LA CONFESSION D’AUGSBOURG
Lutheran Concord S e r i e s
LA CONFESSION ’AUGSBOURG (1530) La Foi des Eglises Evangéliques Luthériennes
« Je parlerai de tes préceptes devant les rois, et je ne rougirai point » (Psaume 119, 46)
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Table des matières PRÉFACE DU TRADUCTEUR .....................................................................................................2 INTRODUCTION ......................................................................................................................3 PRÉFACE DE LA CONFESSION D’AUGSBOURG ........................................................................6 1. Dieu.................................................................................................................................8 2. Le péché originel ..............................................................................................................9 3. Le Fils de Dieu ................................................................................................................ 10 4. La justification ............................................................................................................... 10 5. Le ministère de la prédication ......................................................................................... 11 6. La nouvelle obéissance .................................................................................................. 12 7. L’Eglise .......................................................................................................................... 12 8. Ce qu’est l’Eglise ............................................................................................................ 12 9. Le Baptême.................................................................................................................... 13 10. La Sainte Cène ............................................................................................................. 13 11. La confession ............................................................................................................... 14 12. La repentance .............................................................................................................. 14 13. L’usage des Sacrements ............................................................................................... 15 14. Le gouvernement de l’Eglise ......................................................................................... 15 15. Les rites de l’Eglise ....................................................................................................... 16 16. Le gouvernement civil ................................................................................................... 16 17. Le retour du Christ pour le jugement ............................................................................. 17 18. Le libre arbitre .............................................................................................................. 18 19. L’origine du péché ........................................................................................................ 18 20. La foi et les bonnes œuvres........................................................................................... 19 21. Le culte des saints ........................................................................................................ 21 LES ARTICLES CONTESTÉS OÙ IL EST QUESTION D’ABUS QUI ONT ÉTÉ CORRIGÉS ................. 22 22. La Communion sous les deux espèces.......................................................................... 23 23. Le mariage des prêtres ................................................................................................. 23 24. La messe ..................................................................................................................... 26 25. La confession ............................................................................................................... 28 26. La distinction des aliments ........................................................................................... 29 27. Les vœux monastiques ................................................................................................. 32 28. Le pouvoir des évêques ................................................................................................ 36 Conclusion ........................................................................................................................ 42
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PRÉFACE DU TRADUCTEUR
Voici une traduction de la Confession d’Augsbourg destinée à l’Eglise luthérienne en Afrique, ses dirigeants, ses pasteurs, ses fidèles et tous ceux qui aimeraient connaître la principale Confession de foi de l’Eglise luthérienne, présentée devant l’empereur Charles-Quint à Augsbourg, le 25 juin 1530.
La Confession d’Augsbourg avait été écrite dès l’origine en latin et en allemand. Le texte allemand est un peu plus complet que le texte latin. C’est pourquoi, c’est lui que nous avons décidé de traduire. On nous a demandé de faire une traduction aussi simple que possible. Ce n’est pas toujours facile, surtout quand il s’agit d’un document officiel qui présente les doctrines de l’Eglise. Nous avons fait notre possible en rédigeant des phrases courtes et en évitant d’utiliser des termes techniques que beaucoup de gens risquent de ne pas comprendre. Il y a cependant, quand on veut présenter l’Evangile de façon correcte et précise, des mots parfois un peu difficiles auxquels on ne peut pas renoncer. Nous avons pris soin alors de les expliquer dans des notes au bas des pages.
Nous espérons de tout cœur que ce travail sera utile et qu’il rendra de grands services à l’Eglise luthérienne en Afrique. Nous souhaitons surtout qu’il aide le lecteur à progresser dans la connaissance des vérités que Dieu, dans son amour, a bien voulu révéler dans la Bible en inspirant pour cela les prophètes et les apôtres. Alors, bonne chance à ce livre, et que le Seigneur le bénisse dans sa sagesse et sa bonté!
Wilbert Kreiss
Table des matières
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INTRODUCTION
Le 31 octobre 1517, Martin Luther1, moine augustin et professeur de théologie, affichait sur la porte de l’église du château de Wittenberg 2 ses fameuses 95 thèses. Il invitait tous ceux qui le désiraient à une discussion publique sur le pouvoir des Indulgences3. Ce geste est considéré comme le signal de départ de la Réforme. Luther dut se justifier devant des théologiens réputés. On voulut l’obliger à se rétracter, ce qu’il refusa de faire. Il fut finalement excommunié4. Au mois d’avril 1521, il comparut devant la diète de Worms5 où on lui donna une dernière chance de se rétracter. L’empereur espérait dans l’intérêt de la paix publique que Luther allait le faire et qu’on ne parlerait plus jamais de lui. Trois fois, le jeune moine dut comparaître devant lui. La troisième fois, le 18 avril 1521, il prononça les fameuses paroles: « Je ne crois ni à l’infaillibilité du pape ni à celle des conciles, car il est clair qu’ils se sont souvent trompés. Donc, à moins d’être convaincu par le témoignage de l’Ecriture et par des raisons évidentes, je suis lié par les textes bibliques que j’ai cités et ma conscience est prisonnière de la Parole de Dieu. Je ne peux ni ne veux rien rétracter, car il n’est ni bon ni salutaire d’agir contre sa conscience. Me voici, je ne peux faire autrement! Que Dieu me vienne en aide! Amen. » Suite à cette confession, Luther fut chassé et mis au ban de l’empire. Cela signifiait qu’il n’avait plus aucune protection et que n’importe qui pouvait le tuer sans être poursuivi. Mais son
Martin Luther, le principal Réformateur de l’Eglise au XVI° siècle, est né le 10 novembre 1483 et mort le 18 février 1546. Alors qu’il faisait des études de droit, il entra au couvent contre la volonté de son père et fit des études de théologie à l’université d’Erfurt. Il fut ordonné prêtre en 1507 et obtint, en 1512, le doctorat en théologie. Il fut envoyé à Wittenberg pour y enseigner la théologie. 1
Wittenberg était une petite ville universitaire dans la province de Saxe, en Allemagne. Cette province était gouvernée par le Prince Electeur Frédéric le Sage. 2
On appelle Indulgences, dans l’Eglise Catholique, une remise de peines au purgatoire. Le purgatoire, comme son nom l’indique, est un endroit où se rendent les croyants qui, selon l’enseignement de l’Eglise Catholique, ne sont pas assez purs et doivent encore « purger », c’est-à-dire expier des peines, avant d’être admis dans le paradis. Cette remise de peines pouvait s’obtenir en achetant une Indulgence, comme cela se faisait à l’époque. Elle peut s’obtenir aussi en faisant lire des messes pour les vivants et les morts, ou bien encore en accomplissant un acte de piété considéré comme méritoire. C’était le cas, par exemple, des pèlerinages. 3
L’excommunication fut prononcée le 4 juin 1520, par une bulle du pape Léon X que Luther brûla en présence de nombreux témoins, quand elle arriva à Wittenberg. 4
Une diète était une assemblée solennelle réunissant tous les dignitaires du pays (nobles, hauts fonctionnaires, officiers supérieurs, haut clergé) où on discutait des affaires de l’Etat. Parfois aussi, quand c’était nécessaire, on s’efforçait de régler des questions religieuses. La diète de Worms avait été convoquée pour accueillir l’empereur Charles-Quint en voyage en Allemagne. 5
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souverain, le Prince Electeur de Saxe, Frédéric le Sage, décida de le protéger. Il fit tout pour lui permettre d’enseigner la théologie et d’écrire ses livres. C’est ainsi que la Réforme de l’Eglise progressa. La Saxe et d’autres provinces allemandes se convertirent au Luthéranisme6. De même, des pays entiers comme le Danemark, la Suède et la Finlande. Partout en Europe des gens épousèrent les idées du Réformateur. Pourtant, Luther ne voulait pas créer une nouvelle Eglise. Cela s’est fait contre sa volonté. Il aurait préféré pouvoir rester dans l’Eglise dans laquelle il avait grandi et la réformer de l’intérieur. Mais on l’en avait chassé. Le Réformateur avait découvert le véritable Evangile de la justification par la foi en Christ, sans les œuvres de la Loi. Cette découverte illuminait ses cours à Wittenberg qui attiraient beaucoup d’étudiants. Il traduisit aussi la Bible en allemand et écrivit de nombreux livres. Parmi les plus importants, il faut citer le Petit Catéchisme et le Grand Catéchisme. Ils parurent en 1529 et exercèrent une influence profonde sur le peuple, en lui faisant connaître le véritable Evangile de Jésus-Christ. Une nouvelle diète eut lieu à Augsbourg, en juin 1530. Les questions religieuses continuaient d’agiter l’empire. Charles-Quint tenta une nouvelle fois de les régler. Il demanda aux Luthériens de présenter un exposé de leur foi, pour qu’on sache bien, une fois pour toutes, ce qu’ils enseignaient et en quoi leur enseignement était différent de celui de l’Eglise Catholique. Jean le Constant, le Prince Electeur qui avait entre-temps succédé à Frédéric le Sage, chargea Luther, son jeune collègue Mélanchthon7 et deux autres théologiens de préparer une confession de foi qu’on présenterait à l’empereur. Cependant Luther ne put pas se rendre à Augsbourg, car il avait été mis au ban de l’empire et n’avait pas le droit de sortir de la Saxe. Il résida donc au château de Cobourg, près de la frontière. C’est là qu’on le tenait informé et le consultait sur la façon de rédiger cette Confession. C’est, bien sûr, Mélanchthon qui l’a écrite, mais il l’a fait en collaboration étroite avec Luther. Le Réformateur l’a félicité pour ce travail et en a approuvé le contenu. Plusieurs documents servirent de base à ce texte. La Confession d’Augsbourg fut rédigée dans deux langues, le latin et l’allemand. Le texte allemand, plus long que la version latine, fut lu en présence de l’empereur à Augsbourg, le 25 juin 1530. C’est pour cela qu’elle s’appelle la Confession d’Augsbourg. Le théologien catholique Jean Eck, qui assistait à la lecture, dit au sujet des Luthériens: « Je pourrais les réfuter avec les Pères de l’Eglise, mais je n’ose pas le faire avec l’Ecriture »8. La Confession d’Augsbourg est composée de 28 Articles, classés en deux parties. La première partie (Articles 1 à 21) concerne les doctrines enseignées par les Luthériens. La deuxième partie (Articles 22 à 28) traite des rites et usages qu’ils ont conservés, supprimés ou modifiés selon qu’ils étaient ou non conformes à l’Ecriture Sainte. Mélanchthon s’y exprime dans un style Luther n’aimait pas qu’on parle de « l’Eglise luthérienne ». Il disait que l’Eglise devait porter le nom de son Seigneur, Jésus-Christ, et non celui d’un homme. Mais les Catholiques eux-mêmes avaient donné le sobriquet de « Luthériens » aux partisans du Réformateur. 6
Philippe Mélanchthon (1497-1560) était un jeune collègue et un ami intime de Luther, son principal collaborateur dans la Réforme. Ses cours attiraient également une foule d’étudiants. 7
Les Catholiques répliquèrent à la Confession d’Augsbourg par un document intitulé Confutation. Pour réfuter cette Confutation, Mélanchthon écrivit par la suite l’Apologie de la Confession d’Augsbourg. Celleci figure également parmi les Confessions de foi de l’Eglise luthérienne. C’est l’un des ouvrages théologiques les plus importants de la Réforme. 8
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calme, pour apaiser les esprits. Il espérait, en effet, pouvoir convaincre encore les Catholiques et rétablir la concorde et l’unité dans l’Eglise. Luther, quant à lui, n’y croyait plus guère et se serait sans doute exprimé avec plus de sévérité, s’il avait écrit lui-même ce texte. Quand on lit la Confession d’Augsbourg, on constate que les Luthériens ne cherchaient pas du tout à défendre des idées nouvelles et n’avaient pas l’intention de fonder une nouvelle Eglise. Elle s’applique à montrer que l’Eglise luthérienne n’a rien inventé, mais qu’elle est retournée à l’enseignement de l’Eglise universelle, établie « sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire » (Ephésiens 2, 20). C’est pour cela que la Confession d’Augsbourg s’efforce toujours de fonder ses affirmations sur les textes de la Bible. Elle cite aussi abondamment les Pères de l’Eglise, pour montrer que les Luthériens enseignent ce que l’Eglise chrétienne a cru et confessé dès le début. Les erreurs qui ont surgi au cours des siècles sont dues au fait que l’Eglise Catholique s’est progressivement détournée de cet enseignement. Ce que Dieu demande à son Eglise, c’est qu’elle revienne à l’enseignement de la Bible, aux vérités enseignées par le Christ et les apôtres, qui ont été proclamées aussi par les plus grands Pères de l’Eglise. C’est là en tout cas la mission que Jésus-Christ a confiée à son peuple, la mission que son peuple doit accomplir s’il veut être fidèle à son Dieu. Il s’agit pour l’Eglise chrétienne de confesser avec courage les vérités que Dieu a révélées dans l’Ecriture Sainte, même si le monde entier s’y oppose, et de réfuter toutes les erreurs qui lui portent atteinte. C’est à ce prix qu’elle mène le bon combat de la foi et qu’un jour elle sera couronnée et récompensée par le Seigneur. « Sanctifie-les par ta vérité. Ta parole est la vérité », a dit Jésus dans la prière qu’il a adressée à son Père pour ses disciples et pour tous les chrétiens du monde (Jean 17, 17).
Wilbert Kreiss
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Table des matières
PRÉFACE DE LA CONFESSION D’AUGSBOURG Très illustre, très puissant, invincible Empereur, Seigneur très clément. Récemment Votre Majesté Impériale a daigné convoquer une Diète générale de l'Empire, ici à Augsbourg, en indiquant et en requérant sérieusement de délibérer et d'apporter tout le soin nécessaire aux affaires concernant notre ennemi héréditaire et celui du nom chrétien, le Turc, ainsi que les moyens de lui résister efficacement par une aide persévérante. Cette Diète viserait également à délibérer sur la manière de traiter les dissensions au sujet de la sainte foi et de la religion chrétienne. Votre Majesté proposait qu’on s’emploie activement à écouter, comprendre et examiner entre nous, dans l'amour et la bienveillance, l'opinion et l'avis de chacun. L’intention de Votre Majesté étant de ramener et d'accorder ces opinions à une unique vérité chrétienne ; d'écarter tout ce qui n'aurait pas été bien interprété ou traité de part et d'autre ; et d'adopter et de maintenir parmi nous tous une religion unique et vraie. Ainsi, de même que nous sommes tous sous un seul Christ et combattons ensemble, nous vivrions aussi dans une unique communion, une unique Église et une unique concorde. Nous, les Électeurs et Princes soussignés, avec nos proches, avons été convoqués à cet effet tout comme les autres Électeurs, Princes et États. Nous nous y sommes dès lors préparés de telle sorte que, sans vantardise, nous sommes arrivés parmi les premiers. Et puis, Votre Majesté Impériale - afin de se conformer diligemment au susdit édit et pour nous montrer sa gracieuse bienveillance en cette affaire de foi - a demandé aux Électeurs, Princes et États, avec grand zèle et sérieux, que chacun présente et remette par écrit sa position : il fallait que chacun, en vertu de votre édit, rédigeât en allemand et en latin son opinion et son avis concernant lesdites erreurs, dissensions et abus. En conséquence, après mûre délibération et conseil tenus entre nous, il vous a été rapporté mercredi dernier que nous voulions, pour notre part, remettre notre déclaration conformément à votre proposition, en allemand et en latin, aujourd'hui vendredi. C'est pourquoi, en très humble obéissance envers Votre Majesté Impériale, nous vous présentons et remettons la confession de nos pasteurs et prédicateurs, qui est celle de leur enseignement, et de notre foi : ce qu'ils prêchent, enseignent, pratiquent, fondés sur la Sainte Écriture divine, dans nos pays, principautés, seigneuries, villes et territoires. Et nous nous déclarons prêts envers Votre Majesté Impériale, notre Seigneur très clément, en toute humilité – si les autres Électeurs, Princes et États font également à présent pareille présentation écrite de leur opinion et avis en latin et en allemand - à nous entretenir volontiers avec Leurs Grâces par des voies convenables et équitables, et à chercher à nous unir avec eux autant que l'équité le permette. Nous souhaitons que nos présentations écrites respectives, comme parties en cause, et les griefs entre nous soient traités dans l'amour et la bienveillance, afin que les dissensions soient ramenées à une unique et vraie religion, tout comme nous sommes tous et combattons ensemble sous un seul Christ que nous devons confesser — tout cela selon le contenu de votre si souvent mentionnée édit et selon la vérité divine. Nous invoquons et prions aussi le Dieu Tout-Puissant, dans la plus grande humilité, de vouloir accorder sa grâce divine à cette fin. Amen.
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Mais si, chez nos seigneurs et amis, en particulier, les Électeurs, Princes et États de l'autre partie, le traitement ne se déroulait pas avec amour et bienveillance, comme votre édit le prévoit, ou s'avérait infructueux : nous affirmons néanmoins que rien ne manquera qui puisse contribuer, selon Dieu et en bonne conscience, à l'établissement de l'unité chrétienne. Votre Majesté Impériale, comme nos susmentionnés amis, les Électeurs, Princes et États, et quiconque aime la religion chrétienne et à qui ces affaires parviendraient, pourront prendre connaissance, de bonne grâce et amplement, de la confession de notre foi et de celle des nôtres qui suit. Précédemment Votre Majesté Impériale a daigné faire savoir aux Électeurs, Princes et États de l’Empire, notamment par une instruction lue publiquement à la Diète tenue en 1526 à Spire, que Votre Majesté Impériale, pour des raisons indiquées à cette occasion, n'entendait pas trancher les affaires concernant notre sainte foi, mais voulait diligemment solliciter auprès du Pape la tenue d'un concile. Il y a un an, à la dernière Diète de Spire, conformément à une instruction écrite, il a été exposé et indiqué aux Électeurs, Princes et États de l’Empire — à travers son lieutenant d’empire, sa Majesté Royale de Hongrie et de Bohême, ainsi que par ses orateurs et commissaires mandatés — que Votre Majesté Impériale avait réfléchi à l'avis de son lieutenant, des ministres et des conseillers du gouvernement impérial, ainsi que des envoyés des Électeurs, Princes et États absents réunis à la Diète convoquée à Ratisbonne, concernant la convocation d'un concile général, et qu'on avait reconnu pour utile de le convoquer. Et parce que les affaires entre Votre Majesté Impériale et le Pape s'acheminaient vers une bonne et chrétienne entente, au point que Votre Majesté Impériale était certaine que le Pape ne refuserait pas de tenir ce concile général, il était de l'intention gracieuse de Votre Majesté Impériale d'agir et de faire en sorte que le Pape consente à convoquer au plus tôt un tel concile général conjointement avec Votre Majesté Impériale, et que rien ne l’empêcherait. C'est pourquoi nous nous engageons par la présente envers Votre Majesté Impériale, en toute humilité et en surcroît, à comparaître devant un concile général, libre et chrétien ; un concile duquel il a été convenu, pour des raisons élevées et pondérées, par les Électeurs, Princes et États à toutes les Diètes de l'Empire tenues durant votre règne. A ce concile général nous nous y sommes aussi antérieurement appelés en due forme et selon le droit, et avons protesté — en même temps qu'à Votre Majesté Impériale — au sujet de ces affaires de la plus haute importance. Nous demeurons à présent attachés à cet appel, et nous n'entendons pas y renoncer par le présent acte ou les débats qui lui suivraient — à moins que, selon l’édit de Votre Majesté Impériale, les dissensions ne soient finalement entendues, examinées, réglées et ramenées à l’unité chrétienne, dans l'amour et la bienveillance. C’est ce dont nous témoignons et protestons ici publiquement. Et voici, notre confession et celle des nôtres, telle qu'elle suit ciaprès, en détail et article par article.
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Table des matières
LA CONFESSION D’AUGSBOURG
LES ARTICLES QUI CONCERNENT LA FOI ET LA DOCTRINE
1. Dieu
1. Tout d’abord nous enseignons et croyons tous, comme l’a déclaré le Concile de Nicée9, qu’il y
a un seul Etre divin qui est appelé Dieu et qui est vraiment Dieu. Mais dans cet Etre divin unique il y a trois personnes. Celles-ci sont également puissantes et éternelles. C’est Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit. Tous les trois forment un seul Etre divin. Celui-ci est éternel, indivisible et sans limites dans sa puissance, sa sagesse et sa bonté. Il a créé et il conserve toutes les choses, celles qu’on voit et celles qu’on ne peut pas voir. Quand nous disons qu’il y a un seul Dieu en trois personnes, le mot « personne » ne veut pas dire une partie ou une qualité de quelqu’un, mais un individu qui existe par lui-même. C’est comme cela que les Pères10 ont employé ce mot11.
Le Concile de Nicée a réuni en 325 les principaux dirigeants de l’Eglise chrétienne. Il rejeta les erreurs d’un hérétique appelé Arius et adopta une confession de foi qui affirme clairement que Jésus-Christ est vrai Dieu. C’est le symbole de Nicée, qui fait partie des Confessions de foi de l’Eglise luthérienne. 9
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On appelle « Pères » les premiers grands théologiens de l’Eglise chrétienne.
Les chrétiens adorent un seul Dieu en trois personnes. Cela signifie que Dieu le Père, son Fils Jésus et le Saint-Esprit sont tous les trois un seul et même Dieu; mais chacun existe de façon indépendante, tout en 11
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2. Nous rejetons donc toutes les fausses doctrines contraires à cet article. Par exemple celle des
Manichéens12 qui disaient qu’il y a deux dieux, un mauvais et un bon. Ou bien la doctrine des Valentiniens, des Ariens, des Eunomiens13, des Mahométans14 et de leurs semblables. Nous rejetons aussi l’enseignement des Samosaténiens15 anciens et modernes qui soutiennent qu’il n’y a qu’une personne en Dieu. Ils jouent avec les mots « Parole » et « Saint-Esprit », en prétendant que ce ne sont pas des personnes distinctes, mais que la « Parole » est une parole ordinaire ou une voix et que le Saint-Esprit est une puissance qui agit dans les créatures.
2. Le péché originel
3. Nous enseignons aussi que depuis la chute d’Adam, tous les hommes sont par nature conçus
et nés dans le péché. Cela veut dire que depuis le ventre de leur mère, ils sont remplis de mauvais désirs et de mauvaises pensées. Par nature, ils ne peuvent pas vraiment craindre Dieu ni vraiment croire en lui. Ils sont corrompus dès le départ. Nous appelons cela le péché originel. Nous enseignons que c’est un véritable péché qui condamne et place sous la colère éternelle de Dieu tous ceux qui ne naissent pas de nouveau par le Baptême et le Saint-Esprit. 4. C’est pour cela que nous rejetons la doctrine des Pélagiens16 et de tous ceux qui affirment que
le péché originel n’est pas vraiment un péché. En prétendant que l’homme est bon par nature et qu’il peut se justifier lui-même devant Dieu, ils méprisent les souffrances et les mérites du Christ17.
étant étroitement uni aux deux autres. C’est un mystère que nous ne pouvons pas expliquer avec notre intelligence. Les Manichéens étaient une secte fondée par un homme appelé Mani (III° siècle). Ils enseignaient que le monde avait été créé par Satan ou le « principe du mal ». 12
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Ce sont là différentes sectes anciennes qui ne croyaient pas en la divinité de Jésus-Christ.
C’est comme cela qu’on appelait dans le temps les musulmans qui ne croient pas non plus en la divinité de Jésus-Christ et rejettent la doctrine de la Trinité. 14
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Autre secte fondée par Paul de Samosate au III° siècle.
Les Pélagiens étaient une secte fondée par le moine Pélage, au début du V° siècle. Ils enseignaient que le péché originel n’existe pas et que l’homme, quand il vient au monde, n’est ni bon ni méchant. Il est par lui-même capable de choisir entre le bien et le mal. 16
Se justifier devant Dieu veut dire faire tout ce que Dieu exige dans sa Loi pour être juste devant lui. L’homme pécheur n’est pas capable de cela. Quand nous parlons des mérites du Christ, nous pensons à son obéissance parfaite, à tout ce par quoi il nous a mérité le pardon et la vie éternelle. Tout homme est par nature un pécheur. Il ne peut donc en aucune façon se présenter juste devant Dieu, mériter sa grâce et la vie éternelle. Seuls les mérites de Jésus-Christ peuvent le sauver. 17
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3. Le Fils de Dieu
5. Nous enseignons que Dieu le Fils est devenu homme. Il est né de la pure vierge Marie. Ses
deux natures, la nature divine et la nature humaine, sont unies de façon inséparable dans une seule personne et forment un seul Christ. Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Il est véritablement né, il a souffert, il a été cloué sur une croix, il est mort et il a été enterré. Il est devenu la victime qui a expié18 non seulement le péché originel, mais aussi tous les autres péchés. Il a ainsi apaisé la colère de Dieu. 6. Nous enseignons aussi que ce même Christ est descendu en enfer. Ensuite il est ressuscité
des morts le troisième jour, il est monté au ciel et s’est assis à la droite de Dieu. Il domine donc et règne éternellement sur toutes les créatures. Il sanctifie19, purifie, fortifie et console par le Saint-Esprit tous ceux qui croient en lui. Il leur offre également la vie et toutes sortes de dons et de biens. Enfin, il les protège et les défend contre le diable et le péché. 7. Ce même Seigneur et Christ reviendra un jour solennellement pour juger les vivants et les
morts. C’est ce que déclare le Symbole des Apôtres20.
4. La justification
8. Nous enseignons aussi que nous ne pouvons pas obtenir le pardon des péchés et la justice
devant Dieu par nos mérites, nos œuvres et tout ce que nous faisons pour plaire au Seigneur. C’est par grâce, gratuitement, que nous recevons le pardon des péchés et que nous sommes
Expier les péchés veut dire supporter le châtiment qu’on mérite à cause d’eux. Jésus a expié les péchés des hommes, en mourant à leur place, pour les délivrer du châtiment qu’ils ont mérité, la condamnation éternelle. 18
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Sanctifier veut dire mettre à part, consacrer à Dieu.
Le Symbole des Apôtres est une très ancienne confession de foi que les chrétiens prononcent habituellement quand ils célèbrent leurs cultes. 20
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justifiés devant Dieu, grâce au Christ et par la foi21. Il nous suffit pour cela de croire que le Christ a souffert pour nous. Alors le pardon des péchés, la justice et la vie éternelle nous sont offerts grâce à lui. Dieu veut nous imputer cette foi à justice, de sorte que nous sommes justes devant lui22, comme le dit saint Paul dans les chapitres 3 et 4 de l’épître aux Romains.
5. Le ministère de la prédication
9. Pour nous donner cette foi, Dieu a institué le ministère de la prédication. Il offre l’Evangile 23 et
les Sacrements24. Par eux, il offre le Saint-Esprit qui produit la foi où et quand il veut, chez ceux qui entendent l’Evangile. Cet Evangile enseigne que Dieu accorde sa faveur non pas par nos mérites, mais par les mérites du Christ, si nous croyons cela. 10. C’est pour cela que nous rejetons ce qu’enseignent les Anabaptistes25 et tous ceux qui
affirment que nous obtenons le Saint-Esprit en dehors de la parole extérieure de l’Evangile26, par nos dispositions, nos méditations et nos œuvres.
Etre justifié devant Dieu veut dire être déclaré juste. Un pécheur n’est pas juste devant Dieu, mais s’il croit en Jésus son Sauveur, Dieu le déclare juste au nom de son Fils bien-aimé. 21
Dieu nous impute la foi à justice veut dire que Dieu nous la compte comme justice. « La foi nous est imputée à justice » signifie que par la foi en Jésus nous sommes justes devant Dieu. Cette foi en Jésus nous recouvre en effet de sa justice. Ainsi, la justice de Jésus est comme un beau vêtement qui cache toutes nos fautes et notre misère. 22
Le mot « Evangile » vient du grec et signifie « bonne nouvelle ». L’Evangile est la Bonne Nouvelle du salut que Dieu offre au monde en Jésus-Christ. C’est le contraire de la Loi dans laquelle Dieu exige que nous respections sa volonté et accomplissions ses commandements. 23
Rappelons que l’Eglise luthérienne reconnaît deux Sacrements, le Baptême et la Sainte Cène. Ce sont les moyens visibles par lesquels Dieu offre au monde son pardon et son salut. Cf. les Articles 9 et 10. 24
« Anabaptistes » veut dire « ceux qui rebaptisent ». Ce mot désigne les Eglises qui refusent de baptiser les petits enfants. Soit parce qu’elles estiment que les petits enfants n’ont pas besoin du Baptême, soit parce qu’elles affirment que le Baptême ne doit être donné qu’à ceux qui le demandent expressément. 25
La « parole extérieure » de l’Evangile est l’Evangile tel qu’on le lit dans la Bible ou qu’on l’entend dans un sermon. 26
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6. La nouvelle obéissance
11. Nous enseignons aussi que cette foi doit produire de bons fruits et de bonnes œuvres. Il faut,
pour l’amour de Dieu, accomplir toutes sortes de bonnes œuvres qu’il nous commande de faire. Mais il ne faut pas y mettre sa confiance, en espérant mériter par elles la grâce de Dieu. En effet, c’est par la foi en Christ que nous recevons le pardon des péchés et la justice. Le Christ dit luimême: « Quand vous aurez fait toutes ces choses, dites: nous sommes des serviteurs inutiles »27. C’est ce qu’enseignent aussi les Pères. Saint Ambroise28, par exemple, déclare: « Dieu a décidé que celui qui croit en Christ sera sauvé et qu’il aura le pardon des péchés, non pas par les œuvres, mais par la foi seule et sans mérites.»
7. L’Eglise
12. Nous enseignons aussi qu’il y aura toujours une sainte Eglise chrétienne et qu’elle subsistera
éternellement. Elle est l’assemblée de tous les croyants chez qui l’Evangile est prêché fidèlement et les saints Sacrements sont administrés conformément à l’Evangile. 13. Il suffit, pour assurer la vraie unité de l’Eglise chrétienne, qu’on soit entièrement d’accord
dans la prédication de l’Evangile et dans l’administration des Sacrements conformément à la Parole de Dieu. La vraie unité de l’Eglise n’exige pas qu’on observe partout les mêmes cérémonies instituées par les hommes. C’est ce qu’enseigne saint Paul: « un seul corps, un seul esprit, comme vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême »29.
8. Ce qu’est l’Eglise
27
Luc 17, 10.
28
Ambroise était évêque à Milan, en Italie, au IV° siècle.
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Ephésiens 4, 5.6.
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14. L’Eglise chrétienne est tout simplement l’assemblée de tous les croyants et saints30.
Cependant, dans cette vie beaucoup de faux chrétiens et d’hypocrites, ainsi que des pécheurs manifestes sont mêlés aux fidèles. Mais les Sacrements sont efficaces, même s’ils sont administrés par des prêtres impies. C’est ce que le Christ lui-même déclare: « Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse, etc. »31. 15. Nous condamnons pour cela la doctrine des Donatistes32 et de ceux qui enseignent
autrement.
9. Le Baptême
16. En ce qui concerne le Baptême, nous enseignons qu’il est nécessaire et que par lui la grâce
nous est offerte. Nous enseignons aussi qu’il faut baptiser les enfants. En effet, par le Baptême ils sont remis à Dieu et sa grâce repose sur eux. 17. C’est pour cela que nous rejetons la doctrine des Anabaptistes qui enseignent qu’il n’est pas
juste de baptiser les enfants.
10. La Sainte Cène
18. Nous enseignons au sujet de la Sainte Cène du Seigneur que le vrai corps et le vrai sang du
Christ sont véritablement présents, distribués et reçus dans la Cène sous les espèces du pain et du vin. C’est pourquoi nous rejetons la doctrine contraire.
Dans le Symbole des Apôtres, l’Eglise chrétienne est appelée la communion des saints. Les chrétiens sont saints. Cela ne veut pas dire qu’ils sont sans péchés, mais qu’ils sont entièrement pardonnés et justifiés par la foi en Christ. De plus, ils s’efforcent de mener une vie sainte. 30
31
Matthieu 23, 2.
Les Donatistes étaient un mouvement organisé par Donat, un évêque du IV° siècle. Ils enseignaient que la valeur et l’efficacité des sacrements dépendaient de la piété et de la dignité du prêtre, ce qui n’est pas juste. 32
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11. La confession
19. En ce qui concerne la confession, nous enseignons qu’on doit maintenir dans les Eglises
l’absolution privée et ne pas l’abandonner33. Cependant, il n’est pas indispensable d’énumérer toutes ses fautes et ses péchés. D’ailleurs ce n’est pas possible, comme il est dit dans le Psaume 19: « Qui connaît ses égarements ? »34.
12. La repentance
20. En ce qui concerne la repentance35, nous enseignons que ceux qui ont commis des péchés
après le Baptême obtiennent le pardon, chaque fois qu’ils s’en repentent. L’Eglise ne doit pas leur refuser l’absolution. La repentance ne comprend à vrai dire que deux choses: la contrition, c’est-à-dire la douleur ou la terreur qu’on ressent quand on a fait un péché, et en même temps la foi en l’Evangile et en l’absolution, c’est-à-dire la certitude que le péché nous est pardonné et que la grâce nous est acquise par le Christ. Cette foi console le cœur et lui donne la paix. Après cela, on doit aussi se corriger et renoncer au péché. Ce sont là les fruits de la repentance, comme le dit Jean-Baptiste: « Produisez des fruits dignes de la repentance »36. 21. Nous rejetons donc l’enseignement de ceux qui affirment que lorsqu’on est justifié, on ne
peut plus retomber dans le péché37.
L’absolution privée a lieu quand un chrétien affligé par ses péchés vient les confesser au pasteur. Alors celui-ci le console en lui annonçant solennellement le pardon de Dieu. 33
34
Psaume 19, 13.
35
L’Eglise Catholique employait dans le temps le mot « pénitence ».
36
Matthieu 3, 3.
37
C’était à l’époque la doctrine des Anabaptistes.
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22. Nous condamnons aussi l’enseignement des Novatiens38 qui refusaient l’absolution à ceux
qui avaient péché après le Baptême. Nous rejetons de même l’enseignement de ceux qui prétendent qu’on obtient le pardon des péchés non pas par la foi, mais par ses satisfactions 39.
13. L’usage des Sacrements
23. En ce qui concerne les Sacrements, voici ce que nous enseignons: les Sacrements ont été
institués pour être des signes auxquels on reconnaît extérieurement les chrétiens. Mais ils sont aussi des signes et des témoignages de ce que Dieu veut pour nous. Ils sont chargés de réveiller et de fortifier notre foi. C’est pourquoi, ils exigent la foi et ne sont correctement utilisés que si on les reçoit avec foi et pour la fortifier.
14. Le gouvernement de l’Eglise
24. En ce qui concerne le gouvernement de l’Eglise, nous enseignons que personne dans l’Eglise
ne doit enseigner publiquement ou prêcher ni administrer les Sacrements, s’il n’a pas été régulièrement appelé à cela40.
Les Novatiens, adeptes de Novatien, au III° siècle, refusaient de réadmettre dans l’Eglise les fidèles qui avaient gravement péché. 38
L’Eglise Catholique appelle « satisfactions » des choses que les croyants doivent faire pour réparer leurs fautes et ainsi mériter le pardon. 39
Cela signifie que celui qui désire exercer le ministère pastoral doit faire des études pour cela et être officiellement reconnu apte par l’Eglise. Il doit en plus recevoir un appel en bonne et due forme et être solennellement ordonné au ministère, comme on le faisait au temps des apôtres. 40
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15. Les rites de l’Eglise
25. Voici ce que nous enseignons au sujet des rites de l’Eglise institués par les hommes: on doit
conserver les rites qu’on peut pratiquer sans péché et qui contribuent à la paix et au bon ordre dans l’Eglise. Par exemple, certaines fêtes, célébrations et autres choses semblables41. Nous précisons cependant qu’il ne faut pas charger les consciences de ces rites, comme si c’étaient là des choses nécessaires au salut. 26. Nous enseignons que tous les rites et traditions inventés par les hommes pour se réconcilier
avec Dieu et mériter sa grâce sont contraires à l’Evangile et à la doctrine de la foi en Christ. C’est pour cela que nous considérons comme inutiles et contraires à l’Evangile les vœux qu’on impose aux moines ou les traditions qui font des distinctions entre les aliments, les jours, etc., quand on fait cela pour essayer de mériter la grâce de Dieu et expier42 ses péchés.
16. Le gouvernement civil
27. Au sujet de l’Etat et du gouvernement, nous enseignons que toutes les autorités dans le
monde, les gouvernements légitimes et les lois sont de bonnes institutions. C’est Dieu qui a créé tout cela et l’a mis en place. Nous déclarons aussi qu’un chrétien peut, sans faire un péché, exercer les fonctions de magistrat43, de souverain et de juge. Il peut prononcer des jugements et rendre la justice selon les lois de l’empire44 et les autres lois en vigueur, punir les malfaiteurs au moyen de l’épée, mener des guerres quand elles sont justes. Un chrétien peut être soldat, acheter et vendre, prêter serment quand on le lui demande, posséder des biens, se marier, etc.
L’Eglise luthérienne avait supprimé certaines fêtes de Marie et les fêtes des saints, parce qu’elle les jugeait contraires à l’enseignement de la Bible. 41
Expier ses péchés veut dire subir le châtiment qu’on a mérité en les faisant, de manière à réparer les fautes commises. Dieu est juste et saint. Il exige donc que tout péché soit expié. Mais comme il nous aime et ne veut pas nous condamner, il a demandé à Jésus, son Fils, d’expier nos péchés à notre place. C’est ce que Jésus a fait quand il est mort sur la croix. 42
Un magistrat est une personne qui exerce une autorité publique, tel qu’un président de la république, un représentant du gouvernement ou un maire. 43
L’Allemagne où Martin Luther a introduit la Réforme faisait partie à cette époque du Saint Empire Romain Germanique. 44
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28. Nous condamnons la doctrine des Anabaptistes qui enseignent qu’un chrétien ne peut
exercer aucune des fonctions que nous venons de mentionner45. Nous condamnons aussi l’attitude de ceux qui enseignent que pour être un chrétien parfait, il faut quitter sa maison, sa femme et ses enfants et renoncer aux choses mentionnées plus haut. En effet, la véritable perfection n’est rien d’autre que la crainte de Dieu et la vraie foi en lui. L’Evangile ne prescrit pas une façon de vivre extérieure et temporelle46, mais intérieure et éternelle, et la justice du cœur. Il ne condamne pas le gouvernement civil, ni l’Etat, ni le mariage, mais il veut qu’on voie dans toutes ces choses de véritables institutions divines. Il demande que dans tous ces états on pratique l’amour chrétien et qu’on fasse de véritables bonnes œuvres, chacun là où Dieu l’a placé. C’est pour cela que les chrétiens doivent se soumettre aux autorités et obéir à leurs ordres et leurs lois, partout où c’est possible sans faire un péché. En effet, là où on ne peut pas obéir aux autorités sans faire un péché, il faut obéir à Dieu plus qu’aux hommes47.
17. Le retour du Christ pour le jugement
29. Nous enseignons aussi que notre Seigneur Jésus-Christ apparaîtra au dernier jour pour le
jugement. Il ressuscitera tous les morts. Il donnera aux croyants et aux élus la vie et le salut éternels. Par contre, il condamnera les impies et les démons à l’enfer et aux peines éternelles. Nous rejetons donc la doctrine des Anabaptistes qui enseignent que les démons et les damnés ne subiront pas de peines et de châtiments éternels. 30. Nous rejetons également certaines doctrines juives qu’on rencontre aussi de nos jours,
d’après lesquelles, avant la résurrection des morts, les saints et les fidèles régneront sur la terre et feront périr tous les impies.
C’est ce que les Anabaptistes enseignaient à cette époque. Certains enseignent cela aujourd’hui encore. 45
« Temporel » est le contraire de « spirituel ». Ce mot désigne ce qui concerne la vie dans ce monde, tandis que le mot « spirituel » désigne tout ce qui touche à l’âme et au salut éternel. Voir plus bas, l’Article 28. 46
47
Actes 5, 29.
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18. Le libre arbitre
31. En ce qui concerne le libre arbitre48, voici ce que nous enseignons: l’homme possède une
certaine liberté de volonté qui lui permet de mener une vie extérieurement honorable et de faire des choix qui sont du domaine de la raison. Mais sans la grâce, l’aide et l’action du Saint-Esprit, il ne peut pas plaire à Dieu, le craindre sincèrement, mettre en lui sa confiance ou arracher de son cœur les mauvais désirs qui s’y trouvent par nature. C’est là l’œuvre du Saint-Esprit qui est donné par la Parole de Dieu. Saint Paul déclare en effet: « L’homme naturel ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu »49. 32. Et pour qu’on sache bien que nous n’enseignons là rien de nouveau, voici des paroles bien
claires de saint Augustin50 au sujet du libre arbitre: « Nous confessons qu’il y a chez tous les hommes un libre arbitre, car tous sont par nature des êtres intelligents et qui ont une raison. Cela ne veut pas dire qu’ils soient capables d’entrer par eux-mêmes en relation avec Dieu, de l’aimer et de le craindre de tout leur cœur. C’est seulement dans les affaires extérieures de cette vie qu’ils ont la liberté de choisir entre le bien et le mal. Par le bien, j’entends celui que la nature humaine est capable de faire. Par exemple: travailler ou non dans un champ, manger, boire, rendre visite à un ami ou non, mettre ou enlever un vêtement et faire d’autres choses semblables qui sont utiles et bonnes. Pourtant, tout cela ne se fait pas sans Dieu et ne subsiste pas sans lui. Bien plus, c’est de lui et par lui que sont toutes choses. Mais l’homme peut aussi, par son propre choix, décider de faire le mal, comme par exemple se prosterner devant une idole, commettre un meurtre, etc. »51.
19. L’origine du péché
33. Voici ce que nous enseignons au sujet de l’origine du péché: Dieu le Tout-Puissant a créé et
conserve la nature entière. Cependant la volonté corrompue de l’homme produit le péché chez tous les méchants et ceux qui méprisent Dieu. C’est la volonté du diable et de tous les impies.
48
On appelle « libre arbitre » le pouvoir qu’a l’homme de prendre des décisions et de faire des choix.
49
1 Corinthiens 2, 14.
Saint Augustin est l’un de plus grands Pères de l’Eglise et un des plus grands esprits de tous les temps. Il vécut en Afrique du Nord, dans l’actuelle Tunisie, durant la deuxième moitié du IV° et la première moitié du V° siècle. 50
51
Hypomnesticon III, 4.5.
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Elle s’est détournée de Dieu et portée vers le mal dès que Dieu eut retiré sa main. Le Christ dit: « Quand le diable ment, il parle de son propre fonds »52.
20. La foi et les bonnes œuvres
34. On ne peut pas nous accuser d’interdire les bonnes œuvres. Les écrits de nos théologiens
sur les Dix commandements et sur d’autres sujets du même genre prouvent qu’ils ont donné des instructions et des exhortations utiles et solides sur la conduite et les œuvres chrétiennes dans les différentes situations de la vie. Avant notre époque, les prédicateurs parlaient peu de ces choses. Par contre, ils avaient pour habitude dans leurs sermons de recommander des pratiques puériles et inutiles, telles que le rosaire53, le culte des saints, la vie des moines, les pèlerinages, les neuvaines54, les jours fériés, les confréries, etc.55. Nos adversaires n’insistent plus tellement sur ces pratiques inutiles. Ils ont même appris à parler de la foi, ce qu’ils ne faisaient pas auparavant dans leurs sermons. Ils enseignent même maintenant que nous ne sommes pas justifiés devant Dieu par nos seules œuvres, mais ils y ajoutent la foi en Christ et disent: la foi et les œuvres nous justifient devant Dieu. Cette doctrine peut offrir un peu plus de consolation que celle qui demande aux hommes de se confier uniquement dans leurs œuvres. 35. Il faut bien reconnaître que la doctrine de la foi, qui est la chose la plus importante dans le
christianisme, a été longtemps négligée. On ne parlait partout que des œuvres. Voilà pourquoi les nôtres ont donné sur ce point l’enseignement suivant: 36. 1) Nous déclarons que nos œuvres ne peuvent pas nous réconcilier avec Dieu. Cela se fait
seulement par la foi, quand nous croyons que nos péchés nous sont pardonnés pour l’amour du Christ. Celui-ci, en effet, est le seul Médiateur56 qui nous réconcilie avec le Père. Ainsi donc, tout homme qui s’imagine qu’il peut faire cela et mériter la grâce par ses œuvres méprise le Christ et cherche une autre façon d’aller vers Dieu, une façon qui est contraire à l’Evangile. 37. Cette doctrine de la foi est exposée clairement par saint Paul en de nombreux endroits de
ses écrits. En particulier dans le passage suivant: « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par 52
Jean 8, 44.
Le rosaire est un chapelet de grains ou de perles qu’on fait glisser dans la main en récitant des Notre Père et des Ave Maria. 53
Les neuvaines étaient des actes de piété qu’on accomplissait pendant neuf jours pour obtenir de Dieu une faveur particulière. 54
Les confréries, fondées par des ordres de moines mendiants, sont des associations de fidèles patronnées par le clergé qui accomplissent des œuvres de piété ou de charité. 55
On appelle médiateur quelqu’un qui réconcilie des gens qui se querellent ou des ennemis. Jésus est appelé Médiateur parce qu’il nous a rachetés et réconciliés avec Dieu en expiant nos fautes. 56
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le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est pas par les œuvres, afin que personne ne se glorifie »57. 38. Ce n’est pas là une interprétation nouvelle. On peut, en effet, prouver cela par saint Augustin
qui parle souvent de ces choses. Il enseigne lui aussi que c’est par la foi en Christ et non par les œuvres que nous obtenons la grâce et devenons justes devant Dieu. C’est ce que démontre tout son livre De l’Esprit et de la Lettre. 39. Ceux qui ne connaissent pas la tentation méprisent cette doctrine. Il est cependant certain
qu’elle est très consolante et salutaire pour les consciences qui vivent dans la crainte et la terreur. La conscience en effet ne peut pas trouver le repos et la paix dans les œuvres. Elle ne trouve cela que dans la foi. La foi seule donne au chrétien l’assurance qu’il est réconcilié avec Dieu par le Christ, comme le dit saint Paul: « Etant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu »58. 40. Autrefois, on ne trouvait pas cette consolation dans les sermons, mais on demandait aux
pauvres consciences de se fonder sur leurs œuvres. Il fallait qu’elles s’efforcent de trouver la paix en accomplissant toutes sortes d’œuvres. La conscience poussait même certains à se réfugier dans les couvents, dans l’espoir d’y trouver la grâce en menant une vie de moine. Quelques-uns ont imaginé encore d’autres œuvres pour mériter la grâce et expier les péchés. Mais beaucoup d’entre eux ont constaté que ce n’est pas ainsi qu’on trouve la paix. Il était donc urgent de prêcher la doctrine de la foi en Christ et de l’enseigner avec insistance, pour qu’on sache qu’on ne saisit la grâce divine que par la foi et sans aucun mérite. 41. Nous précisons que la foi dont nous parlons ici n’est pas la foi des démons et des impies.
Ceux-ci croient aussi aux faits historiques59. Ils savent par exemple que le Christ a souffert et qu’il est ressuscité des morts. Mais nous parlons ici de la foi véritable qui consiste à croire que par le Christ nous obtenons la grâce et le pardon des péchés. 42. Celui qui croit que Dieu lui fait grâce pour l’amour du Christ connaît vraiment Dieu. Il
l’invoque et il n’est pas sans Dieu comme les païens. Le diable et les impies, eux, ne croient pas cet article capital du pardon des péchés. Ils sont des ennemis de Dieu, incapables de l’invoquer, et ils n’espèrent aucun bien de lui. C’est dans ce sens que l’Ecriture parle de la foi. Elle n’appelle pas foi la connaissance que les démons et les impies ont de Dieu, mais la confiance que les chrétiens ont en lui. L’épître aux Hébreux nous enseigne que la foi n’est pas la simple connaissance des faits historiques racontés par la Bible, mais l’assurance que Dieu nous donne ce qu’il nous a promis60. Saint Augustin nous rappelle lui aussi que le mot « foi » dans l’Ecriture désigne la confiance en Dieu, l’assurance qu’il nous fait grâce, et pas la simple connaissance des faits historiques que les démons ont eux aussi. 43. 2) Nous enseignons qu’il est absolument nécessaire de faire de bonnes œuvres. Non pas
pour y mettre sa confiance et mériter la grâce, mais pour l’amour de Dieu et pour sa gloire. La foi seule saisit la grâce et le pardon des péchés. Mais par la foi le Saint-Esprit nous est donné. C’est
57
Ephésiens 2, 8.
58
Romains 5, 1.
59
Jacques 2, 19.
60
Hébreux 11,1.
20
pourquoi le cœur devient capable de faire de bonnes œuvres. Tant qu’il n’a pas le Saint-Esprit, il est trop faible. Le cœur est aussi par nature au pouvoir du diable qui pousse les pauvres pécheurs que nous sommes à faire de nombreux péchés. C’est ce que montrent les philosophes qui se sont efforcés de vivre de façon honnête et irréprochable. Ils n’y sont pas arrivés, mais sont tombés dans toutes sortes de péchés grossiers et manifestes. C’est vrai pour tout homme: sans la vraie foi et sans le Saint-Esprit, il n’a que ses propres forces humaines pour mener sa vie. 44. On ne peut donc pas reprocher à la doctrine de la foi d’interdire les bonnes œuvres. Au
contraire, il faut la louer de ce qu’elle nous enseigne et nous aide à en faire. En effet, en dehors de la foi et du Christ, la nature humaine avec les forces qu’elle possède est beaucoup trop faible pour réaliser de bonnes œuvres. Elle ne peut pas invoquer Dieu, être patiente dans la souffrance, aimer le prochain, accomplir avec zèle les devoirs de sa charge, être obéissante, fuir les mauvais désirs. Ce sont là des œuvres grandes et justes qu’on ne peut pas faire sans l’aide du Christ, comme il le dit lui-même: « Sans moi, vous ne pouvez rien faire »61.
21. Le culte des saints
45. Voici ce que nous enseignons au sujet du culte des saints: nous devons nous souvenir des
saints. Nous sommes fortifiés dans la foi quand nous voyons comment ils ont obtenu grâce et comment leur foi les a secourus. Nous devons aussi prendre pour exemple les bonnes œuvres que chacun a accomplies selon la place qui lui était confiée. Ainsi, l’empereur peut avec une bonne conscience suivre l’exemple de David, quand il fait la guerre aux Turcs. Tous les deux, en effet, sont des rois. Ils ont donc pour devoir de protéger et défendre leurs sujets. Par contre, l’Ecriture ne nous demande pas d’invoquer les saints ou d’implorer leur secours. Elle déclare: « Il y a un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ »62. Jésus est l’unique Sauveur, l’unique Souverain Sacrificateur, l’unique victime expiatoire et notre seul Avocat devant Dieu63. Il a aussi promis d’exaucer64 nos prières. Le culte suprême consiste, selon l’Ecriture, à le chercher et à l’invoquer du fond du cœur, dans tous nos besoins et nos soucis: « Si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste »65.
61
Jean 15, 5.
62
1 Timothée 2, 5.
63
Romains 8, 34.
Dieu exauce nos prières signifie qu’il les entend et que, dans sa sagesse et sa bonté, il nous accorde ce que nous lui demandons, quand il pense que c’est bon pour nous. 64
65
1 Jean 2, 1.
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46. C’est là à peu près le résumé de la doctrine que nous prêchons et enseignons dans nos
Eglises pour bien instruire les chrétiens, pour consoler les consciences et aider les fidèles à corriger leur vie. Nous n’avons pas voulu exposer nos âmes et nos consciences au plus grand des dangers devant Dieu en abusant de son nom et de sa Parole. Nous n’avons pas non plus voulu donner ou transmettre à nos enfants et à notre postérité une autre doctrine que celle qui est conforme à la pure Parole de Dieu et à la vérité chrétienne. Cette doctrine est clairement fondée sur l’Ecriture Sainte. De plus, elle n’est pas en contradiction avec ce qu’enseigne l’Eglise universelle. Elle n’est pas non plus contraire à ce qu’enseigne l’Eglise Catholique Romaine, si on en croit les écrits des Pères. Nous estimons donc que nos adversaires devraient être d’accord avec nous au sujet des articles que nous venons d’exposer. C’est pourquoi ceux qui décident de repousser, de rejeter et de fuir les nôtres comme des hérétiques agissent sans aucune bonté, avec précipitation, contrairement à l’unité chrétienne et sans amour. De plus, ils ne peuvent pas s’appuyer fermement et de façon durable sur les commandements de Dieu ou sur l’Ecriture Sainte. Nos dissensions et nos querelles concernent surtout certaines traditions et quelques abus. 47. Ces principaux articles sont solidement fondés sur l’Ecriture Sainte et il n’y manque rien.
Notre confession est divine et chrétienne. Il serait donc juste de la part des évêques de se montrer plus modérés, même s’il y avait chez nous des choses qu’on pourrait améliorer en ce qui concerne la tradition. Nous allons cependant présenter des raisons solides et des motifs valables pour expliquer pourquoi nous avons modifié certaines traditions et abus.
LES ARTICLES CONTESTÉS OÙ IL EST QUESTION D’ABUS QUI ONT ÉTÉ CORRIGÉS
48. Dans nos Eglises, on n’enseigne rien au sujet des articles de la foi qui soit contraire à
l’Ecriture Sainte ou à ce que croit l’Eglise chrétienne universelle. D’autre part, on s’est contenté de corriger certains abus qui s’étaient glissés dans l’Eglise au cours du temps ou qu’on y a introduits de force. Nous devons donc exposer ces abus et donner les raisons qui nous ont poussés à faire ces changements. Ainsi Votre Majesté Impériale pourra reconnaître que nous n’avons pas agi d’une façon impie et indigne des chrétiens. Nous avons fait ces changements parce qu’on doit respecter le commandement de Dieu plus que toutes les coutumes.
22
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22. La Communion sous les deux espèces
49. Chez nous, le Sacrement est donné aux fidèles sous les deux espèces, parce que c’est ce
que le Christ a clairement commandé: « Buvez-en tous »66. Il parle de la coupe et ordonne en termes clairs que tous doivent en boire. 50. Personne ne doit pouvoir contester ces paroles ni mal les interpréter, comme si elles ne
concernaient que les prêtres. C’est pourquoi, l’apôtre Paul indique que toute l’assemblée de l’Eglise de Corinthe communiait sous les deux espèces67. On peut prouver par l’histoire et par les écrits des Pères que l’Eglise a longtemps agi ainsi. Cyprien68 rapporte plusieurs fois dans ses écrits qu’à son époque, la coupe était donnée aux fidèles69. Saint Jérôme70 dit que les prêtres qui administrent le Sacrement donnent au peuple le sang du Christ71. Le pape Gélase lui-même ordonne qu’on ne divise pas le Sacrement72. Il n’existe aucun décret qui prescrit de recevoir la Sainte Cène sous une seule espèce. D’ailleurs, on ne peut pas savoir quand ni par qui la coutume de communier sous une seule espèce a été introduite. Le cardinal Cusanus73 indique cependant à quel moment cet usage a été approuvé. Il est évident que cette coutume est contraire au commandement de Dieu et à la pratique ancienne. Elle n’est donc pas justifiée. De plus, on ne peut pas accepter qu’on accable la conscience de ceux qui désirent célébrer le saint Sacrement comme le Christ l’a institué et qu’on les force à agir contrairement à ce qu’il a ordonné. Et comme il est contraire à l’institution du Christ de changer quelque chose à son Sacrement, nous avons aussi supprimé la coutume qui consiste à le porter en procession.
23. Le mariage des prêtres
66
Matthieu 26, 27.
67
1 Corinthiens 11, 20-29.
68
Cyprien a vécu au III° siècle. Il était évêque à Carthage, dans l’actuelle Tunisie.
69
Epître 57.
Jérôme est un Père de l’Eglise qui a vécu au IV° siècle. Il est célèbre pour sa traduction de la Bible en latin qu’on appelle la Vulgate. 70
71
Commentaire du prophète Sophonie, ch. 3.
72
Décrets de Gratien, III, La consécration, ch. 12.
Le cardinal Nicolas Cusanus a vécu à la même époque que Luther. Dans un de ses écrits, il rappela que c’est le concile de Latran IV qui décida en 1215 de ne plus donner la coupe aux fidèles 73
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23
51. Partout dans le monde, chez les grands et chez les humbles, on s’est beaucoup plaint de
constater que les prêtres, incapables d’observer la chasteté, vivaient dans l’immoralité et la débauche. Ces vices abominables ont atteint leur plus haut degré. Pour éviter ces scandales odieux, l’adultère et d’autres formes d’impudicité, certains de nos prêtres74 se sont mariés. Ils disent qu’ils y ont été poussés par la grande détresse de leur conscience. L’Ecriture, en effet, annonce clairement que Dieu a institué le mariage pour éviter l’impudicité. C’est ce que dit saint Paul: « Pour éviter l’impudicité, que chacun ait sa femme »75. De même: « Il vaut mieux se marier que de brûler »76. Le Christ sait bien ce que vaut l’être humain. Quand il dit: « Tous ne comprennent pas cette parole »77, il indique que peu de gens ont le don de vivre dans la chasteté. « Dieu, en créant les êtres humains, les a créés homme et femme »78. L’expérience a clairement montré que l’homme, cette créature de la majesté divine, n’est pas capable de luimême ou à l’aide d’un vœu d’améliorer ou de changer sa nature. Il lui faut pour cela un don ou une grâce particulière de Dieu. Beaucoup de gens obligés de vivre dans le célibat ont mené une vie honorable, honnête et chaste, une vie chrétienne digne et loyale. Mais beaucoup d’autres ont connu des angoisses effrayantes et des tourments terribles au moment de leur mort. Ils l’ont eux-mêmes reconnu. La Parole et le commandement de Dieu ne peuvent être modifiés par aucun vœu ni aucune loi des hommes. C’est pour cela et pour d’autres raisons encore que nos prêtres et autres religieux se sont mariés. 52. D’ailleurs, l’histoire et les écrits des Pères prouvent que dans le temps, dans l’Eglise
chrétienne, les prêtres et les diacres se mariaient. Saint Paul dit: « Il faut que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme »79. C’est seulement depuis quatre cents ans80 qu’en Allemagne les prêtres sont obligés de faire vœu de chasteté et de renoncer au mariage. Ils s’étaient opposés à cette règle nouvelle avec tant d’énergie et de violence qu’un archevêque de Mayence81 qui avait publié le décret du pape sur ce point, avait failli être tué dans une bagarre, suite à une révolte de tout le clergé. L’interdiction pour les curés de se marier fut appliquée avec tant de précipitation et de maladresse que le pape de l’époque ne se contenta pas de leur défendre à l’avenir de prendre femme. Il obligea même les prêtres mariés depuis longtemps à se séparer de leurs épouses. Une telle chose est non seulement contraire à toutes les lois divines, naturelles et civiles; elle est aussi en contradiction avec ce qu’avaient décrété les papes et les plus grands conciles.
A l’époque, on appelait encore les ministres de l’Eglise luthérienne des prêtres. De nos jours, ils s’appellent généralement pasteurs. 74
75
1 Corinthiens 7, 2.
76
1 Corinthiens 7, 9.
77
Matthieu 19, 11.
78
Genèse 1, 27 .
79
1 Timothée 3, 2.
80
C’est-à-dire depuis le XII° siècle.
81
Mayence est une grande ville d’Allemagne.
24
53. On a souvent entendu des gens célèbres, pieux et intelligents dénoncer une telle pratique. Ils
ont reconnu que le célibat forcé et l’interdiction du mariage – que pourtant Dieu a institué pour tous les hommes – n’ont jamais produit rien de bon. Au contraire, ils ont été la cause de vices graves et de désordres malheureux. Un des papes, Pie II, comme le prouve l’histoire de sa vie, a souvent déclaré ou fait écrire qu’il pouvait y avoir certaines raisons d’interdire le mariage aux prêtres, mais qu’il y avait d’autres raisons beaucoup plus sérieuses et plus importantes de leur permettre à nouveau de se marier. Ce pape était un homme sage et sensé. Il n’a pas dit cela sans y avoir mûrement réfléchi. 54. Nous espérons donc, en tant que sujets soumis à la majesté impériale, que Votre Majesté, en
empereur chrétien et digne de louange, voudra bien reconnaître que dans ces derniers jours dont parle l’Ecriture, le monde se corrompt de plus en plus et que les hommes deviennent de plus en plus fragiles et faibles. 55. C’est pourquoi il est urgent, utile et conforme à la foi chrétienne de bien examiner ces
choses. En effet, il se pourrait bien qu’en interdisant aux prêtres de se marier, on entraîne notre pays dans une débauche encore plus honteuse et des vices encore plus repoussants. Personne ne pourra jamais modifier ou améliorer ces choses avec plus de sagesse que Dieu lui-même qui a institué le mariage pour aider les hommes dans leur faiblesse et mettre un obstacle à l’immoralité. 56. Les anciens décrets déclarent aussi qu’il faut user de douceur et ne pas être trop sévère et
rigoureux, par égard pour la faiblesse humaine. Cela permet d’empêcher et d’éviter de plus grands malheurs. 57. Dans le cas qui nous occupe, ce serait certainement conforme à la foi chrétienne et
absolument nécessaire. En quoi d’ailleurs le mariage des prêtres et des autres membres du clergé pourrait-il nuire à l’Eglise chrétienne universelle, surtout le mariage des pasteurs de paroisses et des autres ministres de l’Eglise? Si cette interdiction doit durer encore longtemps, on finira par manquer de prêtres et de pasteurs. 58. Le mariage des prêtres est fondé sur la Parole et les commandements de Dieu. D’autre part,
l’histoire montre qu’ils étaient mariés dans le temps. Enfin, le vœu de chasteté a causé tant de scandales odieux et indignes d’un chrétien, tant d’adultères et d’impudicités effrayantes et affreuses, que des chanoines et d’autres membres de la cour de Rome l’ont reconnu euxmêmes. Ils ont exprimé la crainte que toutes ces horreurs et ces vices commis par le clergé ne provoquent la colère de Dieu. Alors, et c’est profondément regrettable, on a non seulement interdit le mariage, mais on s’est dépêché ici et là de le punir comme quelque chose de très grave. Pourtant Dieu a ordonné dans l’Ecriture Sainte de tenir le mariage en honneur. D’ailleurs il est hautement honoré par les lois de l’empire et de tous les royaumes qui veillent au droit et à la justice. Ce n’est que depuis peu de temps qu’on se met à torturer des innocents. Il s’agit de prêtres qu’on devrait ménager plus que d’autres. Tout cela à cause du mariage, ce qui est contraire non seulement aux lois divines, mais aussi aux Canons82 de l’Eglise. L’apôtre Paul appelle cela une doctrine de démons, quand on interdit le mariage83. Et le Christ dit: « Le diable
Les Canons sont les décisions des conciles et l’ensemble des règles qui gouvernent l’Eglise Catholique Romaine. 82
83
1 Timothée 4, 1.3.
25
est meurtrier dès le commencement »84. C’est le cas ici: quand on interdit le mariage et qu’on impose cette interdiction en répandant le sang, on pratique une doctrine démoniaque. 59. Le commandement de Dieu ne peut être aboli ou modifié par aucune loi humaine. Pas non
plus par un vœu. C’est pour cela que saint Cyprien donne le conseil suivant: que les femmes qui ne tiennent pas leur vœu de chasteté se marient. Il écrit en effet: « Si elles ne veulent ou ne peuvent pas vivre dans la chasteté, il vaut mieux qu’elles se marient plutôt que de tomber dans le feu en vivant dans l’impudicité. Qu’elles se gardent aussi de scandaliser leurs frères et leurs sœurs. » 60. D’ailleurs, les Canons se montrent plus indulgents et plus justes à l’égard de ceux qui ont fait
leurs vœux quand ils étaient jeunes, comme c’est le cas de la plupart des prêtres et des moines: ils sont entrés dans cet état dans l’ignorance de leur jeune âge.
24. La messe
61. On nous reproche à tort d’avoir aboli la messe85. Il est manifeste, et nous pouvons le dire
sans nous vanter, que chez nous la messe est célébrée avec plus de recueillement et de ferveur que chez nos adversaires. Nous tenons aussi beaucoup à instruire nos fidèles sur le saint Sacrement. Nous leur enseignons pourquoi il a été institué et comment il faut l’utiliser: à savoir, pour réconforter les consciences troublées. C’est ainsi que nous attirons le peuple à la Communion et à la messe. Nous le mettons aussi en garde contre les fausses doctrines qu’on enseigne à ce sujet. D’ailleurs, on peut voir, quand nous célébrons publiquement la messe, que nous n’avons apporté aucune modification sensible. Sauf qu’en quelques endroits nous faisons chanter des cantiques allemands pour instruire et édifier le peuple, en plus des chants latins. Toutes ces cérémonies servent principalement à instruire le peuple dans ce qu’il doit savoir au sujet du Christ. 62. Tout le monde sait que la messe a donné lieu, avant ces temps-ci, à bien des abus. On en a
fait tout un commerce ; on l’a achetée et vendue. Dans toutes les Eglises, la plupart des messes n’ont été célébrées que pour de l’argent. Ce scandale a été bien des fois condamné par des hommes réputés pour leur science et leur piété. Chez nous, les prédicateurs ont prêché à ce sujet et on a rappelé aux prêtres cette terrible menace qui devrait émouvoir tout chrétien: quiconque recevra le Sacrement de façon indigne sera coupable envers le corps et le sang du
84
Jean 8, 44.
Le mot « messe » désigne dans l’Eglise Catholique ce que dans les Eglises protestantes on appelle généralement le culte. Il s’agit toujours d’un culte avec Sainte Cène. 85
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Christ86. Depuis, ces messes publiques et privées qu’on célébrait pour de l’argent et qu’on vendait aux gens ont disparu de nos Eglises. 63. Nous avons aussi condamné l’erreur abominable qui consiste à enseigner que notre
Seigneur Jésus-Christ n’a expié par sa mort que le péché originel, et qu’il a institué la messe pour les autres péchés. Il aurait ainsi fait de la messe un sacrifice pour les vivants et les morts, destiné à ôter les péchés et à se réconcilier avec Dieu. Alors on s’est mis à discuter pour savoir si une messe célébrée pour beaucoup de gens à la fois était aussi méritoire qu’une messe particulière célébrée pour une seule personne. D’où une série innombrable de messes par lesquelles on prétendait obtenir de Dieu tout ce dont on avait besoin. C’est ainsi que la foi en Christ et le véritable culte sont tombés dans l’oubli. 64. Nous avons donc instruit les gens à ce sujet, comme il fallait le faire, pour qu’on sache
utiliser correctement le Sacrement: 65. 1) L’Ecriture déclare dans beaucoup de passages que le seul sacrifice pour le péché originel
et tous les autres péchés est la mort du Christ. Il est écrit, en effet, dans la lettre aux Hébreux que le Christ s’est offert une seule fois et qu’ainsi il a expié tous les péchés87. C’est une invention nouvelle et incroyable, quand on enseigne que la mort du Christ a expié seulement le péché originel, et pas les autres. Nous espérons que tout le monde comprendra que nous avons raison de condamner cette erreur. 66. 2) Saint Paul enseigne que nous obtenons grâce devant Dieu par la foi, et non pas par les
œuvres. On abuse de la messe quand on en fait une œuvre par laquelle on s’imagine obtenir grâce. C’est tout à fait contraire à la doctrine du salut par la foi. On apprend aux gens que la messe est un moyen pour se débarrasser du péché et obtenir la grâce et tous les autres bienfaits de Dieu. Non seulement pour le prêtre qui la célèbre, mais encore pour le monde entier, pour les vivants et les morts. 67. 3) Le saint Sacrement a été institué non pas pour en faire un sacrifice expiatoire, car ce
sacrifice a déjà été apporté, mais pour réveiller notre foi et réconforter les consciences. Il nous assure, en effet, que la grâce et le pardon des péchés nous sont obtenus par le Christ. C’est pourquoi le Sacrement exige la foi. Sans la foi, on le reçoit en vain. 68. La messe n’est pas un sacrifice offert pour d’autres, qu’ils soient vivants ou morts, pour ôter
leurs péchés. Elle est une communion où le prêtre et les fidèles reçoivent le Sacrement, chacun pour lui-même. C’est pour cela que nous observons l’usage suivant: nous célébrons la messe les jours de fête et chaque fois que des communiants se présentent, et nous donnons le Sacrement à ceux qui le désirent. Nous avons donc conservé l’usage correct de la messe, telle qu’elle fut célébrée autrefois dans l’Eglise. C’est ce qu’on peut prouver par saint Paul88 et par les écrits de beaucoup de Pères. Chrysostome89, par exemple, dit que chaque jour le prêtre se tenait à l’autel, qu’il invitait les uns à la Communion et qu’il défendait aux autres de s’en
86
1 Corinthiens 11, 27.
87
Hébreux 9, 26.
88
1 Corinthiens 11, 20-29.
89
Jean Chrysostome, un prédicateur très renommé, était patriarche de Constantinople au IV° siècle.
27
approcher90. De même, les anciens Canons indiquent que l’un des prêtres célébrait l’office, tandis que les autres prêtres et les diacres communiaient. Voici ce que dit le Canon de Nicée: « Les diacres doivent recevoir le Sacrement de la main de l’évêque ou d’un prêtre »91. 69. Nous n’avons donc introduit aucun nouvel usage qui n’aurait pas déjà existé autrefois dans
l’Eglise. D’autre part, nous n’avons apporté aucune modification sensible aux cérémonies publiques de la messe, sauf que nous avons supprimé les messes inutiles et abusives célébrées en plus de la messe paroissiale. Il n’est donc pas juste de condamner notre manière de célébrer la messe, comme si elle était hérétique et antichrétienne. Autrefois, on ne célébrait pas la messe tous les jours, même pas dans les grandes Eglises qui ont beaucoup de membres, ni même aux jours où le peuple s’assemblait. L’Histoire Tripartite nous indique qu’à Alexandrie92, le mercredi et le vendredi, on lisait et expliquait l’Ecriture et qu’on célébrait tous ces cultes sans la messe93.
25. La confession
70. Nos prédicateurs n’ont pas aboli la confession94. En effet, on observe chez nous la coutume
de donner le Sacrement seulement à ceux qui ont été d’abord examinés et qui ont reçu l’absolution de leurs péchés. On s’applique à faire comprendre au peuple combien les paroles de l’absolution sont consolantes et combien il faut les estimer. Ce n’est pas la voix ou la parole du ministre qui exerce ses fonctions, mais la Parole de Dieu qui nous pardonne les péchés. En effet, l’absolution est prononcée à la place de Dieu et sur son ordre. Nous nous efforçons donc de bien instruire les gens concernant le pouvoir des clés. Nous leur montrons combien il est réconfortant et nécessaire aux consciences angoissées. Nous leur disons que Dieu nous demande de croire à cette absolution, comme si c’était sa propre voix venue du ciel. Nous leur disons aussi que nous devons en tirer joie et consolation, sachant que par la foi nous obtenons le pardon des péchés. Autrefois, les prédicateurs parlaient beaucoup de la confession, mais ils ne disaient pas le moindre mot de toutes ces choses qui sont pourtant bien nécessaires. Au lieu de cela, ils ne faisaient que tourmenter les consciences en exigeant qu’on leur énumère tous les 90
Homélie 3 sur l’épître aux Ephésiens, ch. 1, et Homélie 17 sur l’épître aux Hébreux, ch. 10.
91
Canon 18 du Concile de Nicée.
92
Alexandrie était une grande ville en Egypte.
C’est-à-dire sans administrer la Sainte Cène. Histoire Tripartite, IX, 38. Cassiodore, l’auteur de cet ouvrage, était un historien du VI° siècle. 93
L’Eglise Catholique fait de la pénitence un sacrement. Elle ne l’appelle plus aujourd’hui le sacrement de la pénitence, mais le sacrement de la réconciliation. Il comprend trois parties : la confession obligatoire des péchés, l’absolution et la satisfaction. Cette satisfaction imposée par le prêtre est une sorte de peine ou de punition par laquelle le croyant doit réparer ses fautes pour en obtenir le pardon. 94
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péchés qu’on avait commis. Ils prescrivaient aussi des satisfactions, des indulgences, des pèlerinages et d’autres exercices du même genre. Beaucoup de nos adversaires l’avouent euxmêmes: chez nous, on a parlé et écrit avec plus de compétence au sujet de la vraie repentance chrétienne qu’on ne l’a fait depuis longtemps. 71. Voici ce que nous enseignons concernant la confession: on ne doit obliger personne à
nommer et énumérer ses péchés. En effet, comme le dit le Psaume: « Qui connaît ses égarements? »95. Et Jérémie dit: « Le cœur de l’homme est si méchant qu’on ne peut pas le connaître »96. La misérable nature humaine est tellement plongée dans les péchés qu’elle ne peut les voir ni les connaître tous. Et si seuls les péchés que nous pouvons énumérer nous étaient pardonnés, cela ne nous servirait pas à grand-chose. C’est pourquoi, il ne faut pas obliger les gens à énumérer leurs péchés et à les nommer individuellement. Les Pères étaient du même avis, comme le montrent ces paroles de Chrysostome: « Je ne dis pas que tu dois faire un aveu en public, t’accuser ou plaider coupable devant un autre, mais obéis au prophète qui dit: Dévoile à l’Eternel ton chemin. C’est pourquoi, porte ta confession, avec ta prière, devant Dieu, le Seigneur, qui est le vrai juge. Ce n’est pas avec ta bouche, mais dans ta conscience que tu dois avouer tes péchés »97. Il est clair que Chrysostome n’obligeait personne à énumérer ses péchés et à les nommer individuellement. La Glose des Décrets concernant la repentance enseigne, elle aussi, que la confession des péchés n’est pas exigée par l’Ecriture, mais qu’elle a été instituée par l’Eglise98. 72. Cependant, nos prédicateurs ont soin d’enseigner qu’il faut conserver la confession pour la
consolation des consciences angoissées, à cause de l’absolution qui en est l’élément essentiel et principal, et pour d’autres raisons encore.
26. La distinction des aliments
73. Autrefois, on enseignait dans les sermons et dans les livres que la distinction des aliments99
et les autres traditions du même genre instituées par les hommes sont utiles pour mériter la grâce et expier ses péchés. On inventait donc chaque jour de nouveaux jeûnes, de nouvelles cérémonies, de nouveaux ordres monastiques, etc. On insistait beaucoup sur ces choses,
95
Psaume 19, 13.
96
Jérémie 17, 9.
Décrets de Gratien, II, ch. 33, qu. 3, La repentance. Les Décrets de Gratien sont une collection de lois et de canons faite par un moine italien du nom de Gratien, qui a vécu au XII° siècle. 97
98
Décrets de Gratien, La repentance, 5, 1.
Distinguer les aliments signifie les classer en aliments qu’on peut manger et d’autres qu’il ne faut pas consommer. En tout cas pas certains jours. 99
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comme si ces pratiques étaient indispensables pour obtenir la grâce et comme si c’était un grave péché de les négliger. Ainsi sont nées beaucoup de dangereuses erreurs dans l’Eglise. 74. C’est pourquoi nous confessons ce qui suit: 75. 1) Par ces pratiques on a obscurci la grâce du Christ et la doctrine de la foi sur lesquelles
l’Evangile insiste tellement. L’Evangile, en effet, nous engage vivement à reconnaître à quel point le mérite du Christ est précieux. Il nous demande aussi de ne pas oublier que la foi en Christ doit être placée bien au-dessus de toutes les œuvres. C’est pourquoi saint Paul s’est opposé avec vigueur contre la loi de Moïse et contre les traditions humaines. Nous devons bien comprendre que nous ne sommes pas justifiés devant Dieu par nos œuvres, mais seulement par la foi en Christ en qui nous trouvons grâce. Cette doctrine était presque totalement éliminée et on a enseigné à la place qu’on pouvait mériter la grâce par les jeûnes prescrits par l’Eglise, la distinction des aliments et des vêtements, etc. 76. 2) Ces traditions ont aussi obscurci les commandements de Dieu. En effet, on les mettait au-
dessus de ces commandements. On croyait qu’il suffisait, pour avoir la vie éternelle, d’observer certaines fêtes, de réciter certaines prières, de pratiquer certains jeûnes et de porter un vêtement particulier. C’est ce qu’on appelait la vie spirituelle et chrétienne. D’autre part, on négligeait comme quelque chose de tout à fait banal et qui n’a rien à voir avec la piété des œuvres nécessaires et bonnes que Dieu nous demande d’accomplir selon notre vocation. Par exemple, les devoirs du père de famille qui travaille pour nourrir sa femme et ses enfants. Ou bien ceux de la mère de famille qui met des enfants au monde et les entoure de ses soins. Ou ceux d’un prince et des autorités qui gouvernent le pays et ses sujets, etc. De telles œuvres, commandées par Dieu, étaient considérées comme sans importance et imparfaites, alors que les traditions introduites dans l’Eglise passaient pour être saintes et parfaites. C’est pourquoi on en inventait toujours des nouvelles. 77. 3) Ces traditions ont fini par peser lourdement sur les consciences, car il n’était pas possible
de les observer toutes. Pourtant les gens pensaient qu’elles étaient nécessaires pour rendre un culte à Dieu. Gerson100 écrit qu’à cause de cela beaucoup de croyants tombaient dans le désespoir. Plusieurs même se sont suicidés, parce que le message de la grâce du Christ ne réussissait par à les consoler. Les Sommistes101 et autres théologiens montrent combien tout cela les troublait. Ils s’efforcèrent, en effet, de régler ces histoires de traditions et de trouver de bonnes solutions pour soulager les consciences. Cela leur prenait tellement de temps qu’ils ont négligé la salutaire doctrine chrétienne qui parle de choses bien plus nécessaires que cela, comme la foi, la consolation dans les tentations, etc. Auparavant, bien des gens pieux se plaignaient de ce que ces traditions ne faisaient que créer des querelles dans l’Eglise et empêchaient les gens de parvenir à la vraie connaissance du Christ. Gerson et d’autres s’en sont beaucoup plaints. Saint Augustin regrettait aussi qu’on ait chargé les consciences d’un si grand nombre de traditions. Aussi prend-il soin de préciser qu’il ne faut pas les tenir pour obligatoires. 78. Voilà pourquoi notre enseignement n’est pas le fruit de l’impiété. Il n’indique pas non plus
que nous méprisons le pouvoir spirituel. Nous avons été carrément forcés de dénoncer les 100
Jean Gerson était un théologien catholique français qui a vécu à la fin du XIV° et au début du XV° siècle.
La Confession d’Augsbourg appelle « Sommistes » des théologiens qui ont écrit des « Sommes », c’està-dire des livres théologiques qui présentent l’ensemble de la doctrine chrétienne. 101
30
erreurs que nous venons de mentionner; elles sont toutes nées d’une fausse conception des traditions. L’Evangile nous demande, en effet, de prêcher avec insistance dans les Eglises la doctrine de la foi. C’est une doctrine qu’on ne peut pas comprendre si on pense pouvoir mériter la grâce par ses propres œuvres. 79. Nous avons donc enseigné que nous ne pouvons pas, en observant les traditions humaines
que nous venons de mentionner, mériter la grâce de Dieu, nous réconcilier avec lui ni expier nos péchés. Par conséquent, nous ne devons pas en faire un culte obligatoire. Nous ajoutons à cela le témoignage de l’Ecriture. Jésus-Christ excuse les apôtres de n’avoir pas observé les traditions. Puis il ajoute: « C’est en vain qu’ils m’honorent par des commandements d’hommes »102. S’il dit que ce culte est vain, c’est qu’il n’est pas obligatoire. Un peu plus loin il ajoute: « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme »103. Et saint Paul déclare: « Le royaume des cieux ne consiste pas dans le manger et le boire »104. Et dans l’épître aux Colossiens: « Que personne ne vous juge au sujet du manger et du boire ou au sujet d’une fête, etc… »105. Ou bien l’apôtre Pierre: « Pourquoi tentez-vous Dieu en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter? Mais c’est par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ que nous pensons être sauvés de la même manière qu’eux »106. Pierre interdit donc d’imposer aux consciences de nombreuses cérémonies extérieures, qu’elles soient prescrites par Moïse ou par d’autres. Et dans 1 Timothée, ces prescriptions, comme l’interdiction de manger certains aliments ou de se marier, sont appelées des doctrines de démons107. En effet, il est absolument contraire à l’Evangile de prescrire des choses ou de faire des œuvres pour mériter le pardon des péchés; il est aussi interdit de croire qu’on ne peut pas être un chrétien sans pratiquer un tel culte. 80. On reproche aux nôtres de faire comme Jovinien108, de critiquer la mortification de la chair109
et la discipline du corps. On trouvera en examinant leurs écrits que ce reproche n’est pas fondé. Les nôtres ont toujours parlé de la sainte croix que les chrétiens doivent porter. Voilà une mortification véritable, sérieuse, que nous n’avons pas inventée. 81. Nous enseignons aussi que chacun doit discipliner son corps par le jeûne et d’autres
exercices. Il faut le faire pour lutter contre le péché, mais non pas pour mériter la grâce par les œuvres. Cette discipline corporelle doit s’exercer constamment et pas seulement certains jours choisis pour cela. C’est ce que dit le Christ: « Prenez garde à vous-mêmes, de peur que vos
102
Matthieu 15, 9.
103
Matthieu 15, 11.
104
Romains 14, 17.
105
Colossiens 2, 16.
106
Actes 15, 10.11.
107
1 Timothée 4, 1.3.
Jovinien était un théologien du IV° siècle qui, en réalité, avait critiqué la doctrine des mérites et la morale pratiquée dans les couvents, mais pas la « mortification de la chair et la discipline du corps ». 108
La mortification de la chair consiste à imposer au corps des choses difficiles et pénibles dans l’espoir de fléchir Dieu et de mériter le salut. 109
31
cœurs ne s’alourdissent par les excès du manger et du boire »110. De même: « Ces démons ne sont chassés que par le jeûne et la prière »111. Saint Paul dit aussi qu’il traite durement et maîtrise son corps112. Il indique ainsi que la mortification doit servir non pas à mériter la grâce, mais à maîtriser le corps, pour qu’il ne refuse pas de faire ce que chacun de nous doit faire selon la vocation qu’il a reçue de Dieu. Donc nous ne rejetons pas le jeûne. Ce que nous condamnons, c’est qu’on trouble les consciences en faisant du jeûne un culte obligatoire par les distinctions qu’on fait entre les jours et les aliments. 82. On observe aussi chez nous beaucoup de cérémonies et de traditions qui servent à
maintenir l’ordre dans l’Eglise. Par exemple, l’ordre de la messe, les chants, les fêtes, etc. Nous enseignons au peuple que la forme extérieure du culte ne rend pas juste devant Dieu, mais qu’on doit pratiquer ces choses sans en faire un problème de conscience. Cela veut dire que si on néglige ces choses sans causer de scandale, on ne fait pas de péché. Cette liberté dans les cérémonies extérieures, les Pères l’ont également observée. Ainsi, en Orient on ne célébrait pas la fête de Pâques le même jour qu’à Rome113. Certains prétendaient que cette divergence allait diviser l’Eglise. D’autres leur ont fait comprendre qu’on n’a pas besoin d’avoir partout dans l’Eglise les mêmes coutumes. Irénée114 s’exprime ainsi: « La diversité des jeûnes ne rompt pas l’unité de la foi »115. Il affirme aussi qu’une telle divergence dans les observances humaines ne nuit pas à l’unité chrétienne. Un livre d’histoire énumère un grand nombre de coutumes différentes dans l’Eglise et fait cette remarque utile et bien chrétienne: « L’intention des apôtres n’a pas été d’instituer des jours de fête, mais d’enseigner la foi et la charité »116.
27. Les vœux monastiques
83. Quand on parle des vœux monastiques, il faut d’abord voir comment ils ont été observés et
ce qui se passait dans les couvents. Il faut savoir aussi qu’on y a pratiqué tous les jours beaucoup de choses non seulement contraires à la Parole de Dieu, mais aussi opposées aux règles que le pape avait mises en place. A l’époque de saint Augustin, on n’imposait rien aux 110
Luc 21, 34.
111
Marc 9, 29.
112
1 Corinthiens 9, 27.
En Orient, on la fêtait le jour de la Pâque juive, c’est-à-dire le jour de la pleine lune qui a lieu au commencement du printemps. A Rome, on la célébrait le dimanche qui suivait le jour de la pleine lune. 113
Irénée était le plus grand docteur de l’Eglise vers la fin du II° siècle. Il fut presbytre à Lyon, en France, et combattit avec ardeur les hérésies de son temps. 114
115
Eusèbe, Histoire de l’Eglise, V, 24, 13.
116
Cassiodore, Histoire Tripartite, IX, 38.
32
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moines. Plus tard, quand la discipline et la saine doctrine ont été corrompues, on a inventé les vœux monastiques. On en a fait une sorte de prison pour rétablir la discipline. 84. On a aussi inventé, en plus des vœux monastiques, un tas d’autres règles. C’étaient autant
de chaînes et de fardeaux dont on accablait les gens, même les jeunes. Et beaucoup de gens qui n’étaient plus vraiment jeunes se croyaient assez forts pour se faire moines. Ils ont agi par ignorance. Ils étaient tous pris au piège et obligés de rester dans ces chaînes, alors que le droit du pape permet à beaucoup de gens qui ont fait des vœux de retrouver leur liberté. La situation était encore plus grave dans les couvents de femmes que dans ceux des hommes, alors qu’on devrait avoir des égards pour le sexe faible. Déjà dans le passé, cette rigueur et cette sévérité avaient déplu à beaucoup de gens pieux qui constataient qu’on enfermait les garçons et les filles dans les couvents simplement pour leur permettre de manger et de vivre. On comprenait que cette façon de faire n’était pas bonne. Elle causait bien des scandales et torturait les consciences. Beaucoup de gens ont regretté que dans une affaire aussi délicate on n’observe pas les Canons de l’Eglise. On se faisait vraiment des idées fausses sur les vœux monastiques. Tout le monde le savait et cela déplaisait à beaucoup de moines qui avaient un peu de bon sens. 85. Certains prétendaient que les vœux monastiques ont la même valeur que le Baptême et
qu’en devenant moine, on mérite le pardon des péchés et la justification devant Dieu. On a même affirmé qu’on pouvait, en devenant moine, non seulement acquérir la justice et la piété, mais aussi accomplir les commandements et les préceptes de l’Evangile. On en concluait que les vœux monastiques étaient supérieurs au Baptême. On ajoutait encore qu’en se faisant moine, on a plus de mérites que dans n’importe quel autre état institué par Dieu, tel que pasteur, prédicateur, magistrat, prince, seigneur, etc. Pourtant quand ces gens accomplissent les devoirs de leur vocation, ils vivent selon le commandement de Dieu et non pas dans une fausse piété. Tout cela ne peut pas être nié; c’est écrit dans leurs propres livres. Et en plus, celui qu’on prenait pour le mettre dans un couvent apprenait très peu au sujet du Christ. 86. Autrefois, on avait des écoles dans les couvents où on étudiait l’Ecriture Sainte et d’autres
choses utiles à l’Eglise chrétienne. Si bien que c’était dans les couvents qu’on prenait les pasteurs et les évêques. Maintenant tout cela a changé. Dans le temps, on se rassemblait dans les couvents pour apprendre à connaître l’Ecriture Sainte. Maintenant on prétend qu’en entrant au couvent, on mérite la grâce et la justice devant Dieu. On prétend même qu’au couvent on vit dans un état parfait supérieur à tous les autres états institués par Dieu. Nous ne voulons pas dire du mal en racontant tout cela, mais faire mieux comprendre ce qu’on enseigne et prêche chez nous. 87. 1) Nous enseignons, concernant ceux qui se marient, que si on n’est pas fait pour le célibat,
on a la liberté et le droit de se marier. En effet, les vœux monastiques ne peuvent pas abolir l’institution et le commandement de Dieu. Or le commandement divin dit ceci: « Pour éviter l’impudicité, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait son mari »117. Ce n’est pas seulement le commandement de Dieu, c’est aussi l’ordre de la nature, établi au moment de la création: il contraint, oblige et pousse au mariage tous ceux qui n’ont pas reçu de Dieu le don de rester vierges. C’est la Parole même de Dieu qui dit cela: « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je lui ferai une aide semblable à lui »118.
117
1 Corinthiens 7, 2.
118
Genèse 2, 18.
33
88. Qu’est-ce qu’on peut objecter à cela? Même si on dit des merveilles au sujet des vœux et des
devoirs monastiques, on n’obtiendra jamais qu’ils annulent le commandement de Dieu. Selon l’avis des docteurs, les vœux ne sont pas obligatoires lorsqu’ils ne respectent pas le droit du pape. On peut encore bien moins les rendre obligatoires en les opposant au commandement de Dieu. 89. S’il n’y avait pas de bonnes raisons pour annuler l’engagement qu’on prend en prononçant
des vœux, les papes n’auraient jamais accordé des dispenses. En effet, il n’est permis à aucun homme de rompre un engagement qui découle d’un droit divin. C’est pourquoi les papes ont très bien compris qu’en ce qui concerne les vœux monastiques, il faut agir de façon juste. Ils ont souvent accordé des dispenses. Par exemple au roi d’Aragon119 et à bien d’autres. Si on a fait cela dans l’intérêt des choses de ce monde, alors raison de plus pour le faire dans l’intérêt des âmes en détresse! 90. 2) Pourquoi nos adversaires insistent-ils tellement pour qu’on respecte ces vœux, sans se
demander d’abord s’ils sont valables? Un vœu est seulement valable si on peut s’y tenir et si on le fait librement, sans y être contraint. Or on sait bien que l’homme n’a guère la force de vivre tout le temps dans la chasteté. Et bien peu d’hommes et de femmes ont fait leurs vœux librement et après avoir bien réfléchi. On les persuade de prononcer leurs vœux alors qu’ils sont encore tout jeunes. Parfois même on les y presse et les y contraint. Il est donc injuste de dire aussi vite et aussi sévèrement qu’on doit à tout prix observer les vœux qu’on a prononcés. Tout le monde reconnaît, en effet, qu’il est contraire à la nature d’un vœu de s’y engager contre sa propre volonté et sans y avoir bien réfléchi. 91. Certains Canons et plusieurs décrets des papes annulent les vœux prononcés avant l’âge de
quinze ans. On pense, en effet, qu’avant cet âge on n’est pas assez mûr pour décider du genre de vie qu’on veut mener. Un autre Canon tient encore davantage compte de la faiblesse humaine et défend de faire des vœux avant l’âge de dix-huit ans. D’après ce Canon, la plupart des religieux auraient de bonnes raisons et assez d’excuses pour quitter leurs couvents, car la plupart d’entre eux y étaient entrés avant d’avoir dix-huit ans. 92. Certes, il n’est pas juste de rompre une promesse faite. Mais on n’a pas pour autant le droit
de dissoudre un mariage sous prétexte que les personnes en question avaient prononcé un vœu. Saint Augustin déclare que ces sortes de mariages ne doivent pas être rompus120. Or saint Augustin est un homme réputé dans l’Eglise, même si certains ne sont pas d’accord avec lui sur ce point. 93. Le commandement de Dieu concernant le mariage a déjà délivré un grand nombre de
religieux de leurs vœux. Mais nos théologiens ont encore d’autres raisons pour déclarer les vœux monastiques nuls et sans valeur. Tout culte que les hommes établissent et choisissent en dehors du commandement de Dieu pour obtenir la justice et pour mériter la grâce de Dieu, est contraire à Dieu, à son Evangile et à sa volonté. Le Christ le dit lui-même: « C’est en vain qu’ils
Aragon était à l’époque de la Réforme un royaume qui fait aujourd’hui partie de l’Espagne. Ramir II, qui avait d’abord été moine, fut un jour délié de ses vœux monastiques pour succéder à son frère, le roi d’Aragon, qui était mort sans laisser d’enfants. 119
120
Nuptiarum, I, qu. 27.
34
m’honorent par des commandements d’hommes »121. Saint Paul enseigne partout qu’on ne doit pas chercher à obtenir la justice avec des prescriptions et des cultes imaginés par les hommes. Il affirme que la justice et la sainteté qui sont valables devant Dieu viennent de la foi et de la confiance, lorsque nous croyons que Dieu nous fait grâce pour l’amour du Christ, son Fils unique. Les moines enseignaient et prêchaient que leur fausse piété a le pouvoir d’expier les péchés et de procurer la grâce de Dieu et la justice. En prétendant une chose pareille, on porte atteinte à la grâce si glorieuse et si précieuse du Christ et on rejette la justice qui vient de la foi. C’est pour cela que de tels vœux sont des cultes impies et faux. Ils ne valent rien. En effet, un engagement impie et contraire au commandement de Dieu est nul et sans valeur. Comme l’affirment les Canons, un serment ne doit pas nous obliger à pécher. 94. Saint Paul écrit: « Vous êtes séparés du Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la
loi. Vous êtes déchus de la grâce »122. Ainsi ceux qui veulent être justifiés par des voeux sont séparés du Christ et ne sont plus sous la grâce de Dieu. Ils volent au Christ sa gloire qui consiste à nous rendre justes et attribuent cette gloire à leurs propres vœux et à leur moinerie. 95. On ne peut pas le nier: les moines ont enseigné et prêché que par leurs vœux et en observant
les règles de leur couvent ils acquièrent la justice et méritent le pardon des péchés. Ils ont imaginé des choses encore bien plus absurdes et insensées, en prétendant qu’ils pouvaient communiquer leurs mérites à d’autres personnes. Si on voulait faire sans ménagement la liste de toutes ces bêtises, on pourrait dire un tas de choses dont les moines eux-mêmes ont honte maintenant et qu’ils désapprouvent. Ils ont même fait croire aux gens que leur vie soi-disant spirituelle représentait la perfection chrétienne. Cela revient à glorifier les œuvres, comme si nous étions justifiés par elles. C’est un vrai scandale dans l’Eglise chrétienne que de proposer aux gens un tel culte inventé par les hommes. Dieu n’a jamais commandé une chose pareille. Et puis on veut nous faire croire qu’un tel culte rend les hommes justes et saints devant Dieu. La justice de la foi qu’on doit avant tout prêcher dans l’Eglise est obscurcie, quand on fait briller devant les yeux des gens cette piété étrange qui veut ressembler à celle des anges et cette fausse apparence de pauvreté, d’humilité et de chasteté. 96. En outre, les commandements de Dieu et le culte qu’on doit lui rendre sont obscurcis, quand
on raconte aux gens que seuls les moines mènent une vie parfaite. En effet, la vraie perfection consiste à craindre Dieu sincèrement et de tout son cœur. Elle consiste aussi à croire fermement que, grâce au Christ, Dieu nous est favorable et miséricordieux. Nous pouvons alors et devons demander à Dieu tout ce dont nous avons besoin. Chacun peut ainsi, selon son état et sa vocation, être assuré que le Seigneur le délivrera de toutes les adversités. En même temps, nous devons tout faire pour accomplir de bonnes œuvres et les devoirs de notre vocation. Voilà la vraie perfection et le véritable culte. Pas besoin pour cela de vivre comme un mendiant et de porter un habit gris ou noir. Mais à force d’entendre vanter la vie dans les couvents, les gens finissent par se faire toutes sortes de fausses idées sur la religion. Ainsi, quand on ne cesse de leur faire l’éloge du célibat, ils sont troublés dans leur conscience et se reprochent d’être mariés. Et si on leur répète tout le temps que seuls les mendiants sont des gens parfaits, ils finissent par s’imaginer qu’on ne peut pas posséder et exploiter des biens sans faire un péché. Si en plus on leur enseigne que Dieu donne un simple conseil, quand il demande de ne pas se venger, certains en concluent que la vengeance personnelle n’est pas un péché. D’autres, au 121
Matthieu 15, 9.
122
Galates 5, 4.
35
contraire, estiment qu’un chrétien n’a jamais le droit de se venger, et ils ont raison en cela. Mais ils en concluent à tort que les autorités civiles n’ont pas non plus le droit d’exercer la vengeance. 97. On connaît aussi plusieurs cas où des hommes ont quitté leur femme et leurs enfants et
abandonné leur métier pour s’enfermer dans des couvents. On a appelé cela fuir le monde et chercher un genre de vie plus agréable à Dieu que la vie ordinaire. Ces gens ne savaient pas qu’il faut servir Dieu en accomplissant ses commandements et non pas les préceptes imaginés par les hommes. Seul le genre de vie fondé sur les commandements de Dieu est parfait. Tout genre de vie qui n’est pas fondé sur eux est une mauvaise chose. Voilà ce qu’il fallait à tout prix enseigner au peuple. Gerson avait lui aussi blâmé dans le passé cette erreur des moines concernant la perfection. Il témoigne que c’était une nouvelle invention introduite dans l’Eglise. 98. Voilà les nombreuses erreurs et les opinions impies qui concernent les vœux monastiques.
On imagine qu’ils rendent l’homme juste et saint devant Dieu, qu’ils constituent la perfection chrétienne, qu’on accomplit de la sorte les commandements divins et les conseils de l’Evangile. On croit même que ce sont des œuvres surérogatoires123 non exigées par Dieu. Tout cela n’est qu’invention, mensonge et vanité. Les vœux monastiques sont donc sans valeur et personne n’est obligé de les respecter.
28. Le pouvoir des évêques
99. Autrefois, on a beaucoup écrit sur le pouvoir des évêques et plusieurs auteurs ont
maladroitement confondu ce pouvoir spirituel et le pouvoir politique qui porte l’épée. Cette erreur a causé de grandes guerres, du désordre et des émeutes. Les évêques, sous prétexte que le Christ leur avait donné ce pouvoir, n’ont pas seulement institué des cultes nouveaux et accablé les consciences. Ils prétendaient aussi que dans certains cas, eux seuls pouvaient donner l’absolution. Ils ont également excommunié des gens de façon brutale. Ils sont même allés jusqu’à introniser et détrôner des rois et des empereurs selon leur bon plaisir. Ces pratiques coupables ont été blâmées, il y a très longtemps déjà, par des gens pieux et instruits. C’est pourquoi nous avons voulu rassurer les consciences. Nous avons donc dû leur montrer la différence entre le pouvoir spirituel des évêques et le pouvoir politique qui porte l’épée. 100. Nos théologiens enseignent que les deux pouvoirs doivent être honorés et respectés, à
cause du commandement de Dieu. Il faut les considérer comme les deux plus grands bienfaits de Dieu sur terre.
Le mot « surérogatoire » signifie « qui fait plus que ce qui est exigé ». Selon l’enseignement de l’Eglise Catholique, il y a des gens qui sont tellement pieux qu’ils font plus de bonnes œuvres qu’il n’en faut pour mériter le salut. On affirme que ce surplus ou cet excédent de bonnes œuvres peut profiter à d’autres croyants qui n’en font pas assez. 123
36
Table des matières
101. Nous enseignons que le pouvoir des clés ou le pouvoir des évêques est, selon l’Evangile, le
pouvoir et le commandement que Dieu a donné de prêcher l’Evangile, de pardonner ou retenir les péchés et d’administrer les Sacrements. En effet, le Christ a envoyé les apôtres avec ce commandement: « Comme mon père m’a envoyé, je vous envoie aussi. Recevez le Saint-Esprit: ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus »124. Ce pouvoir des clés ou pouvoir des évêques s’exerce seulement par l’enseignement et la prédication de la Parole de Dieu et par l’administration des Sacrements. Que ce soit collectivement ou individuellement, selon le cas. Il ne transmet pas des biens matériels, mais des biens éternels comme la justice éternelle, le Saint-Esprit et la vie éternelle. Ces biens ne peuvent s’obtenir que par le ministère de la prédication et par l’administration des saints Sacrements. Saint Paul dit en effet: « L’Evangile est une puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient »125. Le pouvoir de l’Eglise ou des évêques procure des biens éternels et il n’est exercé que par le ministère de la prédication; il ne gêne donc en rien le pouvoir civil ou temporel. Celui-ci, en effet, s’occupe de tout autre chose que l’Evangile: il protège non pas les âmes, mais les corps et les biens contre toute violence physique, et il se sert pour cela de l’épée et des châtiments corporels. 102. Il ne faut donc pas mêler et confondre les deux pouvoirs, le pouvoir spirituel et le pouvoir
temporel. En effet, le pouvoir spirituel a pour mission de prêcher l’Evangile et d’administrer les Sacrements. Il ne doit s’occuper que de cela. Il n’est pas chargé d’introniser ou de détrôner des rois, ni d’abolir les lois civiles ou de dispenser les gens d’obéir aux autorités. Il n’a pas non plus à faire des lois concernant les affaires de ce monde et à les imposer au pouvoir temporel. Le Christ lui-même a dit: « Mon royaume n’est pas de ce monde »126. Ou encore: « Qui m’a établi pour être votre juge? »127. De même saint Paul: « Notre cité à nous est dans les cieux »128. Ou bien: « Les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas charnelles; mais elles sont puissantes, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses. Nous renversons les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu »129. 103. C’est la distinction que nous faisons entre ces deux pouvoirs et ce qu’ils sont chargés de
faire. Nous recommandons qu’on les honore tous les deux comme le cadeau le plus précieux que Dieu a fait aux hommes. 104. Si les évêques possèdent aussi le gouvernement temporel et tiennent l’épée, ils ne le font
pas en qualité d’évêques. Ce n’est pas par un droit divin qu’ils ont ce pouvoir, mais par un droit humain, parce qu’un empereur ou un roi le leur a confié pour qu’ils administrent leurs possessions. Ces fonctions n’ont rien à voir avec le ministère de l’Evangile.
124
Jean 20, 21-23.
125
Romains 1, 16.
126
Jean 18, 36.
127
Luc 12, 14.
128
Philippiens 3, 20.
129
2 Corinthiens 10, 4.
37
105. Le ministère des évêques, en tant que ministère de droit divin130, consiste donc à prêcher
l’Evangile, à pardonner les péchés, à juger de la doctrine et à rejeter celle qui est contraire à l’Evangile. Il consiste aussi à exclure de l’Eglise chrétienne les gens dont l’impiété est manifeste, sans recourir à la violence des hommes, mais uniquement par la Parole de Dieu. Dans ces choses, les prêtres et les Eglises doivent obéir aux évêques, selon la parole du Christ: « Celui qui vous écoute m’écoute »131. Mais si les évêques enseignent ou instituent des choses contraires à l’Evangile, le commandement de Dieu, dans ce cas, nous interdit de leur obéir. Jésus dit: « Gardez-vous des faux prophètes »132. Saint Paul écrit: « Si nous-mêmes ou un ange du ciel vous annonçait un autre Evangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème »133. « Nous n’avons pas de puissance contre la vérité. Nous n’en avons que pour la vérité »134. L’apôtre écrit encore: « …selon l’autorité que le Seigneur m’a donnée pour l’édification et non pour la destruction »135. Le Droit canonique prescrit la même chose136. Et saint Augustin déclare: « On ne doit pas obéir aux évêques, lorsqu’ils sont dans l’erreur, qu’ils enseignent ou imposent des choses qui sont contraires à l’Ecriture Sainte. Même s’ils sont régulièrement élus »137. 106. Si les évêques possèdent le pouvoir de juger dans des affaires de mariage et de dîmes138,
c’est seulement de droit humain. S’ils négligent ces devoirs, c’est aux princes d’y veiller, que cela leur plaise ou non. Les princes doivent, en effet, se soucier de la paix publique et éviter les désordres dans leurs pays. 107. On discute aussi pour savoir si les évêques ont le droit d’introduire des cérémonies dans
l’Eglise, d’imposer des choses concernant les aliments, les jours de fête et l’organisation hiérarchique du clergé. Ceux qui leur accordent ce pouvoir citent cette parole du Christ: « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand l’Esprit de vérité sera venu, il vous conduira dans toute la vérité »139. Ils rappellent aussi l’exemple des apôtres qui avaient interdit de consommer le sang et la viande étouffée 140. On prétend également que le dimanche est venu remplacer le sabbat prescrit par le Décalogue141. C’est en tout cas ce qu’ils pensent. C’est cet exemple qu’ils citent le plus souvent pour prouver
130
L’expression « de droit divin » signifie que ce ministère a été institué, c’est-à-dire établi par Dieu.
131
Luc 10, 16.
132
Matthieu 7, 15.
133
Galates 1, 8. Le mot « anathème » signifie « maudit » ou « damné ».
134
2 Corinthiens 13, 8.
135
2 Corinthiens 13, 10.
136
Décrets de Gratien, p. II, qu. 7, c. 8.15.
137
Epître contre Pétilien.
La dîme était la dixième partie des récoltes. Elle était prélevée par l’Eglise Catholique depuis l’époque ancienne. 138
139
Jean 16, 12.13.
140
Actes 15, 20.29.
141
Le mot « Décalogue » désigne les Dix commandements.
38
que le pouvoir de l’Eglise est si grand qu’elle peut dispenser les gens d’observer les Dix commandements et les modifier à sa guise. 108. Nous enseignons à ce sujet que les évêques ne peuvent rien instituer ou établir qui serait
contraire à l’Evangile. C’est ce que nous avons montré plus haut et ce qu’enseigne le Droit canonique142. Or il est tout à fait contraire à la Parole et au commandement de Dieu d’imposer des lois et de prétendre que lorsqu’on les observe, on expie ses péchés et mérite la grâce. On outrage en effet le glorieux mérite du Christ, quand on essaie de mériter la grâce en observant ce genre de règles. C’est à cause de cela que les ordonnances humaines se sont multipliées à l’infini dans la chrétienté. Pendant ce temps, la doctrine de la justification par la foi est restée dans l’ombre. Tous les jours on ordonnait de nouvelles fêtes, de nouveaux jeûnes, de nouvelles cérémonies, de nouvelles vénérations des saints. Tout cela pour mériter la grâce et tous les dons de Dieu. 109. Ceux qui publient ces ordonnances s’opposent au commandement de Dieu. Ils prétendent
que toute désobéissance à leurs règles concernant les aliments, les jours, etc. est un péché. Ils oppriment les chrétiens en leur imposant cela. C’est comme si les chrétiens devaient posséder un culte semblable à celui institué par Moïse pour mériter la grâce divine, un culte que Dieu aurait ordonné aux apôtres et aux évêques d’instituer. Il faut reconnaître que bien des évêques ont mal compris la loi mosaïque concernant le culte et ont établi d’innombrables ordonnances. On considérait comme un péché mortel de travailler les jours de fête, même si on le faisait sans scandaliser les autres. C’était aussi un péché de ne pas observer les heures canoniques143. On prétendait également que certains aliments souillent la conscience, que les jeûnes sont des œuvres qui servent à se réconcilier avec Dieu et que seul l’évêque a le pouvoir de pardonner certains péchés144, alors que le Droit canonique ne parle pas de la réservation de la faute, mais de celle de peines ecclésiastiques145. 110. Qu’est-ce qui donne aux évêques le droit et le pouvoir d’imposer ce genre de choses aux
chrétiens et d’enchaîner les consciences, alors que l’apôtre Pierre défend d’imposer un joug aux disciples146 et que saint Paul dit que le Seigneur a donné aux apôtres le pouvoir d’édifier et non de détruire147? Pourquoi est-ce qu’ils multiplient les péchés en établissant toutes ces ordonnances? 111. L’Ecriture Sainte défend très clairement d’établir des préceptes pour mériter la grâce de
Dieu et de prétendre qu’ils sont nécessaires au salut. Saint Paul dit: « Que personne ne vous juge au sujet du manger et du boire, ou au sujet d’une fête, d’une nouvelle lune ou des sabbats.
142
IX° Distinction.
Les heures canoniques étaient certaines heures du jour et même de la nuit où il fallait lire des textes dans un livre de prières qu’on appelait le bréviaire. 143
144
On appelait cela les « cas réservés ».
Les peines ecclésiastiques sont des punitions que l’Eglise impose dans certains cas pour aider les gens à expier leurs péchés et les rendre dignes du pardon. 145
146
Actes 10, 10.
147
2 Corinthiens 10, 8.
39
C’était l’ombre des choses à venir, mais la réalité est en Christ »148. De même: « Si vous êtes morts avec Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes: Ne prends pas! Ne goûte pas! Ne touche pas! préceptes qui tous deviennent nuisibles par l’abus et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes? Ils ont, en vérité, une apparence de sagesse »149. 112. Saint Paul défend aussi clairement de s’attacher à des fables judaïques et à des
commandements d’hommes qui se détournent de la vérité150. 113. Le Christ lui-même dit, en parlant de ceux qui imposent aux gens des commandements
humains: « Laissez-les ! Ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles »151. Il condamne ce genre de culte en disant: « Toute plante que n’a pas plantée mon Père céleste sera déracinée »152. 114. Si les évêques ont le pouvoir d’opprimer les Eglises et de tyranniser les consciences par
d’innombrables ordonnances, pourquoi alors l’Ecriture divine interdit-elle si souvent d’instituer et de suivre ces commandements humains? Pourquoi les appelle-t-elle des doctrines de démons? Le Saint-Esprit nous aurait-il adressé en vain tous ces avertissements? 115. Ces ordonnances ont été instituées comme des choses indispensables pour se réconcilier
avec Dieu et pour mériter sa grâce. Aussi les évêques n’ont-ils aucun pouvoir pour imposer de tels cultes. En effet, il faut rappeler dans l’Eglise que le Christ est venu apporter aux chrétiens la liberté. Cela veut dire que l’obéissance à la Loi n’est pas nécessaire à la justification. Paul écrit aux Galates: « Demeurez fermes dans la liberté par laquelle Christ nous a affranchis et ne vous laissez pas de nouveau mettre sous le joug de la servitude »153. Il faut maintenir l’article principal de l’Evangile qui enseigne que nous obtenons la grâce de Dieu par la foi en Christ, sans que nous ayons à la mériter. Nous ne pouvons pas non plus la mériter par un culte institué par des hommes. 116. Que faut-il penser alors du dimanche et d’autres règlements et cérémonies du même
genre? Voici ce que nous répondons: Il est permis aux évêques et aux pasteurs d’établir certaines règles pour assurer l’ordre dans l’Eglise. Mais ce n’est pas pour obtenir la grâce ou expier les péchés. Il ne faut pas non plus obliger les consciences à considérer que ces règles sont un culte nécessaire et qu’on fait un péché quand on ne les observe pas, même si on le fait sans scandaliser les autres. Ainsi saint Paul ordonne aux Corinthiens que dans l’assemblée les femmes aient la tête couverte et que les prédicateurs n’y parlent pas tous à la fois, mais avec ordre, l’un après l’autre154.
148
Colossiens 2, 16.
149
Colossiens 2, 20-23.
150
Tite 1, 14.
151
Matthieu 15, 14.
152
Matthieu 15, 13.
153
Galates 5, 1.
154
1 Corinthiens 11, 5 ; 14, 30.
40
117. Il est bon que l’assemblée chrétienne observe ces ordonnances, par amour chrétien et
dans l’intérêt de la paix. Il est bon aussi que dans ces choses elle obéisse aux évêques et aux pasteurs, pour éviter tout scandale, ainsi que le désordre et la confusion dans l’Eglise. Mais ces règles ne doivent pas devenir un fardeau pour les consciences. Il ne faut pas qu’on les considère comme nécessaires au salut et qu’on regarde comme un péché toute désobéissance à ce genre de préceptes, du moment qu’on ne scandalise pas les autres. Ainsi, personne ne dira qu’une femme qui sort la tête nue sans scandaliser les gens fait un péché. 118. C’est vrai aussi pour la célébration du dimanche, de la fête de Pâques, de la Pentecôte et
d’autres fêtes. Ceux qui pensent qu’on a imposé le dimanche à la place du sabbat se trompent beaucoup. En effet, l’Ecriture Sainte a aboli le sabbat et enseigne que toutes les cérémonies de l’ancienne Loi peuvent être supprimées, maintenant que l’Evangile a été révélé. Il fallait cependant choisir un jour pour réunir les chrétiens. L’Eglise chrétienne a donc librement choisi le dimanche. Elle a fait ce changement d’autant plus volontiers qu’elle voulait donner aux gens un exemple de la liberté chrétienne. On peut ainsi savoir qu’il n’est pas obligatoire d’observer le sabbat ou un autre jour155. 119. Il y a eu beaucoup de discussions inutiles sur les changements apportés à la Loi, les
cérémonies du Nouveau Testament, le remplacement du sabbat. C’était dû au fait qu’on enseignait aux chrétiens qu’ils devaient avoir un culte semblable au culte institué par Moïse et que le Christ avait ordonné aux apôtres et aux évêques d’inventer de nouvelles cérémonies nécessaires au salut. Tout cela est faux. Ces erreurs se sont infiltrées dans la chrétienté parce qu’on n’enseignait et ne prêchait plus correctement la justification par la foi. Certains discutaient sur le dimanche et disaient qu’il fallait l’observer comme s’il était prescrit par Dieu, alors que ce n’est pas le cas. Ils précisaient même le genre et la quantité de travail qu’on avait le droit de faire un jour de fête. Mais toutes ces discussions sont-elles autre chose que des pièges qu’on tend aux consciences? Il est vrai qu’on cherche à adoucir un peu la rigueur des ordonnances humaines. Mais cela ne sert à rien, si on s’obstine à croire qu’on est obligé de les observer. Cette opinion persistera forcément aussi longtemps qu’on ignorera la justice par la foi et la liberté chrétienne. 120. Les apôtres ont interdit de consommer du sang et de la viande étouffée156. Mais qui
aujourd’hui observe encore cette règle? D’ailleurs, ceux qui ne l’observent pas ne font pas de péché. Les apôtres eux-mêmes n’ont pas voulu charger les consciences d’un tel fardeau. Ils n’ont prononcé cette interdiction que provisoirement et pour éviter un scandale. Il ne faut pas perdre de vue que l’article principal de la foi chrétienne n’est pas annulé par une telle ordonnance. 121. Presque aucun des anciens Canons n’est observé à la lettre et beaucoup de leurs
préceptes sont oubliés chaque jour, même chez ceux qui respectent les règles de l’Eglise avec le plus grand zèle. On ne peut pas venir en aide aux consciences, si on n’adoucit pas tout cela en sachant que ce n’est pas obligatoire. Cela ne doit pas tourmenter les consciences de voir qu’on néglige ces ordonnances.
L’Eglise chrétienne a librement choisi le dimanche, en souvenir de la résurrection de Jésus. Elle se souvient ainsi chaque dimanche que son Seigneur a vaincu le péché, la mort et l’enfer. 155
156
Actes 15, 20-29.
41
122. Les évêques obtiendraient facilement qu’on leur obéisse, s’ils n’exigeaient pas qu’on se
soumette à leurs prescriptions sous peine de faire un péché. Mais voyez ce qu’ils font maintenant: ils interdisent la communion sous les deux espèces, ainsi que le mariage des prêtres. Et si quelqu’un veut être admis par eux, il faut qu’il jure de ne pas enseigner cette doctrine qui est pourtant conforme au saint Evangile. Nos Eglises ne demandent pas que les évêques rétablissent la paix et l’unité en renonçant à leur honneur et leur dignité. Pourtant cela conviendrait à ces hommes, si c’était nécessaire. Nous demandons seulement qu’ils renoncent à imposer certaines ordonnances injustes que l’Eglise ancienne n’a pas connues et qui ont été introduites de force. Au début, ces ordonnances étaient peut-être utiles, mais elles ne conviennent plus à notre époque. On ne peut pas nier non plus que plusieurs de ces ordonnances ont été introduites parce qu’elles étaient mal comprises. C’est pour cela que les évêques devraient être bienveillants et les rendre moins rigoureuses. D’autant plus que de telles modifications ne nuiraient pas à l’unité de l’Eglise. Beaucoup d’entre elles, en effet, sont tombées d’elles-mêmes avec le temps, et il n’est pas nécessaire de les observer, comme en témoignent les Décrets des papes. D’ailleurs, on ne peut pas observer ce genre de commandements humains sans pécher. Alors si on ne peut pas obtenir des évêques qu’ils les adoucissent ou les abolissent, nous devrons suivre la règle des apôtres qui nous ordonne d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes157. 123. Saint Pierre défend aux évêques de dominer sur les Eglises, comme s’ils avaient le pouvoir
de leur imposer leur volonté. Il ne s’agit pas de les priver de toute autorité. Nous leur demandons simplement de ne pas contraindre les consciences à vivre dans le péché. S’ils refusent et méprisent notre demande, qu’ils réfléchissent bien. Ils devront en effet en rendre compte à Dieu, car par leur entêtement ils vont diviser l’Eglise, alors qu’ils devraient tout faire pour empêcher une telle division.
Conclusion
124. Voilà les principaux articles au sujet desquels il y a des controverses. Nous aurions pu
mentionner encore bien d’autres abus et erreurs. Mais nous n’avons pas voulu que cela prenne trop de temps. Alors nous nous sommes contentés d’indiquer les choses les plus importantes, d’après lesquelles on pourra facilement juger aussi les autres. Autrefois, on se plaignait beaucoup des indulgences, des pèlerinages et des abus qu’on commettait en excommuniant les gens. Il y avait aussi d’interminables querelles entre les curés et les moines au sujet du droit de confesser, d’enterrer les morts, de prononcer des sermons dans des circonstances particulières et de beaucoup d’autres questions. Nous n’avons pas parlé de tout cela, parce que nous voulions nous montrer indulgents. Nous voulions aussi qu’on comprenne d’autant mieux les points essentiels du débat. Personne non plus ne doit imaginer que nous avons voulu, en
157
Actes 5, 29.
42
Table des matières
confessant notre foi, blesser quelqu’un. Nous n’avons pas non plus voulu montrer de la haine ou de la méchanceté à qui que ce soit. Nous nous sommes contentés d’énumérer les points que nous pensions devoir exposer. On comprendra ainsi d’autant mieux que dans notre doctrine et dans nos rites, nous n’avons rien adopté qui soit contraire à l’Ecriture ou à l’enseignement de l’Eglise chrétienne universelle. Tout le monde sait, nous pouvons dire cela sans nous vanter, qu’avec l’aide de Dieu nous avons tout fait pour empêcher des doctrines nouvelles et impies de pénétrer dans nos Eglises, de s’y répandre et d’y prendre le dessus. 125. Comme on nous y avait invités, nous avons voulu remettre les articles ci-dessus pour
exposer notre confession et notre doctrine. Si quelqu’un les juge insuffisants, nous sommes prêts à lui fournir des explications supplémentaires fondées sur les saintes et divines Ecritures.
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