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3$ Le magazine de rue de Québec

No 156 Juillet-Août 2013

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Photos : Francis Fontaine

• Prévoir l’imprévisible • Ancrer la mémoire • L’art du camouflage • Un trésor bien gardé centraide-quebec.com | 418 660-2100 pub_jlaquete_juin_2013.indd 1

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Photo: Luc-Antoine Couturier

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Pause c창lin pour Mario Net!


Sommaire Mot de la coordonnatrice

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Éditorial

La rue s’amuse !

Une question de goût

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Francine Chatigny

Prévoir l’imprévisible

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Jongler avec la foule

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Marc-Antoine Paquin

Marie-Pier Cayer

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François Pagé

Ancrer la mémoire

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Émilie Bonnefous

Ode à la rue

Véronik Desrochers

L’art du camouflage

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Sur le plancher des vaches Marie-Michèle Genest

Mélyssa Turgeon

Écrivants 33

Les marguerites Marie-Chantal Larose

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Un rêve

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Rollande Boucher

Arte Macadam

Philippe Bouchard

Chroniques 14

La liste des approuvés...

Martine Corrivault

Juillet-Août 2013

Les mots de la rue

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réalise l’espoir

Robert Maltais

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PAGE COUVERTURE Photo : Luc-Antoine Couturier lucantoinecouturier@gmail.com

ÉDITEUR Pierre Maltais

RÉALISER L’ESPOIR

Camelots recherchés

Hey toi! L’Archipel d’Entraide, organisme à but non lucratif, vient en aide à des personnes qui, à un Tu as 18 ans ou plus. moment donné de leur existence, sont exclues du marché du travail ou vivent en marge de la Tu veux te faire quelques dollars?

société. Ces laissés pour compte cumulent différentes problématiques : santé mentale, itinérance, toxicomanie, pauvreté, Travaille à ton compte. Pas d’horaire.etc. Dans la foulée des moyens mis en place pour améliorer le Vends le magazine de rue La Quête sort des plus défavorisés, l’Archipel d’Entraide lance, en 1995, le magazine de rue La Quête. Par définition, un journal de rue est destiné à la vente - sur la rue !- par des personnes en diffiPour plus d’informations culté, notamment des sans-abri. La Quête permet ainsi aux camelots de reprendre confiance en Appelle-nous au leurs capacités, 418 649-9145 postede 33 réaliser qu’à titre de travailleurs autonomes ils peuvent assumer des responsabilités, améliorer leur quotidien, socialiser, bref, reprendre un certain pouvoir sur leur vie. Ou Viens nous rencontrer au L’Archipel d’Entraide, composée d’une équipe d’intervenants expérimentés, offre également 190, rue St-Joseph Est (coin Caron) Dans l’église Jacques-Cartier des services d’accompagnement communautaire et d’hébergement de dépannage et de soutien

dans la recherche d’un logement par le biais de son service Accroche-Toit.

/ Archipel d’entraide

UNE TRIBUNE POUR TOUS Envie de faire connaître votre opinion, de partager vos poésies, de témoigner de votre vécu. Nos pages vous sont grandes ouvertes. Envoyez-nous vos textes par courriel, par la poste ou même, venez nous les dicter directement à nos bureaux. Faites-nous parvenir votre texte (500 mots maximum) avant le 11 du mois pour parution dans l’édition suivante. La thématique de septembre : La jeunesse.

COORDONNATRICE Francine Chatigny CONSEILLERS À L’ÉDITION Martine Corrivault, Jacques Dumais, Robert Maltais RÉDACTRICE EN CHEF Valérie Gaudreau RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Isabelle Noël ÉDITORIALISTE François Pagé CHRONIQUEURS Martine Corrivault et Robert Maltais

Depuis sa création, La Quête a redonné l’espoir à quelques centaines de camelots.

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ÉDITEUR PARRAIN Claude Cossette

FAIRE DES SOUS EN DEVENANT CAMELOTS Les camelots récoltent 2 $ de profit sur chaque exemplaire vendu. Autonomes, ils travaillent selon leur propre horaire et dans leur quartier. Pour plus d’informations, communiquez avec Francine Chatigny au 418 649-9145 poste 31

JOURNALISTES Camille Bélanger-Vincent, Émilie Bonnefous, Étienne Boudou-Laforce, Marie-Pier Cayer, Véronik Desrochers, Marie-Michèle Genest, Pierre Maltais, Florence Mercier, Marc-Antoine Paquin, Chloé Patry-Robitaille, Mélyssa Turgeon ÉCRIVANTS Philippe Bouchard, Rollande Boucher, Julie Cartier, Jasmin Darveau, Gaétan Duval, Laurence Ducos, Frédérique Garneau, Marie-Chantal Larose, Marcel-Guy Mailloux, Réal Malouin, Bernard St-Onge, Christiane Voyer AUTEURS DES JEUX Hélène Huot, Jacques Carl Morin, Ginette Pépin RÉVISEURE Nathalie Thériault PHOTOGRAPHE Luc-Antoine Couturier

Nous vous encourageons fortement à acheter La Quête directement à un camelot. Toutefois, si aucun d’eux ne dessert votre quartier, vous pouvez vous abonner et ainsi nous aider à maintenir la publication de l’unique magazine de rue de Québec. COUPON D’ABONNEMENT 10 PARUTIONS PAR ANNÉE

INFOGRAPHISTE Karyne Ouellet AGENTE DE PUBLICITÉ SOCIALE Geneviève Thompson IMPRIMEUR Imprimerie STAMPA inc. (418) 681-0284

Camelots recherchés

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Journal La Quête La Quête est appuyée financièrement par : Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI)

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Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien

réalise l’espoir

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Mot de la coordonnatrice

La rue s’amuse ! Pour La Quête, la rue rime avec parcours semés d’embûches qui mènent au fond de ruelles, avec sans-abri. La saison estivale battant son plein, l’équipe de rédaction a toutefois eu envie de jeter un regard ludique sur la rue et de s’intéresser à une autre catégorie d’itinérants : les artistes de la rue ! De tout temps, les artistes se sont produits sur le macadam. Au Moyen Âge, le rôle de ces animateurs de rue n’était pas tant de divertir que d’éduquer. Aujourd’hui, chaque prestation doit être un événement unique selon les dires du responsable de la programmation des arts de la rue pour le festival d’été de Québec. À la recherche des talents qui offriront ces performances d’exception, Michel Barrette sillonne la planète en pensant d’abord au public a-t-il confié à Marie-Pier Cayer. Pour leur part, Marc-Antoine Paquin, Véronik Desrochers et Émilie Bonnefous se sont immiscés dans l’univers respectif d’un jongleur, d’une troupe musicale et d’une actrice, pour qui la rue devient un terrain de jeu pendant la belle saison. Chacun relate son parcours inusité et plein d’anecdotes. Point commun à tous : la relation avec le public... pour le meilleur et pour le pire !

Pour jouer dans la rue, il faut (idéalement !) se plier aux exigences de la Ville, cette dernière ayant réglementé les représentations publiques afin de s’assurer que tous - animateurs, commerçants et résidents puissent vivre en harmonie. Camille Bélanger-Vincent nous explique le b.a.-ba de cette réglementation. De son côté, Chloé Patry-Robitaille n’est pas passée par quatre chemins : « vous n’êtes pas tannés de peindre le château Frontenac ? » a-t-elle demandé aux artistes de la rue du Trésor. Deux d’entre eux ont accepté de répondre à l’affront. Dans Sur le plancher des vaches, Marie-Michèle Genest nous présente un artiste multidisciplinaire, pour qui la rue est un lieu de création où il exprime, dans une certaine mesure, sa reconnaissance envers ce que les gens de la rue lui ont appris. Si vous prenez la direction de l’Est cet été et que vous faites un arrêt à Rimouski, peut-être aurez-vous la chance de le rencontrer. Avec l’itinérance, la santé mentale s’avère un thème récurrent de La Quête. En fait, le lien entre les deux est assez ténu. Ainsi, il arrive souvent qu’au cours d’une psychose par exemple, une personne devienne désorganisée au point de se retrouver à la rue. Mais au fait, qu’est-ce qu’une psychose ? Pierre Maltais s’est entretenu sur le sujet avec le psychiatre Marc-André Roy.

Florence Mercier nous donne un aperçu de la longue route de l’acceptation de la schizophrénie et nous laisse sur un message d’espoir. Étienne Boudou-Laforce est allé à la rencontre de Richard Langlois à L’Alliance des Groupes d’Intervention pour le Rétablissement en Santé mentale (AGIR). Enfin, Frédérique Garneau, stagiaire à l’Archipel d’Entraide pendant la session hiver 2013 répond à tous ceux qui lui ont demandé comment elle fait pour travailler avec les « fous » ! Dans la section Écrivants, deux nouvelles plumes à découvrir, celle de Marie-Chantal Larose et Rollande Boucher, en plus des textes de nos fidèles fort talentueux. Au nom de tous les camelots de La Quête, je vous souhaite un merveilleux été! Soyez heureux !

Francine Chatigny Pensez camelots! Nos conditions de production ne nous permettent pas de publier une édition en août. Les camelots sont donc contraints de vendre la même édition pendant deux mois. Par conséquent, je vous invite à faire connaître La Quête — ou votre camelot favori — à votre entourage et de l’inciter à encourager un camelot. Merci de votre collaboration !

Photo : Luc-Antoine Couturier

Dans le cadre d’Artistique avenue, une trentaine de boîtes électriques du quartier St-Roch ont été transformées en œuvres par une douzaine d’artistes. Cet exercice d’appropriation artistique et d’embellissement du mobilier urbain du centre-ville de Québec a été réalisé sous l’égide d’Exmuro arts publics. Augmenter la présence de l’art dans l’espace public n’est qu’un des objectifs

poursuivis par l’organisme à but non lucratif a révélé son directeur général et fondateur, Vincent Roy, à Mélyssa Turgeon.

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Éditorial

Une question de goût Après de nombreux mois de peaufinage, la Ville de Québec a finalement présenté en mai sa Vision du développement de l’art public. En vue de multiplier les œuvres libres d’accès aux quatre coins de la Capitale, ce plan mérite d’être souligné. Le projet est loin d’être parfait, mais le simple fait de mettre de l’avant l’art visuel dans la politique municipale est déjà digne de mention. On peut bien oublier l’amphithéâtre ou les périls des caisses de retraite pour un instant. La Ville souhaite faire passer le nombre d’œuvres publiques de 125 à 160 d’ici 2020. Pour ce faire, on intègrera l’art systématiquement aux projets immobiliers municipaux en y allouant un budget équivalant à 1 % du coût des travaux. Pour les chantiers de plus grande envergure, un demi pourcent supplémentaire est ajouté pour les dépenses excédant 5 millions de dollars. Toujours débordant d’ambition, le maire Régis Labeaume souhaite que la Ville de Québec soit propulsée dans le peloton de tête des villes canadiennes pour l’art public et espère même qu’elle se démarque à l’international. Si c’est réellement le cas, il lui faudra bien admettre que le plan actuel n’est qu’un très humble début. À titre comparatif, Montréal compte plus de 300 œuvres et Vitry-sur-Seine, une petite municipalité d’environ 85 000 habitants en périphérie de Paris, en dénombre 130. C’est bien de rêver d’attirer les touristes par millions comme la capitale française, mais il va y avoir du travail à faire. Car c’est ça l’objectif en bout de ligne, appâter les visiteurs. C’est l’éternelle question de l’utilité de l’art, de sa rentabilité. Qu’importe que les œuvres animent la ville, qu’elles fassent des quartiers davantage qu’une agglomération d’habitations, qu’elles donnent une identité à la géographie urbaine, qu’elles réjouissent ou stimulent les passants. Le maire Labeaume veut faire de l’art public « une nouvelle marque de commerce à

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la Ville de Québec ». Il a même promis aux potentiels investisseurs privés qu’ils y « trouveront leur compte éventuellement ». Monsieur Labeaume compte d’ailleurs beaucoup sur la participation du privé. Mais outre la suggestion d’imiter la Ville en consacrant 0,5 % du budget des développements futurs à l’art public, et l’engagement du maire à ne se déplacer pour aller faire l’inauguration d’un immeuble (avec tout son entourage médiatique) que s’il comporte une œuvre, aucun incitatif n’a été mis en place. Pourquoi, par exemple, ne pas doubler systématiquement les investissements privés ou alors simplement leur faire profiter d’un allègement fiscal ? Cela serait certainement plus productif que des vœux pieux et du chantage promotionnel. Il y a par ailleurs un risque à introduire une logique commerciale au développement de l’art, car cette logique amène à vouloir plaire à tous. Or, les œuvres faisant consensus sont choses rares. On a par le passé fait preuve d’un conservatisme désolant. Le projet des Attracteurs d’André Du Bois a gagné le concours Art et design urbain en 2011 et devait initialement être installé partout dans St-Roch au printemps 2012. Après avoir passé l’hiver dans un parc industriel de Vanier pour tester sa résistance au froid, l’œuvre fait encore l’objet d’autres questionnements techniques par les fonctionnaires municipaux. Le cas de Jean-Robert Drouillard est encore plus intrigant. Après avoir été sélectionné deux fois plutôt qu’une par un comité d’experts dans le cadre d’un concours d’art public, il a été écarté par les élus. La sculpture, qui devait être exposée dans un parc, a été jugée inconvenante. Elle ne représentait pourtant qu’un jeune garçon avec un gant de baseball et une tête de renard. Ce n’est franchement pas l’œuvre la plus choquante de Drouillard et il faut être bien conventionnel pour y voir quelque chose de subversif.

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Monsieur le Maire a beau clamer qu’il se fout de la démagogie que suscite parfois la culture, il a néanmoins réservé au conseil exécutif l’ultime choix des œuvres, et ce, malgré un comité de sélection constitué d’experts, d’élus et d’un citoyen. Cette méfiance s’explique peut-être par la grogne que cet « argent mal dépensé » risque fort de provoquer chez certains animateurs de radio et leurs fidèles. Il n’empêche qu’on ouvre la porte à un nouveau dérapage similaire au cas Drouillard. Et pourtant. L’art public a justement pour but d’initier les gens à l’art visuel contemporain. Les goûts se discutent, certes, mais se développent également. Il est normal qu’une œuvre ne fasse pas l’unanimité. Même les amateurs de radio poubelle peuvent probablement être récupérés, bien que passer du calendrier du dreamteam à la sculpture post-moderne doive provoquer un certain choc culturel. Si Québec désire réellement être reconnue internationalement pour son art public, les œuvres qui la peupleront devront être marquantes, novatrices et audacieuses, au risque d’être provocantes ou de déplaire à certains. Et puis, même si l’attention des gens déambulant en ville était stimulée par autre chose que des panneaux publicitaires, devrait-on vraiment s’en plaindre ?

François Pagé

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Prévoir l’imprévisible

Sans coulisses, ni scène, les difficultés techniques sont décuplées. Les artistes de rue doivent prévoir l’imprévisible. « Concocter un spectacle en plein air requiert beaucoup d’expérience et de savoir-faire », explique Michel Barrette, responsable de la programmation des arts de la rue pour le Festival d’Été de Québec. Son rôle de programmateur l’amène à chercher, et surtout à trouver année après année, des troupes capables de créer un événement unique sur la place publique. Il cherche bien sûr de l’exotisme et la qualité, mais aussi des spectacles qui vont être bien reçus par le public. « Quand on programme, on ne le fait pas pour son propre goût, on le fait d’abord pour les autres. J’essaie donc d’être un bon entremetteur », mentionne-t-il. Mais au-delà de cette qualité, il doit former un tout. « Je dois agencer les spectacles de rue pour qu’il y ait une certaine cohérence durant les 11 jours de festivités », précise Michel Barrette. Les propositions sont nombreuses et viennent surtout de l’Europe et des États-Unis, car « ils savent qu’ici, il y a un intérêt », souligne M. Barrette. La tradition nordique du Québec a créé un public qui, à l’aube de la belle saison, n’hésite pas sortir et à socialiser avec les artistes de la rue. « Pour eux, on est un public merveilleux. Un public disponible. Contrairement à celui qu’ils retrouvent en France, spécialement avec les présentes difficultés de l’économie ». Autant ambulants que fixes, ces spectacles urbains doivent être ficelés à la perfection. Cette année, le cirque, le théâtre et la technologie sont à l’honneur. « Nous sommes en bordure des arts visuels et de la performance. Les frontières sont très floues, mais c’est ce qui rend l’art très riche », ajoute le programmateur. Michel Barrette connaît bien le milieu pour avoir été comédien, musicien et acrobate à l’été 1972. En plus de travailler étroitement

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Photo : Luc-Antoine Couturier

Le spectacle est impressionnant, sans faille. Le mystère et la marginalité des représentations semblent attirer les artistes nomades, quasi amateurs. Pourtant, ceux qui éblouissent les spectateurs durant la belle saison sont de vrais spécialistes.

avec les pompiers et les corps de police, M. Barrette doit aussi « travailler avec plusieurs équipes de sécurité, dont celle du ministère des Ressources naturelles, section mines, qui légifère tout ce qui est pyrotechnie ». Même si les relations sont bonnes avec ces équipes de sécurité, il doit tout de même retrouver leur confiance à chaque fois. « Je dois les rassurer, leur dire qu’il n’y aura aucune plainte, ni brûlure », affirme M. Barrette. La confiance est donc la clé du succès, dans un univers où ils doivent protéger le public, parfois « trop participatif ». « On ne mettrait jamais en péril notre public, c’est la chose la plus importante pour nous. C’est avec eux qu’on communique alors on ne veut pas le mettre dans une position difficile », confirme-t-il.

Mitterrand, la culture s’est épanouie. L’ancien président de la République voulait en effet démocratiser la culture. Il existait déjà des centaines de compagnies d’artistes, que le gouvernement s’est empressé de soutenir, mais son gouvernement a voulu développer le cirque moderne. Le Québec tire sont épingle du jeu quant aux arts de la rue. On se situe en termes de créativité dans la bonne moyenne mondiale. Quelques-uns commencent d’ailleurs à s’illustrer, comme Robert Lepage qui a élaboré une fresque en mouvement pour les Fêtes du 400e.

Marie-Pier Cayer

De toutes les époques Le genre existe depuis toujours. « Les premiers artistes, au temps des pharaons, s’ignoraient complètement », explique M. Barrette, en faisant référence au théâtre de l’Égypte antique, authentifié à la moitié du XXe siècle. Les Mystères au Moyen Âge étaient des artistes de rue qui, en animant les places publiques et les parvis d’églises, servaient d’éducateurs religieux pour le peuple analphabète. La tradition de faire vivre la religion et la culture des peuples est restée vivante tout au long de l’histoire et persiste encore aujourd’hui. C’est en France que le genre s’est multiplié et a grandi. Sous l’ère du président François

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Jongler avec la foule Il n’y a pas qu’à la Fête foraine qu’on retrouve des gens aux talents inusités. L’été, la rue devient une scène pour plusieurs. À 34 ans, David Fiset saute, jongle avec des objets en feu, réalise des culbutes et effectue des tonnes de clowneries. Rencontre avec cet artiste de cirque multidisciplinaire, cet artiste de la rue. étant donné que c’est une pige qui décide l’ordre des représentations, tu ne sais pas quand tu vas faire ton spectacle, tu ne sais pas si tu vas faire de l’argent, tu ne sais pas s’il va pleuvoir, s’il va y avoir du monde. Il faut vivre avec ça. C’est un métier qui demande une grande capacité d’adaptation. Elle est à la base de tout. Aucun spectacle ne présente les mêmes conditions. Ils sont tous uniques. Il y a une différence entre faire un spectacle en entreprise et le faire devant un public familial, à l’extérieur.

Photo : Richard Lacroix

Être travailleur autonome apporte également son lot de difficultés. L’hiver, par exemple, c’est certain que c’est plus difficile. Mais c’est bien fait, puisque ça nous permet de faire un arrêt pour s’entraîner, faire de la recherche, administrer, créer. Somme toute, il n’y a pas beaucoup de trous dans l’horaire, même en hiver.

David Fiset à l’œuvre!

Comment a commencé ta relation avec le cirque ? Quand j’étais jeune, j’ai assisté à un numéro de cirque avec mes parents, et ça m’a impressionné. J’ai dit à ma mère que je voulais faire ça dans la vie. Peu à peu, le plaisir de jongler est devenu le plaisir de démontrer ma jonglerie. À la base, je suis autodidacte. À 19 ans, j’ai décidé de me concentrer réellement sur le cirque. Depuis, je prends des cours de spécialisation. Le regroupement des arts du cirque de Montréal offre des cours de formation continue pour les professionnels.

Quels sont les défis que tu surmontes quotidiennement ? S’adapter à l’imprévisible. Gérer son temps, son argent aussi. Pour les spectacles de rue,

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Aimes-tu interagir avec ton public ? Comment t’y prends-tu ? C’est certain ! Mes spectacles ne sont basés que sur l’interaction. J’interpelle les gens, je les intègre aux numéros. J’utilise les malentendus, les circonstances particulières. Ce qui est le fun, c’est d’utiliser les situations comiques qui se déroulent dans la rue. Il y a donc une grande place à l’improvisation. Et, en général, les gens adorent ça. Ils aiment sentir que le spectacle auquel ils assistent est unique. J’ai souvent l’impression de recommencer à zéro, de réapprendre à interagir avec les gens à chaque spectacle. Mais c’est quand je regarde mon parcours que je me rends compte que j’en ai fait du chemin. Ça me donne confiance. Maintenant, c’est devenu naturel.

Comment fait-on sa place, localement ? C’est très difficile. Beaucoup d’artistes de cirque ont de la difficulté à gagner leur vie localement, alors ils voyagent. Partir à l’étranger permet d’aller chercher de nouveaux contrats. Quand tu es un artiste de l’extérieur, plusieurs festivals offrent de tout te payer pour que tu viennes te produire chez

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eux. C’est très agréable puisque ça permet de rencontrer de nouveaux publics, tout en gagnant sa vie. Et ce style de vie m’a permis de me produire en Australie, en Chine et dans plusieurs autres pays. C’est dur de faire cela ici. Ça fait 15 ans que je suis dans le domaine, mais cet été, c’est la première fois que je jouerai pour Juste pour rire. Maintenant, je suis dans une situation qui devient confortable.

Ressens-tu une certaine compétition avec les autres artistes de cirque indépendants ? Il y a beaucoup de soumissions, alors il y a une forme de compétition, oui. Mais dans l’ensemble, il y a beaucoup de référencement, d’entraide. Je crois davantage que la compétition se trouve chez les diplômés de l’École nationale de cirque (ENC). Si tu as la même formation que plusieurs autres diplômés, tu devras prouver que tu as de meilleures aptitudes, par exemple. Reste que tout est une question d’originalité. Si tu innoves, si tu es original, on va te vouloir. Il faut faire sa place, se différencier.

Quelle est la clef du succès ? Je pense que la base, même si c’est abstrait, c’est qu’il faut y croire [à notre rêve]. Si tu n’y crois pas, tu n’auras pas confiance, tu ne fonceras pas, et tu ne perceras pas. Tout part de là, de croire en ce que tu peux faire, en ce que tu peux apporter à un public. Au secondaire, à plusieurs reprises, je ne me suis pas présenté à mes exposés oraux, en français. Je trouvais ça angoissant de me présenter devant un public. J’étais une personne très gênée et très timide. Le cirque a « fait un homme de moi ». J’ai appris à parler au public, à être devant public et à croire en moi. J’ai toujours préféré « faire » à « dire que je vais faire ».

Marc-Antoine Paquin

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Photo : Yvan Chevalier Trépanier

Ode à la rue

Tels des oiseaux migrateurs, les membres de la Ritournelle reviennent chaque printemps dans les rues de la Capitale pour nous chanter la pomme!

Vous les avez sans doute déjà entendus au détour d’une rue du Vieux-Québec, devant l’un des intermarchés de la Basse et de la Haute-ville ou sous la porte St-Jean après un spectacle à la Place d’Youville pendant le Festival d’été. Transportant leurs rêves et leurs instruments sur les routes des pays chauds et cléments pendant l’hiver, les membres de la Ritournelle, tels des oiseaux migrateurs, reviennent chaque printemps dans les rues de la Capitale pour nous chanter la pomme. Leur musique, parfois toute en paroles, parfois instrumentale, est reconnaissable entre toutes : accordéon mélancolique, guitares fringantes, banjo joyeux, violoncelle mélodieux, harmonies vocales mielleuses et tonitruantes. À mi-chemin entre la chanson française et tsigane, avec des accents folk, tango et swing, la musique de la Ritournelle accompagne des paroles tantôt volages, tantôt sensées, qui évoquent la joyeuse frivolité du voyage et de l’amour, mais aussi plusieurs critiques sociales, allégées. La Ritournelle se distingue dans les rues de Québec depuis le Festival d’été de Québec 2008. Depuis ce temps, la rue fait partie de leur quotidien estival, attisée par leur passion de partager et de rassembler. Mais seulement l’été, parce que l’hiver c’est fait pour voyager, ou faire des disques comme Rose des vents et Au contoir des nuits blanches, respectivement autoproduits en 2010 et 2012. Entre temps, voyages solo, en duo ou en groupe dans le Canada de l’Est et de l’Ouest, en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine. Comme tous buskers (qualificatif anglais pour « musicien de rue ») qui se respectent, leur musique « inspirée du voyage, faite pour le voyage » leur permet de gagner des sous sur la route. D’jeff, Guillaume, Kim et Simon offrent leur musique aux badauds en toute simplici-

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té : instruments, micros et petits amplis (ces deux derniers éléments n’étant toutefois pas nécessaires) et bien sûr, un case bien ouvert, avide d’accueillir les pièces des mélomanes, touristes et autres gens généreux qui arpentent les rues. Cette formule, parfois plus payante que les spectacles dans les bars, permet d’exploiter une scène large, tout public, permettant de se faire connaître (et reconnaître) par une diversité de gens et de vendre des disques. D’jeff révèle avec passion qu’’il aime la rue « parce que ça remet les choses à la bonne place, c’est sincère et ça va chercher le public directement ». « La rue comporte toutefois ses difficultés », rappelle Simon. Ils doivent souvent composer avec des contraintes météorologiques, sonores et physiques. Toutefois, les membres de la Ritournelle sont catégoriques : après avoir constaté la différence dans les rues des autres provinces canadiennes, de la France et des États-Unis, les Québécois sont frileux face à la musique de rue. Selon eux, le préjugé selon lequel « parce que c’est dans la rue, c’est mauvais » est fortement imprégné dans les mentalités du Québec. Donc le public n’est pas gagné d’avance, ce qui nécessite un dynamisme et une présence hors pair pour accrocher les passants parfois récalcitrants.

cale, se répercute sur la scène et donne une énergie vivante qui les distingue de certains groupes ayant des « formules statiques », affirme Kim, la seule fille du groupe et non la moindre. Elle ajoute que la rue est une source d’inspiration et permet de faire des essais théâtraux, de « casser » des tounes. Ces temps-ci, La Ritournelle sent l’appel insistant des salles de spectacle. Tous les membres sans exception voudraient faire plus de scène. Toutefois, étant étiqueté comme un band de rue, certains festivals hésitent à les mettre à leur programmation. Cela ne les a pas empêchés en 2012 de participer au Folk sale de Ste-Rose du Nord et au Festival OFF de Québec et de faire une prestation au Kiosque Edwin Bélanger sur les plaines d’Abraham. Espérons, pour notre plaisir et le leur, que d’autres évènements tout aussi stimulants croiseront leur route prochainement.

Véronik Desrochers

L’habitude de la rue, de la formule acoustique qui nécessite plus de projection vo-

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Ancrer la mémoire

Jeune femme déterminée, Mélanie Desbiens est l’une de ces passionnés qui anime depuis 13 ans déjà. Elle s’amuse d’ailleurs à dire qu’elle a commencé « ti-cul » à Val-Jalbert, alors qu’elle n’avait que 16 ou 17 ans. Après un bac en théâtre à Québec et une formation de type conservatoire à Vancouver, elle travaille aujourd’hui pour les Promenades Fantômes qui développent un service d’animation sur la goélette Marie-Clarisse et qui participent également aux fêtes de la Nouvelle-France. Pour en arriver là, Mélanie a d’abord dû faire beaucoup de démarches administratives, ce qui ne l’a par contre jamais freinée. « Il faut avoir un bon ange gardien, le support de ses proches et de bons contacts », raconte celle qui est sûre de sa vocation depuis longtemps, tout en précisant qu’il y a aussi une part de chance. Il faut arriver au bon endroit au bon moment. Et ça peut prendre du temps, car la concurrence est parfois rude… Mélanie avoue à mi-voix que pour la quantité de travail fourni en amont par les comédiens, qu’il s’agisse des études, des formations ou des heures à apprendre son texte, la rémunération ne fait pas toujours le poids. Ce qui pousse donc davantage ces acteurs de la rue à poursuivre leur animation, c’est la passion de leur métier.

L’Histoire dans l’art « J’ai toujours tripé sur l’Histoire ! » s’exclame Mélanie. L’histoire des personnages qu’elle joue est toujours étudiée de façon approfondie, appuyée par des documents historiques qui lui sont fournis, pour qu’elle puisse jouer correctement son rôle. Si ce travail de mémorisation là est mal effectué, raconte-t-elle, le public lui fait ressentir, « parce que lui te pose des questions, lesquelles sont parfois même encore plus pointues que ce que le document historique te donne comme informations ».

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Courtoisie : La Marie-Clarisse

Découvrir ou redécouvrir Québec aux côtés de personnages historiques ou aux détours d’une rue chargée de souvenirs est sans contredit l’une des grandes activités estivales de la vieille Capitale. Derrière ces animateurs de rue grimés tout l’été, se cachent de véritables comédiens, passionnés d’histoire.

Mélanie Desbiens animant une visite sur la Marie-Clarisse

Mélanie puise aussi ses connaissances auprès de son public. « Souvent, les gens arrivent aussi avec des informations. Sur la Marie Clarisse, par exemple, on a eu plein de capitaines et moi à la base, je ne connaissais rien à la navigation! Lorsque je jouais le rôle d’une religieuse à Val-Jalbert, les gens étaient heureux de me raconter leurs propres histoires, et tu peux bien sûr te servir de ça », précise-t-elle. Lorsque la comédienne incarne un nouveau personnage qu’elle ne connaît pas encore sur le bout des doigts, le stress refait alors une brève apparition, jusqu’à ce qu’elle s’approprie son rôle, nourrie d’anecdotes, pour au final voir seulement le plaisir embarquer.

Aller plus loin Grâce à l’animation, Mélanie vit des émotions totalement différentes de celles de la scène grâce au retour direct du public. « Tu le vois tout de suite, tu peux modifier ta performance avec les réactions des gens, il y a une part d’improvisation, il faut être prêt à répondre à tout, à dealer avec n’importe quoi, parce que tout peut arriver. Dans la rue, il

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faut utiliser 130 à 140 % de ton énergie, jouer plus gros, être plus présent justement parce qu’il faut être capable de répondre à tout ce qui se passe », détaille-t-elle. La météo est aussi un facteur important. « Quand il fait 30°, ça ne me dérange pas. La pluie je trouve ça difficile, il ne faut pas tomber malade pour une future audition, mais il pleut pour tout le monde et les gens sont reconnaissants de pouvoir voir un spectacle. Souvent, ils nous redonnent ce qu’on leur apporte ». Mélanie confie qu’elle trouve entre la scène et la rue un certain équilibre qui lui permet de s’épanouir et d’aller plus loin dans son art. Cela fait grandir sa propre estime. « J’ai comme une sorte de reconnaissance de moi envers moi. Je me sens bien quand je suis devant des gens, peut-être parce qu’à la base je suis gênée et que ça me fait vaincre ma peur à chaque fois. C’est rare les gens qui vont finir leur journée en étant applaudis, mais nous oui ! »

Émilie Bonnefous Juillet-Août 2013


Pour le meilleur Victuailles et petits mots Des poèmes et des mots doux, des dessins et des bracelets. Parmi la petite et la grosse monnaie, voilà ce que les musiciens de la Ritournelle peuvent retrouver dans leur étui de guitare après une séance de musique de rue. Parfois, comble du bonheur, lorsqu’ils jouent dans des marchés publics ou à côté de commerce, les marchands viennent leur donner des victuailles, en signe d’appréciation. Et puis, ce qui les laisse interloqués, ils retrouvent de temps à autre des coquins petits bouts de papier avec écrit dessus… un numéro de téléphone.

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Véronik Desrochers

David Fiset

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La Ritournelle

La rue, ce n’est pas la scène Mélanie Desbiens va à la rencontre d’un public très différent dans la rue. « Les gens peuvent te dire absolument n’importe quoi et ils aiment ça quand tu leur réponds, pas quand tu ignores leurs commentaires ! » Friande d’anecdotes, elle se remémore avec amusement les moments les plus marquants de ces échanges : une dame de 70 ans lui a « pogné les fesses » et elle s’est déjà fait demander en mariage !

Émilie Bonnefous P

Et pour le pire...

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Le chapeau voleur à Saint-Jean de Leuze La Ritournelle faisait un spectacle improvisé dans un parc en France. Il y avait un bon public, une belle ambiance. Les musiciens et les spectateurs ne s’étonnèrent pas de voir un homme « passer le chapeau », pour le groupe, croyaiton... Toutefois, aussitôt l’argent amassé, l’homme ne montra aucun intérêt à le remettre au groupe. Après des protestations et invectives de la part de la Ritournelle, appuyée par toute la foule massée autour d’elle, le chapeau voleur récalcitrant finit par abdiquer.

Il n’y en aura pas de facile... Dave Fiset se souvient : « Quand je jouais à Paris, dans la rue, c’était la jungle. Une fois, un homme a décidé de s’asseoir à côté de ma valise avec sa bouteille d’alcool. Il a commencé à boire et à crier n’importe quoi. J’ai donc joué avec les circonstances. »

Marc-Antoine Paquin

Le public peut oublier qu’il est dans des lieux historiques, entouré d’objets anciens. Mélanie Desbiens « Une fois, des gens ont mis des vers de terre dans un livre de catéchèse d’époque pour attirer mon attention, ça m’a fendu le cœur », explique Mélanie Desbiens, qui considère que dans ces lieux, son rôle est aussi d’en conserver la magie et de la transmettre. « Il y a des gens qui viennent pour s’amuser, d’autres qui sont mal à l’aise avec le fait qu’on joue un personnage et ils veulent absolument avoir accès à notre vraie personne. Parfois, ils nous interrompent, mais ça fait partie du métier. Je continue, je tente de ne pas sortir de mon rôle et de ne pas en tenir compte ».

Émilie Bonnefous

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Courtoisie : Mélanie Desbiens

Véronik Desrochers


L’art du camouflage

Pour Exmuro, l’art public doit rencontrer les gens, et ce, dans les espaces partagés par tous. Tout simplement. « Pour nous, l’art public s’insère dans le quotidien des gens et se trouve à l’extérieur », résume-t-il. Le mandat bien singulier de son organisme est donc de faire la promotion et la diffusion de l’art visuel et littéraire dans la ville de Québec, mais en utilisant son mobilier urbain, ses espaces verts et bétonnés publics, ses façades d’édifice, etc. M. Roy indique que les œuvres présentées par les artistes de l’organisme restent à mi-chemin entre le street art, dont le graffiti demeure la technique la plus connue, et l’exposition permanente. Règle générale, Exmuro intègre ses œuvres d’art aux éléments urbains fonctionnels du paysage urbain. L’organisme a présenté divers projets artistiques, notamment celui concernant l’embellissement d’une trentaine de boîtes électriques réparties dans le centre-ville. En collaboration avec le festival littéraire « Québec en toutes lettres », l’organisme a griffonné sur les façades et trottoirs du quartier Saint-Roch des extraits de la nouvelle littéraire Le sourire acquisiteur de l’écrivain américain Isaac Asimov, représentant un long parcours de mots de près d’un kilomètre. Exmuro accorde une attention toute particulière aux artistes émergents de la ville de Québec, mais il collabore également avec

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des artistes de l’extérieur. « On privilégie la qualité des projets d’abord ».

L’art pour embellir et faire réfléchir

D’autre part, il y a ce désir de vouloir les faire réfléchir sur des enjeux sociaux. « Par exemple, le fait de vivre ensemble dans une ville », souligne Vincent Roy. À sa façon, l’art peut questionner les rapports humains qui en découlent, de même qu’elle peut mettre en perspective la solitude que peuvent ressentir certains. De l’avis du directeur général, l’art se conjugue parfaitement avec l’espace urbain. « Cette cohabitation est possible, voire nécessaire. Il ne faut pas penser que seules les entreprises ont le droit d’afficher leurs commerces », plaide-t-il. M. Roy ajoute également que les projets encouragent le sentiment de fierté et d’identification des citoyens de Québec envers leur ville. « Les gens adorent le fait de retrouver l’art dans leur quotidien, sans nécessairement devoir se rendre dans une galerie ou au musée », estime-t-il. Heureusement, Vincent Roy juge que la ville de Québec reste ouverte aux propositions artistiques de son organisme. « La Ville est très emballée par l’idée et aime bien Exmuro, car

Photo : Vincent Roy

Pourquoi vouloir à tout prix amener les citoyens de la ville de Québec à côtoyer l’art tous les jours ? D’une part, pour agrémenter le décor, favoriser le mieux-être de tous et favoriser son accessibilité. « L’aspect d’embellir l’espace public a un effet positif sur la qualité de vie », affirme-t-il.

L’œuvre de Stéphane Dion, l’un des 12 artistes qui ont transformé en œuvres d’art une trentaine de boîtes électriques depuis 2011 dans le cadre du projet Artistique avenue

nous recevons les autorisations nécessaires. C’est un bon partenariat », déclare-t-il. Mentionnons qu’en avril dernier, une œuvre se trouvant sur une boîte électrique a été enlevée sans que l’organisme ni l’artiste, Martin Bureau, en aient été avisés au préalable. La boîte électrique aurait été remplacée pour des raisons techniques. L’artiste et M. Roy avaient alors déclaré au quotidien Le Soleil estimer que la Ville n’avait pas fait preuve de mauvaise volonté, mais plutôt d’une « simple maladresse ».

Mélyssa Turgeon

Photo : Marita Boucher

En vous promenant dans le quartier Saint-Roch, vous avez probablement aperçu ces fameuses boîtes électriques, devenues pratiquement méconnaissables parce qu’enjolivées d’images éclectiques… Depuis 2007, l’organisme de la vieille capitale Exmuro arts publics s’évertue à embellir artistiquement la ville de Québec en transformant son « mobilier urbain » en œuvres d’art par le biais de projets artistiques uniques. Vincent Roy, directeur général et fondateur, nous explique la philosophie derrière cet organisme artistique pas comme les autres.

Denis Thibeault a également participé à ce projet « d’appropriation artistique et d’embellissement du mobilier urbain du centre-ville de Québec ».

réalise l’espoir

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Art de rue à Québec

En 2012, les amuseurs publics de Québec n’ont fait l’objet que de 14 interventions de citoyens et de commerçants. Est-ce un signe que l’harmonie règne entre les artistes et la population ? Chose certaine, le Bureau du développement touristique et des grands événements de la Ville de Québec revendique fièrement l’impact positif qu’a pu avoir l’instauration, il y a 19 ans, du règlement VQA-6 régissant l’activité des amuseurs publics à Québec. Robert Fournier, musicien de rue

« C’est une idée préconçue de penser qu’il y a beaucoup de plaintes contre les amuseurs publics. L’année dernière, il y a eu 14 plaintes au total, dont huit dirigées contre la même personne », signale Odette Carpentier, présidente de l’Association des amuseurs publics professionnels de Québec. Pourtant, une telle harmonie n’a pas toujours régné entre amuseurs, citoyens et commerçants. « Pour que la Ville décide d’émettre un règlement, c’était parce que le besoin était criant », affirme Étienne Talbot, directeur du Bureau du développement touristique et des grands événements de la Ville de Québec. « Les villes ne s’imposent pas de la réglementation pour le plaisir d’en faire », ajoutet-il. Selon M. Talbot, la Ville a dû se positionner en 1994. Elle aurait pu décider d’interdire toute forme d’art de rue. Elle a plutôt choisi de l’encadrer. « D’une part, l’objectif était de maintenir la créativité et la spontanéité de l’art de rue. D’autre part, il fallait protéger la quiétude des commerçants et des citoyens », explique M. Talbot.

De l’art hétéroclite Tous les amuseurs publics à Québec doivent détenir un permis pour pratiquer. C’est le seul aspect du métier qui est semblable pour tous, car l’art de rue se déploie sous différentes formes. Les amuseurs peuvent être chanteurs, clowns, acrobates, danseurs, maquilleurs d’enfants, tresseurs de cheveux ou sculpteurs de ballons, pour ne mentionner

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que ceux-là. La Ville divise tous ces artistes en trois catégories : les amuseurs musiciens, de services ou d’animation. En fonction du type d’art, le nombre de permis délivrés par la Ville est limité ou non. Par exemple, seuls 19 permis sont accordés pour les amuseurs de services, c’est-à-dire les tresseurs, maquilleurs et sculpteurs de ballons. La donne est changée chez les amuseurs musiciens, car deux types de permis peuvent leur être délivrés. Le permis de type 1 accorde l’usage de l’amplification, contrairement au permis de type 2. Dans tous les cas, ni un instrument à vent ni un instrument à percussion ne peuvent être amplifiés. Tout au plus, 90 permis de type 1 peuvent être délivrés aux amuseurs musiciens de Québec, alors que le nombre de permis de type 2 est illimité. Le prix du permis dépend aussi du type d’art de rue. À quelques exceptions près, le coût varie entre 115 et 285 $. « Il s’agit d’une contribution pour l’utilisation du domaine public », précise M. Talbot, ajoutant du même souffle que les augmentations du coût des permis n’ont pas été énormes depuis l’implantation du règlement.

Photo : Luc-Antoine Couturier

Une machine bien huilée

à remplacer la personne qui est là, et ça se gère sur place », explique Étienne Talbot. Les amuseurs musiciens, eux, fonctionnent légèrement différemment. Chaque matin, ils se réunissent et pigent un site au hasard. Plusieurs amuseurs peuvent piger le même site. Si c’est le cas, une rotation s’établit à l’amiable pour déterminer les heures d’occupation du site. Par ailleurs, Le Règlement sur les amuseurs publics prévoit que certains sites de la Ville sont réservés à l’une ou l’autre des catégories d’amuseurs publics, alors que d’autres sites sont ouverts à tous les détenteurs de permis. Et combien ça peut rapporter d’être amuseur public ? Personne n’ose s’aventurer dans une réponse. Odette Carpentier, elle-même amuseuse publique depuis plusieurs années, spécifie simplement qu’« il faut être passionné, car c’est fou l’énergie que ça demande ». À peine plus éclairant, Étienne Talbot de la Ville de Québec précise : « Il y en a qui renouvelle leur permis depuis 1994. Ça ne doit pas être si pire ».

Camille Bélanger-Vincent

Un jeu de hasard Premier arrivé, premier servi. C’est la règle à suivre par les amuseurs de services et d’animation. « Tu ne peux pas tresser des cheveux pendant quatre heures. Ça fonctionne par rotations. L’amuseur qui arrive sur un site déjà occupé doit manifester son intérêt

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La liste des approuvés… « Apprends que pour d’venir artiste Faut d’abord passer par la liste des approuvés… » Martine Corrivault Félix Leclerc écrit que Ti-Jean Latour et l’Habitant de l’île d’Orléans ont un jour eu maille à partir avec « l’autorité » pour avoir osé chanter sans permis ni carte, et philosopher sans diplôme « d’une maison spécialisée ». Le texte de la chanson Contumace - comme dans « par contumace », condamnation malgré un refus de comparaître - date de 1944. À la maison, ma mère chantait toujours en travaillant. Comme Fabienne Thibeault dans la chanson écrite par le tandem Plamondon-Cousineau. Mon voisin, lui, il siffle des airs classiques en réparant sa tondeuse, en bricolant dans sa cour et en lavant son auto. Hier, événement exceptionnel, la caissière du comptoir horticole du Canadian Tire fredonnait pour elle-même un air que je n’identifie toujours pas. La musique a toujours été importante dans l’univers des Québécois. Mais la génération qui pousse actuellement ne chante plus « pour le plaisir » : qu’ils marchent ou partent en vélo, mes neveux se bouchent les oreilles avec leur Ipod. Et ce qu’ils écoutent ressemble rarement au répertoire classique de la chanson québécoise francophone. S’il fallait se fier au silence des grands médias en matière de production artistique locale, on pourrait croire le Québec perdu pour la musique. Une relève pousse pourtant, mais avec tout un défi à relever pour se tailler une place. L’industrie du spectacle alimente une machine à gros sous qui ne lésine pas sur les moyens de vendre le plus de billets possible et attirer les foules. Elle met en marché les grosses vedettes comme on vend du savon : même les réseaux sociaux deviennent des véhicules publicitaires qui créent l’obligation de suivre ses modes. Appellations à consonances étrangères et productions tapageuses dominent, même si on laisse parfois une petite place à des « locaux » en première partie. Malgré l’espace qu’elles occupent, les machines à spectacles ne font que passer. La vraie vie continue pour les créateurs qui deviennent parfois « artistes » de la rue. Mais les amuseurs d’hier doivent déte-

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nir un permis pour avoir le droit de se produire car les bureaucraties municipales gèrent des règles pour contrôler tout ce qui est proposé. Un bonimenteur peut amuser un groupe de personnes pour vendre ses salades : la vente est un art. L’artiste aussi doit se vendre mais son œuvre, élaborée depuis longtemps, n’est jamais achevée à son goût. Aujourd’hui comme hier, le processus artistique s’initie très tôt : à la maison avec la famille, à la garderie, à la maternelle ou à l’école, où Pierrot et Lili apprennent à jouer avec les mots, les sons, les gestes, les formes et les couleurs. Comment les adultes les reçoivent après leur journée de travail s’avère primordial. La question, pour tout ce que font les enfants, demeure : combien de temps reste-t-il pour partager des activités communes, culturelles ou sportives ? On ne peut pas aimer ce qu’on ne connaît pas et ça demande du temps. Le Québec a produit de grands artistes bien avant d’avoir un ministère de la Culture. Après le Refus global, tout explose : la diffusion de créations québécoises à la télévision, l’Expo ‘67, les chansonniers, les théâtres d’été, Les Belles sœurs et l’Osstidcho, une littérature, un cinéma, la prolifération des festivals et grands événements, etc. Dans le ressac, les Québécois ont perdu leurs complexes et la déferlante des années ‘70 a forcé les autorités à reconnaître que le monde changeait. Le sport devenu élément culturel, les ligues d’impro ont proliféré. Vivre des arts, c’est du sport ! Hors des lieux traditionnels, les artistes ont regagné parcs et rues où circulait un public à conquérir. Et en marge des organisations officielles, on les a trouvés intéressants, amusants. L’autorité est alors intervenue pour instaurer ordre et discipline. Alors, la « liste des approuvés » dénoncée 25 ans plus tôt par Félix Leclerc a pris forme… Les artistes sont souvent des visionnaires mais on ne les écoute pas. Ce qui n’a jamais empêché personne de jouer, de danser, de chanter ou de philosopher. Même sans permis !

Martine Corrivault

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Sur le plancher des vaches

Originaire de Joliette, Benoit Beaudry habite dans un rang à Métis-sur-Mer, près de Rimouski. Loin de la ville où il s’est égaré à bien des égards, mais surtout en tant qu’artiste. L’homme de 36 ans perçoit son récent déménagement comme une « renaissance artistique ». En effet, une multitude de projets fleurissent dans son esprit. L’air salin semble alimenter son univers éclaté, et le fleuve demeure pour lui une source intarissable d’inspiration.

L’appel de la rue Endosser le rôle de musicien de rue, Benoit Beaudry en rêvait depuis des années. Et c’est cet été qu’il a décidé de passer à l’action. « Même si la peinture est le socle de ma vie artistique, la musique a toujours été présente dans ma vie », déclare celui qui pratique la guitare depuis qu’il a 16 ans. Touche-à-tout, ses performances extérieures alliant textes surréalistes, blues, folk et rock éclaté ne représentent qu’une infime portion d’une œuvre beaucoup plus grande et englobante, que ce soit en sculpture ou en vidéo. Plusieurs raisons motivent le choix de Benoit Beaudry de s’exposer dans la rue. Et, contrairement aux artistes qui rêvent de passer l’hiver sur un voilier aux Bermudes, l’argent n’en fait pas partie. La célébrité ne l’intéresse pas non plus, et jouer dans ce but engloutirait sa force créatrice et sa spontanéité. Pour l’artiste, jouer dans la rue est devenu

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Courtoisie : Benoît Beaudry

Si vous apercevez Benoit Beaudry jouant de la guitare sur la rue St-Germain ou sur la promenade qui longe le fleuve à Rimouski, il y a peu de chances que vous l’entendiez reprendre des chansons de Paul Piché ou des Cowboys Fringants. Il se peut même que son étui de guitare soit refermé, ne pouvant recueillir les pièces de monnaie. Pas que l’artiste multidisciplinaire soit riche ; mais pour ce dernier, capter l’attention des passants et son besoin de laisser aller sa boulimie créatrice valent bien plus qu’une poignée de change.

Benoît Beaudry

un besoin vital, un véritable sentiment d’urgence. Doté d’un cerveau bouillonnant, il doit impérativement libérer toute cette folie créatrice qui le tenaille sans répit. Il faut dire aussi que l’artiste entretient un lien très personnel avec le monde de la rue. À quelques reprises au cours de son existence, jamais très longtemps, il s’y est déjà retrouvé. « Retourner sur le plancher des vaches », comme il dit, a une résonnance particulière pour lui : « Je veux me reconnecter avec les gens dans la rue qui m’ont enseigné beaucoup de choses ». La performance de rue, c’est également une façon de sortir de sa zone de confort. C’est jouer sans balises. Tout nu. Sans artifices. Sans arrangements et sans musiciens. En faisant cela, Benoit Beaudry a l’impression de se lancer dans le vide, de mettre un pied dans la fosse aux lions. Et il trouve ça excitant. « Je n’ai rien pour me sauver, si ça marche pas, ça marche pas », lance avec un certain détachement celui qui n’est pas monté sur une scène depuis environ dix ans.

Un être polymorphe

peau de Benoît Beaudry, et il s’ennuierait ferme de devoir toujours assumer le même rôle. Jouer dans la rue lui permet ainsi d’explorer des avenues différentes et de nouveaux personnages. Spontané et autodidacte, il n’aime pas trop suivre les règles préétablies. Allergique à la répétition, il désire surprendre les passants avec différents numéros, établis selon ses envies et ses humeurs, dans un esprit qui se rapproche beaucoup de l’art performance. Qu’elles soient positives ou négatives, susciter des réactions chez les passants est synonyme de mission accomplie. Il veut brasser la cage, éveiller les consciences, fuir le convenu. « Ça fait plaisir de choquer un peu, de faire bouger les choses », admet-il. Les Rimouskois sont-ils prêts à ce genre de manifestations artistiques ? Un petit sourire espiègle illumine le visage de Benoit Beaudry en guise de réponse.

Marie-Michèle Genest

Diverses personnalités se cachent sous la

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Un Trésor bien gardé d’intérêt. « Par contre, tu sais que si tu le fais, tu as de bonnes chances qu’il se vende, alors t’essaies de le faire à son plus beau. Une belle lumière sur le Château, des belles couleurs d’automne, tout de suite tu sens que tu mets plus de chance de ton côté. ». Les deux artistes rencontrés cette journée-là m’ont donc confirmé qu’il s’agissait bien de leur gagne-pain.

Par un samedi après-midi, je me rends sur la rue du Trésor pour une mission : demander aux artistes s’ils sont tannés de peindre le Château Frontenac. Fort heureusement, l’emblème de la Vieille Capitale continue de les inspirer !

Renouveler son art

« Ça fait vingt ans que je fais de la peinture et je ne me tanne pas, parce que je sais me renouveler, disons ». M. Charron reconnaît que ses pièces uniques lui permettent de se démarquer parmi les nombreux artistes de la rue qui font des reproductions de leur dessin à l’encre de chine et qui y ajoutent de la couleur. « Moi je fais des choses qui sont expressives parce que je mets la couleur en premier et je dessine après, donc ça donne une certaine légèreté ».

Jean-Philippe Vogel

Photo : Chloé Patry-Robitaille

Le contact avec les touristes

Pourquoi essayer de vendre autre chose si les touristes veulent le Château ? Certains artistes peignent aussi des paysages de Charlevoix, par exemple, mais ce que m’a expliqué Jean-Philippe Vogel, peintre établi sur la rue du Trésor depuis trente ans, c’est que les gens veulent des souvenirs de ce qu’ils ont vu pendant les circuits touristiques. « Ça les a frappés, ils trouvent l’édifice magnifique, ils veulent en ramener une part chez eux ». « Être artiste peintre dans le milieu touristique, c’est donc accepter de peindre des lieux comme le Château Frontenac, la Maison Chevalier, le Petit Champlain et la porte Saint-Louis », explique M. Vogel. Pour le peintre, c’est sûr qu’il y a un petit peu moins

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Pour Robert Charron, il s’agit d’un privilège de pouvoir vendre son travail sans passer par une galerie ou un agent. Cependant, cela lui demande beaucoup de temps et d’énergie d’être en contact perpétuel avec ses clients. Plusieurs artistes décident de se faire représenter sur la rue du Trésor et travaillent à leur atelier. Cela leur permet de produire davantage. Quant à M. Charron et M. Vogel, ils aiment beaucoup peinturer devant leur public et croient que cela est davantage intéressant pour les touristes.

Un marché difficile Jean-Philippe Vogel explique que la plupart des gens ne sont pas prêts à payer cher pour ces souvenirs. « Il faut dire que par les années qu’on traverse, les gens font plus attention à leur portefeuille. Leur budget souvenir consacré à leurs vacances s’est beaucoup réduit. On en subit directement les conséquences ». Les reprographies lui permettent de vendre les pièces moins chères et de façon plus abordable.

Photo : Chloé Patry-Robitaille

Pour Robert Charron, peintre depuis sept ans sur la rue du Trésor, ce n’est pas un problème de peindre les mêmes scènes puisqu’il a trouvé un moyen d’obtenir des œuvres complètement différentes à chaque fois. « Moi je fais de l’aquarelle et c’est l’art par excellence du premier coup, il n’y a pas de deuxième chance. À chaque fois, c’est différent ».

Robert Charron

est moins portée à sortir son portefeuille », mentionne M. Vogel. Les Canadiens sont maintenant de bons clients. Quant aux touristes asiatiques, bien qu’ils soient de plus en plus nombreux, M. Vogel estime qu’ils sont moins sensibles à l’art. L’Association des artistes de la rue du Trésor déplore aussi que plusieurs visiteurs se contentent de prendre les toiles en photo plutôt que de les acheter. Puisque les œuvres sont dans la rue, il est bien difficile de les en empêcher. L’Association a été créée en 1983 pour protéger à la fois les artistes et les clients contre les abus. Il est obligatoire de faire partie de celle-ci et de payer sa cotisation, si l’on veut obtenir un bail avec la Ville pour s’exposer à cet endroit. Un permis de vente doit aussi être délivré par la municipalité. En tout, cela coûte 1 800 $ pour un an. Cependant, « la saison n’est bonne que six à sept mois », selon M. Vogel. « Il y a des journées de zéro, comme des journées où tu fais facilement 150-200 $. Par contre, tu fais une moyenne. Quand tu répartis ça sur l’année, tu réussis à vivre plus ou moins bien et tu finis par payer de l’impôt », explique-t-il en riant.

Chloé Patry-Robitaille

« Dans les dernières années, la clientèle américaine achetait beaucoup. Maintenant, elle

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Les mots de la rue Robert Maltais Où en serions-nous comme êtres humains sans les mots ? À l’âge de pierre, j’ai bien peur, car même avec l’usage des mots l’évolution de l’humanité est lente, parfois laborieuse, ne trouvez-vous pas ?

la richesse de notre littérature. Sans eux, aucun écrit n’aurait pu être possible. Sans eux, où en serait la mémoire de l’humanité ? Tel un fromage gruyère, elle serait pleine de trous.

Je vais nuancer ma pensée : au plan technologique nous sommes de véritables génies avec nos inventions : navette spatiale internationale, tablette numérique, moteur de recherche en ligne, téléphone dit intelligent et autres centaines de gadgets issus du modernisme très tendance techno.

Mais bien que ce soient de vénérables vieillards, ces mots persistent et signent. Non seulement résistent-ils au temps, mais on les revoie ragaillardis, pimpants et habités d’une nouvelle jeunesse. Tels de flambants nouveau-nés, ils trouvent écho sur nos lèvres comme s’ils étaient à peine nés hier.

Que nous sommes donc évolués et d’avant-garde, dirait-on à première vue ! Mais quand on y regarde de près, notre grand génie résiste-t-il vraiment à l’analyse ?

La langue française dispose d’un vaste réservoir de mots. À titre d’exemple, le dictionnaire Le Grand Robert compte près de 100 000 mots, un océan lettré qui invite à la modestie face à la maîtrise de notre langue maternelle. À moins d’être écrivain, on utilise beaucoup moins de mots dans la langue courante, pas plus de 10 000, et encore.

Que dire de notre espèce sur le fond des choses ; je parle de nos valeurs, de nos mœurs, de notre nature profonde, animale parfois, encline à des sentiments totalement opposés, comme du bon côté des choses : l’amour, l’affection, l’amitié, la compassion, et du moins bon : l’envie, la jalousie, l’égocentrisme et la haine. Mais je m’égare un peu de mon propos. Véhicules de la pensée humaine, les mots nous permettent de traduire nos sentiments, nos émotions et nos idées, de communiquer entre nous dans un langage commun. De nous comprendre, ou au moins d’essayer, avec un succès plus que relatif il est vrai. Les mots ont leur vie propre. Ils se promènent partout, même dans la rue. Ils voyagent à travers les âges, placotent, radotent, séduisent, font peur, racontent, crient, pleurent et chantent, au gré de l’humeur de leurs auteurs.

Les mots de la rue Peut-être devrait-on parler d’art de la rue à propos des milliards de mots qui ne demandent qu’à s’exprimer sur la place publique, déambulant sur les trottoirs de nos vies, au point de nous assourdir parfois. Cette manie qu’ont les cellulaires de nous faire entendre des conversations privées auxquelles nous nous passerions volontiers !

Les mots possèdent un énorme pouvoir, à la fois enchanteur et dévastateur. À leur simple évocation, on peut faire naître une vision paradisiaque ou, à l’inverse, infernale. Un bon mot et le soleil apparaît. Un gros mot et on vous fuit comme la peste. Les mots ont aussi le pouvoir d’agir comme un baume sur une plaie, un remède contre une maladie. Des mots bien choisis apaiseront pleurs, souffrance et mal de l’âme. Mal choisis, ils provoqueront mésentente, querelles, voire guerres. C’est alors qu’ils se transforment en maux. Les mots ont leur propre vie. Il nous arrive d’agir comme de malhabiles jongleurs avec tous ces mots qui nous glissent parfois des mains, qu’on échappe et écrabouille involontairement. Certains auteurs savent heureusement comment les utiliser avec discernement et subtilité, comme entre autres le journaliste et célèbre ex-animateur des émissions de télévision Apostrophes et Bouillon de culture Bernard Pivot, dans un livre qu’il vient de publier sous le titre de Les mots de ma vie. Ce petit bouquin est un bijou d’érudition et d’humour, en plus d’être une source d’inspiration pour quiconque s’intéresse aux idées et à la belle langue française.

Et pourtant, ces centaines de mots que nous utilisons tous les jours sont usés à la corde et vieillots, certains même ont plus d’un millier d’années d’existence. Ils portent sur leur dos le poids de notre histoire commune. Par leur unique force, ces mots constituent la charpente et

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Entrevue avec Dr Marc-André Roy

La psychose démystifiée Oui, ça peut même arriver chez des enfants. C’est moins fréquent, mais ça peut arriver. Le gros du pic chez l’homme se situe de 15 à 20 ans et c’est quelques années plus tard chez les filles.

Photo : Pierre Maltais

Est-ce que ça peut arriver à tout le monde ?

C’est quoi la psychose ? C’est un groupe de problèmes de santé mentale qui sont caractérisés par une perte de contact avec la réalité. Ça se manifeste assez souvent par des hallucinations, donc voir, entendre ou sentir des choses qui ne sont pas réelles. Ça peut aussi prendre la forme de délire, soit d’avoir des idées tout à fait en dehors de la réalité, des idées qui ne sont pas compréhensibles par un groupe d’appartenance donné et qu’on ne peut pas déchiffrer juste par le raisonnement. Les hallucinations, les délires et les comportements un peu bizarres en rapport avec ces phénomènes ainsi que la désorganisation qui s’ensuit sont les principales manifestations de la psychose. Ces manifestations peuvent être très circonscrites à une idée, à un phénomène hallucinatoire, tout comme ça peut être tellement envahissant que la personne va être obnubilée et ne pourra plus fonctionner. La psychose est un groupe de manifestations qu’on trouve dans plusieurs diagnostics psychiatriques, comme la schizophrénie, bien entendu, mais également dans la dépression et les manies. Enfin, la psychose peut aussi se manifester chez les personnes ayant certains problèmes cérébraux, comme les personnes atteintes d’Alzheimer.

À quel âge se manifeste la première psychose ? Ma clientèle a en majorité de 18 à 25, peutêtre 30 ans. Il y en a aussi beaucoup à l’adolescence, mais ces jeunes sont vus au Centre de pédopsychiatrie de Québec.

Donc on peut déjà diagnostiquer une schizophrénie à l’adolescence ?

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Pas nécessairement à tout le monde. Il y a des réalités individuelles, beaucoup d’aspect génétique.

Ça dure combien de temps une psychose ? Ça dépend à quel moment le traitement commence et de son efficacité, parce que les traitements ne fonctionnent pas toujours de la même manière d’une personne à l’autre. Ça dépend aussi de la personne, de sa fidélité au traitement. C’est très variable.

Est-ce qu’on se remet facilement d’une psychose ? Facilement ? Je pense. Est-ce qu’on peut s’en remettre ? Je pense que oui. .

Si on fait une première psychose, est-ce qu’on va nécessairement en faire d’autres ? C’est très variable. Selon nos statistiques, la majorité des gens qui ont fait une psychose vont en faire une seconde. Mais il y a quand même des exceptions.

Est-ce qu’il y a des statistiques sur le rétablissement des problèmes de santé mentale ? Ça dépend de ce qu’on entend par rétablissement. C’est un concept qui n’a pas de définition unanime. Ce qu’on trouve souvent dans la littérature c’est le nombre de personnes qui vont arriver à fonctionner de façon autonome. On sait qu’il y a une proportion significative de gens qui atteint ce niveau. Quel pourcentage ? J’aurais de la difficulté à vous donner un chiffre significatif, car ça varie énormément. Si je pense à la cohorte des gens que j’ai suivi au cours des 10 à 15 dernières années, une majorité arrive à occuper un emploi, à vivre seul dans un logement, à avoir un réseau relationnel intéressant. Parmi ces personnes, un est ingénieur, l’autre est estimateur de bâtiment, il y a aussi des éducateurs spécialisés, des infirmières, etc.

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Ce n’est donc pas un problème d’intelligence ? Non. Dans les cas de schizophrénie par contre, il y a souvent des problèmes cognitifs qui font que les gens ont de la misère à retrouver un niveau de fonctionnement autonome.

Dr Roy, pourquoi avoir choisi de travailler avec les gens qui commencent un traitement pour un problème de psychose ? Parce qu’ils sont conscients d’avoir développé une vision du monde très différente de celle des autres. Quand ils évoquent cette vision, ils se font généralement traiter de fou. Alors ils deviennent très réticents à en parler. C’est donc un défi majeur d’accéder à cette vision, qui permet de poser le diagnostic. Il faut entrer dans l’univers de cette personne, puis pouvoir ensuite rester en contact avec cet univers-là. Je trouve ce volet de mon travail extrêmement intéressant. En début de traitement de psychose, il y a souvent beaucoup d’opposition. Les gens disent qu’ils ne sont pas malades et, par conséquent, ne veulent pas être traités. C’est un autre défi de trouver la manière de faire alliance avec eux pour ensuite aller vers le rétablissement.

Entrevue réalisée par Pierre Maltais Marc-André Roy, professeur agrégé de psychiatrie et neurosciences à la Faculté de Médecine, Université Laval; chercheur et directeur de la recherche clinique intégrée aux soins au Centre de recherche Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ); psychiatre et chef de services, programme troubles psychotiques à l’IUMSQ

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La vie après la maladie Comment définit-on une personne atteinte de schizophrénie ? Un dérangé ? Un cinglé ? Un dingue ? Un fou ? La schizophrénie est un trouble psychiatrique qui perturbe les processus de la pensée, de la perception et de l’affect, entraînant une détérioration grave du fonctionnement social et professionnel. La méconnaissance de la schizophrénie favorise la stigmatisation et l’inadaptation des malades dans la société. Ce que la plupart des gens ignore, c’est que les schizophrènes peuvent très bien fonctionner en société s’ils prennent assidument leur médication et s’ils maintiennent de saines habitudes de vie. Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’apparition de la maladie chez un individu, mais ce qui importe, c’est de savoir que des ressources existent pour offrir de l’aide professionnelle en termes de traitement et de prévention. En effet, depuis les 50 dernières années, le traitement de la schizophrénie a grandement évolué. Malgré tout, cette maladie reste tabou. En raison du peu d’information qui circule à son sujet, la schizophrénie demeure méconnue. Les schizophrènes rétablis peuvent avoir une famille, des amis, un travail, des passions… Un cas exceptionnel est celui de Bernard*. Bernard a été diagnostiqué schizophrène à l’âge de 16 ans et hospitalisé à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec. À son retour aux études secondaires, l’adaptation a été laborieuse. Ayant de très bonnes notes auparavant, ses échecs étaient difficiles à accepter. Ce n’est qu’au cégep qu’on lui a prescrit la médication idéale pour le rétablir. Il a donc réussi ses Sciences naturelles et est allé à l’université. Aujourd’hui âgé dans le début de la trentaine, Bernard rêve de se trouver un emploi en agronomie, domaine qu’il a étudié à l’Université Laval et duquel il est maintenant diplômé. Son rétablissement n’a toutefois pas été sans obstacle : s’intégrer dans des groupes le rendait mal à l’aise et le temps qu’on lui donnait pour faire ses examens n’était pas suffisant. Toutefois, son ambition, son optimisme et son amour pour les études l’ont grandement aidé à s’en sortir. Mais l’ambition à elle seule ne suffit pas à aider au rétablissement. Céline Langevin, infirmière à l’Institut universitaire en san-

té mentale, soutient que plusieurs facteurs peuvent aider au rétablissement d’une personne atteinte de schizophrénie : « Une bonne médication, une bonne hygiène de vie, le sport, un suivi assidu auprès des professionnels et un bon environnement familial sont déterminants dans le rétablissement d’un schizophrène ». À ce jour, les traitements les plus efficaces sont les médicaments antipsychotiques et les différentes thérapies. Par exemple, Bernard a profité des services en ergothérapie, ce qui lui a permis de diminuer son anxiété sociale et d’interagir davantage avec les gens dans différentes circonstances. Mme Langevin a été témoin de cas où les patients étaient très malades et qu’après un bon traitement, ont vu leur santé s’améliorer de façon extraordinaire : Il s’agit d’un jeune qui avait été au centre de détention, car il avait menacé son père avec une arme blanche. Il a eu une évaluation psychiatrique et a continué sa détention à l’Institut pour recevoir des soins. C’était un jeune homme qui avait beaucoup de difficulté à accepter de devoir prendre une médication. Aujourd’hui, il travaille et rencontre son psychiatre et différents professionnels en consultation externe pour s’assurer que tout va bien. Il n’a plus aucun signe de psychose et a développé une autocritique par rapport à sa maladie. Jamais il n’arrêterait sa médication.

Les cliniques externes offrent des services à une clientèle qui ne nécessite plus l’hospitalisation, mais ayant besoin d’un suivi pour assurer une bonne évolution de son état de santé. Par exemple, il y a la clinique Notre-Dame des Victoires (CNDV) où l’on retrouve psychiatres, ergothérapeutes, pharmaciens, travailleurs sociaux, infirmiers, psychologues, diététiciens… Bref, toutes les ressources nécessaires pour assurer un bon suivi auprès des malades. Bernard et Céline Langevin croient en l’espoir : « Vous seriez surpris du nombre de personnes malades que vous croisez ou que vous côtoyez dans votre vie, sans savoir qu’ils ont des problèmes de santé mentale », a dit Céline Langevin lors de son entrevue. Les jeunes malades peuvent compter sur les traitements, mais ce qui leur ferait le plus grand bien, c’est de savoir que les préjugés laissent place au soutien inconditionnel de la population.

Florence Mercier * Prénom fictif

Note pour Karyne : Mettre cette pub le plus petit possible. Tu peux jouer avec les éléments si tu veux.

LA QUÊTE EST DIFFUSÉE PAR TÉLÉPHONE VIA

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Québec 418 627-8882 Montréal 514 627-8882 Ailleurs au Québec 1-877 393-0103 Québec 418 627-8882 • Montréal 514 627-8882 • Ailleurs au Québec 1-877 393-0103

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AGIR en santé mentale

Courtoisie : Agir

détecter comment aller chercher les jeunes dans leur détresse, comment leur « vendre » les services, quel type de service leur offrir, comment communiquer avec eux le plus efficacement possible. Avec Internet bien sûr, mais comment au juste? Twitter et les réseaux sociaux sont-ils de vrais facteurs ? Il faut se poser les vraies questions. Beaucoup de choses nous échappent encore. Le comité se penche ardemment là-dessus, afin d’en arriver à des pistes de solutions concrètes.

Richard Langlois, agent de liaison à l’AGIR.

Quelle est la mission de l’AGIR ? L’Alliance des Groupes d’Intervention pour le Rétablissement en Santé Mentale (AGIR) regroupe entre 35 et 40 organismes (PECH, Centre de crise de Québec, la Boussole, L’Arc-en-ciel, etc.) de la Capitale nationale incluant Québec Métro, Charlevoix et Portneuf. AGIR vise essentiellement à mobiliser l’ensemble du milieu communautaire en santé mentale autour d’objectifs communs. De par son mandat et sa mission, l’AGIR représente les organismes communautaires membres auprès de différentes instances gouvernementales, particulièrement au sein des tables de concertation et des groupes de travail sur des enjeux particuliers. Les comités incluent notamment le comité régional de coordination en santé mentale, le comité directeur régional des services résidentiels en santé mentale et le groupe de travail sur les urgences psychiatriques. Depuis 2008, L’AGIR a mis en place une fonction de liaison au service des 6 guichets d’accès en santé mentale des deux CSSS de la région métropolitaine de Québec.

Pourquoi avoir besoin d’un regroupement en santé mentale à Québec ? Pour se retrouver ensemble, tout simplement. Il y a dans le regroupement des organismes offrant des services très variés tels que l’entraide, l’écoute téléphonique, le travail en milieu de vie et le soutien communautaire. Il arrive parfois qu’on travaille en vase clos, qu’on se retrouve seul, et on a donc besoin d’échanger avec d’autres à un moment donné, ce que permet la tenue de nos rencontres régulières. Ne serait-ce que pour parler des bons coups, des difficultés de chacun,

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des défis à relever ou encore par besoin de formation. À cet égard, l’AGIR offre aux organismes plusieurs formations pertinentes, tant aux intervenants qu’aux gestionnaires. D’autres avantages? Ça permet de faire véhiculer beaucoup d’information sur les services, les nouvelles offres d’emploi, les dates des assemblées générales, etc.

Quelles sont vos réalisations récentes ? L’AGIR a participé à la création du COSME, une plateforme internet qui vise à mobiliser l’ensemble du milieu communautaire en santé mentale autour de buts semblables: briser l’isolement et le cloisonnement des organismes communautaires de base à l’échelle provinciale, leur apporter l’information à propos des dossiers et des sujets qui les touchent, développer un sentiment d’appartenance et finalement construire un rapport d’influence avec les ministères, politiciens, réseaux publics et autres. Sur le plan politique, l’AGIR s’est associé avec d’autres regroupements, tel le ROC03, afin de faire valoir à la Ville de Québec son insatisfaction de la nouvelle Politique de reconnaissance des organismes sans but lucratif qui exclut la majorité des membres de l’AGIR. Cette politique touche nos membres qui, notamment, ne peuvent plus bénéficier de tarifs préférentiels pour la location de locaux. Le dossier est toujours en progression.

Quels sont les grands enjeux actuels sur lesquels vous travaillez ?

Y a-t-il un défi qui retienne particulièrement votre attention ? Lutter contre la stigmatisation est un dossier que beaucoup de gens du milieu ont à cœur et où il y a fort à faire. La sensibilisation et l’éducation doivent se poursuivre. Si le gouvernement a émis par le passé des publicités pour contrer la stigmatisation à l’égard des gens vivant avec un trouble de santé mentale, il advient que ces publicités soient presque inefficaces, car ces dernières ne sont pas appuyées par des stratégies de contact dans la communauté. Nous, on tente de rejoindre les étudiants en communication afin de les sensibiliser, et lorsqu’ils œuvreront dans les médias ils seront ainsi plus ouverts à la notion de santé mentale. De plus, on forme les futurs agents de sécurité et ambulanciers sur la manière d’aborder la santé mentale dans leur travail. Outre l’accès au logement social, qui est un éternel gros dossier, « un cheval de bataille » peut-on dire voire un enjeux d’avenir c’est le vieillissement de la population, et plus particulièrement l’isolement croissant des gens. Les gens perdent leur réseau social et familial, se retrouvant seuls. J’entends cela très souvent, c’est une véritable problématique. Ce sera encore plus prononcé dans l’avenir. Qu’est-ce qu’on va faire avec tous ces gens là ? Quelles ressources et interventions pourront leur convenir ? Il faut se poser la question.

Le mot de la fin... L’AGIR est certes un milieu très stimulant qui apporte beaucoup de questionnement, d’échanges et de réflexions, mais également des actions dans la communauté.

Étienne Boudou-Laforce

Il y a présentement un Comité prévention et promotion à la table territoriale de Ste-Foy très actif sur la question des jeunes. Il y a là beaucoup d’amélioration à faire. On doit

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Une expérience qui devrait faire peur ?

Photo : Frédérique Garneau

entourage, leurs réactions m’ont surpris. Les commentaires que j’entendais le plus souvent étaient : « Oh mon Dieu ! Tu dois avoir peur, tu es toute petite », « Cela doit être difficile, c’est des “gros cas” et bien sûr “Tu travailles avec des fous, tu dois “capoter” », ce à quoi j’ai répondu : « Non ! Non! Et non ! »

Frédérique Garneau Stagiaire à l’Archipel d’Entraide pendant la session hiver 2013

Nouvellement étudiante en éducation spécialisée, je dois faire un stage d’une durée de quinze semaines. Le stage consiste à passer une journée par semaine sur le « terrain » afin de découvrir une clientèle, c’est-à-dire me familiariser avec les personnes vivant une problématique quelconque. C’est à ce moment qu’une des expériences les plus marquantes de ma vie commence. Je n’avais aucune idée dans quoi je m’embarquais. Petit à petit, j’ai découvert l’Archipel d’Entraide, l’organisme qui m’a accueillie pour faire mon stage. J’ai tout de suite beaucoup apprécié l’équipe et leur travail auprès des gens qui se présentent pour demander de l’aide. Les clients de l’Archipel ne sont pas les plus faciles : problématiques de santé mentale, problèmes de dépendances, exclusion sociale, etc. Peu importe leur situation, L’Archipel les accueille et devient alors une ressource indispensable pour eux. Au cours des premières semaines de mon stage, j’ai rencontré plusieurs clients. Travailler avec des gens aux problématiques assez lourdes ne m’a jamais effrayé. Lorsque j’ai parlé de mon expérience avec mon

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Même si je ne mesure pas plus que 5 pieds et pèse à peine 100 livres cela ne veut pas dire que je doive avoir peur d’aider les gens plus costauds que moi, sinon je n’aiderai jamais personne, on s’entend ? Pour ce qui est des “gros cas”, ces gens-là ne viennent pas demander de l’aide pour nous cracher à la figure, ils sont dans le besoin... Certains tentent de s’en sortir du mieux qu’ils peuvent... même si parfois il arrive qu’ils nous mentent. Notre travail consiste à trouver la vérité et la raison de leur mensonge initial afin de les aider. Parmi ces clients en mode survie, plusieurs sont très intelligents et futés, malgré ce que la plupart des gens pourrait croire. Qu’ils mènent parfois la vie dure aux intervenants ne fait pas d’eux de “gros cas”. Ils restent des êtres humains qui n’ont pas eu la vie facile. Pour ce qui est du mot “fou”, je ne l’aime pas. Je suis probablement plus folle que plusieurs clients. Ces gens sont malades, il est possible de les sortir de leurs misères et c’est pourquoi l’Archipel existe.

regarder avec des yeux qui semblaient dire “pauvre petite”. Pourtant, cette discussion me divertissait et me permettait d’en apprendre davantage sur ce client. Alors si les gens concernés lisent cet article maintenant, vous pouvez jeter aux poubelles la pitié que vous aviez pour moi, je vous confirme que j’avais bien du plaisir à ce moment-là. Pour terminer, et vous l’aurez peut-être déjà remarqué, mais au cours de cet article j’ai parlé des clients comme de « mes clients ». L’Archipel m’a montré ce qu’était la vraie intervention sur le terrain et j’ai réalisé que j’avais vraiment fait le bon choix de carrière. Mon stage est terminé, mais je reviendrai dans le coin sans peur et sans préjugé. Je tiens à remercier Serge, Pierre, Paula, Nancy et Mounir qui m’ont permis d’apprendre leur métier et de m’avoir donné l’envie de continuer sur cette voie. Un gros merci également à Diane qui m’a accueillie dans le milieu et fait confiance. Je n’ai qu’un mot à dire à la gang de l’Archipel :« Quoiqu’il arrive, restez unis, ces gens ont besoin de vous ! »

Frédérique Garneau

À ceux qui croient que je travaillais avec les fous, je conseille de faire du bénévolat dans le milieu. Vous constaterez rapidement à quel point ces gens sont attachants et que vous n’êtes pas si loin de la folie vous non plus. Ces gens sont libres et ne se cassent pas la tête et cela peut nous ouvrir les yeux sur la vie de “fous” qu’on vit nous-mêmes. Un dernier point : quand une de ces personnes vous adresse la parole dans la rue, pourquoi ne pas l’écouter ? Si ce qu’elle dit n’a aucun sens, cela vous fera sourire et vous divertira le temps d’une minute. Si elle vous complimente, acceptez le compliment. Si elle vous parle de son histoire, écoutez-la. Ces gens ont tant à nous apprendre. Et de toute façon, qu’avez-vous à perdre ? Pendant mon stage, j’étais à un arrêt d’autobus avec un de mes clients. Pendant qu’il me parlait, j’ai vu au moins 3 personnes me

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Le réchauffement climatique

Notre planète se réchauffe et ses causes sont d’origine humaine. Plus précisément, ce sont les émissions de C02 dans notre atmosphère qui produisent ce qu’on appelle l’effet de serre. Ce gaz forme une sorte de bouclier qui empêche la chaleur (le rayonnement infrarouge) de s’échapper de la terre. Il est libéré de façon grandissante dans notre atmosphère depuis le début de l’ère industrielle, car nous utilisons des combustibles fossiles tels le gaz, le charbon et le pétrole pour produire de l’énergie. Chemin faisant, nous avons rompu le fragile équilibre dans la nature qui existait pourtant depuis des millénaires. La déforestation massive est aussi responsable de ce phénomène. Le fragile équilibre de la nature est rompu. La nappe de glace du Groenland est en train de fondre. Le niveau de la mer augmente. Les ouragans se font de plus en plus nombreux et violents. Des régions sont inondées par des pluies diluviennes tandis qu’à d’autres endroits sur Terre, on voit la désertification gagner du terrain. Dans le Grand Nord québécois, le pergélisol dégèle en libérant du méthane (un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le C02) dans l’atmosphère. L’eau des océans se réchauffe libérant aussi du méthane dans l’air, au nord comme au sud. Voilà quelques exemples de changements climatiques bien concrets. D’ici 2050, plus de 150 millions de personnes pourraient devenir des réfugiés climatiques, selon l’ONU. Il existe une grande confusion sur la question du réchauffement planétaire dans la population et les causent en sont multiples, quoique les deux plus importantes semblent être les

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Photo : Sxc.hu

La question du réchauffement climatique fait maintenant consensus au sein de la communauté scientifique. L’ONU tire la sonnette d’alarme : la quantité de C02 (gaz carbonique) a atteint un seuil critique jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Lors du protocole de Kyoto en 2009, l’objectif fixé par la communauté internationale était de contenir le réchauffement climatique à plus 2 degrés pendant le 21e siècle. Cet objectif sera impossible à tenir. Certains climatologues craignent une hausse des températures moyennes de l’atmosphère pouvant atteindre 6,4 degrés avant la fin du siècle.

médias et les politiques. D’une part, certains médias de masse ont tendance à nous exposer des faits contradictoires, sans pour autant les analyser, nourrissant ainsi une polémique qui n’est plus de mise. Devenant des chaînons d’une propagande au service de pouvoirs qui ne prennent plus ni la vérité, ni la justice comme fondement de leurs actions, ceux-ci manquent ainsi à leur devoir d’informer. Il est facile de faire une recherche sur Internet pour découvrir nombre de pseudo-reportages affirmant que le réchauffement climatique serait une sorte de complot ou d’escroquerie à l’échelle planétaire. Cela dit, la perte de confiance en nos médias et nos politiciens* par une partie de la population s’avère un mode de défense légitime, mais qui ne résout en rien le problème. De leur côté, les scientifiques ne cessent d’affirmer qu’il est essentiel de mettre en place une politique internationale de réduction des émissions des gaz à effet de serre. Faire face au réchauffement climatique implique des changements importants dans notre système politique, économique et social. Il n’est plus temps de jouer à l’autruche, la terre se réchauffe! Ceci n’implique pas que nous perdions notre confort et notre techno-

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logie comme l’annoncent certains détracteurs à courte vue, dont le discours ne sert qu’à protéger une classe sociale trop riche et qui abuse démesurément de nos ressources. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) annonce que si rien n’est fait pour endiguer les changements climatiques dans les prochaines années, cela entraînera une récession mondiale. Il est urgent de développer des façons de produire de l’énergie sans nuire à la planète. Il est tout aussi urgent de cesser le gaspillage de nos ressources naturelles. C’est bel et bien notre manque de créativité à créer un monde plus juste et durable qui peut nous mener en droite ligne à l’affaissement irrémédiable de notre civilisation.

Réal Malouin Philosophe *En 2012 le Canada s’est retiré du protocole de Kyoto! La principale cause de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre au Canada est l’exploitation croissante des sables bitumineux.

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LE JEU DE LA QUÊTE par Jacques Carl Morin et Ginette Pépin

LE JEU DE LA QUÊTE

Jacques Carl Morin Ce jeu consiste à remplir les rangépar es horizontales ainsi que les colonnes 1 et 20 à l’aide des définitions, indices ou lettres mélangées ou déjà inscrites. Chaque case grisée Ce jeu consiste à remplir les rangées horizontales ainsi que les colonnes 1 et 20 à l’aide des représente une lettre qui est à la fois la dernière lettre d’un mot et la première lettre du définitions, indices ou lettres mélangées ou déjà inscrites. Chaque case grisée représente suivant. une lettre qui est à la fois la dernière lettre d’un mot et la première lettre du suivant. 1

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5- Purgatif. Contrefaire. Personnage créée par Jean-Michel Anctil.

1- Celle de la Terre avoisine les 7 milliards d’individus.

6- Représentation informatique d’un internaute (TRAAVA). Mouvement en arrière. Qui existe mais ne se manifeste pas encore. Larve des batraciens comme la grenouille.

1- Celle de la Terre avoisine les 7 milliards d’individus.

20- Région Québec. 20- touristique Région du touristique

du Québec.

Horizontalement :

7- Léger défaut, bizarrerie (SERRAVT). Nom ajouté au prénom d’une personne. Dictateur italien du 20e siècle.

1- Main fermée. Habitent le pays d’Astérix. Qualifie une période de six mois consécutifs.

8- Habitude de s’enivrer. Partie de la zoologie qui traite des insectes.

Horizontalement :

1- Main fermée. Habitent le pays d’Astérix. Qualifie une période de six mois consécutifs. 9- Célèbre université anglaise. Peine liée à la perte d’un être aimé.

2- Professionnel de la vue. Pronom personnel féminin. Plus haut dans le texte.

2- Professionnel de la vue. Pronom personnel

3- Mettre à l’abri du danger. Céréales des régions chaudes. Métal. Oiseau aquatique palmipède (MARRONOC).

Instrument de musique à cordes en vogue aux 16e et 17e siècles. Mouiller légèrement.. féminin. Plus haut dans le texte.

10- Relatif au noyau de l’atome (ACRENILUE). Moyen adroit ou

se tirer d’embarras. 3- Mettre à l’abri du danger. Céréales des détourné régionspour chaudes. Métal.supraOiseau aquatique 4- Se dit d’une décision prise d’un commun accord. Intensité d’une palmipède (MARRONOC). lumière vive et brillante. Procédé utilisé pour créer une illusion. Aussi appelé safran des Indes (ACCRUMU).

4- Se dit d’une décision prise d’un commun accord. Intensité d’une lumière vive et brillante. Procédé utilisé pour créer une illusion. Aussi appelé safran des Indes (ACCRUMU). 5- Purgatif. Contrefaire. Personnage créée par Jean-Michel Anctil.

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La langue dans sa poche

par Hélène Huot

VIOLON D’INGRES ET AUTRES VIOLONS « Matthieu enseigne les mathématiques; la photographie, c’est son violon d’Ingres. » Un violon d’Ingres est une activité non professionnelle que l’on exerce avec passion. Cette expression vient du nom de JeanAuguste-Dominique Ingres (1780-1867). Peintre et sculpteur réputé, Ingres aimait jouer du violon dans ses temps libres. En amateur, mais avec un talent certain puisqu’il fut deuxième violon à l’orchestre national du Capitole de Toulouse. L’expression est consacrée depuis le début du 20e siècle : un violon d’Ingres et une activité – souvent dans le domaine artistique – que l’on pratique pour le plaisir. Au sens musical du terme, le mot « violon désigne aussi bien l’instrument (jouer du violon) que l’instrumentiste (être premier ou second violon dans un orchestre symphonique). En dehors de la musique, le mot « violon » prend plusieurs sens différents, selon l’expression dont il fait partie. Voici quelques exemples.

- Accorder ses violons : se mettre d’accord ;

-Aller plus vite que les violons :

aller trop vite, précipiter les choses;

-Mettre au violon : mettre en prison;

-Payer les violons :

Avant d’habiter un pay s, on habite une langue et plus on possède de mots pour y définir sa place, plus on a de chances d’y occuper tout son espace .

payer les frais sans en avoir le profit;

-Pisser dans un violon :

faire une chose inutile, inefficace, qui ne sert à rien;

Jean-Claude Germain

-Ranger son violon : mourir;

-Sortir les violons :

chercher à attendrir, à toucher la corde sensible.

Le français au jour le jour 1. « Renvoyer aux calendes grecques » signifie : repousser indéfiniment une action, remettre à un temps qui ne viendra jamais. D’où vient cette expression ? 2. « Voxographie » fait partie des nouveaux mots contenus dans Le Petit Larousse Illustré 2014. Quelle est la signification de ce mot ? 3. Les observations « in vitro » sont faites en laboratoire. Quelle expression s’oppose à « in vitro » ? 4. Vasouiller, c’est : a. élever la pression sanguine; b. naviguer en eaux stagnantes; c. s’embrouiller. 5. Un hors-d’œuvre, un chef-d’œuvre s’écrivent au pluriel : a. des hors-d’œuvre, des chef-d’œuvre; b. des hors-d’œuvre, des chefsd’œuvre; c. des hors-d’œuvres, des chefs-d’œuvres. 6. Quelle expression signifie : ne pas être dans son état normal, ne pas se sentir bien ? 7. Le fait d’agir « par acquit de conscience » est-il associé à un manque de conviction ou, au contraire, à des convictions profondes? 8. Les habitants de Blanc-Sablon sont des Blancs-Sablonnais et ceux de Sept-Îles des Septiliens. Comment appelle-t-on les habitants des Iles-de-la-Madeleine ? 9. Des propos sibyllins sont : a. concis; b. ironiques; c. mystérieux. 10. Échappatoire, écritoire et réquisitoire sont tous des noms masculins. Vrai ou faux ? J’attends de vos nouvelles… Vous aimez les mots. Vous avez des commentaires à formuler ou des suggestions à faire concernant cette chronique La langue dans sa poche. Rien de plus simple. Écrivez-moi à hu-go@sympatico.ca. Cela nous permettra d’échanger sur des questions qui vous intéressent et d’enrichir par le fait même les futures chroniques. Merci à vous ! Les réponses page 37.

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Photo : Archives Web

La Fille du Roi-Pêcheur

« Demain, dès l’aube, je partirai… » Aujourd’hui, le 25 février 2010, à vingt-deux ans et à Vancouver, je l’ai enfin eue cette médaille d’or. Après ton départ, Grand-père et Grand-mère ont préféré que je quitte Moscou, pour aller vivre à Montréal. C’est alors que je suis allée consulter cette psychologue du sport, Ludmilla Vitau, qui m’a sauvé la vie. Toi, maman et Olga aviez été hospitalisés simultanément pour un cancer et l’étiez encore. C’est ce que m’avait dit Grand-mère à mon départ, et c’est ce que je croyais jusqu’en 2007, au moment où j’ai été sélectionnée. Je suis arrivée au Québec en 2004 à l’âge de seize ans en tant que sportive de haut niveau en patinage artistique. À partir de 2006, vous ne répondiez plus à mes courriers. Madame Vitau m’a conseillé de faire des recherches pour éclaircir la situation, car elle trouvait que ce que je lui disais ne tenait pas debout. Juste après ma sélection pour les Jeux, un entraîneur et spécialiste en entraînement mental, Igor Botchavinsky, m’a reproché de ne pas mériter cette sélection. Je venais de découvrir la vérité. Toi, tu vis. Mon père à moi, il est mort. Dans sa jeunesse, quand il faisait du patinage artistique, on l’a piqué comme un animal afin qu’il développe sa musculature. Il n’a jamais rien gagné. Au fil du temps, il a de plus en plus déprimé. Grand-père et Grand-mère l’ont fait interner. J’étais déjà chez eux, car maman n’y arrivait plus. Dans un moment de folie, il s’est tué en sautant par la fenêtre.

« Demain, dès l’aube, je partirai... » Je prendrai l’avion pour Moscou. J’irai poser sur vos tombes cette médaille d’or. Je retournerai ensuite à Montréal pour entraîner les handicapés qui font du basket-ball en fauteuil roulant. Et je le leur dirai. Je leur dirai que toi, mon père, tu étais le Roi-Pêcheur, le gardien du Graal. Suite à une mauvaise intuition, le Roi-Pêcheur avait été blessé à mort. Si Perceval lui avait posé les bonnes questions, il aurait pu guérir. Mais son royaume se dérégla… Plus de saisons, et tant de famines… Moi, sa fille, j’apparais de temps en temps dans un étrange cortège, en portant le Graal. Cet après-midi, les journalistes n’ont vu que mon habit de tulle blanc, telle le Pierrot de Watteau. Les Jeux Olympiques valent la peine qu’on les regarde, parce que les belles choses qui s’y passent, mais que l’on ne voit pas, nous font quand même du bien et nous permettent de continuer à espérer. Je suis la meilleure chevalière du Graal.

Laurence Ducos

Grand-mère avait demandé à une infirmière de répondre à mes courriers, afin de me faire croire à votre vie, et éviter ainsi un choc postraumatique irréversible. Malheureusement, Nikita Groutchoya quitta notre monde en 2006. En 2007, personne ne m’écrivit pour me féliciter pour ma sélection. Suite à ta mort, maman et Olga furent retrouvées mortes à la maison, en raison d’une importante absorption de somnifères.

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Arc-en-ciel

Soirée tumultueuse Marée gigantesque Sur une plage sablonneuse Une tempête se déverse Elle atteint l’autre rive Cette rage subite Emporte tout, elle arrive Et libère un nouveau mythe Elle recouvre de mystère Ce qui n’est plus du réel Mais ramène sur terre Des secrets qui se révèlent Être des joyaux Plus précieux que diamant Contenant l’essence de l’eau Et l’étreinte de deux amants Ils chantonnent, parfois Et lorsqu’on sait écouter Leurs douces voix Nous chuchotent de ne cesser De contempler l’infini De vastes océans Et d’entendre, la nuit Le murmure enivrant

Jasmin Darveau

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Photo : Sxc.hu

Des vagues se brisant Sur les dunes de miel Au pied du trésor rayonnant D’un lointain arc-en-ciel...

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Pour un été tout en santé ! A

vec l’été, certains facteurs environnementaux reviennent et peuvent influencer votre santé et celle de vos proches. Certains symptômes affectant vos poumons, votre peau ou votre état général de santé peuvent être dus : • À la chaleur accablante • Aux algues bleu-vert • À l’herbe à poux • Au smog • À la légionellose Visitez le site Web www.santecapitalenationale.gouv.qc.ca pour connaître les modalités d’accès aux services de santé et aux services sociaux, les ressources disponibles près de chez vous ou prendre connaissance des avis de santé publique. Vous y trouverez aussi de nombreuses informations et des conseils pour prévenir les effets indésirables et protéger votre santé et celle de vos proches. En cas de symptômes ou de questions sur votre santé, n’hésitez pas à communiquer avec Info-Santé en composant le 8-1-1, 24 heures par jour, 7 jours par semaine, où des professionnels de la santé sauront répondre à vos questions. La Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale

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Photo : Archives Web

MISS MÉTÉO

Tous les matins que le Bon Dieu me donne, comme dirait mon grand-père, j’allume la télévision à Météo Média pour vérifier l’heure, la température du jour, les prévisions météorologiques de Québec, de la province, du Canada et d’autres pays. Comme la majorité d’entre vous, j’ai été surprise et déçue d’un mois de mai aussi pluvieux. Je relisais mon texte sur l’éloge du mois de mai et je me questionnais : où sont les mois de mai d’antan ? Sans tomber dans la nostalgie, nous avons goûté tant de mois de mai superbes, qui découpaient si bien l’hiver de l’été. Graduellement, l’intensité des rayons du soleil et la luminosité préparaient la terre pour les semences. Nos cultivateurs sont les premiers à le constater. Ils n’en reviennent pas : nous battons, disentils, des records. C’est vrai que nous n’avons aucun contrôle sur Miss Météo, mais là, elle est difficile à comprendre. Elle joue tant « au yoyo », qu’elle semble souffrir de bipolarité. Comme nous, elle subit le réchauffement de la planète, la fonte des glaciers et toutes ses conséquences. Je regarde par la fenêtre et je vois la pluie qui tombe encore. J’ai deux choix : soit que je déprime, soit que je m’habille et que je sors. Je choisis la deuxième option. J’enfile mes bottes et mon imperméable et je vais faire ce que j’ai à faire à l’extérieur de chez moi. Bien sûr, j’aurais pu choisir de rester bien relax chez moi pour lire un bon livre ou

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regarder un film ou émission intéressante ou jouer à des jeux de société à deux, à quatre ou seul sur Internet ou préparer une bonne sauce à spaghetti, un gros pâté chinois, ou bien un gâteau au chocolat ! Jean Désy, médecin, poète écrivain, amoureux du nord et de nos hivers disait : « C’est nous qui devons nous adapter aux surprises météorologiques de nos quatre saisons et non le contraire ! » Oui, c’est vrai que face aux éléments — l’air, l’eau, le feu, la terre — nous nous sentons bien petits, vulnérables, surtout quand ceux-ci se déchaînent avec violence. Les grandes catastrophes naturelles nous ramènent à la réalité : plus de riches, plus de pauvres, tous sur un même pied d’égalité. Dans le Journal de Québec du samedi 8 juin 2013, Gilles Parent signait une chronique au titre humoristique À l’eau au lieu de Allô !, dans laquelle il rappelle le meilleur conseil anti-déprime météo : « Il faut durcir nos sens en les exposant aux éléments, passer plus de temps à l’extérieur dans toutes sortes de conditions météorologiques plus difficiles les unes que les autres ». Il conclut, toujours avec son humour sympathique : « Tiens, tiens, justement, c’est parfait! On peut vivre toutes les saisons dans une seule et même journée ».

comme si elle ne pouvait plus supporter la tiédeur, comme si elle n’avait plus de nuance : c’est blanc ou c’est noir... c’est oui ou c’est non ! Les livres d’Hubert Reeves et d’Albert Jacquard nous font réfléchir sur notre responsabilité personnelle et sociale quant à notre manière de vivre et ses répercussions sur l’avenir de notre planète. Ils nous rappellent que nous devons tirer les leçons du passé et qu’il est grand temps de cesser tout ce gaspillage, de cesser la surconsommation, et surtout, de cesser de faire comme «les autruches qui mettent leurs têtes dans le sable. « Il faut sortir de notre individualiste « égoïsme » et penser que nous sommes connectés aux autres, aux animaux, à la Nature et que les gestes que nous posons ainsi que nos choix de vie ont des conséquences sur l’ensemble. J’ai en mémoire cette phrase de John F. Kennedy : « Le monde finira par un triomphe ou par une catastrophe, ça dépend de vous et de moi... et vous et moi sommes capables de changer, de construire un monde meilleur. »

Christiane Voyer

J’ai remarqué les soubresauts de Dame Nature, la température passant rapidement du chaud au froid dans une seule journée,

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La dope Puis je me rase et je mange. Après avoir mangé, je respire. Comme c’est bon ! Après avoir pris ma douche, je m’essuie partout jusqu’en dessous des bras. Puis je me peigne les cheveux. Je m’habille et je souris à mon hamster avant d’aller embrasser ma blonde qui feint de dormir.

Pendant que nous faisons l’amour, un orage éclate. La vitre se couvre de coulisses de pluie. La grêle s’en mêle et ricoche contre le rebord de la fenêtre. Ma blonde rigole parce que je lui souffle des mots coquins à l’oreille. Je suis tout de même chanceux de travailler dans un parc de tennis extérieur !

Bernard St-Onge Photo : Archives Web

Je prends ma dose de soleil tous les matins, quand j’ouvre ma fenêtre à sa pleine grandeur.

Elle m’agrippe par le collet et je tombe dans le lit. Elle m’arrache mes vêtements qui tombent un à un sur le plancher de bois vernis.

VACANCES Demander au journal La Quête Combien feront que du balcon Combien iront à la Pêche Oublions pour celle à femme Demander au journal La Quête Pêche à la loche éperlan Peu de ces gens s`embêtent À gruger ongles de reculons Ira-t-on en vacances champêtres À un épi de blé se faire dent Au camelot je souhaite fête Un jour destiné à son nom Demander au journal La Quête Ils le sont déjà de ce pont Entre lecteurs celui qui s`embête Quoi lire de nouvelle qui ne tanne

Photo : Sxc.hu

Marcel Guy Mailloux

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Mange la vie Fragilité n’égale pas faiblesse, mais délicatesse. Intéresse-toi aux autres ! Caresse l’arbre N’aie pas peur d’aimer Danse avec elles Souris Conduis Voyage Écris Jouis Marche ou cours Saute Embrasse Accepte Partage Intéresse-toi aux autres ! Photo : Sxc.hu

Intéresse-toi aux autres !

Julie Cartier

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Dans mon jardin

Dans mon jardin Il y avait des fleurs Les unes à pollen De chasses marmotte Dans mon jardin Carottes chou-fleur Eux germaient de veine¸ Entre roches terre raide Je dis de ce jardin Enrichi de fumier d`heures À nous créer un mi éden Près des bancs et cèdres Dans mon jardin Qu`ont détruit des voleurs De cet instant de peine Ya un bonheur en souhaite

Photo : Sxc.hu

Que votre jardin Le soit lui de ce donneur De vie peu près pleine Sans regret qui vous arrête Dans mon jardin Comme vous ailleurs Que mémoire en mijote Du mien de sa maquette

Marcel-Guy Mailloux

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Participer activement au développement de notre milieu.

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LA BOÎTE À PAIN

CAFÉ NAPOLI

289 Saint-Joseph Est, Québec (St-Roch) Lundi au samedi 6 h 30 à 20 h Dimanche 6 h 30 à 17 h 30 Tél. : 418 647-3666

396, 3e Avenue, Québec (Limoilou) Lundi au mercredi 6 h 30 à 18 h 30 Jeudi et vendredi 6 h 30 à 19 h Samedi et dimanche 7 h à 18 h 30 Tél. : 418 977-7571

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Les marguerites Il y a dans ce visage Tant de souffrance et de rage Tant de mots, étouffés, pris Dans cette gorge bannie Dans la lueur du soleil Plus rien n’est près de l’éveil Car c’est l’amour à l’envers L’amour devient la colère La création n’est plus rien Que son visage dans ses mains Il se demande où il va Il se demande d’où il vient Et pourquoi encore demain Il doit reprendre le chemin

Et qu’il a levé la main Maudissant tout le destin D’un amour en devenir De son amour à mourir

Photo : Sxc.hu

Du remords et du regret Et de tout ce qu’il a fait Dans la trop grande tempête Où il n’avait plus sa tête

Il demande pardon à Dieu Ne veut plus devenir vieux

Il ne voit maintenant plus qu’elle Dans sa robe de dentelle Qui avait les yeux d’un ange Et la grâce d’une mésange Il ne voit maintenant plus qu’elle Dans sa robe de dentelle

Il n’a plus le droit de vivre Qu’il a écrit dans un livre Avec une pierre taillée Sur le sol il a gravé Les yeux levés vers le ciel Qu’il veut s’endormir pour elle

Il ne voit maintenant plus qu’elle Dans sa robe de dentelle Des marguerites aux cheveux Lui disant ainsi Adieu

Marie-Chantal Larose

Un peintre Tu parles aux fleurs Gorgées de parfums et de couleurs. Tu parles aussi aux arbres majestueux, En forêt, cathédrale d’un vert, presque silencieux. Tu parles aux oiseaux « pi ! pi ! pi ! » Qui te répondent par leurs plus beaux gazouillis. Et dans tes poches gonflées, Des noisettes pour les écureuils affamés.

Photo : Luc-Antoine Couturier

Tu retrouves en nature, sur tes pas, Ton chevalet laissé là Et tu poses sur la toile immaculée Avec grande clarté, Toute la beauté Que tu viens de rencontrer. Ce sera émotif, Ce sera tendrement festif.

Gaétan Duval Juillet-Août 2013

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Rêve

Son corps, à peau brune et lisse, Se repose enfin. Le mien, à demi assis, Ouvre grands ses yeux. La vie, jaillissant de lui, Chavire mes idées. Et celle qui m’anime autant, Je l’en remercie. Son cœur, rythme l’absence, Il s’est assoupi. L’Amour, qu’il connaît de moi N’a pas de réponse. J’écris pour fuir le silence Qui est entre nous. Il dort comme fait le vent Après la tempête. Je veille et profite bien Qu’il soit là tout près J’attends que passe son poids, Qu’il reprenne force.

Photo : Archives Web

Il peint durant son voyage Des rêves achevés. Soudain, au lever du jour, Il chuchote un peu. Demain, après nos sommeils, Il quittera le nid. Demain, avant notre éveil, Je ferai son rêve

Rollande Boucher

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Photo : Luc-Antoine Couturier

Arte Macadam

Le bruit de la vieille ville Ne nous laisse tranquilles. À une intersection, Un coup de klaxon. Le ronronnement des moteurs Fait partie de la torpeur.

Plus loin sur la terrasse Un mime fait ses grimaces. À quelques pas Un jongleur en ébat. Derrière la toile du portraitiste, Le chevalet du caricaturiste.

Mais ne t’en fais pas À ce coin de rue là-bas Une douce musique Vieil air classique, À nul autre pareil Charme mon oreille.

Sur la rue « du Trésor » Avalanche d’images d’art, Sérigraphies, gravures, litho, Aquarelles et tableaux. D’un chapeau on sort un lapin, C’est celui du magicien.

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Québec avec son air moyen-âge Son château et ses murailles, S’accommode bien d’une cacophonie, Qu’il transforme en harmonie, Saltimbanques, musiciens Mimes, jongleurs, magiciens, Sont l’assaisonnement de la Vieille Capitale, Lui donnant ainsi saveur internationale.

Philippe Bouchard

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Ressources Aide sociale ADDS Association pour la défense des droits sociaux 301, rue Carillon, Québec Tél. : 418 525-4983 Relais d’Espérance Aider toute personne isolée et en mal de vivre à retrouver la confiance, l’espoir et la joie de vivre 1001, 4e Avenue, Québec Tél. : 418 522-3301 Rendez-vous Centre-ville Centre de jour 550, rue Saint-Joseph, Québec (sous-sol de l'église Saint-Roch, porte verte) Tél. : 418 529-2222 Rendez-vous Centre-ville Centre de jour 401, rue Saint-Paul Québec Tél. : 418 694-9316 maison@lauberiviere.org Aide aux femmes Centre femmes d'aujourd'hui Améliorer les conditions de vie des femmes 1008, rue Mainguy, Québec Tél. : 418 651-4280 c.f.a@oricom.ca www.ctech.ca/cfa

Tel-Aide Québec Tél. : 418 686-2433 www.telaide.qc.ca

Soupe populaire Maison Mère Mallet Dîner 745, Honoré-Mercier, Québec Tél. : 418 692-1762

Tel-Jeunes Tél. : 1 800 263-2266 http://teljeunes.com

Santé mentale

Entraide Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert (CAPMO) 435, rue du Roi, Québec Tél. : 418 525-6187 poste 221 carrefour@capmo.org Fraternité de l'Épi 481, rue de La Salle Québec Tél. : 418 529-0007 Hébergement Maison de Lauberivière Pour hommes et femmes démunis ou itinérants 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 maison@lauberiviere.org www.lauberiviere.org L'Armée du Salut et La maison Charlotte Hébergement hommes et femmes 14, côte du Palais, Québec Tél. : 418 692-3956

Centre Naître ou ne pas Naître Écoute et aide matérielle pour les femmes enceintes 1379, chemin Sainte-Foy, Québec Tél. : 418 683-8799 centre.naitre@videotron.ca www.centrenaitre.org

Maison Revivre Hébergement pour hommes 261, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 523-4343 info@maisonrevivre.org www.maisonrevivre.ca/portail

Violence Info Sensibilisation, information et intervention pour contrer la violence conjugale et la maltraitance envers les aînées. CSP du Temple, Beauport Tél. : 418 667-8770 violenceinfo@bellnet.ca

SQUAT Basse-Ville Hébergement temporaire pour les 12 à 17 ans 595, rue Saint-François Est Québec Tél. : 418 521-4483 info@squatbv.com www.squatbv.com

Alphabétisation

Gîte Jeunesse Hébergement temporaire pour garçons de 12 à 17ans Résidence de Beauport 2706, av. Pierre Roy, Québec Tél. : 418 666-3225 Résidence de Ste-Foy 3364, rue Rochambau, Québec Tél. : 418 652-9990

Alphabeille Vanier 235, rue Beaucage, Québec Tél. : 418 527-8267 alphabeille@qc.aira.com Alpha Stoneham 926, rue Jacques-Bédard, Québec Tél. : 418 841-1042 alphastoneham@ccapcable.com www.alphastoneham.com Atout-lire 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec Tél. : 418 524-9353 alpha@atoutlire.ca http://atoutlire.ca/accueil Lis-moi tout Limoilou 798, 12e Rue, Québec Tél. : 418 647-0159 lismoitout@qc.aira.com La Marée des mots 3365, chemin Royal, Québec Tél. : 418 667-1985 Détresse psychologique Centre de crise de Québec Tél. : 418-688-4240 ecrivez-nous@centredecrise.com www.centredecrise.com Centre de prévention du suicide 8180, boul. Pierre-Bertrand Nord, Québec Tél. : 418 683-4588 www.cpsquebec.ca Communautés solidaires 5, rue du Temple, Québec Tél. : 418 666-2200 info@communautessolidaires.com www.communautessolidaires.com

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Réinsertion sociale

La Boussole Aide aux proches d’une personne atteinte de maladie mentale 302, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 523-1502 laboussole@bellnet.ca hwww.laboussole.ca Centre Communautaire l'Amitié Milieu de vie 59, rue Notre-Dame-des-Anges, Québec Tél. : 418 522-5719 info@centrecommunautairelamitie.com www.centrecommunautairelamitie.com Centre d’Entraide Émotions 3360, de La Pérade, suite 200, Québec Tél. : 418 682-6070 emotions@qc.aira.com www.entraide-emotions.org La Maison l'Éclaircie Troubles alimentaires 2860, rue Montreuil, Québec Tél. : 418 650-1076 info@maisoneclaircie.qc.ca www.maisoneclaircie.qc.ca Ocean Intervention en milieu Tél. : 418 522-3352 Intervention téléphonique Tél. : 418 522-3283 Parents-Espoir Soutient dans leur rôle parental et accompagne (au centre jeunesse, chez l'avocat...) les parents qui vivent ou qui ont déjà vécu un problème de santé mentale. 363, de la Couronne, bureau 410 Québec (Québec) G1K 6E9 Tél. :418-522-7167 Service d'Entraide l'Espoir 125, rue Racine, Québec Tél. : 418 842-9344 aide@service-dentraide-espoir.org www.service-dentraide-espoir.org Relais La Chaumine 850, 3e Avenue, Québec Tél. : 418 529-4064 violenceinfo@bellnet.ca www.relaislachaumine.org

Maison Dauphine Pour les jeunes de 12 à 24 ans 14, rue Dauphine, Québec Tél. : 418 694-9616 www.maisondauphine.org

TOXICOMANIE

YWCA Hébergement et programme de prévention de l’itinérance et de réinsertion sociale pour femmes (La Grande Marelle) 855, av. Holland, Québec Tél. : 418 683-2155 info@ywcaquebec.qc.ca www.ywcaquebec.qc.ca Prostitution P.I.P.Q. Projet intervention prostitution Québec 535, av. Des Oblats, Québec Tél. : 418 641.0168 pipq@qc.aira.com Soupe populaire

Al-Anon et Alateen Alcoolisme Tél. : 418-990-2666 www.al-anon-quebec-est.org Amicale AlfA de Québec 815, av. Joffre, Québec Tél. : 418647-1673 amicalealfa@sprint.ca Point de Repère 530, rue Saint-Joseph Est, Québec Tél. : 418 648-8042 www.pointdereperes.com VIH-SIDA MIELS-Québec Mouvement d’information et d’entraide dans la lutte contre le VIH-sida 625, avenue Chouinard, Québec Tél. : 418 649-1720 Ligne Sida aide : 418 649-0788 miels@miels.org www.miels.org

Café rencontre Centre-Ville Déjeuner et dîner 796, rue St-Joseph Est, Québec Tél. : 418 640-0915 info@caferencontre.org hwww.caferencontre.org Maison Lauberivière Souper 401, rue Saint-Paul, Québec Tél. : 418 694-9316 centredejour@lauberiviere.org

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Merci à tous nos précieux partenaires ! Partenaires Or

Morin Desrochers Beaulieu Quincaillerie St-Jean-Baptiste Le Saint-Amour Services 211

Centraide Desjardins Caisse populaire du Québec Partenaires Argent

Partenaires Inconditionnels (depuis plus de 5 ans!)

La Boîte à pain CKRL FM 89,1 Festival d’été de Québec Les impressions Stampa

Le Bal du Lézard L’Inter-Marché Saint-Jean Maison Revivre Michel Yacoub

Partenaires Bronze

Partenaires Ad Vitam Aeternam

Audiothèque de Québec La Carotte joyeuse Centre Femmes aux 3 A Centre Ozanam Épicerie Européenne Érico Choco-Musée

Claude Gallichan, chiropraticiens

LA LANGUE DANS SA POCHE

l’expression mentionnée ici, il signifie : état d’esprit, dispositions habituelles. 7. Cette expression est associée au manque de conviction. Celui qui agit pas acquit de conscience cherche surtout à se garantir du risque d’avoir quelque chose à se reprocher, sans être vraiment convaincu que son action est indispensable. 8. Ce sont les Madelinots et les Madeliniennes. 9. C. Dans l’Antiquité, la sibylle était une prophétesse, une femme inspirée, qui prédisait l’avenir. 10. Faux. Réquisitoire est masculin; échappatoire et écritoire sont féminins.

1. Les calendes étaient le premier jour du mois dans le calendrier romain; il n’y avait pas de calendes chez les Grecs. 2. Une voxographie est une liste de films mentionnant les personnages auxquels un acteur a prêté sa voix dans le cadre d’un doublage. 3. «In vivo», qui signifie dans l’organisme vivant, s’oppose à «in vitro». 4. C. Vasouiller signifie : cafouiller, merdoyer, s’embrouiller. 5. B. 6. Ne pas être dans son assiette. Le mot «assiette» a plusieurs sens; dans

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Un client épaté ! « Bonjour, je suis bien au journal La Quête ? Il faut que je vous raconte... » La voix enthousiaste, le débit rapide, l’homme au bout du fil semble empressé de dire ce qu’il a à dire. « Hier, je suis allé chez Mountain Equipment Co-op (MEC). Devant le magasin, une femme vendait La Quête. J’ai sorti 5 $ de mon portefeuille et lui ai dit de garder la balance en entrant dans le commerce. Je venais à peine d’atteindre le rayon des lunettes soleil qu’on me tape sur l’épaule. Je me retourne et la première chose que je vois, c’est une main qui tend 20 $... Derrière le billet, je reconnais la femme camelot. Elle me remet le 20 $ qui a glissé de mes poches quand je l’ai payé. Eh ben, j’en reviens pas... d’autres auraient fait semblant de rien et auraient gardé l’argent ! Après ça, je suis allé faire quelques courses dans St-Jean-Baptiste. Quand je suis repassé devant MEC, plus d’une heure plus tard, la dame était toujours en poste. Je la trouve très honnête et très courageuse... et je voulais vous le dire ! » de conclure Pierre Laurinaitis.

Des fleurs pour La Quête de mai ! Un ami de Valérie Gaudreau, notre rédactrice en chef bénévole, lui a fait parvenir ce message : « Valérie, je viens de lire La Quête et je veux te féliciter pour ton excellent ouvrage rédactionnel. J’ai été impressionné par la qualité générale du dernier numéro, avec ses articles, témoignages et sa présentation. Franchement Bravo ! »

Si comme M. Laurinaitis vous passez devant MEC, n’hésitez pas à encourager Francine Taillon qui, depuis qu’elle a commencé à vendre La Quête il y a quelques mois, met vraiment beaucoup d’ardeur et de bonne humeur dans son travail !

Alexandre Bélanger

Un numéro qui fait de l’effet ! Mille fois pour votre numéro de juin 2013 J’ai adoré vous lire. C’est rafraîchissant de voir cette belle jeunesse avec des projets novateurs et pleins d’espoir pour l’humanité. Notre langue française à de quoi survivre avec eux. Bravo ! Je vous encourage au max. Merci aussi pour les entrevues : Bouchard, Miville-Dechêne, Roy et tous les autres ! Ça fait oublier le cynisme ambiant au Québec. Continuez...

Cécile Beaulieu

La Quête au vernissage des résidents de l’Armée du Salut Dans l’édition de décembre dernier, La Quête présentait Jean-Guy, premier participant des ateliers d’art de l’Armée du Salut. Ces ateliers, initiés par l’intervenant Mathieu Thomas, ont pour objectif d’améliorer la qualité de vie des résidents, tant de l’Hôtellerie pour hommes que de la Maison Charlotte pour femmes, et de favoriser l’émergence d’une image plus positive chez les participants.

Photo : La Quête

Le 7 juin dernier, dans le hall du collège Morin Centre culturel, se tenait la première édition du vernissage des résidents de l’Armée du Salut. En plus de permettre d’admirer les toiles des résidents, cette soirée a été l’occasion de dévoiler le montant amassé — 2 500 $ — par la vente aux enchères des œuvres offertes par les artistes peintres Claire Gravel, Cynthia Coulombe-Bégin et Jean-Philippe Dagenais (JYPÉ), qui jouaient également le rôle de porte-parole de l’événement.

Jean-Guy présente sa toile Havre-Saint-Pierre. À droite, Mathieu Thomas, l’initiateur du projet.

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Cette somme servira à acheter le matériel nécessaire à la poursuite des ateliers. Belle continuité !

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Photo: Luc-Antoine Couturier

www.epicerie-europeenne.com

Pause c창lin pour Mario Net!


3$ Le magazine de rue de Québec

No 156 Juillet-Août 2013

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Photos : Francis Fontaine

• Prévoir l’imprévisible • Ancrer la mémoire • L’art du camouflage • Un trésor bien gardé centraide-quebec.com | 418 660-2100 pub_jlaquete_juin_2013.indd 1

S.V.P. n’achetez qu’au camelot portant une carte d’identification 3 $ contribution volontaire. 2 $ sur le prix de vente va directement au camelot. 13-06-13 15:28

La quete numero 156 juillet aout 2013