Numéro 005
Novembre 2015
SPÉCIAL JESS FRANCO
Ce n'est plus tous les jours que l'on peut voir un Jess Franco sur grand écran. Aussi, la projection, dans le cadre du «Lausanne underground film & music festival» de cette année de «Lettres d'amour d'une nonne portugaise» est assurément une bonne occasion pour reparler de l'oeuvre du génial réalisateur espagnol. En particulier de ses derniers coups d'éclat, car il est indubitablement rare, pour ne pas dire unique, dans l'histoire du septième art, que, jusqu'à son décès, à un âge aussi avancé que huitante-deux ans, un auteur arrive encore non seulement à tourner pareille quantité de films mais surtout, réussisse à énerver tant de cuistres et à choquer tant de niais conventionnels. 3
Depuis un bout de temps déjà, je ne vous cassais plus les pieds à vous vanter les mérites des films de Jess Franco... faut dire aussi que, grâce (?) au dvd et à l'internet, un nombre sans cesse plus considérable de sinistres petits merdeux se plaisent à écrire n'importe quoi sur lui et sur son cinéma, ressassant inlassablement les mêmes vieux lieux communs tout moisis ou alors, en inventent de nouveaux, pas moins
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pathétiques et insignifiants, afin de dénigrer une oeuvre qu’ils ne pourront de toute façon jamais entraver, au vu de son immense richesse et de sa complexité ! Du coup, j'avais très très moyennement envie de me retrouver enclavé, même malgré moi, dans cette masse infâme de bloggeurs déplaisants (toujours Brassens : «Parmi les cris des loups on n'entend pas le mien» !). Surtout que, d'un autre côté, je dois hélas l'avouer, outre les sempiternels mêmes titres, déjà vus cent fois, 7
que j'avais évidemment récupérés sur support numérique lors de leur énième ressortie («Justine», «Névrose», «La comtesse noire» — par ailleurs assez géniaux mais bon, pas très stimulants quant à la mise en place de nouvelles élucubrations... et j'exècre tout particulièrement la redite, que ce soit dans ma vie ou mes écrits !), les dernières tentatives du maître, après l'excellent «Tender flesh» (vivement élogié dans l'en8
cadré pages suivantes), m'avaient laissé passablement dubitatif pour ne pas dire franchement déçu : faute en est, principalement, à des versions hispano-ricaines carrément inaudibles, à une photographie vidéo révulsante et au physique d'actrices plus nécessairement à mon goût (désolé, Lina !!). De même, la poignée d'anciens Franco que j'ai pu découvrir récemment, à part «Las chicas de
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Entre mille neuf cent nonante-sept et nonanteneuf, «Draculina», éditeur américain spécialisé dans les hybrides entre revue de cinéma d'horreur et érotisme soft pour adolescents que ça démange (l'éponyme «Draculina», «Scream queens illustrated», etc.) publia quatre «photo comics». Des hybrides, cette fois, entre les «fotostorie» italiennes des sixties (comme «Killing» — «Satanik» en français — ou toute la série des «Star ciné» quelque chose) et, par leur mise en page volontiers éclatée, la BD superhéroïque. Une idée évidemment déjà très sympathique à la base, surtout à cette époque où les 41
seuls romans-photos que l'on risquait de pouvoir lire se trouvaient dans les pages de revues aussi passionnantes que «Nous deux», mais magnifiée par le fait que, parmi la poignée de fascicules édités, trois étaient des adaptations des premières productions «One shot» de Jess
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Franco. Et force m'est de reconnaître que je préfère grandement les versions papier de «Lust for Frankenstein» et «Mari-Cookie and the killer tarantula» que lesdits films dont elles
ont été tirées. Ici, pas d'accents incompréhensibles, le sens de l'humour si particulier du petit Jesus, qui peut s'avérer tour à tour aussi subtil, cultivé que 43
Reproche-t-on à un auteur d'Art Brut de dessiner ses automobiles comme des boîtes de conserve usagées ou de ne pas respecter à la lettre les conventions en matière de proportions, du moment que son langage lui est propre et expressif ? Eh bien ! ici, c'est exactement la même chose ! Du coup, ne comptez pas sur moi pour tenter
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d'excuser les éventuelles «faiblesses» de ce «Paula-Paula» en recourant laborieusement à un discours pseudo-auteurisant... Ne vous attendez pas non plus à ce que je vous affirme, comme tous les chroniqueurs que j'ai pu lire sur le net, qu'à l'origine de cet antépénultième bras d'honneur du petit Jesus (les deux parties de «La cripta de las condenadas» bien
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que sorties après, ont en fait été réalisées avant, puisqu'il s'agit, si je ne m'abuse — comme le docteur du même nom — d'une refonte du précédent «La cripta de las mujeres malditas», demeuré invisible), donc qu'à l'origine de ce «Paula-Paula», il y a un CD, reçu par Franco, contenant des enregistrements inédits de Friedrich Gulda et que c'est assurément ce qu'il y a de meilleur (ou de moins pire, suivant les avis) de tout le métrage... N'imaginez même pas non plus un seul instant 51
A l'instar des derniers films de Franco, «A ritmo de Jess» est un objet singulier. Pas vrai-
ment un documentaire (en cela qu'à aucun moment il ne semble refléter la moindre opinion de son «auteur», Naxo Fiol, sur quelque sujet que ce soit) ni même un making of (dans le sens habituel de publireportage lisse comme aiment à en produire les grands studios). En fait, le métrage se contente de suivre, durant 63
une dizaine de jours, sans autre tentative d'organisation qu'un découpage en autant de chapitres, le chaotique tournage d'«Al Pereira vs. the alligator ladies», ultime oeuvre achevée de son vivant par Jess Franco. Et autant dire que c(e n)'est (pas) triste ! Très vite, le grand retour d'Antonio Mayans (acteur récurrent dans toute la production franquienne des eighties, qui avait disparu après «Downtown heat» — pour ne réapparaître briè-
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vement qu'à l'occasion de «Snakewoman», en deux mille cinq), dont n'importe quel fan aurait normalement été en droit de se réjouir, semble au contraire nuire au projet. Puisque le bonhomme, ici aussi au poste de directeur de production, loin de fournir à Jess la complicité dont il aurait pu avoir besoin après le décès de Lina Romay et encore moins de lui assurer la liberté dont il avait pu bénéficier sur «Paula-
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ARBEITEN 1959 - 2010, par Peter Brötzmann
Peter Brötzmann n'est pas seulement l'immense musicien que beaucoup trop ignorent encore. Il est aussi un intéressant plasticien, à l'oeuvre singulière, développée dans une sorte de pénombre féconde depuis plus de quarante-cinq 74
ans : affiches de concerts, pochettes de disques, gouache, crayon, nescafé, paysages, objets. Presque jamais exposé jusqu'au début des années deux mille, son travail a été recueilli depuis dans divers livres et catalogues, dont ce «Arbeiten 1959 - 2010» édité à l'occasion d'une personnelle à la galerie «Epikur» de Wuppertal, sa ville d'adoption.
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Je pense être assez content de ma carrière. C'est une étrange carrière. J'ai toujours été un indépendant — un outsider, si vous préférez. Mais je peux vous affirmer une chose : peut-être bien que je n'ai pas toujours eu assez d'argent pour boucler correctement mes films ; mais j'ai toujours choisi mes sujets. Je les ai toujours fait de la façon que je voulais. Et lorsque les gens ont tenté de m'obliger à faire les choses à leur manière, je ne l'ai pas fait. Ainsi je sais que ma carrière a eu ses moments forts (à part ici en Espagne où je n'ai jamais été populaire), par exemple, souvent, j'avais quatre à cinq longs métrages qui passaient en même temps en Allemagne, France, Italie ou même en Angleterre et aux Etats-Unis. Et cela me suffit, vous savez. Et sincèrement, aussi longtemps que je pourrai continuer à réaliser des films de la façon qui me plaît... tout ira bien. Jess Franco 1930 - 2013 La machine à démonter le temps et l'espace est éditée par «Les éditions de la saucisse et du saucisson» et paraît dix fois par année. Numéro 5, novembre 2015 Tous les textes sont de Stéphane Venanzi. Quant aux photos, qui demeurent la propriété exclusive de leurs ayant-droits, elles sont reproduites ici uniquement à titre d'exemple. Abonnement pour 1 année (10 numéros) : 20 francs suisses à verser sur le CCP 87-190546-6 au nom de Stéphane Venanzi.