L’ETA frappe près du stade du Real Madrid
EDITION DE METZ
83e année - N° 103
Fondateur Victor DEMANGE
jeudi
1,07 €
2 mai 2002
EN « ÉTRANGER »
7,00 F
1,3 million de manifestants en France
Photo Karim SIARI
1,3 million de manifestants, dont 400 000 à Paris : la mobilisation contre l’extrême droite du 1er Mai a dépassé les espoirs des syndicats et associations. Un raz-de-marée anti-FN a déferlé hier sur la capitale, alors que Jean-Marie Le Pen rassemblait 10 000 partisans le matin. La province n’a pas été en reste avec 900 000 personnes, dont 30 000 à Nancy (ci-contre). En Moselle, les syndicats transfrontaliers avaient choisi Thionville comme point de ralliement (ci-dessous).
La déferlante anti-FN
Festival italien au Circuit des Mines
Photo Clotilde VERDENAL
Nicolas Vogondy, Jimmy Casper et l’Australien Baden Cooke ont permis à la Française des Jeux de remporter les trois dernières étapes du Circuit des Mines. Il était cependant trop tard pour remettre en cause la victoire finale du jeune Italien de la Mapei Gian Paolo Cheula (photo), accueilli, comme il se doit, hier à Hayange où se jugeait l’arrivée.
ARTICLES EN « RÉGION », REPORTAGES DE FRANCIS KOCHERT ET MICHEL BITZER EN « FRANCE » ET CI-DESSOUS NOS COMMENTAIRES Photo Pierre HECKLER
EN «S PORTS »
RÉGION
Lame de fond
Photo Thierry NICOLAS
On ne peut qu’être rassuré par une telle déferlante si elle constitue le signe annonciateur d’une renaissance de l’esprit républicain et représente l’acte fondateur d’une génération accédant, à sa manière, au civisme et au sentiment d’appartenance à la collectivité nationale. Il faut des actes symboliques pour valider, à intervalles réguliers, le contrat social. Celui-ci semblait caduc. La journée d’hier l’a régénéré. Une lame de fond, aussi imposante soit-elle, ne préjuge cependant en rien des jeux politiques à venir. Ce 1er Mai annonce certes une confortable réélection de Jacques Chirac à la présidence de la République. Mais il ne semble pas marquer une prise de conscience particulière de la droite parlementaire, dont l’absence, hier, a été criante. Comme si l’Élysée acceptait par avance les voix de la gauche au deuxième tour mais en aucun cas les obligations qui en découlent. Corroboré par les petites stratégies en vue des législatives, ce comportement frileux confirme que la France est encore loin de disposer de la droite la plus brillante au monde.
Il avait découpé sa victime : 18 ans de réclusion à Metz Près de Saint-Avold : caniche tué par un pitbull La révision du procès de Joël Pierrot en bonne voie Première journée de travail pour Patrick Dils Route : un mort près de Metz
EN « INFORMATIONS GÉNÉRALES »
Peste porcine : neuf élevages redoutent le résultat des analyses
EN « RÉGION »
Nains de jardin footballeurs
Philippe WAUCAMPT.
Ramallah : Israël lève le siège d’Arafat
Fiesta sur glace Valses, sambas, costumes chamarrés se sont enchaînés sur la glace du Galaxie d’Amnéville deux jours durant. Devant dix mille spectateurs, les patineurs de « Holiday on Ice » ont recréé deux siècles de fêtes et de musiques.
Photo Laurent MAMI
Après le séisme du 21 avril, le raz-de-marée du 1er Mai. La journée était à hauts risques, les deux France sorties des urnes au premier tour de la présidentielle défilant le même jour à Paris pour cette fête du Travail aux enjeux si différents des autres. Non seulement le pire n’a pas eu lieu entre Bastille et Opéra, mais un message particulièrement fort a été délivré ailleurs, dans nos provinces aux origines et traditions si diverses : on a manifesté partout, jusque et y compris dans nombre de villes moyennes où les jours fériés, habituellement, n’en finissent pas d’étirer l’ennui confortable des siestes post-prandiales. Si le pays s’est mobilisé aussi massivement pour marquer à l’avance quel sera son choix de dimanche, s’il a voulu conjurer aussi publiquement sa mauvaise conscience abstentionniste du premier tour, c’est pour affirmer ce qu’au moins il ne veut pas : une nation hypocondriaque et repliée sur elle-même, une France refusant de relever les défis de l’ouverture à l’Europe et au monde, une communauté fermée au brassage et à l’intégration, même si cette dernière manifeste d’évidentes difficultés de fonctionnement.
L’analyse de Meyrieu avant Metz-Lorient
Découverte insolite, hier, à Héming : 202 nains de jardin ont été déposés durant la nuit sur le terrain de football. Cette plaisanterie, revendiquée par un coup de téléphone anonyme, marque le retour des « libérateurs » de nains au Pays de Sarrebourg, où ils avaient déjà réussi plusieurs opérations spectaculaires. EN « RÉGION »
Lombard & Associés Metz
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FC Metz : les héros de la montée refusent la descente
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saison 2001 I 2002 mercredi 15 mai I 20h30 Danse + Musique en scène Twelve Seasons I Michèle Noiret
avenue Ney Metz 33(0)3 87 39 92 00 www.mairie-metz.fr/arsenal
A R S E N A L
0324
Région
A
UN 1er MAI CONTRE L’EXTRÊME DROITE
Jeudi 2 mai 2002
Plus de 40 000 manifestants dans plusieurs villes de Lorraine, 20 000 en Alsace… la région Est a connu, hier, une mobilisation exceptionnelle pour un 1er mai.Du jamais vu de mémoire de militant. Il est vrai qu’au fil des ans les manifestations syndicales célébrant la Fête du travail faisaient profil bas, plombées par des divisions chroniques entre les différentes organisations.Un constat qui donne toute sa dimension au caractère exceptionnel des défilés et rassemblements qui ont parcouru, hier, la Lorraine. Longwy, Epinal, Bar-le-Duc, Pont-à-Mousson ont symboliquement protesté contre la percée du FN. Mais c’est bien Nancy qui emporte le tableau d’honneur de cette mobilisation. Avec 30 000 participants, la Cité ducale a rassemblé son cortège le plus important depuis la Libération.
NANCY
Depuis quelques jours le doute instillait son venin, au point de lézarder le camp républicain : exaspération pour exaspération, le cortège quotidien des manifs n’allait-il pas renforcer la détermination du vote en faveur de l’extrême droite, au second tour dimanche ? Sur le front contre l’extrême droite, les jeunes militants gaullistes ne sont pas les seuls à avoir exprimé ainsi leurs réserves. Dans le collimateur, « les groupuscules d’extrême-gauche » accusés de « récupérer », voire « d’instrumentaliser », l’élan spontané d’une partie de la jeunesse toujours prompte à prendre la rue comme témoin de son indignation.
THIONVILLE
La plus grosse affluence « Pour l’emploi » et depuis la Libération « contre la haine » Trente mille, voire plus, hier matin dans les rues de Nancy pour dire non au Front national. La ville a connu la plus grosse manifestation depuis la Libération. Toutes tendances confondues.
Front contre "Front"
Xavier BROUET.
« 30 000, 40 000, c’est bien », a constaté le maire de Nancy depuis l’hôtel de ville : « C’est la plus grosse manifestation depuis la Libération ».
Photos Clotilde VERDENAL
Il en va ainsi des manifs, qu’elles offrent aux minorités les plus tapageuses la bonne occasion de déplier calicots et slogans en leur conférant une importance boursouflée par l’effet de foule. Mais la présence de bannières gauchistes et libertaires n’impliquent pas, loin s’en faut, l’adhésion de la majorité des participants résolument étrangère à cette radicalisation. Conscients de ce danger, les organisateurs du sursaut anti-frontistes ont décidé de redonner son lustre aux symboles de la République. Peu à peu les drapeaux tricolores ont supplanté les drapeaux rouges, dans les manifs, et la Marseillaise a recouvert l’Internationale dont la captation soviétique a fait oublier qu’il fut, lui aussi, un chant révolutionnaire français dont l’auteur est le poète Eugène Pottier. Front contre "Front", sans doute les premiers entendent-ils rappeler que les valeurs de la République peuvent compter sur le relais de la jeunesse. Bien décidée qu’elle est, semble-t-il, à redescendre sur le pavé le triptyque parfois trop haut perché, au fronton de nos mairies : "Liberté, égalité, fraternité".
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NANCY. — Rubben, bientôt 15 ans, a récupéré un calicot anti le Pen que son père avait brandi il y a quelques années lors de la campagne des européennes. L’adolescent était là hier matin dans les rues de Nancy avec Rachel une amie. « Au collège on nous dit qu’il faut attendre d’avoir 18 ans pour voter. Moi je pense que c’est dès maintenant qu’il faut avoir une conscience politique ». Comme Maxime, 10 ans qui a exhumé un drapeau tricolore de la Coupe du monde de foot, il étaient des milliers hier matin dans les rues de Nancy, des milliers de jeunes et de moins jeunes, près de 30 000, à crier leur opposition aux thèses du Front national.
« Vieille mais pas amnésique » De la place de la République, où ils s’étaient donné rendez-vous, les manifestants se sont étirés jusqu’à la Place Stanislas en un interminable cortège bigarré marchant au rythme d’une fanfare de percussions afro-brésilienne. Il y avait ceux qui se plaçaient sous les drapeaux des syndicats, de la CFDT, la CGT, de la LCR, ou du Parti communiste, les élus socialistes défilant sous leur bannière et des milliers d’autres venus, comme Mo-
nique 67 ans, à titre personnel, comme citoyens indignés et inquiets. Elle a épinglé sur son imperméable une affichette teintée d’humour « Vieille mais pas amnésique ». « Je suis née en 1934. Je ne pourrai jamais oublier le jour où dans la classe on est venu chercher deux enfants qui portaient l’étoile jaune ». Les politiques sont là aussi. André Rossinot, et tout son conseil municipal, ainsi que la plupart des élus de l’agglomération, gauche et droite confondus, ceints de leur écharpe tricolore, les conseillers généraux du sud du département étaient en milieu du cortège.
« C’est bien » Arrivé place Stanislas, le maire de Nancy a jeté un coup d’oeil sur la place depuis son bureau pour évaluer le nombre des manifestants avant d’ouvrir son balcon aux représentants syndicaux qui ont déroulé trois banderoles portant les mots « Liberté-égalité-fraternité ». Des dizaines de drapeaux tricolores et européens ont été accrochés à toutes les fenêtres de l’hôtel de ville, pour dire que les couleurs nationales n’étaient pas l’apanage du FN. « 30 000, 40 000, c’est bien, constate
Six mille personnes selon les autorités, dix mille selon les organisateurs… Qu’importe. L’esprit était là à Thionville sous la bannière de « l’emploi » mais aussi du « refus de la haine ». Union et solidarité. Le tout sans heurt. THIONVILLE. — Une marée de drapeaux et dans les tout premiers rangs, l’OGB-L. Le syndicat luxembourgeois dans ses anoraks et coupe-vent rouges force le respect. Si nombreux et si solidaires de la France. Une représentation d’autant plus forte que le président du CSIConseil syndical interrégional, organisateur de la manifestation représentant l’ensemble des syndicats Saar-Lor-Lux, Trève et Palatinat ouest-, Jean-Claude Reding, est luxembourgeois et secrétaire général de l’OGB-L. Mais aussi et peut-être même surtout parce que le Luxembourg compte autant d’étrangers que de compatriotes sur ses terres. « Nous sommes solidaires avec les Français, nous Luxembourgeois, habitants d’un pays tout aussi terre d’accueil que le vôtre », affirment Claudia et René. Au côté de toutes les bannières syndicales luxembourgeoises, défilaient également des Allemands et des Belges. Sans oublier les Français. Evidemment. Syndicats de tous bords, associations et tant d’anonymes. Dès le départ, le défilé a pris des allures bon enfant. Son originalité résidant dans ce caractère multinational, multiculturel et multigénérationnel. Nombreux étaient les parents, jeunes, moins jeunes, parfois retraités, qui défilaient avec leurs enfants et même petits-enfants. « C’est audelà de la politique », soutient Sophie. L’Huma vendu à la criée, du muguet pour financer la campagne du PCF, des anciens tout heureux de se retrouver « comment tu
vas ? On fait un peu anciens combattants, non ? », des jeunes, radios sur l’épaule et cheveux ébouriffés… Autant de différences tournées vers un même combat. Karima, une Messine, avoue n’avoir pas senti venir le danger. « Je suis triste d’avoir à manifester contre Le Pen. Je ne pensais pas un jour avoir à le faire ». Autres mots pour exprimer un même sentiment avec Julienne, de Clouange : « Ça fait du bien de voir autant de monde. Je me sens solidaire ». Elle, son mari et son fils, le militantisme, ils connaissent. « J’ai adhéré au PCF dès 1973. Ce parti doit rester pour faire avancer le social malgré la claque qu’on a pris ». Son fils, 26 ans, animateur social, n’avait jamais adhéré au PC même s’il a toujours grandi dedans. Aujourd’hui, il est décidé à prendre sa carte. « C’est le moment où jamais ». Et les syndicats jouent l’union, ici transfrontalière. « C’est une formidable occasion pour nous faire entendre ». Faire entendre que les idéaux syndicaux sont à l’opposé des thèses de l’extrême droite, « qu’elles représentent un danger pour les milliers de travailleurs frontaliers ». Faire entendre que les emplois, les salaires, les retraites, la santé, l’éducation… restent les préoccupations premières des salariés. « Les résultats et l’abstention de ce premier tour témoignent d’une grave crise politique. Et d’une grave crise sociale ».
L. S.
le maire c’est la plus grosse manifestation depuis la Libération. C’est bien ». Un brin de muguet dans la pochette, une rose rouge à la main, barré lui aussi de son écharpe de maire, Michel Dinet, le président socialiste du Conseil général de Meurthe et Moselle demande « On est combien… ». Et puis il ajoute « Forcément aujourd’hui on n’est pas bien, mais ça réconforte de voir qu’on est si nombreux ». L’ampleur de la mobilisation, la diversité des manifestants, jeunes et moins jeunes confondus, c’est aussi ce qui rassure Shéhérazade, une étudiante en droit. « Dimanche soir on a eu la peur de notre vie. On a cru que tout le monde était raciste. Les gens se réveillent. Dimanche, il faut voter, voter Chirac. Aujourd’hui c’est un jour important. On pourra dire "on y était" ». Au balcon Philippe Faveaux de la CFDT appelle encore à voter dimanche contre « le racisme, la xénophobie, l’exclusion ». En bas la foule applaudit. Spontanément elle entonne la Marseillaise. Sur la statue de Stanislas, un émigré venu de Pologne, claque un drapeau tricolore.
M. R.
Au fil des manifestations Chiffon rouge à Woippy
Plus de 20 000 en Alsace STRASBOURG. — Plus de 20 000 personnes ont défilé dans toute l’Alsace hier matin derrière les banderoles syndicales. L’avantage donné à Jean-Marie Le Pen par les électeurs alsaciens au premier tour de l’élection présidentielle, où il est arrivé en tête avec 23,44 % des voix, a galvanisé ses opposants dans la région. La manifestation du 1er mai à Strasbourg a ainsi battu des records
pour un cortège à l’occasion de la Fête du Travail en rassemblant quelque 15 000 personnes pour le « progrès social, la démocratie et la solidarité internationale ». Dans le HautRhin, la manifestation la plus importante a été enregistrée à Mulhouse où plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans le calme. A Colmar, 1 500 personnes ont manifesté sans incident.
FO : cavalier seul METZ.— L’union départementale Force Ouvrière de la Moselle a tenu bon : il n’était pas question pour elle de se fondre dans la manifestation unitaire de Thionville. La secrétaire générale, Arlette Perray, s’en est expliquée au cours du meeting qui a rassemblé une centaine de militants hier matin à Metz. « Les manifestations unicitaires (sic) qui ont lieu actuellement sont-elles une solution crédible si dès le lendemain, on retombe dans le confort technocratique et dogmatique de la pensée unique, du dogmatisme, de la rigueur et de la soumission ? », a-t-elle lancé avant de développer chacun de ces thèmes. Arlette Perray a souligné avec insistance l’opposition de FO « aux thèses racistes, xénophobes ou antisémites », mais a justifié son refus de donner une consigne de vote notamment par le souci de l’indépendance syndicale : « Appeler à voter pour quelqu’un, c’est s’engager à le soutenir pour la durée de sa mandature ».
Photo Pierre HECKLER
Ils étaient des milliers hier matin dans les rues de Nancy, des milliers de jeunes et de moins jeunes, pour « un jour important ».
METZ. — La 7e édition de la fête du Chiffon rouge à Woippy a revêtu, hier, un caractère particulier, suite au score réalisé par l’extrême droite au premier tour de l’élection présidentielle. « Cette journée a aujourd’hui, une double signification », a notamment indiqué Gérard Walck, secrétaire général de l’Union locale CGT, organisatrice de la manifestation. « La traditionnelle fête du Chiffon rouge n’a pas oublié son caractère premier de journée internationale de lutte. C’est aussi une fête de la solidarité et aujourd’hui, une journée contre les idées fascistes, racistes, xénophobes et antisociales de Le Pen ». Très animée, la fête du Chiffon rouge a, hier, de nouveau attiré un nombreux public autour de ses spectacles, expositions et stands tenus par une quinzaine d’associations « qui, toutes, militent dans le même sens que nous. » Thionville n’avait plus connu cette ambiance exaltée pour un 1er mai, depuis longtemps. Hier, dans un calme exemplaire, six mille manifestants ont défilé pour une Europe sociale et contre Le Pen.
• FREYMING-MERLEBACH : Hier matin, un peu plus d’une centaine d’élus de Freyming-Merlebach, Forbach, Cocheren, Farébersviller ou encore de Behren-lès-Forbach ont répondu à l’appel du député PS Roland Metzinger et sont venus manifester en silence devant la mairie de Freyming-Merlebach. • PONT-A-MOUSSON : 700 manifestants sont descendus dans la rue hier matin. Un chiffre record pour la ville qui n’avait plus connu de rassemblement unitaire depuis longtemps. Le défilé s’est formé à l’appel d’un collectif appelé Citoyens, notre pays est en danger !, et créé à l’issue du premier tour des présidentielles, par des associations, syndicats et partis de gauche.
France
F*
1 Mai du refus : mobilisation record er
La France a connu, hier, une mobilisation sans précédent contre l’extrême droite : 1,3 million de personnes ont manifesté dans le calme pour le 1er Mai. Jean-Marie Le Pen a quant à lui rassemblé de 10 000 à 20 000 partisans. Avec 900 000 manifestants dans près de 400 rassemblements en province, et 400 000 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur, il faut remonter « au moins au début des années 1970 » pour retrouver autant de monde dans les rues à l’occasion de la Fête du Travail. Selon les pointages de la police, il y avait plus de 50 000 personnes à Grenoble et Lyon, 45 000 à Toulouse, 38 000 à Bordeaux, 35 000 à Rennes, 30 000 à Nancy, Marseille et Nantes, ou encore 15 000 à Strasbourg. Dans la capitale, les centrales syndicales (CGT, CFDT, FSU, UNSA) et une soixantaine d’associations avaient appelé à défiler sous le double mot d’ordre « ensemble pour le progrès social, faire barrage à l’extrême droite ». Aucun incident important n’a été déploré pour cette journée pourtant considérée comme celle de tous les dangers, en raison de la tenue, le même jour, du rassemblement du Front national. Le matin, les militants et sympathisants du FN, venus de toute la France (10 000 selon la police, mais dix fois plus selon les organisateurs) à défiler dans le calme du Châtelet à l’Opéra en passant par la statue de Jeanne d’Arc sous une banderole « Le Pen président ». Notre photo : la place de la Bastille noire de monde, hier à Paris.
Le Front tente de faire front Dix à vingt mille supporters de Jean-Marie Le Pen ont défilé entre le Châtelet et l’Opéra, avant que le leader frontiste s’en prenne violemment à Jacques Chirac dans son discours.
Photo AFP
Le traditionnel défilé du 1er Mai s’est transformé en une manifestation géante pour faire barrage au Front national. Une véritable déferlante dans les rues de Paris. De notre envoyé spécial Francis KOCHERT
« Noyer Chirac de bulletins » Le toujours très vert Daniel Cohn-Bendit tente avec peine de rejoindre les rangs des Ecolos. L’ancien leader de mai 68 jubile : « C’est une étape importante vers le raz de marée de votes du 5 mai. Il faut noyer Chirac de bulletins ! » Le ton est donné. Xavier, syndicaliste CGT, en convient : « Vu l’enjeu, on dépasse très largement le propos syndical aujourd’hui. C’est avant tout un rassemblement fraternel pour la démocratie. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons choisi de nous mélanger à la foule. » Un 1er mai vraiment pas comme les autres tant par son contexte que sa mobilisation exceptionnelle. Noyés dans la masse, des élèves du lycée Louise
Michel de Champigny-sur-Marne goûtent avec délectation leur baptême citoyen : « Nous sommes dans la rue depuis lundi dernier. On s’exprime puisqu’on ne peut pas encore voter. Nous voulons faire savoir que la jeunesse est pour une France unie, colorée, pas celle du rejet. » A proximité d’eux, un « non » dessiné sur le front, la comédienne Romane Bohringer, sa filleule sur les épaules, affiche un sourire radieux : « La question n’est plus de savoir qui ou pourquoi. Il faut une réaction citoyenne. La France ne se laissera pas berner ! » Pendant ce temps, la manif continue de faire du sur place. C’est la thrombose. Deux heures, trois heures passent, rien n’y fait. Alors on discute, on échange des idées avec des inconnus. On sourit. « Motivés, motivés, nous sommes motivés » reprennent les manifestants sur l’air des lampions. « L’idée de vivre ensemble doit se redécliner. Un événement historique se prépare », exulte l’architecte Roland Castro, qui voit dans l’échec de la gauche – et surtout du PCF dont il est un pilier – une péripétie cathartique : « Il faudra que nous soyons à la hauteur : une génération se politise, moins folle que la nôtre, mais un dialogue différent s’amorce, plein de richesse. » Militant au PS d’Alfortville, André, ingénieur de 55 ans, constate avec satisfaction : « Le pays a toujours défendu in fine les valeurs de la démocratie. La présence de la jeunesse ici est réconfortante, un espoir au-delà de ce qu’on espérait. Un séisme s’est produit qui va demander de notre part un profond réexamen. Pour autant, cette manif, si elle constitue un plus, ne remplace pas l’acte démocratique qu’est le vote. Et voter Chirac n’allait pas de soi, mais nous acceptons la règle du jeu, car il y a un camp républicain et l’autre. » A quoi répond en écho une
Photo AP
« Une génération se politise »
Une coloration citoyenne, familiale, bon enfant. pancarte : « Chichi, c’est mieux que Vichy… » Et la droite, alors ? Elle était aux abonnés absents. Tandis que la tête du cortège arrive enfin à Nation vers 18 h, des milliers de manifestants sous les bannières du théâtre du Soleil, de la FSU, de l’association France-Palestine, de la CFDT, font encore du sur place à République. Un petit grain commence à rafraîchir l’air mais pas l’enthousiasme. La foule enivrante, la musique entêtante, les odeurs de saucisses grillées, les slogans ressassés, les sourires affichés aident à patienter. A méditer, aussi, un appel aux allures de rappel : « Aujourd’hui dans la rue, dimanche dans les urnes ! » « Dès que Chirac aura balayé Le Pen, il faudra se préoccuper des raisons de la si forte poussée du FN. Elles ont pour nom précarité, chômage, misère. Il faut refonder la République », prévient Patrick Farbiaz, attaché parlementaire de Noël Mamère. Vaste chantier.
F. K.
Le scénario probable de l’après-5 mai Si Jacques Chirac est réélu, il pourra sans problème nommer un Premier ministre de droite, au moins jusqu’aux législatives. • PME.— Jacques Chirac s’est employé, mardi à Toulouse, à répondre au « sentiment d’inégalité » qu’éprouvent, selon lui, les travailleurs des PME. Pour le président-candidat, on a « petit à petit laissé se développer une situation où il y a des travailleurs de deux catégories ». Sans contester le principe, il a une nouvelle fois critiqué la mise en œuvre des 35 heures. Il a par ailleurs proposé que les créations d’entreprises ne fassent l’objet d’aucune taxation « avant le premier euro de chiffre d’affaires ». • MAIRES.— L’Association des maires de grandes villes, dont est membre Jean-Marie Rausch, appelle à voter Jacques Chirac. Dans un communiqué, elle explique qu’elle « a décidé de sortir du silence auquel elle se tient traditionnellement en période électorale ». Elle estime « urgent et salutaire de s’opposer au candidat de l’extrême droite ». • « MAGOUILLE ».— Jean-Marie Le Pen a affirmé, mardi sur TF1, que Jacques Chirac avait « monté » au premier tour « une magouille électorale fantastique » pour le « substituer à Jospin » et éviter d’être « forcément battu » par le Premier ministre. « Il a d’abord fait porter sa campagne sur l’insécurité » et a ensuite obtenu le retrait « calculé » de Charles Pasqua. • VIDÉOS.— A l’initiative du rappeur marseillais Akhenaton, Gérard Depardieu, Zinédine Zidane et vingttrois autres artistes et sportifs français de renom appellent dans une vidéo à faire barrage au Front national. La cassette sera distribuée gratuitement à partir d’aujourd’hui dans une vingtaine de villes. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme a également annoncé le lancement d’une cassette intitulée « Le football pour la tolérance ». Didier Deschamps, Thierry Henry, Frank Leboeuf, Robert Pires, Lilian Thuram, Sylvain Wiltord ont notamment prêté leur concours.
PARIS.— Lundi 6 mai, au lendemain du second tour, le Premier ministre socialiste Lionel Jospin devrait remettre sa démission au président de la République Jacques Chirac. Ce dernier, s’il a été réélu, nommera très vite alors un nouveau Premier ministre, qui formera son gouvernement et pourra rester en fonction au moins jusqu’au second tour des élections législatives, le 16 juin. Jacques Chirac n’a donné aucune indication sur qui il porterait son choix, mais selon toute vraisemblance il s’agira d’une personnalité de droite, chargée de mener la majorité présidentielle pour la bataille des législatives. Le fait que la majorité de l’Assemblée sortante soit de gauche ne constituera pas une gêne. La Constitution ne fait pas obligation au Premier ministre de demander la confiance des députés. Ceux-ci, ayant sus-
pendu leur session, ne pourront voter une motion de censure. Après les législatives, en revanche, la nouvelle Assemblée nationale se réunira et aura loisir de renverser, le cas échéant, le gouvernement s’il n’est pas de son camp. Dans l’hypothèse où Jean-Marie Le Pen serait élu président, Jacques Chirac serait encore à l’Elysée le 6 mai, puisque son mandat actuel court jusqu’au 17 mai. La question se poserait alors de savoir qui dirigerait le gouvernement pendant cet intervalle de quelques jours. En 1981, lorsque Valéry Giscard d’Estaing avait été battu par François Mitterrand, le Premier ministre d’alors, Raymond Barre, avait géré les affaires courantes durant les dix jours entre le second tour et l’entrée en fonctions du nouveau chef de l’Etat.
La vente du muguet vitale pour le PCF Le Parti communiste français s’est mobilisé pour que sa vente de muguet du 1er mai soit réussie cette année. L’objectif était de boucher une partie du trou financier auquel il est confronté après le mauvais résultat de son candidat au premier tour de la présidentielle. Dès le lendemain du premier tour, le parti avait lancé une grande souscription nationale pour couvrir les dépenses qui n’ont pas encore été payées. Le PCF, qui
n’avait pas envisagé que Robert Hue passe sous la barre des 5 %, avait doté sa campagne présidentielle d’un « budget prévisionnel de 8,38 millions d’euros, soit déjà plus que le plafond du remboursement légal (7,398 millions d’euros). Avec 3,37 % des suffrages, le montant de l’aide de l’Etat sera en fait dix fois moindre, soit 739 800 euros. L’année dernière, la vente du muguet avait rapporté près de 1,5 million d’euros.
PARIS.— « J’aime bien Jean-Marie Le Pen, un peu moins certaines de ses idées. » Sylvie la Messine a le mérite de la franchise. N’empêche, affublée d’un costume traditionnel, flanquée d’un damoiseau qui pourrait être son fils, elle parade au premier rang des manifestants lorrains montés à Paris en ce 1er Mai. La gerbe de fleurs qu’elle tient dans ses bras ? Pour Jeanne d’Arc, « quelqu’un d’important dans l’histoire de la France ». Quelqu’un qui, depuis bientôt un siècle, de Barrès à Le Pen en passant par Mauras et Vichy, a été pris en otage par l’extrême droite qui en a fait sa figure de proue. On s’attendait à un raz de marée, mais ils ne sont guère que dix à vingt mille à battre le pavé aux abords de la place du Châtelet aux premières heures de la matinée. « Cinq cars venus de Lorraine, c’est déjà un beau succès », estime Gérard Brion, responsable sarrebourgeois du Front national. Et de confier que, depuis le 21 avril, « les gens qui ont voté Le Pen se montrent, surtout quand ils voient leurs gosses de 12 ou 13 ans manifester dans la rue. Ils affichent leurs idées au grand jour et viennent nous trouver dans nos permanences. Nous avons ainsi enregistré une dizaine d’adhésions pour le seul arrondissement de Sarrebourg depuis le premier tour. » Avec 250 à 300 manifestants, la Lorraine fait jeu égal avec le Var ou le Vaucluse, ces vieilles terres d’élection frontistes. Et lorsqu’il s’agit de reprendre en chœur « Le Pen à l’Elysée, Chirac à la Santé » ou de brandir les banderoles et drapeaux déversés par monceaux sous les arcades de la rue de Rivoli – à côté d’un « Réfléchissez » peint en blanc sur le trottoir tout au long du parcours emprunté par le cortège –, les militants lorrains ne se font pas prier. « Ça va être une grande journée ! », prédit Marine Le Pen, à la tête des troupes du Nord-Pas-de-Calais où elle est conseillère régionale.
Les dix commandements Une journée placée aussi sous très haute surveillance avec, quand le défilé s’ébranle enfin avec une heure de retard sur l’horaire prévu, un service d’ordre ostensiblement renforcé qu’assure le Département protection sécurité (DPS) du Front
Photo AP
De notre envoyé spécial Michel BITZER
Comme une marée humaine PARIS.— Ils diront un jour : « J’y étais. » Dès midi, la place de la République grouille de monde, de pancartes, de calicots colorés. Tout ce que la gauche compte de syndicats, de mouvements, d’associations converge en bon ordre vers le point de départ, mais on pressent qu’autre chose est en train de se produire. Des dizaines de milliers de lycéens sont venus spontanément au rendez-vous. Plus encore, la manif devient très rapidement celle des anonymes, prenant une coloration citoyenne, familiale, bon enfant. Sous un soleil bienveillant la foule gonfle, enfle par vagues successives, interminables jusqu’à devenir une marée humaine. Les radios annoncent 200 000 personnes, bientôt le double. Depuis la Bastille, toutes les avenues, les rues adjacentes sont déjà saturées alors que le cortège n’a pas encore commencé à s’ébrouer. Très vite, la préfecture de police est obligée d’ouvrir des itinéraires « bis » pour tenter de désengorger un flot impossible à canaliser. Mais tout se déroule sans incidents, dans la bonne humeur, la dignité entre slogans et sifflets, entre poucettes et mémés.
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Jeudi 2 mai 2002
Des manifestants défilent pour se rendre devant la statue de Jeanne d’Arc et entendre le discours de Le Pen. national ainsi qu’un imposant déploiement de CRS dans toutes les rues adjacentes à l’itinéraire. Qu’importe, une fanfare joue La Madelon alors que des mégaphones crachent les ordres : « Avancez ! », « Serrez les rangs ! ». « On est en finale ! », « On va gagner ! », « Et un, et deux, et deuxième tour ! »… Les slogans, eux, font référence aux succès d’une équipe de France de football que Jean-Marie Le Pen trouvait pourtant un peu trop multicolore. « Il pose les bonnes questions », estiment trois manifestants perdus sous leur impressionnante banderole « Le vrai Portugal avec Le Pen ». Un peu plus loin, c’est « Les Polonais soutiennent Jean-Marie Le Pen » et une demi-douzaine de compatriotes de Lech Walesa arborant la tenue de gala des mineurs avec un chapeau à plumes qui les fait ressembler aux chasseurs du Négresco ! Quant aux extrémistes italiens de Forza Nuova, ils se tiennent cois. Les plus jeunes enfilent les tee-shirts siglés « Fier d’être français » que distribuent les organisateurs, et ils y apposent des autocollants « L’extrême droite, c’est hyper cool ». Leurs aînés se contentent d’une cocarde tricolore sur le revers d’une veste ou d’un tailleur. Les vieux soldats du Cercle national des combattants de Roger Holeindre ont astiqué leurs décorations pour progresser à un rythme de légionnaire un jour du 14 juillet. « Les valeurs que défend JeanMarie Le Pen, ce sont les dix commandements ! Je trouve lamentable que des évêques puissent se ranger aux côtés de l’anti-France ! Le clergé catholique est devenu le clergé d’une secte qu’on appelle le moder-
nisme ! », vitupère leur aumônier en soutane.
« N’oubliez pas votre obole ! » Place des Pyramides, la statue de la bergère de Domrémy reçoit l’hommage fleuri des fédérations au fur et à mesure de leur progression. Mais les vendeurs de muguet ne font guère recette. « J’en ai acheté un brin au nain de jardin pour lui éviter de déposer le bilan du parti communiste ! », ironise un joyeux drille à l’accent chantant du Midi. En débouchant sur l’avenue de l’Opéra, le doux fumet de la merguez carbonisée accueille les pourfendeurs de l’immigration. Puis la bouille du leader frontiste s’affiche sur les écrans géants qui vont retransmettre son discours aux marches de l’Opéra Garnier. Il est 11 h 45 et le tribun populiste peut déverser sa bile contre Jacques Chirac, « le parrain des clans qui mettent le pays en coupe réglée et s’offrent la belle vie avec l’argent des Français », et multiplier les promesses électorales : suppression de l’impôt sur le revenu et des droits de succession au sein de la famille, relèvement des allocations familiales, création d’un revenu parental d’éducation… Appelant les électeurs de gauche à voter pour lui, il prédit un « tremblement de terre » le 5 mai. Mais le soleil cogne et les troupes affamées commencent à se disperser alors que retentit une Marseillaise suivie des ultimes conseils : « Attention aux provocations des casseurs chiraco-trotskistes. Et n’oubliez pas de verser votre obole dans les drapeaux ! »
M. B.
Hommage silencieux à Brahim Bouarram A quelques dizaines de mètres de la manifestation du FN, un hommage a été rendu au jeune Marocain noyé par des skinheads le 1er Mai 1995.
PARIS.— Cette année, la commémoration de la mort de Brahim Bouarram, jeté à l’eau par des skinheads sortis d’un cortège du Front national le 1er mai 1995, avait pris un relief particulier. A la même heure, à 11 h, tout près de là, défilait Jean-Marie Le Pen. Un millier de personnes selon la police, 5 000 selon les organisateurs, ont assisté, en silence, au jet d’une gerbe de fleurs dans la Seine, à l’endroit même où le jeune Marocain est mort noyé, « tué par les idées du Front national », comme l’ont affirmé les associations de dé-
Meetings croisés à Marseille
Photo REUTER
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fense des droits de l’Homme. Le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, a annoncé la mise en place d’une plaque commémorative sur le pont du Carrousel, « pour que l’on se souvienne que Brahim n’est pas mort par hasard ». La compagne de la victime a rappelé d’une voix émue les circonstances du drame. Alice Odiot avait 20 ans à l’époque. Les manifestants se sont ensuite dirigés vers le boulevard Saint-Germain, sur la rive gauche, pour tourner le dos aux manifestants du Front national, regroupés rive droite.
Marseille sera ce soir au cœur de la campagne avec le seul meeting d’entre deux tours de Jean-Marie Le Pen, une contre-manifestation anti-FN et une réunion publique pro-Chirac autour de François Bayrou. 1 500 policiers sont mobilisés pour cette journée chargée. Une soixantaine d’organisations, pour la plupart de gauche, ont appelé à une manifestation anti-Le Pen. L’ampleur de la manifestation d’hier laisse penser aux policiers que la mobilisation sera forte. JeanMarie Le Pen réunira ses troupes au Palais des Sports, qui peut accueillir 8 000 personnes. Le président du FN a choisi Marseille, terre d’élection de l’extrême droite où près d’un vote sur quatre s’est porté sur lui au 1er tour. Au même moment, le président de l’UDF réunira ses partisans au Pharo, à 4 km du meeting de l’extrême droite.
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Séisme politique : Jospin éliminé R 20730 - 0422
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22 avril 2002
Le Pen défie Chirac ! Le deuxième tour de la présidentielle opposera le 5 mai Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. Un cas de figure qu’aucun sondage n’avait envisagé. C’est dire le séisme qui secoue aujourd’hui le monde politique français. Ce résultat révèle le décalage existant entre le discours de la plupart des leaders, de droite comme de gauche, et les préoccupations premières d’une grande partie des Français. Un vote sanction pour la majorité plurielle, et notamment pour Lionel Jospin qui, dès hier soir, a fait part de son retrait de la vie politique après le second tour.
BAYROU surprenant quatrième
6,90% LAGUILLER égale à elle-même
27,47% : abstention record pour une présidentielle
5,78% CHEVÈNEMENT un score décevant
5,36%
%
19,65
HUE le PC boit la tasse
3,41%
Décomposition %
17,06 16,05% MOSELLE
MEURTHE & MOSELLE
MEUSE
VOSGES
23,67%
18,41%
20,35%
21,00%
18,99% 14,48%
18,11% 16,16%
19,69% 14,27%
19,25% 14,27%
« Je suis Zorro. Tapi dans l’ombre, j’attends mon heure. » Ainsi parlait Jean-Marie Le Pen il y a quelques jours, convaincu de sa bonne fortune à la présidentielle. Et ce que tout le monde considérait comme une plaisanterie de mauvais goût s’est réalisé sous les yeux de l’Europe ébahie : la France aux élites moralisatrices et donneuses de leçons s’est inscrite dans le mouvement pendulaire qui ramène le continent à droite, avec une prime gigantesque – puisqu’il s’agit là de sa reconnaissance – à la droite nationaliste. La reconnaissance par les urnes de Jean-Marie Le Pen traduit ce que personne n’a voulu voir jusqu’ici, à savoir une défection du cœur de l’électorat de gauche vers le président du Front national. Pierre Mauroy avait raison de demander à ses amis de « moins s’occuper des bobos et plus des prolos. » Car, à vouloir cibler au centre, comme il l’a fait au début de sa campagne, Lionel Jospin a contribué à pousser l’électorat populaire vers les sentiers non balisés. Avec pour résultat de voir le Pas-de-Calais, bastion socialiste entre tous, voter en faveur de Jean-Marie Le Pen, vers qui, désormais, converge la majorité des voix des ouvriers, des chômeurs et des cadres moyens. La captation d’héritage est stupéfiante. La gauche ne s’exonérera pas d’un retour critique sur elle-même en faisant porter la responsabilité de cette situation à la seule instrumentalisation par la droite du sentiment d’insécurité chez les Français. Ce qui s’est passé donne la mesure de l’état de décomposition de notre système politique, dont une cohabitation d’une demi-décennie a corrompu les fondements. Faute d’avoir eu, après la dissolution, le geste gaullien d’un Lionel Jospin hier soir à l’annonce de sa défaite, Jacques Chirac a envasé la France dans une expérience de coexistence institutionnelle où la droite s’est vidée de sa substance et la gauche a fini par perdre son âme. Avec, en bout de parcours, une campagne où le cynisme l’a disputé à la bêtise, Robert Hue confiant sa promotion aux soins d’un foutriquet germanopratin, tandis que les deux principaux candidats laissaient leurs épouses tenir lieu d’étendard et de projet. Comment s’étonner, dès lors, qu’une bonne partie de l’électorat se soit trouvée en mal de repères ?
Philippe WAUCAMPT.