

Orditalie
Qui ne rougeoie pas n’est pas Barré !
Mais vous rougissez ! Que s’est-il passé ?
C’est que quand ça piaille en dedans, des fois ça érupte au dehors. Alors, tout d’un coup sur cou, les pommettes, la gorge, les plumes s’enflamment.
On se retrouve là comme un oiseau sur sa branche à avaler des couleuvres de travers, en attendant que ça sorte, que ça passe ; et en attendant que ça sorte, comme si vous vous étouffiez, y a du rouge partout qui s’empare de vous et ça finit par sauter au vu et au yeux de tou·te·s.
Et il faut dire que le rouge vous va bien, c’est sûr !
Malgré tout au Barré on s’est donné pour mission de tou·te·s se désengorger un peu. On ouvre la volière et on s’exprime au grand ciel. Vous avez compris l’idée, il s’agit de babiller, de faire jaillir ou de zinzinuler tranquille, là dans ce petit coin de liberté qu’on se crée ensemble.
Un grand merci aux dix-sept drôles d’oiseaux qui ont répondu à l’appel à rougir. Vraiment, c’est beau. C’est à en roucouler de joie !
« Est ce que tu veux me grignoter les amygdales ? » (phrase volante non-identifée)
1ère de couverture : @Joa

Rouge au fond

La Nuée
@karinesaroh
À Fabien, mon anar'
Au loin j'entendais chanter.
Une toute petite tâche,
Une goutte de sang sur une nappe blanche et brodée.
Une toute petite tâche rouge, Puis deux.
S'approchant, se multiplient en des centaines, peut-être des milliers. Une marrée.
Une nuée.
Un drapeau de la taille de l'immensité.
Le ciel rouge.
Passe dans un brouhaha mélodieux et disparaît.
Au-dessus de nos têtes, des rouges gorges colorent le fond de l'air.
Dans nos oreilles, leurs hymnes.
Tout juste hier, je volais.
Bientôt nous serons, rouges gorges, des milliers à chanter en dedans et en dehors
La liberté ou la mort.
Break free or tea ?

Si on a une rouge-gorge, c’est soit parce qu’on est malade et on a juste besoin d’un thé soit il y a quelque chose qui bouillonne en soi-même et cette chose veut Break free !
Alors la question de la rouge-gorge, c’est :
soit : Do you want to break free?
soit : Do you just need a tea?
Camille Sicre
Mes yeux ont jeté rose sur tes pommettes
Ma bouche a goûté jaune le soleil
Et mon coeur vibré or à tes caresses.
Tes doigts sont partis bleus à la sauvette
Mon ventre a tressé violet tes conseils
Et mon dos pleuré noir ta promesse.
Mon menton a prié blanc ta silhouette
Mon oreille a craint fushia ta politesse
Mon nez, flairé brun l'odeur de l'orgueil.
Tes hanches ont serré argents - jusqu'à ce que je me soumette -
Ma langue a sifflé verte ma détresse
Et s'est préparée gris à ton accueil.
Alors, ma gorge a crié rouge et a surpris vermeil, les oiseaux volant dans le ciel.
Merle d’amérique
Ariane Baril-Allard
Petites traces que l'on marque sur une ligne du temps Ces chants que l'on entend et qui de par la fille du Roi ont été nommés ceux du "rouge-gorge" en 1537, restent malencontreusement dans le vocabulaire des frangins, des cousins qui maintenant ignorent encore que le rouge-gorge n'existe pas dans l'autre monde.
Si, sur cette ligne du temps on en revenait au présent, ce jour d'aujourd'hui où il y a tout ce que vous voulez ; des sites qui livrent des objets à notre porte, des voitures à gaz, ou encore celles qui font des sons semblables à ceux des ovnis qu'on aurait peut-être vus sur des écrans mais qui, en réalité... existent-ils vraiment? Et ce criss (christ) de cell, ce fameux appareil diabolique, ce combiné tout petit, ce téléphone de merde, cette chose microscopique qui pourrait représenter le miroir de l'époque des premières nations (à l'époque de la colonisation, les Français "donnaient" (faisaient du troc) des miroirs aux Amérindiens en échange de leurs territoires ou de leurs peaux de castors, et les natifs voyaient dans ces miroirs une telle technologie, une telle valeur qu'ils étaient prêts à tout perdre pour le simple éclat de leur visage qu'ils n'arrivaient à voir jusqu'alors que dans l'eau ou dans la glace, dans les lacs ou les étangs, dans les rivières ou dans le fleuve du Saint-Laurent.)
Bref, où en étais-je avant cette parenthèse? Ah, oui, cette chose microscopique. Ce cell Comment oublier la perte de cet objet omniprésent, contenant les souvenirs d'antan, ou qui devient une alarme contrairement au lever du soleil? Et au chant du coq de jadis J'ai peu de mots, mais j'en ai quand même Ce christ de cell qui, dans l'actualité, relie ces cerveaux écervelés. Ces cocologies qui pensent que le rouge-gorge existe encore au Québec! C'est à s'y méprendre.
On revit des moments effacés, des instants éphémères qui ramènent. Le jour où une femme du Roi a surnommé ce Merle d'Amérique comme étant le même être que sur son continent, il ne s'agissait que de nostalgie pure et simple Il n'existait pas ici ce petit oiseau grandeur "mésange", illusion fut fondée sur autre continent. De par ses plumes, recroquevillées, il n'était que présent et absent à la fois. Si tu cherches un oiseau qui n'existe pas ici, pense à ta capacité de faire toimême autrement. Les corps emplumés se rassemblent lorsqu'il est question de circonstance. Si la vie te rappelle que la plume ramassée sur le bord de la plage n'est pas la même que celle que tes doigts ont frôlé avant, laisse-la dans son environnement naturel pour qu'elle puisse s'envoler de ses propres ailes Ce n'est pas le même oiseau, fille du Roi, que tu avais vu autrefois
La potion du Rouge gorge

Peyo (7 ans)
Et Tifs c’était vrai ?
William Drouin
C'était une drôle de journée. Vous allez rire. Cela faisait quelques temps que mes cheveux étaient laids. Ils étaient objectivement laids. Toute personne sur terre aurait dit qu'ils étaient laids J'y passais souvent la main, me disant qu'en cet instant où la paume cachait ma toison, personne ne verrait mes épis ridicules. Mais c'était factice et baliverne. Tout le monde voyait bien qu'il y avait quelque chose à faire avec ces cheveux laids Le mot "laid" vient du latin "hidounous" qui veut dire hideux. Mais il fallait bien que je passe chez le coiffeur. C'est ce que je disais. Et c'est là que la magie opéra. (Et comme à l'opéra, on change de ton.)
Le coiffeur me dit que je n'étais pas si laid, que tous les goûts eussent été dans la nature, que mon nez eût été possible, que mes yeux ne fussent pas si espacés que ça, bref tout cela me rassura.
- Mais si vous voulez, dit-il, je peux vous rendre encore plus beau en ajoutant quelques plumes ici et là.
- Bon sang! Hurlai-je sur ma chaise tournante à levier. Faites-moi tout ce que vous voulez.
Ici et là, sur ma tête, des plumes Ensuite, cela dégringola Des plumes sur les épaules, sur le torse. Les plumes, c'est humain, elles se multiplient. Et je me voilà (je me voilassais) en belles paroles tout frais dispo sur la chaise ergonomique avec des plumes sur la tête et le corps! - Avez-vous fini de moi, Monsieur le coiffeur? ne demandai-je jamais.
Puis il vint, visseuse à la main Une vis, dans de la chaire, ça se visse mal, ça fait mal, ça tourne dans le sang, les morceaux de peau s'aggripent aux filets de la vis, ça creuse comme une foreuse. C'est moi qui vous l'apprends Vous allez rire
- Des pentures! Dit le coiffeur. Avec ça, vous pourrez voler.
En plus d'avoir une belle tête neuve, je me voilassais oiseau, volant, des pentures sous les bras, les épaules larges de même. Manquait-il quelque chose? Des pieds palmés. Oui. Le coiffeur commença par allonger mes cous de pieds de quelques centimètres avec une machine du diable, et ensuite, en cousant mes orteils ensemble, il parvint à quelque chose.
- Bon! Sommai-je Je suis prêt à voler comme toutes les tourterelles que j'ai vues par le passé, dans ma tendre enfance. Je vais vous payer!
- Pas question d'argent, dit le coiffeur. Je veux vous voir aller. C'est toute une expérience
- En effet mon chéri!
Je l'appelais mon chéri soudainement peut-être, mais il y avait déjà une heure que nous jouions de mon corps comme une harpe et je me disais que le temps était venu de l'appeler ainsi. Mon chéri apposa donc sa marque finale, sa signature en quelque sorte : d'une teinture rousse il fit de ma gorge un cylindre rouge perturbant pour quiconque aime l'art.
- Allez! Dit-il. Mon chéri! Volez tel un rouge-gorge!
- N'est-ce pas un peu hâtif? Demandai-je.
Mais je me mis au bord d'un quai, au sommet d'une tour d'observation qu'on appelle "Le Belvédère". Et je m'élançai. Vouf! Ping pang!
L'échafaudage de la tour cognait sur mes ailes! Moi qui eus toujours le vertige, je dois dire que cela était vertigineux. Un premier grain de vent m'emmena vers les nuages du ciel (ceux qui sont bas, je ne me vante pas).
Et je dois avouer que je me sentais voler L'espace d'une minute En chute libre. Les plumes de mon chéri se décollaient de mes épaules à un rythme fou. Avant d'arriver au sol, vers le fleuve sublime, je perçu au loin un petit merle, et je lui fis la bise, même que nous fîmes l'amour, c'est peu dire, à quel point j'évaluais mal les distances. Et après, c'est le noir total.
Alors quand vous me demandez, Monsieur le docteur, ce qui m'est arrivé, j'ai envie de vous dire "vous allez rire". Mais elles sont où, mes ailes? Je ne partirai pas sans elles.
Denise gorgée

Dessin & texte
@albaetdenise artiste
Les mots frôlent mes lèvres, comme un cri murmuré — le rouge à la gorge.
Je doute, je respire — bien décidée à me choisir, enfin.
Sur le bord de la table, un verre de vin vacille, à la limite du plein et du vide — comme dans un souffle suspendu.
Un fil fragile, du cœur à l’esprit — Je suis là, colorée, vivante, à jamais.
Et le supermarché
n’ouvre qu’à neuf heures
Gérard Martin

Le presque, le pas encore, les non dits, toutes ces choses que j’aurais aimé pouvoir dire, celles que j’espérais que l’on comprenne sans avoir à les dire, les gens qui s’en vont ou ceux qui ne viennent pas, les instants pas finis, ceux qui restent en suspens, les rêves inaccessibles, ceux que j’oublie et ceux que je garde pour plus tard, mes angoisses, mes doutes, mes joies, mes émotions qui explosent et celles que j’exprime pas, devoir simuler pour que ça se termine vite, ma peur du vide, des asticots, des trucs qui rampent, des trucs qui ont plein de pattes, des trucs qui piquent, des trucs dans l’eau, les requins ou les goonchs puis tous les animaux qui vivent en Australie, les gens qui marchent lentement mais qu’on n’peut pas dépasser, ceux qui ne laissent pas les gens sortir du métro, les gens qui ont voté Trump ou Macron, ceux qui mettent pas d’écouteurs et qui écoutent des trucs nazes avec un son naze comme du Jul et Jul lui même d’ailleurs, et tous ces rappeurs qui modulent leur voix, ne pas avoir gagné au loto et ne pas y avoir jouer, les toilettes surchargées du Bikini, les dentistes, ne plus savoir où j’ai posé mes clefs, mon téléphone, ma carte de métro, ma brosse, mon teeshirt, mes chaussures, mon sac, l’ordi du boulot, ou alors quand j’ai oublié mes clefs, mon téléphone, ma carte de métro, mes chaussures… quand je renverse mon café, quand je me cogne, surtout le pied, le fameux orteil, même si c’est rassurant de savoir que ça arrive à tout le monde, avoir des idées brillantes puis me casser trois vertèbres, ou me brûler les fesses sur le bitume en plein été, le crachin, cette petite pluie relou qui s’assume pas, les banques, les assurances, les footballeurs et les chewing-gums qui n’ont plus d’goût, cette liste interminable dont on ne voit pas l’bout j’y coince tant de choses, elles s’y accumulent et ça m’enflamme le fond d’la gorge…


Histoire de.
L. Chamon
Guillotine : dispositif spécial pour procéder aux exécutions en France de manière plus humaine
Au principe, Madeleine n’avait pas tant envie d’avoir des idées entêtées, elle trouvait ça compliqué de trancher Elle aimait les pivoines et les chardons, se pavaner nonchalamment dans les jardins publics et regarder les gens vivre. Aux principes absolus, Madeleine opposait une forme de joyeux relativisme Elle ne savait encore rien de son destin d’étêtée
C’est à force d’errances citadines que les idées lui étaient insidieusement montées au nez Regarder les gens vivre, c’était censé être joli, parfois un peu mélancolique peut-être. Mais endurer des années à voir ces messieurs sortir leurs zigouigouis à tout bout de rue pour se soulager, sentir leurs effluves d’asperges ou d’acétone lui monter au cerveau, tout cela entachait ses contemplations.
Rage à la gorge et bien déterminée à éradiquer cette calamité, Madeleine se missionna pour cette cause qu’elle jugeait absolument juste : que personne ne vienne gêner la liberté de toute une chacune à vivre dans un monde où les pénis “grognants et glapissants” restent derrière leurs braguettes.
Elle se confectionna donc une petite lame télescopique, qui aurait pu gagné le concours Lépine, et elle exerça son geste de longues heures sur des fruits et légumes que d’aucuns auraient dit coquins. Il fallait être précise. Madeleine était furax mais pas sanguinaire, elle n’était toujours pas encline à trancher net.
Elle reprit donc ses promenades, mais désormais lorsqu’elle croisait un malotru urinant impunément sur une porte, un mur, une vitrine, elle dégainait elle aussi son engin escamotable, c’était de bonne guerre. Elle assénait alors subtilement le membre du monsieur d’une belle petite entaille, histoire de Elle aurait bien admis que toute l’entreprise était un peu punitive, mais elle avait maintes fois osé le dialogue, vainement. Alors !
Le décor : une cour intérieure pavée et entourée d’immeubles haussmanniens. Au centre la guillotine
Personnages : Le Juge, Madeleine, le bourreau, badauds et vice-lards aux fenêtres
Le juge : Madame Charol, vous êtes aujourd’hui ennemie publique numéro une Non seulement, mais plus encore ! Votre méthode a fait des émules dans tout le pays. Et vous osez n’exprimer aucun regret, c’est vous dire ! Les hommes de France vivent dans la terreur. Nous nous devons de marquer le cou, histoire de
Madeleine : Ils vivent dans la terreur et nous dans la puanteur. Monsieur le Juge, vous trouvez pas que c’est ignoble, là dehors dans les rues ? Ça empeste comme une marée d’urine, c’est une épidémie, c’est vous dire ! Vous vivez un peu dehors ? Osez me dire que c’est supportable Puis aussi, vous êtes-vous déjà fait imposé la vue d’un poisseux pénis pissant ?
C’est pas jojo vous savez.
Le juge : Madame Charol, raisonnez-vous. Montrez l’exemple et reconnaissez l’ignominie de vos actes. Nous pourrions vous gracier de la peine capitale. Il est encore temps. Promettez-vous de ne jamais recommencer ?
Madeleine : Jamais. S’ils pissent, j’entaille. Y’a pas mort d’hommes.
Le juge : Le choix vous échoit alors ! Bourreau, à vos marques !
Le bourreau : Une dernière parole ?
Madeleine : J’ai toujours rêvé d’être une oiseau, la rouge-gorge m’ira très bien
La guillotine : Schlak
Madeleine vivait en 1973 et la guillotine survivait encore en France. Elle ne se remit jamais de sa caboche qui chut. Ses dernières paroles sont aujourd’hui répertoriées dans la plupart des recensements de “Dernières paroles célèbres de condamnés à mort.”
Red dingue

La page Jeux
Nils Norberg
De Télé-Loisir à Closer, en passant par Pomme d’Api, tout magazine digne de ce nom se doit d’avoir au moins une page dédiée à des jeux
D’autant plus quand les grandes vacances et ses séances de cuissons à point sur la plage approchent à grand pas ! Je vous propose donc un jeu de devinettes autour des meilleures associations couleurs/mots.
Exemple : un oiseau de petite taille connu pour la coloration d’une partie de son corps = un rouge-gorge
1. Un personnage de conte connu pour stocker ses féminicides dans une armoire
2. Une blague très sombre
3. La couleur du papier peint de ta grand-mère qui vit en province
4. Là où tu cherchais le numéro de téléphone de quelqu’un avant
5. Un aliment qui sent très bon à la sortie d’une bouche de métro mais qui a le goût et la texture d’une patate mal cuite
6. Un jeune homme sans expérience et sûr de soi
7. L’organe reproducteur d’un schtroumf mâle ou une jeune recrue militaire
8 Quand quelqu’un désire énormément ce que tu as
9. Une étendue d’eau devenu mème grâce à Question par un Champion
10. Une couleur faisant référence aux déjections d’un oiseau paraît-il peu sympathique
11. Une chanteuse pop Espagnole de flamenco/reggaeton
12. Une héroïne qui ne résiste pas à une belle pomme
13 Quand tu ne te souviens pas de ta soirée bien arrosée de la veille ou quand il y a une coupure générale d’électricité en anglais
14. Une couleur très présente sur Instagram à la période estivale et qui te donne le seum, coincé dans ton bureau surchauffé au mois d’août
15. Une chanson de Johnny Hallyday
Et comme je me suis pris au jeu, je vous propose le même concept mais autour de la thématique du numéro précédent du Barré (disponible chez aucuns bons libraires, mais en cliquant sur le lien suivant) Il vous faut, cette fois-ci, trouver des mots avec un Z en 1ère et 3ème lettre.
Exemple : quelqu’un qui fout le bordel dans un groupe = il sème la zizanie
1 Le surnom d’un grand footballeur français
2. Une manière enfantine de parler d’un phallus
3. Une chanteuse que je n’aime pas trop
4 Une chanteuse que je n’aime pas trop mais avec deux lettres en moins que la précédente chanteuse que je n’aimais pas trop
5. L’oiseau à bec rouge dans le Roi Lion
6 Quand on a un cheveu sur la langue à la troisième personne du présent
7. Un garçon niais et gauche, il y a 50 ans ou le nom d’un héro masqué prononcé par quelqu’un qui zozote
1 uoziZ / 2 nu iziZ / 3 eizaZ / 4 zaZ / 5 uzaZ / 6 no etozoZ / 7 ozoZ


