n°115 / février 2016 / GRATUIt
nord & belgique Cultures et tendances urbaines
Sommaire
LM magazine n°115 - Février 2016
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News 10
Portfolio Sebastiaan Bremer
Tindersticks, Disclosure, Rover, Interview : HubertFélix Thiéfaine, Eagles of Death Metal, Gwenno… Sélection concerts
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Reportage Class War
Rencontre Ersin Leibowitch, passeur de disques
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Musique Suede, Massive Attack, Joe Jackson,
Portrait : Michael Young, Art Up!, Robert Combas, La céramique d’Edo et la création belge, A.M.O.U.R.… Agenda
Disques 52
Livres
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64
Exposition
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écrans Entretien avec Roschdy Zem et Omar Sy, The Revenant, Les Chevaliers blancs, FIFA, Anima
80
Théâtre & Danse Marlene Monteiro Freitas, Orestie, On est tous des quelqu’uns, Plainte contre X, Dedo, Thomas Ngijol, Edgar Paillettes, Fumiers... Agenda
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Le mot de la fin John Holcroft, satire à tout-va
Chocolat © 2015 Mandarin Cinema - Gaumont - Photographe Julian Torres Darwin Tulip Mr. Van Zijn A - 2015 © Sebastiaan Bremer
LM magazine France & Belgique
28 rue François de Badts 59110 La Madeleine - F tél : +33 362 64 80 09 - fax : +33 3 62 64 80 07
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Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com Sonia Abassi info@lm-magazine.com
Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com
Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com
Couverture Sebastiaan Bremer Schoener Goetterfunken XIII, Tearfully away from this circle (Weinend sich aus diesem Bund) - 2010 sebastiaanbremer.com
Réseaux sociaux Sophie Desplat
Publicité pub@lm-magazine.com
Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France/Belgique) Zoom On Art (Bruxelles)
Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, François Annycke, Flora Beillouin, Elisabeth Blanchet, Rémi Boiteux, Sebastiaan Bremer, Marine Durand, Patricia Gorka, Benjamin Leclerc, Marie Pons et plus si affinités.
LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.
Papier issu de forêts gérées durablement
© Leandro ERLICH photo - WATANABE Osamu
The Swimming Pool, 2004 Photo- Atsushi Nakamichi, Nacása & Partners © Leandro Erlich Studio
News
J’ai touché le fond de la piscine Ces images provoquent une furieuse envie de piquer une petite tête ? On vous le déconseille. Cette piscine est une illusion. On la doit à l’artiste argentin Leandro Erlich, qui l’a réalisée pour le 21st Century Museum of Contemporary Art de Kanazawa (Japon). L’effet d’optique a été obtenu grâce à un verre transparent flou et épais de 10 cm. Ainsi, qu’il se situe dessus ou dessous, ça baigne toujours pour le visiteur. www.kanazawa21.jp, www.leandroerlich.com.ar
Têtes d’épingle Sympa ces pin’s à l’effigie des stars du moment. Ils trouveraient bien leur place sur votre veste en jean sans manche (mais si, celle avec Guns N’ Roses dans le dos !), un p ‘tit bandana rouge là-dessus et le tour est joué. Comment ça, la mode est un éternel recommencement ? www.pintrill.com
118 Acieed ! « Haribo c’est beau la vie, et surtout sous ecstasy ». Tel pourrait être le nouveau slogan du roi de la confiserie, qui vient de commercialiser des petits bonbons un peu spéciaux. Ronds, de couleurs vives, frappés de symboles évoquant des boutons play, pause ou stop, les « DJ Brause Sauer » ont un goût « acid-ulé »… Toute ressemblance avec la drogue associée aux musiques électroniques est bien sûr fortuite.
L’égalité hommesfemmes, ce n’est pas pour maintenant… mais dans 118 ans ! En tout cas en France et en Belgique, à en croire le « calculateur d’inégalités entre les sexes » mis en ligne par le Forum économique mondial. S’appuyant sur des critères politiques, économiques, éducatifs et de santé publique, cet outil mesure dans chaque pays l’écart entre les genres – et l’âge que vous aurez quand il sera nul. www.weforum.org
62 Courbet vs Zuckerberg Souvenez-vous : en février 2011, un instituteur publiait sur Facebook une photo de L’Origine du monde de Gustave Courbet annonçant la diffusion d’un docu sur Arte et voyait son compte suspendu. Ainsi le réseau social, n’autorisant pas les nus, ne faisait aucune distinction entre un vulgaire cliché porno et une pièce majeure de l’histoire de l’art... L’homme saisit alors la justice française, voyant là une atteinte à la liberté d’expression. On lui rétorqua que nos tribunaux ne pouvaient juger une société américaine. Fin de l’histoire ? Eh bien non. La cour d’appel de Paris a repris le dossier en main. Réponse le 12 février.
Autre chiffre, non moins scandaleux : 62 personnes (dont 53 hommes…) possèderaient autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, pesant ainsi 3,5 milliards d’êtres humains à elles seules. C’est ce qu’affirme l’ONG Oxfam, rappelant que ces nababs étaient « 388 il y a cinq ans ». Doit-il n’en rester qu’un ? www.oxfam.org
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La photo du mo
© Jonathan Danko Kielkowski / White Press Verlag
musique
is
Oh ! Mon bateau
Ces images dévoilant un décor apocalyptique n’auraient pas dépareillé dans un film de Cronenberg. Elles ont été prises dans l’épave du Costa Concordia, ce paquebot échoué au large de la Toscane en 2012. Œuvres du photographe allemand Jonathan Danko Kielkowski, elles sont rassemblées dans un livre qu’il publie ce mois-ci. On ne sait pas s’il a prévu de reverser l’argent des ventes aux familles des 32 personnes qui ont péri dans ce naufrage. On l’espère… Concordia, Jonathan Danko Kielkowski, Christoph Schaden, éd. White Press Verlag,
© DR
110 p., 49€, www.whitepress.com/concordia
Forever young Quelles bouilles affichaient nos rockstars quand elles n’étaient pas plus hautes qu’un ampli ? C’est le jeu auquel s’est amusé le site BuzzFeed en dénichant des portraits antédiluviens. Disposés à côté de photos plus récentes, ils forment d’étonnants diptyques. Si rien ne laissait présager chez cette petite fille à couettes qu’était Amy Winehouse un destin aussi flamboyant, on ne peut s’empêcher de sourire devant le cas de Blondie. Qui faisait plus vieille étant jeune. Les bienfaits du rock, sans doute. www.buzzfeed.com
Large Schoener Goetterfunken XV, ‘To virtue’s steep hill’ - 2011
Sebastiaan Bremer
portfolio
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Schoener Goetterfunken X, ‘Brothers, fly from your seats’ - 2010
Schoener Goetterfunken VIII, Above the starry canopy (Droben ueber’m Sternenzelt) - 2010
Large Schoener Goetterfunken I, ‘A loving father must dwell’ (Muss ein lieber Vater wohnen) - 2010
Large Schoener Goetterfunken XVI, ‘Flowers it calls forth from their buds’ (Blumen lockt sie aus den Keimen) - 2010
Réalité augmentée Texte Julien Damien & Sonia Abassi
L’
art peut-il changer le monde ? Peut-être pas... Mais il peut l’embellir. En peignant directement sur des photographies, Sebastiaan Bremer façonne sa propre réalité, créant des palimpsestes visuels. Originaire d’Amsterdam, aujourd’hui installé à New-York, cet artiste réinterprète des images dont certaines très personnelles. En atteste cet épisode de vacances à la montagne. Ainsi constellés de points multicolores, ces clichés dégagent une impression étrange, de la mélancolie, et une indéniable poésie. « Ils ont été pris par mes parents en 1973 alors que j’avais 3 ans. Ils étaient partis avec ma sœur et mon frère en Suisse tandis qu’on m’avait envoyé chez un proche, explique l’artiste. Ma famille a l’air si heureuse ici que j’ai voulu amplifier cette impression… Mais la réalité est tout autre : mes parents étaient en plein divorce, ma sœur passait d’abominables vacances et mon frère se sentait mal dans sa peau...
De gauche à droite : Azalea Mollis x Sinensis Christoffel Wren - 2015 Anemone Coronaria De Caen Excelsior - 2015 Parkiet Tulp Red Champion - 2015 Darwin Tulip Mr. Van Zijn A - 2015
J’ai voulu, rétroactivement, changer la donne ». à la manière d’un chirurgien, Sebastiaan a incisé la surface de ces photos avec une lame très fine avant d’y injecter « des émotions ». Une technique – excluant le numérique – qui lui valu d’être exposé dans le monde entier, et que l’on retrouve dans ce travail sur les fleurs. Ces images-là sont issues d’un livre datant de la Seconde Guerre mondiale. « Y ajouter de la couleur est une façon de défier l’obscurité propre à cette période ». Présentées à Amsterdam en 2015, ces œuvres rendent hommage à visiter / au pays de la tulipe. Et véhiculent un message : sebastiaanbremer.com à lire / To Joy, Sebastiaan « peu de gens le savent mais beaucoup de nos Bremer, Frame Publishers, fleurs viennent de là où arrivent les réfugiés : 34€, www.frameweb.com Retrouvez l’interview Turquie, Afrique, Afghanistan. Ce qui est assez de Sebastiaan Bremer sur ironique ». Et nous ramène à... la réalité. lm-magazine.com
Ian Bone, le fondateur de Class War, répand la rumeur d’un désastre en brandissant un corbeau. Il fait référence à une tradition anglaise qui prédit que la Couronne tombera, et l’Angleterre avec elle si ces oiseaux s’en vont...
19 reportage
Class War en pleine action sur le parvis du White Cube (galerie d’art créée par le multimillionnaire Jay Jopling).
CLASS WAR Pas de quartiers ! Texte & Photo Elisabeth Blanchet
à Londres, un collectif d’anarchistes a déclenché une guerre contre la gentrification, les riches, l’élite et le nettoyage social… Rencontre sur fond de match de foot et d’art contemporain avec le noyau dur de Class War.
20 reportage
C’
est un après-midi d’hiver gris, le type de journée où on décide d’aller au musée. Pour le White Cube, dernière inauguration en date du multimillionnaire Jay Jopling, c’est râpé. Il est fermé pour des raisons de sécurité… Une dizaine d’activistes de Class War jouent au foot sur le parvis et un cracheur de feu s’en donne à cœur joie. « Cette putain de galerie a été bâtie sur les cendres des ouvriers des fabriques de sucre et de biscuits du quartier, regardez cet emplacement, c’est immense et c’est privé ! « Notre cible est la On vient ici pour en faire un terrain de jeu et on reviendra ! », gentrification. Nous hurle Ian Bone, fondateur de ce mouvement. Une action symbolique voulons renforcer la car les murs des HLM du coin sont tapissés de signes interdisant de contestation au sein jouer au foot. Une atteinte directe aux goûts sportifs du prolétariat de la working class ». anglais. « Notre cible n’est pas le White Cube en soi mais ce qu’il Lisa McKenzie, à l’origine de l’action représente : la gentrification. Nous « No More Poor Doors », dénonçant l’exclusion voulons renforcer la contestation des pauvres dans les quartiers embourgeoisés. au sein de la working class ». Viva Hate – Créé en 1983 par le sexagénaire qu’est aujourd’hui Ian Bone, Class War était un journal d’extrême-gauche avant de devenir, sur fond d’anti-thatchérisme, en collectif anarchiste. Dont le but est de s’attaquer aux riches. Des manifs bousculant les quartiers bourgeois aux opérations anti poll tax*, Class War se dissout en 1997… pour mieux renaître en 2013 avec la création du Class War Party, emmené par l’infatigable Ian. >>>
* Impôt instauré par Margaret Thatcher en 1990, jugé inégalitaire par les couches les plus défavorisées de la population.
Réunion de Class War après leur action devant le White Cube.
es
ntestatair Affiches co
Une action devant le Jack The Ripper Museum, un espace qui devait être dédié aux femmes et aux suffragettes, et qui s’est transformé en musée gore à la gloire de Jack l’éventreur pour attirer le touriste.
Entrée du Cereal Killer Cafe. Bar à corn flakes attaqué par Class War.
Ce fils d’un majordome et d’une gouvernante confie : « J’ai toujours détesté les riches, point final ». Selon lui, aucun équivalent de Class War n’existe ailleurs dans le monde : « Le système des classes britanniques est trop particulier. Vous connaissez un autre pays avec 19 premiers ministres qui ont fait la même école ? ». à l’inverse, tout le monde peut faire partie de Class War, il n’y a pas d’adhésion. « On se réunit de temps en temps, on discute et on agit. Il y a un noyau dur qui s’entend très bien », ajoute Ian. Pauvres hipsters – Des actions, il y en a eu depuis la « reformation » de Class War. Dont une qui a fait l’objet, en septembre 2015, d’une couverture médiatique mondiale : l’« attaque » du très hipster Cereal Killer Cafe sur Brick Lane, dans le quartier populaire de Shoreditch. « Ils ont embauché une boîte de com’ pour que l’histoire perdure dans la presse… », se défend Lisa McKenzie, sociologue et chercheuse à la London School of Economics. Les frères Kerry, propriétaires dudit café, où l’on sert des bols de céréales à partir de 6 €, se posent en victimes. « Avec notre petit commerce, nous participons à la régénération du quartier. Pourquoi ne s’attaquent-ils pas aux grandes enseignes ? ». Des arguments valables mais qu’ils ne souhaitent pas développer… Pour Lisa, le Cereal Killer Cafe est
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bien une chaîne (des branches ont poussé à Camden et à Vancouver) et « quand on a 20 ans et qu’on voit sa famille lutter tous les jours pour s’en sortir, on n’a pas les moyens de se payer un bol de céréales à 6 €. Ce sont les classes favorisées que ce genre d’endroit attire ». Apartheid social – Mais qui sont « On défend ceux les working class d’aujourd’hui ? « Ceux que rejette la course au qui rament pour profit, explique Lisa. Ceux qui rament payer leur loyer » pour payer leur loyer, qui n’ont ni économies ni une famille derrière eux pour les aider », surenchérit Adam Clifford, « poète révolté ». En 2015, ce trentenaire a choqué l’opinion en se présentant – sous la bannière du Class War Party – à la candidature parlementaire habillé en drag queen. Il n’a pas été élu mais a fait parler de lui et du mouvement. Tout comme Lisa à travers la campagne des « Poor Doors » (« des portes pour les pauvres »). Car dans les derniers logements sociaux des quartiers gentrifiés, ceux qui vivent des allocs doivent emprunter les portes de derrière… Ils font tâche, il ne faut pas qu’on les voit. « C’est de l’apartheid social », insiste Lisa. >>>
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Adam Clifford, qui a fait parler de lui (et de Class War) en se présentant à la candidature parlementaire habillé en… drag queen.
à Londres, les habitations modestes sont peu à peu remplacées par des appartements luxueux et les petits magasins par des grandes chaînes. Selon Paul Watt, maître de conférences en études urbaines à l’université de Birkbeck, on assisterait ici à « une gentrification dopée aux stéroïdes ». Chassant la classe moyenne de la capitale britannique, où un logement coûte en moyenne 580 000 e. No limit ? – De manière plus déconcertante, Class War revendique ouvertement la violence. « Je ne dis pas qu’on va tuer, bien sûr, mais on parle toujours de pacifisme alors que le capitalisme ne marche pas. Les gens sont exploités, abusés... Le système est lui-même violent », constate Adam. En posant quelle limite ? La fin justifiet-elle tous les moyens ? En attendant une réponse à cette éternelle question, retour devant le White Cube. La « partie » a duré une petite heure. Les activistes sont fatigués. Il est temps d’aller au pub, un des seuls endroits où les classes se mélangent encore… autour d’une pinte et devant un match de foot ! à visiter / www.classwarparty.org.uk
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26 rencontre
Il connaît la chanson Propos recueillis par Benjamin Leclerc Photo DR / Mareuil éditions / Emilie Denis
Sa voix est bien connue des auditeurs de France Info. Sa plume et sa passion pour le 4e art un peu moins. Après s’être intéressé au Paris de Gainsbourg et aux Beatles, Ersin Leibowitch se penche sur ceux qui transmettent la musique. à travers un livre d’entretiens menés avec une vingtaine de personnalités (Bernard Lenoir, Philippe Manœuvre, Laurent Garnier, Gilles Peterson ou même… Philippe Corti) le journaliste croque la grande famille française des « passeurs de disques ». Et va droit au but. Qu’est ce qu’un passeur de disques ? Quelle est la différence avec un DJ ? Un passeur de disques transmet autre chose qu’une simple playlist sur laquelle on danse, il rétablit des connexions, apporte du sens. C’est-à-dire ?
« Un passeur de disques
Ces personnalités connaissent rétablit des connexions, l’histoire de la musique et ont le sens de la transmission. Ils ont apporte du sens. » tenu un rôle essentiel parce que les canaux de diffusion étaient rares autrefois. à une époque, des animateurs radio comme JeanBernard Hebey, Bernard Lenoir, RKK* écoutaient des disques auxquels personne n’avait accès. Rappelons qu’il pouvait s’écouler jusqu’à un an entre le moment où un album sortait aux états-Unis, en Angleterre, et celui où il arrivait en France. >>> * Rémy Kolpa Kopoul (1949-2015), journaliste à Libération et figure historique de Radio Nova.
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Un rôle important donc… Oui, on peut les considérer comme de vrais guides. Aujourd’hui, c’est primordial car on vit une époque de profusion, avec de la musique partout, disponible en deux clics. Replacer les choses dans un contexte, connaître la généalogie des courants, cela apporte beaucoup. Par exemple tout monde connaît les Beatles, mais qui a écouté Sgt. Pepper’s dans l’ordre ? Quelle période votre livre embrasse-t-il ? Il se termine avec Agoria et commence avec Jacques Canetti, qui faisait de la radio dans les années 1930. Il passait du jazz-hot, un genre totalement inconnu, qui lui valut des courriers de lecteurs furax qui voulaient du classique ! C’est la permanence de ce rôle de dénicheur qui trans« Ce rôle de guide cende les générations et les genres qui m’intéresse. Le jazz, puis le est primordial à une rock, les yéyés… à chaque fois il y a eu des gens pour défendre ces époque où la musique courants, et bousculer les choses. Parfois c’est un seul mec, comme est partout » Dee Nasty dans le hip-hop. Comment avez-vous travaillé ? J’ai d’abord dressé la liste de ceux que je tenais absolument à rencontrer : RKK, Cut Killer (qui sera dans le volume 2)… Puis chacun m’a aiguillé vers d’autres passeurs, car chacun a le sien ! De fil en aiguille j’ai découvert un monde à la fois vaste et tout petit car ils se connaissent tous, se sont croisés à un moment, dans des galères, des fêtes… Ils ne sont pas du tout sectaires contrairement à ce que l’on pourrait penser. Dans cette famille, lequel vous a t-il semblé le plus influent ? Impossible de dresser un classement. Certes, il y a des meneurs, comme Laurent Garnier. C’est un peu le boss car il fut le pionnier dans certains genres. Il était en Angleterre au bon moment, durant le second « Summer of love ». On l’associe souvent à la techno mais sa curiosité est sans limite. Et puis il y en a d’autres qui sont tombés dans l’oubli, mais qui ont marqué les esprits.
Qui par exemple ? Guy Cuevas, qui était le DJ du Palace. Beaucoup de gens l’ont écouté dans ce temple de la fête incroyable. Mixer au tempo était pour lui une hérésie ! Il enchaînait du disco avec du classique, de la soul… Il jouait des percus, il chantait, il dansait avec les gens ! Il est parti sur un coup de tête, pour des broutilles... Il y a des profils très variés, on trouve David Guetta par exemple... Oui, il est intéressant de montrer que, derrière la superstar, il y a eu un vrai passeur de disques. Un « combattant de la house music » comme il se définit. Quand il la découvre il n’en entend nulle part, veut en jouer mais tout le monde refuse. Il organise donc ses propres soirées. Et ça marche : on lui confie la direction artistique d’un club, jusqu’à celle du Palace… David Guetta fut le premier à inviter des DJ de Chicago. Pour un type qu’on accuse d’être un faiseur de tubes, un vendu, c’est une belle preuve d’intégrité, non ?
à lire / Passeurs de disques, Ersin Leibowitch (Mareuil éditions), 200p., 17€
30 musique
Quoi de neuf ? Si vous pensez qu'un musicien aura toujours tout dit dans son premier album, alors passez votre chemin. Ici, on s'intéresse aux artisans qui, dix mille fois, remirent l'ouvrage sur le métier. Ces quatre noms font partie de notre décor – de celui de nos parents, parfois. Alors, chefsd’œuvre en péril ou monuments incontournables ? Thibaut Allemand
Suede + Dès 1993, Suede sonnait le glas du règne des grosses guitares grunge. Au programme : un néo-glam (forcément) androgyne, boosté à l'énergie punk rock mais laissant place à la finesse britannique (David Bowie, The Smiths…). Sans parler du maniérisme vocal de son leader, Brett Anderson. Dans le sillage de la bande, Blur, Denim, Saint Etienne, Pulp… Bref, le vaste fourre-tout Britpop.
– Passé les premiers albums, Suede s'est enlisé et le public s'est ennuyé. Cet énième come-back, accompagné d'un disque honorable, ne peut faire oublier que vingt ans ont passé. Forcément, l'excitation s'est émoussée. © DR
06.02, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 35€
© Jacob Blickenstaff
© DR
Massive Attack
Joe Jackson
+ Massive Attack a écrit quelques chapitres fondamentaux du trip-hop : ses trois premiers albums, parus entre 1991 et 1998. Mêlant lourdeur enfumée du dub, sensualité soul, approche hip-hop et électronique, le gang de Bristol abattait toutes les chapelles. Ces disques n'ont pas pris une ride.
+ Apparu en pleine explosion punk rock, ce chanteur avait déjà l'air vieux. En fait, c'était un sage, doté d'une classe intemporelle. Look Sharp ! (1979) comme le clamait son album le plus emblématique. Depuis, Joe Jackson a touché à tout, de la pop au jazz.
– à partir de 100th Window, le cœur n'y est plus. Chamailleries, départs de certains membres, disques qui n'ont plus la force de leurs prédécesseurs… Cependant, un nouvel LP est annoncé, et Tricky serait de la partie. On verra. 10.02, Bruxelles, Palais 12, 20h, 49€
– Songwriter génial, fine plume, observateur affûté de ses contemporains… On en a encore en stock, du blabla laudateur. N'empêche, on est comme tout le monde : au blind test, on le confond toujours avec Elvis Costello. 22.02, Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 33€ // 23.02, Lille, Th. Sébastopol, 62>40€
Tindersticks + 24 ans, 11 albums. Plusieurs renaissances. Et toujours cette élégance suave, virile et hors du temps. Stuart A. Staples et les siens incarnent une certaine idée du raffinement. Un parfum de whisky écossais, des vestes en tweed et de la mélancolie. Beaucoup de mélancolie.
– Depuis quelques années, la formation nous fait le coup de la tournée d'adieu. Mais revient toujours. Le dernier LP en date, The Waiting Room, s'accompagne de films assez dispensables. Voilà. C'est tout ce qu'on a trouvé à leur reprocher. Et encore, on s'est forcé. 27.02, Arras, Théâtre 20h, 32>25€ // 20 & 21.03, Anvers, Toneelhuis / Bourlaschouwburg, 20h, 35€ 22.03, Louvain, Het Depot, 20h, 38/35€
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© Rod Huart
musique
Disclosure Véritable ode au UK garage, Settle (2013), premier LP de Disclosure, cultivait la nostalgie des nineties. Ses auteurs ? Deux types à peine majeurs, ayant donc à peine connu cette décennie. Deux ans plus tard, les frères Lawrence remettent le couvert, mais entourés d'un paquet de convives pas toujours fréquentables (Lorde, The Weeknd, Sam Smith, Kwabs, Brendan Reilly…). Et la magie n'est plus au rendez-vous. Ceci dit, en live et club, le tandem sait y faire. Alors, au moins pour savourer des versions (vaguement) retravaillées de Latch, Control ou de l'imparable When A Fire Starts To Burn, cette date vaut le déplacement, non ? T.A. 06.02, Bruxelles, Forest National, 20h, 34€, www.forest-national.be // 01.07, Arras, Main Square, 49€
Rover
© DR
Résumer Timothée Régnier à un grand balèze mélancolique serait réducteur – et risqué. Après une carrière dans l’ovalie avortée à cause d’une blessure au genou, voilà notre ancien pilier (passé par le Stade Français, quand même…) en première ligne du rock hexagonal. Sauf que lui chante en anglais. Et plutôt bien. Ce grand fan de Benazzi a troqué les crampons pour des ballades qui lorgnent du côté des seventies, pas loin de (feu) David Bowie. Essai transformé. J.D. 27.02, Lille, Le Splendid, 20h, 25€ // 05.03, Douai, Hippodrome, 20h, 20>9€ // 23.03, Bruxelles, Botanique, 19h30, 23>17€ // 25.03, Beauvais, L’Ouvre-boîte, 20h30, 20>15€
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Joanna Newsom
© Annabel Mehran
Depuis 2004, cette Californienne a remis la harpe au goût du jour. Ex-muse de Bill Callahan (suite à leur séparation, l'Américain signait l'excellent Woke on a Whaleheart, 2007), la native de Nevada City s'est imposée comme une songwriter à part. Son style folk tarabiscoté n'oblitère jamais l'émotion la plus sincère. Encore faut-il, pour l'apprécier pleinement, accepter cette voix étrange, devant autant à la petite fille qu'à la mauvaise fée. 24.02, Bruxelles, Bozar, 20h, 42/34/22/10€, www.abconcerts.be
Girl Band Quatre garçons. Pas l'ombre d'une quille – des battes et des matraques, en revanche… Car ces Irlandais bastonnent. Sévèrement. Talentueusement. Pensez The Fall, Liars, The Birthday Party, Mclusky, voire Nirvana, l'approche pop en moins. Bref, un punk rock noisy, tendu, sec comme un coup de trique, qui tient à une joyeuse agression sonique, de divines dissonances, une rage angélique. Le tout sans l'aide de Steve Albini – on les aime d'autant plus. 17.02, Anvers, Trix, 19h30, 12€, www.trixonline.be
On vous épargnera les jeux de mots vaseux auxquels chacun… s'attend, ainsi que les analogies hasardeuses sur la place de la religion dans le rock'n'roll actuel (le label Inch Allah Records, Crusaders Of Love, La Secte Du Futur, Catholic Spray…). En revanche, vous ne couperez pas aux éloges concernant cette formation bordelo-turinoise désormais signée chez l'insigne Born Bad. Depuis sept ans, JC Satàn usine un garage rock sans œillères, ouvert à la noise, au psychédélisme noir et à la pop plus élaborée – toutes proportions gardées. 14.02, Lille, L'Aéronef, 18h, 15>5€, www.aeronef-spectacles.com
© Titouan Massé
JC Satàn
info@lastrolab.com -- Lic 1 - 11083804 / 1-1083806 / 3-1083805
the cameraman 29.01.2016
HF ThiĂŠfaine 05.02.2016
eric antoine 27 & 28.02.2016
stephan eicher 04.03.2016
arthur H 19.03.2016
angelin preljocaj
02.04.2016
Boulevard Victor Hugo - F - 62400 BĂŠthune +33 (0)3 21 64 37 37 - www.theatre-bethune.fr
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Hubert-Félix Thiéfaine à fleur de peau Propos recueillis par Julien Damien Photo Yann Orhan
Hubert-Félix Thiéfaine repart en tournée pour défendre son 17e album, Stratégie de l’inespoir. Un de ces néologismes dont l’auteur de La Fille du coupeur de joints a le secret, mais inconsciemment emprunté à Verlaine. Un mot à son image, « ni dans le désespoir, ni dans l’espoir », à la fois enragé et mélancolique, entre la lumière et les ténèbres. Ignoré par sa génération mais reconnu à la fin des années 1990 par la suivante, il a toujours été en avance sur son temps. à 67 ans, le poèterockeur regarde vers le passé, et parle de lui comme jamais.
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Peut-on parler d'un retour au « rock »… Oui. C’est grâce à l’apport de mon plus jeune fils, Lucas, qui a réalisé les arrangements. Je renoue effectivement avec le rock. Je suis un peu exilé dès que je quitte ce mouvement. Mais sans me cloisonner non plus, je me nourris aussi de musique classique, de jazz… je reste ouvert. Pourquoi revenez-vous maintenant sur le passé ? Auparavant il ne m’intéressait pas, car pas très joyeux. Par contre, en vieillissant, on s’aperçoit que le futur commence à rétrécir (rires). Et le passé revient… Cela amène non pas de la tristesse, mais une certaine mélancolie. Disons que cet album revêt une couleur automnale que j’aime bien. Dans la chanson Résilience Zéro vous dites : « On n’oublie jamais nos secrets d’enfants – l’instituteur qui nous coursait sa blouse tâchée de sang »… Le harcèlement scolaire est terriblement violent, une destruction de la personne, on ne s’en remet jamais. Je connais beaucoup de gens qui ont subi cela de la part d’instituteurs odieux. Est-il aussi question de vous ? Oui, c’est rare que je parle aussi brutalement de moi. Je l’ai fait car je me suis aperçu que cela existait toujours. Il serait utile de sélectionner davantage ceux qui s’occupent des enfants. Qu’avez-vous subi ? Je n’ai pas été battu mais, pire que ça, humilié tout le temps, devant les autres, car ces instituteurs entraînaient la classe à se moquer de moi, du « débile »…
à écouter / Stratégie de l’inespoir (Sony Music)
Pourquoi ? Parce que j’arrivais dans un établissement public alors que je venais d’une école catholique. Tout est parti du refus de mes parents à mon redoublement, voulu par mes instituteurs. On était dans les années 1950, la guerre entre les cathos et les communistes... >>>
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Avez-vous dépassé cela ? J’ai réussi ce que je voulais faire : on n’est pas tant que ça à avoir réalisé ses rêves de gosse. Mais parfois je ressens des faiblesses... On a beau recevoir des diplômes, dans mon cas des disques d’or et des Victoires de la musique, ça ne me touche pas parce que je ne crois pas en moi, c’est comme si on les donnait à un autre. Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir artiste ? L’école, encore une fois. J’étais tellement mal que j’ai dû partir. Je me suis retrouvé dans un petit couvent datant du xie siècle, comme dans le film Le Nom de la rose… mais où l’on était condamné au silence. J’avais 12 ans, envie d’écrire et les chansons constituaient pour moi un formidable moyen d’expression : on peut apprendre sans laisser traîner de papiers.
« Je suis un homme trop en colère pour fermer ma gueule » La musique comme une révolte ? Complètement, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai tout de suite accroché au rock’n’roll. Bob Dylan ou les Stones ont imprégné l’ado que j’étais. Il y a eu Ferré aussi. Et puis Lou Reed, Nick Cave… Et vous n’avez rien perdu de votre engagement… Oui, mais je ne parle que pour moi, je ne suis pas engagé comme les chanteurs des années 1960 qui se positionnaient en fonction des partis. Je ne suis pas non plus apolitique, je suis un homme trop en colère pour fermer ma gueule (rires).
VIXI Tour XVII 04.02, Maubeuge, la Luna, 20h, 20/15€, www.lemanege.com 05.02, Béthune, Théâtre, 20h30, Complet !, www.theatre-bethune.fr 06.02, Calais, Le Channel, 19h30, 35€ (groupe à partir de 10 places : 25€), lechannel.fr à lire / l’interview intégrale sur www.lm-magazine.com
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Eagles of Death Metal
Héros malgré eux Texte Thibaut Allemand Photo Chapman Baehler
Quelques jours après le 13 novembre 2015, les disques de Eagles of Death Metal partaient comme des petits pains, se retrouvant en tête des ventes sur Amazon. Depuis, Lemmy, Delpech et Bowie ont avalé leur bulletin de naissance et le podium a changé. Mais tout de même : comment en est-on arrivé là ?
L
a scène se déroule dans Polonium, talk-show bâclé sur Paris Première. Michel Onfray : « Je ne connais pas très bien ce groupe, Eagles of Metal, là… Je ne suis pas très au fait du hard rock. » Natacha Polony, l'air entendu : « c'est du death metal ». Hein ? À quel moment Hanouna, Finkielkraut et mon coiffeur sont-ils devenus experts de ce groupe ? Le Bataclan, bien sûr. Depuis le 13 novembre 2015, évoquer Eagles of Death Metal c'est forcément évoquer la tragédie. Et nos rednecks sont devenus les hérauts de la liberté d'expression, d'un mode de vie, voire de la civilisation occidentale. Rien que ça. NRA – Évidemment, passée l'émotion (et un duo avec U2, l'horreur), des p'tits malins ont ouvert les archives : Jesse Hughes, leader de la bande, est un toxico amateur de porno et membre de la NRA. C'est vrai. Mais où est le problème ? De Johnny Ramone à Neil Young (qui fut pro-Reagan), de Metallica à Ted Nugent, le rock n'a pas toujours été affaire d'intellectuels. Mieux, quelques gros lourdauds ont signé d'excellents disques. Sans le massacre, on aurait évoqué, en vrac, The Stooges et Cheap Trick, The Rolling Stones et Thin Lizzy. Un rock'n'roll jouisseur. Bas du front pour se rapprocher du pelvis car, soyons sérieux : Eagles of Death Metal souhaite juste composer la BO parfaite d'une ballade en pick-up vers le prochain bar topless, une caisse de bières dans le coffre. Ni héros, ni fachos, Eagles of Death Metal se fout 24.02, Lille, Le Splendid, 20h, 27,50€, www.le-splendid.com d'à peu près tout. Et c'est très bien 25.02, Bruxelles, Forest National, 20h, 34/31€, comme ça. www.forest-national.be
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Princesse de Galles Voici dix ans, The Pipettes liftaient l'imagerie des girls bands sixties (The Supremes, The Shangri-Las…) avec une bonne dose de féminisme, de distance et surtout, de mélodies parfaites. Aujourd'hui, Gwenno revient en solitaire avec un disque chanté en gallois. Ses prestations sont rares. Et immanquables. Le premier album de Gwenno, Y Dydd Olaf, prend sa source dans le roman homonyme de l'écrivain gallois Owain Owain (1929-1993). Une dystopie dans laquelle les robots dominent le monde, clonent et droguent les humains. L'ouvrage prend la forme d'un journal écrit en gallois, car les machines ne peuvent défricher cette langue. Ah oui, on a oublié de le préciser : la native de Cardiff chante en gallois, multipliant les consonnes triplées et roulements de “r”. Discrètement édité par le label Peski, puis réédité par Heavenly Recordings, ce disque intime et politique, troublant et entraînant, reçut les éloges de Bobby Gillespie (Primal Scream). Non, ce n'est pas rien. Sur les planches, ces morceaux, chantés dans l'une des plus vieilles langues d'Europe, sont joués sur des instruments à la modernité passée (pédale de delay Behringer VD400, Synthetone SX-1000…). Le mariage de l'électronique et de l'ancestral, de la tradition et de la technologie prend tout son sens à l'écoute de ces chansons où se croisent les ombres de Broadcast, Françoise Hardy, le BBC Workshop ou Joe Meek. Oubliées, les chorégraphies des Pipettes. Hiératique et modeste, la blonde platine séduit sans trop en faire et 26.02, Gand, Vooruit, 20h, gratuit, envoûte l'auditoire, l'air de rien. Thibaut Allemand www.vooruit.be
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Gwenno
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Kacem Wapalek « Qu’est-ce qui s’passe, c’est qui ce mec ? ». Peut-être ne connaissez-vous pas ce refrain, tout comme son auteur. Kacem Wapalek fait aujourd’hui partie de ceux qui forgent le hip-hop de demain. Flow indomptable, textes redoutables, le rappeur au chapeau rond enchaîne les concerts depuis plus de cinq ans. Autant d'occasions de défendre son premier album, Je vous salis ma rue (2015), recueil de poésie urbaine où, passé maître dans l’art de l’allitération, le Lyonnais triture brillamment la langue de Molière. 06.02, Lille, Le Flow, 20h, 10€, flow.lille.fr
certs Csoén lection Lun 01.02 Marc Ribot + Rudy Trouvé + Ignatz Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e
Mar 02.02
Flying Horseman Bruxelles, Ancienne Belgique/ AB Salle, 20h, 15e Lilly Wood & The Prick Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 26e
Tannhäuser Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h, 25>6e
The Tallest Man On Earth + Adrian Crowley Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 20/17/5e
The Cameraman Lille, Nouveau Siècle, 20h, 50>5€
Bixiga 70 Anvers, De Roma, 20h30, 16/14e
Hugh Coltman Amiens, Maison de la Culture, 20h30, 29>13e
Salvatore Adamo Roubaix, Le Colisée, 20h30, 45 > 15 e
Mer 03.02
Jeu 04.02
The Cameraman Lille, Nouveau Siècle, 18h30, 50>5€
Le Trouvère Lille, Opéra, 20h, 69>5e
Furieux Ferdinand Lille, maison Folie Wazemmes, 20h, 5,50>2e
Roscoe Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e
Christine Salem Armentières, Le Vivat, 20h, 21/14/7e
Tannhäuser Tourcoing, Théâtre Municipal Raymond Devos, 20h, 25>6e
Coming Soon Lille, La Péniche, 20h, 10/9e
Dj Cam + Ours Samplus Lille, Le Flow , 21h, 9/6,50/3€
Ven 05.02 Lilly Wood & the Prick + Hollydays + after-live de Verlatour Lille, L'Aéronef, 20h, 31>18e Orange Blossom + Bathernay Faches Thumesnil, Les Arcades, 20h, 5e Stephan Eicher Und Die Automaten Tournai, Maison de la Culture de Tournai, 20h, 40/35e Irma Lille, Théâtre du Casino Barrière, 20h30, 28>19e Kyle Eatswood band Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 15e Omar Souleyman Douai, L'Hippodrome, 21h30, 20>9e Technasia + David Asko + Péo Watson Lille, Le Magazine, 23h, 10e
Sam 06.02 Le Trouvère Lille, Opéra, 18h, 69>5e
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A State of Mind + Asagaya Lille, L'Aéronef, 20h, 15>5e Disclosure Bruxelles, Forest National, 20h, 34e Lou Doillon Calais, Centre Culturel Gérard Philipe, 20h30, 15e Orange Blossom Béthune, Théâtre de Béthune, 20h30, 16/14e FlashForward Special Spain: Cristian Varela + Pelacha + Anni Frost + Fabrice Lig + Dirty Monitor Charleroi, Rockerill, 22h, 10e Phi-Phi + Johan + Jamie Potter Lille, Le Magazine, 23h, 10e
Dim 07.02 Heaters + Jimi Ben Band Lille, La Péniche, 18h, 12/11e Kodaline Lille, Le Splendid, 20h, 24,70e
Mar 09.02 Daniel Norgren Lille, La Péniche, 20h, 12/11e
Laibach With RTV Slovenia Symphony Orchestra Bruxelles, Bozar / Salle Henry Le Boeuf, 20h, 42>20€
Mer 10.02 Massive Attack + Young Fathers & Nevermen Bruxelles, Palais 12, 19h30, 49e Tortoise + Sam Prekop + Blondy Brownie Anvers, Trix, 19h30, 26/23e We Are Match + Ulysse Bruxelles, Atelier 210, 19h30, 13/10e
Jeu 11.02 Les garçons manqués Et vivre était sublime Marcq-en-Barœul, Théâtre de la Rianderie, 20h, 5e Heaters + The Scrap Dealers Charleroi, Le Vecteur, 21h, 5e
Ven 12.02 Angel Haze Bruxelles, VK*, 19h30, 18/15e Finley Quaye Mons, Alhambra, 20h, 15e
King Dude + Dj Polina + Kiss The Anus of a Black Cat Bruges, Cactus Muziekcentrum, 20h, 15/12/10/5e Comme un air de SaintValentin (avec Edgar Moreau) Douai, auditorium du CNR, 20h, gratuit Roscoe Lille, La Péniche, 20h, 14/13e Electric Circus : Locked Groove + Frankey & Sandrino Lille, L'Aéronef, 21h, 18>8e Les Hurlements d’Leo Boulogne sur Mer, Espace de la Faïencerie, 21h, 8>5e Disiz + DJ serom Lille, Le Magazine, 23h, 12e
Sam 13.02 Comme un air de SaintValentin (avec Edgar Moreau) Lille, Nouveau Siècle, 18h30, 50>5€ Dalton Télégramme Bruxelles, Botanique, 20h, 16/13/10e
03>05.02, Lille, L’Antre 2, mer, jeu, ven : 20h, 8/5€, www.antrazik.fr
Valerian Renault + Boby Lapointe Repiqué (03.02) // Eskelina + Dimoné (04.02) // Yépa + Chloé Lacan - "Ménage à trois" (05.02)
Dimoné © Marc Gaillet
Antra'Zik Ce festival met à l'honneur la chanson française. Comment ? En présentant de jeunes talents qui cultivent un goût pour le beau texte et les mélodies soignées. Durant trois soirées, deux artistes se partagent une scène intimiste. On y découvre Dimoné, poète pop-folk à la plume ciselée et membre du quintette Bobby Lapointe Repiqué, qui reprend qui vous savez. Les jumeaux de Yépa, cousins musicaux de Java, envoient eux valser leurs mots sur un lit de cuivres, entre soul et hip-hop.
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Foals
© Nabil Elderkin
On a beaucoup glosé, après la sortie de What Went Down, sur l’étrange mue du leader de Foals, qui a sacrément musclé son corps de lad. Cette métamorphose illustre bien le virage mainstream abordé par ces ex-hérauts de l’indie-rock. à vrai dire, le mal remonte à plus loin : 2013, et Holy Fire. C’est avec ce disque que nos Britons ont troqué les « truc sales » dont ils se vantaient (à raison), pour des hymnes de stades façon Coldplay. Bref, voilà désormais « un groupe qui compte ». Mais quoi ? 23.02, Bruxelles, Forest National, 20h, 33€ 29.02, Lille, Zenith, 19h30, 38>33€
Soirée Morr Music : Fenster + Aloa Input + Slow Steve Lille, L'Aéronef, 20h, 13>5e Ictus, Christie Finn & Liesa Van der Aa Gand, Handelsbeurs, 20h15, 18/14/7e Marcel Dettmann Lille, Le Magazine, 23h, 12/10e
Dim 14.02 J.C. Satàn + Le Prince Harry Lille, L'Aéronef, 18h, 15>5e Youth Lagoon + Mild high club Anvers, Trix, 19h30, 22/19e Aline Bruxelles, Botanique/Rotonde, 19h30, 16/13/10e Shearwater Bruxelles, Botanique/Orangerie, 20h, 19/16/13e
Lun 15.02 Naomi Shelton & The Gospel Queens Anvers, Trix, 19h30, 18/15e Villagers Bruxelles, Botanique, 20h, 21/18/15e
Mar 16.02 Daptone Records : Naomi Shelton & The Gospel Queens Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 18e Shearwater + Volgograd Lille, L'Aéronef, 20h, 15>5e Praag + Peter Orins Solo Lille, La Malterie, 20h30, 7/5e
Jeu 18.02 Black Box Revelation Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 26e
Ven 19.02 Róisín Murphy Bruxelles, Cirque Royal, 19h, 37e Arbeid Adelt! + Meneer Michiels Gand, Vooruit, 19h30, 16,75e
Sam 20.02 Ezra Furman Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15e Young Rival Bruxelles, Botanique, 20h, 16/13/10e Ennio Morricone : 60 Years Of Music World Tour Anvers, Antwerp Sportpaleis, 20h30, 98/78/58e
Dim 21.02 King Dude + Miles Oliver Lille, La Péniche, 18h, 14/13e Roots Manuva Louvain, Het Depot, 20h, 19/14e
Lun 22.02 Joe Jackson Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 33e
Guillaume Perret & The Electric Epic Lille, L'Aéronef, 20h, 18>5e
Bruit Noir + The Toy Commander Lille, L'Antre-2, 20h30, 8/5/1e
Shigeto + Heathered Pearls + Lord Raja Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 13/10/5e
AaRON Lille, L'Aéronef, 20h, 29,70e
Young Rival Lille, La Péniche, 20h, 14/13e
Boubacar Traoré Louvain, 30 CC, 20h, 18/15e
Mar 23.02
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Her We Go Magic + Kids From Atlas Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e Joe Jackson Lille, Théâtre Sebastopol, 20h, 62>40e
Mer 24.02 Marina & The Diamonds Bruxelles, Cirque Royal, 19h, 24/21/18e Eagles Of Death Metal Lille, Le Splendid, 20h, 27,50€ Joanna Newsom Bruxelles, Bozar / Salle Henry Le Boeuf, 20h, 42>10e Manfred Mann Earth Band Verviers, Spirit Of 66, 20h, 30e
Jeu 25.02
Oh Wonder Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 19e Boubacar Traoré Anvers, De Roma, 20h30, 18/16e Odezenne + Antoine Pesle Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 15/10e
Ven 26.02 Arman Méliès Tourcoing, maison Folie Hospice d'Havré, 20h, 13/10/5e Bigflo & Oli Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 29e Alice on the roof Mons, Le Manège, 20h, 20e Chamberlain Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 12/10/8e
Aline Liège, Reflektor, 19h30, 15e
Chassol (Big Sun) Calais, Le Channel, 20h, 10/5e
Caravan Palace Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 34,50/30,50e
Les Enchanteurs : Le Tire-Laine & Zazuzaz, Bal swing Marles-les-Mines, Salle Gentils, 20h30, 10>6e, Pass : 75e / Pass 5 concerts : 30e
Eagles Of Death Metal Bruxelles, Forest National, 20h, 35€
Sam 27.02 Arno Lille, Théâtre Sebastopol, 20h, 46>43e Buika Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 30e Rover Lille, Le Splendid, 20h, 25e Tindersticks Arras, Théâtre, 20h, 32>25e Festival Les Enchanteurs : Zoufris Maracas Divion, Salle des fêtes, 20h30,12>8e, Pass : 75e / Pass 5 concerts : 30e Regarde Les Hommes Tomber + Briqueville… Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 10/7e
Dim 28.02 Alice on the Roof Bruxelles, Cirque Royal, 19h, 27,50/22,50e 10cc Louvain, Het Depot, 20h, 28>21e Hinds Bruxelles, Ancienne Belgique, 20h, 15e
David Charles Abell © DR
Comédies musicales à Broadway L’orchestre national de Lille nous emmène sur la célèbre avenue de Manhattan à travers l’une des grandes figures de la comédie musicale : Stephen Sondheim. D’abord parolier du fameux West Side Story (à 27 ans) il fut ensuite compositeur. A Little Night Music, Sweeney Todd ou Sunday in the Park with George sont autant de ses succès, à la fois sophistiqués, harmonieux et accessibles. Repris à l’auditorium du Nouveau Siècle sous la direction de David Charles Abell, ils trouvent ici un écho (et un écrin) à leur mesure. 02 & 03.03, Lille, Nouveau Siècle, 20h, 50>5€, www.onlille.com
www.lm-magazine.com
50 disques
Disque du mois
Animal Collective Painting With (Domino / Beggars)
Centipede Hz avait été reçu avec tiédeur. Pourtant, on peut le considérer comme le chef-d’œuvre d’Animal Collective, celui où les expérimentations hystériques saturées s’intensifiaient jusqu’au point limite tout en donnant corps à de grandioses chansons. De ce Painting With on pouvait attendre – Deakin reparti faire un tour ailleurs – qu’il renoue avec les rêves amniotiques du mieux-aimé Merriweather Post Pavilion. C’est cependant de son prédécesseur (Centipede Hz donc et, plus loin, de Strawberry Jam) qu’il poursuit la lignée. Il vous saute gaiement à la figure dès le single FloriDada et ne vous lâche plus, pas même après sa belle conclusion, Recycling – une première peut-être pour Animal Co : au prix de notre santé mentale, on sifflotera ces morceaux sous la douche. Plus joyeux que jamais, les animaux se montrent dignes des illustres aînés auxquels on les associe souvent : les Beach Boys. Painting With est à la fois un grand disque de pop savante et audacieuse, et une collection de singles imparables. Cette fois, aucune trace de ces tunnels qui ont pu plomber certaines productions passées. C’est en accentuant sa folie que le groupe devient toujours plus pop : là est la grandeur d’Animal Collective. Rémi Boiteux
Ty Segall Emotional Mugger (Drag City / Modulor)
Après une année 2015 bien chargée (un E.P., deux projets nommés Broken Bat et GØGGS, sans compter un L.P. avec son autre groupe Fuzz), Ty Segall commence 2016 en fanfare avec cet album solo. Emotional Mugger marque un retour à ses influences premières. Il délivre une sorte de néo-garage fédérateur, synthèse nourrie de fuzz, de guitares surf et de tout ce que le rock compte de soli de cordes décomplexés, le clavier drone en plus. On note surtout un vrai sens de la mélodie et des rengaines entêtantes. Cet opus confirme au fond deux idées : les années 1990 n’ont jamais autant été à la mode et, paradoxalement, le Californien s’affirme comme l’un des artistes façonnant l’avenir du rock. Benjamin Leclerc
Emily Wells
Meilyr Jones
Promise
2013
(Thesis & Instinct / Boogie
(Moshi Moshi / PIAS)
Drugstore)
Signataire d’une chanson pour le Stoker de Park Chan-Wook, et d'albums mêlant techniques hip-hop et orchestrations classiques, la Texane Emily Wells nous intéresse forcément. On se rue donc sur ce disque ambitieux, inspiré en partie par Pina Bausch et Joan Didion. On salue cette fois l’alliance d’inflexions folk et d’architectures baroques, tout en regrettant parfois un manque de folie, un certain lâcher-prise pour pimenter ses jolies compositions. La prochaine fois peut-être, se dira-t-on en se contentant (ô grandement) des superbes Don’t Use Me Up ou Pack Of Nobodies. Venant d’une artiste qui a su reprendre What Is Love, le fameux tube dance des années 1990 de Haddaway, tous les espoirs sont permis. Rémi Boiteux
C'est en 2013 que Race Horses, premier groupe de Meilyr Jones, s'est sabordé – c'était triste, d'autant que Goodbye Falkenburg (2010) fait partie de ces trésors cachés qu'on redécouvrira dans 20 ans. En attendant, le Gallois, que l'on a croisé aux côtés d'Euros Childs ou Cate Le Bon (pour n'en citer que deux) livre un premier album solitaire de haute volée, et finement orchestré – si le single How to Recognize a Work of Art évoque les Dexys période soul, le reste des compositions s'orne de clavecin, haut-bois, autoharpe, vents et cuivres et lorgne parfois vers le baroque (Rome). Il suffit d'écouter une pièce telle Return to Life pour s'en convaincre : au rayon songwriter pop qui n'a peur de rien, Damon Albarn s'est trouvé un sérieux rival ! Thibaut Allemand
Fat White Family Songs For Our Mothers (Without Concent / PIAS)
On a beau apprécier la belle ouvrage et les mélodies finement ourlées, les citations pointues et les clins d’œil entendus, on n'oublie pas que le rock'n'roll – et ses dérivés – sont également une affaire de dégénérés. Or, les cinq membres de Fat White Family se posent là. Drogués jusqu'au dernier degré, hallucinés mais sans illusion, ces Anglais trouvent assez d'énergie vitale pour signer ces dix brûlots. Bardé de références au fascisme, ce blues blanc et cradingue pioche allègrement dans l'héritage de The Fall et se pare en ouverture de ce qui sera le single de l'année : Whitest Boy on the Beach – du Primal Scream merveilleusement malsain. Ce deuxième LP prouve que ce qui n'aurait pu être qu'un feu de paille risque bien d'incendier durablement nos vies. Thibaut Allemand
52 livres
Livre du mois
Marc Trévidic Ahlam (JC Lattès)
Omniprésent dans les médias depuis les attentats du 13 novembre, le juge Marc Trévidic, qui officie depuis six mois au tribunal de grande instance de Lille, a débuté 2016 sur un terrain où on ne l’attendait pas : la fiction. Paul, jeune peintre virtuose, débarque sur l’archipel tunisien des Kerkennah au début des années 2000. Cherchant à retrouver l’inspiration, il se lie d’amitié avec le pêcheur Farhat et sa famille. A Issam, le fils, il apprendra la peinture. A Ahlam, la fille, la musique. Le talent de ses élèves ne cesse d’éblouir l’apprenti professeur, mais la présence du « Français » sur l’île commence à faire jaser. Tandis qu’Ahlam devient une égérie de la Révolution de jasmin, Issam intègre un réseau islamiste. Fin connaisseur des phénomènes de radicalisation pour les avoir observés pendant 10 ans au pôle antiterroriste du parquet de Paris, Marc Trévidic radiographie impeccablement la montée de l’intégrisme religieux dans une Tunisie meurtrie par les abus du régime de Ben Ali. Original, ce premier roman est aussi l’occasion pour l’auteur de dévoiler son amour des arts, derniers remparts contre l’obscurantisme. Sous la robe du magistrat se cachait bien un écrivain. 320 p., 19€. Marine Durand
Smolderen et Clérisse L’ÉTÉ DIABOLIK (Dargaud)
1967, un été en France : la vie d’Antoine, 15 ans, bascule. Son père disparaît, une fille apparaît, puis les services secrets… Les USA post-Kennedy et l’URSS sont loin de l’Hexagone mais leurs relations paranoïaques infusent les esprits. Tout comme la pop culture s’invite dans les pages de Pilote ou des illustrés de série B. Surtout, le Summer of love teinte l’existence de couleurs inédites. Inédite, la forme trouvée par les auteurs de cet album l’est aussi. Appuyant un récit alambiqué mêlant espionnage et psychédélisme, les dessins stylisés pétillent. Après l’exceptionnel Souvenirs de l’empire de l’atome, en moins fou mais encore plus beau, Smolderen et Clérisse confirment leur brio. Le raffinement des références n’est jamais au détriment d’un simple et direct plaisir de lecteur : un régal ! 168 p., 21€. Rémi Boiteux
Pacôme Thiellement
Bonini & De Cataldo
Cinema Hermetica (Super 8 éditions)
Suburra (Métailié)
En revoyant une poignée a priori hétéroclite de grands films à la lumière d’une joyeuse mystique, Thiellement le docteur pop signe un ouvrage à mi-chemin de ses grandes exégèses et de ses formats courts. Le cinéma entier y est vu comme une continuation décentrée, dans notre monde trop « solide ». Ce qui pourrait sembler hasardeux (René Guénon, le grotesque et la gnose convoqués en lieu et place des vieilles lunettes universitaires) enchante lorsqu’on nous fait redécouvrir Nosferatu comme naissance métaphysique du cinéma, les Freaks de Browning comme dépositaires de la véritable humanité, et les œuvres de Wells, Polanski, Von Trier et consorts comme des secrets à percer, sans fin. 304 p., 18€. Rémi Boiteux
Le titre renvoie au nom d’un quartier pauvre de Rome. Synonyme dans l’antiquité de prostitution, trafics et règlements de comptes, il symbolise le bourbier dans lequel les deux auteurs nous plongent, entre rêves de grandeur et abjections. Bonini, journaliste, et De Cataldo, juge, y plantent une intrigue nourrie de leur expérience du milieu, digne des meilleurs romans noirs. Ici, deux personnages croisent le fer. D’un côté, un Samouraï, ex-leader fasciste devenu gangster et de l’autre Marco Malatesta, son ex-disciple devenu carabinier de choc. Dans leur sillage, flics ripoux, politiciens véreux, cadavres et explosions. Et une leçon : dans les scintillements sombres de l’ogresse éternelle ne tombent que ceux qui sont déjà déchus. 480 p., 23€. François Annycke
Paula Cossart & Julien Talpin Lutte urbaine (éd. du Croquant)
Roubaix, quartier Alma-Gare, début des années 1970. L’heure est à la gentrification. Or, les habitants se rebiffent. Soutenus par des chrétiens de gauche ou des maoïstes, ils créent l’Atelier Populaire d’Urbanisme (APU) afin de prendre leur quotidien en main. Refusant la création de cages à lapins, et déterminés à maintenir l’identité ouvrière du quartier, ces hommes et femmes réussissent leur pari : en 1977, le quartier est rénové selon les plans de l’APU. Qui poursuit la lutte par le biais d’une imprimerie, d’une coopérative de menuiserie, d’une régie technique gérant fuites d’eau, pannes en tout genre… Cette expérience collective et autogestionnaire a duré une grosse dizaine d’années. À chacun d’en tirer les (belles) leçons. 346 p., 20€. Thibaut Allemand
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Interview
Roschdy Zem & Omar Sy Chocolat Propos recueillis par Sonia Abassi Photo Julian Torres / Mandarin Cinema - Gaumont
Après Bodybuilder, Roschdy Zem met en scène la vie du premier artiste noir que la France ait acclamé : Rafael Padilla. Cet homme né esclave en 1868 a connu la gloire sous le nom de Chocolat aux côtés de George Footit. à eux deux ils inventèrent la comédie associant le clown blanc et l’Auguste. Dans la peau de ce danseur hors norme, oublié du grand public, Omar Sy est magistral. Rencontre avec deux icônes du cinéma français.
Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la vie de Chocolat ? Roschdy Zem : J’ai été séduit par le parcours singulier de cet homme, un immense artiste, qui a été complètement zappé de la mémoire collective. Comment expliquer un tel oubli ? R.Z. : à un moment, le cirque a disparu de la scène parisienne pour laisser place au music-hall et au cinéma. Les clowns eux-mêmes sont passés de mode. Même pour Footit ce fut difficile. Et puis, leurs successeurs ne les ont jamais honorés.
« Faire du cinéma est un engagement, même si on raconte l’histoire de “Oui-Oui à la campagne”»
Omar Sy : Pourtant ils s’en sont souvent inspirés... Est-ce la Première Guerre mondiale qui a rendu tout le monde amnésique ? On n’a guère de traces écrites. En tout cas, Chocolat n’a pas eu d’héritiers.
R.Z. : étrangement l’expression « être Chocolat » est restée. Moimême je l’utilisais sans en connaître la provenance : elle vient bien de Rafael Padilla, comme l’expression « être marron »… Ce film est-il une façon de lui rendre hommage ? O.S. : Oui, et puis peu de rôles offrent une telle plongée dans le Paris de la fin du xixe siècle. Venant de la comédie, Chocolat représentait une chance de montrer une facette différente de mon travail. C’était aussi l’occasion de travailler avec Roschdy, que j’admire. R.Z. : C’est réciproque. Et je vais vous avouer quelque chose : travailler avec des gens issus des quartiers m’apaise (rires). Je me sens souvent comme un imposteur sur les tournages. Pourquoi ? R.Z. : Parce que je viens des quartiers, avec un cursus qui ne correspond pas à celui des autres, techniciens compris. Omar a le même vécu que moi… On se comprend tout de suite (rires) ! Aviez-vous l’intention de signer un film engagé ? R.Z. : Oui. Mais faire du cinéma est un engagement, même si on raconte l’histoire de « Oui-Oui à la campagne ». Certes, Chocolat comporte une dimension politique, il met en avant le statut d’une >>> minorité dans un pays puissant tel que la France en 1900...
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Je sais qu’il suscitera des réactions mais je souhaite avant tout offrir au public un film populaire. Et il n’y a rien de péjoratif dans ce terme. Nous avons donc évité toute forme de manichéisme. Vous offrez une sacrée vue sur le Paris du xixe siècle... R.Z. : Nous avons décortiqué les photos d’époque. C’est la reconstitution exacte de Paris au moment de l’exposition universelle, quand on se situe sur le pont Alexandre III. Je ne vous cache pas le choc quand j’ai vu à quoi ressemblait alors la capitale. Avec tous ces palais orientaux construits le temps d’une exposition dont ils garderont seulement le Petit et Grand Palais, sans oublier la tour Eiffel… D’où le regard émerveillé de Chocolat quand il y arrive en calèche. Certaines scènes sont dures, notamment celle en prison où les matons tentent de blanchir la peau de Chocolat avec un balai-brosse… O.S. : Elle a aussi été très dure à lire puis à jouer. Mais j’ai réussi à dépasser cela pour obtenir exactement le film que nous désirions ! Peut-être qu’un jour j’en ressentirai les séquelles... Dans le film, Rafael Padilla est un sans papier. Un fait qu’on ne peut s’empêcher d’associer à l’actualité… R.Z. : Il y a un parallèle, forcément. En 100 ans, certaines choses n’ont pas beaucoup évolué. Je vous avoue qu’au moment de l’écriture,
c’était parfaitement inconscient. De plus, Omar venait de terminer Samba, il n’était donc pas question pour moi de rééditer ce qu’il avait joué. Mais voilà, ça fait parti des aspects de notre société…
« Il faut rappeler que ce clown était un artiste à part
entière ! » Pensez-vous que Chocolat a connu ce succès parce que les gens voulaient voir un noir dans un rôle de dominé ? R.Z. : La thématique du dominant/dominé est une tradition du cirque. Le fait que Chocolat soit noir a accentué tout ça. Sans compter l’effet de surprise car les duos étaient surtout composés de blancs. Mais il faut rappeler que ce clown était un artiste à part entière ! Il a apporté une nouvelle danse, le « cake walk », une façon de se mouvoir, de jouer, de faire rire comme personne. Il fut un véritable précurseur, que Toulouse-Lautrec a d’ailleurs peint. Pourquoi ne fut-il pas autant apprécié comme comédien ? R.Z. : Le public a acclamé Chocolat, mais pas Rafael. C’est le cas pour beaucoup d’artistes. Difficile d’être pris au sérieux lorsqu’on vient de la comédie. De Roschdy Zem, avec Omar Sy, James Thierrée, Clotilde Hesme, Mais Rafael souhaitait avant tout être Olivier Gourmet… Sortie le 03.02 reconnu en tant qu’homme.
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The Revenant
La fureur de survivre Un an seulement après Birdman, Alejandro González Iñárritu est de retour avec… The Revenant. Mais cette fois fini de rire. Son sixième film, inspiré d’une histoire vraie, s’avance comme un western ultraviolent (ce genre à la mode) à l’ambition métaphysique. Dakota du Sud, début du xixe siècle. Le trappeur Hugh Glass est attaqué en pleine forêt par un grizzly, qu’il tue avec son couteau. Grièvement blessé, il est abandonné sur place par deux comparses, dont l’un a assassiné son fils. Dès lors la vengeance devient sa seule raison de (sur)vivre. Nous voici donc embarqués dans une épopée de plus de 2 h 30. Notre Rambo devra composer avec ses blessures, une Amérique sauvage, des Indiens pas toujours accueillants… Alors oui, c’est assez violent. Mais aussi très beau. Aux longs plans-séquences s’ajoute l’emploi exclusif de la lumière naturelle et de cadrages au grand angle, pour une célébration toute malickienne des éléments qui tantôt écrasent, tantôt protègent l’Homme. Certes, d’aucuns pourraient se raidir devant cette sanctification de la loi du talion. Ou percevoir une critique du pays de l’Oncle Sam, qui s’est bâti sur la conquête sanglante des territoires indiens. Pas faux, mais le propos du film est ailleurs. Le cinéaste mexicain pose une question simple : de quoi sommes-nous capables une fois dépouillés de tout ? En cela il s’est donné les moyens de servir son sujet. Ajoutez la prestation bluffante de Di Caprio De Alejandro González Iñárritu, (qui aurait réellement gobé du foie de bison cru avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson… entre deux brasses dans une rivière gelée) et vous Sortie le 24.02 obtenez un spectacle plutôt réussi. Julien Damien
© Kimberley French / 20th Century Fox
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Les Chevaliers blancs
Humanitaire à terre Inspiré de l’affaire dite de l’Arche de Zoé, qui secoua la France et le Tchad en 2007, le sixième long-métrage de Joachim Lafosse ne se contente pas de disséquer « le néocolonialisme compassionnel », pour citer Noël Mamère. Le cinéaste bruxellois joue les équilibristes sur cette ligne (très) floue qui sépare le « Bien » du « Mal ». Afrique subsaharienne, de nos jours. à la tête de l’ONG « Move for Kids », Jacques Arnault (Vincent Lindon) sillonne un pays dévasté par la guerre à la recherche d’orphelins. Entouré de volontaires (pompiers, médecins, infirmières), armé de liasses de billets, il tente de convaincre les chefs de villages de lui confier des enfants, leur promettant un avenir meilleur dans un orphelinat qu’il dit bâtir sur place. Mais il ment. En réalité, il compte les exfiltrer vers la France où les attendent 300 familles en mal d’adoption qui ont financé cette discrète opération… Joachim Lafosse filme au plus près ces aventuriers en herbe persuadés de servir une grande cause, au mépris de la loi et de la morale. Dans une mise en scène épurée, il expose les faits, montre la folie et la vanité de ces « humanitaires », leurs convictions qui s’épaississent ou se fissurent – comme celles de cette journaliste embedded (Valérie Donzelli) qui perd toute objectivité pour écouter ses sentiments. Mais il ne porte jamais de jugement. C’est la grande force du film. Il donne à voir des monstres qui n’ont finalement rien d’inhumain, De Joachim Lafosse, avec Vincent Lindon, Louise Bourgoin, Valérie et pavent sans le savoir l’enfer de leurs bonnes Donzelli, Reda Kateb… En salle intentions. Julien Damien
© Fabrizio Maltese - Versus Productions Les films du Worso
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Laurence Anyways © Shayne Laverdière
Shaun, les lamas du fermier et Cie © Aardman Animation
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Anima
L’amour au cinéma ? Rien de graveleux dans cette proposition, il s’agit bien de 7e art ici… Même si la venue du sulfureux Paul Verhoeven (Basic Instinct) pour une conférence immanquable incline à une certaine décadence. Entre autres nouveautés (eh oui, il faut surprendre pour entretenir la flamme) cette 32e édition du Festival international du film d’amour de Mons investit le très cosy Congres Hotel Van der Valk. Idéal pour se poser entre deux projections (comptez une centaine de films) et rencontrer les figures mises à l’honneur. Citons Melvil Poupaud (qui donne l’occasion de revoir le beau Laurence Anyways), Samuel Benchetrit (Asphalte) ou Bouli Lanners qui présente Les Premiers, les Derniers, un western moderne (encore) dont on n’a pas fini de parler. Julien Damien
à travers plus de 200 films, courts et longs métrages issus des quatre coins du globe, le festival Anima offre un joli panorama de ce qu’est le cinéma d’animation d’aujourd’hui. Entre expositions, master-classes et ateliers d’initiation, cette 35e édition donne un coup de projecteur sur le Japon, offrant l’occasion de découvrir des inédits comme le très attendu nouvel opus de Ghost in the Shell. Autre pays mis à l’honneur : la Grande Bretagne, dont les célèbres studios Aardman (Wallace et Gromit, Shaun le Mouton) qui soufflent ici leurs 40 bougies en présence d’un membre fondateur (Peter Lord). Pour l’occasion, l’auteur de BD Hervé Bourhis nous gratifie d’un DJ set avec une sélection typiquement anglaise ! Oui, ça promet d’être animé. Julien Damien
19>26.02, Mons, Congres Hotel Van der Valk, Imagix Mons, Plaza Art, Théâtre Royal, pass illimité : 30€, pass 4 places : 20€, ticket unique: 7/5/4€, www.fifa-mons.be
05>14.02, Bruxelles, Flagey, pass : 65€, 5 séances : 28€, 1 séance : 8>6€, www.animafestival.be
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MY16 Lasvit : Clover Collection Lamp, Lasvit, 2014 MY15 Hedge Gallery: Metal Rock, Oxygen Chair, Hedge Gallery, 2015 Š Michael Young LTD
© Michael Young LTD
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Michael Young Alucinant
Invité d’honneur de la Biennale Intérieur de Courtrai en 2002, le Britannique Michael Young revient en territoire belge cet hiver, fort d’une réputation de tête chercheuse du design contemporain. Le Centre d’innovation et de design du GrandHornu lui consacre une exposition inédite, réunissant les pièces emblématiques de son travail autour de l’aluminium.
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S’
il expérimente tous les matériaux, c’est à travers l’aluminium, métal durable et malléable, que Michael Young donne à voir l’étendue de sa créativité. « Il autorise une multitude de procédés de fabrication », s’exclame le désigner, citant une ribambelle de techniques, de l’emboutissage à l’extrusion, qui laissent le néophyte songeur. Plus concrètement, chacune des 12 niches des écuries du CID abrite un projet différent, produit en série ou en édition limitée. Le visiteur navigue donc de la surprenante Oxygen Chair, comme taillée dans de la roche lunaire, à la collection de lampes Clover de Lasvit, de l’élégante bicyclette City Speed à la célèbre voiture utilitaire Moke, redessinée en 2013.
Spoutnik – Mais le parcours de A(l)l, projets réalisés en aluminium de Michael Young, ne s’arrête pas aux productions du natif de Sunderland. Comme l’explique la commissaire d’exposition Maria Cristina Didero, « de nombreux objets en aluminium, historiques et contemporains,
complètent la sélection », faisant par exemple se côtoyer le maître Marcel Breuer et les jeunes Barber & Osgerby. Conçue de manière holistique, l’exposition réserve enfin une belle place à l’histoire de ce matériau, depuis la découverte de l’élément chimique jusqu’à l’envoi dans l’espace de Spoutnik, la marmotte et sa tablette de chocolat n’étant hélas pas encore entrées dans l’histoire. Marine Durand A(l)l, Projets en aluminium de Michael Young Jusqu’au 29.05, Grand-Hornu, Centre d’innovation et de design, mar>dim : 10h>18h, 8/5/2€/ gratuit (-6 ans), www.cid-grand-hornu.be
MY19 Giant : City Speed, Giant, 2009 MY20 Moke : Moke, 2013 © Michael Young LTD
Ceci n’est pas l’Europe !
120 CARICATURES D’ACTUALITÉ
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MONS MEMORIAL MUSEUM 21.02 26.06.2016 www.monsmemorialmuseum.mons.be
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Art Up!
Il était une foire Près de 30 000 visiteurs attendus, une centaine de galeries issues de toute la France et de l’étranger… En neuf éditions, Art Up! s’est imposée comme la première foire d’art contemporain en région. Un succès tel qu’une nouvelle édition est même prévue à Rouen, en octobre. Rien d’élitiste ici. Ce rendez-vous artistique et commercial « s’adresse aussi bien aux néophytes qu’aux professionnels ou collectionneurs, selon son directeur, Didier Vesse. C’est ce qui fait la force de cette foire : elle a une âme, elle est vivante, étonnante ». Déambulant dans les 12 000 m2 de Lille Grand Palais, le visiteur en reçoit plein les mirettes. Du street art – « qui s’est beaucoup développé ces dernières années » – à la nouvelle figuration, tous les mouvements de l’art contemporain sont présentés à travers des œuvres signées par plus de 500 noms, dans toutes les disciplines : sculpture, photographie, peinture… « Chacun peut trouver son bonheur à la hauteur de son émotion ». Et de sa bourse. Eh oui : pourquoi pas démarrer une collection ? « On peut commencer en achetant une petite estampe par exemple, les premiers prix se situent entre 200 et 300 euros ». Côté temps fort : après l’abstraction géométrique l’an passé, cette édition met en avant l’art concret – qui en découle – à travers la figure mondialement reconnue de François Morellet. Citons aussi le rendez-vous « Révélation by Art 25>28.02, Lille, Lille Grand Palais, jeu : 12h>23h // ven : 12h>20h // sam & dim : Up ! » qui évolue en s’ouvrant aux jeunes 11h>20h, 9/6€ (18€ avec catalogue) / talents issus des écoles de la région. Et ils gratuit (-10 ans), lille.art-up.com 07>09.10, Rouen, Parc Expo sont nombreux. Julien Damien
Ernest Pignon-Ernest, Parcours Desnos Louise Lame © Art to Be Gallery
exposition
Bataille intemporelle © Galerie Laurent Strouk, Paris // Saint Georges © Collection particulière, Paris
Robert Combas
Dandy au pays des chamanes « Créer, c’est toujours crier. » – « Et peut-être aussi déconner... un peu ? » Telle pourrait être l’amorce d’un dialogue entre Henry Périer, commissaire de l’exposition Robert Combas : la fougue du pinceau, et le peintre lui-même. Touche-à-tout débonnaire, iconoclaste, ce dernier a construit au fil des ans une œuvre dense et colorée, où la révolte joyeuse le dispute à l’humour noir. Pionnier de la figuration libre, Combas met au point à l’aube des années 1980, aux côtés d’Hervé Di Rosa et de Louis Jammes, une peinture empruntant au rock, au punk, à la BD, au porno et à la mythologie guerrière. à bas l’art conceptuel des années 1970, vive le dandysme, les dégoulinades et la beauté du geste ! Influence majeure du street art, seul français à se hisser parmi les cent artistes mondiaux les plus demandés aux enchères, Robert Combas est aujourd’hui à l’affiche de la Villa Way Side, au Touquet. Les œuvres s’exposent aux murs boisés, sur les sols parquetés, dans les alcôves intimes, retraçant l’évolution de cette peinture chamanique dont il a le secret. « On le sait peu, mais ses premières œuvres ont précédé celles de Keith Haring ou Basquiat, outre-Atlantique, selon Henry Périer. Son style est immédiatement reconnaissable, il recrée un monde bien à lui, qui autrement n’existerait pas ». Cette rétrospective audacieuse n’a pas eu de peine à trouver sa place au sein de la programmation éclectique du Musée, qui a récemment exposé Claude Viallat Jusqu’au 22.05, Le Touquet, Musée du Touquetet Bernard Buffet, lui-même grand Paris-Plage, tlj sf mar : 14h>18h, 3,50/2,50€/ admirateur de Combas... « Même si ce gratuit (-18 ans), www.letouquet-musee.com dernier ne le sait pas ». Flora Beillouin
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Un esprit japonais
On sort la vaisselle Entre la Belgique et le Japon, c’est une longue histoire d’amitié : voilà 150 ans que les deux pays ont noué des relations diplomatiques. Pour fêter cet anniversaire, le Musée royal de Mariemont vivra une année durant à l’heure nippone. Une plongée dans l’époque Edo pour commencer ? Il a suffi de piocher dans le riche fonds de cette institution si chère à Raoul Warocqué – son dernier propriétaire – pour honorer le sujet. Ici reposent en effet de remarquables céramiques japonaises. Celles rassemblées par Gisbert Combaz (1869 - 1941). Connu pour ses affiches, le Belge fut aussi un grand orientaliste. Voici donc dévoilés 47 trésors de sa collection personnelle, datant de l’ère Edo (1603 -1868), âge d’or des arts. Il y a là des objets décoratifs (ou okimonos), d’importance modeste certes, mais pas des babioles non plus (!) quand on sait qu’ils inspirèrent à Camille Claudel, notamment, ses Causeuses. Et puis des vases, des bouteilles de saké et, surtout, des ustensiles – bols ou jarres – utilisés lors de la cérémonie du thé. « On trouve peu de porcelaines, principalement des grès décorés selon les techniques de glaçures à la cendre », note Catherine Noppe, l’une des commissaires de l’exposition. Autant de pièces uniques qui ont été conçues dans des fours en terre. Rien d’anodin, car ces œuvres « ont grandement influencé les céramistes belges d’après-guerre ». Citons Antoine de Vinck, dont les créations sont présentées Un esprit japonais. Gisbert Combaz, la céramique dans une scénographie favorisant le d’Edo et la création belge dialogue entre les époques. Comme un Jusqu’au 10.04, Morlanwelz, Musée royal de Mariemont, tlj sf lun : 10h>17h, 5/2,50/2/1,25€/ pont jeté entre les cultures. Julien Damien gratuit (-12 ans), www.musee-mariemont.be
Vase à rincer les coupes – grès porcelaineux à couverte brune et décor de glaçure à la cendre – H. 9 cm – Japon – début 19e s. © Ancienne collection Gisbert
exposition
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A.M.O.U.R.
Une fin en soi(e) La Condition Publique accueille la première exposition monographique d’Erik Nussbicker. L’artiste français nous confronte à la Grande Faucheuse à travers une œuvre profondément spirituelle, conçue à partir de squelettes d’animaux et de mouches. « C’est une cathédrale » sourit l’artiste face à l’immensité de la halle B de l’ancienne manufacture textile. Le terme est bien choisi. Dans cet espace de 1 500 m2 une vingtaine de ses œuvres célèbre la vie après la mort, deux mondes qui s’équilibrent. Là, un crâne humain suspendu à la renverse qui, lancé dans un mouvement de balancier, émet un son (la voix, peut-être, de celui qui a occupé cette enveloppe). « C’est un psychopompe ». Soit, dans la mythologie, celui qui accompagne l’âme des défunts. L’artiste se mue ici en chamane, nous aidant à accepter notre (inéluctable) deuil. Rebaptisée A.M.O.U.R. après le 13 novembre, l’exposition nous enjoint de nous débarrasser de nos peurs ataviques pour mieux… vivre. Au centre du parcours trône La Grande sphère de « soi », une boule en soie de trois mètres de diamètre élevée au dessus du sol qui abrite des centaines de mouches. Celles-ci se métamorphosent, se nourrissent, s’agitent puis trépassent. Face à ce micro-monde qui bourdonne et contient à la fois la vie et la mort, le spectateur est invité à méditer. Puissante allégorie du temps et du vivant qui s’écoulent, l’œuvre – créée in situ – nous rappelle à notre condition humaine, notre 06.02>20.03, Roubaix, La Condition Publique, éternelle finitude. Elle renvoie chacun à sa mer>ven : 13h30>18h // sam & dim : 14h>18h, 2€, www.laconditionpublique.com propre conception de l’au-delà. Julien Damien
La Grande sphère de soi © Erik Nussbicker
exposition
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Agenda
Tim Yip – In Parallel
© Tim Yip Studio
Costumes, sculptures, vidéos, photographies… la palette artistique de Tim Yip est immense. à la hauteur de son talent, récompensé notamment d’un Oscar en 2001 pour son travail sur Tigre et Dragon. Car cet artiste chinois collabore avec les plus grands cinéastes (Ang Lee, John Woo, TsaiMing Liang…). Il a aussi œuvré pour Christian Dior et la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Pékin ! Un travail de l’ombre mis en lumière à la faveur de cette fascinante exposition. Amiens, 16.02>15.05, Maison de la Culture (hall Matisse et salle Giacometti), mar>ven : 13h>19h, sam & dim : 14h>19h, gratuit, www.maisondelaculture-amiens.com
Dessus Dessous
Groupe Lhoist
Annette Messager investit le Musée des beaux-arts et la Cité de la dentelle et de la mode de Calais pour créer 19 œuvres et installations. Le travail de cette figure de l’art contemporain, empreint de féminisme, mêle les formes et les matériaux, le tragique et le ludique. Dans Dessus Dessous, il est ainsi question d’odyssée, de déplacements, de Rodin mais aussi de mode, de couturières, de collants et de soutiens-gorge.
Leader mondial de la production de chaux, le groupe Lhoist a initié au début des années 1990 une conséquente collection de photographies. Outre la possession d’un important fonds de l’agence de presse Magnum Photos (citons Robert Capa, Martin Parr, Raymond Depardon), cette entreprise fondée au xixe siècle a aussi passé commande à des noms tels que Roy Arden, Elliott Erwitt ou Josef Koudelka. Un large éventail de ces images, documentaires ou conceptuelles, est aujourd’hui révélé à Charleroi.
Calais, jusqu’au 15.05, Musée des beaux-arts : tlj sauf lun : 10h>12h & 14h>17h // dim : 14h>17h, 4/3€ // Cité de la dentelle et de la mode : tlj sauf mar : 10h>17h, 5/3,50€ // pass 2 musées : 7/5€
Charleroi, jusqu’au 22.05, Musée de la Photographie, mar>dim : 10h>18h, 7/5/4€/gratuit (-12 ans), www.museephoto.be
Pierre-Yves Bohm, un artiste sous influences Ne pas se fier au titre : Pierre-Yves Bohm s’est toujours tenu en retrait des courants, cultivant une pratique artistique introspective, à l’écoute de ses émotions. Il veut que ses toiles « parlent au cœur, à l’âme » de ceux qui les regardent. En témoigne cette double exposition. Le Musée des beaux-arts d’Arras présente une cinquantaine d’œuvres de l’artiste roubaisien tandis que l’association L’Être Lieu, où il fut en résidence, révèle ses « objets-amulettes » créés avec des étudiants du lycée Gambetta. Arras, jusqu’au 18.04, Musée des beaux-arts, lun, mer, jeu, ven : 11h>18h, sam & dim : 10h>18h30, 7,50/5€/ gratuit (-18 ans), www.arras.fr // Jusqu’au 05.02, L’Être Lieu, visite guidée : lun, mar, jeu et ven : 18h>19h, gratuit, www.letrelieu.wordpress.com
78 théâtre exposition & danse
Agenda
Honte
Nicolas Karakatsanis, The Mark, 2013 © Courtesy Alice Gallery, Brussel
Situé au cœur du plus ancien centre psychiatrique de Belgique, le musée Dr. Guislain propose des manifestations au croisement de l’art et de la science. L’institution gantoise s’intéresse cette fois à la honte. Une centaine de pièces (peintures, sculptures, photos et vidéos) nous dévoilent ses déclinaisons à travers les âges et les sociétés. Sans tabou ni pudibonderie, mais avec beaucoup d’à propos. Gand, jusqu’au 29.05, Musée Dr Guislain, mar>ven : 9h>17h // sam & dim : 13h>17h, 8/6/3/1€/ gratuit (–12 ans)
Dansez, embrassez qui vous voudrez Le Louvre-Lens rend hommage au goût français et au bonheur de vivre en célébrant la Fête galante et la pastorale. Répondant à une soif de liberté durant la Régence, ces sujets furent d’abord popularisés par Antoine Watteau. Peintures, mobilier, céramiques, tapisseries, costumes… dans une scénographie bucolique, l’exposition réunit quelque 220 œuvres qui témoignent, simplement, de la joie et des délices de l’amour. Lens, jusqu’au 29.02, Louvre-Lens, tlj (sf mar) : 10h>18h, 10/5€/gratuit (-18 ans), www.louvrelens.fr
Ceci n’est pas l’Europe ! Coproduite par le Mons Memorial Museum et l’association Cartooning for Peace (créée par Plantu et Kofi Annan) cette exposition rassemble 120 caricatures. Teintées d’ironie, d’humour ou d’émotion, ces œuvres d’auteurs européens (Pierre Kroll, Nicolas Vadot, et bien sûr Plantu) russes ou américains suscitent le débat. Ces petits dessins nous invitent notamment à réfléchir sur les grands desseins qui agitent une Europe en pleine crise identitaire. Mons, 21.02>26.06, Mons Memorial Museum, mar>dim : 10h>18h, 6/4€, www.monsmemorialmuseum.mons.be
Amedeo Modigliani, l’œil intérieur C’est l’une des expositions phares de ce début 2016 dans l’Eurorégion. Le musée d’art moderne de Villeneuve d’Ascq expose plus d’une centaine de peintures et dessins de Modigliani. Issus du monde entier, ceux-ci sont accompagnés de la vingtaine d’œuvres – dont une sculpture rare – que possède le LaM, qui jouit de l’une des plus belles collections françaises de l’artiste italien. Evénement rare, donc immanquable. Villeneuve d’Ascq, 27.02>05.06, LaM, mar>dim : 10h>18h, 10/7€, www.musee-lam.fr
80 thÊâtre & danse
O Marlene Monteiro Freitas
Le diable au corps Texte Marie Pons Photo Guintche © Laurent Paillier
Marlene Monteiro Freitas est un phénomène. Sous une chevelure de jais, elle hypnotise en mettant en scène des pièces telles des chimères sorties d’un tableau surréaliste. Rencontre avec une chorégraphe qui manie avec finesse l’excès et la folie.
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lle a grandi au Cap-Vert où, dit-elle « la danse et la musique font partie de la vie. Elles me constituent. » Marquée par le rituel du carnaval, Marlene a très tôt livré un travail énergique, traversé par les couleurs, les masques... Dans le solo Guintche (2010), elle pose d’ailleurs cette question : comment devenir quelqu’un d’autre tout en restant soi-même ? Elle poursuit sa réflexion sur la métamorphose via le maquillage, des grimaces exubérantes, des corps peints en noir ou blanc. Depuis, chaque création donne lieu à des tableaux débridés. C’est ce mélange des genres transgressifs, brouillant les codes entre la beauté et le laid qui l’intéresse. Feu sacré – Interprète d’une puissance rare, mémorable lorsqu’elle incarne Prince dans (M)imosa, elle cherche à « abolir le sens pour accéder aux émotions brutes ». L’hybridation demeure son credo, ses pièces débordent de références plastiques, mais sont portées par une imagination fertile, vraiment singulière. Elle ajoute, hilare : « au travail, je suis animée par la curiosité et le désir. Je suis un peu amoureuse de mes collaborateurs par exemple ». Au Tandem, la Capverdienne libère le très 100% Marlene Monteiro Freitas, animal personnage de Guintche, orchestre 02>05.02, programme complet : www.tandem-arrasdouai.eu un bal de statues dans D’ivoire… et livre sa nouvelle création, le rugissant Jaguar, avec Guintche, 02.02, Arras, Théâtre, 21h, 8€, (+ Dancehall Montego Bay ou Tutuguri, 10€) la complicité d’Andreas Merk. L’ensemble Jaguar, 03.02, Douai, Hippodrome, 20h, 8€ est servi par des interprètes hauts en cou(+ Arrastão, 10€) The Part (Antinija Livingstone), 04.02, Arras, leur : les turbulents Cecilia Bengolea et Théâtre, 21h15, 8€ (+ La Tarara François Chaignaud, le danseur brésilien + Sforzanduo/Täglich : 15€) D’ivoire et chair, les statues souffrent aussi, Lander Patrick, et la techno-orientaliste 05.02, Douai, Hippodrome, 20h, 8€ d’Omar Souleyman. Une équipée sauvage ! (+ Omar Souleyman : 10€)
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© SRS
théâtre & danse
Orestie (une comédie organique ?) 20 ans après sa création, Roméo Castellucci ressuscite Orestie (une comédie organique ?). Adaptation des trois pièces d’Eschyle (Agamemnon, les Choéphores, les Euménides), ce spectacle donne à voir un théâtre émotionnel et fondé sur la totalité des arts. Sur le plateau : une chèvre éviscérée pendue à un crochet, une Clytemnestre obèse, un Apollon ailé aux bras amputés, un Agamemnon trisomique, des singes qui crient… Ces scènes restituent la violence de la tragédie grecque, comme autant de tableaux vivants de Francis Bacon redessinés par une Alice aux pays des merveilles SM. C’est à la fois grandiose et obscène, sublime et hideux. J.D. 03>05.02, Villeneuve d’Ascq, La Rose des Vents, mer & ven : 20h, jeu : 19h, 21>12€, www.larose.fr (déconseillé aux moins de 16 ans) // 10>12.03, Anvers, deSingel, 20h, 28>8€, www.desingel.be 26 & 27.04, Douai, Hippodrome, 20h, 20>9€, www.tandem-arrasdouai.eu
Mouvinsitu © Gérald Lucas
On est tous des quelqu’uns Ce festival nous confie des petites histoires (qui font les grandes), des tranches de vie racontées par des comédiens… Bref, il s’agit d’entendre l’autre « qui est un continent à lui tout seul » pour citer Gilles Defacque. Dans Bien heureux sont ceux qui rêvent debout sans marcher sur leurs vies, Boris Gibé et Florent Hamon donnent ainsi corps aux péripéties de deux pauvres hères qui se débattent dans leurs rêves. Une fable métaphysique et dansée que l’on regarde les yeux grands ouverts. J.D. Jusqu’au 05.02, Lille, le Prato, 17€ > gratuit, www.leprato.fr Prog : 01.02 : La Théorie de l’Esprit (J. Leclere) // 02.02 : Bégaiements (G. Defacque) // 05.02 : Bien heureux sont ceux qui rêvent debout sans marcher sur leurs vies (B. Gibé & F. Hamon)
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Sexe machine Après Happy Slapping et Dans le ventre, Alexandre Drouet continue de sonder notre rapport aux images. En particulier celles, sans filtres, qui circulent en ligne. Sa nouvelle pièce, créée au Théâtre de Poche, nous entraîne dans les coulisses peu reluisantes de l’industrie pornographique. « à un moment de ma vie j’ai regardé pas mal de porno, comme beaucoup d’hommes de ma génération ». Alexandre Drouet l’admet sans détour : longtemps il ne s’est pas questionné sur l’envers de ces milliers d’images disponibles en deux clics. Jusqu’à ce qu’il découvre Plainte contre X (2013), premier texte théâtral de la romancière et comédienne Karin Bernfeld : « une claque ! ». Voilà donc Estelle. Pas encore majeure, elle tourne le premier de ses 300 films pour adultes. Entre-temps, il y aura eu des viols et une progressive distanciation vis-à-vis de son corps. Contrairement aux cadres serrés et coupes au montage de rigueur, ce monologue ne cache rien de la réalité sordide des tournages X. « Le point de vue d’Estelle est parfois extrême, reliant le porno à la culture du viol. En tant que créateur, je prends plus de distance », affirme le metteur en scène. Derrière Emilie Maréchal, son interprète, il place un écran sur lequel on voit défiler différents « consommateurs », du couple en quête de sensations au quinquagénaire effroyablement isolé. « En diffusant des images brutes, sans le son, j’essaie de montrer sans condamner et de susciter le débat. A-t-on réellement envie 16>27.02, Bruxelles, Théâtre de Poche, mar>sam : 20h30, 19>8€, poche.be de ce porno ultra-violent et humiliant ? ». (à partir de 18 ans ou 16 ans avec un accompagnateur) Telle est la question. Marine Durand
© DR
Plainte contre X
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Dédo Sa dégaine de hardos ne fera pas de lui le gendre idéal. Ils seront nombreux à frémir devant tant d’humour noir. Il faut dire que l’ancien du Jamel Comedy Club bouscule son public. De son premier stand-up, Prince des Ténèbres, à son nouveau né Killing Joke - Part I, Dédo balance d’un air faussement stoïque des remarques délicieusement déplacées en n’oubliant personne. Un exemple ? « Attention, j’ai rien contre les vieux ! J’aimerais juste qu’on instaure une date de péremption… à un moment faut savoir mourir. » Ah non, pas les personnes âgées ! S.A. 05.02, Louvroil, Espace Culturel Casadesus, 20h, 12/10/8€, www.espace-casadesus-louvroil.com
© David Wolff-Patrick
Thomas Ngijol En parlant du Jamel Comedy Club ! Passé de la case d’humoriste estampillé Canal+ à celle d’acteur réalisateur, Thomas Ngijol fait désormais partie des grands du rire, comme dirait Drucker. Si sa filmographie ne fait pas l’unanimité, sur scène il met tout le monde d’accord. Avec ce spectacle sobrement intitulé 2, ce pendant français – osons les grands mots – d’Eddie Murphy, prouve qu’il n’a rien perdu de son mordant, déballe ses vannes avec un flow qui force le respect. Libérateur. S.A. 12.02, Lille, Th. Sébastopol, 20h, 37>29€, www.theatre-sebastopol.fr 22.02, Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 37>28€, cirque-royal.org
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Edgar Paillettes
Le magnifique Jeune public
Il était une fois Simon Boulerice, écrivain québécois qui, lors d’un atelier du théâtre de La Manivelle, rencontra un enfant fascinant et bien singulier, nommé Edgar. De cette rencontre naquit Edgar Paillettes, d’abord un roman (prix des libraires du Québec 2014) puis une pièce pour le jeune public. Mais qui est donc cet Edgar Paillettes que tout le monde aime ? C’est un petit gars de sept ans qui se déguise chaque jour en un personnage nouveau : super-héros, cowboy, chien, aviateur ou même en homme-grenouille ! Tout le monde rit des blagues et des facéties de cet enfant toujours joyeux qui parle en poèmes, roi de la comédie et de l’esbroufe ; même la célèbre fée des dents lui accorde des droits exceptionnels… De son côté Henri, son grand frère, est un garçon bien ordinaire toujours habillé en tee-shirt et jean. Difficile pour lui de trouver sa place auprès de son exubérant cadet, au centre de toutes les attentions de la famille. Alors, Henri se met à comploter et rêve de devenir lui aussi… Henri Paillettes. Voici une fable lumineuse qui mêle avec justesse théâtre et vidéo. Fruit d’une collaboration internationale (France, Québec, Belgique), créée avec une double distribution pour tourner des deux côtés de l’Atlantique, cette pièce aborde avec légèreté la question de la singularité et de la fratrie. Les spectateurs le comprendront peu à peu : 24.02, Villeneuve d’Ascq, la Rose des Vents, 17h, 12/6€, Edgar est un enfant différent. dès 7 ans, www.larose.fr 05.03, Wasquehal, Espace culturel Gérard Philipe, 17h, Une belle leçon d’humanité et 8>5€, www.lamanivelletheatre.com d’amour à partager en famille. 25.03, Hazebrouck, Centre A. Malraux, 20h30, 7>4€, Patricia Gorka
www.centreandremalraux.com 26.04, Bruay-la Buissière, Espace Grossemy. 19h, 8>5€…
© Frédéric Iovino
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© Philippe Savoir
théâtre & danse
Fumiers
Tiens, voilà du purin Librement adaptée d’un épisode de l’émission Strip-tease – donc d’une histoire vraie – cette pièce nous met le nez dans le caca. Plus précisément autour d’un gros tas de fumier autour duquel se cristallise un improbable conflit de voisinage, aussi bête que méchant. L’affaire se déroule dans le village fictif de Brioux-Saint-Juire, un petit bout de campagne française. Tranquille ? Pas tout à fait... Ici, on vit au rythme d’une guerre nauséabonde. Voici Nicole, alerte agricultrice de 75 ans. Celle-ci s’évertue chaque matin à élever avec sa brouette un immense tas de fumier dans la cour commune, sous les fenêtres de Serge et Liliane (« la blondasse »), des retraités parisiens qui habitent la ferme mitoyenne… Pourquoi tant de haine ? Jalousie ? Lutte des classes ? Parce que Nicole, « c’est une malaaade ! » hurle Serge. Au fond, peu importe la raison de la querelle. « C’est l’exploration du conflit qui m’intéresse, d’observer comment ces gens prennent un plaisir fou à se déchirer », selon le metteur en scène, Thomas Blanchard. Tombé par hasard sur cet épisode de Strip-tease, cet ancien pensionnaire de la Comédie Française y a de suite vu matière à fiction. Personnages zélés, dialogues savoureux… tous les ingrédients de la farce sont là. Une propension à la rage si absurde qu’elle vire au grotesque. Jusqu’à l’effroi. Fumiers, à bien y regarder, « raconte quelque-chose de fort sur notre société : comment on peut encourager une forme d’extrémité, via un bulletin de vote par exemple… ». Un merdier bien dans l’air du temps. 25 & 26.02, Valenciennes, le Phénix, 20h, Julien Damien
22>9€, www.lephenix.fr
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Agenda
La Tempête W. Shakespeare / T. Roisin / Beaux-Quartiers / Coll. Béneeré
© Ruphin
Prospero, duc légitime de Milan, vit exilé sur une île. Magicien à ses heures, il se venge des hommes qui l’ont dépossédé de son duché en déclenchant une tempête… C’est la première fois que Thierry Roisin adapte une pièce de Shakespeare. Il a décidé de mêler sur scène acteurs français et burkinabé. Parmi eux : Ousmane Bamogo, star du rire en son pays, qui sert magnifiquement un spectacle drôle et inventif, ponctué de chants et de musique. 04 & 05.02. Dunkerque, Le Bateau Feu, jeu : 19h // ven : 20h, 8€, www.lebateaufeu.com
Révolte
Exit
Alice Birch / Arnaud Anckaert (Théâtre du Prisme)
Fausto Paravidino / Fabrice Gardin
Sans observer une totale continuité, les séquences de cette pièce partagent toutes le même thème : le féminisme. Sur scène six comédiens brassent une tripotée de sujets : l’image du corps, le porno, le viol, le mariage, le travail... Ce puzzle théâtral est une injonction à la révolution mais aussi une étude hilarante des rapports qu’entretiennent les hommes et les femmes, quels qu’ils soient.
Un homme et une femme s’aiment, se séparent, vivent d’autres relations, avant de se retrouver. Un pitch simple sur l’usure du couple et sa complexité, mais traité avec humour. Entre des dialogues savoureux s’intercalent flashbacks et comique de répétition, une écriture propre au dramaturge italien Fausto Paravidino. Une pièce intelligente, parfois cruelle, évoquant à la fois Feydeau et Woody Allen.
02>05.02, Béthune, la Comédie de Béthune, 20h, 20>6€, www.comediedebethune.org
10.02>06.03, Bruxelles, Théâtre des Galeries, 20h15 (sf dim : 15h), 25>10€, www.trg.be
Children of Nowhere (Ghost Road 2) Fabrice Murgia / Cie Artara / Dominique Pauwels
Créé au Chili, ce spectacle raconte l’histoire de Chacabuco, un village minier transformé en 1973 en camp de détention, dans le désert d’Atacama (devenu un ghost town). Fabrice Murgia évoque les souvenirs, la question identitaire chilienne mais aussi européenne. Sur scène, des témoignages filmés de survivants répondent à un texte onirique, soutenu par un quatuor de violoncelles. Poétique et glaçant. Jusqu’au 06.02, Bruxelles, Théâtre national, 20h15 (sf mer : 19h30), 20>11€, www.theatrenational.be // 16.02, Bruges, Cultuurcentrum, 20h, 15>9€ // 23>24.02, Namur, Théâtre, 20h30, 21,50>6,50€, theatredenamur.be
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Agenda
Si tu me survis…
Ludovic Barth et Mathylde Demarez (Clinic Orgasm Society)
© Eric Petersen
Les punks de la Clinic Orgasm Society se penchent sur la vieillesse, ce moment si redouté où « notre vie est derrière nous ». Ludovic Barth et Mathylde Demarez nous donnent rendez-vous dans 30 ans, en 2046, collaborant ainsi avec deux personnes qui n’existent pas encore : eux à l’âge de 70 ans. Ce spectacle protéiforme (vidéos, sons, dessins…) fait cohabiter ces mondes et quatre personnages joués par deux acteurs (si vous suivez bien), instaurant un dialogue intergénérationnel bien barré. Jusqu’au 06.02, Bruxelles, Théâtre Varia, 20h30 (sf mer : 19h30), 18>7€ // 16>19.02, Mons, Théâtre le Manège, 20h, 11€
Pixel
Fumistes !
Mourad Merzouki / Cie Kâfig
Jean-Marc Chotteau / Éric Leblanc & Christian Debaere
Familier des créations hybrides, Mourad Merzouki pousse la recherche encore plus loin avec Pixel. Il s’offre ici les services d’un duo spécialisé dans les arts numériques. Projetées sur un voile transparent ou sur scène, des vidéos entament un dialogue virtuose avec 11 interprètes venus du hip-hop ou de la contorsion. Poétique, ce ballet croise danse et mapping, et le public ne sait plus si les images sont enregistrées ou dirigées en temps réel. 18.02, Charleroi, Palais des B-A, 20h, complet ! // 19.04, Roubaix, le Colisée, 20h30, 37>10€, www.coliseeroubaix.com // 26 & 27.04, Valenciennes, Le Phénix, 19h, 22>9€, www.lephenix.fr
Les Zutistes, Fumistes et autres Jemenfoutistes qui peuplent ce spectacle sont des clubs littéraires qui ont existé, sorte de cercles de poètes potaches empreints de surréalisme, annonçant Dada et consorts. Cette pièce s’appuie sur des textes d’humoristes de la Belle époque, dont Charles Cros et Alphonse Allais. Éric Leblanc, Christian Debaere et Jean-Marc Chotteau en ont extrait des monologues, joués avec un humour faisant la part belle aux jeux de mots. 23 & 24.02, Tourcoing, la Virgule, mar : 19h30, mer : 20h30, 20>8€, lavirgule.com
A la recherche des canards perdus Frédéric Ferrer / Cie Vertical Détour
Comment mesurer la vitesse du réchauffement climatique dans l’Arctique avec des canards en plastique ? Frédéric Ferrer nous répond à travers une conférence aussi absurde que nourrie de vrais travaux scientifiques. Armé d’un rétroprojecteur et d’un humour pince-sans rire redoutable, ce géographe de formation débite des hypothèses plus farfelues les unes que les autres. Notre homme n’est pas spécialiste du climat – ni de quoi que ce soit d’autre – mais il est hilarant. 23.02, Aulnoye-Aymeries, 232 U, 20h, 11/8€, www.lemanege.com
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Le canard sauvage
© Elisabeth Carecchio
Henrik Ibsen / Stéphane Braunschweig
Faut-il, sous prétexte de quête d’absolu et de vérité, tout dire, au risque de briser des vies fussent-elles bâties sur le mensonge ? Voici la question que pose Ibsen dans cette pièce créée en 1884. De retour dans sa ville natale, Gregers l’idéaliste révèle au grand jour les secrets d’une famille pourtant heureuse. La mise en scène très moderne de Stéphane Braunschweig nous rapproche de cette universelle question. Alors, bonheur ou vérité ? 23>25.02, Douai, Hippodrome, 20h, 20>9€, www.tandem-arrasdouai.eu
Roses
Germinal
William Shakespeare / Nathalie Béasse
A. Defoort et H. Goerger / L’Amicale de Production
Nathalie Béasse s’attaque à un monument shakespearien tout en livrant sa propre vision. Mettant en scène sept comédiens-danseurs qui interprètent 39 personnages, elle laisse place au langage du corps et aux images. Ici, elle se concentre sur la tragédie pour l’ancrer dans le quotidien, matérialisé par une table immense autour de laquelle la famille se déchire. Ce qui l’intéresse ? « La place de l’individu dans un groupe et ce que la cruauté y génère ».
Certes, ce Germinal-ci n’a rien à voir avec Zola ou le bassin minier. Cette pièce d’Antoine Defoort et Halory Goerger décortique les ressorts de la dramaturgie, l’histoire des sciences et des structures sociales. Sur ce plateau vierge, tout est à (ré)inventer : quatre individus silencieux découvrent la lumière, l’image, la musique, l’ordinateur ou le téléphone. Cette œuvre fut qualifiée de spectacle vivant numérique.
25.02, Armentières, le Vivat, 20h, 21/14/7€, www.levivat.net
26>28.02, Lille, maison Folie Wazemmes, ven & sam : 20h, dim : 18h30, 16/12/5 € (-12 ans) // 04.05, Turnhout, De Warande… // 07 & 08.05, Ostende, Cultuurcentrum de Grote Post…
Festival le Petit Moi(s) Le Festival Le Petit Moi(s) embarque les plus jeunes spectateurs (dès 2 ans) dans des récits passionnants. Ils découvrent ainsi La véritable histoire de Guillaume Tell, qui tente de se faire une place entre Captain America et Iron Man… Eh oui, difficile de s’imposer lorsqu’on est différent. Il faut apprendre à se connaître et à s’accepter, comme le démontre cette belle adaptation du Vilain petit canard par la compagnie Absolument Productions ! Jusqu’au 02.03, Lomme, maison Folie Beaulieu, divers horaires, 3€, programme complet : www.ville-lomme.fr
98 le mot de la fin
John Holcroft – Passé maître dans l’art délicat de la satire, cet Anglais collabore avec des journaux tels que The Guardian ou The Economist. Politique, travail, réseaux sociaux, rapport à l’argent… Ses illustrations teintées d’une esthétique rétro démontent avec ironie nos modes de vie, comme en témoigne cette définition du bonheur en kit. johnholcroft.com