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Études sur la formation des mots en francais préclassique et classique (Ukázka, strana 99)

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Le tableau comparatif (13) pour trois suffixés en -itude/– itude donne les nombres d’occurrences suivants: Tableau (13) CORDE 1550–1715

FRANTEXT 1550–1715

amplitud

48

amplitude

13

altitud

55

altitude

0

longitud

922

longitude

65

Même si les mots concernés divergent sensiblement quant à leur domaines d’emploi dans les deux langues (langue courante en castillan vs langue de spécialité en français), on peut dire, avec toutes les précautions qui s’imposent, que les différences observées peuvent être imputables en partie à la solidité de l’implantation d’un affixe (savant en l’occurrence) dans une langue donnée. 12.1.7 Dans les lignes qui suivent, nous allons tenter d’apporter quelques éléments de réponse à la question de savoir si les phénomènes de concurrence suffixale et de latinisation peuvent être, du moins partiellement, théorisés et si l’on peut dépasser ce constat plutôt pessimiste de Guiraud (1968: 49): «Les suffixes -itude et -ité sont concurrents et mal différenciés; on justifie mal des oppositions du type: lâcheté et lassitude, habileté et aptitude; bien que -ude ait, en général, des valeurs plus concrètes: longitude, platitude, décrépitude, etc.» Avant d’esquisser, du moins pour certains aspects, un cadre explicatif, il convient de faire quelques remarques préliminaires. Premièrement, il est clair que l’évolution du patron dérivationnel de format [[Adj] suff ]]Nq ou même des différents paradigmes listés ci-dessus est loin de présenter un tableau homogène. Les items évoluent à des rythmes différents en fonction de nombreux facteurs tels que la fréquence d’emploi, y compris celle de la base adjectivale, des possibles connotations ou de la rentabilité (dans le sens de Corbin 1987). Deuxièmement, il est souvent malaisé de distinguer les formations françaises et les emprunts directs au latin. Merrilees (2006: 97–98) distingue, dans un article déjà cité ci-dessus, d’un côté la dérivation «verticale», lorsqu’un item lexical français est dérivé clairement d’un autre item français (humble > humblesse), et, de l’autre côté, la dérivation «horizontale», lorsqu’un item savant est construit à partir d’un mot simple lui aussi de type savant. Ainsi, le mot facilité, attesté dès 1503 serait, d’après le FEW III.358, un emprunt direct au latin FACILITAS et attesté postérieurement à l’adjectif facile (1441, toujours d’après le FEW III.35). Limpidité (cf. FEW V. 348), attesté pour la première fois chez Furetière, présenterait la même relation par rapport à l’adjectif limpide. 12.1.8 Quant aux adjectifs/Nq à taux de fréquence peu élevé comme vaste/vastité/ vastitude, les témoignages textuels et/ou lexicographiques de leur existence sont si rares

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deuxième partie: études de cas

qu’il est presque impossible de déterminer leur statut. D’après le FEW XIV. 209, vastité et vastitude à la Renaissance, seraient des emprunts au latin apparus à la Renaissance. Nyrop (1908: 162) attribue la paternité de vastitude à Chateaubriand (cf. aussi Guiraud [1968: 42] selon lequel «le français a créé platitude, exactitude, voire vastitude ou esclavitude») selon le modèle des latinismes comme certitude, amplitude, etc. Ni vastité ni vastitude ne figurent dans les grands dictionnaires de l’époque (Cotgrave, Richelet, Furetière). Andry de Boisregard (1689: 29) cite l’adjectif vaste parmi un certain nombre d’autres qui n’admettent pas de dérivés: «On ne dit point vastité ou vastitude […]». Frantext 1550–1715 donne 2 occurrences pour vastité et aucune pour vastitude. Le TLF date en 1580 (Montaigne) la première attestation de vastité dans le sens de «caractère de ce qui est vaste», mais on trouve dans Thévet (1558: 4) le passage suivant (126): (126) […] estimant ne devoir, ou pouvoir passer oultre, pour la vastité & amplitude de la mer, qui s’estendoit iusques à son orizon, & fin de sa veuë. où le mot vastitude est interprétable dans ce sens prototypique des Nq. 12.1.9 En étudiant l’évolution des items concrets, on est le plus souvent confronté à des trajectoires très différentes les unes des autres. Prenons pour exemple les paires simplesse/simplicité et humblesse/humilité. Les deux variantes savantes, simplicité (FEW XI.636: simplex) et humilité (FEW IV.511: humilis) sont attestées en moyen français, mais à des taux de fréquence inégaux, comme le montre le tableau (14) des occurrences de simplicité/simplesse et de humilité/humblesse dans le DMF et Frantext (1550–1715), respectivement: Tableau (14) DMF: simplicité/simplesse Nombre d’occurrences

simplicité

simplesse/simplece/simplesce

9

5/20/13

humilité/humilite

humblesse/humblesce/umblesse/umblesce/umblece

364/10

13/1/5/1/1

DMF: humilité/humblesse Nombre d’occurrences

Frantext: simplicité/simplesse Nombre d’occurrences

simplicité

simplesse

705

61

Frantext: humilité/humblesse Nombre d’occurrences

humilité

humblesse

911

16

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Les dernières occurrences en date relevées dans Frantext 1550–1715 pour simplesse et humblesse datent, respectivement, de 1672 et 1620. Les témoignages métalinguistiques et/ou lexicographiques sont intéressants, mais il est difficile d’en tirer des conclusions probantes. Lewicka (1960: 172) cite l’emploi de humblesse dans le théâtre comique: «je vous prie en toute humblesse, que vous ayez pitié de nous», alors que Palsgrave (2003: 573) cite humilité comme un mot que l’anglais a emprunté au français: «tous nos noms abstraits se terminent en -nesse […], sauf dans les cas où nous empruntons des substantifs au français, comme humilite, fragilite, grauite […]». Le mot simplesse figure par ailleurs dans le Dictionnaire des rimes françoises (Le Fèvre 1587: 24) et aussi dans la partie français-italien du Dictionnaire de Canal (simplesse: semplicità), alors que la seconde partie ne connaît que semplicità: semplicité. Dans une remarque bien connue consacré au mot humilité, Vaugelas (1647: 234) estime que «l’usage de ce mot en nostre langue est purement Chrestien [...]». Presque un siècle plus tard, Andry de Boisregard (1689: 639) estime que le terme simplesse «peut avoir sa place» et qu’ «il ne se dit bien que d’une action de simplicité, c’est une simplesse qu’il a fait, pour dire que c’est une action de simplicité. Je ne crois pourtant pas ce mot fort usité». La Touche (1730: 549) reprend à ce sujet le jugement qui apparaît déjà dans le Richelet: «Ce mot ne se dit plus qu’un riant dans cette phrase, Il ne demande qu’amour, & simplesse.» 12.1.10 Il semble pourtant que certains phénomènes observables dans une perspective diachronique peuvent rentrer dans un cadre explicatif, autrement dit qu’ils peuvent être théorisés, ne serait-ce que partiellement et au niveau d’hypothèses de travail. Nous allons commencer par présenter – et illustrer par des exemples – un cadre explicatif que l’on peut appeler paradigmatisation.

12.2 paradigmatisation 12.2.1 Le phénomène de paradigmatisation et de pression paradigmatique responsable d’un certain niveau d’uniformisation d’un paradigme donné est un processus relativement bien connu (cf., entre autres, Guiraud (1967: 192), Bybee 1985, Bybee 2007, Booij 2008, Booij 2010: 233, Vallès 2003), en particulier dans le domaine de la morphologie inflectionnelle, comme le fait observer Janda (2007: 646): «Historical linguists are very familiar with the fact that paradigms change and that paradigm change often seems motivated by the various parallels that exist within and across paradigms. It appears that successive generations of speakers perceive and use these parallels to make the inflectional patterns of their language more regular.» Le même type d’attraction exercée par un paradigme sur ses membres potentiels est également observable en morphologie constructionnelle. Il peut être également à l’origine de la formation de nouveaux items lexicaux: «In some cases, the paradigmatic force seems to be a major factor allowing the coining of a new word, whether or not another member of the appropriate paradigm is textually adjacent» (Bauer 2001: 72).

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