L’Archipel d’Entraide, organisme à but non lucratif, vient en aide à des personnes qui, à un moment donné de leur existence, sont exclues du marché du travail ou vivent en marge de la société. Ces laissés pour compte cumulent di érentes problématiques: santé mentale, itinérance, toxicomanie, pauvreté, etc. Dans la foulée des moyens mis en place pour améliorer le sort des plus défavorisés, l’Archipel d’Entraide lance, en 1995, le magazine de rue La Quête. Par dé nition, un journal de rue est destiné à la vente – sur la rue! – par des personnes en di culté, notamment des sans-abri. La Quête permet ainsi aux camelots de reprendre con ance en leurs capacités, de réaliser qu’à titre de travailleurs autonomes ils peuvent assumer des responsabilités, améliorer leur quotidien, socialiser, bref, reprendre un certain pouvoir sur leur vie.
L’Archipel d’Entraide, composée d’une équipe d’intervenants expérimentés, o re également des services d’accompagnement communautaire et d’hébergement de dépannage et de soutien dans la recherche d’un logement par le biais de son service Accroche-Toit.
Depuis sa création, La Quête a redonné l’espoir à quelques centaines de camelots.
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Faites-nous parvenir votre texte (500 mots maximum) avant le 1er du mois pour parution dans l’édition suivante. La thématique de juillet-août : Locataires de la terre
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Les camelots font 2 $ de pro t sur chaque exemplaire vendu. Autonomes, ils travaillent selon leur propre horaire et dans leur quartier.
Pour plus d’informations, communiquez avec Francine Chatigny au 418 649-9145 poste 109
Nous vous encourageons fortement à acheter La Quête directement à un camelot. Toutefois, si aucun d’eux ne dessert votre quartier, vous pouvez vous abonner et ainsi nous aider à maintenir la publication de l’unique magazine de rue de Québec.
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Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI) Financé par le gouvernement du Canada
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Œuvre de Yacinthe Couture
Conception graphique: Megan Martel et Helen Samson
ÉDITEUR
Archipel d’Entraide
ÉDITEUR PARRAIN
Claude Cossette
RÉDACTRICE EN CHEF
Francine Chatigny
DIRECTRICE DE L’INFORMATION
Valérie Gaudreau
SECRÉTAIRE DE RÉDACTION
Isabelle Noël
CHRONIQUEUR.SE.S
Philippe Bouchard, Maurane Bourgouin, Martine Corrivault, Claude Cossette et Denys Lortie
JOURNALISTES
Gabrielle Cantin, Nicolas Fournier-Boisvert, Alexandre Gilbert, Stéphanie Grimard, Maria Juneau, Magnolia Komsky, Mélodie Langevin, Gabrielle Pichette et Manon Prat
AUTEUR.E.S
Julie Bellemare, Blue bird, Martine Blais, Gaétan Duval, Nancy Goulet, Lisa Goyette, Armand Labbé, Renée Perron, Bernard St-Onge et Jade Valronne
AUTEUR DU JEU
Jacques Carl Morin
PHOTOGRAPHE
Alexandre Gilbert
BÉDÉISTE
Martine Lacroix
RÉVISEUR.E
Benoit Arsenault et Marie-Hélène Gélinas
INFOGRAPHISTES
Megan Martel et Helen Samson
IMPRIMEUR
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COPYLEFT
La Quête, Québec, Canada, 2014
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LE DEUIL
Expérience universelle s’il en est une, chaque deuil est néanmoins unique. Il nous a ige dans nos vies personnelle et professionnelle et provoque une panoplie d’émotions prévisibles… ou non.
De l’intervenant en colère de ne pas avoir obtenu de réponse, à la députée qui fait voter une loi pour reconnaître le deuil périnatal, des organismes qui travaillent à éviter que des gens meurent dans la plus grande indi érence, à
ceux qui accompagnent les enfants dans le deuil, des rites funéraires d’ailleurs à ceux d’ici qui s’adaptent à de nouvelles réalités, ce numéro invite à ré échir à cette incontournable réalité. Et démontre que la philosophie — et la poésie — peut être une voie pour l’apprivoiser.
Bonne lecture,
FRANCINE CHATIGNY
À LA UNE : ŒUVRE DE YACINTHE COUTURE
TECHNIQUE : FROTTEMENT. BRONZE SUR FOND NOIR.
Frottement du bas-relief d’une reproduction de la dalle funéraire de William de Setvans (1278-1322). La dalle, d’une longueur de 74 pouces, représente le personnage couché dans sa tombe. Ce frottement, au brass rubbing, a été réalisé dans une église de Saint-Jean Nouveau-Brunswick pendant qu’un organiste pratiquait la Toccata et Fugue en ré mineur de Bach.
Le frottement consiste à étirer un papier de chi on de lin sur le tombeau et à frotter vigoureusement avec une cire très dure la surface de papier pour obtenir une copie exacte de la plaque de laiton. Le papier peut facilement déchirer en raison des arêtes et de l’usure du laiton. Pour réaliser cette œuvre, Yacinthe Couture a passé plusieurs heures assises à frotter le tombeau et a dû tout recommencer à zéro à quelques reprises parce que le papier déchirait. Cette technique nécessite beaucoup de patience.
NOS EXCUSES MAURANE
Depuis octobre dernier, Maurane Bourgouin signe la chronique Quoi de neuf la nature ?
Cette biologiste et écologiste spécialisée en bryologie (étude des mousses) partage avec générosité ses connaissances pointues sur l’environnement et l’interaction entre les êtres vivants, et nous en sommes ravis.
Mais, mais, mais, mais, je ne sais pour quelle raison, je massacre son nom à presque chaque édition. Je suis vraiment désolée, Maurane. Espérant que cet aveu public aura pour e et d’ancrer à tout jamais le nom Bourgouin dans mon cerveau.
FRANCINE CHATIGNY
Cossette
NOUS SAVONS TOUS MOURIR
Un jour, j’avais cinq ans, ma mère reçoit un appel téléphonique qui dure et qui dure. Je tends l’oreille et je comprends que ma jeune cousine vient d’être broyée par une auto sous les yeux de ma tante. Ma mère raccroche et, en larmes, annonce : « C’est la Mort. Diane a eu un accident ». La Mort qui annonce elle-même le décès de Diane ? C’est épeurant. Au cours des jours suivants, je comprends que c’est le voisin, Henri Lamarre, qui téléphonait la nouvelle. Ça a été la première fois que la Faucheuse me posait question.
LA MORT QUI RÔDE
Depuis le décès de Diane, la mort me fascine. Elle ne me fait pas peur, elle, m’intrigue, me captive. Je voudrais savoir ce qui se produit exactement au moment où elle survient. Je sais, le cœur arrête de battre, l’activité cérébrale cesse. Mais qu’advient-il à ce que plusieurs appellent « l’âme »? Voilà la question.
La mort embête les humains. Elle est le lieu d’une interrogation sans réponse. De tout temps, les philosophes se penchent sur cette question et chacun, parfois même un enfant, se retrouve un jour cogitant sur cet événement.
J’ai consulté le catalogue Les Libraires.ca. Il recense plus de 4692 titres contenant le mot « mort », allant de La mort n’existe pas de Stéphane Allix (ésotérisme) à Les morts ont la parole de Philippe Boxho (médecine légale) ou à Ce que la vie doit à la mort de Boucar Diouf (piété liale).
Dans la trentaine j’ai lu mon premier livre sur le sujet, La Mort… et puis après ? de Marc Oraison, un médecin et un prêtre. Après, je me suis attaqué à un gros bouquin L’Homme devant la mort de l’ethnohistorien Philippe Ariès. Puis, j’ai tâté Les derniers instants de la vie, le best-seller de l’ésotérique psychiatre Elisabeth Kübler-Ross — sans compter des dizaines d’autres que j’ai lus. Même après toutes ces lectures, je ne sais pas ce qui se produit quand on passe le pas.
Les chrétiens répètent les mots de Paul de Tarse : « Mort, où est ta victoire? ». Comme lui, les croyants veulent se convaincre que la mort n’est qu’un passage vers un monde meilleur. Or, il faut une bonne dose de crédulité pour se persuader que l’on peut gagner le ciel à mourir. Comme le rappelle Michel Onfray : « La philosophie, l’art et la religion existent parce que la mort oblige les hommes à inventer des parades pour ne pas avoir à trembler d’e roi devant elle ». Pourtant, il n’y a pas là matière à s’inquiéter, car, explique-t-il, « la mort ne concerne ni les vivants pour lesquels elle n’est pas ni les morts pour qui elle n’est plus ; la mort elle-même, nous ne la rencontrons jamais ».
LA MORT QUI FRAPPE
On dit de la mort qu’elle « frappe ». C’est un événement frappant, en e et. C’est toujours une éventualité qui abasourdit, qu’elle touche un proche, une personne de la génération précédente, un personnage public ou même un inconnu emporté par une catastrophe.
Chacun sait intellectuellement que la mort peut survenir à tout moment, mais, un jour, elle se manifeste par un signe : un organe qui joue de plus en plus mal son rôle. Une tache cancéreuse. Une telle éventualité est plus probable à mesure qu’on prend de l’âge. Quand la mort est annoncée à brève échéance, même prévue de longue date, c’est un coup à encaisser pour la personne concernée et pour les plus proches. Et la vie perd de son sens s’il s’agit de son enfant.
Pourtant, la plupart des gens réussissent à survivre. Comment y arrivent-ils ? C’est la vie elle-même qui les pousse vers l’avenir alors que chacun essaie de vivre malgré ce qui a changé en jouant le rôle du survivant.
Sans compter que, alors qu’elle était vivante, les qualités de la personne décédée étaient estompées par la vie quotidienne. Disparue, elle apparaît subitement comme précieuse, pleine de qualités, produisant un immense manque chez les proches qui lui survivent.
Comment combler ce vide? Il n’existe pas de façon, car chaque individu est unique. Pour adoucir cette vacuité, il y a la chaleur humaine, la solidarité. Les amis. Quand les amis sont peu nombreux, on peut miser, sous prétexte de prendre un café ou une bière, sur l’oreille d’un voisin, d’une connaissance.
Reste une recette e cace contre l’angoisse : s’activer. Je l’ai testée. Elle fonctionne. Travailler de ses mains ou s’attaquer à un problème intellectuel monopolise tant de matière grise qu’il n’en reste plus pour traiter l’angoisse. Il est en e et impossible de faire quelque chose le moindrement absorbant et, en même temps, de resasser son malheur.
ÉPILOGUE
Le philosophe André Comte-Sponville : « Apprendre à mourir ? A quoi bon, puisqu’on est certain d’y parvenir ! Apprendre à vivre, voilà la grande a aire! ».
Le poète Louis Aragon : « Je vais te dire un grand secret : il est plus facile de mourir que d’aimer ».
CLAUDE COSSETTE
QUI A TUÉ SÉBASTIEN « LÉVESQUÉ » ?
La paix advient en se souvenant que seul l’Amour est réel.
Nous sommes au pays des Acadiens et des Acadiennes. À notre droite, la grande baie Sainte-Marie s’o re à nous. La radio fait jouer M. Banjo de Jacques Surette. Côté passager, Jackie m’amuse avec son faux accent acadien. Je découvre une nouvelle identité chez mon amoureuse. En faisant dé ler son l d’actualité, elle s’exclame de son québécois naturel :
« Tabarnak, quelqu’un s’est fait tuer par la police devant l’hôpital Enfant-Jésus ! ».
Sébastien Lévesque
« JUSTICE ET FAITS DIVERS »
Nous lisons les grands titres.
« DERNIÈRE HEURE À QUÉBEC
— Un homme atteint par balles, lors d’une intervention policière »
« Un homme en crise meurt après une intervention policière près d’un hôpital »
« Un homme abattu lors d’une intervention policière à Québec »
« [PHOTOS] Limoilou : l’homme en crise neutralisé par le SPVQ succombe à ses blessures »
« L’homme “neutralisé” par la police devant l’hôpital de l’Enfant-Jésus est mort »
Retenons le discours o ciel.
« Avec ce comportement-là et le fait qu’il était armé d’une arme blanche,
les policiers ont dû prendre l’action et neutraliser la menace. […] Pour le moyen employé, ça fait partie de l’enquête », a expliqué Marie-Pier Rivard, porte-parole du SPVQ.
Dans le but de donner un peu de sens à ce qui se passe.
Sur les photos des di érents médias, nous comprenons que l’événement s’est déroulé à l’arrêt d’autobus du RTC « 1295 — H. Enfant-Jésus », à 91 mètres de l’urgence de l’Enfant-Jésus, et des ambulanciers. On aperçoit également un sac à dos noir. Nous savons également qu’une enquête au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI-230727-001) a été enclenchée.
LA DÉTONATION
De retour de vacances depuis trois jours, un ancien collègue me retrouve à mon bureau et me dit : « J’suis pas censé te dire ça, mais le gars qui s’est fait tuer à l’hôpital, c’est Sébastien ».
PRÉLUDE — LES FOUS
CRIENT TOUJOURS AU SE-
COURS !
Certains d’entre vous ont peut-être eu la chance de rencontrer Sébastien ou de lui acheter La Quête. Si vous avez acheté un magazine entre 2008 et 2021, le long de la rue Saint-Joseph, il est possible que ce soit à lui. Il avait de longs cheveux bruns et des yeux en amande assortis. Un long visage, plutôt maigre. Généralement, je l’entendais parler d’une voix douce, quasi inaudible. En raison de ses hallucinations, il arrivait que l’on ne partage pas une compréhension de la réalité.
QUI ENTEND LES FOUS ?
Les spécialistes de la santé mentale ne s’entendaient pas avec les spécialistes en toxicomanie : est-ce le trouble d’usage des substances qui
induit les symptômes psychotiques ? À moins que ce soit les symptômes psychotiques qui induisent l’abus de substance (voir automédication) ? Malheureusement, le protocole médical aura été moins e cace pour Sébastien que le protocole policier : il se situait, armé d’une arme blanche, à moins de 21 pieds d’un policier et représentait un risque pour les autres.
LA SUITE DE L’ENQUÊTE
L’Enquête du bureau des a aires indépendantes a débuté le 27 juillet 2023.
Le 4 février 2024, le BEI dépose son rapport au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).
« JACKIE, J’ÉTAIS SÛR QUE C’ÉTAIT LUI ! LES MÊMES YEUX, J’TE L’JURE ! »
Sébastien est disparu. Depuis quelques mois à l’Archipel d’Entraide, nous recevons périodiquement du courrier adressé au nom de Feu-Sébastien Lévesque. Malgré que nous savons qu’il est décédé, qu’il ne reviendra pas, nous continuons à le rechercher dans la rue. Les hommes n quarantaine, dont la couette est encore brun foncé, ou ceux dont le visage est allongé et les yeux en amande, me rappellent celui que nous ne reverrons plus. Celui qui est disparu de notre quotidien, sans qu’on nous explique, qu’on nous raconte, qu’on nous console. Vous qui avez le devoir de nous protéger et le pouvoir de nous tuer, vous devriez avoir le courage de nous rencontrer et de nous expliquer.
NICOLAS FOURNIER-BOISVERT INTERVENANT À L’ARCHIPEL D’ENTRAIDE
Le 13 janvier 2024, un documentaire est diffusé sur les réseaux sociaux. Il fait le récit du décès de quatre personnes en situation d’itinérance, ayant eu lieu à Québec. Source : Sophie Ducas, 13 janvier 2024. Mémo. Voir Code QR https://vimeo.com/902581574. Le récit de Sébastien y est présenté. « Des mots n’auraient-ils pas suffi ? »
Photo: La Quête
UNE AMORCE DE RECONNAISSANCE
Le deuil périnatal se dé nit comme la perte d’un bébé durant la grossesse, pendant l’accouchement ou la première année de sa vie. Chaque année, plus de 23 000 familles sont touchées par cette réalité au Québec. La députée libérale Désirée McGraw a présenté en février dernier un projet de loi visant à faire du 15 octobre la Journée québécoise de sensibilisation au deuil périnatal. Elle a d’ailleurs elle-même traversé cette épreuve. La Quête est allée à sa rencontre.
S.G. — Avant de parler du projet de loi comme tel, j’aimerais vous demander qu’est-ce qui caractérise le deuil périnatal, en quoi estce qu’il di ère des autres types de deuils que l’on peut vivre?
D.M. — Évidemment, chaque personne vit son expérience différemment. C’est un deuil compliqué, ce n’est pas comme perdre un enfant qui a vécu — ce qui est insupportable bien sûr —, mais dans ce cas c’est di érent parce que tu n’as pas nécessairement l’appui de la communauté. Pour certaines personnes ce n’est pas une réalité, mais c’est tout de même la perte d’un espoir. Il y a quand même des e ets durables. Ça peut durer toute une vie. Ça reste un peu tabou, donc il faut déstigmatiser le deuil périnatal, pour que les per-
sonnes qui le vivent se sentent moins seules.
S.G. — Quels genres de sentiments sont associés à cette expérience?
D.M. — Souvent la mère va sentir un grand sentiment de culpabilité. Lorsque le bébé est décédé dans ton corps, tu ne peux blâmer personne d’autre que toi-même. Donc ça peut avoir des impacts très intenses. C’est pour ça que ça prend du soutien, psychologique entre autres. Dans mon cas j’ai eu accès à des ressources privées, mais ce que je veux voir, c’est que ce soutien soit accessible à tous, peu importe où tu vis au Québec. Le 15 octobre, c’est un début, mais il y a beaucoup d’autres étapes pour vraiment faire en sorte qu’on mette en place des mesures concrètes pour appuyer les familles.
S.G. — Qu’est-ce qui est o ert actuellement comme services pour accompagner les gens qui vivent cette réalité du deuil périnatal?
faire un deuil. Il faudrait aussi qu’il y ait plus d’études, plus de recherche sur les causes et les conséquences. On a besoin aussi de plus de formation pour les médecins et les in rmières.
S.G. — En quoi consiste la loi que vous avez fait adopter à l’Assemblée nationale?
D.M. — La loi dit que le 15 octobre devient la Journée québécoise de sensibilisation au deuil périnatal. C’est déjà le cas dans d’autres provinces et ailleurs dans le monde. L’idée c’est d’en parler, de reconnaître le deuil périnatal comme une réalité. Ça peut aussi aider les gens de l’entourage à mieux réagir auprès des familles. C’est un vrai deuil, c’est un décès, c’est une vraie perte. Tu dis « allô » et « au revoir » dans le même instant. C’est tout un espoir qui disparaît. Ça ne doit pas être banalisé, ou même nié. C’est ça qui complexi e ce genre de deuil.
S.G. — Et le fait que la loi ait été adoptée à l’unanimité, qu’est-ce que ça nous dit à propos de notre démocratie?
C’est un vrai deuil, c’est un décès, c’est une vraie perte. Tu dis « allô » et « au revoir » dans le même instant.
D.M. — C’est vraiment très inégal. Selon l’hôpital, les ressources vont être très di érentes. Certains vont donner un pamphlet pour expliquer les ressources disponibles, mais ce ne sont pas toujours des spécialistes qui sont recommandés. Il y a aussi des groupes de parents pour parler de leur expérience. Il existe des congés, mais seulement pour les mères. Pour le père, aucun congé. Ni pour les femmes qui perdent leur bébé avant vingt semaines. Comme ça peut avoir de gros impacts sur la santé mentale, il faudrait donner aux gens le temps pour se remettre — même si on ne se remet jamais à 100 — pour
D.M. — Je pense que le fait que ça a été adopté unanimement, et proposé par un membre de l’opposition, ce qui est très rare, ça dit beaucoup. Ce n’est pas un enjeu partisan, c’est très humain comme question. Ça me donne espoir. Les gens voient beaucoup le con it à l’Assemblée nationale, mais pour moi les moments forts c’est quand on est unis, quand tout le monde parle d’une seule voix. Ça arrive, et ça m’encourage. Je suis très reconnaissante envers mes collègues d’avoir adopté ce qu’on appelle la « loi de Catherine » [le nom de l’enfant qu’elle a perdu].
STÉPHANIE GRIMARD
PASSER ENTRE LES MAILLES DU FILET
Quand quelqu’un décède sans proches pour honorer sa mémoire, son nom allonge la liste des corps non réclamés du Bureau du coroner. Parmi eux, on retrouve Delphine Savoie, 83 ans, John Krugger, 85 ans, Rodolphe Blaha, 84 ans, et Evelyne Le Guluche, 87 ans. Leur point commun : l’âge. Face à la montée de l’isolement chez les aînés, des organisations comme l’Albatros et l’Institut sur le vieillissement et la participation sociale des aînés (IVPSA) proposent des solutions pour mieux entourer ceux dont le cercle social s’e rite au l des années.
L’organisme l’Albatros combat l’isolement chez les aînés en proposant de l’accompagnement aux personnes en n de vie. Les bénévoles impliqués deviennent ce que Marie-Chantal Gagné, directrice de l’organisme, appelle des « liens signi catifs ». Pour certaines des personnes âgées accompagnées, le lien signi catif créé par le bénévole de l’Albatros leur évite une n de vie isolée et même une potentielle inscription sur la liste des corps non réclamés.
« On a accompagné un monsieur il y a quelques années. C’était sa voisine l’exécutrice testamentaire. On a soutenu cette voisine-là pour que le monsieur puisse être enterré. De se dire qu’on prend la responsabilité d’assurer la mise en terre de quelqu’un qui était juste une connaissance, c’est quand même une grosse responsabilité. Aux funérailles, il y avait moi pour soutenir le bénévole, le bénévole, et la voisine. On était trois ».
Pour la directrice générale de l’Albatros, un tel scénario est une petite victoire. Bien que la présence de seulement trois personnes aux funérailles puisse sembler peu, Marie-Chantal Gagné se réjouit que le défunt ait pu être honoré une dernière fois grâce à sa voisine et au bénévole, avec qui il entretenait un lien signi catif.
DISTINGUER SOLITUDE ET ISOLEMENT
André Tourigny, médecin clinicien et co-directeur de l’Institut sur le vieillissement et la participation sociale des aînés, distingue l’isolement social de la solitude. L’isolement se mesure par le nombre d’individus que côtoie une personne. La solitude, elle, correspond au sentiment subjectif et négatif qui relève d’un écart entre ce que l’individu souhaite comme qualité et quantité d’interactions et ce qui est observable dans son quotidien. Une même personne pourrait être isolée socialement, mais ne pas souffrir de solitude et inversement. Cette nuance introduit un important besoin de communication entre des organismes comme l’Albatros et leurs béné ciaires a n d’assurer une réponse adéquate aux envies de la personne isolée.
Marie-Chantal Gagné se remémore l’histoire d’une dame en n de vie qui était d’abord réticente à l’idée de recevoir une bénévole dans son intimité dans un tel moment de vulnérabilité. Elle a nalement accepté la main qui lui était tendue. Ça a duré quelques semaines et la dame a dit à la bénévole : « Ça fait des années que je suis seule et je m’étais résignée à mourir dans la solitude puis, dans les dernières semaines, je n’ai jamais été aussi entourée que dans toute ma vie. »
REMÉDIER À LA SITUATION
Le co-directeur de l’IVPSA insiste sur la nécessité d’une approche systémique pour remédier à la situation. « Il faut revoir nos communications, nos transports et il faut s’assurer que nos lieux et activités sont accessibles physiquement et nancièrement. » Pour lui, la réponse adéquate à l’enjeu réside dans le fait que la recherche, les résidences pour personnes âgées et tous les types de lieux dans lesquels elles évoluent travaillent main dans la main.
L’inclusion réelle et concrète des aînés nécessite une volonté partagée et incarnée. Il est essentiel de procurer aux aînés un environnement accessible dans lequel ils peuvent s’épanouir tout en véhiculant une image positive du vieillissement. « C’est tout l’enjeu de combattre l’âgisme qui est un frein important à l’inclusion sociale et qui fait en sorte que les personnes ont le ré exe de s’exclure », explique André Tourigny.
Le phénomène des corps non réclamés semble re éter une problématique plus vaste d’isolement social chez les personnes âgées. Des organisations telles que l’Albatros et l’IVPSA s’e orcent de combler le vide dans la vie de centaines d’aînés. Pour ceux qui, malgré tout, tombent entre les mailles du let, la présence d’un bénévole peut être réparatrice. Parfois, l’accompagnement se fait dans le silence, à travers de simples mots réconfortants : « Vous n’êtes pas seul. »
MARIA JUNEAU
GABRIELLE CANTIN ET
LE DEUIL VU D’AILLEURS
Prières, aménagement d’autels à la mémoire des défunts, chants, célébrations, il existe tout un éventail de traditions permettant aux humains à travers le monde de vivre le deuil. Jessica Cussy, Mon Chi et Mélodie Langevin racontent comment le deuil est vécu à Madagascar, en Chine et au Mexique.
Née sur l’île de Madagascar, Jessica Cussy se souvient des traditions funéraires auxquelles elle a assisté, ainsi que celles racontées par sa famille.
Jessica Cussy raconte que dans la culture traditionnelle malgache, la mort n’était pas un tabou. Elle était plutôt considérée comme une étape naturelle du cycle de la vie. « Avant la colonisation, les Malgaches étaient animistes. » Ainsi, pour eux, le vivant et le non-vivant étaient animés de la même énergie. Bien que ces croyances demeurent ancrées dans les traditions malgaches, la venue du christianisme a profondément altéré l’essence de ces dernières. « Aujourd’hui, je crois qu’il y a un désir grandissant chez plusieurs Malgaches de reconnecter avec les origines de notre culture », croit-elle.
BÉNIR LES DÉFUNTS
Les cérémonies funéraires sont accompagnées de chants de bénédiction et de louanges a n d’aider le défunt à passer de l’autre côté. « À Madagascar, quand quelqu’un décède, on lui souhaite que la terre lui soit plus légère. Autrement dit, que son esprit se détache de l’emprise qui le retient au sol a n qu’il puisse s’élever en douceur. »
LE RETOURNEMENT DES MORTS
L’une des coutumes pratiquées à certains endroits sur l’île de Madagascar est la famadihana : la cérémonie du retournement des morts. Comme son nom l’indique, elle consiste à remplacer soigneusement le linceul (le lambamena) dans lequel le corps du défunt est enveloppé, tout en retournant ce dernier, puis à le remettre à sa place dans le caveau.
TROIS ANNÉES DE DEUIL
Québécoise depuis près de 10 ans, Mon Chi a grandi à Hong Kong. Malgré les multiples in uences culturelles, orientales et occidentales, sa famille a conservé un lien fort avec les traditions chinoises.
Elle raconte qu’en Chine, la perte d’un être cher est suivie d’une période d’introspection de trois ans où les individus évitent de porter du rouge et de participer à des rassemblements festifs (mariages, célébrations, etc.). L’objectif est de permettre aux proches du défunt de vivre leur deuil. Lors de la première année, le but est d’accepter le décès de la personne. La deuxième année sert à se souvenir de ce que le défunt nous a transmis. « Par exemple, mon père était une personne persévérante. La deuxième année de deuil m’a donc permis de découvrir ce que je pouvais apprendre de cette persévérance. » La troisième année permet aux personnes de « tourner la page », de transcender le deuil et de reprendre graduellement leur mode de vie habituel.
LE DEUIL DANS LA TRADITION TAOÏSTE
Mon Chi explique que dans la tradition taoïste, le royaume des morts connecte avec celui des vivants lors de la 15e nuit du septième mois du calendrier chinois. Le festival Zhongyuan (aussi appelé Yulanpen dans la tradition bouddhiste) a lieu pendant cette période. Pour cette occasion, les gens préparent des o randes de nourriture et brûlent de l’encens ainsi que du papier Joss — un papier généralement fait de bambou symbolisant des biens terrestres — a n d’honorer les défunts.
À la maison, les portraits des membres de la famille décédés sont a chés au mur a n que leur descendance puisse maintenir une connexion avec leurs racines. « On voit tous les portraits de nos ancêtres, certains sont même dessinés, car la photographie
Citoyenne canadienne depuis 2016. Mon Chi conserve précieusement des éléments de son héritage culturel chinois. Cela lui permet de conserver ce lien avec ses origines.
Photo : Alexandre Gilbert/La Quête
Photo
: Alexandre Gilbert/La Quête
LE DEUIL VU D’AILLEURS (SUITE)
n’existait pas encore », me raconte-t-elle. Dans les maisons sont aussi aménagés des autels où l’on brûle de l’encens pour saluer les défunts. « L’encens symbolise la connexion avec l’invisible. C’est comme la vie, lorsque le bâton est brûlé, il n’est plus là, mais son odeur, sa présence, demeure. »
QUAND LA MORT PREND DES COULEURS
Dans les cimetières mexicains, la mort est loin d’être terne. Colorés de toutes parts, ces lieux de recueillement sont des symboles de rassemblement et de festivités. Contrairement à nos cimetières occidentaux dépouillés, ceux du Mexique regorgent de vie, de souvenirs et de couleurs vives. Les tombes sont ornées d’o randes, composées d’objets aimés par le défunt, a n de l’accompagner dans l’au-delà. Une bouteille de cerveza, un ballon de soccer ou des livres, par exemple, sont souvent déposés sur les tombes pour agrémenter le voyage dans l’au-delà.
Le temps entre le décès et les funérailles est géné-
ralement court, le corps étant pris en charge par la famille. La veille des funérailles, la famille se réunit chez elle avec le défunt pour passer une nuit blanche, pro tant ainsi des derniers instants avec l’être cher. Bien que cela puisse sembler inhabituel, au Mexique, passer une nuit avec un cadavre ne pose aucun problème.
Il est également courant qu’un ami de la famille, plutôt qu’un proche, prenne en charge l’organisation des funérailles, soulageant ainsi la famille endeuillée de cette tâche. Conformément à la religion catholique
dominante au Mexique, la crémation est rare, seul quelques corps étant incinérés sur demande expresse du défunt.
EL DIA DE LOS MUERTOS
Les funérailles ne marquent pas la n du deuil. Les Mexicains visitent régulièrement les tombes de leurs proches disparus tout au long de l’année. Mais c’est lors du Día de los Muertos que les morts rendent visite à leur famille. Pendant cette célébration, des o randes sont préparées pour accueillir les défunts. Photos, eau, nourriture ou objets symboliques sont disposés pour honorer les disparus. Les festivités s’étendent du 27 octobre au 2 novembre, chaque journée ayant une signi cation particulière. Une journée est par exemple dédiée aux animaux décédés, une autre aux bébés non baptisés ou bien encore, le 30 octobre est consacré aux morts oubliés et sans famille. Cette tradition ne se limite pas aux proches défunts, mais à tous les morts. La vision mexicaine de la mort est que tant qu’on se souvient d’eux, les morts vivent éternellement.
Le lm de Disney Coco (2017) aborde avec justesse la signi cation du Día de los Muertos dans la culture mexicaine. Si vous souhaitez découvrir davantage cette tradition tout en vous divertissant, ce lm est un excellent point de départ.
Contrairement à la vision occidentale de la mort, sombre et mélancolique, au Mexique, le deuil est célébré avec des couleurs vives, de l’amour et de la joie. Peut-être pourrions-nous nous inspirer quelque peu de cette vision plus positive de la mort a n d’adoucir notre tristesse lorsqu’un proche nous quitte?
CONSERVER LA MÉMOIRE
En n, un seul article ne saurait couvrir l’étendue de la richesse culturelle humaine, mais s’il y a bien une chose qui semble commune aux sociétés qui existent et ont existé, c’est ce désir de conserver la mémoire des êtres chers, d’honorer la vie; de la célébrer.
ALEXANDRE GILBERT ET MÉLODIE LANGEVIN
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photo : Pinterest
PHILOSOPHER LA MORT
L’expérience de la perte d’un être cher peut être accablante et démoralisante. Les gens ont souvent du mal à trouver un sens face à cette perte. Pour naviguer dans le processus de deuil, la philosophie o re des perspectives précieuses.
Mon intérêt pour les grands courants philosophiques, notamment l’existentialisme, le stoïcisme et l’épicurisme, m’a permis de comprendre que philosopher, c’est apprendre à mourir (Phédon de Platon).
EXISTENTIALISME
L’existentialisme est bien plus qu’une simple philosophie ; c’est un guide pour a ronter les épreuves les plus sombres de la vie, y compris le deuil. En nous confrontant à la réalité des choses, cette philosophie nous encourage à trouver un sens.
Les penseurs existentialistes, tels que Friedrich Nietzsche, nous incitent à regarder au-delà de la tragédie et à forger notre propre destinée, même dans les moments les plus douloureux. Ils nous rappellent que notre conscience de la nitude de la vie donne un poids particulier à chaque choix et à chaque action, et que c’est précisément cette conscience qui donne un sens profond à notre existence.
En reconnaissant la temporalité de la vie et en embrassant notre propre vulnérabilité, nous pou-
vons trouver la force nécessaire pour traverser le deuil et pour apprécier pleinement chaque instant de notre existence. L’existentialisme nous invite à vivre authentiquement, en accord avec notre propre vérité, et à trouver un sens dans la vie, même face à la mort inéluctable.
En n de compte, c’est cette liberté fondamentale de donner un sens à notre propre vie qui peut nous aider à transcender la douleur du deuil et à découvrir une nouvelle appréciation de la beauté et de la richesse de la vie.
STOÏCISME
Le stoïcisme, dont l’un des penseurs les plus connus est Marc Aurèle, o re un guide précieux pour naviguer à travers les eaux tumultueuses du deuil. Enseignant la sagesse de l’acceptation, les stoïciens nous rappellent que la mort fait partie intégrante de la condition humaine. Plutôt que de la craindre, il s’agit de l’accueillir comme une composante naturelle et inévitable de la vie.
« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu’ils portent sur les choses. […] le jugement que la mort est redoutable, c’est là ce qui est redoutable. ».
— Manuel d’Epictète, 5
Dans la vision stoïcienne, l’acceptation de la mort va de pair avec la maîtrise de nos émotions. Plutôt que de nous laisser submerger par le chagrin, nous sommes encouragés à canaliser notre énergie vers ce qui est en notre pouvoir : notre attitude et notre perspective face à la perte. C’est là que réside la clé de l’ataraxie, la tranquillité de l’âme tant recherchée par les stoïciens.
Face à la mort d’un être cher, le stoïcisme nous rappelle que nous avons le pouvoir de choisir notre
réponse. Nous pouvons nous laisser emporter par le désespoir ou nous élever au-dessus de la douleur en cultivant la gratitude pour les moments partagés et les leçons apprises. En adoptant cette approche, nous pouvons trouver la paix intérieure et surmonter le deuil avec résilience et grâce.
ÉPICURISME
L’épicurisme o re un éclairage unique sur la façon de surmonter le deuil. En se concentrant sur la recherche de la tranquillité et du plaisir, l’épicurisme invite ceux en deuil à trouver du réconfort dans les plaisirs simples de la vie et à adopter une attitude de sérénité face à la mort.
Pour les épicuriens, la mort est simplement la n de la conscience et de la sou rance, un état où il n’y a ni douleur ni sensation. Épicure, fondateur du courant, enseigne que la peur de la mort est irrationnelle : « Ainsi le mal qui nous e raie le plus, la mort, n’est rien pour nous, puisque lorsque nous existons, la mort n’est pas là et lorsque la mort est là, nous n’existons pas. » Ainsi, plutôt que de craindre la mort, l’épicurisme nous encourage à nous détacher de cette idée et à nous concentrer sur la jouissance de la vie présente. En cultivant une attitude de détachement tranquille face à la mort, il est possible de trouver la paix intérieure et apprendre à vivre pleinement, même dans les moments les plus sombres.
La philosophie nous amène à réévaluer notre perception de la vie et de la mort, ce qui peut apporter du réconfort face à la perte et favoriser un sentiment d’espoir et de résilience. La philosophie s’avère un outil puissant pour traiter et comprendre le deuil.
MÉLODIE LANGEVIN
ACCUEILLIR LA MORT SANS LA CRAINDRE
Lorsque Jolianne avait neuf ans, sa mère est décédée d’un cancer. Son père, anticipant son décès, entreprend des démarches pour soutenir sa lle dans cette épreuve.
Jolianne béné cie alors des services de Deuil-Jeunesse et consulte un psychologue pour se préparer et accepter la mort imminente de sa mère.
Quinze ans plus tard, Jolianne reconnaît l’importance capitale des services de Deuil-Jeunesse dans son parcours. L’organisme lui a permis de comprendre et d’accueillir la réalité de la mort.
Surtout, elle lui a permis de comprendre que c’est normal d’être fâché, d’être triste et qu’il faut accueillir ces émotions-là pour avancer.
UN ORGANISME GRANDISSANT
L’organisme Deuil-Jeunesse voit le jour en 2008 lorsque Josée Masson, travailleuse sociale, quitte le milieu des CLSC pour créer un service d’aide destiné aux jeunes en deuil.
« J’ai réalisé qu’il n’y avait pas de service pour les jeunes endeuillés et qu’il y avait beaucoup de mes collègues qui n’avaient pas le goût de travailler auprès de ces jeunes-là en disant que c’était trop triste. »
Mme Masson décide alors de créer des groupes de soutien et remarque instantanément les e ets positifs sur le cheminement des jeunes participants.
Sans faire aucune publicité, Deuil-Jeunesse grandit et « est passé de quelques appels par semaine à une vingtaine d’appels par jour », se réjouit la fondatrice. La mission principale de l’organisme est de favoriser le bien-être des jeunes et des adultes vivant une maladie grave ou le deuil. Deuil-Jeunesse souhaite
également sensibiliser la population « à comprendre et à traiter le deuil comme il se doit et non d’en avoir peur », explique Mme Masson.
La fondatrice et présidente et directrice de l’organisme souhaite o rir des services accessibles aux gens dans le besoin. Le processus pour recevoir de l’aide est simple, il su t d’appeler ou d’envoyer un courriel à l’organisme.
Les clients ont la possibilité d’avoir un suivi psychosocial avec di érents intervenants tels que des travailleurs sociaux, des psychoéducateurs et bien d’autres. Il est également possible de faire un seul appel ou de demander des renseignements pour ses proches sans suivi.
CRIS DU CŒUR
En octobre 2022, l’organisme demande de l’aide aux citoyens. La pandémie frappe et les di cultés nancières toutes autant.
« La société a répondu super positivement, on est allé chercher les sous dont on avait besoin pour terminer l’année », explique Mme Masson. Les fonds amassés ont permis à l’organisme de se restructurer, de simpli er ses procédures, de modi er ses façons de faire, et ce, dans l’unique but d’être plus e cace.
Malgré une hausse des demandes et l’o re des services à l’échelle de la province, Deuil-Jeunesse reste e cace et chaque personne qui appelle l’organisme reçoit des services presque immédiatement, sans temps d’attente.
GABRIELLE PICHETTE
AIDE MÉDICAL À MOURIR ET DEUIL
Le recours à l’aide médicale à mourir a-t-il un impact sur le deuil des proches ? La Quête s’est penchée sur cette question avec le Dr Philippe Laperle qui en a fait son sujet de thèse de doctorat et qui a fondé La Maison du deuil.
DE MANIÈRE GÉNÉRALE,
QUELLE EST NOTRE RELATION AVEC LE DEUIL EN 2024?
Il y a plusieurs éléments à considérer. La société occidentale est plus individualiste. Ici, la mort est un tabou qui fait vivre de l’inconfort. Nous avons tendance à nier la mort. Comme notre société mise sur l’action et la productivité, le rythme ralenti du deuil est moins en concordance avec celleci. La mort est devenue institutionnalisée, cachée. Avant, c’était à la communauté qu’on s’adressait pour prendre soin des mourants et de leurs proches, maintenant ce sont aux professionnels. Nous tenons la mort loin de nous, mais nous avons en même temps une fascination pour elle (p. ex., lms, jeux vidéo, meurtres médiatisés). Quand la mort nous concerne de près (ma propre mort, la mort de mes proches), c’est là qu’elle semble devenir plus di cile. Le rapport entretenu avec la mort et le deuil est di érent de celui des années 1950, par exemple. On garde la mort à l’extérieur de la maison. Nous n’avons plus le même degré de proximité.
EST-CE QUE LES RITES FUNÉRAIRES MODERNES COMME LA CRÉMATION ET LE FAIT QUE L’ON NE VOIT PAS LE CORPS DU DÉFUNT
ONT UN IMPACT SUR LA MANIÈRE DONT SE VIT LE DEUIL?
L’absence de rites funéraires n’impacte pas nécessairement négativement le deuil. On ne peut pas dire que la crémation est une meilleure ou une moins bonne option pour les personnes endeuillées. C’est selon chaque personne, la perception change selon chacun. Par exemple, une personne peut trouver aidant d’assister à l’exposition du corps et avoir le sentiment que cela l’aide à réaliser le départ de la personne, l’e ectivité de sa mort. Pour une autre personne, voir le corps ne sera pas nécessaire et voir l’urne su t. Cela varie d’un individu à l’autre.
VOTRE THÈSE DOCTORALE, LIT-ON SUR VOTRE SITE, CONSTITUE L’UNE DES PREMIÈRES EXPLORATIONS APPROFONDIES DES EXPÉRIENCES DE DEUILS EN CONTEXTE D’AIDE MÉDICALE À MOURIR AU QUÉBEC. QUELLES ONT ÉTÉ VOS CONCLUSIONS?
En bref, j’ai fait une comparaison entre aide médicale à mourir et mort naturelle. Il n’y a pas de di érence sur le plan de l’intensité du deuil. C’est-à-dire que les deuils en contexte d’aide médicale à mourir ne sont ni plus faciles ni plus di ciles que les deuils en contexte de morts naturelles de manière générale. Par exemple, pour une personne, être présente lors du décès est positif et même réconfortant et pour une autre personne cela peut constituer une expérience di cile. Pour
quelqu’un, la période d’attente avant que l’aide à mourir s’e ectue mène à de l’ambivalence presque insupportable, à de l’anxiété et représente un fardeau. D’autres voient ce temps comme un cadeau. Il y a même parfois des contradictions, des expériences paradoxales qui co-existent, chez une même personne. En même temps que l’on trouve l’expérience inspirante, on peut se sentir abandonné par l’être cher qui reçoit l’aide médicale à mourir. Le dé du processus de deuil consiste alors à intégrer les di érentes contradictions. Finalement, un dernier résultat intéressant, c’est qu’il ne semble pas y avoir beaucoup de stigmatisation à l’égard de l’aide médicale à mourir dans la société québécoise en comparaison avec d’autres sociétés.
EST-CE QUE LE FAIT DE SAVOIR QUE LA PERSONNE A CHOISI LE MOMENT DE SA MORT FACILITE LE DEUIL DES PROCHES?
Parfois oui, parfois un peu, parfois non. Certaines personnes vivent avec angoisse le rendez-vous avec la mort et d’autres apprécient le moment de préparation, de pouvoir faire leurs adieux. Surtout, des tensions entre di érentes expériences paradoxales peuvent émerger, par exemple : « je suis content qu’il se libère de la souffrance, mais on perd du temps ensemble parce qu’il a choisi de mourir ».
MAGNOLIA KOMSKY
PARCE QUE LA VIE CONTINUE…
La plupart des sociétés, même les plus modernes, associent encore vieillissement, mort, douleur et deuils. Si les rituels traditionnels imposaient jadis de rendre visible par des signes et des manifestations publics la peine ressentie après un décès, aujourd’hui, on les adapte ou les remplace par des pratiques plus conformes au mode de vie des gens.
Même l’usage du mot « deuil » évolue et s’applique désormais à toutes espèces de revers ou de pertes que l’on rencontre. Avec l’expression deuil blanc, il nomme la détresse de ceux qui assistent, impuissants, à la disparition progressive des capacités physiques et mentales d’un être cher. De plus, l’éventualité de pouvoir recourir à l’aide médicale à mourir contribue aux changements d’attitude face à l’ultime issue de la vie.
Sans prétendre n’avoir plus peur de la mort, on arrive à en parler, du moins à évoquer celle des autres, comme le reconnaît l’écrivain Gilles Archambault dans ses deux récents recueils de nouvelles. Avec une sérénité ironique et déroutante pour qui ne peut imaginer la vieillesse sans la mort et les deuils, l’auteur, bientôt nonagénaire, propose de brèves caricatures de ses contemporains vieillissants. Les titres des deux ouvrages parus chez Boréal sont d’ailleurs révélateurs : Mes débuts dans l’éternité (été 2022) et Vivre à feu doux (janvier 2024).
S’en dégage surtout une certaine nostalgie de ce qui a été, peu de regrets d’avoir vécu et, presque, le plaisir de se souvenir. Tout le contraire d’un deuil, malgré les ruptures et les chagrins qui accompagnent la vieillesse. Uniquement des instantanés de vie au ralenti, à feu doux comme dit le dernier titre. Des portraits courts, faciles à lire et souriants qui devraient faire du bien à Françoise, la maman de mon amie Valentine, à qui j’ai prêté les livres.
Parce qu’il y a quelques mois, en apprenant qu’elle devrait quitter sa maison, Françoise s’est perçue en deuil de sa sainte autonomie, mettant une croix sur son mode de vie et forcée d’amorcer un nouveau chapitre de son existence dans un cadre étranger. Dans l’action du déménagement, ses proches ont cru que tout allait bien.
Mais, à peine installée dans son nouveau logis, elle reçoit les siens et elle sème le doute en laissant tomber, comme un aveu : « J’ai été mariée deux fois. J’ai eu beaucoup de la peine quand mes maris sont morts, mais je n’ai jamais autant pleuré qu’après avoir accepté qu’on tue mon chien, mon vieux Moustache, parce que les animaux étaient interdits là où j’allais… »
Valentine raconte que tout le monde s’est regardé en silence quand sa mère a expliqué que ce qui lui fait mal, c’est que l’animal soit mort à cause d’elle. En ajoutant, pour couper court aux tentatives de consolation, que pour les humains, la fatalité impose le décès, le destin rend la mort inévitable, et même souhaitable, pour que cesse la sou rance. « Les larmes viennent avec le deuil. Mais ça se contrôle! Y’a que les poètes pour prétendre le contraire! »
Et je rappelle à Valentine que Brel chante dans Le moribond : « Adieu l’Émile, c’est dur de mourir au printemps, tu sais… » Mes deux parents sont décédés au printemps, à 50 ans d’intervalle. Mon père, fauché trop jeune par un accident de travail, n’a jamais su que pour lui, tout était ni. Mais maman, elle, savait, à 92 ans passés, que la mort arrivait et a dit : « Mon voyage s’arrête ici. » Ils s’étaient mariés en automne, avant la guerre; ils sont partis en temps de paix, au printemps.
La médecine du temps guérit quasiment tout. Aujourd’hui, on arrive presque à discuter de la mort comme une étape normale, ou une absurdité, selon l’âge qu’on a, le milieu où l’on a grandi et vécu, sa culture ou ses bobos. La peur de ce qui arrive après persiste, mais c’est l’éventualité de sou rir qui terrorise. L’aide médicale à mourir n’est pas envisageable pour tous. L’après-mort relève de l’inconnu, mais quand le départ a été serein, le deuil de ceux qui restent semble moins pénible.
En témoignent encore les proches de ce parent parti en esquissant un sourire devant l’image d’une grosse neige qui tombait sur le grand sapin, devant sa fenêtre, pendant que la médecine nale agissait. Ensuite, la tristesse a gardé ce sourire pour mieux continuer la vie d’après.
MARTINE CORRIVAULT
Corrivault
PLEURER LA MORT DE SON ANIMAL DE COMPAGNIE
Le deuil d’un animal de compagnie n’est pas vraiment di érent de celui d’un être cher, pourtant, il représente encore un sujet tabou. On en parle avec la Dre Valérie Bissonnette, présidente du comité du bien-être animal et vice-présidente de l’Association des Médecins vétérinaires du Québec (AMVQ.
LE DEUIL, QU’EST-CE QUE C’EST?
D’après la Dre Valérie Bissonnette, le deuil, qu’il soit humain ou animalier, est un état a ectif douloureux. Il débute à partir du moment où on commence à anticiper le décès d’un être cher. À la suite de l’événement, les cinq étapes du deuil s’appliquent.
Dans un premier temps, la personne en deuil peut refuser de croire ou d’accepter la réalité de la perte. Cela peut se manifester par des pensées comme « ce n’est pas réel » ou « ça ne peut pas être vrai ».
La colère survient ensuite lorsque la réalité de la perte commence à s’enfoncer et que les émotions initiales de déni commencent à se dissiper. Cette colère représente un sentiment général de frustration et d’injustice. Pour éviter la douleur de la perte, les personnes en deuil peuvent essayer de négocier avec elles-mêmes, avec une puissance supérieure, ou avec d’autres parties concernées. Cela peut se manifester par une pensée du type « si seulement j’avais fait ceci ou cela, les choses auraient pu être di érentes ». À un certain stade, la personne endeuillée commence à ressentir un profond sentiment de tristesse et de désespoir face à la réalité de la perte. En n, vient en n l’acceptation. Ici, la personne endeuillée peut commencer à retrouver un certain sens de paix intérieure et de stabilité émotionnelle. L’acceptation
ne signi e pas oublier la l’animal disparue, mais plutôt reconnaître qu’il ne fait plus partie du monde physique et trouver un moyen de continuer à vivre malgré cela. Il est important de prendre en compte que le processus de deuil est unique pour chaque individu, tout le monde ne traverse pas nécessairement les étapes dans le même ordre.
QU’EST-CE QUI DIFFÉRENCIE
LE DEUIL HUMAIN DU DEUIL ANIMAL?
L’animal domestique est souvent vu comme un jeune enfant. « On est l’unique responsable de notre animal domestique », explique Mme Bissonnette. Son décès soulève plusieurs interrogations pour son maître. D’abord, la contrainte médicale ; on peut se poser les questions « est-ce que j’ai vu les symptômes à temps? Est-ce que j’ai été voir le vétérinaire à temps ? Est-ce que j’ai pris les bonnes décisions? »
Le fardeau nancier constitue lui aussi un élément majeur, puisqu’il faut réussir à décider jusqu’à quel stade on est prêt à payer pour notre animal. « C’est extrêmement contraignant parce qu’on est responsable à 100 % de cette décision », soulève-t-elle. Cela peut engendrer beaucoup de détresse, notamment, avant les trai-
tements, mais aussi après la perte de notre animal. De la même manière, il y a l’incompréhension de notre entourage. « On est les seuls à avoir cette relation privilégiée avec notre animal, la perception que c’est un être irremplaçable », ajoute la Dre Valérie Bissonnette ; ainsi, le souvenir et la peine ne vont pas nécessairement être partagés par notre entourage.
UN SUJET ENCORE TABOU?
La reconnaissance autour de la question du deuil animal est encore sensible aujourd’hui. Selon Mme Bissonnette, « on a peur du regard des autres, de l’incompréhension qui va naître si on partage notre grande peine ». Cependant, le deuil animal est moins tabou que ce qu’il pouvait l’être auparavant. Ces 30 dernières années, il y a eu une reconnaissance de plus en plus grande et une acceptation du fait que l’animal domestique fait partie intégrante de la famille. Le statut de l’animal a changé, il est reconnu comme un être sensible et la valeur de la vie de l’animal de compagnie est plus légitime qu’autrefois.
MANON PRAT
Photo: La Quête
L’ESPOIR AU CUBE
TROIS FORMES DE DEUIL
Deuil, divorce et parfois déménagement contribuent à un déchirement qui engage l’être humain à considérer l’avenir sous un autre angle. La blessure est plus ou moins profonde selon les vulnérabilités de chacun ; il n’en demeure pas moins qu’il y a une blessure à cicatriser.
Il n’existe aucune recette toute faite pour guérir de ces « deuils », et chaque individu doit chercher une solution. Certains trouveront de l’aide auprès d’un parent, d’un ami ou d’un professionnel. D’autres puiseront dans leurs forces intérieures les ressources nécessaires pour résoudre ces aléas.
LE DEUIL
Le deuil est une réaction et un sentiment de tristesse éprouvés à la suite de la perte de quelque « chose » qui nous tenait à cœur : un être cher, un amoureux.se, un milieu de vie ou toute autre perte signi cative. Le deuil, selon la documentation, peut durer entre 6 et 24 mois et plusieurs facteurs peuvent in uencer le processus : la nature de la relation avec la personne décédée, la brutalité de la perte, le fait que le deuil survienne dans une période où l’endeuillé vit d’autres situations pénibles comme une agression, une dépression, un épuisement professionnel.
Dans la littérature on relève sept étapes du deuil : le choc, le déni, la colère, la dépression et la tristesse, la résignation, l’acceptation et en n la reconstruction. Cette dernière étape en est une de résilience où la personne retrouve la capacité de se développer harmonieusement, de continuer à se projeter dans l’avenir même en présence d’événements déstabilisants, de conditions de vie di ciles ou de traumatismes parfois sévères comme la perte d’un membre, une agression sexuelle, un accident sévère, un abandon…
Le deuil est généralement associé à la perte de quelque chose de signi catif (humain, objet, situation). Cependant, un autre type de deuil a ige certaines personnes : la mélancolie. Pour les psychanalystes, la mélancolie est un processus de deuil pathogène lié à la perte d’un « objet » impossible à identi er, un deuil sans mort.
L’apparition d’épisodes mélancoliques n’est généralement pas causée par un événement spéci que. Cependant, il existe des preuves suggérant que la génétique, les antécédents familiaux, les hormones et les traumatismes passés peuvent tous jouer un rôle plus ou moins sévère dans de l’état dans l’état de la personne mélancolique.
LE DIVORCE
Le divorce peut générer un état semblable à celui du deuil. La rupture conjugale entraîne des pertes importantes : le rêve familial s’écroule, on ne voit plus les enfants tous les jours, on doit vendre la maison familiale et se séparer de certains biens qui nous étaient chers, ou des animaux de
compagnie. Di cile à traverser, cette étape peut apporter mal de vivre, tristesse voire dépression.
La littérature révèle que le deuil relié à la rupture conjugale et/ou l’éloignement de son enfant ressemble beaucoup à celui du décès d’un être cher, mais à la di érence que la personne endeuillée par la séparation aura à côtoyer à nouveau ses enfants et son ex-conjoint. e qui lui rappelleront constamment les pertes subies. La personne séparée tendra à s’éloigner de son ex-conjoint. e alors qu’il est important qu’il ou qu’elle collabore ensemble dans l’intérêt des enfants, un paradoxe qui n’est pas facile à comprendre durant cette phase de transition.
La durée et l’intensité du deuil vont varier selon que la personne demande ou subit la séparation, ainsi qu’en fonction dont elle s’est investie a ectivement et émotionnellement auprès des êtres en instance de divorce et des enfants qui composent son noyau familial.
ÊTRE D’ATTACHEMENT
Pour comprendre le deuil, il est essentiel de bien saisir que l’être humain est un être d’attachement, et que ce sont les liens qu’on tisse au l des ans qui donnent un sens particulier à la vie.
Le deuil est un processus humain normal qui est déclenché par la perte d’un ou de plusieurs de ces liens d’attachement. Une personne qui « fait son deuil » suite à une rupture conjugale va enclencher un processus émotionnel et psychologique qui va l’aider à « passer à travers sa douleur ». C’est en réalité un travail de guérison pour retrouver sa stabilité.
LE DÉMÉNAGEMENT
Tout déménagement ne constitue pas un traumatisme, il y a des appareillages heureux, des transferts réjouissants. Mais il arrive qu’un déménagement soit considéré comme une situation de perte, ce qui le relie à un phénomène de deuil.
Pour les enfants ou les adolescents.es la perte de leurs amis.es devient, en quelque sorte, dramatique. Certains enfants ou adolescents.es, un peu plus vulnérables, vont en faire une dépression et avant de se sortir de ce trauma devront passer par les sept étapes du deuil.
Il va sans dire que quitter son appartement ou sa maison peut vraisemblablement devenir di cile pour un adulte aussi. Les manifestations seraient aussi pénibles qu’un deuil et la notion de résilience semble tout indiquée pour réussir à se sortir de ce mauvais pas.
DENYS LORTIE MA EN PSYCHOPÉDAGOGIE
« NOIR, C’EST NOIR »
« Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir. » Vous souvenez-vous de cette chanson de Johnny Halliday sortie en 1966 ? Le noir représente l’absence de lumière. Il symbolise souvent la douleur d’un deuil, la perte d’un être cher ou d’un projet auquel on tenait beaucoup. Il peut aussi représenter l’impossibilité d’atteindre un but xé, un amour manqué, bref, tout projet qui échoue. En n, il est relié le plus souvent à la mort.
À la suite du décès d’un être cher, un processus s’enclenche respectueusement pour l’honorer. Normalement, les dernières volontés du défunt doivent être respectées dans tous les détails. Si volontés il y a.Advenant le contraire, le choix de la célébration funéraire sera con é aux parents les plus près de lui.
AUTRE ÉPOQUE, AUTRES MŒURS
Avant les années 1980, les rites traditionnels des cérémonies funéraires étaient suivis rigoureusement. Le défunt était exposé trois jours dans un cercueil dans une maison funéraire. Les visiteurs en pro taient pour apporter à la famille en deuil des condoléances, du réconfort, des cartes, des o randes de messes ou des eurs. Le tout se déroulait très calmement. Les visiteurs pouvaient signer un livre souvenir pour signi er leur visite, accompagné d’un mot selon leur goût. Le troisième jour était celui des funérailles religieuses à l’église paroissiale.
Suite aux funérailles, les proches de la famille et quelques invités se réunissaient pour partager un lunch et bien souvent, discuter du défunt et de sa vie. Ce qu’on appelle le deuil en noir commençait pour les proches du trépassé. Je me souviens de ma grandmère maternelle qui a porté le deuil de son époux symbolisé par ses grandes robes noires, et ce jusqu’à la n de ses jours.
CHANGEMENTS PROGRESSIFS
Les cérémonies funéraires ont bien changé. Je me rappelle la première fois que j’ai assisté à un nouveau rituel, lors du décès d’un de mes beaux-frères. C’était une journée très froide d’hiver. Nous avons assisté à son incinération dans une petite construction de style chapelle aménagée au cimetière pour ce genre de cérémonie. Tous assis devant un four crématoire
(genre de grosse fournaise), le corps du défunt se consumait en cendres, aucune prière, aucune musique, aucun discours.
Courtoisie:Philippe
Certains membres de l’assistance allaient près du four, soulevaient la petite pastille métallique et, à travers un genre de judas, visionnaient l’avancement de l’incinération. On nous a avisés lorsqu’il ne restait plus que les cendres. La crémation était terminée. Il ne restait qu’à retourner à la maison par ce froid sibérien, après une cérémonie, on ne peut plus froide. Depuis, j’ai assisté à bien d’autres funérailles ou cérémonies avec les cendres du décédé dans une boîte, un co ret, une urne, ou tout autre récipient pouvant contenir des cendres.
DES FUNÉRAILLES FANTAISISTES
Aujourd’hui, il n’y a plus de règles précises pour l’organisation des funérailles. Ainsi le cousin d’une personne que je connais bien a fait le choix d’une cérémonie en deux étapes. Dans un premier temps, il a demandé à être incinéré et que l’on conserve les cendres dans un récipient. Ensuite, il fallait attendre que Dame nature o re des conditions favorables pour procéder, ce qui se produisit vers la n de l’été. Ce bon Gaspésien souhaitait en fait que ses cendres soient immergées. C’est ainsi qu’à la tombée du jour agonisant, dans ce coin de pays tranquille, sa famille s’embarqua à bord d’un petit bateau pour respecter ses dernières volontés, c’est-à-dire immerger ses cendres dans ce coin de pays qui l’avait vu naître. La boucle de sa vie se refermait sur son existence par un beau soir d’été au coucher du soleil.
Le deuil, c’est avoir la mémoire de ceux qui ne sont plus : les cimetières sont pleins d’histoires, et la mer aussi.
Avec toutes mes sympathies pour ceux qui traversent ce qu’on appelle un deuil.
Respectueusement,
PHILIPPE BOUCHARD
Bouchard
LA QUÊTE DES MOTS
LA QUÊTE DES MOTS
par Jacques Carl Morin
PAR JACQUES CARL MORIN CE JEU CONSISTE À REMPLIR LES RANGÉES HORIZONTALES AINSI QUE LES COLONNES 1 ET 20 À L’AIDE DES DÉFINITIONS, INDICES OU LETTRES MÉLANGÉES OU DÉJÀ INSCRITES. CHAQUE CASE GRISE REPRÉSENTE UNE LETTRE QUI EST À LA FOIS LA DERNIÈRE LETTRE D’UN MOT ET LA PREMIÈRE LETTRE DU SUIVANT.…
Ce jeu consiste à remplir les rangées horizontales ainsi que les colonnes 1 et 20à l’aide des définitions,indices oulettres mélangées ou déjà inscrites. Chaque case grise représente une lettre qui est à la foisla dernièrelettre d’un mot et la première lettre du suivant.
Verticalement :
Verticalement :
1- Vin Nouveau et aussi«pays»au nord de Lyon.
1- Vin Nouveau et aussi « pays » au nord de Lyon.
20- Petit pont étroit qui permet aux piétons de franchir une route.
20- Petit pont étroit qui permet aux piétons de franchir une route.
Horizontalement :
Horizontalement:
1- Grossier, inculte (ETOINBE).Chip de maïs. Détritus. Arrêt.
1- Grossier, inculte (ETOINBE). Chip de maïs. Détritus. Arrêt..
6- Symbole OS. Champignons recherchés en gastronomie (LRSOMEIL). Laïc.
2-Fantôme. Tomber (URBTECRHE). Grand canot d’écorcedes Algonquiens.
7- Héritier. Sortie. Aiguille des secondes.
3- Effacement d’une fautepar le pardon. Crédule. Cultivateurs.
2- Fantôme. Tomber (URBTECRHE). Grand canot d’écorce des Algonquiens.
3- E acement d’une faute par le pardon. Crédule. Cultivateurs.
8- Comédiens. Nuages. Qui est relatif à l’estomac.
4- Opposé à Adret. Voisine de l’ail et de l’oignon. Principes d’un art ou d’une science (EEETSNML).
4- Opposé à Adret. Voisine de l’ail et de l’oignon. Principes d’un art ou d’une science (EEETSNML).
9- Perse. Licorne des mers arctiques. Cruci és à côté de Jésus. Prénom du fondateur de la ville de Québec.
5- Quotidien. Art de fabriquer des instruments à cordes. Personne qui est sous l’entière dépendance d’un maître.
5- Quotidien. Art de fabriquer des instruments à cordes. Personne qui est sous l’entière dépendance d’un maître.
6-Symbole OS. Champignons recherchés en gastronomie (LRSOMEIL). Laïc.
10- Triangle dont les trois côtés sont inégaux. Épée longue et acérée. Dialogue entre internautes (AAAECLDRVG). Réponses au jeu p.29
Un long deuil forcé
J’ai tout perdu, perdu
Il ne me reste à rien
Me voici dans la rue
À défaut d’un chemin
On m’a volé mon nom
On m’a pris tous mes biens
La vie m’a fait faux bon
Ils sont longs mes matins
J’ai des voisins de parc
Compagnons de l’errance
‘Tit-Noir, ‘Tit-Blanc, ‘Tit-Marc
D’espoir et d’espérance
Me faut mendier, quêter
Mais je le fais debout
C’est mon fond de fierté
Il m’en faut, je l’avoue
Je reçois des regards
Douteux et méprisants
Ils sont gratuits, sans fard
Beau temps ou mauvais temps
Mon corps aussi mon âme
En ont un peu soupé
Mais des voleurs infâmes
Eux en ont profité
La vie est ainsi faite
On gagne ou bien on perd
Il est de ces défaites…
La vie est douce-amère…
ARMAND LABBÉ
Photo :Andreas ckl sur Pexels
Souvenir éternel
Cette personne chère qui nous quitte
Nous laissant, nous, si triste
On ne peut plus penser
On a du mal à respirer
Trouve quelqu‛un de bien
Qui te tiendra la main
Qui t‛aidera à passer
Ton chemin bouleversé
Un deuil peut être long
Pour enlever la peine jusqu‛au fond
Passeront la tristesse et la colère
Pour retrouver ses repères
Son souvenir restera toujours
Enveloppe-toi d‛amour
Et je remplis ton cœur
De pleins de doux bonheurs
Qu‛elle disparaît, pour moi, un mythe
Dans notre cœur, elle existe
Je lui parle, elle m‛entend
Et je fonce vers l‛avant…
BLUE BIRD
Dessin : Blue Bird
Le tissu social
Canevas brut où tout est possible quand la volonté est là
Dé fois, on crie après c’te satanée volonté. Heille toé !!! Qu’on y crie... Fouille-moi est où.
Je pense qu’a s’cache a’ne coupe de kilomètres d’ici e en haut d’une colline. Est emmuraillée, empaillée bin installée su’a table e de la médiocrité.
Gardée, sécurisée on est pas près d’y voir la bine e, j’t’en passe un papier qu’la volonté elle consigne pas toutes ses manques de volonté… sur papier ce serait trop lourd elle omele e les détails a cause’a sait que ça casserait dé yeux.
Est aussi un peu sourde d’oreille, la volonté pis a l’entend bin c’qu’a veut entendre. Elle fait pas toujours la sourde d’oreille surtout avec ceux avec qui a s’entend bin ceux avec qui qu’a va aux paradis s’faire bronzer el portefeuille de la scaillerie...
Un peu plus à gauche ou à dre e, un peu plus en bas ou en haut, la volonté choisit bin le nombre de centimètres qu’a laisse aux marginaux... a marge. Ceuse-là s’ramassent en d’ssour pis en bout de ligne leur vie nit par t’nir qu’à un l c’est dé hors-normes...
Dehors Norm !!!
Y’a dé fois ousqu’a fait dé choses en silence, en dessous de la couvarte. Ça étou e le bruit, pis ça camou e les dommages Couvarteraux...
Sous dé allures de pseudo inclusion, Moé j’pense qu’on grandit juste la marge
Pis on ajoute, on agrémente, on rajoute dé graments d’la tite dentelle. Désillusions.
Les enjoliveurs passent r’peinturer l’paraître, el rafraîchir, y donner dé airs de respir… Changent les nains en tites parsonnes les vieux en parsonnes âgées les sourds en malentendants. Changent toutes les mots, changent rien aux maux....
À cause de passer dé paroles aux gestes ça demande un e ort gargantuesque quand tu procrastines depuis 50 ans!
Non seulement a l’entend rien la volonté, mais a n’en fait qu’à sa tête.
Tête... j’abuse peut-être un peu, mais ça y’en prend une pour nous rigoler le pied d’nez, pour nous grimacer lé simagrées pis le nez bin… Y’é dans l’milieu de la farce.
Pis en a endant, bin…
La volonté fait encore la sourde d’oreille avec dé beaux monologues de sourds malentendants pis dé dialogues d’en d’ssour qui s’entendent bin.
À continuer de bin s’étendre en plein milieu de la courtepointe pis d’sacrer el monde en bas j’aurions n’certaine crainte que l’ jeu du roi de la montagne a l’aille bin trop bin assimilé. Pis pour ça la volonté a l’a bin de la volonté.
NANCY GOULET
Artiste engagée, Nancy Goulet utilise divers moyens d’expression pour partager ses réflexions et questionnements. Pour en savoir plus sur son dernier projet d’art social Courtepointe des réalités, consultez la page FB de L’Engrenage Saint-Roch (publication 16 décembre 2023).
BABY BLUES
J’attendais avec impatience
Que tu sortes en n du silence
J’ai sous-estimé l’importance
Physiquement, de ta présence
Inévitable ambivalence
Te voir était une délivrance
Contrepartie de l’absence
De tes mouvements, étrange danse
Ce cordon que ton père a coupé,
Jeté, me laisse comme amputée
Je sais, je dois te partager
Te lâcher me réadapter
Je ne comprends pas cette violence
La tristesse fugace, mais intense
Avec la joie en alternance
Sous les larmes, je mesure ma chance
J’entends, mon cœur a ralenti
Ne battant plus pour mon petit
J’aurais dû savoir que donner la vie
C’est aussi la perdre en partie
Je n’arrive pas à m’endormir
Quelques heures me laisser partir
Désorientée, je crains le pire
Je véri e que tu respires
Supporter que les hormones chutent
Accentuant la solitude
Rendant plus brutale la rupture
Avec ces douces habitudes
Le miroir comme une agression
Vision d’un ventre en dépression
Vide asque en décomposition
Au rythme des dernières contractions
C’est juste la n d’une aventure
Deuil obligé pour le futur
Revoir les photos sera dur
Symbolisant la fracture
JADE VALRONNE
Le temps déroule son tapis de cailloux gris
Dans sa course à voilette, l’ampoule éclate
Fini le temps de l’inquisition
Les sorcières sont libres
Voilà que l’adversaire nouveau arrive en final
La fumée de feuilles mortes
Sent la sève des bouleaux
Et frise l’e roi aux gentilles grenades de poussière
L’envers du lac tire l’épingle de son jeu de cartes
Et vole la vedette à l’angoisse de la vieillesse
Car le danger d’une chute est improbable
Alors d’où vient l’Orient?
Il est peut-être annulé à l’Occident.
De toute façon, le racoin le plus sécuritaire
Est dans les rêves
Les pieds usés par la torture de la course des monstres
Ils ont les aiguilles levées vers le ciel
Et soulagent du mal-être trouvé dans la pupille de l’enfance
Qui espère vivre dans la flamme de tous les désirs.
JULIE BELLEMARE
Photo de Egor Shapovalov
MURMURE D’ENJÔLEMENT
Lorsque de ton corps tu enserres mes reins. Que de ton murmure, je divague. Que de tes doigts fluides, mon être, tu couronnes jusqu’à discerner l’ombre de mon âme. Lorsque dans mes cheveux, tu cours jusqu’aux ficelles du frisson. J’ouvre les yeux, ma muse.
Tu transpires en moi comme un fouillis de parfum. Tu répands sur ma vie des larmes de pluie. Tu tournoies en moi. Tu éclaires ma folie et affoles mes rumeurs. Et, tu les couches en graffitis sur pages chiffonnées. Mes mots s’engouent de toi. Tu ensorcelles les corridors ignorés de mon imaginaire.
Lorsque j’ouvrirai le tiroir des anciennes muses, viens. Tu me diras que l’éternité est chancelante, mais qu’elle renaît à chaque fragment d’un souffle. Enrobée par d’autres rêves, je m’envoûterai de tes sillons au pays sacré. Devant toi, je ferai le credo afin que tu franges l’espace de mes mots.
« Je jure, cher maître, d’adorer toujours les deux déesses, Muse et Liberté » —Arthur Rimbaud
Lorsque trop usée de flânerie, reviens m’enivrer à l’abri de mon imaginaire. Engourdis-moi de toi afin que je t’ouvre les noirceurs de ma nuit jusqu’à attiser le feu de mes empreintes.
Et, tu m’as dit :
La nuit s’éveille
Tatouée de morsures, d’égratignures, de combats
Elle prête au jour
Sa lumière
Vaque
Vole en jupon de sable
Sur l’humanité bigarrée
Siffle blizzard
Crie à la vie
Couvre mes entrailles
Jusqu’à attiser le feu
Muse, perds-moi à l’orée de tes regards Enjôle-moi dans le vert refuge
Touche ma lyre, mon délire
L’écume de ma ligne de folie
Si la feuille blanche éteint mes mots
Gave-moi des envolées du poète
Ma muse, griffe ma voie à faire jaillir l’encre rouge de ma plume.
RENÉE PERRON
Je dédie ce texte à tous les écrivains de La Quête.
Photo : La Quête
M.Desjardins
Québec, le dimanche 20 novembre 2022, Café Castello, 1re Avenue, 15 h 5
M.Desjardins ou Claude ou oncle Tom, selon les noms qu’il se donne ou selon les noms qu’on lui donne. On avait rendez-vous ce matin à 9 h pour déjeuner au bistrot Bonnet d’Âne juste à côté de chez moi. C’était la quatrième fois en deux ans. C’était comme un rituel.
M.Desjardins était un vieil ami de mon père avec lequel il avait fait les quatre cents coups dans sa jeunesse. Ils ne s’étaient pas vraiment perdus de vue par la suite. Quand son épouse Jacqueline, Mme Desjardins, avait accouché de leur premier enfant, Renée, en Suisse où ils voyageaient pour étude, mon père Laurent était là, parrain désigné. Puis, régulièrement tout au long de mon enfance, ils venaient à la maison avec d’autres couples de leurs amis. Ils aimaient bien « prendre un verre ». Une fois, ils s’en souviennent tous, c’était mon frère Luc qui agissait comme barman. Et cette fois-là, il se donnait un malin plaisir à compter les consommations de chacun des invités. C’était tous de bons vivants.
Mais ce matin, moi, je suis un peu inquiet. Et même depuis quelques jours, alors qu’on avait pris rendez-vous, parce qu’il s’entêtait à vouloir conduire depuis chez lui, à l’île d’Orléans. Je doutais de sa capacité à conduire de façon sécuritaire pour lui et les autres usagers de la route à cause de son âge. M. Desjardins était quand même un ami de mon regretté père, né en 1927, ce qui lui donne probablement autour de 94 ou 95 ans minimum. Chez nous, c’est à 85 ans que j’ai retiré les clés de la voiture à ma chère et tendre mère. Je suis le plus jeune des enfants et j’ai une théorie que si les plus vieux défoncent les portes (les premiers à rentrer tard, les premiers
à conduire…), c’est au plus jeune de fermer les portes. Il y avait aussi le fait que, résidant à Québec, alors que ma mère et ma fratrie demeuraient à Montréal, je voyais moins souvent ma mère que les autres et, ainsi, j’étais plus à l’abri de ses récriminations.
Après un premier rendez-vous manqué mercredi avec oncle Tom, j’ai pensé qu’il oublierait peut-être son engagement. Mais il est revenu à la charge par courriel pour un autre rendez-vous ce dimanche.
Alors je lui ai répondu affirmativement à condition… à condition qu’il ait un chauffeur ou une chauffeuse. Un peu comme la dernière fois où il était venu avec son fils Pierre, et où en plus, il s’était présenté en marchette. Il faut le faire ! Alors je l’imaginais mal conduire seul, puis se battre pour trouver une place de stationnement seul, et claudiquer seul avec sa marchette jusqu’au restaurant.
Samedi, la veille au soir, je lui ai téléphoné pour vérifier son engagement. Il m’a demandé tout de go si je doutais de sa capacité à conduire. J’ai un peu balbutié, un peu bafouillé puis j’ai cédé. À 23 h samedi, il m’envoie un autre courriel pour confirmer le rendez-vous à 9 h. Je confirme. Je dors assez bien et me lève à 8 h comme prévu. Je me brosse les dents, m’habille et consulte mon téléphone. Surprise. Message de Tom qui annule pour cause de neige. Pfioouu !
M.Desjardins devait nous quitter pour les cieux un an plus tard. Il est parti doucement entouré de ses proches. Il laisse, à tous ceux qui l’ont connu, un souvenir indélébile de tendresse, de gentillesse et d’une grande humanité.
Salut oncle Tom,
BERNARD ST-ONGE
Je voulais mourir
Lorsque j’étais étudiant à l’université, je voulais devenir professeur de mathématiques. Mais c’est à ce moment que j’ai développé une maladie mentale : la schizophrénie. J’ai dû abandonner mes études parce que je ne réussissais pas mes cours.
Par la suite, je me suis inscrit en enseignement en sciences. Mes notes n’étaient pas très bonnes et je voyais mon rêve de devenir professeur s’évanouir. Je devais en faire mon deuil. C’est à ce moment que j’ai fait une tentative de suicide.
Les experts affirment qu’il y a sept étapes dans le deuil : le choc, le déni, la colère, la tristesse, la résignation, l’acceptation et la reconstruction. Ce sont les étapes pour un deuil normal. Je m’étais arrêté à l’acceptation. Après ma tentative de suicide, j’ai recommencé mes cours sans me soucier d’obtenir mon diplôme. Je suivais mes cours pour le plaisir, seulement. C’est alors que mes notes ont beaucoup augmenté. J’ai dû abandonner mes études faute d’argent, car je n’avais plus droit aux prêts et bourses.
Mais depuis ce temps, je m’achète des livres de maths et de physique que je lis et dont je résous les problèmes. J’ai donc réussi le deuil normal, car j’ai accepté l’abandon d’obtenir mon diplôme et je suis dans la reconstruction, car je poursuis mon désir d’apprendre les sciences.
Je me rends compte maintenant qu’il faut poursuivre ses rêves parce qu’il y a toujours moyen de les réaliser même si ce n’est pas d’une façon conventionnelle. Il faut aussi avoir un plan B, car le plan A ne fonctionne pas toujours.
MICHEL POTVIN
LA PAGE DES CAMELOTS
Bonjour chers lecteurs, clients et clientes. Je suis votre camelote préférée, et je crois, irremplaçable, lorsque vous arrêtez pour acheter mon magazine que je vends, avec un très grand sourire.
Vous seriez surpris de voir les mimiques des gens qui passent devant moi… et faut dire que j’en ai vu passer du monde devant moi. Il y a des gens qui me l’achètent depuis plusieurs années. Vous êtes toujours présents et je vous adore.
Cette année, cela fait 23 ans que je vends le magazine de rue La Quête. Je suis située devant le théâtre de La Bordée.
Saviez-vous que j’ai vu construire ce théâtre et disparaître le Dunkin Donuts ? La bibliothèque est merveilleuse et la tour me fait penser à New York. C’est sûr que le quartier s’est modernisé.
Comme mon permis ! Maintenant, il a un code QR dessus que vous pouvez numériser avec votre cellulaire et une carte de crédit pour acheter mon mag C’est ça la technologie.
En passant, vous aussi vous avez un très beau sourire qui me fait chaud au cœur.
Une petite jasette avec ça ?
MARTINE, CAMELOTE
J’AIME MA JOB !
C’est le fun parce que ce n’est pas un travail comme les autres. On n’a pas de boss. On ne travaille pas de 8h à 5h tous les jours. C’est nous autres qui fait notre horaire. Moi je travaille 11h à 5h. Je trouve cet horaire bel. On peut faire des sourires, ou penser, et dire bonne journée aux passants. On fait le meilleur métier du monde.
LISA
Intersection Caron et Saint-Joseph
Photo de La Quête
Photo de La Quête
Références communautaires
Service d’information et de référence qui vous dirige vers les ressourcesdes régions de la Capitale-Nationale, de la Chaudière-Appalaches Tél. : 2-1-1
Aide sociale
ADDS
Association pour la défense des droits sociaux
301, rue Carillon, Québec
Tél. : 418 525-4983
Aide aux femmes
Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) Formé pour vous épauler ! 418 648-2190 ou le 1 888-881-7192
Centre femmes aux A l
270, 5e Rue, Québec
Tél. : 418 529-2066 www.cf3a.ca
Centre femmes d’aujourd’hui
Améliorer les conditions de vie des femmes 1008, rue Mainguy, Québec
Tél. : 418 651-4280 c. f.a@oricom.ca www.centrefemmedaujourdhui.org
Rose du Nord
Regroupement des femmes sans emploi 418 622-2620 www.rosedunord.org
Support familial Flocons d’espoir Écoute et aide pour les femmes enceintes 340, rue de Montmartre, sous-sol, porte 4 Tél. : 418 683-8799 ou 418 558-2939 flocons.espoir@videotron.ca
Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO)
435, rue du Roi, Québec
Tél. : 418 525-6187 poste 221 carrefour@capmo.org www.campo.org
Fraternité de l’Épi
Aide aux personnes vivant de l’exclusion par la création d’un lien d’appartenance
575, rue Saint-François Est, Québec
Tél. : 418 523-1731
La Dauphine
Pour les jeunes de 12 à 35 ans 31, rue D’Auteuil, Québec
Tél. : 418 694-9616
courrier@ladauphine.org www.ladauphine.org
Insertion professionnelle
À l’aube de l’emploi (Lauberivière)
Formation en entretien ménager commercial/buanderie 485, rue du Pont, Québec 418694-9316 poste 248 alaubedelemploi@lauberiviere.org
Recyclage Vanier
Emploi et formation (manutentionnaire, aidecamionneur, préposé à l’entretien) 1095, rue Vincent-Massey, Québec tél.. : 418 527-8050 poste 234 www.recyclagevanier.com
Prostitution
La Maison de Marthe 75, boul. Charest Est, CP 55004
Projet intervention prostitution Québec 535, av. Des Oblats, Québec Tél. : 418 641.0168 pipq@qc.aira.com www.pipq.org
Soupe populaire
Café rencontre Centre-Ville 796, rue Saint-Joseph Est, Québec (Déjeuner et dîner)
Tél. : 418 640-0915
Maison de Lauberivière (Souper) 485, rue du Pont, Québec Tél. : 418 694-9316
Soupe populaire Maison Mère Mallet (Dîner) 945, rue des Sœurs-de-la-Charité
Tél. : 418 692-1762
Santé mentale
Centre Social de la Croix Blanche 960, rue Dessane, Québec Tél. : 418 683-3677 centresocialdelacroixblanche.org info@centresocialdelacroixblanche.org
La Boussole Aide aux proches d’une personne atteinte de maladie mentale 302, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 523-1502 laboussole@bellnet.ca www.laboussole.ca
Centre Communautaire l’Amitié Milieu de vie 59, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418522-5719 info@centrecommunautairelamitie.com www.centrecommunautairelamitie.com
Centre d’Entraide Émotions
3360, de La Pérade, suite 200, Québec Tél. : 418 682-6070 emotions@qc.aira.com www.entraide-emotions.org
La Maison l’Éclaircie
Troubles alimentaires
2860, rue Montreuil, Québec Tél. : 418650-1076 info@maisoneclaircie.qc.ca www.maisoneclaircie.qc.ca
Le Pavois
2380, avenue du Mont-Thabor, Québec
Tél. : 418627-9779
Téléc. : 418 627-2157
Le Verger 943, av. Chanoine-Scott, Québec Tél. : 418-657-2227 www.leverger.ca
Ocean
Intervention en milieu
Tél. : 418 522-3352
Intervention téléphonique Tél. : 418 522-3283
Parents-Espoir 363, de la Couronne, bureau 410, Québec Tél. : 418-522-7167
Service d’Entraide l’Espoir 125, rue Racine, Québec Tél. : 418 842-9344 seei@videotron.ca www.service-dentraide-espoir.org
Relais La Chaumine 850, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 529-4064 chaumine@bellnet.ca relaislachaumine.org
Amicale Alfa de Québec 75, rue des Épinettes, Québec Tél. : 418 647-1673 alphadequebecinc@videotron.ca
Point de Repères 545, rue du Parvis, Québec
Tél. : 418 648-8042 www.pointdereperes.com
VIH-Sida
MIELS-Québec
Information et entraide dans la lutte contre le VIH-sida 625, avenue Chouinard, Québec
Tél. : 418 649-1720
Ligne Sida aide : 418 649-0788 miels@miels.org www.miels.org
À TOUS NOS PRÉCIEUX
7- Héritier.Sortie. Aiguille des secondes.
8- Comédiens. Nuages. Quiest relatif à l’estomac.
9- Perse. Licorne des mers arctiques. Crucifiés à côté deJésus. Prénom du fondateur de la ville de Québec.
PARTENAIRES !
PARTENAIRES OR
• Centraide PARTENAIRES ARGENT
• CKRL FM 89,1
• Spa des Neiges
• Les Impressions Stampa PARTENAIRES BRONZE
• Audiothèque
• Intermarché St-Jean
• Services Harmonia
PARTENAIRES INCONDITIONNELS
• Bal du Lézard
• Maison Revivre
PARTENAIRES AD VITAM AETERNAM
• Claude Gallichan, chiropraticien
• Yves Boissinot
RÉPONSES LA QUÊTE DES MOTS
10- Triangle dont les trois côtés sont inégaux. Épée longue etacérée. Dialogue entre internautes (AAAECLDRVG)
Solution
QUOI DE NEUF LA NATURE ?
LE CASTOR : DE SYMBOLE
À NUISANCE
DANGEREUSE EXPLOITATION
Ce n’est qu’en 1975 que le castor est devenu emblème o ciel du Canada bien que l’histoire de la colonisation du pays soit intimement liée à cet animal. En e et, au temps des colons, l’essor économique du Canada se fait littéralement sur son dos, alors que la mode est au chapeau poilu. En 1851, le castor devient, pour la première fois, un symbole national lorsqu’il est représenté sur le premier timbre-poste canadien. Maigre reconnaissance pour cet animal qui était en voie d’extinction au milieu du 19e siècle à la suite de son exploitation e rénée.
LE RETOUR DU BALANCIER
Suite à des mesures de préservation de la faune, les populations de castor ont prospéré dans tout le pays à un tel point qu’aujourd’hui on le considère souvent comme nuisible. Les activités humaines sont également à la source du retour en force des populations de castors : l’exploitation forestière laisse souvent place à la repousse de jeunes feuillus, particulièrement a ectionnés par les castors, ce qui a stimulé l’augmentation des populations. C’est d’ailleurs précisément dans les lieux d’exploitation que l’on juge le castor comme espèce nuisible puisqu’il cause parfois des inondations aux abords des routes, mais également dans les champs de culture. De manière anecdotique, un castor a été à l’origine des pannes de téléphones et d’Internet après qu’un arbre qu’il a mangé a, dans sa chute, endommagé plusieurs poteaux téléphoniques et des câbles à bre optique. Ce n’est pas seulement au Canada que le castor cause des dommages ; il est également devenu une espèce envahissante en Argentine et au Chili! Le castor y a été introduit en 1946 par le gouvernement a n de développer le commerce de la fourrure, et maintenant, la population y est quatre fois plus dense que celle observée en Amérique du Nord. Dans la région de la Terre de Feu au sud du Chili et de l’Argentine, le castor décime la forêt qui n’est pas adaptée à un tel type de perturbation de sorte que suivant la construction de barrages et le grignotement des arbres, ces derniers n’arrivent pas à recoloniser le nouvel habitat créé. Les anciens barrages, qui avec le temps se transforment en prairie possèdent peu de végétation ce qui est propice à l’envahissement par d’autres espèces exotiques qui sont nuisibles à la biodiversité.
UNE QUESTION DE POINT DE VUE
Bien qu’il soit considéré comme nuisible par certains, une remise en perspective est essentielle. En fait, le castor, seul mammifère en dehors des humains à modi er intentionnellement son habitat naturel, est essentiel à la biodiversité. La construction de barrage lui permet de créer un étang qui lui sert de protection contre ses prédateurs, tandis que les amoncellements de branches lui servent de garde-manger. Ces fameux barrages modi ent le paysage et crée de nouveaux habitats humides. Les milieux humides sont reconnus être des mines d’or de biodiversité étant donné qu’une grande diversité végétale peut s’y développer. Les milieux humides permettent également de soutenir une grande diversité d’insectes qui supportent à leur tour, avec les plantes, une grande diversité d’oiseaux, d’amphibiens et de mammifères.
Dans le sud du Québec, c’est 55 000 ha de milieux humides qui ont été dégradés ou détruits, par l’action humaine, entre 1990 et 2011 dans les basses-terres du Saint-Laurent qui s’étendent de part et d’autre du euve entre la Montérégie et la Capitale-Nationale. En comparaison, l’île de Montréal a une super cie de 48 300 ha !
Les milieux humides sont également béné ques pour l’humain puisqu’ils retiennent naturellement l’eau de pluie et de fontes des neiges diminuant grandement les risques d’inondation. C’est d’ailleurs pour cette raison que le retour du castor disparu de l’Angleterre pendant 500 ans y est perçu positivement.