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CULTURE LGBT NUMÉRO 1 - JUIN 2013

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Sommaire

DOSSIERS 28. Petit guide de l’autopublication

Comment garder le contrôle de ses oeuvres

42. Pour un trip à NewYork Les bons plans “voyage” de Gabrielle

44. Le phénomène T.A.TU.

Rétrospection sur la carrière de Lena et Yulia

48. L’homosexualité au 19ième siècle

RENCONTRES 12. Marlène Jedynak

Auteur du roman lesbien “Fragment d’amour”

14. Interview de Ludwig Luton ou comment un auteur hétéro écrit une romance lesbienne

18. Ma fabuleuse histoire d’amour avec Indochine Témoignage d’un fan

40. Entrevue avec Kim Messier

auteure de “Le Placard”

72. Rencontre avec G.C. Lehane auteure de femslash et

roman lesbien

78. Rencontre avec Julie Vaillancourt auteure, compositeur et chanteuse du groupe “Made in Montreal”

MAIS ENCORE 06. Marcel Proust

Sensualité et homosexualité

08. Girlfriend

Le premier Manga yuri à succès Page 18 : MA FABULEUSE HISTOIRE d’AMOUR AVEC INDOCHINE.

Lou Nicolas nous parle de ses rencontres avec le groupe. Un témoignage touchant, une expérience hors du commun...

10. Verlaine et Rimbaud Ou un amour impossible

34. Rizzoli and Isle

Subtext et + si affinités

37. Como Esquecer

D’un chagrin peut renaître l’espoir.

38. Lost Girl Déjà 3 saisons FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 2


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ienvenue dans le premier numéro de la Fondation Culture LGBT qui vous offrira dans les prochaines pages un contenu et des interviews exclusives sur l’art et les artistes LGBT. Nous espérons que vous l’apprécierez autant que nous avons pris plaisir à le concevoir. Ce projet nous offre à tous l’opportunité de découvrir ou redécouvrir notre héritage culturel LGBT. Nombreux sont les magazines francophones ou médias relayant les actualités concernant les communautés lesbiennes, gays, bis ou transexuelles. Alors en quoi le Webzine de la Fondation Culture LGBT sera-t-il différent de ce que vous trouvez sur Internet ou sur les médias LGBT? La réponse est simple: Premièrement, notre webzine sera gratuit, centré sur la Culture LGBT et uniquement la culture LGBT. Cinéma, histoire, psychologie, bandes-dessinées, théâtre, peinture, voyages, musique, sculpture, littérature, etc., nous traiterons de tout ce qui concerne de près ou de loin la Culture LGBT et ses auteurs, connus, parfois inconnus. Notre objectif est aussi de donner la chance à chaque artiste de se faire une place, d’être visible et de rencontrer d’autres artistes. Partages, découvertes et passions sont les maîtres mots de la Fondation et du webzine Culture LGBT qui se veut participatif pour permettre à chacun de s’exprimer et de gagner en visibilité. Tous les artistes LGBT ou artistes se voulant Gayfriendly trouveront leur place au sein de la Fondation ainsi que dans le Webzine dédié à nos activités et rencontres artistiques. Nous espérons que vous apprécierez les prochaines pages qui vous attendent. Et petit conseil aux artistes : si vous souhaitez faire parler de vous, contactez-nous et présentez-nous votre projet artistique. Nous pourrons le publier dans notre prochain numéro de Culture LGBT ainsi que notre siteweb...

EDITO

En couverture INDOCHINE, témoignage Lou Nicola, fan du groupe

EMMA

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Une Fondation qui soutien nos couleurs...

Un projet franco-québecois destiné à mettre en avant les artistes de la communauté LGBT francophone !

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es objectifs de la Fondation sont simples: Nous voulons renforcer la visibilité des artistes LGBT d’avant, d’aujourd’hui et de demain dans toute la francophonie. Nous souhaitons accroître la visibilité des artistes qui ne sont pas toujours relayés par les médias LGBT classiques. Nous voulons donner à chacun l’opportunité de s’exprimer, de se faire connaître et reconnaître par le grand public. La Fondation et ses membres oeuvreront pour ceux et celles qui ne disposent pas des moyens financiers ou du savoir-faire pour parvenir à être mis en avant sur la scène LGBT. e voulant revue participative, le Webzine de la Fondation permettra à tous de s’exprimer, de soumettre ses idées dans le but de partager ses connaissances, ses passions artistiques. La culture LGBT est riche, il suffit de regarder notre passé pour apprécier l’héritage de ceux qui nous précèdent : Marcel Proust, Collette, Paul Verlaine, Oscar Wilde, Marguerite Yourcenar, pour ne citer que des auteurs qui ont marqué leur temps, des auteurs aujourd’hui étudiés dans les lycées ou universités.

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ais qu’en est-il aujourd’hui des figures connues du monde LGBT ? Quelle place les médias classiques donnent-ils aux artistes qui défendent les couleurs de nos libertés en s’exposant à la critique et parfois aux comportements homophobes de la société ? Combien de films, de livres ont été censurés, boycottés par le cinéma, la télévision ou par des éditeurs ne souhaitant pas choquer l’opinion publique? A l’inverse, certains savent «surfer» sur la mode homosexuelle. Le rôle de la Fondation sera de combattre tout type de discrimination au sein de la communauté culturelle afin d’aider à l’avancement et la promotion de tous les artistes LGBT et gayfriendly.

“Notre démarche vise à encourager la création LGBT“

S

Pour nous soutenir, nous rejoindre ou adhérer à nos missions, rendez-vous sur notre site: http://culture-lgbt.org

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LETTRE MARCEL PROUST : SENSUALITé ET HOMOSEXUALITé Né à Paris en 1871 Marcel Proust poursuit des Etudes de lettres. Dès 1894, il publie un recueil de poèmes «les plaisirs et les jours». Avant de se consacrer à l’œuvre de sa vie «A la recherche du temps perdu», à partir de 1907 Proust traduit les œuvres de l’écrivain anglais John Ruskin et rédige des articles de journaux. Le premier tome de «A la recherche du temps perdu», «Du coté de chez Swann», parait en 1913, suivra «A l’ombre des jeunes filles en fleurs», Avec ce roman, il obtiendra le prix Goncourt en 1919. Ce roman, l’œuvre de sa vie ne sera achevé qu’à sa mort en 1922. Toute sa vie, il fut tourmenté par son homosexualité, très mal tolérée à cette époque dans le milieu bourgeois qui fut le sien. Il ne se dévoilera que tard, après la disparition de ses parents auxquels il cacha ses penchants pour les hommes. L’homosexualité est omniprésente dans toute son œuvre, et il gère la sienne à travers ses personnages. Ses relations amoureuses seront intenses parsemées de drames, de jalousie. On lui connait des relations amoureuses sérieuses et durables avec notamment Reynaldo Hahn, compositeur, qui sera son amant et ami pendant de nombreuses années. Lucien Daudet, fils d’Alphonse Daudet... il fréquentera vers la fin de sa vie des jeunes gens, différents de son milieu, (valets, chauffeurs..) Il décèdera en 1922, et laissera une œuvre magnifique et intense. « Il n’y avait pas d’anormaux quand l’homosexualité était la norme » (Marcel Proust) L’influence de son homosexualité prend une place importante sur son œuvre, puisque Marcel Proust fut l’un des premiers FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 6

romanciers européens à traiter ouvertement de l’homosexualité (masculine et féminine) dans ses écrits. Il ne fera pas son coming-out, comme le fit André GIDE, car pour lui l’homosexualité n’est que dépravation qui conduit à la perdition de l’âme, au contraire de GIDE pour qui l’homosexualité est une «pédophilie juvénile et souriante».

Pour lui, un homosexuel est à la recherche d’une virilité alors que luimême est plus efféminé. C’est un être seul, sans amis à la recherche d’un amour impossible. Yves Ferroul explique : dans son œuvre « À la Recherche du temps perdu», Marcel Proust parle des homosexuels et de l’homosexualité afin de présenter une critique de l’ordre établi, afin de dépeindre le bouleversement des classes sociales, et aussi afin d’explorer ce qu’il y a de plus ambigu, de plus trouble dans les relations amoureuses et la sexualité. Son œuvre milite pour le refus des jugements tout faits si répandus dans la société, pour le refus du confort moral, de la fuite dans une idéalisation lénifiante. Par là-même, il nous enrichit d’une expérience humaine d’une rare qualité. L’œuvre de Marcel Proust sera étudiée dans de nombreuses universités à travers le monde et sera l’occasion de servir de base de travail sur des recherches sur la sexualité. Par Christiane Delatour


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infos en vrac SPORT : Les lesbiennes nigériennes de l’équipe de foot interdites de sélection

A découvrir

D’après le site newsring.fr, « La Ligue féminine nigériane de football a annoncé, que toute joueuse lesbienne serait renvoyée de l’équipe et de la sélection nationale » Le Nigéria n’est pas le premier pays d’Afrique à émettre ce type de déclaration homophobes. Près de 40 pays d’Afriques condamnent l’homosexualité. « Maladie de Blancs », « importation de l’occident », « déviance sexuelle », autant de qualificatifs condamnant les homosexuels d’Afrique à vivre caché leur sexualité.

Comment connaître le 7ème art gay et lesbien en France ? Assistez aux différents festivals jalonnant le printemps et l’été des villes françaises. Des festivals qui vous permettront non seulement de mieux appréhender la culture LGBT, mais aussi de donner une meilleure visibilité à quelques artistes. Nous vous informeront des autres sorties LGBT au cours des mois à venir. Parmi la foison de festivals, ne manquez pas pas celui de Bordeaux : Cinémarges du 30 mars au 7 avril 2013. Conférences, débats, lectures et projections se dérouleront au cinéma Utopia et dans les autres lieux culturels bordelais. Lorsqu’on voit les différents thèmes abordés, on pourrait qualifier ce festival de hors normes. Des thèmes à contre courant des idées reçues comme les genres, sexe et les identités. La programmation riche et variée se portera sur le travestissement ou les ateliers dragkings-dragqueens. Par Gabrielle FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 8

Girlfriend (Morinaga Milk) Girl friends, ou le premier manga yuri à succès. L’auteur nous propose de suivre l’histoire de deux lycéennes, Mariko et Akiko. Notre première protagoniste, plutôt du genre introvertie, fait ainsi la connaissance de sa camarade de classe, populaire et énergique. Akiko va immédiatement prendre sa nouvelle amie sous son aile, et lui faire partager la vie des jeunes filles du lycée. Je ne vais pas mentir, je ne supporte pas facilement les histoires d’amour un peu niaise. Mais la première fois que j’ai lu Girl friends, quelle surprise: ce n’était pas du tout le cas ! J’ai alors immédiatement pensé que cette série avait du potentiel. Sa place actuelle dans les titres yuri me donne finalement raison. Il faut avouer que cette œuvre offre une multitude de points positifs. Le récit est simple et fluide. Il nous permet d’enchaîner tranquillement l’histoire tout au long des tomes, avec beaucoup d’aisance. Ce manga nous dévoile avec douceur la difficulté que l’on peut ressentir, en s’apercevant pour la première fois de ses sentiments amoureux. Bien plus encore, il nous montre l’évolution d’une première relation entre les deux jeunes filles, avec beaucoup de naturel. Toute fois, ce qui fait le charme d’un bon manga (ou BD) ne se limite pas seulement à sa lecture, mais également à son visuel. De ce côté là, Morinaga nous offre une réalisation graphique qui a son charme. Les tracés sont harmonieux, les dessins simples mais efficaces.. « Ce manga nous On parcourt volumes dévoile avec douceur les avec plaisir. De même, il se la difficulté que l’on dégage un certain charme des peut ressentir, en personnages, qui nous donne s’apercevant pour la envie de continuer à avancer première fois de ses toujours plus sentiments amoureux. » dans l’ouvrage. En fait, je ne pense pas avoir trouvé de réel défaut à Girl friends. A noter seulement son prix (presque 8€ le volume !!) qui en fera sûrement grimacer plus d’un. Pour résumer : Morinaga nous offre là une petite merveille, que tout le monde saura apprécier. Des personnages charismatiques et simples, auxquels nos jeunes filles actuelles peuvent facilement s’identifier. Une histoire pleine d’humour, de rebondissement et parfaitement crédible. A lire et relire !! (série de 5 volumes, actuellement en cours - Éditions Taifu) Par Manon A.


Monsieur Bertrand St-Arnaud, ministre de la justice et ministre responsable de la lutte contre l’homophobie, a lancé une campagne de sensibilisation pour lutter contre l’homophobie le 3 mars 2013. Le ministère de la justice demande à ce que le site web consacré à cette campagne soit diffusé. Pour sensibiliser la population à l’homophobie, plusieurs supports sont utilisés comme la radio ( en anglais), spots publicitaires (en français) et la création d’un site web « Etes-vous vraiment ouvert ?». Le ministre espère ainsi inviter les gens à s’interroger sur leur réelle ouverture à l’égard de la diversité sexuelle. Exemple de question : Ce petit bonhomme adore les livres, les dinosaures et la musique. Ce petit bonhomme adore ses deux mamans.... Est-ce que ça vous dérange ? Vous devez ensuite choisir entre : PAS DU TOUT ..... UN PEU ..... BEAUCOUP Transcription publicité pour les femmes : Une femme arrive à la maison après le travail. Elle trouve un mot sur le comptoir de la cuisine : « Mon amour, viens me rejoindre au salon «. La femme arrive dans le salon où, à sa grande surprise, l’accueillent chaleureusement sa famille et ses amis en lui criant : « Bonne fête !». Une femme se détache du groupe et s’approche d’elle. Elle lui dit : « Bonne fête, mon amour «.

Une voix de femme hors-champ dit : « Est- ce que ça change quelque chose à ce que vous pensiez il y vingt secondes ? Luttons contre l’homophobie «. Transcription publicité pour les hommes : Un aéroport. Un homme consulte le moniteur des arrivées. Il reçoit un message sur son cellulaire : « J’arrive mon amour xx «. Il replace le téléphone dans sa poche en souriant. Il se dirige fébrilement vers l’arrivée. Il se tient devant les portes toujours fermées, puis les portes s’ouvrent pour laisser passer les premiers passagers. Notre homme sourit et va à la rencontre de son copain, valise à la main. Ils s’embrassent et se dirigent vers la sortie. Une voix d’homme hors-champ dit : « Est-ce que ça change quelque chose à ce que vous pensiez il y a vingt secondes ? Luttons contre l’homophobie «. Pour plus d’informations, veuillez visiter le site du gouvernement québécois...

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VERLAINE ET RIMBAUD ou UN AMOUR IMPOSSIBLE a

Artiste : Henri Fantin-Latour (1836–1904) Titre : Deutsch: Tischecke (Coin de table) Assis au premier plan, de gauche à droite : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Léon Valade, Ernest d’Hervilly et Camille Pelletan; debout, au second plan : Pierre Elzéar, Emile Blémont et Jean Aicard. Musée d’Orsay (donation de M. et Mme Blémont, 1910) Source/Photographe : The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH

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POètes et poésie reux. Ce dernier écrit : «Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend». Les gens de la bonne société littéraire affichent mépris à l’égard de RIMBAUD, sans grande éducation. Seul, Verlaine le soutiendra. Leur liaison s’affichera aux yeux de tous alors même que VERLAINE est marié et père de famille. Ils goûteront aux plaisirs artificiels de l’opium, et leur liaison passionnée et tumultueuse se finira en drame en juillet 1873. RIMBAUD sera blessé par deux coups de pistolet tirés par VERLAINE. Ce dernier sera emprisonné et RIMBAUD s’installera chez la mère. Naîtront de cette période douloureuse, certains textes des «ILLUMINATIONS» et «UNE SAISON EN ENFER». Toute son œuvre fut réalisée avant l’âge adulte. Il voyagera en Italie, en Allemagne, s’embarquera pour les Indes néerlandaises, Chypre, mènera une vie trépidante et dissolue. En 1891, blessé à la jambe, il sera amputé à Marseille et mourra à 37 ans. Il nous lèguera les œuvres sans doute les plus admirables de la littérature française. VERLAINE écrivit des poèmes érotiques moins connus, qui ne sont pas étudiés dans nos collèges, car trop «chauds» et évocateurs. En voici un, raisonnable, que nous avons sélectionné pour vous. RENDEZ-VOUS

Né à Metz en 1844, Paul Verlaine est le fils de gens aisés, catholiques. Très tôt, il découvre ses attirances homosexuelles confirmées plus tard avec sa liaison avec le Poète Arthur RIMBAUD. Son mariage, en 1870, avec Mathilde Mauté, âgée de 16 ans sera bref. En 1871 un jeune inconnu qui admire sa poésie lui envoie la sienne. Ils se rencontrent à Paris. C’est Arthur RIMBAUD, âgé de 16 ans et de dix ans son cadet, fils de famille modeste, impulsif, aventu-

Dans la chambre encore fatale De l’encor fatale maison Où la raison et la morale Se tiennent plus que de raison, Il semble attendre la venue À quoi, misère, il ne croit pas De quelque présence connue Et murmure entre haut et bas : « Ta voix claironne dans mon âme Et tes yeux flambent dans mon coeur. Le Monde dit que c’est infâme Mais que me fait, ô mon vainqueur ? J’ai la tristesse et j’ai la joie Et j’ai l’amour, encore un coup, L’amour ricaneur qui larmoie, Ô toi beau comme un petit loup! Tu vins à moi gamin farouche C’est toi, joliesse et bagout Rusé du corps et de la bouche Qui me violente dans tout Mon scrupule envers ton extrême Jeunesse et ton enfance mal Encore débrouillée et même Presque dans tout mon animal Deux, trois ans sont passés à peine, Suffisants pour viriliser Ta fleur d’alors et ton haleine

Encore prompte à s’épuiser Quel rude gaillard tu dois être Et que les instants seraient bons Si tu pouvais venir ! Mais, traître, Tu promets, tu dis : J’en réponds, Tu jures le ciel et la terre Puis tu rates les rendez-vous... Ah ! cette fois, viens ! Obtempère À mes désirs qui tournent fous. Je t’attends comme le Messie, Arrive, tombe dans mes bras ; Une rare fête choisie Te guette, arrive, tu verras ! » Du phosphore en ses yeux s’allume Et sa lèvre au sourir pervers S’agace aux barbes de la plume Qu’il tient pour écrire ces vers. * * * Par Christianne Delatour

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Un jolie “Fragment d’amour”

Marlène Jedynak

Les chroniques de Vanessa Fragment d’amour est un roman lesbien écrit de façon simple dont l’histoire est mise en place rapidement et ne s’entachant pas de descriptions trop longues, mais assez claires pour nous plonger facilement dedans. La simplicité d’écriture de ce roman est ce qui m’a fait l’apprécier en premier, le décor est rapidement mis en place ainsi que la trame de l’histoire. Nous devinons ce qu’il va se passer, tous les indices sont là mais malgré cela nous continuons la lecture pour savoir comment va se dérouler l’intrigue. Lisa, le personnage principal du roman, est une mère de famille divorcée ne vivant plus pour elle mais pour ses enfants maintenant adolescents. Son évolution tout le long de l’histoire est transcendante. Nous faisons sa connaissance en temps que femme qui n’a plus confiance en elle malgré sa conscience d’être encore bien pour son âge, et rabaissée en permanence par son ex-mari qui ne manque pas une occasion de le faire. Sa rencontre avec Marya va complètement la changer, lui faire prendre confiance en elle autant que nous laisser rêveurs sur l’existence du coup de foudre. Les réfractaires à l’existence du coup de foudre trouveront sûrement ce livre trop simpliste mais pour les personnes qui y croient, ou tout du moins l’espèrent, vous souhaiterez vivre cela un jour. C’est la beauté de l’histoire qui est le second élément qui m’a fait l’aimer, comment Lisa finit par s’avouer son attirance pour Marya, puis ses sentiments et choisit de ne pas se cacher auprès de son entourage malgré ses nombreuses craintes. Un point qui me fait encore me poser des questions sur Marya, l’autre personnage principal de ce roman. A aucun moment dans l’histoire nous ne connaissons son âge, nous apprenons

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son passé, sa situation familiale, professionnelle et amoureuse mais pas une seule fois son âge. Marya est un personnage simple, d’une beauté fulgurante qui sait ce qu’elle veut, Lisa en l’occurrence. La façon dont Marya s’immisce dans la vie de Lisa m’a fait halluciné, j’ai du mal à imaginer quelqu’un se comportant aussi simplement, de façon aussi naturelle alors qu’une telle relation pourrait faire

bien menée car Lisa réagit de façon plausible. L’auteur nous fait partager les appréhensions de Marya concernant son hétérosexualité et sa situation familiale, de façon à nous démontrer le côté fragile de Marya qui n’apparaît pas aux premiers abords de la lecture et fait d’elle un personnage attachant autant que Lisa. Troisième élément qui m’a plu dans ce roman, les répliques humoristiques lancées aussi bien par les enfants que par Lisa, principalement durant les scènes de disputes, ce qui a pour effet de faire rire alors que le passage ne s’y prête pas. Fragment d’amour est le premier roman lesbien de Marlène Jedynak, quand je l’ai rencontré à la Japan Expo de 2012, où je lui ai acheté le roman, elle m’a expliqué qu’elle préfèrait se cantonner aux écrits gays, elle est d’ailleurs connue pour cela. Elle a écrit ce roman pour une amie qui se plaignait de ne pas trouver de roman lesbien dont l’histoire comprend une mère de famille qui tombe amoureuse d’une femme. Je trouve que pour un premier roman dans un univers qui ne lui est pas propre; Marlène Jedynak a bien réussi, j’aurai juste principalement à reprocher la taille du roman, de mon point de vue deux-trois chapitres de plus auraient été appréciable. Fragment d’amour, Marlène Jedynak Autoédition, La plume de Jijisub www.laplume-jijisub.org Par Vanessa Beau

peur. Je ne peux malheureusement en révéler plus pour ne pas vous gâcher l’histoire mais le récit est


Marlène Jedynak

EXTRAIT Fragment d’amour La sonnerie insistante d’un téléphone réveilla Marya. Cette dernière s’étira et chercha son portable d’une main paresseuse pour voir qui l’avait appelé. Quelle heure était-il, bon sang ? Bougeant le moins possible pour ne pas réveiller Lisa, qui avait malgré tout un sommeil de plomb. Le numéro de son père s’afficha... Il voulait certainement lui souhaiter de bonnes fêtes. Un sourire doux s’afficha sur les lèvres de Marya qui reposa son téléphone à l’aveugle. Avec précaution, la chanteuse se tourna sur le côté et s’appuya sur son coude pour surplomber la vendeuse qui lui tournait le dos. Son regard s’attarda sur l’épaule nue de Lisa, une forte envie de la serrer contre elle la prit. La chanteuse se pencha pour voir par-dessus sa compagne, cette dernière paraissait préoccupée dans son sommeil. Sa chevelure caressa sa peau, mais rien ne semblait troubler la dormeuse. Ayant besoin de se soulager, Marya se leva silencieusement et gagna la salle de bain. La sérénité dans laquelle semblait baigner son appartement lui réchauffa le cœur. Quelques minutes plus tard, Marya vêtue d’un déshabillé en dentelle, s’appuya sur le chambranle de la porte pour admirer sa compagne. Haussant les sourcils de surprise en voyant la couette se soulever pour l’inviter à se réchauffer, un lent sourire se forma sur les lèvres de Marya en croisant les yeux mi-clos de Lisa qui l’observait gravement. D’une démarche lente, Marya la rejoignit pour se glisser contre le corps chaud de sa maîtresse. – Bonjour, chuchota Marya en français. – Bonjour Marya. – Oh la... gloussa la chanteuse, s’il-te-plaît ne me parle pas en français, je n’y comprendrai rien... quoique cela pourrait être assez exotique, conclut-elle brusquement. – Je t’aime...

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Rencontre avec Ludwig Luton

L’ombre de Pessadilla

Tout juste âgé de 29 ans et originaire de Cherbourg, Ludwig Luton est l’un des très rares auteurs masculins de romances lesbiennes à être lu et reconnu dans le monde de la littérature saphique francophone. Afin de découvrir son univers artistique, il a accepté de répondre à quelques unes de nos questions... lesbiens sont arrivés quelques Comment avez-vous eu années plus tard lorsque j’ai l’idée d’écrire «L’ombre “j’ai toujours eu plus de tenté une romance érotique de pesadilla» et surtout, sur un forum. Ravi de pouvoir facilité à m’immerger dans comment en êtes-vous y trouver un lectorat un peu venu à créer deux personplus large que mon entourage des personnages féminins“ nages lesbiens ? proche et pour le conserver, j’ai La femme lesbienne est très continué à écrire des nouvelles souvent cantonnée a un rôle sur les amours saphiques. Je secondaire, une comparse me suis rendu compte bien du personnage principal et, plus tard, que lorsqu’on aime lorsqu’elle est l’héroïne, on la soi-même les femmes un peu retrouve beaucoup dans les androgynes, il devient très collections romantiques ou aisé de se mettre dans la peau érotiques. J’ai moi-même écrit d’une héroïne qui partage ces beaucoup de romances samêmes préférences. phiques et je désirais qu’une lesbienne soit mon personPourquoi le genre nage phare sans que sa sexscience-fiction ? ualité n’en soit la trame prinJ’ai toujours apprécié ce gencipale. Je voulais qu’elle vive re, à l’instar du fantastique, une histoire d’aventure ou car il autorise énormément de d’espionnage, et je réservais liberté à l’imaginaire. Concece rôle pour un roman difvoir des mondes entiers, des férent. Je n’avais au départ pas langages, des créatures, c’est envisagé L’ombre de Pesadilla quelque chose d’exaltant. Pour de cette manière, car j’avais aliser avec les autres. L’ombre de Pesadilla, qui se promis à mes proches lecteurs une déroule dans un univers contemhistoire hétérosexuelle. C’est lor- Votre livre est écrit à la sque j’ai introduit le personnage première personne, avez-vous porain, il me fallait donner à mon personnage un avantage. Elle ne de Nadine qui voue une fascina- rencontré des difficultés à tion sans limite à mon héroïne que vous mettre dans la peau de pouvait devenir justicière sans savoir se battre, ni sans se faire rapij’ai laissé les choses se faire. Car si votre héroïne ? Nullement. J’ai toujours eu plus de dement incarcérer si elle ne dispoPesadilla pouvait devenir un profacilité à m’immerger dans des persait pas d’un atout. J’ai donc glissé tagoniste célèbre de la littérature, il fallait à mes yeux que ce person- sonnages féminins. J’ai agréable- la goutte de science-fiction qui a nage soit porteur du message que ment surpris mon entourage avec huilé toute la mécanique. les héros justiciers ne sont pas tous ma première héroïne de fantasy, hétérosexuels et qu’ils peuvent riv- il y a douze ans. Les personnages

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Comment s’est déroulée l’écriture de ce roman ? Elle a commencé par l’objectif d’écrire un huis-clos érotique. En créant un personnage invisible appelé la Voix, en clin d’œil à un jeu vidéo, j’ai tout de suite pensé à un justicier sombre que j’avais créé il y a de cela dix ans. J’ai donc rapidement changé mon fusil d’épaule pour un roman de science-fiction. J’ai dû faire trois pauses d’environ un mois pour prendre du recul et repartir avec davantage d’idées. Pour ce roman, je n’ai pas construit de trame très définie et je me suis laissé transporter par le phénomène causes-conséquences que chaque action ou décision de mes personnages a provoqué. Les différents actes se sont suivis naturellement, et j’ai moi-même été très surpris de la tournure de certaines scènes. Y’a-t-il eut dans l’écriture des passages difficile à écrire ? Il y a eu quelques heures de page blanche lorsqu’il a fallu trouver des défis qui mettent réellement en difficulté l’héroïne, et lorsqu’il a fallu que je trouve un plan pour faire évader un personnage. En termes d’écriture, le plus difficile a été d’écrire les scènes pendant lesquelles Pesadilla utilise plusieurs cerceaux, car il me fallait rester bref pour préserver le lecteur dans l’action mais être à la fois assez précis pour qu’il comprenne bien ce qui se passe. La littérature lesbienne est très restreinte dans la francophonie. Avez-vous des retours de vos lecteurs et lectrices ? Que pensent-ils du fait qu’un homme rédige une romance entre femmes ? J’ai toujours eu de bons échos de mes lectrices, et de mes lecteurs. Sur ce roman, j’ai eu la bonne surprise que le comité de lecture déclare “Les scènes d’amour lesbien sont forts belles et non pornographiques ; on les dirait écrites par une femme”. La véritable difficulté à mes yeux est de toucher le public qui ne m’a pas encore lu. Partant d’un principe répandu qu’un FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 16

homme ne peut pas comprendre une femme, celui qui écrit du lesbien est forcément à côté de la plaque ou écrit du porno. L’accueil basé sur ces a priori est à la fois critique et caustique. Quant à beaucoup de mes lecteurs, ils osent très peu parler à leurs proches des livres où je traite d’homosexualité. Comment les maisons d’éditions ont-elles réagi à votre manuscrit ? Je n’ai tapé à la porte que d’un petit nombre de maisons d’éditions. Je ne saurais être juge des raisons de leur refus. J’ai eu beaucoup de réponses pour des comptes d’auteur à des tarifs exorbitants. Un peu impatient de le faire paraître, je suis retourné chez les éditions ThoT, leur comité de lecture a été plutôt enthousiaste et m’a donné des conseils très utiles sur le style. L’éditeur, quant à lui, m’a élu coup de cœur du mois et m’a assuré une promotion plutôt satisfaisante. Une suite est-elle prévue ? Avez-vous d’autres projets d’écriture ? Une suite est prévue, son écriture est bientôt achevée. J’attends néanmoins davantage de ventes sur le premier tome avant de le lancer pour pouvoir garder le même éditeur et le même format. En parallèle, je commence à autoéditer des nouvelles en spin-off, qui n’ont pas forcément l’envergure pour séduire des éditeurs mais qui peuvent intéresser ceux qui veulent creuser l’univers. J’ai du coup énormément de projets. Le prochain roman que je viens de terminer raconte la romance timide entre deux adolescentes et leur ouverture progressive à une sexualité qu’elles n’avaient jamais envisagé. Le roman est accessible sur les librairies en ligne, Fnac, Amazon et peut être commandé dans toutes les librairies. Propos reccueillis par Emmanuelle Gaultier


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TEMOIGNAGE Ma fabuleuse histoire d’Amour avec Indochine Quoi de plus fantastique pour une adolescente de quatorze ans, que de se faire offrir un billet de concert, pour assister au premier spectacle de sa vie, donné par un groupe qui vivait à l’époque une ascension fulgurante sur la scène musicale française et qui allait devenir le groupe rock français de tous les temps : Indochine.

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n petit retour en arrière s’impose, quant à mon histoire personnelle avec le groupe. C’était le 24 janvier 1986, sur la scène du palais des Congrès de Lille. Je ne connaissais pas ou peu le groupe, mais je suis ressortie de là, les yeux remplis d’étoiles et la tête bourrée de ce son « Indochinois ». Et c’est là que ma plus grande histoire d’amour musicale a débuté!

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Comme tous les adolescents de cet âge en quête d’identité, Indochine m’a permis à cette époque de m’affirmer, d’oser être qui j’étais sans peur du qu’en dira t’-on et je commençais à arborer fièrement le style vestimentaire ainsi que la coupe de cheveux. J’ai eu la chance d’avoir des parents très cool qui n’ont jamais émis de commentaires ou d’interdits sur ma façon de

m’habiller ou de me maquiller, surtout quand j’arrivais avec du rouge à lèvres noir ou du vernis noir sur les ongles! Cette période de vie m’a également permis de rencontrer des personnes avec qui se sont tissés des liens d’amitié sincères et qui font toujours partie de ma vie vingt-cinq ans plus tard!


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n février 1988, à la fin du concert, au Stade Couvert Régional de Liévin, en tant que fan inconditionnelle, je me retrouve à attendre patiemment (et avec le cœur rempli d’espoir) que les membres du groupe quittent le lieu de spectacle, pour essayer de les approcher et obtenir photos et autographes. Belle utopie de croire que Nicola ou un autre membre du groupe allait s’arrêter juste là devant moi, rien que pour mes beaux yeux! D’autant plus que nous sommes environ une cinquantaine à espérer la même chose. Après avoir patienté un bon moment, le groupe de fans que nous étions, a eu la chance de voir Nicola, entouré par des gardes du corps, sortir le premier et se diriger vers nous qui bloquions le chemin menant au véhicule qu’il devait emprunter pour quitter les lieux. Et c’est alors que soudainement la main d’une fan se posa sur l’épaule de Nicola afin de l’interpeler! Cette main eut à peine le temps de se poser sur lui, qu’un garde du corps attrapa la personne et la fit voltiger quelques mètres plus loin! Par chance, il la projeta sur un petit buisson qui se trouvait non loin de là! Même après toutes ces années, l’image de ce buisson ratatiné par le poids de la personne qui fit un vol plané sur lui, est encore claire, nette et précise dans mon esprit! Environ deux semaines après ce concert de Liévin, l’une de mes amies m’apprend qu’une de ses connaissances connaît cette fameuse personne qui a fait un vol plané dans les buissons et qu’elle va nous la présenter! Rencontre qui se solda par des discussions très animées, des questionnements sur la fameuse rencontre avec « le malheureux buisson ratatiné » et qui se conclut par le début d’une grande amitié! (amitié qui est toujours là après 25 ans)

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u cours de cette année 1988, j’assistai également au concert du groupe donné le 23 mars à l’espace foire de Lille! Je m’y étais rendue avec une amie, dont le père nous avait gentiment conduites jusque-là! Après le merveilleux concert auquel nous venions d’assister, encore fébriles d’avoir vu nos idoles en chair et en os, sur le chemin du retour, nous avons vécu un moment mémorable, qui peut sûrement paraître anodin ou ridicule pour certains, mais qui prenait tout un sens et une énorme importance dans le cœur et la tête des deux adolescentes que nous étions à cette époque! Alors que le père de mon amie roulait tranquil-

lement sur l’autoroute, un véhicule a commencé à nous dépasser, en klaxonnant et en nous faisant de grands signes de la main! Quelle ne fut pas notre surprise de voir Stéphane Sirkis, le jumeau de Nicola, guitariste d’Indochine, au volant de cette voiture! Il a continué son dépassement et est venu se placer devant nous en ralentissant ! Mon amie et moi étions excitées comme des puces et il était très difficile pour nous de contenir notre joie et notre enthousiasme! Son père connaissant l’impact que cela produisait sur nous, est entré dans le jeu et s’est mis à dépasser le véhicule conduit par Stéphane! À notre tour de le doubler et de lui envoyer autant de « coucou » de la main que notre bras était capable de fournir en quelques secondes! Cet épisode a duré environ le temps de quatre dépassements consécutifs avant que Stéphane n’appuie sur l’accélérateur pour filer en direction de Paris, sans oublier toutefois de nous dire au revoir par le bruit du klaxon et signes de mains démesurés!

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urant cette même période, nous étions tout un groupe d’ami(e)s ayant tous le même look vestimentaire, les cheveux crêpés, majoritairement fans d’Indochine, quelques punks, avec crêtes sur la tête, faisaient aussi partie de la bande. Notre « QG » : le bar le plus branché de la ville, où l’on se réunissait tous les samedis après-midi. Le plus amusant pour nous était quand nous nous promenions dans les rues de la ville. Imaginez un peu la tête des gens de voir arriver face à eux, un groupe de dix à quinze individus, tous de noir vêtus, les cheveux en pétard ou en crête! Il arrivait fréquemment qu’à la vue de notre groupe, les gens que l’on croisait, s’écartaient à notre passage ou changeaient carrément de trottoir! Tout comme le prône si bien Indochine dans ses chansons, l’intolérance face à la différence! Mais nous nous en fichions et cela nous amusait énormément! Il m’est arrivé à plusieurs reprises de me diriger tout droit vers une personne qui me regardait d’un air inquiet ou effrayé et de lui tendre une fleur (précédemment cueillie dans les bacs à fleurs qui ornaient les trottoirs de la ville) en lui disant : « Paix, amour, liberté et fleur! » Comme toute adolescente qui ne veut faire que ce qui lui plait, je refusais la proposition de mon père de

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retapisser les murs de ma chambre, afin d’enlever cette tapisserie à grosses fleurs orange datant des années 1970! Je préférais la recouvrir complètement de posters de mon groupe fétiche! Ma vie d’ado était teintée d’Indochine à toutes les sauces et surtout de Nicola! Des murs de ma chambre en passant par mes sacs d’école, mes vêtements, de tous les magazines où paraissait le moindre article … Et je rêvais de rencontrer Nicola et le reste du groupe... Allant même jusqu’à espérer rencontrer un garçon qui serait le sosie de Nicola et qui deviendrait l’homme de ma vie! Le rêve également d’avoir un jour des jumeaux que je prénommerais « Nicola et Stéphane » Absolument tout était prétexte ou en référence à Indochine! Il fallait bien que jeunesse se fasse! Avec l’entrée dans l’âge adulte, mon exil pour la capitale et l’obtention de mon premier emploi, il fallut mettre de côté mon look Indochinois, surtout concernant la coupe de cheveux! Les années qui suivirent, mon intérêt pour Indochine s’estompa un peu, non pas parce que je n’aimais plus leur musique et ce qu’ils faisaient, mais j’étais plus préoccupée à débuter ma vie de jeune adulte indépendante et surtout à faire ma sortie du placard! Il était loin mon rêve d’épouser le sosie de Nicola! À ce moment-là, j’aurais plutôt préféré qu’un génie sorte de sa fameuse lampe pour émettre le vœu de transformer Nicola en femme!

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algré quelques années un peu à l’écart du groupe et de ce qu’ils faisaient, mon cœur d’adolescente avait bel et

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bien gardé en lui cet amour inconditionnel pour Indochine. C’est en 2000 que les souvenirs de tout cet amour que je vouais au groupe ont refait surface et ont repris leur place dans ma vie. Une vie qui avait changé du tout au tout, car je venais de quitter mon pays pour immigrer au Québec. Il me fallait donc rattraper le temps perdu et me remettre au goût du jour quant à la musique qu’avait produit Indochine! En peu

de temps, tous les albums manquants ont vite rempli mes tablettes à CD. Et j’étais de nouveau sur les rails, bercée par cette musique qui avait si bien rempli et façonné ma vie d’adolescente! Mais j’étais maintenant à 6000 kilomètres de la France et difficile de pouvoir assister à un de leur concert! Par chance, mon immigration ne s’est pas faite

en Australie ou dans un petit village d’Afrique, mais au Canada! Indochine est connu au Québec et depuis leur début de carrière ils se sont fréquemment produits ici! Un soir de l’année 2002, mon amour de Québécoise me tend une enveloppe d’une valeur inestimable à mes yeux : des billets pour aller voir Indochine au Spectrum de Montréal, mais également une autre paire de billets pour assister à une émission à Musique Plus ou le groupe allait performer! Les neurones de mon cerveau s’emballent et me font soudainement agir en bonne ado que j’étais, bondissant partout, criant et pleurant de joie! Ce fameux soir de leur performance à Musique Plus, ma chérie ayant cours à l’université, ne peut malheureusement pas m’accompagner! Pour m’assurer d’être le plus proche possible de la scène, je me rends aux studios de la chaine de télévision avec un bon deux heures d’avance! Comble du comble, je n’étais pas la seule à avoir eu cette idée et lorsque j’arrive devant Musique Plus, une file d’attente énorme de fans est déjà bien établie et prête à bondir dès l’ouverture des portes! Étant bien déterminée à être le mieux placée dans la salle, j’use de stratagèmes afin de me faufiler le plus en avant possible de cette horde de fans! La détermination paye! Je parviens à établir des discussions avec les premières personnes de la file d’attente! Un groupe de cinq amis, mais parmi eux, un seul n’a pas de billets pour rentrer! Je lui offre le deuxième billet que j’ai en ma possession! Il est fou de joie et laisse exploser cette montée d’énergie, en hurlant son bonheur soudain et en me serrant


dans ses bras! C’est en commettant cet acte de générosité que ma place aux premières loges a été assurée! Ce groupe d’amis, pour me remercier, m’a permis de rester avec eux et ainsi d’être parmi les premières personnes à entrer dans la salle à l’ouverture des portes! Et quelle place! Juste là devant Nicola qui était à un mètre de moi! De précieux souvenirs resteront à jamais gravés dans ma mémoire suite à leur passage à Musique Plus! Après chaque chanson, Nicola jetait au sol le médiator (pic de guitare en québécois) qu’il venait d’utiliser, pour en prendre un autre! Après un moment à avoir observé cela, j’attends la fin d’une chanson et au moment où il s’apprête de nouveau à se débarrasser de son médiator, je tends tout simplement la main! Nicola me regarde, me le dépose au creux de la main et me fait un sourire! Ô joie, bonheur! Un souvenir que je vais garder précieusement pour le reste de ma vie en tant qu’Indochinoise qui se respecte! Mais lors de cette merveilleuse soirée, je n’étais pas au bout de mes joies et de mes surprises! À la fin de l’émission, plutôt que de rentrer sagement chez moi, gonflée à bloc par la musique d’Indochine, mon attitude de fan française prend le dessus et je me mets en quête de trouver l’endroit par où Nicola va sortir! Je me mets à longer les alentours du bâtiment de Musique Plus! Et tout à coup Bingo! Je trouve l’entrée de leur garage! Mais impossible d’y entrer sans carte d’accès! Ce soirlà, l’univers conspirait contre moi… J’aperçois alors deux personnes plongées dans une grande discus-

sion; venues récupérer leur véhicule situé dans ces fameux garages! Je les suis et me faufile à l’intérieur! Comme la porte est automatique et s’active au passage de la carte d’accès, je passe inaperçue! Mais pas aux yeux de tout le monde! D’autres fans qui devaient être également à l’affût viennent se joindre à moi! Nous étions donc environ une dizaine à attendre la sortie de nos idoles! Soudainement une porte s’est ouverte et Nicola est apparu, seul! Je me suis tranquillement dirigée vers lui pour obtenir un autographe qu’il a signé sur un poster du Paradize Tour que j’avais en ma possession! Puis j’ai demandé à une autre fan qui attendait son tour, si elle pouvait me prendre en photo avec lui! Pour continuer sur ma lancée, j’ai demandé à Nicola si je pouvais lui faire la bise, ce qu’il a accepté sans aucun problème! Quand je suis repartie de là, j’avais l’impression de flotter au dessus du sol et la joie ainsi que le bonheur ressenti étaient incommensurables! Mon rêve de jeunesse de rencontrer Nicola, de pouvoir échanger quelques mots avec lui, même si ce fût un court instant, venait enfin de se réaliser! Lorsque l’un de nos souhaits voit le jour, il laisse place à de

nouvelles attentes et comme le dit si bien la chanson, « rien n’est interdit, tout est permis… » Aujourd’hui, si mon autre rêve pouvait également faire partie de ma réalité, ce serait de jouer des percussions avec Indochine le temps d’un de leurs concerts!

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ne fois de plus, le bonheur de voir Indochine en concert s’est concrétisé de nouveau lors de leur passage au Métropolis de Montréal, le 17 juin 2006. À l’été 2009, alors que je revenais d’un séjour en France, j’apprends à mon grand désarroi que le groupe a effectué un spectacle sur les plaines d’Abraham de Québec, le 14 juillet! Pendant que j’étais à Paris et que j’assistais aux célébrations de la fête nationale dans mon pays, Nicola chantait sur une scène du Québec! Bizarrement aucune publicité quant à leur venue cet été là n’a été suffisamment faite pour que je sois mise au courant! Il est certain que si j’avais eu vent de leur prestation, mon voyage en France se serait vu décalé de quelques jours, afin de pouvoir une fois de plus aller vibrer sur ce son Indochinois! Après sept longues années sans les voir, ma patience va se voir récompensée en cette date du 24 mai 2013, où Indochine

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sera en concert au Centre Bell! Pour cette journée, la fan inconditionnelle que je suis sera « hors service » et uniquement branchée sur la planète Indochine! Indochine un jour, Indochine toujours! Longue vie et respect!

Indochine face à l’homosexualité et leurs diverses implications Dès le début de leur carrière, depuis l’album « 3 » qui les a propulsés sur l’avant-scène musicale française, Indochine n’hésite pas à aborder des thèmes parlant d’homosexualité et d’intolérance face à la différence. On le voit, entre autres, dans des chansons comme « 3ème sexe » : « … maquillé comme mon fiancé… Et on se prend la main, une fille au masculin, un garçon au féminin… ». Ou encore « Canary Bay » : « … Et rien qu’entre elles et sans garçons sur des rochers des forêts elles habitaient, toutes les journées dépensées en jeux fripons et rien de plus qui pouvait les déranger… une pyramide sur des remparts les protégeait et puis derrière elles se faisaient des choses bizarres. C’est à Canary Bay , des filles qui habitaient par milliers … des filles qui s’aimaient et s’embrassaient armées … » Tout au long de leurs divers albums, ces thèmes sont souvent mis

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en avant. Plus récemment dans leur dernier album « Black City Parade » : la chanson, College Boy, traite d’homophobie, mais le clip réalisé par le québécois, Xavier Dolan, fait plus référence à l’intolérance générale face aux différences et à ce que cela peut engendrer. Ce clip a d’ailleurs suscité de très fortes réactions des médias en France et particulièrement de Françoise Laborde, présidente du conseil supérieur de l’audiovisuel français qui en a interdit la diffusion à la télévision, excepté après minuit! Concernant ce qui est véhiculé dans ce clip, peu importe le milieu dans lequel un individu évolue, à partir du moment où une personne est victime de harcèlement de par son orientation sexuelle ou d’une différence, quelle qu’elle soit, ce que cet être peut vivre intérieurement est aussi violent et douloureux que les images véhiculées dans ce qu’a réalisé Xavier Dolan! Alors si ce clip peut permettre de faire ouvrir les yeux et faire réagir afin qu’il y ait plus de vigilance face au harcèlement de toute sorte, ce sera un pari gagné et un triomphe pour Indochine et Xavier Dolan! Ironiquement la chanson « College Boy » ainsi que le clip ont fait leur sortie en France dans la même période que toutes ces polémiques et manifestations « anti mariage pour tous ». Indochine s’implique également dans des œuvres humanitaires, par

exemple en 2011, où ils enregistrent avec la chanteuse japonaise Amwe , leur chanson « Un ange à ma table » en japonais. La vente de ce disque a été faite uniquement par le biais du site officiel du groupe et Indochine a versé 12000 euros aux Japonais sinistrés suite au Tsunami qui a touché le japon cette année-là! Une autre grande particularité du groupe est qu’il maintient le prix des places de concerts à faibles coûts, comparativement à ce qui se fait sur le marché, afin que cela soit abordable pour leur public! Indochine supporte activement «SOS Homophobie » et « Act Up Paris ». Lien pour la chanson « Un Ange à ma table » en japonais : http:// www.youtube.com/watch?v=oN8ZVn5koA4 Lou Nicolas


Indochine, leurs albums et historique en quelques dates •

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10 mai 1981 fondation du groupe par Dominique Nicolas (guitariste et compositeur) et par Nicola Sirkis (compositeur-interprète). Le groupe est rejoint par Dimitri Bodianski au saxophone et par Stéphane Sirkis, frère jumeau de Nicola, aux claviers et par la suite à la guitare. 29 septembre 1981, premier concert au Rose Bonbon à Paris. Février 1982, sortie de leur premier 45 tours, « Dizzidence Politik » avec en face B, « Françoise ». Novembre 1982, sortie de leur premier album « L’aventurier » 28 novembre 1983, sortie de leur second album « Le Péril Jaune » Leur succès grandit de plus en plus et leur notoriété s’installe réellement en 1985 avec la sortie de l’album « 3 » et des chansons comme « 3ème sexe » « canary Bay » « Trois nuits par semaine ». Le groupe commence à exporter sa musique hors de la France et de l’Europe francophone et remporte un énorme succès dans les pays scandinaves, comme la Suède, le Danemark. En 1986, Serge Gainsbourg est séduit par le groupe et réalise le clip de la chanson « tes yeux Noirs ». C’est également durant cette année, que le groupe se fait connaître au Pérou où l’album y est certifié quadruple disque de platine. Leur album « 7000 Danses » qui se veut plus rock et plus sombre sort en 1987. L’année 1989 marque une première rupture au sein du groupe avec le départ du saxophoniste Dimitri Bodianski qui décide de prendre des distances afin de s’occuper de sa famille. Les autres membres du groupe continuent l’aventure en trio et sortent l’album « le Baiser » en 1990.

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22 novembre 1993, sortie de l’album « Un jour dans notre vie » C’est au tour de Dominique Nicolas de quitter le groupe en 1995. Les jumeaux continuent en duo et recrutent d’autres musiciens. « Wax » leur sixième album sort le 4 novembre 1996. Alors qu’Indochine est en plein enregistrement de l’album « Dancetaria », Stéphane est emporté par une hépatite B foudroyante le 27 février 1999. Nicola décide de continuer en mémoire de son frère et l’album sort en août 1999. Entre les années 1998 et 2005, Indochine est rejoint par les musiciens suivants qui composent le groupe actuel : Boris Jardel à la guitare; Marc Elliard à la basse; Mr Shoes (de son vrai nom François Soulier) à la batterie; Oli de Sat (de son vrai nom Olivier Gerard) à la guitare et Matu (de son vrai nom François Matuszenski) aux claviers. 12 mars 2002, album « Paradize » 5 janvier 2004, album «3.6.3 » (Live) 19 décembre 2005, Album « Alice et June » Dans le cadre de la tournée « Alice et June » le groupe a donné deux concerts à Hanoï au Vietnam, les 6 et 7 juin 2006, à l’Opéra d’Hanoï avec l’orchestre philharmonique pour les 25 ans du groupe. Un CD intitulé « Hanoï » enregistré en direct est apparu le 19 février 2007. 3 décembre 2007, « Alice et June » (live) 9 mars 2009, album « la république des Météors » Indochine est le premier groupe français à se produire au stade de France et à le remplir, le 26 juin 2010. 17 janvier 2011, album live « Putain de stade » 13 février 2012, compilation « Paradize + 10 » Et leur dernier album, 11 février 2013 « Black City Parade »

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Cet autre qui grandissait en moi - Tome 1 Ma vie d’avant

par Alexis Hayden & José-René Mora

NOUVEAUTE - “ Adolescence – Homosexualité – Amour impossible – Acceptation - Coming-out “ « Nous méritons toutes nos rencontres, disait Mauriac, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu’il nous appartient de déchiffrer… » Bonnes ou mauvaises, que nous en comprenions ou non le sens et la portée, il est évident qu’elles nous préparent à vivre les suivantes. Kévin méritait-il Jérémy, et inversement ? Se seraient-ils trouvés s’ils ne s’étaient pas cherchés ? Toutes ces questions, les deux adolescents se les posent. Ces sursauts désespérés et inutiles, pour lutter contre eux-mêmes, contre l’impossible, contre la fatalité, seront-ils destructeurs et plus forts que leur amour ? Une plongée au coeur d’une adolescence difficile et de ses problématiques intimes liées à l’homosexualité. Avec sensibilité et poésie, peut-être un brin de nostalgie, et surtout une sincérité et une force de caractère à couper le souffle, Kévin, le narrateur, dit ses amours impossibles, les traumatismes de son enfance, son rapport à son père, ponctuant l’ensemble de ses réflexions d’adulte et de ses questionnements. Un récit fort, intense, où la joie de vivre et d’aimer l’emporte sur les conventions. Informations complémentaires

Informations complémentaires Version papier : 18,00 € ISBN : 9782748394917 Version eBook : 9,49 € ISBN : 9782748395570 228 pages - Romans sentimentaux - Edition brochée Comment commander cet ouvrage Ce livre est disponible à la vente au format papier et au format numérique (PDF, eBook). Pour vous le procurer : - au format papier, sur le site Internet des éditions Publibook (www.publibook.com) ou en librairies, sur commande ; - au format numérique, sur le site Internet des éditions Publibook (www.publibook.com). Relations presse Janyce Wang - Attachée de presse e-mail : janyce@publibook.com - Tél. : +33(0)1 77 48 60 76 Ouvrage disponible en service de presse sur simple demande par e-mail avec vos coordonnées complètes.

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CINEMA & SOLIDARITe La situation du cinéma français est aujourd’hui au plus mal. De moins en moins de bons films sortent dans nos salles mais de plus en plus de “Blockbusters”, souvent tournés à l’étranger pour économiser sur la masse salariale, voient le jour. Les financements publics abondent dans le sens de ces “Super productions”, souvent dénuées de scénario et crées dans le seul but de générer un maximum de profit. Que reste-t-il pour ces autres réalisateurs qui travaillent d’arrache pied pour produire des films intelligents? Le cinéma indépendant a aujourd’hui plus que jamais besoin de vous. Il récompense ensuite ses spectateurs en leur offrant des films de qualité. L’AUTRE raconte l’histoire de Victor, adolescent de 17 ans qui passe ses nuits à se prostituer sans que personne de son entourage ne soit au courant. Sa meilleure amie Alice, qui l’aime en secret, va finalement découvrir la vérité. Un événement tragique associé à des souvenirs de son enfance poussera Victor à fuir. Un long voyage commence alors pour le jeune garçon. Ce film a pour but de montrer aux jeunes générations qu’ils doivent être fiers de leur sexualité car aujourd’hui, personne ne les soutient en France dans le milieu du cinéma. Alors, vous qui aimez le cinéma, aidez-nous aujourd’hui à pouvoir réaliser L’AUTRE. Découvrez L’AUTRE sur la plateforme kisskissbankbank. SYNOPSIS Victor, adolescent de 17 ans, passe ses nuits à se prostituer sans que personne de son entourage ne soit au courant. Sa meilleure amie Alice, qui l’aime en secret, va finalement découvrir la vérité.

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Un événement tragique associé à des souvenirs de son enfance poussera Victor à fuir. Un long voyage commence alors pour le jeune garçon. Présentation détaillée du projet L’AUTRE est un film produit par LIVE Productions. Durée du film : 45 min Nombre de jours de tournage : 12 jours Période de tournage : Fin 2013 Support de tournage : Vidéo HD - couleur (RED EPIC) Format : 1920x1080 / progressif 25P Lieu de tournage : Saint-Nazaire et sa région BANDE ORIGINALE LIVE Productions et moimême sommes fiers de vous annoncer notre prochaine collaboration musicale.L’Anglais Jimmy Lee du groupe Trailer Trash Tracys, futurs grands de la scène indé internationale, a accepté de signer la bande originale de L’AUTRE. Si vous ne connaissez pas encore TTT , découvrez ci-dessous un morceau issu de leur premier album Ester, sorti en janvier 2012. NOTE D’INTENTION AUTEUR – RÉALISATEUR L’AUTRE est né de ma rencontre avec un jeune homme, dont le passé bien qu’atroce, était aussi touchant, et a suscité en moi un besoin de développer une histoire autour d’un scénario fort et sensible à la fois. De façon à respecter l’histoire intime de cette personne, je me suis inspiré de bribes de son vécu tout en y greffant un nouvel univers,


fait de personnages et de lieux fictifs. J’ai choisi de représenter un adolescent, non pas dans sa vie quotidienne mais dans ce qu’il y a de plus singulier dans son existence : sa sexualité, ses parents qui le laissent livré à lui‐même, l’influence qu’exerce sur lui sa meilleure amie, Alice, et surtout sa relation de confiance avec Marc, le père de celle‐ci. Par ailleurs, j’ai imaginé cet adolescent en prostitué, cachant à tous, sauf au père d’Alice, cette réalité. Dans mon esprit, il se trouvait ainsi dans une situation d’enfermement dont il devrait chercher à sortir. J’ai appelé cet adolescent Victor. J’ai découvert en Victor, un jeune homme de 17 ans d’une force de caractère peu commune et j’ai fait en sorte que cette force s’accroisse au fur et à mesure des évènements du film. Dès le départ, je me suis projeté dans ce film en tant que réalisateur. La vie de Victor est dure. Il s’extériorise peu. Cette dureté, je veux la rendre présente. Mais parallèlement, la musique de l’anglais Jimmy Lee, membre du groupe « Trailer Trash Tracys » et figure montante de la scène rock internationale, apportera au spectateur un écho des pensées de Victor et lui permettra de se sentir plus près de cet adolescent, de ressentir ses émotions. Victor sera à la fois le héros et le personnage focal. Je suivrai Victor quoi qu’il fasse, en mettant la technique au service de cette volonté, par

l’utilisation de caméras mobiles, de travelings... Je compte traiter ce film de manière objective, y compris les scènes oniriques et d’hallucinations. Je travaillerai pour la première fois avec Payam Azadi, directeur de la photographie Iranien, qui m’apportera son expérience, sa passion pour l’image et son ouverture d’esprit. Avec lui, je réaliserai un film noir, principalement nocturne, où j’utiliserai une caméra numérique haute définition pour obtenir les plus belles ambiances possibles, pouvoir filmer presque sans lumière, en recherchant un résultat très brut. Je dirigerai mes acteurs de façon très proche, en tête à tête. D’être moi‐même l’auteur de ce film, me forcera peut être quelquefois à modifier ma vision des personnages, grâce à ces acteurs, mais dans l’ensemble j’opterai plutôt pour une direction forte et précise. Mon casting est déjà presque terminé, avec des acteurs que je sais capables de répondre à mes exigences, et même de les anticiper. Aujourd’hui, une majeure partie des jeunes de ma génération se trouve dans le doute. Ils se sentent sacrifiés. Je voudrais, par le biais de ce film, leur porter un message d‘espoir, à eux comme aux générations futures. F. Pragnère

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DOSSIER PRATIQUE PETIT GUIDE De l’autopublication sur Internet L’autoédition devient monnaie courante chez les auteurs qui sont parfois refusés par les maisons d’éditions, parfois lassés par les contrats mal rémunérés et exclusifs qui les lient aux éditeurs.

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l y a quelques années, l’autoédition exigeait des sacrifices financiers de la part des auteurs suffisamment courageux pour tenter leur aventure en solitaire. Trouver un imprimeur, négocier les tarifs d’impression sans parler des contraintes de diffusions et de distribution, ces démarches n’étaient pas simples. Mais depuis peu, des plateformes virtuelles d’autoédition - ou d’impression à la demande - ont vu le jour pour simplifier ces démarches drastiques. Ce qu’elles proposent : • • •

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Editer votre livre Gérer vos commandes Vous rémunérer selon les prix que vous avez f ixés

ertaines plateformes vous le disent clairement : « Créez un livre en quelques minutes, publiez en un simple clic, distribuez, vendez et imprimez...» Mais malgré ces démarches simples, nous avons élaboré pour vous un condensé de ce qu’il faut savoir avant de s’autoéditer. Première question à se poser : Est-ce aussi simple qu’ils le prétendent? La réponse est «oui»... S’autoéditer est simple parce qu’aucune connaissance n’est nécessaire, si ce n’est savoir cliquer sur les boutons d’une souris. Ainsi n’importe qui peut publier son livre et ce, n’importe quand. Vous envoyez votre fichier en ligne, vous choisissez le format, vous attribuez une couverture et «hop» en quelques minutes vous devenez auteur publié. Vous n’avez plus qu’à commander un exemplaire de

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votre livre et envoyer le lien à tous vos proches et amis... car eux, ne chercheront peut-être pas à juger de la qualité de votre texte (si toutefois ils le lisent).

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ar malgré la simplicité de la démarche, ces sociétés d’impression à la demande ne sont pas des maisons d’édition mais des plateformes automatisées destinées à imprimer des livres sur demande. Elles ne corrigeront pas vos textes, votre syntaxe, elles n’assureront pas la mise en page et encore moins la promotion de votre oeuvre. Qu’importe pour eux le contenu tant que les auteurs et surtout son entourage commandent l’impression, principe fondamental de leur commerce. Ainsi, l’autoédition est mal jugée, par les éditeurs, mais aussi par la Presse et certains médias. Dans un sens, comment juger de façon positive une industrie qui promeut les livres mal écrits et mal corrigés ?

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ans ce cas, pourquoi s’autoéditer, me direz-vous? Il y a malgré tout d’excellentes raisons de choisir l’auto-publication ou de la refuser et nous allons vous en citer les points les plus évidents. Les 2 INCONVénients majeurs

Comme expliqué plus haut, n’espérez pas trouver sur ces sites les services proposés par les maisons d’édition classiques. Ni correction ... Si votre texte est truffé de fautes d’orthographe, de syntaxe,


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pour le montant net de vos ventes, par chèque, par virement bancaire, par paypal, etc. Un revenu non négligeable qui vous revient dans son intégralité pour votre travail.

3 - Gérez vos offres promotionnelles : Vous souhaitez faire une remise de 10%, 20%, 30% pour vos clients, en période de fête ou simplement pour leur faire plaisir ? Vous souhaitez casser le prix d’un ancien titre que vous jugez moins en vogue que les derniers ? Libre à vous...

4 - Conservez vos droits d’auteurs : Si vous souhaitez créer des produits dérivés de vos œuvres, vous en toucherez tous les bénéfices et encore une fois, personne n’aura rien à en redire !

5 - Rapidité de publication : Le délai moyen chez un éditeur classique que vous démarchez est de deux à trois ans. En vous autopubliant, c’est instantané (à condition bien sûr que votre œuvre soit prête à l’édition). 6 - Pas de gestion des stock : Oubliez les contraintes logistiques. Ces plateformes ont le mérite d’assurer la fabrication instantanée à la commande ainsi que la livraison de vos romans avec plusieurs options lors des envois postaux. de ponctuation ou de typographie, vos lecteurs en seront les premières victimes et ne comptez pas sur eux pour acheter un autre de vos récits. Ni promotion ... A quoi bon publier un livre si vous n’avez pas de lecteur ? Il vous faudra réfléchir à des moyens de communication essentiels à la promotion de votre livre : Sites Internet, réseaux sociaux, partenariats avec d’autres auteurs, etc. Vous écrirez moins car il vous faudra vous organiser pour prévoir un planning de promotion de vos œuvres. Ces deux points sont des plus importants pour un auteur. Ne les négligez pas, surtout la correction si vous souhaitez être médiatisé car les bons journalistes ou chroniqueurs n’auront aucune pitié et certains prendront par fois un malin plaisir à vous pointer du doigt.

Les 10 principaux AVANTAGES Bien sûr, ces plateformes n’auraient

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pas autant de succès auprès des auteurs et même certains éditeurs si elles n’offraient pas des avantages rafraîchissants...

1 - Profitez de votre liberté de publication: Vous aurez le contrôle entier de votre œuvre et de nombreux auteurs vous le diront, la liberté n’a pas de prix. N’étant lié par aucun contrat à un éditeur, vous serez libre de choisir la couverture de votre roman, son format et surtout, le prix de votre livre. Car un éditeur vous proposera tout au plus entre 4% et 10% de revenus en droit d’auteur, une à deux fois par an (une misère) et, en tant que nouvel auteur, n’espérez pas une publication à plus de 3000 ou 4000 exemplaires dans le meilleur des cas. A vous de faire le calcul de ce vous toucherez...

2 - Conservez vos revenus : Chaque mois, les plateformes d’impression sur demande vous paient

7 - Possibilité de suspension d’édition ou de réédition : Si votre livre n’est plus aux goûts du jour, vous aurez la possibilité de suspendre sa distribution, le temps d’une réécriture, peut-être ?

8 - Exploitez de nouveaux marchés : Les maisons d’éditions classiques ont leurs réseaux définis qui impliquent des limites que vous ne vous fixerez pas lors de vos campagnes promotionnelles. Organisez des rencontres avec vos lecteurs quand bon vous semble.

9 - Votre degré d’implication : Qui mieux que vous saura parler de votre œuvre et la vendre ? Vous travaillez pour votre compte, pour votre livre. Vous connaissez votre univers, vos personnages, vos intrigues. Aucun éditeur ne sera autant impliqué que vous ne le serez pour représenter votre travail.


Osti de fif! de Jasmin Roy

“Vous ne serez pas spectateur de votre succès, vous en serez l’instigateur“

Jasmin Roy, comédien, raconte son calvaire d’adolescence alors qu’il était victime de violence homophobe à l’école. Pour la première fois de sa vie, il ose parler de ses troubles d’anxiété, de la dépression et de la faible estime de soi engendrés suite à son séjour dans les écoles primaires et secondaires. Cette partie, je dois l’avouer, m’a paru plutôt aride, car l’auteur tente de se psychanalyser au lieu de relater tout simplement les faits comme un habile narrateur qu’il sait être. À vouloir trop expliquer, trop disséquer, on finit par nuire au récit et on désintéresse le lecteur. L’utilisation du « je » au niveau de la narration est puissante si on s’en tient aux faits, aux émotions, à notre intériorité afin de faire frémir le lecteur et de capter son attention une fois pour toutes. Il en est de même pour la seconde partie intitulée « Quand l’histoire se répète ». J’aurais souhaité que l’auteur peigne les victimes d’actes homophobes et d’injustices autrement, car ce ne sont pas que de simples faits divers désincarnés de souffrances, de vécus et de peines. Les réduire à une narration passive leur enlève leur humanité. Et pourtant, les gestes d’intimidation, la violence, la souffrance, le rejet, la résilience et une envie irraisonnée de vivre pleinement surgissent malgré tout comme une lueur d’espoir dans un monde morose. Néanmoins, ce bouquin demeure un livre de référence tout indiqué dans le domaine de l’homophobie. Quel bel outil didactique pour amorcer un discours intelligent sur la question en milieu scolaire? Espérons que les commissions scolaires sauront l’utiliser pour prévenir l’homophobie à l’école et pour éviter des drames humains. Osti de fif! de Jasmin Roy, Les intouchables, 2010, 168 pages

10 - Gagnez en assurance et en estime de soi... Vous ne serez pas spectateur de votre succès, vous en serez l’instigateur. Chaque centime qui vous reviendra sera le fruit de votre travail, de votre originalité, de votre façon de vous démarquer.

Les 10 règles d’or pour s’autoéditer 1 - Définir votre statut. Vous devrez réfléchir au cadre juridique qui vous concerne pour exercer cette activité. Auto-entrepreneur, personne morale, société ou association ? N’hésitez pas à vous adresser à un avocat ou à un conseiller juridique pour faire le tour de la question. 2 - Vous faire corriger. Si vous n’avez pas de lecteur potentiellement intéressé par votre œuvre, trouvez dans votre entourage

une personne capable de relire votre texte. Comme développé plus haut, la correction est essentielle pour vendre votre roman. Personne n’aime lire un texte rempli de fautes. L’orthographe, la syntaxe, la mise en page doivent être impeccable, par respect pour les lecteurs mais aussi pour les libraires que vous démarcherez peutêtre. Dites-vous qu’un lecteur satisfait achètera un autre de vos romans ou ses suites.

Par Réjean Roy

3 - Investir dans une couverture. La couverture est essentielle et représente pour certains lecteurs 60% de leur décision d’acheter ou non tel ou tel roman. Elle est l’âme de votre livre. Si vous n’avez pas de connaissance en logiciel d’illustration tel que Photoshop, faites une rapide recherche sur internet. Vous trouverez de jeunes

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illustrateurs talentueux capables d’illustrer votre œuvre selon vos attentes pour moins de 100 €. (Au mieux, contactez-nous et nous vous dirigerons vers nos partenaires.) 4 - Acquérir un minimum de connaissances sur l’édition. On ne s’improvise par éditeur et c’est pourtant comme un éditeur que vous de vrez réfléchir, penser et vous organiser si vous choisissez de publier vos titres. Assurez-vous de vous renseigner sur les processus de correction, de mise en page et bien sûr, d’illustration. Prenez du recul sur votre livre, prenez quelques semaines ou mois avant de vous relire, mettezvous à la place de vos lecteurs pour avoir un regard objectif sur votre travail et le produit que vous allez leur vendre. En passant, vous relire à haute voix vous donnera un regard neuf sur votre texte et sa fluidité. En quelques mots : Soyez professionnel ! 5 - Trouver vos motivations pour vous autoéditer. Ecrire est un choix, s’autoéditer en est un autre. Il est plus facile d’écrire que de s’autoéditer car le travail à fournir pour publier un livre est plus complexe et périlleux que l’écriture de l’œuvre elle-même. Un auteur consacrera 20 % de son temps à écrire son livre, 5 % pour le publier et 75 % pour le marketing et la promotion. Réfléchissez-y, ces trois chiffres sont très importants pour votre organisation. 6 - Cibler votre public. Avant de parler marketing il faut savoir qui seront vos lecteurs. Ecrivez-vous pour des femmes au foyer, des sportifs de haut niveau, des jeunes gens avides d’aventure, votre livre estil tout public? Définir votre ou vos cibles vous permettra d’établir les meilleures démarches de communication essentielles à la vente de vos titres. 7 - Penser au numérique. Même si le livre papier ne sera jamais remFONDATION CULTURE LGBT - PAGE 32

placé par les livres numériques, de nombreux clients ont trouvé un bon compromis leur permettant de faire face à la crise tout en continuant de lire. Moins chers, accessibles instantanément, les Ebooks font aujourd’hui partie intégrante du commerce du livre. 8 - Protéger ses œuvres. Cela va sans dire, mais c’est mieux en le disant : Attribuer un ISBN à chacune de vos œuvres est indispensable. A noter que chaque format de vos titres se verra attribué un numéro ISBN unique, que ce soit un format poche, numérique, économique, etc. 9 - Investir dans des supports marketing. Avoir un site Internet est aujourd’hui essentiel et facile. Renseignez-vous sur les différentes façons de créer votre site, même gratuitement. Rendez-le simple et de navigation facile. Un menu, une adresse où vous contacter, sans oublier les couvertures de vos romans. Soyez créatifs, faites-le à votre image et à celles de vos œuvres et n’oubliez pas que les partenaires sont essentiels pour vous faire connaître. Pensez aussi à la distribution de Flyers, à des publicités numériques et enfin, invitez vos lecteurs à laisser des commentaires et avis sur vos titres. 10 - S’adapter et s’informer. Rester aux faits des nouveautés du monde de l’édition sera essentiel dans vos démarches d’autoédition. Vous devez évoluer au même rythme que les éditeurs voire même innover et trouver de nouvelles idées qui vous permettront de vous démarquer des autres auteurs et de trouver votre public. Par Emmanuelle Gaultier Besoin d’aide ou de conseils supplémentaires ? Si vous avez des questions, n’hésitez pas à nous écrire ou à rejoindre notre forum de discussions.


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Série Télé RIZZOLI & ISLE SUBTEXT ET plus SI AFFINITéS

Q

u’on se le dise, cette série ne comblera pas vos attentes si vous espérez visionner des scènes torrides entre deux belles actrices. Le sexe vend, mais les tensions sexuelles sans passage à l’acte agrémentées de quelques sousentendus bien placés, vendent encore plus. Ainsi, Janet Tamaro a créé la série cryptolesbienne «Rizzoli and Isle» en s’inspirant des livres de Tess Gerritsen, série dont la saison 3 est en cours de diffusion sur la chaîne TNT. «Rizzoli and Isle» est une série où chaque épisode vous évoquera ce que les américains nomment le «Subtext», traduisez «sous-entendus». Entre la détective Jane Rizzoli (Angie Harmon) et la médecin légiste Maura Isles (Sasha Alexander), certaines scènes et autres situations ambigües ne manquent pas. Regards, sourires éloquants, élans et gestes affectifs ou insistants, autant d’indices permettant de nourrir notre imaginaire, de nous laisser envisager des situations plus charnelles entre les deux héroïnes. L’une, flic à l’allure garçonne, l’autre, jeune femme féminine de bonne éducation et issue de la haute société, sont les meilleures amies du monde. Tout les oppose : éducation, travail, centres d’intérêts et de ce fait, les attire. Ainsi, elles délaissent la plupart de leurs conquêtes masculines pour passer du temps ensemble en dehors des enquêtes menées pour la brigade criminelle de Boston. Elles se retrouvent à partager le même lit, les mêmes repas et leurs petits soucis personnels. Deux femmes, deux personnalités attachantes, deux caractères différents et cette recette féministe a incité la chaîne TNT a jouer de la popularité des deux personnages ambigüs auprès d’un public affirmé lesbien. Le site After Ellen ouvertement LGBT, n’a pas hésité à publier pour chaque épisode la liste des Subtexts à travers les chroniques de Dorothy Snarker. Si vous comprenez l’anglais, nous vous incitons à les lire même sans avoir visionné la série. vous passerez certainement un très bon moment ! Par Béatrice Guillart

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La saison 3 de “Rizzoli & Isle” est en cours de diffusion sur la chaîne TNT depuis le 5 juin 2012. La série a été renouvelée pour une quatrième saison de 15 épisodes prévue pour l’été 2013.

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FILM / CINEMA

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » disait Lamartine. On peut croire le poète en voyant la détresse de Julia dans Como Esquecer (Comment t’oublier). Oui, comment t’oublier ? Comment arriver à accepter l’absence insupportable de l’autre. Comment surmonter un chagrin, alors que nous nous enfonçons dans la solitude, la mélancolie, la souffrance et que nous sommes submergés par le sentiment d’abandon. Julia, malgré sa dépression suite à sa rupture amoureuse, nous montre comment renaître. Le chemin est long jusqu’à la guérison, mais elle nous donne l’espoir de croire de nouveau à l’amour et reprendre goût à la vie. Como Esquecer aborde donc les thèmes difficiles de la dépression et du chagrin, selon le point de vue d’une lesbienne. Même si Julia est lesbienne et nous livre ses sentiments, ce court métrage n’est pas focalisé sur des conflits sexuels d’un personnage lesbien stéréotypé, comme le montre certains films LGBT. La réalisatrice a voulu décrire la difficulté d’une jeune femme à oublier son histoire d’amour. Nous pouvons donc facilement nous identifier à Julia et être touché par sa détresse intérieure, quel que soit notre orientation sexuelle, sexe, position sociale ou notre âge. Comme Julia, nous pouvons aussi refuser l’aide de nos amis et vouloir

souffrir seul. Tellement pris dans notre chagrin, nous ne voyons plus toutes les choses positives qui peuvent nous nous arriver. L’arrivée d’Héléna fera prendre conscience à Julia que l’espoir vit toujours en elle. Cela veut-il dire que la guérison d’un chagrin d’amour passe par un nouvel amour ? En voyant julia, nous pouvons le confirmer. Il est difficile de faire le deuil d’une relation, mais on y arrive en recollant des morceaux de notre personnalité. Lorsque nous voyons Julia revivre, on comprend qu’il faut accepter que des parties de nous soient mortes. C’est la condition pour aimer de nouveau. Julia arrive donc à s’ouvrir sur un nouvel amour, car elle est parvenue à moins se focaliser sur sa douleur. D’un chagrin peut renaître l’espoir. Mobilisons ce qu’il y a de plus vivant en nous pour essayer d’avancer et ainsi reprendre goût à la vie.

D’un chagrin peut renaître l’espoir

Par Gabrielle Galardi

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Imaginez un monde où parmi les humains se trouvent des créatures étranges et mystérieuses qu’on appelle Fae. Parmi cette communauté, deux camps : les Faes de la Lumière et les Faes de l’Ombre. Et comme dans n’importe quelle société, le Bien s’oppose au Mal même si chacun aspire à la paix. Et au milieu de tout ça : Bo. Bo découvre son pouvoir à l’adolescence, sans pour autant savoir ce qu’elle est. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle peut tuer quelqu’un en l’embrassant. Sa première victime : son premier petit ami. En fait, Bo est une succube, une créature qui se nourrit en aspirant le Chi de ses partenaires, masculins ou féminins. Adulte, Bo va découvrir l’existence d’une communauté secrète aux yeux des humains, des personnes comme elle, avec d’étranges pouvoirs. Sirènes, loup-garou, goules, banshees, gobelins et biens d’autres se côtoient dans ce monde dirigé par deux clans : la Lumière sous les ordres du Frêne et l’Ombre avec à sa tête La Morrigan. Dès son entrée dans le bar pour Faes, tenu par Trick (le légendaire Roi de FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 38

Sang qui a mis fin à la guerre sanglante entre Lumière et Ombre), Bo va devoir choisir son camp. Ombre ou Lumière ? Bien ou Mal ? Rebelle jusqu’au bout, elle choisira de n’appartenir qu’à elle-même. Elle servira d’ailleurs souvent de lien entre les deux communautés, pouvant s’occuper autant d’affaires de la Lumière que de l’Ombre, même si la plupart de ses amis sont des Faes de la Lumière. De par le statut neutre de Bo, sa nature de succube et la capacité de sa meilleure amie à attirer les ennuis, la jeune femme va très vite se retrouver dans des situations dangereuses. Heureusement, la succube peut compter sur ses fidèles amis : Kenzi (une humaine qui va devenir la meilleure amie de Bo), Dyson (un Fae lycanthrope et policier dans le monde des humains), Hale (un Fae

sirène et policier également), Trick (le Roi de Sang) et Lauren (une médecin humaine qui travaille pour Le Frêne) et plus tard Vex, un Mesmer capable de contrôler le corps de ses victimes (saison 2 et 3) et Tasmin, une Valkyrie de l’ombre chargée de faire équipe avec Dyson au nom de la paix des clans (saison 3). Au fil du temps et des épisodes, Bo va devoir apprendre à contrôler son pouvoir au travers d’aventures et d’enquêtes qui nous font voyager dans le monde folklorique des faes légendaires tout en cherchant à découvrir ses origines. Elle fera la rencontre de sa mère dans la saison 1 et de son père à la fin de la saison 3 et probablement dans la 4.


Bon à savoir : • Trois saisons ont déjà été diffusées et une 4ème de 13 épisodes est prévue pour 2014. • Linda Hamilton fait une apparition dans l’épisode 10 de la saison 3. • En tant que succube, Bo est attirée autant par les hommes que par les femmes, d’où le fait qu’elle puisse être classée comme série “lesbienne”. D’ailleurs, après avoir succombée au charme de Dyson, Bo va entretenir une longue relation avec Lauren. • La série est recommandée pour un public avisé au vu des scènes de sexe explicites et de la nature de Bo. • Certains personnages vacillent souvent entre le Bien et le Mal si bien qu’on ne sait jamais vraiment où ils en sont au cours de l’histoire ce qui rend les épisodes encore plus tendus. • Outre le milieu des Faes, la série aborde des sujets comme la magie, l’amour, le sexe et la bisexualité. Laurence HEYMES

Fiche Technique Nom : Lost Girl (ou baiser fatal au Québec) Genre : Fantastique Chaînes de diffusion : Showcase (Canada), Syfy (USA), Numéro 23 (France) Durée : 42 minutes Créateur : Michelle A. Lovretta Saisons : 3 (4ème en cours de production) Saison 1… 13 épisodes Saison 2… 22 épisodes Saison 3… 13 épisodes Acteurs principaux : Anna Silk (Bo) Kristen Holden-Reid (Dyson) Ksenia Solo (Kenzi) Richard Howland (Trick) Zoie Palmer (Lauren) K.C. Collins (Hale)

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ENTREVUE avec KIM MESSIER Mauvais Genre, parcours d’une homosexuelle, éditions l’Harmattan, 2009

Auteure de “Le placard” Pourquoi avoir écrit un livre sur l’homosexualité féminine? Dans le cadre de mon projet de lutte contre l’homophobie, au secondaire, en français, j’ai remarqué qu’il y avait très peu de romans ayant un personnage féminin lesbien. De plus, je voulais écrire une histoire captivante qui puisse donner de l’espoir aux jeunes filles en questionnement et renseigner l’entourage de ces filles quant à leurs questionnements, à leurs peurs, etc. Qui vous a inspiré le personnage de Léa? Personne. En fait, je voulais une fille normale qui étudie, qui a un travail d’étudiante, qui est bien dans sa famille et qui a des amis. Frédérique, la copine de Léa, est beaucoup plus âgée et plus autonome. Pourquoi cette contradiction entre les deux personnages principaux du livre? Je voulais un personnage fort dans mon livre pour capter l’intérêt de mes lecteurs et pour démontrer une autre facette de la vie. Frédérique a été rejetée par ses parents quand ils ont découvert qu’elle était lesbienne. Elle n’a pas beaucoup d’éducation, mais elle se débrouille pour survivre en travaillant dans un bar. Pour Léa, Fred représente le désir à l’état brut, la découverte et l’aventure de tout ce qu’elle ne connaît pas encore du monde adulte. En quoi votre métier d’enseignante vous at-il permis de dresser un tableau aussi précis de la réalité homophobe à l’école? Tous les jours, j’entends des élèves se traiter de fif ou

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du tapette. Les garçons ont très peur d’être étiquetés gays, à tord ou à raison, car ils craignent d’être intimidés. Si les jeunes se niaisent pour des détails (comme la couleur des cheveux), alors ils savent que ce serait bien pire pour leur orientation sexuelle. Ils sont pris avec le modèle majoritairement hétérosexuel qu’ils voient partout et qui est mis de l’avant. Ils sont aussi pris avec le modèle du « vrai gars », lequel est musclé, ne pleure pas, pratique des sports de « vrais gars » et est attiré par des filles. La conséquence directe, c’est que les ados ne vivent pas toutes leurs passions par crainte du regard des autres. C’est dommage… Le livre est bien campé dans le mensonge, Léa étant déchirée entre l’envie de se dévoiler et la peur d’être rejetée de tous. En quoi est-ce différent avec l’homosexualité féminine? Je crois que les filles qui découvrent qu’elles sont lesbiennes vivent une double discrimination : l’homophobie sociale et le sexisme. Il est prouvé que les femmes ont encore de la difficulté, dans leur métier par exemple, à se faire une place de façon égale aux hommes. C’est difficile comme hétérosexuelle, donc ce l’est encore plus comme homosexuelle. L’angoisse de Léa est palpable du début à la fin. Selon vous, en quoi cette réaction estelle différente chez les lesbiennes? Dans le cas de Léa, son angoisse est très reliée au fait qu’elle craint de perdre les gens qu’elle aime, soit sa famille et ses amis. Comme elle vit beaucoup d’homophobie intériorisée, elle ne réussit pas à imaginer que


les autres puissent l’accepter telle qu’elle est. Mon roman porte essentiellement sur ce type d’homophobie. De plus, il est important de mentionner que les hétérosexuels ne vivent pas ce type d’angoisse et cela frustre beaucoup mon personnage principal. Les jeunes gais, à votre avis, vivent-ils leur sortie du placard de la même façon? Je crois que oui. Bon nombre de témoignages de jeunes lesbiennes qui m’écrivent m’indiquent qu’elles se sont reconnues, qu’elles ont les mêmes peurs et questionnements que Léa. D’ailleurs, elles attendent avec impatience la suite du Placard cet été. Mon but était d’écrire une histoire positive, malgré le fait que mon personnage principal vit des choses difficiles et merveilleuses en même temps. Je veux aider les jeunes filles en questionnement et leur entourage. Dans votre livre, la pression des pairs et celle des parents est omniprésente face à Léa. Quel message avez-vous pour eux? J’aimerais que les parents comprennent qu’ils ne doivent pas véhiculer seulement un message : celui qu’il faut instinctivement être hétérosexuel et trouver un partenaire du même sexe. Il faut parler des différents types de couples à nos enfants pour qu’ils connaissent ce qui se passe dans la réalité. Ils doivent être à l’aise avec leurs questionnements et leurs attirances, en plus d’être bien dans leur peau. Dans le fond, il faut être plus ouvert d’esprit face à nos enfants et ne pas oublier qu’on les aime pour ce qu’ils sont et non pas pour ce que l’on souhaite qu’ils deviennent. En demeurant ouverts, nos enfants viendront nous parler. Line Chamberland, Ph.D. en sociologie, professeur à l’UQAM, a signé la postface de votre roman. Qu’est-ce qui a motivé ce choix? Pour maîtriser mon sujet, j’ai suivi son cours Homosexualité et Société. Par le fait même, j’ai expliqué ma démarche d’écriture et lui ai demandé si elle désirait lire mon roman pour me dire ce qu’elle en pensait. Comme elle a aimé, je lui ai demandé si elle pouvait me faire l’honneur d’écrire ma postface. Elle a accepté et j’en suis extrêmement heureuse. Votre roman a été publié à l’automne 2012. Selon vous, quel a été l’impact de ce bouquin? Beaucoup de jeunes lesbiennes m’ont écrit pour me dire que c’était le temps qu’un livre traite de ce sujet, qu’elles étaient heureuses et qu’elles aimaient mon histoire. Je crois, et j’espère, que je vais aider des filles en questionnement à s’accepter et à aller chercher de l’aide si elles ont des idées noires. Dans mon livre, je démontre qu’il y a toujours de l’espoir et qu’il ne faut jamais abandonner. Mon but ultime, c’est que les professeurs fassent lire

mon roman en classe comme outil pédagogique pour faire de la prévention et pour éduquer. Plus les jeunes filles liront le récit, plus je pourrai les aider et plus l’entourage de celles-ci les comprendra. Votre bouquin a-t-il engendré une réaction en chaîne dans les établissements scolaires? Parle-t-on plus ouvertement d’homophobie à l’école? Pour l’instant, non, car il vient tout juste de paraître. Par contre, je commence à recevoir des invitations pour animer des conférences sur le sujet dans les écoles, c’est un début. J’espère que mes deux tomes permettront de parler plus ouvertement d’homophobie, d’homosexualité et d’intimidation dans les écoles. Y aura-t-il une suite à ce livre ou y aura-t-il variation sur le même thème? La suite sera éditée cet été. D’ailleurs, je suis invitée à La Fierté Littéraire en août 2013 dans le cadre de La Fierté Gaie 2013. Dans cette suite, Léa fait sa sortie du placard. Encore une fois, j’espère que mon livre servira de modèle et de référence pour les jeunes filles en questionnement quant à leur orientation sexuelle. J’espère qu’elles seront captivées par mon récit. J’aimerais beaucoup que les parents ou les gens qui entourent les lesbiennes lisent mon livre pour comprendre les questionnements et les peurs qui peuvent les habiter. Je souhaite que ces gens réalisent que l’amour, c’est beau et merveilleux, peu importe l’orientation sexuelle d’une personne. Le placard de Kim Messier, Éditions de Mortagne, 2012, 248 pages Propos reccueillis par Réjean Roy

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VOYAGEs, TRIP et découvertes

Pour un trip à New-York Vous avez envie de poser vos valises quelque dernier lundi du mois de mai le président se rend au cépart, mais vous ne savez pas où ? Pourquoi pas New York lèbre cimetière d’Arlington à Washington DC au mois de mai ou juin. Votre ballade dans les rues new Tribeca Film Festival : Tribeca est un quartier situé au sud yorkaises se feront dans de bonnes conditions à cette de Manhattan. Du 17 au 28 avril 2013, s’y retrouvent les période de l’année. Il fait assez chaud à New York en mai, passionnés de cinéma lors du festival du film de Tribe22°c et 13°c la nuit, chaud en juin, 26°c et 18°c. Pour les ca. Un festival créé en 2002 après les attentats du World plus frileux d’entre vous, prévoyez quand même une pe- Trade Center afin d’aider le quartier à renaître. tite laine, car les nuits new yorkaises sont fraîches. La ville Aids Walk New York : Si vous voulez concilier farniente étant située sur la côte Est, la proximité de l’océan fait que et séjour utile, marchez pour lutter contre le sida le dicette ville cosmopolite n’est pas aussi étouffante que le manche 19 mai 2013. sont les autres villes américaines situées à l’intérieur des Bryant Park Summer Film Festival : Un festival de cinéterres. La ville gardera donc ses très fortes chaleurs pour ma à ciel ouvert à Bryant Park de juin à août 2013. N’oujuillet ou août. bliez pas d’emmener votre couverture (nuit fraîche) et Si vous venez d’Europe, votre billet et votre passeport votre pique-nique. Le parc est ouvert à 17h et les films biométrique en main, débutent généralement vers 20h. vous vous réjouissez à Essayez d’arriver très tôt, les bonnes l’avance de pouvoir pasplaces sont toujours prises d’assaut. ser un séjour agréable, Coney Island Mermaid Parade : Un festival de cinéma mais vous ne savez pas Lorsque vous assistez à ce genre de par où débuter... célébration, vous comprenez que à ciel ouvert à Bryant Que faire dans la Grosse c’est bien une tradition américaine Pomme ? Park de juin à août 2013 de fêter le passage d’une saison à Une ville se visite et se une autre. La presqu’île de Coney découvre à pied, alors n’oubliez pas de prévoir dans votre Island organise le samedi 22 juin 2013 le festival de la valise de bonnes chaussures de marche. Sacs à dos, bas- « sirène ». Une façon de fêter le début de l’été dans une kets et bouteille d’eau en main, vous voilà fin prêts pour atmosphère aquatique conviviale. Si vous voulez voir des faire connaissance avec la ville qui ne dort jamais. Epous- déguisements originaux et de jolies sirènes topless c’est touflés, vous n’aurez de cesse de lever la tête à vous don- là qu’il faut y aller. De plus, vous allez passer une bonne ner un torticolis, à essayer de deviner la limite entre le ciel journée dans un parc d’attraction. et les immenses gratte-ciels. Sportives, passionnées de Gay pride de new York : Elle se déroulera sur une semaine cinéma, de mode ou simples contemplatives, vous allez complète du 22 au 30 juin 2013. Une marche importante, trouver de quoi satisfaire votre curiosité dans celle qu’on car elle célèbre chaque année les émeutes de Stonewall. nomme communément Big-Apple. Des émeutes qui se sont déroulées en 1969 et considéLe Memorial Day : Jour férié aux USA, le Memorial Day ou rées comme le début des premières luttes pour l’égalité. « jour du souvenir » est un jour incontournable pour les World Trade Center, L’Empire State Building, la Statue de Américains. Le Memorial Day commémore les soldats la Liberté : On ne peut pas partir de New York sans avoir morts pour la défense des Etats-Unis. Chaque année, le visité ces trois symboles phares de l’Amérique. Ils font

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partie des éléments clés et resteront à jamais gravés dans votre cœur et dans vos souvenirs malgré la disparition des tours jumelles du World Trade Center. Central Park : Amoureux de la nature, ce parc est fait pour vous, mais à éviter la nuit tombée. Vous allez apprécier cette oasis de verdure au milieu des gratte-ciel de Manhattan. Un endroit idéal pour faire son jogging du matin, se reposer et lire un bouquin dans l’herbe ou écouter gratuitement du Shakespeare. Lors du New York Shakespeare Festival, des artistes viendront partager avec vous leurs répertoires. Si lors de votre ballade, vos pieds vous mènent jusqu’à Harlem ou le Bronx, faites demi- tour si la nuit tombe. Ces quartiers sont à voir, mais à éviter la nuit tombée. Habités par la population afro-américaine, ces quartiers ont un taux de criminalité assez élevé malgré les efforts faits niveau urbanisme. Malgré la mauvaise réputation de Harlem, n’hésitez pas un dimanche matin à pousser la porte d’une église pour écouter avec les fidèles présents un concert de gospel. Victimes de la mode, réjouissez-vous…. New York est faite pour vous. Les fashion victims trouveront de quoi satisfaire leurs désirs sur la 5eme avenue (34eme et 60eme rue). Cette célèbre artère abrite les boutiques les plus luxueuses comme Dior ou Gucci. Après une semaine éreintante en balades diverses, vous avez envie de changer et voir une bonne expo… Poussez la porte de l’un des musées les plus prestigieux au monde, le Metropolitan Museum of Art (MOMA). La fin de votre séjour approche. Faisant votre valise, vous sentez qu’une larme commence à perler, alors stoppez tout…. Vérifiez dans votre poche si vous avez assez de dollars, courez en bas de votre logement, hélez un taxi et filez vers Liberty Island. Vous avez déjà vu la statue de la liberté, mais vous vous dites tant pis… Quoi de plus beau que de garder de nouveau au fond de soi la plus belle vue de New York du haut de l’un des plus beaux monuments au monde. Une façon de dire au revoir à la ville qui ne dort jamais et de mettre fin à ce trip à New York. Dans le prochain numéro, la ville de Miami sera à l’honneur... Par Gabrielle Galardi

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MUSIQUE

Le phénomène t.A.T.u. Qui ne connaît pas, surtout dans le monde lesbien, le groupe t.A.T.u. ? Ces deux filles qui ont bouleversé toutes les mentalités en montrant publiquement l’image de l’homosexualité dans les médias. Ce qui jusque 2000 restait discret, se retrouve en haut de l’affiche grâce à ces deux poupées russes.

Qui sont-elles ? Venues tout droit de Moscou, Yulia Volkova (la brune) et Lena Katina (la rousse) sont encore adolescentes (respectivement 16 et 17 ans) lorsque leur premier single “All the things she said” envahit l’Europe. Découvertes par le producteur Ivan Shapovalov lors FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 44

d’un casting pour créer un groupe musical en 1999, elles deviennent rapidement un phénomène incontournable. Le premier album sort en version russe en 2001 (200 Po Vstrechnoy) puis en version anglophone (200 km/h in the Wrong Lane) en 2002. Quatre singles sont extraits de ce premier opus : “All the things she said”, “Not gonna get us”, “30 minutes” et

“How soon is now”, reprise du groupe The Smiths. En 2003, le groupe représente la Russie au grand concours de l’Eurovision avec la chanson “Ne Ver, Ne Boisya” et terminent à la 3ème place. Peu après ça, le groupe se sépare d’Ivan Shapovalov. Les filles prennent les rênes de leur carrière. Finis les scandales, finis les mensonges, elles veulent être reconnues pour


leur talent et leur musique. C’est en 2005 que sort l’album du renouveau. Comme d’habitude, d’abord en Russie sous le titre “Lyudi Invalidy”, puis dans le monde avec pour titre “Dangerous and moving”. Le 1er single “All about us” fait un carton en Europe de l’Est mais les ventes ont du mal à décoller à l’Ouest. Elles sortent tout de même deux autres singles : “Friends or foe” et “Dangerous and moving”. Le troisième album connait encore moins de succès et commence à montrer le déclin du groupe. “Vesyolye Ulybki”, la version russe sort en 2008 et son homologue anglophone (Waste Management) en fin 2009. En 2011, les filles apparaissent quelques minutes dans un film américano-russe, intitulé “You and I” (sorti uniquement en Russie et aux Etats-Unis) qui raconte l’histoire de deux adolescentes (fans de t.A.T.u.) qui tombent amoureuses. Le non-succès de ce troisième opus et les divergences d’opinions des filles vont les conduire à s’orienter vers des carrières solos et à annoncer la fin du groupe en 2011 malgré une apparition sur la scène de The Voice Roumanie fin 2012.

Homosexualité et provocation Tout le succès du groupe se base sur le jeu qu’elles et le producteur

ont mis en place : montrer l’homosexualité féminine au travers des clips et des prestations scéniques. Au tout début de leur carrière, les filles prennent d’ailleurs du plaisir à clamer haut et fort sur toutes les ondes radios et télé, qu’elles sont réellement en couple. Pendant 3 ans, elles vont

jouer les amoureuses au plus grand plaisir de leurs déjà nombreux fans. Qui n’a pas eu de réactions devant LE clip qui déclenche toute leur carrière ? Qui dans la communauté Gay, qu’ils soient In ou Out, n’a pas dit “WAOW” en découvrant les baisers tendres de Yulia et Lena dans “All the things she said” ? Deux adolescentes vêtues en uniforme scolaire, sous la pluie en train de déclarer leur amour devant une foule

de visages gris et fermés. On les croit condamnées par leurs sentiments, enfermées et jugées. Et au final, on découvre bien vite que ce sont les visages ternes qui sont derrière les grillages pendant que les filles s’éloignent main dans la main. Le symbole d’un amour libre montré aux yeux du monde. Quel bouleversement dans le monde lesbien! Les filles provoquent, les fans aiment et les médias censurent : baisers brouillés ou zoom sur le public pendant les passages jugés choquants par des personnes encore peu habituées à ce genre de déballage. C’est en décembre 2003, grâce au documentaire “Anatomy of t.A.T.u.”, que la vérité éclate au grand jour: elles ne sont pas en couple. Ce mensonge leur a fait perdre pas mal de fans qui ne voient en elles plus qu’une pièce montée pour attirer le succès. Mais d’autres continuent à y voir un modèle pour cette jeune génération de gays qui ont envie de s’assumer. L’homosexualité devient publique et il est temps de se montrer aux yeux des gens. Suite page 46...

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Que sont-elles devenues ? Lena commence sa carrière solo en 2009 alors qu’elle fait toujours partie de t.A.T.u.. Installée à Los Angeles avec les musiciens du groupe, elle enregistre plusieurs titres et fait quelques shows. Ses premiers titres “Stay”, “Just dance” et “Lost in this dance” reçoivent de bonnes critiques chez les américains. Les enregistrements s’enchainent et le premier single “Never Forget” sort en 2011 au Mexique et aux Etats-Unis. Les paroles sont dédiées à son ex-partenaire, Yulia. Un autre morceau sortira sur les ondes russes en septembre 2011 : “Waiting”. Elle a également chanté en duo avec Belanova sur la chanson “TicToc” (2011), avec Clark Owen dans le titre “Melody” (avril 2012), en featuring avec le rappeur T-Killah sur “Shot” (septembre 2012) et sur le titre électro de Sergio Galoyan, “Paradise”. Actuellement, elle prépare la sortie d’une édition limitée triple CD comprenant tous les titres enregistrés depuis 2009 avant la sortie d’un EP en espagnol et en anglais. De son côté, Yulia se lance en solo en 2010 et enregistre à Moscou et à Los Angeles. En août 2011, elle signe avec un label russe et enregistre son premier morceau “All Because Of You” et Sdvinu Mir (sa version russe) qui sortira en novembre 2011. Elle part ensuite en tournée en Amérique du Sud. L’album est annoncé pour l’automne 2012. Cette même année, elle fera un duo avec le vainqueur de l’Eurovision 2008, Dima Bilan intitulé “Back to her future” lors d’un concours de qualification à l’Eurovision 2012. Ils arriveront 2ème. Elle enregistre ensuite le second single de l’album : “Didn’t wanna do it” (juillet 2012). A côté de la musique, Yulia est accrochée par le cinéma. Après son apparition dans le film You and I, elle participe au tournage d’un film russe intitulé “9 1/2 Zombies”, une comédie-horreur biélorusse sorti en automne 2012. Mais leurs carrières solos ne décollent en Europe, continent complètement oublié par les filles dans leurs promos. Dommage quand on voit la popularité de t.A.T.u. à l’époque. Laurence Heymes FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 46


Photoshoot pour l’album “200 KM/H in the wrong Lane en 202

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HISTOIRE L’homosexualité masculine au XIXème siècle

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ans les années 1970, avec l’apparition des mouvements de libération, on redécouvre l’histoire des minorités : les femmes et les noirs et surtout les homosexuels.

carnets bon nombre d’articles en prison et formidable ode à de presse sur les scandales ho- l’amour. mosexuels de l’époque. Le scanependant, il est à noter que perdure l’existence de sous-cultures homosexuelles. En 1840, la galerie l demeure en France à cette d’Orléans au Palais Royal était un période des personnages haut lieu de rencontre homosexuelle. placés et homosexuels tout A Londres, Paris et Amsterdam, comme aujourd’hui. On nous les parcs, squares et toilettes l’avait caché à l’école. Une caripubliques sont de mises mais cature royaliste de 1814 montre de nouveaux terrains de jeux Cambacérès antichancelier de apparaissent comme les galel’Empire jouer au jeu du cheval ries marchandes et les gares. De fondu qui rappelle étrangement leur coté, les bals de travestis le jeu du saute mouton. Homoapparaissent comme de nousexuel notoire, on lui a attribué velles caractéristiques. Au milieu à tort la décriminalisation de la du XIXème siècle, l’homosexuel sodomie. C’est méconnaitre le (terme qui apparait en 1869) Code Napoléon. Toutefois, peu est sur le point de devenir une d’hommes l’assument. Joseph figure incontournable. InconFievrée conseiller de Napoléon tournable comme des nouvelles vit ouvertement avec son comfigures Queer à présent. pagnon. On peut en retirer cette citation : « Quand on a un vice il e long XIXème siècle est faut savoir le porter ». Il demeure aussi l’époque d’une réencore aujourd’hui des coming volution de la médecine. outs de personnalités célèbres Celle-ci commence à s’intéresdont il faut se féliciter. En effet, le dale joue souvent un rôle de ré- ser à la sodomie et en particulier XIXème siècle demeure pour les vélateur social auprès du grand sur les traces physiques laissées homosexuels le temps des chan- public. De nos jours, notamment sur le corps. Tout cela dans un tages et des extorsions de fond. les scandales et procès, servent but bien précis. Les tribunaux se aussi à mettre en lumière les tournaient vers la science média répression pour sa part conditions de vie terribles de cale pour obtenir des preuves demeure. C’est la Grande certains homosexuels. En Angle- de pénétration légale ou forBretagne de la reine Victoria terre, on peut citer le procès des cée. Grace aux travaux de Pierre championne de la duplicité qui travestis Boulton et Park. Hahn sur l’homosexualité sous le se fait remarquer par ses lois barSecond Empire, on découvre la bares et antisodomitiques. Entre t ce sont deux autres procès figure d’Ambroise Tardieu dont 1805 et 1835, il y eu 35 pendaiqui vont marquer la mé- l’ouvrage a été réédité 7 fois. sons. Aujourd’hui, les lieux de la moire collective anglaise de Cela en fait le spécialiste médirépression se sont déplacés vers l’époque : le scandale de Cleve- cal le plus influent et le premier les pays arabes par exemple. land Street et le procès d’Oscar à distinguer l’actif du passif. Si Comment peut-on connaitre Wilde. Le premier a concerné le pour lui, l’homosexualité est un les procès homosexuels de petit fils de la reine Victoria Eddy choix moral, d’autres tentent de l’époque ? Grace à William Beck- et le second a envoyé un homme comprendre les causes physioloford. Homme le plus riche d’An- en prison. D’Oscar Wilde, il nous giques ou psychologiques. gleterre, il a consigné dans ses reste « De profundis » composé

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de Buenos Aires.

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n Polynésie, Paul Gaughin représente la vie quotidienne et les mœurs des peuples indigènes. Ainsi, il révèle la double nature du Mahu. Double nature que l’on retrouve chez les transsexuels thaïlandais ou encore en Inde dans la continuité du bardache.

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n Afrique du Nord, c’est la tendance à l’orientalisme, fruit des fantasmes occidentaux. L’Orient restait inaccessible ce qui renforçait son attrait. C’est surtout l’apparition du tourisme sexuel connu par André Gide en 1893 et relaté par Pierre Loti.

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la fin du XIXème siècle, la médecine se tourne vers des méthodes radicales pour annihiler ce qu’elle considère à présent comme une maladie : la castration. Mais à l’aube du XXème siècle, apparait les jalons d’une future émancipation homosexuelle avec le premier coming-out allemand et le rôle de la Suisse pionans une perspective comparative, il faut nière. Toutefois, l’homophobie demeure. Et les aller regarder chez nos voisins proches et scandales le prouvent. C’est la cas du scandale lointains. Aux Amériques, les amitiés ro- Eulenburg et Guillaume II visible à travers le domantiques sont admises car non sexuelles dans cumentaire « Dans l’intimité du Kaiser ». la continuité de Montaigne et du poète La Boétie. Thomas Eaking dans sa peinture The Swimming Par Mario Donat Hole de 1883 montre que l’idéal de camaraderie pouvait franchir les barrières sociales. Le plus ardent porte parole de l’intimité masculine est Walt Whitman figure des mouvements de la cause gay aux Etats-Unis et son ouvrage Feuilles d’Herbe. Officier durant la Guerre de Sécession, il a pour idéal de beauté masculine la classe ouvrière. Pour lui, la camaraderie masculine est la belle et saine affection d’un homme pour un homme. L’amitié homo-érotique est un thème central chez les écrivains à l’époque et encore aujourd’hui. C’est le cas de l’ouvrage de Roger Peyreffite « Les amitiés particulières ». L’amour apparait par le biais d’associations chrétiennes YMCA qui devait répondre à la soif de camaraderie des jeunes hommes.

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opularisée à l’écran par « Brobeback Mountain », le cas des cowboys de l’Ouest reste significatif à l’époque de la ruée vers l’or. Partenaires et acolytes de pâturage, ils passaient leur temps loin des lois et des attentes de la société classique à la manière des pirates. En effet, les communautés masculines ou les femmes sont absentes sont propices aux rapprochements comme les prisons. Mais fait encore plus surprenant, en l’absence de femmes, les hommes dansent entre eux comme un prémice au tango FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 49


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Sang et Honneur

Almost Evil

Ante-Christ

Péplum - Romance

Bit-Lit - Romance

Romance - Fantastique

90 après J-C. Aquilée est une ville réputée pour ses combats de gladiateurs qui s’affrontent dans ses arènes aussi célèbres que celles de Capoue. Sarra, fille du Consul Quintus Sarrius Valerius, va rencontrer Luan, une jeune femme Calédonienne, capturée par son frère, esclave offerte à son père pour combattre à son tour dans l’arène.

Sarah Leary revient vivre chez son père Hank à Fox Lake, petite ville de 4000 habitants dans l’ouest de l’Etat de Washington. Lors de son premier jour de lycée, elle rencontre Faith MacLane, une fille aux traits charismatiques et au teint de craie qui attire aussitôt son attention...

Jennifer James est agent de liaison à Quantico. Son équipe rejoint NewHaven pour interpeller un homme responsable de la disparition de plusieurs femmes. Jennifer ignore en descendant dans les sous-sols de la demeure prise d’assaut, qu’une créature l’attend et va lui faire découvrir qu’un tout autre monde existe..

Prix Téléchargé : 12.14€ - 231 pages Edition de Poche : 17.59€

Prix Téléchargé : 6.18€ - 249 pages Edition de Poche : 14.74€

Prix Téléchargé : 9.71€ - 198 pages Edition de Poche : 17.10€

What we desire

Cold Case

Romance

Policier - Fantastique

Sexe Passion Love and Lust Tome 1 Thriller - Romance

Deux jeunes femmes en couple ont un fantasme : S’offrir les services d’une professionnelle pour une soirée torride dans leur maison de Malibu. Seulement, quand les désirs consommés laissent place aux discussions et aux sentiments, le prix à payer peut s’avérer conséquent.

Sarah, 17 ans, est embauchée pour garder le fils de Faith Ryan, un travail plutôt facile en soi. Pourtant bien qu’adorable, Cameron s’avère être un enfant mystérieux, sans parler des phénomènes étranges qui se manifestent de plus en plus souvent autour de lui. Que peut-il bien se passer dans cette maison ?

Depuis quelques temps rien ne va plus entre Rick et Eliza. La jeune femme se sent le besoin de faire un break, de se retrouver pour faire le point quant à la nature de sa relation avec lui. Décidée à reprendre sa vie en main, elle pousse un jour la porte d’une agence immobilière de Los Angeles et y rencontre Sarah Leary.

Prix Téléchargé : 7.79€ - 265 pages Edition de Poche : 16.70€ -

Prix Téléchargé : 10.00€ - 319 pages Edition de Poche : 19.78€

Prix Téléchargé : 11.78€ - 276 pages Edition de Poche : 18.78€


Romans lesbiens en français, disponibles en format papier et téléchargement Psycho

Mégalodon

Remember me

Thriller

Action, romance

Policier

Faith Ryan enseigne la criminologie à la célèbre université de Harvard quand surviennent plusieurs meurtres. Certains de ses élèves sont alors les principaux suspects et certains se prétendent capables de retrouver l’assassin. Disponible en ebook seulement. Prix Téléchargé : 6.84€ - 187 pages

Sexe Passion Love and Lust Tome 2 Thriller - Romance

L’océan : Une immense étendue d’eau calme, apaisante en apparence, qui peut regorger dans ses abysses le plus incroyable et effrayant des dangers. Un danger auquel Sarah Leary était loin de s’attendre, jusqu’à la mort de plusieurs baigneurs au large de la petite ville de Northfolk

Sarah Leary attend ses clients sur Hollywood Boulevard. Quand une limousine s’arrête, qu’elle voit une femme d’affaires lui proposer 4000$ pour un “moment” à ses côtés, elle ne peut refuser. C’est incertaine qu’elle accepte ce nouveau contrat et monte à bord du véhicule pour passer une nuit avec elle.

Prix Téléchargé : 7.50€ - 153 pages Edition de Poche : 15.42 €

Prix Téléchargé : 8.79€ - 249 pages Edition de Poche : 21.49€

Have Faith Tome 1 Fantastique - Suspens

The Girl with the broken smile Romance

Depuis quelques temps rien ne va plus entre Rick et Eliza. La jeune femme se sent le besoin de faire un break, de se retrouver pour faire le point quant à la nature de sa relation avec lui. Décidée à reprendre sa vie en main, elle pousse un jour la porte d’une agence immobilière de Los Angeles et y rencontre Sarah Leary.

Un rien sépare le monde des morts et celui des vivants. Faith le sait puisque Faith est morte il y a quelques jours... Ou quelques mois, elle ne sait plus. De l’autre côté, le temps n’a plus d’effet, il n’est plus palpable, mais la douleur, elle, perdure en voyant son entourage souffrir de sa disparition.

Après une violente dispute avec son compagnon, l’agent Jennifer James fuit son appartement en plein milieu de la nuit et n’a d’autre choix que de demander de l’aide à son amie et collègue Emily. Cette dernière l’accueille sans la moindre hésitation malgré son attirance profonde envers elle.

Prix Téléchargé : 28.95€ - 587 pages Edition de Poche : Prochainement

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Mon amie, mon amour, mon amante Romance

La Confrérie des loups

Gina

Fantastique - Romance

Romance

Emily Monroe est agent fédéral au FBI. Son amie et collègue, Jennifer James se tourne vers elle quand elle décide de quitter son compagnon. Emily accepte de l’accueillir chez elle avec son fils Henry. Mais Jennifer va doucement comprendre que leur relation amicale et si particulière va devenir de plus en plus ambiguë.

Jennifer James retourne dans le Montana où elle a grandi étant enfant. Elle y reste quelques jours pour enterrer son père. Ce retour fait resurgir de nombreux souvenirs de son passé, dont le visage de Faith Ryan qui a disparu pendant près de 9 ans. Personne ne sait où elle était pendant toutes ces années.

Venue de New-York avec pour seul bagage un sac à dos, Gina poursuit un rêve qui la mène tout droit à Las Vegas. Un rêve de combats, de victoires dans une cage où s’affrontent les meilleurs challengers de MMA, Mixed Martial Arts. Une femme dans un monde d’hommes où elle devra faire ses preuves pour accéder au sommet.

Prix Téléchargé : 16.14€ - 338 pages Edition de Poche : 23.58€

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Prix Téléchargé : 10.21€ - 257 pages Edition de Poche : Prochainement

Undercover

Undead

You and Me...

Romance

Fantastique - Action

Romance

Jennifer James est étudiante en criminologie à l’université de Stanford en Californie. Elle rencontre Emily MacLane et va très vite comprendre que cette dernière n’est pas qui elle prétend être...

Prix Téléchargé : 6.65€ - 150 pages Edition de Poche : 14.43

Crystal Lake offre un cadre de vie idéal. Comme tout le monde en ville, Jennifer James se prépare à assister au mariage de sa meilleure amie. Tout va pourtant basculer dans les prochaines heures après le retour de Jessica, la compagne de Sam MacLane, qui revient d’un congrès à New York sur les maladies génétiques...

Une histoire légère qui se déroule au coeur du Wyoming et dans l’immense forêt sauvage de Shoshone. Une invitation au voyage et à la découverte de ce qui est essentiel

Prix Téléchargé : 10.74€ - 253 pages Edition de Poche : 20.52€

Prix Téléchargé : 10.67 - 253 pages Edition de Poche : 16.14€


Romans lesbiens en français, disponibles en format papier et téléchargement Drama Queen 3 tomes disponibles

Comédie - Drame

Loves me, Loves me not

Remember me

Romance

Policier

Sarah, Danielle et Sydney sont les trois “reines” du lycée. Elles sont populaires, jolies, riches et savent organiser des soirées inoubliables. Quand Sarah se retrouve par accident sous le corps mort de son professeur, qu’elle voit Faith Ryan tenir l’arme du crime entre ses mains, elle prend conscience que sa vie ne sera plus jamais comme avant.

Faith et Jodie sont en couple mais séparées. Tout va pour le mieux dans leur quotidien jusqu’à ce Sarah, la fille de Jodie âgée de 17 ans, tombe enceinte et soit jetée de chez elle par l’ex-mari de Jodie. Faith accepte d’accueillir l’adolescente sans penser que celleci fera tout pour attirer son attention.

Inspectrice à la criminelle depuis quatre ans, Sarah porte encore en elle les stigmates du meurtre de sa jeune soeur Danielle, assassinée il y a dix ans. Affaire classée faute de preuve jusqu’à ce que Samuel Lewis, ex petit-ami de la victime, pousse la porte du bureau et fasse de ressurgir le passé. Rien ne sera épargné à Sarah.

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Closed to the edge tome 1 Romance

Close to the edge tome 2 Romance

Chained Romance

Quand votre livre de chevet met en avant l’idylle de deux jeunes femmes et que vous ne restez pas insensible au charme de votre productrice il y a peutêtre matière à se poser des questions. Et le monde du show business est impitoyable quand on veut préserver son intimité et ses secrets…

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Sarah Leary est accusée du meurtre de son amant, le père de son fils et se retrouve condamnée à une peine de prison à perpétuité..

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Nouvelle et romance lesbienne SOUS LES VOÛTES [Histoire complète] Par Vanessa BEAU RESUME : Manon fait ses études de vente dans un lycée privé catholique, cet univers ne l’empêche pas d’être attirée par cette charmante rousse qu’elle regarde en secret. Hormis sa classe Manon ignore tout d’elle, même son prénom, mais cela ne l’empêche pas d’espérer plus. Et si cet intérêt était réciproque ? Comme à mon habitude à chaque pause, que se soit pour le repas ou les inter-cours, je suis posée sur un des murets des voûtes. Notre lycée est situé dans un ancien couvent, heureusement la religion n’y est pas obligatoire. Il y a un collège aussi mais les salles de classes de ce dernier sont dans le bâtiment qui abritait les chambres des Sœurs. Nous, au lycée, toutes les classes sont près des voûtes qui entourent le cloître, si bien que tout le monde s’y rejoint. Mes amies ne sont pas dans ma classe, Julie est en seconde BEP vente et Élodie en seconde générale, tandis que moi je suis en terminale BEP vente. Élodie est demi-pensionnaire, donc nous la voyons uniquement la journée, le soir nous retrouvons Sophie et Hélène, deux autres amies internes, qui en journée sont avec leurs amis demi-pensionnaires respectifs. À nous quatre nous formons une sacrée équipe, toutes différentes mais se complétant à merveille. En journée, nous nous retrouvons toujours sur le muret au bas des escaliers qui mène à la classe de Johanna, le soir et les mercredi après-midis plutôt du côté de ma classe ou celle de Sandra, de l’autre côté du cloître. J’aime bien ce muret au bas des escaliers, car de là je peux la regarder. Elle, en 1ère littéraire, elle dont j’ignore tout, même le nom, mais dont je ne peux décrocher mon regard. Je fais cependant attention à ce que les personnes avec moi ne s’en rendent pas compte, je jette donc juste des coups d’œil discrets. Par contre, quand je viens à être seule et qu’elle est dans mon champ de vision là je ne peux m’empêcher de la regarder. Comme tous les mercredi après-midis après le déjeuner, nous allons sous les voûtes, cette fois là je suis fatiguée et je n’ai pas le courage de sortir pendant les trois heures au-

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torisées. Je préviens les filles qui essayent malgré tout de me convaincre, en vain, je n’ai vraiment pas la motivation. Une fois 14h elles partent, je me retrouve seule, je sors un livre et bouquine adossée à un des piliers à l’extrémité du muret sur lequel je me suis assise, bien décidée à profiter du calme du lycée. Un quart d’heure plus tard des lycéens en tenue de moyen-âge pénètrent sous les voûtes et vont dans le petit jardin, je devine qu’ils vont répéter. Je n’y prête guère attention et replonge dans mon livre. Au bout d’une demi-heure j’ignore ce qui me pousse à regarder de plus près les membres, et qu’elle n’est pas ma surprise quand je constate qu’elle est là. Elle avec ses longs cheveux roux ondulés, son approximativement mètre soixante-dix, ses yeux bleus, sa silhouette d’allure sportive cachée par cette robe de bourgeoise, elle qui d’habitude a un look de skateuse ça la change. Cependant, elle reste magnifique. Je regarde la répétition lorsqu’elle joue sinon je lis sans vraiment faire attention aux mots. Je jette un œil, elle regardait dans ma direction, j’abaisse de suite les yeux. Je relève le regard lorsque je l’entends jouer, elle est non loin de moi, de dos, en train de simuler une dispute avec sa “sœur” quand tout d’un coup cette dernière se prend le nez. - Merde, encore ! Lâche la “sœur”. - Quelqu’un a un mouchoir ? Demande la rousse. - Moi, répondis-je impulsivement. Elle se retourne vers moi et s’approche, je réagis en me rendant compte que j’ai répondu avant même de savoir si j’en ai, j’ouvre mon sac à dos, je fouille et par chance en sors un paquet de mouchoirs en papier, j’en extrait un que je lui donne. Elle me remercie et va l’apporter à sa camarade, un type à lunettes annonce une pause, sûrement le chef de la troupe. Je replonge hâtivement dans mon livre dans l’es-


poir de me faire oublier, jusqu’à ce que quelqu’un me parle. - Merci pour le mouchoir, elle saigne souvent du nez et là avec nos tenues on n’était pas équipé, me remercie la rousse. - De rien c’est normal, fis-je intimidée. - C’est intéressant ? Tu ne le quittes pas depuis plus d’une heure, ou que très peu pour nous regarder rapidement, me demande-t-elle en désignant le livre. - Oui, j’aime bien Mary Higgins Clark, je trouve ses romans très prenants. - J’aime aussi donc je comprends que tu veuilles rapidement savoir qui est le meurtrier, là en l’occurrence faut pas chercher loin avec l’oncle. - Tu viens de me dire la fin... Reprochai-je d’une voix basse. - Oups désolée, je suis une gaffeuse de première, s’excuset-elle. Mais ne t’inquiète pas l’action de la fin même si tu connais le tueur est très prenante. - Ok je te pardonne alors. Tu t’appelles comment ? Osai-je enfin demander en la fixant droit dans les yeux. - Anaïs. - Moi c’est... -... Manon, je sais, me coupe-t-elle tout sourire. - Comment le sais-tu ? Demandai-je stupéfaite. - J’ai demandé à Élodie qui est une amie du frère d’un type de ma classe. - Ça en fait des intermédiaires, rigolai-je gentiment. Mais pourquoi ? Questionnai-je plus sérieusement en réalisant qu’elle s’est donné du mal pour savoir mon prénom. - Ne fais pas cette tête, je t’ai remarqué et je voulais savoir ton prénom par curiosité. D’ailleurs c’est étonnant que tu ne te sois pas renseigné sur moi vu que tu me jettes souvent des coups d’œil. - Je... Restai-je muette, gênée par le fait qu’elle s’en soit aperçue - Ne t’inquiètes pas je fais pareil et... -... Allez on reprend tout le monde, Anaïs tu veux bien continuer là où tu as été stoppé ? Nous interrompt le type à lunettes. - Bien sûr Tom j’arrive, à bientôt me dit-elle avant de retourner jouer. Je n’en reviens pas, ce coup-là je ne l’ai pas vu arriver. Je n’ai jamais remarqué qu’elle me regardait tout comme moi avec elle ! Et pourquoi Estelle ne m’a-t-elle pas dit qu’Anaïs avait demandé mon prénom ? Je ne peux pas lui demander où elle trouvera ça suspect et je devrai m’expliquer. Mais Anaïs me regarde-t-elle car je la regarde ou moi ai-je commencé à la regarder car inconsciemment je me suis aperçue qu’elle me regardait ? Raaaaaaaaaah faut que j’arrête de penser à ça ! Malgré mes efforts pour ne plus me poser de questions je ne peux m’en empêcher, je finis par abandonner mon livre et mettre mes écouteurs. Je glisse l’album Dangerous And Moving de t.A.T.u. dans mon lecteur CD et je me détends tant que je peux. Je regarde la répétition, nos regards se croisent souvent. Il est 17h, les filles reviennent et me rejoignent, la troupe est repartie depuis vingt minutes. Elles me racontent leur

après-midi, et nous rigolons, je ne leur parle pas d’Anaïs et la conversation troublante que nous avons eu. La sonnerie pour l’étude retentit, nous montons au dernier étage du bâtiment du collège et je fais semblant de réviser pendant deux heures, mes pensées s’égarant vers vous savez qui. Pendant le reste de la soirée la situation dans ma tête reste inchangée malgré que je participe aux discussions avec les filles et que je sorte mes vannes habituelles. Le lendemain Élodie vient nous rejoindre Johanna et moi avec Thibault, un gars de sa classe, peu après Anaïs arrive en passant devant nous pour aller vers ses amis, elle sourit lorsque nos regards se croisent et un jeu de regards s’instaure entre nous. Les autres ne remarquent rien, sauf Élodie qui à un moment s’est tournée dans la direction où je regardais puis m’a lancé un regard interrogateur, auquel j’ai répondu par un sourire. Deux fois par semaine nous avons le droit de sortir 45 minutes entre la fin des cours et le début de l’étude, ce soir je sors pour aller à la boulangerie à 400m où j’ai fais mon stage. Il n’y a personne, je discute avec Catherine, la vendeuse, quand la clochette annonçant un client retentit, je me retourne, prête à m’écarter mais je m’arrête en constatant que c’est Anaïs. Surprise, elle me sourit et me demande si nous pouvons parler, je hoche la tête en signe d’approbation et je dis au revoir à Catherine avant de suivre la rousse jusqu’à la fontaine de la place. Une fois assise je regarde l’heure, il me reste 30 minutes moins 5 pour retourner au lycée. Nous parlons de tout et de rien pendant un quart d’heure puis je ne peux m’empêcher d’aborder le sujet qui me brûle les lèvres. - Pourquoi t’intéresses-tu à moi d’un coup ? Demandai-je la voix plus basse que je ne l’aurai voulue. - Je t’ai remarqué depuis un moment mais tu me paraissais complètement fermée. J’avais peur de me prendre un vent en venant te parler plus tôt et hier quand tu as proposé direct le mouchoir je me suis dit que je m’étais peut-être trompée, donc je suis venue te parler juste après. En fait tu es juste une grande timide, se moque-t-elle. - Ce n’est pas drôle, ça me pose souvent soucis, pourtant je suis très ouverte, je parle à qui veut me parler, me défendis-je. - Je crois que je commence à te cerner. Et toi alors, pourquoi me regardes-tu comme ça ? Et réponds honnêtement s’il-te-plaît. - Honnêtement... Répétai-je plus pour moi-même que pour elle. Je ne sais pas exactement pourquoi mais quelque chose en toi m’attire. Elle se contente de sourire et nous reprenons une discussion banale de deux personnes se découvrant, prêtes à devenir amies. Je me rends compte de l’heure, je dois être au lycée dans deux minutes, je m’excuse en me levant en hâte, je me penche pour lui faire la bise, dans la précipitation ma bouche embrasse le coin de la sienne. Je me redresse, me demandant si ce qu’il vient de se passer est vraiment arrivé puis je me rappelle que je dois me dépêcher, je ne dis rien et cours direction le lycée. J’arrive juste à temps, la surveillante me le fait remarquer mais elle voit que j’ai couru donc

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n’insiste pas trop, je me rends dans la salle d’étude et je la passe à me ressasser la conversation. À la fin les filles me demandent pourquoi je suis arrivée juste, je réponds que je n’ai tout simplement pas fait gaffe à l’heure, elles n’insistent pas et nous nous dirigeons au réfectoire. Je ne reparle pas avec Anaïs les jours suivants, par contre notre jeu de regards continue de plus belle, notre presque baiser accidentel me revient souvent en mémoire quand je la regarde, plus particulièrement quand son sourire se joint à son regard. Le mercredi avec les filles nous allons sur les remparts après nous être acheté un paquet de gâteaux et du coca, il y a plusieurs groupes de jeunes du lycée, comme à chaque fois. Je rigole avec Sophie et Hélène sur Julie qui vient encore de nous lancer une magnifique perche lorsque qu’une voix nous interrompt pour leur demander si elle peut m’enlever. Mes trois amies sont étonnées mais répondent à la positive, je me lève quelques peu anxieuse de savoir qu’elles me poseront des questions à mon retour mais je suis Anaïs dans un parc au pied des remparts. Nous nous dégotons un carré d’herbe tranquille, loin de tous regards et nous nous asseyons devant un buisson qui nous cache depuis l’entrée et les remparts. Pas un mot n’est échangé, nous nous regardons longuement, j’aimerai faire le premier geste mais je suis comme figée, pourtant un tel regard ne peut pas prêter à confusion. Elle finit par porter sa main sur ma joue, le contact me fait frissonner, mon ventre se contracte. - Tu vas me rendre dingue si tu ne te décides pas à faire un pas, me souffle-t-elle d’une voix qui me fait frissonner. J’interprète de mille et une façons ce qu’elle vient de me dire, je n’en reviens pas de la conclusion à laquelle j’arrive mais je veux être sûre. - Je suis timide, murmurai-je. - Ouvre-toi alors car moi là je n’oserai pas faire plus. Sa main quitte ma joue en descendant doucement jusqu’à mon cou puis mon épaule, je frissonne de plus en plus et je sais qu’elle le sent. Je la regarde fixement, avec un tel regard je ne résiste pas, je l’embrasse en plongeant dans ses bras. Elle m’y accueille et me rend mon baiser, nous tombons à la renverse sur le gazon. Nos baisers sont de plus en plus approfondis, comme si nous essayions de rattraper le temps perdu. Je reste avec elle jusqu’à la fin de l’après-midi, bien sûr quand j’arrive au lycée je suis bombardée de questions par mes amies comme je l’avais redouté, je réponds que nous avons sympathisé mercredi dernier et qu’elle voulait que nous continuions à faire connaissance. Les filles change donc de sujet, Hélène me raconte le moment où des garçons sont venus les accoster et comment Julie s’est mis la honte en n’arrivant pas à assurer et ne sortant que des bêtises. Nous rigolons la plupart de la soirée de ce qu’elle me raconte, mes pensées s’égarent souvent vers Anaïs mais je m’efforce de rester concentrée sur ce qu’elles me disent et je passe une bonne soirée.

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Le lendemain Anaïs m’intercepte à la sortie des toilettes et me pousse dans la cabine de laquelle j’allais sortir, nous nous embrassons. - Salut, me dit-elle en souriant. - Tu interceptes souvent les filles dans les toilettes ? La taquinai-je en jouant avec son tee-shirt. - Seulement ma petite-amie pour qu’on soit tranquille. - Ta petite-amie ? Demandai-je malgré moi. - Il me semblait pourtant depuis hier que la situation était claire, non ? Répond-elle en fronçant les sourcils. - Désolé, je trouve ça tellement surréaliste que ça m’a surpris. Tu attires tous les regards, tu m’as dit que beaucoup de garçons te demandent si tu veux sortir avec eux donc pourquoi moi ? - Parce que justement toi ! Je n’ai pas de sentiments envers les autres, avoue-t-elle timidement. Son aveu me fait sourire, moi qui la croyais si forte je me rends compte que c’est une tendre qui cache bien son jeu. Nous décidons de ne pas nous montrer, de rester discrètes, après tout un couple de lesbiennes au sein d’un lycée catholique ça ne le ferait pas trop. Nous passons donc nos journées à nous regarder, s’effleurer lorsque l’on se croise, nous nous retrouvons dès que nous pouvons dans un endroit isolé et nous passons nos mercredi ensemble. Au bout de trois semaines mes amies commencent à se douter de quelque chose et me posent des questions, tout en me reprochant au passage de ne plus passer beaucoup de temps avec elles. Après en avoir parlé avec Anaïs je finis par tout leur dire, elles m’engueulent de ne pas leur avoir dit puis me disent qu’elles sont heureuses pour nous. Je suis soulagée d’un poids en même temps qu’heureuse qu’elles acceptent aussi facilement ma relation avec Anaïs, je le suis d’autant plus quand je les présente et qu’elles sympathisent facilement. Anaïs nous rejoint souvent pendant les pauses et les filles se mettent parfois de façon à nous cacher pour que nous puissions avoir un minimum de contact, certains mercredi je reste uniquement avec elle et d’autres nous sommes toutes ensemble. Non seulement depuis que je suis avec Anaïs je me sens bien comme je ne l’ai jamais été, malgré le compliqué de notre relation, mais en plus elle m’aide à vaincre ma timidité au point que je me rends compte moi-même de mes progrès, mes professeurs ne sont pas les derniers à me le dire. A la fin de mon BEP je décide de faire mon bac professionnel ici, Anaïs redouble sa première, ce qui nous fait toutes les deux encore deux ans à faire, je soupçonne Anaïs d’avoir fait exprès de redoubler mais je ne lui en dis rien et notre histoire continue dans le secret du lycée. Fin


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ROMAN GAY MANIGANCES [Extrait] Denis-Martin Chabot RESUME : Manigances est un disco-bar du Village gai de Montréal. C’est aussi une histoire d’amour et de meurtre où le sexe se révèle parfois sordide. Dans Manigances, l’amour et la haine, la passion et la vengeance, le plaisir et la douleur se côtoient indistinctement. L’histoire se déroule en pleine sous-culture gaie, au début des années 80, années d’innocence, de découverte, de témérité, mais aussi années de danger, de malaise et de mal-être. La lumière de l’hiver, celle d’un soleil vaporeux de brouillard, s’infiltre par les côtés des toiles pour reluire sur la peau moite de Marc Saint-Jean. Le regain de chaleur fait fondre la neige, qui coule ensuite le long des trottoirs et sur le pavé, tel le désir qui transpire par ses pores et qui s’épanouit le long de sa colonne vertébrale, coule entre ses reins, passe sous la bande élastique de son caleçon, traverse la vallée de ses fesses et échoue dans le coton blanc de son sous-vêtement. Au passage, il dépose des gouttelettes sensuelles sur ses poils blonds et drus. Sa respiration explore le fond de sa cage thoracique, la gonfle, puis la relaxe dans un mouvement lent et synchronisé. Daniel Labine interrompt la scène plaisante pour annoncer à l’invité qu’il est temps de se rendre à l’église pour les obsèques d’Armand Couture. La météo a changé radicalement depuis le matin. L’humidité pèse maintenant sur la ville qui se réchauffe comme si, une fois le corps inhumé, la Terre se remet à tourner et la vie reprend. Il ne restera plus que des souvenirs pour se rappeler Armand Couture, Pierre et son horrible cauchemar de l’été dernier. Il y a donc une justice malgré tout. Peu importe la force du sentiment, peu importe la passion ou de la douleur, tout finit par ne devenir justement qu’un souvenir. Le ciel clair et le soleil d’hiver remplissent désormais la terrasse Dufferin, où Marc est allé prendre l’air, mais il y a trop de monde à son goût. Il enjambe la barrière qui bloque l’accès à la promenade des Gouverneurs pendant les mois froids pour empêcher que des visiteurs

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y glissent et se blessent. La vue magnifique du fleuve Saint-Laurent, des berges de Lévis et du port de Québec justifie le délit. Le vent ballotte des voiliers amarrés pour la saison glaciale. Des bouts de toile roulée à leur mât se libèrent et claquent bêtement dans les bourrasques. Un cargo mouille au quai, un navire sale rempli de marins vicieux en quête d’une aventure, la dernière avant la grande traversée qui les privera des plaisirs charnels pendant des semaines. Les bars seront pleins ce soir. À Montréal, Marc a toujours été très en vogue avec ces loups de mer en escale, qu’ils soient espagnols, islandais ou portugais. Ne parlant pas habituellement la même langue, un sourire ou un clin d’œil suffisait, et hop ! le matelot l’emmenait dans une chambre de motel sans étoile et le prenait sans merci. Il venait une ou deux fois, trois s’il était plus jeune et fringant. Il est arrivé à Marc de se donner à plus d’un corsaire en même temps, se sacrifiant pour la cause de ces hommes bientôt mortifiés par la solitude de la mer. Une baise sans lendemain. C’était du temps où l’on ne se souciait pas du sida ! Pas de nom ni d’adresse, parfois un téléphone s’il en valait la peine. Mais à quoi bon ! C’était souvent un appel outre-mer, quand ce n’était pas un faux numéro. Et l’on risquait qu’une épouse mécontente décroche à l’autre bout. Pas de trace ! Juste un souvenir !

Manigances, Editions Dédicaces Inc., 2013 www.dedicaces.ca


autobiographie lesbienne

Mauvais Genre, parcours d’une homosexuelle, éditions l’Harmattan, 2009

MAUVAIS GENRE, Parcours d’une homosexuelle [Extrait] Paula DUMONT Biographie de l’auteure :

A partir de certains épisodes de son enfance et de son adolescence, Paula Dumont traite de la construction de sa personnalité et de son homosexualité. Elle analyse les difficultés qu’elle a rencontrées au cours de la traversée du désert qu’a été sa jeunesse : absence totale de repères due à l’invisibilité des autres lesbiennes, rejet familial, désarroi et solitude. Elle évoque également le réconfort apporté par un de ses professeurs de lycée et les lectures qu’il lui a conseillées. Loin de fournir des réponses définitives aux questions soulevées par un tel sujet, Mauvais genre ouvre des pistes de réflexion et questionne la double oppression subie par les lesbiennes en tant que femmes et homosexuelles.

Extrait :

J’ai mauvais genre. Bien qu’étant une femme, j’ai les cheveux courts, comme les messieurs qui ne veulent pas se faire remarquer. En outre, je m’obstine à m’habiller de telle manière qu’on me prend souvent pour un homme. Et ne croyez surtout pas que ce soit manque de coquetterie et que je choisisse mes vêtements au hasard. Mon apparence m’a demandé, tout au long de mon existence, beaucoup d’efforts, de recherches vestimentaires et de sacrifices. Car n’a pas l’air mec qui veut. La graisse s’installant dans des parties du corps différentes suivant qu’on est né fille ou garçon, il faut, pour avoir l’air androgyne, rester mince, s’astreindre en permanence à des régimes draconiens, prendre de l’exercice deux heures par jour et user, en matière d’habillement, de stratagèmes pour dissimuler tout ce que la silhouette pourrait trahir. Et non seulement j’ai mauvais genre, mais encore j’aggrave mon cas en ayant de mauvaises mœurs. Je ne me suis jamais éprise que de femmes et tout compte fait, même si ma jeunesse n’a pas été un parterre de roses, je ne m’en porte pas plus mal quand je vois le sort que bien des hommes réservent à leurs compagnes. C’est assez dire que mon genre et mes mœurs posent davantage problème aux autres qu’à moi. Je suis une homo pure et douce, je m’en cache le moins possible, je l’ai toujours confié à qui voulait l’entendre et surtout à qui pouvait le supporter sans douleur excessive. En dernier recours, je me préfère toujours aux autres et je n’ai jamais eu envie de changer quoi que ce soit ni à mon apparence ni à mes attirances. Mais je tiens à préciser aussi que si je suis un garçon manqué, je n’ai rien d’une personne transsexuelle. Sous mes vêtements virils, il y a un corps de femme auquel rien ne manque et qui m’a procuré bien des joies. J’ai vécu assez longtemps pour savoir que j’appartiens à une certaine catégorie de femmes qui ne sont originales qu’en apparence.

Quand je me rends dans une assemblée de deux cents goudous, je repère mes semblables au premier coup d’œil. Sans nous être concertées, nous arborons toutes la même panoplie, ce qui est la preuve que nous avons subi un conditionnement identique. S’il n’y a pas lieu de s’excuser, il n’y a pas davantage matière à pavoiser. C’est pourquoi les homosexuels qui croient appartenir à une essence supérieure me font sourire de pitié, au même titre que les hétéros qui se flattent de leur normalité. Toutes et tous formatés, sans possibilité d’échappatoire, voilà notre lot à tous, homos et hétéros, et c’est sur mon conditionnement que je me suis penchée pour écrire les pages qui suivent. Car maintenant que j’arrive à l’âge où de nombreux êtres humains ont besoin de faire retour sur leur passé, j’éprouve l’envie irrépressible de revenir sur ma jeunesse et de comprendre ce qui m’a faite ce que je suis. Qu’on n’aille pas, à partir de mon cas particulier, tirer des conclusions aussi hâtives que générales. Pour avoir tout au long de mon existence fréquenté beaucoup de gays et de lesbiennes, je suis persuadée qu’il y a autant d’homosexualités que d’homosexuels et autant d’hétérosexualités que d’hétérosexuels. Simplement, j’ai voulu chercher ma vérité pour être en paix avec moi-même. De ce retour aux sources, je reviens transformée. C’était donc un voyage nécessaire et essentiel pour moi. Tous les êtres humains gagneraient à effectuer semblable pèlerinage, surtout ceux qui croient obéir aux lois naturelles et qui sont imbus de leur supériorité sur les marginaux. S’il y a un quelconque avantage à être ce que je suis, il réside dans l’obligation de se remettre constamment en question et d’admettre que rien ne va de soi pour personne. A soixante ans révolus, je regarde mes cicatrices comme autant d’acquisitions, autant de sujets de réflexion, autant de richesses. Et je suis certaine d’avoir encore devant moi de nombreuses terres à défricher si la Grande Déesse veut bien me prêter vie.

Mauvais Genre, parcours d’une homosexuelle, Editions l’Harmattan, 2009 13 euros 126 pages ISBN : 978-2-296-07754-6

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Science-fiction lesbienne L’OMBRE DE PESSADILLA [Extrait] Par Ludwig LUTON RESUMé : Le roman narre l’histoire de Pilar, une jeune fille, contrainte de servir un groupuscule obscure disposant de moyens hautes technologie : des cerceaux permettant de se rendre d’un point A à un point B de la planète. Dans sa mésaventure, elle va rencontrer Nadine qui, en perçant son secret, la pousse à se servir de cette technologie pour devenir une justicière, un choix qui va tout chambouler, attirer l’aversion de la police, l’attention des médias, et la fascination des masses. Jeudi 30 octobre 2008 – 18h40 Hôtel-casino le Mustélidé – Issy-les-vignes J’arrive assez tôt au Mustélidé Palace. Je n’ai pas trop envie de me retrouver dans la course au maquillage. Je me mets en tenue, je range ma console avec mes vêtements civils et je rejoins le salon. Nadine s’avance vers moi avec son sourire en coin adorable et me demande : — Tu es tombée du lit ? — Ouais. Disons que je n’ai pas envie de courir pour être à l’heure à l’Hermine Assoiffée. — Tu as fait du beau boulot l’autre soir, me sourit-elle. Je m’installe sur le siège : — Ouais, j’ai pigé comment garder l’équilibre avec les verres. — Je parlais de ça. Elle me passe une feuille de journal. Je suis dessinée au crayon avec mon masque et ce que je devine être le lance-filet. Gros titre : « La victime échappe à un viol grâce à une héroïne. » Je lis l’article et relève la déclaration de la victime. « J’avais quand même peur de ma sauveuse, jusqu’à ce que je remarque que c’était une femme. » — Vous lisez vos exploits, mademoiselle Almagro ? fait la voix de l’Inspecteur Louvier. Je soupire et le fixe depuis le miroir. — Ce n’est pas moi. — Dans le journal national, l’article passe pour un fait divers auquel je n’ai pas prêté attention. Mais mon équipier aime lire ce petit canard et ils ont su reproduire avec précision vos traits. — Dès qu’il y a une fille de petite taille avec des gros seins, il faut que ce soit moi ? — Surtout quand ça se passe juste à côté de votre lieu

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d’embauche, à l’heure de fin de votre service. Je ne sais pas quoi dire. Je soupire : — Remarquez, pour ce coup-ci, vous me flattez. Je suis mieux en héroïne qu’en voleuse. Nadine commence à tresser mes cheveux et le policier me regarde. Je réalise brutalement que j’ai un alibi. Alors je le provoque : — Vous voulez fouiller chez moi ? Allez-y, il n’y a pas d’arme ni de masque. D’ailleurs, c’est vrai, je quitte toujours le boulot avec un masque et un fusil. Tout le monde a du me remarquer. Je ne fais pas la fière car je commence à craindre qu’il fouille mon casier et qu’il trouve les cerceaux. — Nous nous reverrons, déclare-t-il. — Ça je veux bien le croire. Dès qu’il se passe quelque chose, vous venez me voir. Il sort du salon. — Et en plus tu es une grande criminelle, sourit Nadine. J’en ai des frissons partout. — Ce n’est pas moi, Nadine, dis-je. — Ouais, je sais bien, ment-elle. Je te charrie. Elle me maquille et je pars bosser sous le regard inquisiteur de ma coiffeuse. Vendredi 31 octobre 2008 – 5h28 Rue des Bas – Issy-les-vignes Le matin approche. Je quitte le vestiaire en ayant enfilé mes vêtements et ma console. Je me sens habillée avec elle. Lorsque je passe la porte, je m’attends à trouver l’inspecteur mais il n’y a personne. Je prends la direction de la gare dans l’obscurité glacée de la ville et décide d’aller à la poubelle récupérer mon cerceau. Quelqu’un me suit, je l’entends. Je ne sais pas si ce sont mes propres pas qui résonnent ou s’il y a vraiment quelqu’un. Je m’arrête de marcher. Les pas de la per-


sonne s’arrêtent également… mais après moi. Ce n’est pas l’écho de mes propres chaussures. Ça me fait flipper. Il y a quatre-vingt pour cent de chance que ce soit Louvier, cinq pour cent que ce soit un de ses acolytes, cinq pour cent que ce soit un agresseur. J’ai leur coeur qui bat crescendo. Je passe devant la poubelle sans m’y arrêter. Je prends un cerceau dans ma poche et je vérifie son symbole pour le connecter à celui derrière la poubelle. Je remonte ma manche pour accéder à la console. Je tourne à l’angle de la rue je le pose au sol puis je saute dedans. J’arrive pieds-joints derrière la poubelle. La poubelle grince et je ferme le passage. J’ouvre sur mon placard et je récupère le lance-filet avec mon masque. Je ressors dans la rue en rangeant le cerceau et j’arrive derrière la personne. Elle s’est accroupie et vient de ramasser mon cerceau rétracté. Je la mets en joue et je tire sans même hésiter. Elle lâche un cri de surprise féminin. — Pilar ! C’est moi ! s’écrie-t-elle. Je la retourne sur le dos et je reconnais Nadine. Et merde ! Je m’agenouille, énervée. Je la défais du filet et je ramasse mon cerceau. Elle pose sa main sur mon épaule. — Pilar, je te jure que je ne le dirai à personne. Je regarde autour de nous avant d’enlever mon masque. Je suis dépitée. Elle sourit avec espièglerie, contente d’avoir percé mon secret. Soudain son regard s’affole. — Tu es trempée ! — Oui et je commence à avoir froid. Alors je vais rentrer. — Attends, j’habite à deux pas. Viens. Par peur qu’elle ne me suive jusque chez moi, j’accepte d’aller chez elle. Elle a un bel appartement, plus grand que le mien. Elle a un salon, une chambre et une salle de bains. La cuisine est étroite et séparée du salon par une table-bar. — Va prendre une douche et prends mon peignoir. J’entre dans sa salle de bains. J’allume la lumière. C’est bien rangé, tout est propre, c’est vraiment différent de chez moi. Inutile de chercher les cafards, il n’y en a pas. Je pourrais ouvrir un cerceau et rentrer chez moi mais Nadine se poserait encore plus de questions. N’aspirant qu’à me réchauffer et à me sécher, je prends la douche et j’en ressors emmitouflée de son peignoir. — Tu veux boire quelque chose ? Une tisane, un déca ? — Tu n’as qu’à me faire un déca. — Tasse ou bol ? — Un grand bol, souris-je. Elle met son café à passer et elle s’assoit à côté de moi : — Je savais que tu n’étais pas une fille comme les autres. J’élude tout de suite le sujet : — Pourquoi tu es juste coiffeuse ? Tu pourrais être serveuse aussi, tu es jolie. — Et ouais mais je suis toute plate. Mais de toute façon je préfère être maquilleuse et coiffeuse. Je reste silencieuse. Elle repart sur le sujet : — Comment tu as fait dans la rue ? C’est quoi le truc avec les anneaux ?

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— Je n’ai pas envie d’en parler. — Ça pourrait être bien d’avoir une confidente. Surtout pour te couvrir quand le flic vient t’interroger. De toute façon, je sais que c’est toi. — Ouais mais tout le reste est top-secret, répliqué-je en souriant. Elle se lève pour remplir un bol. — Je t’aime bien Pilar, depuis le premier jour où tu es venue. Je suis un peu déçue, mais c’est ton secret. Je tiens le bol chaud entre mes mains. La Voix ne veut pas que la technologie tombe entre de mauvaises mains. Elle ne m’a jamais dit de ne pas en parler. Nadine en sait trop de toute façon. Mais si jamais, elle travaille avec la police ? Nadine s’assoit à côté de moi. Je l’interroge : — Tu es avec les flics ? — Dis encore une fois une connerie comme ça et je te tue, dit-elle sérieusement. — Tu peux toujours essayer. Par contre, c’est ce que je ferai si tu le répètes aux flics ou aux journalistes. Elle ne dit rien. Elle a compris. Elle place sa main dans mes cheveux et me dit : — Ne t’inquiète pas. Je ne suis pas une balance. Je lui souris avant de tremper mes lèvres, un peu troublée par son geste affectueux. Mon téléphone sonne. C’est la Voix. Je décroche. — Tous les détails de la mission ont été envoyés sur votre boîte mail. Prenez-en connaissance et donnez-nous votre réponse. Il coupe. — Il faut que je rentre chez moi, dis-je à Nadine. Elle soupire. — Si tu as besoin de quoi que ce soit, dis-le moi. — D’accord. Je remets mes habits trempés avec regret. Je sors de l’appartement. Je glisse un cerceau derrière la plante d’ornement du palier. Je l’ouvre pour me glisser dedans et arriver directement chez moi. J’ouvre le cerceau sur le placard et je prends l’ordinateur. Dans ma boîte mail, il y a une vidéo. Elle débute par la photo d’un homme rond avec un boc. — Voici Dimitri Selinsky. Vous n’êtes pas dans un roman de James Bond et ce type n’est pas Russe. Il est Français. C’est un expert en génétique. À ce que nous savons, il fait ses expériences sur des orphelins et des enfants ramassés dans la rue. Il doit traiter un contrat avec la mafia. Nous ne connaissons pas le lieu de rencontre. Nous savons néanmoins qu’il descendra au Mustélidé. Nous voulons le capturer vivant et c’est sur vous que nous comptons. Il arrive au palace demain. Le Carcajou lui a réservé la chambre 608. Pas besoin de me repasser la bande en boucle. Il n’y a rien de plus simple. Placer un cerceau sous le lit de Selinsky, y entrer pendant qu’il dort, sans aucun doute la journée s’il passe sa nuit au casino et sa disparition demeurera inexpliquée. J’envoie un SMS pour dire à la Voix que j’accepte. Vendredi 31 octobre 2008 – 18h02 Hôtel-casino le Mustélidé – Issy-les-Vignes J’arrive en tenue tout en cogitant. Après avoir envoyé mon

SMS, je me suis dit qu’accéder aux chambres ne devait pas être à la portée de n’importe qui et je n’avais pas de quoi payer les gens qui faisaient le ménage. — Tu as une heure d’avance, ronronne une voix. Je me tourne vers Nadine qui sourit, appuyée à son comptoir. — Bonjour Nadine. — Tu m’as l’air anxieuse. — Dis-moi, il y a des caméras partout dans ce casino ? Même dans les couloirs ? — T’en as même une qui te regarde. Elle me la montre d’un mouvement du menton. Je l’aperçois mais je préfère ne pas la fixer. Je sais que Louvier sera sur cette affaire et je sais qu’il visionnera les enregistrements. — Assieds-toi et raconte-moi. Je m’installe dans le fauteuil et elle me coiffe. — Je ne peux pas t’en parler. Je n’ai pas envie de te perdre. Tu es ma seule amie dans ce casino. — Mais si. Une fille qui sauve les autres filles n’a rien qui peut l’entacher. Je pense au type que je dois enlever. En effet, il n’a rien d’un ange. — Je dois kidnapper un type. — Hmm hmm… — Il se sert d’enfants pour faire des expériences génétiques bizarres et ce week-end, il doit rencontrer un mafieux, c’est tout ce que je sais. Nadine fait tourner le siège et s’assoit sur mes genoux pour poser du vert sur mes lèvres. — Bref. Il est, ou il va être, chambre 608. — Et tu vas le capturer toute seule ? — Tout ce qu’il faut que je fasse c’est placer un cerceau sous son lit mais il ne faut pas que ça se voie. — Je vois, murmure Nadine en maquillant mes paupières. Donne-moi ton cerceau, j’ai un plan. — Quel plan ? — Tu comprendras. — Dans la veste de mon blouson en cuir. Je mets la clef sous le pagne, au niveau de la hanche. Mais si la caméra nous mate, les flics sauront que tu as collaboré. Nadine a un grand sourire. Sa main glisse sur ma jambe et remonte sous mon pagne. — Je te fais de l’effet ? — Arrête ! Je ne veux pas que Louvier voit ça ! Le flic ! Nadine m’embrasse soudainement. Je la repousse vivement. — Là, ton flic ne se doutera de rien. Elle lève ses mains en guise de pardon et je vois la clef coincée entre ses doigts. Je me redresse et je la regarde de biais. — Vas-y. À tout à l’heure, dit-elle pleine de malice. Elle est douée. Elle a vraiment bien joué et en plus je crois que cela lui a plu.

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Nouvelle GAY LE PREMIER SERA LE DERNIER [Histoire complète] Par Christelle VERHOEST Résumé : Août 44, Paris. Alors que la capitale se soulève pour chasser l’ennemi, un jeune homme, qui admire son frère résistant, et qui brûle de lui ressembler, attend le retour de l’aîné. Il ne revient pas seul… Christelle VERHOEST est originaire de Caen, en Normandie. Elle vit toujours dans cette région, mais près de Rouen. Elle aime la Bretagne, et plus particulièrement le Finistère Nord, un lieu de rêve et d’inspiration. Après des études de Lettres Modernes, elle devient professeur de français en lycée puis en collège. Elle souhaiterait se consacrer exclusivement à ses activités littéraires. Dans l’attente, elle s’occupe de sa maison d’édition canadienne, AleXan éditions, tandis qu’Ada publie sept de ses livres. Prochainement, un autre éditeur français publiera sa saga gay en cinq tomes des “Chroniques d’un Arc’Helar”. Elle aime Maupassant, les vampires d’Anne Rice, la littérature pour jeunes adultes, la littérature gay, les mangas yaoi, les dessins animés des années 80... La NOUVELLE Août 1944, Paris. Assis sur le rebord de la fenêtre, je regarde la rue déserte, écrasée de soleil. J’attends désespérément que quelque chose se passe, quelque chose de suffisamment important pour qu’on vienne me chercher, qu’on ait besoin de moi. La chaleur étouffante de l’appartement n’entrave pas ma colère. J’en veux toujours autant à Antoine, mon frère aîné, de ne pas m’avoir emmené. Il est loin, et moi je suis là, coincé avec les deux filles, Eliane et Brigitte, qui chuchotent comme si leurs secrets allaient bouleverser l’équilibre du monde. Ou au moins celui de notre groupe. Laquelle aura Pierre, notre chef incontesté ? Il est étudiant à la Sorbonne avec mon frère. Elles font des études pour être infirmières et ont été amenées pour cette raison. Elles sont là pour soigner nos blessés. Je serre les poings. Je n’ai pas voulu rester cantonné à cette tâche, celle de leur donner un coup de main. À quoi ça rime ? J’ai dix-sept ans, j’en aurai bientôt dix-huit, et j’en connais qui ont pris le maquis en étant bien plus jeunes. Je suis écœuré. Je voulais participer, prendre part à l’Histoire, vivre de l’intérieur la libération de ma ville. Quand nos amis ont choisi de rejoindre les ouvriers, les communistes et tous ceux qui voulaient en FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 64

finir une bonne fois pour toutes avec l’occupant, j’y ai cru. J’ai cru que je pourrais exister enfin, après ces quatre années de peur, de quotidien gris et d’inertie. Soudain, le soleil brillait plus fort. Je me voyais déjà sur les barricades. — Non, a tranché Antoine. Toi, tu restes pour aider les filles. Et c’est tout. Tu ne sors pas d’ici. J’ai regardé, incrédule, l’étudiant idéaliste et passionné qu’il était, mon idole, s’éloigner en prenant sa petite amie Amélie par le bras. Un bruit me fait sursauter. Ça provient d’une arme à feu. Rectification, de plusieurs armes à feu. Je dévore la rue des yeux, une impatience insupportable grignote mes pensées. Je vois des allemands surgir, courir. Leurs casques jettent des étincelles. Ils tirent à gauche, à droite. On leur répond depuis l’immeuble d’en face et ils tombent tous les trois. Aucun ne se relève, aucun ne fait le moindre mouvement. C’est fini pour eux. Je plisse les yeux pour tenter d’apercevoir les tireurs embusqués mais la pièce où ils se trouvent est beaucoup trop sombre, je suis ébloui par la lumière. D’autres personnes arrivent, elles viennent du même coin de rue que les allemands. Mon cœur bat plus fort, car j’aperçois les brassards des FFI. Je reconnais Pierre, mon frère et sa petite amie, même si cette dernière est habillée en garçon. Je vois aussi Jean, l’ouvrier, et Marcel, le communiste. Ils portent deux des leurs. Des nôtres. Nous avons deux blessés. Je vais avoir quelque chose à faire, et ce n’est pas ce que j’aurais souhaité. Un espoir me vient cependant. Puisque deux d’entre nous sont à terre, Antoine peut changer d’avis. Vais-je participer aux combats pour en remplacer un ? J’entends des pas, des cris et des jurons, qui proviennent des escaliers. Vieux, étroits et en colimaçon, ils ne doivent pas simplifier le transport des blessés. La porte s’ouvre, et je comprends à quel point c’est grave. Le premier blessé a une ouverture béante au ventre. La chemise et la peau ont été arrachées, le bord de la plaie est noir. Au centre, c’est rouge, palpitant. À peine le dépose-t-on sur l’un des deux lits installés dans le salon qu’il s’immobilise, le regard fixe. Il est mort. Sa figure mince me dit vaguement quelque chose. Le deuxième semble avoir mon âge, ou presque. Le sang s’est retiré de son visage, mais colore l’ensemble de son torse. Il a les lèvres exsangues, le teint livide. Il est en train de mourir. Je comprends alors pourquoi Antoine m’a empêché d’y aller.


J’aurais pu être à sa place. J’aurais pu être ce garçon qui agonise. J’aurais pu être celui qui est déjà mort. Eliane et Brigitte ne s’affolent pas, l’entourent et l’examinent. Brigitte se redresse et va jusqu’à la table, où elle prend ce dont elle a besoin pour nettoyer, soigner. Antoine m’ébouriffe les cheveux un peu brutalement, comme il a l’habitude de le faire. Cette fois, je ne cherche pas à éviter cette marque d’affection. — J’y retourne, m’apprend-il. — Fais attention, dis-je en agrippant sa chemise. Avant l’arrivée des blessés, j’étais frustré de ne pas participer aux combats. Désormais, j’ai juste peur de cette violence. — Ne t’inquiète pas trop, essaie-t-il de m’apaiser. Je reviendrai en un seul morceau. Je le suis des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse, avec tous les autres. Son bras est passé autour de la taille d’Amélie. J’espère qu’ils sauront se protéger l’un l’autre. Le silence retombe sur l’appartement étouffant. Ils ont recouvert le mort d’un drap. Je reste debout, bras ballants. Longtemps. — Armel ! s’écrie Brigitte. Je me retourne. Eliane s’éloigne brusquement, les yeux rougis. Brigitte se rapproche de moi, l’air grave. — Reste auprès de Lucio, s’il te plaît, me demande-t-elle à voix basse. Je vais m’occuper d’Eliane. Elle ne supporte pas. Mais il va bien falloir qu’elle s’y fasse, ou qu’elle abandonne l’idée de devenir infirmière. — Qu’est-ce qu’il a ? — Il a que c’est trop grave. Je ne sais pas quoi faire, moi. — On peut l’emmener à l’hôpital, suggéré-je. — Tu plaisantes ? Il y a des combats partout, des allemands qui tirent à tout va, ils paniquent, ils savent que c’est la fin. Tu nous vois le transporter sous les rafales ? — Le père de Pierre a une voiture, insisté-je. On peut… — Oui. Mais quand tout sera fini. Et je ne pense pas que Lucio tienne jusque-là, ajoute-t-elle encore plus bas, en étouffant un sanglot. Il sera mort avant. Va le voir, toi, tu es un homme. Elle craque à son tour, se précipite vers Eliane et elles s’effondrent ensemble. Je réalise que l’idée qu’elles se faisaient d’aider à la libération de Paris vient de se craqueler, comme pour moi. Je sais désormais que je ne suis pas encore un homme. Dix-sept ans, c’est fragile, soudain. Pourquoi, au nom de quoi je supporterais mieux l’agonie de Lucio ? Je suis un homme quand ça les arrange. Cependant, je ne peux pas laisser Lucio seul. Je ne peux pas le laisser mourir seul. Je ne le connais pas bien, mais je dois être capable de l’accompagner un peu. Le reste, il l’accomplira seul de toute façon. Il ne mérite pas de se sentir partir sans un regard, sans une parole. Personne ne mérite ça. Finalement, être un homme, ce n’est pas forcément se battre. C’est aussi assumer certaines situations. Je me rends donc au chevet de Lucio. Le bandeau qui enserre son torse nu est déjà tout imbibé. L’odeur âcre et métallique du sang envahit mes narines. Ce n’est rien, par rapport à ce qu’il doit endurer. Je m’assois près de son matelas, et je l’observe. Il doit le sentir, car il ouvre les yeux et me fixe. Ses prunelles sont noires. Je suis impressionné par ce que j’y lis. Il a du caractère, celui-là. Ses cheveux sont de la même couleur que ses yeux. Je suppose que s’il était en bonne santé, il aurait le teint mat. Le prénom confirme ses origines italiennes. Il aurait pu être un camarade. J’ai dû le croiser. Ou pas. Antoine ne m’emmenait pas assez souvent à ses réunions clandestines pour que je sois sûr. Lucio a de beaux traits. Il doit faire des ravages dans le cœur des filles. Les maquisards et les mauvais garçons, ça les excite. Pour l’instant, son visage est en sueur, et il respire de façon irrégulière.

— C’est bientôt fini, fait-il remarquer. Sa voix est faible, mais bien timbrée, mature. — Oui, dis-je, les allemands ne tiendront plus très longtemps. — Non, réplique-t-il, je parlais de moi. — Ce n’est plus qu’une question d’heures, insisté-je, tandis qu’une boule s’installe dans ma gorge. — Je ne tiendrai pas, je le sais, affirme-t-il avant de me dévisager en ricanant, ce qui le fait tousser. Incapable de répondre, je le contemple à mon tour, et quelque chose d’indéfinissable m’envahit. C’est doux et fort, et ça pourrait balayer tout ce qui empêche qu’on le sauve, si je savais le nommer. — Je n’ai plus rien à perdre, ajoute-t-il en toussant encore. Je m’en fous que ça se sache, que tu en parles à ta façon après ma mort. Je peux te demander quelque chose ? — Tout ce que tu veux. — C’est plus agréable que tout à entendre, ça. Tout ce que je veux… Tu me l’accordes sans même savoir ce que je souhaite. On donne tout à un mourant. Pas de remords. Ni de ton côté, ni du mien. Ma mort efface tout et sera ta circonstance atténuante. — Qu’est-ce que tu veux ? — Je préfère t’expliquer un peu, avant, prévient-il, et il a de plus en plus de difficultés à trouver son souffle. — Je t’écoute, murmuré-je. — Amour ou devoir ? — Pardon ? — Tu choisirais quoi, toi ? L’amour ou le devoir ? — Je ne sais pas, avoué-je. — Moi, j’avais choisi. J’ai pris le maquis à quinze ans. C’était d’abord pour fuir les coups de mon père. J’en avais ras-le-bol. Ensuite, j’ai aimé ce que je faisais. J’avais enfin un but, un sens à ma vie. Mais je n’ai jamais pris le temps d’aimer. — Je suis désolé, fais-je remarquer, et j’ai le sentiment de dire la phrase la plus idiote qui soit, à un garçon qui meurt, en plus, c’est pitoyable. — Je voudrais… — Quoi ? dis-je un peu précipitamment. — Un baiser. D’un garçon. Le premier sera le dernier. Pour savoir…supplie-t-il. Tu m’as accordé tout ce que je voulais, n’oublie pas. — Je n’oublie pas, rétorqué-je. Il ne s’agit pas uniquement de respecter les dernières volontés d’un mourant. Ce n’est pas tout. J’ai envie de le faire. J’en ai envie. Et ça me rend fou de douleur à l’idée de ne jamais recommencer. Le premier sera le dernier car il va mourir. Les filles ont-elles cessé de se consoler mutuellement ? Nous regardent-elles ? De toute façon, je m’en fous. Je me penche. Je n’ose pas toucher ses cheveux, son visage, je ne sais pas quoi faire de mes mains. Je plonge dans le noir de ses yeux, je m’y ancre. J’aurais aimé respirer son odeur naturelle, son odeur d’avant la blessure. J’aurais sans doute aimé le rencontrer avant. L’amour et le devoir ne sont pas incompatibles. Mon frère l’a bien fait, lui. Voilà ma réponse. En cet instant, tout est possible pour moi, même si c’est un garçon. Ma bouche se pose sur la sienne, douce et chaude. Le sentiment indéfinissable devient plus fort, plus intense, et je comprends ce que c’est. Du désir. Il abolit tout, les barrières de la société, la mort. Je veux plus, je veux tout, j’imagine un nous. Ça devient réel au moment où nos langues s’enroulent et mêlent nos salives. Lucio s’immobilise alors que nos lèvres sont encore scellées. Comme le sera mon secret. Ce baiser. Le premier sera le dernier. Fin...

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Couverture : Saeko Doyle

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ROMANCE GAY Fés des tempêtes [Présentation] Par Christelle VERHOEST Résumé : 1763. Arzel est orphelin de mère. Son père a disparu. Il est recueilli par son oncle Tristan de Kerlann. Parce qu’on le soupçonne d’être l’enfant d’un fé, le garçon est rejeté par tous. Tous, sauf Emilien, son cousin, qui pratique la magie pour lui. Pour Emilien, Arzel va soulever bien des tempêtes au sein de sa famille. 1787. Yann de Kermazan suit son père, le nouvel intendant, au manoir de la famille Kerlann. Il est immédiatement fasciné par Hoel de Kerlann, l’héritier du domaine, qui n’a plus de parents. Le jeune homme se dissimule derrière bien des mystères, ses origines sont troublantes. Pour Hoel, Yann est prêt à croire aux fés et à affronter les dangers nés de la mer, les jours de tempête… Contact : alexan.editions@gmail.com Site : http://alexaneditions.wix.com/site Page facebook : https://www.facebook. com/alexan.editions Twitter : https://twitter.com/AleXanEditions Site de Christelle Verhoest : http://verhoest.christelle.perso.sfr.fr/ topic1/index.html Sites de Saeko Doyle : Page facebook : https://www.facebook. com/saekodoyle.artwork Blog : http://last-impression.over-blog. com/ FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 67


Nouvelle GAY LE VERT ET L’OR [Histoire complète] Par Christelle VERHOEST Résumé : 1794. Ivy se souvient. De son enfance, de son adolescence, de son ami Yezekael, avec qui la passion est née… De nos jours. David fait des rêves étranges depuis qu’il a visité une abbaye en compagnie de quelques amis. Thermidor, 1794. L’homme me tenait plaqué au sol. La hache de l’autre pouvait désormais s’abattre n’importe quand. Mon regard croisa celui de Yezekael, mon aimé. Mon amour aux yeux vert et or. Sa main, celle qui portait la cicatrice de la blessure que je lui avais faite jadis, se tendit vers moi. Une botte la repoussa. Ils avaient envahi l’abbaye bien avant l’aube. J’avais été réveillé par des pas sauvages qui percutaient les dalles. Ils m’avaient arraché à mon lit, à ma cellule monacale. J’avais les pensées encore ensommeillées mais je m’étais cependant très vite rendu compte de notre situation des plus critiques. J’avais vu l’horreur dans les yeux de mes trois autres compagnons, avant d’être saisi par l’amour que m’envoyait Yezekael, bien qu’il soit ceinturé par un soldat républicain. L’homme qui me maintenait ne m’était pas inconnu. Il me semblait que c’était l’un des paysans qui venaient chercher nos œufs et nos pigeons. J’avais tenté de me dégager, ce qui m’avait valu un coup de crosse. — Pas de ça avec moi, le morveux. — Il en aurait donc ? avait renchéri celui qui s’occupait de Yezekael. Étonnant, pour un gamin élevé par ces pourritures religieuses. Calme-toi avant qu’on te les coupe. C’est quand même plus agréable de partir entier, non ? Des cris, des protestations et des rires éraillés avaient interrompu cet échange. Des paysans et des soldats emmenaient les moines. Je les avais regardés passer sous les huées, les quolibets et les accusations. — Ils ont volé le peuple, ces chapons ! Voyez comme ils sont bien gras, comme ils ont profité sur notre dos ! Certes, les moines étaient riches. Leur tort avait été de vivre en autarcie sans se préoccuper de la détresse de la population. J’avais souvent songé qu’il aurait dû y avoir un partage, qui aurait apaisé les grondements villageois, au lieu de les amplifier. Et puis les biens de l’abbaye avaient été nationalisés. Alors je ne comprenais pas ce déchaînement soudain de violence. Un moine avait trébuché. J’avais reconnu frère Denis. Il avait été roué de coups avant d’être emporté. Mes compagnons et moi avions été traînés dans le cellier. Pourquoi s’en prenait-on à nous ? Pourquoi ne pas nous relâcher hors de l’abbaye, tout simplement ? Nous n’étions que quatre adoles-

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cents, des orphelins recueillis par les moines, élevés par eux dans le but de les aider dans leurs tâches quotidiennes, car ils se faisaient vieux, et aucun sang neuf ne venait renforcer leurs rangs. L’heure n’était plus à la vocation religieuse. Quand un moine s’éteignait, personne ne le remplaçait. L’époque où ils étaient presque plus nombreux que les villageois d’à côté était révolue. Je tentai un coup d’œil désespéré vers le haut et j’aperçus la hache levée de mon bourreau. Qu’attendait-il ? Ce temps suspendu était atroce. Je revins à Yezekael, le garçon que j’aimais, moi, un autre garçon. Je me souvins de la première fois où nous nous étions véritablement rapprochés. Nous avions quatorze ans et d’amis, nous étions devenus des amoureux. J’étais assis près du colombier, en pleurs après une punition aussi sévère qu’injuste. Recroquevillé, les genoux contre le torse, j’en voulais au monde entier. Yezekael s’était assis à côté de moi. Son bras avait entouré mon épaule, son autre main s’était posée sur mon genou, avant que ses lèvres cueillent les miennes. C’était salé, à cause de mes larmes. Mais merveilleux. Une nouvelle ère s’était ouverte à moi. J’avais vu ma vie autrement. Avec lui. Avec Yezekael. Ailleurs qu’à l’abbaye. Peu importaient les mots des moines, que c’était un péché d’inverti, que la Bible condamnait les sodomites. Nous nous aimions. L’amour ne pouvait pas être un péché quand il me transportait à ce point-là. Dès que nos travaux respectifs s’achevaient, dès que nous avions une opportunité, nous en profitions pour nous voir, nous toucher, nous embrasser. Il y avait beaucoup à faire, entre le vivier, la préparation du pain, les bêtes, le potager et le verger, mais nous étions passés maîtres dans l’art de dérober un instant rien que pour nous. Un jour d’été, l’année d’avant, l’année de nos quinze ans, Yezekael m’avait demandé de m’étendre dans l’herbe, tandis qu’il se déshabillait. Mon regard avait glissé sur son corps, de son long torse pâle à son pénis impatient, avant de revenir, subjugué, pris, capturé, à ses yeux vert et or. Il m’avait fait l’amour, sans que je lâche son regard intense, hypnotique, unique. — Je t’aime, Ivy. Je n’aimerai jamais que toi, avait-il dit, la voix rauque, au moment où la jouissance nous emmenait


loin, si loin. Il était mien. J’étais sien. Un soir où le crépuscule doré qui caressait le feuillage vert profond me rappelait ses yeux, j’avais été pris d’une étrange frénésie. Je l’avais plaqué contre un tronc, et j’avais sorti le couteau que frère Roland m’avait offert deux années auparavant et qui ne me quittait plus. Je n’avais lu, dans le regard vert et or de Yezekael, qu’amour et acceptation. — Fais ce que tu veux de moi, Ivy. — Tends la main, avais-je ordonné. Il avait obéi sans aucune hésitation. Je m’étais emparé de ses doigts, et, sans regarder ce que je faisais, plongé dans ses yeux vert et or, j’avais marqué sa peau, sur le dessus de sa main offerte. Il avait ignoré le sang qui gouttait et s’était jeté sur ma bouche. Je m’étais dégagé et je lui avais tendu ma lame. — Marque-moi à ton tour. — Enlève ta chemise, avait-il exigé. J’avais ôté les lacets, fait glisser mon vêtement. Il avait parcouru mon torse de ses yeux vert et or puis avait choisi. Il m’avait marqué à l’emplacement du cœur. Comme lui, j’avais laissé couler mon sang, tandis que le soir se teintait de pourpre. — Ivy ! Ivy ! hurla Yezekael, alors que le bourreau se mouvait enfin. La hache ne s’était pas encore abattue, que j’eus l’impression de me détacher de mon corps. Je voletais en haut, sous la voûte, et je voyais tout. Je fus le premier. Je ne sentis rien, puisque j’avais quitté mon enveloppe terrestre. Yezekael fut le deuxième à être exécuté. Vint le tour de nos compagnons. Têtes coupées, corps traînés, dévêtu, déchaînement. Cœurs arrachés. Des étoiles de sang éclaboussaient les murs du cellier, et, au sol, le fluide écarlate des corps martyrisés se mêla au vin des tonneaux éventrés. Mon bourreau, qui riait comme un dément, continuait de fendre les fûts et ses complices s’acharnaient sur nos dépouilles. Nos âmes effarées, à Yezekael et à moi, se retrouvèrent là-haut. Mais celles de nos compagnons restèrent accrochées aux murs du cellier avec âpreté, pour hanter les lieux et rappeler aux êtres futurs ce qui s’était déroulé là, en ce jour funeste. L’âme de Yezekael se serrait contre la mienne, son énergie me parcourait. Nous n’étions plus que pensées. Nous quittâmes ensemble le cellier et le carnage. Éclair argenté, aveuglant, électrisant. Nos esprits furent brutalement séparés. Douleur innommable. Intolérable. *** Je ne me souvenais plus de tout cela. Je ne me suis pas tout rappelé d’un coup. Suite à certains évènements, j’ai beaucoup travaillé, sur moi et sur ce que j’avais été dans cette vie antérieure. Car c’est de cela dont il s’agit ; je ne peux que croire à la métempsycose. De nos jours. Je fais toujours le même rêve. Je me souviens toujours de la même scène. Un adolescent blond, aux étranges yeux vert et or me fixe, plein d’amour et de peur. Il tend vers moi une main aux longs doigts fins, marquée d’une cicatrice. Au-dessus de nous, il y a un homme armé d’une hache, il a le regard halluciné de celui qui n’a plus aucune limite. Il abat le tranchant, il coupe. Je hurle, je me dresse sur mon lit. C’est comme ça depuis trois semaines.

Ça coïncide avec la visite que nous avons faite, ce dimanche-là. Férue de paranormal, Sophie a tenu à ce que nous l’accompagnions dans cette abbaye réputée hantée. Comme d’habitude, Jonas, son frère, et moi, le meilleur ami de Jonas, nous avons cédé. Les lieux avaient beau être furieusement romantiques, mon malaise n’a cessé de s’accentuer au-fur-et-à-mesure que nous avancions dans les ruines. Le pire était cependant à venir. Il a fallu écouter le guide nous conter le destin de celle qui est devenue la Dame Blanche de l’endroit. Voir sa chambre rose. Ensuite, nous sommes descendus dans le cellier, pour entendre l’histoire des moines massacrés lors de la Révolution Française. Lors des deux guerres mondiales, des militaires anglais ont affirmé avoir vu leur silhouettes brouillées, ainsi que celle de la Dame Blanche. Mon cœur s’est serré, contracté comme si des ongles s’y enfonçaient. J’ai eu une atroce envie de vomir là, parmi tous les visiteurs. Je me suis appuyé contre le mur. Ça a été encore plus fort. Je suffoquais. Ma vision était envahie de points rouges. Je suis ressorti en courant. Lors du trajet de retour, Jonas et Sophie n’ont pas arrêté de se moquer de moi, de la frousse que j’avais eue. J’ai eu beau leur dire qu’il ne s’agissait pas de peur mais d’autre chose, ils ont continué à rigoler. Depuis, j’en veux à Sophie de m’avoir traîné là-dedans, et je ne peux m’empêcher de me dire que c’est de sa faute si mon sommeil n’est pas réparateur, et que je manque sans cesse de m’endormir au boulot. Ce soir, c’est son anniversaire, et je me vois mal refuser d’y aller, surtout pour une histoire de cauchemars, de fatigue et d’abbaye hantée mal digérée. Je prends donc sur moi et je me rends chez elle. Je lance des sourires qui, je l’espère, me paraissent naturels. Je n’ai qu’une envie, c’est que cette fête se termine vite. Je suis dans un coin, punch à la main, quand Jonas arrive, accompagné de plusieurs personnes. Il fonce droit sur moi. — Tu as une sale tête, David, m’assène-t-il sans préambule. Tu fais quoi de tes nuits, dévergondé ? — Des trucs avec du cuir, des chaînes et des fouets, rétorqué-je. Un petit rire se fait entendre. Jonas s’écarte, et j’aperçois celui que j’ai fait marrer. Bon sang, il est juste sublime. Il est blond, blond doré même, avec des yeux très particuliers, extraordinaires. Je suis sous le charme de leur couleur. Ils sont vert et or, de la couleur d’une feuille d’arbre pailletée de lumière. Le trouble m’étreint. Un très grand trouble. Serais-je en train de tomber amoureux ? C’est ça mais… en plus fort. Il me tend la main et je remarque sur le dessus une balafre assez profonde. Les yeux vert et or. La cicatrice. Mon rêve. — Jezechel, se présente-t-il. Un nouveau collègue de Jonas. — David, bafouillé-je dans un souffle. Un ami de Jonas. Je suis dans l’impossibilité de le quitter des yeux. S’il partait, j’en mourrais, foudroyé. Ses yeux vert et or me lisent. Que comprend-t-il ? Il prend une grande inspiration, comme pour se donner du courage. — Tu vas croire que c’est une façon lamentable de te draguer, reprend-t-il, mais… tu sais, tu me troubles parce que je t’ai déjà vu dans mes rêves. — Moi aussi, affirmé-je. Je n’ai rien d’autre à dire. Nous nous étions trouvés dans une vie précédente. Nous nous sommes re-trouvés. Fin

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Du femslash au roman lesbien Mauvais Genre, parcours d’une homosexuelle, éditions l’Harmattan, 2009

Rencontre avec GC Lehane GC Lehane, plus connue sous le pseudo de “TidalWave” dans le monde la Fanfiction femslash, est une jeune auteure reconnue et réputée sur les sites anglophones pour ses histoires “angst”, torturées, INSPirées par la série “Buffy contre les vampires”. Auteure de 70 fanfictions, notamment entre les personnages féminins de Buffy et Faith, elle a récemment publié deux romans et s’est prêtée à notre jeu de questions réponses pour nous parler de son évolution en tant qu’auteure.

Comment avez-vous découvert le femslash et comment en êtes-vous venue à écrire des fanfictions? Cela date de 2001, je pense que les premières lesfics que j’ai lu étaient celle d’une auteur dont le pseudo était Elegy. Et si mes souvenirs sont exacts, j’ai du découvrir les fics de Kyrian et Jemie à ce moment là. De là j’ai découvert les différents groupes de fanfictions sur yahoo, notamment les groupes anglophones car je lis peu d’écrits français, j’avoue. J’ai toujours aimé écrire (poèmes, chansons etc.) mais je n’avais pas pensé à écrire des his-

toires malgré mon imagination et les milliers de scénarii qui trottaient dans ma tête. La découverte des fanfictions a été le déclencheur qui m’a permis d’exprimer toute mon imagination et d’allier le plaisir de l’écriture en langue anglaise avec celui que j’éprouvais pour certaines séries. Au début j’écrivais peu, je lisais plus que je n’écrivais, puis la tendance s’est inversé quelques années plus tard, et j’ai finis par ne plus lire, malheureusement, car j’écrivais tout le temps, sous le pseudo TidalWave. Quel est votre fandom de prédilection et pourquoi ?

Buffy et Faith dans la saison 3de la série “Buffy contre les Vampires” créée par joss whedon

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J’ai toujours regardé beaucoup de séries TV mais je n’ai jamais écrit en dehors du Buffyverse (Angel inclus), car j’avais (j’ai) une passion pour cette série qui prenait le pas sur toute autre. Cette série reste associée aux plus belles années de ma vie. “Buffy” était, sous couvert de fantastique, très réel dans ces thématiques, dans ces personnages. L’amitié, l’amour, la douleur, la loyauté, la vie, tout était très réel, mais le fantastique permettait l’exaltation de tous ces sentiments; amour, haine, passion… Ce n’est d’ailleurs pas étonnant que les ados soit tant accros aux fantastique, surtout dans les conditions


morose de la vie actuelle, car tout y est plus fort. Mais pour ma part, ce sont les personnages et leurs interactions les uns aux autres qui m’ont accroché. Ils étaient tellement vrais, vrais de leurs imperfections, et surtout, ils s’étoffèrent tellement au cours de ces 7 saisons/années que la fin de la série signait vraiment la fin d’une ère, et la perte d’un ‘groupe d’amis’ pour moi. C’est surement pour cela que 63 de mes 70 fanfictions furent écrites après l’arrêt de la série. Outre la fin très ‘ouverte’, le besoin de prolonger cette relation avec ces personnages qui m’étaient si cher et pour lesquelles j’avais tant de scénarii. Encore tant de chose à leur faire dire ou accomplir. S’arrêter là était impossible. Sur quels couples écrivez-vous principalement ? Pouvez-vous nous parler de ces personnages, des caractéristiques que vous leur attribuez ? J’ai écrit à peu près 6 ou 7 pairings différents (toujours dans le Buffyverse/Angel), parfois juste sur une idée, pour essayer, mais mon pairing préférés (50 fanfictions) est et restera toujours Buffy/Faith. Faith était mon personnage récurrent préféré. Tellement d’impact avec si peu d’épisodes et encore moins d’informations réellement données, ce qui laissait libre cours à beaucoup de scénarii sur son background personnel. Un personnage haut en couleur et très intense. L’alchimie entre les deux actrices a beaucoup joué également. Les deux personnages étaient à la fois complémentaires et opposés ce qui créait cette intensité entre elles. Intensité interprétée de manières différentes selon les gouts des spectateurs. Pour nous les “fuffy shippers”, c’était de la “passion refoulée”. Beaucoup s’accordaient a dire que ce couple était le plus conventionnel des couples non conventionnels. Ce qui est vrai, avoué même par les producteurs/scénaristes. Il y avait effectivement beaucoup de sous-entendus, de regards, un jeu entre les actrices qui a beaucoup nourri les fantasmes des fuffy shippers tant c’était flagrant parfois. Je pense que beaucoup on eu la gueule de bois avec le « drinking game », pour ceux qui s’en souvienne. lol La vie d’une tueuse est dure, vouée a beaucoup de coups, aussi bien physiques que moraux. Vouée à une grande solitude également. Buffy a essayé une relation “normale” avec un humain. Nous avons bien vu qu’elle n’était pas capable “d’aimer normalement”, simplement. Il lui faut un “plus”, probablement car elle-même est “plus”, sa vie est plus forte, plus dure, plus rapide, plus passionnée. Passion justement, c’est le mot. La passion elle l’avait connu avec Angel, un vampire. Mais forcément, vampire/tueuse, là ce n’était plus un “plus”, mais un “trop”. Buffy reste humaine d’une certaine manière et cette relation était vouée à l’échec. Donc comment faire? Qui d’autre mieux qu’une tueuse pouvait comprendre/intégrer la vie d’une autre tueuse ? Ceci était encore plus vrai jusqu’à l’épisode final, alors qu’elles n’étaient encore que deux seule à vivre/ ressentir cela. Donc, bien avant Satsu (saison 8 comics), une relation romantique/sexuelle entre Buffy et une autre tueuse avait un sens. La relation d’attraction/répulsion

de Buffy et Faith, semée de non-dits, de faux timing, de presqu’amies, presqu’ennemis, d’ambiguïtés était idéale pour nos esprits imaginatifs. Et puis…une brune une blonde, c’est un fantasme non ? Combien de temps consacrez-vous à l’écriture chaque jour ? Que cela vous apporte-t-il ? Je n’ai pas un planning défini pour écrire, il faut que cela soit “le moment”. Je peux être en panne de “moments” pendant plusieurs semaines/mois (pendant lesquels je suis misérable lol), et d’un coup je vais pondre 5/6 chapitres d’un roman, ou une histoire courte d’un seul trait. Enfin presque. Mais c’est un peu cela oui. Mes histoires me viennent toujours le soir ou le matin, dans mon lit. Je passe souvent beaucoup de semaines/mois à vivre le scénario comme un film dans ma tête, avant de le poser sur papier…dès que c’est le “moment”, dès que cela bouillonne trop là dedans et qu’il faut que ca sorte. Il faudrait que je m’astreigne un temps d’écriture, un temps de lecture également (car je lis trop peu). Mais je fonctionne mal avec des “obligations”. L’écriture est quelque chose de primordial pour moi. Je n’ai jamais été “forte” en communication avec les autres. Ado j’écoutais les chansons qui reflétaient exactement ce que je pensais. J’écoutais, je montais le son et me disais “mais bon sang, pourquoi ils FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 73


spiration pour moi. De la terre elle-même en passant par la culture et le langage, vu que je suis incapable d’écrire autrement qu’en anglais. Avec mes écrits (hors fanfics) je me balade sur tout le territoire américain. Pour mon premier roman “When the River Flows out of Its Bed” j’ai passé 3 semaines dans le nord-est, (New York, New Jersey, Pennsylvanie), pour les besoins du livre, mais par plaisir également. Pour l’adaptation de ma fanfic “Chaos Doesn’t Bleed”, c’est au Texas que j’ai basé mon histoire. Ma prochaine romance se situe au New Hampshire, mon prochain roman fantastique se déroule lui a Willow Creek, a l’extrême nord de la Californie. Et j’ai un prochain roman super naturel prévu au South Dakota/Wyoming. Je voyage grâce à mes écrits, au propre comme au figuré.

ne comprennent pas ce que je veux/ressens/pense, c’est clair pourtant ? Quel mal être j’ai, (ou bonheur), etc.” En grandissant j’ai du apprendre à communiquer de façon plus classique, mais un minimum seulement. Je continue de “vivre mieux” derrière un écran, et de m’exprimer de façon bien plus claire sur mon clavier, qu’en face à face. Et si j’ai continué d’écrire c’est pour cela, pour pouvoir exprimer tout ce que je ressens au fond de moi-même. Où trouvez-vous l’inspiration pour écrire ? La musique est capitale pour moi, au même titre que l’écriture. J’ai commencé l’écriture en écrivant des chansons d’ailleurs, déjà en anglais. Il y a toujours de la musique a la maison, que j’écrive ou pas. Certaines chansons m’ont inspirés des songfics. La première fut sur une chanson de Garbage, “Cup Of Coffee”, de leur album Version 2.0. Il y eu “Do You Love” et “Hurricane” de Natalie Imbruglia, de son album White Lilies Island. Les titres de plusieurs autres fanfics m’ont été inspirés de chansons comme “Unintended” (Muse), “Have You Ever” (Brandy). Pour mes écrits personnels également il est très facile de retrouver mes gouts musicaux, (et l’évolution de ceux-ci) a travers les gouts musicaux de mes personnages. Les Etats-Unis sont également une grande source d’in-

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Sur toutes vos histoires, laquelle préférezvous et laquelle recommanderiez-vous à nos lectrices et lecteurs ? Pourquoi ? Choisir une de mes fanfics ? Dur, dur, sur 70. Il y en a beaucoup qui me tiennent a cœur, mais si je dois n’en choisir qu’une, dans ce cas ce sera “Chaos Doesn’t Bleed”. Cette fic m’a apporté énormément de satisfaction et sur un grand nombre d’années, car je l’ai écrite de 2005 à 2007. Et sur la fin 2006 j’ai commencé à l’adapter pour un roman (Legacy) qu’il m’a fallu également plusieurs années pour reconstruire (personnages/lieux/histoires). Sortir les personnages du Buffyverse m’a en effet pris plus de temps et de ré-écriture que prévu, mais ce fut là également un énorme plaisir. L’histoire tourne autour du trio que forment Buffy/ Faith et Angelina Kane, un personnage que j’ai crée, aux origines mystérieuses et qui va soudée les tueuses. Toutes la bande à un rôle important dans cette histoire qui commence au retour de Buffy dans la saison 3 et se termine en fin de saison 5. Je dévie fortement de Buffy à la saison 5 car Dawn/Glory n’existe pas. Sinon je reste fidèle à ce qui se passe dans la série sur la saison 3 et 4. Quand Angelina arrive, Buffy et Faith commence tout juste a “s’accorder” mais l’équilibre est précaire. C’est grâce a Angelina qu’elles vont se rapprocher, premièrement parce qu’elles sont en charge de la protection de cette très jeune fille (16 ans et demi), qui est envoyé par le conseil des observateurs sans pour autant être rattaché a eux, ce qui éveille les soupçons de Giles. Pour protéger l’innocence d’Angelina coute que coute, le trio va quelque peu se détacher, et parfois s’opposer, au reste de la bande. Comme je l’ai dit j’ai pris un plaisir énorme à écrire cette fic, elle est donc m’a préféré je suppose. En revanche, si je devais en recommander une aux lectrices de fanfics, ce ne serait peut être pas celle-ci, tout simplement du fait des multiples couples qui y sont présents, car même si l’évolution de la relation Buffy/Faith en est le fil conducteur, il y a tout de même plus de couple hétérosexuels représentés (dans Legacy, l’adaptation, il y a même des couples/relation gay). Et je sais que toutes les lectrices de femslash n’aiment pas forcément lire des relations (explicite ou pas) hétéro, ce que je respecte. Je


conseillerais peut être alors “Getting Off That Train” ou “Just Like Her mother” pour les fans de Buffy/Faith. Ou encore “Undo What I Did, Erase What I feel” ou “The Other Side of the Road” (Buffy/Faith, Willow/Kennedy). Avez-vous des projets en cours en rapport avec l’écriture ou le femslash Je suis actuellement en prospection d’une maison d’édition pour une nouvelle romance lesbienne intitulé Fire & Ice, qui se passe dans le New Hampshire entre une étudiante New Yorkaise et une souffleuse de verre. J’ai également le premier jet d’un roman fantastique. J’aimerais également reprendre certaines histoires courtes que j’ai écrites dans le passé (toujours lesbienne) et les regrouper dans un recueil de “short stories”. Avez-vous déjà pensé à écrire, ou avez-vous déjà rédigé, des récits originaux pour vous publier ? Oui, j’ai publié mon 1er roman, “When the River Flows out of its Bed”, a l’automne 2011. En novembre 2012 j’ai publié sur Smashwords mon énorme (500,000 mots) roman

fantastique Legacy, tiré d’une fanfiction de Buffy. Et je prévois de publier d’autre romans, j’en ai en cours d’écriture et d’autre déjà achevé. Sur le plan des fanfictions j’aimerais un jour au moins reprendre celle que je n’ai jamais terminé. Je prenais tellement de plaisir avec ce monde là, mais il est vrai que mes histoires personnelles ont prit le pas. J’ai toujours des idées en tête donc je ne reviens pas sur les fanfics, pour le moment en tout cas. Comment voyez-vous votre évolution en tant qu’auteur ? Mon évolution? Difficile à dire. Je ne gagnerais jamais ma vie de mes écrits, cela est quasiment certains, mais j’aimerais arriver à trouver mon public et pouvoir, au moins, ne plus payer l’editing de ma poche, cela coute très cher de faire corriger ses écrits professionnellement et je n’en ai plus les moyens. Et c’est très important pour moi que mes livres passent devant un editor avant de les proposer au public. Il faut qu’ils soient le meilleur possible, et n’étant pas anglophone de naissance, un editor s’impose encore plus. Donc, je suppose, le mieux serait que j’arrive à me faire publier de

manière « traditionnelle », dans ce cas c’est la maison d’édition qui paie les editors. Je ne me vois pas arrêter d’écrire quoiqu’il arrive. Donc, un rêve pour moi serait de pouvoir ouvrir ma pension féline chez moi (j’ai un grand atelier de 140 m2 et du terrain pour leur faire un vrai paradis terrestre). Et en travaillant chez moi, dans un domaine qui me passionne (les chats), j’aurais du temps pour écrire et m’adonner a mon autre passion dans le même temps. Cela serait parfait. Mon désir n’a jamais été d’être une écrivaine renommée. Je n’en ai pas les qualités je pense et puis surtout j’aime ma tranquillité. Donc oui, pouvoir vivre de mes passions en toute simplicité serait fort agréable. Propos reccueillis par Béatrice Guillart

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la

COLLECTION

STEDITIONS

Tome 2

de la vie des premiers vampires nés en 936 à Northumbrie en Angleterre. Capturée par Richard et tenue captive en Alaska, Faith la libère et la ramène à New York avec Kahlan... Kristen est pourtant enceinte et son enfant ne tardera pas à naître...

Tome 4

DE GUERRE D’AMOUR ET DE SANG 8 volumes déjà disponibles

S

ynopsis : Livermore Falls, petite ville du Maine d’environ 1700 habitants. Kristen Adams, adolescente de 19 ans va bientôt mourir des mains de Faith Ryan, belle jeune femme aux traits insolents et à l’allure charismatique qui capture son attention au premier regard. Ce que Kristen ignore : Faith est née en l’an 936 dans le comté de Northumbrie en Angleterre. Ce qu’elle va devenir : Elle ne le sait pas encore, mais elle a été choisie et son dernier soupir rendu dans le Maine la conduira à New York où elle découvrira qui elle est, ou plutôt, qui elle a toujours été - Le premier roman fantasy écrit par Kyrian et Jamie entre Dublin, Boston, Livermore Falls et Paris. Un livre qui revisite le mythe du vampire de ses origines jusqu’à nos jours. Format de poche : 16.25€ - Format Ebook : 10.52 € - 212 pages “Parmi les trois ou quatre cent personnes qui allaient et venaient autour de moi, je serais celle qui mourrait dans quelques minutes. Pourquoi, comment, je n’en savais strictement rien et je

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ne savais pas non plus pourquoi elle m’avait choisie. J’avais toujours eu des doutes sur ma sexualité, mes attirances envers les filles et n’avais expérimenté que les garçons. Pourtant, ce frisson qui m’avait parcourue en la voyant n’était comparable à aucun autre et avait réveillé ce petit quelque chose en moi que je n’expliquais pas.

Kristen Adams est morte il y a six mois. Arrachée à sa ville natale, Livermore Falls dans le Maine, Faith, sa compagne et amante la conduit à New York pour des raisons qu’elle ignore encore. Au fil des mois, Kristen voit des souvenirs lui apparaître et comprend qu’elle n’est pas seulement une adolescente de vingt ans mais que sa vie a débuté il y a plus de 1000 ans... Elle est ce qu’on appelle une «Anĭmas», un vampire au sang pur, tout comme sa soeur Faith et son frère Erik. De sa première vie, tous la surnommaient Sarah, née en 936 dans le Comté de Northumbrie en Angleterre.

Tome 3

Il y avait d’abord eu l’instant où je m’étais arrêtée, l’avait regardée comme pour m’assurer qu’elle était bien là, puis ce moment où nos regards s’étaient fixés l’un dans l’autre, celui où j’avais senti mon cœur s’affoler dans ma poitrine. Une réaction physique qui ne trouvait d’explication nulle part mais dont je me rappellerais jusqu’à la fin de mes jours qui ne tarderait pas. Nous nous étions observées à bonne distance, moi, trop timide, m’arrangeant pour la suivre des yeux, elle, charismatique, attendant peut-être un signe de ma part. Du moins, je voulais le croire…”

Kristen Adams a fait le deuil de son ancienne vie, sa première vie d’adolescente originaire du Maine et de Livermore Falls. Elle est Sarah, une vampire née en 936 à Northumbrie en Angleterre, brûlée sur le bucher en 1510. En quête de ses souvenirs, de ses racines mais aussi par nécessité, elle suit Faith et les membres de son clan en Europe, à Berlin pour retrouver les hauts dirigeants du Second Ordre des Inquisiteurs.

Tome 5

Après être retournée sur New York, Faith décide d’emmener Kristen en Nouvelle Zélande, pays connu par le clan et appelé aussi l’Île du Monde. Kristen est morte il y a un an et demi et sait désormais qu’elle est une Anĭmas, héritière du sang et

Après avoir détruit l’Ordre des Inquisiteurs, Faith et


Sarah sont de retour à New York. Rien ne va plus au sein du clan des Anĭmas. L’ancienne amante de Richard de Yarmouth va être jugée, et que décidera Faith concernant Megan et Jennifer Scott ? Les deux amantes héritières du trône des Wessex vont faire face aux conséquences de l’attentat de New York, de l’assaut de l’Eklutna et de l’explosion de l’Ordre des Stryves.

va être jugée, et que décidera Faith concernant Megan et Jennifer Scott ? Les deux amantes héritières du trône des Wessex vont faire face aux conséquences de l’attentat de New York, de l’assaut de l’Eklutna et de l’explosion de l’Ordre des Stryves.]

leur communauté toute entière.

Tome 8

Tome 7

Tome 6

Suite directe du tome 5 - Après avoir détruit l’Ordre des Inquisiteurs, Faith et Sarah sont de retour à New York. Rien ne va plus au sein du clan des Anĭmas. L’ancienne amante de Richard de Yarmouth

La guerre entre les clans vampires vient de prendre fin sur New York. La ville se remet doucement des attentats et personne ne sait qui sont les responsables. Des images fusent sur Internet, des rumeurs naissent dans les médias. Al Quaïda, regroupements sectaires, vampires ? Le clan des Animas se resserre pour gérer la crise, mais une implosion est proche et menace

Pendant que Dahlia enterre sa fille en Angleterre, Sarah s’est exilée en Alaska au bord du lac Eklutna. Alice lui rend compte de l’état de Faith qui est également partie à l’autre bout du monde pour prendre du recul. Pendant ce temps, Lorik gère seul les affaires du clan tandis que les attentats de New York, rendus publics ne restent pas sans conséquence...

Les auteures prévoient la publication d’au moins deux autres tomes courant 2013.

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RENCONTRE avec julie vaillancourt

Julie Vaillancourt est enseignante en cinéma au niveau collégial. En plus de se produire sur scène et de préparer son premier album, Julie travaille depuis 5 ans comme journaliste pour le magazine gai et lesbien Fugues. Nous avons voulu en savoir plus sur son métier, ses passions et savoir ce qui se passe dans les coulisses... Voici pour vous, en exclu, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la vie d’un journaliste du Fugues ! En premier lieu, nos lecteurs se demandent une chose et pas les moindres : comment se sent-on dans les baskets d’un journaliste du Fugues sur le point d’interroger de grandes figures de la scène française, québécoise ou américaine ? C’est toujours un privilège pour moi que d’entendre et écouter les histoires, opinions et initiatives de personnes impliquées dans la communauté LGBT. C’est important de leur donner une voix, et à mon sens, c’est ça être journaliste. C’est vulgariser les dires des autres, se faire le passeur des savoirs, un peu comme l’enseignant qui apprend à ses élèves sa matière. Ce sont deux métiers bien différents, mais, à mon sens, ils s’entrecoupent à plusieurs niveaux. D’autant plus, ce qui est intéressant avec le journalisme, c’est que l’on apprend tous les jours, par le biais du témoign-

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age des autres et de leurs savoirs, leurs expériences. Au fil des ans, j’ai beaucoup appris sur la communauté LGBT et j’en apprends encore sans conteste tous les jours! Quelles sont les principales difficultés que tu as pu rencontrer en tant que journaliste? Le temps! Être journaliste à la pige, c’est négocier avec le temps, planifier les entrevues, assister à divers événements et rédiger les textes, le tout en respectant la date de tombée du magazine, pour que la production suive son cours. Bon c’est certain qu’il y a parfois des gens moins intéressants, ou intéressés, ceux qui parlent trop, qui ne répondent pas aux questions…je ne nommerai pas de noms (rires)…cela dit, ça fait partie du métier, faut savoir négocier avec ça. Y’a-t-il des qualités requises pour devenir journaliste?

À priori, outre une bonne culture générale et une curiosité constante pour le sujet que l’on traite, je dirais que l’écoute et l’humilité sont des qualités essentielles. En tant que journaliste, nous ne somme pas là pour «se faire valoir», ou se mettre sur un piédestal, mais bien pour mettre en valeur les interviewés, le sujet, l’initiative. Si l’on aborde le journalisme pour se mettre sur un piédestal, ou pour le «glamour de rencontrer des gens connus», alors on n’est, à mon sens, pas à la bonne place. Bon c’est certain que je ne travaille pas non plus pour Entertainment Tonight ou la presse plus «people». Cela dit, savoir se mettre à l’arrière-plan, pour faire briller les autres, leurs propos, pour moi c’est ça le journalisme. C’est comme ça que l’on transmet une information de qualité. Pour cela, savoir écouter pour bien véhiculer le propos est essentiel. Aussi,


on rencontre beaucoup de gens, donc s’ouvrir aux autres j’avais des commentaires du genre «Ha oui, je connais, c’est est nécessaire. Finalement, dans le journalisme écrit, avoir le magazine avec des gars tout nus…». Évidemment, il faut une bonne plume est à mon sens plus que nécessaire pour aller plus loin que le beau mec sur la page couverture, où les publicités de sauna dans le magazine. Il y a des articles et faire passer l’information de façon intéressante. T’arrive-t-il d’énoncer ou de sous-entendre tes opinions à de l’information pertinente sur une communauté qui s’aftravers les articles que tu rédiges ?Évidemment, j’essaie de firme depuis plusieurs décennies. J’ose croire que le Fugues fournir l’information la plus objective possible et de met- a une influence positive sur les lecteurs, ou du moins qu’il tre de l’avant les opinions des interviewés et non les mi- répond à un besoin, puisqu’il qui existe depuis 1984! Pour ma part, en tant que journalennes. Cela dit, comme tout iste, je me dis que ma plume, être humain, le journaliste a soit la façon de véhiculer les sa propre subjectivité. À mon propos des interviewés, ou sens, l’information purement “Le chant est devenu la façon de mettre en valeur objective n’existe pas, puisque le véhicule qui transmet l’in- mon moyen d’expression telle ou telle initiative, peut avoir une influence sur le lecformation (soit le journaliste, privilégié.“ teur. Cela dit, ce n’est jamais ici) a, de par sa nature hufait au détriment du sujet, maine, sa propre subjectivité. Cela dit, je m’efforce toujours, de par le choix des mots, des mais en sa faveur. Le journalisme communautaire est là tournures de phrases, ou des citations, de relater les propos pour mettre en valeur la communauté et informer le lecteur de ce qui s’y passe. des interviewés le plus objectivement possible. Cela dit, lorsque ce sont des chroniques, l’opinion est mise de l’avant, alors je n’hésite pas à l’affirmer. Par exemple, Entre une interview de Mika ou des chanteuses telles que une critique de cinéma implique un commentaire critique, Tegan & Sara et Martine St-Clair, tu es aussi une artiste complète. donc impressions et opinions sur le film présenté. En tant que journaliste, penses-tu avoir une influence sur Auteure, compositeur, interprète, quel a été ton parcours tes lecteurs ? artistique dans la musique ? J’ose croire que les gens que j’interviewe ont une influence J’ai commencé à 18 ans, avec l’apprentissage de la guitare sur les lecteurs, dans le sens où leurs propos et initiatives en cours privés, puis j’ai commencé à m’accompagner peuvent intéresser les gens de la communauté. Aussi, j’es- au chant. J’ai ensuite poursuivi des cours de chant privé père que les hétérosexuels lisent le magazine et que les ar- pendant plusieurs années avec Monique Dumas, qui m’a ticles leur offrent une vision positive de la communauté énormément appris sur la technique vocale, c’est une très LGBT. Lorsque j’ai commencé à écrire pour le Fugues, bonne professeure! À partir de ce moment, le chant est devenu mon moyen d’expression privilégié, même si je continue la guitare, le piano, la mandoline. Très tôt, j’ai commencé à écrire et me présenter à titre d’auteure-compositrice-interprète et d’interprète, dans des bars à Montréal, à la Butte St-Jacques, au Théâtre St-Denis pour le Gala Révélations, en plus de faire divers concours, dont la première étape du Gospel Challenge (2006), en plus d’être finaliste du Montreal Idol organisé par Mix 96 et CTV (2005), demi-finaliste de Trois Pistoles en Chansons et finaliste au Concours Do-mi-sol, en 2010. J’ai aussi prêté ma voix au projet Humanity, chanson officielle de la Fierté 2008, pour laquelle James Dean Trepanier et moi avions fait une prestation au Parc Émilie-Gamelin. J’ai aussi été choriste dans plusieurs chorales à Montréal (Extravaganza, Les Nanas, Cinémathèque, etc.), j’adore le trip de gang, les différentes voix et harmonies qui se mélangent. Par la suite, j’ai intégré le groupe de cover rock Made in Montreal, nous sommes 5 musiciens et faisons des reprises de groupes rock des années 60 à aujourd’hui, en français et en anglais. Depuis, nous faisons plusieurs, bars, festivals, soupers spectacles, corporatifs, levée de fonds, etc. J’ai aussi chanté en France et en Belgique l’été dernier, en duo, sur un projet de compositions rock anglophones, dont j’étais l’auteure-interprète. Parallèlement, j’ai toujours continué mes projets, à titre d’auteure-compositrice-interprète. Quelles sont tes références musicales et tes influences ? Au niveau de l’écriture des textes, j’ai grandi en écoutant

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du Jewel, j’aime son côté pop/folk, sa façon de raconter ses histoires et sa plume. Plus tard, j’ai découvert Katie Melua, sa voix et sa sensibilité sont uniques dans la façon de transmettre ses émotions. Joss Stone aussi : un de mes styles préférés est sans conteste le soul. Parlant de soul, au niveau de la technique vocale, Aretha Franklin est à mon sens une des très grandes voix de notre époque. Aussi, l’incomparable Janis Joplin, pour sa fougue, même si elle est décédée trop tôt! Aussi, Adele, je trouve qu’elle apporte un vent de fraicheur à l’industrie musicale. D’ailleurs, ce sont tous des artistes que j’adore performer avec Made in Montreal. Finalement, j’adore la musique des années 60-70, les Beatles, les Eagles, Bob Dylan, Janis, tant dans les textes que l’esprit de la musique; ce sont des décennies que j’affectionne tout particulièrement (musicalement et sociologiquement) et qui doivent certainement m’influencer … D’ailleurs, John Lennon est à mon sens un grand poète de la paix, qui écrivait des textes magnifiques et s’il y a un artiste que j’aurai aimé rencontrer, c’est bien lui! Si tu devais décrire ton univers en quelques mots ? Présentement, il est plus hybride que d’autre chose, car il est en train de changer, d’évoluer…À mes débuts, je faisais davantage dans la chanson plus pop/folk francophone. Maintenant, sans renier ces origines, j’explore plus de styles; soul, rock et blues, en anglais. Le fait d’étudier dans une université anglophone et de performer au sein d’un groupe rock au répertoire 1960 à aujourd’hui, a nécessairement influencé ma façon d’écrire et de composer et mon affec-

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tion pour la langue de Shakespeare. Cela dit, pour définir mon univers, j’aime bien raconter des histoires, même si elles sont courtes, un peu comme un court-métrage, ou alors aller dans le texte plus revendicatif, à la manière de certaines chansons des années 60-70. Parmi tes compositions, laquelle reçoit le plus de succès ?

Ca dépend du public, en général, de leur âge, intérêt, langue maternelle… Une chanson comme La vie à tout mis aux enchères, qui traite du suicide, affecte en général beaucoup de gens, de par le caractère plus dramatique du texte, appuyé par la mélodie pianistique. Côté anglophone, une chanson comme She Walks Alone, en est un peu le penchant transposé dans une autre décennie et une au-

tre langue, et lorsque performée en France, j’ai eu de beaux commentaires. Et maintenant, la question difficile : Si tu devais te consacrer à l’une ou l’autre de tes carrières, laquelle choisirais-tu ? Celle de l’auteure/ compositeur, de la prof ou de la journaliste ? En effet, la question difficile! Mais je vais donner la réponse facile : je ne veux pas faire un choix! En fait, mes trois passions sont reliées…enseigner, c’est aussi performer et retenir l’attention de l’auditoire sur la matière à enseigner, un peu comme le chanteur qui doit capter l’attention de son public pour l’inviter à entrer dans son univers musical. L’enseignement c’est aussi s’exprimer, vulgariser et jongler avec les mots, un peu comme l’écriture de chansons, ou l’écriture journalistique. Évidemment, j’ai travaillé très fort académiquement parlant, pour une carrière en enseignement, parce qu’il faut des qualifications et des diplômes, ne serait-ce que pour accéder aux concours, mais parallèlement, je peaufine ma plume depuis des années, et depuis que j’ai 18 ans, je fais de la musique. Bref, je ne peux pas choisir, ces 3 passions sont aujourd’hui intimement liées. Je suis cette route et j’espère qu’elle me mènera loin et qu’aucune de mes passions ne s’arrêtera sur la voie d’accotement! Quels sont tes projets sur du long terme ? Je suis présentement sur un projet d’album avec d’excellents collaborateurs…Je ne saurais pas dire si c’est vraiment du long terme, car nous avançons vite et sommes très productifs! Bref, j’espère pouvoir vous en


dire davantage très bientôt…Sinon, l’écriture d’un livre portant sur l’homosexualité au cinéma, ça fait longtemps que j’y travaille, mais…c’est un travail de longue haleine. Pour finir : Ton plus beau souvenir ? Musicalement, il y en a tellement. J’ai fait quelques concours de chant et, malgré certains aspects négatifs à tout type de concours, je retire du Gala Révélation 2005 une très belle expérience. Les gens étaient sympathiques, le tout bien organisé, c’était une belle gang et l’aventure s’est soldée par la présentation du spectacle au Théâtre St-Denis. Aussi, lorsque nous nous produisons avec Made in Montreal c’est toujours un très beau souvenir; faire de la musique avec des gens que l’on apprécie et admire, ça n’a pas de prix. C’est vraiment un beau trip de gang, comme une famille et faire de la musique avec des gens doués et intègres devant un public réceptif c’est toujours un beau souvenir! Aussi, composer une chanson et la voir terminée, qu’elle soit diffusée ou non, à chaque fois, c’est un pur moment de bonheur, une sorte d’exutoire positif. Musicothérapie tient! Sinon, au niveau de l’enseignement, suivre mes élèves en cinéma pendant la grève et découvrir leurs implications et ce qu’ils ont filmé sur le Printemps Érable fut un moment inspirant. J’avais l’impression de vivre le mai 68 que je n’ai jamais vécu…de voir une génération se mobiliser pour une cause commune, comme à l’époque des grandes révolutions sociales et culturelles des années 60-70. De les voir s’épanouir de la sorte devant mes yeux, j’en garde un excellent souvenir. Des regrets? Ce n’est pas une question facile. Cela dit, avec le temps qui passe, je me rends compte que ce que je pouvais considérer comme des regrets devient peu à peu des épreuves qui avaient du sens, des épreuves que je devais traverser qui m’ont apportées des points positifs dans ma vie. Par exemple, l’été dernier, je suis allée faire des concerts en France et en Belgique, sur un projet de compositions anglophones originales en duo, dont j’étais l’auteure-interprète. J’ai beaucoup aimé mon expérience, mais depuis septembre, le projet n’existe plus et la collaboration est terminée. Malheureusement, on ne sait pas

toujours à quel type d’individu on a affaire…Des regrets? Je pourrais me dire que j’ai collaboré avec la mauvaise personne, que j’ai perdu mon temps et patati et patata… mais, aujourd’hui je me rends compte que musicalement ça m’a beaucoup apporté, que j’ai produit de beaux textes personnels et de belles mélodies chantées, que j’ai eu de belles rencontres avec le public là bas et surtout, que cet échec, n’en est pas un finalement. Cela m’a apporté de nouvelles collaborations musicales, de belles opportunités et davantage de confiance en moi et en mes aptitudes. J’ai trouvé une force en moi, que je ne croyais pas posséder. Et ça fait cliché à dire, mais c’est ça pareil! Je pourrais avoir des regrets, mais je me rends compte que les transformer en opportunités positives est plus viable. Mais bon, ça m’a pris du temps avant d’en arriver à cette conclusion, avant de faire la paix avec mes regrets. Si tu avais un conseil à donner à de jeunes artistes, quel serait-il ? Être authentique, intègre et s’amuser! Le public n’est pas dupe, il voit et ressent ce qui est faux. À mon sens, les gens qui font de la musique juste pour le côté glamour de la chose, seront vite dessus, ou auront une carrière en feu de paille. Être authentique dans la façon d’aborder l’industrie et aussi dans la création. Et, persévérer…un autre cliché, mais bon! Des auditions, des concours, des échecs et des collaborations musicales avortées, ce sont autant d’épreuves qui nous rendent plus fort, mais aussi qui nous permettent d’avancer, de grandir et de nous améliorer. Se servir de ces épreuves, pour écrire, composer, chanter, c’est créer de la matière authentique, c’est partager ses moments difficiles, comme ses bons moments avec le public. https://www.facebook.com/madeinmontrealmusic http://www.myspace.com/madeinmontrealmusic Pour infos, musiques, vidéos et compositions originales : http://www.myspace.com/julievaillancourt

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FANFICTION FEMSLASH / LESBIENNE Mauvais Genre, parcours d’une homosexuelle, éditions l’Harmattan, 2009

son amie gisant sur le sol poussiéreux de cet entrepôt, un Titre : Making Monster pieu en bois planté dans le ventre le hantait. Derek n’était Auteurs : SF/Jem pas croyant, ne l’avait jamais été mais toutes ses pensées Feedback/Commentaire : Slayerstime@hotmail.fr se tournaient vers cette force qui pourrait sauver l’agent Pairing/COUple : Emily Prentiss / Jennifer Jareau Prentiss et l’épargner. Actrices : Paget Brewster / A.J. Cook Hotch’ se leva pour la énième fois, incapable de rester en place. Son regard ne cessait de partir vers le couloir des Résumé : Spoiler fin saison 6 épisode 18. Disclaimer : Les personnages appartiennent à la salles d’opérations. Tous attendaient depuis des heures et chaque seconde durait une éternité. Il fit quelques pas, CBS. *******

Emily Prentiss : « Le secret pour s’en sortir avec un mensonge, c’est d’y croire de toutes ses forces. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on se ment à soi-même que lorsqu’on ment aux autres. » Elizabeth Bear Jennifer Jareau : « Le psycho-analyste Walter Langer a écrit: Les gens croiront un gros mensonge plus facilement qu’un petit, et si vous leur répétez assez souvent, ils finiront par le croire, tôt ou tard. » ******* CHAPITRE 1 Memorial Hospital – Boston – Massachussetts. Les agents Reid, Morgan, Hotchner, Garcia, Seaver et Rossi demeuraient assis dans la salle d’attente depuis des heures. Le silence qui régnait était lourd et les regards dénotaient l’inquiétude profonde de chaque membre de l’équipe du BAU. Aucun ne songeait plus à Ian Doyle, disparu lors de l’intervention dans un entrepôt de la ville où Emily Prentiss, ancien agent de la CIA, avait fait croire à l’assassinat du fils de Ian Doyle, six ans plus tôt. Ce dernier, arrêté et emprisonné par la police secrète s’était enfui des camps d’emprisonnement de Corée et avait juré de venger l’assassinat de son fils. Derek se tenait assis, ses mains jointes devant ses lèvres et les yeux tournés sur un point fixe invisible. Il était celui qui avait trouvé Emily Prentiss dans une cave et, l’image de

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bras croisés, ses traits tirés par ses angoisses. Rares étaient les fois où le responsable de l’équipe du BAU dévoilait ses craintes mais Pénélope les voyait, culpabilisait de ne pas avoir été plus attentive au comportement d’Emily. L’informaticienne avait été stupide de ne pas prévenir Derek des réactions vives, parfois agressives d’Emily depuis le début de l’enquête reliant les meurtres des familles à ce Ian Doyle. Elle aussi lançait de nombreux coups d’œil vers le couloir, elle aussi redoutait le pire mais tentait vainement de se rassurer : Emily était forte, se disait-elle. Emily ne mourrait pas ainsi, pas après avoir choisi de sacrifier sa vie pour sauver celles des membres de son équipe et celle du fils de Ian Doyle. A côté d’elle, le pied de Spencer tapait rapidement le sol, ses coudes sur ses genoux, son regard dans le vide. Le jeune prodige de l’équipe n’avait pas dit un mot depuis leur arrivée au Memorial Hospital de Boston. Et qu’aurait-il pu dire ? Quelle statistique pourrait leur indiquer quelles étaient les chances, les probabilités pour qu’Emily Prentiss survive à cette blessure à son ventre ? Celui qui savait tout ne savait plus rien et toutes ses connaissances lui étaient inutiles pour sauver Emily. Hotch’ s’avança et tous les regards se tournèrent vers Jennifer Jareau, ancien agent de liaison du BAU pendant près de cinq ans. Celle-ci venait de sortir de la salle d’opération et se tenait debout devant chacun de ses anciens collègues et amis. Quand Emily était arrivée en ambulance, elle avait aussitôt demandé sa présence et JJ avait été seule à être à ses côtés avant qu’Emily ne sombre dans l’inconscience… A la mine désolée de JJ, à son regard rouge et imbibé de larmes, tous comprirent ce qu’elle s’apprêtait à dire. — Elle est décédée pendant l’opération, commença-telle… Ils n’ont rien pu faire. Spencer détourna son regard désemparé, voulut se diriger vers le couloir, vers la salle d’opération mais JJ le retint en le regardant d’un air désolé.


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— Non, Spenc’… — Je veux lui dire au-revoir, fit-il d’une voix craquante. JJ le prit dans ses bras pour l’inciter à ne pas y aller et ce dernier l’étreignit, abattu, tremblant de tristesse. Il finit par se reculer pour fuir et ne pas s’effondrer en larmes devant JJ et les autres. Derek venait de dissimuler son visage dans ses mains alors qu’Hotchner ne quittait pas son ancien agent des yeux, comme pour lui signifier en silence de revenir sur l’annonce qu’elle venait de faire, une annonce qui ravivait une douleur dans sa poitrine meurtrie depuis la mort de sa femme. Il sortit à son tour sans un mot et JJ vit David Rossi le suivre avec l’agent Seaver. Pénélope resta près de Derek et JJ préféra se détourner vers le couloir afin de revenir sur ses pas. Le moment n’était pas venu de réconforter ses amis sous le choc de son annonce. Elle s’arrêta un instant devant la porte close, consciente de ce qu’elle venait de faire, de dire à ses anciens collègues, mais avait-elle eu le choix ? Elle finit par descendre la poignée de la porte, pénétra dans la pièce et referma sans un mot. Elle reporta son regard sur Emily Prentiss. Les médecins l’avaient allongée sur un autre lit, une couverture remontée jusqu’à sa poitrine. Un bip lent indiquait les battements réguliers de son cœur fatigué par l’opération. Emily était inconsciente, mais Emily vivrait malgré l’abomination de son mensonge. — Qu’allez-vous faire maintenant ? demanda une voix derrière elle. JJ se tourna vers madame Prentiss, la mère d’Emily. Elle n’avait pas de réponse à cette question mais répondit malgré tout. — Nous verrons quand elle sera réveillée. — Vous rendez-vous compte des conséquences de ce que vous avez dit aux agents du BAU ? — C’est la décision d’Emily, je l’ai respectée madame Prentiss. Cette dernière lança un dernier regard sur sa fille et tourna les talons avant de quitter la chambre sans un mot de plus. JJ l’avait sentie insensible, incroyablement immunisée à tout ce qui venait de se passer. La porte se referma et JJ se retrouva enfin seule avec Emily. Elle ne devait plus songer à Madame Prentiss mais se concentrer sur ce qui arriverait dans les prochains jours. Les médecins l’avaient rassurée quant à l’état de son amie. Emily était hors de danger et, par chance, le pieu n’avait touché aucun organe vital. Ses angoisses perduraient malgré l’état stable d’Emily. Elle avait menti à toute l’équipe de Hotchner et serait témoin des conséquences de ce mensonge nécessaire à la survie d’Emily. Ian Doyle n’était pas mort et si Emily Prentiss n’était pas officiellement morte et enterrée, ce cauchemar recommencerait. ******* Quatre jours plus tard – Washington D.C. JJ suivit le cortège devant elle. A sa tête, Derek et Reid tenaient le devant du cercueil. Rossi et Hotch’ tenaient l’arrière. Au total, une centaine d’employés des Bureaux étaient présents ainsi que d’autres personnes qu’Emily avait connues depuis son arrivée à Quantico. Un voile noir recouvrait le cimetière de Rock Creek alors qu’un ciel bleu

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et ensoleillé éclairait cette journée que tous seraient incapables d’oublier. JJ s’arrêta devant l’emplacement où le cercueil serait mis en terre. Celui-ci fut posé sur la pelouse où le prêtre attendait l’arrivée des convives avant de réciter son sermon. JJ gardait ses yeux bleus et brillants sur le cercueil qu’elle savait vide, un cercueil fermé selon la volonté d’Emily. La fatigue accumulée au court des derniers jours était telle que JJ percevait la peine des autres l’accabler, lui donner l’illusion qu’elle enterrait réellement Emily, donnant davantage de crédit à sa prestation secrète. Au fond d’elle, une petite voix lui rappelait que tout cela était faux, une mise en scène destinée à protéger Emily, mais sa part de raison, lui renvoyait une vérité affligeante : Si Emily vivait, l’agent Prentiss serait définitivement enterrée aujourd’hui. Malgré son absence aux Bureaux, malgré sa mutation au Pentagone, JJ en percevait un goût amer. Ses obligations l’ayant tenue éloignée d’Emily ne les avaient nullement empêchées de rester en contact, de s’appeler régulièrement. JJ avait mesuré combien ses amis et son travail lui manquaient, combien son amitié avec Emily était importante. Sans entendre le sermon du prêtre, JJ se rappelait du moment précis où Hotch’ l’avait contactée au Pentagone pour solliciter son aide. Quand elle avait appris que Ian Doyle avait enlevé Emily, son sang s’était glacé. Le pire était sans doute de mesurer que sa présence au sein de l’équipe n’aurait rien changé si elle n’avait pas été mutée. Emily ne lui aurait rien dit, aurait fait en sorte de la protéger contre cet individu. Mais JJ voulait croire que les évènements se seraient passés différemment si elle avait été présente. Pourquoi avait-elle accepté ce poste au Pentagone ? Pour Will ? Pour avoir enfin un poste calme, sans risque ? Pour avoir des heures fixes et enfin penser à avoir une vraie vie de famille ? Toute cette stabilité qu’elle avait vainement recherchée avait été soufflée par l’annonce de Hotch’, par la disparition d’Emily. Malgré la distance et leurs obligations respectives, toutes les deux avaient toujours su trouver un moyen de se libérer, de se voir, de prendre un café ensemble. Et JJ avait noté le changement d’attitude d’Emily ces derniers jours. Elle avait voulu accuser cette enquête particulière qui avait précédé sa disparition, avait hésité à contacter Hotch’ pour lui faire part de ses inquiétudes, mais ses doutes lui avaient fait perdre un temps précieux. Elle s’en voulait, comme chacune des personnes faisant face à ce cercueil en cette seconde. Mais JJ était seule à savoir Emily vivante et mesurait combien la brune comptait pour elle. Après Spencer et Hotch’, ce fut à son tour de poser une rose rouge sur le bois verni du cercueil avant de reculer et de suivre Spenc’ vers les véhicules garés au bord de la route. William la rejoignit après s’être tenu à l’écart le temps de la cérémonie, mais Hotchner s’approcha et demanda : — JJ, je sais que ce n’est ni l’endroit ni le moment, mais j’aimerais te parler en privé une seconde. — Bien sûr, Hotch’. Elle fit signe à William de l’attendre et suivit son ancien patron sur le chemin goudronné longeant le cimetière. Elle regarda son profil toujours sérieux, toujours tendu mais Hotch’ ne prit pas la parole tout de suite. — Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.


Après quelques mètres, Hotch’ s’arrêta et regarda la jeune femme blonde qu’il avait eue sous ses ordres pendant de longues années. — J’aimerais que tu reviennes au Bureau. JJ fronça les sourcils sur cette demande qu’elle n’avait pas attendue, du moins, pas si rapidement. — En réalité, j’ai déjà rempli une demande au Pentagone pour te réintégrer, reprit-il. Je sais que tu as accepté ta mutation à contrecœur et j’ose croire que tu accepteras de revenir. — Hotch’, je… — Je te demande d’y réfléchir, JJ, l’interrompit l’agent Hotchner. Je sais que tu étais proche d’Emily et je sais aussi que ton aide a été précieuse pour l’enquête. Ian Doyle court toujours et je veux que tu reviennes parmi nous pour nous aider à l’arrêter. JJ se retrouvait touchée, émue par la demande et les mots de Hotchner. Elle aussi voulait arrêter Ian Doyle pour permettre à Emily de reprendre le cours normal d’une nouvelle vie. Elle entendait tout l’espoir de Hotch’ dans le seul ton de sa voix, mais que pouvait-elle répondre en cette seconde ? Tous pensaient qu’Emily Prentiss venait d’être enterrée et JJ savait désormais combien des mensonges pouvaient conduire aux pires drames. — Je vais y réfléchir, répondit-elle enfin. — Appelle-moi quand tu auras pris ta décision. JJ se pinça les lèvres, acquiesça et préféra rebrousser chemin vers la file de voitures où William Lamontagne l’attendait. Cette demande la perturbait et faisait naître d’autres interrogations parasites. Elle monta dans le quatre-quatre et William démarra avant de lui lancer un coup d’œil : — Tout va bien ? JJ regarda les pierres tombales du cimetière défiler sous ses yeux. — Ca va, répondit-elle évasive. William lui lança un regard inquiet alors que sa première question en sous-entendait une autre : — Que voulait Hotch’ ? JJ ne pouvait pas mentir à William : — Il veut que je réintègre le Bureau. William fronça les sourcils sur cette annonce. — Que lui as-tu dit ? — Que j’y réfléchirais, fit JJ d’une voix fatiguée. Un court silence s’installa et William quitta le cimetière avant de s’engager sur la route menant à Arlington. Il reprit très vite : — Tu dois refuser JJ. Après ce qui vient de se passer, tu ne vas tout de même pas retourner là-bas ? En trois ans, ton ami Spencer a failli mourir, la femme de Hotch’ est morte, il aurait pu perdre son fils, et maintenant Emily ! Je ne veux pas que tu sois la prochaine. JJ ne répondit pas. Ces paroles, elle les avait entendues des centaines de fois avant d’accepter sa mutation au Pentagone. Mais aujourd’hui, les choses étaient différentes et elle n’argumenterait pas en vain débat avec son compagnon. Déjà, ses pensées repartaient vers Emily. JJ avait du quitter l’hôpital de Boston pour revenir en Virginie, avait donné ses ordres selon les directives d’Emily mais celle-ci ne lui avait plus donné de nouvelle. Etait-elle sortie de l’hôpital ? Avaitelle décidé de disparaître réellement ? JJ savait qu’Emily ne partirait pas sans lui dire au-revoir mais où était-elle et com-

ment allait-elle ? ******* Pentagone – Arlington – Virginie. Le lendemain Son café en main, JJ rejoignit le cinquième étage du bâtiment fédéral et entra dans les locaux réservés aux employés de Commandement Stratégique . Son bureau situé sur une grande plate-forme, elle posa d’abord sa tasse puis son sac à main avant de récupérer les dossiers qu’elle devrait traiter au plus vite. Il n’était plus question de meurtre, de famille en détresse, de recherche d’éléments à apporter à un dossier pour rendre meilleur le monde terrible dans lequel elle vivait. Non, depuis plusieurs mois son travail consistait en des opérations de renseignements pour le Département de la Défense. En d’autres termes, elle et d’autres employés devaient vérifier les flux d’informations confidentiels circulant au sein du gouvernement et s’assurer qu’aucune information dangereuse ne soit diffusée dans le monde. A peine eut-elle le temps d’ouvrir un dossier qu’un jeune homme s’arrêta devant son bureau. — Vous êtes bien Jennifer Jareau ? JJ fronça les sourcils et détailla celui qui la regardait et attendait une réponse. Jeff, le chargé au courrier de son département avait-il été remplacé ? Non, ce garçon portait un badge du service de communication, ce qui n’expliquait pas qu’il lui livre ce courrier. Elle répondit tout de même : — C’est moi, oui. Le jeune homme lui tendit une enveloppe. — Tenez. On m’a demandé de vous remettre ça en main propre. JJ fronça les sourcils et prit l’enveloppe en demandant : — Qui vous l’a donné ? — Une femme dans le parking. Jennifer baissa son regard sur l’enveloppe et remercia le jeune homme qui s’éloigna. Ce courrier venait forcément d’Emily. Elle s’empressa de l’ouvrir et la renversa pour faire tomber son contenu dans sa paume, contenu qui n’était autre qu’une clef unique. Ses traits toujours tirés, elle écarta les bords de l’enveloppe pour s’assurer qu’aucun papier ne s’y trouvait. Rien n’indiquait quelle porte cette clef ouvrirait, mais JJ semblait déjà le savoir. Elle ramena son sac à main sur ses cuisses, en sortit son trousseau personnel et glissa la précieuse clef dans l’un des anneaux de fer. Elle savait déjà où elle irait ce soir après son travail. ******* Washington D.C. Jennifer avait prévenu William qu’elle sortirait plus tard des Bureaux. Ce contre temps ne changeait rien à leur planning habituel puisque JJ emmenait Henry à l’école le matin et Will le récupérait l’après-midi. Elle entra dans l’ascenseur d’une résidence familière, résidence dans laquelle elle n’était pas venue depuis sa mutation, et appuya sur le bouton du dernier étage avant que les portes ne se ferment. Ses lèvres pincées, elle sentait un soupçon d’angoisse et d’incertitude grandir en elle à l’idée de revoir Emily. Toute la journée, elle n’avait eu de cesse d’imaginer ce

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que la brune voudrait lui annoncer pour l’inviter, de façon tacite, à la rejoindre dans son ancien appartement. Les portes se rouvrirent alors face à une porte unique devant laquelle elle s’avança avant de remonter la clef dans la serrure. Le mécanisme s’enclencha et JJ déverrouilla la porte avant de descendre la poignée. La nuit tombée depuis plus d’une heure, JJ avança dans l’appartement plongé dans le noir. Elle referma derrière elle, trouva l’interrupteur qui éclaira les lieux et se tourna vers le salon où tous les meubles avaient été laissés tels qu’elle les avait vus la dernière fois. Elle entendit alors des craquements à travers les marches en bois des escaliers menant à l’étage et son regard se posa sur Emily qui arrivait d’un pas lent. Vêtue entièrement de noir, aucune parcelle de son corps n’était dévoilée. Seul son visage et ses mains portaient les stigmates de son face à face avec Ian Doyle. Sa lèvre laissait voir une légère coupure et un pansement cachait sa blessure sur son arcade. Son sac sur l’épaule, ce fut un vent de soulagement qui souffla sur JJ. Elle revoyait enfin Emily. Non pas sur une photo, non pas sur un enregistrement vidéo ou sur un lit d’hôpital, mais debout devant elle et bien vivante. Spontanément, elle vint enlacer ses bras autour de son cou, libéra toutes ses inquiétudes avant de se reculer et de plonger son regard bleu dans le sien pour s’assurer de sa présence. Ses mains prirent les siennes et elle demanda sans attendre : — Comment vas-tu ? Le silence de l’appartement laissa à Emily le temps de profiter de cet instant. Le calme revenait, mais ses appréhensions demeuraient. Elle n’avait eu d’autres choix que de décider de sa propre mort, mais regrettait d’avoir été forcée d’y mêler JJ. Celle-ci n’avait pas vacillé une seule seconde et portait encore le poids du mensonge, de son mensonge, sur ses épaules. L’ancien agent apaisait son être et étouffait la tension que Doyle avait nourrie en elle. Dans un geste attentif, Emily écarta quelques cheveux dorés du visage de JJ et apprécia la douceur de sa peau du bout des doigts. Les derniers évènements avaient bousculé beaucoup trop de vies, avaient remué des émotions enfouies, soulevé des secrets qui auraient dû rester enterrés. Parmi eux, un seul resurgissait plus agréable que les autres. Emily se pencha sur JJ et scella ses lèvres aux siennes dans un tendre baiser. Par ce contact délicat et parfumé, Emily espérait taire ses craintes et ses réflexions incessantes. Retrouver la saveur d’un baiser partagé avec Jennifer lui rappelait des moments trop lointains, insouciants où tout semblait encore sous contrôle. Elle se recula et reporta ses yeux sur l’ancien agent qu’elle ne cessait de détailler. — Mieux, répondit-elle. Et toi ? De doux frissons rassurants traversaient JJ, lui rappelaient qu’Emily et elle étaient bien plus que de simples amies. Malgré leurs décisions communes de ne plus se rapprocher comme Emily venait de le faire, JJ n’avait pu résister à un besoin profond de répondre à ce baiser, de sentir à nouveau les parfums délicats d’Emily. Sa voix resta basse mais empreinte d’incertitude : — Ces derniers jours n’ont pas été faciles, mais je vais bien. J’ai beaucoup pensé à toi… J’étais inquiète et tu dois savoir que Hotch’ m’a demandé de revenir au Bureau pour poursuivre l’enquête et retrouver Doyle.

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Emily fronça les sourcils en désaccord avec les projets de Hotchner. Elle n’était pas étonnée par la demande de son ancien supérieur, ni par l’envie qu’elle lisait dans les yeux de JJ, mais elle désapprouvait leur volonté de poursuivre Doyle. Pourquoi ses amis devaient-ils se montrer aussi bornés, déterminés à débusquer son assassin ? Avait-elle pris la bonne décision ? — Doyle ne les concerne pas, répondit-elle sur le recul. Après ses efforts à écarter ses équipiers et amis de Doyle, elle ne pouvait les laisser prendre autant de risques. Ian Doyle était un personnage sans scrupule qu’on avait trahi, à qui on avait pris un fils, formé pour tuer. — Et il ne te concerne pas non plus. Plus que tout, elle craignait pour la vie de JJ, de Henry. Doyle avait déjà prouvé sa cruauté et son manque de compassion. Il avait tué des familles entières pour se venger d’une poignée d’hommes seulement. Son ancien amant restait son affaire, son problème à résoudre, un souvenir à effacer. Elle sortit une enveloppe de la poche intérieure de sa veste et la tendit à JJ avant d’expliquer. — J’ai une dernière faveur à te demander. JJ fronça les sourcils sur ces mots qui lui signifiaient indirectement qu’Emily disparaîtrait. Elle prit la lourde enveloppe, plus confuse et trouva des documents bancaires. Elle comprit très vite qu’Emily avait ouvert un compte au nom de « Jareau » dans une banque réputée du pays. Son ancienne amante avait pris ses précautions et les sommes d’argent virées tous les mois dépassaient de très loin le montant des salaires des agents fédéraux. Elle releva son regard bleu sur Emily, plus perdue et demanda : — Qu’est-ce que c’est ? — Des documents bancaires à ton nom ainsi que les cartes liées aux comptes, répondit Emily. En étant au Pentagone, tu pourras m’obtenir des passeports étrangers et m’ouvrir un nouveau compte. Tu trouveras un billet d’avion pour Paris dans l’enveloppe. On se reverra là-bas. Toutes ces informations rendaient JJ plus confuse que jamais. Ce compte en banque comptait une somme d’argent qu’elle n’obtiendrait jamais, dut-elle travailler de jour comme de nuit. Emily lui demandait de lui trouver des passeports, de lui créer une nouvelle identité avant de la rejoindre à Paris, mais après ? Même si JJ était prête à lui fournir tout ce qu’Emily lui demandait afin de la protéger, que se passerait-il par la suite ? — Je le ferai, dit JJ. Je te rejoindrai en Europe, mais dis-moi ce que tu comptes faire. Emily comprenait les questions et la confusion de JJ. Cette situation n’était simple pour personne et elle avait conscience de ce qu’elle lui demandait. Pourtant, elle ne pouvait s’étaler en de longues explications détaillées sans risquer de compromettre Jennifer. — Je t’expliquerai quand nous serons à Paris, répondit-elle brièvement. Cet appartement est à ton nom, tu es libre d’en faire ce que tu veux. Le notaire t’appellera demain dans la journée pour signer les papiers. Emily détourna son regard un instant sur le salon et prit une seconde de pause avant de le reporter sur Jennifer. La reverrait-elle après Paris ? Rien n’était moins sûr. Doyle en liberté, en vie, Emily ne saurait trouver de vrai répit. Même


déclarée morte, elle ne pouvait se permettre de faux pas. — Embrasse Henry de ma part, reprit-elle. Je dois y aller. Elle ramena ses doigts sur la joue de JJ, effleura sa peau veloutée avant de déposer un baiser sur son front. Elle laissa ses parfums envahir ses poumons, se graver en elle avant de se détourner pour marcher vers la porte. JJ aurait voulu la retenir, l’implorer de rester, d’attendre… Tant de questions restaient en suspend et accentuaient son angoisse et ses craintes. JJ ne savait dire si cette dernière annonce concernant l’appartement d’Emily devait la réjouir ou la plonger dans d’autres troubles. La porte fermée, elle se retrouvait maintenant seule dans le grand appartement où elle avait quelques fois rejoint Emily en secret afin de partager des moments complices et intimes. JJ savait que les changements dans la vie d’Emily avaient déjà des répercussions sur la sienne. Elle ne pouvait envisager de ne plus la revoir, de prétendre qu’Emily était morte tel que le monde le croyait désormais. Mais quel autre choix aurait-elle si Emily en décidait autrement ? Elle rajusta la lanière de son sac sur son épaule et quitta l’appartement d’Emily. Elle devait rentrer chez elle, ne pas oublier que son fils l’attendait et que Will espérait négative sa réponse donnée à Hotch’. ******* Paris – France – Deux semaines plus tard. Assise sur la banquette arrière d’un taxi parisien, JJ voyait défiler les immeubles de part et d’autres des rues étroites. L’automne habillait quelques trop rares arbres de leurs couleurs jaunes orangées et rendait cette ville plus froide qu’elle n’y paraissait. La ville de la mode, de la haute couture n’était pas à la hauteur de l’image que JJ s’en était faite. En cette seconde, Paris n’avait rien de la ville romantique tant dépeinte sur les dépliants touristiques. JJ ne se rendait pas à la Tour Eiffel ou au Champs de Mars même si le lieu du rendez-vous d’Emily se trouvait dans le septième arrondissement de la ville, non loin du Quai d’Orsay. Les rues sales, papiers, détritus, mégots de cigarettes avaient été jetés sur les trottoirs peu entretenus. Le chauffeur s’arrêta, Rue de l’Université et indiqua à JJ l’emplacement du café. JJ lui tendit quelques billets et quitta la voiture en ramenant son sac à main sur l’épaule. Elle se dirigea sans attendre vers son lieu de rendez-vous, anxieuse mais aussi impatiente de revoir Emily. 14 jours étaient passés depuis qu’elle l’avait vue à l’appartement de Washington et Emily ne lui avait plus donné de nouvelle. JJ s’en était retrouvée inquiète et incertaine. Elle s’arrêta un court instant en regardant vers les tables en terrasse et rajusta les pans de son manteau avant de voir Emily assise à l’une d’elles. Son cœur battant, elle n’attendit pas pour s’approcher et son regard croisa enfin le sien. La mine d’Emily semblait plus fébrile, plus fatiguée que la dernière fois. Ses traits creusés, JJ savait qu’elle avait perdu du poids. Elle préféra éviter les questions de confort en devinant qu’Emily n’était pas au mieux de sa forme et elle sortit de son sac à main une grande enveloppe qu’elle posa devant elle. — Je t’ai fait faire trois passeports de trois pays différents et j’ai ouvert trois comptes associés où j’ai viré l’argent avant de fermer le compte que tu m’as ouvert. Emily jeta un œil sur l’enveloppe que JJ venait de poser

devant elle et la détailla. Le temps qui les séparait de leur dernière rencontre semblait avoir duré des années. Pourtant, Jennifer n’avait pas changé contrairement à elle. Pour la première fois depuis quinze jours, elle retrouvait quelques émotions agréables face à JJ et en oubliait le reste. Elle saisit l’enveloppe et répondit : — Merci. Elle l’ouvrit, vérifia son contenu sans le sortir et releva ses yeux sur son ancienne collègue. Elle avait longuement pensé à elle, s’était souvenue de leur relation dissimulée, de leurs rendez-vous intimes à la dérobée. Elle aurait volontiers prolongé ce face à face, au moins jusqu’au lendemain, mais ne le pouvait. Doyle avait déjà dû comprendre la supercherie et il ne tarderait pas à se lancer à sa poursuite. Elle avait eu raison de faire confiance à JJ, à sa discrétion et se rassurait encore de la voir devant elle. — Comment vas-tu ? demanda-t-elle pour résumer la foule de questions qui lui venait en tête. JJ avait craint qu’Emily se lève et reparte mais qu’elle reste la rassurait. — Je vais bien… Je suis descendue à un petit hôtel près de la gare. Mais c’est à toi que je devrais poser la question. Une question qu’Emily aurait préféré éviter pour ne pas avoir à épiloguer sur des états d’âme quelconques. Elle jeta un œil à l’entour et reporta son regard sur JJ dont elle appréciait toujours les traits féminins et rassurants. — As-tu donné une réponse à Hotch ? demanda-t-elle. Bien sûr, elle ne répondait pas à JJ, à la seule personne qui lui restait à présent, mais s’épancher aurait été une perte de temps. Elle avait opté pour une seconde question plutôt que d’avoir à mentir et JJ comprenait aisément qu’Emily préférait ne pas parler d’elle. Elle voyait celle-ci attentive aux quelques passants à l’entour, prudente et méfiante. Elle lui répondit sans la quitter des yeux : — Hotch’ m’a relancée mais je n’ai rien décidé. Je sais que l’enquête n’avance pas. Pen’ me tient au courant et m’appelle dès qu’elle a un moment. Hotch’ a demandé à Spencer de prendre quelques jours de congés et Derek passe ses journées et ses nuits au bureau. JJ marqua une courte pause et conclut d’une voix plus douce : — Tu manques à tout le monde… Et tu me manques aussi. Le regard d’Emily s’égara après cette dernière remarque. Elle sembla vaciller sous les émotions qui la traversaient. Depuis le retour de Doyle, elle s’était volontairement fermée, barricadée derrière des murailles. Ne rien ressentir, ne pas se lier, ni s’attacher protégeait les personnes comme elle. Après cinq ans dans l’équipe d’Hotchner, elle avait oublié ces réflexes appris au sein de la CIA. Comment pouvait-elle oublier JJ ? Comment pourrait-elle oublier ses amis ? Elle n’osait se permettre une seule pensée pour eux. Elle se pinça les lèvres et se redressa en reportant son regard sur JJ. — Je te remercie pour l’enveloppe, fit-elle avant de se lever. JJ l’imita sans attendre. Elle avait vu dans le regard d’Emily tout ce que celle-ci se refusait désormais de dire. JJ était la mieux placée pour connaître la brune, la savoir renfermée, secrète. Le passé d’Emily était plus lourd qu’aucun de leurs amis n’auraient pu l’imaginer mais JJ savait aussi reconnaître cette étincelle d’émotion, de peur et peine mêlée dans le regard d’Emily. Elle ramena sa main sur la sienne et la serra

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doucement : — Attend Em’… JJ ne savait comment l’inciter à rester et elle demanda simplement dans l’espoir de gagner du temps. — Rentre avec moi à l’hôtel. Emily se sentit frissonner sur le contact de la main de JJ autour de la sienne. Une sensation revenue d’une autre époque, d’une autre vie. Le surnom que JJ était la seule à lui donner la renvoyait dans de bien trop agréables moments, des temps où elle ne craignait pas de perdre JJ au moindre débordement d’affection. Pourtant, ce diminutif lui rappelait combien la chaleur du corps de JJ contre le sien lui manquait. Cet instant d’hésitation démontrait autant de faiblesses, de sentiments interdits. Le regard bleu et perçant de JJ la déstabilisait comme il l’avait toujours fait, reflétait toutes les attentes et les craintes de l’ancien agent. Elle y voyait toute la peine qu’elle lui infligeait. Elle jeta un œil à l’entour, attentive au moindre regard suspect posé sur elles. Ses réflexions se mélangeaient, fusaient dans un sens ou un autre, envisageaient les pires hypothèses, comme les plus agréables conclusions d’une nuit de plus partagée avec JJ. Elle détourna les yeux et leva la main pour arrêter un taxi. Quand le véhicule fut à leur hauteur, elle ouvrit la portière arrière et releva les yeux sur JJ. — Monte. JJ se pinça les lèvres et un léger sourire révéla son soulagement. Elle entra dans le taxi et Emily s’assit près d’elle avant que JJ ne donne l’adresse de l’hôtel où elle avait laissé sa valise. Elle regarda ensuite Emily près d’elle et glissa doucement sa main sur la sienne posée sur la banquette. JJ avait besoin de faire renaître ces contacts devenus trop rares, voire inexistants depuis sa mutation à Arlington. Ses doigts s’enlacèrent tendrement à ceux d’Emily… ******* … et leurs lèvres se scellèrent l’instant d’après alors que JJ refermait la porte de la chambre à double tour. La blonde ne voulait plus perdre de temps, refusait de laisser passer d’autres semaines, d’autres mois creuser cette distance encombrante entre Emily et elle. JJ aurait pu perdre Emily et elle ne la laisserait pas disparaître comme elle l’avait fait la première fois. Elle percevait toute la passion d’Emily l’envahir, ses doigts défaire les boutons de son chemisier blanc, ses lèvres impatientes se régaler des siennes avec fougue et tendresse. JJ se sentait fiévreuse comme toutes ces fois où Emily et elle s’étaient retrouvées. Elle poussa doucement celle-ci vers le lit, vint s’asseoir sur elle à califourchon et l’aida à ôter son pull à col roulé noir qu’elle laissa choir sur le sol. Une large bande blanche entourait le ventre d’Emily et JJ devinait que ses blessures la faisaient encore souffrir. Elle préféra ne pas prêter d’attention au tatouage sur sa poitrine, la marque de Doyle lui rappelant son calvaire et les souffrances qu’elle avait endurées. Elle préféra revenir l’embrasser pour effacer ses maux qui l’atteignaient aussi. Loin de Quantico, de Washington et du Pentagone, JJ voulait croire que rien ni personne ne pourrait les atteindre. Elle voulait en avoir l’illusion jusqu’à demain, imaginer qu’elle et Emily pourraient partager leur première nuit entière l’une aux côtés l’autre. Après tout, elles n’étaient plus agents

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au FBI, n’avaient plus d’obligation et JJ avait posé quelques jours de congés pour venir en Europe. Elle sentit Emily la basculer sur le dos, perçut ses doigts fins parcourir son ventre dénudé, remonter sur sa poitrine qu’Emily avait pris soin de découvrir. JJ s’imprégnait de chaque seconde de cet instant, du regard pétillant d’Emily qu’elle revoyait comme les premiers jours. Ses doigts remontèrent à ses cheveux bruns et son regard bleu trouva ses prunelles noisette alors qu’un soupçon de calme semblait revenir les apaiser. Sa voix fut à la fois basse et tendre : — Promets moi de ne pas partir demain matin… Ces mots sonnaient comme autant d’espérance de la part de JJ. Emily le voyait à travers son regard azur. Ses gestes suspendus, elle avait songé à partir avant l’aube, avant le réveil de JJ. Comment pourrait-elle lui promettre une chose qu’elle n’avait même pas envisagée ? Jamais, elles n’avaient passé une nuit entière dans les bras l’une de l’autre. Leurs anciennes fonctions respectives au sein du FBI ne leur avaient pas offert ce privilège. Cette fois, loin de Washington, du Bureau, de la folie de Doyle, elles pouvaient enfin prendre le temps de se redécouvrir. Emily brûlait au contact de la peau de JJ. Elle n’aurait pu espérer pareil moment en cette seconde. — Je te le promets, fit-elle dans un murmure, de peur d’être entendue. Elle renouvela le baiser, retrouva les lèvres de JJ des siennes de la plus tendre des façons. Elle voulait oublier, faire abstraction à l’extérieur, à la réalité, au lendemain, à ses obligations. Elle avait failli mourir sans avoir retrouvé le délice des lèvres de JJ. Elle ne savait même plus pour quelles raisons elles avaient décidé de stopper leur relation. Malgré les circonstances cauchemardesques, elles se retrouvaient en dépit de Doyle, au delà des frontières. Emily écartait les quelques douleurs provoquées par ses mouvements sur le corps de JJ. Celle-ci accaparait toute son attention et la chaleur qu’elle nourrissait pansait chacune de ses plaies. Elle sentait les mains de JJ parcourir son dos, sa chevelure, ses doigts effleurer ses flancs, créer d’autres frissons et ces contacts étaient tout ce qui comptait à cette seconde. Son être se rappelait encore du plaisir connu dans les bras de la blonde. Elle en tremblait. Ses lèvres quittèrent les siennes et glissèrent dans son cou pour s’imprégner de ses parfums. Jusqu’à l’aube, Emily oublierait les raisons de leur présence à Paris… ******* Quelques heures plus tard, JJ se réveilla dans un sursaut et son regard se posa aussitôt sur Emily près d’elle. Un cauchemar était revenu l’extirper brutalement de son sommeil, un cauchemar familier mettant en scène Emily dans les mêmes circonstances précédent son arrivée à l’hôpital central de Boston. Elle sentit la main d’Emily venir sur sa joue, la rassurer alors qu’elle constatait que la brune avait tenu sa promesse, n’avait pas quitté la chambre. Toutes les deux étaient encore sous les draps, dénudées et JJ en percevait de doux frissons lui rappeler leur délicieuse étreinte de la veille. Elle se tourna vers Emily, enlaça son bras autour de sa taille et perçut dans son dos le tissu rêche de la bande qui la pansait. JJ savait que cette matinée annonçait


le départ prochain d’Emily alors que le soleil n’était pas encore levé. Elle savait qu’elles ne prendraient pas leur café ensemble, qu’elles ne quitteraient pas cette chambre l’une à côté de l’autre. JJ maudissait toutes les raisons qui les empêchaient de s’afficher ensemble et son angoisse revenait à l’idée de voir Emily s’éloigner d’elle. — Ces quinze derniers jours m’ont semblé durer une éternité, fit-elle d’une voix mal réveillée. Ne me laisse pas sans nouvelle plus longtemps… Emily n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Elle avait regardé JJ s’endormir paisiblement dans ses bras, sans avoir échangé un seul mot après leur étreinte. Ses réflexions avaient vite repris leur place, malgré l’incroyable plaisir éprouvé avec JJ. Elle avait guetté l’obscurité de la chambre, écouté le souffle berceur de l’ancien agent près d’elle, veillé au moindre bruit dans la pièce. Comment pourrait-elle profiter de la vie dans ces conditions ? Elle gardait la douceur de l’étreinte pour elle, ancrée dans ses chairs, les parfums de JJ gravés sur sa peau. Son cœur ne savait plus à quel ordre obéir. Devait-il se serrer, s’affoler, se laisser aller aux émotions ? Emily luttait contre les siennes pour ne pas fléchir, ne plus vaciller. Elle repoussa une mèche blonde des traits captivants de JJ et répondit : — Tu en auras. Elle posa un tendre baiser sur les lèvres rosées de l’ancien agent, pris une longue seconde pour s’en imprégner et se recula. Elle se força à détourner les yeux pour ne plus s’abandonner et s’assit sur le bord du lit. Elle récupéra ses sous-vêtements, fit abstraction à sa blessure et se rhabilla. La chambre plongée dans l’obscurité d’une nuit bientôt terminée, elle ressemblait à un de ces types pressés d’en finir, apeurés par les réveils près de leur maîtresse. Elle n’avait plus les moyens d’accorder de l’attention aux bonnes manières. La douleur de laisser JJ derrière elle dépassait celle infligée par sa blessure et elle devait y faire abstraction. JJ se redressa, nue et vint dans le dos d’Emily qui se rasseyait sur le lit pour enfiler ses chaussures. Ses mains appuyées sur le matelas, elle ramena son visage dans le creux de son cou, respira ses parfums, prolongea cet instants, ces dernières secondes qui la séparaient du départ d’Emily. Ses lèvres remontèrent jusqu’au creux de son oreille où elle demanda d’une petite voix : — Fais attention à toi… Emily frissonna de nouveau sur les mots susurrés par JJ. Elle la sentait attentive, attachée autant qu’elle pouvait l’être. En d’autres temps, elle n’aurait jamais quitté le lit, n’aurait jamais imposé de distance entre elles en sachant JJ nue sous les draps, après une nuit d’étreinte. Tout en elle répondait aux attentions de l’ancien agent, son être criait de rester, d’accorder toute l’importance que JJ méritait. Sa main se posa sur la sienne sur son ventre et ses paupières se fermèrent un instant. Elle imprimait cet instant dans sa mémoire, le souffle parfumé de la blonde contre sa peau, la caresse de ses lèvres près de son oreille. Elle tourna son visage vers le sien et la dévisagea, le cœur battant d’émotions. Sa main remonta sur sa joue avant qu’elle ne goûte la saveur de ses lèvres dans un énième baiser. Elle ne voulait pas songer aux jours prochains, aux semaines qui suivraient. Seul, l’instant présent existait. Elle

se recula, lui esquissa un léger sourire et répondit d’une voix rassurante : — Ne t’en fais pas… Toi aussi, fais attention. Elle se leva et détourna son regard sur la commode où elle prit sa montre. — Je dois y aller. JJ s’assit sur le lit, la couverture contre sa poitrine et vit Emily lui lancer un dernier regard avant que cette dernière ne quitte leur chambre. Son cœur se serrait dans sa poitrine et elle n’expliquait pas cette intuition dérangeante qui ne cessait de l’habiter depuis son réveil. Quand la reverrait-elle ? JJ avait fait son possible pour aider Emily mais elle n’était pas stupide, se doutait qu’elle n’aurait aucune nouvelle d’elle avant plusieurs semaines. Quand Hotch’ l’avait appelé au Pentagone pour demandé son aide, pour réunir toutes les informations en sa possession sur Ian Doyle, JJ avait découvert une autre facette de la personnalité d’Emily, ses antécédents, ses états de service à la CIA. Derrière le masque de douceur et d’intelligence d’Emily se cachait un agent secret impitoyable, formé pour infiltrer les plus dangereuses organisations terroristes. JJ savait comment ces personnes étaient formées, comment elles fonctionnaient. Elles ne devaient avoir ni attache, ni état d’âme et être prêtes à mourir pour le bien de leur pays. Emily était allée au bout de sa mission et, après l’affaire « Valhalla », Lauren Reynolds était morte et la CIA avait muté Emily au FBI. JJ se souvenait de son arrivée, de leur rencontre cinq ans plus tôt. Tous s’étaient fourvoyés sur les origines d’Emily, sur ses antécédents professionnels. L’agent Prentiss n’avait rien de la petite fille de riche pistonnée par sa mère ambassadrice. Emily Prentiss avait une expérience d’agent que nul ne pouvait imaginer au sein du BAU et JJ était consciente d’ignorer une foule d’informations restées secrètes la concernant. Emily les lui révélerait-elle un jour ? JJ se résigna à quitter le lit et s’enferma dans la salle de bains. Son vol pour Washington décollerait en milieu d’après midi et elle devrait appeler Will pour qu’il vienne la chercher à l’aéroport. ******* Jennifer Jareau: “Nietzsche a écrit: L’espoir est le pire des maux, car il prolonge la souffrance de l’homme.” Quantico – Virginie – Environ 1 an plus tard L’agent Hotchner entra dans la salle de réunion où l’attendaient les agents Seaver, Rossi, Reid, Garcia et Morgan. Il regarda aussi Pénélope qui, par la force des choses, avait pris en charge certaines des tâches de Jennifer Jareau alors que l’agent Seaver était devenu l’agent de liaison le temps de trouver un autre agent compétent pour remplacer JJ. — Garcia, nous t’écoutons… lança Hotch en posant un lourd dossier sur la table. L’informaticienne avait pris soin de distribuer plusieurs feuillets reliés énonçant l’enquête qu’elle avait choisi selon les recommandations d’Hotchner. Elle expliqua donc : — Six hommes ont été tués à Boston au cours des dix derniers jours. Elle saisit la télécommande du rétroprojecteur et afficha les FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 89


visages des victimes. — Tous étaient blancs, âgés de 21 à 55 ans et ne se connaissaient pas. — Six en dix jours, ça fait beaucoup, commenta l’agent Seaver. — C’est rien de le dire, confirma Pénélope. Le dernier, Andrew Bulger avait 48 ans. La police n’a trouvé aucun lien entre les victimes. David Rossi feuilleta les feuillets où apparaissait la victimologie de ces hommes qu’ils devraient étudier avec minutie et constata à haute voix : — Certains étaient célibataires, d’autres mariés et pères de famille. Travailleurs indépendants, employés, chômeurs. — James Einri avait été arrêté il y a deux ans pour excès de vitesse, ajouta Pénélope. L’agent Morgan commenta à l’une de ses observations. — Tous tués par balles, une dans le thorax, une dans la tête. Aucune empreinte, aucune marque d’effraction. Il regarda son supérieur : — Notre homme est entraîné et ce sont certainement des exécutions. — Un tueur à gage ? demanda l’agent Seaver. — Ca se pourrait, fit Morgan. Si c’est le cas, il nous faudra étudier le profil de notre commanditaire pour trouver notre tueur. — Toutes les pistes sont bonnes à prendre, répondit Rossi. ******* Arlington – Virginie Jennifer Jareau était l’une des rares employés civils travaillant au Département de la Défense. Entourée d’hommes, pour la plupart hauts gradés militaires, JJ savait que l’ambiance des Bureaux du Pentagone n’était pas comparable avec celle du BAU. Ici, tout était parfaitement réglé, stricte, hautement sécurisé et davantage depuis les attentas du 11 septembre ayant fait 125 morts au sol sur les 189 décès déclarés. Dès son arrivée, JJ s’était faite un ami, son supérieur, Jeffrey Keegan, un ancien agent du FBI qui terminait sa carrière au calme et dans les Bureaux du Pentagone en attendant sa retraite. Le poste de ce dernier avait été similaire à celui de Hotch’ et JJ avait eu le plaisir d’entendre les récits de ses enquêtes, sa participation aux arrestations des plus grands Tueurs en série de l’histoire américaine. Toujours vêtu de façon impeccable, d’un costume bleu et d’une cravate sobre, ce dernier approcha du bureau de JJ et posa devant elle un gobelet de décaféiné. — Vous êtes certainement la seule employée de ces bureaux à oublier de prendre votre pause, Jareau. JJ sourit sur cette venue habituelle de fin de journée. Jeffrey Keegan était réglé comme une horloge et ne ratait pas une occasion de venir lui parler. Sa ponctualité et sa rigueur ne l’empêchait pas d’être plus dilétant par son âge avancé et son poste haut placé. JJ ôta ses petites lunettes qu’elle posa sur sa pile de feuilles et récupéra le gobelet. — Merci Jeffrey. — Et je constate que vous êtes moins souriante que ce matin, commenta-t-il. L’info pour votre amie n’a pas porté ses fruits ?

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— Non, répondit JJ. J’ai regardé les enregistrements vidéo mais ce n’était pas elle. — Elle finira bien par vous donner des nouvelles quand elle jugera qu’elle peut le faire en toute sécurité. JJ se pinça les lèvres et ne sut quoi penser de ces paroles se voulant rassurantes. Jeffrey Keegan était la seule personne à qui elle s’était confiée très indirectement sans parler de l’affaire « Doyle » ou d’Emily. JJ lui avait simplement expliquée qu’une amie à elle avait disparu volontairement et qu’elle tentait de la retrouver. Douze mois était passés, douze longs mois pendant lesquels JJ avait perdu pied et continuait de porter le secret de la fausse mort d’Emily. Devoir mentir à son entourage était lourd, surtout quand son entourage se résumait à quelques personnes qu’elle connaissait depuis peu. Ne pas pouvoir se confier sur ses inquiétudes, ses doutes, lui pesait plus que tout et ses seuls vrais amis avaient été présents à l’enterrement d’Emily. Au fil des mois, sa relation avec Will s’était dégradée et JJ passait désormais tout son temps au bureau dans l’espoir de trouver des informations sur Emily ou sur Doyle. Elle restait en poste au Pentagone pour deux raisons : Pour son fils Henry et dans l’espoir que de nouvelles informations soient enregistrées dans les bases de données du service des renseignements généraux. Ici étaient stockées toutes les informations les plus confidentielles et secrètes du pays, des informations auxquelles le FBI n’avait pas accès, sauf dérogation spéciale accordée lors d’enquête précise. Malgré des mois de recherches, JJ n’avait rien trouvé. Peut-être cherchait-elle dans de mauvaises directions, se demandait-elle. Mais où pouvait-elle chercher hormis dans le dossier de Ian Doyle qu’elle connaissait désormais mieux que personne. Tous ses complices connus par le gouvernement avait été arrêtés ou tués sept mois plus tôt et de ce fait, JJ n’avait pas de piste précise à suivre qui lui donnerait des indices sur la position actuelle d’Emily Prentiss. L’esprit et les réflexions de JJ étaient embrumés par son manque d’objectivité, par son implication trop directe et sa peine depuis le départ d’Emily. Elle but quelques gorgées de son café et demanda à Jeffrey Keegan : — Dites, vous êtes toujours en contact avec votre ami à la CIA ? Ted Berkeley ? Le supérieur de JJ plissa les yeux sur cette question intrigante de la part de sa subordonnée. — Ted, oui, nous sommes toujours en contact bien sûr. Pourquoi cette question ? JJ avait déjà réfléchi à plusieurs façons d’avoir accès à des personnes capables de répondre à certaines de ses questions sans réponses et ces personnes se trouvaient à la CIA. Elle répondit donc : — La jeune femme que je cherche est un ancien agent et il se peut qu’il l’ait connu ou qu’il ait entendu parler d’elle. Est-ce vous pourriez me le présenter ? — JJ, même si je vous le présentais et même s’il connaissait votre amie, il ne serait pas autorisé à parler d’elle. Les informations qui concernent les agents de la CIA sont confidentielles, y compris pour nous. Vous avez déjà eu mon autorisation pour accéder à certaines archives gouvernementales auxquelles vous n’auriez pas du avoir accès, vous ne devriez pas continuer dans ce sens et risquer de vous


faire remarquer. Il jeta son gobelet dans la poubelle près du bureau de JJ et lui sourit. — Remettez vous au travail et ne pensez plus à cette jeune femme qui doit certainement prendre plus de bon temps que vous à l’heure qu’il est. JJ savait qu’Emily ne pouvait pas être heureuse, pas tant que Ian Doyle serait vivant et rien ni personne ne pouvait affirmer qu’il était mort. Elle vit Jeffrey Keegan partir et détourna son regard sur le cadre photo posé sur son bureau. Elle avait mis sous verre cette image d’Emily et elle prise un an et demi plus tôt lors de la petite fête organisée pour célébrer son départ, sa mutation qu’elle regrettait, un départ forcé par Erin Strauss qui n’aurait pas du avoir lieu. Plus les mois passaient, plus JJ se demandait si le mieux n’était pas d’accepter l’offre d’Aaron Hotchner qui l’appelait régulièrement pour prendre de ses nouvelles, pour la relancer en lui disant que son poste d’agent de liaison était toujours vacant. Mais comment JJ pourrait-elle reprendre ses anciennes fonctions et faire ses recherches pour retrouver Emily ? Peut-être devait-elle avouer à tous qu’Emily n’était pas morte, mais le faire signifier trahir la promesse qu’elle avait faite à son amante. Révéler la vérité pourrait engendrer des conséquences pires que JJ ne pouvait l’imaginer. Mais ce jour était spécial parce qu’aujourd’hui était la date d’anniversaire de l’enterrement d’Emily Prentiss au cimetière de Rock Creek à Washington. Cela faisait un an aujourd’hui que JJ attendait un signe de sa part, un message qui lui signifierait qu’elle allait bien, qu’elles se reverraient et que ce cauchemar prendrait fin. JJ était désormais la mieux placée pour savoir ce que pouvait ressentir les familles, les proches des victimes n’ayant pas de nouvelle des personnes chères à leur cœur. A la différence que JJ n’avait aucune épaule sur laquelle pleurer, aucun ami pour la rassurer. Elle lança un regard sur sa montre et réalisa qu’une fois encore elle n’avait pas vu le temps passé. Elle éteignit l’écran de son ordinateur, rangea rapidement son bureau, prit son sac, ses clefs, et se leva pour quitter la plateforme de bureaux et rejoindre l’ascenseur. ******* Une demi heure plus tard, JJ entra dans son appartement situé non loin du centre commercial de Pentagone City et au septième étage d’un immeuble de standing. Elle referma derrière elle et son petit garçon de trois ans et demi couru vers elle en l’interpellant : — Maman… JJ esquissa un léger sourire et posa son sac à main sur la commode de l’entrée. Elle prit Henry dans ses bras et posa un tendre baiser sur son front marqué d’une légère trace de feutre bleu. — Bonsoir mon ange. Henry lui montra le jouet qu’il tenait dans sa main : — Regard… JJ constata que Will avait acheté un nouveau jouet à leur fils. Elle glissa ses doigts fins dans les cheveux dorés de Henry en songeant qu’elle devrait bientôt les couper et demanda :

— Papa t’as fait dîné ? Le petit garçon acquiesça d’un signe de tête et JJ verrouilla la porte de l’intérieur sans reposer Henry. Elle lança enfin un regard vers Will qui était assis dans le canapé du salon, une bière posée devant lui sur la table. Elle se dirigea vers la cuisine et entendit ce dernier : — Ta journée s’est bien passée ? Et comme chaque soir, JJ resta évasive. — Ni plus, ni moins… JJ ne parvenait plus à être attentive à son ancien amant. « Ancien amant » puisque JJ se refusait toute étreinte avec le père de son fils depuis la disparition d’Emily. Elle n’était pas parvenue à avoir une franche discussion avec lui mais elle savait que le moment viendrait où elle devrait prendre une décision. Will l’aimait, mais ses sentiments n’étaient pas réciproques. Cette situation ne pouvait plus durer songeait JJ et les efforts de Will ne changeraient rien à la décision qu’elle prendrait. Elle ouvrit le réfrigérateur par réflexe mais entendit son téléphone portable sonner au même instant. Henry contre elle, elle repartit vers son sac à main et en sortit l’appareil avant de regarder le numéro de l’appelant. Ses sourcils se levèrent en voyant le nom de Spencer s’afficher. Elle n’était pas surprise de l’appel mais de l’heure à laquelle Spencer l’appelait puisque ce dernier la contactait uniquement dans la journée et aux heures de bureau. Elle prit une courte pause et reposa Henry sur le sol avant de se diriger vers le couloir afin de répondre. — Oui… # Salut JJ, c’est Spencer. Je ne te dérange pas ? JJ ouvrit la porte de sa chambre et y pénétra afin de pouvoir discuter au calme. — Non, pas du tout Spenc’, ça me fait plaisir de t’entendre, tout va bien ? # Oui, ça va. On est à Boston avec les autres. Six meurtres et un tueur très organisé nous donne du fil à retordre. JJ esquissa un léger sourire. Après l’enterrement d’Emily, Spencer avait été le plus fragilisé de tous et le jeune prodige de l’équipe l’appelait régulièrement pour lui parler des enquêtes du Bureau malgré les règles de confidentialités. Tout en gardant l’appareil à son oreille, JJ défit les boutons de son chemisier et demanda donc : — Vous avez une piste ? # Aucune. Les six hommes ont été retrouvés morts chez eux. Il n’y a ni empreinte, ni indice sur les scènes de crime. Nous attendons les rapports de toxicologies et nous commencerons à interroger les proches ou témoins dès demain. JJ ôta de son chemisier qu’elle laissa choir sur un tas de linge sale dans un panier. Elle ôta ses talons, s’assit sur le lit et vit Henry entrer furtivement dans la chambre et la rejoindre. Elle l’aida à monter sur le lit et demanda spontanément à Spencer : — Vous avez quelque chose sur le mode opératoire ? Henry trouva la télécommande sur la commode et ne tarda pas à trouver la touche qui lança les dessins animés à l’écran. JJ le laissa faire mais baissa le volume afin d’entendre Spencer : # Là est toute la complexité du dossier. Notre tueur a respecté un schéma presque parfait et son mode opératoire est comparable à un cas d’école. Dans les six cas, il est enFONDATION CULTURE LGBT - PAGE 91


tré par la porte de derrière entre huit heures et dix heures du soir après s’être assuré que les résidences de ses victimes étaient seules. Il les a surpris, leur a tiré dessus. Une première balle dans le thorax, une deuxième en pleine tête. Il a découpé la main gauche de chacune de ses victimes avec ses propres outils et il est parti. Nous avons affaire à un tueur organisé, minutieux qui ne laisse rien au hasard. Il n’est pas là pour détruire mais se reconstruire à travers ses meurtres, d’où ses exécutions nettes et concises. Une balle dans le thorax pour maîtriser la victime, une dans la tête pour l’achever. Je suis prêt à parier que notre tueur se sent investi d’une mission et il ne s’arrêtera pas tant qu’il n’aura pas terminé. Il a entre 35 et 45 ans, il est sûr de lui et doit avoir une longue formation militaire ou policière. Il connait nos méthodes, nos procédures et je ne serai pas étonné qu’il ait été invité à démissionner de nos services. Il n’a probablement aucune attache affective, pas d’enfant, pas de vie de couple voire aucune identité. JJ s’était assise contre le montant du lit, Henry venu contre elle pour se faire câliner, son pouce dans sa bouche et son attention sur les dessins-animés. Elle avait écouté Spencer avec attention et à chaque enquête que ce dernier lui racontait, JJ repartait dans ses souvenirs, dans ses réflexes d’agent fédéral. — Tu ne penses pas qu’il est un peu tôt pour dresser un profil ? # C’est absolument trop tôt, approuva Reid. Je le sais, nous le savons tous et c’est bien ça le problème. Tous les éléments dont nous disposons nous permettent déjà d’établir un profil précis. C’est comme l’histoire de ce faussaire qui cachait ses véritables œuvres par-dessus les originaux afin qu’on ne les lui dérobe pas. C’est comme si notre tueur avait réfléchi et fabriqué sa scène de crime pour dissimuler sa véritable identité. Il savait que le FBI se déplacerait. Mais je n’explique pas le fait qu’il ait coupé leur main et je continue de plancher sur la question ! Un court silence s’installa alors que JJ réfléchissait aux remarques de Spencer tout en profitant de ce moment où elle essayait de se détendre. Elle entendit Spencer reprendre d’une voix plus hésitante : # Ca fait un an aujourd’hui. JJ ne s’était pas attendu à ces paroles et ses sourcils se froncèrent autant que son cœur venait de se serrer dans sa poitrine. — Je sais, répondit-elle. Parce que JJ avait compté chaque jour, chaque semaine où elle était restée sans nouvelle d’Emily. Plusieurs fois, elle avait songé à rejoindre le cimetière de Rock Creek, mais à quoi cela aurait-il servi ? Emily n’était pas morte et une part d’elle avait envie de le crier à Spencer. Cependant, elle ne dit rien dans ce sens mais fit preuve de compassion à l’égard de Spencer : — Elle nous manque à tous et c’est bien de penser à elle. # Je pense à elle tous les jours, JJ. Il marqua une courte pause et reprit : # Et avant que… Qu’elle nous quitte, je m’étais un peu confiée à elle. Je savais que je pouvais lui faire confiance parce qu’elle était mon amie. JJ était émue par ces paroles et une boule nerveuse et douloureuse se formait au creux de sa gorge.

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# Derek voulait organiser une petite soirée en son honneur. Depuis que tu es partie et que… et qu’elle n’est plus là, nous ne sommes plus retournés au bar où nous allions d’habitude. — Une soirée est une très bonne idée, Spenc’… Vous devriez la faire. # Tu viendras ? JJ ne pouvait refuser. — Je viendrai, bien sûr. La voix de Spencer se fit plus souriante. # Super. Alors je préviens Derek et les autres et je te tiens au courant de la date. Passe une bonne soirée JJ et prend soin de toi. — Toi aussi Spenc’… Bye. Elle raccrocha et détourna son regard sur Henry qui dormait profondément. Ce fut en relevant son regard face à elle qu’elle constata que Will était debout contre le chambranle de la porte, bras croisés. Elle se redressa sans réveiller Henry et quitta le lit en regardant Will. — Ca fait longtemps que tu es là ? — Non, quelques minutes. JJ marcha vers Will et récupéra un peignoir en répondant d’une voix plus basse : — Sortons, je ne veux pas réveiller Henry. Will se recula dans le couloir et JJ le rejoint avant de fermer la porte et d’expliquer. — C’était Spenc’… Il me donnait des nouvelles des autres. Elle marcha dans le couloir et Will la suivit, la mine fermée : — Il t’appelle souvent je trouve… Qu’est-ce qui se passe avec lui ? JJ se posta derrière le comptoir de la cuisine, incertaine de comprendre la question de Will. — Il ne se passe rien ! Elle sortit une assiette d’un placard, ouvrit le réfrigérateur où elle récupéra deux tomates et de la salade. Elle lança un regard à Will qui se tenait près d’elle et ajouta : — Spencer est un ami et ça fait un an aujourd’hui qu’Emily est morte. Il avait besoin de parler. Il sait qu’Emily et moi étions proches. Sur ces derniers mots qui rappelaient la mort de l’agent Prentiss, Will préféra ne pas épiloguer. Ce sujet était sensible et il savait que cette date avait marqué le début du changement d’attitude de JJ dans leur couple. — Il appelle un peu trop souvent je trouve, fit-il. Je veux bien qu’il soit peiné par la mort de votre amie, même un an après, mais je crois que ça devient un moyen de se rapprocher de toi. JJ fronça les sourcils sur cette explication sans queue ni tête. Elle regarda Will : — Ne dis pas n’importe quoi. Spencer est fragile et ce n’est pas parce qu’il a un QI de 187 que c’est un surhomme. J’ai toujours été proche de lui au Bureau et je compte le rester même sans y être. Il compte sur moi, Will. — Moi aussi je compte sur toi, Henry aussi compte sur toi. — Ne mêle pas Henry à ça, je m’occupe de lui dès que je rentre du travail. — Nous n’avons plus de vie de couple, JJ. Ca fait un an qu’on ne fait plus l’amour. JJ perdait pied. Elle détourna son regard confus alors


qu’une petite voix lui soufflait qu’il était temps de faire le point, d’avoir cette discussion tant redoutée avec le père de son fils. — Tu me le dirais si tu avais un amant ? interrogea Will. — Tu m’as déjà posé cette question la semaine dernière et ma réponse n’a pas changé. Non, je n’ai pas d’amant. — Alors qu’est-ce qui ne va pas ? — Je ne t’aime plus Will. JJ venait de relever son regard sur William Lamontagne alors qu’elle mesurait la spontanéité de son annonce après ces longs mois à la taire. Le silence revenait dans la pièce et le regard de Will ne la quittait pas comme pour bien mesurer ces mots dont les conséquences seraient catastrophiques. — Tu ne m’aimes plus ? répéta-t-il d’un air perdu. JJ se pinça les lèvres, coinça une mèche blonde derrière son oreille et recula. — Je ferai mieux de partir… Elle se dirigea vers le couloir mais Will la retint par le bras. — JJ, attend… On… On peut en discuter. On pourrait voir quelqu’un pour nous aider. Pense à Henry ! JJ se dégagea et le regarda : — Dis lui que je viens le chercher demain soir et contacte ton avocat pour organiser les droits de gardes. JJ pénétra dans la chambre sans bruit, ôta son peignoir et remit son chemisier. Elle récupéra une petite valise dans laquelle elle rangea quelques vêtements et la referma avant d’aller vers Henry et de poser un baiser sur son front. Elle ne voulait pas réveiller son fils et l’emmener là où elle allait, mais elle viendrait le chercher dès que possible. Sa valise en main, elle quitta la chambre, suivie de Will qui ne parvenait pas à croire ce qui se passait. Ce dernier la vit prendre son sac à main et la retint devant l’entrée : — Dis-moi au moins où tu vas. — Désolée Will, fit-elle. Je ne peux pas. Elle quitta l’appartement sans rien ajouter et entra l’ascenseur en voyant Will la regarder depuis le palier. Les portes automatiques se fermèrent sur lui et JJ mesura la portée de la décision qu’elle venait de prendre. Elle venait de quitter Will à qui elle avait mentie pendant de longs mois. Elle avait enfin pris la décision qu’elle aurait du prendre le jour où elle avait compris ses sentiments pour Emily. Peut-être les choses auraient-elles été différentes, mais JJ ne voulait plus songer au passé, à ce qu’elle aurait du faire, dire, ou ne pas faire. Elle devait se concentrer sur ce qu’il se passerait dans les jours à venir. Les portes se rouvrirent sur le parking et JJ rejoignit sa voiture qu’elle déverrouilla automatiquement. Elle rangea sa valise dans le coffre, s’installa derrière le volant, récupéra son téléphone et numérota avant d’entendre une voix familière : # Hotchner ? — Bonsoir Hotch’… C’est JJ. Je sais qu’il est tard mais je voulais vous dire que j’ai réfléchi. J’accepte de revenir dans l’équipe. # Je suis heureux de l’entendre JJ. Je m’occupe de régler les détails administratifs et je préviens Erin Strauss. Nous sommes à Boston depuis hier, peux-tu nous rejoindre demain ? JJ pinça un léger sourire en constatant qu’Hotch’ allait droit au but et ne perdait pas de temps. — Je prends le premier avion dans la matinée.

# Parfait. Spencer et Morgan te brieferont. A demain, JJ. Bonne soirée. — Vous aussi, Hotch’. JJ raccrocha alors que cet appel faisait naître en elle un profond sentiment de soulagement. Elle entra la clef de contact dans le démarreur et quitta le parking. Elle avait environ vingt minutes de route pour rejoindre l’appartement d’Emily à Washington, ou plutôt, pour rejoindre l’appartement qu’Emily avait fait mettre à son nom. JJ n’y était jamais retournée depuis son retour de Paris et le moment était venu d’assumer ce qu’elle avait caché à tous avant l’enterrement d’Emily. ******* Quand elle entra dans l’appartement de Washington, les parfums d’Emily l’embaumèrent aussitôt, accompagné du souvenir de leur baiser près des escaliers. JJ en percevait davantage son manque de la brune. Elle appuya sur l’interrupteur, éclaira les lieux et ferma la porte qu’elle verrouilla. Cette fois, elle savait qu’elle n’entendrait pas les pas d’Emily dans les escaliers, qu’elle ne se rapprocherait pas d’elle pour goûter à ses lèvres rosées. JJ était seule, le silence dans l’appartement, lourd… Elle mesurait ce qu’elle laissait derrière elle. Toute sa vie, toutes ses mauvaises décisions prises ces dernières années. Will, le Pentagone, son déménagement à Arlington… Mais JJ se rappelait que ses erreurs lui avaient donné son plus grand bonheur, son fils sans qui elle n’aurait eu le courage de traverser ces épreuves. Elle s’installerait ici dès aujourd’hui et ramènerait Henry Elle s’efforça d’ignorer ce sentiment de peine qui la gagnait en se sachant ici sans Emily et se dirigea vers les marches qu’elle gravit une à une afin de rejoindre l’étage. Emily n’avait pas seulement mis son appartement à son nom. Elle avait laissé les meubles, les tableaux et ce fut quand elle pénétra dans la chambre qu’elle comprit qu’elle était partie sans même prendre le temps de faire le lit. Elle posa alors son sac sur le fauteuil et rejoignit le côté gauche du lit où Emily avait dormi. Sans se déshabiller, elle s’y allongea et ferma les yeux en respirant les parfums de la brune encore imprégnés dans la taie de l’oreiller. ******* JJ embarqua à neuf heures et demie sur le vol AA78 en direction de Boston. Elle avait prévenu Jeffrey Keegan à la première heure de sa demande de mutation et avait appelé Will pour le prévenir que son travail l’obligeait à partir quelques jours. Elle ne lui dirait pas qu’elle avait accepté l’offre de Hotch’ et qu’elle retrouverait son poste d’agent de liaison dans les prochaines heures. Elle ne voulait plus rendre de compte à Will hormis concernant leur fils. JJ s’assit sur un des sièges situés dans la rangée centrale et boucla sa ceinture. Elle n’avait pas pris l’avion depuis son court passage à Paris, sa dernière rencontre avec Emily. Elle regrettait aussi le jet privé de Quantico. Déjà, son esprit se focalisait sur les fichiers que Pénélope lui avait envoyés. Elle les avait trouvés avec un petit mot personnalisé de la part de son amie pour lui souhaiter un bon retour dans l’équipe. En attendant le décollage, elle prenait donc FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 93


le temps de relire les fichiers sur l’écran de son téléphone. — Jennifer Jareau ? JJ fronça les sourcils et releva son regard sur la jeune femme qui venait de s’installer près d’elle. Celle-ci habillée d’un pantalon tailleur noir et d’une chemise assortie la connaissait mais JJ ne l’avait jamais vue. — Qui êtes-vous ? demanda-t-elle. La jeune femme jeta un œil sur l’allée entre les sièges et sortit une enveloppe de l’intérieur de sa veste qu’elle tendit à l’agent Jareau. Elle reporta son regard noisette sur elle et répondit : — Une amie d’Emily. Elle m’a donné cette lettre pour vous. JJ se tendit aussitôt sur le prénom d’Emily prononcé par cette inconnue. Une foule de questions la percuta à cette seconde précise. Qui était cette femme ? Comment avaitelle su où la trouver ? Savait-elle où était Emily ? JJ prit l’enveloppe alors que l’avion commençait à se déplacer et prenait la direction de la piste de décollage. Qui que soit cette étrangère, JJ pourrait l’interroger pendant le vol. Elle ouvrit l’enveloppe et trouva une lettre, un courrier écrit de la main d’Emily puisqu’elle en reconnaissait l’écriture soignée. Quand elle comprit que cette lettre lui était destinée, son esprit oublia la présence de cette inconnue pour se focaliser uniquement sur les mots de son amante : Jennifer, Je sais le retard qu’a pris cette lettre pour te parvenir et j’en suis navrée. C’est le premier contact en un an, mais je n’ai pas eu le choix. Tous les jours, j’ai pensé à toi, à t’écrire ou te rendre visite, mais la situation ne le permet pas. Je sais que tu pars rejoindre l’équipe d’Hotch’ à Boston, que tu as accepté sa proposition et puisque tu es toujours aussi bornée, je te demanderai de les éloigner de cette enquête… Le temps se fait long depuis notre dernière rencontre, première et dernière nuit que j’aurais préféré différente… Je me serais volontiers attardée au lit, dans tes bras, mais les circonstances en décident autrement… J’espère que tout ça prendra fin très vite et pourtant, j’ai conscience que tout est compliqué. J’imagine t’avoir déçue autant que j’ai déçu les autres, mais je n’ai jamais joué avec toi, ni avec eux et même s’ils ne le sauront jamais, j’avais besoin de te le dire, de l’écrire. Je regrette la distance que nous avons mise entre nous après ta mutation, je regrette de ne pas avoir profité de nos seuls moments… J’espère qu’au fond de toi, tu arriveras à comprendre mes décisions, à pardonner mes mensonges, mes non-dits. J’espère que tu vas bien, que Henry a bien grandi. Je ne pense qu’à te retrouver… Fais attention à toi, à Henry et à tous ceux de l’équipe. Je t’embrasse… P.S. : Tu peux faire confiance au messager. Son nom est Elena. JJ regarda le messager en question alors que sa mâchoire s’était serrée au fil de sa lecture. Elle interrogea sans attendre : — Où est-elle ? La jeune femme près de JJ n’avait pas bougé. Elle jetait quelques regards à l’entour. Elle en avait aussi profité pour détailler le profil de l’agent Jareau dont elle avait entendu parler à maintes reprises. Les mains croisées sur son ventre, Elena avait attendu cette question de la part de Jennifer. Elle connaissait la situation entre cette dernière et son

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amie Emily. — Je ne suis pas autorisée à vous le dire. En un regard, elle comprit la tension qui émanait de l’agent Jareau et rajouta avant que cette dernière n’insiste : — Elle prendra contact avec vous dès que la situation le permet. JJ ne croirait pas cette inconnue, pas plus qu’elle ne croirait Emily. Sa peine avait été telle que sa colère prenait maintenant le dessus comme un moyen de se défendre pour ne pas continuer à espérer. Bien sûr que son vœu le plus cher était de revoir Emily, et retourner au BAU était un moyen de se rapprocher d’elle, de retrouver sa vie telle qu’elle avait été avant que tout ne bascule. Elle ne put s’empêcher de demander sur un ton tout de même accusateur : — Vous travaillez pour elle, c’est ça ? C’est quoi l’idée ? Qui vous a dit que je serai sur ce vol et qui lui a dit que je retournais au FBI ? Elena comprenait les rancœurs de JJ après avoir appris la situation entre Emily et celle-ci. Un an sans nouvelle de l’être aimé s’avérait très long pour n’importe qui. Une hôtesse s’arrêta à leur hauteur pour leur proposer des boissons et elle prit la liberté de prendre deux sodas pour JJ et elle. Elle posa la canette sur la tablette devant l’agent et ouvrit la sienne comme si de rien n’était. — Je lui rends service, je fais office de messager. Vous ne pouvez pas savoir où se trouve Emily, mais elle saura vous trouver. Elle reporta son regard sur la blonde qu’elle prit plaisir à détailler malgré l’expression mécontente qu’elle lui offrait. — Elle a été formée pour se renseigner, reprit-elle. Avouezle, ça vous rassure de savoir qu’elle veille sur vous… Sur ces derniers mots, elle but une gorgée de soda alors que JJ demeurait tendue par la nonchalance de cette jeune femme qui ne devait pas avoir plus de son âge. Oui, JJ était rassurée d’avoir lu cette lettre qu’elle n’aurait jamais attendue. Emily était vivante, comment pouvait-elle ne pas se réjouir ? Mais l’attente, l’ignorance étaient synonymes de torture. Elle détourna son regard vers la lettre sans toucher au soda posé devant elle. Après une courte pause, elle demanda : — Est-ce que vous pouvez lui transmettre un message de ma part ? Elena la savait tendue et crispée malgré la lettre d’Emily. Son rôle n’était pas de nourrir des illusions sans garantie, mais de transmettre le message. — Bien sûr, répondit-elle. De quoi s’agit-il ? JJ hésita, sa gorge serrée, ses yeux bleus révélant dans leur reflet brillant et humide le contrecoup de cette lettre. Son espoir de revoir Emily la poussa à parler : — Dites-lui… Dites-lui que j’ai quitté Will… Et que Henry la réclame. Elena prit quelques secondes pour la détailler, consciente de la peine que JJ pouvait ressentir. Ses yeux azur révélaient autant de détresse que d’espoir et ces mots résumaient ses émotions. Elle imaginait l’effet qu’ils auraient sur Emily, un effet à double tranchant. Elle but un peu de soda et répondit : — Je lui dirai… Elle regarda sa montre, hésita un instant et reprit, son regard sur elle :


— Elle insiste pour que vous restiez à l’écart de l’enquête. A nouveau, JJ reposa son regard sur la lettre, son seul lien avec Emily depuis un an. Elle avait bien noté sa demande de rester à l’écart de l’enquête en cours à Boston mais JJ n’agissait plus sur commande sans avoir d’explication concrète. — Je suppose que si je vous demande les raisons de sa demande, vous me direz que vous n’êtes pas autorisée à me le dire, n’est-ce pas ? Elena hésita un instant et termina la canette de soda qu’elle garda dans la main. Emily lui avait beaucoup parlé de JJ, de cette rencontre, de ce qu’elle pourrait expliquer ou non. — Doyle est toujours en liberté. Il représente un danger qu’Emily ne peut pas laisser de côté. Vous savez ce dont il est capable. Emily n’a pas oublié que vous et votre équipe du BAU êtes les meilleurs dans votre domaine. Si vous débutez une enquête, il est rare que vous échouiez… Elle reporta son regard sur elle et termina : — En d’autres termes, tout le monde pourrait se retrouver confronté à la même situation que l’an dernier. JJ plissa les yeux et demanda à sa première pensée : — Vous êtes de la CIA, c’est ça ? — Vous savez que je ne suis pas supposée vous dire tout ça, agent Jareau. Sans réponse négative claire, JJ comprenait que cette jeune femme était donc des bureaux des services secrets. Le seul fait que cette dernière l’appelle « Agent Jareau » dénotait son aise à s’adresser à des fédéraux quels qu’étaient leur grade. Pouvait-elle en conclure qu’Emily était retournée avec eux ? JJ savait très bien qu’interroger son amie ne servirait à rien. Elle se pinça les lèvres suite à toutes ces annonces, notamment concernant Ian Doyle. Ce dernier était donc vivant et lié aux meurtres de Boston. Etait-il l’assassin ? Ou la CIA avait-elle commandité ces crimes ? JJ savait de quoi ces agents étaient capables. Elle repensait alors à sa conversation de la veille avec Spencer, au profil dressé par ce dernier et à ses conclusions. Si Ian Doyle était le meurtrier, il était clair que toute l’équipe le retrouverait. JJ connaissait le dossier de cet homme mieux que personne et ni Interpol, ni les anciens agents de l’unité 18 de la CIA, ni l’équipe de Hotch’ avaient pu mettre la main dessus l’année passée. Alors qui y parviendrait ? — Je ferai mon possible pour protéger mon équipe, reprit-elle à l’attention d’Elena. Mais dites bien à vos supérieurs ou à qui de droit que je ne suis pas une marionnette. Vous me demandez de vous aider, mais qui va aider Emily à retrouver Doyle et à le stopper ? Et surtout, quel lien y’a-t-il entre ces meurtres, Emily et Doyle ? Malgré la tension que cette conversation entretenait, Elena esquissa un léger sourire amusé par la détermination de l’agent Jareau. Emily ne s’était pas trompée en expliquant à quel point JJ pouvait se montrer bornée. Elle reprit néanmoins son sérieux et répondit : — Faites attention à vous, c’est tout ce qu’Emily demande. Elena ne pouvait pas en dire davantage. Elle aussi prenait des risques à converser avec l’agent Jareau au sujet d’une telle enquête et JJ comprenait que cette dernière ne laisserait passer aucune information supplémentaire.

Elle entendit le pilote annoncer la descente vers l’aéroport de Boston et ouvrit son sac à main. Elle en sortit une feuille blanche sur laquelle elle écrivit quelques lignes avant de la plier, de la glisser dans l’enveloppe et de la donner à la jeune femme. — Merci de lui remettre ça de ma part quand vous la verrez. Elena saisit l’enveloppe qu’elle rangea dans sa poche et jeta un regard sur sa montre. Dans quelques minutes, elles atterriraient à Boston et elle devrait laisser l’agent Jareau à ses occupations, à son enquête qui mêlaient bon nombre de personnes. Du coin de l’œil, elle détailla l’agent Jareau refermer son sac et s’attarda sur sa tenue, son pantalon sombre, son haut décolleté agréablement suggestif. Jennifer Jareau était sans conteste une belle femme en plus d’être déterminée. L’avion se posa sur la piste et Elena se permit un dernier commentaire : — En tout cas, vous êtes telle qu’Emily vous a décrite. JJ ne sut comment prendre cette remarque. Son esprit était fixé sur Emily, sur cette lettre de sa part, sur l’enquête à laquelle elle devrait participer et à laquelle Emily était liée de près ou de loin. Elle demanda malgré tout : — Y’a-t-il un numéro où je peux vous joindre en cas d’urgence ? Elena aurait dû s’attendre à pareille demande de la part de JJ. Celle-ci semblait réellement tenir à Emily malgré son absence imposée depuis un an. — Elle vous contactera. JJ préféra ne pas répondre et vit la jeune femme se lever et s’éloigner à travers une allée. Elle devinait qu’elle rejoindrait un autre siège, que tout était prévu pour qu’elles ne soient pas vue ensemble. Elle détourna son regard vers le hublot de la rangée voisine alors que les bâtiments de Boston apparaissaient et que l’atterrissage aurait lieu dans quelques secondes. Cette rencontre l’avait troublée et JJ tenait encore dans ses mains la lettre d’Emily, son dernier contact avec elle depuis leurs retrouvailles à Paris. Elle plia soigneusement la lettre qu’elle rangea dans son sac à main. Après quelques minutes, l’avion atterrit enfin et JJ s’empressa de se lever, de récupérer son bagage et se leva. Une fois hors de l’appareil, elle prit la direction de la sortie et présenta rapidement ses papiers aux agents de sécurité avant de passer les portes des arrivées. Elle reconnut aussitôt Spencer et Pénélope qui l’attendaient et Pénélope s’empressa de venir la prendre dans ses bras dans une étreinte enthousiaste et sincère. — Ma JJ, c’est tellement bon de te revoir, t’as pas idée ! JJ aussi se réjouissait de retrouver ses amis et anciens collègues. Elle se recula et répondit : — Je suis contente de vous revoir… Elle regarda Reid qui pinçait un léger sourire, timide, réservé. Il se tenait droit, ses mains dans les poches. Elle s’approcha de lui et le prit dans ses bras à son tour. — Salut Spenc’… Ce dernier répondit à l’étreinte et détailla la blonde : — Je suis heureux que tu aies changé d’avis. Ton vol s’est bien passé ? — J’ai eu le temps de relire les dossiers de l’enquête que Pen’ m’a envoyé. FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 95


Spencer petite valise de JJ et la tira en se dirigeant vers les portes de sortie de l’aéroport. Un quatre-quatre noir était garé devant le trottoir et les attendait. Une fois la valise dans le coffre, l’agent Reid s’installa derrière le volant et Pénélope sur la banquette arrière laissa sa place à JJ près de lui. Il démarra et expliqua : — Un autre homme a été retrouvé mort hier soir, ce qui fait sept victimes. Derek et Rossi sont sur la scène de crime et Hotch’ est allé interroger la femme d’Andrew Bulger avec Ashley. JJ se souvenait d’Ashley Seaver, une jeune profileuse sortie de l’académie qu’Hotchner avait recruté après son départ. Elle regarda Spencer et demanda : — Et vous n’avez toujours pas relevé de lien particulier entre les victimes ? — Et bien si, fit Pénélope. Et crois-moi, ça ne va pas du tout te plaire. JJ fronça les sourcils sur cette réplique qui la ramenait à sa discussion avec l’amie d’Emily à bord de l’avion. A quoi devait-elle s’attendre en sachant que cette enquête était liée à Emily et Doyle ? — Je t’écoute Pen’... — Ca n’a pas été facile mais j’ai réussi à fouiner dans le passé de ces types. Hormis James Einri qui avait un casier pour excès de vitesse il y a deux ans, il n’y avait strictement rien sur les autres et j’ai trouvé ça assez bizarre. J’ai fais plusieurs recherches officieuses dans les bases de données d’Interpole et devine quoi ? JJ redoutait le pire et savait que Pénélope prononcerait le pire, ce qu’elle fit : — Ces gars sont tous des irlandais et ils ont fricoté de près ou de loin avec l’IRA. JJ détourna son regard alors que Spencer s’arrêtait à un feu. Il constatait sans mal que JJ était perturbée par ces annonces. Tous l’avaient été. Ces meurtres survenaient un an après l’enterrement d’Emily, tel un rappel de l’enquête faite à Boston avant sa mort. —Je n’avais pas ces éléments en main quand je t’ai appelé hier soir, fit Spencer. JJ s’était accoudée au rebord de la vitre, ses doigts repliés contre ses lèvres, son regard dans le vide. Ces mots expliquaient pourquoi Emily voulait l’éloigner de l’enquête. — JJ ? l’interpella Pénélope… Tout va bien ? Cette dernière se reprit, incertaine. — Ca va… Spencer comprenait son malaise et l’avait également ressenti. Il reprit : — Nous ne savons pas si Doyle est impliqué et Hotch’ a été très clair, nous devons rester objectifs et ne pas nous disperser. — Il est marrant, lui, fit Pénélope. Comment veux-tu être objectif alors que cette enquête nous est tombée dessus hier ? Mon instinct me dit qu’il n’y a pas de coïncidence ni de hasard. On est sur cette enquête parce qu’on a un moyen de retrouver enfin Ian Doyle. JJ n’oubliait pas que la veille avait été le jour de l’anniversaire de la mort d’Emily. Elle ne dit rien et l’ambiance s’en fit plus lourde. Ses réflexions se perdaient sur sa rencontre avec Elena, sur ce qu’elle avait appris et ce qu’Emily lui demandait. A peine reprenait-elle ses fonctions d’agent de

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liaison que les choses se compliquaient. Après quelques minutes, Spencer arrêta le quatre-quatre devant les bureaux de la police de Boston, un bâtiment que JJ n’avait pas oublié malgré les douze mois passés. Tous les trois entrèrent dans les locaux fédéraux et traversèrent une plateforme de bureaux afin de rejoindre la salle de réunion qu’ils avaient investie depuis la veille pour les besoins de l’enquête. JJ reconnut très vite l’installation de ses collègues. Sur plusieurs tableaux étaient affichés la victimologie des sept hommes retrouvés morts, les rapports de polices, les rapports toxicologiques et sérologiques. Une carte géographique situait visuellement les scènes de crime et sur les tables étaient posés les dossiers des familles et des témoins potentiels incluant les voisins, les collègues de travail ou toutes les personnes ayant connu les sept hommes. Reid posa la valise de JJ dans un coin de la pièce en voyant celle-ci récupérer plusieurs dossiers et l’entendit : — La presse est-elle au courant ? — Non, répondit-il. Hotch’ veut que nous restions discrets. JJ comprenait cette décision. Après la mort d’Emily annoncée dans les médias, le fait de donner des détails sur une affaire semblable à celle de l’an passé jouerait en leur défaveur. Ian Doyle, ou qui que ce soit exécutant ses ordres, usait des médias pour obtenir des renseignements, même quand ceux-ci étaient volontairement erronés. Elle feuilleta le dossier d’une des victimes et entendit Spencer s’adresser à Hotch’ au téléphone : — Nous sommes arrivés, JJ prend connaissance du dernier dossier. Après quelques secondes où il échangea quelques mots avec le superviseur de leur unité, il s’approcha de JJ et lui tendit l’appareil : — Hotch’ veut te parler, JJ. Cette dernière s’était assise devant les grands bureaux. Elle prit le combiné et l’amena à son oreille. — Bonjour Hotch’. # Bonjour JJ, heureux de te savoir parmi nous. Spencer a du te prévenir que nous avions une septième victime. — Oui, je suis au courant. J’ai son dossier sous les yeux. Connor Forman. # Toi et les autres, restez au commissariat. Je rentre avec l’agent Seaver et nous allons débriefer avec Morgan et Rossi. — On vous attend. ******* Quelque part dans Boston Elena Rivoli posa sa veste sur le dossier du fauteuil d’un salon. La pièce n’était guère meublée et ne contenait qu’un canapé, une table et quatre chaises. — Le message est transmis, fit-elle à Emily assise autour de la table devant un ordinateur. Celle-ci releva ses yeux sur son amie Elena qui se dirigea vers la cuisine pour récupérer un soda dans le réfrigérateur. Elle se leva, attentive. Elena venait donc de voir Jennifer, de lui parler. Son visage révélait un brin d’impatience après les mots de son amie et coéquipière. — Comment va-t-elle ? demanda Emily. Elena se retourna sur l’ancien agent fédéral et fut amusée


de discerner autant d’impatience dans le regard d’Emily. Habituellement, celle-ci demeurait réservée, fermée sur elle-même hermétique à la moindre émotion lorsqu’il s’agissait de sa vie privée. Elle but une gorgée de soda et répondit : — Tu aurais du mal à trouver plus jolie… Emily approcha de quelques pas et croisa les bras devant son amie. — Elena. Ce seul mot signifiait à Elena que le moment était mal choisi pour taquiner Emily. Elle reprit son sérieux avant de poursuivre : — Elle t’en veut, mais elle me fait te dire qu’elle a quitté Will et que Henry te réclame… Ces dernières paroles transmises par Elena de la part de JJ semblèrent avoir un impact certain sur Emily. Celleci détourna les yeux un instant pour parvenir à prendre du recul, assez de distance afin ne pas s’abandonner de nouveau. Elle n’avait cessé de penser à JJ, de veiller sur elle de près ou de loin. Ainsi, elle avait appris sa décision de reprendre ses fonctions au sein du BAU. L’idée même qu’elle ait quitté Will et qu’elle lui parle de son fils éveillait un mélange de nostalgie, de peine et d’excitation. Elle avait craint d’avoir brisé le lien qui existait entre elle et JJ depuis leur collaboration au FBI, les sentiments nés de leur relation intime. Celle-ci n’avait eu que quelques balbutiements puisqu’elles n’avaient pu en profiter, n’avaient su assumer leurs émotions l’une envers l’autre. A présent que tout semblait propice à leur retrouvaille, la vie voulait les séparer. Elle releva son regard sur Elena qui lui tendait une enveloppe et l’entendit : — Elle t’a répondu. Emily s’en saisit et y jeta un œil avant de demander sur une énième préoccupation : — Que t’a-t-elle dit pour l’enquête ? — Qu’elle ferait ce qu’elle pourrait, répondit Elena après avoir avalé une gorgée de soda. Ta chère et tendre est charmante, mais elle est effectivement bornée et aurait de toute évidence, préféré te voir à ma place dans cet avion. Emily le savait et s’y était attendue. JJ n’était pas femme à se laisser manipuler, ni même délaissée. Elle se rassurait de savoir que l’attachement restait réciproque malgré la situation. Elle se détourna, marcha vers le salon, mais se fit interpeler par Elena qui la suivait : — Où on en est pour Doyle ? — Il change ses habitudes, répondit Emily en ouvrant l’enveloppe. Il est arrivé par bateau depuis l’Irlande, ce matin. J’ai perdu sa trace, mais je le trouverai. Emily s’écarta dans le couloir afin d’être au calme pour sa lecture. Après un an, elle aurait enfin le privilège d’obtenir quelques paroles provenant directement de JJ. L’année passée avait été difficile et périlleuse. Elle n’avait eu de cesse de traquer Doyle et ses collaborateurs aux quatre coins de l’Europe pour finalement devoir retourner sur le territoire américain, dans la ville connue pour abriter de nombreux Irlandais d’origine. Elle n’avait pas eu le temps de prendre contact avec JJ, avait aussi préféré la préserver, la garder à l’écart de ce règlement de compte. Les procédures, les interventions étaient bien différentes de celles du FBI. Il n’existait aucune place pour une parte-

naire et malgré cette année entière loin de JJ, Emily n’était pas parvenue à l’oublier. Dans la chambre de l’appartement, elle s’assit sur le bord du lit et déplia la lettre sur laquelle elle reconnut l’écriture féminine de son amante. Elle put y lire juste quelques mots : « Appelle-moi Em’, j’ai besoin de t’entendre… JJ. » Emily sentit son cœur réagir à ces mots écrits de la main de JJ. Des souvenirs de leur dernière lointaine étreinte lui revinrent en tête, plus précis, plus nets comme si ces quelques mots les avaient ravivés après tout ce temps. Se permettrait-elle d’appeler l’agent Jareau ? Elle hésita un instant. La tentation était puissante, envahissante. Entendre la voix de JJ la rassurerait, la ramènerait à la vie l’espace de quelques minutes. Elle se glissa près de la table de nuit, ouvrit le tiroir et en sortit une petite carte à puce. Elle saisit le portable dans sa poche y inséra l’élément. Contacter JJ aussi directement serait prendre un risque important tandis qu’elle savait Doyle dans un rayon de seulement cinq kilomètres autour d’elle. Elle se leva, se dirigea vers la porte et jeta un œil vers le salon pour y voir Elena derrière l’ordinateur, occupée à dévorer un sandwich. Elle rentra dans la chambre et referma la porte derrière elle. Son pouce glissa sur l’écran du téléphone, aussi hésitant qu’elle pouvait l’être. Devait-elle prendre le risque d’appeler JJ ? ******* Commissariat Central de Boston JJ se leva de sa chaise quand elle vit ses co-équipiers entrer dans la salle de réunion. Son sourire révéla autant de nostalgie que de soulagement face à son superviseur accompagné de Derek et Rossi. Elle ne connaissait pas l’agent Seaver, restée à l’écart de l’enquête centrée sur Doyle l’année passée, mais elle la salua avant de faire de même avec Derek et David. — Accorde-nous une minute JJ et nous commençons, lui expliqua Hotch’. — Prenez votre temps, répondit JJ. Aaron Hotchner s’écarta un instant avec l’agent Seaver et JJ entendit la voix souriante de Derek : — Reid a du te le dire mais tu nous as sacrément manqué. Ces mots réchauffaient le cœur de JJ qui profitait de ce court moment de répit pour retrouver ses collègues. — Je suis heureuse d’être de retour. Ca fait du bien de tous vous revoir. — En tout cas, les bureaux du Pentagone n’auront pas réussi à te garder loin de nous bien longtemps, ajouta David Rossi. JJ pinça un léger sourire. Beaucoup d’agents féminins, mères de famille, souhaitaient être mutées au Pentagone afin d’obtenir un poste stable et surtout sans danger. — Ca fait des mois que je tourne en rond dans mon bureau, il était temps que j’en sorte. Reid se joignit à la conversation, tout aussi enthousiaste de voir JJ avec eux. — C’est pour ça que je t’appelais régulièrement. Je faisais FONDATION CULTURE LGBT - PAGE 97


un travail de fond pour t’inciter à revenir. — Et tu as réussi, confirma JJ. Rossi reprit son sérieux et expliqua à JJ : — Hotch’ cherche un autre profileur. Il ne veut pas d’un autre élève sorti de l’Académie alors il prend son temps et étudie tous les CV qu’Erin Strauss lui propose. JJ devinait sans mal qu’Aaron cherchait une « deuxième » Emily et cette conclusion la peinait. Elle se souvenait que l’intégration d’Emily avait été difficile à son arrivée, qu’Hotch’ n’avait pas été des plus accueillant, mais au fil des mois, Emily avait démontré ses talents d’adaptation et surtout ses aptitudes en profiling. Aptitudes qui n’étonnaient plus personne désormais. La place qu’elle avait occupée ces dernières années n’était pas remplaçable et la personne qu’Hotchner choisirait ne pourrait jamais être à la hauteur. JJ vit Derek s’asseoir dos aux grandes baies vitrées de la salle de réunion. Elle s’apprêta à tirer une chaise pour s’installer près de lui mais sentit son téléphone vibrer dans sa poche à cet instant. Toujours debout, sa main sur le dossier de la chaise, elle récupéra l’appareil pour vérifier l’identité du destinataire. Aucun nom ne fut affiché, aucun numéro de téléphone. Personne ne l’appelait en numéro privé, songeait JJ, et la seule personne susceptible de la contacter ainsi ne pouvait être qu’Emily. Son cœur s’affola dans sa poitrine à cette idée et l’expression de son visage se tendit. Elle recula et s’excusa auprès de Derek. — Je dois répondre, c’est urgent, je reviens dans quelques minutes. — Prends ton temps. JJ quitta la pièce d’un pas pressé, ferma la porte derrière elle et décrocha en restant à l’écart des autres agents présents sur la plate-forme. — Em’ ? ******* Assise sur le bord du lit, Emily ferma les paupières un instant. Le son de la voix de JJ à l’autre bout de la ligne ramenait une foule d’émotions, un nombre incalculable de souvenirs. Ce seul surnom pour seule réponse à l’appel la fit tressaillir. JJ ne l’avait pas oubliée et avait attendu ce contact depuis longtemps. Le pire était sûrement qu’elle devait lutter pour canaliser l’afflux de sensations. Son cœur affolé, elle prit une inspiration avant de briser le silence. — Tu es seule ? Au silence qu’elle entendit d’abord, Emily comprit les troubles de JJ. Sa voix résonna à nouveau, confuse et empreinte d’émotions : # Je… Oui, je suis seule, mais… Dis-moi où tu es… Dismoi ce qui s’est passé… Ca fait un an et j’ai cru que… Emily comprit que JJ n’osait terminer sa phrase et prononcer le pire. — Non, la rassura-t-elle sans tarder. Elle entendait son cœur taper dans sa tête, sentait l’excitation grimper sur la voix de JJ. Elle comprenait son

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trouble après le silence radio d’une année entière. — Je vais bien, reprit-elle, émue. Je ne pouvais pas te contacter plus tôt… Elle s’arrêta dans ses répliques, bousculée par le flot incessant d’émotions qui lui montait à la tête. Ses réflexions se perdaient dans un mélange désordonné. — Comment tu vas ? ******* — Je vais bien… JJ ne semblait plus capable d’ordonner ses pensées. Elle avait tant de choses à demander à Emily, tant de choses à lui dire. Par où devait-elle commencer ? Elle lança un coup d’œil vers les vitres de la salle de réunion où se tenaient ses collègues. Sa nervosité grimpait et ses doigts grattant son front trahissaient ses émotions. — Et j’aimerais te voir… J’aimerais qu’on parle… J’ai besoin que tu m’expliques ce qui se passe et ce qui s’est passé ces derniers mois. ******* Emily soupira en silence, seule dans la chambre. La voix de Jennifer la réconfortait, redonnait un étrange sens à tout ce qu’elle faisait. Etrange parce qu’elle aurait souhaité ne jamais retourner en arrière, à l’époque de ses mensonges, de son infiltration auprès de Doyle. Jennifer lui demandait des explications qu’elle ne pourrait lui donner au risque de compromettre tout ce pourquoi elle se battait encore. Jennifer avait le droit d’exiger des réponses, surtout après un silence long d’une année. Elle aussi ne rêvait que de la revoir, de goûter à la douceur de ses lèvres, de respirer ses fragrances parfumées. — Je ne peux rien te dire pour l’instant, Jennifer, répondit-elle. Je ne suis même pas censée t’appeler et… Elle s’arrêta dans sa remarque et baissa les yeux dans le vide. Un sourire amer se dessina sur ses lèvres dans une expression déroutée. — Tu me manques, Jen’… Ces mots venaient de s’échapper de sa gorge, emprisonnés depuis trop longtemps. — Ca non plus, je ne suis pas censée te le dire… ******* JJ leva le revers de sa main devant ses lèvres. Son cœur battait plus vite et se serrait tant ses émotions étaient paradoxales. Le regard dans le vide, elle comprenait alors que les sentiments d’Emily n’avaient pas changé malgré le temps passé. Qu’avaient-elles fait pour que le destin les force à se tenir éloignées l’une de l’autre ? — JJ ? On va commencer, l’interpella Hotch’ en posant sa main sur son épaule. JJ sursauta sur la voix de son supérieur alors que son combiné restait à l’oreille. Elle en fut davantage troublée et réalisa que quelques larmes baignaient ses prunelles bleues. Hotchner s’en inquiéta et fronça les sourcils :


— Tout va bien ? JJ baissa son téléphone sans être capable d’interrompre cette communication qu’elle avait attendue tous ces longs mois. Elle essuya ses larmes de sa main et tenta un sourire. — Oui… Ca va, un petit souci familial. Hotch’ la détailla, incertain. Jamais il n’avait vu JJ dans un tel état en six ans. — Si tu as besoin de plus de temps avant de réintégrer l’équipe, je n’y vois pas d’inconvénient. — Non Hotch’, ça va, répéta JJ. Accordez-moi juste quelques minutes et j’arrive. Le chef de l’unité du BAU acquiesça d’un signe de tête et retourna vers la salle de réunion. JJ ramena le combiné à l’oreille. — Em’ ? # J’ai entendu… Je dois raccrocher de toute façon. JJ le savait et ne pouvait pas rester davantage en ligne. Elle s’efforça de se reprendre. — Rappelle-moi quand tu auras un moment… Et fais attention à toi. ******* Emily avait entendu la voix de Hotchner à travers le téléphone, telle une voix revenue du passé, réconfortante. Elle regrettait la présence de ses amis, le temps où elle n’avait pas à faire semblant, à lutter contre la moindre émotion. — Toi aussi… Elle releva ses yeux sur Elena qui apparaissait à la porte de la chambre, l’expression fermée. Emily raccrocha sans tarder et se leva pour écouter ce que son amie avait à lui annoncer. — On a retrouvé la cible, fit Elena. Emily fronça les sourcils sur cette nouvelle. Elle reprit aussitôt le cours de ses réflexions normales, dénuées de souvenirs agréables, de nostalgie ou d’émotion. Elle se hâta dans le salon, suivie de Elena et jeta la carte à puce du téléphone dans le broyeur du lavabo. — Où exactement ? Elena referma l’ordinateur sur la table et le rangea rapidement dans une sacoche. Elle se préparait à quitter l’appartement parce qu’elle savait l’impact qu’auraient ses prochains mots. — Une cinquantaine de mètres du commissariat, de l’autre côté de l’avenue, répondit-elle. ******* JJ rajusta le bas de son chemisier sur son pantalon tailleur et força un léger sourire en entrant dans la salle de réunion. — Excusez-moi, on peut commencer. Elle s’assit face à Derek puisque l’agent Seaver s’était installée près de lui dos à la fenêtre. Hotchner resta en bout de table et expliqua : — Comme vous pouvez le constater, JJ est de retour dans

l’équipe. Je n’ai pas encore eu le temps d’en parler avec vous ni avec elle mais elle reprendra son poste d’agent de liaison en attendant que l’équipe soit au complet. Il regarda la blonde et termina : — Nous discuterons de tout cela après l’enquête, JJ. La concernée acquiesça sans mesurer qu’Hotchner venait d’amener implicitement le fait qu’il avait de nouveaux projets pour elle au sein de l’équipe. Elle demeurait perturbée par l’appel d’Emily, espérait que celle-ci rappellerait dès qu’elle le pourrait. Elle devait cependant se concentrer sur ce qui se dirait dans les prochaines minutes et entendit Hotchner reprendre : — L’agent Seaver et moi-même sommes allés interroger la femme d’Andrew Bulger. Elle était à la gym lorsque son mari s’est fait assassiner. Elle ne sait pas pourquoi le meurtrier a coupé sa main gauche mais nous avons découvert que son fils de cinq ans était dans sa chambre lors du meurtre. Sa tante sera au poste en début d’après-midi. Il regarda JJ. — J’aimerais que tu t’occupes d’eux et que tu essayes d’interroger le petit garçon avec Reid. Il a forcément vu ou entendu quelque chose. — Très bien, répondit JJ. Hotch’ regarda ensuite les agents Morgan et Rossi. — Qu’en est-il de la maison de Daniel Gordon ? — Comme les autres scènes de crime, nous n’avons trouvé aucun indice. — C’est pas faute d’avoir essayé, ajouta Derek. — Je ferai d’autres recherches sur ce type dans les fichiers d’Interpol, précisa Pénélope. Un bruit sec de verre brisé résonna alors dans la salle de réunion. JJ tourna spontanément son visage en percevant comme des éclaboussures d’eau l’atteindre. Quand son regard se releva face à elle, elle vit l’agent Seaver tenir sa main sur sa poitrine, un filet pourpre de sang perler de ses doigts fins. Un autre bruit de verre retentit et, cette fois, la vitre derrière l’agent Seaver se brisa sous l’impact. — A TERRE, s’écria Derek. Sans attendre, David Rossi se précipita sur JJ pour la plaquer sur le sol. Des tirs provenant d’un bâtiment opposé au commissariat fédéral venaient de les atteindre et l’agent Seaver était touché. Hotch’ aida la jeune femme à s’allonger pendant que Reid prévenait les services d’urgence. Ventre à terre, affolée, Pénélope regarda ses amis : — Tout le monde va bien ? — Ashley est touchée, fit Aaron… Il faut l’évacuer. Dos au mur, son arme au poing, Derek se redressa pour tenter de voir le tireur mais la distance empêcha toute localisation et toutes représailles. Il s’accroupit, inquiet alors qu’Aaron faisait pression sur la blessure de l’agent Seaver qui le regardait sans rien dire, affaiblie. Il tenta de rassurer sa jeune recrue : — Ca va aller, Ashley, tenez bon… L’agent Rossi ouvrit la porte de la salle de réunion : — Je vais demander à des hommes de se déployer dans le quartier.

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Hotch’ s’inquiétait pour l’état de l’agent Seaver et celle-ci tenta d’une voix affaiblie. — J’ai froid, patron… — C’est normal, fit Aaron, vous perdez du sang. Hotch’ ôta sa veste qu’il ramena sur la jeune blonde dans l’espoir de la réchauffer. — Les ambulances arrivent, prévint Reid. Derek s’approcha de JJ qui restait dos au mur et constata très vite la blessure à son bras. — JJ… t’es blessée ! — Je vais bien, fit-elle. JJ avait mal mais s’inquiétait davantage pour l’agent Seaver. Sur les deux balles tirées, une les avait atteintes toutes les deux. Les sirènes des ambulances résonnèrent alors dans les rues alors que des flashs de l’année passée venaient se heurter à ce présent dans l’esprit de JJ. ******* Boston, 1 an plus tôt. Son arme au poing, JJ suivit les agents d’intervention à travers les couloirs sales de l’entrepôt. Plusieurs corps jonchaient le sol, des hommes de Ian Doyle abattus lors de l’assaut. Elle arriva à une porte où Derek avait disparu et se dépêcha de descendre les marches pour rejoindre Emily. Quand elle la vit à terre, un large morceau de bois enfoncé dans le ventre, son cœur se serra et elle laissa tomber son arme pour s’agenouiller près d’elle. — Em’… Derek se redressa : — Reste près d’elle, je vais chercher les types de l’ambulance. Il se dépêcha de partir et JJ prit la main d’Emily qu’elle serra doucement dans la sienne alors que l’autre lui repoussait ses cheveux bruns dans des gestes naturellement tendres. — Ca va aller… Je suis là, les médecins arrivent… Emily ne bougeait plus, sentait cette douleur intense qui lui rappelait qu’elle était toujours vivante. Elle avait craint de mourir sans revoir JJ mais JJ se tenait près d’elle en cette seconde. Emily ne savait dire si elle mourrait mais la présence de son ancienne amante l’aidait à lutter et lui donnait toute sa volonté de vivre. — Jennifer… JJ retenait ses larmes tant l’état d’Emily l’alarmait. — Je suis là, je ne te laisse pas. Derek revint, suivi des ambulanciers et des médecins qui écartèrent JJ afin de hisser Emily sur un brancard. Ils se hâtèrent de quitter les sous-sols et JJ les suivit, accompagnée de Derek. Une fois dehors, ils placèrent Emily dans l’ambulance afin de lui porter les premiers soins et, sans même demander d’autorisation, JJ monta avec eux afin de rester près d’elle. Les portes se refermèrent et, sirènes hurlantes, l’ambulance prit la direction de l’hôpital le plus proche. JJ tenait la main d’Emily, consciente que sa vie était en danger si les médecins ne parvenaient pas à la soigner. Sa

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main libre continuait de lui repousser ses cheveux bruns alors qu’elle voyait sur les traits de son visage la torture que Ian Doyle lui avait infligée. Personne ne s’était rendu compte que l’Irlandais avait fui et JJ s’en fichait puisque seul comptait l’état d’Emily. Quelques minutes plus tard, l’ambulance s’arrêta et les médecins descendirent Emily du camion pour la porter jusqu’à la salle d’opération. Un des médecins l’arrêta à l’entrée du bloc opératoire. — Vous devez attendre ici mademoiselle. Nous viendrons vous chercher dès que possible. Les portes se fermèrent et JJ se retrouva seule, angoissée, bouleversée par ce qui arrivait à Emily. Elle était déjà arrivée plus loin que l’autorisait le service de l’hôpital et devait maintenant attendre. Chaque minute semblait durer des heures. Des heures qui défilèrent et laissèrent à JJ le temps de mesurer les conséquences de son absence. Sa peine, ses inquiétudes l’entraînaient à culpabiliser, à remettre en question toutes ses décisions des derniers mois. Elle refusait de rejoindre ses amis dans la salle d’attente, voulait rester là pour s’assurer que les médecins feraient leur possible. Après cinq heures d’opération, JJ vit les portes se rouvrir et le médecin chargé du bloc ôta son masque pour s’adresser à elle. — Votre amie est vivante, fit-il en souriant. Elle s’est battue et nous avons réussi à extirper le pieu de bois sans dommage. Elle a refusé l’anesthésie totale et demande à vous voir. Je vous laisserai annoncer la bonne nouvelle à vos collègues et je vous autorise à entrer quelques minutes avant que nous la transportions en chambre. Mais ménagez-la, elle est encore très faible. JJ sentit un soudain soulagement ôter ce poids lourd de ses épaules et son cœur s’accéléra de plus belle pour lui signifier sa joie. — Merci Docteur. D’autres personnes quittèrent la salle et JJ entra dans le bloc que les infirmières terminaient de nettoyer. Une couverture avait été posée sur le ventre pansé d’Emily et celle-ci la détaillait d’un regard fatigué, un regard luttant contre le sommeil. JJ s’approcha et posa sa main sur la sienne restée sur le matelas. — Hey… Emily prit quelques secondes pour détailler le visage de JJ. Elle aurait préféré la revoir dans de meilleures conditions. La mort l’avait frôlée et elle avait senti son souffle froid la glacer de l’intérieur. Doyle courait toujours, croyait sa vengeance accomplie et partirait en quête d’un fils qu’il mettrait en danger. Elle avait échoué et son ancienne équipe avait été massacrée sans compter ses amis qu’elle avait mêlés à cette enquête. Elle serra doucement la main de JJ dans la sienne, affaiblie par les calmants injectés par intraveineuse. D’une voix fatiguée, elle expliqua : — Tu vas dire aux autres… Que je suis morte… JJ fronça les sourcils sur cette demande qu’elle n’avait pas attendue. Avait-elle seulement bien entendu ? — Em’ je…


Emily se rendait-elle seulement compte de ce qu’elle lui demandait ? Annoncer sa mort à leurs amis les dévasterait. — Je ne peux pas faire une chose pareille. — Tu le feras… insista Emily. Emily n’avait pas d’autre choix après ce qui s’était déroulé. Son passé en tant qu’agent de la CIA avait été révélé et toutes les précautions qu’elle avait prises pour le fils de Doyle étaient réduites à néant. — Pour le bien de tous… JJ vit Emily fermer les yeux, incapable de lutter davantage contre sa fatigue. Elle resta pourtant près d’elle sans bouger et sa main retourna doucement lui repousser ses cheveux bruns. Pourrait-elle le faire ? Aurait-elle la force de dire à ses collègues et amis qu’Emily était morte ? Elle en sentait son cœur se serrer dans sa poitrine, lui rappeler la cruauté d’une telle annonce qui dévasterait chacun de leurs amis. Elle était pourtant consciente des raisons qui poussaient Emily à vouloir « mourir » aux yeux du monde. Ian Doyle était vivant et ne cesserait de s’en prendre à elle et son entourage pour se venger de ses années de prison où il avait cru son fils mort. La gorge serrée, elle se décida à reculer et se dirigea vers la porte. Ce qu’elle s’apprêtait à faire marquerait leur vie à tous dans les prochains mois et les prochaines années. ******* Boston, de nos jours. JJ revint dans la salle d’attente de l’hôpital. Un médecin lui avait donné un calmant tant ses angoisses la rendaient nauséeuses. Le haut de son bras droit pansé d’une bande épaisse, un médecin avait soigné sa légère blessure. La balle qui avait traversé l’agent Seaver l’avait frôlé et JJ n’avait eu de cesse de se répéter qu’elle aurait du être assise à la place d’Ashley. Quand elle vit les mines fermées de Hotch’, Derek, Reid, Rossi et Pénélope, son palais s’assécha avant qu’elle n’ose demander : — Comment va-t-elle ? Personne n’osa prononcer la terrible nouvelle mais Hotch’ n’eut d’autre choix : — La balle a touché le cœur. Elle n’a pas survécu à l’opération. JJ détourna son regard, sa gorge nouée et le cœur serré. Elle aurait du mourir à la place de la jeune, se disait-elle maintenant. Si Emily ne l’avait pas appelé avant de commencer la réunion, JJ ne se serait pas tenue debout devant ses anciens collègues. Elle ne connaissait pas l’agent Ashley Seaver mais tout ce qui se passait aujourd’hui la ramenait aux évènements qui avaient précédé l’enterrement d’Emily. Sous la pression, elle ne put réfréner ses larmes et Pénélope vint la prendre dans ses bras, compatissante et tout aussi peinée. ******* Emily gardait ses mains agrippées au volant, le pied appuyé sur la pédale d’accélérateur. Elle craignait d’en-

tendre le résultat des représailles sanglantes de Doyle. L’annonce de Elena au sujet de la position de l’Irlandais devant le commissariat se répétait dans sa tête. Elle redoutait le pire. Doyle était capable de tout. A présent, elle le poursuivait dans les avenues de Boston afin de le rattraper, d’en finir avec lui et toute cette histoire. Elena et elle s’étaient déployées dès qu’elles avaient aperçu Doyle et ses compagnons sortir du bâtiment. Elle accéléra davantage et emboutit l’arrière du quatre-quatre de l’Irlandais. Ce dernier dérapa et heurta les voitures garées le long du trottoir avant de bifurquer vers une avenue perpendiculaire. Leur véhicule zigzaguaient entre les autres, brûlaient les feux de circulation. Emily ouvrit la valisette posée sur le siège passager tout en conduisant et saisit le fusil d’assaut à l’intérieur. D’un coup de volant, elle roula sur le trottoir afin de dépasser la file de voitures arrêtées au feu rouge. Les passants s’écartèrent sur leur passage, effrayés. Le quatre-quatre de Doyle fit un tête-à-queue et s’écrasa contre une grosse poubelle avant de stopper net. L’Irlandais sortit du véhicule et tira sur celui d’Emily qui se pencha sur le côté pour s’abriter des balles. Elle freina sèchement et quitta la voiture cabossée à la hâte et armée. Elle se mit à courir après son ancien amant, à travers l’avenue. Ce dernier bouscula un jeune couple et tira une nouvelle fois en direction d’Emily. Lunettes de soleil sur le nez, cheveux attachés, celle-ci se dissimula derrière un véhicule garé sur le bord avant de reprendre sa course derrière lui. Elle l’aperçut traverser, sauta sur le toit d’un quatre-quatre, puis un autre et prit le temps de viser avant de tirer. Doyle sembla chanceler, touché à l’épaule, mais repartit pour s’engouffrer dans une petite rue et entrer par une des portes à l’arrière du bâtiment. Emily ramena son poignet devant les lèvres, sur les traces de Doyle. — Il est entré dans un bâtiment… A l’angle d’Upton et Ivanhoe. # Reçu. A la hauteur de la porte restée ouverte, elle se plaqua contre le mur et jeta un œil à l’intérieur. De nouveaux coups de feu retentirent et Emily entendit les balles siffler à son oreille. Elle se tourna, répliqua aussitôt en tirant à l’intérieur avant de se remettre à couvert. La voix de Doyle retentit : — Le sang pour le sang, ma chère ! Te décimes les miens, je fais de même. Ton amie blonde est déjà tombée, les autres ne tarderont pas à la rejoindre ! Des bruits de pas résonnèrent dans les escaliers. Emily avait resserré son point autour de la crosse de son arme. Les paroles de Doyle la glaçaient d’effroi. Avait-il tué JJ ? Son cœur s’affolait sur cette question, mais elle ne devait pas se laisser influencer par ses émotions, devait compartimenter. Elle pénétra dans le bâtiment à son tour pour gravir les marches quatre à quatre. Elle aperçut des tâches de sang sur le sol en béton et se colla au mur pour éviter une autre rafale de balles. Elle grimpa les escaliers, poussée par l’adrénaline et la détermination qu’elle nourrissait depuis plus d’un an. Son esprit avait écarté ses craintes, ses doutes au sujet des représailles de Doyle

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contre Jennifer pour ne se focaliser que sur sa chasse. Arrivée au dernier étage, elle franchit l’unique porte et se retrouva sur le toit du bâtiment. Elle fouilla les lieux des yeux et aperçut Doyle courir vers le rebord sud, à une cinquantaine de mètres d’elle. Elle n’avait pas la position idéale nécessaire pour tirer sur lui, des antennes, des blocs de béton faisaient obstacle. Elle se précipita à sa suite, se dissimula derrière un muret afin d’éviter d’autres balles. Un ronflement se fit entendre, la poussière se souleva autour d’elle avant qu’un hélicoptère entièrement noir s’élève par dessus le rebord du bâtiment. Elle jeta un œil sur l’appareil et reconnut un des hommes de Doyle assis à l’arrière, la porte ouverte. Elle saisit son fusil d’assaut, l’arma et se redressa pour tirer sur l’hélicoptère. Les amis de Doyle répliquèrent aussitôt pour permettre à ce dernier de monter dans l’appareil. Une des balles d’Emily perça la coque moteur d’où une fumée blanche s’échappa, mais l’hélicoptère s’éloigna avec Doyle en direction du port. La mâchoire crispée, elle ramena son poignet devant ses lèvres et indiqua : — Il est à bord d’un hélicoptère, direction le port. # Nos véhicules sont en route. Emily rebroussa chemin et pénétra à l’intérieur du bâtiment afin de redescendre à la hâte. A présent, ses réflexions revenaient sur ses amis, sur JJ, sur l’attroupement de véhicules de police devant le commissariat. Doyle avait répondu à ses attaques indirectes, elle en était certaine. Elle espérait seulement qu’aucun de ses anciens compagnons ne fut touché ou tués. Elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même et dans un sens, elle avait attendu que Doyle réplique pour le dénicher. Arrivée au rez-dechaussée, elle quitta le bâtiment et grimpa aussitôt dans le quatre-quatre qui l’attendait. Sur le siège passager, elle ôta son oreillette, ouvrit sa veste et jeta un œil sur sa blessure au bras. — On a un de ses gars, annonça Elena en voyant le sang sur le bras d’Emily. Cette nouvelle était le moindre des réconforts pour Emily. Une fois de plus, Doyle lui avait échappé, tel le lâche qui préférait se terrer plutôt que de l’affronter. A présent, les choses étaient claires : il la savait en vie. Elle enleva ses lunettes de soleil et tourna ses yeux sur son amie pour demander aussitôt ; les traits tirés : — Des nouvelles du commissariat ? Au volant, Elena hésita mais annonça. — Un agent de l’équipe a été touché et transporté aux urgences mais je ne sais pas dans quel hôpital. L’expression d’Emily s’assombrit sur ces mots et son esprit ne songeait plus qu’à JJ, qu’à ce que Doyle lui avait dit. Elle ne voulait imaginer le pire, envisager de perdre Jennifer. A présent, elle devait s’assurer de la situation, savoir lequel de ses amis avait été atteint. Elle numérota sur son portable et le ramena à l’oreille. # Oui ? —Trouve-moi le nom de l’hôpital où a été transportée la victime du commissariat. Elle attendit quelques secondes, la peur chevillée au corps et entendit :

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# A l’hôpital général, près du centre. Emily raccrocha et s’adressa à Elena : — A l’hôpital général. Elena fronça les sourcils sur l’ordre donné par son amie, peu certaine. — On n’est pas censé… — On y va, la coupa Emily. Sur cet ordre, Elena n’eut d’autre choix que d’obéir. Elle changea donc de direction pour se mettre en route vers l’hôpital indiqué. ******* Hotch’ s’était éloigné dans le couloir afin de répondre à un appel urgent. Il revint vers son équipe qui attendait dans le hall d’accueil et expliqua : — Plusieurs coups de feu ont été signalés dans le bâtiment où se trouvait le tireur. Deux de nos agents ont pris en chasse deux personnes mais l’une d’entre elles s’est échappée par hélicoptère. La deuxième personne était un agent de la CIA. — La CIA ? s’interloqua Pénélope. Elle s’emballa sans laisser Hotch’ répondre : — Alors ça recommence ? Ian Doyle est impliqué, c’est ça ? C’est lui qui a tué ces hommes ? — Nous n’en savons rien, reprit Hotch’ mais l’un des agents en charge de l’enquête est en route et nous aurons bientôt les réponses à nos questions. JJ fronça les sourcils. Cette personne était-elle au courant qu’Emily était vivante et d’ailleurs, Emily était-elle impliquée ? Derek se tenait debout, bras croisés, la mine fermée et la gorge serrée. Un deuxième agent était mort et si Ian Doyle en était le responsable, il se jurait intérieurement d’avoir sa peau. — Alors on fait quoi ? fit-il. On attend qu’ils donnent leurs ordres ? Par leur faute, Emily est morte l’année dernière… Aujourd’hui, c’est Ashley ! JJ sentait le ton de Derek monter et comprenait que son ami soit à cran. Elle ramena sa main sur son épaule. — Avant de nous emporter, attendons d’avoir des explications. — Derek a raison, reprit David Rossi. Nous avons perdu deux de nos agents par leur faute. Nous payons le prix de leurs erreurs et des innocents se font tuer. David regarda Aaron Hotchner. — Hotch’, nous allons avoir besoin de renfort et la CIA a tout intérêt à nous donner toutes les informations dont ils disposent pour que nous retrouvions Ian Doyle. — Nous n’avons aucune certitude qu’il soit impliqué, répondit Hotch’. Rien ne prouve que cette attaque soit liée à notre enquête. — Pourquoi on s’en prendrait à nous ? demanda Pénélope. — C’est à nous de le découvrir, fit Hotch’. Il regarda JJ et Reid : — JJ, j’aimerais que tu retournes au commissariat. Le fils d’Andrew Bulger devrait être arrivé. Reid vient avec toi. Il regarda Pénélope :


— Garcia, essaye de voir si des caméras auraient filmé le bâtiment et si nous pouvons avoir des images de ce qui s’est passé. — De mon côté, je vais voir si on peut identifier le propriétaire de l’hélicoptère qui a aidé notre tireur, fit Rossi. — Très bonne idée, fit Hotch’. Il regarda ensuite Derek. — Morgan tu viens avec moi pour rencontrer le responsable de l’unité de la CIA. ******* Emily avait demandé à Elena de se garer à une cinquantaine de mètres de l’entrée des urgences, non loin des véhicules sombres du FBI. A l’abri des regards, elle se rongeait les ongles, anxieuse. Elle n’avait pu avoir le nom de l’agent touché par l’attaque de Doyle et espérait ne pas entendre celui de Jennifer. Elle avait été formée pour endurer toutes sortes de malheurs, de tortures autant physiques que psychologiques, mais se révélait un bien piètre agent en cet instant. Quand elle posa ses yeux sur Reid suivi de JJ, elle se redressa et poussa un soupir de soulagement. Doyle s’était-il trompé ? Pourtant, elle apercevait une écharpe maintenir le bras de JJ. Avait-il pu la rater ? Elle avait du mal à le croire. Elle détailla Jennifer marcher jusqu’à un des véhicules noirs accompagnée de Reid et son cœur se serra dans un sentiment amer de regrets. Elle regrettait l’époque où elle recevait les ordres de Hotchner, où elle enquêtait avec ses amis. Rien n’était plus semblable et rien ne le serait désormais. Son portable vibra et elle le saisit pour répondre. — Oui ? # Votre position ? — Hôpital Général, Boston, monsieur. # Qui a été touché ? Emily prit un instant avant de répondre. Son supérieur ne parlait certainement pas d’un agent du FBI, mais d’un de ses coéquipiers. — Aucun. Elle entendit un silence à l’autre bout avant que son supérieur de reprenne : # L’agent spécial Seaver a été tuée. Qu’en est-il de la cible ? Emily fronça les sourcils sur cette annonce, déstabilisée. Elle ne connaissait pas beaucoup l’agent Seaver, mais avait travaillé quelques semaines avec elle. Elle repoussa toutes ses réflexions de côté et répondit à son supérieur en faisant signe à Elena de repartir : — La cible nous a échappé, mais nous avons capturé l’un de ses hommes. # La situation est fâcheuse. La fusillade dans la rue, la poursuite en voiture en plein centre… Maintenant, le FBI veut des explications et nous ne pouvons étouffer cette affaire suite à la mort d’un de leurs agents. Tâchez de rester discrète si vous ne voulez pas compromettre votre couverture. Emily comprenait les remontrances de son supérieur après son échec, la fuite de Doyle en hélicoptère.

# L’agent Hotchner a demandé à discuter avec le responsable de l’unité en charge de l’opération. En d’autres termes, Emily était donc censée rencontrer son ancien supérieur afin de répondre des actes de l’Agence et de négocier une collaboration. # Vous avez encore carte blanche pour décider de la suite des opérations. Il va sans dire que nous préfèrerions garder le maximum d’informations confidentielles. Veillez à retrouver la cible au plus vite. Son supérieur raccrocha et Emily laissa un profond soupir s’échapper de sa gorge. La CIA n’avait pas tardé à la rappeler après l’annonce de sa propre mort. Ils étaient venus la voir à l’hôpital, lorsque JJ était rentrée chez elle et elle avait accepté leur proposition qui rejoignait ses projets. Poursuivre Doyle jusqu’à l’éliminer s’accordait avec ses plans. A présent, et depuis un an, elle était en charge de l’unité 18, des agents hautement formés, triés parmi les meilleurs pour dénicher, localiser et éradiquer les menaces terroristes. Ses supérieurs lui avaient donné tout pouvoir pour mener l’opération Glanadh traduit « nettoyage » du gaélique, la langue maternelle de Doyle. — Quels sont les ordres ? demanda Elena. — Tu vas rencontrer l’agent spécial Hotchner. Tu vas te faire passer pour la responsable de l’unité et accepter sa demande de collaboration. Elena n’était pas étonnée par cette décision prise par Emily qui voulait de toute évidence garder sa couverture intacte. — Il risque de poser beaucoup de questions, répondit-elle. — Tu leur diras que l’unité continue de traquer Doyle après la mort de leurs anciens agents, que la perte d’un des leurs n’aurait pas dû se produire, mais que nous veillons à arrêter le responsable principal de tous ces meurtres. — Et que fait-on pour la suite de l’opération s’ils sont impliqués ? Emily reporta son regard vers la vitre derrière laquelle défilaient les bâtiments de la ville. Une nouvelle fois, elle se força à écarter ses pensées de l’agent Seaver, de ses amis et de JJ afin de rester concentrée sur leur mission. — Les ordres restent les mêmes. Nous nous chargerons de faire parler celui que vous avez réussi à capter et tu préviendras l’équipe d’Hotchner qu’ils sont les prochaines cibles de Doyle. Le principal pour Emily était de garder Doyle à l’écart de ses amis afin qu’il ne révèle pas la supercherie au sujet de sa mort inventée. Elena se gara dans un parking souterrain proche du commissariat et Emily se tourna sur elle. — Le moins de renseignements possible. Elena installa un petit micro sous sa chemise, accroché à son pendentif et acquiesça. — Entendu. Emily regarda sa coéquipière descendre du véhicule et marcher vers la sortie du parking, en direction de l’entrée du commissariat. Elle aurait voulu prendre sa place, faire face à Hotchner, à ses amis, les retrouver, leur dire que

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tout rentrerait dans l’ordre. Trop de choses étaient en jeu et, Doyle vivant, ils couraient tous un grand danger. L’Irlandais n’avait pas hésité à tuer Seaver. Une fois de plus, il avait fait preuve d’une impitoyable cruauté pour la retrouver, pour la pousser à refaire surface. L’agent Seaver avait laissé sa vie pour payer les pertes dans le camp de Doyle. Pourtant, Emily continuait de se rassurer à l’idée que JJ n’avait pas été tué. Pouvait-il exister des moindres morts ? Des moindres maux ? Au sein de la CIA, il fallait le croire. Emily ramena ses doigts à ses lèvres et se rongea un ongle, tendue, crispée par le cours de cette mission qui n’en finissait pas. Elle ramena l’oreillette à son oreille afin de se préparer à écouter l’entretien entre Elena et Hotch’. ******* JJ entra dans le bureau destiné aux interrogatoires des jeunes enfants. Dans un coin de la pièce se trouvaient plusieurs caisses de jouets, et le fils d’Andrew Bulger était assis près de sa tante devant une table où il rassemblait quelques pièces d’un puzzle. Reid resta debout et JJ s’installa en face du jeune garçon. — Salut Steven, je m’appelle JJ et mon collègue s’appelle Spencer Reid, je fais partie du FBI et nous devons te poser quelques questions pour retrouver la personne qui a fait du mal à ton papa. Le petit garçon ne répondit pas et ne releva pas ses yeux sur les deux agents. Seule sa main marqua une courte pause dans sa tâche avant d’assembler deux pièces du puzzle devant lui. JJ avait l’habitude de ce type d’interrogatoire avec de jeunes témoins, interrogatoire qui exigeait une grande patience et beaucoup de douceur. Pour cette raison, Hotchner s’adressait à elle ou l’agent Reid pour les mener à bien. JJ poursuivit donc : — Steven, ta maman nous a dit que tu étais dans ta chambre le soir où cette personne est venue chez toi. Tu te souviens de cette soirée ? Tu te souviens de ce que tu faisais ? Le petit garçon acquiesça d’un signe de tête en seule réponse et sans relever ses yeux devant lui. A l’écart, Spencer le détaillait, analysait sa façon de se tenir, de réagir face aux questions de JJ. Cet enfant âgé de cinq ans seulement avait peur, se rapprochait de sa tante dès qu’une question lui était posée. Celle-ci, protectrice, le tenait contre elle, son bras enlacé autour de ses épaules. Le rôle de JJ était donc de mettre le jeune garçon en confiance, de le replacer dans le contexte qui avait précédé la mort de son père. Cette tâche était délicate, mais Steven Bulger était leur seul témoin. JJ approcha ses mains des pièces du puzzle et en tendit une à Steven Bulger. Un geste qui signifiait à l’enfant qu’elle était face à lui pour l’aider. Steven prit la pièce qu’il emboîta dans les autres et JJ demanda : — Steven, est-ce que tu étais dans ta chambre ce soir là ? Steven acquiesça d’un signe de tête. — Tu y es resté ? enchaîna JJ. Cette fois, Steven répondit de façon négative alors que sa mère avait été catégorique sur le fait que son fils n’avait

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pas quitté sa chambre et que son témoignage serait inutile. JJ devait être prudente, douce et subtile dans ses questions afin de ne pas heurter le jeune garçon. — Es-tu descendu dans le salon, Steven ? — Est-ce que tout cela est vraiment nécessaire ? s’inquiéta la tante de Steven. — Malheureusement oui, répondit JJ. Vous devriez sortir un instant madame Whiteman. Je m’occupe de Steven et tout va bien se passer. Spencer se redressa, conscient que leur jeune témoin parlerait davantage s’il se retrouvait seul avec JJ. Sa tante avait insisté pour participer à l’interrogatoire mais le moment était venu d’interroger l’enfant seul. — Venez avec moi, madame Whiteman. Il y a une machine à café juste devant la porte. A contre cœur, madame Whiteman se redressa et Steven Bulger resta immobile. Il suivit sa tante des yeux, incertain, mais finit par reporter son attention sur le puzzle. Ses doigts cherchèrent les pièces, seul moyen d’échapper et de penser au drame qui s’était tenu chez lui quelques jours plus tôt. JJ ramena sa main sur celles du petit garçon. Elle devait capturer son attention, raviver de douloureux souvenirs pour obtenir des détails précis de l’agresseur de son père. — Steven… Parle-moi de ce que tu as vu quand tu as quitté ta chambre. Tu as vu le monsieur ? Le jeune garçon releva enfin son regard confus et rouge sur JJ et sa petite voix résonna : — C’était pas un monsieur… JJ fronça aussitôt les sourcils sur cette réponse. Avaitelle seulement bien entendu ? Le meurtrier n’était pas un homme ? Mais alors, qui aurait pu commettre ces meurtres ? ******* — Je suis l’agent Elena Rivoli, responsable de l’unité 18. Vous devez être l’agent Hotchner ? Ce dernier serra la main de la jeune femme devant lui et répondit : — Oui, et voici l’agent Morgan. A son tour, Derek serra la main de l’agent. — Toutes mes condoléances pour la perte de l’agent Seaver, fit-elle. Croyez-moi, nous faisons notre possible pour arrêter le responsable. — Justement, qui est derrière tout ça ? interrogea Derek. — Ian Doyle et d’autres de ses recrues. — Pourquoi nous ont-ils attaqués ? demanda Hotchner. Sur cette question, Elena devait faire preuve d’intelligence et mener les agents fédéraux sur une autre piste que celle d’Emily ou de l’unité 18. — Vous êtes chargés de l’enquête sur les hommes assassinés. Doyle, comme vous avez déjà pu le constater, a l’habitude de lancer ce genre d’avertissement. — Alors quoi ? demanda Derek, tendu par cette affaire et les répercussions terribles sur leur équipe. Il va s’en prendre à chacun d’entre nous jusqu’à ce qu’on abandonne ?! Elena ne vacilla pas face au ton exaspéré de l’agent Mor-


gan qu’elle comprenait. — En effet, c’est pour cette raison que nous essayons de le localiser pour l’arrêter. Hotchner gardait ses sourcils froncés, perplexe et songeur. Les éléments de l’enquête, les faits et les réponses de l’agent Rivoli ne semblaient pas s’emboîter parfaitement. Ces explications ne sonnaient pas toutes cohérentes visà-vis des preuves qu’ils avaient déjà recueillies. — Donc Ian Doyle serait responsable de l’assassinat de ces hommes ? demanda-t-il. — C’est ce que nous soupçonnons en effet et nous sommes prêts à collaborer avec vous pour résoudre cette enquête au plus vite, répondit Elena. — Que pouvez-vous nous dire sur la fusillade qui a eu lieu près du centre après l’attaque contre le commissariat ? demanda Derek. — Un de nos agents s’est lancé à la poursuite de Doyle, mais il s’est enfui par les airs. Nous faisons des recherches concernant l’hélicoptère et sa provenance. Hotchner restait méfiant et détaillait cette jeune femme devant lui, bras croisés. Sa dernière réponse était vraie puisqu’ils avaient appris qu’un des agents de la CIA avait été impliqué dans la fusillade. Pourtant, il n’en demeurait pas moins soucieux et incertain. La CIA n’avait pas pour habitude de faire équipe avec le FBI et leur manière d’agir s’opposait à la leur sur beaucoup de points. Aussi, la CIA et ses employés passaient maîtres dans la dissimulation de preuves et de renseignements. Ils entendirent frapper et la porte s’ouvrit sur l’agent Jareau qui s’arrêta net quand elle reconnut Elena. Pourquoi cette dernière était-elle ici ? Et la réponse en fut évidente quand elle se rappela de leurs conversations dans l’avion. Elena était donc responsable de l’unité 18. Cela signifiait-il qu’Emily était retournée à la CIA ? — JJ ? Que se passe-t-il ? La blonde dut prendre une courte pause pour se resituer et regarda Hotch’. — Le petit a parlé, je voulais vous tenir informé. — Qu’a-t-il dit ? demanda Elena, incertaine de l’interrogatoire du jeune fils d’Andrew Bulger. JJ regarda Hotch’ qui lui fit signe de répondre à l’agent de la CIA. — Il m’a parlé d’une femme qui s’est adressée à lui. Elle lui aurait demandé de retourner dans sa chambre jusqu’à l’arrivée de la police. L’agent Hotchner fronça les sourcils sur cette information inattendue et, avant qu’il ne demande davantage de détails, Elena intervint : — C’est impossible. — Pour quelle raison ? demanda Derek. — Le tueur n’aurait pas demandé à l’enfant des Bulger de repartir, surtout si l’enfant a vu son visage, vous le savez. Il y a erreur. Les agents présents dans la pièce admettaient l’évidence de cette remarque, ce qui compliquait davantage l’avancée de l’enquête. Dans son raisonnement, Derek demanda à JJ : — Et ce qu’il t’a dit l’avoir vu ?

— Il était en face d’elle comme nous nous parlons. Il n’a pas vu son visage mais il est totalement en âge de reconnaitre la voix d’une femme. — Elle était donc cagoulée, fit Hotch’. — Certainement, approuva JJ. Elena intervint dans leur raisonnement. — En s’adressant à lui, le tueur a pu prendre une voix plus douce que le petit aurait entendue comme étant une voix de femme… Quoiqu’il en soit, nous chercherons dans nos dossiers pour voir s’il existe une femme dans l’entourage de Doyle. Hotchner demeurait sur ses réserves, peu convaincu par ces éléments et leurs déductions. Il reporta son regard sur JJ. — Nous réinterrogerons le petit plus tard. Il se peut qu’il soit sous le choc et que ses souvenirs se mélangent avec d’autres. Elena jeta un œil sur JJ, hésita un instant et regarda le responsable de l’équipe du FBI : — Je suggère que l’agent Jareau se joigne à nous afin de vous transmettre les informations que nous obtiendrons au fil de notre enquête. Hotchner fut surpris par cette proposition vraisemblablement utile qui leur permettrait de mettre en commun les résultats de leurs enquêtes. — Elle vous rejoindra dès demain. JJ n’aimait guère cette idée même si elle voulait croire que cette femme la conduirait à Emily. Elena Rivoli s’adressa à elle : — Un de nos agents viendra vous chercher demain matin et vous aurez accès aux pièces du dossier de Ian Doyle que nous avons réunies au cours de ces douze derniers mois. Elena Rivoli reporta son attention sur l’agent Hotchner et lui sourit. — Je suis certaine que nous ferons de l’excellent travail agent Hotchner. Elle salua les deux hommes ainsi que l’agent Jareau puis quitta la pièce sous le regard incertain de Derek. — Je ne l’aime pas, fit ce dernier sans attendre. — Moi non plus, confia Hotchner. Mais si cette alliance temporaire nous permet d’arrêter Ian Doyle et les responsables de la mort d’Ashley, nous ferons équipe. ******* Dans la voiture, Emily gardait un léger sourire aux lèvres, incapable de le contenir. Elle venait d’entendre la proposition judicieuse de son amie auprès d’Hotchner et ne pouvait que s’en réjouir. De cette façon, elle reverrait JJ, passerait du temps avec elle et lui expliquerait peut-être les détails de l’affaire. Pourtant, elle savait que cette délicieuse idée s’avérait à double tranchant. Près de JJ, sa liberté d’action diminuerait, ses actes seraient entravés parce que Jennifer n’avait pas reçu de formation à la CIA, mais au FBI. Le principal était qu’au moins, elle serait à même de veiller sur elle, d’empêcher Doyle de l’approcher.

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Elena rentra dans la voiture, s’installa derrière le volant et démarra sans tarder. — Je suis sûre que tu trouves mon initiative plus que correcte. — C’est pour cette raison que tu as pris ma place devant eux, répliqua Emily sur un ton plus léger. — De toute façon, je n’avais pas d’autre choix, reprit Elena. Ton ancien supérieur ne nous aurait pas lâchés aussi facilement. Au moins, l’agent Jareau est informée de certaines choses. Dès demain, Emily et son équipe devraient composer avec la présence de JJ, poursuivre leur mission avec elle. Les ordres n’avaient pas changé malgré cette collaboration limitée avec le FBI. Emily ne perdait pas de vue son objectif et comme le disait Elena, Jennifer détenait déjà quelques informations confidentielles. ******* Spencer Reid posa un dernier dossier sur la table de la nouvelle salle de réunion que l’équipe avait investie. Cette fois, aucune fenêtre ne permettrait de voir ce qui se passait. Hotchner avait tenu à faire une dernière réunion avant de laisser ses subordonnés prendre un peu de repos. Tous étaient sous le choc de la mort de l’agent Seaver, des tirs qui avaient touché JJ. Hotch’ la vit entrer, la manche de son chemisier relevée jusqu’à son aisselle tant la bande épaisse empêchait de l’abaisser. Elle avait changé de chemisier puisque l’autre avait été tâché par le sang. Il expliqua à tous : — Nous avons tous passé une dure journée. Et avant que vous rentriez à votre hôtel pour vous reposer, sachez que nous avons rencontré la responsable de l’unité 18 de la CIA, Elena Rivoli. Elle nous a confirmé que les hommes assassinés à Boston étaient ceux de Ian Doyle. D’après l’agent Rivoli, son objectif est de nous détourner de l’enquête. Etant donné l’urgence et la gravité de la situation, elle nous a proposé de travailler avec ses agents en place pour arrêter ensemble Ian Doyle et ses hommes. Il prit une courte pause et continua : — Exceptionnellement, JJ rejoindra leurs bureaux dès demain matin afin d’étudier leurs dossiers et nous transmettre les éléments utiles à l’affaire. Vous avez des questions ? — Oui, répliqua Reid sans attendre. Qu’en est-il du témoignage de Steven ? Il a été très clair, Hotch’, il a vu une femme. Nous savons que Ian Doyle refuse de fréquenter des femmes depuis qu’Emily l’a trahi. Vous ne trouvez pas ça étrange ? — Je te répondrai quand nous aurons en main toutes les pièces du dossier. Un an est passé, le profil de Ian Doyle a évolué et nous devrons en tenir compte. Le silence revint un court instant alors que JJ mesurait que la demande d’Elena Rivoli lui permettrait forcément de se rapprocher d’Emily et peut-être même de la revoir. Hotch’ rangea les dossiers face à lui : — Maintenant, rentrez vous reposer et on se voit demain

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matin. Pénélope se leva, imitée par ses collègues et suivit JJ hors de la pièce. — Je savais que c’était ce salaud de Doyle, fit-elle. Il n’en a pas eu assez de tuer Emily, c’est à nous qu’il s’en prend maintenant. JJ ne sut quoi répondre à Pénélope, inquiète en mesurant que Ian Doyle était bel et bien en chasse. Restait à savoir qui chassait qui et qui aurait sa proie avant l’autre. ******* Emily releva la porte en fer de l’ascenseur à marchandises qui l’avait menée jusqu’aux sous-sols. Son équipe avait investi un vieil entrepôt aux abords de la ville, au beau milieu d’une zone industrielle au Sud de Boston. Les lieux sentaient la rouille, le renfermé, l’humidité et les produits chimiques autrefois stockés dans ces grandes salles. Suivie d’Elena, elle longea un couloir à peine éclairé par des ampoules pendues au plafond noirci. Elle pénétra dans une pièce similaire, imprégnée d’humidité, aux murs tâchés de moisissure. Au fond, se trouvait une table en métal usée par le temps. Deux hommes, et une femme vêtus de noir l’attendaient. Assis et attaché sur une chaise en bois, l’associé de Doyle que les équipiers d’Emily avaient capturé portait un sac en toile mouillé sur la tête. Emily jeta un œil sur ses équipiers et l’un des hommes, Erwin Heismann, lui fit signe que leur captif n’avait pas parlé malgré leurs traitements spéciaux. Emily saisit l’une des chaises à disposition et la posa devant leur prisonnier pendant que la femme, Mia Byron ôtait le sac qui lui recouvrait la tête. Emily croisa les jambes, ses yeux sur l’homme de Doyle. Elle l’avait déjà croisé quelques années plus tôt, quand elle était infiltrée. James Connelly, dit « Jim » faisait partie des « nettoyeurs » au service de Ian Doyle. Un homme aux cheveux grisonnants, à l’allure dure et aux traits marqués par l’insensibilité dont il faisait preuve. Emily le vit sourire d’un air ironique et sarcastique en la voyant face à lui. — Qu’est-ce qui te fait sourire ? lui demanda Emily. — Toi, répondit-il dans un fort accent Irlandais. Doyle n’aurait pas dû être aussi gentil avec toi… Sans bouger, Emily le détailla sans rien laisser paraître sur son visage. Elle savait que ses coéquipiers avaient déjà débuté l’interrogatoire. Un interrogatoire tel qu’il se faisait à la CIA, très différent de ceux qu’elle avait connus au sein du BAU. — Où est-il ? demanda-t-elle sans détour. Jim se mit à rire et secoua la tête en signe d’exaspération. — Tu ne crois tout de même pas que je vais te répondre ! Il reprit son sérieux et fixa Emily. — Tu as tué sept de nos hommes ici sans compter les autres en Europe ! Doyle ne te lâchera jamais maintenant qu’il sait que tu es bien vivante et que tu as des choses à perdre ! Par « choses » à perdre, Emily comprenait que ses amis restaient en danger tant que Doyle courait toujours.


— Des choses à perdre ? répéta-t-elle. — Tes amis te croient morte, mais toi, tu sais qu’ils sont bien vivants… Il eut un petit sourire narquois avant de poursuivre : — Est-ce qu’ils savent que tu as repris du service et que tu te mets à éliminer tous les Irlandais du coin ? — Tu sais donc que je n’hésiterai pas, fit Emily. Ces hommes n’ont servi qu’à appeler Doyle et ça a marché puisque tu te retrouves parmi nous. Elle se redressa sur sa chaise et la rapprocha de James afin de ne laisser qu’une faible distance entre eux. — Tu seras content de savoir que vous vous êtes trompés de cible tout à l’heure… Et je n’ai jamais eu d’amis. Elle le fixa et se recula en faisant signe à ses coéquipiers d’amener le prisonnier jusqu’à la table au fond de la pièce. Erwin fut aidé par Alexeï Borovski, un ancien agent du KGB et tous les deux allongèrent James sur la table en question. Ils recouvrirent sa tête du sac, pendant que Mia s’approchait d’un grand pied de bois duquel pendait un seau. Emily s’était levée après ce bref échange. Elle reprit à l’attention de James : — J’ai tout mon temps, Jim. Erwin tira sur le câble et le seau se renversa à peine pour laisser couler l’eau sur le visage couvert de leur captif. Emily croisa les bras, ses yeux sur « l’interrogatoire » qui se poursuivait. Telles étaient les méthodes au sein de l’Agence lorsqu’un de leurs suspects se révélait récalcitrant. Il ne s’agissait plus de tueur en série, mais de terroristes formés et prêts à tout pour anéantir des populations entières. James était celui qui avait appuyé sur la gâchette et tué l’agent Seaver. Malgré ses rancœurs et son mépris pour

lui, Emily devait garder un calme imperturbable en présence de leur prisonnier. Dans la pièce froide, on entendait que le bruit de l’eau couler sur le visage de James, que sa toux et ses soubresauts sur la table. Erwin et Alexeï prenaient soin de ne pas le tuer, ni le noyer. — S’il ne parle pas, laissez-le ici dans le noir. Il réfléchira peut-être, fit Emily à l’attention de Mia. *******

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L’homophobie est à l’honneur au Concours de création littéraire Marcel F. Raymond, édition 2013 L’homophobie est le thème de la cinquième édition du Concours de création littéraire Marcel F. Raymond qui a déjà reçu ses lettres de noblesse. Organisé par L’arc-en-ciel littéraire, la vitrine de la littérature LGBT au Québec, ce concours annuel a permis à plus de 50 auteurs de la communauté de se faire connaître et de vivre une première expérience d’édition. « Le Concours de création littéraire Marcel F. Raymond a été reconnu par le Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine (MCCCF) en tant que prix littéraire du Québec », a tenu à souligner Réjean Roy, président de l’organisme. Il figure dans la base de données de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et dans le Répertoire des prix littéraires du Québec. Ce prix littéraire a été créé en 2009 en l’honneur du poète gai Marcel F. Raymond, qui a agi comme éditeur pendant 30 ans en plus d’oeuvrer au sein de mouvements ou d’organismes gais tels Les Archives gaies du Québec. Il a d’ailleurs été l’un des premiers éditeurs à oser publier une littérature gaie au Québec. Il nous a malheureusement quitté pour un monde meilleur en 2012. Géré de façon professionnelle par un jury composé de personnalités du monde littéraire, ce concours est commandité par Les archives gaies du Québec, Les Éditions de l’étoile de mer, MFR Éditeur, L’arc-en-ciel littéraire et Les Éditions Manuka. En plus de se mériter plusieurs prix, monsieur Roy confirme que tous les lauréats seront publiés dans le collectif de nouvelles et de récits de l’organisme. Celui-ci est publié en format papier et distribué au Québec par Benjamin Livres et en format numérique ou à la demande dans toute la francophonie par www.bouquinplus.com. Pour obtenir davantage d’informations sur le Concours de création littéraire Marcel F. Raymond ou pour connaître les modalités de participation, veuillez consulter le site internet de L’arc-en-ciel littéraire à http://arcenciellitteraire.voila.net.


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