Je remercie l’ensemble de mes professeurs d’avoir échangé avec moi tout au long de mes recherches, et particulièrement Mr Perrau pour son écoute et ses conseils, Nicolas Peyrebonne pour cette interview improvisée sur le parvis de l’école, et Malek Dhabi pour le temps qu’il m’a consacré. Je tiens à remercier Raphaël Fourquemin d’avoir pris le temps de répondre à mes nombreuses questions, et de m’avoir permis d’entrer dans son espace privé, afin de comprendre sa vision de l’architecture et de la visiter. Une pensée à mes amis et ma famille qui ont partagé de leurs temps, de sorte à ce que tout se passe pour le mieux. En particulier à Kevin Establet pour son soutien moral et sa bonne humeur sans faille, mais aussi Mika Sautet pour ses encouragements et son implication à faire évoluer mon sujet. Merci à mes meilleurs correcteurs, Papa et Thomas, d’avoir pris le temps de relire ce travail.
SOMMAIRE AVANT – PROPOS............................................................................................10 LES DÉFINITIONS UTILES...........................................................................11 LEXIQUE...........................................................................................................12 INTRODUCTION.............................................................................................14 STRUCTURATION DU MÉMOIRE :............................................................20
CHAPITRE I – ÉTAT DE L’ART : L’ARCHITECTURE PAR LE RÉEMPLOI.......................................................................................................23 A – Le réemploi, une stratégie économique en évolution.........................................................23 1 – Le déchet, matière première au réemploi...........................................................................23 2 – Le système économique linéaire, une solution actuelle à requestionner...........................25 3 – Le système économique circulaire, une solution à développer..........................................29 B – Le réemploi comme solution constructive ancestrale, sous l’influence de l’ère industrielle....................................................................................................................................33 1 – Un réflexe constructif ancré dans l’architecture avant l’ère industrielle...........................33 2 – Aujourd’hui, un retour progressif au réemploi..................................................................37 C – En 2020, qu’en est-il du réemploi en France ?...................................................................42 1 – Réglementairement, c’est possible, mais….......................................................................42 2 – Techniquement, c’est possible, mais…..............................................................................50 D - Synthèse et questionnement : une conclusion sur une approche métropolitaine pour amorcer l’étude de cas réunionnaise..........................................................................................92 1 – Synthèse.............................................................................................................................92 2 – Problématique....................................................................................................................94 Quel est le rôle de l’architecte, dans la filière du réemploi de matériaux de construction, en France? La Réunion, peut-elle s’inscrire dans cette démarche et débuter une filière?......................94 3 – Bibliographie du Chapitre I................................................................................................96
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CHAPITRE II – MÉTHODOLOGIE : PROCESSUS D’ENQUÊTE SUR LES FREINS ET LES LEVIERS AU RÉEMPLOI DANS LE DOMAINE DE L’ARCHITECTURE................................................................................103 A – Des projets d’architecture en réemploi concrets, sur des territoires disparates...........103 1 – Introduction......................................................................................................................103 2 – Deux études de cas métropolitaines.................................................................................105 3 – Un projet sur l’île de Mayotte..........................................................................................105 4 – Synthèse : deux territoires qui mettent le réemploi en pratique.......................................106 B – Avis de spécialistes de la construction sur les possibilités d’une méthode constructive déconsidérée...............................................................................................................................107 1 – Discussions avec des professionnels exerçant en métropole...........................................107 2 – Discussions avec des architectes et des maîtres de conférences exerçant à La Réunion. 107 3 – Synthèse : une mise en place du réemploi sous diverses approches dans le métier de l’architecte...............................................................................................................................108 C – Constat de l’enquête vers un nouveau questionnement : des étapes essentielles au réemploi inexistantes à la Réunion...........................................................................................109
CHAPITRE III – DES DYSFONCTIONNEMENTS QUI RETARDENT LE TERRITOIRE RÉUNIONNAIS..............................................................111 A - Le meilleur processus de réalisation d’un projet en réemploi, en France, en 2020, pourrait-il être un exemple pour la Réunion ?........................................................................111 B - Quels sont les freins qui empêchent l’avenir du réemploi à la Réunion ?......................116 1 – Où est la ressource ?.........................................................................................................117 2 – Comment gérer le stockage ?...........................................................................................118 3 – Une évolution de la filière de la déconstruction ?............................................................119
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C - La déconstruction dans le processus de réalisation d’un projet en réemploi : le rôle primordial de l’expert du diagnostic ressource ?....................................................................121 1 – L’expert du diagnostic ressource :quelles sont ses missions ?........................................121 2 – La responsabilité des architectes dans le rôle de l’expert ?.............................................122 3 – La responsabilité des bureaux d’étude et des artisans dans le rôle de l’expert ?.............123 4 – Une nouvelle formation propre au réemploi dans l’architecture ?...................................124
CONCLUSION GÉNÉRALE.........................................................................126 ANNEXES........................................................................................................130 BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE...................................................................170
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AVANT – PROPOS Au travers de ma vie d’étudiante en architecture, j’ai eu l’opportunité, mais aussi, surtout, la contrainte budgétaire de récupérer des matériaux pour la réalisation de maquettes, de productions d’expression plastique et de rendus de projet d’architecture. Sans m’en rendre compte à cette époque, j’avais déjà un pied dans le réemploi de matériaux et d’objet. Cela s’est répété au cours d’un échange universitaire effectué à Montevideo en Uruguay. J’ai pratiqué la même technique de récupération de matériaux pour éviter de dépenser un budget trop conséquent dans mes maquettes de projet d’architecture. Par la suite, au cours d’une année de césure effectuée en Colombie, ce fait de récupérer les matériaux pour les réutiliser a prit une autre ampleur. C’est dans la campagne colombienne que j’ai expérimenté réellement le réemploi dans un vrai projet d’architecture. J’ai eu l’opportunité de réaliser une maison individuelle pour un couple de cultivateurs de café et leurs volontés étaient claires : utiliser les méthodes et les matériaux traditionnels colombiens. Cependant, au cours de plusieurs échanges avec eux et les constructeurs, le fait de réemployer des matériaux pour éviter de gaspiller est devenu évident. C’est ainsi que j’ai pratiqué mes premières expériences de réemploi, en découpant des bouteilles de verre avec de l’alcool, un fil, et un briquet, pour les placer dans les murs de la maison et créer des petites entrées de lumières colorées. Au-delà du réemploi, l’aspect esthétique et technique me plaisait beaucoup, les couleurs, la matière et le fait que chaque pièce soit unique. À partir de cette expérience, nous avons décidé d’utiliser l’idée du réemploi pour tout le mobilier de la maison, pour des raisons écologiques, environnementales, esthétiques et finalement aussi économiques. J’ai alors trouvé dans cette manière de penser le projet, l’architecture par le biais de la matière, très enrichissante dans la réflexion d’un architecte. Cela m’a permis aussi de considérer les déchets sous une autre forme, bien plus qualitative. Si j’essaie, parfois, de mettre en place cette technique dans mes projets d’école, je me suis rendu vite compte que la réalité est plus difficile pour mettre le réemploi en pratique. C’est dans cette volonté d’instruire mon cerveau d’architecte et de me préparer à comprendre la filière du réemploi naissante que je me suis penchée sur ce sujet à travers cette étude. Ceci dans la possibilité qu’un jour, je devienne une architecte-responsable, qui n’a pas peur des déchets et qui sait les utiliser.
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LES DÉFINITIONS UTILES Le déchet : Tout matériau, substance ou produit qui a été jeté ou abandonné car il n’a plus d’utilisation précise. (définition ADEME) Le réemploi : Toute opération par laquelle des substances, matières ou produits, qui ne sont pas des déchets, sont utilisés de nouveau pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus. (définition ADEME) La réutilisation : Toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui sont devenus des déchets sont utilisés de nouveau. (définition ADEME) Le recyclage : Un procédé de traitement des déchets et de réintroduction des matériaux qui en sont issus dans le cycle de production d'autres produits équivalents ou différents. (définition futurascience) La méthode du bilan carbone : Permet de comptabiliser les émissions, directes ou indirectes, de gaz à effet de serre d'une activité ou d'un site. C'est la première étape du diagnostic climat d'une activité ou d'un site. (définition futura-science) Un maître d’ouvrage : On l’appelle également « maîtrise d'ouvrage », ou MOA. C’est une personne physique ou morale, pour laquelle un projet est mis en œuvre et réalisé. (définition futurascience) Un maître d’œuvre : On l’appelle également « maîtrise d’œuvre », ou MOE. Le maître d'œuvre est la personne physique ou morale qui a en charge la réalisation d'un ouvrage, principalement lors de chantiers dans le domaine de la construction. Le maître d'œuvre peut aussi bien être une entreprise à laquelle on a fait appel, qu'un professionnel ou une organisation. Un bureau de contrôle : Une entreprise dont la mission est la prévention des risques techniques liés à la réalisation d’ouvrages. À ce titre, elle assiste le maître d’ouvrage, public ou privé, dans son projet de construction en procédant à des contrôles techniques de différentes natures et suivant les besoins. Le contrôleur s’assure du respect des règles de construction lors de la phase de conception des ouvrages mais aussi pendant le suivi des travaux ou après leur achèvement.
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LEXIQUE BTP : Le secteur économique du Bâtiment et des Travaux Publics. PME : Petites et Moyennes Entreprises. TPE : Très Petites Entreprises. ADEME : l’ Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, nommée aussi l’Agence de la Transition Écologique. MOOC : Massive Open Online Courses, soit des formations interactives en ligne, ouvertes à tous. ICEB : Institut pour la Conception Écoresponsable du Bâti. LTECV : La Loi relative à la Transition Écologique et à la Croissance Verte. IPN : poutres en I à Profil Normalisé
CCTP : Cahier des Clauses Techniques Particulières DTU : Document Technique Unifié
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INTRODUCTION Le 24 Novembre 1883, le préfet de Paris, Eugène Poubelle, prend un arrêté qui reste un tournant dans la gestion des ordures ménagères et définira ainsi notre rapport aux déchets depuis ce jour : la mise en place de la poubelle. Ce petit dispositif, qui apparaît à la fin du XIX°siècle, reflète le changement de notre société entre avant et après l’ère industrielle, et l’apparition de la production et de la consommation de masse. Il changera aussi notre idée de ce qu’est un déchet et qu’il faut s’en débarrasser à tout prix, loin de là où il peut être vu. De nos jours, il apparaît une prise de conscience en Europe que cette surproduction et cette surconsommation, entraîne une gestion des déchets difficile, voire impossible.
Le système linéaire qui régit notre société dans son ensemble, n’est plus le système fiable des deux siècles derniers et l’apparition d’un sixième continent de déchets dans le Pacifique, est l’immonde résultat d’une non-gestion et d’un manque de responsabilité des Hommes avec leurs propres déchets. L'organisation Ocean Cleanup alerte dans la revue Scientific Reports, que ce nouveau continent de plastique occupe 1,6 million de km² dans l'océan Pacifique. Si ces détritus flottants devaient être ramassés, il en ressortirait une masse de 80 000 tonnes.1
Illustration 1: Formation des continents de déchets plastiques dans l'océan pacifique. Source : Marine Debris Program ©MarineDebisProgram 1
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DE MATOS Laure, FONTENEAU Antoine, Le 7ème continent:un monstre de plastique, TV5MONDE.com, 24 Mars 2018
On retrouve un manque d’organisation et de gestion des déchets sur l’Île de la Réunion. En 2018, le président du Conseil régional a souhaité engager l’île dans une démarche volontariste dite « zérodéchet », dans le biais de la loi sur la transition écologique de 2015, avec un scénario très prometteur dans la réduction des déchets par habitant (une réduction de la production des ordures ménagères résiduelles de 72 % en 2024 par rapport à celle de 2015 et de 88 % en 2030) 2 (CORNEC 2018). Cependant cette mission se heurte à un manque d’infrastructures. Malgré l’application de mesures très volontaristes, une quantité conséquente de déchets non valorisés devra être éliminée. Le code de l’environnement prévoit que la valorisation énergétique doit être privilégiée par rapport à l’enfouissement, qui est à l’heure actuelle, le seul mode d’élimination en vigueur sur l’île. Or, les deux décharges arrivent bientôt à saturation (en 2021 et 2022). Plusieurs possibilités existent pour pallier cette difficulté : l’incinération avec une valorisation énergétique, la gazéification préconisée par le scénario « zéro déchet » de la Région, et la valorisation énergétique de combustibles solides de récupération. Malheureusement, l’impact de nos déchets à la Réunion ne se répercute par que sur l’île et son ensemble mais aussi sur d’autres pays. Les difficultés à mettre en place des infrastructures pour la gestion du tri sélectif, font que nos déchets finissent dans des pays en voie de développement, qui étouffent déjà sous leurs propres déchets, tel que l’Inde. Le secteur économique du bâtiment et des travaux publics (BTP) et ses déchets sont un impact à prendre en compte, puisque le secteur du bâtiment a généré 227,5 millions de tonnes de résidus polluants en 2014 en France, ce qui représente 75 % des déchets produits en France d’après le ministère de la transition écologique.3 (PAGES 2019) Les déchets du BTP sont autant des déchets de chantier ou de démolition que de la construction des chantiers publics ou privés. Ces derniers peuvent être produits lors de démolitions ou de construction de bâtiments neufs. De la rénovation d’une pièce d’une maison à la construction d’une nouvelle route, ce secteur recouvre des types de chantiers et de déchets très différents. En effet, cette appellation de “déchets du BTP” inclue des matières diverses telles que le ciment, le bois, les métaux, le verre, le plâtre, les solvants, les isolants, les plastiques... 4 (LAURENT 2015)
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CORNEC René, MIR Catherine, pour le Ministère de la transition écologique et solidaire, Gestion des déchets sur l’île de la Réunion, rapport n°012231-01, Juillet 2018, 92 pages. Document publié par la CGEDD PAGES Arnaud, Le BTP, champion de la pollution ? Tour d’horizon des solutions, ladn.eu, 11 décembre 2019 LAURENT Anna en partenariat avec Zero Waste France, Le BTP, secteur champion d’Europe de la production de déchets, Francetvinfo.fr, 16 décembre 2015.
D’après Phillipe DESHAYES, dans son article publié dans Innovations (DESHAYES 2012), les chiffres français sur lesquels entreprises, institutions et experts s’accordent, interpellent : le bâtiment (la construction) représente environ 40 % des émissions de CO2 des pays développés, 37 % de la consommation d’énergie et 40 % des déchets produits. Ainsi, le monde de la construction est un gros producteurs de déchets et d’émissions polluantes.5 Or, ce monde de la construction, est un monde professionnel important dans le cadre économique de la France. En termes macro-économiques, le secteur correspond à 10 % du produit intérieur brut français, il représente plus de 300 000 entreprises (Grandes entreprises, PME, TPE, Artisans) dont 92 % ont moins de 20 salariés. Ces entreprises correspondent à environ 1,2 million d’actifs dont plus de 900 000 salariés et près de 290 000 artisans (DESHAYES 2012).6 Ces quelques chiffres illustrent l’importance économique du secteur ainsi que son importance sous l’angle des enjeux du développement durable. Alors, dans ces conditions, quelles sont les solutions qui s’offrent au monde du bâtiment pour remédier aux problèmes écologiques et de gestion de déchets, auxquels il fait face aujourd’hui ? En premier point, le calcul du bilan carbone des différentes entreprises et activités peut être un outil révélateur et intéressant. Jean-Marc Jancovici, publie en 20017 (JANCOVINCI 2001) un article sur le résultat de ses recherches sur le bilan carbone. Par la suite, pour le compte de l’ADEME et de la Mission inter-ministérielle pour l’effet de Serre, il met en place une méthode permettant d’estimer à la fois les émissions directes et les émissions indirectes de gaz à effet de serre de toute activité industrielle ou tertiaire, intitulée le « Bilan Carbone ». Il évoque le bilan carbone comme un vrai outil représentatif de la pollution qu’émet la construction. Aujourd’hui, toute activité humaine, quelle qu’elle soit, engendre directement des émissions de gaz à effet de serre. Dès que l’on utilise une source d’énergie fossile (charbon, gaz, produits pétroliers), que ce soit pour se déplacer (en avion, en voiture, ou en bateau), pour se chauffer, lorsque l’on incinère des ordures contenant du plastique, pour produire de l’électricité à partir de combustibles fossiles... On dégage du gaz carbonique qui est un gaz à effet de serre. De ce fait, toutes entreprises ou activités peuvent légitimement s’intéresser aux émissions qu’elles engendrent, directement ou indirectement. Le lieu d’émission des gaz à effet de serre est sans importance, toute réduction, que ce soit sur les émissions directes, ou sur les émissions induites, est un fait positif pour 5 6 7
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DESHAYES Philippe, Le secteur du bâtiment face aux enjeux du développement durable : logiques d’innovation et/ou problématiques du changement. INNOVATIONS, 2012, n°37, pages 219 à 236. Idem JANCOVICI Jean-Marc, Qu’est-ce que le bilan carbone ?
l’environnement. Il n’est pas possible d’agir et d’établir des priorités autrement qu’en mesurant l’importance respective des différentes sources d’émission, directes ou indirectes. Tout le monde peut agir, et ce n’est qu’avec la mesure du bilan carbone qu’il est possible de savoir quelles sont les marges de manœuvre et où elles se situent. C’est un calcul qui est très révélateur des impacts des activités sur leur environnement. Le prendre en compte est malheureusement obligatoire seulement pour les entreprises se composant de plus de 500 salariés en France métropolitaine et de plus de 250 salariés dans les DOM, les collectivités disposant de plus de 50 000 habitants, et les établissements publics dont l'effectif est de plus de 250 agents ainsi que les services de l'État. Ainsi, les entreprises du bâtiment et leurs configurations de petites ou moyennes entreprises, vu précédemment, ne sont pas concernées par cette catégorie. On ne prend donc pas compte le bilan carbone de ces entreprises, qui pourraient appuyer l’idée d’utiliser le réemploi comme réelle solution aux problèmes énergétiques actuels. En effet, dans l’idée, récupérer un matériau déjà fabriqué élimine le bilan carbone lié à sa production - si c’est un produit industriel (type plaque de placoplatre) –, à sa mise en forme – pour un matériau naturel dit géo/bio-sourcés -, à son acheminement sur site et sa mise en place. Le réemploi, dans l’architecture, date depuis que l’Homme a commencé à construire. Or, avant l’époque industrielle, il était motivé par des raisons économiques, pragmatiques, de transports, une nécessité de moyens, de matériaux et des opportunités. Aujourd’hui, on ne peut pas prouver qu’un projet de réemploi coûte moins cher, seulement, l’investissement se place dans l’humain plutôt que dans le capital.8 (AMSING 2016) Marc Sereis évoque, dans les cours du MOOC en partenariat avec l’ICEB 9, que la ressource en matériaux à l’heure actuelle est pléthorique, mais la demande reste faible pour plusieurs raisons, dont le coût du réemploi : « On comprendra rapidement que réemployer des matériaux de construction est donc à ce jour souvent plus onéreux que bâtir avec des matériaux neufs, ce qui freine souvent les acteurs qui souhaiteraient expérimenter la mise en œuvre de matériaux de réemploi. » Aujourd’hui donc, l’architecte, mais aussi le citoyen lambda, qui veut faire du réemploi, le fait pour des convictions idéologique, écologique, sociale et philosophique : c’est une éthique.
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AMSING Tatiana, Le réemploi, mutation du cerveau de l’architecte ?, Mémoire de Master d’Architecture, ENSAP Lille, Mai 2016, 140 pages SEREIS Marc, MOOC - LE RÉEMPLOI : MATIÈRES À BÂTIR, Séquence 2 : La filière du réemploi, Module 1 : Une ressource pléthorique
Cependant, au vue de l’augmentation de nos déchets et de la mauvaise gestion de ces derniers, l’architecte, en tant que créateur de projet d’architecture, a un rôle à jouer et à tenir dans sa production des déchets. Il se doit de penser le projet sous l’angle de la frugalité, de l’écologie et le réemploi peut-être une solution constructive pour répondre à ça.
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STRUCTURATION DU MÉMOIRE : Le mémoire se structure en trois parties : Premièrement, un état de l’art de ce qu’est le réemploi au XXI°s et qu’elles sont ses motivations. Cela nous permet d’appréhender le déchet et son rôle important dans notre société et dans l’étude de ce mémoire. Le statut de ce dernier peut changer bien des choses dans les systèmes du réemploi, de la réutilisation et du recyclage. L’architecte et le déchet sont liés par le processus de construction, ce qui fait de lui un acteur responsable, comme les autres acteurs du BTP qui réalisent les chantiers. S’ils ont une responsabilité dans la production des déchets, n’ont-ils pas un rôle à jouer dans la gestion et la diminution de ces derniers ? De plus, si la filière du réemploi est en frémissement, c’est qu’elle a vu naître ces dernières années des lois et des décrets qui lui permettraient en théorie de se développer. Cependant on est contraint de se demander s’il n’y aurait pas des solutions encore plus faciles, car le réemploi de 2020 est chronophage, financièrement élevé et ne rencontre pas l’effet escompté sur le grand public, sur les professionnels et sur les architectes, qui sont alors dépassés, mal informés et beaucoup démotivés à l’idée de se lancer dans ce processus long et coûteux. En outre, les interviews effectuées durant mes recherches m’ont permis de visiter un projet tout en réemploi de matériaux de construction qui nous prouve que ce processus est réalisable en France, mais à quel prix ? Nous le comparerons à d’autres études de cas situées en France métropolitaine mais aussi à Mayotte, île française qui connaît la même situation géographique et climatique que l’île de La Réunion. Cela nous permettra d’ancrer ce mémoire sur cette île et se demander, si la filière du réemploi y a un avenir ? En deuxième temps, je vous expliquerais ma démarche méthodologique dans cette enquête. Nous reprendrons les études de cas dans leur contexte et je vous expliquerai les questions qu’elles m’ont induites. De plus, je me suis entretenue avec différents professionnels de l’architecture liés au réemploi entre la métropole et La Réunion. Cela m’a permis d’approfondir certaines questions et d’appréhender de nouvelles thématiques. 20
Nous terminerons sur une synthèse de ce processus de recherches et de tous les questionnements que j’ai pu me poser au cours de cette étude. Nous essayerons ensuite d’y répondre. En troisième lieu, je me suis concentrée sur le rôle de l’architecte, cerveau du processus de projet, il en est de sa responsabilité de prendre en compte les énergies qu’il consomme et les déchets qu’il crée lors de la construction de son architecture. Les interroger m’a permis d’obtenir de multiples points de vue sur ce qu’est le rôle de l’architecte et sur leurs visions du réemploi et du futur de la construction. Un rassemblement de toutes les données m’a permis de constater plusieurs réalités, dont certaines encourageantes sur les prises de consciences des architectes en faveur du réemploi. Cependant, eux-même ne connaissent pas leur rôle, comment, et où se placer dans le processus du réemploi. Ceci me questionne sur : Quel est le bon processus pour un projet de réemploi en France en 2020 ? Quels sont les difficultés que peuvent rencontrer certains territoires, notamment La Réunion ? Et quelles seraient les clés pour y développer la filière ?
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CHAPITRE I – ÉTAT DE L’ART : L’ARCHITECTURE PAR LE RÉEMPLOI
A – Le réemploi, une stratégie économique en évolution 1 – le déchet, matière première au réemploi 2 – Le système économique linéaire, une solution actuelle à requestionner 3 – Le système économique circulaire, une solution à développer
B – Le réemploi comme solution constructive ancestrale, sous l’influence de l’ère industrielle 1 – Un réflexe constructif ancré dans l’architecture avant l’ère industrielle 2 – Aujourd’hui, un retour progressif au réemploi
C – En 2020, qu’en est-il du réemploi en France ? 1 – Réglementairement c’est possible, mais… 2 – Techniquement c’est possible, mais …
D - Synthèse et questionnement : une conclusion sur une approche métropolitaine pour amorcer l’étude de cas réunionnaise : 1 – Synthèse 2 – Problématique : Quel est le rôle de l’architecte, dans la filière du réemploi de matériaux de construction, en France? La Réunion, peut-elle s’inscrire dans cette démarche et débuter une filière? 3 – Bibliographie
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CHAPITRE I – ÉTAT DE L’ART : L’ARCHITECTURE PAR LE RÉEMPLOI
Dans ce chapitre, l’état de l’art sur le réemploi nous permettra de comprendre son évolution et les motivations actuelles des acteurs à faire du réemploi dans la construction. Pour comprendre son intérêt, il faut replacer le réemploi dans sa réalité économique et son fonctionnement, mais aussi requalifier la base de son processus, les déchets.
A – Le réemploi, une stratégie économique en évolution
1 – Le déchet, matière première au réemploi : À l’époque romaine, l’équivalent du déchet est le spolium10 = dépouille, ainsi l’objet ou le matériau nommé spolium n’était pas perdu, mais il avait perdu sa caractéristique principale, et pouvait être réutilisé. En vieux français, à partir du XIV° siècle, le déchet se dit déchiets, et il définit la chute qui provient d’un travail de fabrication, il est donc lié à l’artisanat et au travail. Le déchiet c’est quelque chose qui « tombe dans un état inférieur à celui où l’on était, il s’abaisse »11. C’est l’ancien participe présent du verbe déchoir : ce qui est tombé, perdu.12 Aujourd’hui, le philosophe François Dagognet évoque une définition plus large et parle d’un objet « brisé et abandonné, ayant perdu sa valeur d’échange, tandis que la valeur d’usage vient de s’éteindre ; il quitte donc le cercle commercial ».13 (DAGOGNET 1997) On entre donc dans une dimension toujours liée au travail, mais dans un aspect plus économique, qualitatif et financier. 10 11 12 13
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DICO LATIN, Définition du mot Spolium Définition CNRTL du verbe déchoir La Langue Française, Définition de déchet DAGOGNET, François, Des détritus, des déchets de l’abject – une philosophie écologique, éd. Les empêcheurs de tourner en rond, 1997, p.74
Cependant, il ne faut pas oublier que l’économie informelle générée par les déchets existe bel et bien. Ainsi, François Dagognet, ancre sa définition dans l’économie formelle. Ces changements de définitions induisent des changements de valeurs et de considération pour ce qu’est « un déchet » au cours de l’histoire. Aujourd’hui, il y a une réelle complexité autour du statut de déchet si l’on prend en compte la phrase de Superuse Studios : « dès lors que le déchet prend de la valeur, il ne peut plus être considéré comme un déchet »14. (VAN HINTE 2007) Ainsi, l’objet ou le matériau peut changer de statut très rapidement en fonction du regard que l’on pose sur lui et de la valeur de son utilité que l’humain lui donne. L’économiste Gérard Bertolini va jusqu’à évoquer que le déchet « absolu » n’existe pas, dès lors que la « répulsion qui résulte d’un ordre social et mental construit »15 (BERTOLINI 2006) est dépassée, une réappropriation du déchet est possible, il redevient alors une ressource potentielle. On peut se demander si la gestion des déchets n’est pas plus complexe à l’heure actuelle de par une définition qui a autant de possibilité qu’il y a de points de vue. À la Réunion, la gestion des déchets pose problème principalement dû à sa situation géographique insulaire. Un territoire de 2 520 km², avec une population estimée à 862 300 habitants (au 1er janvier 2018), soit 340 hab./km² (en métropole on compte en moyenne 116 hab./km²). Un territoire dense et éloigné géographiquement des grands continents par les eaux, doit auto gérer sa production de déchets, son tri et son recyclage. Cependant, malgré les bonnes volontés évoquées par le président du Conseil régional en 2018 et les missions mises en place depuis la loi sur la transition écologique en 2015, les déchets et leur gestion restent une grande question à la Réunion. Entre enfouissements, incinérations, gazéifications, leur traitement connaît des solutions, mais toutes avec un impact fort sur l’environnement de l’île. Si la gestion des déchets se devait d’être revu à la base, c’est-à-dire : Qu’est-ce qui est déchet ? Qu’est-ce qui fait leur production en masse ? Le fait de consommer et jeter rapidement nos objets et denrées ne pourrait-il pas se faire autrement dans notre société actuelle ? Ne pourrait-on pas s’inspirer des modes de vie d’avant, et de la valeur que l’on accordait aux déchets, pour les réadapter à nos modes de vies contemporains, tel que le réemploi ?
14 VAN HINTE, Ed, PEEREN, Cesare, and JONGERT, Jan, Superuse : Constructing New Architecture by Shortcutting Material Flows. Rotterdam : 010, 2007.Print. Cit p.48 15 BERTOLINI, Gérard. Le déchet, c’est les autres, éd. Erès, 2006, 192 pages, collection Même pas vrai !
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En outre, la valeur juridique actuelle du « statut » de déchet a un impact sur le processus de réemploi dans la construction, puisque c’est cette valeur qui décidera si le matériau ou l’objet en question pourra être réemployé. La dépendance à cette valeur juridique est aussi la dépendance à la valeur sociale que l’on accorde aux déchets. Valeur qui s’est construite à travers une massification de la répulsion mentale, de l’aversion, que notre société a pour ce qui n’a plus de valeur esthétique, économique, financière, usuelle. « Cela revient aussi à considérer la matière présente non plus comme un déchet à évacuer le plus loin possible, mais comme un capital à valoriser et à préserver »16 (DELON 2014)
2 – Le système économique linéaire, une solution actuelle à requestionner :
Pour comprendre la réapparition de la filière du réemploi au XXI° siècle, il faut comprendre les différents modes de fonctionnement économiques qui régissent notre société depuis l’époque de l’industrialisation. Nous nous concentrerons sur deux modes en particulier, que l’on pourrait qualifier « d’ antagoniques ». Rémy le Moigne, dans son ouvrage L’Économie circulaire17, résume l'économie linéaire par « Notre économie est ainsi basée sur le modèle linéaire qui se résume à 'extraire ̶ fabriquer ̶ consommer ̶ jeter', qui consomme des ressources naturelles et de l’énergie pour fabriquer des produits qui deviendront, en fin de compte, des déchets ». (LE MOIGNE 2018)
L'économie linéaire est un type d’économie qui repose sur un modèle dit « linéaire » et qui date de l’époque de l’industrialisation. Il s’explique en plusieurs étapes types qui se retrouve pour quasiment toutes les productions : 1 - il consiste d'abord à extraire ou à récolter les matières premières ; 2 - ces matières premières sont utilisées pour fabriquer des produits et des pièces ; 16 Le Pavillon de l’Arsenal, Matière Grise, Dossier de presse d’une exposition, commissaires Encore Heureux architectes, DELON N. et CHOPIN J., Pavillon de l’Arsenal, en 2014 17 LE MOIGNE, Rémy, L’économie circulaire, Stratégie pour un monde durable, éd. Dunod, 2018, 240 pages, Hors collection.
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3 - les éléments obtenus sont assemblés en composants ; 4 - les produits finalisés sont alors commercialisés à travers un réseau de distribution. C’est alors que les différents produits sont achetés et utilisés par les clients ; 5- une fois que les produits ont atteint leur fin de vie, ils sont la plupart du temps jetés. Tout au long de ce processus, de l’énergie est consommée, à chacune des étapes. Prenons deux exemples pour illustrer ces propos :
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Le Blé : il sera récolté dans les exploitations agricoles, puis transformé en farine. Ensuite mélangé à la levure et à l’eau pour fabriquer de la pâte à pain. Cuit, les pains sont distribués dans les grandes surfaces ou en boulangerie, vendus, et consommés.
Illustration 2: Schéma du système linéaire de la production à partir de blé ©Léa Soulat
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Le pétrole : il est tout d’abord extrait dans des gisements pétroliers. Puis, il sert à la fabrication de plastique et de produits pétrochimiques. Le plastique, obtenu à partir du pétrole, devient ainsi des produits d’emballage, des jouets, des meubles, comme il peut être associé à d’autres composants et donner des vêtements, des téléphones portables, ou tout autres objets. Enfin, les produits, les jouets, les téléphones portables, les meubles, les matériaux de constructions, sont commercialisés dans des réseaux de distribution spécialisés. Ils sont consommés, utilisés, et jetés.
Illustration 3: Schéma du système linéaire de la production à partir de pétrole ©Léa Soulat
Ce système de production et de consommation a ses limites. La principale, c’est la limite des ressources que la nature a à lui offrir. Le Collectif Encore Heureux, fait état d’un constat impressionnant : « 300kg de nature sont nécessaires pour produire 10 kg de produits industriels. »18 En ces temps de manque de ressources naturelles, de tentatives de préservation de notre biodiversité et de notre planète, c’est un système qui n’est plus adapté et qui ne doit plus fonctionner comme une référence. Ce n’est malheureusement pas le cas, puisque la plupart des méthodes de production des entreprises et l’esprit de consommation de la population se calquent sur ce système linéaire.
18 Le Pavillon de l’Arsenal, Matière Grise, Dossier de presse d’une exposition, commissaires Encore Heureux architectes, DELON N. et CHOPIN J., Pavillon de l’Arsenal, en 2014.
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Dans l’architecture, cela se traduit par un processus de projet qui ne prend pas en compte l’origine des matériaux ni l’impact de leur production et de leur acheminement (le calcul du bilan carbone se relève très utile dans ces cas là).
Illustration 4: Extrait du livre Matière Grise, du Collectif Encore Heureux, éd. Pavillon de l'Arsenal, paru en 2014 ©Encore Heureux
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3 – Le système économique circulaire, une solution à développer : L’ADEME définit l’économie circulaire comme une économie qui : « vise à changer de paradigme par rapport à l’économie dite linéaire, en limitant le gaspillage des ressources et l’impact environnemental, et en augmentant l’efficacité à tous les stades de l’économie des produits. »19 L’économie circulaire peut se définir comme un système économique d’échanges et de productions qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement tout en développant le bienêtre des individus.20 Le calcul du bilan carbone est utile dans l’économie circulaire, pour informer sur la vraie efficacité ou non des opérations mises en place dans le but de réduire nos impacts. Ce passage du système linéaire au système circulaire est représenté comme un regain de nos ressources environnementales mais c’est aussi un gain d’emplois : « entre les activités intensives en matières et celles qui contribuent à les économiser ("éco-activités") »21 La note d’analyse n°46 – l’économie circulaire, combien d’emplois ?22 évalue le volume d’emploi concerné en France, aujourd’hui, à 800 000 emplois équivalents temps plein. (JOLLY 2016)
19 ADEME, L’économie circulaire, les avancées de la loi de transition énergétique pour la croissance verte,Fichier en ligne 20 Idem 21 Idem 22 JOLLY Cécile, DOUILLARD Pierre, pour France Stratégie, L’économie circulaire, combien d’empois ?, La note d’analyse, n°46, Avril 2016, 8 pages.
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Ce système économique se base sur trois domaines :
Illustration 5: Schéma de l'économie circulaire par l'ADEME ©ADEME
Pour l’architecte, cette économie circulaire se traduit par des opportunités : - celles d’ancrer son architecture et ses projets dans le territoire local ; - d’offrir des concepts basés autour du réemploi et de l’écoconception ; - penser l’avenir de son projet et encore plus loin, sous tous ses impacts, qu’ils soient environnementaux, politiques, culturels, économiques et le réemploi futur de son propre projet. Pour l’architecte, l’économie circulaire et le réemploi sont à double sens : « consommer « plus de matière grise » pour consommer « moins de matières premières » »23 (DELON 2014) Le Collectif d’architectes Encore Heureux nous expose dans son rapport d’exposition Matière Grise24, la vision d’une économie circulaire qui modifie l’idée que l’on a des déchets et leur rendre une constance :
23 Le Pavillon de l’Arsenal, Matière Grise, Dossier de presse d’une exposition, commissaires Encore Heureux architectes, DELON N. et CHOPIN J., Pavillon de l’Arsenal, en 2014 24 Idem
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« L’économie circulaire modifie notre usage des déchets, avec l’idée que « tout peut se réutiliser ». Les déchets de l’un sont les ressources de l’autre. Il ne suffit pas de considérer les ressources primaires que nous utilisons sous forme de matières premières pour produire des poteaux, des poutres ou des briques, nous devons aussi nous intéresser aux gisements que constituent les constructions elles-mêmes. Le potentiel de réutilisation de ces constructions est énorme. C’est de cette manière que nous créerons de nouvelles ressources et économiserons celles qui deviennent rares » Moins de matières grises, c’est moins de tout ce qui constitue la face cachée de la matière. Moins d’énergie pour extraire, transformer, transporter et mettre en œuvre la matière, c’est diminuer également ce que l’on appelle l’énergie grise. Moins de pollutions, de rejets et de déchets, c’est aussi réduire l’entropie inéluctable de la matière, c’est retarder son devenir gris, symbole d’abandon et de dédain ».25 (DELON 2014)
Ainsi, une économie circulaire et de réemploi engendrent plusieurs points : - elle permet de remettre en œuvre des matériaux dont le contenu carbone a déjà été « amorti », au cours de leur première vie ; - de lutter contre l’épuisement des ressources par le prolongement de la durée de vie des matériaux, instaurant la notion de durabilité ; - et permet dans certains cas, de favoriser les savoir-faire et les emplois locaux, à travers une maind’œuvre complémentaire sur des opérations de démontages sélectifs et de reconditionnement des éléments. Le collectif d’étudiants en architecture Bellastock, en France métropolitaine, qui a évolué depuis peu en Société coopérative d’intérêt collectif, à fait son chemin autour du réemploi. Ils ont fait de cette filière et de son fonctionnement leur but et après des années de pratiques et d’expérimentations, ils ont réussi à mettre en place une économie circulaire impactant et reliant beaucoup d’acteurs autour d’eux. Ils ont résumé, à travers le schéma ci-dessous, comment fonctionne leur économie circulaire. Ils rejoignent les principes du Collectif Encore Heureux en évoquant tout les points positifs de l’économie circulaire et du réemploi, qui peuvent influencer notre société et son fonctionnement.
25 Le Pavillon de l’Arsenal, Matière Grise, Dossier de presse d’une exposition, commissaires Encore Heureux architectes, DELON N. et CHOPIN J., Pavillon de l’Arsenal, en 2014
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Illustration 6: Organigramme du réemploi, par le collectif d'architectes Bellastock ©Bellastock
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B – Le réemploi comme solution constructive ancestrale, sous l’influence de l’ère industrielle
1 – Un réflexe constructif ancré dans l’architecture avant l’ère industrielle Après avoir évoqué le contexte économique et environnemental, concentrons-nous sur l’histoire du réemploi. Le réemploi a toujours existé depuis l’Antiquité jusqu’à la période industrielle. En 2016, l’ADEME a mis en place un travail collectif avec de nombreux professionnels de l’architecture et a réalisé, en partie, une synthèse des raisons du réemploi tout au long de l’histoire. 26 En complétant ce travail par les informations diffusées par les cours du MOOC- Le réemploi, matière à bâtir27, voici une liste exhaustive des raison et des motivations du réemploi en France avant l’ère industrielle : - Le réemploi de la nécessité et de la logique économique, pour construire à moindre coût en utilisant des matériaux ou des éléments de construction disponibles dans un environnement proche. Exemple : la récupération de vieilles pierres d’une ancienne ferme Mais aussi par le démantèlement pour vendre chaque élément de construction au meilleur prix ou le réutiliser soi-même.
Exemples : au lendemain de la révolution de 1789, de nombreux édifices ont été démantelés pour vendre chaque élément de construction au meilleur prix, comme pour l’Abbaye de Cluny.28
Illustration 7: Photographie d'une affiche du XVIIème siècle, article par J. Bozon ©Le journal de saine et Loire
26 RDC Environment, éco BTP et I Care & Consult (COPPENS Mélanie, JAYR Emmanuel, BURRE-ESPAGNOU Marion et NEVEUX Guillaume), Identification des freins et des leviers au réemploi de produits et matériaux de construction – Synthèse – Avril 2016, 149 pages. 27 AUGER François, MOOC - LE RÉEMPLOI : MATIÈRES À BÂTIR, Séquence 1 : L’état de l’art, Module 2 : Le réemploi dans l’histoire 28 BOZON Johan, Comment l’abbaye est tombée, Le Journal de Saine-et-Loire, 2013
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Exemple à la Réunion : le démantèlement des cases créoles, dit « d’égrenage », pour récupérer le bois et le réemployer dans d’autres constructions.
Illustration 8: Photographie du "d’égrenage" d'une maison créole réunionnaise, située rue Marius à Saint Pierre ©Antoine Perrau
Illustration 9: Photographie du "d’égrenage" d'une maison créole réunionnaise, située rue Marius à Saint Pierre ©Antoine Perrau
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- Le réemploi de l’urgence, conditionné par le besoin de construire, reconstruire, réparer ou renforcer rapidement une construction. Exemple : les fortifications d’une ville pendant la guerre de 100 ans. - Le réemploi d’opportunité, face à l’abondance d’une ressource à la suite d’une catastrophe naturelle (séisme), d’un conflit destructeur, ou d’un chantier de démolition. - Le réemploi d’un principe de construction, où le montage, démontage et remontage sont facilités. - Le réemploi dans le secteur de la restauration du bâti ancien et des monuments historiques. Les matériaux et éléments de constructions (pierre, brique, tuiles, bois, ferronneries) issus d’édifices anciens sont utilisés pour la réparation et la restauration d’autres monuments anciens et patrimoniaux, car ils se prêtent et s’harmonisent mieux avec l’existant. - Le réemploi comme concept et signature architecturale, comme l’expriment et le mettent en œuvre certains architectes ou courant d’architecture. L’architecture palimpseste par exemple tente d’inscrire le bâtiment dans son époque sans nier les traces du passé qu’il côtoie. Exemple : Reichen & Robert architectes, qui se sont imposés comme référence sur le réemploi de bâtiment et leur réinsertion dans leur contexte local depuis la transformation de : •
la Filature Le Blan à Lille
Illustration 10: Représentation du projet de la Filature Le Blan à Lille, paru dans le magazine AA Architecture, Réhabilitation des Grands Ensembles, 1977 ©Reichen & Robert
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la Grande Halle de la Villette à Paris
Illustration 11: Photographie de la Grande Halle de Paris la Villette ©Reichen & Robert
- Le réemploi de la conscience écologique et environnementale. Dans une logique anti-gaspillage de matière, d’énergie grise et humaine. Un sujet plus actuel. Exemple avec la création du calcul du bilan carbone par Jean-Marc Jancovinci en partenariat avec l’ADEME, dans une volonté d’optimiser l’impact des bâtiments et de leur construction sur l’environnement.29 Ce qui a rendu possible ses différentes raisons du réemploi, ce sont notamment les modes constructifs et les matériaux employés. En effet, les modes constructifs historiques, étaient basés sur des assemblages plus facilement séparables, sans alliages complexes de matériaux de natures très différentes. Les matériaux le plus souvent réemployés dans la construction étaient « naturels, bruts ou primaires», dits traditionnels, mais aussi bio/géo-sourcés. N’ayant subi que peu de transformations, ils offraient plus de facilité et de souplesse d’adaptation et de reconditionnement, sans transformations majeures, pour leurs nouveaux usages et destinations.
29 JANCOVICI Jean-Marc, Qu’est-ce que le bilan carbone ? , Site web
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Les matériaux ou éléments de construction utilisés en réemploi étaient principalement : - Les moellons, les pierres de taille, et les briques ; - Les éléments de sol que sont les carreaux de terre cuite, les dalles et les pavés de pierre ; - Les éléments de bois de charpente et de menuiserie ; - Les éléments de ferronnerie (rampes, balcon, grilles) ou des structures métalliques (charpente) ; - Les éléments de couverture, de divers types de tuiles, d'ardoises, et de lauzes. Les pratiques historiques du réemploi, telles que décrites précédemment, ont subi un déclin certain suite aux révolutions industrielles. Celui-ci s’explique, en partie, par l’avènement de matériaux et de techniques issus d’une industrie au service de la construction, peu adaptées au réemploi et faisant concurrence aux pratiques historiques .
2 – Aujourd’hui, un retour progressif au réemploi : Le réemploi dans l’histoire préindustrielle était une évidence. Le monde du bâtiment et des matériaux étaient alors basé sur une économie de moyen où les ressources naturelles étaient plus difficiles d’accès et exploitées localement. Les révolutions industrielles ont fait entrer nos sociétés occidentales dans une ère d'apparente abondance en repoussant les limites des problématiques de transports et d’accès aux ressources. L’ère industrielle n’a pas que impacté nos méthodes de production et de consommation mais aussi l’Homme en tant que tel. « Hyper-spécialisé pour les besoins du système, il se retrouve déraciné, sans créativité »30. (ILLICH 2003) Une destruction des liens sociaux entre les humains. Cette séparation peut se ressentir dans les relations au niveau des différentes méthodes de travail actuelles. La division des tâches affectent la vision globale de la plupart des acteurs, ils sont hyper spécialisés dans une discipline précise. Réussir à concentrer toutes les compétences et ainsi tout les acteurs concernés dans un but commun relève du périple. Ainsi remettre en place un système de construction « ancien », comme le réemploi, liant plusieurs compétences, donc plusieurs acteurs, peut s’avérer beaucoup plus difficile dans la pratique que dans la théorie.
30 ILLICH Ivan, La convivialité, éd. Seuil, 2003, 158 pages
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Cependant, à partir des années 1970, impulsé par le mouvement « hippie », une prise de conscience générale sur les limites des ressources naturelles de la planète, pousse certains architectes à réfléchir sur leur manière de construire. Aux États-Unis notamment, apparaissent quelques collectifs tels que celui de Michael Reynolds et ses « earthships »31. Des habitats écologiques et économiques, énergétiquement indépendants et tournés vers une organisation de partage : ceux qui ont été aidés pour construire leur maison aident à leur tour la construction des autres maisons.
Illustration 12: Photographie de M. Reynolds devant sa première "earthship" construite en boîte d'aluminium recyclées, en 1972, dans le désert de Taos au Nouveau-Mexique ©Build Green
Illustration 13: Photographie exemple d'un chantier d'une "earthship" avec des pneus comme matériau réemployé ©Build Green
Illustration 14: Photographie de M. Reynolds devant une "earthship" plus récente, construite avec plus de matériaux recyclés que les précédentes ©Build Green
31 EARTHSHIP BIOTECTURE by Michael Reynolds, Présentation des earthships, Site web
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S’ajoute à cela, dans l’un des états les plus pauvres des États-Unis, la création d’une formation universitaire à Auburn, basée sur la frugalité et le réemploi : Rural Studio32. Ses professeurs et ses élèves expérimentent, à partir de 1993, le réemploi pour les populations défavorisées, avec un budget limité. Le réemploi s’impose comme une nécessité pour répondre à une demande urgente. Cependant l’étudiant est projeté dans une réalité bien différente des ateliers de studio classique et ces principaux outils sont la débrouillardise, l’expérimentation et le prototypage.
Illustration 15: Photographie où aparaissent Samuel Illustration 16: Photographie de la Music Man House, construite (dit Sambo) Mockbee (1944-2001) et D.K Ruth en 2003 par des étudiants de deuxième année (1944-2009), les co-fondateurs de Rural Studio © Timothy Hursley © Rural Studio
Illustration 18: Photographie de la Glass Chapelle, construite à partir de pare-brise de voitures, en 2000 par des étudiants de 5ème années, pour la communauté Illustration 17: Photographie de la Music Man House, construite en 2003 par des étudiants de deuxième année © Timothy Hursley © Timothy Hursley 32 RURAL STUDIO, Présentation de Rural Studio, Site web
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Ces deux entités américaines démontrent les possibilités de se détourner du système linéaire et que l’économie circulaire fonctionne, à l’époque des « trente glorieuses » et d’une population qui ne réalisait pas encore les impacts de son mode de vie sur son environnement.33 Finalement, les principales raisons du retour au réemploi sont : - La raréfaction des ressources en matières premières, dont le secteur de la construction est un important consommateur. L’épuisement des ressources est une réalité, surtout pour les matières minières et minérales, mais aussi dans les ressources dites renouvelables (à partir du moment où leur consommation excède leur capacité de renouvellement). - L’accumulation des déchets. Le bâtiment est en France le plus gros producteur de déchets et son bilan carbone est important. La question de la prévention, de la gestion de la production de déchet et de la pollution qu’elle engendre est importante. Ce secteur d’activités a un coût environnemental et économique important. - Une mode du vintage et un certain intérêt pour les matériaux dit « authentiques », à cela s’accompagne la mode du « Do It Yourself » = fait le toi-même, avec de la récupération de matériaux et du détournement d’objets. C’est une vraie niche dans la filière du réemploi, avec la récupération de matériaux dits « nobles », anciens, chez des antiquaires. - Le retour à une forme de bons sens et à la signification de la notion d’économie, c’est-à-dire une meilleure répartition et administration des richesses matérielles et naturelles. La diminution de la production des déchets, la raréfaction des ressources et la protection des écosystèmes sont des justifications au réemploi. Cela évite de remplacer une industrie chimique impactant l’environnement par une autre industrie, basée sur une matière première renouvelable, qui paraît meilleure, mais qui sur le long terme engendrera une surexploitation d’un matériau. Par exemple une surproduction et une mauvaise gestion du bois de construction peut avoir un impact négatif sur les forêts de production et leur environnement.
33 AMSING Tatiana, Le réemploi, mutation du cerveau de l’architecte ?, Mémoire de Master d’Architecture, ENSAP Lille, Mai 2016, 140 pages
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- L’évolution rapide des règles professionnelles et de la réglementation, en thermique notamment, qui rendent obsolètes des matériaux relativement récents et en bon état. Cela gaspille de la matière qui pourrait être utilisée car de très bonne qualité et souvent neuve. On parle ici de stocks invendus, ou qui ne peuvent plus l’être à cause de l’évolution des normes. Ce sont des fort potentiels de réemploi à l’heure actuelle.
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C – En 2020, qu’en est-il du réemploi en France ?
1 – Réglementairement, c’est possible, mais… Notre étude se tourne autour du réemploi de matériaux de construction, non autour du détournement d’objet, ni de la réutilisation. Ainsi les méthodes d’application sont précises dans notre cas et suivent une réglementation établie, parfois difficile à mettre en place. En outre, la première phase à assimiler pour comprendre le réemploi de nos jours c’est la différence entre le réemploi, la réutilisation, et le recyclage. L’architecte Jean- Marc Huygens, dans son livre La Poubelle et l’Architecte34 (HUYGEN 2008), décrit les différents systèmes de récupération de matériaux sous trois formes distinctes : - la réutilisation consiste à se resservir de l’objet dans son usage premier - le réemploi réintroduit les matières de l’objet ou en partie l’objet pour un autre usage - le recyclage réintroduit les matières de l’objet dans un nouveau cycle. Cependant, le réemploi est inscrit à l’ article L541-1-1 du code de l’environnement35 et il y est défini comme “toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui ne sont pas des déchets sont utilisés de nouveau pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus”. Dans un souci de faisabilité, et pour que le reste de mes recherches se placent dans une réflexion en relation avec la légalité, je prendrais pour référence cette dernière définition, puisqu’elle est celle inscrite dans la loi. Je tiendrais tout de même compte de l’avis de l’architecte Jean-Marc Huygens dans le reste de mon questionnement, puisque ses recherches ne sont pas à mettre de côté, elles éclairent certaines contradictions. Cette définition transmise par la loi, met en avant deux notions importantes. - Premièrement les matériaux destinés au réemploi ne doivent pas avoir acquis le statut de déchets. Ce qui nécessite de mettre en œuvre des stratégies opérationnelles spécifiques. 34 HUYGEN Jean-Marc, La poubelle et l’architecte, éd. Actes Sud, 2008, 184 pages, Collection L’impense. 35 CODES ET LOIS, Code de l’environnement Article L541-1
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- Deuxièmement, les matériaux de réemploi sont destinés à être utilisés pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus. Ce point exclut, a priori, du champ du réemploi, l’utilisation de matériaux pour un usage détourné de leur fonction primaire. Cependant, on constate que certains cas, comme le Pavillon circulaire du Pavillon de l’Arsenal36, utilise des portes de bois comme façades. Les portes perdent donc leur fonction première de porte et pourtant ce projet est présenté comme un exemple de réemploi dans l’architecture française contemporaine. C’est ce qui rend la théorie et la pratique floues et nous renvoie alors à la définition et au raisonnement de Jean-Marc Huygens.
Illustration 19: Photographie des portes démontées Illustration 20: Photographie du Pavillon circulaire au pour être réemployées en façade du Pavillon Pavillon de l’Arsenal, Paris, exposition matière grise, circulaire au Pavillon de l’Arsenal, Paris, exposition Encore Heureux architectes © Pavillon de l’Arsenal Matières Grises, Encore Heureux architectes © Pavillon de l’Arsenal
Si le réemploi paraît complexe à première vue, c’est que sa définition et son application ne sont pas toujours cohérentes, et les acteurs du bâtiment peuvent être perdus. Ainsi on peut noter que la définition juridique, plutôt restrictive, peine à représenter la variété des pratiques puisqu’elle exclut notamment le détournement d’usage. Pour pouvoir être réemployés, les matériaux doivent être triés, démontés, transportés et stockés avec soin, de manière à être préservés en vue de leur nouvelle mise en œuvre. Les pratiques de réemploi entrent ainsi dans le champ de la prévention de la production de déchet. Ainsi, parler de déchet au sujet de matériaux destinés au réemploi est une erreur.
36 PAVILLON CIRCULAIRE, Ressourcerie, recyclerie et économie circulaire, page web
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L’article L 541-1 du code de l’environnement précise la notion de déchet en ces termes : “Est un déchet au sens du présent chapitre tout résidu d'un processus de production, de transformation ou d'utilisation, toute substance, matériau, produit ou plus généralement tout bien meuble abandonné ou que son détenteur destine à l'abandon”. Ainsi, lorsque le matériau a acquis le statut de déchet, deux solutions de valorisation sont possibles : la réutilisation ou le recyclage. La réutilisation est définie par l’article L541-1-1 du code de l’environnement comme : “toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui sont devenus des déchets sont utilisés de nouveau” La réutilisation nécessite de trier les déchets et souvent de réparer les objets ou de leur faire subir des opérations de transformation. Dans la finalité, c’est la même pratique que le réemploi, sauf que les substance ont déjà acquis le statut de déchets. L’administration française a donc fixé un critère pour permettre de différencier plus précisément réemploi et réutilisation : le mode de collecte des matériaux et la définition des déchets. Avant l’entrée sur le site où les matériaux seront préparés en vue du réemploi, voir où ils seront réemployés, il faut qu’un tri soit effectué par un opérateur. Il a la faculté d’accepter ce qui pourra être réemployé et de refuser ce qui deviendra déchet. Cela nécessite donc quelqu’un d’expérimenté sur les chantiers de déconstruction, afin de réaliser un premier tri visuel pour garder les matériaux qui vont être réemployés. Il faut aussi que les matériaux sélectionnés ne transitent pas par un site de gestion de déchets, mais dans une infrastructure de tri ou de recyclage, relevant des rubriques 27XX de la protection de l’environnement.37 Cette étape est très importante pour définir s’il y aura réemploi ou réutilisation. C’est aussi une étape complexe et difficile à mettre en place, puisqu’il est impératif d’avoir quelqu’un « qui s’y connaît ». Cette valeur d’expérience peu précise, ne permet pas d’identifier réellement qui est la personne « expérimenté ». D’autant plus que, le retour sur expérience sur le réemploi de matériaux de construction est faible, puisque cela fait peu d’années que ce système de construction est remis en place de manière légale. Cela signifie que la loi accepte pour acquis l’expérience informelle de ces personnes ?
37 AIDA, La réglementation de la prévention des risques et de la protection de l’environnement, rubrique 27xx. Déchets, Page web
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Pour le recyclage, il est définie par l’article L541-1-1 du code de l’environnement par : “toute opération de valorisation par laquelle les déchets, y compris les déchets organiques, sont retraités en substance, matières ou produits aux fins de leur fonction initiale ou à d'autres fins”. Le recyclage comporte un inconvénient : la transformation des matériaux en matières premières en vue d’être des matériaux recyclés. C’est un processus industriel énergivore comme un autre. Le recyclage est réalisable qu’en consommant de l’énergie. C’est une activité qui rentre dans le calcul du bilan carbone. Si l’on définit une hiérarchie des modes de traitement des déchets, dans l’idée de limiter l’épuisement des ressources, le plus logique reste alors de limiter la production de déchet. De ce fait le réemploi se place en priorité des actions à mener, avant la réutilisation ou le recyclage des matériaux. De plus, la filière du réemploi s’explique par son intérêt économique et écologique et elle est aujourd’hui concernée par un ensemble de lois liées à la transition écologique. La loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) cherche à renforcer la priorité donnée à la prévention de la production de déchets dans des actions à mener, pour favoriser la transition d’une économie linéaire vers une économie circulaire. Le programme national de prévention des déchets 2014-2020 38 constitue, quant à lui, un levier pour la mise en œuvre d’actions concrètes de réduction des déchets. Plus récemment la loi n°2020-105 du 10 février 2020, relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, renforce les possibilités de réemploi avec en chapitre III : Favoriser le réemploi et la ré-utilisation ainsi que l’économie de la fonctionnalité et servicielle dans le cadre de la lutte contre le Gaspillage (Articles 30 à 60) : Art. L. 111-10-4.- « Lors de travaux de démolition ou réhabilitation significative de bâtiments, le maître d'ouvrage est tenu de réaliser un diagnostic relatif à la gestion des produits, matériaux et déchets issus de ces travaux. Ce diagnostic fournit les informations nécessaires relatives aux produits, matériaux et déchets en vue, en priorité, de leur réemploi ou, à défaut, de leur valorisation, en indiquant les filières de recyclage recommandées et en préconisant les analyses complémentaires permettant de s'assurer du caractère réutilisable de ces produits et matériaux. Il comprend des orientations visant à assurer la traçabilité de ces produits, matériaux et déchets. En cas d'impossibilité de réemploi ou de valorisation, le diagnostic précise les modalités d'élimination des déchets. »39 38 ADEME, Le Programme National de prévention des déchets 2014-2020, Page web 39 LEGIFRANCE, Loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, titre III : favoriser le réemploi et la réutilisation ainsi que l’économie de la fonctionnalité et servicielle dans la cadre de la lutte contre le gaspillage (articles 30 à 60)
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Ainsi, les maîtres d’ouvrage sont théoriquement obligés d’effectuer un diagnostic ressource, avec un inventaire des produits, des matériaux et des déchets issus de leurs travaux de réhabilitation ou de démolition. Cependant, le texte ne spécifie pas quand ce diagnostic doit être réalisé lors de l’organisation de la déconstruction. Si ce diagnostic est réalisé avant le début des travaux, cela engage le chantier dans le réemploi, car les matériaux en bon état devront être déconstruits pour être mis de côté. Si le diagnostic est réalisé après le début du chantier de démolition, la seule matière qui restera des travaux ce sont des déchets, qui seront valorisés vers du recyclage. Actuellement, le recyclage est favorisé au réemploi par les maître d’ouvrage. Il est plus facile et moins onéreux, puisque la filière du recyclage est déjà organisée et implanté sur le territoire français. Cela ne permet pas d’enclencher un passage de l’économie linéaire à l’économie circulaire, que la loi transition énergétique veut mettre en place. On ne peut pas « briser » la linéarité de l’économie linéaire par le recyclage. Le recyclage améliore la finalité de l’économie linéaire en apportant une valeur ajoutée aux déchets. Cependant l’énergie utilisée et l’impact carbone pour transformer les matériaux dans le processus du recyclage est conséquent. Il paraît plus logique donc, d’utiliser d’autres méthodes comme le réemploi pour réellement créer la « boucle », que représente l’économie circulaire et éviter toutes dépenses énergétiques supplémentaires puisqu’on ne transforme pas la matière. Dans le même article L. 111-10-4, sont insérés des articles L. 111-10-4-1 A et L. 111-10-4-1 B ainsi rédigés : Art. L. 111-10-4-1 A.- « Le diagnostic relatif à la gestion des matériaux et des déchets de la démolition où réhabilitation significative de bâtiments, prévu à l'article L. 111-104, est établie par des personnes physiques ou morales présentant des garanties de compétence. Les personnes ou organismes mentionnés au premier alinéa du présent article doivent être dûment assurés et n'avoir aucun lien de nature capitalistique, commerciale ou juridique sur la même opération avec une entreprise pouvant effectuer tout ou partie des travaux de démolition ou réhabilitation qui soit de nature à porter atteinte à son impartialité et à son indépendance. Un décret définit les conditions et modalités d'application du présent article. Art. L. 111-10-4-1 B.-Les personnes désignées à l'article L. 151-1 peuvent se faire communiquer le diagnostic mentionné à l'article L. 111-10-4. Un décret définit les modalités de publicité de ce diagnostic. »40
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LEGIFRANCE, Loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, titre III : favoriser le réemploi et la réutilisation ainsi que l’économie de la fonctionnalité et servicielle dans la cadre de la lutte contre le gaspillage (articles 30 à 60
Ils mettent en valeur le fait que le diagnostic ressource des matériaux réemployables peut légalement se faire par une ou plusieurs personnes. Cela peut se révéler être intéressant dans le cadre d’un regroupement des connaissance et des compétences. Cependant, cette article reste encore flou sur ce que sont les « garanties de compétences » de ces personnes. Ce qui en soit peut être un bien dans l’idée de permettre à quiconque de s’inscrire dans le processus de réemploi : artisans, bureau d’études, architectes, associations, constructeurs, promoteurs, entreprises du bâtiment, citoyens lambdas… mais cela ne rassure pas dans l’idée que leurs compétences sont les garanties d’un bon diagnostic. Chaque profession sera altérée par sa vision propre du réemploi dû à sa formation et son expérience professionnelle voir personnelle aussi. Déjà prévue au stade du projet de loi, la réforme du Diagnostic Déchets 41, pourrait permettre d’augmenter considérablement le taux de réemploi. Le diagnostic déchets fusionne avec les diagnostics ressources qui étaient proposées jusqu’alors contractuellement par les acteurs du réemploi. La loi prévoit que le nouveau diagnostic doit fournir les informations relatives aux matériaux en vue de leur réemploi, en préconisant les analyses complémentaires permettant de s’assurer de leur caractère réutilisable. Cependant, certains points ne sont pas encore assez détaillés et un décret d’application devrait préciser un grand nombre de points cruciaux, notamment : - Les chantiers concernés par l’obligation de réaliser le diagnostic ; - Le contenu et les modalités de réalisation du diagnostic ; - Les garanties de compétences et assurantielles que devront présenter les personnes réalisant le diagnostic.42 Depuis plusieurs années, l’ombre du statut de déchet plane sur les démarches de réemploi. Un grand nombre d’acteurs du réemploi souhaitaient profiter de cette loi pour clarifier la situation, qui est, jusqu’alors, encadrée par la doctrine administrative, ce qui freine un bon nombre de maîtres d’ouvrage et de maîtres d’œuvre. Un nouvel article, L541-4-4 dans le code de l’environnement, reprend la doctrine de la Direction Générale de la Prévention des Risques (DGPR) en matière de réemploi. Il éclaire un peu le sujet :
41 MINISTÈRE DE L’ÉCOLOGIE, DU DÉVELOPPEMENT DURABLE, DES TRANSPORTS ET DU LOGEMENT Décret n°2011-610 du 31 mai 2011 relatif au diagnostic portant sur la gestion des déchets issus de la démolition de catégories de bâtiments, 1er juin 2011, 42 LEGIFRANCE, Loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, titre III : favoriser le réemploi et la réutilisation ainsi que l’économie de la fonctionnalité et servicielle dans la cadre de la lutte contre le gaspillage (articles 30 à 60)
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« Dans le cadre d’un chantier de réhabilitation ou de démolition de bâtiment, si un tri des matériaux, équipements ou produits de construction est effectué par un opérateur qui a la faculté de contrôler les produits et équipements pouvant être réemployés, les produits et équipements destinés au réemploi ne prennent pas le statut de déchet. » C’est une demi-solution. L’introduction de ce nouvel article donne une légitimité d’action puisque c’est désormais la loi, et non plus seulement les instances, qui consacre le tri sur le chantier comme critère permettant d’échapper au statut de déchet. En revanche, cet article n’apporte aucune précision sur les qualités et compétences de l’« opérateur ayant la faculté de contrôler » les matériaux, et aucun décret d’application existe pour préciser cette notion. La loi relative à l’économie circulaire a modifié le code de l’environnement, afin d’imposer aux personnes publiques de recourir aux matériaux de réemploi. L’article L228-4 du code de l’environnement prévoit désormais : « Dans le domaine de la construction ou de la rénovation de bâtiments, [la commande publique] prend en compte les exigences de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et de stockage du carbone et veille au recours à des matériaux de réemploi ou issus des ressources renouvelables. » La commande publique peut être un levier majeur pour le développement du réemploi en général. Ce sont, aujourd’hui, les principaux commanditaires de la construction, les bailleurs sociaux. Cependant, pour garantir la pleine efficacité de cette nouvelle disposition, un travail de sensibilisation sera probablement nécessaire pour porter l’existence de cette mesure à la connaissance des maîtres d’ouvrage publics. D’autre part, dans la pratique, il sera compliqué de faire annuler un marché qui méconnaîtrait cette obligation.43 On constate que les acteurs du réemploi sont multiples. Leurs rôles et leurs marches de manœuvre sont encore flous dans certains aspects législatifs. L’ADEME les citent sous différentes catégories : - Les acteurs en possession de biens encore en état et qui souhaitent s’en séparer et ceux qui souhaitent acquérir des biens de seconde main (ménages, entreprises, agents de collectivités...). - Les structures de réemploi ou de réutilisation, qui sont l’intermédiaire entre les acteurs en possession de biens en bon état qui souhaitent s’en séparer et ceux qui souhaitent acquérir des biens de seconde main ; - Les acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), qui sont les recycleries et les associations caritatives ; 43 GELOT E. Réemploi des matériaux : 5 choses qui changent avec l’adoption de la loi relative à l’économie circulaire
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- Les acteurs de l’économie conventionnelle, qui sont les dépôts-ventes, les revendeurs, les brocanteurs, les intermédiaires, les reconditionneurs et les sites internet ; - Les autres acteurs pouvant soutenir les activités de réemploi et de réutilisation : les collectivités, les relais et les associations comme les chambres des métiers, les associations environnementales, les associations locales ...44 Les acteurs professionnels du bâtiment ? Les entreprises de BTP ? Les maîtres d’œuvre ? Les maîtres d’ouvrage ? Les architectes ?… Ils ont des rôles décisifs au cours de la commande du bâtiment, de la conception, du diagnostic ressources, de la déconstruction, de la gestion des matériaux réemployables, du transport, du stockage des matériaux et de leur réemploi sur chantier. Les inscrire concrètement dans les différentes lois évoquées ci-dessus leur donnerait plus de poids et plus de force de proposition. Surtout dans le cas des architectes engagés dans le réemploi de matériaux, qui se retrouvent face au mur administratif et aux réglementations. À l’heure actuelle, être un architecte qui croit au réemploi, c’est donné beaucoup de son temps personnel pour la mise en place de celui-ci sur les projets et les chantiers. Valoriser le réemploi en l’inscrivant comme une vraie démarche constructive, aux yeux de la loi, permettrait de donner plus de légitimité à son action. Cela permettrait à l’architecte et aux autres acteurs d’être rémunérés pour ces missions qu’ils exécutent à l’heure actuelle de manière bénévole. Faire évoluer une filière c’est aussi lui donner une valeur économique. Cependant, mettre en place des exemples de réemploi qui fonctionnent est un vrai premier pas pour les architectes qui désirent créer cette filière. À travers trois cas d’études, je vous propose d’observer trois manières de faire du réemploi, avec différents acteurs, différentes temporalités, différents matériaux et différents contextes économiques et sociales.
44 ADEME, L’économie circulaire, les avancées de la loi de transition énergétique pour la croissance verte, Fichier en ligne
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2 - Techniquement c’est possible, mais… À travers ces trois études de cas, nous étudierons les possibilités techniques et physiques de faire du réemploi aujourd’hui. Un réemploi qui peut résister au temps, avec des matériaux solides et aux caractéristiques physiques suffisantes en matière de normes structurelles, thermiques et acoustiques. Nous avons évoqué les complexités réglementaires, pour mettre en place du réemploi dans un projet de construction. Elles se sont révélées sous différentes formes lors de ces projets. Mon premier cas sest une maison individuelle, à Pau (64) réalisée en auto-construction par un maître d’ouvrage privé qui est aussi l’architecte. C’est une ancienne battisse réhabilitée avec des matériaux de réemploi provenant de la maison elle-même et de quelques chantiers de déconstruction à proximité. Mon deuxième cas, est un édifice recevant du public, dans le 20ème arrondissement de Paris, réalisé par l’agence d’architecture BFV Architectes, en corrélation avec le collectif d’architectes Bellastock, spécialisé dans le réemploi. Le maître d’ouvrage est public, puisque c’est la Régie immobilière de la ville de Paris. C’est un immeuble réhabilité pour accueillir une crèche et la façade est en réemploi de matériaux de construction. Mon troisième cas, est un faré de projet d’architecture, à Mayotte (976), réalisé par l’agence d’architecture Co-Architecte, en corrélation avec le collectif Encore Heureux, spécialisé dans le réemploi. C’est une nouvelle construction qui profite du démantèlement d’un ancien édifice géré par la même agence d’architecture, dans une ville voisine, pour récupérer tous les matériaux et tenter de s’inscrire à 100 % dans le réemploi de matériaux de construction. Ces études de cas peuvent nous montrer les différentes manières d’aborder le réemploi dans un projet architectural et les différents rôles et manières de se positionner des architectes et de leurs agences. Elles expriment aussi les difficultés liées à la temporalité, à la réglementation et autres inconvénients qui apparaissent durant la conception et les chantiers, et les différentes solutions que les équipes ont trouvées pour contrer ces difficultés.
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LA MAISON DE RAPHAËL FOURQUEMIN, LE MANIFESTE D’UN ARCHITECTE • MOA : Mr et Mme Fourquemin (maître d’ouvrage privé) • Architecte : Raphaël Fourquemin • Auto-construction par Raphaël Fourquemin et ses proches
Illustration 21: Photographie de la façade, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
Ce projet s’inscrit tout d’abord dans l’histoire de l’architecte, Raphaël Fourquemin, et ses convictions. Cette construction est un manifeste de sa vision de l’architecture, de ses envies et son désir de démontrer aux autres, que le réemploi peut être une réponse à la frugalité. Une solution constructive engagée, puisqu’elle enclenche beaucoup d’aspects positifs dans l’économie, l’écologie et le social avec une grande notion de partage. Le chantier a duré 4 ans, du 9 mars 2014 à Noël 2018 (première fête de fin d’année qui a pu être réalisée dans la maison avec toute sa famille). Il y avait cependant quelques détails à finir, mais qui correspondaient à la temporalité des activités familiales.
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Le réemploi dans ce bâtiment était déjà présent à son acquisition et il permettait de lire son histoire. C’est un bâtiment centenaire dont certains matériaux sont à leur troisième génération de rénovations. D’après sa lecture du bâtiment, Raphaël Fourquemin a conclu que l’édifice comprenait un garage avant d’être transformé en restaurant. « On s'est rendu compte, en démontant le bâtiment, que de toute façon le bâtiment lui-même avait déjà eu plusieurs vies et qu'il y avait des matériaux qui étaient déjà des matériaux de réemploi. On a réemployé du réemploi ». En termes budgétaires, Raphaël Fourquemin a défini le budget du projet à peu près 250 000 € : - l’achat du bâtiment et de la parcelle : 150 000 € - les travaux 100 000 € : - 1/4 (environ 25 000 €) pour les salaires, lorsqu’il a embauché des connaissances pour des travaux complexes et difficiles (par exemple la déconstruction de la structure, les gros œuvres ou l’électricité) ; - 10-15 % (entre 10 000 € et 15 000 €) dans les repas de chantier, sur 4 ans ça fait beaucoup de repas ; - 20 000 € en achat d’outillage, car il n’était pas équipé avant le début de la construction ; - 60 000 € de matériaux complémentaires et de coût du chantier. Cependant, si on y intègre le temps passé, c’est-à-dire le temps personnel de Raphaël, de ses connaissances bénévoles et des personnes rémunérées pour certaines missions, on se rapproche d’après lui du prix des travaux s’ils avaient été réalisés par une entreprise. Il établit ce budget à environ 350 000 €. Il estime donc avoir fait des économies, à travers le réemploi des matériaux de la construction, mais surtout par l’auto-construction. Cependant, il estime avoir été gagnant sur la qualité des matériaux utilisés. Une agence, sur un projet « classique » de rénovation, n’aurait pas utilisé des matériaux d’aussi bonne qualité. La récupération de matériaux très professionnels, déjà sur place, lui a permis d’avoir de très bonnes performances structurelles, mais aussi sur des éléments essentiels au fonctionnement d’une maison comme l’électrique et les canalisations.
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Pour expliquer ce projet, Raphaël nous décrit une liste exhaustive des principaux aspects constructifs en réemploi qu’il a mis en place. Cela permet de comprendre l’organisation de ses travaux et la construction de la maison petit à petit. La première étape a été celle de la déconstruction de la maison. Cela lui a permis de collecter et de faire l’inventaire des matériaux dont il disposait pour transformer le restaurant en maison individuelle. Cette base de matériaux potentiels a été la base de sa réflexion architecturale. Elle lui a permis de créer un projet à son image, qui correspondait à ses envies d’usages et de fonctionnement pour son bâtiment. Cela révèle une certaine ingéniosité et une résilience de l’architecte au matériau, plutôt que le choix des matériaux en fonction de l’architecture. « Tout le long du chantier ça n'a été que des choses comme ça. Du détail et de la créativité au fur et à mesure. »45
Illustration 22: Extrait du permis de construire, notice de projet, maison individuelle de R. Fourquemin © Raphaël Fourquemin 45 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe
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Avant / Après : le rez-de-chaussé :
Illustration 23: Extrait du permis de construire, plan rez-de-chaussé de l’ancien restaurant, maison individuelle de R. Fourquemin © Raphaël Fourquemin
Illustration 24: Extrait du permis de construire, plan rez-de-chaussé du nouveau projet, maison individuelle de R. Fourquemin © Raphaël Fourquemin
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Avant / Après : l’étage :
Illustration 25: Extrait du permis de construire, plan 1er étage de l’ancien restaurant, maison individuelle de R. Fourquemin © Raphaël Fourquemin
Illustration 26: Extrait du permis de construire, plan 1er étage du nouveau projet, maison individuelle de R. Fourquemin © Raphaël Fourquemin
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Avant / Après : les coupes :
Illustration 27: Extrait du permis de construire, coupe de l’ancien restaurant, maison individuelle de R. Fourquemin © Raphaël Fourquemin
Illustration 28: Extrait du permis de construire, coupe du nouveau projet, maison individuelle de R. Fourquemin © Raphaël Fourquemin
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Parmi les matériaux de réemploi visibles à l’œil, on retrouve la structure et principalement la charpente, puisque les pièces de charpente de l’ancien restaurant on été réemployées et remaniées pour faire l’ossature de la maison. Ce qu’il a gardé intact ce sont trois murs, les deux mitoyens et le mur de soutènement principal, le plancher de l’étage et le plafond suspendus, qui correspondaient encore aux normes de sécurité incendies (BA13 garde-feu). Il a révisé la charpente et changer une partie des pièces de celle-ci. Le reste du projet utilise du réemploi de matériaux de construction, mais aussi du détournement de matériaux non-destinés à la construction initialement. Je vais vous présenter ce projet comme il m’a été présenté lors de ma visite.
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- La façade principale, orientée au Sud :
Illustration 29: Photographie retouchée de la façade, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
Le plancher de la salle de restaurant, au rez-de-chaussé, était entièrement en pin des Landes. Il a était tout démonté et trié pour garder les bonnes lames de celles qui étaient trop « fatigués ». Toutes les bonnes lames ont été gardées pour faire les planchers de l'étage et celles trop usées on était débitées en bardeaux et c'est ce qui a permis de faire la façade principale. Le point intéressant avec ces bardeaux, c'est qu’ils proviennent d’une essence de bois qui, théoriquement, n'est pas valable pour être mise en façade. Sauf qu’on est dans des circonstances qui sont un peu particulières. C'est un plancher de 22 mm, qu’il a raboté, donc toutes les lames font à peu près 19 mm. C'est rare, la plupart du temps un bardage est entre 10 mm et 14 mm. C'est plus épais que la norme, donc par conséquent, un peu plus durable, avec moins de risques de champignon et de moisissure. De plus, les murs mitoyens, à l’Est et à l’Ouest, qui montent très haut, protègent du vent et de la pluie de l'Ouest. La façade principale est orientée plein Sud, elle ne voit quasiment jamais la pluie. 58
Cela ça fait 5 ans maintenant que ce bardage est en place et le seul endroit où il est abîmé, c’est parce qu’il est touché par un peu de pluie, et il commence à griser. Les autres planches, qui ne subissent pas cette altération, sont comme neuves, avec la couleur d'origine du bois. « Si ça ne dure que 10 ans, ce n’est pas grave, de toute façon c'est de la matière gratuite, et dans 10 ans on déclouera tout et on mettra un autre bardage d'occasion. Mais en réalité on va pas y toucher avant 40 ans […] Résultat ça vit encore mieux que ce que j'avais prévu. »46
- Les entourage de fenêtre : Pour cet élément, les hottes d'extraction des anciennes
cuisines
professionnelles
restaurant ont été récupérées. Il avait
du pour
premièrement volonté de les vendre mais n’a pas réussi. Il les a donc débitées en plaques et s'en est servi pour réaliser les entourages des fenêtres de la façade Sud. « C'est sympa parce que vu que c'était presque neuf, ça reste bien brillant même au fur et à mesure des années. »47
C’est finalement un matériau qui capte bien le soleil et le renvoi à l'intérieur sous forme de rayons colorés, avec des arcs-en-ciel.
Illustration 30: Photographie retouchée des fenêtres de la façade Sud, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
46 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe 47 Idem 48 Idem
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« C'était pas du tout prévu, mais ça je t'avoue que je suis assez content du résultat. »48
- Les pieds de murs et couvertines :
Illustration 31: Photographie retouchée, les couvertines, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
La cuisine de l’ancien restaurant était équipée d’une grosse unité de climatisation professionnelle, composée de carneaux de 2 x 20m par 50 cm x 50 cm, qui mesuraient à peu près 3m de long chacun, en acier galvanisé. Ces feuilles d’acier étaient en parfait état. Il les a débité à la meuleuse et utilisé pour tous les pieds de murs extérieurs ainsi que les couvertines. C’était un métal avec une pérennité différente du zinc, habituellement utilisé. Il a dû les couper dans la longueur et chaque extrémité a été passé avec du galvaniseur à froid, de manière à les protéger de la rouille. « À chaque fois on pense aux détails qui vont bien pour que ça pérennise l'usage, mais de la même manière que la façade, comme ça voit très peu la pluie... ça ne devrait pas bouger beaucoup. En tout cas là sur 5 ans, il y a absolument aucun changement depuis l'origine. »49
49 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe
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- Les poteaux en fonte :
« Ce ne sont absolument pas des poteaux qui sont censés se trouver dans une maison »50 Puisque ce sont des poteaux de verrière de gare de chemin de fer ou de gare de bus. Leur tête a été coupée droite pour recevoir des poutres, alors qu’elle est censée accueillir des poutres en biais. Pour que l'IPN repose dessus une petite cale en métal a été rajoutée. Ce sont déjà des éléments qui ont été réemployés une première fois dans ce bâtiment quand l’étage a été créé.
« Je suppose qu'à l'origine il n'y avait pas d’étage. Il y a des flous sur l'histoire du bâtiment, mais c'est clairement du réemploi. »51 Illustration 32: Photographie retouchée des poteaux en fontes, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
D’ailleurs, encore deux poteaux en fonte sont en attente de réemploi. Pour l’instant il ne sait ni comment, ni où les réemployer. Il essai de les revendre, le problème est que ce sont des poteaux qui pèsent 500 kilos chacun et qu'on ne peut pas les retailler facilement puisque c'est de la fonte. Ces poteaux nous évoque le problème du transport et du stockage de surplus. Comment gère-t-on se genre de situation ? « Je pense laisser tomber l'idée de les revendre, mais je vais réfléchir à les réinstaller ici »52
50 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe 51 Idem 52 Idem
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- les IPN (poutres en I à Profil Normalisé) :
Au début du chantier, les IPN reposaient déjà sur les poteaux en fonte vus ci-dessus, et ancrés dans le mur de soutènement qui est dans la cave derrière une cloison. Ce sont des IPN de 20, ils ont une flèche qui est importante et même au-delà de la norme. C’est un matériau de structure réemployé plus que suffisant dans une maison individuelle.
Illustration 33: Photographie retouchée, les IPN, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
Une des raisons du choix de ses poutres, c’est le plancher de l'étage : il est très lourd. C'est une chape de ciment ferraillé par-dessus le plancher, que l’on aperçoit sur la photographie. Le poids est dû au double solivage et par-dessus un plancher en bois. Donc les poutres ont été renforcées par des poteaux de soutien à 2/3 - 1/3 de distance. Ces poteaux sont des IPN de 15. Ils sont les IPN qui étaient, à l'origine, dans les combles et qui servaient à porter l'unité de climatisation du restaurant, démantelée pour faire les couvertines.
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- Les vitrages :
Illustration 34: Photographie retouchée de la façade, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
Le vitrage de la serre provient du réemploi, mais il n’est pas originaire du bâtiment. Il provient d’une annonce sur le site Internet LE BON COIN, qui permet de vendre et d’acheter tout types de matériaux, d’objets ou de services. La personne lui a vendu le lot de vitres avec des dimensions identiques en hauteur mais pas en largeur. Ainsi, il a adapté les menuiseries à ces vitrages qu’il avait récupéré.
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- Le plancher :
Illustration 35: Photographie retouchée de la façade, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
Ce plancher est un mélange représentatif des différents bois réemployés dans ce projet. Ils proviennent de différentes sources de récupérations : le réemploi du bois provenant du bâtiment même, le réemploi d’un bâtiment voisin qui se démontait dont il a récupéré les poteaux, et le réemploi par la vente de surplus de matériau, dont particulièrement un original : le buis des montagnes. Anecdotique de retrouver ce type d’essence au plancher d’après Raphaël Fourquemin. On y retrouve donc du chêne, de l’acacia, du cèdre, du sapin, de l’exotique et d’autres essences en plus ou moins grande quantité. Il a réutilisé les chutes de bois, cela lui a permis de créer une palette d’essences et de couleurs qui donne une touche décorative à la pièce centrale qu’est le salon.
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- La cuisine :
Illustration 36: Photographie retouchée de la cuisine, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
Il a récupéré le comptoir d’origine du restaurant, l’a redécoupé, et certains plans sont partis dans la salle de bain, pour faire les plans de vasques, et un pour le comptoir de la cuisine. « C'est ça qui est bien, c'est que le comptoir du restaurant est resté comptoir, il continue à raconter son histoire de comptoir. »53 La cuisine est l’élément final du chantier, elle a été faite par une professionnelle pour marquer le coup. Comme pour le plancher ci-dessus, c’est un mix des essences de bois de la maison. Les façades de la cuisine, les portes des placards, sont dans le même acacia que le plancher, c'était un lot d'acacias bruts en surplus qui a été racheté à une scierie de Dordogne. « il leur restait 1m cube d'acacia qui était théoriquement fait pour faire du plancher, donc je leur ai racheté et je l’ai utilisé pour faire la cuisine. »54
53 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe 54 Idem
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Pour le plan de travail, il a demandé à la même menuisière qui lui avait fait le reste de la cuisine : « je lui ai ramené toutes mes chutes de bois qui étaient propres, et je lui ai demandé de me faire un plan de travail avec tout ça. Chaque morceau de bois du plan de travail de la cuisine, tu vas pouvoir le retrouver quelque part dans la maison, je peux donc te raconter les bois de la maison juste en lisant le plan de travail. »55 On y retrouve le sequoia des menuiseries de la façade, le frêne de la baie vitrée intérieure, un morceau de chevron en chêne, du bois des lambourdes du bâtiment d'origine, un morceau du cèdre qui a servi pour le plancher et les menuiseries intérieures de l'étage. Sur le plan économique ce n'était pas du tout intéressant car ça a demandé à la menuisière un temps de travail considérable, mais c’était le plaisir de fin de chantier.
- L'escalier : Il est d’« origine » puisque c'était celui du restaurant. Il l’a nettoyé, repeint, et seulement décalé. « le seul truc que l'on a fait et qui nous a pris quatre jours, et on remerciera la lubie d'architecte pour ça, c’est qu’on la fait pivoter. »56 A la base la dernière marche arrivait perpendiculaire
au
mur.
En
tant
qu'architecte, Raphaël Fourquemin a eu le réflexe de ne pas faire arriver la fin d’un escalier face à un mur aveugle. Il l’a fait pivoter d'une marche et demie, ce qui lui a permis de l’ouvrir directement sur la serre. Il a fallu le remonter de 6 cm pour être au niveau. Il a aussi rajouté une rambarde, directement sur place avec des Illustration 37: Photographie retouchée de l’escalier, maisonfers récupérés, pour la sécurité. individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat 55 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe
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- Le plancher de l’étage : C’est le même plancher réemployé que l’on retrouve à la façade sud du bâtiment. Les bonnes planches ont était gardées pour faire le plancher de l’étage. On peut apercevoir quelques accros et des raccords peu précis, signes que ce plancher n’est pas neuf, qu’il a déjà travaillé. À certains endroits, on aperçoit l'emplacement des clous d'origine qui ont été sortis. « Forcément, ça laisse une trace sur le bois, mais c'est microscopique. Un coup de pâte à bois et c'est bon tu ne les vois plus. »57
Illustration 38: Photographie retouchée du parquet de l’étage, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
- L’étagère au premier étage : Fabriquée à partir du solivage du plancher d'un petit bâtiment que l’association IDRE l’association dont Raphaël Fourquemin est le président - a démonté en formation chantier. C'est du pin basique.
Illustration 39: Photographie retouchée de l’étagère, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
56 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe 57 Idem 58 Idem
67
« Un joli coup de ponçage, tu chanfreines les angles et c'est bon on l'a transformé en étagère. »58
- Les menuiserie en cèdre des chambres : Les
menuiseries
des
chambres
sont
l’illustration d’un cas particulier et de l’adaptation dont l’architecte doit faire preuve au cours d’un chantier en réemploi. Le lot de bois réemployé ici n’était pas assez sec au moment de la découpe. Il a bougé après la pose des menuiseries les rendant non étanches. Cependant, cette maison fonctionne sur un principe d’étanchéité couplé à un chauffage par un poêle de masse qui rayonne en infrarouge et déshumidifie l’air au lieu de le chauffer. Ainsi, même si les températures sont en-dessous des normes recommandées, l’air n’est pas humide dans les pièces de la maison.
Illustration 40: Photographie des menuiseries des chambres, maison individuelle de R. Fourquemin, centreville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
C'est un cas particulier, car c'est une rénovation. Pour une construction neuve, cela n’aurait pas été possible de s'autoriser ce genre de pratique au niveau des menuiseries de fenêtres, qui ne respectent pas les normes thermiques et d’étanchéités. L’architecture a ici, des principes thermiques et acoustiques totalement adaptés à des écarts sur les normes actuelles. Cela permet à l’architecte une marche de manœuvre importante dans le choix des matériaux réemployés et aussi dans l’expérimentation. C’est aussi le fait que ce soit un marché privé qui rend toutes ces expérimentations possibles, un maître d’ouvrage public ne pourrait pas se permettre ce genre de pratique, car son cahier des charges est plus précis et contrôlé.
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- La couverture :
Illustration 41: Photographie retouchée de la couverture en tuiles, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat
Toutes les tuiles ont été retirées et triées pour ne garder que les meilleurs. Au bout de cinq ans, elles commencent à être sales, mais elles sont en très bon état. « La couverture est résistante pour encore a minima 30 ans, je vais peut-être avoir une tuile à changer de temps à autre mais c'est tout. Les 30 prochaines années je ne me pose pas de questions. »59 C’est l’exemple type du réemploi dit « standard », sans expérimentation à réaliser et risques à prendre. C’est un produit standard, donc pas besoin de recalibrer, réparer, améliorer, poncer. La seule difficulté notable est que la couverture a était remaniée plusieurs de fois au cours de la vie du bâtiment. Le résultat : cinq modèles de tuiles différentes. Ce n'est pas visible directement, mais certaines ont des petits dessins, et d'autres ont des nez un peu plus travaillés. C'est de la tuile standardisée, c'est-à-dire de la tuile mécanique, qui à l'origine répond à un seul modèle développé avec des côtes précises, pour que les entreprises utilisent toutes le même modèle. Or, toutes les entreprises ont revisité le modèle, il y a donc des petits décalages de quelques millimètres, c'est quasiment invisible, il faut mesurer pour savoir. 59 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe
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Cependant, mélanger les tuiles à été plus compliqué que prévu, puisque certaines s'assemblent bien entre elles et d'autres non. « Ça c'est la difficulté du réemploi. »60
Sur cette étude de cas les rôles de l’architecte ont été : • La réalisation du diagnostic ressources et sa fiabilisation. • La déconstruction, le tri, et le stockage des matériaux • La réalisation des pièces pour le réemploi • L’auto-construction du chantier dans l’intégralité
60 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe
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Notre deuxième cas d’étude est mis en place par un le collectif d’architecte Bellastock, habitué à ce genre d’exercice, où les projets sont réalisés en partie avec du réemploi de matériaux de construction. Ils ont acquis une méthode au travers de leur expérience. « La création de Bellastock a été initiée en 2006 au sein de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville, par un groupe d’étudiants désireux de pallier au manque de manipulation et d’expérimentation pratique dans leur cursus. Ils lancent pour cela un projet de festival annuel de construction à l’échelle un, au cours duquel, plusieurs centaines de participants conçoivent, construisent et habitent pendant quatre jours une ville éphémère. Dès 2010, Bellastock se structure en association loi 1901, se professionnalise progressivement en diversifiant son activité et construit à travers les années un important réseau d’acteurs français et internationaux, engagés dans la transition écologique et pour une économie circulaire. Pour proposer un mode de gouvernance adapté à l’évolution de son activité, l’association se transforme en Société Coopérative d’Intérêt Collectif en 2019. Par définition, la SCIC a pour objet de produire ou fournir des biens et des services d’intérêt collectif qui présentent un caractère d’utilité sociale. Cette forme juridique permet à Bellastock de continuer de construire une stratégie partagée avec l’ensemble de ses sociétaires, issus du réseau développé depuis sa création et répartis en 5 catégories : salariés, personnes physiques, petites entreprises, grandes entreprises et collectivités territoriales. Tous travaillent ensemble avec exigence et engagement, pour porter le développement d’une vision nourrie par la diversité de leurs profils et compétences. Les douze salariés-sociétaires forment une équipe de production pluridisciplinaire composée d’architectes, d’ingénieurs, d’urbanistes, d’enseignants, de communicants, et d’administrateurs, qui œuvrent au quotidien pour Bellastock et les valeurs qu’elle porte. »61 À travers son travail, ce collectif essai de mettre en place une économie circulaire, dont le réemploi. Ces architectes ont saisi la complexité des règles et des normes qui entourent le réemploi des matériaux de construction et le fait que réaliser des projets n’est pas la seule manière de le promouvoir. En effet, ils donnent une impulsion à la filière en créant eux-même leur réseau d’acteurs. Ils communiquent tout leurs savoirs et les possibilités du réemploi à travers des conférences, des workshops, des festivals, des évènements ouverts au grand public, mais aussi du conseil et des formations auprès des professionnels de la construction. L’architecture participative est aussi au centre de leurs intentions et de leurs méthodes de conception, et leur permet de valoriser les pratiques du réemploi. 61 BELLASTOCK, Présentation, Site web
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Nous nous attacherons à un de leurs projets dans la capitale française. C’est une intervention au niveau de la façade qui a été réalisée en réemploi avec l’aide d’une entreprise de menuiserie locale.
LE PROJET CRÈCHE JUSTICE : UN EXERCICE RODÉ POUR LE COLLECTIF BELLASTOCK • MOA cédante : RIVP (Régie immobilière de la ville de Paris = maître d’ouvrage public) • Architectes :BFV Architectes • BET : BERIM • Entreprise générale : Boyer • Entreprise vêture réemploi : Menuiserie SEES La conception du projet : la première idée était l’utilisation de palettes comme matériau pour une façade protectrice, une double peau en bois; puis, un chantier de déconstruction à proximité leur a permis de réaliser cette façade en réemployant des portes en bois.
Illustration 42: Visuel extérieur du projet Justice par Bellastock © Bellastock
Illustration 43: Visuel extérieur du projet Justice par Bellastock © Bellastock Illustration 44: Visuel intérieur du projet Justice par Bellastock © Bellastock
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Les étapes de la construction : 1- L’étude ressource et la récupération des matériaux sur le site de déconstruction
Illustration 45: Photographie du projet Justice par Bellastock, ©Bellastock
2 – Le démontage et la préparation des matériaux sur la zone de stockage (ici les portes) pour être réemployées sur le nouveau chantier
Illustration 46: Photographie du projet Justice par Bellastock, ©Bellastock
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3 – Le transport jusqu’au chantier de manière à ne pas abîmer les matériaux
Illustration 47: Photographie du projet Justice par Bellastock, ©Bellastock
4 – La conception de la façade sur le chantier directement
Illustration 48: Photographie du projet Justice par Bellastock, ©Bellastock
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5 – La mise en place du produit final sur la façade et la réalisation des finitions
Illustration 49: Photographie du projet Justice par Bellastock, ©Bellastock
Bellastock agit ici en tant qu’«expert réemploi» et de conseiller, pour intervenir auprès des architectes. Ils les aident à intégrer les matériaux de réemploi en façade de sorte a créer des protections solaire. Dans le cadre de la réhabilitation d’une crèche multi-accueil et d’une crèche familiale dans le XXème arrondissement de Paris. Ils ont aussi également assisté ponctuellement les deux maîtrises d’ouvrage engagées dans ce projet : la RIVP (Régie Immobilière de la Ville de Paris) et la DPA (Direction du Patrimoine et de l’Architecture) de la ville de Paris. Après avoir réalisé le diagnostic ressource, ils se sont assurés de la viabilité de la possibilité du réemploi auprès du bureau de contrôle et ils ont apporté leurs conseils pour la fiabilisation technique et logistique de l’opération. Le protocole de préparation et les conditions de stockage ont été rédigés dans le CCTP construction. Après avoir lancé l’appel d’offre, l’entreprise de menuiserie Boyer a été retenue pour la réalisation des travaux de préparation et de mise en œuvre de la vêture. Les portes ont été démantelées afin de récupérer l’ossature en chêne massif permettant de réaliser les modules de la vêture sans traitement spécifique du bois. Pré-assemblés en atelier, les modules sont portés par une structure métallique secondaire, accrochés à la structure béton du bâtimentq. Ils habillent la façade en jouant le rôle de brise-soleil.62
62 BELLASTOCK, Présentation du projet Crèche Justice, Site web
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Illustration 50: Photographie du projet Justice par Bellastock, Chantier en cours, 2020 ©Bellastock
Sur cette étude de cas les rôles des architectes ont été • La réalisation du diagnostic ressources et sa fiabilisation. • La réalisation des pièces marché pour le lot réemploi. • Le suivi des opérations.
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Notre troisième étude de cas se situe dans un contexte climatique, social et économique tropical. L’agence Co-Architects, basée sur l’île de la Réunion, s’est associé au collectif d’architectes Encore Heureux pour réaliser ce projet. Cette étude de cas, ancre nos recherches sur le réemploi dans le contexte réunionnais. En effet, l’île de Mayotte est une île, sous le climat tropical, dans l’océan indien, régit par la réglementation française tout comme l’île de La Réunion. De plus, le fait que le projet soit mené, en partit, par des architectes exerçant à La Réunion, nous montre l’intérêt de certains acteurs de l’île pour le réemploi dans la construction.
ENCORE HEUREUX ET CO-ARCHITECTES : UNE OPPORTUNITÉ DE PROJET EN RÉEMPLOI À MAYOTTE un contexte tropicale et insulaire dans la réglementation française
Illustration 51: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saintt-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
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Illustration 52: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de SaintPaul, octobre 2020 © Co-Architecte
À Mayotte, l’agence Co-Architects a un projet à Longoni, avec le collectif d’architecte Encore Heureux. C’est le projet d’un lycée des métiers du bâtiment. Leur intention principale est de faire de ce bâtiment le catalogue des différents modes constructifs possible à Mayotte, à échelle 1. C’est un projet en « oignon », avec pleins de petits projets qui s'inscrivent autour. Il y a une permanence architecturale sur le site avec les deux agences. L'objectif est de créer un lien avec l'utilisateur et aussi de communiquer autour de ce projet. C’est une construction qui va changer le territoire et le village de Longoni. Ils veulent ainsi inscrire concrètement le programme du projet dans son contexte local et impliquer la population. Parmi les petits projets, il y a celui d’un faré de projet, sur le site, qui perdurera même après la livraison du chantier. C’est de là que débute l’histoire du projet de réemploi. Pour comprendre le reste des étapes, il faut aller à Sada, à environ 1h de route au sud-est de Longoni. L’équipe de Co-Architecte a participé à un concours, au nom de leur agence, sans le collectif Encore Heureux, pour la réalisation de la nouvelle Mairie de Sada.
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La Mairie de Sada et son potentiel réemploi :
Illustration 53: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
C’est un projet de réhabilitation, et l’agence tente de conserver au maximum le bâtiment de la mairie déjà existant. L’architecte qui a réalisé ces bâtiments a utilisé une technique constructive intéressante : c’est un projet en petits pavés de basalte et en bois. Cependant le bâtiment n’est plus adapté fonctionnellement à l’échelle de Sada qui est une ville en développement. Il est rentré aussi dans les paramètres, les élections municipales et une administration en place désireuse de montrer un avancement dans les chantiers de son mandat. Elle voulait détruire le bâtiment de la mairie alors que l’agence était encore en cours d’étude. « Et un matin ça a fait tilt : pourquoi on n’utiliserait pas la déconstruction plutôt que la démolition ? Vu qu'on a un autre projet à Mayotte, est ce qu'on ne pourrait pas lier les deux ? » C’est tout ces éléments réunis qui ont enclin l’agence à se tourner vers le réemploi : un deuxième projet à proximité, des matériaux en très bon état, une technique de construction viable, une temporalité qui réunit les deux projets, et un commanditaire pressé.
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Illustration 55: La Mairie de Sada actuelle, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie St-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
Illustration 54: Visuel du projet de la Mairie de Sada, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie St-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
Du coup, la décision a été prise de construire la Faré de projet de Longoni avec la déconstruction de la Mairie de Sana. Il y a tout de même un cadre réglementaire à préciser, à Mayotte. Beaucoup de lois françaises sont inapplicables, car non-adaptées au territoire d’après Nicolas Peyrebonne63, ce qui a permis à son agence de réaliser ce projet. Ils se sont trouvés dans un cadre un peu particulier, dans une zone agricole, donc non constructible. Ils ont réalisé un permis précaire de logement témoin, et officiellement ce bâtiment va être démoli et non déconstruit. Comme pour la maison individuelle de Raphaël Fourquemin, les normes et les réglementations ne sont pas adaptées à la construction. Ici, particulièrement à la déconstruction. Les architectes se permettent de passer outre, de manière habile, pour pouvoir réaliser des projets en réemploi.
63 Interview Nicolas Peyrebonne, retranscription en annexe
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Les étapes du projet de réemploi : 1 – L’inventaire :
Illustration 56: Extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie St-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
La première étape de la déconstruction a été la réalisation d’un inventaire. Ils ont identifié tous les gisements existants et potentiels de réemploi. Leur organisation se traduit par un listing de tous les éléments réemployables en les différenciant par lot : gros-œuvre, charpente, étanchéité, menuiseries extérieures, menuiseries intérieures, portes, fenêtres... En allant au fur et à mesure dans le détail et créer des notifications d’une page par pièce. Cet inventaire c'est leur matériel de base pour la conception et la réalisation du faré, donc il est nécessaire qu'il soit très détaillé. Ce diagnostic va jusqu'au nombre de luminaires, et touche toutes les catégories de matériaux que l’on peut trouver dans une construction.
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Illustration 57: Exemple d'inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
Illustration 58: Exemple d'inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
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Illustration 59: Exemple d'inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
Illustration 60: Exemple d'inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
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2 – La conception à partir de la ressource établie :
Illustration 61: Extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
Illustration 62: Idée de conception basée sur l’inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
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Avec ces matériaux, ils vont concevoir, piocher dans leur inventaire, imaginer ce qu’ils pourront réaliser, ce qui devra être transformé, débité ou renforcé. Lorsque l’étape de la conception est passé, ils réalisent l’appel d’offre. En détails, cela revient à définir exactement les matériaux qu’ils veulent récupérer sur le bâtiment pour que les entreprises le fassent soigneusement en enlevant correctement clous et vis, pour que les matériaux puissent être réemployés après. « L'entreprise s'engage à les déconstruire, et on constate l’état quand ils vont livrer, on va bien pointer qu'ils ont bien récupérés ces éléments et qu'ils sont en bon état. On a le droit de les refuser s’ils sont en mauvais état. »64
3 – La déconstruction :
Illustration 63: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
64 Interview Nicolas Peyrebonne, retranscription en annexe
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Réalisé par des entreprises locales, le chantier de déconstruction leur a permit de comptabiliser les matériaux en leur possession. C’est aussi une étape utile pour vérifier visuellement si les gisements repérés lors du diagnostic ressource sont bien en état pour être réemployés.
Illustration 64: Photographie du chantier de déconstruction, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
Illustration 65: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
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4 – Le transport et le stockage :
Illustration 66: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
Le transport est une étape importante puisqu’il doit être réalisé de sorte à ne pas abîmer le matériau. Sur cette étape c’est encore l’entreprise qui a déconstruit qui est responsable de la qualité. Pour le stockage, l’agence a rencontré quelques difficultés : la première c’est le temps entre la déconstruction de la mairie et la construction du faré de Illustration 67: La zone de stockage, extrait du support de laprojet. conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
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Ce sont deux projets en parallèle, c’était donc difficile d’organiser une alimentation directe en matériaux depuis la mairie de Sada jusqu’au faré de Longoni. Le stockage était donc obligatoire. Cependant, ils ont rencontré une deuxième difficulté : le vol. « Par exemple sur la mairie quand on a commencé à démolir, tous les agents municipaux, et les gens du village se sont servis. Donc il y avait plein de ressources que nous avions prévu de récupérer, et qui ont disparus dans la nuit. Le bâtiment a été complètement dépouillé dès les premières nuits. C'était assez impressionnant. »65 Du coup, ces histoires de vols pendant le chantier de déconstruction, les a obligé à réadapter le projet du faré en conséquence, en fonction des ressources qu'ils avaient de disponibles. Ils savent qu’il faudra le refaire de nouveau, car ils ont aussi eu des vols sur la zone de stockage, en particulier des grosses panes en bois qui devaient servir pour la structure du faré.
Illustration 68: La zone de stockage, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
65 Interview Nicolas Peyrebonne, retranscription en annexe
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5 – L’acheminement jusqu’au chantier et le début des travaux
Illustration 69: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte
Ils vont débuter le projet avec une entreprise mahoraise qui s’est allié au collectif d’architecture DALLAS. C'est un collectif habitué à faire des opérations coup de poing, ils vont donc construire le bâtiment et l'inauguration aura lieu le 12 décembre 2020. Pour l’agence, le chantier est l'occasion d'avoir des évènements éducatifs, d'informations, et d’inclure la population, pour que le chantier ne soit pas un univers complètement fermé. « C'est justement l'occasion de communiquer et de créer du lien social plutôt que de le fermer. Pour une prise de conscience et changer les mentalités sur la manière de percevoir les matériaux et les constructions. »66
Sur cette étude de cas le rôle des architectes a été • Le diagnostic ressources et sa fiabilisation. • La réalisation des pièces marché pour le lot réemploi. • Le suivi des opérations de déconstruction, de transports et de stockage 66 Interview Nicolas Peyrebonne, retranscription en annexe
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De ces trois études de cas, nous pouvons tirer quelques points essentiels et récurrents à la réalisation d’un projet avec du réemploi. Que ce soit à 100 % ou en partie fait en réemploi, ces projets demandent un investissement personnel fort de la part des architectes. En effet, le temps personnel n’est pas compté dans les dépenses financières, surtout dans le cas de la maison de Raphaël Fourquemin. Ce temps est dû à une gestion et une mise en place difficile des projets, qui demandent à être très organisés pour qu’il puisse être réalisé correctement et sans mauvaises surprises. Ce temps d’investissement est aussi présent dans la conception du projet, qui demande une autre approche de ce que nous apprenons dans le cadre de nos formations d’architecte. Cela impose au cerveau de l’architecte une réflexion à partir du matériau, le matériau devient la base de la conception, c’est lui qui régit les contraintes et les solutions. Cela rejoint les propos de Tatiana Amsing, dans son mémoire Le réemploi : mutation du cerveau de l’architecte ?67 Elle conclut que le réemploi est une méthode heuristique, basée sur l’expérience de la matière et que l’architecte doit utiliser de nouveaux outils et des aspects plus artisanaux de sa formation initiale. Cette manière de concevoir qui réapparaît avec le réemploi, impose de l’expérimentation. Cette expérimentation prend du temps et demande des risques aux architectes mais aussi aux maîtres d’ouvrage. C’est peut-être pour cela que beaucoup ne veulent pas s’engager dans cette architecture ? Ces expérimentations enclenchent parfois un détournement voir un non-respect des réglementations acoustiques ou thermiques en vigueur dans la loi française. Nous pourrions nous demander alors, si ces normes sont adaptées au réemploi ? Et si cela n’est-il pas possible de les rendre plus souples ? Dans le cas de la maison de Raphaël Fourquemin, c’est le statut de maître d’ouvrage privé qui lui permet de réaliser ces expériences, ce sont ses propres responsabilités qui sont engagées en cas de problèmes. Dans le cadre des deux autres cas d’études, les commanditaires sont publiques, jouer avec la réglementation est difficile, ils ont peu de marche de manœuvre. Si l’on ne relève pas de problème de réglementation au niveau du projet de la crèche Justice, ce n’est pas le cas du faré de projet. La déconstruction de la mairie de Sada a demandé à l’équipe et au maître d’ouvrage public de s’engager sur un faux permis de construire pour pouvoir déconstruire. L’architecte ici, a su convaincre le maître d’ouvrage. Ce n’est pas le cas pour de nombreux projets. Cela nous prouve 67 AMSING Tatiana, Le réemploi, mutation du cerveau de l’architecte ?, Mémoire de Master d’Architecture, ENSAP Lille, 140 pages
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qu’une voie de négociation est ouvrable entre le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage si l’architecte est force de propositions. Un autre point est à relever : la question du transport et du stockage. La facilité, dans le projet de la maison de Raphaël Fourquemin a été que la zone de stockage était située au même endroit que le chantier. Ce qui n’est pas le cas pour le faré de projet et l’organisation du projet en a subi quelques conséquences : temporalités compliquées à agencer, des vols sur les zones de stockage, une attention particulière aux conditions de transport qui demandent du temps et des coûts financiers supplémentaires. L’avantage des deux projets métropolitains, c’est que la filière du réemploi commence à faire son apparition sur leurs territoires. Le transport et le stockage en ont été facilités. Bellastock a même développé son propre réseau en réunissant plusieurs PME, artisans, et zones de stockage. Cela leur permet de gérer les matériaux et leur qualité de la déconstruction au réemploi. Cependant, toutes les agences d’architecture ne peuvent pas créer ce même réseau et ouvrir leurs propres zones de stockage. Le projet du faré à Mayotte se révèle plus comme une opportunité de deux projets à proximité, par une même agence d’architecture. C’est une coïncidence sur un territoire qui ne pratique pas le réemploi de manière structuré et formel. Dans les trois cas, les architectes se sont vu confier les missions de diagnostic ressources et de la gestion du chantier de déconstruction. Ce sont des missions qui sont dédiées d’après l’article 111-10-4 de la loi n° 2015-992 du 17 août 2015, à « l’expert réemploi ». On peut se demander alors si l’architecte est le plus amène à réaliser ces missions ? Ce sont des compétences qui requièrent des connaissances en différents artisanats, des connaissances du chantier, de la créativité, de la prospection, et des connaissances des normes structurelles en vigueur. Ce sont des compétences très variées et certaines sont très peu, voire pas du tout, étudiées lors de la théorie et la pratique dans les formations d’architecte. Elles requièrent une certaines expérience du métier pour pouvoir être mises en pratique. Ces trois différents cas, avec leurs difficultés et leurs solutions, nous rappellent tout de même que le réemploi est possible en France et dans ses territoires outre-mers. Ils génèrent une certaine économie autour d’eux, surtout pour les entreprises du BTP. Ils apportent une plus-value à leur territoire et nécessite de la main d’œuvre. Ils nous montrent aussi que le réemploi peut convenir à 91
n’importe quel type de construction (maison individuelle ou équipement recevant du public), pour différentes maîtrises d’ouvrage (public ou privée), et dans des conditions de réalisation différentes. Alors pourquoi ces projets ne font pas surface aussi sur le territoire réunionnais ?
D - Synthèse et questionnement : une conclusion sur une approche métropolitaine pour amorcer l’étude de cas réunionnaise :
1 – Synthèse Le réemploi est un fait simple, connu de tous, depuis toujours, pour tous types d’activités, pas uniquement pour la construction. Il a été mis à l’écart durant l’ère industriel, car la relation des hommes avec leurs déchets a évolué. Les déchets ne revêtaient pas les mêmes qualités qu’auparavant et leur « utilité » n’était pas concrète puisque les remplacer était beaucoup plus facile, plus rapide et moins onéreux. S’il réapparaît depuis le début du XXI° siècle, c’est en corrélation avec l’urgence écologique mondiale et le manque de ressources naturelles, qui nous prouvent les limites du système économique linéaire mondial. On voit apparaître des mouvements pour promouvoir l’économie circulaire, mettant en valeur les objets et matières cassés, abandonnés, comme de réels potentiels. Le réemploi fait partie de cette économie circulaire et s’il concerne en particulier dans ce mémoire le bâtiment, c’est parce que le monde de la construction est un grand producteur de déchets, avec un bilan carbone conséquent et des effets secondaires sur la planète importants et non désirables. À l’heure actuelle, dans la législation française, le réemploi est complexe à mettre en pratique. La théorie évolue depuis une dizaine d’années maintenant, surtout depuis la loi relative à la transition écologique de 2015, cependant ce n’est pas suffisant. L’incitation à réaliser du réemploi pour les chantiers de démolition et de réhabilitation n’est pas assez affirmée. Il n’existe pas de sanctions aux personnes qui refuseraient de réaliser du réemploi sur ces chantiers. Ce n’est que fortement conseillé, non obligatoire. Or, la déconstruction et le diagnostic ressource sont la base de la filière du réemploi.
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Le diagnostic ressource, en tant qu’étape cruciale pour la mise en place d’une filière de réemploi doit être réalisé de manière méthodique. Une bonne étude des ressources à disposition, permet de récolter de nombreux éléments viables avec des possibilités multiples de remise en place des matériaux dans de futures constructions. Or, les compétences et l’expérimentation de « l’expert » du diagnostic ressources ne sont pas précisées. Cela laisse une marge de manœuvre appréciable pour quiconque désire faire du réemploi sous réserve qu’il ait les compétences et les connaissances en matière de sélection de matériaux réemployables ou réutilisables. Alors qui pourrait bien être cet expert ? Les architectes peut-être ? D’autres professionnels de la construction ? Nous avons pu constater dans nos études de cas que réaliser un projet en réemploi est chronophage en rapport à un projet d’architecture dit « classique » : Premièrement, l’étape du diagnostic ressource, est à réaliser lorsqu’un bâtiment est à déconstruire, ou alors, c’est une étape de recherche de matériaux de réemploi, si on a des zones de stockage, de la ressource, à proximité. Deuxièmement, l’étape de la conception. Elle demande un travail de réflexion concentré sur les matériaux, ce qui dévie des méthodes d’enseignements initiaux des formations d’architecte. Troisièmement, l’étape de la déconstruction, du transport et du stockage avec leurs aléas. Un soin particulier doit être amené aux futurs matériaux réemployés, un transport et un stockage sûrs pour éviter les vols et autres dégradations. Quatrièmement, l’étape du chantier, qui se relève être plus difficile dans certains cas dus aux initiatives que doivent prendre les ouvriers pour mettre en place ou adapter certaines pièces de réemploi. Une présence constante de la maîtrise d’œuvre est recommandée pour veiller à ce que les éléments de réemploi correspondent bien avec le reste de l’architecture et du projet.
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2 – Problématique :
Quel est le rôle de l’architecte, dans la filière du réemploi de matériaux de construction, en France? La Réunion, peut-elle s’inscrire dans cette démarche et débuter une filière?
À travers toutes les informations évoquées précédemment, nous avons pu découvrir toutes les possibilités qu’offre le réemploi à la construction et à la conception architecturale mais aussi toute la difficulté de réalisation de ces projets actuellement. En tant que future architecte, ma question principal est : Comment faciliter la mise en place de ce type de construction dans mes projets ? Comment réaliser, sans encombre, un projet en réemploi ? Comment les conditions législatives, économiques et sociales peuvent évoluer pour réaliser des projets en réemploi de matériaux de construction plus facilement ? Ce mémoire, je veux pouvoir m’appuyer dessus, une fois architecte, pour intégrer des méthodes, mais surtout avoir plus ample connaissance des possibilités de mon rôle dans cette filière. Où je me place ? Quelles sont mes compétences légitimes ? En tant qu’architecte, mon rôle est-il seulement de concevoir des projets avec du réemploi ? Va-t-il plus loin ? Un investissement personnel est-il nécessaire pour développer la filière ? Dois-je développer de nouvelles compétences ? Comment ? Avec qui puis-je partager mes missions pour être plus efficace ? Qui sont mes premiers interlocuteurs ? Avec qui dois-je dialoguer, négocier, pour faire naître une vraie filière du réemploi et quelle prospère ? La ressource est la base du réemploi. Sans matériau on ne construit pas, que se soit en neuf ou en réemploi. Le diagnostic ressource, quelle place a-t’il dans la filière du réemploi ? Toutes déconstructions, démolitions, réhabilitation, rénovations sont à prendre en considération ? Mais qui s’occupe du diagnostic ressource ? Qui est la, ou les personnes, les plus adaptées à prendre ce rôle en main ? Quels métiers du bâtiment se rapprochent-ils le plus des compétences requises ? D’ailleurs, quels sont exactement les compétences nécessaires pour être l’expert du diagnostic ressource et réaliser ces missions ?
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Si les architectes doivent intégrer cette nouvelle filière qui renaît, leur formation initiale est-elle adaptée ? Mon rôle d’architecte s’arrête-t-il seulement à ce que ma formation d’architecte initiale m’apprend ? Si une nouvelle manière de construire réapparaît, les écoles devraient-elles suivre le mouvement ? Apprendre la base du réemploi aux étudiants architectes pour leur donner toutes les clés est-il possible ? L’Île de la Réunion, encore éloignée de cette filière devrait-elle s’y intéresser ? Comment mettre cela en place sur ce territoire insulaire ? Par quel type d’organisations et d’infrastructures cela pourrait-il se traduire ? Quels sont les freins et les leviers au réemploi de construction au sein du territoire réunionnais ? Que pense les architectes réunionnais d’évoluer avec cette architecture ? Nous essaierons, par le biais d’une méthodologie basée sur nos études de cas et complétée par des interviews, d’éclaircir nos questions. Cela nous permettra peut-être de trouver des pistes de solutions à étudier ultérieurement.
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3 – Bibliographie du Chapitre I :
Ouvrage
- BERTOLINI, Gérard. Le déchet, c’est les autres, éd. Erès, 2006 , 192 pages, collection Même pas vrai ! - DAGOGNET, François, Des détritus, des déchets de l’abject – une philosophie écologique, éd. Les empêcheurs de tourner en rond, 1997, 230 pages - HUYGEN Jean-Marc, La poubelle et l’architecte, éd. Actes Sud, 2008, 184 pages, Collection L’impense. - ILLICH Ivan, La convivialité, éd. Seuil, 2003, 158 pages - LE MOIGNE Rémy, L’économie circulaire, Stratégie pour un monde durable, éd. Dunod, 2018, 240 pages, Hors collection. - LE PAVILLON DE L’ARSENAL, Matière Grise, Dossier de presse d’une exposition, commissaires Encore Heureux architectes, DELON N. et CHOPIN J., Pavillon de l’Arsenal, en 2014. Disponible sur www.pavillon-arsenal.com/boutique [page consultée le 01.06.20]
- VAN HINTE, Ed, PEEREN, Cesare, and JONGERT, Jan, Superuse : Constructing New Architecture by Shortcutting Material Flows. Rotterdam : 010, 2007.Print. 141 pages
Ouvrage collectif
- CORNEC René, MIR Catherine, pour le Ministère de la transition écologique et solidaire, Gestion des déchets sur l’île de la Réunion, rapport n°012231-01, Juillet 2018, 92 pages. Document publié par la CGEDD ; disponibles sur https://tinyurl.com/y66zw6f5 [consultée le 02.12.20]
- JOLLY Cécile, DOUILLARD Pierre, pour France Stratégie, L’économie circulaire, combien d’empois ?, La note d’analyse, n°46, Avril 2016, 8 pages. Disponible en ligne sur https://tinyurl.com/yyhp9tgn [consultée le 02.12.20]
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- MOOC, sous la direction de l’ICEB, Le réemploi matière à bâtir, Séquence 1 : l’état de l’art.
Module 1 : M. MOINET, Définitions réemploi, réutilisation, et recyclage
Module 2 : F. AUGER, Le réemploi dans l’histoire
Module 3 : P-E. DAVIER, contemporaine
Module 4 : A. DUVIVIER, Le réemploi aujourd’hui : état de l’art
Les raisons du renouveau du réemploi dans la période
Séquence 2: La filière du réemploi :
Module 1 : M. SERIEIS, Une ressource pléthorique
Module 2 : M. SERIEIS, Les enjeu de la massification des pratiques
Module 3 : L. GENTAUD, La vision des acteurs de la construction sur le réemploi
Module 4 : A. ROYER, La faisabilité du réemploi
Matériel théorique fourni par les professeurs et maîtres de conférences Malek Dhabi et Antoine Perrau de l’ENSAM annexe de la Réunion.
- RDC Environment, éco BTP et I Care & Consult (COPPENS Mélanie, JAYR Emmanuel, BURRE-ESPAGNOU Marion et NEVEUX Guillaume), Identification des freins et des leviers au réemploi de produits et matériaux de construction – Synthèse – Avril 2016, 149 pages. Cet ouvrage est disponible en ligne www.ademe.fr/mediatheque [page consultée le 02.12.20]
Article de périodique
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CHAPITRE II – MÉTHODOLOGIE : PROCESSUS D’ENQUÊTE SUR LES FREINS ET LES LEVIERS AU RÉEMPLOI DANS LE DOMAINE DE L’ARCHITECTURE A – Des projets d’architecture en réemploi concrets sur des territoires disparates 1 – Introduction 2 – Deux études de cas métropolitaines 3 – Un projet sur l’île de Mayotte 4 – Synthèse : deux territoires qui mettent le réemploi en pratique
B – Avis de spécialistes de la construction sur les possibilités d’une méthode constructive déconsidérée 1 – Discussions avec des professionnels exerçant en métropole 2 – Discussions avec des architectes et des maîtres de conférences exerçant à La Réunion 3 – Synthèse : une mise en place du réemploi sous diverses approches dans le métier de l’architecte
C – Constat de l’enquête vers un nouveau questionnement : des étapes essentielles au réemploi inexistantes à la Réunion
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CHAPITRE II – MÉTHODOLOGIE : PROCESSUS D’ENQUÊTE SUR LES FREINS ET LES LEVIERS AU RÉEMPLOI DANS LE DOMAINE DE L’ARCHITECTURE
A – Des projets d’architecture en réemploi concrets, sur des territoires disparates
1 – Introduction Mon expérience en Colombie, en 2018, a marqué un début de réflexion pour moi, sur la réemploi des matériaux et des objets. C’était évident et naturel, sur le projet réalisé là-bas, d’utiliser le réemploi. Je me suis demandé si ça ne devrait pas l’être pour plus de projet, de manière théorique à l’école et de manière pratique professionnellement. Au début de cette recherche, je me suis lancé sur le détournement d’objet, de déchet. Je trouvais dans ces constructions une certaines sensibilité artistique, une « âme » particulière à faire de sa maison l’exemple que l’Homme est ingénieux avec ce qu’il a. Surtout dans l’urgence économique et écologique d’aujourd’hui. Au fur et à mesure de mes recherche sur ces architectures, je me suis rendu compte qu’en France métropolitaine ou ses territoires outre-mer, elles sont minimes, puisque illégales. Elles sont considérés par la loi comme peu fiable, ne répondant pas aux normes thermique, acoustique et structurelle de la construction française. En voulant étudier les possibilités de réemploi ou de ré-utilisation des matériaux et des objets dans la construction d’aujourd’hui en France, j’ai découvert qu’une seule réelle possibilité : les matériaux de construction. Je désire, dans mon travail en tant qu’architecte, travailler avec les déchets car je n’en ai plus l’appréhension et la peur comme auparavant. Je considère l’architecte comme un bricoleur qui est totalement capable de faire avec ce qu’il a sur place sans superflu. Le neuf n’est pas nécessaire pour créer une architecture viable et esthétiquement satisfaisante. 103
J’ai donc voulu étudier ce sujet dans l’idée dans apprendre toute la complexité, les inconvénients, les points forts et faibles, les astuces, et la réalité, pour pouvoir l’appliquer dans mes futures architectures. Je me suis d’abord penchée sur des ressources littéraire et scientifiques autour des déchets, de sa définition, de son statut à travers des ouvrages tels que La Poubelle et l’Architecte de Jean-Marc Huygens. Ils m’ont éclairés sur l’évolution de ce dernier et l’explication de son apparition mais aussi comment l’architecte se place par rapport à cette entité. L’ADEME et son rapport final sur l’Identification des Freins et des Leviers au Réemploi de produits et matériaux de construction, m’a donné toutes les bases pour commencer à comprendre comment fonctionne le processus de réemploi dans la construction et les problèmes qu’il rencontrait déjà en 2016. De plus les cours du MOOC sur le Réemploi : matières à bâtir, fourni par l’ICEB (l’institut pour la conception éco-responsable du bâti) ont éclairée une partie des tâches d’ombres qu’il me restait sur le réemploi. Je me suis alors penchée sur quelques mémoires de recherches d’étudiants en architecture de métropole qui évoquaient le réemploi. Je voulais connaître les questions qui avaient déjà étaient élucidées pour m’en servir ou les compléter. Tatiana Amsing et son mémoire "Le réemploi : mutation du cerveau de l'architecte ?" m’ont enclin à évoqué le rôle de l’architecte en tant que concepteur du réemploi mais aussi responsable dans la gestion des déchets du BTP. À travers la recherche sur les différences qui amène le réemploi de matériaux dans la conception des projets architecturaux et de la manière de penser l’objet architecturale, elle m’a fait réfléchir sur l’idée que l’architecte à un rôle essentiel dans la filière du réemploi puisqu’il fait partie de la base du processus. Elle m’a permis de me requestionner sur sa légitimité et si les lois et décrets actuels placent-ils sont rôle au bon endroits ? Ne devrait-il pas revêtir plus d’importance ? Ou au contraire ne devrait-il pas céder sa place à d’autres formations ? Une complémentarité possible ? Ou de nouveaux apprentissages ?
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2 – Deux études de cas métropolitaines C’est sur ce questionnement que j’ai lancé mes recherches d’interviews autour de moi. Pour une pluralité d’expériences mais aussi de conditions, j’ai décidé d’interroger des architectes vivant et travaillant en métropole et à la Réunion. Au cours d’un stage effectué au Pavillon de l’architecture de Pau, j’ai fait la rencontre d’une association tournée autour du réemploi. IDRE, une ressourcerie, gérée par un architecte, Raphaël Fourquemin. Cette association ne fait pas que stocker du matériel, ils travaillent pleinement dans la filière du réemploi en tentant d’intégrer plusieurs parties de son processus : l’étude ressource, le démontage sur chantier, l’acheminement , le stockage et la revente de matériaux. Ils ont aussi réalisé quelques projets privés, dont la maison de Raphaël Fourquemin, que j’ai évoqué en tant qu’étude de cas. Elle est intéressante dans le faite que 80 % de la maison est en réemploi de matériaux, mais surtout elle prouve qu’ont peut allier design, bioclimatisme et espaces agréables au réemploi. Ma deuxième étude de cas, le projet Justice du Collectif d’architectes Bellastock, m’a permis de confirmer que la réalisation de projet de réemploi était possible avec un maître d’ouvrage public. Ce collectif d’architecte, naît d’une association étudiante est inscrit dans les différents processus du réemploi depuis de nombreuses années. C’est leur grand réseau et leur expérience qui fait de ce collectif un poids dans le monde du réemploi. Ils sont pris au sérieux par les maîtres d’ouvrages publics et privés pour leurs compétences maintes fois mises en pratique sur différents projets et évènements d’architectures.
3 – Un projet sur l’île de Mayotte Ma troisième étude de cas m’a permit de démontrer que le réemploi est aussi possible dans un climat tropical, dans un contexte insulaire, qui se rapproche le plus des différents critères géographiques, topographiques, et climatiques de l’île de la Réunion. Mayotte est un territoire français, il reconnaît donc la même législation à quelques points près que la France et La Réunion. Le fait d’étudier ce projet m’a permis de mettre en valeur l’idée de proximité que l’on retrouve dans un contexte insulaire, ce qui peut être favorable à l’économie circulaire et donc au réemploi. Une proximité des acteurs et des infrastructures que l’on pourrait retrouver à La Réunion.
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4 – Synthèse : deux territoires qui mettent le réemploi en pratique Ces études de cas m’ont permises de réfléchir à la faisabilité technique et réglementaire du réemploi. Cependant, elles n’ont pas su répondre à toutes mes questions sur le rôle de l’architecte dans cette filière. Certains de ces projets apparaissent comme des opportunités, de bonnes coïncidences, de l’investissement et des envies très particulières de la part des architectes et de la maîtrise d’ouvrage. Mais est-il possible de créer des projets de réemploi à plus grande échelle ? Estce que cela peut vraiment devenir un type de construction « comme un autre » ? Mon interrogation a évolué au cours de mes recherches dans ce sens : Notre formation d’architecte est-elle complète ? Le réemploi existe depuis toujours, cependant depuis une bonne dizaine d’années il est présent dans des textes de lois et en évolution pour tenter de prendre plus de poids. Les écoles d’architectures ne serait-elles pas les mieux placées pour influer un nouveau courant architectural autour du réemploi ? Quels changement, quels ajouts, seraient les plus astucieux pour que les architectes en formation voient le réemploi comme une évidence et non une utopie ? De plus, La Réunion ne présente aucune études de cas possible de projet légale en réemploi de matériaux de constructions. L’absence est significative d’un manque de considération du réemploi ? Un manque d’acteurs concernés, formés et investit ? Sur cette île, nous sommes dans un contexte propice à réaliser du réemploi de matériaux de constructions : des difficultés à gérer notre production de déchets, un territoire restreint qui permettrait une communication plus rapide, un besoin économique de se détacher de l’importation pour réduire le coût des matériaux de construction … Que manque-t’il à l’île pour se lancer dans le cycle de l’économie circulaire et mettre en place une filière de réemploi dans la construction ? C’est ainsi, que j’ai interroger des architectes, des professeurs, des maîtres de conférences mais aussi des étudiants de l’école d’architecture de la Réunion. Pour tenter d’éclaircir mon questionnement autour de se territoire.
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B – Avis de spécialistes de la construction sur les possibilités d’une méthode constructive déconsidérée
1 – Discussions avec des professionnels exerçant en métropole
Pour ces interviews, je me suis basée sur deux critères important pour parler de mon sujet avec des personnes ayant une certaines expériences : - des professionnels du bâtiment, aguerris ou en devenir - des personnes ayant vécues, ou vivant à la Réunion Je voulais tout de même établir une base solide de ce qui se faisait en métropole avant d’étudier les possibilités à la Réunion. J’ai donc profiter d’un séjour en France métropolitaine pour questionner Mr Morgane Moinet, architecte D.E et consultant réemploi des matériaux de construction. Il m’a permit d’appréhender quelques points législatif important que je ne comprenais pas. Par la même occasion j’ai pu interroger Mr Raphaël Fourquemin, architecte et président de l’association IDRE qui travail dans le réemploi. Il m’a apporté sa vision architecturale du réemploi, la créativité qu’il apporte en plus à l’architecte et les explications techniques de mises en place du réemploi dans des projets. Par la suite, pour ancrer mon sujet et comprendre les complexités du territoires réunionnais, il m’a paru naturel d’aller chercher mes sources d’informations sur ce territoire directement.
2 – Discussions avec des architectes et des maîtres de conférences exerçant à La Réunion Mon premier réflexe à été de me tourner vers un maître de conférence de l’école d’architecture de la Réunion, et architecte, Mr Malek Dhabi. Je connaissais son intérêt pour le réemploi et je l’ai donc questionné pour qu’il m’indique plusieurs pistes de réflexion. Je l’ai interviewé une deuxième fois ultérieurement, pour avoir son avis sur des questions plus précises. Il me semblait pertinent d’interroger des maîtres de conférences de l’école d’architecture de la Réunion, dans le but d’étudier leurs réponses face au manque de réemploi dans la formation et leur 107
avis sur le futur de cette filière sur l’île. J’ai ainsi interrogé Mr Antoine Perrau, maître de conférence et architecte, Mr Nicolas Peyrebonne, maître de conférence et architecte, et Mr Malek Dhabi de nouveau. Je voulais aussi une vision différente de ces trois architectes expérimentés, une vision peut-être plus « naïve » ou « profane ». J’ai donc interrogé Mlle Mika Sautet, étudiante en Master à l’école d’architecture de la Réunion. J’ai aussi eu l’occasion de discuter avec deux jeunes diplômées de l’école d’architecture de la Réunion, Mlle Aline Fleury et Mlle Héloïse Berthe. Elles m’ont permis de voir que le réemploi est déjà présent sous différentes formes dans leurs expériences professionnelles.
3 – Synthèse : une mise en place du réemploi sous diverses approches dans le métier de l’architecte Ces interviews m’ont permis d’explorer des pistes autour de la théorie du réemploi, de comment l’enseigner et pourquoi ? Elles m’ont aussi éclairé sur le contexte économique de la Réunion et la possibilité de créer une vraie filière ou non sur cette île. Elles m’ont permis aussi de me requestionner sur l’aspect social que revêtit le réemploi et le rôle important du maître d’ouvrage dans le développement de cette filière.
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C – Constat de l’enquête vers un nouveau questionnement : des étapes essentielles au réemploi, inexistantes à la Réunion Ma méthodologie m’a permis, à travers différentes étapes, d’avancer sur des questionnements autour du réemploi que je n’avais pas imaginé aborder au début de mes recherches. Les études de cas m’ont beaucoup éclairées sur les différentes manières de faire du réemploi dans un projet d’architecture, mais aussi les différentes visions des architectes sur ce qu’est le réemploi. Elles m’ont incitées à réaliser des interviews autour d’architectes et d’étudiants qui se sentent concernées par le réemploi sur l’île de la Réunion et en métropole. Ces interviews m’ont guidées vers une analyse critique de la situation actuelle du réemploi en métropole mais surtout sur l’île de la Réunion et de proposer des idées d’évolution et de développement pour palier aux freins que ce territoire rencontre.
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CHAPITRE III – DES DYSFONCTIONNEMENTS QUI RETARDENT LE TERRITOIRE RÉUNIONNAIS A - Le meilleur processus de réalisation d’un projet en réemploi, en France, en 2020, pourraitil être un exemple pour la Réunion ?
B - Quels sont les freins qui empêchent l’avenir du réemploi à la Réunion ? 1 – Où est la ressource ? 2 – Comment gérer le stockage ? 3 – Une évolution de la filière de la déconstruction ?
C - La déconstruction dans le processus de réalisation d’un projet en réemploi : le rôle primordial de l’expert du diagnostic ressource ? 1 – L’expert du diagnostic ressource :quels sont ses missions ? 2 – La responsabilité des architectes dans le rôle de l’expert ? 3 – La responsabilité des bureaux d’étude et des artisans dans le rôle de l’expert ? 4 – Une nouvelle formation propre au réemploi dans l’architecture ?
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CHAPITRE III – DES DYSFONCTIONNEMENTS QUI RETARDENT LE TERRITOIRE RÉUNIONNAIS A - Le meilleur processus de réalisation d’un projet en réemploi, en France, en 2020, pourraitil être un exemple pour la Réunion ?
Pour expliquer le processus le plus simple et efficace pour faire du réemploi en 2020 dans l’état français, nous allons reprendre les explications de Raphaël Fourquemin, et de Nicolas Peyrebonne. Comme nous avons pu le constater précédemment, deux études de cas mettent en valeur leurs travaux : la maison individuelle de Raphaël Fourquemin et le projet de Faré à Longoni de l’agence d’architecture de Nicolas Peyrebonne, Co-Architecte. Ils ont expérimenté le réemploi pour deux maîtrises d’ouvrage différentes (public et privé), dans deux localisations et climats différents (la métropole et Mayotte) et pour deux types de projets différents (une maison individuelle / un faré de projet). Pourtant, on trouve de grandes similitudes dans leurs processus de mise en place du réemploi dans leurs projets. A cela, s’ajoute notre troisième cas d’étude, la crèche Justice, accompagné par le collectif d’architectes Bellastock. Leur procédé pour réemployer des matériaux dans un projet est clair et précis, il nous permet de visualiser une base de données pour mettre en place ce « meilleur processus de projet ». En complément, des informations données dans les interviews de Morgane Moinet, Malek Dhabi, et Antoine Perrau. Nous essaierons d’établir une explication type du meilleur processus de réalisation d’un projet en réemploi, en France, en 2020. 1- La ressource :
Il y a deux moyens d’avoir des ressources en matériaux de constructions en réemploi : - avoir une association ou une entreprise du type ressourcerie ou recyclerie à proximité du futur chantier, avec un stockage de matériaux dans lequel l’équipe d’architectes peut venir piocher selon les besoins et les envies du projet. ou - le projet comprend un chantier de réhabilitation ou de démolition à proximité ou il est lui-même une réhabilitation, une rénovation ou une future démolition. On pourra alors récupérer la matière réemployable directement sur place et la remettre en œuvre sur le chantier. 111
À partir de ce moment, on effectue un diagnostic ou une étude ressource. Cela permet de créer un inventaire du potentiel matériau que l’on a à disposition. Une étude ressource consiste à décider quel matériau va être conservé, démantelé et stocké, et quel matériau sera considéré comme déchet et donc traité comme tel (déchetterie, recyclage, destruction). Elle doit être la plus précise possible. Elle se décompose en deux temps : d'une part sur site, avec le relevé direct, et en second temps, des recherches complémentaires pour plus de précisions. On va constituer nous-même notre « magasin », notre base de données. Dans le cas d’une réhabilitation ou d’une démolition, on relève l’intégralité des matériaux qui constitue le bâtiment, aussi bien sur le gros œuvre, le second œuvre, l’aménagement et l’équipement. Une fois que cela est fait, de manière bien structurée, récapitulée sous forme de tableau68, répertoriant les quantités, les dimensions, l'état, la valeur en équivalent neuf, son volume, son poids, sa valeur sur le marché de l'occasion, les potentielles idées de réemploi avec les DTU (document technique unifié), et les différentes pistes de ré-utilisation, avec la liste des points à tester. On a une étude ressource complète qui nous permettra d’avancer correctement dans un futur projet de réemploi. Le quantitatif et le volume sont à effectuer prioritairement, puisqu'une fois que tous les matériaux sont démontés, il faut les stocker, et donc connaître la place nécessaire. 2 – Un bilan de la future opération et la réalisation des fiches techniques : Une présentation globale au maître d’ouvrage des plans de conception, des matériaux neufs et réemployés, du prix total, et de la main d’œuvre requises, est nécessaire pour ensuite aller discuter avec le bureau de contrôle. Pour faciliter la discussion avec un bureau de contrôle, il faut au préalable réaliser des fiches techniques sur chaque matériau ou lot de matériaux, et les possibilités de leurs mises en place dans un nouveau projet sous différentes formes. Ces fiches techniques vont avoir deux objectifs : - permettre à l’artisan qui travaillera sur le projet, de savoir ce qu’il a comme matériaux à sa disposition, comment va t’il les mettre en œuvre, et si cela remplit les objectifs techniques à atteindre, et donc de le rassurer sur la possibilité de l’emploi de ces matériaux avec les normes techniques et réglementaires imposées. Il pourra alors déposer sa décennale sur ce travail. - argumenter et convaincre le bureau de contrôle de l’absence de danger à utiliser du réemploi dans ce projet. C’est aussi pour cela qu’une étude ressource avec un inventaire très précis est obligatoire afin de faciliter et valider cette étape. À l’heure actuelle, la validation des matériaux de réemploi par 68 Exemple type de tableau, en annexe, p.163
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un bureau de contrôle est sinequanone pour la validation du projet par les assurances. Pour que le bureau de contrôle soit convaincu et valide l'idée du réemploi, il faut lui fournir des données fiables, sures et précises, en accord avec les réglementations. 3- Des tests en partenariats avec des bureaux d’études : Une fois que le bureau de contrôle accepte l'idée d’utiliser du réemploi, on engage des phases de tests. Le bureau de contrôle peut valider l'essai du matériau, cependant il faut prouver par une batterie de test qu’il est résistant. C'est un échange qu'il ne peut y avoir qu'entre l'architecte, le bureau de contrôle, et le maître d'ouvrage. Ils définiront ainsi la batterie de tests pour une sélection des matériaux qui validera l'intégralité du stock. « On ne teste qu'une ou deux pièces représentatives. Cela n'enlève pas tout les risques, mais il faut se sortir de la tête que le risque zéro n'existe pas. »69 On crée ainsi un « passeport » pour les matériaux qui permet d’ouvrir la discussion, car à l’heure actuelle du processus les bureaux de contrôle et les assurances peuvent être encore réticents au réemploi et se rétracter. 4 – Test validés et début de chantier Les tests sont validés par les bureaux de contrôles, puis les assurances valident leurs engagements et les appels d’offres aux entreprises peuvent être envoyées et le chantier peut démarrer. Si les tests ne sont pas validés par le bureaux de contrôle, le projet ne peut pas voir le jour. C’est à l’architecte et au maître d’ouvrage d’être assez convaincant et précis pour que cela soit possible. Si c’est nécessaire, comme dans le cas des réhabilitations, un appel d’offre pour déconstruire le bâtiment et récupérer toutes les pièces doit être effectué. Les matériaux doivent être acheminés de manière propre, pour qu’ils ne soient pas abîmés, et de préférence dans une zone de stockage à proximité du chantier. Cela peut être l’entrepôt d’une association ou d’une entreprise mis à disposition, une ressourcerie, une recyclerie, voire certaines déchetterie enclines à louer leurs locaux, ou même sur la zone du chantier. Il faut un endroit sûr pour éviter toutes dégradations et pertes de matériaux, car à cette période d’avancement du projet, on ne sait pas exactement combien de temps les matériaux vont rester dans la zone de stockage.
69 Interview Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe
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La mise en place du réemploi dans la construction est avant tout administrative. La réalisation de l’étude ressource est primordiale pour les architectes. Elle est cruciale pour convaincre le maître d’ouvrage, mais aussi les bureaux de contrôle, les bureaux d’études et les assurances. Ces trois derniers acteurs sont les décisionnaires de la réalisation du projet. Ainsi les projets en réemploi sont fortement liés aux talents de négociateur de l’architecte et à sa capacité à convaincre, mais aussi à une administration encline à leurs mises en place. « il y a un travail entre le maître d’œuvre (l’architecte) qui propose ses solutions de réemploi au bureau de contrôle, le bureau de contrôle qui commence à donner un avis, puis rentre dans la danse assez tôt, l'assureur (qui dit oui mais pose ses conditions) et puis ça fait des boucles, et ils se mettent d'accord sur une solution. Et très souvent il y a des choses qui ne se font pas dans le réemploi parce que soit ça bloque dans ce circuit là, soit tout simplement, il n’y a pas assez de ressources. »70
Cependant, comme l’explique Malek Dhabi, le seul vrai décisionnaire, celui qui aura le dernier mot, sera toujours le maître d’ouvrage : « Parce que le maître d’ouvrage s’il est convaincu il peut lui-même négocier avec l'assureur et se permettre de dire "si vous assurez pas, je trouve un autre assureur". L’architecte lui ne peut pas dire à l'assureur " si vous ne voulez pas, on en prends un autre". L'assureur de l'ouvrage sera convaincu si le maître d’ouvrage est convaincu, et il pourra convaincre aussi le bureau de contrôle qu'il paie. Dans le circuit le maître d’ouvrage va payer trois personnes : l'architecte, les bureaux de contrôles et l'assurance. Donc s’il y en a un qui peut mettre de l'huile dans les rouages c'est bien le maître d’ouvrage. L'architecte en tout cas se doit toujours d'être force de propositions »71
70 Interview Malek Dhabi, retranscription en annexe 71 Interview Malek Dhabi, retranscription en annexe
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Illustration 70: Schéma récapitulatif de la mise en place du meilleur processus pour faire un projet de réemploi de matériaux de construction en France en 2020 © Léa Soulat
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B - Quels sont les freins qui empêchent l’avenir du réemploi à la Réunion ?
On vient d’observer l’éventualité d’un schéma reproductible du processus de réemploi en 2020 en France. Il convient à la métropole mais aussi aux autres territoires français présentant les mêmes conditions réglementaires. Actuellement, sur l’île de la Réunion, le réemploi n’apparaît pas comme objectif premier. On n’y trouve aucun projet réalisé de manière légale en réemploi de matériaux de construction connu à ce jour, que se soit par une maître d’ouvrage privé ou public. « En tant qu'architecte en tout cas, je n'ai jamais eu un marché public à La Réunion qui utilise du réemploi. »72
Pourtant, le territoire est marqué par une histoire de réemploi, comme la métropole, avant l’ère industrielle. Cependant, ce que nous explique Malek Dhabi, c’est que « le réemploi à la réunion c’est plutôt la logique de la pauvreté, de la kaz en tôle. ». Il y a un aspect social du réemploi qui repousse l’idée qu’il pourrait être une richesse dans la construction, car il est considéré comme l’architecture des pauvres, de ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter du neuf. Il y a donc un blocage dans l’imaginaire des maîtres d’ouvrages mais aussi des habitants en général. Cependant, le projet en réemploi réalisé à Mayotte par Co-Architectes, nous montre la possibilité de faire du réemploi sous un climat tropical. Les matériaux peuvent être différents de ceux utilisés en métropole mais les démarches restent les mêmes. Qu’est-ce qui empêche donc le réemploi de matériaux de construction à la Réunion ? Quels sont les freins ? Quelles pourraient être alors les solutions ? En comparant les étapes du meilleur processus au contexte du territoire réunionnais, on peut identifier certains freins.
72 Interview Malek Dhabi, retranscription en annexe
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1 – Où est la ressource ? D’après mes interviews, et mes recherches, les freins récurrents au réemploi à la Réunion aujourd’hui sont les pertes de temps, d’énergies et financières. C’est ce qui décourage les architectes à se lancer dans un tel processus, et de tenter de convaincre les maîtres d’ouvrages, puisqu’ils n’ont pas d’arguments forts sur lesquels s’appuyer. Aujourd’hui, si le maître d’ouvrage n’est pas convaincu, si l’économie circulaire et le développement durable ne font pas partie de ses valeurs, il n’a pas d’autres raisons d’accepter de réaliser un projet en réemploi. Un projet qui serait chronophage, et pas forcément rentable en termes financiers. « C'est presque du militantisme que les architectes s'engagent dans le réemploi. C'est des gouttes d'eau, des projets manifestent. »73
Cela est dû premièrement à un manque d’accessibilité à la ressource. Elle est très faible, voire inexistante à la Réunion. Il n’y a pas de ressourceries, d’entreprises, d’associations ou de collectivités publiques qui mettent en place du réemploi de matériaux pour la construction de nos jours, comme on le voit en métropole. Il n’y pas la possibilité de se projeter dans des constructions en réemploi en tant qu’architecte, si l’on a ni matière à réemployer sur lesquelles se baser, ni zone de stockage mise à disposition. Il y a cependant des solutions, que nous avons évoqués durant les interviews avec les architectes réunionnais, pour remédier à ce problème. La première alternative est celle de l’initiative citoyenne évoquée par Malek Dhabi. Des initiatives privées, par des particuliers ou des associations qui peuvent être relayées par les pouvoirs publics. Il prend ainsi l’exemple du développement du recyclage à La Réunion : des acteurs privés qui se sont lancés dans le recyclage et ont ensuite obtenu le soutien de la part des communautés des communes. Il y a donc la possibilité de créer des lieux de récupération et de vente, basées sur le volontariat mais aussi l’entreprenariat. Nicolas Peyrebonne soutient cette idée en prenant l’exemple de l’entreprise ROTOR DC 74, en métropole, qui est un négociant de matériaux de réemploi. Ils ont, au fil des années, construit leur réseau d’artisans, d’entreprises du BTP, de maîtres d’œuvre et d’ouvrage, et vendent leur matériaux provenant de déconstructions, dans des catalogues comme des matériaux neufs. Ils détaillent les caractéristiques physiques et normatives de chaque matériaux ou lot de matériaux. 73 Interview Nicolas Peyrebonne, retranscription en annexe 74 ROTOR DC, Présentation, Site web
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« Si on avait un négociant de matériaux à réemployer sur l’île, ce serait extraordinaire. »75 Cela peut se traduire par des plateformes dématérialisées. Notre génération est encline à utiliser ce type de technologie quotidiennement, alors pourquoi ne pas faciliter la communication et les flux autour du réemploi à travers les différents réseaux ? Des plateformes de dépôts, de mise en contacts, de ventes et d’achats directement entre particuliers mais aussi entre professionnels.
2 – Comment gérer le stockage ? En outre, il y a aussi la ressource qui est déjà là, à la Réunion, et à laquelle on pourrait avoir accès. Antoine Perrau nous dit que « à St Pierre, FCBTP ont un énorme site de stockage de déchet du BTP, et il suffirait d'avoir la possibilité d'aller piocher dedans. ». Pourquoi ne pas ouvrir des liens, des partenariats, entre les entreprises de la construction et les centres de déchetterie et de recyclage et ainsi créer une zone de réception de ces matériaux réemployables ? En effet, dans l’idée du processus de réemploi type, la zone de stockage est importante. Elle assure la pérennité des matériaux dans de bonnes conditions. Ces zones de stockages pourraient être directement basées sur les sites de ressourcerie ou des entreprises de réemploi. Elles pourraient être aussi des infrastructures appartenant aux communes ou aux collectivités publiques et gérées par ces dernières. Ceci permettrait d’inclure les collectivités publiques dans l’économie circulaire et le réemploi, et donc l’État. Malek Dhabi, Nicolas Peyrebonne et Antoine Perrau se rejoignent sur ces points : si l’on veut faire du réemploi de matériaux à la Réunion il faut avoir accès à des ressources, et pour cela il faut des endroits où les stocker. Ce sont des freins qui peuvent être élucidés avec l’aide d’associations et d’entreprises, et un soutien des collectivités publiques. Le réemploi rentre dans les enjeux du développement durable, il pourrait faire partie des programmes politiques écologiques des communes au même titre que le 75 Interview Nicolas Peyrebonne, retranscription en annexe
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recyclage et le tri des déchets. Cependant, comme on a pu le souligner auparavant, le recyclage et la gestion des déchets sont déjà des problématiques non-résolues à La Réunion.
3 – Une évolution de la filière de la déconstruction ? Un prérequis est essentiel à l’organisation d’une filière de récupération, achats, distributions et ventes de matériaux de réemploi : une vraie filière de déconstruction. Cette filière de déconstruction, elle se réalise à travers la mise en place d’études et de diagnostics ressources de réemploi sur les chantier de déconstruction, de rénovation ou de réhabilitation. Dans les différentes hypothèses d’avenir de la construction sur l’île de la Réunion, la déconstruction en est une. L’île, par sa formation géographique, est limitée en espaces constructibles. Ces espaces sont définis par des limites topographiques : l’océan, le volcan, les ravines et les cirques. Depuis des dizaines d’années, l’île connaît une évolution positive de sa population. Entre 2007 et 2017, elle a augmenté d’environ 60 000 habitants.76 Cette augmentation de la population créer une augmentation des espaces urbanisés, qui viennent grignoter peu à peu les ravines et les espaces de faune et de flore, importants pour l’équilibre de la biodiversité à La Réunion. Ces espaces grignotent aussi les terres agricoles, production économique à prendre en compte dans le fonctionnement du territoire. Dans le futur, les villes devront se tourner vers elle-même, et retravailler leur densité et leur manière de construire pour créer des logements pour tout le monde. Cela va engendrer des projets de grands aménagements urbains, qui auront pour conséquences des démolitions et des déconstructions en nombre. Dans une idée de résilience du territoire, ces aménagements sont une ressource potentielle importante pour la création et la perpétuité d’une filière de réemploi sur l’île. Cela nous porte à croire qu’amorcer la création de cette filière dès maintenant, permettra une adaptation à la future situation urbaine de l’île, de manière plus responsable et ancrée dans l’économie circulaire et le développement durable. Pour amorcer cette filière, il faut inciter les maître d’ouvrages à lancer des appels d’offres pour réaliser des diagnostic ressources, et des chantiers de déconstructions. Encore une fois, la maîtrise d’ouvrage est l’acteur qui pourrait déverrouiller la filière en incitant les autres acteurs à participer, puisque c’est « l’agent payeur » de presque toutes les étapes d’un projet de construction. Il faut des 76 INSEE, Données locales, chiffres détaillés du département de La Réunion (974), Fichier en ligne
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maîtres d’ouvrage concernés et motivés à intégrer les différents processus du réemploi. Pour cela, la loi peut les y contraindre, ou l’État peut leur donner des avantages financiers à proposer ce genre de missions, une aide financière pour tout projet s’inscrivant dans le réemploi par exemple. Valoriser les missions de déconstruction, en les rémunérant au moins à valeur égale des missions de démolitions, inciterait les entreprises du BTP à se spécialiser et proposer leurs compétences. Les entreprises répondraient aux appels d’offres, et à force d’expérimentations, obtiendrait un savoirfaire équivalent à celui de la destruction d’un bâtiment. De toute manière, un artisan sait monter et démonter les matériaux dans lesquels il est spécialisé, ça fait partie de sa formation initiale. Pour ces trois freins évoqués, la ressource, le stockage et la filière de la déconstruction, l’architecte peut intervenir, mais il ne paraît pas essentiel dans la mise en place de la filière. Il reste un acteur de la conception du projet et s’il doit être actif en tant qu’architecte se serait en dehors de ces compétences traditionnelles. Cela signifierait un investissement personnel en tant que citoyen. Cependant, en tant que professionnel, il pourrait répondre à l’appel d’offre du diagnostic ressource avant la déconstruction, comme il a été le cas dans nos études de cas. Ces freins sont les principaux que j’ai relevé sur le territoire réunionnais. Ils sont induits par un manque de considération des potentiels de l’économie circulaire mais aussi peut-être par un refoulement social et esthétique du réemploi. C’est un phénomène qu’il serait intéressant de développer pour comprendre aussi les motivations des acteurs, tels que les maîtres d’ouvrage, et leurs avis sur le réemploi.
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C - La déconstruction dans le processus de réalisation d’un projet en réemploi : le rôle primordial de l’expert du diagnostic ressource ?
1 – L’expert du diagnostic ressource :quelles sont ses missions ? Nous l’avons évoqué plusieurs fois précédemment, l’expert du diagnostic ressource en réemploi, définit par la loi, est à la fois une possibilité et une problématique. Son statut n’étant pas précisé, toutes les propositions sont possibles. Tout professionnel du bâtiment peut se définir l’expert réemploi pour le diagnostic ressources d’un chantier de réhabilitation et de démolition. On sait maintenant que l’étape du diagnostic ressource est cruciale dans un projet de réemploi. Ce qui fait de l’expertise diagnostic ressource une mission cruciale. Qu’elles sont alors les compétences que doit avoir cet expert ? Quelles sont les connaissances absolument nécessaires pour réaliser les missions d’un diagnostic ressources ? Et ainsi se demander, qui est le plus à même de les réaliser ? « Mais globalement un expert peut être n'importe qui… celui qui a une expérience correcte du bâtiment qui "conviendrait", reste à savoir ce qui convient ? »77 D’après les études de cas que nous avons étudié, mais aussi les discussions établies avec les différents architectes, j’en ai déduit que l’expert du diagnostic ressource doit être capable de voir au-delà du matériau tel qu’il est, au moment de la déconstruction. Il a une capacité de projection dans le futur et toutes les possibilités. Une capacité à voir dans le matériau ou l’objet, les multiples propositions de réemplois ou de transformations qu’il peut subir pour être de nouveau en place dans un autre projet. Il doit avoir de la créativité, des connaissances sur les différents matériaux, mais aussi les méthodes de constructions et d’assemblages. Connaître les propriétés physiques, les alliages possibles, les conditions thermiques, acoustiques et structurelles d’utilisation. On pourrait qualifier l’expert diagnostic ressource comme un « super Bricoleur ». Celui qui connaît dans tous les détails la construction. Quel que soit le type d’architecture, de matériaux, d’âge de la construction, de technique constructive, et du patrimoine. Alors qui pourrait bien occuper ce rôle ?
77 Interview Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe
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2 – La responsabilité des architectes dans le rôle de l’expert ? En tant que futur architecte, j’aime à croire l’idée que nous sommes les mieux placés pour jouer ce rôle. En effet, nous avons de nombreuses compétences et connaissances que nous acquérons tout au long de notre formation théorique et de nos mises en pratique qui sont essentielles à la réalisation de cette mission. Des compétences liées au développement de la créativité, de la logique structurelle et de la substance des matériaux. Un sens de l’esthétique, qui peut nous permettre d’observer du potentiel dans ce qui pourrait paraître anodin voir sans qualité. Raphaël Fourquemin, en tant qu’architecte, nous évoque le fait que le réemploi est intimement lié aux compétences de l’architecte et qu’il est, pour lui, le plus amène à faire le diagnostic ressource. « Je suis techniquement capable de savoir si l'on peut récupérer une prise électrique comme une pièce de charpente, pour moi c'est la même chose. En plus, je suis en mesure de déterminer si cette pièce de charpente je continue à l'utiliser en poutre, en poteau, ou bien en bardage parce que je trouve ça joli »78
Cependant, en tant qu’architecte en formation, il m’arrive de douter sur l’idée que nous soyons entièrement capable de réaliser le diagnostic ressource de manière 100 % viable. En effet, nous serons souvent confrontés à l’incertitude de la capacité physique d’un matériau à être réemployés. Un approfondissement des connaissances au niveau structurel, mais aussi dans les caractéristiques des différents matériaux bruts et industriels, serait essentiel pour être le plus juste possible dans nos choix. Antoine Perrau nous explique que « ce qui va manquer à l'architecte c'est l'aspect technique, évaluer les risques et la validité des matériaux. »79 Il manque, dans la formation actuel des architectes, tous les aspects normatifs, structurels, physiques et réglementaires liés aux matériaux. Ce sont, par contre, des connaissances qui viennent petit à petit avec l’expérience des projets et des chantiers. Il y a donc réellement une plus valu pour les architectes expérimentés, qui ont déjà vécu « du terrain », pour réaliser le diagnostic ressource de réemploi.
78 Interview de Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe 79 Interview Antoine Perrau, retranscription en annexe
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3 – La responsabilité des bureaux d’étude et des artisans dans le rôle de l’expert ? Les bureaux d‘études et les artisans pourraient-ils être notre réponse ? Ils ont les capacités techniques et normatives des matériaux et des méthodes de construction. Ils connaissent d’autant plus les aléas du chantier, puisqu’ils travaillent directement dedans, surtout pour les artisans. Ils sont étroitement liés à la construction et ont un savoir-faire important sur les techniques constructives et les capacités physiques des matériaux. Ils pourraient reconnaître la validité d’un matériaux à réemployer avec plus de justesse dû à leurs connaissances. Cependant, et cela Raphaël Fourquemin nous l’évoque, les bureaux d‘études et les artisans sont trop spécialisés. « un bureau d'étude ou un artisan qui est lui même un bureau d’étude lorsqu'il réalise ses calculs [...] va être en mesure de déterminer les possibilités de réemploi des matériaux qu'ils maîtrisent mais pas de tous. »80 Le fait qu’ils réalisent le diagnostic ressource est une idée cohérente, mais finalement cela peut se révéler compliqué, voire très chronophage. Si l’on cherche à ce que cela soit correctement fait, il faudrait que tous les différents types de bureaux d’études et d’artisans viennent chacun faire l’étude de leurs ressources, du matériau dans lesquels ils sont spécialisés, et le transmettre au maître d’ouvrage. La solution d’un bureau d’étude « spécialiste du réemploi » est alors envisageable. Il est nécessaire que ses ingénieurs soient à jour sur tous les domaines, et à l’heure actuelle aucune formation ne le permet. Raphaël Fourquemin nous dit « De plus, la plus grosse compétences qui manque à un bureau d'études comme à une grande partie des artisans : la capacité à déterminer si oui ou non c'est réemployable dans le cas d'un projet ou ex-situ. »81 Cela reste un atout de l’architecte et de sa formation initiale à concevoir et modéliser des projets urbains et d’architecture prospectifs. Les trois formations que l’on vient d’évoquer, ont toutes des compétences à mettre en pratique lors d’un diagnostic ressource dans le but de faire du réemploi. Sauf qu’elles ont toutes un manque de connaissances à combler. Le partage des connaissances est-elle alors la meilleure option pour le réemploi ? 80 Interview Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe 81 Interview Raphaël Fourquemin, retranscription en annexe
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4 – Une nouvelle formation propre au réemploi dans l’architecture ? Antoine Perrau évoque l’idée d’un « collège d’expert », qui se réunirait à chaque diagnostic ressource pour évaluer ensemble quel matériau garder, et définir pourquoi ? Comment ? Dans quel but ? L’échange et le partage des savoir-faire de chacun est un atout majeur pour une filière naissante. Cela se traduirait par des structures qui regroupent différentes spécificités, chacun apportant le savoir-faire de sa profession de base. Il y a une liste exhaustive de tous les métiers du bâtiment qui peuvent être concernés : les artisans, les ingénieurs, les constructeurs, les architectes, les designers, les bureaux de contrôles, les bureaux d’études... Derrière le diagnostic ressource il y a la notion de responsabilité. La responsabilité de définir quel matériau va être pris ou non, et d’être sûr de son potentiel. L’expert doit endosser cette responsabilité face aux maîtres d’ouvrages, aux bureaux de contrôle et aux assurances. Cette responsabilité est importante aux yeux de la législation et du bon déroulement du reste du projet en réemploi de matériaux de construction. Elle réunit beaucoup de compétences et de connaissances qui sont difficiles à intégrer à travers les formations du bâtiment aujourd’hui. Ainsi, le collège d’expert répond en partie à cette problématique. Cependant, si les formations ne sont pas conséquentes en matière de savoir-faire sur le diagnostic ressource, c’est parce qu’elles ne se concentrent pas sur cette thématique en particulier. On peut alors évoquer l’idée d’une nouvelle formation, et par la suite d’un nouveau métier. Celui d’expert diagnostic ressource. Un métier qui viendrait répondre à des appels à projet de démolition, de rénovation ou de réhabilitation, juste avant le chantier de déconstruction. « Quelqu'un, ou un groupe de personne, qui rassemble toutes les compétences nécessaires pour assurer toutes les garanties de ce que l'on va réemployer,c'est à dire équivalente à du neuf. »82
82 Interview Antoine Perrau, retranscription en annexe
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CONCLUSION GÉNÉRALE
Ces recherches autour des problématiques du réemploi des matériaux de construction ont été enrichissantes pour ma réflexion personnelle. Elles m’ont permis d’inclure le fait que le réemploi fait partie d’une réflexion philosophique sur le statut des matériaux et particulièrement des déchets, sur les manières de produire et de consommer de notre monde actuel, et des conséquences écologiques et économiques qu’elles engendrent. Elles m’ont fait comprendre que l’économie circulaire est un moyen alternatif tout à fait viable pour réduire notre production de déchet et notre bilan carbone. S’il existe depuis toujours, le réemploi a connu un déclin à l’ère industrielle. Il réapparaît aujourd’hui pour des raisons écologiques et sociétales qui font écho aux maux de notre société. Il est contextualisé à travers des textes de lois et des décrets, il a de la valeur, et peut avoir de l’importance, mais reste cependant difficile à mettre en place administrativement. Les projets de réemplois apparaissent à travers le monde, mais en France ils restent souvent inconnus du grand public. Cependant, cette tendance commence à s’inverser avec des architectes concernés et motivés qui tentent une approche du réemploi. Nous l’avons vu à travers nos études de cas, les problèmes liés à la gestion et l’administration trouvent toujours une solution, même si cela demande du temps. Cette base de recherche m’a permis de mettre en place une méthodologie tournée autour d’interviews, avec des professionnels concernés. De la métropole aux tropiques, ils ont répondu à mes questions dans l’idée de partager leurs connaissances du sujet et les valeurs qui circulent avec le réemploi. Ces discussions m’ont permis de relever des nouvelles problématiques, auxquelles j’ai essayé de trouver de possibles solutions. Le fait d’avoir étudié plusieurs projets qui ont évolué dans des conditions très différentes, a montré des points communs au déroulement des étapes des projets. J’en ai ainsi déduit, avec l’aide des intervenants, un processus type pour réaliser un projet de réemploi en 2020 en France. Un processus applicable en métropole et dans ses territoires d’outre-mers.
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La Réunion, un de ces territoires, est à l’heure actuelle en dehors des champs d’application du réemploi, puisqu’il n’y a aucun projet légal qui le représente sur l’île. En étudiant le territoire, j’ai pu relever trois caractéristiques essentielles qui manquent pour qu’une filière du réemploi puisse se développer : une ressource en matériaux viable, des zones de stockage de matériaux réemployables, et une économie de la déconstruction et de la réhabilitation. Cette dernière est essentielle. Elle est difficilement mise en place au vu du rôle de l’expert du diagnostic ressource. Cet expert, c’est l’entité qui va décider le futur de chaque matériau d’une déconstruction, en choisissant si oui ou non un matériau est réemployable. Il a une responsabilité envers la fiabilité, la résistance, l’utilité, les potentielles transformations, les futures argumentations pour convaincre les instances du potentiel d’un projet en réemploi. Cette entité, tant qu’elle ne sera pas définie par la loi, ne pourra pas exercer correctement son pouvoir décisionnaire. Architectes, artisans, bureaux d’étude, sont les trois professionnels que je considère les mieux placés à l’heure actuelle pour réaliser cette mission. Cependant, les défauts des uns, sont complétés par les compétences des autres. L’idée d’une entité regroupant de multiples professions apparaît logique, mais aussi celle d’une nouvelle formation résultante d’un nouveau métier.
Pour réaliser du réemploi, la Réunion a besoin de professionnels sensibilisés et formés. La création de modules de formations pour les professionnels est bien pour l’avenir du réemploi dans la construction sur l’île. Cependant, la sensibilisation et l’apprentissage au cours de la formation théorique, permettraient à l’île d’avoir des architectes formés plus tôt et habitués au réemploi. L’école d’architecture de La Réunion s’inscrit déjà dans la philosophie du développement durable avec des notions importantes de bio-climatisme. Ne pourrait-elle pas interroger son programme pour approfondir cette philosophie et marquer son cap vers l’avenir en le complétant avec des notions de réemploi ?
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ANNEXES TABLE DES ANNEXES Discussion avec Raphaël FOURQUEMIN / Le réemploi – Juillet 2020......................131 Discussion avec Raphaël FOURQUEMIN / L’étude de cas – Août 2020.....................138 Discussion avec Malek DHABI – Septembre 2020 :....................................................146 Discussion avec Antoine PERRAU – Septembre 2020 :...............................................156 Discussion avec Nicolas PEYREBONNE - Octobre 2020 :.........................................160 Exemple de tableau pour réaliser un diagnostic ressource :..........................................165 Les différents registres du réemploi dans la construction :..........................................166
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DISCUSSION AVEC RAPHAEL FOURQUEMIN – Juillet 2020 Architecte localisé dans la région de Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, en France Président de l’association IDRE, spécialisée dans le réemploi dans la construction. MOI : Pourquoi vous être tourné vers le réemploi ? Qu'est-ce que cela apporte à l'architecture selon vous ? Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ? Ce qui vous facilite le réemploi ? RAPHAËL FOURQUEMIN : Est-ce que tu as des pistes à la Réunion, autre que la réglementation, pour comprendre pourquoi le réemploi des matériaux de construction ne se développe pas ? MOI : Le rôle des acteurs, et des agences de l'île qui n'utilisent pas le réemploi. Un manque de volonté des architectes, de certains artisans, et des maîtres d'ouvrages. La peur que ce ne soit pas solide, que ça va s'abîmer plus vite que du neuf. Parmi les plus pauvres, qui ne font pas appel aux architectes pour construire, le réemploi existe de manière informelle dans l'idée d'une économie de moyen. Surtout au niveau du mobilier et pour des constructions légères. RAPHAËL FOURQUEMIN: La réapparition du réemploi de manière informelle en France avec des bidonvilles comme la jungle de Calais, est dû à une situation économique extrême et c’est à prendre en considération. L'informel est un élément très important dans la pratique du réemploi, également quand on l'envisage sur un plan professionnel. Il faut intégrer la réflexion vis-à-vis des particuliers et des commanditaires privés. C'est parfois parce que cette économique illégale, informel, existe que le réemploi professionnel peut s'organiser, se développer facilement. J'ai le sentiment que la question du réemploi souligne le clivage entre les populations notamment riche et pauvres. Mis à part une certains branches de personnes qui commencent à se sentir concernées par l'écologie, qui ont les moyens, et qui constate que le monde va mal, et donc veulent se donner bonne conscience et penser à des manières alternatives de vivre, de consommer et de construire aussi. Il y a donc un réemploi subit, et un réemploi qui pourrait être choisi, mais qui en réalité est parfois choisit que si tu intègres au réemploi les antiquités. Un antiquaire, c'est avant tout du réemploi de mobilier, mais aussi de matériaux (marbre, pierre, bois...) et pour le coup ça attire une certaine population (riche), qui n'a aucun problème à acheter chez l'antiquaire sans vraiment se rendre compte qu'ils font du réemploi. Certains magasins à Paris, notamment EMOI et BOIS, sont spécialisé dans la vente de bois et de parquet de luxe Versailles d'origine. C'est donc du réemploi. Il y a un aspect politique et économique avec la promotion des matériaux issus de la pétrochimie qui remplace les matériaux d'origine naturelle dans les méthodes de constructions. Mais il faut garder en tête que le réemploi existe depuis le début de l'humanité et que depuis toujours l'Homme fait du réemploi. MOI : Il y a du réemploi informel à la Réunion, il existe, on le sait. On entend parler de réemploi dans la construction en métropole, pourquoi ne se met-il pas en place de manière formelle à la 131
Réunion ? C'est mon questionnement. Je suis persuadée qu'il y a un aspect social surtout au niveau des maîtres d'ouvrages, mais je voudrais étudier le monde du bâtiment et les professionnels et notamment les architectes. Me demander s’ils n'ont pas un rôle important à jouer dans la promotion de cette technique de construction pour qu'elle se développe sur l'île. RAPHAËL FOURQUEMIN: C'est beau, mais c'est assez illusoire. Tu as une belle confiance envers les architectes, mais c'est illusoire de s'appuyer sur eux. À l'heure actuelle, les architectes ont cette motivation du réemploi, surtout chez les jeunes, mais c'est parce que des associations comme Bellastock ou Rotor se sont crées et ont promu le réemploi, et qu'il y a eu une demande de la part des architectes. Beaucoup d'architectes sont venus nous voir (son association IDRE) pour nous dire qu'ils avaient envie, marre de voir des matériaux jetés à la benne, mais juste, ils ne savent pas comment faire. Résultat, ils ne font pas. Pour moi, il ne faut pas compter sur les architectes pour lancer la dynamique, il vaut mieux compter sur de l'associatif, du collectif (que se soit des professionnels ou des privés). C'est en grande partie pour cela que notre association IDRE s'est montée : de mon côté, j'ai fait l'expérience tout seul avec ma maison et d'autres projets, et ça a trouvé de l'écho auprès d'autres professionnels. À aucun endroit en France métropolitaine actuelle, le réemploi n'est pas venu des architectes directement. Le cas de Bellastock, c'était à la base une association d'étudiants, donc ce sont devenus des architectes, mais le réemploi s'est mis en place sur la base de l'associatif et des festivals qu'ils organisaient. C'est d'ailleurs une association avec un gros vécu (une vingtaine d'années). Elle est devenue vraiment sérieuse depuis les années 2000, et pour qu'ils puissent se développer de manière professionnelle ils sont désormais plus une association, mais une société coopérative. Le métier d'architecte est tel que ça devient très compliqué à l'heure actuelle pour les architectes de faire de l'expérimental, la plupart tournent sur des acquis et la grosse majorité travail sur des commandes répétitives pour pouvoir vivre. C'est du copié-collé en fond de roulement. Essayer de faire du réemploi et de l'innovation là-dedans relève de l'impossible. MOI : Vous pensez que le réemploi devrait être inclus dès les études pour que cela soit une habitude de réflexions du projet ? RAPHAËL FOURQUEMIN: Oui totalement, il faut que se soit dès la première année. MOI : Je me suis rendu compte à travers un projet, durant ma quatrième année, que l'on peut nous inciter à faire du réemploi mais on ne nous donne aucunes clés pour que nos projets soit réalistes. Mes camarades ont inventé des matériaux qu'ils pourraient potentiellement réutiliser dans leurs projets, mais je pense qu'aucun d'eux ne sait où et comment on cherche des excédents de productions ou des maisons abandonnées que l'on peut démonter. Comment traite-t-on les matériaux après les avoir récoltés ? Comment est-ce qu'on peut réellement les mettre en pratiques ? Et j'ai l'impression que l'on ne nous donne pas ces informations parce que même le corps enseignant ne les a pas.
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RAPHAËL FOURQUEMIN: Évidemment que non, ils ne le font pas dans leur pratique professionnel donc ils ne peuvent pas vous dire, vous expliquez. Ce n'est pas prétentieux, mais avec le recul je constate que les écoles manquent de cours à ce niveau-là. À l'heure actuelle, en métropole, seul Marne la Vallée commence réellement à donner des cours autour de ça, en grande partie parce que l'association Bellastock s'est créé dans cette école et qu'elle y a une grande influence. Les profs ne savent pas de quoi parle le réemploi. Ils ne maîtrisent pas la méthodologie pour faire du réemploi y compris sur du projet théorique étudiant. Il faut être carré et réaliste quand on parle de cela sinon cela n'a aucun sens. Il faudrait commencer en première année et étudier petit à petit et décortiquer au long des années comment on fait du réemploi parce que ce n'est pas si évident que ça. Ça me parait indispensable que ça soit inclus dans le programme, les cursus des écoles d'architecture. Pour que cela devient un réflexe pour qu'une fois arrivé à la 5 eme année, ta construction en réemploi soit constructible, réellement. MOI : Je voulais savoir comment ça marche : l'histoire de l'expertise des chantiers de démontage ? La notion de l'expert est très floue dans la réglementation actuelle. C'est basé sur quelles compétences ? Quelle expérience ? J'aimerais connaître en réalité qui s'est ? Ce que cela implique vraiment d’être l’expert ? Ensuite, selon les réglementations, lorsque le matériau à bien était récupéré, il n'a pas eu le statut de déchet, il a été conservé dans un endroit réglementé, ensuite comment cela se passe-t'il pour le passeport des matériaux ? Le marquage CE ? Le DTU ? Cela parait très compliqué pour ensuite mettre en place le matériau dans un projet. RAPHAËL FOURQUEMIN: Dans les faits, c'est un peu plus simple que l'on pense. Premièrement, pour l'expert, la loi ne détermine pas clairement qui est l'expert et quelles compétences il doit avoir. Ceci dit, tous les décrets ne sont pas encore sortis se sera donc peut-être précisé dans les prochains. J'avoue que la réglementation ce n’est pas trop mon truc, je suis plutôt chantier et matériaux donc je ne suis pas forcément les informations à la minute près. Mais globalement, un expert peut être n'importe qui, qui a une expérience correcte du bâtiment qui "conviendrait", reste à savoir ce qui convient ? En effet, en dehors des architectes et des maîtres d’œuvre compétents, il n’y a pas grand monde qui pour moi pourrait avoir les compétences... MOI : Un bureau d'étude peut-être ? RAPHAËL FOURQUEMIN: Je n'en vois aucun qui correspond. Ils leur manquent des compétences, et pour moi il n'y a que l'architecte qui rassemble toutes les compétences. J'explique : un bureau d'étude ou un artisan, qui est lui-même un bureau d’études lorsqu'il réalise ses calculs structurels ou autre... Il va être en mesure de déterminer les possibilités de réemploi des matériaux qu'ils maîtrisent, mais pas de tous. Par exemple, un charpentier ne pourra pas reconnaître quels matériaux électriques il pourrait récupérer, un bureau d'étude thermique pareil. Si chaque bureau d'étude doit passer sur le chantier, on ne s'en sort pas... Si un bureau d'étude veut faire ça, il faut qu'il se mette à jour sur tous les domaines. Et de la plus grosse compétences qui manque à un bureau d'études comme à une grande partie des artisans : la capacité à déterminer si oui ou non, c'est réemployable dans le cas d'un projet ou ex-situ. L'avantage de l'architecte, c'est qu'il est créatif, il est normalement suffisamment technicien, globalement, il est censé maîtrisé la technique sur un peu 133
"tout les domaines". "Un architecte connaît à peu près rien, sur à peu près tout". Je suis techniquement capable de savoir si l'on peut récupérer une prise électrique comme une pièce de charpente, pour moi, c'est la même chose. De plus, je suis en mesure de déterminer si cette pièce de charpente, je continue à l'utiliser en poutre ou bien en poteau, ou bien en bardage parce que je trouve ça joli... Un bureau d'étude technique n'a aucunes compétences en terme de création, il ne verra pas au-delà du matériau brut, et ça, c'est un énorme manque. Dans la loi, j'ai peur que malheureusement ça ne passe pas. À l'heure actuelle, elle est ouverte à tout profil, et j'ai peur que ça desserve le réemploi, car pour moi, c'est quelque chose de très intimement lié aux compétences de l'architecte. Et en plus de ça, du côté de l'architecte, c'est hyper intéressant parce que ça remet de la créativité dans un boulot qui en a perdu énormément. Aujourd'hui la partie créativité dans le boulot de l'architecte ça représente 5 à 10 %, si on a réussi à bien évacuer toute la partie administrative et réglementaire. Or, la déconstruction et le réemploi ça permet de réintégrer de la création dans le boulot de l'architecte de nos jours. Lorsque l'on va tomber sur des matériaux, on ne peut vraiment pas leur donner une toute nouvelle vie, se poser pleins de questions sur ce que l'on peut faire avec, leurs capacités techniques, physiques. Un bureau d'étude ce n'est pas son métier, ils ne sont pas formés pour ça. Pour moi, c'est vraiment l'architecte qui est le mieux placé pour faire cette analyse de matériaux, cette étude ressource dans le chantier de déconstruction. D’ailleurs, il ne faut pas dire diagnostic ressource, mais étude ressource. Un diagnostic s'est très encadré et réglementé alors que la définition d'étude permet plus de liberté, au niveau des assurances cela fait toute une différence, car elles n'engagent pas leur responsabilité. Sur la partie déconstruction, avant de faire du réemploi, il n'y a aucun blocage. La déconstruction est possible quelque soit le projet, quelque soit la méthode, à partir du moment où il y a quelqu'un de compétent qui est passé en indiquant les matériaux à démonter. Sans dire ni comment on le démonte, ni pourquoi on le démonte, ni comment on va le réemployer. Ce qui compte, c'est que l'expert dont on parle depuis tout à l'heure, son rôle est de dire : on va démonter ça et on le met de côté pour faire quelque chose. Il détermine en fait, sur le site, avant démolition ce qui va être du déchet et ce qui va être sauvé. À partir de là, avant même d'avoir entamé le chantier de démolition, les matériaux sont qualifiés et cela évite d’emblée le statut de déchet. MOI : Une des questions que je me pose c'est que, en tant qu'architecte, si je veux faire du réemploi, je décide d'aller sur le chantier de déconstruction en tant qu'expert, de décider les matériaux que je garde, donc pas de statut de déchet, ensuite comment je fais pour avoir les autorisations pour mettre ces matériaux dans mon nouveau projet d'architecture ? Est-ce qu'il faut faire une fiche technique pour chaque matériau ? RAPHAËL FOURQUEMIN : Alors, faire une fiche sur chaque matériau c'est mieux parce que ça rassure tout le monde, mais ça sert globalement pas à grand choses. Les fiches techniques vont avoir deux objectifs : - permettre à l’artisan de savoir ce qu'il a comme matériaux, comment il va le mettre en œuvre et si cela va remplir les objectifs techniques qu'il a à atteindre. Ça permet de rassurer l'artisan, qu'il a des matériaux qui correspondent aux normes techniques et réglementaires et qu'il peut mettre en place sa décennale dessus sans problème. - le deuxième point est un peu plus délicat. C’est celui sur lequel ça bataille le plus en France métropolitaine à l'heure actuelle. C'est que ces fiches permettent de discuter avec le bureau de contrôle. C'est lui, à l'heure actuelle, une des clés qui permettrait de faire décoller le réemploi en 134
France métropolitaine. Tant que les bureaux de contrôle refuseront de valider tel ou tel matériau, car c'est du réemploi, on ne pourra pas faire de réemploi, et les assureurs ne nous suivront pas. Si le bureau de contrôle valide, les assurances elles diront oui. Les fiches techniques, elles permettent d'avoir de la matière pour argumenter auprès des bureaux de contrôle. MOI : Mais, ça a un certain prix de faire les tests des matériaux ? RAPHAËL FOURQUEMIN: Non, non, là ce qui compte c'est d'ouvrir le dialogue avec le bureau de contrôle, pas de valider chaque matériau individuellement. C'est de permettre de faire passer au bureau de contrôle l'idée qu'on va faire du réemploi avec tel ou tel matériau. Une fois que le bureau de contrôle accepte l'idée, effectivement, on va engager des phases de tests. Pour qu'il valide l'idée, il faut lui donner des données fiables, sures et précises, en accord avec les réglementations. À partir de ce moment-là, le bureau de contrôle peut valider l'essai du matériau, mais par contre, il faut prouver par une batterie de tests que ça marche. C'est un échange qu'il ne peut avoir qu'entre l'architecte, le bureau de contrôle, et le maître d'ouvrage. Ce sont eux qui définissent ainsi la batterie de tests pour le matériau, pour valider l'intégralité du stock de matériau (exemple sur un lot de 50 portes, on ne testes que 1 ou 2 portes). Quand tu as la possibilité de récupérer les archives du bâtiment, tu récupères aussi toutes les factures des artisans avec les références des matériaux. C’est pratique et plus fiable. Le principe des tests, en général, c’est quelque chose que les architectes ne connaissent pas, car ils ne l'apprennent pas. Par exemple : est-ce que tu sais comment on qualifie les bois de charpente ? Qu’ils testent sur une coupe de forêt, x hectares dans les landes par exemple, tous les pins sont quasi identiques, ils prennent un échantillon de pin tous les x et ils testent. À partir de ces tests d'échantillons, ils vont qualifier s’il est C18/C24 ou autre, sur l'ensemble du lot. Il faut imaginer qu'on fait pareil pour les matériaux issus de la déconstruction, on ne teste qu'une ou deux pièces représentatives. Ça n'enlève pas tout les risques, mais il faut se sortir de la tête que le risque zéro n'existe pas. Il va se passer comme dans la construction neuve : tu achètes un lot de 50 portes, les 49 premières vont bien, la 50ème marche mal, tu retournes voir le marchand en lui disant que tu veux une nouvelle porte. C'est le même fonctionnement avec les ressourceries et les recycleries, elles doivent intégrer ces tests là pour en premier leurs assurances, être couvertes, mais aussi dans leur gestion de stock. Bellastock est un bon exemple en connaissance de réglementation, nous ce qu'on pratique avec IDRE, c'est la vente de matériaux sous garanties de reprise si y a un problème. Ce passeport des matériaux est là principalement pour ouvrir la discussion avec les plus frileux. Ça fait beaucoup de gens à convaincre, c'est donc pour ça que l'étude ressource est fondamentale. Car c'est elle qui va permettre dès le début de planifier ce chemin caillouteux et tordu pour la remise en œuvre. Plus l'étude ressource est carré au départ, précise au niveau des quantitatifs, de la qualité des matériaux, de leurs caractéristiques techniques et de leur valeur économique, plus se sera facile par la suite pour faire passer le réemploi au niveau des bureaux d'études, de contrôle et des assurances.
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MOI : est ce que vous pensez que si en métropole ça commence à se développer, avec vraiment un futur possible, c'est parce qu'il y a des associations, des ressourceries, des recycleries ? Est-ce que pour vous ça fait partie de la base ? RAPHAËL FOURQUEMIN: Si il n'y avait pas ça, ça marcherait plus difficilement, et plus lentement, mais se serait possible que ça fonctionne. MOI: Je réfléchis au fait que c'est peut-être ce qui fait défaut à La Réunion, il y a quelques ressourceries pour du mobilier, un Emmaüs. Mais il n'y a pas d'écopôle pour les artisans par exemple. Est ce que ce serait pas le type d'organisme ou d'association qui nous manque à La Réunion ? J'ai l'impression que les architectes réunionnais sont perdus dans ce qu'est le réemploi et comment il est mis en place, car il n'y a pas de structure. RAPHAËL FOURQUEMIN: Je pense que tu as raison. Il faut des moteurs, qui seront sur le mode associatif au départ. Très certainement, ils risquent de calancher lorsque cela se sera développé et bien mis en place parce que se sera repris par des entreprises. S’il n’y a pas ça, de toute façon, sur n'importe quel territoire ou pays, ça va quand même se développer. Des associations ou des collectifs sont apparus, car le besoin est plus qu'urgent, et ce besoin là va être de plus en plus fort quoi qu'il arrive. Donc si on ne structure pas, de toute façon ça va se faire naturellement, ça apparaît déjà avec les bidonvilles en métropole. Eux vont faire du réemploi, sauf que mal structuré, mal équipé, se sera potentiellement dangereux, voire mortel. Je suis assez convaincu que les associations et collectifs actuels sont juste le fruit d'une évolution plus fondamentale de la société. Avec ou sans nous cette évolution se fera. À La Réunion, si c'est possible de trouver des porteurs de projet en évitant le recyclage, en le minimisant au maximum, c’est le mieux. Je pense que les grands groupes du BTP vont petit à petit eux aussi reprendre le réemploi à leur manière, en utilisant leur lobbying pour faire passer les décrets qui les arrangent à l’État. Le problème en soit n'est pas qu'ils se mettent au réemploi, c'est qui vont leur faire de manières industrielles, avec leurs règles. J'ai peur que les petites associations ou les artisans seuls, ça leur ferment des portent et qu’ils finissent eux même à ne plus pouvoir faire du réemploi alors qu'à la base, c'était eux. À l'heure actuelle, le réemploi ne rapporte pas d'argent à l’État ni aux entreprises, alors que le recyclage si. Parce que dans notre société, ce qui ramène de l'argent, c'est détruire, parce que détruire crée de l'énergie. Si tu ne détruits pas, tu n’utilises pas d'énergie, donc tu ne fais pas de bénéfices. Le réemploi ça ne détruit pas, ça n'utilise pas d'énergie ça ne génère pas de bénéfices. Je peux te donner le phasage d'une opération de déconstruction et de réemploi : Il faut prendre le principe d'un projet d'architecture classique et tu l'appliques mais à partir d'un bâtiment que tu vas démonter. Quand tu as un projet de rénovation, la première chose que tu fais, c'est faire le relevé de l'existant. Ensuite, tu fais ton esquisse, puis tu détailles et ensuite tu contactes les entreprises en demandant les matériaux.
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Là, on va faire exactement pareil, sauf que tu vas constituer toi-même ton magasin. Le relevé de l'existant de la future démolition. Tu ne vas pas prendre le relevé des murs, mais par contre l’intégralité des matériaux qui constituent le bâtiment. Aussi bien sûr le gros œuvre, que le second œuvre, l’aménagement et l’équipement. Une fois que c'est fait de manière bien structurée. Tout est récapitulé sous forme de tableau Excel, avec les quantitatifs, les dimensions, l'état, la valeur en équivalent neuf, son volume, son poids, sa valeur sur le marché de l'occasion, et les potentielles idées de réemploi avec les DTU, et les différentes pistes de ré-utilisation avec la liste des points à tester. Le quantitatif et le volume c'est très important en premier, parce qu'une fois que tout ça est démonté, il faut le stocker, donc connaître la place dont on a besoin. La question du stockage et de son organisation est très importante, pour éviter de déplacer les matériaux pour rien. Le poids et la masse volumique va te permettre de savoir quelle économie tu fais par rapport à la déchetterie, puisque la tonne de gravas quelconque vacille entre deux et quarante euros la tonne. C'est intéressant de faire le tour des déchetteries et de savoir ton poids. Le fait d'avoir le poids te permet d'évaluer l'économie que tu vas faire par rapport à la déchetterie. C'est le cumul de ces petits chiffres qui permet de voir l'équilibre du budget. Il faut partir du principe qu'un projet en déconstruction et réemploi ne coûte pas moins cher. On est quasi au même prix. On va utiliser moins de capital, mais plus de main d’œuvre (qui est souvent plus cher que la capital). C'est important à garder en tête. Cette question du salaire, c'est un point très intéressant en tant qu'architecte pour convaincre la commande public. Lorsque l'on explique au Maire d’un village, que le réemploi et la déconstruction va générer de l'emploi puisqu'il faut de la main d’œuvre et des artisans locaux, et de plus, les matériaux restent sur la zone, c'est des matériaux locaux, utiliser par les locaux. Donc de la richesse pour eux qui restent sur leur territoire. Dans l'idée de l'économie circulaire. Alors que la commande privée, elle ne se sent pas particulièrement concernée. Donc, l’étude ressource doit être la plus précise possible. Elle se décompose en deux temps : d'une part sur site avec le relevé direct, en second temps les recherches sur Internet pour des compléments et plus de précisions. À partir de cette étape, tu es tranquille : tu as mis des prix sur tout ton relevé, les quantitatifs et le reste. Si tu as réussi à faire ton étude ressource avant ton esquisse s'est parfait parce que tu connais les matériaux que tu as a disposition pour faire ton concept. Imaginer leur réemploi ou réutilisation et savoir si oui ou non tu as la nécessité d'acheter d'autres matériaux en plus pour compléter. Si tu es architecte, s'est parfait pour travailler correctement, dans de bonnes conditions, sans perdre de temps. De plus, l'architecte est d'autant mieux placé pour être l'expert de ces études ressources car il a en tête les normes et les règles pour les réutilisations de matériaux pour que cela corresponde parfaitement aux normes actuelles. Une fois que l'esquisse est faite et que le gros des matériaux est placé, tu complètes avec le neuf. Ensuite, tu peux commencer à présenter un "bilan de l'opération" au maître d'ouvrage et au bureau de contrôle, pour faire passer cette esquisse, notamment les chiffres, la valeur, pour montrer le financement au MOA. De plus, une chose à laquelle il faut penser et ça replace le cadre de l'architecte encore plus naturellement dans ce processus : on va se demander si on peut récupérer la charpente, les pièces de bois ... Mais ce n'est pas là où il faut concentrer ses efforts au début parce que c'est le moins intéressant, ce n'est pas le plus coûteux. Ce qui est le plus intéressant, c'est le matériel électrique, car très facile à démonter et pourtant cher en neuf alors que se sont des matériaux que l'on peut vraiment récupérer. Économiquement parlant, le plus intéressant et le plus facile, c'est souvent le 137
second œuvre et l'aménagement. D'autant plus qu'en général, ce sont des matériaux ou des pièces qui respectent déjà les normes en vigueur. Ce sont des matériaux industriels en série, donc facilement traçable et valable par les DTU et bureau de contrôle. (plancher, portes intérieures, prise électrique, du placo...).
DISCUSSION AVEC RAPHAËL FOURQUEMIN – Août 2020 Étude de cas – La Maison de Raphaël Fourquemin RAPHAËL FOURQUEMIN: À la base, je viens d'une famille d'origine paysanne et par conséquent chez nous on ne jetait jamais rien. On ne sait jamais, ça peut toujours servir à quelque chose. Donc on a des tonnes de trucs qui se baladent partout. Quand j'ai fait mes études d'architecture, j'ai travaillé en parallèle pour deux architectes pendant plusieurs années. Les deux faisaient beaucoup de rénovation, d’appartements et de maisons. On faisait des rénovations de luxe, voir très luxe. J’ai passé pas mal de temps avec eux et à chaque fois, c'était la même chose, on faisait table rase de l'existant et ça partait à la déchetterie et on faisait tout à neuf avec du placoplâtre. C'était en opposition avec la manière dont j'ai grandi. Quand j'ai vu ce qu'on mettait à la poubelle, parfois des trucs quasi-neufs, et régulièrement de grande valeur. Je me suis dit que c'était pas possible et qu'on pouvait faire autrement. De plus, pendant mes études d'architecture, je ne voyais pas comme imaginable ou possible d'exercer le métier, sans avoir mis un minimum les mains dedans. L'architecte donnant des consignes aux entreprises, il faudrait quand même savoir de quoi il retourne. C'était donc comme une sorte de fin de formation que de construire quelque chose de mes mains, ça me paraissait obligatoire pour être ensuite serein sur les chantiers et voir les entreprises. De ça est né l'idée de faire un projet d'auto-construction en faisant du réemploi, le plus possible, c'était le principe de base. Avec ma compagne, on a commencé à visiter des bâtiments en regardant ce qu'on pouvait en faire en récupérant déjà le maximum sur place. On est tombé sur ce bâtiment qui était encore tout aménagé en restaurant à cette époque. On a considéré que c'était notre ressource en matière première. Il y avait beaucoup de choses et du matériel de super qualité. En plus, pas très vieux, car les derniers travaux remontaient de 1999. Donc c'était un beau stock de matière. Ce qui était intéressant, c'est que le bâtiment était un hangar mitoyen de part et d'autre et semi-enterré, avec comme seule ouverture l'accès sur la rue d'Etigny, l'accès carrossable. À l'arrière du bâtiment, il y avait un petit bout d'étage de 50m² qui faisait office de salle de change et de bureau avec quelques petites fenêtres ouvertes au Nord sur une ruelle au niveau de l'étage. C'était un bâtiment complexe pour le transformer en maison. Ça faisait plusieurs années que le propriétaire cherchait à le vendre,mais tous ceux qui visitaient ne voyaient que la possibilité de tout démolir out de refaire une boite de nuit ou un restaurant. Le prix a beaucoup chuté, d'autant plus intéressant pour nous donc on acheté une base de travail et un terrain de 300m² en plein centre-ville pour pas cher et qui, en plus, aller nous fournir toute la matière pour construire la maison. On s'est lancé dans le projet. À partir de là, on a tout démonté, on a stocké et on a commencé à construire la maison avec ce qu'on avait démonté en très grosse partie, car 80% de la maison est faite en matériaux de réemploi. Sur les 80%, il y en a un peu qui vient d'Emmaüs, du Bon Coin... Mais la grosse majorité, les 3/4 viennent du site lui-même. Parmi les choses invisibles mais qui représente un gros bout du budget c'est tout le réseau électrique de la maison qui est neuf, mais avec du vieux. On a récupéré toutes les prises électriques, tout les interrupteurs, tout les luminaires, mais aussi tous les câbles (le 138
bâtiment fait 30 m de long) le compteur est d'un côté et les cuisines de l'autre. On avait un stock énorme de câbles gainés de bonne qualité. On a finalement un réseau électrique en câble de meilleur qualité qu'une maison individuelle classique et souvent sur-dimensionné par rapport à notre utilisation. Pour zéro euros. Parmi les choses visibles, se sont plus les pièces de la charpente qu'on a utilisées pour faire l'ossature primaire et secondaire de la nouvelle façade qu'on a crée. On a ouvert le toit, pour faire cette maison. À l'intérieur, cela se traduit par le poteau du salon par exemple qui est l'un des entrées des fermes. Ce que l'on a gardé, ce sont les trois murs : les deux mitoyens et le mur de soutènement, plus le plancher de l'étage et le plafond suspendus qui correspondait encore au normes sécurité incendie (ba13 garde-feu). Sinon, toute la charpente et la couverture ont été démontées. On a révisé la charpente et changer une partie des pièces. On a refait toute la couverture avec les tuiles qu'on a démontées de l'intégralité du bâtiment en trillant les bonnes tuiles, des mauvaises et usées. Ensuite, c'est à travers pleins de détails comme par exemples les IPN, à l'origine, ils posaient sur les poteaux en fonte qui sont ancrés dans le mur de soutènement qui est dans la cave derrière une cloison. Ces IPN de 20 ont une flèche qui est importante, et même au-delà de leur flèche autorisée puisqu'on est à 1 pour 300 pour l'un et 1 pour 100 pour l'autre, donc une flèche au-delà des normes. En partie, parce que le plancher de l'étage est très lourd. C'est une chape de ciment ferraillé, par-dessus le plancher, il y a beaucoup de poids dû au solivage, parce qu'il y a un double solivage qui est monstrueux et par-dessus ça, il y a encore un plancher en bois. Ça fait beaucoup de poids, et je pense qu'avant que se soit un restaurant, c'était un garage et ils faisaient rentrer des voitures à l'étage. D'où la grosse flèche des IPN. Pour assurer la structure, on a mis des poteaux de soutien à 2/3 - 1/3 de distance. Ces poteaux, qui sont des IPN d'une quinzaine de centimètres, sont en fait les IPN qu'il y avait à l'origine dans les combles et qui servaient à porter l'unité de climatisation du restaurant. C’était une énorme clim de 24 kWatt et qui mesuré 2m/1m/1m et donc on a récupéré les IPN puisqu'on n’avait pas besoin de cette clim. Voilà tout le long du chantier ça n'a était que des choses comme ça. On s'est rendu compte en démontant le bâtiment que de toute façon le bâtiment lui-même avait déjà eu plusieurs vies et qu'il y avait des matériaux qui était déjà des matériaux de réemploi. Du réemploi réemployé quoi. Certains éléments dans la maison, c'est au moins leur troisième « vie ». C'est le cas des poteaux en fonte que tu peux voir là, qui ne sont absolument pas des poteaux que t'es censé trouver dans une maison puisque ce sont des poteaux de verrière de gare de chemin de fer ou de gare de bus. Tu vois la tête à était coupée un peu parce qu'en réalité c'est un biais. C'est pour que l'IPN qui repose dessus puisse être droit on a mis une petite cale. Donc ils avaient déjà était utilisé une première fois dans ce bâtiment quand ils ont créé cet étage parce que je suppose qu'à l'origine il n'y en avait pas. Il y a des flous sur l'histoire du bâtiment mais c'est carrément du réemploi. La maison elle a une histoire, il faut juste quelqu'un pour la raconter, a fait partie des choses que je regrette un peu dans l'architecture, autant quand on livre un projet on va donner la documentation technique de tout ce qui a été mis en place, autant c'est assez rare qu'on laisse quelque chose comme un petit livret qui raconte l'histoire. Tu as des étapes et des points importants dans le processus de conception et de construction et j'aime bien l'idée d'une trace sous cette forme là dans un projet mais on ne le fait pas. On va commencer la présentation par la façade : la salle de restaurant était entièrement en plancher de pin des Landes donc on a tout démonté et on a fait le tri entre les bonnes lames et celles qui étaient trop fatigués. On a gardé toutes les bonnes pour faire les planchers de l'étage et celles trop 139
usées. On les a débités en bardeaux et c'est ce qui nous a permis de faire la façade. Là, ce qui est marrant avec ces bardeaux, c'est que c'est une essence de bois qui théoriquement n'est pas valable pour être mise en façade. Sauf que là, on est dans des circonstances qui sont un peu particulières. On a des murs mitoyens qui montent très haut donc nous protègent du vent pluie de l'ouest. La façade est orientée quasiment plein sud, résultat elle voit quasiment jamais la flotte. Même si ce n’est pas la bonne essence de bois, au final comme c'est du plancher de 22mm, donc rabotées toutes les lames font a peu près 19mm, c'est rare en réalité d'avoir du bardage de 19mm la plupart du temps c'est entre 10mm et 14mm. C’est plus épais que la norme, donc par conséquent on a plus de durabilité, moins de risque de champignon. Même si ça ne dure que 10 ans, ce n’est pas grave de toute façon c'est de la matière gratuite, et dans 10 ans on déclouera tout et puis on mettra un autre bardage d'occasion. Mais en réalité, on ne va pas y toucher avant 40 ans. Là, ça fait 5 ans que s'est en place, et on voit le seul endroit où ça prend la pluie ça commence à griser. Les autres elles sont comme neuves, avec leur couleur d'origine du bois. Et puis le bois grisé c'est beau. Résultat ça vit encore mieux que ce que j'avais prévu. Dans le même genre, les entourages des fenêtres ce sont les hautes d'extraction des cuisines qu'on n’a pas réussi à revendre en état. On les a débitées en plaques. C'est sympa, parce que vu que c'était presque neuf ça reste bien brillant même au fur et à mesure des années. Ça capte assez bien le soleil et ça le renvoi à l'intérieur sous forme de rayons colorés, avec des arcs-en-ciel. Ce n'était pas du tout prévu, mais ça, je t'avoue que je suis assez content du résultat. Sinon, les deux poteaux dont je t'ai parlé et la poutre que tu vois en dessous du débord de toit, c'est des pièces de la charpente d'origine. Il m'en reste en stock. Normalement, on ne perd rien, au pire les petites chutes finissent dans le poêle pour l'hiver. MOI : J'ai vu que tu avais des tuiles de verres, qu'est -ce que tu vas en faire ? Elles se recyclent ? RAPHAËL FOURQUEMIN: Le verre se recycle, mais moi le recyclage j'essaie d'éviter au maximum. Ce qui dit recyclage, dit dépense d'énergie. Transformation de la matière, donc dégradation de la matière, c'est obligatoire. C'est faux quand tu vois que pour l'aluminium s'est en recyclage infini. Ce n'est pas vrai ce n'est pas possible, physiquement ça ne marche pas. La conservation intégrale de la matière n'existe pas, donc le recyclage dans la mesure du possible j'évite. Là, comme il n’y a aucune de ces tuiles de verres cassées, elles ont toujours la possibilité de fonctionner en tant que tuiles de verre. Soit je trouve quelqu'un qui a besoin d'un stock de tuiles de verre pour un projet, soit moi je les utiliserais pour faire une serre par exemple. Mais elles resteront tuiles de verre. Neuf ça coûte 10€/pièce tout de même. Ça s'utilise plus trop mais ça continue à se vendre très cher mais parce que c'est un peu plus de 3kg de verre tassé sur chaque tuile. Ça fait un paquet de bouteilles. Je suis même pas sûr qu'elles puissent se recycler parce que tous les verres ne se recyclent pas. J'ai encore deux poteaux en fonte en attente de réemploi. Je ne sais pas trop comment, ni où les réemployer d'ailleurs. J’essaie de les revendre, le problème c'est que c'est des poteaux qui pèsent 500 kilos chacun et qu'on ne peut pas les retailler facilement vu que c'est de la fonte. Je pense laisser tomber l'idée de les revendre, mais je vais réfléchir à les ré-installer ici Pour les couvertines, on est dans la même idée que les fenêtres. Ce n'est pas de l'inox, mais de l'acier galvanisé, et en fait, ce sont des feuilles de tôles qu'on a sorti des carneaux de ventilations qu’ils y avaient dans le restaurant.On avait cette grosse unité de clim composée de carneaux de 2x 140
20m linéaires par 50x50 qui mesure à peu près 3 m chacun. On a aussi essayé de les revendre en état car ils étaient en très bon état. Ils sont inusables et isolés acoustiquement avec de la laine de verre dense de 3cm. On a jamais réussi a les vendre, donc plutôt que les balancer chez le ferrailleur on a pris la meuleuse et on les a débités en tôle et puis on les as utilisé pour faire tous nos pieds de murs et nos couvertines. Ce n'est pas du zinc, donc on peut supposer que la pérennité ne sera pas la même, malgré tout depuis les 5ans qu'ils sont en place ils ont pas bougé d'un iota. Alors on a fait attention, à chaque extrémité comme on a dû les découper à longueur, chaque extrémité on été passée au galvaniseur à froid, de manière à le protéger et que la rouille ne s'y mettent pas. A chaque fois, on pense aux détails qui vont bien pour que ça pérennise l'usage, mais de la même manière que le bardage, comme ça voit très peu la pluie ça ne devrait pas bouger beaucoup. En tout cas, là sur 5 ans y a absolument aucun changement depuis l'origine. MOI : Vous avez mis combien de temps pour faire le chantier en totalité ? RAPHAËL FOURQUEMIN: En tout 4 ans. On a commencé le 9 mars 2014, et on considère qu'on a terminé pour Noël 2018, avec toute la famille qui a pu se réunir pour fêter Noël. Après, dans le détail, il y a des choses que l'on a pas finit comme le béton brut de la serre. Mais au final j'en suis pas mécontent parce qu'on a une fille de 6 ans qui adore la peinture, donc là elle peut s'y coller parterre avec des grandes feuilles et en mettre partout ce n'est pas un souci. La maison est adaptée aux usages en temps et en heure comme ça. Les vitrages, ceux fixes de la serre, ils ne font pas les mêmes largeurs, et ça vient du bon coin. Le particulier avait plusieurs vitrages qui avaient des dimensions identiques au niveau de la hauteur, mais pas de la largeur donc on a composé avec. Les menuiseries, on les a toutes faites nous-même sur place, ce n'est pas du réemploi pour le coup. On a acheté un tronc d'arbre débité en planche et on a sorti toute la menuiserie de A à Z. Donc résultat ça nous a pas coûté très cher. Le prix, c’est celui du vitrage et du bois avec un peu de quincaillerie comme des pommelles pour les grosses charges. Une baie vitrée comme ça, ça vaut 5 000 € chez un professionnel, là on est sur du frêne donc c'est un joli bois, ce n'est pas du résineux. Comme les coulissant de la façade. Ça m'a coûté moins cher parce que je n'ai pas eu à payer la main d’œuvre aussi. Si on fait le calcul budget du projet, en gros, on a acheté le bâtiment 150 000 €. On a fait pour à peu près 100 000 € de travaux, sachant que dans les 100 000 € en réalité y en a 1/4 qui sont partit en salaire, parce que j'ai embauché des copains quand y avait des gros trucs à faire. Environ 10-15% sont uniquement pour les repas, sur 4 ans il y a eu un paquet de repas de chantier. Puis environ 20 000 € pour l'achat d'outillage, on avait rien du tout quand on est arrivé. Donc sur les 100 000 € de travaux, en réalité, y a des choses que tu peux sortir par rapport à un projet réalisé par des entreprises. Par contre si on se rapporte a mon temps passé et les copains bénévoles, le temps des copains qu'on a salariés pour certaines missions, en gros tu vas te retrouver pas loin du prix réel de la maison si tout avait été réalisé par une entreprise. En gros si elle avait était faite par une entreprise, il ne fallait pas compter moins de 350 000 €, parce que c'est un gros chantier. Au final 350 000 € c'est pas trop au regard de la qualité des matériaux de réemploi qui sont utilisés ici, c'est que des super bons matériaux. C'est vrai pour le câble, les prises électrique (marque MERLIN GERIN, elles sont indestructibles), les tableaux divisionnaires (MERLIN GERIN aussi) et en plus, ce sont des marques qui font des produits industriels donc reconnus et correspondant aux normes. 141
Donc c'est du matos de qualité et des trucs tout bête comme genre le bois de certaines menuiseries intérieures ou l'encadrement de porte c'est du bois de récupération. C'était des planches qui étaient utilisées pour faire du mobilier et les lambourdes qui portaient le plancher au rez-de-chaussée. C'est de l'exotique, je ne saurais pas dire l'essence exacte. C'est du bois de qualité. Donc a partir des lambourdes et du mobilier j'en ai fait des menuiseries. On a des menuiseries avec des qualités de bois encore une fois supérieur à la norme. Tout comme le plancher, c'est un mélange de chêne d'acacia et d'autres essences tel que du cèdre, du sapin, de l'exotique qui vient du bâtiment d'à côté (un escalier qui se démontait dont j'ai récupéré les poteaux et j'en ai fait des pavés) et du buis des montagnes. Ce n'est pas souvent ce genre de bois qu'on retrouve au plancher. Certes ce sont des petits carreaux, il y en a quelques-uns, mais tous les matériaux sont à l'avenant quoi. On a aussi récupéré le comptoir du restaurant à l'origine. On l'a redécoupé, certains plans sont partis dans la salle de bain pour faire les plans de vasques et une qu'on a gardé en comptoir ici. C'est ça qui est bien c'est que le comptoir du restaurant est resté comptoir il continue à raconter son histoire de comptoir. La cuisine, on la vraiment fait à la fin, et pour le coup, on l'a fait faire par une professionnelle. J'en avais un peu marre pour être honnête et je voulais que se soit bien propre. Les façades de cette cuisine sont faites avec le même acacia que le plancher. C'était un lot d'acacia brut que j'avais racheté à une scierie de Dordogne qui leur restait sur les bras. Il leur restait 1m cube d'acacia qui était théoriquement fait pour faire du chantier. Donc je leur ai racheté et je l’ai utilisé pour faire ça. Pour le plan de travail j'ai demandé à la menuisière qui nous a fait la cuisine de faire quelque chose de particulier. Je lui ai ramené toutes mes chutes de bois qui étaient propres, et je lui ai demandé de me faire un plan de travail avec tout ça. Chaque morceau de bois du plan de travail de la cuisine, tu vas le retrouver quelque part dans la maison, et donc je peux te raconter les bois de la maison juste en lisant le plan de travail. Ça c'est le sequoia pour les menuiseries de la façade, le frêne de la baie vitrée intérieure, un morceau de chevron en chêne d'origine qu'on avait déposé mais qui était propre et que j'avais raboté dégauchi, donc j'en ai utilisé une partie pour les petites menuiseries des petites fenêtre de la façade, du bois des lambourdes, donc du bâtiment d'origine, un morceau du cèdre qui a servit pour le plancher et aussi à faire les menuiseries intérieures de l'étage... Sur le plan économique, ce n'était pas du tout intéressant, car ça lui a demandé un temps de travail de malade, mais c'était le petit plaisir pour la finalité du chantier. En plus c'est assez stable, j'avais peur que ça travail beaucoup. Après j'aime bien le travail artisanale, surtout avec une patte comme ça. Après le réemploi se situe aussi autour des objets. L'escalier est d’origine puisque c'était celui du restaurant. On n’a pas fait grand chose mise a part le nettoyer et le repeindre. Le seul truc que l'on a fait et qui nous a pris 4 jours, et on remerciera la lubie d'architecte, à la base la dernière marche arrivait perpendiculaire au mur. En tant qu'architecte, je ne pouvais pas arriver face à un mur aveugle comme ça. On la donc fait pivoter d'une marche et demi, de manière à pouvoir ouvrir directement sur la serre à la dernière marche. Il a fallu le remonter de 6cm pour être au niveau. Quatre jours pour faire ça, c’est monstrueux, mais bon je suis content. On a aussi rajouté une rambarde, on l'a fait directement sur place avec des fers récupérés. Pour la sécurité. Le plancher de la salle de restaurant en façade, c'est celui-là qui repose à l'étage. On voit que ce n'est pas du neuf, c'est un plancher qui avait déjà travaillé, donc avec des raccords qui sont moins précis qu'un plancher neuf. A certains endroits, on aperçoit l'emplacement des clous d'origine qu'on a sortis. Forcément ça laisse une trace sur le bois, mais c'est microscopique. Un coup de pâte à bois et c'est bon, tu vois plus. 142
Les menuiseries sont toutes d'origine pour les portes pour le coup. On a récupéré le solivage du plancher d'un petit bâtiment, qu'on a démonté en formation chantier avec l'association, donc c'est du pin basique. Un coup de joli ponçage et tu chanfreines les angles et c'est bon on l'a transformé en étagères. Les menuiseries en cèdre (qui est sur la cuisine et le plancher) ce n'est pas complètement une réussite. On s'est un peu banané, parce que je l'ai récupéré, il n’était pas assez sec et résultat ça a bougé... Alors ça marche quand même, parce que la maison ne fonctionne pas sur le principe de l'étanchéité. Comme notre système de chauffage c'est un poêle de masse, ce n'est pas fait pour chauffer l'air mais pour rayonner en infrarouge. Donc la température au rez-de-chaussée en hiver est aux alentours de 19°c, en dessous des consignes de températures de salon qui sont censées être de 22°C.En réalité, ça ne se sent pas et étant donné que ce n'est pas un système de chauffage qui chauffe l'air on s'en fiche d'avoir une maison étanche, ce n'est pas nécessaire. Alors c'est effectivement un cas particulier, c'est par ce que c'est une rénovation. Dans du neuf c'est plus difficile de s'autoriser ce genre de pratique. Cependant, on a une consommation énergétique faible alors qu'on est sur des principes radicalement opposés à ce qui sont en court en vigueur aujourd'hui dans le bâtiment. La poutre de la chambre (violette) c'est la poutre d'origine de la charpente Tout le mobilier de la salle de bain est fait en ancienne solive de la maison même. MOI : Est-ce que vous pensez que ce genre de projet en matériaux de réemploi implique le fait de devoir l'entretenir toute sa vie, et plus qu'une maison neuve classique ? RAPHAËL FOURQUEMIN: Ce n'est pas lié au réemploi si j'ai des choses à modifier dans le temps, c'est lié à l'auto-construction. J'aurais fait tout avec des matériaux neuf, ça n'aurait pas fondamentalement changé la donne, parce que je suis auto-constructeur, mais pas professionnel du bâtiment artisanalement parlant. J'ai une formation d'architecte, je connais le bâtiment dans la théorie peu dans la pratique. Même si tu utilises les matériaux derniers cris tu n’es pas professionnel, tu n’as pas les gestes, le savoir-faire. C'est renforcé par le réemploi, parce qu'il y a de la matière transformée. Du réemploi fait par un artisan compétent, il n’y a aucune raison de s'inquiéter du résultat. Là où j'ai des points d'inquiétudes ce n'est même pas parce que c'est du réemploi, c'est plutôt parce que ce n’est pas la technique courante et que je fais de l'expérimentation. Je pousse certains matériaux à l'extrême alors qu’ils ne sont pas censés être fait pour ça. Je les teste. Sur la couverture, on a trié toutes les tuiles, pour ne garder que les meilleurs. Au bout de 5 ans, elle commence à être sales, mais elles sont en très bon état. La couverture, elle est bonne pour encore à minima 30 ans, je vais peut-être avoir une tuile à changer de temps à autre mais c'est tout. Les 30 prochaines années je ne me pose pas de questions. En plus c'est l'exemple parfait du réemploi "standard" ce n’est pas de l'expérimentation que je fais. Le "vrai" réemploi typiquement c'est ça. Y a zéro souci. La seule difficulté qu'on est eu, c'est qu'en fait, toute la couverture elle à était remaniée pleins de fois au cours de la vie de ce bâtiment qui a une centaine d'années d'existence. Le résultat, c'est qu'on a au moins 5 modèles de tuiles différentes. Ce n’est pas visibles directement, mais certaines ont des petits dessins, et d'autres ont des nez un peu plus travaillés, d'autres plats. C'est de la tuile standardisée, c'est-à-dire que c'est de la tuile mécanique. A l'origine, quand ça a été créé, il y a un seul modèle qui a été développé, avec des côtes précises. L'idée, c'était que les entreprises 143
utilisent toutes ce modèle là. Or, toutes les entreprises ont revisité le modèle et donc y a des petits décalages de quelques millimètres, c'est quasiment invisible, il faut mesurer pour savoir. Mais résultat quand tu veux mélanger les tuiles : c'est la galère. Parce que certaines s'assemblent bien et d'autres pour lesquels ça foire. Ça, c'est la difficulté du réemploi. MOI : En tant qu'architecte, vous pensez que le réemploi c'est une philosophie dans la construction ? RAPHAËL FOURQUEMIN: Non, ce n’est pas une philosophie, pour moi, c'est juste un principe de base. A mon sens, et j'ai bon espoir que ça arrive maintenant rapidement. Jusqu'au début du XX ème siècle c'était le principe de base de pratiquement l'intégralité de la construction. Et maintenant il faut juste qu'on revienne à ce principe de base. Le but ce n’est pas de se demander si c'est philosophique ou pas, c'est juste que l'on à pas d'autres alternative. MOI : Est ce que vous pensez qu'on doit le réemploi à l'associatif et aux actions locales et citoyennes de nos jours ? RAPHAËL FOURQUEMIN: Oui et non. L'associatif nous permet, de nos jours, à la déconstruction et au réemploi, de réémerger, aujourd'hui au niveau national. En commençant par le local, mais qui permet de le remettre sur le devant de la scène nationale voir international. Par contre, à titre personnel, ce n'est pas l'associatif, ni qui m'y a conduit, ni qui me l'a permit, ni qui me le permet aujourd'hui. C'est vraiment pour le coup mon histoire personnelle. Je n'aurais pas monté l'association IDRE avec les autres, je le pratiquerais quand même dans mon métier, la question ne se pose pas. MOI : et donc vous avez fait des projets pour des clients ? RAPHAËL FOURQUEMIN: Assez peu. Parce que l'association me prend énormément de temps, les 3/4 de mon temps, donc je fais peu de projet. J'essaie d'être cohérent globalement entre ma pensée et mes actions. Le résultat c'est que, ce n'est pas parce que je prône le réemploi que je vais chercher à faire que ça dans mes projets personnels. Ce que j'essaie le plus possible dans mes projets c'est certes de caser du réemploi, mais surtout des interventions les plus minimalistes. Si je pousse le réemploi à son max, en fait je laisserais tout tel quel. D'une part parce que c'est plus facile pour gérer les budgets, et la plupart des cas il n’y a pas grand chose à faire si tu acceptes d'avoir la même chose que tu as sous les yeux depuis 30 ans. Mais si c'est parce qu'IKEA t'as fait de la pub en évoquant que c'est le printemps et qu'il est temps de changer de cuisine et que d'un coup t'as une folle envie d'une cuisine toute neuve. Je ne vais pas aller à l'encontre, mais j'essaie d'orienter la réponse avec cette idée de frugalité et de réemploi. MOI : est-ce que vous pensez que le climat peut jouer un rôle dans le réemploi ?
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RAPHAËL FOURQUEMIN: Par intuition, je dirais oui. Le climat est impactant, pour compte je pense que c'est vraiment intéressant de se pencher sur la question. Sous des climats tropicaux, déjà la forme architecturale change profondément par la gestion du climat, on voit bien les maisons coloniales. D'autres parts, bêtement, je suppose que le taux d'humidité sous ses climats là doit impacter là durée de vie des matériaux. QUID du réemploi sur des choses qui sont a priori très ventilées. Construite avec du bois voire peut-être du bambou, qui est utilisable. Regarde le film "Hacer mucho con poco", qui pourrait peut-être nourrir ta réflexion sur le réemploi. Je maîtrise mal les matériaux tropicaux mais j'imagine que ça doit être impacté par le soleil, le vent et l'humidité. Après, ça dépend clairement du matériaux que tu réemplois, comme ici, un matériau de mauvaise qualité réemployé en métropole ça ne fonctionne pas, enfin sur peu de temps, j'imagine que ça doit être pareil pour un climat tropical. De plus, il y a un gros marché qui se crée aux USA, de vieux bois qui sont marqués par le climat, les intempéries, le soleil, creusé... Qui est dû d'un côté au développement de l'urbanisme en Chine et qui rase tous les villages anciens et de l'autre aux USA une capacité à revaloriser tout un tas de trucs. Donc les Américains rachètent tout ce bois venant de Chine pour une bouché de pain et le revendent une blinde comme « matériaux de luxe ». Donc là, on a encore une niche pour le réemploi, de luxe. Réemploi des riches.
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DISCUSSION AVEC MALEK DHABI – Septembre 2020 : Architecte localisé à la Réunion, maître de conférence à l’école nationale supérieure d’architecture de Montpellier, annexe de La Réunion. MOI : Je vous ai interviewé l'année dernière dans l'idée d'obtenir des informations pour démarrer le sujet du réemploi, et depuis j'ai eu plus de renseignements et j'ai enrichi mon propos. Je me concentre donc sur le rôle de l'architecte dans le processus de réemploi de matériaux de construction et pour l'ancrer dans la thématique de la réunion et du monde tropical, j'ai interrogé plusieurs architectes de l'île pour connaître les possibilités d'un futur ici. J'aurais aimé votre avis sur différentes questions, du fait que vous êtes un architecte, que l'on peut qualifier d'expérimenté et maître de conférence à l'école. Je suis vraiment tournée sur le réemploi des matériaux de construction et donc j'aurais voulu savoir pour débuter cette interview : est-ce que vous avez déjà travaillé avec le réemploi de matériau de construction ? À la Réunion, en métropole ou à l'étranger ?
MALEK DHABI: Jamais dans le passé, mais en ce moment oui, mais en métropole. Sur un projet de réhabilitation donc pas du neuf. Le neuf, c’est encore un autre sujet, mais c'est beaucoup plus facile à faire sur la réhabilitation parce qu’il y a déjà des circuits, des filières organisées, en tout cas en Métropole. Même s’il y a encore beaucoup de freins réglementaires. Aujourd'hui, c'est possible, car il y a des petits artisans sur des petits projets, donc qui n'ont pas besoin de beaucoup de ressources, donc c’est plus facile à trouver. Il y a toujours eu chez les artisans en métropole le réflexe de récupérer, comme des dalles en pierre, car ils savent qu'il y a une démolition en court, même si a l'époque il n'y avait pas de vraie filière organisée il y avait quand même le bouche à oreille qui marchait. Mais bon ça restait une niche. Très souvent, à l'époque, c’était pour des gens aisées, pour récupérer des beaux matériaux anciens. Là, on travail sur une petite réhabilitation d'un appartement, et effectivement on fonctionne en partie en réemploi, parce que malgré tout, on n’a pas réussi à trouver tout ce qu'on voulait et puis mais surtout la partie de notre travail était de réfléchir ... alors même si les filières ne sont pas mises en place, il y a une réelle réflexion, chez les architectes à mener : faciliter le réemploi de demain. Donc là, on fait dans ce projet, tous les travaux. Un peu de maçonnerie, donc on récupère des pierres de démolition et des briques de démolition, pour tout ce qui est cloisonnement et charpente on récupère assez peu de bois, mais un petit peu, et tout ce qui est neuf est toujours en bois. On aurait pu le faire en placo, ou autre, mais tout ça c'est jamais récupérable, il faut casser après. Tout est mis en œuvre pour que sa soit facilement démontable demain. Pas pour modifier mais, si jamais l'appartement est vendu, si on veut faire des modifications, tout ça est démontable, et prêt à repartir dans le circuit du réemploi. Il y a vraiment deux aspects dans le réemploi, au sens large. Après dans le marché privé, c'est très facile à faire, il faut juste un client qui est convaincu, qui prend sur lui toutes les responsabilités. En marché public, c'est plus compliqué, ça demande l'association du bureau de contrôle qui doit donner son aval, qui lui-même ne fera pas grand chose, ni le maître d'ouvrage, ni le maître d’œuvre tant que l'assurance ne s'est pas prononcée, savoir si elle 146
veut bien assurer le bien avec des matériaux de réemploi dedans. Les expériences sont assez faibles au final, peu nombreuses. MOI : J'avais cru comprendre que justement l'assurance attendait l'aval du bureau de contrôle pour pouvoir assurer ? Mais alors les deux attendent l'aval de l'autre ?
MALEK DHABI: Non, ce n’est pas qu’ils attendent l'aval, je me suis mal exprimé. Il y a un travail conjoint. C'est que je ne sais pas si t'as vu dans les vidéos du MOOC, ils expliquent bien que sur un bâtiment, je sais plus lequel, il y a dû avoir un travail entre le maître d’œuvre qui propose ses solutions de réemploi au bureau de contrôle, le bureau de contrôle qui commence à donner un avis, mais rentre dans la danse assez tôt l'assureur (qui dit oui mais ça je ne pourrais pas l'assurer, ça oui, mais sous certaines conditions) et puis ça fait des boucles, et ils se mettent d'accord sur une solution. Très souvent, il y a des choses qui ne se font pas dans le réemploi parce que, soit sa bloque dans ce circuit là, soit des fois parce que simplement, il n’y a pas assez de ressources.
MOI : Et donc là, sur votre projet, si j'ai bien compris, vous avez accès à des ressources car les artisans qui travaillent avec vous ont accès à des connaissances, à un réseau ?
MALEK DHABI: Oui, ils ont accès à un réseau qui est informel. Ce n'est pas une plateforme, ce n’est pas officiel. Ils nous disent juste "ça je sais où le trouver, ça non". Donc pour l'instant, on s'est appuyé sur eux mais ça concerne 1/3 des matériaux mis en œuvre. Pour le reste, on s'est attaché à faire que sa puisse être réemployable un jour, donc que du bois et des éléments facilement démontables, des petites sections c'était présent dans la réflexion. Donc c'est assez simple, c'est juste au niveau du prix, par exemple les cloisons en bois auraient coûtées moins cher de les faire en placo.
MOI : Si j'affirme le fait qu’à la Réunion, ce qui manque c'est peut-être le début d'un réseau d'infrastructures pour démonter et stocker, et ça se serait qui ou quoi ? Sous qu'elle forme ça pourrait impulser le mouvement du réemploi à la Réunion ?
MALEK DHABI: Je pense que ça ne peut être que des initiatives privées, relayées par les pouvoirs publics. C'est une initiative citoyenne, par exemple, toi, demain tu dis que tu veux monter une filière, et tu vas essayer de trouver des appuis au TCO. Il y a déjà sur le recyclage cette synergie, il y a des privés qui sont dans le recyclage et qui sont aidés par les communautés de communes. Je pense que le modèle du recyclage on peut l'avoir pour le réemploi. Après, à un moment il faut pouvoir stocker.
MOI : Et le système associatif ? 147
MALEK DHABI: Pour moi ça fait partie des initiatives privées, c'est bien mieux une association parce que t'es plusieurs personnes, donc c'est moins lourd à porter. Et puis une association a beaucoup plus de poids quand tu vas discuter avec des collectivités. le "Nous on y croit, on va faire quelque chose, nous aimerions organiser ça comme ça, on aimerait ça de votre part..." c'est plus convaincant. Là, il y a tout à faire à La Réunion, je n'ai pas entendu qu'il y avait déjà des amorces.
MOI : J'ai cherché beaucoup mais je n'ai rien trouvé non plus, à part quelques ressourceries pour des objets comme de l’électroménager, des meubles...
MALEK DHABI: Tu mets le doigt dessus. Je ne connais pas leurs statuts juridiques, mais peut-être que des prérogatives de ressourceries peuvent être étendu sur le matériau de construction. Il y a plusieurs formes de plateformes, elles peuvent être dématérialisées, c'est-à-dire juste quelqu'un qui met en connexion les gens. Toi, tu as à vendre des trucs, moi j'ai à acheter des trucs. On se met en contact comme le Bon Coin et je viens récupérer le matos chez toi. Ça peut être des plateformes, où toi tu viens déposer tes matériaux, moi je me balade, je vois les matériaux je dis que j'en ai besoin et je les achète. Pour l'instant je ne sais pas quel système est le plus efficace.
MOI : Je sais qu'il y a des choses qui se vendent sur le Bon Coin, mais ça reste quelques matériaux en particuliers des palettes, de la tôle, du ciment, parfois des parpaings. C'est des restes de chantier privé, j'ai l'impression.
MALEK DHABI: C'est vrai que ton domaine est large, ça peut être les restes de chantier, le fruit de démontage, les invendus. Chez Ravate par exemple, un invendu dont ils veulent se débarrasser, ils pourraient le mettre à moindre prix sur un site de ressourcerie pour le réemploi, avant que ça devienne une filière. Parce que si tu attends que la décision vienne d'en haut, ce qui serait une bonne idée, comme le TCO. Quelqu'un en interne qui dit « moi j'y crois et je veux bien qu'on développe la filière réemploi ». C'est comme les éclairs, ils ne vont pas du ciel jusqu'au sol comme ça, il y a toujours une amorce au sol. C'est peut-être parce qu'en haut, ils voient un réseau et que la connexion se fait parce qu'il y a une initiative citoyenne qu’ils essaient de travailler sur ça. En tant qu'architecte en tout cas, je n'ai jamais eu un marché public à La Réunion qui utilise du réemploi.
MOI : Je n'ai rien trouvé non plus à la Réunion et même en métropole ce sont des cas rare de la part d'association qui ont énormément de poids et qui ne sont plus des associations d’ailleurs, comme Bellastock depuis peu.
MALEK DHABI: Oui et encore avec les PV des menuiserie c'est difficile à remettre sur un projet mais ça peut être du carrelage. 148
MOI : Oui des matériaux qui ne vont pas travailler avec le temps, des matériaux inertes.
Après j'ai voulu m'approcher au niveau de la réglementation parce que je voulais inscrire ma réflexion dans une certaine réalité et dont celle de l'état français. Il y a une part très importante à l'heure actuelle pour qu'on puisse faire du réemploi, c'est la phase de déconstruction et que le matériau ne passe pas au statut de déchet. Sinon, ce n'est plus du réemploi, c'est de la réutilisation, c'est d'autres types d'assurance et de tests et c'est plus difficile.
MALEK DHABI: Il faut identifier la ressource avant pour pouvoir la sortir du circuit.
MOI : Il y a dans la loi un flou, qui m'intéresse, c'est la personne qui décide au moment de la déconstruction de ce qui est conservé, et de ce qui est à jeter. J’aimerais bien mettre le doigt sur : qu'est-ce que ce rôle, et qui est le plus amène à le jouer ?
MALEK DHABI: Globalement il y a vraiment deux acteurs principaux dans l'acte de construire : c'est le maître d'ouvrage et le maître d’œuvre. Après, plus le projet est gros, plus tu vas avoir des acteurs, autour de l'équipe de maîtrise d’œuvre, qui sont important dans toute la chaîne décisionnel. Mais à un moment, l'architecte à un poids énorme quand la démolition lui est donné. Par exemple tu gagnes le concours pour réhabiliter l'école d'architecture, est-ce que le maître d'ouvrage t'as donné dans ta mission la démolition et les démontages ? Si ça fait partie de ta mission, oui, effectivement l'architecte à un poids prépondérant, car il va dire ce que l’on va garder. Il a la force de proposition. Les architectes d’Encore Heureux évoquaient qu'ils avaient un gros boulot d'identification de la ressource, déjà sur chantier qu'ils avaient à réhabiliter. Donc la ressource qui est sur place, dont tu es maître, en tant qu'architecte, pour le coup. Mais y a des fois où tu interviens après et le maître d’ouvrage a décidé d'attribuer le marché de démolition à quelqu'un d'autre en dehors de l'opération. En marché public c'est assez rare, mais tu peux intervenir sur un bâti qui a déjà était bien transformé et tu n'as plus grand chose à démolir. Tu as quasiment une carcasse neuve. C'est vraiment après l'entente, comme pour tout le reste de l'acte de construire, c'est l'entente MOE - MOA qui est primordial. Parce que, si je suis MOE il faut que je convainque le MOA de faire du réemploi. Sauf s’il est déjà convaincu, tant mieux, mais à un moment l'architecte il a son rôle à jouer. Mais c'est exactement la même histoire que l'architecture bio-climatique à la Réunion. C'est parce qu'il y a des gens, c'était un peu dans l'air du temps depuis les années 2000, qu'il fallait arrêter de faire n'importe quoi à cause du climat. Évidemment des architectes se sont mis à parler de ça, et pour répondre à des concours, ils ont proposés des architectures bio-climatiques. Il y a eu une espèce d'amorce du côté des maître d'ouvrage qui était genre "ah ouai ce n’est pas idiot" et donc ça à matché. Il faut une conjoncture pour que les gens se rejoignent, si t'es trop en avance ou trop en retard ça ne marche pas. Donc les deux, qui ont une importance particulière dans le réemploi, mais après quelque chose qui leur échappe complètement mais sur lequel ils peuvent militer avec leur instance respective. Nous l'ordre des architectes et les syndicats pour les MOA. Ils ont une fédération des MOA publics, 149
donc ils sont confédérés. Ce sont ces instances qui peuvent pousser pour que le cadre normatif et réglementaire change. Parce qu'on peut être convaincu tous les deux du réemploi, mais si le cadre réglementaire n’évolue pas à côté on sera toujours limité. Tu as bien vu, les trucs qu'on ne peut pas ré-utiliser, etc... Il faut en parallèle faire évoluer le cadre réglementaire.
MOI : Après, je sais qu'en Janvier 2020, de nouveaux décrets ont été apposés à la loi sur la transition écologique et en rapport avec le réemploi, qui imposent au marché public d'avoir un certain pourcentage de réemploi dans leur projet. Mais réemploi de quoi ? Ça pourrait être du réemploi de n'importe quoi enfaîte. Il n’y a pas encore de cadre précis..
MALEK DHABI: Écoute, je ne l'ai pas vu encore ce truc là, mais à voir est-ce que c'est dans les marchés de travaux, parce que si c'est écrit "marché de travaux", c'est déjà pas mal, ou c'est écrit marché public ? Il faut que se soit préciser de travaux. Parce que le marché public c'est très large. Pour acheter des gobelets pour l'administration c'est un marché public. Donc ça peut être du réemploi d'objet, de mobilier. Ça invite à acheter du matériel d'occasion aussi. Ce n'est pas plus mal. Si tu t'attaches vraiment aux matériaux de construction, dont l'architecte à besoin pour faire son projet, il faut savoir si y a cette précision marché publique de travaux. Ça va donc inclure tous les extérieurs déjà, et puis le bâtiment lui-même évidemment.
MOI : Est-ce que je peux affirmer que pour vous, votre avis, l'architecte à un rôle à jouer dans le réemploi de matériaux de construction maintenant ?
MALEK DHABI: Complètement. Si toi, tu n’es pas convaincu, tu ne vas jamais convaincre ton maître d'ouvrage, et puis tu ne feras jamais trop d'efforts. Parce que tu as compris que le réemploi va demander à l'architecte une mission qui aujourd'hui n'existe pas. Qu'il faut arriver à se faire payer en plus, ou tu ne te fais pas payer. Parce que tu as des convictions, mais ça ne peut pas durer sur chaque projet. A un moment donné faut que tu sois payé, pour en faire un ou deux gratuit pour montrer tes convictions et que ça marche mais à un moment donné c'est plus possible. Il faut faire des carnets pour identifier des ressources, c'est un boulot à part entière c'est hyper long à faire. Quand tu es dans les réunions pour expliquer que tu vas réemployer ça et ça et consulter des bureaux d'études, de contrôle, ensuite les assurances. Il y a tout un circuit de documents à produire et de réunions à faire qui sont hyper importants, ce qui est chronophage. Ces missions ne sont pas cadrées par la loi aujourd'hui. Donc oui l'architecte a tout son rôle à jouer, mais pas tout seul, en relation avec le maître d'ouvrage. Si les deux sont convaincus, ils arriveront à faire bouger les choses. Si c'est seulement l'architecte de convaincu, tu vas galérer. Parce que le MOA s’il est convaincu, il peut lui-même négocier avec l'assureur et se permettre de dire "si vous n’assurez pas je trouve un autre assureur". Toi tu ne peux pas dire à l'assureur " vous ne voulez pas, on en prend un autre". L'assureur de l'ouvrage, qui est celui du MOA, sera convaincu si le MOA est convaincu. Et il peut convaincre aussi le bureau de contrôle qu'il paît. Dans le circuit le MOA va payer 3 150
personnes : l'architecte, les bureaux de contrôles et l'assurance. Donc si y en a un qui peut mettre de l'huile dans les rouages c'est bien le MOA. L'architecte en tout cas, se devrait d'être force de proposition, quoi qu'il advienne comme pour le bio-climatisme et autre.
MOI : est-ce que vous en tant que maître de conférence vous essayez d'évoquer le réemploi et de l'expliquer à vos élèves au sein de l'ENSAM ? Est-ce que ça vous ai déjà arrivé ? Est-ce que c'est quelque chose que vous avez envie de faire ?
MALEK DHABI: Si tu veux, clairement ça pourrait prendre sa place dans le cursus, pleinement. Tu me donnes une idée : dans le cours de transition environnementale, que l'on retrouve surtout en licence et en master 1, il y a pas mal d'heures, à peu près 25h/an. Je n'ai pas ce cours là, mais c'est effectivement une chose dont on peut parler en CFVE et que ça puisse être évoqué à l'école comme piste. En studio s'est compliqué parce que tu n’as pas la réelle ressource, et puis il n’y a pas de réel projet. Se serait que du réemploi fictif. C'est à réfléchir, je le fais à haute voix là, mais ça me semble pertinent. Vu que maintenant on a décidé que les S3, S5 et S7, la thématique de la réhabilitation allait être véritablement abordée en tant que telle dans leurs semestres. Donc le réemploie et la réhabilitation ensemble peut être une bonne porte d'entrée. Pas suffisante, parce qu'on ne peut pas aussi faire du réemploi sur du neuf. C'est le réemploi qui est un sujet récent, qui date depuis 1 an. C'est le premier enseignement que je connais. Je n'ai pas entendu que c'était enseigner ailleurs. C’est sûrement évoqué par pleins d'enseignants, mais comme ça au compte goutte. Là, concrètement, ce n’est pas une donné dans les studios que je fais qui est encore incorporée. Mais il faudrait réfléchir à comment ça peut se faire ? Si on fait un projet de médiathèque par exemple, si je dis aux étudiants envisager le sujet du réemploi, s’il n’y a pas une ressource en face.... avec quelle ressource on se base ?
MOI : Ça nous est arrivé au S8, on avait comme consigne d'utiliser des matériaux bio/géo-sourcés ou des matériaux de réemploi. Et c'est vrai qu'il y a eu des jolis projets en matériaux de réemploi, mais c'était fictif.
MALEK DHABI: Ce qui aurait été intéressant c'est de simuler la ressource. En créant un catalogue pour les étudiants, considérer que c'est en vente sur une quelconque plateforme, et qu'est ce que vous en faites dans votre projet ?
MOI : Vu que j'étais dans le mémoire et que j'avais déjà compris que c'était pas si facile le réemploi je m'en suis servi comme parti-pris pour ce projet en disant que comme les ressourceries n'existent pas encore à la Réunion, je préférais faire un projet facilement démontable dans le but d'être réemployé ou déplacé.
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MALEK DHABI: On ne peut pas vous reprocher de faire des projets non-réalisables en terme de matériaux de réemploi parce qu'il n’y a pas de source. Cet exercice est bien, car effectivement, c'est un peu comme ça dans la réalité. Tu vas partir d'un catalogue : soit parce que t'as des matériaux disponibles sur le bâtiment que tu réhabilites, soit parce que tu vas regarder sur Internet ou dans un magasin donc tu as un stock disponible. Je pense ça peut-être pertinent en disant "voilà, vous avez un catalogue, vous êtes pas obligé de tout utiliser" mais du coup ça aurait d'autres objectifs pédagogiques : comment je fais avec des matériaux limités ? Je ne vais pas l'inventer. Dans la réalité, dans les écueils qu'ils évoquaient, à un moment, tu peux avoir une idée pour réemployer des super trucs, mais tu ne les as pas. Il faut faire avec ce qui a, ça ne sert à rien de se projeter trop en avant et d'être plus terre à terre.
MOI : C'est une nouvelle manière aussi de concevoir le projet, parce qu'au lieu d'être dans la logique de faire le projet et d'ensuite prendre des matériaux, on centre le projet d'architecture sur le matériau. C'est une autre manière de faire de l'architecture.
MALEK DHABI: Tu as raison, je pense que l'exercice de projet, associé à un catalogue, je vais y penser. Il y a des choses sur place, d'autres sur Internet, et ça oblige à faire évoluer le projet. Le vice ultime serait de faire évoluer le catalogue en cours de route de la réflexion du projet des étudiants. Parce que c'est aussi ce qui se passe dans la vie, à la fin de ta phase de conception tu te rends compte que tel ou tel matériau sont finalement plus disponible et d'autres qui se sont rajouter, un peu plus "sympas". Se poser la question maintenant : comment je fais évoluer mon projet ? Parce que ça va être ça dans le boulot, ils le disent dans les films du MOOC. Ils ont de la ressource mais finalement ça se modifie. On ne parle pas du côté réglementaire, mais juste déjà la ressource qui fluctue tout le temps, ou alors il faut être capable de la bloquer et de l'acheter en amont. Aujourd'hui, c'est encore pas très compatible avec le marché public. Il faudrait que le MOA ait des stocks de matériaux qu’ il aurait mis comme ton grand-père dans son garage qui stock au cas où.
MOI : J'ai trouvé ça hyper intéressant le workshop que l’on à fait en septembre 2020 avec l’école. Dans ma tête ça me paraissait être une amorce à ce genre d'enseignement. On avait un stock limité, un seul matériau, en réemploi et on devait s'adapter à la demande du MOA et ce qu'on avait sur place. Pour moi, ça a raisonné comme une nouvelle preuve qu'on peut enseigner le réemploi. Parce que finalement, mon mémoire à la fin, se tourne beaucoup autour du fait que si le rôle de l'architecte est important, comment ça se passe dans sa formation pour qu'il ait les compétences et avoir un vrai poids dans la filière. Il y a aussi quelque chose, c'est qu'au niveau de l'aspect théorique, tout ce qui est réglementation du réemploi, si je n'avais pas fait ce mémoire, je ne l'aurais jamais su. Tous les aspects administratifs hyper compliqués, et ça m'a permit aussi d'apprendre plus sur des aspects du métier d'architecte que je ne connaissais pas même à travers mes stages.
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Est ce que ça ne serait pas quelque chose à prendre aussi dans l'enseignement ? Pour qu'on est un aspect plus "terre-à-terre" ? Pour qu'on puisse être capable de construire des exemples qui feront évoluer les lois. Est-ce que c'est un enseignement qui peut vraiment avoir sa place au sein de l'enseignement de l'école ? Le déroulé de la récupération à la mise en place sur un autre projet en passant par les tests les discussions avec qui, quoi, comment ? MALEK DHABI: Je pense deux choses : c'est que ça peut prendre vraiment sa place dans un cours théorique, notamment celui de transition environnementale qui a un gros volume d'heure vraiment. Mais je pense que de tout les enseignants je suis le seul à avoir fait le MOOC réemploi. Cela veut dire que la personne en charge de ce cours devra se former d'abord, connaître tout le cadre réglementaire. D'ailleurs ré-enseigner tout ce qu'on apprend dans le MOOC se serait déjà largement suffisant, et très pertinent. Après, on peut le faire dans l'exercice d'atelier, réintroduire cette notion à travers quelques exercices spécifiques. En studio il faut vraiment un catalogue à côté du projet pour simuler cette réalité qu'impose dans le processus de conception du réemploi, c'est-à-dire c'est le projet qui s'adapte autour du matériau. Là, ils existent, ils sont déjà fais, on ne va pas lancer une commande chez Mr Tecnal, on doit prendre les menuiseries qui nous ont été livrer. Ça peut faire l'objet d'un exercice, et même assez tôt, dès la deuxième année, le S3, puisqu'il est en partie sur la réhabilitation. Partir d'un bâtiment existant, sur lequel on peut prendre des ressources qui existent et chercher d'autres ailleurs. Mais ça peut très bien être décliné sur un bâtiment neuf toujours avec un catalogue. Comment j'incorpore X% de réemploi. MOI : Personnellement, jusqu'au master, mon processus de projet c'était de penser des intentions, ensuite faire le projet, et ensuite choisir les matériaux. Et le matériau n'était quasiment jamais une intention. Et le fait juste d'étudier ça, je pense que ça va influencer mes choix plus tard, par exemple ne serait que là pour mon pfe je me poserais plus rapidement la question du matériau, lesquels ? Pourquoi ? Voire cela pourrait être une vraie intention de projet. MALEK DHABI: Je pense que dans tout les cas le réemploi, ré-interroge le processus de conception. MOI : Il y a un mémoire dessus déjà qui est intéressant MALEK DHABI: Je pense que ça peut être bien d’en parler, que tu le cite en référence. Tu pourrais être d'accord ou non avec ce qu'elle fait mais surtout y apporter des précisions avec tes recherches à toi. Apporter ton regard critique, ou qu'il serve complètement à ton propos. MOI : Par contre, il y a évoqué quelque chose d'intéressant dans ce mémoire c'est quelque chose qui concerne tous les étudiants d'architecture, sans qu'on soit vraiment conscient, c'est l'histoire de la maquette, et du réemploi dans la maquette. Alors ça dépend des situations de chacun, mais je sais que beaucoup ont fait l'expérience comme moi de devoir "faire les poubelles", récupérer du carton là où je pouvais. Et c'est déjà une forme de réemploi. On sort du statut de déchet l'emballage de 153
céréales qu'on vient de mettre à la poubelle. Après, on avait dans notre école en métropole, l'ENSACF, un lieu de travail pour la maquette avec des outils et du matériau pour compléter. Ce qui fait que si on ramenait des choses, c'était stocké, pour servir à soi-même ou à d'autres élèves. Donc il y avait une grosse notion de partage aussi. Il y avait aussi des compétences à disposition puisqu'une personne était employée pour gérer cet atelier et faire en sorte que tout fonctionne et que tu puisses réussir à faire ta maquette à n’importe qu’elle échelle. Je pense que ce qui manque à l'ENSAM de la Réunion c'est peut être cet espace de maquette et de tests de matériaux. MALEK DHABI: Normalement c'est un espace prévu dans la nouvelle école, tu risques déjà d'être diplômé, mais l'école est dans l'expectative, dans le concret ce n'est pas encore réglé. MOI : c'est juste dans l'idée d'avoir un espace ensemble, avec quelques tables et du matos de découpe propre dans l'idée de mutualiser des matériaux, des outils et des connaissances. MALEK DHABI: Je peux que te conforter dans ton propos, un atelier maquette est un indispensable dans une école d'architecture. Relativement bien équipée avec un minimum de matériaux et d'outils à disposition. C'est aussi un travail de gestion, pour ne pas perdre trop de matériel, économiser les chutes et c'est des réflexes qu'on peut avoir dans la réflexion de projet par la suite. Ça renvoi à l'argent et l'économie de matière. MOI : Auriez-vous des informations, des compléments à ajouter ? Peut-être des points que je n'ai pas abordé ? MALEK DHABI: Tu m'as donné des idées pour intégrer le réemploi dans les ateliers de studio et puis je ferais remonter l'idée que le réemploi peut être intégré à des cours. Je ne sais pas si tu l'as évoqué, on remonte quelques décennies en arrière, mais le réemploi, c'était pour les riches parce qu'ils allaient chercher dans les démolitions. Par exemple dans le Sud de la France des "Barres" c'était des pierres très très lourdes, ou des tommettes, des revêtements qui revenait à la mode. Ça coûtait un bras d'aller démonter et transporter les tomettes, beaucoup plus cher qu'un carrelage façon tomettes à Leroy Merlin. Donc c'était un marché, une niche dédiée à ce qui avait un peu d'argent. Parce que la ressource n'est pas très grande, ni organisée. Ça reste quand même à la Réunion, le réemploi, l’apanage, la logique des pauvretés. Ça, tu peux en parler à Michel Watin. Quand tu vas dans un bidonville, c'est que du réemploi. Depuis deux siècles à la Réunion, quand ils sont sortis de la hutte et qu'ils ont voulu construire un petit peu en dure, c'était de la récupération de pierre à droite et à gauche donc du géo-sourcé. Ils n'avaient pas d'argent pour acheter donc ils essayaient de trouver des trucs pas chers. Le réemploi à la Réunion est plutôt la logique de pauvreté, de la kaz en tôle. Ton approche au final c'est :comment développer cette filière à la Réunion ? MOI : Oui, je me base sur les freins et les leviers évoqué par l'ADEME en 2016, et maintenant en 2020 y a des choses qui ont évolué en métropole, et là maintenant qu'a la Réunion y a tout à faire
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comment on peut mettre ça en place de manière intelligente pour que ça fonctionne ? J'étudie l'avis de plusieurs architectes pour voir tout simplement s’il y a des motivé. MALEK DHABI: A mon avis au début ça va intéresser qu'une poignée de motivés parce que ça demande beaucoup plus de travail pour l'instant, pas de missions prévues pour. C'est des choses à négocier donc convaincre le maître d'ouvrage pour qui te paît en plus pour cette mission là. Juste ça c'est une étape. Et puis là où t'as raison sur le long terme : la formation. MOI : J'aimerais bien inclure le fait que l'enseigner à l'école permettrait de faire en sorte que le réemploi soit un "réflexe constructif" comme un autre. MALEK DHABI: C’est comme pour le bio-climatisme. Il a fallu au moins dix ans, des exemples et beaucoup de discussions pour déjà avoir la RTADOM de 2012. Je dis 10 ans mais, le mouvement était déjà bien amorcé. Tout l’arsenal législatif arrive toujours avec un train de retard, donc il faut pendant ce temps là tenir. Et après maintenant c’est une obligation sur le marché public, que la qualité environnementale du bâtiment soit étudié et qu’on te demande de mettre des missions pour faire des simulations thermiques dynamiques, payer des maquettes pour la soufflerie. Et maintenant les MOA sont demandeurs. Ce qui fait que les architectes moyennement convaincus auront des obligations de réflexes. Et peut-être que plus tard le réflexe des architectes sera à la visite du site de projet voir ce qu’il y a sur place à récupérer et ce que propose la ressourcerie à côté.
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DISCUSSION AVEC ANTOINE PERRAU – Septembre 2020 : Architecte localisé à la Réunion, maître de conférence à l’école nationale supérieure d’architecture de Montpellier, annexe de La Réunion.
MOI : Mon mémoire traite du réemploi des matériaux de construction. Actuellement, mes recherches me font comprendre qu'au niveau de la réglementation c’est faisable en France.
ANTOINE PERRAU : Ce n'est pas parce qu'on te donne la possibilité réglementaire, que dans les faits tu vas pouvoir le faire.
MOI : D’accord, pourtant j'ai rencontré un architecte qui a créé son association autour du réemploi, et qui maintenant réalise des projets avec le réemploi de matériaux de construction. Le rencontrer m'a fait comprendre que c'est possible et il m'a expliqué beaucoup des démarches à faire.
ANTOINE PERRAU : c'est quoi comme type de projet ?
MOI: c'est des maisons individuelles.
ANTOINE PERRAU : Donc ça reste marginal. Sur les projets publics, et dès qu'il y a des bureaux de contrôle ce n’est pas réalisé. Il faut une association ou des partenaires qui te suivent, une zone de stockage, un bureau de contrôle prêt à se lancer et un maître d'ouvrage qui a du temps ! Il faut avoir le contexte. On essaie de mettre ça en place à La Réunion avec une ressourcerie parce que c'est vraiment la base. Dans tout ce qui est tri et recyclage aussi, parce que c'est a mettre en place automatiquement maintenant. Après ça, il faut avoir des garantis sur les matériaux que tu utilises, puisqu'en tant qu'architecte tu dois t'assurer que tu utilises des matériaux normés. Ce qui permet d'avoir des garantis biennales et décennales auxquelles ton client doit prétendre. C'est là que commencent "les problèmes" : comment obtenir des garantis sur des matériaux ou des produits qui ont dépassé leurs limites de garanti ? Ça veut dire qu'il faut refaire des tests, et il faut du temps et de l'argent pour ça. C'est un processus hyper chronophage. Le problème aujourd'hui, c’est quand un client quand te demande un projet on dit souvent qu'il demande que se soit "finit pour hier". Donc ce n'est pas impossible, mais le cadre fait qu'on met un tas d'obstacles pour que ce soit hyper compliqué. On n’a jamais de temps, jamais assez d'argent. Aujourd'hui on en est à déshabiller les projets parce qu'on n’arrive même plus à les sortir. Le béton a pris 20% depuis Janvier 2019, on sait même pas comment on va compenser ce surcoût, par exemple pour les logements sociaux où on construit tout le temps au même prix. 156
Effectivement, aujourd'hui, le réemploi est possible mais sur des projets très marginaux, très spécifiques, qui ont peu d'impact.
MOI : J’ai l’impression qu’en métropole ça commence à se développer et à être pris plus ou moins en considération, parce qu'il y a des associations et des collectifs d'architectes tels que Bellastock. À la Réunion il n'y a rien pour l'instant...
ANTOINE PERRAU : Même si on les avait, tu as vu tous les obstacles qu'il y a à passer. Aujourd'hui, j'ai jamais eu un client qui m'a dit que se serait intéressant de regarder du côté du réemploi aussi. La dynamique n'est pas lancée du côté des clients, ils ne sont pas informés et ils s'en fichent. Aujourd'hui, les plus gros constructeurs de l'île, c'est des bailleurs sociaux. Leurs objectifs c'est pas faire du logement social, c'est d'avoir des bilans positifs à la fin de l'année, et ils font du produit. Leur objectif c'est de faire du logement social rentable. Comment veux-tu, qu'avec d'un côté le béton qui augmente, et s’il n’y a pas des incitations fortes, une volonté politique et gouvernementale qui permet de simplifier et faciliter certains usages comme le réemploi ? Je trouve ça super, je serais le premier à vouloir mais aujourd'hui on nous met à toutes les étapes des bâtons dans les roues. Le truc qu'il faut, c'est récupérer des sanitaires, du mobilier, des sols. Mais avant ça, d'avoir un modèle économique à grande échelle et cela me paraît compliqué. Il faut une aide, par exemple : lorsqu'on a mis en place le photovoltaïque, l’État à mis en place des aides pour ça. Aujourd'hui si on veut faire du réemploi, on a droit à rien, au contraire ça va être plus compliqué, plus long et réglementairement plus difficile. C'est des obstacles qui faut lever, alors il faut commencer par des petits projets, pour passer ensuite à une échelle significative et supérieure. Même Rural Studio aux USA, tout leur projet ce sont des petites maisons individuelles. Si tu regardes par rapport à la production globale c'est minoritaire. Ce qu'il faut comprendre, c’est les obstacles, et ensuite trouver des solutions. Alors effectivement avoir des associations c'est très bien pour débuter, mais niveau réglementaire il faut vraiment assouplir la chose pour que ça puisse démarrer réellement. En fait ça fonctionne bien à l'heure actuelle si tu restes sur le stade du petit projet comme les maisons individuelles, où tu as beaucoup plus de liberté de normes. Le programme de ce genre de petit bâtiment personnel fait que le réemploi est possible. Sur un programme avec de l'accueil de public ou des programmes plus complets et professionnels c'est plus difficile parce qu'on nous impose des performances acoustiques et thermiques et on doit les justifier. Il faut peut-être commencer en ciblant des choses sur lesquels c'est relativement simple, en grande quantité.
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Le problème c'est qu’on se rendra compte que c'est aussi intéressant, aussi rentable de faire du réemploi que du neuf que lorsqu'on sera au pied du mur, malheureusement. À ce moment-là, il y aura des prises de conscience. Le problème c'est qu'il faut amorcer la pompe et ça coûte cher de stocker dans des structures ou des entrepôts.
MOI : Je me suis concentrée sur une partie de la loi qui définit que pour les études ressource et la déconstruction il faut un expert. Celui-ci a une définition floue, sans profession de base précise. Je me demande si le meilleur statut pour avoir ce rôle d'expert ne serait pas un architecte ?
ANTOINE PERRAU : Oui, mais ce qui va manquer à l'architecte c'est l'aspect technique, évaluer les risques et la validité des matériaux. C'est peut-être un collège d'expert qu'il faut à ce moment-là, parce que c'est rare de trouver les gens qui concentrent toutes les compétences. Donc effectivement peut -être que l’expert c'est des structures qui se mettent en place, qui regroupe différentes spécificités, chacun apportant son savoirfaire de sa profession de base. Derrière le réemploi, il y a une grosse responsabilité. Avec des matériaux qui sont normés mais pas tous de la même qualité, ce qui fait que ça peut être dangereux pour le bâtiment (notamment tout ce qui est électrique/électricité). Quand on déconstruit on ne sait pas forcément quelle qualité de produit on a (exemple les prises Legrand et les copies chinoises...). Il y a une part de responsabilité que l'on ne peut pas occulter. Pour trouver quelqu'un prêt à déconstruire, analyser, tester et remettre en place du matériel, il faut qu'il ai une garantie. Cette garantie ça veut dire que c'est la société ou l'expert qui va endosser ce rôle. En disant ça on peut le prendre, ça on ne peut pas le prendre. C'est hyper intéressant parce que c'est presque un nouveau métier qu'il faut inventer et qui va venir s’intercaler au niveau de l'étude ressource et de la déconstruction. Il va venir alimenter la ressourcerie en disant ça c'est tester, ça c'est bon, ça pas besoin de le tester, par exemple les matériaux inertes style carrelage qui nécessite juste un décapage. Un expert, ce n’est pas forcément une personne physique c'est peut-être une personne morale. La piste est peut-être là. UN NOUVEAU MÉTIER. Quelqu'un, ou un groupe de personnes, qui rassemblent toutes les compétences nécessaires pour assurer que ce qu'on va utiliser on donne toutes les garantis (c'est à dire équivalentes à du neuf). Par exemple ça marche sur les voitures, pourquoi ça ne marcherait pas sur les bâtiments ? Mais derrière, on redonne une garantie, et ça règle les problèmes d'assureurs. Ça fonctionne, mais les essais sont longs et chers... Aujourd'hui RIEN n'empêche réglementairement de le faire, mais les obstacles sont ailleurs : humain, économique, technique et temporel.
MOI : est-ce vous pensez que les architectes réunionnais seraient prêts à s'investir dans le réemploi ? Et est-ce que vous avez déja était sensibilisé à ça lors de votre parcours personnel et professionnel ?
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ANTOINE PERRAU : Non, j'ai grandi dans les 30 glorieuses, on savait même pas que la terre avait une fin. On n’avait pas cet état d'esprit là. Moi personnellement, j'ai demandé à mon bureau d'études environnementales de commencer à se rapprocher d'entreprises pour mettre en place des ressourceries à La Réunion. On essaie, et je me rend compte que ce n'est pas super simple parce que au-delà de ça, aujourd'hui pour réutiliser des matériaux, il faut compter sur des ressources relativement simples pour ne pas se confronter à tout les problèmes de réglementation. À St Pierre, FBCTP, ils ont un énorme site de stockage de déchets du BTP et il suffirait d'avoir la possibilité d'aller piocher.
MOI : d'ailleurs il n’y a pas de centre de recyclage ou de déchetterie spécialisée dans le BTP ?
ANTOINE PERRAU : Non, ici on n’a pas de structure comme ça. On réutilise juste le béton et le pneu. Le schiste de pneu pour les enrobés, des sols. Mais aujourd'hui quand tu fais du tri à la réunion, ça part au Bangladesh... Il vaut mieux mettre tout dans la poubelle noire pour qu'au moins ça soit traité à la réunion et que ça reste à la réunion et qu'on ne renvoi pas nos déchets ailleurs. Enfin c'est génial, y a tout à faire. Mais au final ce qui peut être bien, c'est d’en parler aux politiques.
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DISCUSSION AVEC NICOLAS PEYREBONNE - Octobre 2020 : Architecte localisé à la Réunion, maître de conférence à l’école nationale supérieure d’architecture de Montpellier, annexe de La Réunion. MOI : Est-ce que dans votre vie personnelle, votre éducation et dans votre vie professionnelle vous avez déjà fait face ou utiliser le réemploi d'une manière ou d'une autre ? NICOLAS PEYREBONNE : Le côté personnel peut en effet jouer sur l'architecture de chacun, il y a effectivement un lien. Ça me fait penser à Julien Chopin, un des associés d'Encore Heureux, qui se sont fait connaître pour leur projet de réemploi. Et donc lui, il raconte dans sa conférence, en conclusion, qu'il est petit-fils de paysan. Je pense que ce rapport en conclusion montre bien que c'est à la base de son engagement sur le réemploi. Je suis également petit-fils de paysan en fait. Quand on est à la campagne, tu gardes tout et tu réutilises. Tu gardes, tu consommes très peu, tu transformes, tu répares, et donc effectivement c'est assez culturel. Oui effectivement, j'ai appris à repriser les boutons et recoudre mes chaussettes et ça culturellement ça a était donné dans un cadre familial. Après, dans le monde professionnel, ça a changé parce que finalement ça, il a fallu le ré-apprendre en fait. Nous on ne nous l’a jamais enseigné. Jamais, dans ma formation initiale, j'ai vu du réemploi. Ce n'était pas du tout la question d'essayer de remployer les matériaux, c'était l'époque du tout béton. Ce n'était pas forcément un sujet d'actualité à l'époque. On était dans un monde dans lequel on pouvait consommer, et qui était un monde infini avec des ressources infinies et de l'énergie infinie. MOI : Autre question : vous, vous intervenez dans une formation d'architecte à l'ENSAM la Réunion, en tant que maître de conférence, est-ce que ça vous ait arrivé, ou est-ce que vous avez la volonté de parler de réemploi avec vos élèves ? Et comment vous le feriez ? NICOLAS PEYREBONNE : J'aimerais bien inviter un jour Encore Heureux qui travaillent beaucoup là-dessus et qui se sont fait connaître par rapport à ça. Ils sont mieux placés, parce qu'ils ont vraiment avancé là-dessus. Donc, dans le cadre d'une conférence, ça peut-être intéressant. Dans le cadre de la conférence de Julien Chopin sur la frugalité heureuse aussi. Ça on peut en parler nous, mais aussi vous orienter vers les personnes spécialisées sur ces questions là. Le seul souci, par rapport au réemploi, c'est à la fois une idée qui est très intéressante, mais qui reste assez virtuelle. Parce qu'au final, c'est vraiment un travail de ressource, d'inventaire et donc finalement c'est quelque chose de très concret. Ce n’est pas un concept le réemploi, t'as une opportunité de bâtiment à démolir, ou tu tombes sur un stock de mobilier et de portes, et c'est ça qui va te permettre de faire du projet. C'est un petit peu comme les limites de l'enseignement quand on parle d'architecture participative. Ce sont des projets de papier participatif. Ça ne veut rien dire. On est dans le virtuel, on veut faire un projet participatif, mais si t'es le seul à participer tu reviens à la position initiale de l'architecte un peu roi. C'est donc la limite aussi dans l'enseignement du réemploi, parce que l'on reste dans quelque chose d'assez virtuel. L'autre jour, j'ai essayé d'expliquer un peu comment ça fonctionne, avec un exemple réel et concret durant la conférence de la Raffinerie de Saint-Paul. MOI : Est-ce que vous seriez en position de faire un cours plutôt théorique sur la réglementation à ce moment là ? NICOLAS PEYREBONNE : C'est tellement au bon vouloir des contrôleurs techniques dans la réalité, à leur interprétations. 160
MOI : J'évoque plus dans la démarche : par exemple comment faire une bonne étude ressource ? NICOLAS PEYREBONNE : Dans la démarche oui, ça pourrait être possible effectivement. Dans ma conférence à la Raffinerie, j'explique ma démarche, pour vous montrer un peu les secrets. Après ce sont des démarches qui ne sont pas normées. Ce sont des choses qui s'inventent au fur et à mesure du projet. Il y a des structures similaires pour les projets quand même. Maintenant, en métropole t'as des négociants de matériaux déconstruit comme ROTOR. Qui se sont fait connaître, c'est un vrai réseau maintenant, et qui maintenant vendent des matériaux de réemploi comme dans un catalogue de matériau neuf de chez RAVATE. Avec les caractéristiques physiques et normatives de chaque pièce ou lot de pièces. On est vraiment dans le commerce, mais ça fonctionne très bien. Personnellement, je préfère des gens qui vendent ça que des matériaux neufs. MOI : Cela pourrait démarrer ? Ce genre d'entreprises à la Réunion ? NICOLAS PEYREBONNE : Cela pourrait démarrer de là, à la Réunion, parce que sinon on bricole. On bricole et on a beaucoup de perte en ligne. C’est beaucoup d'énergie qu’il faut, parce que ce sont des démarches pro-actives, tu n’es pas payé en tant qu'architecte pour ça. Tu fais ça parce que tu y crois. Mais tu ne peux pas faire que ça. Si on avait un négociant de matériaux à réemployés ce serait extraordinaire. C'est presque du militantisme que les architectes s'engagent dans le réemploi. C'est des gouttes d'eau, des projets manifestent. Des projets qui illustrent les problématiques. Au niveau du réemploi, ça peut aussi à aller à la consigne de bouteille. Pour recycler ces bouteilles, il faut les transporter, les casser les faire fondre pour les retransformer. Alors que les ramasseurs de DODO, qui permettraient juste de nettoyer les bouteilles et de les remplir à nouveau, d'un point de vue sanitaire y a zéro soucis. Mais ça fait moins marcher la machine économique, la machine industrielle avec le revers de médaille et la production d'énergie grises et la consommation d'énergie, production de Co²... Tout les problèmes. On peut parler de ça pour pleins de productions, comme pour les vêtements. MOI : A l'heure actuelle, vous avez eu un ou plusieurs projets où vous avez voulu, ou mit, en place du réemploi ? NICOLAS PEYREBONNE : Oui, on a un projet qui est en train de se construire à Mayotte, sur le réemploi. Je te le présente rapidement : Mayotte, on a un projet à Longoni, basé sur une belle histoire d'amitié avec Encore Heureux. On fait 50/50 sur ce projet. Donc un gros projet, celui du lycée des métiers du bâtiment. Le concept général : on fait un catalogue des différents modes constructif, pour montrer à échelle 1 les différents types et modes de construction possible à Mayotte. Ce projet est un projet avec l'objectif de ré-activer la filière BTC (brique en terre comprimée) à Mayotte, avec tous les avantages environnementaux et ré-activer un tissu économico-social complètement enterré depuis quelques années. Ce projet est une locomotive pour faire avancer les questions de réglementations qui ont été une des raisons pour lesquelles la BTC a été mise sous cloche, aussi par ce que c'était une image du passé. Surtout, comme il va y avoir beaucoup de BTC produite pour ce projet là, être une locomotive pour l'économie, et pour donner un marché assez important pour assurer que les entreprises auront du boulot. Ce projet est un oignon, avec plein de petits projets qui s'inscrivent autour. Il y a donc une permanence architecturale sur le site, avec les deux agences. L'objectif est de créer un lien avec l'utilisateur et aussi communiquer autour de ce projet, parce que ça va changer le territoire et le 161
village de Longoni. Pour adapter le programme du projet et que les habitants de Longoni même soit impliqués. Par exemple le fait de faire de la BTC a permis d'ouvrir dans le lycée une formation sur la BTC qui n'existait pas auparavant dans le programme, ce sont des anticipations. Le truc, c'est qu'on voulait créer un faré de projet directement sur place, un lieu qui perdure même après la livraison du chantier. Donc, petit saut à Sada, toujours à Mayotte. Alors là, on a participé à un concours, au nom de l'agence propre, plus avec Encore Heureux. C'est la nouvelle Mairie de Sada. Un projet classique. Les problèmes étaient que la mairie, déja existante, on a tout fait pour conserver cette mairie, elle a été faite par un architecte qui a beaucoup développer la technique de la BTC. Mais ce projet est un petit pavé de basalte et en bois. Et même si c'est des bâtiments n’étaient plus fonctionnels, du moins plus adapté à l'échelle de Sada, on a voulu les garder. Petit souci, la mairie, avant les élections, nous dit qu'il fallait montrer qu'on avançait dans le projet donc ils demandaient de démolir le bâtiment, en avance. Alors qu'on était encore en cours d'études... Petit problème de conscience, en plus je connais l'architecte... C'est quand même embêtant de le démolir. Et un matin ça fait tilt : pourquoi on ne réutiliserait pas la déconstruction plutôt que la démolition ? Vu qu'on a un autre projet à Mayotte, est-ce qu'on ne pourrait pas lier les deux ? Donc du coup, construisons le Faré de projet avec la déconstruction de la Mairie de Sada. Avec pour objectif sur ce Faré, on a besoin de la briqueterie, une presse pour le côté pédagogique pour avoir des permanences sur place. Première étape de la déconstruction : faire un inventaire. On prend le bâtiment, on commence à faire des repérages sur les bâtiments de la mairie et des écoles de Sada. On identifie tous les gisements existants sur ces bâtiments. On commence à lister, en particulier les portes, les fenêtres, les charpentes. On place ça par lot : gros-œuvre, charpente, étanchéité, menuiserie extérieures/intérieures... On va codifier et faire un inventaire de ce qu'on a de disponibles. On va aller de plus en plus dans le détail et on va essayer de repérer tous les matériaux qu'on pourrait réemployer dans le projet. On commence ensuite à faire des notifications, avec une page par pièce. Cet inventaire c'est ton matériel de bases, donc il faut qu'il soit très détaillé. Alors par rapport aux assurances et aux termes, on est dans un cas un peu particulier. D’un, parce qu'on est à Mayotte, avec beaucoup de lois inapplicables. On est dans un cadre un peu particulier parce qu'on a fait un permis précaire, officiellement ce bâtiment va être démoli. On est en zone agricole donc on n’a pas le droit de construire, donc il y a un cadre de lois fait à l'origine pour les logements témoins, on va l’utiliser. Avec ces matériaux, on va concevoir, on va piocher pendant l'étape de conception. Après tu as l'appel d'offre, c'est-à-dire, tu viens d'écrire par exemple on a besoin de six fermes de ce type là, en bon état, et en bonne qualité les clous et les vis enlever. On décrit concrètement les éléments qui doivent être déconstruit et enlevés. L'entreprise s'engage à les déconstruire, et on constate quand ils vont livrer l'état, on va bien pointer qu'ils ont bien récupéré ces éléments et qu'ils sont en bon état. On a le droit de les refuser s’ils sont en mauvais état. Si ils les ont mal déconstruit. Donc ensuite, on commence à stocker les éléments. Et l'étape du transport et du stockage est importante. Sur la question du transport, l'entreprise est encore responsable des matériaux. Pour le stockage, c'est une difficulté qu'on rencontre, parce qu'il y a ce facteur inconnu qui est le temps, entre la déconstruction de la mairie et la construction du Faré. Ce sont deux projets parallèles, donc on ne pouvait pas directement alimenter le projet. Il a fallu trouver un endroit de stockage, là il nous a était fourni par la DEAL. Le problème du réemploi, que l'on rencontre assez fréquemment c'est celui du vol. Donc c'est un gros souci. Par exemple sur la mairie, quand on a commencé à démolir, tous les agents 162
municipaux, et les gens du village se sont servis. Donc y avait pleins de ressources que nous avions prévus de récupérer, qui ont disparus dans la nuit. Le bâtiment à été complètement dépouillé dès les premières nuits. C'était assez impressionnant. On a l'impression qu’on ré-invente le monde mais le réemploi c'est quelque chose qui se fait depuis toujours de manière simple et informel. En tout cas à Mayotte ça va vite. Déconstruire un bâtiment ça sert, ce n'est pas perdu pour tout le monde. Tant mieux d'ailleurs. Du coup on a eu des histoires de vols pendant le chantier de déconstruction . On a du ré-adapter le projet en fonction des ressources qu'on avait disponibles. Et il faudra qu'on le refasse, parce qu'on a de nouveau eu des vols sur la zone de stockage, en particulier des grosses panes en bois. Maintenant, on va commencer le chantier. Il y a une entreprise Mahoraise qui s'est alliée avec un collectif d’architecture DALLAS, qui a répondu à notre appel d'offre. C'est un collectif habitué à faire des opérations coup de poing, et qui débarquent à une dizaine et ils vont donc construire le bâtiment. L'inauguration est le 12 décembre 2020. Chaque fois, le chantier est aussi l'occasion d'avoir des événements, toujours dans l'idée de l'éducation et l'information et que le chantier ne soit pas un univers complètement fermé. C'est justement l'occasion de communiquer et de créer du lien social plutôt que de le fermer. Pour une prise de conscience et changer les mentalités sur la manière de percevoir les matériaux et les constructions. Historiquement s’il y avait bien un endroit où on sait faire du réemploi, réparer les choses c'est bien la Réunion ! Loin du monde, sur une île, la ressource, elle était chère. Quand tu pètes une kaz kreol, je te jure que le bois de fer personne ne le met à la poubelle. MOI : Est-ce que vous pensez que ça peut avoir une influence sur le réemploi le fit que l'on soit dans un climat tropical à la Réunion, avec des matériaux locaux particuliers ? NICOLAS PEYREBONNE : Tu peux peut-être penser à l'oxydation et tout ça, mais c'est plus lié à des problèmes de qualités des matériaux produits aujourd'hui. J'ai un exemple : quand je suis arrivé sur Saint-Pierre, il y avait une kaz créole qu'ils avaient démoli, ils l'avaient mise à nu. Tu avais la première kaz de base, avec une charpente en bois de fer qui était niquel, la première extension donc beaucoup plus récente qui était à moitié abîmée, et la troisième extension encore plus récente elle était toute pleine de termites. Alors je ne veux pas dire que tous les matériaux récents sont pourris ce n'est pas vrai, mais globalement on est sur des matériaux neufs qui sont fait pour être périssables, des denrées consommables. Donc c'est aussi la qualité des matériaux qui jouent beaucoup au niveau du réemploi. Surtout à la Réunion, puisqu'on a peu de ressource naturelles pour construire et qu'on importe tout. Donc qu'est-ce qu'on a importé ? Il y aussi le côté milieu marin qui est difficile, avec la corrosion du sel de mer qui est hyper agressif avec le métal et compagnie. On est souvent en bord de mer. MOI : Qu'est-ce qui manque selon vous à la Réunion pour qu'il y est un déclic au niveau du réemploi ? NICOLAS PEYREBONNE : Je pense que l'idéal, serait qui est une vraie filière de déconstruction en plus et que nous on puisse aller piocher dedans. Là, il a fallu qu'on est 2 projets parallèles, en même temps, et que tout le monde soit d'accord aussi, parce que c'est plus cher de déconstruire que de démolir. Il faut y aller avec plus de soins, plus de temps, ça demande du temps de vérifier, s’il y avait à un moment donné une vraie filière de déconstruction et qu'on pourrait aller voir ce que l'on peut récupérer se serait extraordinaire.
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MOI : On m'a dit que construire en réemploi ne coûtait pas moins cher que de construire neuf, parce que le financement ne va pas aux mêmes personnes tout simplement, c'est vrai ça pour vous ? NICOLAS PEYREBONNE : Oui globalement, après je pense que ça coûte moins cher si tu prends pas en compte le temps de l'architecte et que tu le considères comme gratuit. C'est ce qui se passe à l'heure actuelle, dans la réalité tu passes énormément d'énergie pour une goutte d'eau dans un océan, mais c'est un pour les règles du jeu, pour que de nouvelles filières se développent avec leurs modes de constructions. Tu ne fais pas des économies sur les matériaux, enfin pas tant que ça, ça revient un peu au même. Si tu ne comptes pas le temps des gens, ça revient moins cher. Ça deviendrait réellement moins cher si c'était moins chronophage et si y avait des structures misent en place. Et la zone de stockage c'est important : ça coûte cher de stocker, c'est de la surface et il faut louer ou acheter cette surface.
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EXEMPLE DE TABLEAU POUR RÉALISER UN DIAGNOSTIC RESSOURCE : Document, fourni par Raphaël Fourquemin
Illustration 71: Exemple d’un tableau pour réaliser un diagnostic ressource de matériaux de réemploi © Raphaël Fourquemin
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LES DIFFÉRENTS REGISTRES DU RÉEMPLOI : Grille d’étude récapitulative : les différents registres du réemploi dans la construction ©Léa Soulat
Illustration 72: Les différents registres impactés par le réemploi dans la construction ©Léa Soulat
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TABLE DES ILLUSTRATIONS
Illustration 1: Formation des continents de déchets plastiques dans l'océan pacifique. Source : Marine Debris Program ©MarineDebisProgram...............................................................................14 Illustration 2: Schéma du système linéaire de la production à partir de blé ©Léa Soulat.................26 Illustration 3: Schéma du système linéaire de la production à partir de pétrole ©Léa Soulat..........27 Illustration 4: Extrait du livre Matière Grise, du Collectif Encore Heureux, éd. Pavillon de l'Arsenal, paru en 2014 ©Encore Heureux.........................................................................................28 Illustration 5: Schéma de l'économie circulaire par l'ADEME ©ADEME.......................................30 Illustration 6: Organigramme du réemploi, par le collectif d'architectes Bellastock ©Bellastock. . .32 Illustration 7: Photographie d'une affiche du XVIIème siècle, article par J. Bozon ©Le journal de saine et Loire......................................................................................................................................33 Illustration 8: Photographie du "d’égrenage" d'une maison créole réunionnaise, située rue Marius à Saint Pierre ©Antoine Perrau.............................................................................................................34 Illustration 9: Photographie du "d’égrenage" d'une maison créole réunionnaise, située rue Marius à Saint Pierre ©Antoine Perrau.............................................................................................................34 Illustration 10: Représentation du projet de la Filature Le Blan à Lille, paru dans le magazine AA Architecture, Réhabilitation des Grands Ensembles, 1977 ©Reichen & Robert...............................35 Illustration 11: Photographie de la Grande Halle de Paris la Villette ©Reichen & Robert...............36 Illustration 12: Photographie de M. Reynolds devant sa première "earthship" construite en boîte d'aluminium recyclées, en 1972, dans le désert de Taos au Nouveau-Mexique ©Build Green.........38 Illustration 13: Photographie exemple d'un chantier d'une "earthship" avec des pneus comme matériau réemployé ©Build Green.....................................................................................................38 Illustration 14: Photographie de M. Reynolds devant une "earthship" plus récente, construite avec plus de matériaux recyclés que les précédentes ©Build Green..........................................................38 Illustration 15: Photographie où aparaissent Samuel (dit Sambo) Mockbee (1944-2001) et D.K Ruth (1944-2009), les co-fondateurs de Rural Studio........................................................................39 Illustration 16: Photographie de la Music Man House, construite en 2003 par des étudiants de deuxième année..................................................................................................................................39 Illustration 17: Photographie de la Music Man House, construite en 2003 par des étudiants de deuxième année..................................................................................................................................39 Illustration 18: Photographie de la Glass Chapelle, construite à partir de pare-brise de voitures, en 2000 par des étudiants de 5ème années, pour la communauté...........................................................39 Illustration 19: Photographie des portes démontées pour être réemployées en façade du Pavillon circulaire au Pavillon de l’Arsenal, Paris, exposition Matières Grises, Encore Heureux architectes © Pavillon de l’Arsenal..........................................................................................................................43 Illustration 20: Photographie du Pavillon circulaire au Pavillon de l’Arsenal, Paris, exposition matière grise, Encore Heureux architectes © Pavillon de l’Arsenal..................................................43 Illustration 21: Photographie de la façade, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat............................................................................................................51 Illustration 22: Extrait du permis de construire, notice de projet, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Raphaël Fourquemin..............................................53 Illustration 23: Extrait du permis de construire, plan rez-de-chaussé de l’ancien restaurant, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Raphaël Fourquemin................54 Illustration 24: Extrait du permis de construire, plan rez-de-chaussé du nouveau projet, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Raphaël Fourquemin................54
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Illustration 25: Extrait du permis de construire, plan 1er étage de l’ancien restaurant, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Raphaël Fourquemin................55 Illustration 26: Extrait du permis de construire, plan 1er étage du nouveau projet, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Raphaël Fourquemin................55 Illustration 27: Extrait du permis de construire, coupe de l’ancien restaurant, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Raphaël Fourquemin.........................................56 Illustration 28: Extrait du permis de construire, coupe du nouveau projet, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Raphaël Fourquemin..............................................56 Illustration 29: Photographie retouchée de la façade, maison individuelle de R. Fourquemin, centreville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat...............................................................................................58 Illustration 30: Photographie retouchée des fenêtres de la façade Sud, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat..............................................................59 Illustration 31: Photographie retouchée, les couvertines, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat....................................................................................60 Illustration 32: Photographie retouchée des poteaux en fontes, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat..............................................................61 Illustration 33: Photographie retouchée, les IPN, maison individuelle de R. Fourquemin, centreville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat...............................................................................................62 Illustration 34: Photographie retouchée de la façade, maison individuelle de R. Fourquemin, centreville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat...............................................................................................63 Illustration 35: Photographie retouchée de la façade, maison individuelle de R. Fourquemin, centreville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat...............................................................................................64 Illustration 36: Photographie retouchée de la cuisine, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat....................................................................................65 Illustration 37: Photographie retouchée de l’escalier, maison individuelle de R. Fourquemin, centreville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat...............................................................................................66 Illustration 38: Photographie retouchée du parquet de l’étage, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat..............................................................67 Illustration 39: Photographie retouchée de l’étagère, maison individuelle de R. Fourquemin, centreville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat...............................................................................................67 Illustration 40: Photographie des menuiseries des chambres, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat..............................................................68 Illustration 41: Photographie retouchée de la couverture en tuiles, maison individuelle de R. Fourquemin, centre-ville de Pau, juillet 2020 © Léa Soulat..............................................................69 Illustration 42: Visuel extérieur du projet Justice par Bellastock © Bellastock................................72 Illustration 43: Visuel extérieur du projet Justice par Bellastock © Bellastock................................72 Illustration 44: Visuel intérieur du projet Justice par Bellastock © Bellastock.................................72 Illustration 45: Photographie du projets Justice par Bellastock, ©Bellastock..................................73 Illustration 46: Photographie du projets Justice par Bellastock, ©Bellastock..................................73 Illustration 47: Photographie du projets Justice par Bellastock, ©Bellastock..................................74 Illustration 48: Photographie du projets Justice par Bellastock, ©Bellastock..................................74 Illustration 49: Photographie du projets Justice par Bellastock, ©Bellastock..................................75 Illustration 50: Photographie du projets Justice par Bellastock, Chantier en cours 2020 ©Bellastock ............................................................................................................................................................76 Illustration 51: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saintt-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte...................................................................................77 Illustration 52: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte....................................................................................77
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Illustration 53: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte....................................................................................78 Illustration 54: Visuel du projet de la Mairie de Sada, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie St-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..............................79 Illustration 55: La Mairie de Sada actuelle, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie St-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte...........................................79 Illustration 56: Extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie St-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..............................................................................................80 Illustration 57: Exemple d'inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..................................81 Illustration 58: Exemple d'inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..................................81 Illustration 59: Exemple d'inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..................................82 Illustration 60: Exemple d'inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..................................82 Illustration 61: Extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte....................................................................................83 Illustration 62: Idée de conception basée sur l’inventaire, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..............83 Illustration 63: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte....................................................................................84 Illustration 64: Photographie du chantier de déconstruction, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..............85 Illustration 65: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte....................................................................................85 Illustration 66: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte....................................................................................86 Illustration 67: La zone de stockage, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..................................86 Illustration 68: La zone de stockage, extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte..................................87 Illustration 69: extrait du support de la conférence tenu par Nicolas Peyrebonne, pour la Raffinerie de Saint-Paul, octobre 2020 © Co-Architecte....................................................................................88 Illustration 70: Schéma récapitulatif de la mise en place du meilleur processus pour faire un projet de réemploi de matériaux de construction en France en 2020 © Léa Soulat...................................113 Illustration 71: Exemple d’un tableau pour réaliser un diagnostic ressource de matériaux de réemploi © Raphaël Fourquemin.....................................................................................................162 Illustration 72: Les différents registres impactés par le réemploi dans la construction ©Léa Soulat ..........................................................................................................................................................163
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170
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- CORNEC René, MIR Catherine, pour le Ministère de la transition écologique et solidaire, Gestion des déchets sur l’île de la Réunion, rapport n°012231-01, Juillet 2018, 92 pages. Document publié par la CGEDD ; disponibles sur https://cgedd.documentation.developpement-durable.gouv.fr/documents/Affaires-0010919/01223101_rapport-publie.pdf;jsessionid=EA502CD594DFBA446862DEC57E1FD926 [consultée le 10.11.20]
- HAEUSLER Laurence, SAIDI BOROUJENI, sous la coordination de MATHERY Christian, pour l’ADEME, L’économie circulaire, déchets et chiffres-clés, Décembre 2017, 95 pages. Édité par l’ADEME. Document publié par l’ADEME
- JOLLY Cécile, DOUILLARD Pierre, pour France Stratégie, L’économie circulaire, combien d’empois ?, La note d’analyse, n°46, Avril 2016, 8 pages. Disponible en ligne sur https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/ na46_economie_circulaire_07042016_finale-web.pdf [consultée le 10.11.20]
- MOOC, sous la direction de l’ICEB, Le réemploi matière à bâtir, Séquence 1 : l’état de l’art.
Module 1 : M. MOINET, Définitions réemploi, réutilisation, et recyclage
Module 2 : F. AUGER, Le réemploi dans l’histoire
Module 3 : P-E. DAVIER, contemporaine
Module 4 : A. DUVIVIER, Le réemploi aujourd’hui : état de l’art
Les raisons du renouveau du réemploi dans la période
Séquence 2: La filière du réemploi :
Module 1 : M. SERIEIS, Une ressource pléthorique
Module 2 : M. SERIEIS, Les enjeu de la massification des pratiques
Module 3 : L. GENTAUD, La vision des acteurs de la construction sur le réemploi
Module 4 : A. ROYER, La faisabilité du réemploi
Matériel théorique fourni par les professeurs et maîtres de conférences Malek Dhabi et Antoine Perrau de l’ENSAM annexe de la Réunion. 171
- RDC Environment, éco BTP et I Care & Consult (COPPENS Mélanie, JAYR Emmanuel, BURRE-ESPAGNOU Marion et NEVEUX Guillaume), Identification des freins et des leviers au réemploi de produits et matériaux de construction – Synthèse – Avril 2016, 149 pages. Cet ouvrage est disponible en ligne www.ademe.fr/mediatheque [page consultée le 01.06.20]
Article de périodique
- BOZON Johan, Comment l’abbaye est tombée, Le Journal de Saine-et-Loire, 2013, disponible sur https://www.lejsl.com/edition-de-macon/2013/12/05/comment-l-abbaye-est-tombee [consulté le 10.11.20] - DESHAYES Philippe, Le secteur du bâtiment face aux enjeux du développement durable : logiques d’innovation et/ou problématiques du changement. INNOVATIONS, 2012, n°37, pages 219 à 236. Disponible sur https://www.cairn.info/revue-innovations-2012-1-page-219.htm [consulté le 10.11.20]
Mémoire, rapport de stage
- AMSING Tatiana, Le réemploi, mutation du cerveau de l’architecte ?, Mémoire de Master d’Architecture, ENSAP Lille, 140 pages, disponible sur https://issuu.com/tatianaamsing/docs/me__moire_d_initiation_a___la_reche [consulté le 04.10.20]
- CHIRON Félix, Le réemploi dans la construction : une perspective pour une architecture soucieuse des enjeux environnementaux, Mémoire de Master d’Architecture, ENSA Nantes, 92 pages.
- DE GUILLEBON Marie, Vers une pratique du réemploi en architecture. Expérimentations, outils, approches, Thèse dirigée par Anne Coste, professeure HDR, ENSA Grenoble, préparée au sein du Laboratoire Cultures Constructives – AE&CC / ENSAG
- DRAPEAU L., Réemploi:comment le réemploi se développe-t-il au-delà des architectures manifestes, Mémoire de Master d’Architecture, ENSA Nantes, en 2017, 103 pages. Disponible sur : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01625270 [page consultée le 01.06.20]
172
- SERVOIS G., Déchets, réemploi, recyclage : la déconstruction, nouvelle responsabilité de l’architecte ? ENSAPL, 128 pages, disponible sur https://issuu.com/guillaumeservoise/docs/memoire_pour_mention [consulté le 04.10.20]
Site web
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Fichier en ligne
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175
TABLE DES MATIÈRES
AVANT – PROPOS............................................................................................10 LES DÉFINITIONS UTILES...........................................................................11 LEXIQUE...........................................................................................................12 INTRODUCTION.............................................................................................14 STRUCTURATION DU MÉMOIRE :............................................................20
CHAPITRE I – ÉTAT DE L’ART : L’ARCHITECTURE PAR LE RÉEMPLOI.......................................................................................................23
A – Le réemploi, une stratégie économique en évolution.........................................................23 1 – Le déchet, matière première au réemploi :.........................................................................23 2 – Le système économique linéaire, une solution actuelle à requestionner :.........................25 3 – Le système économique circulaire, une solution à développer :........................................29
B – Le réemploi comme solution constructive ancestrale, sous l’influence de l’ère industrielle....................................................................................................................................33 1 – Un réflexe constructif ancré dans l’architecture avant l’ère industrielle...........................33 2 – Aujourd’hui, un retour progressif au réemploi :................................................................37
C – En 2020, qu’en est-il du réemploi en France ?...................................................................42 1 – Réglementairement c’est possible, mais…........................................................................42 2 - Techniquement c’est possible, mais…................................................................................50 La maison de Raphaël Fourquemin, le manifeste d’un architecte............................................51 Le projet Crèche Justice : un exercice rodé pour le collectif Bellastock..................................72 Encore Heureux et Co-Architectes : Une opportunité de projet en réemploi à Mayotte..........77
176
D - Synthèse et questionnement : une conclusion sur une approche métropolitaine pour amorcer l’étude de cas réunionnaise :........................................................................................92 1 – Synthèse.............................................................................................................................92 2 – Problématique :..................................................................................................................94 Quel est le rôle de l’architecte, dans la filière du réemploi de matériaux de construction, en France ?..............................................................94 La Réunion, peut-elle s’inscrire dans cette démarche et débuter une filière ?.....................94 3 – Bibliographie du Chapitre I :.............................................................................................96
CHAPITRE II – MÉTHODOLOGIE : PROCESSUS D’ENQUÊTE SUR LES FREINS ET LES LEVIERS AU RÉEMPLOI DANS LE DOMAINE DE L’ARCHITECTURE................................................................................102
A – Des projets d’architecture en réemploi concrets sur des territoires disparates............102 1 – Introduction......................................................................................................................102 2 – Deux études de cas métropolitaines.................................................................................104 3 – Un projet sur l’île de Mayotte..........................................................................................104 4 – Synthèse : deux territoires qui mettent le réemploi en pratique.......................................105
B – Avis de spécialistes de la construction sur les possibilités d’une méthode constructive déconsidérée...............................................................................................................................106 1 – Discussions avec des professionnels exerçant en métropole...........................................106 2 – Discussions avec des architectes et des maîtres de conférences exerçant à La Réunion. 106 3 – Synthèse : une mise en place du réemploi sous diverses approches dans le métier de l’architecte...............................................................................................................................107
C – Constat de l’enquête vers un nouveau questionnement : des étapes essentielles au réemploi inexistantes à la Réunion...........................................................................................108
177
CHAPITRE III – DES DYSFONCTIONNEMENTS QUI RETARDENT LE TERRITOIRE RÉUNIONNAIS..............................................................110
A - Le meilleur processus de réalisation un projet en réemploi, en France en 2020, pourraitil être un exemple pour la Réunion ?........................................................................................110
B - Quels sont les freins qui empêchent l’avenir du réemploi à la Réunion ?......................115 1 – Où est la ressource ?.........................................................................................................116 2 – Comment gérer le stockage ?...........................................................................................117 3 – Une évolution de la filière de la déconstruction ?............................................................118
C - La déconstruction dans le processus de réalisation d’un projet en réemploi : le rôle primordial de l’expert du diagnostic ressource ?....................................................................120 1 – L’expert du diagnostic ressource :quelles sont ses missions ?.........................................120 2 – La responsabilité des architectes dans le rôle de l’expert ?.............................................121 3 – La responsabilité des bureaux d’étude et des artisans dans le rôle de l’expert ?.............122 4 – Une nouvelle formation propre au réemploi dans l’architecture ?...................................123
CONCLUSION GÉNÉRALE.........................................................................125 ANNEXES........................................................................................................128 Discussion avec Raphaël FOURQUEMIN / Le réemploi – Juillet 2020......................131 Discussion avec Raphaël FOURQUEMIN / L’étude de cas – Août 2020.....................138 Discussion avec Malek DHABI – Septembre 2020 :....................................................146 Discussion avec Antoine PERRAU – Septembre 2020 :...............................................156 Discussion avec Nicolas PEYREBONNE - Octobre 2020 :.........................................160 Exemple de tableau pour réaliser un diagnostic ressource :..........................................165 Les différents registres du réemploi dans la construction :..........................................166
178
TABLE DES ILLUSTRATIONS...................................................................167 BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE...................................................................170 ABSTRACT.....................................................................................................180 EN RÉSUMÉ...................................................................................................181
179
ABSTRACT
To observe, to select, to analyse, to design, to argue, to reflect, to persuade, to communicate, to test, to convey, to store, to build. To understand reuse means to understand the value of our waste, which stems from the beauty of the objects we produce. To understand reuse means to understand how it fits into the philosophy of sustainable development and the circular economy. To understand reuse in construction means to understand the multitude of possibilities that a material offers despite its past. To understand reuse in construction means to understand analysing its place in a territory. To understand reuse in construction is to feel the investment of its actors and their impacts on tomorrow’s architecture. To understand reuse in construction is to share one’s knowledge and skills with others.
180
EN RÉSUMÉ
Observer, sélectionner, analyser, concevoir, argumenter, réfléchir, persuader, communiquer, tester, acheminer, stocker, construire. Comprendre le réemploi, c’est comprendre la valeur de nos déchets, qui découle de la beauté des objets que l’on produit. Comprendre le réemploi, c’est comprendre son inscription dans la philosophie du développement durable et de l’économie circulaire. Comprendre le réemploi dans la construction, c’est comprendre les multitudes de possibilités qu’offre un matériau malgré son passé. Comprendre le réemploi dans la construction, c’est analyser son inscription dans son territoire. Comprendre le réemploi dans la construction, c’est ressentir l’investissement de ses acteurs et leurs impacts sur l’architecture de demain. Comprendre le réemploi dans la construction, c’est partager ses connaissances et ses compétences avec autrui.
181