Skip to main content

La quete numero 192 mars 2017c

Page 1

4$ Le magazine de rue de Québec

Nous tous, ici

noustousici.ca

Merci à nos organismes et aux utilisateurs de leurs services d’avoir généreusement participé à cette publicité.

pub_laquete_mai_2015.indd 1

2015-07-15 13:54

S.V.P. n’achetez qu’au camelot portant une carte d’identification. 2 $ sur le prix de vente va directement au camelot.

Ensemble, derrière ce décor, nous multiplions les possibilités.

No 192 Mars 2017

• Grand-père • L’unique Bazzo • Histoires de courage • Quelqu’un vous admire en secret


Pub-CKRL_Quete_201605_B.pdf

1

2016-06-09

15:18

C

M

J

CM

MJ

CJ

CMJ

N

RADIO 89,1 WEB WWW.CKRL.QC.CA


SOMMAIRE DOSSIER

POUR LE PLAISIR DE LIRE

SOURCE D'INSPIRATION

22

S’inspirer du quotidien

23

L’amitié ne s’oublie pas

23

Tant de gens

24

Inspiration

24

Nuit blanche

La façade

25

Quatre danses

12-13 En pleine nature

26

Les Muses...

14

Grand-père

27

15

Voyager : mon école de la vie

16

Rembrandt et l’adjoint

17

Paix

L’unique Bazzo

08

Histoires de courage

09

Payer au suivant

10

Quelqu’un vous admire en secret

11

Somnambule enthousiaste

Œuvre : Danièle Rouleau

07

CHRONIQUES 06 19

La vieille dame sur le banc

30

Les mots qui tuent

photo: Pierre-Jean Crépin

Le pinceau de mon avenir

photo : Archives Web

JEUX 20

Le jeu de La Quête

21

La langue dans sa poche

MARS 2017

LA QUÊTE

03


PAGE COUVERTURE Œuvre : Danièle Rouleau

RÉALISER L’ESPOIR

Graphisme : Karyne Ouellet

Camelots recherchés

L’Archipel d’Entraide, organisme à but non lucratif, vient en aide à des personnes qui, à un moment

donné Hey toi! de leur existence, sont exclues du marché du travail ou vivent en marge de la société. Ces laissés Tu as 18compte ans ou plus. pour cumulent différentes problématiques : santé mentale, itinérance, toxicomanie, pauvreté, Tu veux te faire quelques dollars? etc. Dans la foulée des moyens mis en place pour améliorer le sort des plus défavorisés, l’Archipel d’Entraide lance, en 1995, le magazine de rue La Quête. Par définition, un journal de rue est destiné personnes en difficulté, notamment des sans-abri. La Quête permet ainsi aux camelots de reprendre confiance en leurs capacités, de réaliser qu’à titre de travailleurs Pour plus d’informations autonomes ils peuvent assumer des responsabilités, améliorer leur quotidien, socialiser, bref, Appelle-nous au certain pouvoir sur leur vie. reprendre un Travaille à ton compte. Pas d’horaire. à la vente - sur de la rue rue !par des Vends le magazine La Quête

418 649-9145 poste 33 Ou L’Archipel d’Entraide, composée d’une équipe d’intervenants expérimentés, offre également des Viens nous rencontrer au services d’accompagnement 190, rue St-Joseph Est (coin Caron)communautaire et d’hébergement de dépannage et de soutien dans la recherche logement par le biais de son service Accroche-Toit. Dans l’église d’un Jacques-Cartier

Depuis sa création, La Quête a redonné l’espoir à quelques centaines de camelots.

SUIVEZ-NOUS SUR

facebook.com/laquete.magazinederue et issuu.com/laquete/docs

UNE TRIBUNE POUR TOUS Envie de faire connaître votre opinion, de partager vos poésies, de témoigner de votre vécu. Nos pages vous sont grandes ouvertes. Envoyez-nous vos textes par courriel, par la poste ou même, venez nous les dicter directement à nos bureaux. Faites-nous parvenir votre texte (500 mots maximum) avant le 1er du mois pour parution dans l’édition suivante. La thématique de mai : Travail.

FAIRE DES SOUS EN DEVENANT CAMELOTS Les camelots récoltent 2 $ de profit sur chaque exemplaire vendu. Autonomes, ils travaillent selon leur propre horaire et dans leur quartier. Pour plus d’informations, communiquez avec Francine Chatigny au 418 649-9145 poste 31 Nous vous encourageons fortement à acheter La Quête directement à un camelot. Toutefois, si aucun d’eux ne dessert votre quartier, vous pouvez vous abonner et ainsi nous aider à maintenir la publication de l’unique magazine de rue de Québec.

COUPON D’ABONNEMENT 10 PARUTIONS PAR ANNÉE Camelots recherchés

Nom: Adresse: Travaille à ton compte. Pas d’horaire. Ville: Vends le magazine de rue La Quête postal: PourCode plus d’informations Appelle-nous au 418Date : 649-9145 poste 33 Ou

Abonnement régulier Abonnement de soutien Abonnement institutionnel

Hey toi! Tu as 18 ans ou plus. Tu veux te faire quelques dollars?

Viens nous rencontrer au 190, rue St-Joseph Est (coin Caron) Dans l’église Jacques-Cartier

Téléphone: La Quête est appuyée financièrement par : Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI)

04

65$ 80$ 90$

ÉDITEUR Archipel d'Entraide ÉDITEUR PARRAIN Claude Cossette MENTORS Martine Corrivault et Jean-Claude Picard COORDONNATRICE Francine Chatigny DIRECTRICE DE L'INFORMATION Valérie Gaudreau SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Isabelle Noël CHRONIQUEURS Martine Corrivault, Claude Cossette et Gilles Simard JOURNALISTES Francis Beaudry, Samuel Fournier, Valérie Gaudreau, Marie-Michèle Genest, Anne-Sophie Maltais, Isabelle Noël, Malika Schneider et Rémy-Paulin Twahirwa AUTEURS Philippe Bouchard, Gaétan Duval, Floriane, François Gagnon, Jean Pierre, Daniel Rodrigues, Bernard St-Onge, Nicole Thibault et Christiane Voyer AUTEURS DES JEUX Hélène Huot, Jacques Carl Morin et Ginette Pépin RÉVISEURS Benoit Arsenault et Véronique Hardy RÉVISEURS EN FORMATION Philippe-Aubert Côté, Kevin Audet-Vallée, Geneviève Desjardins, Florence Donati, Andréanne Fortin, Carol-Ann Mimeault-Simard, Nancy Semegen, Vicki Vachon et les étudiants du cours Réécriture et Révision I des programmes de rédaction et révision professionnelles de l'Université Laval sous la supervision de leur enseignante, Anne Fonteneau. ILLUSTRATEURS Camille-Amélie Koziej-Lévesques et Vigno GRAPHISTE Karyne Ouellet IMPRIMEUR Les Impressions STAMPA inc. 418-681-0284 COPYLEFT La Quête, Québec, Canada, 2014 Ce document est mis à votre disposition sous un droit d’auteur Creative Commons « Paternité - Pas d'Utilisation commerciale - Pas de Modification 2.5 – Canada » qui, si ce n’est pas commercial, permet de l’utiliser et de le diffuser tout en protégeant l’intégralité de l’original et en mentionnant le nom des auteurs.

Journal La Quête

190, rue St-Joseph est Québec (Québec) G1K 3A7 Téléphone : 649-9145 Télécopieur : 649-7770 Courriel : laquetejournal@yahoo.ca

Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien

LA QUÊTE

MARS 2017


MOT DE LA COORDO

SOURCE D'INSPIRATION De l’inconnu outre-mer à l’attachant grand-père en passant par la journaliste renommée, des gens nous inspirent. Ces phares, souvent sans même le savoir, orientent nos choix de carrière, influencent nos modes de vie, nous ressourcent au quotidien. Au sortir d’un hiver au climat clément, mais qui nous a tout de même donné froid dans le dos, l’équipe de La Quête a cru de bon ton de parler de sources d’inspiration... positives !

Cédric Hérrou a circulé dans les médias français, l’automne dernier. Poursuivi, entre autres pour « délit de solidarité », le résident des Alpes-Maritimes a de quoi nous insuffler du courage comme le rapporte Marie-Michèle Genest. Faut-il être plus grand que nature pour devenir une référence ? Assurément pas dans l’esprit de Samuel Fournier qui, par le biais du portrait

LES INSPIRÉS

La Quête a l’immense privilège de recevoir, par courriel, par courrier ou en mains propres, des poésies, des nouvelles et des témoignages offerts par des auteurs qui manifestent ainsi leur grande empathie aux camelots. Ces écrivains ont pour la plupart – est-ce un hasard ? – flirté avec la maladie et la pauvreté qui ont nourri leur élan créatif.

Sa source d’inspiration, Isabelle Noël la puise dans son entourage immédiat. Dans Quelqu’un vous admire en secret, la journaliste nous invite à reconnaître les bienfaits que nous apportent les gens de notre quotidien. Angoissé à l’idée de livrer l’un de ses secrets (!), Francis Beaudry s’est tourné vers son grand-père qui, espérait-il, allait lui révéler l’identité des figures de proue de sa vie. L’entretien réalisé avec son ancêtre n’a pas pris la tournure désirée, mais ce moment restera à tout jamais marqué dans sa mémoire. Les artistes la magnifient, les scientifiques la copient : la nature nourrit l’inspiration à l’infini. Elle calme aussi. Anne-Sophie Maltais livre en photos, ses lieux de ressourcement.

LES INSPIRANTS

Figure inspirante entre autres pour les jeunes journalistes de La Quête, Valérie Gaudreau s’occupe dans la vraie vie, à informer les citoyens de Québec au sujet des affaires municipales. En plus de son emploi à temps plein au quotidien Le Soleil, elle œuvre dans des médias publics, privés et communautaires. Du journalisme, elle en mange ! Sa passion lui vient d’une personne tout aussi passionnée qu’elle, nous révèle-t-elle dans L’unique Bazzo.

Œuvre : Danièle Rouleau

LES PORTEURS D’ESPOIR

Ce n’est pas à titre de journaliste, mais bien d’accusé que le nom de

MARS 2017

de Monique Tremblay, nous présente les milliers de bénévoles inspirants du Québec.

LA QUÊTE

La vieille dame sur le banc, prend l’allure d’un conte urbain à la fois triste et optimiste : ce mélange d’émotions apparemment contradictoires ne surprend pas quand on sait que son auteur, Gilles Simard, est l’un des trois signataires de la chronique Espoir au cube. Bonne lecture, FRANCINE CHATIGNY

05


é y l F Le : isie rto Cou

LE PINCEAU DE MON AVENIR

au Cl

de

Co

sse tte

Un de ces matins, sans douter de mon talent, mon père me dit : « Claude, fais-moi une belle affiche qui annonce mon local à louer. » J’ai 14 ans. Comment faire ? Mon expérience de publicitaire est bien mince, c’est une évidence. Il est vrai que je suis connu dans la famille comme ayant un certain talent pour le dessin. L’année précédente, le frère Arsène louangeait les « œuvres » que je réalisais au cours de dessin du vendredi après-midi. LA PREMIÈRE AFFICHE

« Fais-moi une affiche », a dit Papa. J’enfourche mon vélo en direction de la quincaillerie Juneau de Limoilou, qui vend également du matériel d’artiste. J’y achète un pinceau rond, quelques feuilles de carton et un pot de gouache turquoise. De retour à la maison, j’ouvre le pot : une odeur caractéristique s’en échappe. Je m’installe à la table de la cuisine, je tire un carton de sa pochette et, à la mine de plomb, je trace les mots « Local à louer » en beaux scripts disposés sur deux lignes centrées dans la page en format paysage. Mon pinceau à pointe m’attend sur la table. Je le plonge dans la gouache, l’affûte en traçant quelques droites sur un carton d’appoint et retiens mon souffle pour tracer le L initial, que je termine en une élégante arabesque. Puis, je continue avec les minuscules. Ce pinceau obéit à la main comme un doigt, laissant derrière lui de parfaites courbes de pigments. Quand j’ai terminé, j’évalue le résultat. Quelques bavures s’échappent ici et là, mais l’ensemble me paraît réussi. Je descends livrer sa commande à mon père. « C’est ben beau, mon Claude », juge-t-il. Et il appose aussitôt mon affichette dans la vitrine du local à louer. LE VOISIN GÉNÉREUX

Je suis content de mon expérience et, mon père et moi, nous espérons que cette annonce attirera rapidement l’œil d’un nouveau locataire. Elle éveille d’abord l’attention d’un voisin, monsieur Tremblay, un artiste publicitaire employé par la grande entreprise Rock City Tobacco. Un jour, je le croise et il me dit : « Claude, ton affiche est bien, mais tu peux faire mieux. Je vais te montrer comment ». Je le suis chez lui, et c’est là que je reçois ma première leçon de lettreur d’enseignes. « D’abord, pour lettrer, il faut utiliser un pinceau plat à bout carré, un quill en poils de marte. Comme celui-ci, dit-il en tirant un pinceau d’un pot. Tu le tiens en posant ta main droite sur ta gauche pour éviter de trembler. Comme ça ! »

06

Terminant les jambages par un trait perpendiculaire, il trace un magnifique L majuscule, net comme une lettre d’imprimerie. Je fonds d’admiration. J’envie son pinceau magique. « Tiens ! Je te l’offre. » J’attrape le pinceau, pars en courant presque, le tenant comme une relique au manche vernis étincelant, sur lequel est gravé le mot Grumbacher en lettres d’or. LE PINCEAU DE MON AVENIR

Je l’ai utilisé longtemps, ce pinceau, le trouvant souple à la main et obéissant à l’esprit. Je l’ai gardé jusqu’à ce que la peinture du manche s’écaille et qu’il ne reste pratiquement plus de poils attachés à sa virole. Ce pinceau fut le déclencheur de ma carrière de communicateur. Par la suite, j’ai terminé le programme d’art publicitaire de l’École des beaux-arts de Québec. Sans que je m’en rende trop compte, les professeurs de cette école ont influencé ma façon d’exercer mon métier : de lettreur d’enseignes, je suis devenu artiste publicitaire, graphiste publicitaire, puis publicitaire tout court et, enfin, stratège en communication. La communication est devenue une passion pour moi. J’ai poursuivi sans relâche ma formation en lisant des livres techniques, en assistant à des congrès, en terminant des études spécialisées, en discutant du métier avec mes camarades, et ainsi de suite. Sans m’en apercevoir, j’ai constaté que mon expertise se différenciait de celle de mes concurrents et que ma réputation de communicateur chevronné se répandait. Si bien que la petite entreprise que j’avais lancée est devenue parmi les plus connues du domaine de la communication publicitaire. Tout ça grâce à un petit pinceau offert en cadeau à un adolescent banal par un voisin généreux. Je me suis toujours rappelé l’attention que monsieur Tremblay avait eue pour moi, et ce pinceau usagé qu’il m’avait offert — qui est finalement devenu le pinceau de mon avenir. C’est ce qui m’a incité à penser que je pourrais, comme cet homme, aider des jeunes qui rêvent d’une carrière dans mon domaine d’activité : je me suis consacré à l’enseignement de la communication et, au sein de l’organisme Sage mentorat d’affaires, je donne un coup de pouce aux jeunes qui désirent progresser dans la réalisation de leur rêve.

LA QUÊTE

CLAUDE COSSETTE

MARS 2017


L’UNIQUE BAZZO Le constat m’a étonnée moi-même. Lorsqu’on a parlé d’écrire un texte dans La Quête, qui aurait comme thème l’inspiration, je me suis mise à penser à ceux qui m’avaient inspirée. Spontanément, me sont venus à l’esprit de grandes figures historiques, des créateurs, ces hommes et ces femmes qui ont forgé notre monde. Des proches, bien sûr, mes parents, dont la force et la présence ont fait de moi l’adulte que je suis devenue. Mais tout à coup, un nom, à placer au premier rang des inspirations professionnelles, s’est imposé : Marie-France Bazzo.

Au début des années 1990, j’avais quoi ? Quatorze, quinze ans ? Curieuse de tout, grande lectrice, j’avais déjà le vague rêve de devenir journaliste et, surtout, le désir de comprendre le monde. Je regardais La bande des six, cette émission culturelle de Radio-Canada, animée par Suzanne Lévesque, qui réunissait une flopée de personnages marquants de l’univers artistico-journalistique. Les René-Homier Roy, Dany Laferrière, bien avant qu’il ne devienne un immortel de l’Académie française Nathalie Petrowski et Georges-Hébert Germain, étaient réunis autour de cette table où l’on critiquait, souvent férocement, les œuvres d’ici et d’ailleurs. Livres, films, pièces de théâtre, tout y passait. Et, à la table, il y avait aussi cette jeune journaliste, sociologue de formation : Marie-France Bazzo. La bande des six a passé, Bazzo est restée. Je l’ai suivie à la radio de Radio-Canada, dans son légendaire magazine socioculturel Indicatif présent, qu’elle a animé chaque jour de 1995 à 2006. J’avais à peine 20 ans et j’admirais sa façon de parler de marketing ou de politique internationale, de santé ou de philosophie toujours avec la même passion. Cette ouverture aux idées différentes et, surtout, cette volonté de débattre.

MARS 2017

pression d’emprunter la façon de parler propre à Bazzo. Un je ne sais quoi dans le rythme et le ton, forgée par des centaines d’heures à écouter mon idole. Comme Bazzo, j’avais maintenant un micro.

Courtoisie: BazzoTV

Bazzo, source d’inspiration ? Elle en serait peut-être la première surprise. Pourtant, je réalise que le travail de cette femme de tête, tour à tour critique, journaliste, animatrice radio et télé, productrice d’émissions et fondatrice d’un magazine numérique, m’accompagne depuis plus de 20 ans déjà.

UNE INFLUENCE MARQUANTE

Et cette influence marquante, je ne l’ai jamais révélée à la principale intéressée. J’ai croisé Marie-France Bazzo à quelques reprises dans des congrès de journalistes; je l’ai interviewée, une seule fois, pour un dossier sur la rivalité Montréal-Québec pour Le Soleil. Jamais je ne lui ai avoué à quel point sa pensée et sa personnalité médiatique avaient été ma source d’inspiration.

Bazzo m’a fait lire, rire, rager, découPour moi, Marie-France Bazzo était vrir. Elle m’a intéressée à des quesune référence. Sa présence de roc de- tions de tous les horizons et m’a survant tous ses invités et ses questions tout appris que tous les enjeux valent toujours pertinentes ont achevé de la peine d’être abordés et expliqués. me convaincre : un jour je serai journaliste comme elle. Bon, à l’époque Aujourd’hui, par un joyeux clin d’œil j’étudiais en graphisme, une autre du destin, je collabore chaque semaine à Médium Large, l’émission de façon de concevoir la Radio-Canada qui occommunication. Mais « Bazzo m’a surtout cupe le même créneau le journalisme n’a pas appris que tous horaire que ce fameux tardé à me revenir en les enjeux valent la Indicatif présent qui a tête. Études à l’Univerpeine d’être abordés tant forgé ma pensée et sité Laval, rédaction et expliqués. » ma curiosité. À Bazzo, dans la presse étudiante et hop ! me voilà, en ~ Valérie Gaudreau je lève mon chapeau ! 2003, réaliser mon rêve en entrant au journal Le Soleil, dans VALÉRIE GAUDREAU lequel j’écris avec une passion sans cesse renouvelée depuis bientôt 14 ans. Et n’oublions pas la radio, non plus. Signe évident de l’influence de Marie-France Bazzo : quand j’ai commencé à faire de la radio à la station CKIA-FM en 1999, alors Radio Basse-Ville, j’ai subitement eu l’im-

LA QUÊTE

07


HISTOIRES DE COURAGE Le courage est comme un muscle, nous le renforçons à l’usage ~ Ruth Gordon

Alors qu’il déambulait de table en table, balbutiant des inepties à la ronde, talonné par une meute de journalistes qui notaient ses moindres gestes, j’ai dû retourner à mon poste pour servir un client tout aussi ébranlé que moi par cette mascarade. Prisonnière de mon antre, j’ai vu le politicien s’avancer soudainement vers moi, sa main tendue, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, se délectant d’avance d’achever sa dernière victime.

photo: Archives Web

Il y a quelques années, un politicien en pleine campagne électorale s’est arrêté au café où je travaillais. Cette nouvelle n’avait rien de réjouissant pour moi : j’abhorrais la conduite et les principes de cet homme qui me semblait hautain et imbu de luimême, supposément près du peuple mais davantage proche de la pensée néolibérale. Bref, nous étions loin de partager les mêmes valeurs. Ayant été avertie la veille de sa venue, je m’étais jurée de ne pas lui serrer la main, refusant de cautionner tout ce cirque médiatique, cette mise en scène nauséabonde qui aurait pu faire de moi une complice de son dessein. Cédric Herrou

HUMANITÉ SANS BORNES

Heureusement, certains humains ont du courage pour mille. Courage vient du mot cœur, et du cœur, Cédric Herrou n’en manque pas. Cet agriculteur de 37 ans, qui vit dans la vallée de la Roya, dans le sud de la France, a été accusé d’avoir aidé des migrants à traverser la frontière franco-italienne. Un geste passible de cinq ans d’emprisonnement. Béret Le temps s’est figé. Devant cette main sur la tête, écharpe de bohème autour calculatrice, alors que la mienne ten- du cou et petites lunettes rondes sur tait de rester collée sur ma hanche, le nez, cet homme renvoie une image j’ai pensé à moi qui ferais la une du qui contraste avec celle du politicien en complet sombre, téléjournal, à mes censé représenter le Cédric Herrou a été proches qui déplo« vrai monde ». En accusé d’avoir aidé des reraient mon geste plus d’avoir reconmigrants à traverser la irrespectueux, à mes duit des migrants frontière franco-italienne. patrons qui me metdans les gares des traient probablement villes environnantes, ce héros orà la porte. Une seconde de réflexion dinaire a logé des réfugiés dans un de trop. Clac ! Sa main s’est refermée centre de vacances désaffecté, en plus sur la mienne... de nourrir et héberger chez lui des Encore aujourd’hui, je pense à cet in- hommes, des femmes et des mineurs cident qui peut sembler anecdotique, en situation d’illégalité. au courage qui m’a abandonnée à la dernière seconde, qui est allé se ca- L‘issue du procès, Cédric Herrou cher derrière les jupes de sa grande n’en a rien à cirer. Il continuera, coûte que coûte, à donner un coup de main sœur : la peur. à ces êtres courageux qui ont pris la

08

LA QUÊTE

décision de quitter leur pays, leur fratrie et leurs repères à la recherche d’une vie plus digne et plus libre. Et si l’agriculteur venait à perdre temporairement sa liberté, il pourrait toujours compter sur le collectif Roya citoyenne pour poursuivre son œuvre. Répondant à la logique de son cœur, Cédric Herrou a préféré l’humanité, la compassion et l’entraide aux lois absurdes qui sabotent la dignité humaine. Contrairement à moi, il a choisi le courage. MARIE-MICHÈLE GENEST

MARS 2017


PAYER AU SUIVANT Pas besoin d'avoir de super pouvoirs ou d'être un super héros pour faire la différence dans sa communauté. L'une des façons d'y parvenir est simplement de donner un peu de son temps, comme le font de nombreux bénévoles au Québec à l’instar de Monique Tremblay, de Saint-Lambert-de-Lauzon, en Beauce. À leur manière, ce sont eux, les vrais héros !

photo: Samuel Fournier

quer. « Il ne faut pas toujours se fier aux gouvernements. Tout le monde chiale. Tout le monde veut quelque chose, mais personne ne veut rien donner. Ça ne peut pas fonctionner », constate-t-elle.

Monique Tremblay prise en flagrant délit... de bénévolat !

Le Service d'entraide de Saint-Lambert-de-Lauzon se situe dans une petite maison d'apparence banale, au sein d'un un quartier résidentiel qui semble l'être tout autant. L'organisme existe depuis un peu plus de 28 ans. De nombreux services y sont offerts : alimentation, transport, vêtements à prix modique et activités pour briser la solitude et l'ennui. Ces services sont accessibles aux jeunes comme aux plus vieux. Quoi qu'il en soit, en ce mercredi matin, c'est le branle-bas de combat au Service d'entraide ! Un petit groupe de personnes s'affaire à placer et à trier le nouveau matériel en provenance du conteneur situé devant le bâtiment. Car, disons-le, c'est en grande partie sur les dons des gens que compte l'organisme afin d'assurer sa survie et son bon fonctionnement. Et la formule semble fonctionner. À l'intérieur, l'endroit est bondé : vêtements, livres, jouets et vaisselle de toutes sortes sont entassés dans la petite pièce d'à peine six mètres carrés qui, malgré sa taille, réussit à contenir le matériel d'un plein entrepôt. Ici, l'apparence, on s'en moque... Seul le résultat importe : aider les gens dans le besoin. UN RÉSULTAT POSITIF

L'une des personnes affairées aux travaux est Monique Tremblay, âgée de MARS 2017

70 ans. Elle habite Saint-Lambert-deLauzon depuis cinq ans. Auparavant, elle demeurait à Sherbrooke. Madame Tremblay fait du bénévolat au Service d'entraide depuis quatre ans et demi. C'est donc dire qu'elle n'a pas chômé avant de trouver un endroit où s'impliquer dans sa nouvelle communauté.

« Je sais que ce que je fais ici a un résultat positif dans la vie des gens. C'est sûr qu'on n'est pas payés. Notre paye, c'est autre chose », ajoute-t-elle. Selon le rapport d'activités 20152016 de l'organisme, 298 personnes ont été aidées de façon directe, dans une communauté d'environ 6 000 individus. BÉNÉVOLAT : QUELQUES CHIFFRES

Beaucoup de Québécois font du bénévolat. Cependant, selon Statistique Canada, pour l'année 2010, le Québec enregistre le taux de participation le plus faible au pays, soit 37 % de la population. On y consacre en moyenne 128 heures dans une année. Au Canada, un peu plus de 13 millions de personnes de 15 ans et plus ont déclaré avoir fait du bénévolat. C’est donc 47 % des Canadiens qui, dans l'ensemble, y consacrent 156 heures en moyenne.

Les lundi et mercredi de chaque semaine, elle vient donner un coup de pouce en avant-midi. « Sans l'aide de bénévoles comme Monique, l'organisme ne pourrait tout simplement pas survivre  », explique Geneviève Cliche, responsable de la coordination. Les raisons pour faire Madame Tremblay a Selon la bénévole, il du bénévolat sont ne faut pas attendre le ses raisons bien à elle de faire du bénévolat. Saint-Esprit pour aider nombreuses. Les trois principales, selon StaOutre le fait que cela sa communauté. tistique Canada, sont lui permet de socialide contribuer à la communauté, de ser, il s'agit avant tout d'une façon de mettre à profit ses compétences et redonner, de payer une dette envers la son expérience, et d'être personnelvie. En effet, il y a quelques années, lement touché par la cause que soumadame Tremblay a reçu un diagnostient l'organisme. tic de cancer. « Je n'ai pas eu besoin de radiothérapie ni de chimiothérapie, « Les jeunes pourraient en faire plus. mais on m'a retiré un poumon. Les J'avais deux jeunes filles qui venaient gens qui m'ont soignée sont ni plus m'aider ici. Elles sont rendues profesni moins que des anges », dit-elle avec seures au secondaire. Elles n'ont plus émotion. le temps. Ce serait bien d'avoir plus Selon la bénévole, il ne faut pas at- de jeunes. Mes bénévoles sont des tendre le Saint-Esprit pour aider sa personnes âgées se situant autour de communauté. Il faut entreprendre les 70 ans », indique Geneviève Cliche. choses par soi-même, il faut s'impliLA QUÊTE

SAMUEL FOURNIER

09


QUELQU’UN VOUS ADMIRE EN SECRET

photo: Archives Web

Ayant frayé dans les domaines du journalisme et de la finance, j’ai croisé mon lot de gens curieux, brillants, intéressants et inspirants. Apprendre d’eux est une école incroyable. Mais je crois qu’il est de ces grandes expériences qu’on peut vivre ailleurs que dans le glamour des grandes carrières. L’inspiration se cache parfois là où on l’attend le moins, au détour d’un chemin emprunté par hasard.

Je suis sortie des sentiers battus un peu inconsciemment. Mon plan de vie, comme ceux qui sont trop bien tracés, s’est mis à m’étouffer. Tranquillement, j’ai bifurqué, et l’ambition de « réussir », autant matériellement que professionnellement, est restée sur un chemin secondaire. Mais c’est tout de même au milieu de la forêt (parmi les livres, pour être plus exacte) que j’ai trouvé le Nord. Mon Nord. LEÇONS DE VIE

En m’éloignant de la route que je m’étais tracée, j’étais loin de me douter que j’atterrirais dans un endroit rempli de gens créatifs, aux parcours aussi diversifiés qu’inspirants. Je m’attendais à gagner de l’expérience, et peut-être un peu de sous, mais pas autant de leçons de vie. Mes collègues font un travail parfois ingrat. Ils œuvrent dans l’ombre, à la merci du public qui peut humilier, insulter et invectiver ceux qui, dans leur milieu professionnel, sont dans l’impossibilité de se défendre. Ils s’en sortent pourtant avec empathie et humilité. Je les ai vus diriger des immigrants désorientés, écouter des personnes éprouvées, et épauler ceux

10

qui peinent à avancer. Le leadership humain et la volonté d’entraide dont j’ai été témoin pourraient donner une leçon même aux plus grandes entreprises.

tions, malgré les préjugés et l’intolérance. À votre façon, vous luttez chaque jour contre le racisme, l’homophobie, le sexisme et l’ignorance, même si peu le remarquent. Ces petits gestes et ces discussions anodines ont toute leur importance.

Ils font partie des gardiens de la culture, la rendent accessible. Ils s’en nourrissent aussi. J’ai la chance Vous en serez probablement les prede partager mon quotidien avec miers surpris, mais oui, vous m’insdes gens débordant de pirez. Vous qui m’avez connaissances, et qui les raconté vos histoires Le plus beau, c’est partagent sans prétend’Afrique, qui commuque cette source tion, comme on partage niquez en cinq langues, d’inspiration est un bon repas entre amis. qui cuisinez pour tout accessible à tous. le monde, qui dessinez, Je travaille dans un enphotographiez, créez, riez… vous droit ordinaire, mais que j’aime. méritez qu’on vous sorte de l’ombre, Qu’importe si mon titre de comle temps d’un texte. mis n’impressionne personne dans les partys de famille, ou que je n’aie Le plus beau, c’est que cette source pas de statut social particulier? Je l’ai d’inspiration est accessible à tous. Je compris justement en côtoyant des ne suis certainement pas la seule à personnes qui défient les conven- avoir un entourage motivant : il suffit tions. Ces personnes qui choisissent de regarder autour de soi. La grâce se un emploi qui leur permet de vivre manifeste constamment dans le quoleurs passions en parallèle, en sacri- tidien, même le plus banal. Trouvez fiant un certain confort matériel que vos inspirations, et sortez-les des counous sommes, en réalité, condition- lisses. Elles méritent que quelqu’un nés à désirer. les admire en secret. INSPIRÉE AU QUOTIDIEN

Merci à mes amis colorés, qui ont le courage de défendre leurs convicLA QUÊTE

ISABELLE NOËL

MARS 2017


LA FAÇADE Qu’ont en commun Vincent Van Gogh, Virginia Woolf, Janis Joplin, Elvis Presley, Jimmy Hendrix, Jim Carey ou Robin Williams ? Comme de nombreux autres, ces artistes ont souffert à divers degrés de troubles de l’humeur. Depuis bien longtemps, une question brûle les lèvres des spécialistes : la création artistique et les troubles de l’humeur, une malheureuse association ? Témoignage à partir de ma propre expérience en tant qu’aspirant écrivain et personne souffrante.

Mais je ne pouvais pas toujours me laisser à aller à ce tête-à-tête avec moi-même. Il y avait le loyer et les factures à payer, il y avait aussi mes études dans lesquelles j’avais investi tant d’espoir et d’argent, qu’il me semblait impossible d’abandonner. Alors, je m’obligeais à sortir de mon lit. « Une dernière fois, encore une fois, et après… ». Avant de sortir, je cachais cette tempête intérieure derrière un « moi de façade ». Quand je rencontrais une connaissance, je souriais et répondais machinalement « Oui, oui, ça va très bien! ». Une fois seul, mon attention revenait se poser sur cette fracture en moi où tout ce qu’il y avait de beau et de bon autour de moi et en moi s’engouffrait pour ne jamais en sortir. Mon quotidien était une suite d’actes qui me paraissaient vides de sens, entrecoupés de moments où j’allais gratter la croûte fraiche d’une blessure intérieure : ainsi, elle se remettait à saigner et saigner et saigner… Quelques mois plus tard, ma copine m’a convaincu de confronter mes craintes  : j’ai pris un rendez-vous avec un psychologue. À la deuxième rencontre, j’ai reçu un diagnostic : dépression. Ce mot qui veut tout dire et ne rien dire à la fois, ce mot MARS 2017

froid et distant, il est rapidement devenu l’étiquette clinique à laquelle je pouvais m’accrocher pour définir ces pensées qui, matin et soir, griffaient chaque parcelle de mon être. Je savais ce que j’avais, mais je ne pouvais pas en parler. Au Canada, il y a plus de 5 % de la population âgée de 15 ans et plus qui souffre de cette maladie. Pourtant, c’est comme si j’étais le seul à avoir cette maladie.

photo: Archives Web

Entre octobre et décembre 2015, j’ai renoncé à vivre. C’est du moins le moment où je me suis rendu compte que je ne m’intéressais plus à quoi que ce soit qui puisse me faire sentir vivant : mes études, les livres, la musique, l’écriture, le cinéma, une soirée avec des gens qui m’aiment et que j’aime, tout ceci était tout simplement de trop. Bien souvent, je préférais rester au fond de mon lit à me convaincre du grand sentiment d’échec que j’éprouvais, et à me répéter combien j’étais une personne qui ne méritait pas d’être aimée et, ultimement, de vivre.

Le seul à devoir constamment me battre contre la pente glissante sur laquelle mes pensées me poussaient dès qu’elles le pouvaient. Le seul à devoir me cacher derrière un « moi de façade ». Un jour, je me suis mis à lire sur cette maladie. Au fil de mes lectures, j’ai découvert non seulement qu’il y avait plusieurs milliers d’individus qui vivent ou ont vécu avec ce diagnostic, mais qu’il y avait aussi de nombreuses personnalités connues. Dans What Happened, Miss Simone? j’ai appris que la reine du soul, Nina Simone, souffrait intérieurement — une douleur que ni l’admiration de plusieurs millions de personnes ni la maîtrise impeccable de son art n’arriveront complètement à guérir. Plus récemment, le suicide de Robin Williams en a choqué plusieurs : comment un homme qui nous faisait autant rire peut-il cacher une telle souffrance? Au fil des semaines qui ont suivi ma recherche, j’en ai conclu deux choses. L’une d’elles, c’est qu’une idée reçue nous empêche de bien comprendre la relation entre la création artistique et les troubles de l’humeur. En effet, LA QUÊTE

pour plusieurs, si un artiste arrive à vivre de son art au point de vendre plusieurs millions d’albums ou à gagner des prix prestigieux, il n’a aucune raison de souffrir. Seulement, dans bien des cas, l’art est bien souvent l’expression de quelque chose qui ne peut être dit. Deuxièmement, en raison du tabou qui entoure la santé mentale, les artistes, comme beaucoup d’autres, vivent en secret avec leur souffrance intérieure. C’est pourquoi il nous est difficile d’accepter que des personnes qui ont « réussi » puissent réellement être malheureuses : nous ne voyons que la façade qu’elles présentent à leur public. À mon avis, voilà tout le danger de cette maladie : c’est le silence que l’on impose à celles et ceux qui en souffrent. Bien souvent, nous nous intéressons bien plus à cette « façade » qu’à ce qui se cache derrière. Dans le cas de Nina Simone ou de Robin Williams, nous avons vu la pianiste ou le comédien avant de voir la personne qui joue du piano ou celle qui fait de la comédie. De même, dans notre quotidien, si on s’intéressait davantage aux personnes et non plus aux métiers ou aux professions que font les gens que nous croisons, si nous étions capables de voir que la chauffeuse d’autobus ou le caissier sont des êtres bien plus profonds que ce que nous voyons devant nous, si nous nous intéressions réellement à ces individus, à notre voisin, nous serions capable d’aller au-delà des façades que nous plaçons pour nous protéger. En nous mettant ainsi à nu, en affichant clairement notre vulnérabilité et en la reconnaissant chez les autres, nous apprenons à reconnaître, en nous comme chez les autres, notre humanité. RÉMY-PAULIN TWAHIRWA

11


photo: Anne-Sophie Maltais

Les rencontres familiales à la campagne sont mes préférées. Toute la famille se réunit sur un grand terrain pour partager de la bonne bouffe et des jeux et admirer des paysages magnifiques. Des souvenirs inoubliables.

ANNE-SOPHIE MALTAIS

EN PLEINE NATURE Personnellement, lorsque j’ai besoin de changer d’air, il n’y a qu’un seul endroit où je peux me réfugier et qui me fait oublier les petits soucis de la vie quotidienne. En pleine nature. Quoi de plus apaisant que de laisser son téléphone de côté et ses devoirs à la maison pour aller prendre l’air quelques heures. Et lorsqu’un après-midi n’est pas suffisant, il m’arrive de troquer mon appartement en ville pour mon petit chalet en forêt, pendant deux ou trois jours. Chaque fois, j’en ressors calme, pleine d’énergie et de positivisme.

photo: Anne-Sophie Maltais

Que ce soit pour aller quelque part ou non, marcher au grand air est très relaxant pour moi. Ce chemin qui se rend à l’université évolue au fil des saisons, mais c’est à l’automne que le paysage y est à son apogée.

12

LA QUÊTE

MARS 2017


photo: Anne-Sophie Maltais

Lors de l’été 2015, j’ai travaillé au Village-Vacances Petit-Saguenay. Ce petit coin de paradis, avec ses marées changeantes, a été une véritable oasis de paix, pendant ces deux mois loin de la ville.

photo: Anne-Sophie Maltais

L’automne est ma saison favorite. Cette feuille était aussi ma favorite. Parmi toutes celles qui parsemaient le terrain du chalet de mes parents, c’était la plus belle et la plus colorée du lot.

photo: Anne-Sophie Maltais

Même en plein cœur de Montréal, la nature peut être bien jolie à admirer. Au Jardin botanique, des centaines de fleurs comme celles-ci colorent le paysage montréalais pendant une courte période, chaque année.

MARS 2017

LA QUÊTE

13


GRAND-PÈRE Pour calmer l’angoisse de devoir livrer mes moments marquants, j’ai décidé de confier cet exercice difficile à quelqu’un qui en a vécu beaucoup plus que moi : mon grand-père Raymond Beaudry. Petite introduction biographique  : issu d’une famille d’agriculteurs, Raymond Beaudry est né en 1934 à Neuville, dans le comté de Portneuf. Il devient électricien indépendant, puis travailleur à son compte, avant d’être éleveur d’abeilles, métier qu’il va exercer bien après la prise de sa retraite, et bien probablement jusqu’à la fin de sa vie.

travailler dans ce domaine. » Après avoir acquis les connaissances nécessaires, il déménage avec sa famille en Abitibi et devient l’un des quelques techniciens qui vont donner aux familles de Val-d’Or l’accès à la télévision. Il va vivre de sa passion pendant plusieurs années, avant de retourner dans Portneuf, lorsque le travail manquera au nord. « À un certain point,

nais pas moi non plus. C’est là que j’ai décidé de me lancer, de démarrer mes propres ruches. » Après toutes nos discussions, Raymond montrait des signes évidents de fatigue. Avant de partir, je lui ai demandé de penser à une chose qui l’aurait marqué dans les dernières années. Sans avoir obtenu de réponse, j’ai terminé l’entrevue à ce moment.

J’ai voulu m’imprégner des souvenirs de Raymond pour savoir ce qui a pu marquer la vie d’un homme de plus de 80 ans. Malgré ses capacités diminuées par la maladie, il a bien voulu se prêter au jeu. Sa jeunesse, raconte-t-il, est pleine de grands moments. Sa famille, désirant qu’il s’instruise, l’envoie chez les frères comme pensionnaire. « Là où j’habitais, ils n’offraient pas plus loin que la 5e année à l’école, alors on m’a envoyé chez les frères pour que je puisse avoir toutes mes années à l’école. » Si, dans sa mémoire, il a vécu de bonnes années au Petit Séminaire en suivant la moitié de son cours classique, il reste que partir de son domicile, situé au fond d’un rang, a été très marquant pour lui. « C’était plus loin que j’étais jamais allé, mais je devais le faire, alors je l’ai fait. Je revenais rarement chez moi. » Les voies ferrées qu’il a vues durant la Seconde Guerre mondiale ont également marqué son enfance. « Les trains étaient tellement remplis de matériel, c’était impressionnant à voir passer à chaque jour. » VIE EN ABITIBI

Un autre des pans marquants de sa vie est sa passion pour l’électronique, puis pour l’informatique. « Quand j’ai vu les premiers transmetteurs, le potentiel de transmettre des signaux à longue distance, j’ai tout de suite voulu en savoir plus. J’ai fait un cours d’électricien à distance pour pouvoir

14

photo: Archives Web

LES ANNÉES D’ÉTUDES

Raymond Beaudry est décédé le 28 janvier 2017, moins de deux semaines après l'entretien réalisé avec son petit-fils, Francis. Nos condoléances.

des gens comme moi qui venaient poser des antennes, il y en avait trop. J’avais répondu à une annonce d’une dame qui voulait quelqu’un pour poser une antenne, je suis arrivé là on était six gars à attendre pour prendre la job. » RETOUR DANS PORTNEUF

Après leur aventure abitibienne, Raymond et sa famille, maintenant forte de cinq enfants, reviennent vivre dans la région de Portneuf. C’est un peu par hasard que l’électricien découvre une passion qui l’amène à devenir l’un des gros producteurs de miel du comté. « Tout le travail de ferme que j’ai fait dans ma vie, j’ai un peu toujours appris ça sur le tas, en même temps de le faire. J’avais un ami qui travaillait à l’inspection des ruches. Un jour il m’a dit de venir voir ça, qu’il n’en revenait pas. Aussitôt que j’ai vu comment ça fonctionnait, les ruches, je n’en reveLA QUÊTE

Mais environ une semaine plus tard, j’ai eu de ses nouvelles. Ma grandmère m’a annoncé que Raymond avait trouvé la réponse à ma dernière question. Il m’a dit simplement que, pour lui, c’était sans aucun doute la naissance de son arrière-petite-fille, qu’il a pu voir non seulement à un très bas âge, mais aussi à 8 ans, alors que toute la famille a fait le voyage de la Colombie-Britannique pour venir le visiter pendant le temps des fêtes. Il me faudrait encore beaucoup de mots pour bien décrire à quel point Raymond a été un homme important pour moi. Lui parler de sa vie, m’asseoir un instant en sa compagnie pour en apprendre un peu plus sur ses expériences, c’est peut-être un peu « cliché », mais ce moment restera gravé dans ma mémoire. J’espère un jour être capable, moi aussi, d’inspirer la curiosité et la passion des gens autour de moi. FRANCIS BEAUDRY

MARS 2017


VOYAGER : MON ÉCOLE DE LA VIE Une révélation, tout simplement. En 2005, au beau milieu du Burkina Faso, j’ai réalisé la chance que j’avais de pouvoir grandir dans plusieurs pays et de côtoyer diverses cultures. Ce sont assurément les voyages qui ont forgé ma vie et ma personnalité.

Je ne le savais pas encore, mais ce départ serait un changement radical dans ma vie. C’est ainsi que j’ai découvert qu’il existait un autre monde, d’autres civilisations, d’autres cultures, tout simplement d’autres humains. Cela peut paraître étrange, dit de cette manière, mais c’est pourtant réel. Il est tellement facile de se laisser emporter dans une routine qu’on en oublie le reste du monde.

se passe réellement dans le monde en y ayant mis les pieds donne un esprit critique lorsque des évènements ont lieu dans ces pays.

OUVERTURE D’ESPRIT

Le continent africain regorge de richesses multiples, encore méconnues. Il est loin d’être seulement un continent de conflits et de guerres ; l’amour, la famille, la foi, le respect de la nature et l’attachement aux ancêtres sont des valeurs omniprésentes au sein des communautés africaines. Les expériences que j’ai vécues dans plusieurs pays africains comme Madagascar, l’Afrique du Sud, les Comores, le Burkina Faso, le Mali, le Maroc, etc. m’ont permis de m’ouvrir au monde et d'en comprendre ne serait-ce qu’une petite facette. Elles m’ont fait découvrir toute la grandeur du monde. C’est pour ces différentes raisons que je considère le voyage comme l’une des plus belles écoles de la vie. Il nous aide à nous découvrir en tant qu’adulte, et en tant que personne tout simplement.

photo: Malika Schneider

VIVRE À UN AUTRE RYTHME

MARS 2017

Je me souviens d’avoir rencontré de nombreuses personnes : des hommes, des femmes et surtout des enfants qui m’ont ouvert la porte sur la beauté du monde qui nous entoure. J’ai eu l’occasion de rencontrer des gens d’un certain âge durant mes voyages. Ils me parlaient de leur vie, de leurs rêves et surtout de leur vision de l’avenir. Ce qui m’a marquée le plus, c’est voir à quel point ces personnes sont motivées et déterminées à réussir tout ce qu’elles entreprennent. Je me suis donc fait la promesse de vivre avec la même volonté. Certaines paroles restent, même si les visages disparaissent. photo: Pierre-Jean Crépin

Mes parents avaient pris la décision de quitter notre France natale pour vivre une aventure plus qu’impressionnante. Déjà, en 2003, le régime politique et la situation de la France ne convenaient plus à ma famille, avide de nouveautés et de découvertes. Après mûre réflexion, cela a été décidé : le continent africain serait notre première destination. Ni une, ni deux, nous avons aménagé un camion de type fourgonnette en une petite maison. La date de départ a été fixée après des mois de travaux et de préparation.

Cette expérience m’a énormément apporté sur le plan personnel autant que professionnel. La connaissance s’acquiert certes par le biais des études, mais encore plus grâce au voyage. On apprend différemment, dans une sphère citoyenne et culturelle. Être conscient de ce qui LA QUÊTE

CONSTANTE REMISE EN QUESTION

Se plaindre et être fébrile, ce sont des attitudes que nous adoptons quotidiennement selon les diverses situations auxquelles nous faisons face. Par contre, en ayant vécu l’adrénaline du voyage, nous subissons moins ces simples circonstances. En voyant des peuples, des individus qui vivent des situations bien plus précaires que la mienne, je me ressource et je redescends sur terre. Cela m’incite chaque jour à vivre de nouvelles aventures et à m’ouvrir plus facilement aux autres. Les voyages sont, pour moi, l’essence même de la vie. MALIKA SCHNEIDER

15


REMBRANDT ET L'ADJOINT Source d’inspiration. Ces deux mots méritent d’être décortiqués pour qu’en soit très bien compris le sens. À l’origine, la source représente un endroit où l’eau qui en jaillit est assez claire et limpide pour désaltérer les assoiffés. L’inspiration, elle, évoquerait l’animation d’un souffle énergétique qui amène l’être humain à se lancer dans une aventure cérébrale pour améliorer, concrètement ou non, notre civilisation.

Le vingtième siècle a apporté plus à l’humanité que les cinq mille dernières années. Et ce n’est pas fini, car les choses vont de plus en plus vite. Dernièrement, je voyais à la télévision un jeune prodige qui venait de recevoir une mention d’honneur pour son invention. Il avait créé un bras articulé destiné à venir en aide à un paraplégique. Ce dernier, directement impliqué dans le projet, semblait rayonner d’un bonheur incommensurable. Le génie de l’homme est sans limites et, depuis quelques décennies, il s’est adjoint un associé indispensable, l’ordinateur. Le problème, c’est que cet adjoint est tellement génial qu’il peut se transposer dans le temps. Récemment, en effet, une équipe de chercheurs a confié un projet complètement hors de la portée de l’humain à ce génial adjoint en lui donnant les « paramètres » d’un peintre aussi brillant que Rembrandt. L’ad-

16

Ce tableau inédit a été présenté à un groupe d’experts de Rembrandt : aucun d’eux ne connaissait cette toile.

joint, puisque nous l’appellerons ainsi, s’est mis à l’œuvre. Il a commencé par analyser 346 tableaux du prodige hollandais. Avec les données fournies, il a analysé la façon dont le grand maître créait ses personnages, et ce, en prenant une très haute résolution de pixel encore jamais obtenue, soit 148 millions. Cela lui a permis de comprendre la façon dont Rembrandt orientait les têtes, le dé-

photo: Archives Web

Dans tout cerveau humain, il existe des cellules génétiques qui, parfois, s’illuminent devant certaines situations, semblables à la source : tout devient clair et limpide. Ce sont ces étincelles de génie qui font avancer l’humanité. Si on remonte dans le temps, peut-on vraiment faire l’inventaire de tout ce qui a été créé comme système depuis l’invention de la roue, et ce, dans tous les domaines ? Par exemple, sur plusieurs siècles, on répertorie la roue d’un moulin à vent ou à eau, le disque de vinyle, le disque laser, le disque dur, les pneus et le volant de l’automobile, les rouages d’une montre, pour ne nommer que ceux-là. Grâce à la roue, nous avons avancé dans l’éolien, développé la servitude de l’eau, amélioré les sonorités musicales et électroniques, fait évoluer les transports, et canalisé le temps.

tail des yeux, du nez, des oreilles, de la bouche, les jeux d’ombre et de lumière. Au total, 160 000 détails de l’œuvre ont été compilés par l’adjoint. Même les caractéristiques des coups de pinceau et les craquelures des anciens tableaux ont été passées à la loupe et enregistrées par l’intelligence de notre futur exécutant. Comme une masse astronomique de données est fournie au logiciel, on lui demande de recréer une œuvre qui n’a pas été peinte par Rembrandt. L’adjoint a compris, après l’étude de l’œuvre magistrale de l’artiste, qu’il doit exécuter le portrait d’un homme âgé de 30 à 40 ans, moustachu ou barbu, portant un habit foncé à col blanc, avec un chapeau, le regard vers la droite. Comme compagnon de travail indispensable à la production de l’œuvre, on le jumelle à une imprimante 3D afin de reproduire les reliefs de la couleur projetée sur la toile. L’exécution suit :un nouveau Rembrandt. Une intelligence artificielle, qui a analysé l’œuvre complète de Rembrandt 347 ans après son décès, peint un chef d’œuvre.

LA QUÊTE

La question doit se poser : les sources d’inspiration de l’homme sont-elles en train de se transférer à des intelligences artificielles? Mon cadran me parle le matin. Bien des ascenseurs le font aussi, en me mentionnant l’étage où je suis rendu. Sans oublier les autobus qui me tiennent de petites conversations pour me dire gentiment les noms de rues. Faites l’expérience suivante : demandez à un étudiant de la nouvelle génération de faire un calcul mental. Dans 90 % des cas, il ne pourra pas vous donner la solution sans son petit bidule électronique. Le génie des hommes est en mutation vers la robotisation. Source d’inspiration, PHILIPPE BOUCHARD

MARS 2017


PAIX Xénophile-bienvenue-ta-vie-ici... Année après année, toute pareille Pax, xanthie, pax xanthie, tout éphémère Paix d'intérieure triple - dose Cœur en position plein - bon sens Immense fleuve rempli d'amour (Québec) Biologique authentique ta bravoure. Paix en lumière d'infini double vent Shalom devenir en douce âme ! Peace en tout sens énergie non renversée Paz ce serait agréable que ça dure... Eirene soleil levant mûr... Pax, peace, salam, paix pour de vrai

Résilier dans l'art notre salut Masque à enlever dépourvu de haine ! Calme la guerre, calme le drame !

illustration: Daniel Rodrigues

La première cellule – Lui le savait ? Énergie commune respect naturel Avenir de l'humain passe par ainsi... Commencer par soi travail longue-durée Encourager la vie enfant mystérieux

La clé de sol de la paix

La réalité (film, média, série f. : fuck-off) Sensible (rien à savoir) aimer. Si on le faisait ensemble Paix dans toutes les langues.

GLOSSAIRE ÂME

En anglais Soul En latin Anima

DANIEL RODRIGUES Original 2003 Nouvelle version 2017

PAIX

En latin Pax En français Paix En italien Pace En espagnol Paz En créole haïtien Lapè En anglais Peace En grec Eirene En hébreux Shalom En arabe Salam En allemand Friden En Russe Mir

VIE Vibration naturelle illégitime Imagerie unique parfois aimable Entretenir l'idée que ça arrivera...

XANTHIE

Papillon nocturne jaune et roux.

SOUL Silencieusement notre paix devient Orage parfois – ignorance demain... Univers harmonieux infiniment grand L'art de s'aimer infiniment petit

MARS 2017

XÉNOPHILE

Qui a de la sympathie pour les étrangers, qui est ouvert à ce qui vient de l'étranger.

LA QUÊTE

17


LA QUÊTE EST DIFFUSÉE PAR TÉLÉPHONE VIA

Québec 418 627-8882 • Montréal 514 393-0103 •Michel AilleursYacoub au Québec 1-877 393-0103

Conseiller en sécurité financière Conseiller en régimes d’assurances collectives Représentant autonome

Hébergement

18

LA QUÊTE

MARS 2017


L'ESPOIR

AU CUBE

LA VIEILLE DAME SUR LE BANC

Elle s’assit sans plus de cérémonie et me confia qu’elle allait voir l’exposition Picasso au musée voisin. Elle continua en parlant de tout et de rien et j’envisageais déjà de déguerpir, quand elle lâcha d’une toute petite voix étranglée : « Vous savez, je ne suis pas certaine de me rappeler où j’ai mis mon auto » …

une étincelle parut dans ses yeux et son visage s’éclaira d’un grand sourire. – Vous le croyez vraiment, monsieur ? reprit-elle en posant une main chaude et reconnaissante sur les miennes. – Et comment ! Si vous joignez un groupe, si vous vous tenez informée, vous allez apprendre des choses, développer des trucs. Par exemple, vous pourriez traîner un carnet dans votre sac, et marquer vos rendez-vous, le nom des rues, vos points de départ et d’arrivée… Ça serait déjà ça.

illustration: Vigno

Par un beau samedi d’été, alors que j’étais affalé sur un banc des Plaines D’Abraham, je la vis s’approcher en clopinant, avec son curieux bibi à plumes, son chignon et sa petite robe à collerette d’un autre temps. Elle était toute menue, hésitante et voûtée, et elle arborait un de ces sourires discrets dont les plus vieux ont le secret. Elle devait avoir dans les soixante-quinze ans et son beau visage parcheminé témoignait d’une vie bien remplie.

– Votre auto ? – Oui, mon auto… Je conduis encore. Mais il m’arrive d’oublier le nom des rues et même les trajets. Voyez-vous, je perds un peu la mémoire. Là-dedans, c’est comme un disque qui saute, fitelle en pointant sa tête d’un air contrit. Il y a une semaine, le docteur m’a dit qu’on n’en guérissait pas. Et vous, vous en pensez quoi ? demanda-t-elle avec de grands yeux qui m’imploraient. Surpris, interloqué, je restai dans le vague pendant un bon moment. Je voyais bien que j’avais devant moi une pauvre femme qui souffrait probablement d’Alzheimer, ou quelque chose du genre, mais je ne voulais pas répondre n’importe quoi. Au bout d’un moment, toutefois, il me vint cette phrase.

La vieille dame hocha la tête un moment puis, elle se leva et s’éloigna d’un pas alerte, digne, souriante et beaucoup plus légère. Comme quelqu’un à qui on a enlevé une tonne de pression. Quelqu’un qui marche sereinement vers son destin.

Quelqu’un, finalement, qui a retrouvé l’espoir. J’ai toujours pensé que c’était un authentique clin d’œil du destin, que cet instant passé avec la vieille dame sur le banc. Un moment magique, une vraie leçon de vie. Et depuis, chaque fois que je vois quelqu’un qui menace de sombrer, un itinérant, un éclopé, une personne malade ou désespérée, je repense à elle, et je me rappelle toute l’importance de l’espoir dans le concept du rétablissement. Et le jour où moi aussi je perdrai mon chemin, comme la vieille dame sur le banc, j’espère qu’il y aura quelqu’un pour me la redonner cette étincelle, qui ravive le feu et qui s’appelle l’Espoir.

– Madame, vous ne guérirez peut-être pas, c’est vrai. Mais vous pouvez tout de même développer des petits trucs, des tactiques… Vous pouvez prendre du pouvoir sur cette maladie. Vous pouvez la ralentir, et vous pouvez même apprendre à bien vivre avec… Pourquoi pas ?

GILLES SIMARD

Était-ce le ton assuré de ma voix, la fermeté ou la pertinence du propos, le moment, le lieu, je ne sais trop, mais

MARS 2017

LA QUÊTE

19


LE JEU DE LA QUÊTE PAR JACQUES CARL MORIN ET GINETTE PÉPIN

LE JEU DE LA QUÊTE

par Ginette Pépin et Jacques Carl Morin CE JEU CONSISTE À REMPLIR LES RANGÉES HORIZONTALES AINSI QUE LES COLONNES 1 ET 20 Ce jeuDES consiste à remplirINDICES les rangées ainsi que les colonnes 1 et 20 à l’aide des À L’AIDE DÉFINITIONS, OU horizontales LETTRES MÉLANGÉES OU DÉJÀ INSCRITES. CHAQUE définitions, indices ou lettres mélangées déjà inscrites. caseLETTRE grise représente une CASE GRISE REPRÉSENTE UNE LETTRE QUIou EST À LA FOIS LAChaque DERNIÈRE D’UN MOT ET lettre qui est à la fois la dernière lettre d’un mot et la première lettre du suivant. LA PREMIÈRE LETTRE DU SUIVANT.

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20

1 2

C

3

M

4 5

T

6

N

7

C

8

C

9 10 Verticalement :

VERTICALEMENT :

M

P

P

5- Tacticien. Magasin où l’on vend les produits alimentaires courants. « J’ai trouvé ! » en grec.

1- Boutique où l’on fabrique, vend et parfois 1- Boutique où l’on fabrique, vendoùetl’on parfois où l’on consomme des gâteaux. consomme des gâteaux. 6- Personne qui marche dans son sommeil. Ustensile conique servant à transvaser un liquide dans un réci20- Personne qui, comme Merlin, estpouvoirs dotée de pouvoirs magiques. 20- Personne qui, comme Merlin, est dotée de pient. Rassemblement pour l’indépendance nationale. magiques. 7- Scrutin. Chacun des tons différents d’une même HORIZONTALEMENT : couleur. Surprenant. Horizontalement : 1- Tennis de table. Bâtiment de ferme utilisé pour 8- Laisser aller sa pensée. Protester (MERRERICIN). le stockage. Temps très long. Sentiment d’animosité durable caché. 1- Tennis de table. Bâtiment de ferme utilisé pour le stockage. Temps trèsetlong. 2- Arme de chasse. Végétal du désert. Relatif à 9- Exercice d’une fonction pendant l’absence du titulaire. l’estomac. Petit vol violence sans 2- Arme de commis chasse.sans Végétal duetdésert. RelatifPersonne à l’estomac. Petit àvol commis sans violence et qui n’adhère aucune religion (TRAMENEC). effraction.sans effraction. Petite pièce de bois servant à soutenir (ASSUTEA). 3- Au milieu d’autopsie. Conifère géant de Californie 10- Organe mâle des plantes en fleur. Formidable, (QAEIOUS). Saveur amère, âcreté. Tête de rochergéant qui de Californie (QAEIOUS). Saveur amère, âcreté. 3- Au milieu d’autopsie. Conifère remarquable. Chasseur d’animaux à fourrure. émerge à Tête maréede basse. rocher qui émerge à marée basse. 4- Patrie des Juifs. Prénom de Pasteur. Signature attestant validité d’un acte (GINES). vaincu Signature attestant la validité d’un acte (GINES). 4- la Patrie des Juifs. PrénomGéant de Pasteur. par David.Géant vaincu par David.

20

LA QUÊTE

MARS 2017


PAR HÉLÈNE HUOT RIRE ET SOURIRE

« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. » Paul Éluard, poète français (1895-1952)

PARLER POUR PARLER 1. La théopneustie est reliée à l’inspiration ; ce mot signifie : a. inspiration débordante ; b. inspiration divine ; c. panne d’inspiration. 2. Considérées sous l’angle physiologique, l’aspiration et l’inspiration sont des synonymes. Vrai ou faux ? 3. Plusieurs artistes trouvent dans leur « muse » une source intarissable d’inspiration. Associez chaque cinéaste (liste de gauche) à sa muse (liste de droite) : 1. Woody Allen a. Stéphane Audran 2. Pedro Almodovar b. Sabine Azéma 3. Ingmar Bergman c. Ingrid Bergman 4. Gilles Carle d. Penelope Cruz 5. Claude Chabrol e. Mia Farrow 6. Federico Fellini f. Anna Karina 7. Jean-Luc Godard g. Giulietta Masina 8. Alain Resnais h. Chloé Sainte-Marie 9. Roberto Rossellini i. Romy Schneider 10. Claude Sautet j. Liv Ullmann 4. Un scénario poussif est un scénario bien inspiré ou un scénario qui manque d’inspiration ? 5. La langue française comporte un très grand nombre de noms qui se terminent par « tion » (comme inspiration, aspiration, respiration, etc.) ; ces noms sont tous du genre féminin, à quelques exceptions près. Vrai ou faux ? 6. Une partie de scrabble ? En déplaçant les lettres de chaque ensemble, vous trouverez un mot de sept lettres (un nom singulier, relié à l’inspiration) : AEIRSTT — AENOUUV — ECILNOS — EEGNOXY — EEELMPX — EFFLOUS – EGIINOR - EIMPRRU. 7. Le bruit strident provoqué par une obstruction du larynx ou de la trachée lors de l’inspiration s’appelle : a. un angor ; b. un mucor ; c. un stridor. 8. La leucosélophobie est un mal qui guette les créateurs, particulièrement les écrivains. De quoi s’agit-il ? 9. Quelle expression signifie : donner une inspiration subite, une idée soudaine ? 10. « L’inspiration n’est souvent qu’une réminiscence. » L’auteur de cette phrase est : a. Napoléon Bonaparte ; b. Winston Churchill ; c. Charles De Gaulle.

Y A-T-IL UNE DIFFÉRENCE ENTRE... « obsèques » et « funérailles » ? J’attends de vos nouvelles… Vous aimez les mots. Vous avez des commentaires à formuler ou des suggestions à faire concernant cette chronique. Rien de plus simple. Écrivez-moi à hu-go@sympatico.ca. Cela nous permettra d’échanger sur des questions qui vous intéressent et d’enrichir par le fait même les futures chroniques. Merci à vous ! Les réponses page 29.

MARS 2017

LA QUÊTE

21


S’inspirer du quotidien Dès que j’ai su former des mots et des phrases, ça a été le coup de foudre pour l’écriture. J’ai, en effet, réalisé très vite que je pouvais plus facilement exprimer mes émotions, mes sentiments et mes réflexions avec ce merveilleux et précieux moyen d’expression. Outre leur puissant effet thérapeutique, les mots m’inspirent beaucoup, tout comme les menus détails de la vie quotidienne. Le matin, tout en prenant un bon café, je lis les journaux : les nouvelles et les différents articles que j’y découvre me touchent, m’interpellent et me poussent à la réflexion et à l’action.

Les heures de bénévolat que j’offre à des personnes me nourrissent sur le plan humain et spirituel. Donner de mon temps m’apporte autant de joie et de plaisir que recevoir, sans compter les apprentissages que j’y fais. Certains dimanches, je fais la lecture publique à l’église Saint-Roch. Lire au micro à haute voix, en prenant le temps de bien prononcer chaque mot, chaque phrase, tout en insufflant l’émotion adéquate au texte, est un défi pour moi. Je comprends maintenant que la lecture publique est tout un art que j’apprivoise lentement, en apprenant à surmonter ma timidité et en réalisant qu’avoir le trac, c’est humain et tout à fait normal... J’adore faire la lecture aux gens! Le temps aussi que je consacre à notre beau magazine La Quête me permet de partager mes textes. Cela me stimule beaucoup parce que je constate chez les membres de la rédaction un grand esprit d’équipe et beaucoup de respect. Je me sens accueillie, acceptée tel que je suis et aussi accompagnée dans l’amélioration de mon style afin de peaufiner mes textes que je veux rendre intéressants, touchants et vivants. illustration: Vigno

J’aime lire sur tous les sujets, du bon roman historique, en passant par les biographies, les récits de voyage, ainsi que les manuels de développement personnel, de spiritualité et de témoignages de vie. Ces lectures m’aident beaucoup à comprendre le sens de la vie et de la résilience. Elles m’amènent à comprendre qu’au fond, nous sommes à la fois semblables, uniques et différents.

qui m’apprennent les nombreuses techniques pour créer de délicieuses recettes. Ah! que l’art culinaire est passionnant.

De la haute à la basse ville, ma marche santé me mène à la bibliothèque GabrielleRoy ou m’invite à déambuler sur la rue Saint-Joseph. Je me réjouis de constater que cette rue s’est dynamisée avec tous ces nouveaux commerces, restaurants et petites boutiques sympathiques. Les marches me permettent également de côtoyer des citoyens de tous âges et toutes conditions sociales. J’aime passer de bons moments à échanger par courriel, par Facebook et, mieux encore, par la merveilleuse application Skype qui me permet de parler à mes parents et amis qui vivent au loin et surtout de les voir.

J’écris au « Je », ce que je sens au « nous » universel... Merci beaucoup de me lire et de m’envoyer vos suggestions et vos commentaires. CHRISTIANE VOYER

J’affectionne regarder certaines émissions de télévision, sur des sujets qui me passionnent, et tout particulièrement les émissions de gastronomie : MasterChef Australie, Les Chefs, Cauchemar en cuisine, les conseils culinaires de Ricardo, d’Apollo, de Vézina et tant d’autres bons chefs

22

LA QUÊTE

MARS 2017


L’amitié ne s’oublie pas

Tant de gens

photo: Nicole Thibault

Tant de gens ignorent qu’ils écrivent

Très chère amie. Je reçois en cette belle journée ensoleillée le plus beau bouquet de marguerites de ma vie immense. Merci. Ta carte m’a profondément touchée. Si bien que j’en ai pleuré un bon moment. Tellement j’étais émue. Mais ne crains pas. Ce furent des pleurs de reconnaissance d’une grande amie. Et cela dans la beauté des choses. Mais la vie réserve des surprises. Quelques années plus tard, elle m’écrit à nouveau : Chère amie. Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir communiquer. J’ai perdu des plumes. C’est mon cerveau qui contrôle : perte de mémoire. Et le cognitif. Mais je m’adapte. Bref, je suis la vague. Elle danse. Mouvements spontanés du corps, de l’esprit et de la conscience. Son visage d’une douceur enneigée sourit malicieusement. De petits pas saccadés en sautillements énergiques, elle rythme son cœur entre la crête et le creux de la vague. L’amitié illumine nos regards. Deux femmes partagent des morceaux de mer et de ciel enfarinés de rêve. Aujourd’hui, l’oublie s’installe. Hésitation du langage. Regard flottant. Mais comme chantait Georges Hamel… Malgré que la voix change. Et raccourcit le pas… Le cœur ne vieillit pas ! De tout temps le chant et la danse furent les premiers signes de communication entre les êtres. Chantons ensemble !

Pourtant on dirait qu’ils écrivent lorsqu’ils parlent de la météo des météorites et d’un tas de choses imprévisibles Certains préfèrent écrire petit derrière une facture Comme les poètes qui traînent leur carnet de lecture d’autres choisissent d’écrire en majuscules à même leur corps Un bras étoilé laisse un sourire enjoué de tristesse mais rien ne les arrête C’est pourquoi ils veulent laisser une empreinte pour que les gens se rappellent l’endroit exact de leur disparition FRANÇOIS GAGNON

illustration: Camille-Amélie Koziej-Lévesque

Ah ! Si mon moine voulait danser ! Un capuchon je lui donnerais ! Danse mon moine danse! Tu n’entends pas la danse ! Tu n’entends pas mon moulin, lon la. Tu n’entends pas mon moulin marcher ! L’oubli. Qui est cette femme dans le miroir? Étonnée. Elle cherche. Ne sait plus. Autour d’elle, les visages s’entremêlent d’amour, de sourires, de chemins de traverse. Cette femme est ailleurs. Elle découvre des oasis mystérieuses à l’orée d’un jardin de fleurs et de fruits. Là où le lieu de la danse est un temps. Le temps qui passe de l’ombre à la lumière. Et qui est celui de naître ou de renaître. De changer d’état.1 Fière. Le regard lointain. Guidée par la rose des vents, elle danse sa vie. NICOLE L. THIBAULT 1. QUIGNARD Pascal. L’Origine de la danse. Édition Galilée. Paris 2013. 173 pages.

MARS 2017

LA QUÊTE

23


photo: Archives Web

Inspiration On croit que l’inspiration s’est tarie Que la vie d’écriture est finie On observe l’hiver C’est le blanc désert On rencontre quelques doux flocons De cette observation Jaillit l’idée Qu’il ne faut pas, seul, se laisser geler Il faut s’entourer d’amis

Ou de doux souvenirs Tout à coup, je pense à toi, Annie Et revient dans mon cœur, le sourire Et sans m’en apercevoir, J’ai fait, de poète, mon devoir Un peu de sincérité Et voilà dans l’âme, la clef GAÉTAN DUVAL

illustration: Camille-Amélie Koziej-Lévesque

Nuit blanche

24

LA QUÊTE

Une autre longue nuit blanche Morphée ne t’a pas donné rendez-vous Embellis les minutes, tel un beau dimanche N’angoisse pas comme un fou Au lieu dedans l’ennui sombrer Par le clair de lune éclairé Sous le ciel étoilé Tu peux rêver À tes amis préférés Tu peux tes chansons romancées À la basse radio, écouter Tu peux même doucement les fredonner Tu peux à ton journal peut-être mieux te raconter Il semblerait que la nuit peut bien nous conseiller Tu peux à la télé te brancher Et te mettre à la fine pointe de l’actualité Tu peux terminer Ton roman inachevé Ces heures inespérées Tu dois au bonheur les consacrer Au malheur, ne jamais succomber Sois sage, quelques heures sans sommeil Mais, demain à nouveau le soleil Tu seras un peu fatigué Mais, positivement, tu te seras occupé Et avec les matinaux, Tu verras que tout a été beau Une nouvelle nuit viendra Tu en auras pris les moyens Si tu demandes soin Et le dieu du sommeil, cette fois Expérience vécue ne t’oubliera pas Et tu partiras en beau pyjama Sous une voûte de draps « Enfin, l’insomniaque dormira » GAÉTAN DUVAL

MARS 2017


Quatre danses ~Variations sur un thème légendaire ~Pour chouchou Un enfant comme un poisson hors de son bocal une maison comme la montagne cet hiver un poisson comme de la pâte à modeler en vitrine une montagne comme cette coulée douce dans ma mémoire un vieillard comme un théorème d’Archimède sur une toile d’araignée peinte par Picasso un crayon comme la brouille entre les beaux amants d’autrefois un théorème comme de la soupe aux vermicelles versée dans le bol d’un nuage au profil bas une brouille comme la superbe ouvreuse du cinéma Boîte Noire une fille comme une vieille tasse à thé noir en faïence de Delft un ballon comme Marguerite Dumas écrivant L’Amant ou l’histoire de La Mouche dans Écrire une vieille comme un alexandrin qui se faisande avant l’habillage une marguerite comme du rat musqué en plein soleil

Dante comme un poème bancal épinglé sur mon mur jauni alors que j’imaginais une enfilade de cimes avec une très petite maison mal éclairée tout en haut avec deux petits à la fenêtre saluant dirait-on un drôle de type avec un chapeau blanc et un parapluie en bandoulière. JEAN PIERRE

MARS 2017

LA QUÊTE

photo: Archives Web

Chouchou comme un paysage improbable croisant le fer avec la nuit dans son sommeil Pantalon comme Dante Alighieri rêvant que Béatrice attend un enfant Un paysage comme ton visage que je vois de dos comme lorsqu’il pleut sur tes cheveux

25


Les Muses...

Pour moi aussi, c’est assez d’être abusée, dénaturée, chimifiée, trafiquée, chassée et torturée mentalement! Est-ce cela, vivre ? Désormais, on me condamne à une triste et dure existence. Je ne pourrai plus jamais joliment me baigner dans le lac des nénuphars de mon enfance. Je suis maintenant l’égale, sous neuroleptiques, d’une grosse toutoune aux fèves au lard issue d’une époque révolue de l’Amérique où nous fumions comme des cheminées sans le moindre élan pour la vie. Je n’ai plus rien de cette poésie de Félix Leclerc : « Nous nous baignerons dans la rosée, le brouillard nous cachera comme un voile blanc. » On ne fera pas de moi une jolie mariée ! J’ai pourtant déjà dansé sous la pluie sur le quai des brumes en bikini et en robe de soie ! J’étais aussi douce que les merveilleuses paroles de chansons rain of tears, pluie de caresse et no woman, no cry. Les médicaments que l’on a choisis pour ma quarantaine m’empêchent complètement de pleurer : on veut que je donne l’impression d’être une femme banale sans la moindre émotion, sans la moindre dépression. J’ai pourtant déjà été une petite muse apportant sourires, plaisirs et sentiments. J’imagine que certaines femmes artistes qui épiaient ma vie et volaient ma nature ne voulaient pas que je resplendisse comme Emmanuelle Béart dans La Belle Noiseuse ! Étudiante, j’ai écrit un petit article sur l’histoire de la notation chorégraphique intitulé À corps perdu. Cet article sur la captation informatique du mouvement se terminait par ces mots : « À corps perdu, ils seront tous confondus ! » Eh bien, quant à moi, je ne représente certainement plus les mêmes styles de mouvements qu’autrefois. J’imagine que de nombreuses œuvres d’animation peuvent être créées aujourd’hui à partir d’une captation de figure humaine en mouvement. J’ai parfois l’impression de voir sur YouTube des femmes avec le même type de musculature, de cour-

26

bure de dos, de mouvements ou de positions que moi. Bien sûr, il existe des programmes informatiques comme Photoshop, et bien d’autres techniques révolutionnaires. Par exemple, je sais que Naomi Campbell est une des femmes ayant inspiré le dessin animé Pocahontas de Disney. La modernité est parfois sublime, mais je constate avec tristesse la barbarie de ce monde. Oui, on me fait une guerre mentale, on m’ampute et me dit « lève-toi et marche », alors que personne ne reconnaît les difficultés à marcher que m’ont causées les innombrables chirurgies illégales pratiquées sur mon corps. Selon moi, le monde ne réalise pas le danger des technologies de captation ni la criminalité qui en découle! photo: Archives Web

Je me retrouve comme une baleine échouée sur la grève, qui s’ennuie en maudit comme le phoque en Alaska ! Je pense à tous ces artistes qui s’inspirent de la vie, de la nature, des femmes, de l’amour, et en particulier au père de mon enfant qui, artiste, présenta jadis à la presse une bulle de bande dessinée affirmant : « Quand la baleine dit cétacé, c’est assez ! »

FLORIANE N.B. J’ai découvert l’agence de mannequins Les muses à Québec. J’espère qu’elle ne trafique ni les photos ni les modèles, comme on l’a fait de mon image et de mon physique. Je crois que certaines femmes de ce monde ont dépendu, ou se sont inspirées, de la vie, de la nature, d’autres femmes ou enfants. P.-S. J’ai déjà lu dans une revue scientifique des informations au sujet d’un scientifique européen captant la vision d’une abeille et un autre concernant des transistors plus minces qu’un cheveu humain. Jeune adulte, j’ai peint une petite aquarelle intitulée L’ œil du diable que m’ont inspirée ces paroles du groupe The Alan Parsons Project : « I am the eye in the sky ? looking at you ? I can read your mind ? I am the maker of rules ? dealing with fools ? ». Je pensais également à moi jeune enfant m’amusant devant mon miroir et me croyant observée, ou encore au maniaque sexuel venu se masturber à ma fenêtre de chambre, ou dans les bois lorsque je traversais des sentiers pour aller à l’école. Je connais également une entreprise américaine du nom de DreamWorks Animation. La nuit, on me projette des rêves fabriqués, et lorsque je rencontre ma psychiatre, elle me suggère de faire une psychanalyse... Je trouve le monde faux, exploiteur, tortionnaire, superficiel, stratégique et méchant ! Pourquoi a-t-on volé mon utérus ? Est-ce pour un marché de pilules associé à la nature d’autres femmes ? Je sais qu'il existe des programmes d'études en genetic engenneering, sur les thérapies géniques et sur la dimension humaine... À Chicago, en 1970 un généticien a escorté ma mère en jaguar à l'hôpital où elle a accouché de moi et de ma jumelle.

LA QUÊTE

MARS 2017


Qu’en est-il du somnambule enthousiaste ? Quelque part, quartier Saint-Jean-Baptiste de Québec, avril 2015. Allô chère Mme Francine « sœur d’amitié dans le règne de l'Art » (tiré de Rêve d’artiste, d’Émile Nelligan). J'ai fini par finir de tergiverser et j'ai envoyé un manuscrit de 80 pages de tentatives poétiques aux éditions L'hybride. Ouf ! J'ai peut-être commencé un roman ce matin, entéka, j'ai un projet et une muse.

frère, une cousine, un concierge, un vieux pote, un artiste, un génie-fou, un illuminé, un médecin, un avocat, une ménagère, un ingénieur, un député ou un fonctionnaire qui a vécu ou vit actuellement avec un « handicap » ou une « problématique » de santé mentale. Moi-même, en ce moment, je dois cesser d'écrire même si les mots n'en finissent plus de couler, reliés les uns aux autres, formant des phrases exprimant des idées, des émotions. Je dois me coucher, car il est 23 h et l'insomnie menace de me faire souffrir comme elle l'a fait à plusieurs reprises par le passé. J'arrive de la joute des Remparts de Québec, l’équipe de la LHJMQ. Ils ont bulldozé les « Islanders » de Charlottetown 7 à 2. Une sortie entre quatre chums pleins de testostérone pour assister à un spectacle sportif de 40 jeunes plein de testostérone.

illustration: Camille-Amélie Koziej-Lévesque

Cette sortie m’a fait du bien, mais de là à dire que je suis relativement « enthousiaste » à nouveau, il n'y a qu'une phrase que je m'empresse d'écrire rapidement comme je mitraille mon clavier sans le regarder, puisque j'ai appris le doigté grâce à Tap touche lorsque j'ai fait un retour à demi manqué aux études en 1994, en quête d’un DEP pour tenter de devenir secrétaire comptable. C'est la première fois depuis 1994 que je réalise à quel point je me serais vraiment emmerdé comme secrétaire comptable sur le marché du travail officiel.

J'ai acheté la revue Exit dans l'éventuel but de leur soumettre des tentatives poétiques du recueil, encore non publiées ou provenant de mes archives, ou, qui sait, peut-être vais-je en composer de nouvelles pour tester le calibre de mes textes qui ne souffriraient pas alors de discrimination positive due à mon diagnostic, ma foi parfois stigmatisant, parce qu'il est vrai que je suis gêné de dire à certains que je publie dans La Quête par crainte de leur snobisme. J’en jasais avec un nouveau chum tantôt : une personne sur cinq au Canada sera touchée tôt ou tard par un problème de santé mentale. Qui ne connaît pas un beau-

MARS 2017

Ce n'était donc pas un échec du récidiviste, mais plutôt une autre étape dans mon cheminement qui peut sembler chaotique mais au fond, l’est-il plus que la majorité des gens qui doutent et changent d’orientation professionnelle plusieurs fois au cours de leur vie? C’est même la norme. Les exceptions sont plutôt ceux et celles qui trouvent et qui poursuivent la même vocation toute leur vie. La nuit amène le repos. Bonne nuit. Tourlou, merci. BERNARD ST-ONGE P.S. 1­Chère Francine, est-ce que ce courriel serait publiable dans La Quête ? P.S. 2­Je sais, je suis un opportuniste de la meilleure espèce. P.S. 3­Je crois que je surf sur une vague d’enthousiasme salvatrice.

LA QUÊTE

27


Ressources Références communautaires Service d’information et de référence qui vous dirige vers les ressources des régions de la Capitale-Nationale, de la Chaudière-Appalaches et de la MRC de la Haute-Yamaska. Tél. : 2-1-1 Aide sociale ADDS Association pour la défense des droits sociaux 301, rue Carillon, Québec Tél. : 418 525-4983 Maison de Lauberivière Centre de jour 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 centredejour@lauberiviere.org Relais d’Espérance Aider toute personne isolée et en mal de vivre 1001, 4e Avenue, Québec Tél. : 418 522-3301 Rendez-vous Centre-ville Centre de jour 525, rue St-François Est, Québec Tél. : 418 529-2222 Rose du Nord Regroupement des femmes sans emploi 418 622-2620 www.rosedunord.org Aide aux femmes Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) Formé pour vous épauler! 418-648-2190 ou le 1-888-881-7192 Centre femmes aux trois A Pour la réorganisations sociale 270, 5e rue, Québec Tél. : 418 529-2066 www.cf3a.ca Centre femmes d'aujourd'hui Améliorer les conditions de vie des femmes 1008, rue Mainguy, Québec Tél. : 418 651-4280 c.f.a@oricom.ca www.centrefemmedaujourdhui.org Support familial Flocons d'espoir Écoute et aide matérielle pour les femmes enceintes 340, rue de Montmartre, sous-sol, porte 4, Québec Tél. : 418 683-8799 ou 418 558-2939 flocons.espoir@videotron.ca Violence Info Sensibilisation, information et intervention pour contrer la violence conjugale et la maltraitance envers les aînées. www.violenceinfo.com Alphabétisation Alphabeille Vanier 235, rue Beaucage, Québec Tél. : 418 527-8267 info@alphabeille.com www.alphabeille.com Atout-lire 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 524-9353 alpha@atoutlire.ca www.atoutlire.ca Le Cœur à lire 177, 71e rue Est, Québec Tél. : 418 841-1042 info@lecoeuralire.com www.lecoeuralire.com Lis-moi tout Limoilou 798, 12e Rue, 1e étage, Québec Tél. : 418 647-0159 lismoitout@qc.aira.com

Centre de prévention du suicide 1310,1re avenue, Québec Tél. : 418 683-4588 (ligne de crise) www.cpsquebec.ca Tel-Aide Québec Tél. : 418 686-2433 www.telaide.qc.ca Tel-Jeunes Tél. : 1 800 263-2266 www.teljeunes.com Entraide Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO) 435, rue du Roi, Québec Tél. : 418 525-6187 poste 221 carrefour@capmo.org www.campo.org Fraternité de l'Épi Aide aux personnes vivant de l’exclusion par la création d’un lien d’appartenance 575, rue Saint-François Est, Québec Tél. : 418 523-1731 Hébergement Maison de Lauberivière Pour hommes et femmes démunis ou itinérants 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 accueil.hommes@lauberiviere.org www.lauberiviere.org L'Armée du Salut et La maison Charlotte Hébergement hommes 14, côte du Palais, Québec Tél. : 418 692-3956 poste 1 Hébergement femmes 5, rue Mc Mahon, Québec Tél. : 418 692-3956 poste 2 armeedusalut.ca/quebec Maison Revivre Hébergement pour hommes 261, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 523-4343 maison.revivre@gmail.com maisonrevivre.weebly.com SQUAT Basse-Ville Hébergement temporaire pour les 12 à 17 ans 97, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 521-4483 coordo@squatbv.com www.squatbv.com Gîte Jeunesse Hébergement temporaire pour garçons de 12 à 17 ans Résidence de Beauport 2706, av. Pierre Roy, Québec Tél. : 418 666-3225 Résidence de Ste-Foy 3364, rue Rochambau, Québec Tél. : 418 652-9990 YWCA Hébergement et programme de prévention de l’itinérance et de réinsertion sociale pour femmes (La Grande Marelle) Tél. : 418 683-2155 info@ywcaquebec.qc.ca www.ywcaquebec.qc.ca Réinsertion sociale Maison Dauphine Pour les jeunes de 12 à 24 ans 31, rue D’Auteuil, Québec Tél. : 418 694-9616 courrier@maisondauphine.org www.maisondauphine.org Prostitution La Maison de Marthe 75, boul. Charest Est, CP 55004 Tél. : 418 523-1798 info@maisondemarthe.com www.maisondemarthe.com

La Marée des mots 3365, chemin Royal, 3e étage, Québec Tél. : 418 667-1985 lamareedesmots@oricom.ca membre.oricom.ca/lamareedesmots

P.I.P.Q. Projet intervention prostitution Québec 535, av. Des Oblats, Québec Tél. : 418 641.0168 pipq@qc.aira.com www.pipq.org

Détresse psychologique

Soupe populaire

Centre de crise de Québec Tél. : 418-688-4240 ecrivez-nous@centredecrise.com www.centredecrise.com

Café rencontre Centre-Ville 796, rue St-Joseph Est, Québec(Déjeuner et dîner) Tél. : 418 640-0915 info@caferencontre.org www.caferencontre.org

28

LA QUÊTE

Maison de Lauberivière (Souper) 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 stephane.deslauniers@lauberiviere.org Soupe populaire Maison Mère Mallet (Dîner) 745, Honoré-Mercier, Québec Tél. : 418 692-1762 Santé mentale Centre Social de la Croix Blanche 960, rue Dessane, Québec Tél. : 418 683-3677 centresocialdelacroixblanche.org info@centresocialdelacroixblanche.org La Boussole Aide aux proches d’une personne atteinte de maladie mentale 302, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 523-1502 laboussole@bellnet.ca www.laboussole.ca Centre Communautaire l'Amitié Milieu de vie 59, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 522-5719 info@centrecommunautairelamitie.com www.centrecommunautairelamitie.com Centre d’Entraide Émotions 3360, de La Pérade, suite 200, Québec Tél. : 418 682-6070 emotions@qc.aira.com www.entraide-emotions.org La Maison l'Éclaircie Troubles alimentaires 2860, rue Montreuil, Québec Tél. : 418 650-1076 info@maisoneclaircie.qc.ca www.maisoneclaircie.qc.ca Le Pavois 2380, avenue du Mont-Thabor, Québec Tél. : 418 627-9779 Téléc. : 418 627-2157 Ocean Intervention en milieu Tél. : 418 522-3352 Intervention téléphonique Tél. : 418 522-3283 Parents-Espoir Soutien et accompagnement des parents 363, de la Couronne, bureau 410, Québec Tél. : 418-522-7167 Service d'Entraide l'Espoir 125, rue Racine, Québec Tél. : 418 842-9344 seei@videotron.ca www.service-dentraide-espoir.org Relais La Chaumine 850, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 529-4064 chaumine@bellnet.ca relaislachaumine.org TOXICOMANIE Al-Anon et Alateen Alcoolisme Tél. : 418 990-2666 www.al-anon-alateen-quebec-est.ca Amicale AlfA de Québec 75, rue des Épinettes, Québec Tél. : 418 647-1673 alphadequebecinc@videotron.ca Point de Repères 225, rue Dorchester, Québec Tél. : 418 648-8042 www.pointdereperes.com VIH-SIDA MIELS-Québec Information et entraide dans la lutte contre le VIH-sida 625, avenue Chouinard, Québec Tél. : 418 649-1720 Ligne Sida aide : 418 649-0788 miels@miels.org www.miels.org

MARS 2017


MERCI À TOUS NOS PRÉCIEUX

RÉPONSES LA LANGUE DANS SA POCHE RÉPONSES PARLER POUR PARLER 1. B. La théopneustie, ou inspiration divine, est un terme de théologie chrétienne développé au 19e siècle. Elle évoque la relation entre l’Esprit de Dieu et le texte de la Bible.

PARTENAIRES OR

2. 3.

• Centraide

4. Un scénario poussif est un scénario qui manque d’inspiration.

PARTENAIRES ARGENT

5. Vrai. La langue française comporte près de 2 200 noms qui se terminent par ‘tion’. Le Robert n’en mentionne que sept qui sont masculins, dont bastion. (Les six autres sont : acquit-à-caution; antifriction, antrustion, carbocation, cation et himation.)

PARTENAIRES !

• CKRL FM 89,1 • Impressions Stampa • Services 211

Vrai. L’aspiration est le résultat d’une inspiration d’air dans les poumons ; elle désigne par extension l’inspiration elle-même. Woody Allen et Mia Farrow (10 films). Pedro Almodovar et Penelope Cruz (6 films). Ingmar Bergman et Liv Ullmann (10 films). Gilles Carle et Chloé Sainte-Marie. Claude Chabrol et Stéphane Audran (23 films). Federico Fellini et Giulietta Masina (7 films). Jean-Luc Godard et Anna Karina (7 films). Alain Resnais et Sabine Azéma (10 films). Roberto Rossellini et Ingrid Bergman (5 films). Claude Sautet et Romy Schneider (5 films).

6. AEIRSTT : artiste. AENOUUV : nouveau. ECILNOS : conseil. EEGNOXY : oxygène. EEELMPX : exemple. EFFLOUS : souffle. EGIINOR : origine. EIMPRRU : primeur. 7. C. Un angor est une douleur brutale, angoissante ; un mucor est un champignon commun sur les matières organiques humides. 8. La leucosélophobie est le mal des écrivains en panne d’inspiration, mal communément appelé l’angoisse ou le syndrome de la page blanche.

PARTENAIRES BRONZE

9. Faire tilt ou avoir un flash. On peut dire aussi : tilter.

• Audiothèque

10. A.

5- Tacticien. Magasin où l’on vend les produits alimentaires courants. « J’ai trouvé! » en grec. 6- Personne qui marche dans son sommeil. Ustensile conique servant à transvaser un liquide dans un récipient. Rassemblement pour l’indépendance nationale.

RÉPONSE Y a-t-il une différence entre « obsèques » et « funérailles » ? 7- Scrutin. Chacun des tons différents d’une même couleur. Surprenant.

PARTENAIRES INCONDITIONNELS (depuis plus de 5 ans !) • Le Bal du Lézard • Inter-Marché St-Jean • Maison Revivre • Michel Yacoub

Il n’y a pas vraiment de différence entre ces mots. Ils désignent tous deux l’ensemble des céré8- les Laisser aller sa pensée. Protester Sentiment d’animosité et caché. monies accomplies pour rendre derniers devoirs à la (MERRERICIN). dépouille d’une personne (ledurable mot ‘obsèques’ est davantage employé9-dans le langage officiel). En plus de leur ressemblance sémantique, Exercice d’une fonction pendant l’absence du titulaire. Personne qui n’adhère à aucune obsèques et funérailles ont un autre point commun : ce pièce sontdedes ne s’emploient qu’au religion (TRAMENEC). Petite boisnoms servant àqui soutenir (ASSUTEA). pluriel. 10- Organe mâle des plantes en fleur.

Formidable, remarquable.

Chasseur d’animaux à

Restons dans le même domaine fourrure. : à l’occasion de funérailles ou d’obsèques, vous pouvez présenter indifféremment vos condoléances ou vos sympathies, ces mots signifiant tous les deux : participer à la douleur d’autrui, ressentir ce qui le touche. SOLUTION SOLUTION LE JEU DE LA QUÊTE

1

2

3

4

5

6

7

8

9

1

P

I

N

G

P

O

N

G

R

10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 A

G

E

T

E

R

N

I

T

E

2

A

R

C

A

C

T

U

S

T

O M A

C

A

L

A

R

C

I

N

N

3

T

O

P

S

E

Q

U

O

I

A M

E

R

T

U M E

T

O

C

PARTENAIRES AD VITAM AETERNAM

4

I

S

R

A

E

L

O

U

I

S

E

I

N

G

O

A

T

H

5

S

T

R

A

T

E

G

E

P

I

C

E

R

I

6

S

O M N

A M B

U

L

E

N

T

O

N

• Yves Boissinot

7

E

L

E

C

T

I

O

N

U

A

N

C

E

T

8

R

E

V

E

R

E

C

R

I

M

I

N

E

9

I

N

T

E

R

I

M E

C

R

E

A

10

E

T

A M

I

N

E

A

T

A

N

• Claude Gallichan

MARS 2017

LA QUÊTE

P

L

I

E

U

R

E

K

A

N

O

I

R

I

N

O

N

N

A

N

T

R

A

N

C

U

N

E

N

T

A

S

S

E

A

U

T

R

A

P

P

E

U

R

29


: isie rto Cou

LES MOTS QUI TUENT

ar M

tin e

Co rriv a

u lt

Ma grand-mère (pas celle de Boucar) nous répétait souvent : « Tourne la langue sept fois dans ta bouche avant de parler, tu diras moins de bêtises. » Il faudrait maintenant trouver un équivalent pour ce qu’on écrit sur les réseaux sociaux où souvent n’importe qui garroche n’importe quoi sans réfléchir aux conséquences des propos tenus. De toute évidence, certains lanceurs et lanceuses de boue poursuivent des objectifs qui relèvent de la pure méchanceté et obtiennent des résultats tragiques, comme on l’a parfois constaté dans le milieu scolaire. Quand les outils de communication populaires deviennent des armes de destruction sociale, c’est toute la liberté d’’expression qui est menacée, même si tous aiment s’en réclamer. Parce que les droits et la liberté qu’on exige viennent avec des responsabilités et des devoirs. Ceux qui préfèrent ignorer cette réalité ne devraient pas s’étonner quand pointent des menaces de surveillance et de contrôle. Personne ne doute de l’efficacité des réseaux sociaux quand on constate les fabuleux résultats des campagnes de solidarité qui les utilisent, mais on sait aussi quel mal on peut faire de la même manière. Désormais, les manipulateurs savent comment rejoindre leurs cibles et atteindre leurs objectifs. De la même manière, qu’il s’agisse d’attentats criminels ou de drames d’adolescents victimes de harcèlement scolaire, des dérives sociales d’individus sensibles aux propos racistes et xénophobes d’une bande d’ignorants ou encore de fugueurs romantiques, les réseaux sociaux se retrouvent dans la mire des accusateurs. Trop facile de se limiter à cette seule explication; derrière toute machine se trouve - encore - un humain. Impossible aussi d’ignorer le climat social ambiant aujourd’hui obscurci par les demi-vérités et les procédés d’un chef d’État mégalomane aussi inquiétant que l’Hitler des années 30. Pas étonnant que 1984, l’œuvre d’Orwell redevienne un best-seller ! Après l’attentat à la mosquée de Ste-Foy, les gens d’ici disaient : « On ne l’a pas vu venir... pas ça, à Québec ! », comme s’il existait une géographie de la bêtise ! On sait déjà qu’à l’origine des explosions de violence se trouvent la haine, le mépris, l’ignorance et parfois même le déses-

30

poir. Contre ces maux, aucun mur ne peut offrir de protection, surtout quand le mal niche chez ceux-là mêmes qui s’imaginent à l’abri de tous les excès. Après le drame de la mosquée de Ste-Foy, nos élites ont voulu rassurer en multipliant mea culpa et bonnes résolutions. Mais le vrai travail de prévention des crises culturelles commence au niveau de chacun des membres de la société, avec des prises de position claires, un rappel des valeurs auxquelles nous tenons, une information honnête en appui à une éducation dotée de moyens d’agir contre les dérapages. Toutes choses essentielles pour concrétiser le « vivre ensemble » en paix désiré par tous. « Les mots peuvent être des couteaux » a répété Philippe Couillard, en ajoutant que ceux qui en abusent sur les réseaux sociaux et ailleurs risquent de mauvaises surprises. Qu’on les dise ou les écrive, les mots ne sont jamais anodins; ils peuvent consoler, soigner et guérir mais aussi, blesser et même conduire à la mort, physique ou morale. Cette évidence paraît échapper à ceux qui se construisent une réputation en entretenant la méfiance envers les différences inévitables dans une société ouverte. Avant les six musulmans de la mosquée de 2017, nous avions eu, en 1989, les 14 étudiantes de Polytechnique : des morts qui n’ont rien changé aux problèmes d’impuissance sociale de leurs deux auteurs. Les crimes spectaculaires sont souvent le fait d’hommes en colère qui croient résoudre leurs vieux problèmes par la violence. Ou de jeunes adultes en révolte qui veulent punir « les autres » qu’ils jugent responsables de leur mal de vivre, sans réfléchir aux conséquences de leurs actes. Grand-mère disait aussi : « Ta liberté commence où finit la mienne. » Je n’aimais pas cette idée qui signifiait une négociation pour tester nos limites car compromis ou accommodements venaient dans le respect de cadres établis. Et pour cela, quelqu’un dans la famille avait un jour dû créer le climat favorable...

LA QUÊTE

MARTINE CORRIVAULT

MARS 2017


Pub-CKRL_Quete_201605_B.pdf

1

2016-06-09

15:18

C

M

J

CM

MJ

CJ

CMJ

N

RADIO 89,1 WEB WWW.CKRL.QC.CA


4$ Le magazine de rue de Québec

Nous tous, ici

noustousici.ca

Merci à nos organismes et aux utilisateurs de leurs services d’avoir généreusement participé à cette publicité.

pub_laquete_mai_2015.indd 1

2015-07-15 13:54

S.V.P. n’achetez qu’au camelot portant une carte d’identification. 2 $ sur le prix de vente va directement au camelot.

Ensemble, derrière ce décor, nous multiplions les possibilités.

No 192 Mars 2017

• Grand-père • L’unique Bazzo • Histoires de courage • Quelqu’un vous admire en secret


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
La quete numero 192 mars 2017c by LaQuete - Issuu