu’elles expriment. Celui qui ne croit pas ne reçoit rien, car il méprise et refuse le cadeau salutaire qui lui est offert. Le trésor est disponible et chacun peut se servir. Il est placé à notre porte et même sur notre table. Mais il s’agit de le prendre et de croire fermement ce que les paroles disent à ce sujet. Voilà comment un chrétien doit se préparer pour recevoir dignement ce sacrement. Puisque ce trésor nous est présenté dans les paroles que le Christ a prononcées, on ne peut le saisir et se l’approprier que par le cœur. Ce n’est pas avec la main qu’on le prend, ce trésor impérissable. Jeûner et prier est certainement une bonne chose, mais c’est là une préparation plutôt enfantine, utile pour recevoir avec le respect qui convient le corps et le sang du Christ. En réalité, ce qui nous est offert dans le Sacrement ne peut pas être saisi et assimilé par le corps. C’est la foi du cœur qui s’en empare, car elle connaît, elle, toute la valeur de ce trésor et désire le posséder. Voilà en peu de mots ce qu’il faut savoir de ce sacrement. Cela suffit pour le moment. Une autre fois, nous traiterons ce sujet de façon plus complète84. Nous avons exposé la doctrine et la signification de ce sacrement. Il faut encore ajouter une courte explication, pour qu’on ne méprise pas ce grand trésor qui est distribué chaque jour dans l’Église chrétienne. Il faut que ceux qui se disent chrétiens aient envie de communier souvent. On constate, en effet, que beaucoup de gens sont négligents à cet égard. Beaucoup de ceux qui entendent l’Évangile constatent qu’ils sont délivrés de la tyrannie du pape, de son joug et de ses commandements. Alors il se passent du Sacrement un an, deux ans, trois ans et davantage encore. Ils font comme s’ils étaient assez forts pour ne plus en avoir besoin. D’autres sont retenus par la crainte, parce que nous avons dit que personne ne doit aller à la Sainte Cène s’il n’y est pas poussé par une certaine faim et soif. D’autres encore prétextent qu’on n’est pas obligé de communier, qu’on est libre d’y aller ou pas et qu’il suffit d’avoir la foi. La plupart d’entre eux deviennent de plus en plus insensibles, au point qu’ils méprisent le Sacrement et la Parole de Dieu. Bien sûr, nous maintenons ce que nous avons dit : il ne faut obliger personne à communier.
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En 1530, c’est-à-dire un an plus tard, Luther écrivit tout un traité sur la Sainte Cène.
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Ce serait exercer une nouvelle tyrannie sur les consciences. Mais nous affirmons aussi que lorsque des gens négligent longtemps de participer au Sacrement, on ne peut pas les considérer comme des chrétiens. Le Christ ne l’a pas institué ce sacrement pour qu’on en fasse une cérémonie pour réjouir les yeux. Non, il a ordonné aux chrétiens de manger ce pain et de boire cette coupe en mémoire de lui. Les chrétiens sont des gens qui attachent un grand prix au Sacrement. Ils viennent donc d’euxmêmes, parce qu’ils s’y sentent poussés. Mais il y a des gens simples et faibles qui voudraient être de vrais chrétiens et qui ont besoin d’être encouragés. C’est à eux que nous allons nous adresser, pour qu’ils comprennent qu’ils ont besoin du Sacrement. C’est comme pour la foi, l’amour et la patience. Il ne suffit pas d’en parler, il faut aussi prêcher et exhorter chaque jour pour entretenir le zèle des fidèles. Nous savons et sentons constamment combien le diable s’oppose à ces choses comme à tout ce qui est chrétien, et il a un tas de moyens pour nous en détourner. Cette exhortation, nous la trouvons d’abord dans les paroles mêmes du Christ qui sont très faciles à comprendre : « Faites ceci en mémoire de moi. » C’est un ordre qu’il nous donne. En disant cela, le Christ prescrit à ceux qui veulent être des chrétiens d’aller communier. Tous ceux qui veulent être ses disciples et qui entendent ces paroles doivent écouter son appel et venir. Non pas par obligation, comme si des hommes les y poussaient, mais pour obéir et plaire à Jésus-Christ, leur Seigneur. Mais, dira-t-on, le Christ ajoute : « toutes les fois que vous le ferez. » Il ne force donc personne et chacun est libre de faire ce qu’il veut. A quoi nous répondrons : C’est vrai, mais le Christ ne dit pas qu’il ne faut jamais le faire. Il dit : « Toutes les fois que vous le ferez .» C’est donc qu’il faut le faire souvent. S’il a ajouté ces mots, c’est parce qu’il veut qu’on aille librement au Sacrement et non pas par obligation, à une époque donnée, comme l’agneau pascal que les Juifs mangeaient une fois par an, le soir du quatorzième jour de la première pleine lune85, et cela sans jamais se tromper d’un jour. Il veut dire par là : J’institue pour vous une pâque ou un repas que vous devez prendre non pas une fois par an, mais aussi souvent que vous voudrez et partout où vous voudrez. La Sainte Cène n’est donc pas liée à un lieu ou à un temps donné, bien que le pape, contrairement à ce qu’a institué le Christ, en ait fait de nouveau une fête judaïque. Tu vois donc que le Christ nous a pas rendus libres pour que nous méprisions le Sacrement. On le méprise, en effet, quand on ne le désire pas et qu’on s’abstient longtemps d’y aller, alors que rien ne nous en empêche. Si tu prétends avoir cette liberté-là, alors tu n’as qu’à prétendre que tu as aussi la liberté de ne pas être un chrétien, de ne pas croire et de ne pas prier. Du coup, tu auras aussi la liberté de ne pas observer ses Commandements. Tu devrais plutôt rentrer en toi-même et te dire : « Je suis bien loin d’être un vrai chrétien ! Si je l’étais, n’aurais-je pas le désir de faire tout ce que mon Seigneur m’a ordonné ? » Nous sommes froids et cela montre quelle sorte de chrétiens nous étions sous la papauté. Nous obéissions à des commandements d’hommes, parce que nous nous croyions obligés de le faire et que nous avions peur. Aussi participions-nous au Sacrement sans y prendre plaisir et sans chercher à obéir au Christ. Mais maintenant nous n’obligeons personne à aller à la Sainte Cène, et personne ne doit y aller pour nous faire plaisir. Il faut que chacun s’y sente poussé et s’en fasse un devoir parce que le Christ le veut. Pour tout ce qui est de la foi et des œuvres, on ne doit pas se laisser contraindre par les hommes. Nous nous contentons de t’exhorter et de te dire ce que dois faire dans ton propre intérêt, et non pour nous faire plaisir. C’est le Christ qui t’invite. Si tu veux mépriser son appel, c’est ton affaire. Voilà ce que nous avions à dire tout d’abord.
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Lévitique 23, 5.
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Cette première exhortation est pour ceux qui sont froids et négligents. Qu’ils fassent un examen de conscience et qu’ils se réveillent ! Chacun de nous, c’est sûr, doit faire l’expérience que j’ai faite moi-même, à savoir que si on s’abstient du Sacrement, on devient de plus en plus froid et insensible et on finit par le mépriser entièrement. Au contraire, si on y participe, on est amené à examiner son cœur et sa conscience et on désire se conduire comme quelqu’un qui veut plaire à Dieu. Plus on communie souvent, plus le cœur est réchauffé et enflammé, de sorte qu’il ne peut pas devenir entièrement froid. Mais, diras-tu, qu’est-ce que je dois faire si je sens que je ne suis pas préparé ? Réponse : Moi aussi, je suis souvent inquiet à ce sujet. Cela vient du temps où nous étions sous la domination du pape. Nous nous martyrisions pour être parfaitement purs, pour que Dieu ne trouve rien à nous reprocher. Nous étions tellement peureux que chacun de nous tremblait et disait : Malheur à moi, je ne suis pas digne ! C’est précisément alors que notre cerveau entre en action et nous démontre toute notre indignité. Le trésor qui nous est offert dans la Cène est tellement grand que ce qu’il y a de meilleur en nous est comme une obscure lanterne comparée au soleil resplendissant, ou comme du fumier comparé à des pierres précieuses. Et quand nous constatons cela, nous n’avons pas le courage d’aller communier. Nous attendons d’être bien préparés et nous laissons passer des semaines et des années. Si tu veux t’examiner toi-même, te demander si tu es réellement pieux et pur, et attendre que ta conscience n’ait plus rien à te reprocher, tu n’iras plus jamais au Sacrement. Il faut donc établir une distinction entre les hommes. Il y en a qui sont effrontés et endurcis. Il faut leur dire à eux qu’ils doivent s’abstenir de communier, car ils ne sont pas prêts à recevoir le pardon des péchés, puisqu’ils ne le demandent pas et ne désirent pas agir avec piété. Et puis il y a ceux qui cherchent le pardon. Ils ne sont ni effrontés ni endurcis, mais faibles dans la foi. Eux ne doivent pas se tenir à l’écart du Sacrement. Comme l’a dit St. Hilaire : « Si un homme n’a pas commis un péché tel qu’on doive l’exclure de l’Église et le considérer comme un païen, il ne doit pas se priver du Sacrement. »86, pour ne pas se priver de la vie. Tant que nous vivons dans ce corps de chair et de sang, nous n’atteindrons jamais un degré de perfection tel que nous ne commettrons plus chaque jour une foule de péchés. Il faut apprendre à ces esprits peureux que la plus haute science est de savoir que notre Sacrement n’a pas été institué parce que nous en serions dignes. Ce n’est pas parce que nous serions dignes et saints que nous nous faisons baptiser. Ce n’est pas non plus parce que nous sommes purs et sans péché que nous allons nous confesser. Au contraire, c’est justement parce que nous sommes de pauvres et misérables pécheurs, donc des gens indignes, que nous y allons. Seuls n’y vont pas ceux qui n’éprouvent aucun besoin de grâce et d’absolution et qui n’ont aucune envie de se corriger. Par contre, celui qui désire la grâce et le pardon doit venir de lui-même participer à la Sainte Cène. Et personne ne doit l’effrayer et l’arrêter. Qu’il dise au Seigneur : « J’aimerais bien être digne. Cependant je ne me fonde pas sur ma dignité pour venir, mais sur ta Parole. C’est toi qui m’as demandé de venir et moi, digne ou pas, je voudrais être ton disciple. » C’est difficile à faire. Ce qui nous arrête, c’est que nous regardons plus à nous-mêmes qu’à la Parole et l’ordre du Christ. Notre nature est toujours prête à agir quand elle croit pouvoir compter sur ses propres forces. Quand ce n’est pas le cas, elle s’y refuse. Passons au deuxième point. Comme nous l’avons déjà dit, au commandement vient s’ajouter une promesse qui veut nous faire aimer la Sainte Cène. Le Christ lui-même nous y invite par ces paroles pleines de bonté et d’amour : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Ceci est mon sang répandu pour vous en rémission des péchés. » J’ai déjà dit que ces paroles ne s’adressent pas à
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Decretum Gratiani P. III, D. 2, c. 15.
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des pierres et à des bûches, mais à nous tous, à toi et à moi. Sinon, le Christ aurait aussi bien fait de se taire et de ne pas instituer le Sacrement. Range-toi du côté de ceux à qui il dit : « pour vous », afin qu’il ne te parle pas pour rien. Il nous offre ici tout le trésor qu’il a apporté du ciel et nous invite à le recevoir de sa main, quand il nous dit avec tant de bonté : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos »87. S’il prend tant de soin à nous inviter et le fait avec tant d’affection, c’est parce qu’il veut nous donner ce qu’il de mieux et de plus grand. Alors ne serait-ce pas une honte et un péché que de rester indifférents et de repousser ce bienfait, au point de devenir avec le temps absolument froids et endurcis et de n’avoir plus aucune envie de communier ? Qu’on se garde donc de considérer le Sacrement comme une chose nuisible qu’il faudrait fuire au plus vite. Au contraire, il faut le regarder comme un remède utile et salutaire qui nous réconforte et vivifie à la fois le corps et l’âme. En effet, si l’âme est guérie, l’état du corps s’améliore en même temps. Pourquoi nous conduisons-nous comme si la Sainte Cène était un poison mortel ? Il est vrai que ceux qui méprisent le Sacrement et qui ne vivent pas chrétiennement, mangent et boivent leur condamnation quand ils viennent communier. Rien n’est utile et salutaire pour ces gens-là. Ils sont comme un malade qui, par caprice, mange et boit ce que le médecin lui a défendu. Que ceux, par contre, qui sentent leur faiblesse, qui voudraient en être délivrés et qui cherchent du secours, comprennent que le Sacrement est un contre-poison qui agit puissamment contre le venin qu’ils ont en eux. En effet, tu reçois ici, de la bouche même du Christ, le pardon des péchés. Et celui-ci t’apporte la grâce de Dieu et le Saint-Esprit avec tous ses dons, la protection et un puissant abri contre la mort, le diable et tous les maux. Du côté de Dieu, tu as le commandement et la promesse du Christ. De ton côté, tu dois te laisser pousser par ton propre besoin, car c’est à cause de ce besoin que tu as reçu ce commandement, cet appel et cette promesse. Le Seigneur dit lui-même : « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin du médecin, mais les malades. »88, c’est-à-dire ceux qui sont fatigués, tourmentés par le péché, la crainte de la mort et les tentations de la chair et du diable. Si tu portes ce fardeau pesant et que tu ressens ta faiblesse, va joyeusement chez celui qui peut te soulager, te consoler et te fortifier. En effet, si tu veux attendre d’être délivré de ton fardeau pour communier dignement et saintement, tu ne le feras jamais. Voici en effet ce que le Christ a dit : « Si tu es pur et saint, tu n’as pas besoin de moi, et moi je ne peux rien pour toi. » Il s’ensuit que seuls sont indignes ceux qui ne sentent par leur imperfection et ne veulent pas se reconnaître pécheurs. « Mais, diras-tu, qu’est-ce que je dois faire si je ne ressens pas une telle misère et que je n’ai ni faim ni soif du Sacrement ? » Réponse : S’il y a des gens qui ne ressentent rien de tout cela, le meilleur conseil que je puisse leur donner est de s’examiner eux-mêmes. Qu’ils constatent qu’ils ont eux aussi de la chair et du sang ! Et s’ils en sont convaincus, qu’ils s’instruisent en lisant l’épître de St. Paul aux Galates. Ils apprendront alors quels sont les fruits de la chair. L’apôtre écrit : « Les œuvres de la chair sont évidentes. Ce sont la débauche, l’impureté, le dérèglement, l’idolâtrie, la magie, les rivalités, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes, l’envie, l’ivrognerie, les excès de table et les choses semblables »89. Si tu ne peux pas sentir ta misère, alors crois ce que dit l’Écriture. Elle ne te mentira pas, car elle connaît ta chair mieux que tu ne la connais toi-même. St. Paul déclare : « Ce qui est bon, je le sais, n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair »90. Si l’apôtre peut dire cela de sa chair, nous l’allons Matthieu 11, 28. Matthieu 9, 12. 89 Galates 5, 19-21. 90 Romains 7, 18. 87 88
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quand même pas nous prétendre meilleurs et plus saints que lui. Si nous ne sentons pas que nous sommes des pécheurs, c’est d’autant plus alarmant, car c’est un signe que notre chair a la lèpre. En effet, un lépreux ne sent pas sa chair, alors que le mal le ronge de plus en plus. Si tu es aussi insensible qu’un mort, crois au moins l’Écriture et accepte le jugement qu’elle prononce sur toi. Bref, moins tu sens tes péchés et tes transgressions, plus il est urgent que tu viennes chercher dans le Sacrement le remède qui peut te guérir. Il y a aussi le diable qui rôde autour de toi. Tu ne pourras pas fouler aux pieds cet ennemi que même notre Seigneur, le Christ, n’a pas pu éviter. Qui est-il ? C’est un menteur, dit l’Écriture, et un meurtrier91. Un menteur, parce qu’il cherche à te séduire, à te détourner de la Parole de Dieu et à t’aveugler pour que tu ne sentes pas ta misère et que tu ne puisses pas venir auprès du Christ. Un meurtrier, parce qu’il ne t’accorde pas une heure de vie. Si tu voyais toutes les épées, les lances et les flèches qu’il pointe contre toi à chaque instant, tu communierais toujours avec joie. Notre indifférence et notre fausse sécurité viennent de ce que nous ne pensons ou ne croyons pas que nous vivons dans la chair, au milieu d’un monde méchant et sous la domination du diable. Aussi, fais ce que je viens de te dire : fais ton examen de conscience, regarde autour de toi et attache-toi à l’Écriture. Si malgré cela tu ne ressens rien, tu as d’autant plus de raisons de te lamenter et de te plaindre auprès de Dieu et de tes frères. Laisse-les te conseiller, demande-leur de prier pour toi et n’aie pas de cesse jusqu’à ce que cette pierre soit ôtée de ton cœur. Tu te rendras compte alors que ton mal est deux fois plus grave que celui de tout autre pécheur et que tu as d’autant plus besoin du Sacrement que tu ne vois pas ta misère. Que Dieu te fasse la grâce de bien la sentir et de désirer ardemment la communion, parce que le diable t’attaque de tous côtés et t’épie sans cesse. Il cherche à te surprendre et à faire périr ton âme et ton corps, si bien que tu n’es jamais à l’abri de ses attaques. C’est au moment où tu t’y attends le moins qu’il peut te plonger soudain dans la désolation et la détresse. Cette exhortation s’adresse non seulement aux personnes plus ou moins âgées, mais aussi aux jeunes à qui il faut enseigner et expliquer la doctrine chrétienne. Ainsi on pourra leur faire apprendre plus facilement le Décalogue, le Symbole apostolique et le Notre Père. Ils auront du plaisir à étudier cela et s’y appliqueront sérieusement dès leur enfance. Il est très difficile d’amener les personnes âgées à prendre une telle habitude. C’est presque trop tard pour eux. Ce sont ceux qui nous succéderont, qui nous remplaceront et qui poursuivront notre œuvre qu’il faut élever de manière à ce qu’ils donnent à leur tour une bonne éducation à leurs enfants. Ainsi que la Parole de Dieu sera mise en pratique et l’Église subsistera. Que chaque père de famille le sache ! Dieu lui a ordonné d’enseigner ou de faire enseigner à ses enfants tout ce qu’ils doivent savoir. Puisqu’ils sont baptisés et qu’ils ont été reçus dans la communauté chrétienne, ils doivent, eux aussi, participer au sacrement de cette communauté, pour qu’ils puissent nous servir et nous être utiles. En effet, ils doivent tous nous aider à croire, à aimer, à prier et à lutter contre le diable.
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Jean 8, 44.
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Table des matières
COURTE EXHORTATION À LA CONFESSION 92 Voici ce que nous avons toujours enseigné au sujet de la confession : elle doit être libre. Nous avons renversé le pouvoir du pape. Maintenant nous sommes tous délivrés de son joug et du fardeau insupportable qu’il avait imposé à la chrétienté. Nous avons tous connu la contrainte qu’on utilisait pour forcer les gens à se confesser, en leur disant que s’ils ne le faisaient pas, ils commettaient le plus grave des péchés mortels. Rien n’était plus pénible que cela. Et on rendait la confession encore plus pénible en exigeant des gens qu’ils énumèrent tous leurs péchés. On n’avait donc jamais la certitude qu’on s’était valablement confessé. C’était un vrai martyre pour les consciences. Le pire, c’est que personne ne savait ce qu’est la confession, combien elle est utile et consolante. On ne parlait pas de cela dans la prédication. Au contraire, on faisait peur aux gens et leur imposait les tortures de l’enfer, et chacun devait accepter cela. Ces trois abus ont disparu, Dieu merci ! Nous n’allons plus nous confesser parce qu’on nous y forcerait ou poussés par la peur. On ne peut plus nous tourmenter en exigeant de nous que nous énumérions avec précision tous nos péchés. Enfin, nous avons le privilège de savoir ce qu’est vraiment la confession. Nous pouvons y recourir pour notre consolation et pour affermir notre conscience. Aujourd’hui, chacun sait tout cela. Malheureusement, il y a des gens qui ne le savent que de trop. Ils font ce qui leur plaît. Sous prétexte qu’ils sont libres, ils ne vont plus du tout se confesser. Les gens ont vite compris ce qu’il y avait d’agréable et de doux dans l’Évangile. Mais ces porcs ne devraient pas pouvoir profiter des bienfaits de l’Évangile. Ils devraient, au contraire, rester sous la tyrannie du pape et, plus que jamais, être obligés de se confesser, de jeûner, etc. En effet, ceux qui ne veulent pas croire en l’Évangile, ni vivre selon l’Évangile et accomplir leurs devoirs de chrétiens, sont indignes de ses bienfaits. Que dirait-on, si tu voulais profiter de tout sans avoir rien à faire et sans que cela te coûte quelque chose ? Aussi ce n’est pas à ces gens que s’adresse notre prédication. Nous ne voulons pas les laisser jouir de notre liberté. Qu’ils restent sous la domination du pape ! Il est le tyran qui saura les contraindre, les mener à la baguette. Pour les gens grossiers qui ne veulent pas obéir à l’Évangile il faut un gardien de prison, quelqu’un qui soit pour eux le diable et le bourreau de Dieu. Quant aux autres, qui écoutent volontiers ce qu’on leur dit, nous ne cessons de leur prêcher, de les exhorter, de les inciter au zèle pour qu’ils ne négligent pas le trésor si précieux et si consolant que leur offre l’Évangile. C’est pour instruire et exhorter les gens simples que nous dirons encore quelques mots de la confession. Il existe, en plus de la confession dont nous parlons ici, deux autres sortes de confessions. On peut appeler cela des confessions ordinaires, communes à tous les chrétiens. L’une consiste à se confesser à Dieu seul et l’autre à se confesser à son prochain seul et à lui demander pardon. Ces confessions sont toutes les deux comprises dans le Notre Père où nous disons : « Pardonnenous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » D’ailleurs, le Notre Père tout entier n’est pas autre chose qu’une confession. Quand nous le prions, en effet, nous confessons tout simplement que nous ne faisons pas ce que nous devons faire, et nous demandons à Dieu de nous accorder sa grâce et de remplir notre conscience de joie. Cette confession doit avoir lieu ans cesse, pendant toute notre vie. Un chrétien est, en effet, quelqu’un qui se sait pécheur et qui demande grâce.
Cette partie du Grand Catéchisme ne se trouve pas dans la première édition de 1529. Mais la même année encore, Luther l’ajouta à la seconde édition. 92
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La seconde de ces confessions, quand nous confessons nos fautes à notre prochain, fait partie, elle aussi, du Notre Père. Nous devons nous confesser et nous pardonner réciproquement nos offenses, avant de nous présenter devant Dieu pour implorer son pardon. Nous sommes tous coupables les uns envers les autres. C’est pour cela que nous devons nous confesser publiquement devant tous, sans fausse honte, car nous ne valons pas mieux les uns que les autres, et personne parmi nous ne fait tout son devoir envers Dieu et son prochain. En plus de cette culpabilité générale, il y a une culpabilité particulière. Quand nous avons mis un frère en colère, nous sommes coupables envers lui et devons lui demander pardon. Nous avons ainsi dans le Notre Père une double absolution : nous avons, tous ensemble, le pardon des péchés que nous avons commis envers Dieu et celui des péchés commis envers notre prochain. A condition, cependant, que nous lui pardonnions et que nous nous réconciliions avec lui. Mais en plus de cette confession publique, quotidienne et nécessaire, il y a la confession privée qui a lieu devant un frère seul. Voici à quoi elle sert : lorsque quelque chose de particulier pèse sur notre conscience, nous fait souffrir et nous tourmente, que nous ne trouvons pas la paix et que nous nous sentons faibles dans la foi, nous pouvons aller parler à un frère et chercher auprès de lui, aussi souvent que nous le voulons, les conseils et les consolations dont nous avons besoin pour nous fortifier. C’est la confession privée. Aucun commandement divin ne la rend obligatoire, comme le sont les deux autres sortes de confessions dont nous venons de parler. Chacun est libre d’y recourir quand il en ressent le besoin. Le Christ, en effet, a placé l’absolution dans la bouche de son Église et lui a commandé de nous délier de nos péchés93. Ainsi donc, quand un pécheur sent ses péchés et qu’il a besoin de consolation, il trouve ici un sûr refuge. Il entend en effet la Parole de Dieu et apprend que le Seigneur, par le ministère d’un homme, le délie et l’absout de ses péchés. La confession, comme je l’ai souvent dit, se compose de deux parties. Dans la première, c’est nous qui agissons. Nous gémissons sous le poids de nos péchés et cherchons la consolation et le soulagement de notre âme. Dans la seconde, c’est Dieu qui passe à l’action. Par la Parole qu’il a placée dans la bouche d’un homme, il m’absout, me délivre de mes péchés. C’est la partie principale et la plus noble, celle qui rend la confession si douce et consolante. Jusqu’à présent, on n’insistait que sur la première partie, celle où nous agissons. On se contentait d’exiger une confession conforme aux règles de l’Église et on ne parlait pas de l’autre partie qui est pourtant la plus nécessaire. On présentait la confession comme une bonne œuvre, quelque chose qu’on fait pour payer Dieu. On nous disait que si la confession n’était pas d’une précision parfaite, l’absolution n’avait pas de valeur et que les péchés n’étaient pas pardonnés. On insistait tellement là-dessus que les gens en venaient à désespérer de leur confession, car on exigeait d’eux l’impossible. L’absolution n’apportait la paix à aucune conscience. Ainsi ils ont non seulement rendu notre chère confession inutile, mais en ont fait une chose pénible et amère, pour le plus grand dommage et la perte des âmes. Il faut donc soigneusement distinguer les deux parties de la confession. Ce que nous faisons est peu de chose. Par contre, nous devons attacher la plus grande importance à ce que Dieu fait dans sa Parole. Nous ne devons pas nous confesser pour accomplir une bonne œuvre et apporter quelque chose à Dieu, mais, au contraire, pour recevoir ce que lui nous donne. Tu ne dois pas venir pour énumérer tes qualités et tes défauts. Si tu es un chrétien, je les connais déjà ; et si tu n’es pas un chrétien, je les connais encore mieux. Ce qui importe, c’est que tu viennes te plaindre de ta misère pour que Dieu puisse te rendre la joie du cœur et de la conscience.
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Matthieu 18, 15-19.
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Personne ne doit t’obliger à aller te confesser. Voici ce que nous disons : nous conseillons à tout chrétien et à tout homme qui aimerait être un chrétien d’aller chercher le précieux trésor qui est offert dans la confession. Si tu n’es pas un chrétien et que tu ne cherches pas une telle consolation, tu n’as qu’à rester sous la tyrannie du pape ! En ce qui nous concerne, nous supprimons tous les commandements du pape et tout ce qu’il impose, parce que c’est inutile. Et nous disons : si quelqu’un ne va pas se confesser de son plein gré, pour recevoir l’absolution, il fait mieux d’y renoncer. Même chose pour celui qui va se confesser avec la conviction qu’il accomplit une œuvre excellente et parfaite. Qu’il reste chez lui ! Nous t’exhortons, par contre, à te confesser et à avouer ta misère non pas pour accomplir une œuvre méritoire, mais pour entendre la Parole que Dieu te destine. Considère cette Parole ou l’absolution comme un trésor infiniment précieux et reçois-la avec respect et reconnaissance. Si on expliquait ces choses en montrant aux gens combien nous avons besoin de la confession, on n’aurait pas à recourir à la contrainte. Chacun serait poussé par sa conscience et serait tout heureux d’être délivré de ses craintes. Si un pauvre et malheureux mendiant apprenait qu’on distribue quelque part de riches aumônes, de l’argent ou des vêtements, on n’aurait certainement pas besoin d’un agent de police pour l’y conduire. Il se dépêcherait d’y aller lui-même et ferait tout pour ne pas arriver trop tard. Si au contraire on ordonnait à tous les mendiants d’aller en un endroit précis sans leur dire pourquoi, ils y iraient parce qu’ils se croiraient obligés de le faire, sans espérer recevoir quelque chose. Ils auraient même honte de montrer ainsi leur pauvreté et leur misère. C’est pareil pour la confession : si on en fait une loi sans rien dire du trésor qu’elle contient, on ne fait que tourmenter les gens. C’est là justement ce qu’ont fait jusqu’à présent les prédicateurs du pape. Ils n’ont pas dit un mot de la riche aumône, du précieux trésor offert dans la confession, mais ont exigé que chacun y étale son impureté et sa misère. Comment peut-on, dans ces conditions, aimer se confesser ? Quant à nous, nous ne te demandons pas d’étaler tes souillures pour qu’on puisse les voir comme dans un miroir, mais nous te donnons le conseil suivant : si tu es pauvre et malheureux, va te confesser, va prendre ce remède salutaire ! Celui qui ressent sa misère sera tout heureux et s’y rendra avec joie. Quant à ceux qui sont indifférents et qui ne viennent pas d’eux-mêmes, qu’ils fassent ce qu’ils veulent, mais qu’ils sachent aussi que nous ne les considérons pas comme des chrétiens ! Nous enseignons donc que la confession est quelque chose d’excellent, de précieux et de consolant, et nous exhortons les gens à ne pas mépriser un tel trésor dont notre grande misère nous fait sentir tout le prix. Si tu es un chrétien, tu viendras de toi-même sans qu’on ait besoin de t’y pousser ou de t’y obliger avec le commandement du pape. Tu voudras toi-même avoir part à ce trésor. Si par contre tu le méprises, si tu es trop fier pour confesser tes péchés, nous en concluons que tu n’es pas un chrétien, et dans ce cas tu ne dois donc pas participer au Sacrement. En effet, si tu te comportes ainsi, tu méprises ce qu’aucun chrétien n’a le droit de mépriser, et tu ne peux donc pas obtenir le pardon de tes péchés. Tu prouves ainsi que tu méprises aussi l’Évangile. Bref, nous ne voulons pas de contrainte, mais quiconque n’écoute pas notre prédication et n’obéit pas à notre exhortation ne doit pas avoir part aux bienfaits de l’Évangile. Nous ne voulons rien avoir de commun avec un tel homme. Si tu étais un vrai chrétien, tu serais tout heureux de faire des kilomètres pour obtenir ce trésor. Tu n’attendrais pas qu’on t’y oblige, mais tu viendrais de toimême et tu exigerais que nous te le donnions. Ce serait exactement le contraire de ce qu’on a fait jusqu’à présent. C’est nous, les confesseurs, qui serions obligés d’agir parce que Dieu nous l’ordonne, tandis que toi, tu agirais dans la liberté. Nous ne forçons personne. Nous permettons, 83
au contraire, qu’on nous force, de même que nous sommes forcés de prêcher et d’administrer les sacrements. Ainsi donc, quand j’exhorte à la confession, j’encourage tout simplement les gens à être des chrétiens. Si j’arrive à faire de toi un chrétien, j’ai réussi du même coup à te faire venir à la confession. En effet, ceux qui désirent devenir de pieux chrétiens, qui veulent être délivrés de leurs péchés et avoir une conscience joyeuse, ont une vraie faim et une vraie soif spirituelles. Aussi cherchent-ils avec ardeur le pain qui peut les rassasier. Ils font comme le cerf qu’on poursuit, qui est dévoré par la soif et cherche une source d’eau fraîche. Le Psaume 42 dit : « Comme une biche soupire après des courants d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! »94 Un cerf assoiffé court après l’eau fraîche. C’est ainsi que mon âme a soif de la Parole de Dieu, de l’absolution et de la Sainte Cène. Si on explique de cette façon ce qu’est la confession, on aidera les gens à l’aimer et à la désirer. Ils accourront en foule et ils seront plus nombreux que nous ne le souhaitons. Que les partisans du pape se martyrisent et qu’ils tourmentent les autres, eux qui, en méprisant ce trésor, s’en privent eux-mêmes ! Quant à nous, nous élevons nos mains pour louer et remercier Dieu grâce à qui nous sommes parvenus à cette connaissance et cette grâce !
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Psaume 42, 2.
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