4$ Le magazine de rue de Québec
S.V.P. n’achetez qu’au camelot portant une carte d’identification. 2 $ sur le prix de vente va directement au camelot.
Résultat de la campagne 2015
13 102 764 $ Merci de changer des vies pour la vie ! centraide-quebec.com
pub_centraide_laquete_février_2016.indd 1
2016-01-12 15:34
Le manège de l’austérité
No 182 Mars 2016
En Quête de
LE PRINTEMPS DES POÈTES, C’EST TERMINÉ !
2016
MARS FAIT CORPS AVEC LA POÉSIE !
27 mars De 14h à 16h
À la Nef ,190, rue St-Joseph Est
en récital et au confessionnal Le Pavois
Du 3 au 31 mars prochain aura lieu la 9e édition du Mois de la Poésie. Résolument urbaine, cette édition permettra à la poésie de se nourrir de tout, de se vêtir de chic ou de trash, d’être brute ou raffinée, sobre ou exubérante. Une mouture pour les animaux de ville que nous sommes et dans laquelle, plus que jamais, mars fera corps avec la poésie ! Parmi la soixantaine d’activités de la programmation, on retrouve cette année deux activités de l’unique Edmé Étienne, poète punk bien connu de Québec. Edmé lancera son tout nouveau recueil de poésie et dessins, Les Bidonvilles exquis, le 18 mars prochain en formule 5 à 8 à l’Espace galerie Sherpa. Puis, le 24 mars au Studio P, il offrira au public un récital issu de ce nouveau recueil, l’Avènement du Christ en plastique cheap. Le Mois de la Poésie investira également l’espace public grâce à plusieurs actions poétiques. Parmi celles-ci, le poète Charles Sagalane sera de retour à Québec les 26 et 27 mars pour Être SPF ou l’art de se retrouver sans poésie fixe, une série de trois animations inspirées par l’habitation poétique du quartier Saint-Roch. Ruban fluorescent, duct tape solidaire et puces poétiques se donneront pour mandat d’afficher, placarder, distribuer, échanger une poésie mobile et partagée. Le 27 mars, vous aurez la chance de participer aux animations tout en allant vous… confesser aux auteurs de La Quête !
Cette 9e édition du Mois de la Poésie revêt cette année une signification spéciale. Le Printemps des Poètes, ancien nom de l’organisme, devient : le Bureau des affaires poétiques. Ce nouveau nom reflète sa place singulière dans le paysage littéraire québécois. Il affirme aussi l’absolue nécessité de la poésie, tout en déjouant, non sans un brin d’ironie, tout institutionnalisme. Bref, il incarne ce que l’organisme est devenu au bout de ses neuf premières années d’existence. Pour tous les détails sur la programmation du festival, consultez notre tout nouveau site Internet au www.moisdelapoesie.ca
SOMMAIRE DOSSIER LE MANÈGE DE L’AUSTÉRITÉ 09
10
Les femmes dans la ligne de mire
Les paradoxes de l'austérité
11
Lutter pour
l'alphabétisation
12
Entrevue avec Pierre Fortin
14
Précarité perpétuelle ?
15
Les fonds manquent !
16
Austérité
JEUX 18
Le jeu de La Quête
19
La langue dans sa poche
Illustration: Danièle Rouleau
06-07 Un courant mondial
En quête de nouvelles confessions 22
Fureur de vivre
27
Crooners
23
Le Seigneur
28
Chorbacks
24
Monolithes
29
Harmonie du soir
25
Ostéoroposité
30
J’avais
26
C’est la faute à Borges
31
Un ascenseur pour le paradis
CHRONIQUES 08
POUR LE PLAISIR DE LIRE 20
La jolie pauvreté
21
Le courage
MARS 2016
Adieu solidarité !
13
Appréhender l'effondrement
LA QUÊTE
17
El Niño a le dos large
34
Logement d'abord
03
PAGE COUVERTURE Illustration : Danièle Rouleau
RÉALISER L’ESPOIR
Conception graphique : Karyne Ouellet
Camelots recherchés
L’Archipel d’Entraide, organisme à but non lucratif, vient en aide à des personnes qui, à un moment
donné Hey toi! de leur existence, sont exclues du marché du travail ou vivent en marge de la société. Ces laissés Tu as 18compte ans ou plus. pour cumulent différentes problématiques : santé mentale, itinérance, toxicomanie, pauvreté, Tu veux te faire quelques dollars? etc. Dans la foulée des moyens mis en place pour améliorer le sort des plus défavorisés, l’Archipel d’Entraide lance, en 1995, le magazine de rue La Quête. Par définition, un journal de rue est destiné personnes en difficulté, notamment des sans-abri. La Quête permet ainsi aux camelots de reprendre confiance en leurs capacités, de réaliser qu’à titre de travailleurs Pour plus d’informations autonomes ils peuvent assumer des responsabilités, améliorer leur quotidien, socialiser, bref, Appelle-nous au certain pouvoir sur leur vie. reprendre un Travaille à ton compte. Pas d’horaire. à la vente - sur de la rue rue !par des Vends le magazine La Quête
418 649-9145 poste 33 Ou L’Archipel d’Entraide, composée d’une équipe d’intervenants expérimentés, offre également des Viens nous rencontrer au services d’accompagnement 190, rue St-Joseph Est (coin Caron)communautaire et d’hébergement de dépannage et de soutien dans la recherche logement par le biais de son service Accroche-Toit. Dans l’église d’un Jacques-Cartier
Depuis sa création, La Quête a redonné l’espoir à quelques centaines de camelots. SUIVEZ-NOUS SUR facebook.com/laquete.magazinederue et issuu.com/laquete/docs
UNE TRIBUNE POUR TOUS Envie de faire connaître votre opinion, de partager vos poésies, de témoigner de votre vécu. Nos pages vous sont grandes ouvertes. Envoyez-nous vos textes par courriel, par la poste ou même, venez nous les dicter directement à nos bureaux. Faites-nous parvenir votre texte (500 mots maximum) avant le 1er du mois pour parution dans l’édition suivante. La thématique de mai : L’état du couple.
FAIRE DES SOUS EN DEVENANT CAMELOTS Les camelots récoltent 2 $ de profit sur chaque exemplaire vendu. Autonomes, ils travaillent selon leur propre horaire et dans leur quartier. Pour plus d’informations, communiquez avec Francine Chatigny au 418 649-9145 poste 31 Nous vous encourageons fortement à acheter La Quête directement à un camelot. Toutefois, si aucun d’eux ne dessert votre quartier, vous pouvez vous abonner et ainsi nous aider à maintenir la publication de l’unique magazine de rue de Québec.
COUPON D’ABONNEMENT 10 PARUTIONS PAR ANNÉE Camelots recherchés
Nom: Adresse: Travaille à ton compte. Pas d’horaire. Ville: Vends le magazine de rue La Quête postal: PourCode plus d’informations
Abonnement régulier Abonnement de soutien Abonnement institutionnel
Hey toi! Tu as 18 ans ou plus. Tu veux te faire quelques dollars?
Appelle-nous au 418 649-9145 poste 33 Ou Viens nous rencontrer au 190, rue St-Joseph Est (coin Caron) Dans l’église Jacques-Cartier
Téléphone: La Quête est appuyée financièrement par : Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI)
04
65$ 80$ 90$
ÉDITEUR Archipel d'Entraide ÉDITEUR PARRAIN Claude Cossette COORDONNATRICE Francine Chatigny MENTORS Martine Corrivault et Jean-Claude Picard RÉDACTRICE EN CHEF Valérie Gaudreau RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Isabelle Noël CHRONIQUEURS Martine Corrivault, Claude Cossette et Diane Morin JOURNALISTES Anouk Jaccarini, Cécilia Foissard, Samuel Fournier, Michaël Labranche, Laura Meuret, Isabelle Noël et Camille Tremblay-Antoine AUTEURS Michel Bonnelly, Philippe Bouchard, Roland Bourneuf, Lavie Chabon, Jean Désy, Laurence Ducos, Gaétan Duval, Floriane, François Gagnon, Marie-Chantale Larose, Jean Pierre, Bernard St-Onge et Christiane Voyer AUTEURS DES JEUX Hélène Huot, Jacques Carl Morin et Ginette Pépin RÉVISEUR EN CHEF Benoit Arsenault RÉVISEURS Marie-Pierre Belzile, Noémie Éthier, Marie-Claude Gagnon, Alex Nadeau-Mercier, Marie-Soleil Morin, Marie-Noël Paquin et les étudiants du cours Réécriture et Révision II des programmes de rédaction et révision professionnelles de l'Université Laval sous la supervision de leur enseignante, Anne Fonteneau ILLUSTRATRICE Danièle Rouleau PHOTOGRAPHES Bob photographie et Michaël Gosselin GRAPHISTE Karyne Ouellet IMPRIMEUR Les Impressions STAMPA inc. 418-681-0284 COPYLEFT La Quête, Québec, Canada, 2014 Ce document est mis à votre disposition sous un droit d’auteur Creative Commons « Paternité - Pas d'Utilisation commerciale - Pas de Modification 2.5 – Canada » qui, si ce n’est pas commercial, permet de l’utiliser et de le diffuser tout en protégeant l’intégralité de l’original et en mentionnant le nom des auteurs.
Journal La Quête
190, rue St-Joseph est Québec (Québec) G1K 3A7 Téléphone : 649-9145 Télécopieur : 649-7770 Courriel : laquetejournal@yahoo.ca
Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien
LA QUÊTE
MARS 2016
MOT DE LA COORDO
LE MANÈGE DE L’AUSTÉRITÉ Le manège de l’austérité n’atteint pas que le Québec. Plusieurs pays européens y sont soumis depuis quelques années, mais en retirent-ils les bénéfices escomptés ? C’est ce qu’a voulu savoir Isabelle Noël dans Un courant mondial. Cependant, elle s’est butée à de nombreuses difficultés, notamment celle de trouver une définition commune de l’austérité. De plus, pour ajouter à la confusion, les PIB, les cotes de crédit, les courbes de croissance, par exemple, diffèrent d’un pays à l’autre.
Convaincu que le gouvernement fait fausse route en imposant toutes ces compressions budgétaires, le Regroupement des organismes communautaires de la Capitale-Nationale (ROC 03) mobilise ses troupes pour manifester son opposition au gouvernement. Michaël Labranche nous explique quelles sont les motivations du ROC 03. Hautement médiatisée, la fermeture du centre Mélaric a mis en lumière les problèmes de financement qui affectent les centres de désintoxication, incluant ceux de la Capitale-Nationale. Fin janvier, le gouvernement a réagi en accordant une aide directe de six millions de dollars à ces centres, en précisant que les modalités d’allocation seraient précisées sous peu. Camille Antoine-Tremblay a rencontré le directeur général de la Maison de Job pour en savoir plus.
Au-delà des différences, on note des points communs : partout, ce sont les plus vulnérables et les femmes qui écopent quand la grande faux des compressions passe. Pour Aurélie Lanctôt, auteure de l’essai Les libéraux n’aiment pas les femmes, l’idéologie libérale appauvrit les femmes et entraîne des conséquences néfastes dans la poursuite du combat pour l’égalité homme-femme. Cécilia Foissard s’est entretenue avec la jeune essayiste.
Pendant qu’il pige dans le portefeuille des citoyens lambda, le gouvernement Couillard fait un « investissement stratégique» d’un milliard de dollars américains dans Bombardier. Comment expliquer qu’il puisse être si généreux avec la multinationale sous prétexte que sa C Series bat de l’aile et, en même temps, être si rigoureux envers les contribuables ? Un beau paradoxe sur lequel se penche Laura Meuret.
Le succès de Un secret au confessionnal, qui s’est tenu en mars 2015, a incité les poètes qui l’ont produit à récidiver. Pour cette deuxième édition, ces littéraires qui publient dans La Quête (voir pages 22 à 31) souhaitent donner de l’ampleur à leur événement : une salle plus grande, des artistes invités, une organisation plus raffinée, bref, un événement qui gagne en maturité.
Nous n’en sommes pas à un paradoxe près. Reconnaissant que la proportion d’analphabètes est anormalement élevée au Québec, l’Assemblée nationale a adopté à l’automne 2015 une motion pour lutter contre l’analphabétisme. Mais jusqu’à preuve du contraire, le financement des groupes populaires en alphabétisation est insuffisant pour répondre aux besoins. Comment cela se manifeste-t-il dans le quotidien ? Pour le savoir, Anouk Jaccarini a visité Atout-Lire, l’un de ces groupes qui a pignon sur rue dans Saint-Sauveur.
Ceux et celles qui ont le goût de partir En quête de nouvelles confessions sont conviés, nombreux et nombreuses, à venir sans faute rencontrer ces poètes et « confesseurs » de La Quête qui se feront un bonheur d’offrir, à travers deux volets complémentaires, récital littéraire et visite au confessionnal, le mystère à l’état pur par la magie bienfaisante des mots et de la musique. Cet événement, qui se déroulera le 27 mars prochain, de 14 à 16 h à La Nef (situé au 190, rue Saint-Joseph Est), s’inscrit dans la programmation du Mois de la poésie qui est organisée par le Bureau des affaires poétiques de Québec. Illustration: Danièle Rouleau
L’application de l’idéologie libérale fait à la fois des heureux et des malheureux, mais, au-delà de nos intérêts respectifs, l’état de nos finances publiques nécessitait-il réellement de telles mesures ? Samuel Fournier a posé la question à l’économiste Pierre Fortin.
MARS 2016
EN QUÊTE DE NOUVELLES CONFESSIONS
LA QUÊTE
On vous attend en grand nombre. Bon début de printemps,
FRANCINE CHATIGNY
05
UN COURANT MONDIAL
Photo: Isabelle Noël
Austérité, rigueur budgétaire, serrement de ceinture : voilà un échantillon des expressions qui sont entrées dans le vocabulaire des Québécois. Cependant, les finances de la Belle Province ne sont pas les seules à s’être vu imposer une cure d’amaigrissement : plusieurs pays, dont la Grèce, le Portugal et l’Espagne, subissent le même régime hypocalorique depuis quelques années. Même si des comparaisons hâtives mènent à de fausses conclusions, peut-on tirer une leçon de ces expériences ?
Dresser un portrait de l’austérité dans le quilibre entre la dette et la production de monde n’est pas une mince affaire. L’éco- richesse (produit intérieur brut - PIB). nomie d’un pays est un système com- Cela influence également les critères d’atplexe où plusieurs facteurs influencent les tribution de la cote de crédit indiquant revenus et les dépenses de l’État. Les la solvabilité des États. Une cote dite de politiques économiques d’austérité ne ga- qualité, ou AAA, comme celle de la Suisse, rantissent donc pas, à elles signifie un faible risque de seules, la santé financière À l’heure actuelle, défaut de paiement. Une d’un État. De plus, pour un débat fait rage cote D, comme celle qui a ajouter à la complexité, les dans le monde récemment été attribuée économistes et les chefs de de l’économie, à la Grèce, indique un gouvernement n’ont pas pour savoir si les risque élevé de défaut de tous la même définition de politiques d’auspaiement. Une bonne cote l’austérité. attire les investissements térité provoquent alors qu’une baisse de cote Selon le Fonds monétaire les changements provoque une fuite des cainternational (FMI), l’aus- souhaités. pitaux. térité est une « politique gouvernementale dont l’objectif est de Autrement dit, ces notations servent de réduire le déficit ou l’endettement d’un mesure de confiance, et elle peut être État par la baisse des dépenses publiques ébranlée par l’augmentation considé[ou] la hausse de la fiscalité (impôts) ». rable de la dette d’un État. On peut alors Or, après la crise financière de 2008, beau- décider d’appliquer des politiques d’auscoup d’États se sont gravement endettés térité pour réduire la dette et rétablir la pour pouvoir garder la tête hors de l’eau, confiance. À l’heure actuelle, un débat ce qui a eu pour conséquence un désé- fait rage dans le monde de l’économie,
06
LA QUÊTE
pour savoir si les politiques d’austérité provoquent les changements souhaités. DES ÉCONOMISTES DIVISÉS Les économistes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) font partie de ceux qui se sont penchés sur la question. Pier Carlo Padoan, chef économiste de l’Organisation, écrit dans un article publié pour l’OCDE en 2013 que « pratiquer l’austérité pour restaurer les finances publiques peut ajouter aux difficultés d’économies déjà malmenées, entraîner des suppressions d’emplois et accroître la détresse sociale. » Selon lui, on peut remettre de l’ordre dans les finances publiques « tout en encourageant la croissance et en réduisant les inégalités de revenus. » Des réformes structurelles, par exemple l’amélioration du filet social et le soutien à l’emploi, seraient plus efficaces pour générer des revenus à l’État. Le magazine de référence mondiale en matière d’économie, The Economist, se
MARS 2016
les 200 % du produit intérieur brut et un taux de chômage alarmant de 20 %, les Grecs servent de triste exemple aux détracteurs de l’austérité. Selon la BBC, des problèmes économiques déjà existants, tels que la corruption, peuvent être responsables du plongeon de l’économie grecque. De plus, les fonds de secours fournis par l’Union européenne, qui doivent servir à rembourser la dette, ne sont pas injectés dans la relance de l’économie, ce qui crée un cercle vicieux duquel les Grecs ont peine à se sortir. UNE QUESTION D’ÉQUILIBRE
Photo: Archives Web
La solution pourrait-elle résider dans un équilibre bien planifié ? La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, affirme que la relance économique ne passe pas uniquement par l’application de mesures visant à freiner les dépenses de l’État. Au cours d’une allocution à Montréal, en mai 2014, Mme Lagarde a souligné que l’austérité n’était pas une mesure « exclusive » et qu’il fallait trouver un juste équilibre afin de redonner du dynamisme à une économie.
range du côté de l’OCDE. En juin 2015, un de ses articles, important, affirme que la croissance serait plus efficace que l’austérité pour réduire la dette. Toujours selon le magazine, les gouvernements devraient se concentrer sur des réformes du marché du travail pour récupérer un certain équilibre.
bien construites ont des effets positifs à moyen et long terme. »
Avec la Russie et le Brésil, qui prévoient adopter des mesures d’austérité en 2016, les expériences se multiplient et, avec elles, peut-être un espoir de solution qui freinerait cet « effet yoyo », dont les conséquences se font lourdement sentir sur les populations. ISABELLE NOËL
Les chiffres sont aussi contradictoires que les opinions sur le sujet. Des indicateurs compilés par la British Broadcasting Corporation (BBC) montrent que le Royaume-Uni, a vu, après de sévères mesures d’austérité, sa dette se stabiliser auDans un article également publié en juin tour de 100 % de son PIB, et son taux de 2015, les chercheurs de la Banque centrale chômage baisser à 5,9 %. Même constat européenne (BCE), Thomas Warme- pour l’Irlande, l’un des pays les plus toudinger, Cristina Checherita-Westphal et chés par la crise de 2008, qui a réussi à Pablo Hernandez de Cos, contrôler sa dette pune sont pas de cet avis. Ils blique autour de 100 % « L’austérité n’est pas écrivent que, pour être du PIB et à faire passer efficace, l’austérité doit une mesure « excluson taux de chômage de être évaluée à long terme. sive » ...il faut trouver 15 à 11 %. L’Allemagne, Selon eux, la rigueur un juste équilibre afin la plus grande économie mène à un équilibre per- de redonner du dyna- européenne, est aussi manent du budget alors misme à une éconoune grande adepte de que la détérioration de mie. » l’austérité. la croissance est temLa Grèce, par contre, se poraire. « Il y a un large ~ Christine Lagarde, retrouve à l’autre bout consensus [sur le fait] que directrice générale du spectre. Avec une les consolidations fiscales du FMI dette publique qui frôle
MARS 2016
LA QUÊTE
07
é y l F Le : sie rtoi Cou
ADIEU SOLIDARITÉ !
au Cl
de
Co
ss
e tt e
Dans son livre La Révolte des élites et la trahison de la démocratie, le sociologue Christopher Lasch explique que « l’histoire récente ne va plus dans le sens d’un nivellement des différences sociales, mais vers une société où un petit nombre de privilégiés monopolisent les avantages de l’argent, de l’éducation et du pouvoir ». N’est-ce pas la situation actuelle au Québec ? Nos gouvernements clament l’austérité pour rompre les filets sociaux et couper l’aide aux démunis, tandis que nos élites accaparent l’essentiel de la richesse pourtant produite par tous. ADIEU, ÉLITES SOLIDAIRES ! Les membres des élites étaient, il n'y a pas si longtemps, solidaires du peuple, car chacun était conscient que sa survie passait par la collaboration et le partage (ça vous étonnerait si je vous disais qu’aux États-Unis, jusqu’en 1980, le taux marginal d’imposition des plus aisés s’élevait à 70 % ?). Les notables répartissaient leurs connaissances, leur temps ou leur argent de diverses manières. Ils avaient le sens du service, beaucoup acceptaient d’être politiciens ou marguilliers pour un temps. La philanthropie constituait un devoir, et ils finançaient collèges et hôpitaux. Surtout, personne ne pensait à se soustraire à l’impôt. C’est cette élite qui, à la Révolution tranquille, a édifié « le modèle québécois » de démocratie sociale. Aujourd’hui, entre les nantis et les démunis, le fossé se creuse. Les privilégiés sont convaincus que la richesse leur est due et qu’ils ne doivent rien à personne. Selon le journaliste économiste Francis Vailles, de La Presse, le groupe de 1 % le plus riche a vu ses revenus augmenter de 54 % entre 1992 et 2010, soit 2,4 fois plus vite que ceux des 99 % autres contribuables du Québec. Et ça continue, ce qui crée une société de nantis de plus en plus riches et, conséquemment, un plus grand nombre de pauvres. Adieu, les élites solidaires ! Moins de solidarité, cela veut dire plus d’austérité (surtout pour les plus démunis d’entre nous, en tout cas). MOINS D’IMPÔT ÉGALE MOINS DE SERVICES
Payer de l’impôt, c’est répartir la richesse. Et on ne paye pas trop d’impôt au Québec. En tout cas, les nantis en payent moins qu’avant. L’Enquête sur la dynamique du travail et du revenu de Statistique Canada démontre qu’au Québec, pour les contribuables déclarant plus de 132 400 $, l’impôt sur le revenu marginal était de 84,8 % en 1970 (oui, vous avez bien lu !). Il n’est plus que de 48,2 % aujourd’hui (et de moins de 24,1 % pour les entreprises). Ce qui donne à l’État moins d’argent pour soutenir les démunis. Le recours à la taxe de vente ne corrige pas le problème, car elle est plus injuste : toute proportion gardée, la même augmentation de 5 % sur une caisse de bière coûtera à un salarié moyen 50 % de plus qu’à un médecin. C’est une répartition indécente des charges. UNE MORALE POUR LES DÉMUNIS L’écrivain George Orwell, auteur du roman 1984, évoquait la « décence commune », une honnêteté qui caractérise les gens simples, les démunis, expliquait-il. Est-ce que les nantis sont habités par cette décence commune quand ils promeuvent la maigreur de l’État ? Moins d’argent dans les coffres de l’État, c’est moins d’argent pour les programmes sociaux. Ce qui punira davantage les démunis : chômeurs, familles monoparentales, vieillards ou itinérants. Le philosophe Jean-Pierre Martin écrit : « Face aux mensonges éhontés des escrocs d’État, nous aimerions plus que jamais invoquer, tel un garde-fou, une décence commune ». Mais cette revendication n’est plus au rendez-vous des grandes gueules. Les jeunes Adis Simidzija et Sarah Girard, tous deux étudiants à la maîtrise en sociologie, écrivent dans un récent article du Huffington Post : « On continue à nous faire saigner les oreilles avec l’austérité. […] Parce qu’après tout, plus il y aura de personnes qui seront à la rue, moins l’État aura de personnes à sa charge. C’est un calcul très simple. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil à la manière dont l’État s’occupe, ou ne s’occupe pas, des populations en situation d’itinérance pour s’en convaincre. »
Nous sommes tous égaux devant la loi : nous devons tous payer des impôts pour soutenir programmes sociaux, éducation, santé, aide de dernier recours, etc. Mais pour pouvoir imposer l’austérité, les gouvernements doivent diminuer les taxes… Ce qui profite davantage aux riches. Imaginons une diminution de 5 % sur tout gain au-delà de 25 000 $ ; un salarié qui gagne 50 000 $ paiera 1 250 $ de moins en impôt. Mais celui qui en gagne 300 000 $, en économisera 13 700 $. Ce qui produira pour l’État une perte de revenus de 14 950 $. Qui en souffrira le plus ? Les moins nantis qui reçoivent l’aide de l’État.
08
LA QUÊTE
CLAUDE COSSETTE
MARS 2016
LES FEMMES DANS LA LIGNE DE MIRE Et si l’austérité était liée à une certaine réaffirmation du féminisme ? C’est la question que pose la jeune auteure québécoise Aurélie Lanctôt. Dans son essai Les libéraux n’aiment pas les femmes, elle décrit comment les compressions budgétaires engagées par le gouvernement Couillard fragilisent la condition féminine. Dans une entrevue accordée à La Quête, elle rappelle le combat audacieux du féminisme contemporain québécois.
Pour dresser ce constat, l’étudiante en droit s’appuie sur une étude menée par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), qui explique que les vagues successives de restrictions Aurélie Lanctôt budgétaires touchent surtout les femmes. Ce rapport soutient que les hommes bénéficient de politiques de relance économique alors que les compressions des dépenses visent les femmes ; même son de cloche du côté de l’organisme ONU Femmes dans son rapport du 27 avril 2015.
mentation de leurs salaires. Quant aux enseignantes, elles se retrouvent avec des classes bondées, ce qui rend leur travail
difficile. Les enfants atteints de troubles de l’apprentissage nécessitant un service éducatif adapté à leurs besoins doivent suivre un enseignement ordinaire malgré le manque, voire l’absence de techniciens en éducation spécialisée.
LA POLITIQUE D’AUSTÉRITÉ Au Québec, le gouvernement inves- COUPE LA ROUTE VERS tit dans les secteurs privés tels que la L’ÉGALITÉ construction et l’exploitation des matières pre- « Ils sont en train de Selon l’auteure, ces dermières, domaines écono- détruire le modèle nières décennies ont été miques dominés par les québécois tel qu’on synonymes de progrès hommes. Par contre, les en matière d’accès à le connaît depuis la domaines où la mainl’égalité. La continuation d’œuvre est majoritai- Révolution tranquille » de l’émancipation des rement féminine — les femmes au sein de la sosoins infirmiers, l’éducation, les services ciété québécoise est néanmoins menacée sociaux, le milieu communautaire — par l’austérité. « Elle risque de leur faire sont constamment visés par le gouverne- encaisser des reculs importants sur des ment Couillard. choses que l’on croyait acquises », rapporte-t-elle. POURQUOI LES FEMMES ? Parmi ces acquis, elle mentionne les garDans son livre comme en entrevue, la deries subventionnées, préalables indisjeune auteure fait valoir que cette ligne pensables au processus d’indépendance d’action du gouvernement libéral favo- des femmes. Les frais de garde augmenrise l’instabilité de la condition sociale tent, ce qui remet en question le retour féminine. « Les femmes voient leurs em- au travail des mères. Durant l’entrevue, plois disparaître ou leurs conditions de l’étudiante fait également allusion à la travail se précariser », explique-t-elle. menace qui pèse sur les services relatifs Par exemple, les infirmières ont davan- à la santé sexuelle et reproductive. Dans tage de responsabilités sans réelle aug- son ouvrage, elle détaille les problèmes
MARS 2016
causés par le Projet de loi 20, visant à soumettre l’avortement à des quotas.
Courtoisie: Aurélie Lanctôt
« Le désamour des libéraux n’est ni de la haine ni du mépris, c’est une froide indifférence au sort que réserve l’austérité aux femmes ». Cette phrase, tirée du livre d’Aurélie Lanctôt, résume l’esprit de l’ouvrage. Selon elle, depuis l’arrivée du gouvernement de Philippe Couillard, le sort réservé aux femmes n’est guère réjouissant.
LA QUÊTE
Le constat est donc sans équivoque pour Aurélie Lanctôt : les services offerts aux femmes pour leur permettre de s’émanciper du joug de l’inégalité sont en péril. « Il faut donner des outils pour davantage appeler à l’autonomie des femmes dans leur route pour l’égalité puis on est en train de les détruire. Je trouve ça inquiétant », déplore-t-elle. UNE DÉTÉRIORATION DE LA SOCIÉTÉ ?
« C’est évident qu’il y a une détérioration », affirme-t-elle. Et si ce « rigorisme » budgétaire ne visait pas seulement les femmes, mais une société dans son intégralité ? Son livre est un plaidoyer pour le féminisme, mais lors de l’entrevue, Aurélie Lanctôt a mis l’accent sur le visage de l’austérité. Elle a rappelé qu’outre les femmes, c’est une société entière qui se retrouve dans l’insécurité. Il en résulte alors que les Québécois font face à une impasse. « La population a accès à de moins en moins de services, elle s’appauvrit, les gens sont de plus en plus laissés à eux-mêmes ». Peu optimiste, la jeune femme craint que cette politique perdure. « Ce n’est pas un phénomène météo », conclut-elle. CÉCILIA FOISSARD
09
LES PARADOXES DE L’AUSTÉRITÉ
Illustration: Boris 2014
Le gouvernement libéral pratique au Québec une politique d’austérité et coupe ainsi dans les services dispensés par l’État. Cependant, tout le monde n’est pas affecté de la même façon, à l’image de certaines entreprises qui se sont vu attribuer une aide de la part du provincial. Comment expliquer ces choix budgétaires ?
« Ce sont des choix politiques. Le gouvernement libéral actuel a un agenda idéologique précis qui est de diminuer la taille de l’État », explique M. Louis Imbeau, professeur au Département de science politique de l’Université Laval. Il parle ainsi d’« idéologie » dans le sens où l’on se fait une idée de ce qu’est la société et de ce qui est bon pour elle. Ici, diminuer l’État veut dire réduire les services, notamment les services aux plus démunis, soit ceux qui en ont le plus besoin.
Il y aurait donc des jeux de redistribution de la richesse et des jeux politiques qui se jouent au-delà des idéologies, c’est-à-dire qu’il s’agiIl parle ainsi d’« idéologie » dans rait avant tout d’un rapport de force et d’influence le sens où l’on se entre différents acteurs.
fait une idée de ce qu’est la société et de ce qui est bon pour elle.
L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), qui a observé les conséquences des mesures d’austérité au Québec en 2014-2015, note, par exemple, que les centres jeunesse ont subi une compression de 20 millions de dollars. Par ailleurs, l’IRIS signale que, si les compressions continuent, des réductions de services sont à prévoir, alors que, chaque année, 32 000 jeunes vulnérables bénéficient de ces services. D’un autre côté, l’État offre plus de 1,2 milliard de dollars à Bombardier. Les idées politiques ne sont donc pas les seules à dicter les politiques budgétaires. En effet, l’État est soumis à différentes forces politiques qui influencent ses politiques publiques. Les groupes d’intérêt jouent ainsi un rôle politique par leur
10
influence sur les dirigeants, à l’image de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), dont Bombardier inc. est partenaire.
Du point de vue du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, l’aide à l’industrie aéronautique est tout à fait normale, dans la mesure où il s’agit d’un domaine stratégique pour l’État. Il fait ainsi un parallèle avec le plan de sauvetage de l’industrie automobile ontarienne de 2008-2009. M. Imbeau explique que, « lors de la crise de 2008, c’était les grandes corporations qui étaient en péril ; elles avaient besoin de l’État, de la même façon que Bombardier de nos jours, mais, quand elles n’en ont pas besoin, elles ne veulent pas de l’État et rejettent toute intervention ». QUEL REMPLAÇANT POUR L’ÉTAT ?
dans les dépenses pour équilibrer le budget et, une fois qu’ils atteignent l’équilibre budgétaire, ils coupent dans les taxes et les impôts créant ainsi un nouveau déficit (ou un déséquilibre budgétaire) et on recommence à couper dans les dépenses », révèle-t-il.
Il explique cependant que l’évolution des politiques n’est pas prévisible, notamment parce que nos connaissances de la société et de l’économie sont limitées, et ce, même pour les spécialistes. Peut-être qu’il y aura toujours des personnes qui vont se préoccuper des itinérants, des chômeurs, des mères nécessiteuses, des enfants qui ne déjeunent pas le matin avant d’aller à l’école, etc., et qui vont mettre sur pied des organismes d’aide. Mais là encore, ces organismes auront tout de même besoin de l’aide de l’État. M. Imbeau soumet l’hypothèse que « peut-être qu’une société civile va s’organiser par nécessité. Mais on peut penser aussi que cela viendra avec plus de souffrance. » LAURA MEURET
Le professeur de sciences politiques signale que, sur le long terme, on rapetisse l’État de plus en plus avec la stratégie des partis de droite. Ces derniers « coupent
LA QUÊTE
MARS 2016
LUTTER POUR L’ALPHABÉTISATION
photo : Anouk Jaccarini
C’est comme s’ils vivaient dans un pays étranger : ils ont de la difficulté à déchiffrer les panneaux et les menus, à trouver du travail et à consulter un médecin. Ce sont pourtant des Québécois — plus d’un million — qui ont grandi ici et qui parlent français, dont le défi sont la lecture et l’écriture. Des personnes-ressources veulent les aider, mais ont-elles les moyens nécessaires ?
Josée, Denis et Johanne
Denis, Lyne, Josée et Richard participent c’est donc bénévolement que Richard et depuis plusieurs années aux ateliers Josée ont présenté le carnet aux étudiants d’Atout-Lire, un organisme d’alphabé- de l’Université Laval. Selon l’animatrice, tisation de Québec. Dans une ambiance cette action devrait être valorisée sur le agréable et dans une attitude d’ouver- plan économique, étant donné son imture d’esprit, ils viennent apprendre portance pour la société. L’an dernier, à mieux lire, écrire et compter. De plus, Atout-Lire a aussi dû mettre fin au projet ils s’impliquent dans « Écrivain public », pourdes projets de participa- Atout-Lire, dont le tant fort efficace. Des intion citoyenne — tous tervenants se rendaient financement de base les quatre ont d’ailleurs ainsi dans des logements déjà fait partie du conseil est gelé depuis dix subventionnés pour faire d’administration de l’or- ans, n’ouvre que connaître les services quatre jours par ganisme. d’alphabétisation et pour aider les gens à lire des semaine, dix mois Ils sont fiers des projets documents compliqués. par année. réalisés, en particulier le « Même quelqu’un qui projet d’un carnet de santé qui, à l’aide sait très bien lire doit parfois demander de phrases simples et d’illustrations, aide de l’aide pour comprendre les documents à expliquer au médecin ce qui ne va pas. de l’aide sociale », souligne Johanne ArseRichard et Josée l’ont même présenté à neault. des étudiants en médecine et en pharmacie qui ont été très intéressés, tout comme Aujourd’hui, Atout-Lire réserve une peles médecins à qui Richard a montré le tite plage horaire chaque semaine, dans carnet. ses locaux, aux gens qui ont besoin d’aide pour déchiffrer une lettre ou un formuDES PROJETS DANS L’IMPASSE laire. Malgré l’intérêt suscité par le carnet et DE L’ARGENT POUR EXPLORER son utilité évidente — tout le monde ET INNOVER a parfois du mal à communiquer avec son médecin — la poursuite du projet Atout-Lire, dont le financement de base est difficile. En effet, pour bénéficier du est gelé depuis dix ans, n’ouvre que quatre soutien du gouvernement, « ça prend jours par semaine, dix mois par année. toujours du nouveau », explique Johanne « Si on avait plus d’argent, on pourrait Arseneault, animatrice chez Atout-Lire. tenir des journées pédagogiques et parIl est donc impossible de développer tager nos expériences. On est toujours ou de prolonger un projet, ou même dans le rush », lance Johanne Arseneault. d’en faire la promotion. Faute de fonds, Comme ses collègues, elle consacre
MARS 2016
LA QUÊTE
toujours plus de temps à la recherche de financement et à remplir la paperasse, ce qui lui laisse moins de temps alloué aux services directs, ainsi qu’à la formation et à la recherche de nouvelles solutions en alphabétisation. On note d’ailleurs un certain roulement d’employés, parfois essoufflés.
Outre l’impossibilité d’innover et de croître, l’organisme déplore aussi les pressions qu’il subit pour orienter ses interventions vers un seul objectif, l’employabilité, au détriment de l’intégration sociale, de l’accompagnement et du respect du rythme de chacun. On lui impose des programmes gouvernementaux remplis de critères de rendement exigeants. Il a donc de moins en moins d’autonomie et il doit jouer un rôle de « police » qui est contraire à ses valeurs. FAIRE ÉVOLUER LES MENTALITÉS Le 15 septembre 2015, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité une motion pour lutter contre l’analphabétisme. Les élus ne semblent pourtant pas tous conscients de cette réalité, si l’on en croit l’expérience de Josée, qui a écrit à son député pour dénoncer les mesures d’austérité : « J’ai même pas eu de réponse. J’ai vraiment pas apprécié. On a passé plusieurs ateliers pour préparer ça. » Peu de représentants du gouvernement sont déjà entrés dans les locaux d’Atout-Lire. Il faut pourtant changer les mentalités, comme le montre cette menace d’un autre siècle faite à Lyne, qui avait mal rempli un formulaire : « Si tu le remplis pas comme du monde, on va te couper ton chèque. » Cette attitude culpabilisante n’aide en rien ces personnes qui consacrent beaucoup d’énergie à améliorer leur situation. ANOUK JACCARINI
11
ENTREVUE AVEC PIERRE FORTIN Professeur émérite en sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal et chroniqueur à L’actualité, Pierre Fortin discute de la politique d’austérité du gouvernement libéral et du contexte économique du Québec.
Une politique d’austérité cherche à réduire le déficit budgétaire d’une année à l’autre. Supposons qu’il y ait un déficit d’un milliard et demi de dollars et qu’il faille le réduire à 1 milliard, ce n’est alors pas une forte politique d’austérité. Par contre, si le déficit est de 9 milliards de dollars comme en Ontario et que tu le réduis à 3 milliards en l’espace d’un an ou deux, c’est plutôt robuste comme politique d’austérité. À court terme, quand le gouvernement dépense moins, il retire du pouvoir d’achat. Des gens auraient profité de cet argent. Parce qu’ils ont moins de revenus, ces gens dépenseront moins. De fil en aiguille, tu engendres un effet multiplicateur sur l’économie. Donc, de 2014-2015 à 2015-2016, la diminution du déficit gouvernemental a engendré, au Québec, une baisse de l’activité économique de près de 3 milliards et demi. Est-ce que c’est beaucoup un retrait de 3 milliards et demi ? Oui. POURRAIT-ON DIRE QUE LA POLITIQUE D’AUSTÉRITÉ EST UNE ERREUR ?
les coupes. Par conséquent, tu risques de perdre le soutien de la population et de prendre des décisions qui vont affecter la quantité et la qualité des services publics. MONSIEUR FORTIN, EST-CE QUE LE QUÉBEC A VÉCU AU-DESSUS DE SES MOYENS ? La hausse de la dette au Québec est la plus petite observée en Amérique du Nord.
Par rapport au PIB, les intérêts payés par le gouvernement du Québec ont diminué de 40 % depuis 20 ans. Les agences de crédit ont toutes maintenu ou amélioré la note de crédit du Québec. Dire qu’on vit au-dessus de nos moyens dénote de l’ignorance, de la stupidité ou de l’idéologie.
Non. Se diriger vers l’équilibre budgétaire est une « Dire qu’on vit De l’idéologie, car certains bonne chose. De toute fa- au-dessus de nos n’aiment pas le secteur puçon, en 1996, l’Assemblée moyens dénote de blic, ils veulent en réduire nationale a voté une loi l’ignorance, de la la taille. Ces gens sortent afin que le Québec observe stupidité ou de des slogans qui ne signil’équilibre budgétaire en fient absolument rien afin temps normal. Cependant, l’idéologie. » depuis la récession, la si~ Pierre Fortin de convaincre la population de leur programme tuation est anormale. La politique. On peut vouloir loi permet que le gouvernement du Québec fasse temporairement réduire la taille de l’État, mais, eux, ils en un déficit. Une fois cette période passée, font une idéologie totale, alors qu’il faut l’équilibre budgétaire doit être atteint en en faire un objectif à poursuivre avec temps voulu. Évidemment, déterminer pragmatisme. à quel rythme on doit le faire reste une question d’appréciation de la gestion du EST-CE QUE LE QUÉBEC EST DANS UNE BONNE SITUATION risque. ÉCONOMIQUE ? J’étais d’avis qu’on aurait dû étaler l’équilibre budgétaire sur une période de 2 Jusqu’ici, oui. La croissance économique, à 4 ans plutôt qu’en une seule année. c’est deux choses. Ce que l’on appelle la Quand on va trop vite, le risque d’erreur croissance du PIB du volume réel, j’enlève augmente. Tu ne prends pas le temps de l’inflation, c’est le produit de l’économie consulter les gens qui sont affectés par et de la démographie. Dans le premier
12
cas, la croissance économique provient de la démographie. Dans le deuxième, elle provient purement de l’économie. La croissance économique du Québec par personne d’âge actif, les 15 à 64 ans, a été plus rapide que celle de l’Ontario et que celle des États-Unis durant les 15 dernières années. L’une des raisons majeures pour lesquelles on a mieux performé, par habitant d’âge actif, c’est qu’on a mis progressivement plus d’habitants d’âge actif au travail.
Courtoisie: Pierre Fortin
QU’EST-CE QU’UNE POLITIQUE D’AUSTÉRITÉ ?
LA QUÊTE
Parce que nos politiques sociales ont permis de mieux concilier travail et famille, les femmes sont entrées en masse sur le marché du travail. C’est pour cela qu’il faut juger la politique familiale ces 20 dernières années comme un succès magistral. Mais, plus les femmes approchent le plein emploi, moins le taux d’emploi du Québec pourra augmenter.
Par contre, la croissance de notre PIB global qui dépend de la productivité et de la croissance de la population est du même ordre de grandeur que celle de l’Ontario et des États-Unis, peut-être légèrement inférieure. Elle est inférieure, parce que la population du Québec a crû moins rapidement. Le nombre de personnes d’âge actif diminuera annuellement de près de 7 500 en moyenne au cours des 10 prochaines années. Cette année, il y en aura près de 4 000 de moins. Si le Québec veut maintenir sa croissance économique, c’est le volume produit par personne employée qui sera la source de la performance économique. SAMUEL FOURNIER
MARS 2016
e i g i V La i an o: D Phot
APPRÉHENDER L’EFFONDREMENT
o eM
« D’abord, ils nieront la chose. Ensuite, ils la minimiseront. Enfin, ils diront que cela se savait depuis longtemps. » – Alexander von Humboldt
rin
« Car, aujourd’hui, l’utopie a changé de camp : est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. L’effondrement est l’horizon de notre génération, c’est le début de son avenir. Qu’y aura-t-il après ? Tout cela reste à penser, à imaginer, et à vivre… », écrit Yves Cochet dans la postface du livre Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, de Pablo Servigne et Raphaël Stevens. J’ai lu cet automne l’excellent Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens. Je me suis également efforcée de suivre la COP21 pour mieux comprendre les dimensions environnementale et pétrolière de cet « imminent » effondrement et j'ai scruté l’actualité. Chute du prix du pétrole, du dollar, de l’ordre géopolitique, des indices boursiers, et hausse du coût des aliments… L’heure est-elle venue ? Je ne sais pas, mais il est grand temps d’en parler.
donc pas soutenir indéfiniment la croissance économique. Par ailleurs, elles sont en grande partie responsables du réchauffement climatique, et des risques qu’il engendre. Il faudra donc mettre rapidement en service d’autres sources d’énergie pour assurer notre survie, ce qui aura inévitablement des répercussions sur la croissance. Ceux qui l’appellent de leurs vœux, cette croissance, verte ou pas, nous font perdre notre temps et nous mènent à l’échec en n’identifiant pas correctement les enjeux. FINIE, LA CROISSANCE !
L’effondrement, selon Yves Cochet, « c’est le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis à coût raisonnable à une majorité de la population par des services encadrés par la loi. » Il semble que plusieurs limites soient atteintes en ce qui concerne non seulement les ressources naturelles, dont les énergies fossiles, mais aussi les inégalités sociales, et qu’il suffirait d’un déclencheur pour que démarre une spirale d’effondrements.
Le système financier mondial a besoin de croissance pour fonctionner. Pour alimenter la croissance, il faut de la productivité, donc beaucoup d’énergie. Les pays ont besoin de croissance pour boucler leur budget et les fonds de pension ont besoin de croissance pour générer un rendement. Depuis les années 1990, le recours à la dette est venu soutenir artificiellement la croissance. Il faudrait donc encore plus de croissance aujourd’hui pour maintenir le bateau à flot, mais elle n’est plus au rendez-vous. Des pays émergents, dont la Chine, ont tiré la croissance mondiale durant un certain temps, mais ils s’essoufflent. L’accumulation des dettes est telle qu’aujourd’hui, certains craignent qu’un « tsunami de défaillances de dettes s’abatte sur le monde », et il devient de plus en plus clair qu’une partie de ces dettes ne sera jamais remboursée.
LES INÉGALITÉS SOCIALES
S’EFFONDRER EN SIX ÉTAPES
On apprenait en janvier que « les 62 personnes les plus riches au monde possèdent autant que les 3,5 milliards [de personnes] les plus pauvres », soit la moitié de la population mondiale. Cette inégalité est particulièrement inquiétante pour ceux qui travaillent dans le social et dans le communautaire.
L’éclatement du secteur financier, qui pourrait être déclenché par un événement de nature climatique, financière, géopolitique ou autre, sera le premier stade de l’effondrement, qui pourrait soit s’arrêter là, soit passer aux stades suivants.
« Dans une société inégalitaire où les élites s’approprient les richesses, ce qui semble plutôt correspondre à la réalité de notre monde, le modèle indique que l’effondrement est difficilement inévitable […] la nature s’épuise plus vite que le peuple, ce qui rend l’effondrement rapide et irréversible. […] La seule manière d’éviter cette issue serait donc de réduire les inégalités économiques au sein de la population et de mettre en place des mesures qui visent à maintenir la démographie en dessous d’un niveau critique […] L’un des problèmes avec les inégalités, c’est que les élites perçoivent trop tard les premiers effets du déclin et des catastrophes. L’effet tampon de leur richesse leur permet de poursuivre un “ business as usual ” malgré l’imminence du danger. » (Servigne et Stevens) CROISSANCE, DETTE ET ÉNERGIE FOSSILE Ces trois-là entretiennent des liens intimes : elles ont dominé notre système au cours des dernières décennies, mais leur avenir est révolu. De plus en plus rares, les énergies fossiles sont difficiles à extraire, coûteuses et non renouvelables. Elles ne peuvent
MARS 2016
Les six stades d’effondrement (selon Dimitry Orlov) : 1— financier 3— politique 5— culturel 2— économique 4— social 6— écologique Entre deuil et espoir Servigne et Stevens nous invitent à faire le deuil de notre société thermo-industrielle et à soutenir de nouveaux modes de vie tels que les systèmes résilients à l’échelle locale : agriculture urbaine, permaculture, etc. Ils définissent l’entraide comme une lueur d’espoir. « Se préparer à une catastrophe, disent-ils, signifie donc d’abord tisser du lien autour de soi […] Paradoxalement, donc, nous entrons bientôt dans l’ère de l’entraide. » Pour soutenir la population dans les premiers stades de l’effondrement, les organisations caritatives et communautaires pourront être utiles. Quand le système financier, le marché et les gouvernements auront échoué, ce sera sur leurs épaules que reposera l’espoir de bloquer le processus d’effondrement en cours et de bâtir une société nouvelle.
LA QUÊTE
DIANE MORIN
13
MILIEU COMMUNAUTAIRE
PRÉCARITÉ PERPÉTUELLE ? Liste d’attente, engorgement et fermeture temporaire, les organismes communautaires en ont jusqu’au cou. Le sous-financement qui est présent depuis plusieurs années se fait ressentir de plus en plus et les coupures dans les services sociaux effectuées par le gouvernement ont des répercussions sur les acteurs du milieu communautaire, leur laissant de moins en moins d’air pour respirer. « Ce n’est plus les cas classiques que l’on voit, entre autres pour l’aide alimentaire. Il y a plus de travailleurs au salaire minimum qui viennent de plus en plus », affirme Vicky Brazeau, directrice générale du Regroupement des organismes communautaires de la Capitale-Nationale (ROC 03).
indique que le problème des organismes provient du fait que leur financement de base est assuré par le gouvernement avec des subventions allouées par différents ministères. Il ajoute que « sans qu’il y ait coupure dans un secteur en particulier, c’est l’indexation des subventions qui ne suit pas ».
En plus de voir la demande augmenter, les banques alimentaires doivent maintenant exiger un plus gros tarif et leur capacité d’aider se voit maintenant réduite. « Deux dollars ce n’est pas beaucoup, mais pour des personnes qui n’ont rien et qui ont de la difficulté à vivre, cela peut changer quelque chose », explique Raphaël Létourneau, étudiant en sociologie qui s’est penché sur le financement des organismes communautaires.
Photo: Archives Web
CAPITALE-NATIONALE : LA RÉGION QUI MOBILISE
Certes, le sous-financement n’est pas nouveau. Les libéraux ont toutefois annulé le financement qui était prévu pour l’aide aux organismes communautaires qui avait été annoncé et budgété par le Parti québécois, lors de leur règne de 18 mois. Une coupure qui n’a pas été bien reçue dans le secteur.
Les organismes se retrouvent donc dans l’obligation de faire affaire avec d’autres partenaires comme les fondations privées pour leur financement.
Mentionnons que le financement de base sert au fonctionnement des organismes en général. Ces « ...ils continuent de derniers n’ont donc pas de reddition de compte à nier quand on les faire après avoir reçu un confronte en leur montant. Les ministères pointant la ligne du ont diverses exigences et budget 2014-2015 accordent des subvenqui annule les 162 tions aux organismes qui millions [de dollars] concordent avec leurs cripour les organismes tères.
« Cela a été un dur coup. Surtout qu’ils continuent de nier quand on les confronte en leur pointant la ligne du budget 20142015 qui annule les 162 millions pour les organismes communautaires », expose Mme Brazeau. D’après elle, le milieu communautaire communautaires. » Les fondations, par conn’en demande pas trop. « Si ~ Vicky Brazeau tre, n’offrent pratiqueon dit qu’il faut continuer ment pas de financement d’investir dans la prévention et dans le pour la mission de base. Il s’agit de fonds développement social, c’est qu’il y en a de offerts par projet. « C’est un financel’argent et que le Québec a les moyens ». ment qui est assez contraignant. Quand c’est du financement par projet, c’est des LE SOUS-FINANCEMENT formulaires à n’en plus finir et qui nécesDans son rapport intitulé « Précarité du sitent beaucoup de comptes à rendre », financement, modifications, réductions dénonce l’auteur du rapport. Il explique et cessations d’activités des organismes ces contraintes par l’optique « managécommunautaires de la région de la Ca- riale » derrière les fondations. pitale-Nationale », Raphaël Létourneau
14
Il enchérit sur le fait que cela oblige les organismes à utiliser des approches qu’ils n’auraient pas nécessairement favorisées et que, par le fait même, ils perdent de leur autonomie pour survivre. En ce sens, certains organismes se voient dans l’obligation d’adopter une structure plus « hiérarchique et descendante, qui contraste avec l’approche ascendante, plus démocratique », habituelle.
LA QUÊTE
Pour la directrice générale du ROC 03, la région de Québec est très forte pour la mobilisation. « La région de la Capitale-Nationale, c’est celle qui lead beaucoup. Ce n’est pas seulement le mouvement communautaire, il y a aussi des groupes sociaux », dit-elle fièrement.
Pourquoi ? Selon elle, il semblerait que, dans la dernière année, une grande solidarité se soit créée ainsi que des alliances fortes. « Maintenant, les gens se parlent régulièrement et s’organisent ensemble. Donc, c’est sûr que le rapport de force est augmenté. Il ne faut pas oublier le fait que l’Assemblée nationale est ici, pèse dans la balance. C’est sûr que, grâce à cela, on a plus de chance que ce soit couvert par les médias nationaux ». MICHAËL LABRANCHE
MARS 2016
LES FONDS MANQUENT ! Depuis l’entrée en vigueur, le 1er mai dernier, de compressions touchant l’aide sociale au Québec, une vingtaine de centres travaillant à la réinsertion sociale des toxicomanes éprouvent des difficultés financières. À Québec, le centre de thérapie La Maison de Job, qui se dirigeait lui aussi vers un déficit, voit la lumière au bout du tunnel avec la nouvelle subvention accordée par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Deux services principaux sont offerts dans ce centre : des services de thérapie de 30 jours, ainsi que des services de réinsertion sociale où la période d’hébergement et d’accompagnement peut durer jusqu’à
Pour pouvoir profiter de cette subvention, les maisons de thérapies doivent être une organisation certifiée par le ministère de la Santé et des Services sociaux qui accueille une clientèle prestataire de l’aide sociale.
La fermeture hautement médiatisée, le 12 janvier dernier, du centre Mélaric situé à Saint-André-d’Argenteuil dans les Laurentides a mis à jour la réalité des centres de thérapies pour toxicomanes. Les dirigeants du centre ont affirmé devoir se résigner à mettre la clé sous la porte à la suite des compressions du gouvernement.
UN AUTRE SYSTÈME DE FINANCEMENT
En réaction à cette annonce de fermeture, le ministère de la San- Pierre Taschereau, directeur général de La Maison de Job té et des Services sociaux a décidé d’octroyer une subvention récurrente de six mois. C’est ce dernier programme qui six millions de dollars aux centres qui ne souffre particulièrement des déficits fipeuvent pas profiter du Programme de nanciers, selon M. Taschereau. soutien aux organismes communautaires. Quand un toxicomane fait partie d’un Les regards se tournent maintenant vers les autres centres d’aide aux toxicomanes au Québec. Dans la Vieille Capitale, plusieurs maisons de thérapie qui offrent des services d’ordre psychologiques et sociaux aux toxicomanes éprouvent aussi des difficultés financières. C’est le cas de La Maison de Job, une maison de thérapie de Québec, qui a été particulièrement touchée par les compressions du gouvernement libéral au cours de la dernière année. La mission de l’établissement est d’aider les personnes les plus démunies et les récentes compressions touchent directement leur clientèle. La Quête a communiqué avec le directeur général de ce centre, Pierre Taschereau, pour avoir ses commentaires sur la situation actuelle. Celui-ci déplore l’avenir incertain de La Maison de Job, ouverte depuis maintenant 30 ans.
MARS 2016
sible à cette subvention qui leur « permettra peut-être de combler le gouffre financier dans lequel ils se trouvent ». Le montant total octroyé sera réparti proportionnellement entre les maisons de thérapies qui répondent aux critères de sélection.
programme de thérapie et de réinsertion sociale, l’hébergement et la nourriture sont inclus dans les frais de séjour. Les clients doivent toutefois toujours payer pour les déplacements, les ressources extérieures, les frais fixes, etc. Le revenu de 200 $ par mois qui leur est maintenant alloué par le gouvernement est insuffisant pour couvrir l’ensemble des frais. Les centres de thérapie ont dû diminuer les coûts des programmes psychologiques et sociaux afin de les garder accessibles à leur clientèle. Depuis mai dernier, La Maison de Job se dirigeait vers un déficit, ce qui la plaçait devant un avenir incertain. Pierre Taschereau se réjouit de l’octroi de la subvention récurrente de six millions de dollars aux centres de thérapies.
Certains centres d’aide aux toxicomanes qui ont d’autres moyens de financement ne sont pas touchés par les mêmes difficultés financières. C’est le cas du centre Portage de Québec qui obtient, à tous les débuts d’année, 90 % de son financement directement du gouvernement. Les clients n’ont alors qu’une très faible somme à débourser pour avoir accès aux services. Ces centres sont autonomes financièrement par rapport à leurs clients. Photo: Julia Page, CBC
Les clients des centres de traitement des dépendances qui sont prestataires de l’aide sociale ont vu leur revenu passer de 747 $ à 200 $ par mois depuis mai 2015, et ce, à la suite des nouvelles mesures du gouvernement. Certaines maisons de thérapie pour toxicomanes, qui font payer leurs clients, se retrouvent alors dans des situations difficiles, puisque leurs clients se voient dans l’impossibilité de payer pour les services.
Seychelle Harding, directrice des communications au centre Portage, confirme que le centre n’est donc pas atteint par les difficultés financières qui affectent présentement une vingtaine d’établissements au Québec. Par contre, Mme Harding soutient que leur financement devrait être augmenté et que les responsables du centre sont actuellement en pourparlers avec le gouvernement concernant ces questions monétaires. CAMILLE TREMBLAY-ANTOINE
Comme 65 autres centres de ressources au Québec, la Maison de Job est admis-
LA QUÊTE
15
AUSTÉRITÉ « Austérité » : mot qui représente ce que bien des gens vivent malgré eux, l’austérité est à la mode. Peu importe ce qu’on en pense, il faut se faire à l’idée et l’accepter.
Photo: Archives Web
jours. Elles se sont toutefois adaptées au 21e siècle en troquant leurs tables à écrire contre des ordinateurs et en acceptant des contrats que des compagnies veulent bien leur offrir. En ce qui concerne les produits alimentaires, ces derniers se trouvent sur les tablettes des marchés des grands centres.
mode de vie était âpre, mais simple, puisqu’on ne préservait que les aspects essentiels de la vie, comme la santé, la sécurité, l’éducation et l’économie. On n’a qu’à penser à l’existence des moines de cette époque : l’architecture de leurs monastères se réduisait à des constructions de pierres et de bois, leurs vêtements consistaient en une simple bure brune, noire ou grise (sans « bébelles » ni Une famille ou un groupe qui s’y adonne dentelles), une simplicité qu’aujourd’hui doit alors suivre quelques règles. Un des certains qualifieraient de volontaire. Ces membres sera responsable de la comp- communautés basaient leur économie tabilité, qu’il tiendra rigoureusement : il sur des activités aussi saines que diverses : devra harmoniser les comptes à payer et certains se consacraient à l’écriture de la ceux à recevoir en vue de créer un profit Bible sur papier-parchemin avec enluet de bien l’investir. La tâche est lourde, minures (de véritables œuvres d’art !), j’en conviens, mais, menée convenable- d’autres exerçaient leurs talents à l’agriment, elle donne des résultats positifs. culture ou encore à la fabrication du vin, ou du chocolat… D’ailleurs, 1516-160_PubAusterEnfance_Quete_presse.pdf 1 2016-02-23 15:43 L’expression « austérité » ne date pas du fromage d’hier : elle remonte au 12e siècle. Ce ces communautés existent encore de nos L’austérité n’est pas mauvaise en soi, pour autant qu’une personne ou un groupe veuille bien s’y soumettre. Ce mode de vie est sain pour le corps et l’esprit. L’objectif n’est pas de vivre pauvrement, mais plus modestement, afin d’éliminer les dettes, de stabiliser l’économie et de la faire croître, que le portefeuille soit gros ou petit.
Lorsqu’elle est pratiquée individuellement, l’austérité peut durer quelques années ou toute une vie, au choix, mais une chose est certaine : elle doit assurer un avenir meilleur. Dans notre mode de vie actuel, il est plus difficile de s’y adonner, tout simplement parce que notre génération tend davantage à consommer qu’à conserver. Pour couronner le tout, certains produits disponibles sur le marché sont désuets au bout de six mois, ce qui est loin de favoriser un budget rationnel. Le prix de l’espace, qui autrefois n’était pas un problème, est aujourd’hui multiplié plusieurs fois au pied carré. Il en est de même pour les produits dont le prix augmente et qui, par faute d’espace, se miniaturisent. La réparation de ces appareils miniatures demande une précision chirurgicale à coût élevé. Assez souvent, les vendeurs regardent le produit qui n’a pas encore atteint l’âge d’un an comme une antiquité dont il faut se débarrasser, tout en proposant la version nouvelle. Pour conclure, en toute objectivité, le 21e siècle pose un problème à l’austérité : celui de l’espace-temps. Le scientifique bien connu Albert Einstein s’était penché sur la question, mais malheureusement sa fameuse formule s’est perdue dans le temps. PHILIPPE BOUCHARD
Les compressions sans précédent du gouvernement Couillard en petite enfance ont un impact dramatique. Ça nous concerne tous !
FANCE
EN PETITE EN
austerite.lacsq.org La Quête: 7 po x 2,25 po
16
LA QUÊTE
MARS 2016
t Cour a M ie: ois
EL NIÑO A LE DOS LARGE
rt i ne
Co
rriva
u lt
L’enfant dit : « C’est pas moi, c’est le lutin... ». En grandissant, ce sera : « C’est pas moi, c’est l’autre qui a commencé... ». L’adulte fredonne avec Plume Latraverse : « C’est la faute à El Niño... » tout en ignorant la signification de la chanson. Blâmer les autres pour échapper aux conséquences de nos actes relève peut-être d’un défaut bien inscrit dans nos gènes, qui nous permet de ne rien faire tout en chialant. Quand les changements climatiques bousculent nos projets et occupent le centre de nos lamentations, nous en tenons les gros pollueurs pour responsables sans reconnaître que, vous et moi, nous contribuons à la détérioration de l’environnement par notre mode de vie. Nos habitudes de consommation nous coûtent plus cher, mais nous écartons toute idée de changement. À Paris, en décembre 2015, des représentants de tous les pays du monde ont discuté des perturbations climatiques. Leur montagne a accouché d’une souris, malgré les rapports pessimistes soumis sur l’état de la planète, qui exigeraient des changements radicaux des politiques et des pratiques de développement. Pourtant, Dame Nature multipliait alors les manifestations de sa mauvaise humeur : inondations en Grande-Bretagne, destruction de barrages au Brésil, coulées de boue dans les montagnes dénudées par la déforestation en Chine, incendies en Australie, interminable smog en Chine et dans plusieurs capitales d’Europe et d’Orient, et même quelques secousses de la croûte terrestre le long de la côte ouest canado-américaine. Comme d’habitude, la politique, loin de la réalité vécue par les victimes des désastres, n’a eu que regrets et bonnes intentions devant les drames. Puisque les coupables sont à la fois tout le monde et personne, il fallait trouver une explication qui échappe aux contrôles de l’être humain. Alors, les médias ont recommencé à parler de cette « entité » nommée El Niño, vieux phénomène climatique cyclique aux origines imprécises dont les effets sont connus. Observé depuis des décennies sur les côtes péruviennes, où les pêcheurs constatent la forte diminution de leurs prises autour de Noël (d’où son nom, qui signifie « l’Enfant » en espagnol), El Niño est identifié comme le responsable des catastrophes environnementales partout où il passe. Pendant ce temps, les pollueurs qui, au nom du développement économique, rasent les forêts et empoisonnent les rivières et les terres s’en lavent les mains quand arrivent les conséquences de leurs interventions. Comme le chante Plume : « C’est la faute à El Niño »...
MARS 2016
La météo peut faire le bonheur des amateurs de films catastrophes, mais, en décembre dernier, le Québec redoutait la réalité d’un Noël beige et vert. Absence de neige et température douce résultaient, disait-on, d’un El Niño particulièrement actif qui détournait le manteau blanc de nos montagnes. La neige est finalement arrivée, en retard pour la messe de minuit, mais à temps pour blanchir les pistes de ski et les patinoires, au jour de l’An. On a laissé El Niño tranquille en attendant de voir ce qu’il a préparé pour la suite de 2016. Devant la chute des retombées économiques espérées dans les commerces, des experts ont examiné les comptes des Canadiens et observé la courbe croissante de leur endettement. D’autres experts ont ensuite poussé l’analyse en se demandant ce qui arriverait si les consommateurs décidaient de se serrer la ceinture, car même le total de la facture d’épicerie est en hausse, ce que nous savions bien avant qu’on parle d’un El Niño nuisible. Pour éviter la panique générale, quelqu’un a évoqué un El Niño gentil qui, dans certaines régions productrices de denrées alimentaires, favoriserait de meilleures récoltes ! Alors, nous pourrions continuer l’importation du contenu de nos assiettes. CONFUSION EN LE NOUS ET LE IL Pourrions-nous, sans « casser le party », nous interroger sur le risque encouru à dépendre de produits achetés ailleurs, qui représentent jusqu’à 80 % de ce que l’on trouve sur nos tables ? Pourtant, ces denrées sont aussi produites ici : cornichons des Indes, ail de Chine, miel d’Argentine, etc. Produits laitiers, viandes et poissons font des allers-retours entre les pays grâce aux conventions internationales dont profite l’industrie de la transformation. Qu’en est-il de l’autosuffisance alimentaire un jour prônée par le gouvernement québécois ? Nos élus à Québec parlent d’austérité pour rembourser leur déficit, quand ceux d’Ottawa soutiennent des politiques contraires qui relanceraient l’économie. Tous parlent de « marché vert » et de « taxe sur le carbone », mais restent discrets sur des investissements et des orientations favorables à un développement plus respectueux des gens et de la nature. Et nous ? Nous attendons qu’un coup de semonce de Dame Nature réveille ceux qui somnolent. Alors, bonne chance !
LA QUÊTE
MARTINE CORRIVAULT
17
LE JEU DEDE LA QUÊTE LE JEU LA QUÊTE PAR JACQUES CARL MORIN ETGinette GINETTE par Jacques Carl Morin et PépinPÉPIN
Ce jeu consiste à remplir les rangées horizontales ainsi que les colonnes 1 et 20 à l’aide des
CE JEU CONSISTE À REMPLIR LES RANGÉES HORIZONTALES AINSI QUE LES COLONNES 1 ET 20 définitions, indices ou lettres mélangées ou déjà inscrites. Chaque case grisée représente À L’AIDE DES DÉFINITIONS, INDICES OU LETTRES MÉLANGÉES OU DÉJÀ INSCRITES. CHAQUE une lettre qui est à la fois la dernière lettre d’un mot et la première lettre du suivant. CASE GRISE REPRÉSENTE UNE LETTRE QUI EST À LA FOIS LA DERNIÈRE LETTRE D’UN MOT ET LA PREMIÈRE LETTRE DU SUIVANT.
1
2
3
4
5
6
7
8
1
9
10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
D
2 3
H
4 5
M P
6 7
T
8
U
9
F
10 Verticalement : VERTICALEMENT :
5- Époque. Buveuse d’eau. Géhenne. Chef d’une université. Très courts.
1- Écart entre deux quantités.
1- Écart entre deux quantités.
6- L’une des herbes de Provence. On a beau le chasser, il revient Personne ayant une de genre de son sexe de naissance. 20-20Personne ayant une identité de identité genre différente de son différente au galop. Pratique visant à influencer les pouvoirs publics sexe de naissance. (NGIBOBYL) HORIZONTALEMENT :
7- Pachyderme. Géant. Mélancolie causée par un regret.
: 1-Horizontalement Titre professionnel. Répétition superflue. À la fin du commencement.
8- Célèbre astrologue français. Cessation momentanée.
Titre professionnel. Répétition 2-1Qui participent à une insurrection, à une révoltesuperflue. (EGRUSSIN). Helvètes. Chaussure. Quideparticipent une de insurrection, à une 3-2Hommes congrégation.àPartie secret. Établissement de jeux. État américain
Vinfin effervescent français. Titre de noblesse dans le monde À9- la du commencement. musulman. Corriger.
10- Voisin de la France. Phénomène lumineux provoqué par la révolte (EGRUSSIN). Helvètes. Chaussure.
Hommes de congrégation. de secret. 4-3Le F. dans John F. Kennedy. Dépense, frais Partie (ODRESUB). Frère de Jésus.
foudre. Sport d’équipe féminin apparenté au hockey sur glace (ETRUGINTE).
Établissement de jeux. État américain
4- Le F. dans John F. Kennedy. Dépense, frais (ODRESUB). Frère de Jésus. 5- Époque. Buveuse d’eau. Géhenne. Chef d’une université. Très courts.
18
LA QUÊTE
MARS 2016
PAR HÉLÈNE HUOT
Photo: Archives Web
RIRE ET SOURIRE «Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer.» Jacques Prévert (1900-1977)
PARLER POUR PARLER 1. On a pu lire dans le journal (Le Soleil, 21 janvier 2016) un article intitulé Tous à vos brimbales ! À quoi servent donc les brimbales ? a. à la cuisine; b. à la musique; c. à la pêche. 2. Une ville de la Grèce antique est associée à l’austérité ; il s’agit de : a. Olympie ; b. Sparte ; c. Thèbes. 3. « Le joyeux animateur a lancé quelques “ craques ” à son invité de marque. » On peut lire cette phrase dans un article de Stéphane Baillargeon publié dans Le Devoir du 30 décembre 2015. Le mot « craque » est-il dans le dictionnaire ? 4. Cette sauce à base de tomates, de vinaigre et de sucre s’appelle, en français : ketchup ou catchup ou catsup ? 5. Une partie de scrabble ? Déplacez les lettres et trouvez le mot de sept lettres – un adjectif masculin singulier - qui se cache dans chacun des groupes suivant : AAFIPRT ; AAILPRT ; ACHINUV ; AEFGINT ; AFILLUV ; AIGNNSU ; CEEHLUV ; EEFNRTV ; EENPRST ; EEPRUUX. 6. Quel est l’intrus dans la liste des animaux qui suit : biche, gazelle, grenouille, truite et souris ? 7. Quelle expression consacrée signifie : une vie aventureuse ne permet pas d'amasser des biens ou des richesses. 8. Rousseau est un patronyme répandu, associé notamment à Jean-Jacques Rousseau. Mais qu’est-ce qu’un rousseau ? a. un enfant roux ; b. un oiseau ; c. un poisson. 9. « Design » et « stylique » sont des mots synonymes. Vrai ou faux ? 10. Oui ou non, y a-t-il une différence entre « inapte » et « inepte » ?
QUI SUIS-JE ? Je suis un instrument qui se place dans les chaussures et sert à les maintenir en forme, à empêcher les plis du cuir. Vous me connaissez, mais savez-vous comment je m’appelle ? J’attends de vos nouvelles… Vous aimez les mots. Vous avez des commentaires à formuler ou des suggestions à faire concernant cette chronique. Rien de plus simple. Écrivez-moi à hu-go@sympatico.ca. Cela nous permettra d’échanger sur des questions qui vous intéressent et d’enrichir par le fait même les futures chroniques. Merci à vous ! Les réponses page 33.
MARS 2016
LA QUÊTE
19
La jolie pauvreté...
Bob Photographie www.facebook.com/bobphotographie
Logée dans de petits studios sans insonorisation (!…), je chinais joliment pour les quatre saisons. Je ne manquais de rien, sauf de paix et de respect. Mes petites décos me consolaient. C’est à peu près tout ce qu’il me restait dans la vie. Et un magnifique fiston en Orient venu me rejoindre, il y a quelque temps. Si peu d’amitié. La solitude presque éternelle... Pour oublier celle-ci et la guerre que menaient contre moi certaines trafiquantes de naturel, de corps, d’esprit et d’intimité, je me faisais mon joli petit ciné ! Je vivais sans télévision, sans ordinateur, sans téléphone, et parfois sans radio ! Je fréquentais les bibliothèques et marchais dans les quartiers. Une fille santé ne fumant ni drogue ni cigarette et buvant rarement de l’alcool. Avec une forme merveilleuse, du bonheur et de la passion malgré la torture. Seulement, on me traquait et je me faisais séquestrer dès que je gagnais un poids plume. J’avais effectivement crié dans les quartiers contre des abus dont j’étais victime. Et alors, ma vie prenait un plus triste tournant. On brisait ma liberté, ma joie et mon art de vivre. Je me trouvais dans les foyers ou appartements à fumer démesurément et à vivre beaucoup plus malheureuse et moins en santé ! Et hélas, abusée encore une fois ! Partout en Amérique, en Europe, en Orient, dans les pauvres logements, foyers et hôpitaux de Québec..., j’étais extrêmement triste de la dictature des médecins dont j’étais victime. S’il y avait eu vérité à mon sujet, on aurait reconnu que j’étais abusée non-stop et que je ne nécessitais pas de prendre des médicaments. Il aurait été préférable d’arrêter tous ces gens m’abusant mentalement et physiquement et de dire au monde entier de me laisser en paix, heureuse et naturelle. Et ne pas faire la même chose à mon fiston. Je n’ai pas à être traitée par des inhumaines trafiquantes tortionnaires.
400, 3e avenue (coin 4e rue) Limoilou · 648-8614 1501, ch. de la Canardière · 914-7923
www.lescolocscaferesto.com
Je vois en Amérique une certaine austérité et un manque de sensibilité vis-à-vis certaines victimes jamais reconnues qui savent vivre joliment dans la pauvreté, laquelle m’a été infligée. Lutter en justice n’est pas un choix de vie que j’apprivoise avec bonheur. J’estime qu’ils ne font pas ce choix qui serait plus humain, soit celui de me reconnaître équilibrée, abusée, problématique et handicapée par les sociétés et les criminelles jamais arrêtées. Ceux qui, entre autres, volent, usent de technologies, violence et chimie secrètement et brisent des vies. Travestissent même peut-être. FLORIANNE
20
LA QUÊTE
MARS 2016
courage
Photo: Archives Web
Le
Je lisais dans le Journal de Québec du samedi 30 janvier 2016, le beau témoignage de l’humoriste Maxim Martin qui racontait sa descente dans l’enfer de l’alcool et des drogues et comment il a réussi à s’en sortir à l’aide de thérapies individuelles et de groupes. Pendant ma lecture, une émotion, un mot montait en moi : courage. Ce mot qui en contient deux en fait : cœur et rage. Rage dans le sens positif, soit de bien canaliser les énergies, la fureur de vivre, de donner son 100 %, de se dire la vérité et d’avoir l’humilité de s’avouer, à soi et aux autres, que nous vivons des dépendances nocives pour notre corps, notre âme, puis d’aller chercher l’aide nécessaire. Dans l’article, Maxim Martin confie au journaliste Raphaël Gendron-Martin « que l’alcool et les drogues ont failli détruire sa carrière. À plusieurs reprises ». Pourtant, l’humoriste n’a jamais abandonné. Et c’est ce qu’il espère que les gens vont retenir de son livre, Excessif. « J’ai compris aux trois quarts du livre que c’est une crisse de belle histoire de persistance », dit-il. « Je n’ai jamais lâché prise. J’espère que les gens vont s’accrocher à ça plutôt qu’aux histoires de débauche ». L’humoriste a travaillé d’arrache-pied durant plusieurs mois à coucher sur papier ce qu’il appelle son « récit de toxicomane ». J’ai toujours aimé lire des témoignages de vie, des biographies. Dès l’âge de douze ans, j’ai lu le journal d’Anne Frank : pour fuir la Gestapo, durant la Seconde Guerre mondiale, la jeune juive s’est cachée avec les membres de sa famille et quelques amis dans un grenier qu’elle appelait l’Annexe. Dans son journal, elle relate ses réflexions, ses émotions et ses sentiments. Malgré la situation tragique, elle exprimait son espoir, son amour de la Vie et ses projets d’avenir. Malheureusement, elle est décédée avec sa sœur dans un camp de concentration. En lisant son journal, j’ai constaté son courage qui, pour moi, est synonyme de résilience. Cette lecture a été un réconfort durant ma difficile période d’adolescence.
donc les gens qui vivent le syndrome de choc post-traumatique à la suite d’épisodes de vie où ils ont été confrontés à la mort. À la télévision, j’aime bien regarder les récits d’expéditions et d’aventures où des gens marchent, par exemple, de longs kilomètres sur les sentiers montagneux du Chemin de Compostelle en France et en Espagne ou sur les chemins de pèlerinage québécois ; gravissent le sommet de l’Himalaya ; se mettent volontairement en situation de survie en forêt, font, comme le français Nicolas Vanier, une longue expédition en traîneau à chiens ; roulent en 4 X4 dans le désert comme dans le Défi des gazelles ; cherchent à atteindre les pôles Nord ou Sud comme l’a fait l’explorateur Bernard Voyer ; ou encore naviguent sur toutes les mers comme Cousteau et ses fils. Ces récits me font prendre conscience que, au fond, nous avons besoin de nous dépasser, de trouver un sens à notre vie, que nous sommes à la fois nomades et sédentaires et à la fois solitaires et des êtres de relation. Durant notre quotidien métro-boulot-dodo, nous nourrissons des rêves de voyages et d’aventures, d’amélioration de nos milieux de vie et de nos relations de couples, de familles, de voisins et de collègues de travail, ainsi que de nos milieux de bénévolats. Nous sommes à la fois différents et semblables dans nos besoins profonds et affectifs. Notre défi quotidien est de se garder des moments de solitude pour se ressourcer. Il faut également développer et nourrir une véritable communication dans le plaisir et la joie de se rencontrer, de se parler et d’écouter l’autre avec respect et bienveillance. Dans ce sens, il y a un rituel amérindien que j’aime beaucoup : des gens forment un cercle et se passent un bâton de la parole laissant l’autre s’exprimer librement sans l’interrompre et en respectant aussi la personne qui ne parle pas, qui écoute et observe et qui parlera quand elle sera prête. Nous avons tellement à apprendre des uns des autres ! CHRISTIANE VOYER
Vous et moi avons vécu et vivons encore des situations stressantes, mais notre instinct de survie et notre soif de vivre veulent s’exprimer et triompher envers et contre tout. Je me souviens, quand je travaillais comme caissière dans un dépanneur, j’ai dû faire face à trois vols à main armée. Pour obtenir l’argent de la caisse, des hommes armés, soit d’un couteau, soit d’un révolver m’ont menacée. J’ai dû leur donner les sous pour sauver ma vie. Sur le coup, c’est l’adrénaline qui me conditionnait, et ce n’est qu’après que j’ai réalisé que je l’avais échappé belle. Je comprends
MARS 2016
LA QUÊTE
21
matériel, tant et si bien que je parvins à ouvrir la porte, afin de pouvoir m’enfuir !
Fureur de vivre Quand on a le sens de l’humour, on sait forcément se défendre des vicissitudes de l’existence. Toutefois, malgré mon optimisme à toute épreuve, j’avais le sentiment étrange que l’on en voulait à ma vie, que mes jours étaient comptés.
train de devenir paranoïaque ! À t’entendre, on croirait que l’on se trouve dans un roman policier ! »
J’avais confié mes craintes à mes amis, qui avaient accordé peu de foi à mes propos. Même Hannah m’avait ri au nez !
*
« Cornette, qui te voudrait du mal ici ? Nous sommes comme en vacances dans cette charmante maison, on nous bichonne, le personnel est très attentionné aux moindres de nos caprices : alors, pourquoi avoir peur ? » « – Je ne sais pas, Hannah… C’est bizarre… Peut-être que si l’on nous supprime, on pourrait mettre d’autres personnes à notre place ? Cela s’est vu, tu sais… Et puis, tout existe. »
** Tout cela m’ennuyait fortement, mais je savais, grâce à diverses expériences, que mon intuition ne me trompait jamais. La menace se faisait de plus en plus sentir. Mon flair étant infaillible, je décidais d’attendre deux jours pour passer à l’action. Clarice avec qui j’avais discuté si gentiment, me regardait embêtée. Hier soir, alors qu’elle venait en principe toujours m’apporter une petite boisson, elle ne vint pas. Ce fut pour moi le déclic. À grands regrets, je me mis à saccager ma chambre que j’aimais tant, que j’avais tellement personnalisée. Je défonçai le
Figurez-vous que des journalistes sont venus m’interviewer pour en savoir un peu plus ! Comme j’aime lire, je leur ai dit que je sortais d’un livre, « Les Contes Rouges et Bleus du Chat Perché » de Marcel Aymé, et que j’étais une amie de Delphine et Marinette… Des tas d’internautes se sont mobilisés pour me défendre sur Internet, car on avait bien voulu m’exécuter, je n’avais pas rêvé ! Sur ces entrefaites, l’Association Stéphane Lamart s’est occupée de mon dossier : je vais être reçue dans une magnifique résidence du Val d’Oise, une ferme pédagogique. Je raconterai mon histoire aux enfants, en riant, bien sûr : s’il y a « L’homme qui rit » de Victor Hugo, il y aura aussi « La vache qui rit » !
Laurence Ducos Ce récit est inspiré d’un article de journal paru dans Le Parisien du 15 août 2015 : « La vache “ qui ne voulait pas mourir ” trouve refuge dans le Val d’Oise. »
Photo: Archives Web
« — Je sais, Cornette, mais tout de même, tu y vas un peu fort. Je crois que tu es en
J’ai eu un mal de chien à me calmer, mais j’y suis parvenue
Je me suis alors dirigée en galopant, à l’Hôpital d’Ambert. Et là, je me suis plantée en meuglant, véritablement, en plein milieu du parc des Urgences de l’hôpital ! Ici, on soigne les gens, alors pourquoi me tuerait-on, moi, une respectable dame ?
22
LA QUÊTE
MARS 2016
Le seigneur Le voici qui vient, le terrible aux pattes de velours. Avec ses yeux effrayants de feu dans la nuit. Je tremble, comme je n'ai jamais cessé de le faire depuis sa première apparition au village. Pourtant il faut que je reste ici, que je le laisse venir tout près. « - Seigneur de la jungle et de la forêt... - Que me veut l’avorton à deux pattes ? - Te dire... te demander... - Parle donc, mais fais vite. - Épargne-moi ! - Pourquoi m’intéresserais-je à toi ? Tu t’attribues donc tellement d’importance ! - Souviens-toi, quand tu es venu la première fois, je t’ai offert de la viande toute fraîche... - C’était bien le moins. - Et je n’ai pas médit de toi, j’ai empêché qu’on le fasse dans le village... - Que me font les bavardages et les cris ? - Aujourd’hui, j’ai une requête à te présenter. - Vas-tu enfin y arriver ? - Tu es fort, tu es vaillant. Tout le monde tremble devant toi. Tout le monde se cache avant même que tu rugisses. Rien ni personne ne t’arrête quand tu as fait ton choix. Tu as sans doute des petits qui t’attendent, il te faut les nourrir. Et nous aussi... » Il ne répond pas. Aurais-je enfin trouvé les mots justes ?
Que va-t-il faire ? Il s’attarde, referme ses mâchoires. Voici ses yeux fixés sur moi. Et maintenant, je ne les vois plus. Serait-ce que... Il y a comme des stries claires qui bougent lentement et qui s’éloignent. Mais pas du côté de l’enclos des troupeaux. Cette fois-ci, il va dans la direction de la forêt.
Roland Bourneuf
MARS 2016
LA QUÊTE
Photo: Archives Web
« Maintenant, je te le demande sans détour. Sois notre protecteur. L’éléphant n’en a pas besoin, ni le buffle qui sait faire rempart avec toute la harde. Mais nous ? Nos femmes aux bras faibles, nos vieux qui ne peuvent plus marcher, nos enfants qui ne le savent pas encore, les troupeaux qui s’effarouchent. Toi, il suffit que tu paraisses. Ne sois plus pour nous le danger et la mort ! »
23
Monolithes
Je foulerai du pied l’herbe tendre où tu t’étendais jadis J’embrasserai tes lèvres humides d’avoir bu la rosée du matin dans ma main Je giguerai sur vos tombes en haranguant les corbeaux qui crient leur douleur d’avoir vu disparaître un de leur client sous un amoncellement de terre fraîchement retourné par le fossoyeur à la pelle d’argent Je brandirai l’étendard de la soif jamais inassouvie de vous boire à mes côtés Je reluquerai vos sœurs malgré les qu’endira-t-on de votre famille toujours si attentive et attentionnée jusqu’à vous farcir les oreilles de remontrances morales tendant à cacher leurs propres défaillances qui les avaient amenées à fauter par le passé alors que tout était supposément à sa place du moins le raconte-t-on durant les longues soirées d’hiver lorsque le blizzard t’empêche de sortir pour boire une goulée d’air à tour de bras ouverts. J’oblitérerai les pactes qui vous liaient par-devers vous aux enchanteurs maléfiques qui, pour un peu de l’or de votre voix, recueillaient sans peine une gerbe de vos cheveux blonds comme le blé qu’on récolte à l’automne avant d’engranger pour l’hiver qui s’annonce d’autant plus dur que vous n’avez plus votre épaisse crinière pour vous en garantir. Soyez-en sûrs et craignez le jour où je passerai aux actes pour dévaster aussi bien la plaine que la forêt que la montagne pour tout jeter à la rivière source de tout sain recommencement. Un jour sans soleil, un jour de crachin où l’on ne distingue ni ciel ni terre ni mer je bâtirai maison à l’abri de tous les regards importuns pour préserver de toutes souillures l’endroit où nous nous retrouverons enfin, éperdus d’amour.
24
Pour pouvoir respirer enfin, j’écarterai le linceul de vos préjugés ammoniacs, je réduirai la distance qui nous sépare, j’inventerai le philtre qui conjurera tous les « manitous maléfiques ». Je défoncerai les murs qui vous retiennent prisonniers J’annihilerai le souffle du vent Je bénirai votre descendance En autant que les mots portent Voilà tout ce qu’il me reste une fois que la tempête s’en est allée, faire d’autres ravages vers de lointains ailleurs où l’on déchire encore la viande avec les dents pendant que nous mangeons le tofu comme des légumes comme des plantes attendant que le maître de maison nous arrose Daigne-nous arroser on se tourne vers le soleil caché par le murmure du temps qui fuit inexorablement on se fait des cheveux gris à essayer de se rappeler ce que l’on cherche on rattrape une coulisse de beurre fondu toute langue dehors prêt pour la consécration de l’amour comme une fête qui ne finit pas parce que jamais commencée au cœur du tourbillon fou de nos désirs amalgamés comme une crêpe dans une mare d’huile brûlante Retourne-toi embrasse-moi et reprenons là où nous en étions, enlacés, autour du point de non-retour Ne me demande pas comment je m’appelle aime-moi sur le même ton que chante le colibri d’un seul souffle prenant Poursuivant la note d’un rythme effréné pour le simple plaisir d’être trois, ensemble, amoureux fou.
LA QUÊTE
Photo: Archives Web
Monolithes, monolithes, monolithes Je vous arracherai de vos socles Je vous briserai en mille écumes Je pourfendrai vos cœurs de pierre
Catapulte Embrase vocifère tant que tu voudras non tu ne parviendras pas à faire défaillir ma sourde volonté de conquérir les plus cachés des replis de ta peau de pêche comme un désir revêche qui s’empare de mon être exténué d’avoir aimé d’avoir brisé la quintessence en attendant l’aurore sous tes cils violacés d’un regard d’opprobre d’une source tarie par le temps vengeur par le temps vainqueur par l’envie tendue vers un cou de cygne en plein vol au-dessus de nos têtes abasourdies de voir, de boire, de croire que tout est encore possible lorsqu’on oublie une minute qu’on respire. Jugulez le concret Apprivoisez l’incongru Telle est la tâche du poète poètes nous sommes poètes nous irons par delà les montagnes au nord du nord là où le soleil se meurt à petites doses tranquilles tranquilles Qu’est-ce qu’il me restera après ton départ ? Des souvenirs, une odeur, une empreinte de nos étreintes ?
Bernard St-Onge
MARS 2016
Ostéoroposité Ostirité, Ostirité Qui vient nous étrangler portefeuille déjà vidé dans sacoche en cuir imité Ostirité, Ostirité qui vient nous écœurer jusqu’à nous faire dégobiller sans que l’on sache la vérité Où sont passés nos rêves si l’on ne peut les réaliser C’est beau de tout organiser quand tout l’monde en crève Ostirité, tu nous mets de côté sans vraiment rien nous demander du côté gauche ou côté droit c’est n’importe quoi Pourtant, pourtant beaucoup de gens ont voté qu’on est donc beau et gentil avant le vote, on rote des bravos
Photo: Bob Photographie
L’austérité c’est l’ostéoporose de la pauvreté Bravo ! Hourra, de bien nous gouverner à tout et chacun mettez votre chapeau Tenez-le bien enfoncé Messieurs les desperados
Michel Bonnelly
MARS 2016
LA QUÊTE
25
C’est la faute à Borges je m’assois tout près du Bassin Louise par un beau jour de printemps quelqu’un avance dans ma direction l’autre c’est moi qui marche vers moi je m’assois sur un banc public tout près du Bassin Louise sans me parler sans me reconnaître je suis assis à côté de moi nous étions assis sur un banc public tout près du Bassin Louise par un beau jour de printemps sans nous parler sans nous reconnaître c’est certainement une impression de déjà vécue que les psychologues attribuent à la fatigue je crois — pour ma part — que c’est la faute à Borges je demeure pensif comme mon homologue et lui demande : « Êtes-vous moi ? » il me répond : « Pourquoi pas » Photo: Bob Photographie
il m’explique qu’il n’est pas l’homme d’hier, mais celui d’aujourd’hui et que les poètes finissent toujours par se rencontrer
François Gagnon
LA QUÊTE EST DIFFUSÉE PAR TÉLÉPHONE VIA
Québec 418 627-8882 • Montréal 514 393-0103 • Ailleurs au Québec 1-877 393-0103
26
LA QUÊTE
MARS 2016
Crooners J’écoute des chansons américaines d’autrefois, à la radio d’aujourd’hui. Et, je souris. J’étais où ? Je n’étais pas là. J’écoute Frank Sinatra et sa belle voix. J’écoute Glen Miller et ses sons lumières. Et je revois les grands-mères danser sur les rythmes d’hier. C’est toujours avec bonheur que je découvre les précurseurs des contemporaines mélodies,
Photo: Archives Web
Bing Crosby et compagnie. La musique a changé. La technique des micros a évolué, mais les mots n’ont pas changé. On chante toujours le verbe aimer. Les amoureux en romance, vivront en permanence quelque soit l’époque, avant et après le rock. Toute bonne musique est intemporelle et nous donne de belles ailes à qui sait l’apprécier et à qui sait la fredonner.
Gaétan Duval
RADIO 89,1 BALADO DISPONIBLE SUR ITUNES ÉCOUTE EN DIRECT WWW.CKRL.QC.CA
DÈS LE 7 SEPTEMBRE
MARS 2016
LA QUÊTE
27
Photo: Archives Web
Chorbacks
Chorbacks foulanges et pipkrakes Doux froids de rires et lumières glaciques Vous plongez dans la mer vos doigts lustrés En poussées de frimas pareils à des aveux Et par vos longues stalactites vos chants de rives Vous nous dessinez dans la paix de décembre Un nouvel art de vivre le gel et ses caresses Et c’est tendre d’entendre frissonner Vos ailes de glaciel emportées vers là-bas Sous un firmament qui n’éblouit pas Entre Ivujivik et le Groenland de Thulé Chorbacks brise-glaces et ropaks Poutres fortes d’un froid qui ne périt pas Vous nous sonnez des carillons d’étoiles Que vous laissez craquer dans nos bras Vous figez les apparences dans l’éternité Et ces apparences sont la vérité Et c’est tendre de vous regarder miroiter Entre les branches d’arbres recroquevillées Qui nous rappelle les bourgeons de chaleur Sertis entre Montréal et Blanc-Sablon
Jean Désy
28
LA QUÊTE
MARS 2016
Photo: Bob Photographie
– historiette –
HARMONIE DU SOIR MARS 2016
Un homme est assis sur une grosse roche au bord de l’eau. Il est seul. C’est l’heure où le soleil descend coucher ses petits. L’homme qui est assis là sur une vieille roche et qui écoute le doux clapotis des petites vagues aime le crépuscule. Il aime aussi, à cette heure où le monde semble avoir été fait pour la paix et l’amour, être seul. La roche sur laquelle il est assis est toute grise et paraît très ancienne, comme le fleuve, comme les marées, comme la solitude. Et l’homme en ce moment ressemble à la roche, il se confond tout à fait avec elle : on dirait qu’il en prolonge naturellement la forme, qu’il fait corps avec elle, que tous deux ne sont qu’un, qu’ils ont une même âme, qu’ils partagent un même secret essentiel. La vieille roche, elle, est grise et silencieuse. L’homme, lui aussi, est gris ; lui aussi est silencieux. Et comme elle, il fait le dos rond. La roche et l’homme qui est assis dessus ont sans doute le même âge. Tous les deux, scellés l’un à l’autre par une histoire sans commencement ni fin, doivent se trouver ainsi, lui dessus, l’autre dessous, depuis les toutes premières marées. L’homme, assis sur sa roche, ne pense à rien. La roche non plus ne pense pas. Lui et elle sont simplement deux choses solitaires. Mais ces deux solitaires, l’homme et la roche, sont étroitement solidaires l’un de l’autre. Et ces deux-là ne disent rien du tout pendant que, tranquillement, le monde s’endort. Et il en est ainsi depuis fort longtemps, depuis presque toujours : Tous les soirs, à la même heure, un homme seul vient s’asseoir sur une vieille roche grise et la lumière du jour s’éteint en douceur, au son apaisant des petites vagues qui, inlassablement, clapotent et viennent déposer leur crête de mousse jaune sur le sable, tout près de la roche, tout près de l’homme.
Jean Pierre LA QUÊTE
29
Photo: Bob Photographie
J’avais J’avais quequ'chose à raconter mais n’voulez pas m’entendre ? Dieu a-t-il perdu son x ou ses oreilles ? Est-ce qu’il n’a plus rien qu’un seul œil ? Il est l’un de vous, il me semble ? Est-ce qu’il aurait honte de la honte que vous avez ? Le fil de vos vies se résume-t-il à dépendre des aiguilles des machines à coudre ? ça m’rend tout chose de vous parler de ça on est si bien ensemble on pourrait devenir intimes vous savez dormiriez-vous avec l’ami que vous avez rencontré le même soir ? si vous étiez gênés par votre argent si vous n’étiez pas libres comme le vent j’en ai assez de voir les fils de ma vie bouchés comme dans les abattoirs comme devant le canon du fusil des abatteurs des vaches qu’on envoie là-dedans pour vous donner leur espérance de vie mortelle en dedans de vos tripes espérance devenue pleine de vermine en putréfaction j’en ai assez de vous sentir dans mes côtes vouloir que je mange un christ mort pour rien pour vous pardonner tous vos meurtres pour que vous recommenciez avec l’espérance d’en bouffer encore et encore avec vos prévisions budgétaires sur vos steaks *surfs and turfs* de quel animal ils ont pu le ou bien la tuer pour vous empiffrer du verbe ne tueras. POINT. Et votre espérance de pardon...
Michel Yacoub
Conseiller en sécurité financière Conseiller en régimes d’assurances collectives Représentant autonome 501, 14e Rue Québec, Québec G1J 2K8 Téléphone : 418 529-4226 Télécopieur : 418 529-4223 Ligne sans frais : 1-877-823-2067 Courriel : michel.yacoub@sympatico.ca
Lavie Chabon
30
LA QUÊTE
MARS 2016
Ton prénom était Théodore ; un Théo en or. Pour toi papa. Papa chéri, très tôt t’es parti En ascenseur pour le paradis Y’a qu’un seul bouton sur lequel peser Pas de purgatoire, bonjour Saint-Pierre, t’es arrivé Et puis les purgatoires, ça n’existe pas Pour les papas uniques comme toi Tu m’as tant aimé papa Théodore, cet amour dans mon cœur il est gravé Et c’est ça qui m’a sauvée… même si t’es resté sur terre juste quelques années Y’a comme un air de country Tu sais, celui des États-Unis Qui joue dans ma tête en écrivant ce poème pour toi La musique et les mots dansent dans la joie
On en voyait parfois sortir Avec un drôle de grand sourire Je partageais ton cabaret du souper Où une infirmière me faisait un petit goûter Le soir, je partais le cœur gros comme ce n’est pas permis Quand quelqu’un de la famille te visitait aussi C’était la condition pour que je puisse aller seule te voir Avoir quelqu’un qui me ramène le soir Je t’ai accompagné sans le savoir À chaque fois, en allant te voir Vers ton départ pour le paradis Mon papa chéri, je te remercie De m’avoir donné tant de courage Si résigné, t’étais sage comme une image J’étais petite, mais grande en même temps Mais je ne le savais pas à ce moment
Photo: Archives Web
Un ascenseur pour le paradis
On regardait en face la prison de Bordeaux Les bandits en train de rentrer au cachot
Les États-Unis, tu m’en as tant parlé Quand j’étais petite, tu m’as dit d’un jour y aller Parce que c’est là-bas que t’es né Et que tes parents sont enterrés Alors papa, je vais y aller À Woonsocket au New Jersey ! Je vais aller y planter un arbre en cachette Pour tes parents, tes sœurs pour toi et ta belle Antoinette
C’est pour ça que, moi, je te dis Que direct t’es monté au paradis
À qui tu disais : Un thé bébé !! Et tu sifflais un air sexy
Pas d’arrêt pour Théodore Le ciel t’attendait mon papa en or !
Mon beau Théo, te disait maman Et tu buvais ton thé en chantant
Et puis un jour, tout proche de ses quatre-vingts ans… en pleurant Maman m’a dit : « J’ai hâte que ton père vienne me chercher maintenant »
Tu as conduit pendant des années un beau taxi Pour gagner notre vie, t’avais un beau checker* comme aux États-Unis
Comme d’habitude, tu l’as écouté Quelques semaines plus tard, t’es venu la chercher
Les clients dans ton taxi ne le savaient peut-être pas Mais leur chauffeur était un ange de bonté qui les menait au bon endroit Je les ai vues tes ailes quand tu me regardais dormir doucement Pendant mes siestes en te berçant… et ça presque tout le temps Et puis quand j’avais 10 ans, tu es devenu très malade Quelques années plus tard t’es parti pour la grande balade En ascenseur pour le paradis T’es monté direct, moi je te le dis Parce que quand j’allais te voir à l’hôpital Notre-Dame-de-la-Merci Pendant la dernière année de ta vie Je prenais l’autobus toute seule pour ce grand trajet Une heure et demie avec le 139 Pie-IX et le 69 Gouin
Pendant qu’elle dormait un après-midi d’été Tout doucement, elle est montée Moi, je dis que t’as ouvert grandes tes ailes Pour la porter doucement vers le ciel Dans ton ascenseur que t’avais rempli de fleurs Pour ton Antoinette, la femme de ton cœur Des Théo et Antoinette y’en a sûrement pas beaucoup Qui ont pris un ascenseur pour le paradis comme des p’tits choux Assis côte à côte sur une banquette toute fleurie D’un ascenseur spécialement déguisé en taxi Car, moi, papa chéri je te le dis… certains anges au paradis Échangent parfois un ascenseur pour un taxi…
Marie-Chantale Larose
Toute la tendresse du monde m’attendait Aussitôt que je t’apercevais Dans ton pyjama devenant trop grand De fois en fois… tu te perdais dedans Tu me parlais beaucoup du Bon Dieu On faisait des mots cachés tous les deux
MARS 2016
* Checker était le nom de la compagnie qui fabriquait le taxi emblématique américain. Il était apprécié par les compagnies de taxi pour sa durabilité. Le Checker se distinguait des autres taxis par ses grands sièges et son grand coffre arrière.
LA QUÊTE
31
Ressources Aide sociale ADDS Association pour la défense des droits sociaux 301, rue Carillon, Québec Tél. : 418 525-4983 Maison de Lauberivière Centre de jour 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 centredejour@lauberiviere.org Relais d’Espérance Aider toute personne isolée et en mal de vivre 1001, 4e Avenue, Québec Tél. : 418 522-3301 Rendez-vous Centre-ville Centre de jour 525, rue St-François Est Tél. : 418 529-2222 Rose du Nord Regroupement des femmes sans emploi 418 622-2620 www.rosedunord.org Aide aux femmes Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) Formé pour vous épauler! 418-648-2190 ou 1-866 LE CAVAC Centre femmes d'aujourd'hui Améliorer les conditions de vie des femmes 1008, rue Mainguy, Québec Tél. : 418 651-4280 c.f.a@oricom.ca www.centrefemmedaujourdhui.org Support familial Flocons d'espoir Écoute et aide matérielle pour les femmes enceintes 340, rue de Montmartre, sous-sol, porte 4, Québec Tél. : 418 683-8799 ou 418 539-2939 flocons.espoir@videotron.ca Violence Info Sensibilisation, information et intervention pour contrer la violence conjugale et la maltraitance envers les aînées. accueil@violenceinfo.com www.violenceinfo.com Alphabétisation Alphabeille Vanier 235, rue Beaucage, Québec Tél. : 418 527-8267 alphabeille@qc.aira.com Alpha Stoneham 926, rue Jacques-Bédard, bureau 202 Tél. : 418 841-1042 alphastoneham@ccapcable.com www.alphastoneham.com Atout-lire 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 524-9353 alpha@atoutlire.ca www.atoutlire.ca Lis-moi tout Limoilou 798, 12e Rue, 1e étage, Québec Tél. : 418 647-0159 lismoitout@qc.aira.com La Marée des mots 3365, chemin Royal, 3e étage, Québec Tél. : 418 667-1985 lamareedesmots@oricom.ca www.membre.oricom.ca/lamareedesmots Détresse psychologique Centre de crise de Québec Tél. : 418-688-4240 ecrivez-nous@centredecrise.com www.centredecrise.com Centre de prévention du suicide 1310,1re avenue, Québec Tél. : 418 683-4588 (ligne de crise) www.cpsquebec.ca Communautés solidaires 5, rue du Temple, Québec Tél. : 418 666-2200 info@communautessolidaires.com www.communautessolidaires.com Tel-Aide Québec Tél. : 418 686-2433 www.telaide.qc.ca
32
Tel-Jeunes Tél. : 1 800 263-2266 www.teljeunes.com Entraide Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO) 435, rue du Roi, Québec Tél. : 418 525-6187 poste 221 carrefour@capmo.org www.campo.org Fraternité de l'Épi Aide aux personnes vivant de l’exclusion par la création d’un lien d’appartenance 575, rue Saint-François Est Tél. : 418 523-1731 Hébergement Maison de Lauberivière Pour hommes et femmes démunis ou itinérants 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 accueil.hommes@lauberiviere.org www.lauberiviere.org L'Armée du Salut et La maison Charlotte Hébergement hommes 14, côte du Palais, Québec Tél. : 418 692-3956 poste 1 Hébergement femmes 5, rue Mc Mahon, Québec Tél. : 418 692-3956 poste 2 www.armeedusalut-quebec.ca Maison Revivre Hébergement pour hommes 261, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 523-4343 info@maisonrevivre.org www.maisonrevivre.net SQUAT Basse-Ville Hébergement temporaire pour les 12 à 17 ans 97, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 521-4483 coordo@squatbv.com www.squatbv.com Gîte Jeunesse Hébergement temporaire pour garçons de 12 à 17 ans Résidence de Beauport 2706, av. Pierre Roy, Québec Tél. : 418 666-3225 Résidence de Ste-Foy 3364, rue Rochambau, Québec Tél. : 418 652-9990 YWCA Hébergement et programme de prévention de l’itinérance et de réinsertion sociale pour femmes (La Grande Marelle) 855, av. Holland, Québec Tél. : 418 683-2155 info@ywcaquebec.qc.ca www.ywcaquebec.qc.ca Réinsertion sociale Maison Dauphine Pour les jeunes de 12 à 24 ans 31, rue D’Auteuil, Québec Tél. : 418 694-9616 courrier@maisondauphine.org www.maisondauphine.org Prostitution La Maison de Marthe 75, boul. Charest Est, CP 55004 Québec (Québec) G1K 9A4 Tél. : 418 523-1798 info@maisondemarthe.com www.maisondemarthe.com P.I.P.Q. Projet intervention prostitution Québec 535, av. Des Oblats, Québec Tél. : 418 641.0168 pipq@qc.aira.com www.pipq.org Soupe populaire
Maison de Lauberivière (Souper) 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 stephane.deslauniers@lauberiviere.org Soupe populaire Maison Mère Mallet (Dîner) 745, Honoré-Mercier, Québec Tél. : 418 692-1762 mallet1849@gmail.com Santé mentale La Boussole Aide aux proches d’une personne atteinte de maladie mentale 302, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 523-1502 laboussole@bellnet.ca www.laboussole.ca Centre Communautaire l'Amitié Milieu de vie 59, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 522-5719 info@centrecommunautairelamitie.com www.centrecommunautairelamitie.com Centre d’Entraide Émotions 3360, de La Pérade, suite 200, Québec Tél. : 418 682-6070 emotions@qc.aira.com www.entraide-emotions.org La Maison l'Éclaircie Troubles alimentaires 2860, rue Montreuil, Québec Tél. : 418 650-1076 info@maisoneclaircie.qc.ca www.maisoneclaircie.qc.ca Le Pavois 2380, avenue du Mont-Thabor, Québec Tél. : 418 627-9779 Téléc. : 418 627-2157 Ocean Intervention en milieu Tél. : 418 522-3352 Intervention téléphonique Tél. : 418 522-3283 Parents-Espoir Soutien et accompagnement des parents 363, de la Couronne, bureau 410, Québec Tél. : 418-522-7167 Service d'Entraide l'Espoir 125, rue Racine, Québec Tél. : 418 842-9344 seei@videotron.ca www.service-dentraide-espoir.org Relais La Chaumine 850, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 529-4064 chaumine@bellnet.ca www.relaislachaumine.org TOXICOMANIE Al-Anon et Alateen Alcoolisme Tél. : 418 990-2666 www.al-anon-alateen-quebec-est.ca Amicale AlfA de Québec 75, rue des Épinettes, Québec Tél. : 418 647-1673 info@amicale-alfa.org www.amicale-alfa.org Point de Repères 225, rue Dorchester, Québec Tél. : 418 648-8042 www.pointdereperes.com VIH-SIDA MIELS-Québec Information et entraide dans la lutte contre le VIH-sida 625, avenue Chouinard, Québec Tél. : 418 649-1720 Ligne Sida aide : 418 649-0788 miels@miels.org www.miels.org
Café rencontre Centre-Ville Déjeuner et dîner 796, rue St-Joseph Est, Québec Tél. : 418 640-0915 info@caferencontre.org www.caferencontre.org
LA QUÊTE
MARS 2016
MERCI À TOUS NOS PRÉCIEUX Photo: Archives Web
PARTENAIRES !
PARTENAIRES OR
RÉPONSES DE PARLER POUR PARLER
• Centraide
1. C. La brimbale (ou bringuebale) désigne un outil utilisé sur les bateaux. Au Canada, ce mot peut aussi désigner une pièce d'un équipement utilisé l'hiver pour pêcher sous la glace (pêche blanche).
PARTENAIRES ARGENT • CKRL FM 89,1 • CSQ • Impressions Stampa
2. B. Sparte. Le nom de cette ville a d’ailleurs donné naissance à l’adjectif « spartiate », qui signifie : digne des anciens citoyens de Sparte ; qui rappelle leur austérité. L’expression « vivre à la spartiate » signifie : vivre dans l’inconfort, d’une manière austère. 3. Le mot « craque » figure bien sûr dans le dictionnaire; il signifie : un mensonge par exagération, que l'on dit pour se justifier ou pour abuser quelqu’un. Mais il constitue un anglicisme critiqué lorsqu’il est utilisé, sous l’influence de l’anglais nord-américain, comme synonyme de pointe ou de raillerie.
PARTENAIRES BRONZE
4. Le mot en français est : ketchup.
• Audiothèque
5. AAFIPRT : parfait. AAILPRT : partial. ACHINUV : chauvin. AEFGINT : négatif. AFILLUV : fluvial. AIGNNSU : sanguin. CEEHLUV : chevelu. EEFNRTV : fervent. EENPRST : présent. EEPRUUX : peureux.
• Bob photographie • Les Colocs • Morin, Desrochers, Beaulieu • Danièle Rouleau • 211
6. L’intrus est le mot « biche », qui désigne la femelle du cerf. Tous les autres mots désignent aussi bien le mâle que la femelle de l’espèce concernée. 7. Pierre qui roule n’amasse pas mousse. 8. C. Un rousseau est une dorade (poisson) rose. 9. Vrai. La stylique, ou design, est la valorisation esthétique d'un produit ; elle allie fonctionnalité et beauté.
PARTENAIRES INCONDITIONNELS (depuis plus de 5 ans !)
10. Oui il y a une différence entre ces deux mots. « Inapte » signifie : incapable, inhabile. « Inepte » signifie : idiot, sot, stupide.
• Le Bal du Lézard
RÉPONSE QUI SUIS-JE ?
• Inter-Marché St-Jean
Cet instrument s’appelle un embauchoir. SOLUTION
• Michel Yacoub
SOLUTION LES MOTS CROISÉS
PARTENAIRES AD VITAM AETERNAM
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20
1
D
O
C
T
E
U
R
E
D
O
N
D
A
N
C
E M E
N
T
2
I
N
S
U
R
G
E
S
U
I
S
S
E
S
O
U
L
E
R
• Claude Gallichan, chiropraticien
3
F
R
E
R
E
S
E
C
A
S
I
N
O
K
L
A
H
O M A
4
F
I
T
Z
G
E
R
A
L
D
E
B
O
U
R
S
I
M O
N
5
E
R
E
P
O
N
G
E
N
F
E
R
E
C
T
E
U
A
S
6
R
O M A
R
I
N
A
T
U
R
E
L
O
B
B
Y
R A I
N
G
I
• Yves Boissinot
MARS 2016
I
7
E
L
E
P
H
A
N
T
T
A
N
O
S
T
A
L
G
I
E
8
N
O
S
T
R
A
D
A M U
S
U
S
P
E
N
S
I
O
N
9
C
H
A M
P
A
G
N
E M
I
R
E
C
T
I
F
I
E
R
10
E
S
P
G
N
E
C
L
I
R
I
N
G
U
E
T
T
E
A
LA QUÊTE
A
33
d r o b a ' ent d
Logem t Cour c Ar ie: ois
UNE PETITE RÉVOLUTION We b
Loger 70 sans-abri chroniques et épisodiques avant 2019, tel est l’objectif que se sont fixés les organismes de la région qui ont adopté l’approche du Logement d’abord, l’automne dernier. Acteurs locaux et travailleurs communautaires étaient réunis à l’Espace galerie Sherpa, le 17 février dernier, afin de faire le bilan des six premiers mois d’action de cette approche et d’échanger sur les défis rencontrés... et à venir ! Avoir un chez-soi étant enfin reconnu comme un droit fondamental, on accorde aux sans-abri un logement subventionné comme premier pas vers la réinsertion sociale plutôt que le dernier. Pour Benoit Côté, directeur général du Programme d’encadrement clinique et d’hébergement (PECH), il s’agit d’une véritable révolution. « L’approche du Logement d’abord réinvente les façons de faire en itinérance [...] la personne à qui on offre un logement n’a pas à avoir réglé tous ses problèmes de santé mentale ou de toxicomanie pour en bénéficier, comme c’est le cas depuis 40 ans », lance-t-il d’entrée de jeu.
Voilà pourquoi M. Côté a profité de la rencontre du 17 février pour inviter les ministères des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, et de la Santé et des Services sociaux, directement interpellés dans ce dossier, à agir rapidement. Il a également invité les gens présents à faire preuve de créativité pour répondre aux besoins d’ameublements et de déménagements inhérents au projet.
Révolution pour les sans-abri, mais également pour les huit organismes communautaires (voir encadré) que supervise Nathalie Giguère, directrice clinique à la Maison d’hébergement du PECH et coordonnatrice du projet intégré de réduction de l’itinérance selon une approche de stabilité résidentielle avec accompagnement Nathalie Giguère (Piri-SRA), plus communément nommée SRA. Depuis plus de six mois, Mme Giguère multiplie les actions pour structurer et organiser l’offre de services et pour accompagner et soutenir les organismes partenaires tout en créant une culture de collaboration entre eux. Comme elle aime à le dire : « On met toutes nos expertises sur la table et on pige dedans, comme dans un buffet. » Et heureusement que cette culture collaborative a été développée aux dires d’Anik Gagnon, intervenante au Projet Intervention Prostitution de Québec (PIPQ). « On ne pouvait pas laisser nos deux candidates dans la rue, en attente d’un supplément de loyer. Elles sont donc temporairement logées, une au YWCA et l’autre à la Maison d’hébergement du PECH. Ces deux organismes font preuve de souplesse et acceptent de prolonger leur hébergement au-delà des périodes habituelles. Outre les organismes qui interviennent directement auprès des sans-abri, de nombreux partenaires sont impliqués dans le projet, notamment l’Office municipal d’habitation de Québec,
34
avec qui avait été négocié l’octroi d’une subvention du programme des suppléments de loyer (PSL) pour une cinquantaine de projets. En effet, pour intégrer les ex-sans-abri en logement, l’équipe SRA comptait sur le PLS, qui permet au bénéficiaire de ne verser que 25 % de son revenu à son locateur. Le fait que la Capitale-Nationale n’ait reçu une subvention que pour 59 projets et que seulement sept d’entre eux soient réservés à l’itinérance fragilise énormément le projet.
Photo: Alexandre Desmaures
hi ve s
Les défis de financement ne seront pas les seules difficultés à surmonter dans le cadre de ce projet. Les propriétaires, voire toute la communauté, seront appelés à faire preuve d’ouverture et de tolérance dans ce processus d’intégration en logement de personnes qui ont perdu l’habitude d’avoir un toit au-dessus de la tête.
Voilà pourquoi onze intervenants sont entièrement dédiés à l’accompagnement des candidats qui doivent par ailleurs respecter trois conditions : signer et respecter le bail, accepter d’être sous fiducie et accepter de recevoir au minimum une visite de leur intervenant par semaine. Le travail des intervenants sera non seulement essentiel, mais rempli de surprise comme le rapporte Raphaël Tétreault, intervenant à la Maison d’hébergement PECH : « Pour eux, c’est un peu comme gagner à la loterie. Ils sont contents d’avoir été choisis, mais ça génère beaucoup de stress. Parfois, ils font un petit pas de recul avant d’être en logement. Pour plusieurs, ça semble être trop beau pour être vrai ». FRANCINE CHATIGNY
LES ORGANISMES PARTENAIRES
LA QUÊTE
• Café rencontre • Centre Femme 3 A • L’Archipel d’Entraide • La Maison Lauberivière
• MIELS-Québec • PECH • PIPQ • YWCA
MARS 2016
En Quête de
LE PRINTEMPS DES POÈTES, C’EST TERMINÉ !
2016
MARS FAIT CORPS AVEC LA POÉSIE !
27 mars De 14h à 16h
À la Nef ,190, rue St-Joseph Est
en récital et au confessionnal Le Pavois
Du 3 au 31 mars prochain aura lieu la 9e édition du Mois de la Poésie. Résolument urbaine, cette édition permettra à la poésie de se nourrir de tout, de se vêtir de chic ou de trash, d’être brute ou raffinée, sobre ou exubérante. Une mouture pour les animaux de ville que nous sommes et dans laquelle, plus que jamais, mars fera corps avec la poésie ! Parmi la soixantaine d’activités de la programmation, on retrouve cette année deux activités de l’unique Edmé Étienne, poète punk bien connu de Québec. Edmé lancera son tout nouveau recueil de poésie et dessins, Les Bidonvilles exquis, le 18 mars prochain en formule 5 à 8 à l’Espace galerie Sherpa. Puis, le 24 mars au Studio P, il offrira au public un récital issu de ce nouveau recueil, l’Avènement du Christ en plastique cheap. Le Mois de la Poésie investira également l’espace public grâce à plusieurs actions poétiques. Parmi celles-ci, le poète Charles Sagalane sera de retour à Québec les 26 et 27 mars pour Être SPF ou l’art de se retrouver sans poésie fixe, une série de trois animations inspirées par l’habitation poétique du quartier Saint-Roch. Ruban fluorescent, duct tape solidaire et puces poétiques se donneront pour mandat d’afficher, placarder, distribuer, échanger une poésie mobile et partagée. Le 27 mars, vous aurez la chance de participer aux animations tout en allant vous… confesser aux auteurs de La Quête !
Cette 9e édition du Mois de la Poésie revêt cette année une signification spéciale. Le Printemps des Poètes, ancien nom de l’organisme, devient : le Bureau des affaires poétiques. Ce nouveau nom reflète sa place singulière dans le paysage littéraire québécois. Il affirme aussi l’absolue nécessité de la poésie, tout en déjouant, non sans un brin d’ironie, tout institutionnalisme. Bref, il incarne ce que l’organisme est devenu au bout de ses neuf premières années d’existence. Pour tous les détails sur la programmation du festival, consultez notre tout nouveau site Internet au www.moisdelapoesie.ca
4$ Le magazine de rue de Québec
S.V.P. n’achetez qu’au camelot portant une carte d’identification. 2 $ sur le prix de vente va directement au camelot.
Résultat de la campagne 2015
13 102 764 $ Merci de changer des vies pour la vie ! centraide-quebec.com
pub_centraide_laquete_février_2016.indd 1
2016-01-12 15:34
Le manège de l’austérité
No 182 Mars 2016