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Le magazine de rue de Québec Numéro 278 Mars 2026
POLICE POLICE POLICE
SOMMAIRE
PA R O L E S LIBRES
Police 07 Judiciariser les personnes marginalisées n’est jamais la solution
11 À la croisée du militaire et du policier
14 Le jeu de La Quête 15 Ti-Will et son père policier 16 Lettre dans l’ombre
08 La parole à la rue
17 Le départ
10 Une police qui prend le temps
18 Les chevaux merveilleux 19 Passer au travers le jour simplement 20 Je suis ?
Photo : Caroline Ouellet
22 Valse émotion
06 Fiers de leur Glock 12 Minuit moins dix
Photo: Favim.com
13 Ah la Police ! 24 Amour à donner MARS 2026
LA QUÊTE
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PAGE COUVERTURE Photo : Caroline Ouellet Conception graphique : Helen Samson
RÉALISER L'ESPOIR L'Archipel d'Entraide, organisme à but non lucratif, vient en aide à des personnes qui, à un moment donné de leur existence, sont exclues du marché du travail ou vivent en marge de la société. Ces laissés pour compte cumulent différentes problématiques : santé mentale, itinérance, toxicomanie, pauvreté, etc. Dans la foulée des moyens mis en place pour améliorer le sort des plus défavorisés, l'Archipel d'Entraide lance, en 1995, le magazine de rue La Quête. Par définition, un journal de rue est destiné à la vente – sur la rue ! – par des personnes en difficulté, notamment des sans-abri. La Quête permet ainsi aux camelots de reprendre confiance en leurs capacités, de réaliser qu'à titre de travailleurs autonomes ils peuvent assumer des responsabilités, améliorer leur quotidien, socialiser, bref, reprendre un certain pouvoir sur leur vie. L'Archipel d'Entraide, composée d'une équipe d'intervenants expérimentés, offre également des services d'accompagnement communautaire et d'hébergement de dépannage et de soutien dans la recherche d'un logement par le biais de son service Accroche-Toit. Depuis sa création, La Quête a redonné l'espoir à quelques centaines de camelots. SUIVEZ-NOUS SUR
ÉDITEUR PARRAIN Claude Cossette RÉDACTRICE EN CHEF Francine Chatigny DIRECTRICE DE L'INFORMATION Valérie Gaudreau SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Isabelle Noël CHRONIQUEUR.SE.S Claude Cossette, Michel Potvin, Marc Émile Vigneault et Gabrielle Vaudry du Projet L.U.N.E. JOURNALISTES Gaëllane Gouillon, Elisa Martarello, Elsa Ribouleau et Geneviève Turcotte
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AUTEUR.E.S Christina Foisy, Francis, M. Leblanc, Sébastien Lévesque, Véronique Rivard, Alexis Roberge et Sylvain Rouillard
UNE TRIBUNE POUR TOUS Envie de faire connaître votre opinion, de partager vos poésies, de témoigner de votre vécu ? Nos pages vous sont grandes ouvertes. Envoyez-nous vos textes par courriel, par la poste ou même, venez nous les dicter directement à nos bureaux. Faites-nous parvenir votre texte (700 mots maximum) avant le 1er du mois pour parution dans l'édition suivante. La thématique de mai : LÉGÈRETÉ
FAIRE DES SOUS EN DEVENANT CAMELOT
AUTEUR.E DU JEU Lise Gravel et Jacques Carl Morin RÉVISEUR.E Benoit Arsenault et Marie-Hélène Gélinas (plumeplume.net) et Véronique Harvey BÉDÉISTE Martine Lacroix INFOGRAPHISTE Helen Samson
Les camelots font 2 $ de profit sur chaque exemplaire vendu. Autonomes, ils travaillent selon leur propre horaire et dans leur quartier.
RESPONSABLE DES VENTES DE PUBLICITÉ ET DES ABONNEMENTS Carolane Charpentier 418 649-9145 poste 114 laquete.ventes@larchipel-dentraide.org
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LA QUÊTE
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MOT DU COMMUNAUTAIRE
Y a du mouvement, vous le sentez ? ! Probablement pas. Mais nous sommes là, ce remous, cette force, ce réseau… Nous sommes partout autour de vous. On s’affaire, on s’active, on proactive, on observe, on répond, on soutien, on accompagne, on écoute. Nous sommes le communautaire. Nos actions, comme intriquées dans le tissu de la communauté passent inaperçue, fondue dans le décor ? Soit, nous n’avons pas besoin de gloire ni de remerciement. Nous avons besoin de soutien, de moyen et reconnaissance. La reconnaissance de la place absolument essentielle que nous occupons.
MOT DE LA COORDO
LE BOUTTE DU BOUTTE ! retourne et on regarde derrière, on avance et on regarde devant et on voit quoi ? Une crise, prévisible, évitable, mais incontestable. Où est le gouvernement ? En déroute, tout surpris que des années de désengagement envers la population aboutissent finalement à une crise sociale majeure qui semble maintenant impossible à endiguer. Et les travailleurs du communautaire absorbent. Jusqu’à maintenant. Mais là on est bien imbibés et ça va déborder.
Quand le thème Police a été proposé par un camelot, un peu d’animosité teintait sa voix. Ses expériences avec les agents de la paix, à l’instar de biens d’autres personnes en situation d’itinérance, n’ont pas toujours été des plus agréables. Dans ce numéro, on donne la parole aux principaux concernés tant du côté de la rue que de la SPVQ. Et ça, ce n’est qu’un petit aperçu du contenu.
nement se repose sur nous pour pallier les manques. Nous ne sommes pas des sous-traitants, nous avons notre expertise, nos approches et NOUS SOMMES AUTONOMES. Mais pour combien de temps ?
Bonne lecture,
😉
MOT DU CAMELOT
L’Archipel d’Entraide participe au mouvement « Le communautaire à boutte ». Vous allez nous voir, nous entendre. On a des petites choses à dire à nos gouvernements. Nous allons nous rendre visibles et bruyants pour un moment. Ce sera l’ocNous ne sommes pas de bons casion de venir discuter avec samaritains animés par la cha- nous ! Relayez notre message, rité chrétienne ! Nous sommes la communauté c’est vous ! des personnes compétentes et Au nom de nos équipes, engagées à répondre aux beODRÉE, Mais, mais, mais… On tient, soins de la communauté. Nous DIRECTRICE GÉNÉRALE on maintien, on retient. On se avons acquis une légitimité de DE L’ARCHIPEL D’ENTRAIDE concerte, on collabore, on or- fait indéniable : nous sommes ganise on se mobilise. On se là, nous agissons et le gouver-
Photo: Stephen Picilaidis sur Unsplash
FRANCINE CHATIGNY
MARS 2026
Cette lettre s’adresse tout particulièrement à la police, mais aussi à chacun et chacune d’entre nous. J’écris ces quelques mots pas pour faire la guerre, mais la paix. Peu importe notre statut social, nous avons tous une part de responsabilité. Mon objectif est de montrer à tout le monde que l’itinérance nous concerne tous, car tu ne sais pas si un jour tu te retrouveras là. Je ne suis pas là pour faire la morale à la police et lui montrer son travail, mais pour transmettre un message d’espoir et d’amour à toute la société. On doit tous se questionner à savoir ce que nous pourrions faire pour améliorer la situation : selon moi et mon expérience, il faut d’abord essayer de mettre nos préjugés de côté afin d’améliorer le sort des personnes en situation d’itinérance. Au revoir et à la prochaine. JOCELYN, CAMELOT RUE CARTIER
LA QUÊTE
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FIERS DE LEUR GLOCK1
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Jadis, le mot « police » n’évoquait ni le Glock ni le gyrophare. La police, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est le produit d’une longue évolution tant dans le domaine technique qu’en ce qui concerne les relations avec les citoyens. SURVEILLER LA VILLE COLONIALE
toyens ? Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) doit parfois enquêter sur des morts liées à un usage questionnable de ces outils. LA PROFESSIONNALISATION
Aujourd’hui, les aspirants policiers doivent obtenir un DEC en Techniques policières (d’une durée de trois ans), avant de compléter la formation de 15 semaines à l’École nationale de police du Québec (ENPQ) à Nicolet, où l’on couvre l’intervention physique, le droit, la psychologie et la déontologie. Malgré cette professionnalisation, des criLe SPVQ puise ses racines dans le Régime français alors tiques mentionnent le manque de formation sur des enjeux que le « prévôt », la nuit, cadenassait les trois portes d’ac- comme la santé mentale ou le profilage racial. cès à la ville et patrouillait ensuite les rues. Sous le Régime La police urbaine de Québec a vu son rôle évoluer. Les ananglais, à partir de 1759, le commerce maritime s’intensi- nées 1990 ont mis de l’avant le « modèle communautaire » fie, la population augmente et le nombre de bagarres entre qui visait à rapprocher les policiers des citoyens. Le SPVQ a marins et citoyens croît. Cette évolution force les autorités alors mis sur pieds des postes de quartier, des programmes à assurer une meilleure surveillance et, au 19e siècle, à se jeunesse et des organismes de médiation. Mais, en padoter d’un corps de police. On lui confie la mission d’as- rallèle, il a développé des unités d’intervention tactique surer « l’ordre public », ce qui veut aussi dire contrôler les (GTI) équipées de matériel militaire : fusils d’assaut, gilets rassemblements, les mouvements ouvriers et les popula- pare-balles, grenades assourdissantes, etc. Le duo opposé, tions pauvres. L’historien Paul-André Linteau : « La police proximité-force, est difficile à gérer ; il alimente les débats urbaine se veut garante de l’ordre public, entendu comme publics, surtout depuis les interventions musclées filmées la protection des élites sociales et économiques. » et relayées sur les réseaux sociaux.
Quand on parle de « la police » à Québec, on pense immédiatement au Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), à ses auto-patrouilles blanches et bleues, et à ses policières et policiers en uniforme sombre. Mais derrière cette présence familière se cache l’histoire d’une constante adaptation.
CHANGEMENTS D’ÉQUIPEMENT
LA PERCEPTION CITOYENNE
Au départ, l’uniforme s’inspire du modèle britannique : tunique bleue, boutons dorés, casque en dôme comme celui de l’armée britannique des Indes. Ce look visait à imposer le respect, voire la crainte. Au 20e siècle, on adopte la casquette plate. L’historien Andrew Ross écrit que « c’est le signe visuel d’une police qui se veut professionnelle plutôt que paramilitaire ». Aujourd’hui, les policiers du SPVQ portent une tenue étudiée, avec gilet pare-balles et accessoires techniques.
Le SPVQ emploie environ 800 policières et policiers dont la mission est de « garantir la paix, l’ordre et la sécurité publique ». Sur le plan professionnel, le service est reconnu pour sa rigueur et les données sur la criminalité montrent une tendance à la baisse.
Pourtant, la confiance du public n’est pas assurée. En 2022, des vidéos ont montré des arrestations musclées, ce qui a suscité des critiques. Des enquêtes ont été menées. Le chef Denis Turcotte a déclaré « qu’il prenait ça au sérieux ». Le À l’origine, les gendarmes n’étaient armés que d’une ma- Plan stratégique 2023-2028 du SPVQ mise sur la préventraque de bois et de sifflets et, dans les années 1950, la tion et la proximité, la formation continue et la transpapatrouille à pied en binômes était encore répandue. Un rence. D’autres pistes sont discutées dans la communauté, jour que je bricolais le soir dans la boutique de mon père, en particulier la création d’équipes mixtes de policiers et ils sont entrés pour vérifier ce qu’il s’y passait ; une autre d’intervenants psychosociaux. fois, ils ont ramené à mon père, mon frère qui avait fait un La police de Québec a évolué. Mais la société évolue plus mauvais coup et qu’ils avaient rattrapé à la course. Ce n’est vite encore. Le défi du SPVQ sera de répondre aux exigences qu’après la Seconde Guerre mondiale qu’on les arma d’un d’une population plus diverse, plus critique, plus soucieuse revolver, le Colt 38. Les agents sont présentement armés du de sa sécurité et plus exigeante sur ses droits. C’est un difficile pistolet SIG Sauer, et d’armes, comme le bâton télescopique, équilibre à assurer entre la sécurité et la liberté. le gaz poivre ou le Taser. CLAUDE COSSETTE Mais l’usage de ces outils n’est pas exempt de critique : comment concilier la sécurité des policiers et celle des ci-
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Pistolet semi-automatique
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LA QUÊTE
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JUDICIARISER DES PERSONNES MARGINALISÉES
N’EST « JAMAIS UNE SOLUTION »
Photos :Genevieve Turcotte
« Quand tu donnes un ticket avec une peine en argent à quelqu’un qui n’en a pas, on peut se questionner sur le but de cette peine-là », mentionne Florence Lalancette, intervenante communautaire à la Clinique Droit de cité. Les personnes en situation d’itinérance ou de pauvreté ont d’autres priorités, comme se nourrir ou trouver un endroit où dormir.
En plus du fardeau financier, la judiciarisation a de lourdes conséquences Annie Aubin et Florence Lalancette, intervenantes communautaires à la Clinique Droit de cité, pour les personnes marginalisées : méaident les personnes marginalisées à naviguer dans le système de justice. fiance envers le système, stress, stigmatisation, crainte de fréquenter les orgaquoi l’autre option qu’on offre ? Est-ce certains organismes permettent de nismes, isolement et bien plus. qu’elle a réellement une autre option ? rejoindre plus de personnes et d’assuPourtant, entre janvier 2013 et juin Je ne crois pas. » rer un meilleur suivi. 2022, plus de 12 000 constats d’infracL’article du règlement municipal qui « Plus une personne vient nous voir tion ont été donnés à des personnes déinterdit la possession de matériel de rapidement avec son constat, plus elle clarant l’adresse d’un organisme en iticonsommation de drogue dans un aura d’ o ptions », indique Annie. Les nérance de Québec, révélait une étude endroit public ou dans la rue est ausintervenants exposent toutes les posde l’Observatoire des profilages réalisée si problématique, soulignent les deux sibilités pour que la personne puisse en collaboration avec la Clinique Droit intervenantes communautaires. « La faire un choix éclairé. Il peut s’agir de cité. La consommation et la prédirection de la santé publique a un d’une contestation, d’une entente de sence dans l’espace public étaient en enlignement provinpaiement, de travaux cause dans 73 % des cas. cial sur le fait que les « Plus une personne vient compensatoires ou du « Depuis 2016, le recours à la répres- organismes commuprogramme IMPAC, nous voir rapidement sion comme réponse à l’itinérance nautaires peuvent qui s’adresse aux peravec son constat, plus s’est amplifié à Québec, bien au-delà distribuer du matériel sonnes prêtes à s’engaelle aura d’options », de l’augmentation de l’estimation de de consommation séger dans un processus la population en situation d’itinérance curitaire, parce qu’on sait que ça sauve de réintégration sociocommunautaire. visible dans la région de la Capitale-Na- des vies, parce que les gens vont avoir tionale », constatait l’Observatoire des moins de risques d’overdose, moins de Les solutions offertes ne sont pas toujours adaptées à la réalité des perprofilages dans son rapport publié en risques d’ITSS », explique Florence. sonnes en situation d’itinérance ou de 2024. Et ce, malgré le fait que les polipauvreté, déplore toutefois Florence. tiques et plans d’action du gouverne- UN SOUTIEN PRÉCIEUX ment préconisent un renforcement des La Clinique Droit de cité facilite l’ac- Par exemple, les montants mensuels mesures alternatives, puisque la judi- cès à la justice et fait de la défense de exigés lors des ententes de paiement sont souvent trop élevés. La meilleure ciarisation est « coûteuse et contre-pro- droits. solution serait de ne pas donner de ductive », était-il précisé. Sans donner des conseils juridiques, contraventions, plaident les interveles intervenants communautaires ac- nantes. Elles prônent davantage de RÈGLEMENT CONTESTÉ prévention, par l’amélioration des Plusieurs organismes, dont Droit de compagnent les personnes en situasoins et l’accès au logement et à un retion d’itinérance ou en état de vulnécité, demandent des changements au venu décent. rabilité dans leurs démarches auprès règlement de la Ville de Québec sur la paix et le bon ordre, dont certains ar- du système de justice. Une avocate En mars, des témoignages seront prébénévole collabore avec l’organisme sentés dans la vitrine de l’Engrenage ticles sont jugés discriminatoires. et le personnel travaille quotidienne- Saint-Roch, sur la rue Saint-Joseph, Les interdictions de mendier, de flâ- ment avec des avocats de l’aide juripour permettre aux passants de mieux ner, de se construire un abri ciblent dique ou du privé. comprendre l’enjeu de la judiciarisation des « comportements de survie » pour des personnes vulnérables et ses impacts. Droit de cité a aidé 205 personnes certains, soutient Annie Aubin, éga« Le but de cette vitrine, c’est de sensibidans les six mois suivant sa réouverlement intervenante communautaire liser, de faire voir cette problématique à à Droit de cité. « Quand on pense au ture en janvier 2025, après une pause la population générale », souligne Flode quelques mois pour se restructuflânage, on donne un constat pour ça rence, appuyée par Annie, qui souhaite rer. Malgré les besoins grandissants, parce que la personne est dans l’espace que le projet suscite des réflexions. public, elle est là, elle existe. Mais en la petite équipe réussit à accompagner tous ceux et celles qui en font la tant que ville, en tant que société, c’est GENEVIÈVE TURCOTTE demande. Les visites régulières dans MARS 2026
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ITINÉRANCE ET POLICE
LA PAROLE À LA RUE
Vivre dans la rue implique de croiser régulièrement les policiers. Comment sont les relations entre personnes en situation d’itinérance et agents de la paix ? La Quête s’est rendue au Répit de l’Archipel d’Entraide pour prendre le pouls !
Daniel — « J’ai rien contre eux autres », lancent-ils d’entrée de jeu. Les relations de Daniel avec la police se réduisent à un contrôle : « qu’est-ce que tu fais ici ? », « astu de la drogue ? ». Ce n’est qu’en cas de grave état mental que les policiers conduisent à l’hôpital. Pourtant, Daniel s’est rappelé une anecdote : il y a une dizaine d’années, par moins 50 degrés, des policiers « avaient la job d’accueillir des gars de la rue […] Ils payaient tout, le café, les beignes ».
Photo : Gaëllane-Gouillon
DES RELATIONS QUI SE SONT APAISÉES…
Daniel au Répit de l’Archipel d’Entraide. Il n’a plus de dossier depuis quelques années, de sorte qu’il affirme ne plus craindre la police : « Je vais dans la rue et je n’ai pas peur d’être arrêté ».
Photo : Gaëllane-Gouillon
la police soit vue comme un enne- “je vais avoir un toit et trois repas mi, c’est quelqu’un de neutre qui par jour”. Quand c’est rendu là, il te donne une chance et qui fait n’y a plus rien qui te dérange ». juste son travail ». Surtout, Hugo C’est pourquoi l’approche plus hua insisté sur le fait que la répres- maine, dont Hugo a confié avoir sion ne fonctionne pas. « Quand été témoin, est bienvenue. Par Hugo — « Une nouvelle police, tu es dans la rue, tu n’as plus rien exemple, il a raconté avoir vu des plus intervenante que répressive ». à perdre. Quand on te donne des policiers donner un lift à une perTel est le constat d’Hugo. Selon lui, tickets, qu’on te menace de n’im- sonne en détresse plutôt que de la la création des policiers MULTI porte quoi, à la limite, si on te dit laisser attendre l’ambulance. en 2020 a marqué un tournant : que tu vas en prison, c’est correct, une police de proximité, « plus adaptée à intervenir dans la rue, au lieu d’être juste policier ». Ainsi, « le clash » entre les personnes en situation d’itinérance et le reste de la population tend à s’amoindrir, a-t-il estimé. Pour une consommation dans la rue, « la justice est censée être égale autant pour le touriste qui vient de dépenser des milliers de dollars que la personne qui couche dehors. Les deux devraient être traités de la même façon, mais c’est pas tout à fait le cas. Mais là, tranquillement, ça se corrige ». « Au lieu de donner directement un ticket, ils regardent, ils corrigent la situaHugo est actuellement en voie de réinsertion, il travaille pour la Ville comme signaleur au tion », illustre-t-il. Cette approche déneigement et va bientôt signer un bail. plus accompagnatrice « évite que
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LA PAROLE À LA RUE (SUITE) …MAIS PAS POUR TOUS LES CAS
Photo : Gaëllane-Gouillon
Catherine — « Si on a besoin d’aide, c’est pas eux qu’on va voir, on va à l’Archipel d’Entraide ou à la bibliothèque ». Mais même là, Catherine ne se sent plus tranquille. Parce qu’elle vit avec ses chats dans la rue, elle a davantage de difficultés pour être acceptée dans un Répit et, en prime, est davantage visible de la police. « Chaque fois qu’on essaie de s’arrêter quelque part, on peut être sûr que les policiers sont après nous. Ils vont nous fouiller. Ils vont jeter toutes nos choses en l’air. Ils vont s’assurer qu’on avoir loué des Airbnb pendant quelques mois, Catherine, son compagnon et ses trois chats ait de la misère à repartir. » Si un Après n’ont eu d’autre choix que de rejoindre la rue. Néanmoins, elle juge les Répits de moins en moins sécuritaires, évoquant la promiscuité (une cinquantaine de personnes dans une seule pièce), tandis accord a été conclu avec certains les consommations de drogue ou d’alcool multiplient les risques d’escalade, une violence dont elle policiers pour occuper la mar- aquerécemment fait les frais pour défendre un de ses félins. quise de l’ancien magasin Benjo, d’autres s’y sont montrés hostiles. alors qu’elle occupait un abribus, Malgré ces expériences contras« Ils nous traitent de gros dégueu- elle raconte avoir dû prouver son tées, Hugo a insisté sur la nécessilasses […] nous demandent tout identité, donner ses sacs puis avoir té de nuancer « ce ne sont pas tous le temps de quitter, sinon on va reçu des menaces de contravention les policiers qui sont sur le coche avoir des contraventions ». Ca- si elle ne remettait pas en plus sa ni toutes les personnes de la rue ». therine dénonce une situation carte d'assurance maladie. Elle a Le respect des personnes en situaencore pire pour les femmes – ajouté qu’après une chute sur la tion d’itinérance demeure une clé traitées d’encore plus de « noms glace, une intervenante l’« a laissée pour améliorer les relations avec d’oiseaux », notamment, dit-elle une heure et quinze minutes avant le reste de la population. avec amertume – en et l’absence que l’ambulance n’arrive ». GAËLLANE GOUILLON de changement malgré la création « Je ne pense pas qu’ils soient là des équipes MULTI. pour nous aider ». Trop de policiers pour rien, d’après elle qui « C’EST UN ÉTAT POLICIER » voit leurs voitures constamment Anonyme — Depuis qu’elle a un dos- défiler quand elle se trouve au sier auprès de la police, une source, parc : « ça n’a pas de bon sens qui préfère rester anonyme, se sent parce qu’ils n’ont rien à faire ». constamment ciblée. Dernièrement,
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L’ÉQUIPE MULTI
UNE POLICE QUI PREND LE TEMPS Marie-Ève Bégin et Éric Corneau sont deux visages connus dans Saint-Roch. Depuis plusieurs mois déjà, ces deux patrouilleurs de l’équipe Multi (Maintien de l’Ordre et Unité de Liaison avec les Intervenants) du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) parcourent les rues du quartier, à pied ou en voiture. La Quête est allée les rencontrer dans leur bureau de la rue du Pont pour en savoir plus sur le rôle de leur unité.
Créée en mai 2020 à la suite d’une réorganisation policière, l’équipe MULTI répond à des besoins bien précis. Elle marque notamment le retour d’une patrouille pédestre, longtemps mise de côté, dans des secteurs où les réalités sociales sont particulièrement présentes. « On sentait un besoin de rapprochement, autant avec les citoyens qu’avec les commerçants », expliquent les policiers. Aujourd’hui, l’unité compte un peu plus d’une trentaine de policiers répartis en plusieurs équipes. Cinq d’entre elles couvrent différents secteurs et assurent diverses missions, notamment le transport des détenus et leur prise en charge lors des visiocomparutions (escorte, installation en salle et surveillance). La sixième, quant à elle, mise sur pied plus récemment, se consacre exclusivement aux personnes en situation d’itinérance. Une façon de mieux répondre à une réalité complexe qui demande constance, connaissance du milieu et continuité dans les interventions. Dans le secteur de la rue Saint-Joseph, leur journée commence et se déroule à pied. Ils saluent les commerçants, prennent des nouvelles et remarquent les changements. On les voit guider, appeler, mais également accompagner les personnes en situation d’itinérance. Derrière chaque intervention, un réseau bien rodé se met en mouvement, qu’il s’agisse de trouver un endroit pour manger, dormir, se reposer ou obtenir des soins. Pour ceux qui arrivent à Québec sans repères, ils deviennent parfois le premier point de contact vers un filet social déjà en place. Leur travail s’effectue selon des horaires variables : de jour, de mi-journée ou de soir, afin de couvrir une large plage horaire. Présente sept jours sur sept, l’équipe MULTI intervient entre 8 h et 22 h. En dehors de ces heures, les patrouilleurs
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Photo : Laurence Bélanger
UNE PRÉSENCE POLICIÈRE PENSÉE POUR LA PROXIMITÉ
Les policiers Éric Corneau et Marie-Ève Bégin (de dos) discutent avec Claude, le camelot, lors de leur passage à l’Archipel d’Entraide.
réguliers prennent le relais. Cette organisation permet d’assurer une continuité sur le terrain tout en maintenant une présence adaptée aux réalités de la ville.
DERRIÈRE CHAQUE INTERVENTION, UNE HISTOIRE Sur le terrain, les policiers rencontrent des parcours de vie très différents. « Derrière chaque personne, il y a une histoire différente », explique Marie-Ève Bégin. Certains ont connu une enfance difficile, d’autres ont travaillé toute leur vie avant qu’un accident ou une dépendance ne fasse basculer leur avenir. Cette diversité exige une approche nuancée, loin des solutions toutes faites. Le travail de ces agents se distingue par le temps accordé aux diverses relations sur le terrain. Ici, on peut s’arrêter, écouter, poser des questions simples. « Tu viens d’où ? C’est quoi ton histoire ? » Des échanges qui permettent de mieux comprendre les besoins et de diriger les personnes vers les bonnes ressources, au bon moment. Les rencontres régulières avec des intervenants sociaux leur permettent de mieux comprendre comment désamorcer une crise ou accompagner une personne plus vulnérable. À cela s’ajoute l’expérience : avec plus de deux décennies de service chacun, les deux policiers ont développé une lecture fine du terrain et des situations. Le plus grand défi, selon eux, demeure souvent dans le fait de convaincre quelqu’un d’accepter de l’aide. « On leur
LA QUÊTE
dit souvent : quand tu seras prêt, faisnous signe. » Il faut parfois attendre, revenir, ne pas se décourager. Les saisons, les périodes du mois et la disponibilité des ressources influencent aussi la réalité du travail.
DEUX POLICIERS, UNE MÊME VISION Travailler en binôme est une condition essentielle au sein de l’équipe MULTI. Les deux policiers patrouillent toujours ensemble, synchronisés dans leurs interventions. Leurs échanges reflètent la complicité qu’ils ont développée au fil des années. Marie-Ève Bégin est extravertie et pleine d’énergie ; Éric Corneau est quant à lui plus discret et observateur. C’est cette complémentarité qui fait leur force. Malgré les situations parfois difficiles, ils gardent une distance émotionnelle saine. L’empathie est présente, mais sans jugement. « Il ne faut pas le prendre personnellement », souligne le policier. Certaines journées sont plus lourdes, d’autres plus encourageantes. Lorsqu’une personne accepte enfin de se rendre à l’hôpital ou d’entrer en contact avec une ressource, c’est déjà une victoire. Le matin, ils n’abordent jamais leur journée à reculons. Ils se donnent des objectifs, avancent ensemble, un pas à la fois. Et le soir venu, ils prennent le temps de reconnaître le travail accompli, avec le sentiment d’avoir fait une bonne journée.
ELSA RIBOULEAU MARS 2026
POLICE MILITAIRE À VALCARTIER
À LA CROISÉE DU MILITAIRE ET DU POLICIER les tâches diffèrent. Boily souligne l’importance de la formation continue afin de pouvoir « appliquer les bonnes lois et avoir les bonnes formations pour être plus efficace pour toutes situations ».
PILIER POUR LA COMMUNAUTÉ
Au sein de la structure hiérarchique, le sergent Hautcoeur occupe un poste de commandement qui demande une vision globale des opérations. En tant que commandant de section, il agit comme « conseiller technique pour le commanPour les membres du 5e peloton de la Po- dant de peloton en ce qui concerne les lice militaire de Valcartier, la polyvalence opérations en campagne et les exercices ». est une exigence du métier. Le caporal Son expertise couvre des domaines criBoily, qui a débuté sa carrière comme tiques, tels que la défense de périmètre, le patrouilleur avant de rejoindre le peloton support à la mobilité et la sécurité dans des opérations de campagne, illustre cette les zones situées à l’arrière des combats. double fonction. Selon lui, ce rôle impose Au-delà de la logistique, le sergent Hautune responsabilité particulière : celle de coeur accorde une importance primorservir simultanément « comme soldats et diale à la perception de la Police militaire comme agents de la paix ». au sein de la communauté. Selon lui, leur présence est un facteur de stabilité sociale. « La présence de la Police militaire rassure les militaires, les familles et même les civils qui travaillent avec nous, parce qu’on sait que les situations sont prises en charge de façon professionnelle et cohérente ».
Photo : Elisa Martarello
Il perçoit son unité comme un point de référence en matière de valeurs militaires. « Leur rôle est à la fois pratique et humain : ils assurent la sécurité, mais ils contribuent aussi au sentiment d’ordre, de stabilité et d’intégrité qui sont nécessaires pour que la communauté fonctionne bien », précise-t-il.
UN RAYONNEMENT DU LOCAL À L’INTERNATIONAL Caporal Boily
Actuellement, le quotidien du caporal Boily est principalement axé sur l’entraînement. Ce travail inclut des tâches d’appui rapproché, telles que la gestion de personnes capturées, le contrôle de véhicules et d’individus, ainsi que la sécurité des bases d’opérations avancées. Lorsqu’il travaille en garnison sur la base, la rigueur demeure la même, mais
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La mission de la Police militaire ne s’arrête pas aux limites de la base de Valcartier. Comme le souligne le caporal Boily, l’objectif est de protéger les personnes partout où l’armée est présente. Cela s’est traduit, pour lui, par des missions de proximité comme le programme RIDE contre la conduite avec facultés affaiblies ou des activités de relations communautaires avec les cadets.
LA QUÊTE
Photo : Elisa Martarello
À la base de Valcartier, la Police militaire assure le maintien de l’ordre, de la discipline et de la sécurité au sein des Forces armées canadiennes. Bien que moins médiatisé que d’autres unités de combat, son travail est le pivot essentiel au bon fonctionnement de la communauté militaire, que ce soit au quotidien ou lors de déploiements internationaux. Les parcours du caporal Boily et du sergent Hautcoeur permettent de mieux comprendre les responsabilités de cette force aux multiples facettes.
Sergent Hautcoeur
Le sergent Hautcoeur, pour sa part, illustre la portée opérationnelle de l’unité. Son parcours l’a mené à soutenir les autorités civiles lors de catastrophes naturelles au Québec (Opération LENTUS pour les inondations de 2019 et les feux de forêt de 2023), mais aussi à l’étranger. En 2022, il a participé à l’Opération REASSURANCE en Lettonie. Ce cycle de service se poursuit, puisqu’il prévoit d’être « de nouveau déployé sur OP REASSURANCE » au cours de l’année 2026.
LES MOTIVATIONS DE L’ENGAGEMENT L’enrôlement dans une telle unité repose sur des motivations profondes. Pour le caporal Boily, premier de sa famille à relever ce défi, il s’agissait de répondre aux urgences policières tout en assurant une sécurité financière pour ses proches. Il exprime son souhait de « servir son pays » et de rendre sa famille « fière ». De son côté, le sergent Hautcoeur recherchait « un environnement structuré, avec des repères clairs et une discipline qui aide à se dépasser ». Pour lui, les Forces armées offraient le cadre idéal pour réaliser son ambition de devenir policier tout en ayant « la possibilité de contribuer à quelque chose de plus grand que lui ».
ELISA MARTARELLO
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L’ESPOIR AU CUBE
HRONIQUE
MINUIT MOINS DIX Dès l’enfance, j’ai rencontré les agents de la paix dans différentes circonstances, dont certaines surprenantes. À l’âge adulte, j’ai eu quelques démêlés avec la justice. Je vous offre un petit survol de ces expériences plus ou moins cocasses. PETITE ENFANCE
Nos voisins d’en face avaient comme chef de famille un policier. Moi, j’étais un enfant plutôt turbulent, et déjà à cinq ans, je voulais faire comme les grands. Quand la voiture de police arrivait chez le voisin, mes aînés chantaient : « La police, pas de cuisse, numéro 36, il a mangé de la saucisse, à minuit moins dix ! » Comme je voulais être reconnu par mes amis, je prenais tout mon courage pour chanter à mon tour la chanson des grands, même si, au fond de moi, j’avais peur.
À une autre occasion, j’étais à l’école primaire et nous étions en train de jouer dans la cour pendant la récréation, quand est arrivée une voiture de police. Deux policiers décident de prendre nos empreintes digitales. Nous pensions que c’était un jeu et nous demandions aux policiers s’ils voulaient prendre nos empreintes. Parfois, ils voulaient bien les prendre, et d’autres fois, non. J’avais demandé au policier s’il voulait bien prendre les miennes et il avait accepté. DANS LA VRAIE COUR DES GRANDS
À un certain moment, je suis devenu complètement mêlé : je coulais tous mes cours à l’université et, bien que j’avais bien essayé de me trouver du travail, je n’arrivais pas à garder mes emplois. J’étais en psychose, et voilà ce qui est arrivé. Je croyais que j’étais dans un Le grand frère d’un de mes amis passait les journaux. film et que je jouais le rôle d’un voleur. Je me suis fait Nous avions peut-être six ans, quand mon ami m’a de- prendre à faire un vol et j’ai été amené en prison. J’ai mandé d’aller avec son frère et lui pour passer les jour- passé un examen psychiatrique et on m’a diagnostinaux. Son grand frère nous donnait un peu d’argent qué schizophrène. pour l’aider dans sa distribution. À un moment donné, En réalité, je pense que l’on m’a diagnostiqué comme la police nous arrête et nous amène au poste. Je ne sais schizophrène parce que je ne voulais pas me lancer pas pourquoi ils nous arrêtent. Un policier ouvre la dans une carrière criminelle. Les vrais criminels élaporte d’une cellule et nous fait entrer mon ami et moi borent des plans avant de faire leurs crimes et ils sont dans la cellule. Il referme la porte derrière nous. On organisés. Moi, je ne voulais pas faire une carrière ne comprend pas ce qui se passe et moi, je suis plu- dans le crime, je voulais être acteur, en fait. C’est ainsi tôt inquiet : après quelques minutes, qui m’ont paru que ma carrière d’acteur a commencé et qu’elle a fini un temps très long, je me suis mis à pleurer. Le po- par la même occasion, si je peux dire. licier voyant que j’avais peur et que je pleurais ouvre Aujourd’hui, la police et moi arrivons à bien nous la porte et nous laisse partir. Quand je demande au entendre. Je suis quelqu’un de paisible et les policiers frère de mon ami pourquoi on nous a arrêtés, il me savent qu’ils peuvent compter sur ma collaboration si répond : « Parce que c’est dimanche !1 » Aujourd’hui, la situation le demande. ça n’aurait aucun sens de se faire arrêter pour ça, mais à l’époque, la plupart des magasins étaient fermés le MICHEL POTVIN dimanche. Je peux dire que cette aventure m’avait quelque peu traumatisé. 1 La Loi sur l’observance du dimanche a été mise en échec au Canada en 1985, lorsque la Cour suprême l'a déclarée inconstitutionnelle, une décision confirmée en 1986. (Aperçu IA)
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L’ESPOIR AU CUBE
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AH LA POLICE ! « LA FONCTION DE POLICE EST PRESQUE TOUT ENTIÈRE DANS LA CONTRAINTE IMPOSÉE À LA LIBERTÉ DES UNS AU PROFIT DE LA LIBERTÉ DES AUTRES. » CÉLESTIN HENNION
Qu’on les appelle les « beux », les narqs, les cochons, les poulets, peu importe les noms qu’on leur donne, il reste que c’est grâce à eux si je me sens en sécurité dans ma belle ville de Québec. J’ai appris à les voir d’un autre œil, celui de la bienveillance. Bien sûr, leur métier, c’est d’appliquer les lois et de les faire respecter, mais derrière chaque policier, il y a une personne, un humain, comme vous et moi, qui tente de tirer son épingle du jeu en s’engageant dans notre grande société où l’on côtoie au quotidien tant le meilleur que le pire.
ses études pour devenir policier. Il attend son admission à l’École Nationale de Police du Québec (ENPQ), située à Nicolet, pour compléter sa formation. Ça fait trois générations de policiers dans ma famille. Alors, oui, il y a de quoi être fier : les membres de ma famille veulent servir la communauté de cette façon. C’est aussi, pour moi, la plus belle preuve qu’on éduque par l’exemple.
Mon autre frère a suivi ses traces. Il a travaillé comme policier à la baie James, est ensuite devenu directeur de police de la ville de Matagami en Abitibi et a fini sa carrière comme directeur de police de la ville de Rouyn-Noranda. Un de ses fils est actuellement directeur du Service de police de la ville d’Amos et son petit-fils, un de mes petits-neveux, vient de terminer
comme un grand et méchant. Enfin, un peu quand même… Ah la police !
RESPONSABILITÉ PARTAGÉE
J’ai appris en les observant que je suis le premier responsable de ce qui m’arrive. Si je me retrouve avec UNE HISTOIRE DE FAMILLE une contravention à payer, c’est parce que je n’ai pas Les policiers, pour moi, c’est surtout la famille. J’ai respecté une règle, ce n’est pas la faute de la police. grandi avec eux au quotidien, puisque j’ai deux grands Si je roule trop vite en automobile, je risque d’avoir frères qui sont devenus directeurs de police. L’un d’eux une contravention d’excès de vitesse. Si je décide de a travaillé sur le territoire de la baie d’Hudson, dans quitter sans payer au restaurant, c’est mon choix, mais un petit endroit nommé Great Whale1 . Enfant, j’en- c’est aussi ma responsabilité. Si je frappe mon voisin, tendais toutes sortes d’histoires sur son travail. Ce même s’il me tape sur les nerfs, je risque une plainte n’était pas une sinécure d’essayer d’appliquer des règles policière, une arrestation et des poursuites judiciaires. là où nous sommes considérés comme des étrangers Je ne peux pas mettre tous mes comportements dévoleurs de territoires, où le désespoir cause alcoolisme viants sur le dos de la police. Les règles existent aussi et violence conjugale, où la pensée même de la justice pour me responsabiliser de mes actes. a un tout autre sens que le nôtre. Je suis allé travailler Je comprends que certaines personnes vivent des inpour lui lorsqu’il a été nommé directeur de la Police et justices, qu’elles sont démunies, qu’elles peuvent être des Services de Sécurités publiques à Radisson (LG2). désengagées socialement ou même désaffiliées, mais Le Service couvrait tout le territoire de la baie James. aujourd’hui, les policiers sont de mieux en mieux Je n’étais qu’un petit commis à la facturation, mais je formés pour intervenir adéquatement auprès de ces côtoyais quotidiennement les policiers, les enquêteurs, personnes. Ils collaborent avec des équipes d’interles agents de sécurité, les pompiers, les ambulanciers, venants professionnels lorsque la situation l’exige. Ne les secrétaires et tous ceux qui œuvraient pour ce Ser- devient plus policier qui veut. Il faut réussir le DEC vice. J’ai vu comment tous ces gens étaient dévoués en techniques d’intervention policière et obtenir le pour que tout marche rondement sur les chantiers et diplôme de l’École Nationale de Police du Québec. dans le village. Il n’est plus d’actualité de définir le rôle du policier
1 Whapmagoostui (en cri) ou Kuujjuarapik (en inuit), anciennement connu sous le nom de Great Whale River (Grande-Baleine), est un village nordique situé à l’embouchure de la Grande rivière de la Baleine sur la côte est de la baie d’Hudson au Québec, Canada.(Aperçu IA)
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Ceci est mon opinion et n’engage que moi, mais, peu importe ma situation, riche ou pauvre, instruit ou non, travailleur ou chômeur, la loi et l’ordre ont raison d’être et il faut des personnes mandatées pour les faire respecter afin d’éviter le chaos. Simplement,
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MARC ÉMILE VIGNEAULT
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LA QUÊTEDES DES MOTS LA QUÊTE MOTS par Lise CARL GravelMORIN et Jacques PAR JACQUES ETCarl LISEMorin GRAVEL
CE CONSISTE À REMPLIR LES RANGÉES HORIZONTALES AINSI QUE LES Ce JEU jeu consiste à remplir les rangées horizontales ainsi que les colonnes 1 etCOLONNES 20 à l’aide des 1 ET 20 À L'AIDE DES DÉFINITIONS, INDICES OU LETTRES MÉLANGÉES OU DÉJÀ INSCRITES. définitions, indices ou lettres mélangées ou déjà inscrites. Chaque case grise représente une CHAQUE CASE GRISE REPRÉSENTE UNE LETTRE QUI EST À LA FOIS LA DERNIÈRE LETTRE lettre qui est à la fois la dernière lettre d’un mot et la première lettre du suivant. D'UN MOT ET LA PREMIÈRE LETTRE DU SUIVANT.
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1dede Québec. 1- Grande Grandeartère artèrededelalabasse-ville basse-ville Québec. 20- Louis-Hyppolite, le patriote. 20- Louis-Hyppolite, le patriote. Horizontalement : 1Le quart d’une: pinte. Pierre précieuse. 7- (Se) préoccuper. Rein d’un animal. Entre Horizontalement Cour de justice. le Honduras et le Costa Rica. 2sont Pierre élevésprécieuse. les enfantsCour 8- deJeu de cartes utilisé en cartomancie. Ban1- Établissement Le quart d’uneoùpinte. justice. sans parents. Support à trois pieds. Lettre dit, malfaiteur. Jeune cerf (TAUDGE). Île grecque. des vahinés. 2- Établissement où sont élevés les enfants sans parents. Support à trois pieds. Lettre grecque. 3- Réunion de choses de peu de valeur. Dis- 9- Table pour bricoler. Adverbe de lieu. Emchrétien, prêche. 3- cours Réunion de choses de Nourrissant. peu de valeur. Discours prisonnement. chrétien, prêche. Nourrissant. 4- Jeu de mots. Cylindre utilisé pour aplatir. 10- Guérisseur, rebouteux. Maugréer. Per4- Agence Jeu de spécialisée mots. Cylindre utilisé pour spécialisée des son Nations des Nations unies.aplatir. Agence sonne qui a quitté paysunies. pour fuir un danger. 5- Accoutumé, courant. Le jour qui suit celui 5- dont Accoutumé, Leromain. jour qui suit celui dont on parle. Empereur romain. on parle. courant. Empereur 6- Dynamite. Homme de lettres. Compte-ren6- du Dynamite. Homme de lettres. Compte-rendu d’une activité. d’une activité. Réponses au jeu p.26
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TI-WILL ET SON PÈRE POLICIER le temps qu’ils se lavent, mangent et se reposent dans des draps propres. Ti-Will et ses frères ont rapidement compris que la vie est une médaille à deux côtés. Eux, ils grandissaient dans un beau milieu, mais ils constataient que la réalité des jeunes fugueurs était plus difficile. En les accueillant, le père de Ti-Will transmettait à ses fils des valeurs Ti-Will vivait à la campagne avec ses quatre frères qui entraîneraient des répercussions dans leur vie. qui en valaient dix, selon lui ! Élevé dans un milieu Il leur enseignait à ne pas les juger, à être à leur familial sain, équilibré, rempli d’amour et de ten- écoute et à partager. dresse. Le père de Ti-Will était très généreux. Ti-Will a mis ses valeurs au cœur de son travail, comme quand il a travaillé L’ARRIVÉE DE BISOUS à l’Accueil-Homme et au Dans le cadre de son méDégrisement de la maison tier, il accueillait parfois Lauberivière. Il accueillait des portées de chiots berles gens comme son père ger allemands, qui devienlui avait montré à le faire. draient éventuellement des Ti-Will a aussi voulu transchiens policiers. La cammettre ces belles valeurs pagne leur offrait un milieu de respect et d’inclusion idéal où s’épanouir. à ses propres enfants. Ils Le père de Ti-Will rameles amenaient à l’occasion na un jour à la maison un à la cafétéria de Lauberipetit chiot sans pedigree. vière. Son action a porté Un chiot pour les quatre ses fruits, puisque l’un de frères ? Ti-Will avait huit ses fils est devenu travailans environ à cette époque. leur social et a choisi de traCes grands frères décivailler avec les personnes dèrent de former un cercle défavorisées. Sa fille, quant et de déposer le chiot au à elle, est devenue infircentre. La première permière. Sa grande empathie sonne vers laquelle le chiot lui vaut la réputation d’être se dirigerait serait son la plus apte à accueillir les « maître privilégié ». C’est personnes les plus désafvers Ti-Will que le chiot alla. filiées qui se présentent à Les autres frères pouvaient l’urgence. bien entendu le caresser et La personne qui m’a ralui donner des bisous, d’où conté l’histoire de Ti-Will Photo : Maude Levesque son nom. m’a aussi dit que, pendant Il était sans laisse, libre de courir et de s’amuser sa jeunesse, il avait partagé sa maison avec des même si la route représentait un danger. Bisous a jeunes placés par les services sociaux. En effet, vécu huit merveilleuses années avec Ti-Will et sa ses parents avaient accepté d’être une famille d’acfamille. Malheureusement, Bisous a connu une fin cueil. Les jeunes y étaient accueillis avec amour. tragique : dépassant les limites permises, il s’est retrouvé sur la route où il s’est fait frapper par une auto. En plus de vouloir aider la communauté dans son rôle de policier, le père de Ti-Will était un grand En plus de partager son quotidien avec son chien, homme rempli de générosité et de bonté. Ti-Will a aussi côtoyé de jeunes fugueurs que son Christina Foisy père ramenait à la maison. Il leur offrait un répit Le père de Ti-Will a fait carrière au sein de la Sûreté du Québec. Il a été loyal à sa carrière de policier : d’abord comme autopatrouille pendant 15 ans et ensuite en tant qu’enquêteur, pendant 10 ans. Il a aussi été gardien dans un pénitencier à Montréal et a escorté des détenus qui devaient comparaître devant la cour.
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LETTRE DANS L’OMBRE Dans l’obscurité des nuits solitaires, sous l’emprise d’un désir délétère, l’âme égarée cherche un réconfort dans les méandres d’un poison qui dévore. Une quête éperdue d’un apaisement au prix d’une souffrance, d’un tourment. Chemin pavé d’illusions éphémères où la dépendance engloutit les chimères. Les chaînes invisibles de la dépendance emprisonnent l’esprit dans leur cadence. Fragile équilibre, mince fil fragile entre euphorie et abîme indocile. Sous le poids de cette sombre prison se dessine l’ombre d’une déréliction. Mais l’espoir, lumière dans l’obscurité, guide vers la voie de la liberté. Briser les liens, renaître à l’aurore, éveiller l’âme, retrouver son décor, s’épanouir loin de l’ombre morbide, pour embrasser un destin plus limpide. Je suis là, cloué par des émotions qui m’étranglent. J’ai 16 ans et je ressens chaque jour cette douleur qui me consume de l’intérieur. La toxicomanie a pris possession de moi comme une ombre insaisissable m’entraînant dans un tourbillon obscur. Les drogues sont devenues ma bouée de sauvetage, mon échappatoire à cette réalité trop pesante. Il n’y a pas seulement ça, il y a aussi le rejet familial, cette sensation d’être incompris, jugé, rejeté. Mes proches ne comprennent pas mes tourments, mes peurs, mes angoisses. Et quand ces épisodes psychotiques surviennent, c’est comme si la frontière entre le réel et l’irréel s’effaçait, me laissant dériver sur un océan de confusion. Je voudrais tellement être compris, être écouté, mais les mots se perdent dans ma gorge, étouffés par la peur du jugement. Je suis pris au piège dans ce tourbillon de souffrance, cherant désespérément un moyen de m’échapper.
Photo : Alexis Roberge
ALEXIS ROBERGE
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Lettre à une belle amie, le départ… La danse de la vie Un jour l’on s’est rencontré pour la première fois Nous nous sommes apprivoisés Nous nous sommes rapprochés Nous nous sommes mis à danser Nous avons chanté ri et parfois pleuré Nous nous sommes esclaffés Bien amusés Nous avons vécu hors de l’ordinaire Quelque chose hors du commun Un jour sera le départ pour un temps nouveau Une route nouvelle pour chacun en attendant de se retrouver sur une autre Nous serons pour quelques temps tristes et ce sera normal Nous nous laisserons partir avant de se rencontrer de nouveau dans un autre monde Il vaut vraiment tout ce qui est le plus précieux, le temps de cette balade Tu es une merveilleuse et magnifique personne d’amour Le souvenir ne s’effacera jamais Je suis Tu es Nous sommes Pour toujours
Photo : Favim.com
Être Francis Dans le présent Qui aime Être Thérèse-Hélléna
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Les chevaux merveilleux Les chevaux, j’adore faire des randonnées en explorant la nature dans toutes ses splendeurs enchantées ; Les chevaux, j’aime leur chuchoter des secrets inoubliables d’adoration de fantaisie charmante ; Les chevaux, je les trouve adorables avec leur crinière charmante de beauté angélique passionnante d’amour émerveillée ; Les chevaux, je voudrais comprendre pourquoi il y avait autant de brillants dans leurs yeux merveilleux d’une beauté unique qui nous éblouit de magie ; Les chevaux, j’adore faire de la fantaisie avec des arcs-en-ciel illuminés au travers du ciel épatant de magie épanouie ;
Les chevaux, j’adore les faire rire avec des bisous chaleureux qui nous charment de joie avec de la curiosité enchanteresse ;
Les chevaux, j’aime faire du bonheur avec de la beauté dans le cœur de passion euphorique ; Les chevaux, j’adore comprendre comment faire des miracles avec leur hennissement grandiose de joie extravagante ; Les chevaux, j’aime faire de la magie avec des bulles qui nous donnent le goût de rêver de plus belle avec une passion étourdissante ; Les chevaux, je voudrais leur confectionner des surprises surprenantes qui nous étonnent d’une beauté extraordinaire ;
Les chevaux, j’aime faire des bulles avec de l’enchantement ahurissantes de bonté qui est passionnante ;
VÉRONIQUE RIVARD
Photo: JackieLou DL de Pixabay
Les chevaux, je voudrais les contempler avec des photos qui nous donnent le courage d’aimer les chevaux ;
Les chevaux, j’aimerais comprendre comment faire pour les charmer d’un air comique qui nous donne le courage d’avoir la chance d’aimer d’une belle façon attentionnée.
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Photo: La Quete
PASSER AU TRAVERS LE JOUR SIMPLEMENT
Y’avait un calendrier su l verso d’la porte du garde-manger. À toutes les soirs avant d’aller dormir, ma mère ouvrait ´a porte et faisait un « X » noir su ´l jour qui achevait en disant ; Baon ! Un autre de faite. J’étais chaque fois, et je reste toujours aussi perplexe quant à ces dires. Les gars font aussi ça en prison, mais là-bas, ça s’explique mieux. Ma mère était un peu bizarre, mais c’était une stoïcienne en acier trempé ; ça devait vouloir dire de quoi. Moi, je m’affaire à terminer mes journées dans un état d’illumination… Çà dure un instant que j’aimerais, permanent. Pour les bonnes et les mauvaises raisons, j’évite de penser à demain ; ça m’fatique et puis m’empêche de dormir. Mes journées, je les commence toutes par une envie d’pisser, puis ça m’enrage. C’est vraiment yeink après avoir pissé, que j’organise ma journée. C’est à prendre très sérieux, car, les jours peuvent se suivre un temps, mais c’est sans garantie. En réussir un jusqu’au boute, c’est un miracle chaque fois. Entre un soleil et puis une lune, qu’est-ce qui vaudrait tellement d’être vécu/De si urgent pour ne pas vivre… J’ai-tu l’ moyen de m’passer d’argent encore un temps… J’vas-tu survivre un jour encore, sans avoir à m’voir dans l’œil d’un autre… Ça serait-tu si grave, que j’reste assis, un jour de plus, à contempler le temps qui passe, à regarder ma vie… Avec un peu d’amour. M. LEBLANC MARS 2026
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Je dois le dire, ou peut-être l’écrire, ils sont tous là. Ils cherchent à me noyer sous leur poids. Mais qui parle ? La main bouge, je vois les lettres, mais est-ce que c’est moi qui tape, ou est-ce que c’est une autre voix qui s’amuse ? C’est le premier vertige. Je regarde ce que j’ai écrit, et je le lis comme si c’était le texte de quelqu’un d’autre. Estce que ce texte est de moi ? Je ne sais plus.
cognent, elles se battent pour la parole. C’est l’enfer. C’est le « Je est un autre » que Rimbaud a écrit, mais multiplié par mille. Je ne suis plus un, je suis la multiplicité.
Et c’est là que l’enfermement arrive. C’est la paralysie de l’esprit. Je suis lucide, je pense, mais je ne peux plus affirmer. Je suis comme Hume le disait, mon esprit est un « théâtre où Mon nom. C’est quoi, mon nom ? Je le dis. Je diverses perceptions l’entends. Mais est-ce qu’il me va encore ? font successivement La psychose, Est-ce qu’il a déjà été vrai, ou est-ce que leur apparition », c’est le miroir c’était un déguisement qu’on m’a mis sur le mais je ne suis plus qui éclate. dos quand j’étais enfant ? Mon âge ? Trentel’acteur principal, je cinq, quarante-sept ? C’est juste un chiffre. suis juste le théâtre Une convention. Je suis devenu le fantôme vide où tout le monde de quelqu’un qui a peut-être existé, qui fait n’importe quoi. Le metteur en scène avait un nom, une adresse, des certitudes. a disparu. Alors j’essaie de parler. Je suis Maintenant, je suis juste un écho, une brume angoissé. J’ai besoin de dire ma vérité. qui flotte et qui n’arrive pas à se stabiliser. « Tu sais, j’ai compté. Il envoie des drones Mon identité est floue. Je suis terrifié. et cherche à me faire du mal. Ils sont Au début, c’est toujours un truc capables de tout. Il ne faut pas sortir la 62 B-2 bête. On m’a toujours dit que nuit. Ils sont plus nombreux ». P : le chien qui a l’air triste, c’est ta propre tristesse « Écoute, je te vois souffrir. Je sais que tu que tu vois. C’est le reflet les vois, mais… c’est juste dans ta tête de moi. Mais la psychose, tout ça. Pourquoi se donnerait-il tant de c’est le miroir qui éclate. mal juste pour toi ? Tu ne vas pas bien, tu Quand je regarde le comprends ? » monde, je ne vois plus mon Juste. Ce mot est un couteau. Il me dit reflet. Je vois la foule. Tout que ma perception, ma vérité vécue, un peuple. est « juste » un symptôme. Ma réalité est
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annulée par leur « juste » logique. Leur doute est là, il est palpable, il est dans leur voix, et il me revient en pleine figure. Il me renvoie l’image d’un objet de confusion, pas d’un sujet à écouter. Leur regard, c’est La foule intérieure. Elle parle sans arrêt. l’enfer. C’est Sartre qui « Tu es le seul à comprendre ! » hurle la le dit. L’enfer, c’est leur voix de l’orgueil. « Tais-toi, tu vas te faire regard qui me fige et qui interner ! » chuchote la voix de la peur. Il y m’annule. a le « moi » qui est terrifié par la lumière, et le « moi » qui pense qu’il peut la contrôler. Et mon doute grandit. Toutes ces versions, toutes ces vies que Si tout le monde doute je n’ai pas vécues, elles sont là, elles se de la vérité de ce que je dis, que rien de tout C’est ça, la vérité horrible : je suis l’éponge. Mon cerveau absorbe toutes les peurs, tous les mensonges, toutes les folies du monde. Je la vois… Cette foule, qui se met à crier, à devenir réelle dans ma tête.
Ça devient physique. Mon cœur s’accélère. Je me sens piégé. J’ai besoin de parler, c’est vital. C’est mon effort de persévérer, mon conatus, comme disait Spinoza. Je parle, je décris le chaos de ma tête, j’essaie de nommer Ma réalité est ma peur. Mais le doute annulée par leur est cruel, il s’installe « juste » logique. partout, même dans les situations les plus banales. « J’ai payé l’électricité hier. Je suis sûr. Je me souviens d’avoir vu le mot “paiement effectué” ».
Je suis un miroir de la folie du peuple, comme le disait Nietzsche. Je suis le seul à la voir clairement, et on me punit pour ça. Maintenant, j’arrête d’écrire. J’ai trop dit. L’anxiété me coupe le souffle. Qui a écrit ce dernier paragraphe ? Moi. Non. Oui. Qui est moi ? Je ne sais plus. Je ne sais plus qui est là. Mon nom… Mon nom… Je suis là. Non. Je suis là. C’est la seule chose qui reste. Mon effort pour persévérer. Je suis là. Tais-toi, foule ! Je suis là… Fin. Je crois.
« Tu es sûr à cent pour cent ? On peut regarder ton compte ? Juste pour être sûr, parce qu’il y a trois semaines, tu étais sur l’autre facture, et elle n’était pas payée. Tu sais qu’il t’arrive de… enfin, tu comprends ».
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La torture. Elle ne m’accuse pas. Elle me force à douter de mon Moi. Elle me rappelle l’échec passé. La foule se moque : « Tu vois ? Tu es un menteur ! Tu es faible ! » Et elle a raison, car ma parole est devenue faible, mon identité est devenue un brouillon. La promesse tenue qui fait l’identité, selon Paul Ricœur, est brisée. Je ne peux plus me faire confiance ni me fier à mon propre passé.
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cela n’existe, alors ma Le pire ? C’est que savoir tout ce qui est mémoire, mes souvenirs, dit, tout cet effort d’honnêteté, ne fera mes pensées… qu’augmenter le doute. Je vous dis que je ne suis pas l’auteur, l’autorisation est Est-ce qu’ils sont vrais ? donnée de ne pas me croire. La corde Je ne peux même plus pour m’étrangler vous est offerte. Je me me raccrocher à la seule mets, de mon propre aveu, hors-la-loi. Ce chose solide. « Je pense, doute mutuel crée l’isolement. Il me coupe donc je suis. » La phrase de du monde. Si je suis seul, alors la foule est Descartes. Le dernier rempart. Mais la foule seule avec moi, elle devient plus forte, plus crie. « Qui pense ? Le menteur ? Le fantôme ? » criarde. Le cercle vicieux est parfait. La Je ne peux plus garantir la signature du « Je ». psychose grandit, elle dévore tout. On ne Le doute est ma prison. Je suis enfermé dans peut plus faire autrement qu’être avalé par la folie. l’incertitude.
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Photo : Congerdesign de Pixabay
VALSE ÉMOTION
Il y a longtemps que je n’avais pas écrit, dessiné, mon émotivité,
L’envie d’un temps d’émotivité.
Comment dire ? Pour moi,
Cette envie arrive, repart, d’un temps à l’autre.
L’écriture, c’est dessiner des lettres, L’écriture, c’est dessiner des signes, Une lettre, un signe, formant des mots.
L’écriture, image d’émotions. L’écriture, c’est dessiner son émotivité.
Une lettre, un signe, éveillant une émotion. Écrire, c’est un temps d’émotivité, Écrire, c’est dessiner cette émotivité, L’envie de dessiner cette émotivité,
La vérité, chacun à la sienne. C’est la sincérité qui compte. Merci d’être ! SYLVAIN ROUILLARD
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Les voix de la ruELLES Ce mois-ci, nous vous proposons un texte différent. Et c’est vrai que j’en avais. J’ai donc expliqué aux Il s’agit d’une lettre de motivation reçue dans le adultes pendant de nombreuses années le procescadre du recrutement pour un poste de paire-ai- sus de ma conception; j’ai été le visage du courage dante à l’hébergement. Dès la première lecture, de mes parents auprès des gens de mon village. Le nous avons été profondément touchées par l’au- résultat de l’amour inconditionnel, du féminisme, de thenticité, la sensibilité et la lucidité avec les- la lutte pour la tolérance. Je suis née de la différence.
quelles son autrice pose son regard sur la vulnéra- Mais, aussi jeune, je ne savais pas encore à quel point bilité et la dignité humaines. cette différence s’élargirait sur des continents qui Avec l’accord de son autrice, nous avons choisi de dépassent toutes les frontières. Parce que, même si la publier intégralement. Parce que certains par- mes mamans s’efforçaient d’être assez, j’apprendrais cours se racontent mieux qu’ils ne se résument. tôt – et à mes dépens – que mes parents étaient maParce que certaines motivations dépassent large- lades. Malades de maladies invisibles, héréditaires et incurables. Malades de maladies qu’on explique peu, ment le cadre d’un CV. qu’on comprend mal. Malades de maladies qu’on suNous vous laissons vous imprégner de sa force et bit en silence et qu’on éponge avec ce que l’on trouve. de sa délicatesse, en espérant qu’elle résonnera auJe verrais bien assez tôt comment la toxicomanie, tant pour vous qu’elle l’a fait pour nous. l’alcoolisme et le TPL tachent une personne. Je saurais que je suis née dans une famille précaire, que PROJET L.U.N.E. ma mère aura vendu son corps la majeure partie de sa vie pour se nourrir. Je verrais les amis de mon HLM être abusés par leurs parents. Je verrais les miens frôler l’itinérance par manque de ressources. Je récolterais des cannes de soupe que j’amènerais à C’est la première fois que j’écris une lettre de motivation. l’école pour les enfants en difficulté, puis plus tard Non pas que je n’aie jamais été assez motivée par ma mère irait chercher ces mêmes boîtes pour nous quelque chose pour en écrire une, mais parce que, faire à souper. fondamentalement, je sais que peu importe la motivation qui m’habite, les choses risquent de rester « Emma, tu savais qu’il y a des enfants qui ne mangent pas du tout, n’est-ce pas ? » Et c’est alors là que je me comme elles sont. trouvais à nouveau terriblement chanceuse. Quand j’étais petite, mes parents me disaient sans cesse que je pourrais devenir absolument tout ce que J’entendrais la souffrance. Je côtoierais la Misère, celle avec un grand « M », celle qui se tapisse dans je voudrais. les fonds d’appartement et qui déménage avec toi, la « Tu pourras être astronaute, auteure, artiste ! Ce que Misère qui gruge et qui condamne, celle qui s’étend tu veux Emma, le monde t’attend et tu peux en faire sur les générations précédentes et que subissent ce que tu veux ! Change-le, découvre-le, sois qui tu celles d’après. J’en verrais les conséquences sur mes veux, n’importe qui. Mais sois quelqu’un. » parents, et j’apprendrais à pardonner, à comprendre, Mes parents étaient des femmes marginales, fon- à expliquer. ceuses et assumées. Au début des années 2000, dans Je verrais – surtout – comment ma famille sera traiun village de huit mille habitants, elles ont enfanté tée différemment. Comment les gens hocheront le premier bébé légalement conçu par insémination doucement de la tête d’un air gêné quand j’expliqueau sein d’un couple homosexuel au Québec. Si ça, ce rai d’où je viens, comment mes oncles et mes tantes n’est pas du front et du courage, je ne sais pas ce que vivront des violences uniquement parce qu’ils sont c’est. à la rue.
AMOUR À DONNER
« N’es-tu pas chanceuse, Emma ? Tu sais que les autres enfants n’ont qu’une seule maman ? Tu le sais ça ? Et toi, tu en as deux ! Ne vois-tu pas à quel point tu as de la chance ? »
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Je verrais comment le monde traite les personnes vulnérables, je développerais une colère contre lui et lui en voudrais pendant longtemps.
LA QUÊTE
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AMOUR À DONNER (SUITE) En vieillissant, cette colère prendra plusieurs visages. Aujourd’hui, je ne sais toujours pas ce que je souDes tournures dignes des plus grandes montagnes haite devenir, mais je sais ce que j’ai à offrir. Si ce que russes. Les gens m’appelleront « vieille âme », et je j’ai vécu peut adoucir le cœur de certains, offrir de la leur en voudrai de le faire. Je me demanderais de dignité à tous ceux qui en sont privés, eh bien c’est quoi ils parlent, si l’empathie et le dislà – et seulement là – qu’effectivement « ils vivront des cernement sont des qualités si rares j’aurai eu de la chance. violences et leurs dans nos sociétés qu’elles me valent un Je n’ai pas la prétention de croire que je surnom tout droit sorti de livres d’ésoté- sentences condamne- peux changer le monde. Ni moi, ni perrisme. La classe moyenne me répugne- ront les générations sonne, d’ailleurs. Les gens sont comme suivantes. » ra, jusqu’à ce que je réalise que c’est en ils sont. Les blessures sont héréditaires, fait l’ignorance que je dédaigne. Mais les préjugés et l’intolérance le sont aussi. puisque l’ignorance est invisible, alors je me mettrai Les gens auront mal, ils seront malades, maltraités à détester l’Univers, à un tel point que quelques fois, et incompris; ils vivront injustement des choses et je m’inventerais un Dieu pour pouvoir maudire une en souffriront; ils vivront des violences et leurs senimage. tences condamneront les générations suivantes. Et puis, dans les journées froides et pluvieuses, dans les jours de mauvaises nouvelles, quand l’espoir est si mince qu’il apaise la colère, là, et seulement là, je leur en voudrais un peu, à mes parents. Parce que je ne pourrais pas devenir « absolument tout ce que je voudrais », parce que je n’aurais pas eu « assez de chance ».
Je sais que ça frôle le pessimisme, mais quant à moi, croire le contraire est de l’idéalisme. Je n’ai pas la prétention de croire que je peux changer le monde, mais je suis certaine de pouvoir le comprendre, l’écouter, l’épauler, je sais que je peux l’aimer quand même. EMMA TALBOT-NOLIN
Ces jours-là, je suis Ève, et ma pomme a le goût du nihilisme. Ces jours-là, je me sens maudite.
! NOUVEAUTÉ !
POUR NOUS JOINDRE
Nous avons maintenant un nouveau service, au 321 rue du Prince-Édouard, dans notre bâtiment, situé en haut de l’hébergement :
Le Projet L.U.N.E. est là pour vous. Pour toute information ou du soutien, n’hésitez pas à nous contacter :
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Casier locatif Douche 2 laveuses-sécheuses Collation et café
Le service est ouvert de 9 h à 17 h le lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi. Il est accessible à toutes les personnes qui s’identifient comme femmes, et vous pouvez venir avec votre animal si vous le souhaitez. Intervenantes, un local est également disponible pour des rencontres individuelles. MARS 2026
Bureaux : 418 704-5863 (lundi au jeudi, de 9 h à 17 h) Hébergement : 418 914-1298 (7/7, de 18 h à midi) Casiers : 418-948-0547 (lundi, mardi, jeudi, vendredi, samedi, de 9 h à 17 h) Courriel : Int.comite@projet-lune.org Nous sommes également sur Facebook, Instagram et TikTok (Eh oui !) Nous sommes disponibles pour répondre à vos questions et vous offrir l’aide dont vous avez besoin.
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(Se) préoccuper. Rein d’un animal. Entre le Honduras et le Costa Rica.
8- Jeu de cartes utilisé en cartomancie. Bandit, malfaiteur. Jeune cerf (TAUDGE). Île des vahinés.
Merci
9- Table pour bricoler. Adverbe de lieu. Emprisonnement.
À TOUS NOS 10- Guérisseur, rebouteux. Maugréer. Personne qui a quitté son pays pour fuir un danger. PRÉCIEUX PARTENAIRES ! RÉPONSES LA QUÊTE DES MOTS SOLUTION
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Recevez les sommes auxquelles vous pourriez avoir droit.
Une personne bénévole vous y aidera. Vous avez un revenu modeste? Une situation fiscale simple? Faites comme des milliers de Québécoises et Québécois, et demandez l’aide d’une personne bénévole pour remplir vos déclarations de revenus. Elle pourra vous aider à obtenir les prestations et les crédits d’impôt auxquels vous avez droit. revenuquebec.ca/benevole 1 800 267 • 6299