DEUIL Photo: Brodie Vissers de Burst
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RĂALISER LâESPOIR LâArchipel dâEntraide, organisme Ă but non lucratif, vient en aide Ă des personnes qui, Ă un moment donnĂ© de leur existence, sont exclues du marchĂ© du travail ou vivent en marge de la sociĂ©tĂ©. Ces laissĂ©s pour compte cumulent di Ă©rentes problĂ©matiques: santĂ© mentale, itinĂ©rance, toxicomanie, pauvretĂ©, etc. Dans la foulĂ©e des moyens mis en place pour amĂ©liorer le sort des plus dĂ©favorisĂ©s, lâArchipel dâEntraide lance, en 1995, le magazine de rue La QuĂȘte. Par dĂ© nition, un journal de rue est destinĂ© Ă la vente â sur la rue! â par des personnes en di cultĂ©, notamment des sans-abri. La QuĂȘte permet ainsi aux camelots de reprendre con ance en leurs capacitĂ©s, de rĂ©aliser quâĂ titre de travailleurs autonomes ils peuvent assumer des responsabilitĂ©s, amĂ©liorer leur quotidien, socialiser, bref, reprendre un certain pouvoir sur leur vie.
LâArchipel dâEntraide, composĂ©e dâune Ă©quipe dâintervenants expĂ©rimentĂ©s, o re Ă©galement des services dâaccompagnement communautaire et dâhĂ©bergement de dĂ©pannage et de soutien dans la recherche dâun logement par le biais de son service Accroche-Toit.
Depuis sa crĂ©ation, La QuĂȘte a redonnĂ© lâespoir Ă quelques centaines de camelots.
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FAIRE DES SOUS EN DEVENANT CAMELOT Les camelots font 2 $ de pro t sur chaque exemplaire vendu. Autonomes, ils travaillent selon leur propre horaire et dans leur quartier.
Pour plus dâinformations, communiquez avec Francine Chatigny au 418 649-9145 poste 109
Nous vous encourageons fortement Ă acheter La QuĂȘte directement Ă un camelot. Toutefois, si aucun dâeux ne dessert votre quartier, vous pouvez vous abonner et ainsi nous aider Ă maintenir la publication de lâunique magazine de rue de QuĂ©bec.
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10 PARUTIONS PAR ANNĂE Abonnement rĂ©gulier65 $
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PAGE COUVERTURE
Ćuvre de Yacinthe Couture
Conception graphique: Megan Martel et Helen Samson
ĂDITEUR
Archipel dâEntraide
ĂDITEUR PARRAIN
Claude Cossette
RĂDACTRICE EN CHEF
Francine Chatigny
DIRECTRICE DE LâINFORMATION
Valérie Gaudreau
SECRĂTAIRE DE RĂDACTION
Isabelle Noël
CHRONIQUEUR.SE.S
Philippe Bouchard, Maurane Bourgouin, Martine Corrivault, Claude Cossette et Denys Lortie
JOURNALISTES
Gabrielle Cantin, Nicolas Fournier-Boisvert, Alexandre Gilbert, Stéphanie Grimard, Maria Juneau, Magnolia Komsky, Mélodie Langevin, Gabrielle Pichette et Manon Prat
AUTEUR.E.S
Julie Bellemare, Blue bird, Martine Blais, Gaétan Duval, Nancy Goulet, Lisa Goyette, Armand Labbé, Renée Perron, Bernard St-Onge et Jade Valronne
AUTEUR DU JEU
Jacques Carl Morin
PHOTOGRAPHE
Alexandre Gilbert
BĂDĂISTE
Martine Lacroix
RĂVISEUR.E
Benoit Arsenault et Marie-HélÚne Gélinas
INFOGRAPHISTES
Megan Martel et Helen Samson
IMPRIMEUR
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La QuĂȘte, QuĂ©bec, Canada, 2014
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LE DEUIL ExpĂ©rience universelle sâil en est une, chaque deuil est nĂ©anmoins unique. Il nous a ige dans nos vies personnelle et professionnelle et provoque une panoplie dâĂ©motions prĂ©visibles⊠ou non.
De lâintervenant en colĂšre de ne pas avoir obtenu de rĂ©ponse, Ă la dĂ©putĂ©e qui fait voter une loi pour reconnaĂźtre le deuil pĂ©rinatal, des organismes qui travaillent Ă Ă©viter que des gens meurent dans la plus grande indi Ă©rence, Ă
ceux qui accompagnent les enfants dans le deuil, des rites funĂ©raires dâailleurs Ă ceux dâici qui sâadaptent Ă de nouvelles rĂ©alitĂ©s, ce numĂ©ro invite Ă rĂ© Ă©chir Ă cette incontournable rĂ©alitĂ©. Et dĂ©montre que la philosophie â et la poĂ©sie â peut ĂȘtre une voie pour lâapprivoiser.
Bonne lecture,
FRANCINE CHATIGNY
Ă LA UNE : ĆUVRE DE YACINTHE COUTURE TECHNIQUE : FROTTEMENT. BRONZE SUR FOND NOIR.
Frottement du bas-relief dâune reproduction de la dalle funĂ©raire de William de Setvans (1278-1322). La dalle, dâune longueur de 74 pouces, reprĂ©sente le personnage couchĂ© dans sa tombe. Ce frottement, au brass rubbing, a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans une Ă©glise de Saint-Jean Nouveau-Brunswick pendant quâun organiste pratiquait la Toccata et Fugue en rĂ© mineur de Bach.
Le frottement consiste Ă Ă©tirer un papier de chi on de lin sur le tombeau et Ă frotter vigoureusement avec une cire trĂšs dure la surface de papier pour obtenir une copie exacte de la plaque de laiton. Le papier peut facilement dĂ©chirer en raison des arĂȘtes et de lâusure du laiton. Pour rĂ©aliser cette Ćuvre, Yacinthe Couture a passĂ© plusieurs heures assises Ă frotter le tombeau et a dĂ» tout recommencer Ă zĂ©ro Ă quelques reprises parce que le papier dĂ©chirait. Cette technique nĂ©cessite beaucoup de patience.
NOS EXCUSES MAURANE Depuis octobre dernier, Maurane Bourgouin signe la chronique Quoi de neuf la nature ?
Cette biologiste et Ă©cologiste spĂ©cialisĂ©e en bryologie (Ă©tude des mousses) partage avec gĂ©nĂ©rositĂ© ses connaissances pointues sur lâenvironnement et lâinteraction entre les ĂȘtres vivants, et nous en sommes ravis.
Mais, mais, mais, mais, je ne sais pour quelle raison, je massacre son nom Ă presque chaque Ă©dition. Je suis vraiment dĂ©solĂ©e, Maurane. EspĂ©rant que cet aveu public aura pour e et dâancrer Ă tout jamais le nom Bourgouin dans mon cerveau.
FRANCINE CHATIGNY
Cossette
NOUS SAVONS TOUS MOURIR Un jour, jâavais cinq ans, ma mĂšre reçoit un appel tĂ©lĂ©phonique qui dure et qui dure. Je tends lâoreille et je comprends que ma jeune cousine vient dâĂȘtre broyĂ©e par une auto sous les yeux de ma tante. Ma mĂšre raccroche et, en larmes, annonce : « Câest la Mort. Diane a eu un accident ». La Mort qui annonce elle-mĂȘme le dĂ©cĂšs de Diane ? Câest Ă©peurant. Au cours des jours suivants, je comprends que câest le voisin, Henri Lamarre, qui tĂ©lĂ©phonait la nouvelle. Ăa a Ă©tĂ© la premiĂšre fois que la Faucheuse me posait question.
LA MORT QUI RĂDE Depuis le dĂ©cĂšs de Diane, la mort me fascine. Elle ne me fait pas peur, elle, mâintrigue, me captive. Je voudrais savoir ce qui se produit exactement au moment oĂč elle survient. Je sais, le cĆur arrĂȘte de battre, lâactivitĂ© cĂ©rĂ©brale cesse. Mais quâadvient-il Ă ce que plusieurs appellent « lâĂąme »? VoilĂ la question.
La mort embĂȘte les humains. Elle est le lieu dâune interrogation sans rĂ©ponse. De tout temps, les philosophes se penchent sur cette question et chacun, parfois mĂȘme un enfant, se retrouve un jour cogitant sur cet Ă©vĂ©nement.
Jâai consultĂ© le catalogue Les Libraires.ca. Il recense plus de 4692 titres contenant le mot « mort », allant de La mort nâexiste pas de StĂ©phane Allix (Ă©sotĂ©risme) Ă Les morts ont la parole de Philippe Boxho (mĂ©decine lĂ©gale) ou Ă Ce que la vie doit Ă la mort de Boucar Diouf (piĂ©tĂ© liale).
Dans la trentaine jâai lu mon premier livre sur le sujet, La Mort⊠et puis aprĂšs ? de Marc Oraison, un mĂ©decin et un prĂȘtre. AprĂšs, je me suis attaquĂ© Ă un gros bouquin LâHomme devant la mort de lâethnohistorien Philippe AriĂšs. Puis, jâai tĂątĂ© Les derniers instants de la vie, le best-seller de lâĂ©sotĂ©rique psychiatre Elisabeth KĂŒbler-Ross â sans compter des dizaines dâautres que jâai lus. MĂȘme aprĂšs toutes ces lectures, je ne sais pas ce qui se produit quand on passe le pas.
Les chrĂ©tiens rĂ©pĂštent les mots de Paul de Tarse : « Mort, oĂč est ta victoire? ». Comme lui, les croyants veulent se convaincre que la mort nâest quâun passage vers un monde meilleur. Or, il faut une bonne dose de crĂ©dulitĂ© pour se persuader que lâon peut gagner le ciel Ă mourir. Comme le rappelle Michel Onfray : « La philosophie, lâart et la religion existent parce que la mort oblige les hommes Ă inventer des parades pour ne pas avoir Ă trembler dâe roi devant elle ». Pourtant, il nây a pas lĂ matiĂšre Ă sâinquiĂ©ter, car, explique-t-il, « la mort ne concerne ni les vivants pour lesquels elle nâest pas ni les morts pour qui elle nâest plus ; la mort elle-mĂȘme, nous ne la rencontrons jamais ».
LA MORT QUI FRAPPE On dit de la mort quâelle « frappe ». Câest un Ă©vĂ©nement frappant, en e et. Câest toujours une Ă©ventualitĂ© qui abasourdit, quâelle touche un proche, une personne de la gĂ©nĂ©ration prĂ©cĂ©dente, un personnage public ou mĂȘme un inconnu emportĂ© par une catastrophe.
Chacun sait intellectuellement que la mort peut survenir Ă tout moment, mais, un jour, elle se manifeste par un signe : un organe qui joue de plus en plus mal son rĂŽle. Une tache cancĂ©reuse. Une telle Ă©ventualitĂ© est plus probable Ă mesure quâon prend de lâĂąge. Quand la mort est annoncĂ©e Ă brĂšve Ă©chĂ©ance, mĂȘme prĂ©vue de longue date, câest un coup Ă encaisser pour la personne concernĂ©e et pour les plus proches. Et la vie perd de son sens sâil sâagit de son enfant.
Pourtant, la plupart des gens rĂ©ussissent Ă survivre. Comment y arrivent-ils ? Câest la vie elle-mĂȘme qui les pousse vers lâavenir alors que chacun essaie de vivre malgrĂ© ce qui a changĂ© en jouant le rĂŽle du survivant.
Sans compter que, alors quâelle Ă©tait vivante, les qualitĂ©s de la personne dĂ©cĂ©dĂ©e Ă©taient estompĂ©es par la vie quotidienne. Disparue, elle apparaĂźt subitement comme prĂ©cieuse, pleine de qualitĂ©s, produisant un immense manque chez les proches qui lui survivent.
Comment combler ce vide? Il nâexiste pas de façon, car chaque individu est unique. Pour adoucir cette vacuitĂ©, il y a la chaleur humaine, la solidaritĂ©. Les amis. Quand les amis sont peu nombreux, on peut miser, sous prĂ©texte de prendre un cafĂ© ou une biĂšre, sur lâoreille dâun voisin, dâune connaissance.
Reste une recette e cace contre lâangoisse : sâactiver. Je lâai testĂ©e. Elle fonctionne. Travailler de ses mains ou sâattaquer Ă un problĂšme intellectuel monopolise tant de matiĂšre grise quâil nâen reste plus pour traiter lâangoisse. Il est en e et impossible de faire quelque chose le moindrement absorbant et, en mĂȘme temps, de resasser son malheur.
ĂPILOGUE Le philosophe AndrĂ© Comte-Sponville : « Apprendre Ă mourir ? A quoi bon, puisquâon est certain dây parvenir ! Apprendre Ă vivre, voilĂ la grande a aire! ».
Le poĂšte Louis Aragon : « Je vais te dire un grand secret : il est plus facile de mourir que dâaimer ».
CLAUDE COSSETTE
QUI A TUĂ SĂBASTIEN « LĂVESQUà » ? La paix advient en se souvenant que seul lâAmour est rĂ©el.
Nous sommes au pays des Acadiens et des Acadiennes. Ă notre droite, la grande baie Sainte-Marie sâo re Ă nous. La radio fait jouer M. Banjo de Jacques Surette. CĂŽtĂ© passager, Jackie mâamuse avec son faux accent acadien. Je dĂ©couvre une nouvelle identitĂ© chez mon amoureuse. En faisant dĂ© ler son l dâactualitĂ©, elle sâexclame de son quĂ©bĂ©cois naturel :
« Tabarnak, quelquâun sâest fait tuer par la police devant lâhĂŽpital Enfant-JĂ©sus ! ».
Sébastien Lévesque
« JUSTICE ET FAITS DIVERS »
Nous lisons les grands titres.
« DERNIĂRE HEURE Ă QUĂBEC
â Un homme atteint par balles, lors dâune intervention policiĂšre »
« Un homme en crise meurt aprĂšs une intervention policiĂšre prĂšs dâun hĂŽpital »
« Un homme abattu lors dâune intervention policiĂšre Ă QuĂ©bec »
« [PHOTOS] Limoilou : lâhomme en crise neutralisĂ© par le SPVQ succombe Ă ses blessures »
« Lâhomme âneutralisĂ©â par la police devant lâhĂŽpital de lâEnfant-JĂ©sus est mort »
Retenons le discours o ciel.
« Avec ce comportement-lĂ et le fait quâil Ă©tait armĂ© dâune arme blanche,
les policiers ont dĂ» prendre lâaction et neutraliser la menace. [âŠ] Pour le moyen employĂ©, ça fait partie de lâenquĂȘte », a expliquĂ© Marie-Pier Rivard, porte-parole du SPVQ.
Dans le but de donner un peu de sens Ă ce qui se passe.
Sur les photos des di Ă©rents mĂ©dias, nous comprenons que lâĂ©vĂ©nement sâest dĂ©roulĂ© Ă lâarrĂȘt dâautobus du RTC « 1295 â H. Enfant-JĂ©sus », Ă 91 mĂštres de lâurgence de lâEnfant-JĂ©sus, et des ambulanciers. On aperçoit Ă©galement un sac Ă dos noir. Nous savons Ă©galement quâune enquĂȘte au Bureau des enquĂȘtes indĂ©pendantes (BEI-230727-001) a Ă©tĂ© enclenchĂ©e.
LA DĂTONATION De retour de vacances depuis trois jours, un ancien collĂšgue me retrouve Ă mon bureau et me dit : « Jâsuis pas censĂ© te dire ça, mais le gars qui sâest fait tuer Ă lâhĂŽpital, câest SĂ©bastien ».
PRĂLUDE â LES FOUS
CRIENT TOUJOURS AU SE-
COURS !
Certains dâentre vous ont peut-ĂȘtre eu la chance de rencontrer SĂ©bastien ou de lui acheter La QuĂȘte. Si vous avez achetĂ© un magazine entre 2008 et 2021, le long de la rue Saint-Joseph, il est possible que ce soit Ă lui. Il avait de longs cheveux bruns et des yeux en amande assortis. Un long visage, plutĂŽt maigre. GĂ©nĂ©ralement, je lâentendais parler dâune voix douce, quasi inaudible. En raison de ses hallucinations, il arrivait que lâon ne partage pas une comprĂ©hension de la rĂ©alitĂ©.
QUI ENTEND LES FOUS ? Les spĂ©cialistes de la santĂ© mentale ne sâentendaient pas avec les spĂ©cialistes en toxicomanie : est-ce le trouble dâusage des substances qui
induit les symptĂŽmes psychotiques ? Ă moins que ce soit les symptĂŽmes psychotiques qui induisent lâabus de substance (voir automĂ©dication) ? Malheureusement, le protocole mĂ©dical aura Ă©tĂ© moins e cace pour SĂ©bastien que le protocole policier : il se situait, armĂ© dâune arme blanche, Ă moins de 21 pieds dâun policier et reprĂ©sentait un risque pour les autres.
LA SUITE DE LâENQUĂTE LâEnquĂȘte du bureau des a aires indĂ©pendantes a dĂ©butĂ© le 27 juillet 2023.
Le 4 février 2024, le BEI dépose son rapport au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).
« JACKIE, JâĂTAIS SĂR QUE CâĂTAIT LUI ! LES MĂMES YEUX, JâTE LâJURE ! »
SĂ©bastien est disparu. Depuis quelques mois Ă lâArchipel dâEntraide, nous recevons pĂ©riodiquement du courrier adressĂ© au nom de Feu-SĂ©bastien LĂ©vesque. MalgrĂ© que nous savons quâil est dĂ©cĂ©dĂ©, quâil ne reviendra pas, nous continuons Ă le rechercher dans la rue. Les hommes n quarantaine, dont la couette est encore brun foncĂ©, ou ceux dont le visage est allongĂ© et les yeux en amande, me rappellent celui que nous ne reverrons plus. Celui qui est disparu de notre quotidien, sans quâon nous explique, quâon nous raconte, quâon nous console. Vous qui avez le devoir de nous protĂ©ger et le pouvoir de nous tuer, vous devriez avoir le courage de nous rencontrer et de nous expliquer.
NICOLAS FOURNIER-BOISVERT INTERVENANT Ă LâARCHIPEL DâENTRAIDE
Le 13 janvier 2024, un documentaire est diffusĂ© sur les rĂ©seaux sociaux. Il fait le rĂ©cit du dĂ©cĂšs de quatre personnes en situation dâitinĂ©rance, ayant eu lieu Ă QuĂ©bec. Source : Sophie Ducas, 13 janvier 2024. MĂ©mo. Voir Code QR https://vimeo.com/902581574. Le rĂ©cit de SĂ©bastien y est prĂ©sentĂ©. « Des mots nâauraient-ils pas sufïŹ ? »
Photo: La QuĂȘte
UNE AMORCE DE RECONNAISSANCE Le deuil pĂ©rinatal se dĂ© nit comme la perte dâun bĂ©bĂ© durant la grossesse, pendant lâaccouchement ou la premiĂšre annĂ©e de sa vie. Chaque annĂ©e, plus de 23 000 familles sont touchĂ©es par cette rĂ©alitĂ© au QuĂ©bec. La dĂ©putĂ©e libĂ©rale DĂ©sirĂ©e McGraw a prĂ©sentĂ© en fĂ©vrier dernier un projet de loi visant Ă faire du 15 octobre la JournĂ©e quĂ©bĂ©coise de sensibilisation au deuil pĂ©rinatal. Elle a dâailleurs elle-mĂȘme traversĂ© cette Ă©preuve. La QuĂȘte est allĂ©e Ă sa rencontre.
S.G. â Avant de parler du projet de loi comme tel, jâaimerais vous demander quâest-ce qui caractĂ©rise le deuil pĂ©rinatal, en quoi estce quâil di Ăšre des autres types de deuils que lâon peut vivre?
D.M. â Ăvidemment, chaque personne vit son expĂ©rience diffĂ©remment. Câest un deuil compliquĂ©, ce nâest pas comme perdre un enfant qui a vĂ©cu â ce qui est insupportable bien sĂ»r â, mais dans ce cas câest di Ă©rent parce que tu nâas pas nĂ©cessairement lâappui de la communautĂ©. Pour certaines personnes ce nâest pas une rĂ©alitĂ©, mais câest tout de mĂȘme la perte dâun espoir. Il y a quand mĂȘme des e ets durables. Ăa peut durer toute une vie. Ăa reste un peu tabou, donc il faut dĂ©stigmatiser le deuil pĂ©rinatal, pour que les per-
sonnes qui le vivent se sentent moins seules.
S.G. â Quels genres de sentiments sont associĂ©s Ă cette expĂ©rience?
D.M. â Souvent la mĂšre va sentir un grand sentiment de culpabilitĂ©. Lorsque le bĂ©bĂ© est dĂ©cĂ©dĂ© dans ton corps, tu ne peux blĂąmer personne dâautre que toi-mĂȘme. Donc ça peut avoir des impacts trĂšs intenses. Câest pour ça que ça prend du soutien, psychologique entre autres. Dans mon cas jâai eu accĂšs Ă des ressources privĂ©es, mais ce que je veux voir, câest que ce soutien soit accessible Ă tous, peu importe oĂč tu vis au QuĂ©bec. Le 15 octobre, câest un dĂ©but, mais il y a beaucoup dâautres Ă©tapes pour vraiment faire en sorte quâon mette en place des mesures concrĂštes pour appuyer les familles.
S.G. â Quâest-ce qui est o ert actuellement comme services pour accompagner les gens qui vivent cette rĂ©alitĂ© du deuil pĂ©rinatal?
faire un deuil. Il faudrait aussi quâil y ait plus dâĂ©tudes, plus de recherche sur les causes et les consĂ©quences. On a besoin aussi de plus de formation pour les mĂ©decins et les in rmiĂšres.
S.G. â En quoi consiste la loi que vous avez fait adopter Ă lâAssemblĂ©e nationale?
D.M. â La loi dit que le 15 octobre devient la JournĂ©e quĂ©bĂ©coise de sensibilisation au deuil pĂ©rinatal. Câest dĂ©jĂ le cas dans dâautres provinces et ailleurs dans le monde. LâidĂ©e câest dâen parler, de reconnaĂźtre le deuil pĂ©rinatal comme une rĂ©alitĂ©. Ăa peut aussi aider les gens de lâentourage Ă mieux rĂ©agir auprĂšs des familles. Câest un vrai deuil, câest un dĂ©cĂšs, câest une vraie perte. Tu dis « allΠ» et « au revoir » dans le mĂȘme instant. Câest tout un espoir qui disparaĂźt. Ăa ne doit pas ĂȘtre banalisĂ©, ou mĂȘme niĂ©. Câest ça qui complexi e ce genre de deuil.
S.G. â Et le fait que la loi ait Ă©tĂ© adoptĂ©e Ă lâunanimitĂ©, quâest-ce que ça nous dit Ă propos de notre dĂ©mocratie?
Câest un vrai deuil, câest un dĂ©cĂšs, câest une vraie perte. Tu dis « allΠ» et « au revoir » dans le mĂȘme instant.
D.M. â Câest vraiment trĂšs inĂ©gal. Selon lâhĂŽpital, les ressources vont ĂȘtre trĂšs di Ă©rentes. Certains vont donner un pamphlet pour expliquer les ressources disponibles, mais ce ne sont pas toujours des spĂ©cialistes qui sont recommandĂ©s. Il y a aussi des groupes de parents pour parler de leur expĂ©rience. Il existe des congĂ©s, mais seulement pour les mĂšres. Pour le pĂšre, aucun congĂ©. Ni pour les femmes qui perdent leur bĂ©bĂ© avant vingt semaines. Comme ça peut avoir de gros impacts sur la santĂ© mentale, il faudrait donner aux gens le temps pour se remettre â mĂȘme si on ne se remet jamais Ă 100 â pour
D.M. â Je pense que le fait que ça a Ă©tĂ© adoptĂ© unanimement, et proposĂ© par un membre de lâopposition, ce qui est trĂšs rare, ça dit beaucoup. Ce nâest pas un enjeu partisan, câest trĂšs humain comme question. Ăa me donne espoir. Les gens voient beaucoup le con it Ă lâAssemblĂ©e nationale, mais pour moi les moments forts câest quand on est unis, quand tout le monde parle dâune seule voix. Ăa arrive, et ça mâencourage. Je suis trĂšs reconnaissante envers mes collĂšgues dâavoir adoptĂ© ce quâon appelle la « loi de Catherine » [le nom de lâenfant quâelle a perdu].
STĂPHANIE GRIMARD PASSER ENTRE LES MAILLES DU FILET Quand quelquâun dĂ©cĂšde sans proches pour honorer sa mĂ©moire, son nom allonge la liste des corps non rĂ©clamĂ©s du Bureau du coroner. Parmi eux, on retrouve Delphine Savoie, 83 ans, John Krugger, 85 ans, Rodolphe Blaha, 84 ans, et Evelyne Le Guluche, 87 ans. Leur point commun : lâĂąge. Face Ă la montĂ©e de lâisolement chez les aĂźnĂ©s, des organisations comme lâAlbatros et lâInstitut sur le vieillissement et la participation sociale des aĂźnĂ©s (IVPSA) proposent des solutions pour mieux entourer ceux dont le cercle social sâe rite au l des annĂ©es.
Lâorganisme lâAlbatros combat lâisolement chez les aĂźnĂ©s en proposant de lâaccompagnement aux personnes en n de vie. Les bĂ©nĂ©voles impliquĂ©s deviennent ce que Marie-Chantal GagnĂ©, directrice de lâorganisme, appelle des « liens signi catifs ». Pour certaines des personnes ĂągĂ©es accompagnĂ©es, le lien signi catif créé par le bĂ©nĂ©vole de lâAlbatros leur Ă©vite une n de vie isolĂ©e et mĂȘme une potentielle inscription sur la liste des corps non rĂ©clamĂ©s.
« On a accompagnĂ© un monsieur il y a quelques annĂ©es. CâĂ©tait sa voisine lâexĂ©cutrice testamentaire. On a soutenu cette voisine-lĂ pour que le monsieur puisse ĂȘtre enterrĂ©. De se dire quâon prend la responsabilitĂ© dâassurer la mise en terre de quelquâun qui Ă©tait juste une connaissance, câest quand mĂȘme une grosse responsabilitĂ©. Aux funĂ©railles, il y avait moi pour soutenir le bĂ©nĂ©vole, le bĂ©nĂ©vole, et la voisine. On Ă©tait trois ».
Pour la directrice gĂ©nĂ©rale de lâAlbatros, un tel scĂ©nario est une petite victoire. Bien que la prĂ©sence de seulement trois personnes aux funĂ©railles puisse sembler peu, Marie-Chantal GagnĂ© se rĂ©jouit que le dĂ©funt ait pu ĂȘtre honorĂ© une derniĂšre fois grĂące Ă sa voisine et au bĂ©nĂ©vole, avec qui il entretenait un lien signi catif.
DISTINGUER SOLITUDE ET ISOLEMENT AndrĂ© Tourigny, mĂ©decin clinicien et co-directeur de lâInstitut sur le vieillissement et la participation sociale des aĂźnĂ©s, distingue lâisolement social de la solitude. Lâisolement se mesure par le nombre dâindividus que cĂŽtoie une personne. La solitude, elle, correspond au sentiment subjectif et nĂ©gatif qui relĂšve dâun Ă©cart entre ce que lâindividu souhaite comme qualitĂ© et quantitĂ© dâinteractions et ce qui est observable dans son quotidien. Une mĂȘme personne pourrait ĂȘtre isolĂ©e socialement, mais ne pas souffrir de solitude et inversement. Cette nuance introduit un important besoin de communication entre des organismes comme lâAlbatros et leurs bĂ©nĂ© ciaires a n dâassurer une rĂ©ponse adĂ©quate aux envies de la personne isolĂ©e.
Marie-Chantal GagnĂ© se remĂ©more lâhistoire dâune dame en n de vie qui Ă©tait dâabord rĂ©ticente Ă lâidĂ©e de recevoir une bĂ©nĂ©vole dans son intimitĂ© dans un tel moment de vulnĂ©rabilitĂ©. Elle a nalement acceptĂ© la main qui lui Ă©tait tendue. Ăa a durĂ© quelques semaines et la dame a dit Ă la bĂ©nĂ©vole : « Ăa fait des annĂ©es que je suis seule et je mâĂ©tais rĂ©signĂ©e Ă mourir dans la solitude puis, dans les derniĂšres semaines, je nâai jamais Ă©tĂ© aussi entourĂ©e que dans toute ma vie. »
REMĂDIER Ă LA SITUATION Le co-directeur de lâIVPSA insiste sur la nĂ©cessitĂ© dâune approche systĂ©mique pour remĂ©dier Ă la situation. « Il faut revoir nos communications, nos transports et il faut sâassurer que nos lieux et activitĂ©s sont accessibles physiquement et nanciĂšrement. » Pour lui, la rĂ©ponse adĂ©quate Ă lâenjeu rĂ©side dans le fait que la recherche, les rĂ©sidences pour personnes ĂągĂ©es et tous les types de lieux dans lesquels elles Ă©voluent travaillent main dans la main.
Lâinclusion rĂ©elle et concrĂšte des aĂźnĂ©s nĂ©cessite une volontĂ© partagĂ©e et incarnĂ©e. Il est essentiel de procurer aux aĂźnĂ©s un environnement accessible dans lequel ils peuvent sâĂ©panouir tout en vĂ©hiculant une image positive du vieillissement. « Câest tout lâenjeu de combattre lâĂągisme qui est un frein important Ă lâinclusion sociale et qui fait en sorte que les personnes ont le rĂ© exe de sâexclure », explique AndrĂ© Tourigny.
Le phĂ©nomĂšne des corps non rĂ©clamĂ©s semble re Ă©ter une problĂ©matique plus vaste dâisolement social chez les personnes ĂągĂ©es. Des organisations telles que lâAlbatros et lâIVPSA sâe orcent de combler le vide dans la vie de centaines dâaĂźnĂ©s. Pour ceux qui, malgrĂ© tout, tombent entre les mailles du let, la prĂ©sence dâun bĂ©nĂ©vole peut ĂȘtre rĂ©paratrice. Parfois, lâaccompagnement se fait dans le silence, Ă travers de simples mots rĂ©confortants : « Vous nâĂȘtes pas seul. »
MARIA JUNEAU
GABRIELLE CANTIN ET
LE DEUIL VU DâAILLEURS PriĂšres, amĂ©nagement dâautels Ă la mĂ©moire des dĂ©funts, chants, cĂ©lĂ©brations, il existe tout un Ă©ventail de traditions permettant aux humains Ă travers le monde de vivre le deuil. Jessica Cussy, Mon Chi et MĂ©lodie Langevin racontent comment le deuil est vĂ©cu Ă Madagascar, en Chine et au Mexique.
NĂ©e sur lâĂźle de Madagascar, Jessica Cussy se souvient des traditions funĂ©raires auxquelles elle a assistĂ©, ainsi que celles racontĂ©es par sa famille.
Jessica Cussy raconte que dans la culture traditionnelle malgache, la mort nâĂ©tait pas un tabou. Elle Ă©tait plutĂŽt considĂ©rĂ©e comme une Ă©tape naturelle du cycle de la vie. « Avant la colonisation, les Malgaches Ă©taient animistes. » Ainsi, pour eux, le vivant et le non-vivant Ă©taient animĂ©s de la mĂȘme Ă©nergie. Bien que ces croyances demeurent ancrĂ©es dans les traditions malgaches, la venue du christianisme a profondĂ©ment altĂ©rĂ© lâessence de ces derniĂšres. « Aujourdâhui, je crois quâil y a un dĂ©sir grandissant chez plusieurs Malgaches de reconnecter avec les origines de notre culture », croit-elle.
BĂNIR LES DĂFUNTS Les cĂ©rĂ©monies funĂ©raires sont accompagnĂ©es de chants de bĂ©nĂ©diction et de louanges a n dâaider le dĂ©funt Ă passer de lâautre cĂŽtĂ©. « Ă Madagascar, quand quelquâun dĂ©cĂšde, on lui souhaite que la terre lui soit plus lĂ©gĂšre. Autrement dit, que son esprit se dĂ©tache de lâemprise qui le retient au sol a n quâil puisse sâĂ©lever en douceur. »
LE RETOURNEMENT DES MORTS Lâune des coutumes pratiquĂ©es Ă certains endroits sur lâĂźle de Madagascar est la famadihana : la cĂ©rĂ©monie du retournement des morts. Comme son nom lâindique, elle consiste Ă remplacer soigneusement le linceul (le lambamena) dans lequel le corps du dĂ©funt est enveloppĂ©, tout en retournant ce dernier, puis Ă le remettre Ă sa place dans le caveau.
TROIS ANNĂES DE DEUIL QuĂ©bĂ©coise depuis prĂšs de 10 ans, Mon Chi a grandi Ă Hong Kong. MalgrĂ© les multiples in uences culturelles, orientales et occidentales, sa famille a conservĂ© un lien fort avec les traditions chinoises.
Elle raconte quâen Chine, la perte dâun ĂȘtre cher est suivie dâune pĂ©riode dâintrospection de trois ans oĂč les individus Ă©vitent de porter du rouge et de participer Ă des rassemblements festifs (mariages, cĂ©lĂ©brations, etc.). Lâobjectif est de permettre aux proches du dĂ©funt de vivre leur deuil. Lors de la premiĂšre annĂ©e, le but est dâaccepter le dĂ©cĂšs de la personne. La deuxiĂšme annĂ©e sert Ă se souvenir de ce que le dĂ©funt nous a transmis. « Par exemple, mon pĂšre Ă©tait une personne persĂ©vĂ©rante. La deuxiĂšme annĂ©e de deuil mâa donc permis de dĂ©couvrir ce que je pouvais apprendre de cette persĂ©vĂ©rance. » La troisiĂšme annĂ©e permet aux personnes de « tourner la page », de transcender le deuil et de reprendre graduellement leur mode de vie habituel.
LE DEUIL DANS LA TRADITION TAOĂSTE Mon Chi explique que dans la tradition taoĂŻste, le royaume des morts connecte avec celui des vivants lors de la 15e nuit du septiĂšme mois du calendrier chinois. Le festival Zhongyuan (aussi appelĂ© Yulanpen dans la tradition bouddhiste) a lieu pendant cette pĂ©riode. Pour cette occasion, les gens prĂ©parent des o randes de nourriture et brĂ»lent de lâencens ainsi que du papier Joss â un papier gĂ©nĂ©ralement fait de bambou symbolisant des biens terrestres â a n dâhonorer les dĂ©funts.
Ă la maison, les portraits des membres de la famille dĂ©cĂ©dĂ©s sont a chĂ©s au mur a n que leur descendance puisse maintenir une connexion avec leurs racines. « On voit tous les portraits de nos ancĂȘtres, certains sont mĂȘme dessinĂ©s, car la photographie
Citoyenne canadienne depuis 2016. Mon Chi conserve précieusement des éléments de son héritage culturel chinois. Cela lui permet de conserver ce lien avec ses origines.
Photo : Alexandre Gilbert/La QuĂȘte
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: Alexandre Gilbert/La QuĂȘte
LE DEUIL VU DâAILLEURS (SUITE) nâexistait pas encore », me raconte-t-elle. Dans les maisons sont aussi amĂ©nagĂ©s des autels oĂč lâon brĂ»le de lâencens pour saluer les dĂ©funts. « Lâencens symbolise la connexion avec lâinvisible. Câest comme la vie, lorsque le bĂąton est brĂ»lĂ©, il nâest plus lĂ , mais son odeur, sa prĂ©sence, demeure. »
QUAND LA MORT PREND DES COULEURS Dans les cimetiĂšres mexicains, la mort est loin dâĂȘtre terne. ColorĂ©s de toutes parts, ces lieux de recueillement sont des symboles de rassemblement et de festivitĂ©s. Contrairement Ă nos cimetiĂšres occidentaux dĂ©pouillĂ©s, ceux du Mexique regorgent de vie, de souvenirs et de couleurs vives. Les tombes sont ornĂ©es dâo randes, composĂ©es dâobjets aimĂ©s par le dĂ©funt, a n de lâaccompagner dans lâau-delĂ . Une bouteille de cerveza, un ballon de soccer ou des livres, par exemple, sont souvent dĂ©posĂ©s sur les tombes pour agrĂ©menter le voyage dans lâau-delĂ .
Le temps entre le décÚs et les funérailles est géné-
ralement court, le corps Ă©tant pris en charge par la famille. La veille des funĂ©railles, la famille se rĂ©unit chez elle avec le dĂ©funt pour passer une nuit blanche, pro tant ainsi des derniers instants avec lâĂȘtre cher. Bien que cela puisse sembler inhabituel, au Mexique, passer une nuit avec un cadavre ne pose aucun problĂšme.
Il est Ă©galement courant quâun ami de la famille, plutĂŽt quâun proche, prenne en charge lâorganisation des funĂ©railles, soulageant ainsi la famille endeuillĂ©e de cette tĂąche. ConformĂ©ment Ă la religion catholique
dominante au Mexique, la crémation est rare, seul quelques corps étant incinérés sur demande expresse du défunt.
EL DIA DE LOS MUERTOS Les funĂ©railles ne marquent pas la n du deuil. Les Mexicains visitent rĂ©guliĂšrement les tombes de leurs proches disparus tout au long de lâannĂ©e. Mais câest lors du DĂa de los Muertos que les morts rendent visite Ă leur famille. Pendant cette cĂ©lĂ©bration, des o randes sont prĂ©parĂ©es pour accueillir les dĂ©funts. Photos, eau, nourriture ou objets symboliques sont disposĂ©s pour honorer les disparus. Les festivitĂ©s sâĂ©tendent du 27 octobre au 2 novembre, chaque journĂ©e ayant une signi cation particuliĂšre. Une journĂ©e est par exemple dĂ©diĂ©e aux animaux dĂ©cĂ©dĂ©s, une autre aux bĂ©bĂ©s non baptisĂ©s ou bien encore, le 30 octobre est consacrĂ© aux morts oubliĂ©s et sans famille. Cette tradition ne se limite pas aux proches dĂ©funts, mais Ă tous les morts. La vision mexicaine de la mort est que tant quâon se souvient dâeux, les morts vivent Ă©ternellement.
Le lm de Disney Coco (2017) aborde avec justesse la signi cation du DĂa de los Muertos dans la culture mexicaine. Si vous souhaitez dĂ©couvrir davantage cette tradition tout en vous divertissant, ce lm est un excellent point de dĂ©part.
Contrairement Ă la vision occidentale de la mort, sombre et mĂ©lancolique, au Mexique, le deuil est cĂ©lĂ©brĂ© avec des couleurs vives, de lâamour et de la joie. Peut-ĂȘtre pourrions-nous nous inspirer quelque peu de cette vision plus positive de la mort a n dâadoucir notre tristesse lorsquâun proche nous quitte?
CONSERVER LA MĂMOIRE
En n, un seul article ne saurait couvrir lâĂ©tendue de la richesse culturelle humaine, mais sâil y a bien une chose qui semble commune aux sociĂ©tĂ©s qui existent et ont existĂ©, câest ce dĂ©sir de conserver la mĂ©moire des ĂȘtres chers, dâhonorer la vie; de la cĂ©lĂ©brer.
ALEXANDRE GILBERT ET MĂLODIE LANGEVIN
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photo : Pinterest
PHILOSOPHER LA MORT LâexpĂ©rience de la perte dâun ĂȘtre cher peut ĂȘtre accablante et dĂ©moralisante. Les gens ont souvent du mal Ă trouver un sens face Ă cette perte. Pour naviguer dans le processus de deuil, la philosophie o re des perspectives prĂ©cieuses.
Mon intĂ©rĂȘt pour les grands courants philosophiques, notamment lâexistentialisme, le stoĂŻcisme et lâĂ©picurisme, mâa permis de comprendre que philosopher, câest apprendre Ă mourir (PhĂ©don de Platon).
EXISTENTIALISME
Lâexistentialisme est bien plus quâune simple philosophie ; câest un guide pour a ronter les Ă©preuves les plus sombres de la vie, y compris le deuil. En nous confrontant Ă la rĂ©alitĂ© des choses, cette philosophie nous encourage Ă trouver un sens.
Les penseurs existentialistes, tels que Friedrich Nietzsche, nous incitent Ă regarder au-delĂ de la tragĂ©die et Ă forger notre propre destinĂ©e, mĂȘme dans les moments les plus douloureux. Ils nous rappellent que notre conscience de la nitude de la vie donne un poids particulier Ă chaque choix et Ă chaque action, et que câest prĂ©cisĂ©ment cette conscience qui donne un sens profond Ă notre existence.
En reconnaissant la temporalité de la vie et en embrassant notre propre vulnérabilité, nous pou-
vons trouver la force nĂ©cessaire pour traverser le deuil et pour apprĂ©cier pleinement chaque instant de notre existence. Lâexistentialisme nous invite Ă vivre authentiquement, en accord avec notre propre vĂ©ritĂ©, et Ă trouver un sens dans la vie, mĂȘme face Ă la mort inĂ©luctable.
En n de compte, câest cette libertĂ© fondamentale de donner un sens Ă notre propre vie qui peut nous aider Ă transcender la douleur du deuil et Ă dĂ©couvrir une nouvelle apprĂ©ciation de la beautĂ© et de la richesse de la vie.
STOĂCISME Le stoĂŻcisme, dont lâun des penseurs les plus connus est Marc AurĂšle, o re un guide prĂ©cieux pour naviguer Ă travers les eaux tumultueuses du deuil. Enseignant la sagesse de lâacceptation, les stoĂŻciens nous rappellent que la mort fait partie intĂ©grante de la condition humaine. PlutĂŽt que de la craindre, il sâagit de lâaccueillir comme une composante naturelle et inĂ©vitable de la vie.
« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements quâils portent sur les choses. [âŠ] le jugement que la mort est redoutable, câest lĂ ce qui est redoutable. ».
â Manuel dâEpictĂšte, 5
Dans la vision stoĂŻcienne, lâacceptation de la mort va de pair avec la maĂźtrise de nos Ă©motions. PlutĂŽt que de nous laisser submerger par le chagrin, nous sommes encouragĂ©s Ă canaliser notre Ă©nergie vers ce qui est en notre pouvoir : notre attitude et notre perspective face Ă la perte. Câest lĂ que rĂ©side la clĂ© de lâataraxie, la tranquillitĂ© de lâĂąme tant recherchĂ©e par les stoĂŻciens.
Face Ă la mort dâun ĂȘtre cher, le stoĂŻcisme nous rappelle que nous avons le pouvoir de choisir notre
réponse. Nous pouvons nous laisser emporter par le désespoir ou nous élever au-dessus de la douleur en cultivant la gratitude pour les moments partagés et les leçons apprises. En adoptant cette approche, nous pouvons trouver la paix intérieure et surmonter le deuil avec résilience et grùce.
ĂPICURISME LâĂ©picurisme o re un Ă©clairage unique sur la façon de surmonter le deuil. En se concentrant sur la recherche de la tranquillitĂ© et du plaisir, lâĂ©picurisme invite ceux en deuil Ă trouver du rĂ©confort dans les plaisirs simples de la vie et Ă adopter une attitude de sĂ©rĂ©nitĂ© face Ă la mort.
Pour les Ă©picuriens, la mort est simplement la n de la conscience et de la sou rance, un Ă©tat oĂč il nây a ni douleur ni sensation. Ăpicure, fondateur du courant, enseigne que la peur de la mort est irrationnelle : « Ainsi le mal qui nous e raie le plus, la mort, nâest rien pour nous, puisque lorsque nous existons, la mort nâest pas lĂ et lorsque la mort est lĂ , nous nâexistons pas. » Ainsi, plutĂŽt que de craindre la mort, lâĂ©picurisme nous encourage Ă nous dĂ©tacher de cette idĂ©e et Ă nous concentrer sur la jouissance de la vie prĂ©sente. En cultivant une attitude de dĂ©tachement tranquille face Ă la mort, il est possible de trouver la paix intĂ©rieure et apprendre Ă vivre pleinement, mĂȘme dans les moments les plus sombres.
La philosophie nous amĂšne Ă réévaluer notre perception de la vie et de la mort, ce qui peut apporter du rĂ©confort face Ă la perte et favoriser un sentiment dâespoir et de rĂ©silience. La philosophie sâavĂšre un outil puissant pour traiter et comprendre le deuil.
MĂLODIE LANGEVIN ACCUEILLIR LA MORT SANS LA CRAINDRE Lorsque Jolianne avait neuf ans, sa mĂšre est dĂ©cĂ©dĂ©e dâun cancer. Son pĂšre, anticipant son dĂ©cĂšs, entreprend des dĂ©marches pour soutenir sa lle dans cette Ă©preuve.
Jolianne béné cie alors des services de Deuil-Jeunesse et consulte un psychologue pour se préparer et accepter la mort imminente de sa mÚre.
Quinze ans plus tard, Jolianne reconnaĂźt lâimportance capitale des services de Deuil-Jeunesse dans son parcours. Lâorganisme lui a permis de comprendre et dâaccueillir la rĂ©alitĂ© de la mort.
Surtout, elle lui a permis de comprendre que câest normal dâĂȘtre fĂąchĂ©, dâĂȘtre triste et quâil faut accueillir ces Ă©motions-lĂ pour avancer.
UN ORGANISME GRANDISSANT
Lâorganisme Deuil-Jeunesse voit le jour en 2008 lorsque JosĂ©e Masson, travailleuse sociale, quitte le milieu des CLSC pour crĂ©er un service dâaide destinĂ© aux jeunes en deuil.
« Jâai rĂ©alisĂ© quâil nây avait pas de service pour les jeunes endeuillĂ©s et quâil y avait beaucoup de mes collĂšgues qui nâavaient pas le goĂ»t de travailler auprĂšs de ces jeunes-lĂ en disant que câĂ©tait trop triste. »
Mme Masson décide alors de créer des groupes de soutien et remarque instantanément les e ets positifs sur le cheminement des jeunes participants.
Sans faire aucune publicitĂ©, Deuil-Jeunesse grandit et « est passĂ© de quelques appels par semaine Ă une vingtaine dâappels par jour », se rĂ©jouit la fondatrice. La mission principale de lâorganisme est de favoriser le bien-ĂȘtre des jeunes et des adultes vivant une maladie grave ou le deuil. Deuil-Jeunesse souhaite
Ă©galement sensibiliser la population « Ă comprendre et Ă traiter le deuil comme il se doit et non dâen avoir peur », explique Mme Masson.
La fondatrice et prĂ©sidente et directrice de lâorganisme souhaite o rir des services accessibles aux gens dans le besoin. Le processus pour recevoir de lâaide est simple, il su t dâappeler ou dâenvoyer un courriel Ă lâorganisme.
Les clients ont la possibilitĂ© dâavoir un suivi psychosocial avec di Ă©rents intervenants tels que des travailleurs sociaux, des psychoĂ©ducateurs et bien dâautres. Il est Ă©galement possible de faire un seul appel ou de demander des renseignements pour ses proches sans suivi.
CRIS DU CĆUR En octobre 2022, lâorganisme demande de lâaide aux citoyens. La pandĂ©mie frappe et les di cultĂ©s nanciĂšres toutes autant.
« La sociĂ©tĂ© a rĂ©pondu super positivement, on est allĂ© chercher les sous dont on avait besoin pour terminer lâannĂ©e », explique Mme Masson. Les fonds amassĂ©s ont permis Ă lâorganisme de se restructurer, de simpli er ses procĂ©dures, de modi er ses façons de faire, et ce, dans lâunique but dâĂȘtre plus e cace.
MalgrĂ© une hausse des demandes et lâo re des services Ă lâĂ©chelle de la province, Deuil-Jeunesse reste e cace et chaque personne qui appelle lâorganisme reçoit des services presque immĂ©diatement, sans temps dâattente.
GABRIELLE PICHETTE
AIDE MĂDICAL Ă MOURIR ET DEUIL Le recours Ă lâaide mĂ©dicale Ă mourir a-t-il un impact sur le deuil des proches ? La QuĂȘte sâest penchĂ©e sur cette question avec le Dr Philippe Laperle qui en a fait son sujet de thĂšse de doctorat et qui a fondĂ© La Maison du deuil.
DE MANIĂRE GĂNĂRALE, QUELLE EST NOTRE RELATION AVEC LE DEUIL EN 2024?
Il y a plusieurs Ă©lĂ©ments Ă considĂ©rer. La sociĂ©tĂ© occidentale est plus individualiste. Ici, la mort est un tabou qui fait vivre de lâinconfort. Nous avons tendance Ă nier la mort. Comme notre sociĂ©tĂ© mise sur lâaction et la productivitĂ©, le rythme ralenti du deuil est moins en concordance avec celleci. La mort est devenue institutionnalisĂ©e, cachĂ©e. Avant, câĂ©tait Ă la communautĂ© quâon sâadressait pour prendre soin des mourants et de leurs proches, maintenant ce sont aux professionnels. Nous tenons la mort loin de nous, mais nous avons en mĂȘme temps une fascination pour elle (p. ex., lms, jeux vidĂ©o, meurtres mĂ©diatisĂ©s). Quand la mort nous concerne de prĂšs (ma propre mort, la mort de mes proches), câest lĂ quâelle semble devenir plus di cile. Le rapport entretenu avec la mort et le deuil est di Ă©rent de celui des annĂ©es 1950, par exemple. On garde la mort Ă lâextĂ©rieur de la maison. Nous nâavons plus le mĂȘme degrĂ© de proximitĂ©.
EST-CE QUE LES RITES FUNĂRAIRES MODERNES COMME LA CRĂMATION ET LE FAIT QUE LâON NE VOIT PAS LE CORPS DU DĂFUNT
ONT UN IMPACT SUR LA MANIĂRE DONT SE VIT LE DEUIL?
Lâabsence de rites funĂ©raires nâimpacte pas nĂ©cessairement nĂ©gativement le deuil. On ne peut pas dire que la crĂ©mation est une meilleure ou une moins bonne option pour les personnes endeuillĂ©es. Câest selon chaque personne, la perception change selon chacun. Par exemple, une personne peut trouver aidant dâassister Ă lâexposition du corps et avoir le sentiment que cela lâaide Ă rĂ©aliser le dĂ©part de la personne, lâe ectivitĂ© de sa mort. Pour une autre personne, voir le corps ne sera pas nĂ©cessaire et voir lâurne su t. Cela varie dâun individu Ă lâautre.
VOTRE THĂSE DOCTORALE, LIT-ON SUR VOTRE SITE, CONSTITUE LâUNE DES PREMIĂRES EXPLORATIONS APPROFONDIES DES EXPĂRIENCES DE DEUILS EN CONTEXTE DâAIDE MĂDICALE Ă MOURIR AU QUĂBEC. QUELLES ONT ĂTĂ VOS CONCLUSIONS?
En bref, jâai fait une comparaison entre aide mĂ©dicale Ă mourir et mort naturelle. Il nây a pas de di Ă©rence sur le plan de lâintensitĂ© du deuil. Câest-Ă -dire que les deuils en contexte dâaide mĂ©dicale Ă mourir ne sont ni plus faciles ni plus di ciles que les deuils en contexte de morts naturelles de maniĂšre gĂ©nĂ©rale. Par exemple, pour une personne, ĂȘtre prĂ©sente lors du dĂ©cĂšs est positif et mĂȘme rĂ©confortant et pour une autre personne cela peut constituer une expĂ©rience di cile. Pour
quelquâun, la pĂ©riode dâattente avant que lâaide Ă mourir sâe ectue mĂšne Ă de lâambivalence presque insupportable, Ă de lâanxiĂ©tĂ© et reprĂ©sente un fardeau. Dâautres voient ce temps comme un cadeau. Il y a mĂȘme parfois des contradictions, des expĂ©riences paradoxales qui co-existent, chez une mĂȘme personne. En mĂȘme temps que lâon trouve lâexpĂ©rience inspirante, on peut se sentir abandonnĂ© par lâĂȘtre cher qui reçoit lâaide mĂ©dicale Ă mourir. Le dĂ© du processus de deuil consiste alors Ă intĂ©grer les di Ă©rentes contradictions. Finalement, un dernier rĂ©sultat intĂ©ressant, câest quâil ne semble pas y avoir beaucoup de stigmatisation Ă lâĂ©gard de lâaide mĂ©dicale Ă mourir dans la sociĂ©tĂ© quĂ©bĂ©coise en comparaison avec dâautres sociĂ©tĂ©s.
EST-CE QUE LE FAIT DE SAVOIR QUE LA PERSONNE A CHOISI LE MOMENT DE SA MORT FACILITE LE DEUIL DES PROCHES?
Parfois oui, parfois un peu, parfois non. Certaines personnes vivent avec angoisse le rendez-vous avec la mort et dâautres apprĂ©cient le moment de prĂ©paration, de pouvoir faire leurs adieux. Surtout, des tensions entre di Ă©rentes expĂ©riences paradoxales peuvent Ă©merger, par exemple : « je suis content quâil se libĂšre de la souffrance, mais on perd du temps ensemble parce quâil a choisi de mourir ».
MAGNOLIA KOMSKY
PARCE QUE LA VIE CONTINUE⊠La plupart des sociĂ©tĂ©s, mĂȘme les plus modernes, associent encore vieillissement, mort, douleur et deuils. Si les rituels traditionnels imposaient jadis de rendre visible par des signes et des manifestations publics la peine ressentie aprĂšs un dĂ©cĂšs, aujourdâhui, on les adapte ou les remplace par des pratiques plus conformes au mode de vie des gens.
MĂȘme lâusage du mot « deuil » Ă©volue et sâapplique dĂ©sormais Ă toutes espĂšces de revers ou de pertes que lâon rencontre. Avec lâexpression deuil blanc, il nomme la dĂ©tresse de ceux qui assistent, impuissants, Ă la disparition progressive des capacitĂ©s physiques et mentales dâun ĂȘtre cher. De plus, lâĂ©ventualitĂ© de pouvoir recourir Ă lâaide mĂ©dicale Ă mourir contribue aux changements dâattitude face Ă lâultime issue de la vie.
Sans prĂ©tendre nâavoir plus peur de la mort, on arrive Ă en parler, du moins Ă Ă©voquer celle des autres, comme le reconnaĂźt lâĂ©crivain Gilles Archambault dans ses deux rĂ©cents recueils de nouvelles. Avec une sĂ©rĂ©nitĂ© ironique et dĂ©routante pour qui ne peut imaginer la vieillesse sans la mort et les deuils, lâauteur, bientĂŽt nonagĂ©naire, propose de brĂšves caricatures de ses contemporains vieillissants. Les titres des deux ouvrages parus chez BorĂ©al sont dâailleurs rĂ©vĂ©lateurs : Mes dĂ©buts dans lâĂ©ternitĂ© (Ă©tĂ© 2022) et Vivre Ă feu doux (janvier 2024).
Sâen dĂ©gage surtout une certaine nostalgie de ce qui a Ă©tĂ©, peu de regrets dâavoir vĂ©cu et, presque, le plaisir de se souvenir. Tout le contraire dâun deuil, malgrĂ© les ruptures et les chagrins qui accompagnent la vieillesse. Uniquement des instantanĂ©s de vie au ralenti, Ă feu doux comme dit le dernier titre. Des portraits courts, faciles Ă lire et souriants qui devraient faire du bien Ă Françoise, la maman de mon amie Valentine, Ă qui jâai prĂȘtĂ© les livres.
Parce quâil y a quelques mois, en apprenant quâelle devrait quitter sa maison, Françoise sâest perçue en deuil de sa sainte autonomie, mettant une croix sur son mode de vie et forcĂ©e dâamorcer un nouveau chapitre de son existence dans un cadre Ă©tranger. Dans lâaction du dĂ©mĂ©nagement, ses proches ont cru que tout allait bien.
Mais, Ă peine installĂ©e dans son nouveau logis, elle reçoit les siens et elle sĂšme le doute en laissant tomber, comme un aveu : « Jâai Ă©tĂ© mariĂ©e deux fois. Jâai eu beaucoup de la peine quand mes maris sont morts, mais je nâai jamais autant pleurĂ© quâaprĂšs avoir acceptĂ© quâon tue mon chien, mon vieux Moustache, parce que les animaux Ă©taient interdits lĂ oĂč jâallais⊠»
Valentine raconte que tout le monde sâest regardĂ© en silence quand sa mĂšre a expliquĂ© que ce qui lui fait mal, câest que lâanimal soit mort Ă cause dâelle. En ajoutant, pour couper court aux tentatives de consolation, que pour les humains, la fatalitĂ© impose le dĂ©cĂšs, le destin rend la mort inĂ©vitable, et mĂȘme souhaitable, pour que cesse la sou rance. « Les larmes viennent avec le deuil. Mais ça se contrĂŽle! Yâa que les poĂštes pour prĂ©tendre le contraire! »
Et je rappelle Ă Valentine que Brel chante dans Le moribond : « Adieu lâĂmile, câest dur de mourir au printemps, tu sais⊠» Mes deux parents sont dĂ©cĂ©dĂ©s au printemps, Ă 50 ans dâintervalle. Mon pĂšre, fauchĂ© trop jeune par un accident de travail, nâa jamais su que pour lui, tout Ă©tait ni. Mais maman, elle, savait, Ă 92 ans passĂ©s, que la mort arrivait et a dit : « Mon voyage sâarrĂȘte ici. » Ils sâĂ©taient mariĂ©s en automne, avant la guerre; ils sont partis en temps de paix, au printemps.
La mĂ©decine du temps guĂ©rit quasiment tout. Aujourdâhui, on arrive presque Ă discuter de la mort comme une Ă©tape normale, ou une absurditĂ©, selon lâĂąge quâon a, le milieu oĂč lâon a grandi et vĂ©cu, sa culture ou ses bobos. La peur de ce qui arrive aprĂšs persiste, mais câest lâĂ©ventualitĂ© de sou rir qui terrorise. Lâaide mĂ©dicale Ă mourir nâest pas envisageable pour tous. LâaprĂšs-mort relĂšve de lâinconnu, mais quand le dĂ©part a Ă©tĂ© serein, le deuil de ceux qui restent semble moins pĂ©nible.
En tĂ©moignent encore les proches de ce parent parti en esquissant un sourire devant lâimage dâune grosse neige qui tombait sur le grand sapin, devant sa fenĂȘtre, pendant que la mĂ©decine nale agissait. Ensuite, la tristesse a gardĂ© ce sourire pour mieux continuer la vie dâaprĂšs.
MARTINE CORRIVAULT
Corrivault
PLEURER LA MORT DE SON ANIMAL DE COMPAGNIE Le deuil dâun animal de compagnie nâest pas vraiment di Ă©rent de celui dâun ĂȘtre cher, pourtant, il reprĂ©sente encore un sujet tabou. On en parle avec la Dre ValĂ©rie Bissonnette, prĂ©sidente du comitĂ© du bien-ĂȘtre animal et vice-prĂ©sidente de lâAssociation des MĂ©decins vĂ©tĂ©rinaires du QuĂ©bec (AMVQ.
LE DEUIL, QUâEST-CE QUE CâEST?
DâaprĂšs la Dre ValĂ©rie Bissonnette, le deuil, quâil soit humain ou animalier, est un Ă©tat a ectif douloureux. Il dĂ©bute Ă partir du moment oĂč on commence Ă anticiper le dĂ©cĂšs dâun ĂȘtre cher. Ă la suite de lâĂ©vĂ©nement, les cinq Ă©tapes du deuil sâappliquent.
Dans un premier temps, la personne en deuil peut refuser de croire ou dâaccepter la rĂ©alitĂ© de la perte. Cela peut se manifester par des pensĂ©es comme « ce nâest pas rĂ©el » ou « ça ne peut pas ĂȘtre vrai ».
La colĂšre survient ensuite lorsque la rĂ©alitĂ© de la perte commence Ă sâenfoncer et que les Ă©motions initiales de dĂ©ni commencent Ă se dissiper. Cette colĂšre reprĂ©sente un sentiment gĂ©nĂ©ral de frustration et dâinjustice. Pour Ă©viter la douleur de la perte, les personnes en deuil peuvent essayer de nĂ©gocier avec elles-mĂȘmes, avec une puissance supĂ©rieure, ou avec dâautres parties concernĂ©es. Cela peut se manifester par une pensĂ©e du type « si seulement jâavais fait ceci ou cela, les choses auraient pu ĂȘtre di Ă©rentes ». Ă un certain stade, la personne endeuillĂ©e commence Ă ressentir un profond sentiment de tristesse et de dĂ©sespoir face Ă la rĂ©alitĂ© de la perte. En n, vient en n lâacceptation. Ici, la personne endeuillĂ©e peut commencer Ă retrouver un certain sens de paix intĂ©rieure et de stabilitĂ© Ă©motionnelle. Lâacceptation
ne signi e pas oublier la lâanimal disparue, mais plutĂŽt reconnaĂźtre quâil ne fait plus partie du monde physique et trouver un moyen de continuer Ă vivre malgrĂ© cela. Il est important de prendre en compte que le processus de deuil est unique pour chaque individu, tout le monde ne traverse pas nĂ©cessairement les Ă©tapes dans le mĂȘme ordre.
QUâEST-CE QUI DIFFĂRENCIE LE DEUIL HUMAIN DU DEUIL ANIMAL?
Lâanimal domestique est souvent vu comme un jeune enfant. « On est lâunique responsable de notre animal domestique », explique Mme Bissonnette. Son dĂ©cĂšs soulĂšve plusieurs interrogations pour son maĂźtre. Dâabord, la contrainte mĂ©dicale ; on peut se poser les questions « est-ce que jâai vu les symptĂŽmes Ă temps? Est-ce que jâai Ă©tĂ© voir le vĂ©tĂ©rinaire Ă temps ? Est-ce que jâai pris les bonnes dĂ©cisions? »
Le fardeau nancier constitue lui aussi un Ă©lĂ©ment majeur, puisquâil faut rĂ©ussir Ă dĂ©cider jusquâĂ quel stade on est prĂȘt Ă payer pour notre animal. « Câest extrĂȘmement contraignant parce quâon est responsable Ă 100 % de cette dĂ©cision », soulĂšve-t-elle. Cela peut engendrer beaucoup de dĂ©tresse, notamment, avant les trai-
tements, mais aussi aprĂšs la perte de notre animal. De la mĂȘme maniĂšre, il y a lâincomprĂ©hension de notre entourage. « On est les seuls Ă avoir cette relation privilĂ©giĂ©e avec notre animal, la perception que câest un ĂȘtre irremplaçable », ajoute la Dre ValĂ©rie Bissonnette ; ainsi, le souvenir et la peine ne vont pas nĂ©cessairement ĂȘtre partagĂ©s par notre entourage.
UN SUJET ENCORE TABOU?
La reconnaissance autour de la question du deuil animal est encore sensible aujourdâhui. Selon Mme Bissonnette, « on a peur du regard des autres, de lâincomprĂ©hension qui va naĂźtre si on partage notre grande peine ». Cependant, le deuil animal est moins tabou que ce quâil pouvait lâĂȘtre auparavant. Ces 30 derniĂšres annĂ©es, il y a eu une reconnaissance de plus en plus grande et une acceptation du fait que lâanimal domestique fait partie intĂ©grante de la famille. Le statut de lâanimal a changĂ©, il est reconnu comme un ĂȘtre sensible et la valeur de la vie de lâanimal de compagnie est plus lĂ©gitime quâautrefois.
MANON PRAT
Photo: La QuĂȘte
LâESPOIR AU CUBE TROIS FORMES DE DEUIL Deuil, divorce et parfois dĂ©mĂ©nagement contribuent Ă un dĂ©chirement qui engage lâĂȘtre humain Ă considĂ©rer lâavenir sous un autre angle. La blessure est plus ou moins profonde selon les vulnĂ©rabilitĂ©s de chacun ; il nâen demeure pas moins quâil y a une blessure Ă cicatriser.
Il nâexiste aucune recette toute faite pour guĂ©rir de ces « deuils », et chaque individu doit chercher une solution. Certains trouveront de lâaide auprĂšs dâun parent, dâun ami ou dâun professionnel. Dâautres puiseront dans leurs forces intĂ©rieures les ressources nĂ©cessaires pour rĂ©soudre ces alĂ©as.
LE DEUIL Le deuil est une rĂ©action et un sentiment de tristesse Ă©prouvĂ©s Ă la suite de la perte de quelque « chose » qui nous tenait Ă cĆur : un ĂȘtre cher, un amoureux.se, un milieu de vie ou toute autre perte signi cative. Le deuil, selon la documentation, peut durer entre 6 et 24 mois et plusieurs facteurs peuvent in uencer le processus : la nature de la relation avec la personne dĂ©cĂ©dĂ©e, la brutalitĂ© de la perte, le fait que le deuil survienne dans une pĂ©riode oĂč lâendeuillĂ© vit dâautres situations pĂ©nibles comme une agression, une dĂ©pression, un Ă©puisement professionnel.
Dans la littĂ©rature on relĂšve sept Ă©tapes du deuil : le choc, le dĂ©ni, la colĂšre, la dĂ©pression et la tristesse, la rĂ©signation, lâacceptation et en n la reconstruction. Cette derniĂšre Ă©tape en est une de rĂ©silience oĂč la personne retrouve la capacitĂ© de se dĂ©velopper harmonieusement, de continuer Ă se projeter dans lâavenir mĂȘme en prĂ©sence dâĂ©vĂ©nements dĂ©stabilisants, de conditions de vie di ciles ou de traumatismes parfois sĂ©vĂšres comme la perte dâun membre, une agression sexuelle, un accident sĂ©vĂšre, un abandonâŠ
Le deuil est gĂ©nĂ©ralement associĂ© Ă la perte de quelque chose de signi catif (humain, objet, situation). Cependant, un autre type de deuil a ige certaines personnes : la mĂ©lancolie. Pour les psychanalystes, la mĂ©lancolie est un processus de deuil pathogĂšne liĂ© Ă la perte dâun « objet » impossible Ă identi er, un deuil sans mort.
Lâapparition dâĂ©pisodes mĂ©lancoliques nâest gĂ©nĂ©ralement pas causĂ©e par un Ă©vĂ©nement spĂ©ci que. Cependant, il existe des preuves suggĂ©rant que la gĂ©nĂ©tique, les antĂ©cĂ©dents familiaux, les hormones et les traumatismes passĂ©s peuvent tous jouer un rĂŽle plus ou moins sĂ©vĂšre dans de lâĂ©tat dans lâĂ©tat de la personne mĂ©lancolique.
LE DIVORCE Le divorce peut gĂ©nĂ©rer un Ă©tat semblable Ă celui du deuil. La rupture conjugale entraĂźne des pertes importantes : le rĂȘve familial sâĂ©croule, on ne voit plus les enfants tous les jours, on doit vendre la maison familiale et se sĂ©parer de certains biens qui nous Ă©taient chers, ou des animaux de
compagnie. Di cile à traverser, cette étape peut apporter mal de vivre, tristesse voire dépression.
La littĂ©rature rĂ©vĂšle que le deuil reliĂ© Ă la rupture conjugale et/ou lâĂ©loignement de son enfant ressemble beaucoup Ă celui du dĂ©cĂšs dâun ĂȘtre cher, mais Ă la di Ă©rence que la personne endeuillĂ©e par la sĂ©paration aura Ă cĂŽtoyer Ă nouveau ses enfants et son ex-conjoint. e qui lui rappelleront constamment les pertes subies. La personne sĂ©parĂ©e tendra Ă sâĂ©loigner de son ex-conjoint. e alors quâil est important quâil ou quâelle collabore ensemble dans lâintĂ©rĂȘt des enfants, un paradoxe qui nâest pas facile Ă comprendre durant cette phase de transition.
La durĂ©e et lâintensitĂ© du deuil vont varier selon que la personne demande ou subit la sĂ©paration, ainsi quâen fonction dont elle sâest investie a ectivement et Ă©motionnellement auprĂšs des ĂȘtres en instance de divorce et des enfants qui composent son noyau familial.
ĂTRE DâATTACHEMENT Pour comprendre le deuil, il est essentiel de bien saisir que lâĂȘtre humain est un ĂȘtre dâattachement, et que ce sont les liens quâon tisse au l des ans qui donnent un sens particulier Ă la vie.
Le deuil est un processus humain normal qui est dĂ©clenchĂ© par la perte dâun ou de plusieurs de ces liens dâattachement. Une personne qui « fait son deuil » suite Ă une rupture conjugale va enclencher un processus Ă©motionnel et psychologique qui va lâaider à « passer Ă travers sa douleur ». Câest en rĂ©alitĂ© un travail de guĂ©rison pour retrouver sa stabilitĂ©.
LE DĂMĂNAGEMENT Tout dĂ©mĂ©nagement ne constitue pas un traumatisme, il y a des appareillages heureux, des transferts rĂ©jouissants. Mais il arrive quâun dĂ©mĂ©nagement soit considĂ©rĂ© comme une situation de perte, ce qui le relie Ă un phĂ©nomĂšne de deuil.
Pour les enfants ou les adolescents.es la perte de leurs amis.es devient, en quelque sorte, dramatique. Certains enfants ou adolescents.es, un peu plus vulnérables, vont en faire une dépression et avant de se sortir de ce trauma devront passer par les sept étapes du deuil.
Il va sans dire que quitter son appartement ou sa maison peut vraisemblablement devenir di cile pour un adulte aussi. Les manifestations seraient aussi pĂ©nibles quâun deuil et la notion de rĂ©silience semble tout indiquĂ©e pour rĂ©ussir Ă se sortir de ce mauvais pas.
DENYS LORTIE MA EN PSYCHOPĂDAGOGIE
« NOIR, CâEST NOIR » « Noir, câest noir, il nây a plus dâespoir. » Vous souvenez-vous de cette chanson de Johnny Halliday sortie en 1966 ? Le noir reprĂ©sente lâabsence de lumiĂšre. Il symbolise souvent la douleur dâun deuil, la perte dâun ĂȘtre cher ou dâun projet auquel on tenait beaucoup. Il peut aussi reprĂ©senter lâimpossibilitĂ© dâatteindre un but xĂ©, un amour manquĂ©, bref, tout projet qui Ă©choue. En n, il est reliĂ© le plus souvent Ă la mort.
Ă la suite du dĂ©cĂšs dâun ĂȘtre cher, un processus sâenclenche respectueusement pour lâhonorer. Normalement, les derniĂšres volontĂ©s du dĂ©funt doivent ĂȘtre respectĂ©es dans tous les dĂ©tails. Si volontĂ©s il y a.Advenant le contraire, le choix de la cĂ©lĂ©bration funĂ©raire sera con Ă© aux parents les plus prĂšs de lui.
AUTRE ĂPOQUE, AUTRES MĆURS Avant les annĂ©es 1980, les rites traditionnels des cĂ©rĂ©monies funĂ©raires Ă©taient suivis rigoureusement. Le dĂ©funt Ă©tait exposĂ© trois jours dans un cercueil dans une maison funĂ©raire. Les visiteurs en pro taient pour apporter Ă la famille en deuil des condolĂ©ances, du rĂ©confort, des cartes, des o randes de messes ou des eurs. Le tout se dĂ©roulait trĂšs calmement. Les visiteurs pouvaient signer un livre souvenir pour signi er leur visite, accompagnĂ© dâun mot selon leur goĂ»t. Le troisiĂšme jour Ă©tait celui des funĂ©railles religieuses Ă lâĂ©glise paroissiale.
Suite aux funĂ©railles, les proches de la famille et quelques invitĂ©s se rĂ©unissaient pour partager un lunch et bien souvent, discuter du dĂ©funt et de sa vie. Ce quâon appelle le deuil en noir commençait pour les proches du trĂ©passĂ©. Je me souviens de ma grandmĂšre maternelle qui a portĂ© le deuil de son Ă©poux symbolisĂ© par ses grandes robes noires, et ce jusquâĂ la n de ses jours.
CHANGEMENTS PROGRESSIFS
Les cĂ©rĂ©monies funĂ©raires ont bien changĂ©. Je me rappelle la premiĂšre fois que jâai assistĂ© Ă un nouveau rituel, lors du dĂ©cĂšs dâun de mes beaux-frĂšres. CâĂ©tait une journĂ©e trĂšs froide dâhiver. Nous avons assistĂ© Ă son incinĂ©ration dans une petite construction de style chapelle amĂ©nagĂ©e au cimetiĂšre pour ce genre de cĂ©rĂ©monie. Tous assis devant un four crĂ©matoire
(genre de grosse fournaise), le corps du défunt se consumait en cendres, aucune priÚre, aucune musique, aucun discours.
Courtoisie:Philippe
Certains membres de lâassistance allaient prĂšs du four, soulevaient la petite pastille mĂ©tallique et, Ă travers un genre de judas, visionnaient lâavancement de lâincinĂ©ration. On nous a avisĂ©s lorsquâil ne restait plus que les cendres. La crĂ©mation Ă©tait terminĂ©e. Il ne restait quâĂ retourner Ă la maison par ce froid sibĂ©rien, aprĂšs une cĂ©rĂ©monie, on ne peut plus froide. Depuis, jâai assistĂ© Ă bien dâautres funĂ©railles ou cĂ©rĂ©monies avec les cendres du dĂ©cĂ©dĂ© dans une boĂźte, un co ret, une urne, ou tout autre rĂ©cipient pouvant contenir des cendres.
DES FUNĂRAILLES FANTAISISTES Aujourdâhui, il nây a plus de rĂšgles prĂ©cises pour lâorganisation des funĂ©railles. Ainsi le cousin dâune personne que je connais bien a fait le choix dâune cĂ©rĂ©monie en deux Ă©tapes. Dans un premier temps, il a demandĂ© Ă ĂȘtre incinĂ©rĂ© et que lâon conserve les cendres dans un rĂ©cipient. Ensuite, il fallait attendre que Dame nature o re des conditions favorables pour procĂ©der, ce qui se produisit vers la n de lâĂ©tĂ©. Ce bon GaspĂ©sien souhaitait en fait que ses cendres soient immergĂ©es. Câest ainsi quâĂ la tombĂ©e du jour agonisant, dans ce coin de pays tranquille, sa famille sâembarqua Ă bord dâun petit bateau pour respecter ses derniĂšres volontĂ©s, câest-Ă -dire immerger ses cendres dans ce coin de pays qui lâavait vu naĂźtre. La boucle de sa vie se refermait sur son existence par un beau soir dâĂ©tĂ© au coucher du soleil.
Le deuil, câest avoir la mĂ©moire de ceux qui ne sont plus : les cimetiĂšres sont pleins dâhistoires, et la mer aussi.
Avec toutes mes sympathies pour ceux qui traversent ce quâon appelle un deuil.
Respectueusement,
PHILIPPE BOUCHARD Bouchard
LA QUĂTE DES MOTS LA QUĂTE DES MOTS par Jacques Carl Morin
PAR JACQUES CARL MORIN CE JEU CONSISTE Ă REMPLIR LES RANGĂES HORIZONTALES AINSI QUE LES COLONNES 1 ET 20 Ă LâAIDE DES DĂFINITIONS, INDICES OU LETTRES MĂLANGĂES OU DĂJĂ INSCRITES. CHAQUE CASE GRISE REPRĂSENTE UNE LETTRE QUI EST Ă LA FOIS LA DERNIĂRE LETTRE DâUN MOT ET LA PREMIĂRE LETTRE DU SUIVANT.âŠ
Ce jeu consiste Ă remplir les rangĂ©es horizontales ainsi que les colonnes 1 et 20Ă lâaide des dĂ©finitions,indices oulettres mĂ©langĂ©es ou dĂ©jĂ inscrites. Chaque case grise reprĂ©sente une lettre qui est Ă la foisla derniĂšrelettre dâun mot et la premiĂšre lettre du suivant.
Verticalement :
Verticalement :
1- Vin Nouveau et aussi«pays»au nord de Lyon.
1- Vin Nouveau et aussi « pays » au nord de Lyon.
20- Petit pont étroit qui permet aux piétons de franchir une route.
20- Petit pont étroit qui permet aux piétons de franchir une route.
Horizontalement :
Horizontalement:
1- Grossier, inculte (ETOINBE).Chip de maĂŻs. DĂ©tritus. ArrĂȘt.
1- Grossier, inculte (ETOINBE). Chip de maĂŻs. DĂ©tritus. ArrĂȘt..
6- Symbole OS. Champignons recherchés en gastronomie (LRSOMEIL). Laïc.
2-FantĂŽme. Tomber (URBTECRHE). Grand canot dâĂ©corcedes Algonquiens.
7- Héritier. Sortie. Aiguille des secondes.
3- Effacement dâune fautepar le pardon. CrĂ©dule. Cultivateurs.
2- FantĂŽme. Tomber (URBTECRHE). Grand canot dâĂ©corce des Algonquiens.
3- E acement dâune faute par le pardon. CrĂ©dule. Cultivateurs.
8- ComĂ©diens. Nuages. Qui est relatif Ă lâestomac.
4- OpposĂ© Ă Adret. Voisine de lâail et de lâoignon. Principes dâun art ou dâune science (EEETSNML).
4- OpposĂ© Ă Adret. Voisine de lâail et de lâoignon. Principes dâun art ou dâune science (EEETSNML).
9- Perse. Licorne des mers arctiques. Cruci és à cÎté de Jésus. Prénom du fondateur de la ville de Québec.
5- Quotidien. Art de fabriquer des instruments Ă cordes. Personne qui est sous lâentiĂšre dĂ©pendance dâun maĂźtre.
5- Quotidien. Art de fabriquer des instruments Ă cordes. Personne qui est sous lâentiĂšre dĂ©pendance dâun maĂźtre.
6-Symbole OS. Champignons recherchés en gastronomie (LRSOMEIL). Laïc.
10- Triangle dont les trois cĂŽtĂ©s sont inĂ©gaux. ĂpĂ©e longue et acĂ©rĂ©e. Dialogue entre internautes (AAAECLDRVG). RĂ©ponses au jeu p.29
Un long deuil forcĂ© Jâai tout perdu, perdu
Il ne me reste Ă rien
Me voici dans la rue
Ă dĂ©faut dâun chemin
On mâa volĂ© mon nom
On mâa pris tous mes biens
La vie mâa fait faux bon
Ils sont longs mes matins
Jâai des voisins de parc
Compagnons de lâerrance
âTit-Noir, âTit-Blanc, âTit-Marc
Dâespoir et dâespĂ©rance
Me faut mendier, quĂȘter
Mais je le fais debout
Câest mon fond de fiertĂ©
Il mâen faut, je lâavoue
Je reçois des regards
Douteux et méprisants
Ils sont gratuits, sans fard
Beau temps ou mauvais temps
Mon corps aussi mon Ăąme
En ont un peu soupé
Mais des voleurs infĂąmes
Eux en ont profité
La vie est ainsi faite
On gagne ou bien on perd
Il est de ces dĂ©faitesâŠ
La vie est douce-amĂšreâŠ
ARMAND LABBĂ
Photo :Andreas ckl sur Pexels
Souvenir éternel Cette personne chÚre qui nous quitte
Nous laissant, nous, si triste
On ne peut plus penser
On a du mal Ă respirer
Trouve quelquâun de bien
Qui te tiendra la main
Qui tâaidera Ă passer
Ton chemin bouleversé
Un deuil peut ĂȘtre long
Pour enlever la peine jusquâau fond
Passeront la tristesse et la colĂšre
Pour retrouver ses repĂšres
Son souvenir restera toujours
Enveloppe-toi dâamour
Et je remplis ton cĆur
De pleins de doux bonheurs
Quâelle disparaĂźt, pour moi, un mythe
Dans notre cĆur, elle existe
Je lui parle, elle mâentend
Et je fonce vers lâavantâŠ
BLUE BIRD
Dessin : Blue Bird
Le tissu social Canevas brut oĂč tout est possible quand la volontĂ© est lĂ
DĂ© fois, on crie aprĂšs câte satanĂ©e volontĂ©. Heille toĂ© !!! Quâon y crie... Fouille-moi est oĂč.
Je pense quâa sâcache aâne coupe de kilomĂštres dâici e en haut dâune colline. Est emmuraillĂ©e, empaillĂ©e bin installĂ©e suâa table e de la mĂ©diocritĂ©.
GardĂ©e, sĂ©curisĂ©e on est pas prĂšs dây voir la bine e, jâtâen passe un papier quâla volontĂ© elle consigne pas toutes ses manques de volonté⊠sur papier ce serait trop lourd elle omele e les dĂ©tails a causeâa sait que ça casserait dĂ© yeux.
Est aussi un peu sourde dâoreille, la volontĂ© pis a lâentend bin câquâa veut entendre. Elle fait pas toujours la sourde dâoreille surtout avec ceux avec qui a sâentend bin ceux avec qui quâa va aux paradis sâfaire bronzer el portefeuille de la scaillerie...
Un peu plus Ă gauche ou Ă dre e, un peu plus en bas ou en haut, la volontĂ© choisit bin le nombre de centimĂštres quâa laisse aux marginaux... a marge. Ceuse-lĂ sâramassent en dâssour pis en bout de ligne leur vie nit par tânir quâĂ un l câest dĂ© hors-normes...
Dehors Norm !!!
Yâa dĂ© fois ousquâa fait dĂ© choses en silence, en dessous de la couvarte. Ăa Ă©tou e le bruit, pis ça camou e les dommages Couvarteraux...
Sous dĂ© allures de pseudo inclusion, MoĂ© jâpense quâon grandit juste la marge
Pis on ajoute, on agrĂ©mente, on rajoute dĂ© graments dâla tite dentelle. DĂ©sillusions.
Les enjoliveurs passent râpeinturer lâparaĂźtre, el rafraĂźchir, y donner dĂ© airs de respir⊠Changent les nains en tites parsonnes les vieux en parsonnes ĂągĂ©es les sourds en malentendants. Changent toutes les mots, changent rien aux maux....
à cause de passer dé paroles aux gestes ça demande un e ort gargantuesque quand tu procrastines depuis 50 ans!
Non seulement a lâentend rien la volontĂ©, mais a nâen fait quâĂ sa tĂȘte.
TĂȘte... jâabuse peut-ĂȘtre un peu, mais ça yâen prend une pour nous rigoler le pied dânez, pour nous grimacer lĂ© simagrĂ©es pis le nez bin⊠YâĂ© dans lâmilieu de la farce.
Pis en a endant, binâŠ
La volontĂ© fait encore la sourde dâoreille avec dĂ© beaux monologues de sourds malentendants pis dĂ© dialogues dâen dâssour qui sâentendent bin.
Ă continuer de bin sâĂ©tendre en plein milieu de la courtepointe pis dâsacrer el monde en bas jâaurions nâcertaine crainte que lâ jeu du roi de la montagne a lâaille bin trop bin assimilĂ©. Pis pour ça la volontĂ© a lâa bin de la volontĂ©.
NANCY GOULET
Artiste engagĂ©e, Nancy Goulet utilise divers moyens dâexpression pour partager ses rĂ©flexions et questionnements. Pour en savoir plus sur son dernier projet dâart social Courtepointe des rĂ©alitĂ©s, consultez la page FB de LâEngrenage Saint-Roch (publication 16 dĂ©cembre 2023).
BABY BLUES Jâattendais avec impatience
Que tu sortes en n du silence
Jâai sous-estimĂ© lâimportance
Physiquement, de ta présence
Inévitable ambivalence
Te voir était une délivrance
Contrepartie de lâabsence
De tes mouvements, étrange danse
Ce cordon que ton pÚre a coupé,
Jeté, me laisse comme amputée
Je sais, je dois te partager
Te lùcher me réadapter
Je ne comprends pas cette violence
La tristesse fugace, mais intense
Avec la joie en alternance
Sous les larmes, je mesure ma chance
Jâentends, mon cĆur a ralenti
Ne battant plus pour mon petit
Jâaurais dĂ» savoir que donner la vie
Câest aussi la perdre en partie
Je nâarrive pas Ă mâendormir
Quelques heures me laisser partir
Désorientée, je crains le pire
Je véri e que tu respires
Supporter que les hormones chutent
Accentuant la solitude
Rendant plus brutale la rupture
Avec ces douces habitudes
Le miroir comme une agression
Vision dâun ventre en dĂ©pression
Vide asque en décomposition
Au rythme des derniĂšres contractions
Câest juste la n dâune aventure
Deuil obligé pour le futur
Revoir les photos sera dur
Symbolisant la fracture
JADE VALRONNE
Le temps déroule son tapis de cailloux gris
Dans sa course Ă voilette, lâampoule Ă©clate
Fini le temps de lâinquisition
Les sorciĂšres sont libres
VoilĂ que lâadversaire nouveau arrive en ïŹnal
La fumée de feuilles mortes
Sent la sĂšve des bouleaux
Et frise lâe roi aux gentilles grenades de poussiĂšre
Lâenvers du lac tire lâĂ©pingle de son jeu de cartes
Et vole la vedette Ă lâangoisse de la vieillesse
Car le danger dâune chute est improbable
Alors dâoĂč vient lâOrient?
Il est peut-ĂȘtre annulĂ© Ă lâOccident.
De toute façon, le racoin le plus sécuritaire
Est dans les rĂȘves
Les pieds usés par la torture de la course des monstres
Ils ont les aiguilles levées vers le ciel
Et soulagent du mal-ĂȘtre trouvĂ© dans la pupille de lâenfance
Qui espĂšre vivre dans la ïŹamme de tous les dĂ©sirs.
JULIE BELLEMARE
Photo de Egor Shapovalov
MURMURE DâENJĂLEMENT Lorsque de ton corps tu enserres mes reins. Que de ton murmure, je divague. Que de tes doigts fluides, mon ĂȘtre, tu couronnes jusquâĂ discerner lâombre de mon Ăąme. Lorsque dans mes cheveux, tu cours jusquâaux ficelles du frisson. Jâouvre les yeux, ma muse.
Tu transpires en moi comme un fouillis de parfum. Tu rĂ©pands sur ma vie des larmes de pluie. Tu tournoies en moi. Tu Ă©claires ma folie et affoles mes rumeurs. Et, tu les couches en graffitis sur pages chiffonnĂ©es. Mes mots sâengouent de toi. Tu ensorcelles les corridors ignorĂ©s de mon imaginaire.
Lorsque jâouvrirai le tiroir des anciennes muses, viens. Tu me diras que lâĂ©ternitĂ© est chancelante, mais quâelle renaĂźt Ă chaque fragment dâun souffle. EnrobĂ©e par dâautres rĂȘves, je mâenvoĂ»terai de tes sillons au pays sacrĂ©. Devant toi, je ferai le credo afin que tu franges lâespace de mes mots.
« Je jure, cher maĂźtre, dâadorer toujours les deux dĂ©esses, Muse et LibertĂ© » âArthur Rimbaud
Lorsque trop usĂ©e de flĂąnerie, reviens mâenivrer Ă lâabri de mon imaginaire. Engourdis-moi de toi afin que je tâouvre les noirceurs de ma nuit jusquâĂ attiser le feu de mes empreintes.
Et, tu mâas dit :
La nuit sâĂ©veille
TatouĂ©e de morsures, dâĂ©gratignures, de combats
Elle prĂȘte au jour
Sa lumiĂšre
Vaque
Vole en jupon de sable
Sur lâhumanitĂ© bigarrĂ©e
Siffle blizzard
Crie Ă la vie
Couvre mes entrailles
JusquâĂ attiser le feu
Muse, perds-moi Ă lâorĂ©e de tes regards EnjĂŽle-moi dans le vert refuge
Touche ma lyre, mon délire
LâĂ©cume de ma ligne de folie
Si la feuille blanche éteint mes mots
Gave-moi des envolées du poÚte
Ma muse, griffe ma voie Ă faire jaillir lâencre rouge de ma plume.
RENĂE PERRON
Je dĂ©die ce texte Ă tous les Ă©crivains de La QuĂȘte.
Photo : La QuĂȘte
M.Desjardins Québec, le dimanche 20 novembre 2022, Café Castello, 1re Avenue, 15 h 5
M.Desjardins ou Claude ou oncle Tom, selon les noms quâil se donne ou selon les noms quâon lui donne. On avait rendez-vous ce matin Ă 9 h pour dĂ©jeuner au bistrot Bonnet dâĂne juste Ă cĂŽtĂ© de chez moi. CâĂ©tait la quatriĂšme fois en deux ans. CâĂ©tait comme un rituel.
M.Desjardins Ă©tait un vieil ami de mon pĂšre avec lequel il avait fait les quatre cents coups dans sa jeunesse. Ils ne sâĂ©taient pas vraiment perdus de vue par la suite. Quand son Ă©pouse Jacqueline, Mme Desjardins, avait accouchĂ© de leur premier enfant, RenĂ©e, en Suisse oĂč ils voyageaient pour Ă©tude, mon pĂšre Laurent Ă©tait lĂ , parrain dĂ©signĂ©. Puis, rĂ©guliĂšrement tout au long de mon enfance, ils venaient Ă la maison avec dâautres couples de leurs amis. Ils aimaient bien «âprendre un verreâ». Une fois, ils sâen souviennent tous, câĂ©tait mon frĂšre Luc qui agissait comme barman. Et cette fois-lĂ , il se donnait un malin plaisir Ă compter les consommations de chacun des invitĂ©s. CâĂ©tait tous de bons vivants.
Mais ce matin, moi, je suis un peu inquiet. Et mĂȘme depuis quelques jours, alors quâon avait pris rendez-vous, parce quâil sâentĂȘtait Ă vouloir conduire depuis chez lui, Ă lâĂźle dâOrlĂ©ans. Je doutais de sa capacitĂ© Ă conduire de façon sĂ©curitaire pour lui et les autres usagers de la route Ă cause de son Ăąge. M. Desjardins Ă©tait quand mĂȘme un ami de mon regrettĂ© pĂšre, nĂ© en 1927, ce qui lui donne probablement autour de 94 ou 95 ans minimum. Chez nous, câest Ă 85 ans que jâai retirĂ© les clĂ©s de la voiture Ă ma chĂšre et tendre mĂšre. Je suis le plus jeune des enfants et jâai une thĂ©orie que si les plus vieux dĂ©foncent les portes (les premiers Ă rentrer tard, les premiers
Ă conduireâŠ), câest au plus jeune de fermer les portes. Il y avait aussi le fait que, rĂ©sidant Ă QuĂ©bec, alors que ma mĂšre et ma fratrie demeuraient Ă MontrĂ©al, je voyais moins souvent ma mĂšre que les autres et, ainsi, jâĂ©tais plus Ă lâabri de ses rĂ©criminations.
AprĂšs un premier rendez-vous manquĂ© mercredi avec oncle Tom, jâai pensĂ© quâil oublierait peut-ĂȘtre son engagement. Mais il est revenu Ă la charge par courriel pour un autre rendez-vous ce dimanche.
Alors je lui ai rĂ©pondu affirmativement Ă condition⊠à condition quâil ait un chauffeur ou une chauffeuse. Un peu comme la derniĂšre fois oĂč il Ă©tait venu avec son fils Pierre, et oĂč en plus, il sâĂ©tait prĂ©sentĂ© en marchette. Il faut le faireâ! Alors je lâimaginais mal conduire seul, puis se battre pour trouver une place de stationnement seul, et claudiquer seul avec sa marchette jusquâau restaurant.
Samedi, la veille au soir, je lui ai tĂ©lĂ©phonĂ© pour vĂ©rifier son engagement. Il mâa demandĂ© tout de go si je doutais de sa capacitĂ© Ă conduire. Jâai un peu balbutiĂ©, un peu bafouillĂ© puis jâai cĂ©dĂ©. Ă 23 h samedi, il mâenvoie un autre courriel pour confirmer le rendez-vous Ă 9 h. Je confirme. Je dors assez bien et me lĂšve Ă 8 h comme prĂ©vu. Je me brosse les dents, mâhabille et consulte mon tĂ©lĂ©phone. Surprise. Message de Tom qui annule pour cause de neige. Pfioouuâ!
M.Desjardins devait nous quitter pour les cieux un an plus tard. Il est parti doucement entourĂ© de ses proches. Il laisse, Ă tous ceux qui lâont connu, un souvenir indĂ©lĂ©bile de tendresse, de gentillesse et dâune grande humanitĂ©.
Salut oncle Tom,
BERNARD ST-ONGE
Je voulais mourir Lorsque jâĂ©tais Ă©tudiant Ă lâuniversitĂ©, je voulais devenir professeur de mathĂ©matiques. Mais câest Ă ce moment que jâai dĂ©veloppĂ© une maladie mentale : la schizophrĂ©nie. Jâai dĂ» abandonner mes Ă©tudes parce que je ne rĂ©ussissais pas mes cours.
Par la suite, je me suis inscrit en enseignement en sciences. Mes notes nâĂ©taient pas trĂšs bonnes et je voyais mon rĂȘve de devenir professeur sâĂ©vanouir. Je devais en faire mon deuil. Câest Ă ce moment que jâai fait une tentative de suicide.
Les experts afïŹrment quâil y a sept Ă©tapes dans le deuil : le choc, le dĂ©ni, la colĂšre, la tristesse, la rĂ©signation, lâacceptation et la reconstruction. Ce sont les Ă©tapes pour un deuil normal. Je mâĂ©tais arrĂȘtĂ© Ă lâacceptation. AprĂšs ma tentative de suicide, jâai recommencĂ© mes cours sans me soucier dâobtenir mon diplĂŽme. Je suivais mes cours pour le plaisir, seulement. Câest alors que mes notes ont beaucoup augmentĂ©. Jâai dĂ» abandonner mes Ă©tudes faute dâargent, car je nâavais plus droit aux prĂȘts et bourses.
Mais depuis ce temps, je mâachĂšte des livres de maths et de physique que je lis et dont je rĂ©sous les problĂšmes. Jâai donc rĂ©ussi le deuil normal, car jâai acceptĂ© lâabandon dâobtenir mon diplĂŽme et je suis dans la reconstruction, car je poursuis mon dĂ©sir dâapprendre les sciences.
Je me rends compte maintenant quâil faut poursuivre ses rĂȘves parce quâil y a toujours moyen de les rĂ©aliser mĂȘme si ce nâest pas dâune façon conventionnelle. Il faut aussi avoir un plan B, car le plan A ne fonctionne pas toujours.
MICHEL POTVIN
LA PAGE DES CAMELOTS Bonjour chers lecteurs, clients et clientes. Je suis votre camelote prĂ©fĂ©rĂ©e, et je crois, irremplaçable, lorsque vous arrĂȘtez pour acheter mon magazine que je vends, avec un trĂšs grand sourire.
Vous seriez surpris de voir les mimiques des gens qui passent devant moi⊠et faut dire que jâen ai vu passer du monde devant moi. Il y a des gens qui me lâachĂštent depuis plusieurs annĂ©es. Vous ĂȘtes toujours prĂ©sents et je vous adore.
Cette annĂ©e, cela fait 23 ans que je vends le magazine de rue La QuĂȘte. Je suis situĂ©e devant le théùtre de La BordĂ©e.
Saviez-vous que jâai vu construire ce théùtre et disparaĂźtre le Dunkin Donuts ? La bibliothĂšque est merveilleuse et la tour me fait penser Ă New York. Câest sĂ»r que le quartier sâest modernisĂ©.
Comme mon permis ! Maintenant, il a un code QR dessus que vous pouvez numĂ©riser avec votre cellulaire et une carte de crĂ©dit pour acheter mon mag Câest ça la technologie.
En passant, vous aussi vous avez un trĂšs beau sourire qui me fait chaud au cĆur.
Une petite jasette avec ça ?
MARTINE, CAMELOTE
JâAIME MA JOB ! Câest le fun parce que ce nâest pas un travail comme les autres. On nâa pas de boss. On ne travaille pas de 8h Ă 5h tous les jours. Câest nous autres qui fait notre horaire. Moi je travaille 11h Ă 5h. Je trouve cet horaire bel. On peut faire des sourires, ou penser, et dire bonne journĂ©e aux passants. On fait le meilleur mĂ©tier du monde.
LISA
Intersection Caron et Saint-Joseph
Photo de La QuĂȘte
Photo de La QuĂȘte
Références communautaires
Service dâinformation et de rĂ©fĂ©rence qui vous dirige vers les ressourcesdes rĂ©gions de la Capitale-Nationale, de la ChaudiĂšre-Appalaches TĂ©l. : 2-1-1
Aide sociale
ADDS
Association pour la défense des droits sociaux
301, rue Carillon, Québec
Tél. : 418 525-4983
Aide aux femmes
Centre dâaide aux victimes dâactes criminels (CAVAC) FormĂ© pour vous Ă©pauler ! 418 648-2190 ou le 1 888-881-7192
Centre femmes aux A l
270, 5e Rue, Québec
Tél. : 418 529-2066 www.cf3a.ca
Centre femmes dâaujourdâhui
Améliorer les conditions de vie des femmes 1008, rue Mainguy, Québec
Tél. : 418 651-4280 c. f.a@oricom.ca www.centrefemmedaujourdhui.org
Rose du Nord
Regroupement des femmes sans emploi 418 622-2620 www.rosedunord.org
Support familial Flocons dâespoir Ăcoute et aide pour les femmes enceintes 340, rue de Montmartre, sous-sol, porte 4 TĂ©l. : 418 683-8799 ou 418 558-2939 flocons.espoir@videotron.ca
Alphabétisation
Alphabeille Vanier
235, rue Beaucage, Québec
Tél. : 418 527-8267 info@alphabeille.com www.alphabeille.com
Atout-lire
266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec
Tél. : 418 524-9353 alpha@atoutlire.ca www.atoutlire.ca
Le CĆur Ă lire
177, 71e Rue Est, Québec
Tél. : 418 841-1042 info@lecoeuralire.com www.lecoeuralire.com
Lis-moi tout Limoilou 3005, 4e Avenue, Québec
Tél. : 418 647-0159 lismoitout@qc.aira.com
La Marée des mots
3365, chemin Royal, 3e étage, Québec
Tél. : 418 667-1985 lamareedesmots@oricom.ca membre.oricom.ca/lamareedesmots
Centre de jour
Relais dâEspĂ©rance
Aider toute personne isolée et en mal de vivre 1001, 4e Avenue, Québec
Tél. : 418 522-3301
Rendez-vous Centre-ville Centre de jour
525, rue Saint-François Est, Québec
Tél. : 418 529-2222
Détresse psychologique
Centre de crise de Québec
Tél. : 418 688-4240 ecrivez-nous@centredecrise.com www.centredecrise.com
Centre de prévention du suicide
1310,1 re Avenue, Québec
Tél. : 418683-4588 (ligne de crise) www.cpsquebec.ca
Tel-Aide Québec
Tél. : 418686-2433 www.telaide.qc.ca
Tel-Jeunes
Tél. : 1 800263-2266 www.teljeunes.com
Hébergement
Maison de LauberiviĂšre
Pour hommes et femmes démunis ou itinérants
485, rue du Pont, Québec
Tél. : 418 694-9316 accueil.hommes@lauberiviere.org www.lauberiviere.org
Maison Revivre
Hébergement pour hommes
261, rue Saint-Vallier Ouest, Québec
Tél. : 418 523-4343 maison.revivre@gmail.com maisonrevivre.weebly.com
SQUAT Basse-Ville
Hébergement temporaire pour les 12 à 17 ans 97, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 521-4483 coordo@squatbv.com www.squatbv.com
GĂźte Jeunesse
Hébergement temporaire garçons 12 à 17 ans
Résidence de Beauport 2706, av. Pierre Roy, Québec
Tél. : 418 666-3225
Résidence de Sainte-Foy 3364, rue Rochambau, Québec
Tél. : 418 652-9990
YWCA
HĂ©bergement et programme de prĂ©vention de lâitinĂ©rance et de rĂ©insertion sociale pour femmes
Tél. : 418 683-2155 info@ywcaquebec.qc.ca www.ywcaquebec.qc.ca
Réinsertion sociale
Carrefour dâanimation et de participation Ă un monde ouvert (CAPMO)
435, rue du Roi, Québec
Tél. : 418 525-6187 poste 221 carrefour@capmo.org www.campo.org
FraternitĂ© de lâĂpi
Aide aux personnes vivant de lâexclusion par la crĂ©ation dâun lien dâappartenance
575, rue Saint-François Est, Québec
Tél. : 418 523-1731
La Dauphine
Pour les jeunes de 12 Ă 35 ans 31, rue DâAuteuil, QuĂ©bec
Tél. : 418 694-9616
courrier@ladauphine.org www.ladauphine.org
Insertion professionnelle
Ă lâaube de lâemploi (LauberiviĂšre)
Formation en entretien ménager commercial/buanderie 485, rue du Pont, Québec 418694-9316 poste 248 alaubedelemploi@lauberiviere.org
Recyclage Vanier
Emploi et formation (manutentionnaire, aidecamionneur, prĂ©posĂ© Ă lâentretien) 1095, rue Vincent-Massey, QuĂ©bec tĂ©l.. : 418 527-8050 poste 234 www.recyclagevanier.com
Prostitution
La Maison de Marthe 75, boul. Charest Est, CP 55004
Tél. : 418 523-1798 info@maisondemarthe.com www.maisondemarthe.com
P.I.P.Q.
Projet intervention prostitution Québec 535, av. Des Oblats, Québec Tél. : 418 641.0168 pipq@qc.aira.com www.pipq.org
Soupe populaire
Café rencontre Centre-Ville 796, rue Saint-Joseph Est, Québec (Déjeuner et dßner)
Tél. : 418 640-0915
Maison de LauberiviÚre (Souper) 485, rue du Pont, Québec Tél. : 418 694-9316
Soupe populaire Maison MĂšre Mallet (DĂźner) 945, rue des SĆurs-de-la-CharitĂ©
Tél. : 418 692-1762
Santé mentale
Centre Social de la Croix Blanche 960, rue Dessane, Québec Tél. : 418 683-3677 centresocialdelacroixblanche.org info@centresocialdelacroixblanche.org
La Boussole Aide aux proches dâune personne atteinte de maladie mentale 302, 3e Avenue, QuĂ©bec TĂ©l. : 418 523-1502 laboussole@bellnet.ca www.laboussole.ca
Centre Communautaire lâAmitiĂ© Milieu de vie 59, rue Notre-Dame-des-Anges, QuĂ©bec TĂ©l. : 418522-5719 info@centrecommunautairelamitie.com www.centrecommunautairelamitie.com
Centre dâEntraide Ămotions
3360, de La Pérade, suite 200, Québec Tél. : 418 682-6070 emotions@qc.aira.com www.entraide-emotions.org
La Maison lâĂclaircie
Troubles alimentaires
2860, rue Montreuil, Québec Tél. : 418650-1076 info@maisoneclaircie.qc.ca www.maisoneclaircie.qc.ca
Le Pavois
2380, avenue du Mont-Thabor, Québec
Tél. : 418627-9779
Téléc. : 418 627-2157
Le Verger 943, av. Chanoine-Scott, Québec Tél. : 418-657-2227 www.leverger.ca
Ocean
Intervention en milieu
Tél. : 418 522-3352
Intervention téléphonique Tél. : 418 522-3283
Parents-Espoir 363, de la Couronne, bureau 410, Québec Tél. : 418-522-7167
Service dâEntraide lâEspoir 125, rue Racine, QuĂ©bec TĂ©l. : 418 842-9344 seei@videotron.ca www.service-dentraide-espoir.org
Relais La Chaumine 850, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 529-4064 chaumine@bellnet.ca relaislachaumine.org
Toxicomanie
Al-Anon et Alateen
Alcoolisme
Tél. : 418 990-2666 www.al-anon-alateen-quebec-est.ca
Amicale Alfa de QuĂ©bec 75, rue des Ăpinettes, QuĂ©bec TĂ©l. : 418 647-1673 alphadequebecinc@videotron.ca
Point de RepÚres 545, rue du Parvis, Québec
Tél. : 418 648-8042 www.pointdereperes.com
VIH-Sida
MIELS-Québec
Information et entraide dans la lutte contre le VIH-sida 625, avenue Chouinard, Québec
Tél. : 418 649-1720
Ligne Sida aide : 418 649-0788 miels@miels.org www.miels.org
Ă TOUS NOS PRĂCIEUX 7- HĂ©ritier.Sortie. Aiguille des secondes.
8- ComĂ©diens. Nuages. Quiest relatif Ă lâestomac.
9- Perse. Licorne des mers arctiques. Crucifiés à cÎté deJésus. Prénom du fondateur de la ville de Québec.
PARTENAIRES ! PARTENAIRES OR
âą Centraide PARTENAIRES ARGENT
âą CKRL FM 89,1
âą Spa des Neiges
âą Les Impressions Stampa PARTENAIRES BRONZE
âą AudiothĂšque
⹠Intermarché St-Jean
âą Services Harmonia
PARTENAIRES INCONDITIONNELS
⹠Bal du Lézard
âą Maison Revivre
PARTENAIRES AD VITAM AETERNAM
âą Claude Gallichan, chiropraticien
âą Yves Boissinot
RĂPONSES LA QUĂTE DES MOTS 10- Triangle dont les trois cĂŽtĂ©s sont inĂ©gaux. ĂpĂ©e longue etacĂ©rĂ©e. Dialogue entre internautes (AAAECLDRVG)
Solution QUOI DE NEUF LA NATURE ? LE CASTOR : DE SYMBOLE Ă NUISANCE DANGEREUSE EXPLOITATION Ce nâest quâen 1975 que le castor est devenu emblĂšme o ciel du Canada bien que lâhistoire de la colonisation du pays soit intimement liĂ©e Ă cet animal. En e et, au temps des colons, lâessor Ă©conomique du Canada se fait littĂ©ralement sur son dos, alors que la mode est au chapeau poilu. En 1851, le castor devient, pour la premiĂšre fois, un symbole national lorsquâil est reprĂ©sentĂ© sur le premier timbre-poste canadien. Maigre reconnaissance pour cet animal qui Ă©tait en voie dâextinction au milieu du 19e siĂšcle Ă la suite de son exploitation e rĂ©nĂ©e.
LE RETOUR DU BALANCIER Suite Ă des mesures de prĂ©servation de la faune, les populations de castor ont prospĂ©rĂ© dans tout le pays Ă un tel point quâaujourdâhui on le considĂšre souvent comme nuisible. Les activitĂ©s humaines sont Ă©galement Ă la source du retour en force des populations de castors : lâexploitation forestiĂšre laisse souvent place Ă la repousse de jeunes feuillus, particuliĂšrement a ectionnĂ©s par les castors, ce qui a stimulĂ© lâaugmentation des populations. Câest dâailleurs prĂ©cisĂ©ment dans les lieux dâexploitation que lâon juge le castor comme espĂšce nuisible puisquâil cause parfois des inondations aux abords des routes, mais Ă©galement dans les champs de culture. De maniĂšre anecdotique, un castor a Ă©tĂ© Ă lâorigine des pannes de tĂ©lĂ©phones et dâInternet aprĂšs quâun arbre quâil a mangĂ© a, dans sa chute, endommagĂ© plusieurs poteaux tĂ©lĂ©phoniques et des cĂąbles Ă bre optique. Ce nâest pas seulement au Canada que le castor cause des dommages ; il est Ă©galement devenu une espĂšce envahissante en Argentine et au Chili! Le castor y a Ă©tĂ© introduit en 1946 par le gouvernement a n de dĂ©velopper le commerce de la fourrure, et maintenant, la population y est quatre fois plus dense que celle observĂ©e en AmĂ©rique du Nord. Dans la rĂ©gion de la Terre de Feu au sud du Chili et de lâArgentine, le castor dĂ©cime la forĂȘt qui nâest pas adaptĂ©e Ă un tel type de perturbation de sorte que suivant la construction de barrages et le grignotement des arbres, ces derniers nâarrivent pas Ă recoloniser le nouvel habitat créé. Les anciens barrages, qui avec le temps se transforment en prairie possĂšdent peu de vĂ©gĂ©tation ce qui est propice Ă lâenvahissement par dâautres espĂšces exotiques qui sont nuisibles Ă la biodiversitĂ©.
UNE QUESTION DE POINT DE VUE Bien quâil soit considĂ©rĂ© comme nuisible par certains, une remise en perspective est essentielle. En fait, le castor, seul mammifĂšre en dehors des humains Ă modi er intentionnellement son habitat naturel, est essentiel Ă la biodiversitĂ©. La construction de barrage lui permet de crĂ©er un Ă©tang qui lui sert de protection contre ses prĂ©dateurs, tandis que les amoncellements de branches lui servent de garde-manger. Ces fameux barrages modi ent le paysage et crĂ©e de nouveaux habitats humides. Les milieux humides sont reconnus ĂȘtre des mines dâor de biodiversitĂ© Ă©tant donnĂ© quâune grande diversitĂ© vĂ©gĂ©tale peut sây dĂ©velopper. Les milieux humides permettent Ă©galement de soutenir une grande diversitĂ© dâinsectes qui supportent Ă leur tour, avec les plantes, une grande diversitĂ© dâoiseaux, dâamphibiens et de mammifĂšres.
Dans le sud du QuĂ©bec, câest 55 000 ha de milieux humides qui ont Ă©tĂ© dĂ©gradĂ©s ou dĂ©truits, par lâaction humaine, entre 1990 et 2011 dans les basses-terres du Saint-Laurent qui sâĂ©tendent de part et dâautre du euve entre la MontĂ©rĂ©gie et la Capitale-Nationale. En comparaison, lâĂźle de MontrĂ©al a une super cie de 48 300 ha !
Les milieux humides sont Ă©galement bĂ©nĂ© ques pour lâhumain puisquâils retiennent naturellement lâeau de pluie et de fontes des neiges diminuant grandement les risques dâinondation. Câest dâailleurs pour cette raison que le retour du castor disparu de lâAngleterre pendant 500 ans y est perçu positivement.
MAURANE BOURGOUIN Photo prise a Val-Morin, Quebec_wikicommons
Centraide. Aide. 225 organismes.