Skip to main content

La_Quête_numéro 232_Juin 2021

Page 1

S.V.P. n’achetez qu’au camelot portant un­e carte d’identification. 2 $ sur le prix de vente va directement au camelot.

4$

Le magazine de rue de Québec Numéro 232 Juin 2021

† ¡ u Ń


Centre femmes aux 3 A de Québec Pour la réorganisation sociale des femmes Accueil

Aide

Autonomie

270, 5e Rue, Québec (Québec) G1L 2R6 Téléphone : 418 529-2066 Télécopieur : 418 529-1938 reception@cf3a.ca

www.cf3a.ca

Hébergement


SOMMAIRE POUR LE PLAISIR DE LIRE

NUIT

21 Entraide

07 Nuit et pollution : 08 Travailleurs de nuit

en temps de pandémie

10 Les troubles du sommeil moderne

11 Entre éveil et rêve 13 Non-voyants : hausse de l’isolement

14 Dormir sous des millions d’étoiles

15 Noctambules inspirés

22 Le mystère

Crédit photo : Dina Jehhar

un duo méconnu

JEUX 18

La quête des mots

19

La langue dans sa poche

22

Au-delà de la nuit

23

Cocon

24

Jamais seul

25

D'une jeunesse

26

Basta la bouillabaisse

27

La patte cassée

27

Romance-Fleuve

30

Pays de province

viellissante!

EN PLEIN M I L I E U 20 Droit de cité

06 Nuit et brouillard

Crédit photo : VICTOR LHOEST

12 La nuit du silence

JUIN 2021

16 Vaincre la nuit 17 Soirée de bal

LA QUÊTE

03


PAGE COUVERTURE Photo de Michaël Gosselin Conception graphique : Josiane Vézina

RÉALISER L’ESPOIR L’Archipel d’Entraide, organisme à but non lucratif, vient en aide à des personnes qui, à un moment donné de leur existence, sont exclues du marché du travail ou vivent en marge de la société. Ces laissés pour compte cumulent différentes problématiques : santé mentale, itinérance, toxicomanie, pauvreté, etc. Dans la foulée des moyens mis en place pour améliorer le sort des plus défavorisés, l’Archipel d’Entraide lance, en 1995, le magazine de rue La Quête. Par définition, un journal de rue est destiné à la vente - sur la rue !- par des personnes en difficulté, notamment des sans-abri. La Quête permet ainsi aux camelots de reprendre confiance en leurs capacités, de réaliser qu’à titre de travailleurs autonomes ils peuvent assumer des responsabilités, améliorer leur quotidien, socialiser, bref, reprendre un certain pouvoir sur leur vie. L’Archipel d’Entraide, composée d’une équipe d’intervenants expérimentés, offre également des services d’accompagnement communautaire et d’hébergement de dépannage et de soutien dans la recherche d’un logement par le biais de son service Accroche-Toit. Depuis sa création, La Quête a redonné l’espoir à quelques centaines de camelots.

SUIVEZ-NOUS SUR

facebook.com/laquete.magazinederue et issuu.com/laquete/docs

UNE TRIBUNE POUR TOUS Envie de faire connaître votre opinion, de partager vos poésies, de témoigner de votre vécu ? Nos pages vous sont grandes ouvertes. Envoyez-nous vos textes par courriel, par la poste ou même, venez nous les dicter directement à nos bureaux. Faites-nous parvenir votre texte (500 mots maximum) avant le 1er du mois pour parution dans l’édition suivante. La thématique de septembre : Itinérance.

FAIRE DES SOUS EN DEVENANT CAMELOT

Les camelots font 2 $ de profit sur chaque exemplaire vendu. Autonomes, ils travaillent selon leur propre horaire et dans leur quartier. Pour plus d’informations, communiquez avec Francine Chatigny au 418 649-9145 poste 31

ÉDITEUR Archipel d’Entraide ÉDITEUR PARRAIN Claude Cossette RÉDACTRICE EN CHEF Francine Chatigny DIRECTRICE DE L’INFORMATION Valérie Gaudreau SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Isabelle Noël CHRONIQUEURS Philippe Bouchard, Martine Corrivault, Claude Cossette, Santiago et Marc Émile Vigneault JOURNALISTES Sébastien Agostini-Cayer, Erika Bisaillon, Jason Joly, Dina Jehhar, Océane Kouassi, Malia Kounkou et Victor Lhoest AUTEURS Julie Bellemare, Jasmin Darveau, Cynthia Dionne, Gaétan Duval, François Gagnon, Armand Labbé, Major Quicnes, Sylvain Rouillard et Christiane Voyer AUTEURS DES JEUX Hélène Huot et Jacques Carl Morin RÉVISEUR Benoit Arsenault INFOGRAPHISTE Josiane Vézina IMPRIMEUR Les Impressions Stampa inc. 418 681-0284 COPYLEFT La Quête, Québec, Canada, 2014 Ce document est mis à votre disposition sous un droit d’auteur Creative Commons « Paternité - Pas d'Utilisation commerciale - Pas de Modification 2.5 – Canada » qui, si ce n’est pas commercial, permet de l’utiliser et de le diffuser tout en protégeant l’intégralité de l’original et en mentionnant le nom des auteurs.

Nous vous encourageons fortement à acheter La Quête directement à un camelot. Toutefois, si aucun d’eux ne dessert votre quartier, vous pouvez vous abonner et ainsi nous aider à maintenir la publication de l’unique magazine de rue de Québec.

COUPON D’ABONNEMENT 10 PARUTIONS PAR ANNÉE Nom : Adresse : Ville : Code postal : Date :

Abonnement régulier Abonnement de soutien Abonnement institutionnel Téléphone :

La Quête est appuyée financièrement par : Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI)

04

65 $ 80 $ 90 $

Journal La Quête

190, rue St-Joseph est Québec (Québec) G1K 3A7 Téléphone : 649-9145 Télécopieur : 649-7770 Courriel : laquetejournal@yahoo.ca

Financé par le gouvernement du Canada

LA QUÊTE

JUIN 2021


Nuit Pollution nocturne, travail de nuit en temps de pandémie, trouble du sommeil, paralysie du sommeil, la vie dans le noir ou sous des milliers d’étoiles. Voilà un tout petit aperçu des sujets abordés par nos journalistes dans ce numéro consacré à la nuit. Nos chroniqueurs offrent de pertinentes réflexions sur les zones « sombres » de l’humanité. Et les poètes rapportent la lumière dans leurs mots bien sentis !

Auteur et autrice des jeux Hélène Huot et Jacques Carl Morin

DIRE MERCI !

Illustratrices et illustrateurs Madeleine Aubin, Claudia Beaulieu, Émilie Bergeron, Benoit Gingras, Caroline Guibeault Claudia Hausburg, Jeanne Huard, Kaël Mercader, Ode Morin, Mathieu Rioux et Danièle Rouleau, Philippe-Arnaud Roulin

Dans La Quête, on parle régulièrement — et avec raison — des camelots qui vendent le magazine. En revanche, la participation des bénévoles à la production passe sous silence. La Quête ne serait rien sans l’apport de tous les bénévoles qui s’impliquent aux différentes étapes de la préparation du magazine. Ils le font avec tellement de cœur qu’on finit par oublier que cette implication ajoute une tâche à leur agenda, pour la plupart, extrêmement chargé. Et aussi, qu’ils sont nombreux à participer : 75 personnes ont offert leur temps au magazine de rue de Québec au cours de l’année 2020-2021. Ce n’est pas rien ! Et sans compter que certaines de ces personnes cumulent une bonne dizaine d’années, voire plus, de collaboration.

Réviseur et réviseure Benoit Arsenault et Véronique Hardy Photographe Michaël Gosselin

Merci de tout cœur !

FRANCINE CHATIGNY

J’ai eu envie de profiter de cette page pour les présenter et les remercier chaleureusement de partager leur talent et leur créativité et de donner de leur temps avec les lecteurs de La Quête ! Travailler avec vous est un réel plaisir ! Directrice de l’information Valérie Gaudreau Secrétaire de rédaction Isabelle Noël Chroniqueurs et chroniqueuses Philippe Bouchard, Comité Maison de chambres de Québec, Martine Corrivault, Claude Cossette, Richard Langlois, Mathieu Rioux, Santiago, Gilles Simard et Marc Émile Vigneault

Auteurs et autrices Sébastien Beaulieu, Julie Bellemare, Michel Boudrault, Jasmin Darveau, Cynthia Dionne, Thomas Dionne, Gaétan Duval, François Gagnon, Simone Gagnon, David Goudreault, Pascal Lévesque, Armand Labbé, Nathalie Lacroix, Karl-Layla Lapointe, Linda Morin, Marguerite, Mathieu Meunier, Hector Luis Venté Nuñez, Michèle Pelletier, Paul Pelletier, Jean Pierre, Renée Perron, Gilles Plante, Bernard St-Onge, Major Quicness, Philippe Arnaud Roulin, Raymonde Savard, Suzanne Savard et Christiane Voyer JUIN 2021

LA QUÊTE

Crédit Photo : Michaël Gosselin

Journalistes Sébastien Agostini-Cayer, Erika Bisaillon, Katy Desjardins, Dina Jehhar, Jason Joly, Océane Kouassi, Malia Kounkou, Victor Lhoest Valérie Marcoux, Cassia Narbonne, Isabelle Noël, Isaure Patat, Simon Pagé de Varennes, Mélina Poulin, Santiago et Elisa Zannetta

05


HRONIQUE

: sie rtoi Cou

NUIT ET BROUILLARD

au Cl

de

Co

sse

tte

La première fois que j’ai été confronté à l’expression Nuit et brouillard, j’avais 19 ans. J’avais assisté à la projection du court documentaire d’Alain Resnais dont j’étais sorti terrifié. C’était la première fois que l’on montrait des piles de cadavres nus, squelettiques, poussés par des bulldozers dans une fosse commune : on nettoyait un camp d’extermination nazi. LES PAYS DE LA NUIT

« Nuit et brouillard » est la traduction de l’expression allemande Nacht und Nebel qui est le nom de code d’une directive nazie de 1941 visant à appréhender tous les opposants au régime, à créer un brouillard sur leur sort et finalement à les faire disparaître dans une nuit d’incertitude et d’effroi puis, éventuellement, de mort. C’était là un exemple de la « volonté de puissance » décrite par le philosophe allemand Nietzsche, un trait de la psychosociologie qui se manifeste autant chez les nations que chez les individus. Certains affirment que la Chine, avec ses camps de rééducation des Ouïghours, vise aujourd’hui un but semblable à celui des nazis : aux deux endroits, on prive des personnes de leur liberté pour des raisons incertaines. La religion joue-t-elle un rôle là-dedans ? Le fait est que dans la région du Xinjiang, la majorité Han est taoïste alors que les Ouïghours sont musulmans. Confrontation ! Les croyances jouent en effet souvent le rôle de détonateur dans les conflits ethniques. Ainsi en 1918, les 15 % de la population de l’Irlande (catholique) ont fait sécession pour former l’Irlande du Nord (anglicane). Dans l’Allemagne de 1933, c’était les Juifs qui attiraient la haine des goyim. En Birmanie, selon les journaux de l’heure, la majorité bouddhiste rejette la minorité musulmane des Rohingyas. D’une certaine façon, ici même dans les siècles passés, c’est la religion (avec la langue !) qui, selon l’expression de Hugh MacLennan, a engendré les deux solitudes que constituent les Québécois catholiques et les Canadians anglicans.

entre citoyens, ce qui se produit d’abord en France et aux États-Unis dans les quelques décennies précédant 1800. Dans nos pays, la religion et la langue occupent désormais une place inverse de celle que ces qualités occupaient dans les sociétés traditionnelles. Dans celles-ci, la croyance et la foi constituaient le premier critère d’identité : on était d’abord protestant et ensuite sujet particulier. On était protestant anglais ou catholique canadien  : l’étiquette « canadien » n’était qu’une des qualités des Canadiens-français qui se considéraient avant tout catholiques et fidèles au Pape. Il semble bien que, même les fidèles d’une religion dite universelle, se percevaient comme très différents de leurs concitoyens d’une autre religion. Cela a produit en France, ce que l’on appelle les Guerres de religion, une série de huit guerres civiles entre catholiques et protestants, guerres qui ont duré 200 ans jusqu’à ce que la Révolution française énonce les droits du citoyen et proclame en 1789 l’état démocratique et laïque. Aujourd’hui, dans notre pays, la religion ne constitue heureusement qu’un aspect secondaire de l’identité nationale. On est d’abord Québécois et, ensuite, on est adepte (ou non !) d’une religion : on est Québécois protestant ou Québécois catholique, juif, musulman, athée ou autre. Du moins vise-t-on que ce soit ainsi ! Mais pour cela, il est nécessaire que la volonté de vivre ensemble soit fortement imprimée dans la tête de chacun(e) d’entre nous. L’écrivain Jean Cayrol, qui a rédigé le commentaire de Nuit et brouillard, conclut le film par ces mots : « Nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, nous ne pensons pas à regarder autour de nous, et n’entendons pas qu’on crie sans fin ». Eh bien, ce « nous », c’est également nous, les Québécois. CLAUDE COSSETTE

Religion et langue sont définitivement les principaux aspects qui définissent les nations et créent les clivages les plus marquants entre populations. LE BROUILLARD SE DISSIPE

Les réflexions des philosophes des Lumières vers 1700 changent la perspective des leaders sur l’organisation politique. Puis l’instruction se répandant, cela réveille au sein du peuple l’envie de prendre en main son destin si bien que, désormais, c’est la démocratie qui règle les relations

06

LA QUÊTE

JUIN 2021


NUIT ET POLLUTION : UN DUO MÉCONNU La nuit n’est pas aussi paisible que vous pourriez le croire… Les cours d’eau émettent 27 % plus de dioxyde de carbone, le principal responsable des gaz à effet de serre, la nuit venue. La pollution lumineuse, pour sa part, provoque de graves conséquences sur la faune et la flore, ainsi que sur la santé humaine. La Quête s’est penchée sur ces phénomènes. En avril 2021, des chercheurs de l’École polytechnique de Lausanne ont démontré que les taux de dioxyde de carbone (CO2) que rejettent les fleuves, les rivières et les ruisseaux sont 27 % plus importants aux heures sombres. Jusqu’à récemment, 90 % des mesures de CO2 étaient réalisées entre 8 h et 16 h, biaisant le calcul du cycle global du dioxyde de carbone. Les chercheurs suisses ont donc souhaité compléter les échantillons pris manuellement de jour par des analyses prises par des capteurs durant la nuit. Ils ont basé leurs travaux sur un échantillon de 66 rivières réparties à travers le monde, en veillant à intégrer des régions quelquefois sousreprésentées telles que le Congo, l’Amazonie et diverses chaînes de montagnes.

La photosynthèse est probablement la grande responsable de cette fluctuation. Rappelons qu’il s’agit d’un processus biochimique qui permet aux plantes vertes de capter l’énergie lumineuse, de transformer le CO2 en carbone organique, puis de restituer de l’oxygène à l’atmosphère. Durant la journée, les plantes rejettent donc plus d’oxygène que de CO2, un phénomène qui s’inverse à la tombée de la nuit. Il ne faut pas omettre que les fleuves, les rivières et les ruisseaux transportent aussi continuellement de grandes quantités de matières organiques qui dégagent des flux de CO2 lorsqu’elles se décomposent. Plusieurs autres facteurs influencent également le cycle du carbone des cours d’eau et leurs variations quotidiennes tels que la saison en cours, l’altitude et la dénivellation du terrain, la végétation environnante et la présence d’une canopée, etc. LE GRAND FAUTIF

Le CO2 représente 77 % des émissions de gaz à effets de serre (GES) d’origine humaine dans la grande mécanique climatique. Il résulte principalement de la combustion des énergies fossiles et de certains procédés industriels.

Crédit Image : Istock photo

L’équipe a montré que les rivières et les ruisseaux de montagne, qui représentent environ 2,8 % du volume global d’eau sur Terre, émettent davantage de CO2 que ce qui était estimé jusqu’à maintenant par les scientifiques. Ces derniers croyaient plutôt

au rôle prédominant des océans dans le cycle du carbone. Néanmoins, la dispersion et la complexité du réseau fluvial qui sillonne les terres rendent le calcul de ce flux complexe.

JUIN 2021

Essentiellement, les GES retiennent de façon temporaire la chaleur qui permet de réchauffer l’air et le sol. Plus la concentration des GES augmente dans l’atmosphère, plus la chaleur reste emprisonnée longtemps à la surface de la Terre, entraînant un réchauffement climatique. Cet effet de serre renforcé peut causer divers problèmes de grande envergure comme la fonte des banquises et des glaciers, la hausse du niveau de la mer, des périodes de sécheresse importantes et la perturbation de nombreux écosystèmes. LUMIÈRES DANS LA NUIT

La pollution lumineuse est définie non seulement par la présence gênante de lumière en période nocturne, mais également en fonction de ses conséquences néfastes sur la faune, la flore, la fonge, les écosystèmes et la santé humaine. Chez l’humain, la pollution lumineuse est suspectée d’altérer le système hormonal — et la libido ! — ainsi que la sécrétion de mélatonine, une hormone essentielle au cycle naturel de sommeil. Le chercheur et professeur du Cégep de Sherbrooke, Martin Aubé, a entrepris en mars 2021 une étude causale entre la pollution lumineuse et le manque de mélatonine dans la ville de Sherbrooke, forte en détail sur l’indice de suppression de mélatonine… à suivre. Or, l’espèce humaine n’est pas la seule à avoir un rythme circadien. Les variations de lumière ont aussi un impact sur différents animaux et pollinisateurs, notamment en ce qui a trait à leur reproduction et leur alimentation. Pour de nombreux oiseaux qui s’orientent grâce aux étoiles, la pollution lumineuse rend difficile la migration. Même chose chez les tortues qui se déplacent grâce au reflet de la lune à la surface de l’eau. Tout compte fait, à la lumière de ces explications, la nuit est-elle aussi paisible que vous le croyiez ? ERIKA BISAILLON

LA QUÊTE

07


TRAVAILLEURS DE NUIT EN TEMPS DE PANDÉMIE « Aujourd’hui, je travaille de minuit à 8 heures ». Comme Richard, agent de sécurité, nombre de travailleurs doivent se déplacer de nuit. Vendredi 7 mai, 22 h, le couvre-feu est déjà en vigueur depuis deux heures. Québec dort, à l’exception des noctambules qui assurent leur service. Portrait de ces travailleurs de nuit.

« Avec ma veste d’agent de sécurité, je n’ai jamais été contrôlé ».

« Je nettoie trois étages de bureau et les 14 salles de bain »

RICHARD, LA NUIT AU MUSÉE

SYLVIE, EMPLOYÉE DE MÉNAGE

Au moment d’écrire ces lignes, le Musée de la civilisation a été forcé de fermer à trois reprises. Malgré l’absence de visiteurs, il a maintenu son service de surveillance.

Pour lutter contre la COVID-19, l’arbitrage entre économie et crise sanitaire a particulièrement affecté le secteur des services : les restaurateurs, les hôteliers… Sans oublier le personnel de ménage.

« 5 à 6 passagers après 20 heures »

Sous l’enseigne lumineuse du journal Le Soleil, Sylvie peaufine le nettoyage des portes vitrées de l’immeuble de huit étages. « Je nettoie trois étages de bureau et les 14 salles de bain du bâtiment », rapporte-t-elle. Employée depuis deux ans, elle a conservé son poste malgré les coupes de personnel. De l’entreprise qui l’emploie, « J’étais la plus expérimentée », explique-telle, chiffon et pchit pchit à la main. Sylvie finit son service à minuit. Au cœur de la Basse-Ville, le Service de Police de la ville de Québec n’est pas loin. Leur présence n’inquiète pas Sylvie : « J’ai été contrôlée une fois pendant le couvre-feu, au début. Je pense que maintenant, ils me reconnaissent ».

Crédit photo : VICTOR LHOEST

D’habitude, Richard se déplace en uniforme. « Avec ma veste d’agent RENAUD, GARDIEN DE LA NAde sécurité, je n’ai jamais été contrôlé VIGUE », rapporte le gardien du Musée de Dans le hall d’attente du traversier, le la civilisation. En plein couvre-feu, capitaine du bateau et Renaud, gar- Richard sort du traversier en prodien de la navigue, se tiennent com- venance de Lévis, pour se rendre pagnie. En tenue de travail et badge au musée. Ce trajet, il le fait depuis apparent, ce dernier s’occupe des pas- trois ans. L’air sérieux derrière son sagers et s’assure que la traversée se épaisse moustache grise, il s’apprête à passe sans accroc. Celui qui a à cœur enchaîner huit heures de travail. Les d’aider les voyageurs occupe son lieux culturels sont encore fermés, poste depuis sept ans. Avec le couvre- mais le musée est toujours surveillé. feu, son travail n’a pas changé  : Avec lui, au travail, un collègue le le traversier entre Québec et Lévis a complète. « Il supervise les écrans. conservé sa fréquence, un aller-re- Moi, je suis dans les couloirs ». Ritour par heure. Après 20 h, le gardien chard admet ne pas voir beaucoup de observe peu de passages : « Cinq à six monde : « à part quelques itinérants personnes, de Québec à Lévis. Dans et ceux qui promènent leur chien, la l’autre sens, il n’y a personne ». nuit est très calme ».

Pour les travailleurs de nuit, les bus du RTC sont essentiels à leur déplacement.

08

LA QUÊTE

JUIN 2021


« J’amène beaucoup de personnes au CHUL »

« Marcher seul le soir, je trouve ça plaisant »

ABDEL, CHAUFFEUR DE TAXI

MATEO, CUISTOT

En plus des bus du RTC, les chauffeurs de taxi assurent le service de transport de nuit. Après 20 h, ils sont souvent appelés pour des urgences.

Rue Saint-Jean, les livraisons à domicile gardent ouverts les restaurants qui maintiennent la vie économique du quartier.

Dans son véhicule, Abdel attend les appels. Être chauffeur de taxi pendant le couvre-feu, c’est assumer le rôle d’ange gardien. « J’amène beaucoup de personnes au CHUL (Centre hospitalier de l’Université Laval) », explique-t-il. Derrière ses épaisses lunettes, les yeux rivés sur son écran, GPS et application de service ouvert, Abdel a dû adapter son travail. Avant, ses journées se terminaient à 18 h. « Maintenant, je roule jusqu’à une ou deux heures du matin », rapporte-til. Pour le chauffeur, le couvre-feu, le télétravail et la fermeture des commerces non essentiels se traduisent par plus d’heures de travail pour un salaire moindre. Abdel est forcé de l’admettre : « Il y a moins d’ouvrage ». Alors quand un client a besoin de lui, il coupe court à la discussion : « Je te laisse, j’ai reçu un appel ».

Mateo, visage jeune et cheveux longs, vient de finir son quart : « Je suis cuisinier au Chic Shack, près du Château Frontenac. Là, je rentre chez moi, dans Saint-Sauveur, près du restaurant Griendel », retrace-t-il. Son trajet, avec restaurants en guise de point de repère, il l’a déjà expliqué à la police : cinq fois depuis la mise en place du couvre-feu, dont deux fois dans la même soirée. « C’est un peu fatigant, mais ça s’est toujours bien passé », tempère-t-il. Marcher dans la nuit, il le fait par plaisir, mais aussi par nécessité. Avant, j’avais le laissez-passer universitaire (abonnement de bus des étudiants de l’Université Laval), mais je ne l’ai plus depuis décembre. VICTOR LHOEST

LA QUÊTE EST DIFFUSÉE PAR TÉLÉPHONE VIA

Québec 418 627-8882 • Montréal 514 393-0103 • Ailleurs au Québec 1-877 393-0103

JUIN 2021

LA QUÊTE

09


LES TROUBLES DU SOMMEIL MODERNE Que ce soit à cause de notre grande exposition aux écrans ou de notre horaire chargé, les temps semblent durs pour le sommeil en 2021. Selon une étude réalisée par le Centre d’étude des troubles du sommeil, entre 40 et 50 % de la population québécoise souffre de symptômes occasionnels de l’insomnie. Les chercheurs affirment que nos habitudes de vie en journée ont des répercussions directes sur la qualité de notre nuit ainsi que sur notre capacité à profiter d’un sommeil réparateur. En moyenne, la population québécoise adulte passe six heures par jour devant un écran d’ordinateur. Selon l’Association canadienne des optométristes, ces heures n’incluent pas

laquelle nos yeux sont habitués. Selon les chercheurs, le spectre lumineux bleu-violet « déstabilise la sécrétion hormonale de mélatonine dans le corps », soit l’hormone qui gère la bonne synchronisation des cycles du sommeil. Cette hormone régularise également les systèmes biologiques qui sont responsables de régénérer les cellules du corps humain durant la période de sommeil dit réparateur. Sur plusieurs appareils intelligents, il est possible d’ajuster la luminosité et d’amoindrir les répercussions de notre forte exposition à ces rayons. Cependant, la solution serait d’attaquer le problème à la source et de simplement réduire notre temps devant les écrans. Prioritairement, de ne pas se servir de son téléphone

référence à la manie qu’ont certains à repousser l’heure du coucher pour regagner un semblant de contrôle sur leur journée qui semble s’être écoulée tellement rapidement qu’elle leur a échappé. « J’ai l’impression de ne plus voir le temps passer. Alors, quand vient l’heure d’aller dormir, je passe, chaque nuit, au moins deux heures dans mon lit à penser à ce que j’ai fait durant le jour, à planifier le lendemain et à simplement me perdre dans mes pensées », déclare le jeune. Pour lui, il y a quelque chose de réconfortant dans la noirceur et la solitude que procure la nuit. « C’est comme si je pouvais ralentir le temps un peu et profiter d’un moment calme qui m’appartient pleinement. »

Crédit photo : Dina Jehhar

Toutefois, Andrew Roberts est un exemple parfait des répercussions physiques du manque de sommeil et d’un cycle perturbé. Fatigue intense et troubles anxieux : l’étudiant, suivi par des professionnels de la santé psychologique, admet que des somnifères lui ont longtemps été prescrits pour assurer des nuits de sommeil complètes et permettre à son corps de récupérer.

En moyenne, un adulte a besoin de sept à neuf heures de sommeil par nuit pour assurer aux cellules de son corps le temps nécessaire pour se régénérer.

le temps écoulé devant un téléphone cellulaire, une tablette ou un téléviseur. Les chercheurs établissent que la lumière bleue émise par nos écrans perturbe notre cycle de sommeil ce qui peut détériorer la santé de nos yeux, causer de l’insomnie et contribuer au développement de cancers, de maladies cardiovasculaires, du diabète ou de l’obésité. Les écrans émettent une fréquence de lumière dite « bleu violet », soit une luminosité qui n’est pas naturelle et qui est différente du spectre « bleu turquoise » de la lumière naturelle à

10

intelligent ou de sa tablette au moins une heure avant d’aller se coucher. PROCRASTINER SON SOMMEIL

Pour certaines personnes, déposer son téléphone avant de s’endormir n’est pas le problème, ce sont les heures de réflexion qui s’ensuivent qui le sont. C’est la réalité de Andrew Roberts, étudiant en psychologie à l’Université Concordia. Souffrant d’insomnie depuis son très jeune âge, l’étudiant présente le concept de revenge bedtime procrastination (ou procrastiner son heure de coucher par vengeance). Cette théorie fait LA QUÊTE

La pharmacienne Rim Bussoffara confirme qu’une importante hausse dans la prescription des somnifères et des antidépresseurs a été remarquée au courant de l’année 2020-2021. Selon elle, le stress engendré par la pandémie et le télétravail sont les principales causes qui expliquent ce phénomène. « J’ai des consultations sur les troubles du sommeil presque tous les jours chez des patients de tous âges. Ça devient de plus en plus fréquent », évalue-t-elle. DINA JEHHAR

JUIN 2021


ENTRE ÉVEIL ET RÊVE

Cela survient à l’heure du réveil. Je m’efforce d’agiter un doigt ou un orteil, car c’est la seule solution que j’ai trouvée pour rester éveillée, et éviter de me retrouver enfermée à nouveau. Je me répète sans cesse de ne pas me rendormir. Souvent, le sommeil prend le dessus, et je me « rendors », ou plutôt mon corps s’éteint, mais ma conscience est toujours là. Selon Alex Desautels, professeur adjoint au Département de neurosciences de l’Université de Montréal que j’ai questionné sur le sujet, il s’agit d’une dissociation : certains éléments neurologiques, présents durant la phase du rêve s’introduisent dans le cerveau éveillé. « Il y a des parties de notre cerveau qui sont parfaitement éveillées, et d’autres qui envoient des signaux, au mauvais moment, à notre moelle épinière pour dire aux muscles de rester immobiles », explique-t-il. Le professeur affirme qu’environ 40 % de la population mondiale peut, à un moment ou un autre, vivre un épisode de paralysie du sommeil. LA PREMIÈRE FOIS

Axelle, 21 ans, expérimente des choses propres aux jeunes de son âge, sauf lorsqu’elle s’endort. C’est durant la nuit que la sensation de blocage apparaît. Il lui est impossible de faire un mouvement, et cela bien que sa conscience soit active. Habituée à gérer la paralysie, elle se souvient de la première fois, il y a quatre ans, où son sommeil n’a plus été le même. « Ce jour-là, j’étais vraiment très fatiguée », confie-t-elle. Alors qu’elle venait de vivre une expérience hors du commun en plein milieu de la nuit, l’étudiante en droit explique avoir tenté en vain de rester éveillée pour ne pas se retrouver à nouveau enfermée dans cette prison corporelle. « J’ai longtemps eu peur de me rendormir, JUIN 2021

je m’étais dit que c’était peut-être les prémices de la mort », témoigne-t-elle. Cheikh se souvient aussi de sa première fois. Le jeune passionné d’économie fait mention d’une expérience qui, à l’époque, l’avait laissé indifférent, mais qu’il décrit tout de Olivier Bécaille, personnage de la nouvelle La mort d’Olivier même comme « surhu- Bécaille d’Émile Zola. Victime de catalepsie soit la suspension du mouvement volontaire des muscles, le personnamaine ». « Au réveil, je me complète ge enfermé dans son cercueil assiste à ses propres funérailles. sentais bizarre, comme si quelqu’un avait essayé de TRAITEMENTS REQUIS ? me tuer, de prendre le contrôle de mon corps », se souvient-il. Ce n’est « Souvent quand on explique à la perque quelques années plus tard que ses sonne que c’est quelque chose de bénuits prennent une tournure diffé- nin, ils n’ont pas besoin de traitement », rente, le laissant cette fois-ci complè- avance le neurologue. Cependant, tement traumatisé. Le jeune homme certains patients peuvent vivre la side 26 ans était conscient et incapable tuation à l’extrême et ainsi dépendre de bouger lorsqu’il a senti son souffle de soins spéciaux. « À ce moment-là, se couper alors qu’il s’était endormi il y a une indication de traitement et sur le ventre. Il avait l’impression de on donne des médicaments qui vont mourir jusqu’à qu’il ressente l’inter- bloquer les signaux du sommeil de vention d’une force extérieure. « Je rêve », poursuit le directeur de la clime suis dit que c’était Dieu ou un nique du CÉAMS. ange qui m’avait sauvé », assure-t-il. M. Desautels explique que cette expéRÊVE, HALLUCINATIONS ET MYS- rience peut être due à un manque de TÈRES sommeil. Les images et les sons terrifiants dont certains peuvent être téCet état de mort temporaire s’accommoins vont parfois se référer aux élépagne parfois d’hallucinations viments d’un monde spirituel, comme suelles ou auditives. Aussi loin que Cheikh qui a dit s’en être sorti grâce je me souvienne, j’ai toujours eu des à une intervention divine. Mais selon hallucinations auditives, mais il m’a le neurologue de l’Hôpital du Sacréfallu du temps pour comprendre que Cœur, rien n’a été démontré sur le ces bruits n’étaient pas réels. Ce phéplan scientifique. « Les gens vont nomène s’est plus tard suivi d’halluessayer d’expliquer les phénomènes cinations visuelles. Il y a encore un ou les figures menaçantes par leurs mois de cela, j’apercevais un chat propres références », argumente-t-il. noir se promenant dans ma chambre Selon moi, ce phénomène reste une étudiante. expérience propre à chacun qui se Le professeur Desautels distingue les garde de nous partager tous ses myshallucinations hypnagogiques qui tères. surviennent lors de l’endormisseOCÉANE KOUASSI ment, des hallucinations hypnopompiques qui apparaissent au réveil. Le processus est le même que celui de la paralysie du sommeil. En effet, les éléments qui façonnent le rêve, appelés les éléments oniriques, vont s’introduire dans le cerveau, bien que celui-ci soit éveillé et ainsi construire ces images visuelles ou sonores.

Crédit photo :

Même éveillée, je suis incapable de faire un geste ou de produire un son. Consciente de mon environnement, je ne suis qu’une simple spectatrice immobile. Depuis mon enfance, je vis ce que l’on appelle de la paralysie du sommeil.

LA QUÊTE

11


HRONIQUE

: sie rtoi Cou

t ar M

in e

Co

rriv ault

LA NUIT DU SILENCE

Glisser dans la nuit d’une mémoire occupée par le silence, la solitude et l’oubli… L’image a pu fasciner ermites et poètes désespérés, mais elle ne représente rien de mystique ou de romantique dans la réalité contemporaine de ceux qui n’ont pas choisi d’habiter ce paysage. Les caprices et la durée de la pandémie actuelle font qu’on n’a jamais autant parlé de « préserver » la santé mentale des gens en insistant sur les besoins et les inquiétudes de la jeunesse qui, elle, a ses propres idées sur la question. Depuis l’hiver 2017, le mouvement Jeunes et santé mentale réunit organismes, groupes et individus pour travailler sous un thème éloquent : C’est fou la vie, faut pas en faire une maladie. La lutte contre la médicalisation comme traitement des problèmes sociaux est dans leur viseur et ils cherchent à se faire entendre. Alors, comme dit la chanson : « Faudrait les écouter. » La question de la santé mentale n’est pourtant pas nouvelle, mais les chambardements générés par la pandémie font qu’on l’aborde plus ouvertement parce qu’on reconnaît plus facilement que n’importe qui peut être touché, dans tous les milieux et de diverses manières. En principe, les bonnes intentions s’accumulent, mais tout se complique quand il faut agir. Le passé n’a rien d’édifiant comme modèle, le présent n’arrive pas à s’arrimer à la réalité ce qui fait que l’avenir reste flou. Alors, devant une situation concrète, est-ce qu’aujourd’hui, on n’en ferait pas un peu trop avec des mots et des inquiétudes stériles ? La réflexion d’un Louis Morissette père de famille et producteur du documentaire La barre haute, de Chantale Limoge, rejoint cette interrogation. Dans le film, il avoue s’interroger devant l’instinct protecteur qui s’éveille en lui quand ses enfants sont confrontés à un stress ou une angoisse. Il se demande si les parents modernes ne nuiraient pas à leurs rejetons en les surprotégeant sans leur apprendre à gérer leurs émotions en affrontant les contrariétés. Quand j’ai discuté de la question avec mon amie Valentine, elle m’a rappelé la boutade souvent servie par les parents des gens de notre génération : « C’est pas la fin du monde, tu t’en rappelleras pas le jour de tes noces ! Même si on ne se marie pas, le souvenir de nos batailles de jeunesse nous reste et ça fait des histoires à raconter… Quand on a encore une mémoire pour les évoquer entre amis. »

12

Le ton de sa voix m’a rappelé cet ami dont elle vient d’apprendre qu’il a complètement oublié tout ce qui a été sa vie, lui qui n’en finissait pas de rêver des projets à élaborer et qu’il a parfois réussi à réaliser, toujours en lien avec ses deux passions, la musique et les textes. L’homme accumulait souvenirs, anecdotes et rencontres ; quand on lui disait qu’il devrait écrire des livres avec tout ça, il admettait y penser, mais n’avait pas le temps : ce serait un projet pour ses vieux jours. Mais il a glissé dans cette maladie, nuit vivante habitée par le silence et l’oubli. L’ami ne sera pas seul à ne jamais pouvoir raconter la pandémie de 2020. Et d’autres en resteront blessés pour toujours, mais la vie va continuer, certaines choses vont changer et d’autres pas, avec la relève des générations qui apprennent, mais parfois aussi, oublient. La santé mentale, hier, c’était comme dans Les orphelins de Duplessis et Les fous crient au secours. Puis il y a eu la désinstitutionnalisation qui a fermé les institutions, comme celle où avait échoué un Émile Nelligan, mais les préjugés ont survécu. Les ressources nécessaires ne sont pas toujours accessibles et parfois, Les fous crient encore au secours, comme l’écrit la maman d’un jeune malade récemment « échappé » par le nouveau système qui n’arrive pas à répondre aux angoisses des hommes, des femmes et des enfants de maintenant qui ne savent pas comment affronter les monstres… La détresse sociale n’est pas née avec la pandémie qui n’est qu’un élément de plus à la liste des provocateurs de crises additionnelles dont la santé mentale n’est pas l’unique cause. L’équilibre d’une société repose sur un partage de valeurs et de responsabilités entre ceux qui la composent, même si tous ne sont pas également outillés. Ce qui conduit les participants au mouvement Jeunesse et santé mentale à souhaiter le « déconfinement des pensées » pour améliorer ce qui doit l’être. Et à vivre l’apprentissage « un battement d’ailes à la fois ». Histoire d’habiter le silence des nuits solitaires. MARTINE CORRIVAULT

NOTE : Le mouvement Jeunesse et santé mentale est né d’un forum organisé il y a cinq ans et est soutenu par les RACQ, (Auberges du cœur), RRASMQ (Ressources alternatives en santé mentale) et l’AGIDD-SMQ (Groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale), et compte aussi des membres individuels.

LA QUÊTE

JUIN 2021


NON-VOYANTS : UNE HAUSSE DE L’ISOLEMENT REMARQUÉE En mal ou en bien, la pandémie de COVID-19 a affecté tout le monde, peu importe leur âge, leur statut social ou leur situation personnelle. Pour quelques-uns, l’adaptation aux nouvelles mesures sanitaires s’est faite sans problème, mais pour la communauté des personnes non voyantes, ces changements n’ont pas toujours été aussi simples à appliquer. Huguette Roussel travaille pour l’organisme Audiothèque L’Oreille qui lit. Ce groupe engage des bénévoles qui, en enregistrant leur voix, lisent des publications de toutes sortes dans le but d’en donner l’accès aux non-voyants. Mme Roussel est elle-même atteinte de cécité totale. Depuis sa naissance, elle ne voit strictement rien. Pour faire ses activités quotidiennes, elle a donc appris à utiliser des équipements comme la canne blanche ainsi que les assistances vocales incluses dans les appareils technologiques. Pour Mme Roussel, la pandémie n’a pas changé ses habitudes de vie : « Je n’ai pas remarqué de différence. Je vais faire ma marche pareille. » Elle ajoute qu’elle fait dorénavant son épicerie accompagnée par une personne aidante. Selon Huguette Roussel, d’autres personnes non voyantes lui ont toutefois rapporté qu’elles se faisaient parfois réprimander lorsqu’elles sortaient faire son magasinage ou son épicerie parce qu’elles ne respectaient pas la distanciation. « Je sais qu’il y a des gens que je connais qui ont des problèmes avec la distanciation et qui vont [à l’épicerie] seuls », explique-telle. Mme Roussel ajoute également que plusieurs de ces personnes se sont donc isolées chez eux par peur de se faire gronder par la population : « La pandémie a emmené beaucoup d’isolement […] Il y a eu une baisse de morale significative ». Pierre Schram est directeur général d’Audiothèque L’Oreille qui lit et est, quant à lui, capable de perceptions lumineuses. Il peut donc discerner des ombres et des lumières, mais ne JUIN 2021

Pierre Schram est directeur général d’Audiothèque L’Oreille qui lit. peut percevoir de formes. Comme pour sa collègue, la pandémie n’a pas changé ses habitudes quotidiennes, mais il soutient qu’il est plus vigilant qu’avant. « Je me surveille parce que je ne vois pas qui peut passer à côté de moi et je ne sais pas à quelle distance il peut passer quelqu’un. »

niveau des bénévoles, il y a eu [un impact]. Tout ce qui est format papier a diminué parce qu’on ne pouvait pas tout faire », déclare Huguette Roussel. Les journaux, les horaires de télévision et les circulaires font partie des publications qui ont continué d’être offertes.

M. Schram est aussi au courant de l’isolement de plusieurs personnes non voyantes, mais il croit que celles-ci se sont confinées plutôt pour leur sécurité. « Il y a quand même des services téléphoniques qui existent. Il y a des gens qui peuvent les aider à distance à commander leur épicerie. À mon avis, c’était plus sécuritaire et plus confortable pour ces gens-là », explique le directeur.

Pierre Schram déplore le manque de soutien de la part du gouvernement vis-à-vis de l’organisme et des nonvoyants. Audiothèque n’a reçu aucun financement sauf pour l’achat de produits désinfectants en début de pandémie. Selon Huguette Roussel, l’aide venait plutôt de la communauté qui accompagnait et aidait les personnes non voyantes. Lorsque le gouvernement provincial a annoncé qu’il prioriserait la vaccination des personnes avec un handicap, une lueur d’espoir s’est allumée pour la communauté. « On vient tout juste d’avoir, et ça fait des mois qu’on se bat pour ça, accès aux cliniques de vaccination », remarque M. Schram, tout de même déçu du temps d’attente.

UN SERVICE SANS RELÂCHE

Audiothèque L’Oreille qui lit n’a connu presque aucune interruption de services durant la pandémie. Pierre Schram raconte que l’organisme a dû fermer ses portes pour quelques semaines, mais que ses employés ont pu ensuite continuer à offrir des services à la communauté non voyante. L’entente avec des bénévoles pour la lecture des publications disponibles a dû être interrompue, laissant les employés permanents faire le travail à distance. Dû au manque de personnel, le nombre de publications a chuté. « Au LA QUÊTE

Depuis peu, l’organisme a de nouveau engagé ses bénévoles et les services redeviennent de plus en plus accessibles. Les non-voyants ont de nouveau accès à leurs publications et peuvent donc retourner à leurs anciennes habitudes malgré la pandémie. JASON JOLY

13


DORMIR SOUS DES MILLIONS D’ÉTOILES Le secteur touristique mis à l’arrêt par la pandémie de Covid-19 a privé bien des gens de l’anticipation guillerette qu’engendre la planification d’un voyage. Après plus d’un an de projets touristiques mis entre parenthèses, nos nuits de voyages inoubliables peuvent nous sembler être un rêve lointain. Laissez-moi donc vous offrir une lueur d’espoir et vous raconter une nuit sans pareille, une nuit dans l’infini. L’aboutissement de mon voyage au Maroc m’a amené au sud du pays, dans la ville de Marrakech. Reconnue

serpents, j’ai décidé de planifier l’épilogue de mon voyage : une nuit dans le désert du Sahara. L’aventure est pour le moins excitante : un parcours d’une journée à travers les routes escarpées marocaines jusqu’aux portes du Sahara, suivi d’un trajet de quelques heures à dos de dromadaire jusqu’à ma destination, un campement de Touaregs en plein milieu du désert. Après avoir fait la connaissance de mes hôtes enturbannés et partagé un succulent tajine sous une tente, j’ai exploré un brin les alentours du campement. Se

infinies, rien ne saurait se comparer à l’émerveillement qu’allait m’offrir la Voie lactée durant cette nuit d’automne marocain. À la suite d’un coucher de soleil d’une beauté poétique, les premières étoiles ont percé le noir jais du ciel du désert. Alors que j’étais installé dos contre sol sur un énorme tapis tissé à la main, les voûtes célestes se sont enflammées d’un scintillement glacé alors que des millions d’étoiles se révélaient sous mes yeux. Suspendues dans l’infini inaccessible, ces dernières me récompensaient par leur beauté. La conceptualisation tangible de l’immensité de notre univers est une leçon d’humilité sur notre rôle dans ce dernier et offre à quiconque s’y perd un terrain fertile à l’introspection. Les douces lumières du passé qui ont caressé mes iris le temps d’une nuit glaciale allongé sur le sol a engendré plus de questions qu’elles n’avaient de réponse à m’offrir. Que suis-je venu chercher ici ? Moi-même ?

Crédit Image : Sébastien Agostini-Cayer

Au final, je dois admettre que les voyages me manquent, mais étant optimiste de nature je sais avec certitude que le prochain sera d’autant plus savoureux, comme l’étreinte d’une personne aimée après une trop longue séparation. Bien qu’évidemment le secteur touristique prendra un certain temps à se rétablir, voyons cette escale comme l’opportunité de nous ressourcer dans nos nuits québécoises.

Sébastien dans le désert du Sahara.

pour sa grande place publique, Jema El-Fna, qui est entourée d’un dédale de souks (marchés) marocains dans lesquels il est un régal de s’égarer, Marrakech est aussi une des portes d’entrée pour le désert du Sahara. Après avoir passé quelques journées à découvrir les musées et les environs de Riad, à déguster des mets locaux et rencontrer mon lot de charmeurs de

14

retrouver dans le milieu du désert est une expérience surréaliste qui donne l’impression de se retrouver sur une exoplanète chaude et granuleuse, qui offre un horizon ininterrompu et un silence apaisant que seul le chant fragile du vent altère occasionnellement.

La nuit porte certes conseil, et possiblement que tous les chats y sont gris, mais elle est aussi sujette à l’émerveillement lorsqu’on y découvre notre univers. Les cieux comme les humains cachent parfois leur beauté dans la nuit, sous des nuages ou des façades, il suffit parfois d’y plonger un regard bienveillant pour voir éclore un univers insoupçonné. SÉBASTIEN AGOSTINI-CAYER

Malgré les agréables découvertes que m’offrait l’environnement de dunes LA QUÊTE

JUIN 2021


NOCTAMBULES INSPIRÉS

Crédit Image : Tumisu / Pixabay

des médias sociaux, informations apocalyptiques à la télévision, pressions de la vie active, échéances à respecter, interactions sociales à maintenir… toutes ces énergies et ces interférences nous font sans cesse vivre à l’extérieur de nousmêmes.

« La nuit est un vide dans lequel je peux créer. » Grace Jones.

Nombreux sont ceux à qui la nuit ne porte pas simplement conseil : elle apporte également une créativité inédite. Quelque chose dans la quiétude obscure séduit effectivement leurs esprits qui y trouvent refuge, laissant enfin libre cours à leur imagination débordante. Une inventivité que l’arrivée de l’aube et de ses obligations vient bien souvent restreindre. Anatomie de ces oiseaux nocturnes. S’asseoir et commencer l’écriture de cet article vers trois heures du matin aurait pu être ironique. Ce créneau horaire est cependant l’un des seuls permettant un flot d’idées plus fluide, la créativité absente en journée désormais accessible du bout des doigts. Tous les éléments y participant sont effectivement réunis : le silence épais ambiant, l’isolation de l’être et de la pensée, les lumières légèrement plus douces et le temps qui semble se suspendre juste pour nous. C’est dans la nuit que beaucoup retrouvent le contrôle dérobé. Que beaucoup se retrouvent. UNE SOLITUDE NÉCESSAIRE

Ce retour nocturne à soi donne à l’inventivité un nouveau souffle. En effet, dans le courant de la journée, notre esprit ne cesse d’être sollicité de part et d’autre. Publicités intempestives, lumière bleue des écrans, hypnose JUIN 2021

Mais une fois la nuit tombée et ce chaos temporairement feutré, enfin, nous nous retrouvons. Et se retrouver signifie respirer, mettre de l’ordre dans ses idées, prendre du temps pour soi, mais aussi comprendre les événements que nous nous sommes jusqu’alors contentés d’enchaîner aveuglément. Car c’est dans leur essence que sera puisée notre imagination. REPRODUCTION ET CRÉATION

Il existe en psychologie deux types d’imagination. Celle reproductrice, tout d’abord, qui garde en mémoire des souvenirs sensoriels de manière vive, presque palpable. Ainsi, chacun peut se replonger dans une fenêtre spécifique de son passé pour le revivre avec ses couleurs, ses formes et ses odeurs de l’époque. Mais il arrive qu’il manque à ces instants remémorés des détails ou que certains angles soient arrondis, certains traits embellis. C’est ici qu’entre l’imagination créatrice. En s’appuyant sur des souvenirs préexistants, elle en invente de nouveaux, donnant naissance à des perceptions et des représentations mentales inédites. Ainsi procèdent les artistes — tels que les écrivains, les chanteurs, les dessinateurs ou encore les poètes — lorsque pour produire leur art, ils s’inspirent d’images antérieurement emmagasinées que leurs plumes se chargent par la suite d’esthétiser. Mais pour que cette prise de recul créative ait lieu dans leurs esprits, il est nécessaire qu’ils en aient LA QUÊTE

le temps. Et pour beaucoup, ce temps n’arrive qu’une fois la nuit tombée. LÂCHER PRISE

La fatigue est loin d’être un obstacle dans ces moments-là, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Exercer sa créativité n’implique pas toujours d’être en action. Fréquemment, ce n’est qu’un état passif et engourdissant permis par la relaxation progressive de l’esprit après une journée chargée. Les idées vont et viennent alors sans obligation de signification et c’est fréquemment dans ce ballet aléatoire de mots et d’images que l’idée parfaite nous apparaît soudain. Car certaines épiphanies ont toujours été présentes en nous. Elles se laissent simplement appréhender après que le cerveau ait accepté de lâcher prise — soit généralement aux portes du sommeil. Malgré la torpeur, il faut donc avoir la présence d’esprit d’attraper rapidement de quoi retenir cette idée sur le papier avant qu’elle ne s’évapore à nouveau. Une fois perdue, il est très souvent difficile de la retrouver autrement que par microscopiques fragments. MORPHÉE COMME ALLIÉ

Le sommeil n’est pas non plus une perte de temps. Aussi stimulante que la nuit puisse être, il est important de se rappeler que nos corps et esprits ont besoin d’un minimum de repos pour pouvoir fonctionner correctement, de jour comme de nuit. Un cerveau exténué ne peut ni se montrer créatif ni mettre cette créativité en action. Il convient donc de faire des compromis en sacrifiant quelques-unes de ces nuits sacrées pour dormir et ainsi se régénérer. Et lorsqu’on sait que certains songes peuvent également se faire porteurs d’idées nouvelles, on réalise qu’en termes d’épiphanies, il n’y a jamais de temps gaspillé. MALIA KOUNKOU

15


HRONIQUE

L'ESPOIR AU CUBE io n :

Vig no

VAINCRE LA NUIT Non pas qu’elle me déplaise, mais je n’ai jamais réussi à apprivoiser le noir dans lequel la nuit me plonge. Ce noir vide, froid, inquiétant, cet environnement que je ne peux saisir du regard, me laissant odeurs et sons comme seuls témoins de mon désarroi. Tendre les mains devant soi sans savoir sur quoi elles vont tomber. Avancer d’un pas sans savoir dans quel piège je vais mettre le pied, n’entendre que le battement de mon cœur dans mes oreilles essayant de rester calme, tout dans ma tête contribue à me figer sur place lorsque la lumière disparaît. Pourtant, la nuit ça me connaît. J’ai été travailleur de nuit pendant plus de quinze années, vivant à l’envers du monde. Dormant le jour pour survivre à la nuit. Toutes ces années sans vie familiale ou sociale, sans pouvoir profiter de la lumière du soleil. Nuits blanches pour gagner ma vie. Toutes ces nuits à veiller seul sur une jeunesse blessée, endormie, à gérer le risque. À imaginer tout ce qui pourrait éventuellement arriver. Une crise, une fugue, l’automutilation, une désorganisation, une tentative de suicide. Être constamment aux aguets. Toujours être prêt et souhaiter que rien de tout cela n’arrive. Tout ce temps pour réfléchir au meilleur et au pire. Du temps aussi pour rêver à quel genre de vie je voudrais après, quand l’heure de la retraite aura sonné, lorsque je retrouverai le courant régulier du jour qui se lève après un repos bien mérité. L’équilibre. S’il est vrai que j’ai vécu en solitaire, rempli d’insécurités, pendant toutes ces années, je dois aussi dire que le calme et la tranquillité de la nuit m’ont permis de me réconcilier avec la lecture. J’ai lu, j’ai beaucoup lu. De tout et sur tous les sujets. En plus des rapports de nuits obligés, j’ai aussi écrit, mon journal personnel, mes états d’âme, ma vie. J’ai compté les pleines lunes, essayant de me convaincre qu’elles n’avaient aucun effet sur mon agitation intérieure. Toutes ces questions au sujet de l’attraction des marées qui s’ajustent aux cycles lunaires avaient-elles un réel impact sur mon état d’esprit ? Ma peur du noir des nuits sans lune a toujours affecté mon comportement et nourri mon anxiété depuis l’enfance.

ne lutte plus, j’accueille ma peur et je ne la laisse plus me dominer. J’accepte l’homme que je suis. Je me dis : « Une nuit blanche crée l’espérance d’un nouveau jour meilleur. » La nuit me fait apprécier le jour Le noir me fait apprécier la lumière Le froid me fait apprécier le chaud L’hiver me fait apprécier l’été L’univers est ainsi fait. Depuis l’aube des temps, la nuit a été associée au mystère, à l’étrange. L’obscurité porte en elle le désespoir, la peur, la mort. Peut-être que toute cette peur qui m’habite n’est reliée qu’à l’idée de la mort. J’imagine tellement la vie d’après dans un chaud rayon de lumière blanche que par contraste la mort ne peut qu’être sombre, vide et froide. Si la mort n’est qu’un passage, pourquoi mon esprit n’arrive-t-il pas à créer ce rayon de lumière m’aspirant vers le haut où chaleur et lumière m’attendent pour la suite ? La nuit me fait peur parce qu’elle est noire. Si je l’éclaire un peu, ma peur s’estompe. Il existe tellement d’autres espaces dans ma vie où je peux m’épanouir, je n’ai pas à me laisser définir par une seule caractéristique de ma personnalité qui est un peu défaillante. Alors j’ai choisi d’assumer : « Je suis adulte et oui, je dors avec une veilleuse ! » Simplement, MARC ÉMILE VIGNEAULT

La peur est un sentiment puissant et irrationnel. Comment se fait-il que même si je suis bien à l’abri dans ma maison, bien au chaud sous mes couvertures, je sois paralysé par la peur lorsque vient le temps d’éteindre la lumière ? Mon cerveau s’emballe. J’entends des bruits étranges, je sens la présence d’ombres indéfinies et angoissantes. Je n’arrive pas à m’apaiser. J’ai lutté longtemps pour vaincre cette peur honteuse du noir que la nuit entraîne dans son sillage. Aujourd’hui, je

16

LA QUÊTE

JUIN 2021

at str Illu


SOIRÉE DE BAL

HRONIQUE

LA TOURNÉE DES GRANDS-DUCS

Rassemblement chez les parents de M. B. sur le boulevard Saint-Cyrille. Les consœurs et confrères sont tous là, accompagnés, en plus de certains parents curieux de voir la tête des jeunes gens qui accompagnent leur enfant dans cette escapade. Petit cocktail, jasette, puis c’est le départ pour la tournée. ENTRE CHIEN ET LOUP

Nous avions réservé dans un resto à la mode, rue D’Auteuil ; il s’agissait d’une grande salle à manger réputée pour son atmosphère et ses mets exotiques. Une société plutôt calme et tranquille fréquentait ce lieu. Le service était bon et courtois. Nous avons dégusté le repas complet. Un fond musical et le décor harmonisaient le tout. Puis, nous avons tiré notre révérence. CRÉPUSCULE

Le groupe se met en route, direction Saint-David, RiveSud de Québec. Nous nous rendons à la « Maison hantée ». Un vent léger déplaçait quelques nuages qui voilaient parfois la pleine lune. L’extérieur de l’immense bâtiment octogonal de bois grisâtre était recouvert d’un toit d’une pente d’environ 30 degrés. À l’entrée nous avons été accueillis par un monsieur assez grand au teint verdâtre, habit de cérémonie et cape dans le style de Dracula. Nous le suivons, dans un corridor tortueux dont le plancher est fait de pierres inégales, jusqu’au vestiaire. Là, deux sorcières au teint pâle, chapeaux pointus, maquillage foncé, se chargent de nos vêtements. Quelques pas plus loin, stupéfaction devant l’entrée d’une immense salle dont la structure intérieure rappelle celle d’un parapluie ouvert. Face à nous, un podium sur lequel un orchestre constitué d’une demi-douzaine de jeunes gens demi-vêtus tapent énergiquement sur des barils de métal vide de différentes hauteurs : de tout cela ressort une musique infernale aux décibels très élevés. Complétant le décor, deux cages immenses, du plafond au plancher et occupant un pan de l’octogone. Lorsque les musiciens prennent une pause, on entend parfois un bruit d’ailes parmi la végétation à l’intérieur des cages. En examinant plus attentivement, j’y découvre une chouette dans une cage, et un grand-duc dans l’autre, participant parfois à l’ambiance en émettant une sonorité.

JUIN 2021

i li Ph

À LA BRUNANTE

: sie rtoi Cou

Québec, mai 1965. La fin de l’année scolaire approche à grands pas. Comme notre groupe est plutôt créatif, au lieu de nous adonner au sempiternel bal de fin d’année, nous avons plutôt opté pour faire « La tournée des Grands-Ducs » à notre façon. J’ai loué un smoking chez Binet, boulevard Langelier. Puis, j’ai acheté un bracelet de fleurs naturelles pour mon accompagnatrice de cette tournée.

On nous assigne une table à la forme d’une tombe ancienne. Les dossiers des chaises ont la forme d’une pierre tombale blanche avec inscription en noir. Aussitôt attablés, on nous remet le menu qui a l’apparence d’une carte mortuaire et où figure une liste de mets à base de bespp tioles et de breuvages les plus ine Bo uch solites, le tout dans un style plutôt ard comique. Il faut un bon estomac pour digérer tout ça. Je me contente d’une soupe à la tortue et de cuisses de grenouilles capturées un soir de pleine lune, sautées au beurre noir. La cuvée spéciale du Vampire n’était pas à dédaigner. Après ce repas gargantuesque, le plancher de danse nous invitait. Nous avons goûté tous les plaisirs de ce lieu avant l’heure Du chant du Coq. AUBE

Direction église Saint-Vincent-de-Paul située côte d’Abraham à Québec. Parmi la multitude des églises de la ville, elle célébrait, vers quatre heures trente du matin, la première cérémonie chantée le dimanche. Autre particularité, elle rassemblait toutes les classes de la société : ceux qui avaient passé une nuit blanche, ceux qui venaient de se lever, les riches, les pauvres, les hardes usées côtoyaient le velours et la soie, tous unis en ce lieu sacré. Ainsi en était-il en cette décennie des années soixante. Ite missa es. AURORE

Nous nous acheminons à la terrasse du Château Frontenac, question de nous dégourdir les jambes un peu et admirer le ciel qui se transforme. LEVER DU SOLEIL

Retour à Lévis, cette fois par la traverse. Nous étions invités à un petit déjeuner chez les parents de A.T. Servi dans une salle toute blanche garnie de mobilier antique canadien assez classique, style de chaises et tables qu’on retrouvait à cette époque à l’île d’Orléans et sur la Côte-de-Beaupré. L’atmosphère était agréable et sympathique. Lorsque nous avons quitté, le jour avait chassé la nuit. Nous avions terminé notre périple en célébrant ainsi de façon spéciale pour l’époque la fin de notre année scolaire. « Nuit immuable de la tournée des Grands-Ducs. » Je me souviens !

LA QUÊTE

PHILIPPE BOUCHARD

17


LA QUÊTE DES MOTS PAR JACQUES CARL MORIN

CE JEU CONSISTE À REMPLIR LES RANGÉES HORIZONTALES AINSI QUE LES COLONNES 1 ET 20 À L’AIDE DES DÉFINITIONS, INDICES OU LETTRES MÉLANGÉES OU DÉJÀ INSCRITES. CHAQUE CASE GRISE REPRÉSENTE UNE LETTRE QUI EST À LA FOIS LA DERNIÈRE LETTRE D’UN MOT ET LA PREMIÈRE LETTRE DU SUIVANT..

Verticalement : 1- Base de Forces canadiennes au Saguenay-LacSaint-Jean. 20- Personne qui traduit oralement une langue dans une autre. Horizontalement : 1- Court, succinct. Qui est faux, imité. Choisis. Brochette grecque. 2- Boisson surnommée la « fée verte » (HITANBES). Potence. Décroissement après la pleine lune. 3- Épée. Action de creuser dans le sol. Vent qui vient du nord-ouest.

5- Montant du prix d’un service. Musique populaire andalouse. Pièce d’orfèvrerie destinée à exposer l’hostie (EROSTINOS). 6- Choses insignifiantes (TELLESIV). Mots de même sens. Nouvelle exclusive. 7- Élément d’un ensemble, considéré isolément. Chef d’orchestre. Machiner, comploter. Qui est irascible, hargneux. 8- Tromper, berner. Cancan, ragot. Ronge les carrosseries. 9- Idée qui revient sans cesse. Parfois exigé en plus du passeport. Bras droit (TATANISSS). 10- État d’une personne corpulente. En troisième lieu. Agrume riche en vitamine C.

4- Prophétie. Exposition. Décoration. Très petit mammifère. Réponses au jeu p.29

18

LA QUÊTE

JUIN 2021


la langue dans sa poche PAR HÉLÈNE HUOT « Qu’est-ce que la nuit ? La preuve du jour. » Victor Hugo, écrivain et homme politique français (1802-1885)

SUR LE BOUT DE LA LANGUE

1. Q u’est-ce qu’un nuiteux ? a. une personne qui effectue un service de nuit b. une personne sans domicile fixe c. une personne qui souffre d’insomnie 2. L a locution « nuit américaine » s’entend a. dans les vols transatlantiques b. dans le milieu du cinéma

4. T rouver la locution ou le proverbe « de nuit » qui convient à chaque cas : a. Continuellement, sans répit b. Pour marquer l’opposition entre deux choses c. Être obsédé par quelque chose d. Meuble placé au chevet du lit

c. dans les auberges de jeunesse e. Époque reculée dont on ne sait rien 3. Quel est le point commun entre les rapaces suivants : chouette, duc, hibou, harfang, et hulotte ?

f. Couche-tard, noctambule g. Plutôt attendre le lendemain pour se décider h. On confond tout dans l’obscurité

J'EN PERDS MON LATIN

Index  Le mot « index » entre dans la langue française au tout début du 16e siècle ; il désigne alors le doigt le plus proche du pouce, le doigt qui sert à indiquer, à montrer. Son nom s’explique par son origine : il vient en effet directement du latin index, mot qui signifie : « celui qui montre, indique, dénonce ». Plus tard, à partir du 17e siècle, ce mot a pris aussi un autre sens, l’index désignant une liste alphabétique d’auteurs, de matières, de mots clés, etc., apparaissant dans un ouvrage, avec des références qui permettent de les retrouver. Mentionnons en terminant que le mot avec une majuscule, l’Index, désigne la liste officielle des livres interdits aux catholiques ; institué au 16e siècle, l’Index a été aboli par Paul VI en 1965.

Réponses au jeu p.29 Pour des suggestions, des questions ou des commentaires concernant le français et La langue dans sa poche : hhgodbout@gmail.com

JUIN 2021

LA QUÊTE

19


FACE À FACE AU PROFIL ! SE DÉMÊLER AVEC LA JUSTICE ET DÉFENDRE SES DROITS

Comme on peut le lire sur leur site Web, la Clinique Droit de cité a été fondée en 2015 et s’adresse aux personnes — sans distinction d’âge ou de genre — de la région de Québec qui sont judiciarisées ou qui y possèdent des dossiers judiciaires. Leur mission est d’accompagner les personnes dites marginalisées dans la régularisation de leur situation judiciaire et dans la défense de leurs droits. La Clinique Droit de cité offre également des formations sur la procédure pénale et les interventions policières à leur clientèle et aux intervenants sociaux. Par personne dite marginalisée, l’organisme entend toute personne en situation de précarité financière importante qui doit, la plupart du temps, faire face à un ou plusieurs enjeux tels que l’itinérance, la désaffiliation sociale, la dépendance aux drogues ou à l’alcool, les troubles de santé mentale, le travail du sexe, etc. LA PIERRE ANGULAIRE DE L’ORGANISME

Le service d’accompagnement de la Clinique Droit de cité permet de répondre aux réalités spécifiques à travers un lien de confiance essentiel. Les personnes accompagnées sont davantage en mesure de naviguer de manière éclairée au sein du système judiciaire ou des recours légaux. Depuis sa création, la Clinique Droit de Cité a aidé un grand nombre de personnes à faire réduire leur fardeau de contraventions et aussi aider ces gens en médiation avec les instances juridiques. Leur site présente l’ensemble des services offerts, dont les services d’accompagnement : • Pour la contestation de contraventions à la cour municipale. • Dans la négociation d’ententes de paiements ou de travaux compensatoires à la perception des amendes. • Dans le processus de plainte en déontologie policière. • Pour le passage à la cour ou au Palais de justice. • Sur le programme IMPAC de la cour municipale. • Dans toutes autres démarches de régularisation d’une situation judiciaire.

L’organisme brosse un portrait du dossier judiciaire actuel soit pour la cour municipale ou en ce qui a trait au bureau des infractions et amendes. De l’information est offerte sur les différentes options possibles en fonction de la situation judiciaire ainsi que sur les ressources juridiques disponibles, sans oublier de l’information sur les interventions policières et sur les droits. DES FORMATIONS SONT DISPONIBLES

La Clinique Droit de cité offre deux formations d’une durée de deux à trois heures, dispensées directement dans les organismes qui souhaitent les suivre. De plus, il est possible d’adapter leur contenu en fonction des besoins. Les formations visent entre autres à clarifier et à différencier les interventions policières auxquelles peuvent faire face les citoyens en général, et les personnes marginalisées en particulier. Quelle est la différence entre une interpellation et une arrestation ? Quand une personne est-elle obligée de s’identifier, et de quelle manière doit-elle le faire ? Une personne est-elle toujours obligée de répondre aux questions des policiers ? Quand est-ce qu’un policier peut procéder à une fouille sur un citoyen et comment doit-il le faire ? Qu’est-ce que le code de déontologie policière et le profilage social ? Quels sont les recours disponibles en cas d’abus policier ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles la formation apporte des réponses. ENVIE DE DONNER UN COUP DE POUCE ?

Droit de cité est toujours à la recherche de gens qui peuvent rapporter des faits vécus. Si la cause vous interpelle, il est possible de faire du bénévolat ou devenir membre et ainsi soutenir l’organisme et sa mission. C’est une petite équipe soit, mais remplie de gens compétents et passionnés qui souhaitent aider les gens marginalisés à faire respecter leurs droits et à les défendre. La clinique Droit de cité a grandement besoin d’un coup de main afin d’établir une base de données pour ses services, alors si vous avez le profil, offrez de l’aide et un peu de temps. Ce sera bienvenu ! Quelle belle rencontre productive j’ai eu le plaisir d’avoir avec cette solide équipe.

Témoignage d’un participant « J’ai été victime de brutalité policière, j’ai été profilé par les policiers, j’ai reçu des constats d’infractions sévères et souvent injustifiés et je me suis plaint au service de déontologie à quelques reprises où j’ai parfois eu gain de cause. Mais à cause de cela, je me suis retrouvé marqué comme au fer rouge par les policiers. J’étais découragé, je ne pouvais plus faire confiance aux policiers. Grâce à la clinique Droit de cité, j’ai eu l’aide nécessaire pour cheminer à travers tous les dossiers. Sans eux, je n’aurais pas eu le courage ni la force de faire valoir mes droits. Ils m’ont accompagné et fait grandement diminuer mes contraventions. Merci Droit de cité ! »

20

LA QUÊTE

JUIN 2021


Entraide Un dimanche, je suis allée me promener sur la rue Saint-Joseph, vers le parvis de l’église Saint-Roch. Il y a deux frigidaires de partage qui sont installés à cet endroit et qui offrent pains et nourritures gratuites à ceux qui en ont besoin. J’ai été témoin d’un événement touchant : il y avait un homme avec une grande boîte qui contenait plusieurs petits plats cuisinés-maison. Il les donnait de bon cœur aux personnes qui en demandaient. Je voyais sur leurs visages combien elles étaient contentes de manger à leur faim. J’aime beaucoup assister à ce genre de scènes d’entraide. Ça me fait prendre conscience qu’en ce temps très difficile de pandémie, nous sommes dans le même bateau et que nous pouvons trouver des initiatives, des moyens pour nous entraider sans nous juger avec fraternité, amitié et amour inconditionnel. Pendant mes périodes assez difficiles, moi aussi, j’ai eu besoin d’aide et des personnes m’ont donné leur précieux soutien. Alors, j’aime beaucoup aujourd’hui, selon mes moyens et mes capacités, donner au suivant. Oui, quelles que soient les façons de faire, de partager, comme ce bon monsieur qui offrait avec plaisir des repas cuisinés. Ce peut être aussi d’offrir des vêtements, des souliers, des bottes, des petits meubles. Il y a aussi des livres que nous pouvons offrir gratuitement ou en échange comme nous voyons dans les boîtes â livre dans différents secteurs de notre ville de Québec. Où aussi déposer un livre, que nous aimons, sur un banc dans un parc. Je prends conscience de combien c’est plaisant et gratifiant tant sur le plan personnel que collectif de s’entraider. Qui que nous soyons et sans jugement, agir avec un accueil sincère et de bon cœur. La réalité aussi de savoir que nous sentons, nous savons profondément que nous avons besoin des uns(es), des autres, que nous ne sommes pas seuls(es) sur notre île intérieure.

Illustration : Carry Boxes

CHRISTIANE VOYER

JUIN 2021

LA QUÊTE

21


Photo :BarnImages

Au-delà de la nuit

Dépassé les ombres et le Soleil Il y a une terre sans pareille Où les fleurs boivent les rires Les chutes abreuvent les désirs Au-delà de la nuit, il est dit Qu’un jour, nous goûterons les fruits Le nectar divin d’une contrée solennelle Les joyaux inconnus d’une mer immortelle Si jamais les étoiles l’éclairent, un vœu Je ferai, au nom de tous ceux Traînant un caillou, au fond de leur chaussure Une prière brève et futile, peut-être Pour les enfants qui furent et à naître Leur souhaiter ce simple ciel d’azur… …et en ton nom aussi, ma belle, belle Marie… JASMIN DARVEAU

Le mystère

C’est quoi aimer? je ne le sais pas vraiment l’amour ne se situe pas dans l’intellect c’est plutôt quelque chose qui se ressent à l’intérieur du corps pourtant je ne sais pas c’est quoi aimer je réussis parfois à dire je t’aime le mot amour est au bout de ma langue il veut sortir acquérir sa liberté, mais bien souvent je ravale le mot comme un oiseau qui retourne en cage alors je suis déçu et j’ai envie de pleurer Soudainement le mystère opère l’intelligible perd ses repères l’indicible et l’ineffable amour se métamorphosent...

Photo :BarnImages

et soudainement, il m’est apparu simplement et j’ai su immédiatement que cet amour était simple et extraordinaire simple comme bonjour si simple que je me suis demandé pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt

22

FRANÇOIS GAGNON

LA QUÊTE

JUIN 2021


Métamorphose Apothéose D’une vie Trop longtemps laissée En sursis Victoire Plus longue qu’un soir Qui garnit Mon esprit Et nourrit Mes ambitions Championne de mes combats Guerrière des temps modernes J’suis loin d’être terne Crois-moi Ex-prostituée Ex-droguée J’suis une imperfection En action De larve à papillon Nous avançons Pour défricher Les chemins égarés De nos rêves d’enfants oubliés. Photo : Barnimages

CYNTHIA DIONNE

JUIN 2021

LA QUÊTE

23


Dans mon condo entouré de tilleuls Car je sais que bientôt tu seras de ma porte, à mon seuil Après avoir franchi tout un chemin de mortes feuilles.

Photo : Flickr

Je ne me sens vraiment pas seul

Les nuages crèvent, tombent la pluie.

JAMAIS SEUL

Je sais que tu franchiras cette intempérie Je garde bon espoir De bientôt te revoir. Ah! Je t’aperçois déjà qui cours. Sans, aux flaques d’eau, faire un détour. Je me réjouis de la confiance que je t’ai toujours témoignée, Tu as, en permanence, su la respecter Ces comportements respectifs ont coloré notre amitié D’une sorte d’aura de dignité. GAÉTAN DUVAL

24

LA QUÊTE

JUIN 2021


D’une jeunesse vieillissante !

Cet appel à l’autre. Cet autre qui appelle… D’un temps à l’autre. D’un autre temps ! La vieillesse me serre les fesses. Elle est ce qu’elle n’est pas. Toujours, de tout temps, elle fesse. Elle surmonte le temps pas à pas. Pourquoi, oui, pourquoi ce temps ? Comme si l’on pouvait couper le temps ! Le scinder en deux temps, plus de mouvement ! Pourquoi cet appel à la coupure du temps ? D’une jeunesse, d’une vieillesse, tu seras peut-être ? D’une solitude entourée, d’un entourage solitaire, peut-être seras-tu ? Est-ce la vieillesse, est-ce la jeunesse, qui se bouscule en ton être ? Peut-être les deux, peut-être l’une et l’autre, tour à tour, en seras-tu ? D’un temps à l’autre, d’un autre temps, je t’appelle ! Ce temps, d’un autre temps, te fait signe ! J’étais de ce temps où tu es en ce temps d’où je t’interpelle. Auras-tu ce temps qui comble ma solitude cherchant de ta part un signe ? De temps à autre, je suis las d’attendre ce temps. Merci d’être dans ce temps oui, merci d’être de ce temps.

Illustration : Benoit Gingras

SYLVAIN ROUILLARD

JUIN 2021

LA QUÊTE

25


Nous sommes toujours en plein film social de série « B » C’est vendredi, le 5 à 7 s’achève et l’alcool délit la langue d’une femme qui joue avec le feu en taquinant un barman mafieux Hey bébé, cesse de barber le barman du bistro, bien qu’il soit beau comme Bogart, je sais qu’il tabasse les blondes comme Babe Ruth au bâton quand on lui met les nerfs en boule. Blablabla, bas les brouilles, il est à la bonne avec Big Bobby Bibeau et sa bande de bandits. Alors, tiens-toi bien et baisse le ton ou mets le bouchon. Tu me fous les boules avec ton verbiage abusif des bas-fonds. Allez, j’ai le bide qui bat du tambourin, alors finis ton Bacardi à la banane, tu as assez badiné comme ça. Bon, laisse ton biberon et barrons-nous du bistro-bar bébé. Allez, j’veux pas briser l’ambiance, mais, allons boire et nous bourrer comme des Babas chez bibi avant de tomber sur la bande de Bouledogues balafrés. Bon yeu bébé, oublie ces bobards sinon c’est plus que mon Beretta ou la Bible que je devrai brandir, mais un bazooka… Allez, on est à la bourre. Bye Bye Barman ! Bizarre moi Babouska ? Bon, la bibine d’obsède bébé, c’est pas du bidon, le billard nous attend sinon on bivouac à Lisbonne et bonjour le business biaisé des biscuits aux barbituriques, autant se brosser les dents au bidet bordel. Allez, bisou et bécots à bidule ! Bon c’est bien, enfin ! Alors, bondissons dans mon bolide et bientôt le bunker où tu pourras boire ta bibine au bidon en écoutant la Bite à Ti-Bi bébé. Bientôt le baldaquin et les bizous et Boum ! Je brûle de débloquer ton barrage par le biais de mon bistouri biscornu. Ton baratin avec ce boute-en-train m’ont braisé le biscuit ma biche et je bouille pour la baise…

26

LA QUÊTE

JUIN 2021


LA PATTE CASSÉE L’élastique pété du grain de beauté Faisait une minuscule tâche Dont la chaleur avait atteint 850⁰ Celsius. Le volcan boucanait et toussait Plus fort qu’une incarcération D’une patte de mouche dans le goudron Astucieusement La mouche vole la patte cassée. Une page a été déchirée Dans le rapport de police Qui intervenait En cas d’incohérence. Le crédit est maintenant Réduit, à celui ou à celle, Qui oscille Vers le tourbillon Du miracle de l’imagination Et de son reflet à travers L’aptitude au découragement Mais aussi à faire un pas devant… l’autre Avec un grand sourire de fierté. JULIE BELLEMARE

Que serais-je sans toi Magtogoek Chemin qui marche Droit vers mon cœur Que des instants de bonheur

JUIN 2021

Photo : La Quête

Romance-fleuve Je m’en viens Bientôt Te laisserai caresser ma peau Accueillir mon cri Me remplir de vie

LA QUÊTE

Que serais-je sans toi Magtogoek Mon pur amour MIEL ANCRE

27


Références communautaires Service d’information et de référence qui vous dirige vers les ressources des régions de la Capitale-Nationale, de la Chaudière-Appalaches Tél. : 2-1-1 Aide sociale ADDS Association pour la défense des droits sociaux 301, rue Carillon, Québec Tél. : 418 525-4983 Aide aux femmes Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) Formé pour vous épauler! 418 648-2190 ou le 1 888-881-7192 Centre femmes aux trois A Pour la réorganisations sociale 270, 5e rue, Québec Tél. : 418 529-2066 www.cf3a.ca Centre femmes d'aujourd'hui Améliorer les conditions de vie des femmes 1008, rue Mainguy, Québec Tél. : 418 651-4280 c.f.a@oricom.ca www.centrefemmedaujourdhui.org Rose du Nord Regroupement des femmes sans emploi 418 622-2620 www.rosedunord.org Support familial Flocons d'espoir Écoute et aide pour les femmes enceintes 340, rue de Montmartre, sous-sol, porte 4 Tél. : 418 683-8799 ou 418 558-2939 flocons.espoir@videotron.ca

Hébergement Maison de Lauberivière Pour hommes et femmes démunis ou itinérants 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 accueil.hommes@lauberiviere.org www.lauberiviere.org Maison Revivre Hébergement pour hommes 261, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 523-4343 maison.revivre@gmail.com maisonrevivre.weebly.com SQUAT Basse-Ville Hébergement temporaire pour les 12 à 17 ans 97, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 521-4483 coordo@squatbv.com www.squatbv.com Gîte Jeunesse Hébergement temporaire garçons 12 à 17 ans Résidence de Beauport 2706, av. Pierre Roy, Québec Tél. : 418 666-3225 Résidence de Ste-Foy 3364, rue Rochambau, Québec Tél. : 418 652-9990 YWCA Hébergement et programme de prévention de l’itinérance et de réinsertion sociale pour femmes Tél. : 418 683-2155 info@ywcaquebec.qc.ca www.ywcaquebec.qc.ca

Alphabétisation Alphabeille Vanier 235, rue Beaucage, Québec Tél. : 418 527-8267 info@alphabeille.com www.alphabeille.com

Réinsertion sociale Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO) 435, rue du Roi, Québec Tél. : 418 525-6187 poste 221 carrefour@capmo.org www.campo.org

Atout-lire 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 524-9353 alpha@atoutlire.ca www.atoutlire.ca

Fraternité de l'Épi Aide aux personnes vivant de l’exclusion par la création d’un lien d’appartenance 575, rue Saint-François Est, Québec Tél. : 418 523-1731

Le Cœur à lire 177, 71e rue Est, Québec Tél. : 418 841-1042 info@lecoeuralire.com www.lecoeuralire.com

Maison Dauphine Pour les jeunes de 12 à 24 ans 31, rue D’Auteuil, Québec Tél. : 418 694-9616 courrier@maisondauphine.org www.maisondauphine.org

Lis-moi tout Limoilou 798, 12e Rue, 1e étage, Québec Tél. : 418 647-0159 lismoitout@qc.aira.com La Marée des mots 3365, chemin Royal, 3e étage, Québec Tél. : 418 667-1985 lamareedesmots@oricom.ca membre.oricom.ca/lamareedesmots Centre de jour Relais d’Espérance Aider toute personne isolée et en mal de vivre 1001, 4e Avenue, Québec Tél. : 418 522-3301 Rendez-vous Centre-ville Centre de jour 525, rue St-François Est, Québec Tél. : 418 529-2222 Détresse psychologique Centre de crise de Québec Tél. : 418 688-4240 ecrivez-nous@centredecrise.com www.centredecrise.com Centre de prévention du suicide 1310,1re Avenue, Québec Tél. : 418 683-4588 (ligne de crise) www.cpsquebec.ca Tel-Aide Québec Tél. : 418 686-2433 www.telaide.qc.ca Tel-Jeunes Tél. : 1 800 263-2266 www.teljeunes.com

28

Insertion professionnelle À l'aube de l'emploi (Lauberivière) Formation en entretien ménager commercial /buanderie 401, rue St-Paul, Québec 418 694-9316 poste 248 alaubedelemploi@lauberiviere.org Recyclage Vanier Emploi et formation (manutentionnaire, aidecamionneur, préposé à l'entretien) 1095, rue Vincent-Massey, Québec tél.. : 418 527-8050 poste 234 www.recyclagevanier.com Prostitution La Maison de Marthe 75, boul. Charest Est, CP 55004 Tél. : 418 523-1798 info@maisondemarthe.com www.maisondemarthe.com P.I.P.Q. Projet intervention prostitution Québec 535, av. Des Oblats, Québec Tél. : 418 641.0168 pipq@qc.aira.com www.pipq.org Soupe populaire Café rencontre Centre-Ville 796, rue St-Joseph Est, Québec (Déjeuner et dîner) Tél. : 418 640-0915 www.caferencontre.org Maison de Lauberivière (Souper) 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316

LA QUÊTE

Soupe populaire Maison Mère Mallet (Dîner) 745, Honoré-Mercier, Québec Tél. : 418 692-1762 Santé mentale Centre Social de la Croix Blanche 960, rue Dessane, Québec Tél. : 418 683-3677 centresocialdelacroixblanche.org info@centresocialdelacroixblanche.org La Boussole Aide aux proches d’une personne atteinte de maladie mentale 302, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 523-1502 laboussole@bellnet.ca www.laboussole.ca Centre Communautaire l'Amitié Milieu de vie 59, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 522-5719 info@centrecommunautairelamitie.com www.centrecommunautairelamitie.com Centre d’Entraide Émotions 3360, de La Pérade, suite 200, Québec Tél. : 418 682-6070 emotions@qc.aira.com www.entraide-emotions.org La Maison l'Éclaircie Troubles alimentaires 2860, rue Montreuil, Québec Tél. : 418 650-1076 info@maisoneclaircie.qc.ca www.maisoneclaircie.qc.ca Le Pavois 2380, avenue du Mont-Thabor, Québec Tél. : 418 627-9779 Téléc. : 418 627-2157 Le Verger 943, av. Chanoine-Scott, Québec Tél. : 418-657-2227 www.leverger.ca Ocean Intervention en milieu Tél. : 418 522-3352 Intervention téléphonique Tél. : 418 522-3283 Parents-Espoir 363, de la Couronne, bureau 410, Québec Tél. : 418-522-7167 Service d'Entraide l'Espoir 125, rue Racine, Québec Tél. : 418 842-9344 seei@videotron.ca www.service-dentraide-espoir.org Relais La Chaumine 850, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 529-4064 chaumine@bellnet.ca relaislachaumine.org Toxicomanie Al-Anon et Alateen Alcoolisme Tél. : 418 990-2666 www.al-anon-alateen-quebec-est.ca Amicale Alfa de Québec 75, rue des Épinettes, Québec Tél. : 418 647-1673 alphadequebecinc@videotron.ca Point de Repères 225, rue Dorchester, Québec Tél. : 418 648-8042 www.pointdereperes.com VIH-Sida MIELS-Québec Information et entraide dans la lutte contre le VIH-sida 625, avenue Chouinard, Québec Tél. : 418 649-1720 Ligne Sida aide : 418 649-0788 miels@miels.org www.miels.org

JUIN 2021


Merci

RÉPONSES LA QUÊTE DES MOTS

À TOUS NOS PRÉCIEUX PARTENAIRES ! PARTENAIRES OR • Centraide

RÉPONSES FAITES VOS JEUX

PARTENAIRES ARGENT • CKRL FM 89,1 • Les Impressions Stampa PARTENAIRES BRONZE • Audiothèque • Centre Femmes aux 3A • Intermarché St-Jean • Service Harmonia • Syndicat canadien de la fonction publique PARTENAIRES INCONDITIONNELS (depuis plus de 5 ans !) • Bal du Lézard • Maison Revivre • Michel Yacoub

1. A. 2. B. U ne nuit américaine est une technique cinématographique permettant de tourner en plein jour des scènes d’extérieur censées se dérouler la nuit. 3. Ce sont tous des rapaces nocturnes (ne sortent et ne chassent que la nuit). 4. Locution ou proverbe : a. Continuellement, sans répit = Nuit et jour (ou : jour et nuit) b. Pour marquer l’opposition entre deux choses = C’est le jour et la nuit c. Être obsédé par quelque chose = En rêver la nuit d. Meuble placé au chevet du lit= Table de nuit e. Époque reculée dont on ne sait rien = La nuit des temps f. Couche-tard, noctambule = Oiseau de nuit g. Plutôt attendre le lendemain pour se décider = La nuit porte conseil h. On confond tout dans l’obscurité = La nuit tous les chats sont gris

PARTENAIRES AD VITAM AETERNAM • Claude Gallichan, chiropraticien • Yves Boissinot

JUIN 2021

LA QUÊTE

29


PAYS DE PROVINCE

1

Moi, j’habite un pays Qui le sera un jour J’y aurai des amis À qui parler d’amour Projet de société Société en projet Où la meilleure idée Se perd dans le nordet

Moi, j’habite un pays Aux lois hypothéquées Par le ROC, cet autrui Qui promet nous aimer Sa langue et sa culture Sont envahies, pillées Ne seront que murmure D’ici combien d’années ?

Moi, j’habite un pays Habité par la peur De se sentir chez lui Sans un sens de l’honneur Où la chasse aux sorcières Est permise à l’année Pour ceux dont les œillères Sont étanches et blindées

Moi, j’habite un pays Qui est souvent province Son drapeau a des plis Et sa fierté est mince On le voudrait bilingue Pour servir l’étranger Avant d’être unilingue Et bien anglicisé

Moi, j’habite un pays Souverain sous la glace Pour un oui, pour un non On se chicane en masse « Ninon Ouimet-Sioui » La voilà la question ! Un de ces beaux lundis Excitons la nation

Moi, j’habite un pays Des Parizeau, Bouchard Des Lévesque et Landry Qui l’ont rêvé et fort Moi, j’habite un pays Qui le sera un jour « Tu l’auras, c’est promis ! » M’ont dit des troubadours…

Moi, j’habite un pays Où il se perd du temps Avec trop de ment’ries De gens trop importants Et l’on écrit l’histoire Mais sans savoir laquelle C’est ainsi, il faut croire Que ma province est belle

Moi, j’habite un pays De liberté, dit-on Où la démocratie S’arrête à mon perron D’un changement à l’autre Quand tout reste pareil Un chef et ses apôtres Nous font la sourde oreille

Photo : La Quête

ARMAND LABBÉ

1- Le mot province nous vient de l’expression latine pro victis qui signifie : pour les vaincus.

30

LA QUÊTE

JUIN 2021


CKRL_Automne_2020_Quete.pdf

1

2020-09-25

11:28

WWW.CKRL.QC.CA CKRL891

C

M

J

CM

MJ

CJ

CMJ

N

JUIN 2021

LA QUÊTE

31


Parce que choisir une cause, c’est en laisser tellement d’autres derrière.

Centraide. Aide. 215 organismes.


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
La_Quête_numéro 232_Juin 2021 by LaQuete - Issuu