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Rationalisation du travail et photographie

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Rationalisation du travail et photographie

Les petits cahiers critique

Comment prendre la photographie à contrecourant? En autorisant la coexistence alternée des rôles du «critique» qui pense et écrit sur la photographie, et de l’«artiste visuel» qui prend ou utilise des photographies, si difficile cela soit. (...)

Allan Sekula, La photographie à contre-courant, une introduction

Avec la séparation généralisée du travailleur et de son produit, se perdent tout point de vue unitaire sur l’activité accomplie, toute communication personnelle directe entre les producteurs. Suivant le progrès de l’accumulation des produits séparés, et de la concentration du processus productif, l’unité et la communication deviennent l’attribut exclusif de la direction du système.

Guy Debord, La Société du Spectacle

Une nouvelle puissance sociale p.6

Décomposer et abstraire le corps

Rationaliser le travail

Intensifier le capital

Une violence supplémentaire

Le facteur temps

Note personnelle

Héritage

Ultimes et dernier développements

Notes

Index des images

Bibliographie

Avec ses 186 ans seulement, la photographie est une technique relativement jeune. Officiellement présentée à l’Académie des sciences de Paris en 1839 par François Arago, il ne fallut que peu de temps avant que celleci ne soit utilisée à des fins politiques, répressives et instrumentales1.

Le «système Bertillon» par exemple fut adopté par la police de Paris dès 1883, ce afin d’identifier les «personnes criminelles» et ainsi prévenir durablement les actes de récidives. La paupérisation s’accentuant durant cette période d’intensification de concentration capitalistique, il fallait garder en vue et sous contrôle les masses de personnes alors jetées sur les routes et les chemins, aux abords des centres urbains ou des centres industriels grandissants.

La photographie, technique alors capable de restituer des pans du réel de manière réaliste, sera toute désignée et rapidement mise à contribution afin de réaliser ces tâches de fichage visuel.

Mais sous son jour «populaire et démocratisé», la photographie ne nous apparaît plus. Devenue aujourd’hui omniprésente et omnipotante, celle-ci est devenue banale. Une banalité démocratisée, mais qui pourtant nous traverse, nous constitue, nous affecte quotidiennent, conditionne nos imaginaires, nos choix, oriente et alimente nos désirs.

Que ce soit dans la presse ou les médias, dans les bus, les gares, les rues ou les trains, dans les albums de famille, sur les réseaux sociaux ou au travers des photos que nous faisons toutes et tous à l’aide de nos smartphones, nous n’y échappons pas.

Nous pouvons avancer sans crainte que la technique photographique a totalement bouleversé notre rapport au monde, en ayant généré dans son sillage des modes de regards et de représentations fétichiques spécifiques, aujourd’hui devenus largement paradigmatiques et dominants.

En effet, la photographie étant à la fois une production sociale, une technique sociale, un objet social, une puissance sociale, une symbolique sociale ou un fétiche social, les implications qui découlent de l’apparition de cette technique sont importantes et profondes. De l’identification judiciaire à la photographie astronomique, de la vidéo-surveillance à la photographie commerciale, les applications et les usages sont eux aussi infiniment nombreux et variés, et traversent toutes les strates de nos sociétés.

Mais avec la nécessité de la rationalisation scientifique du travail, nous allons nous intéresser ici à l’une de ces appllications spécifique, une application qui fut particulièrement déterminante au regard de l’histoire de la photographie, mais aussi au regard de l’histoire de la lutte des classes.

Décomposer le moUvement, abstraire le corps

A la fin du XIXe siècle, une nouvelle application allait être faite de la toute jeune technique photographique.

Ainsi, c’est par les travaux d’Edward James Muggebridge (1830-1904) et d’Etienne-Jules Marey (1830-1904) que commença véritablement la décomposition du mouvement de manière cinématographique2, ce environ quinze ans avant que les Frères Lumières ne déposent le brevet du Ciné matographe en 1895, année officielle de l’invention du cinéma.

Les premières expérimentations de décomposition du mouvement à des fins de compréhension des mécanismes Iocomoteurs se feront d’abord sur des animaux tels que des chats (page 9, haut), principalement sur des chevaux (page 9, bas), ou encore sur des oiseaux.

Dans une période où règnait, à l’égard des sciences, des philosophies mécanistes et positivistes, une croyance démesurée, il ne faut guère s’étonner que les êtres vivants, intelligents et sentients furent alors considérés comme des machines - des automates - dont les mécanismes sont déchiffrables et quantifiables de manière scientifique et cartésienne.

Dans le même temps, le principe fut également appliqué à l’être humain, notamment sur des athlètes (page 8, haut) .

Etienne-Jules Marey fut le précuseur de ces techniques, similaires, nous allons le voir plus loin, à celles qu’utilisèrent le couple Gilbreth quelques décennies plus tard.

Daté de 1885, le dispositif dont le film tiré sera nommé L’Homme Machine, consistait en la disposition de petites pastilles sur les articulations des membres (chevilles, jambes, hanches, coudes, épaules). Une bande de tissu blanc était tendue entre elles, imitant ainsi le tracé du corps scruté et filmé de profil (page 10, bas).

En conséquence de la décomposition des actions du corps en mouvement, il devint possible d’abstraire le corps, système intelligent et sensible, au travers d’images au devenir instrumental et aux effets réifiants.

Ces découvertes, ces expérimentations et ces applications ne furent pas sans conséquences. Il ne fallut que peu de temps en effet pour que la technique photographique soit appliquée et employée à des fins de contrôle et de rationalisation de l’usage des corps ouvriers, ces expérimentations prenant part à un moment historique plus large: une période ou la taylorisation, la rationalisation scientifique des chaînes de productions industrielles allait croissant.

rationaliser le travail

Ainsi, au tournant du 19e et du 20e siècles, durant la période de la seconde révolution industrielle, une étonnante application de la photographie et du cinéma allait être effectuée par un couple atypique issu de la middle class américaine3.

Né dans le Maine, Frank Bunker Gilbreth (1868-1924) fut tout d’abord maçon, avant de devenir ingénieur. Née en Californie, Lilian Moller Gilbreth (1878-1972) était elle aussi ingénieure, et s’intéressait plus particulièrement à la psychologie du travail.

Leur premier apport important sera présenté au travers de l’ouvrage intitulé Motion Study, A Method for Increasing the Efficiency of the Workmen (Etude de mouvements, une méthode pour améliorer l’efficacité du travailleur), une synthèse des premières expérimentations que mena F. Gilbreth sur des maçons et qui fut publiée en 1911.

Dans la préface de l’ouvrage, celui-ci expose son projet: il s’agit d’abord de mettre à jour et de classifier les meilleurs gestes ainsi que les meilleures pratiques pour y parvenir, ce afin d’en déduire des lois.

Il s’agirait ensuite d’appliquer ces lois afin d’augmenter les capacités productives mais aussi, selon Frank Gilbreth toujours, afin de réduire les heures de travail ou la fatigue. Il ajoute également que la tâche la plus importante réside aujourd’hui dans la standardisation des échanges commerciaux et que les études de mouvements sont une étape primordiale dans le développement de ces processus4.

Aussi, certaines de ces expérimentations et de ces observations furent réalisées en utilisant la photographie et le cinéma. En 1920, ils recourèrent notamment à la technique dite du Cycle Graph, une méthode ici toutefois exclusivement photographique - Frank Gilbreth expliquant à ce propos que la photographie fut dans ce cas plus efficace que le cinéma afin de décomposer et ainsi comprendre les mouvements effectués par les corps cobayes mis à la tâche.

Aussi, à l’aide de diodes lumineuses disposées aux extrémités des membres, essentiellement les bras et les mains (voir couverture), et à la manière du light-painting ou du motion capture contemporain, il devint possible de visualiser les tracés parcourus par les membres en mouvement.

Des temps d’exposition relativements courts (sans doute de quelques secondes à peine) furent nécessaires afin d’imprimer l’intégralité des traces lumineuses laissées par les diodes venant alors sensibiliser le film photographique (page suivante, haut).

Une fois ces représentations photographiques bidimensionnelles obtenues, les tracés lumineux étaient ensuite transposés sous la forme de petites maquettes tridimensionnelles: une modélisation permettant une visualisation des tracés dans l’espace (page suivante, bas).

A partir de ces résultats il devint possible de rationaliser les gestes laborieux en cherchant notamment à leur faire parcourir les trajets les plus courts possible, les plus efficients, les moins fatiguants ou les moins usants.

Rationaliser les gestes laborieux certes, mais aussi les postes de travail. C’est ce que l’on nomme aujourd’hui l’ergonomie: un ensemble de techniques de management ayant pour but d’adapter les environnements de production aux corps ouvriers affairés à y travailler. Dans les faits, cela ne fait que rendre l’exploitation plus supportable, tendant même à lui donner un visage «humain».

intensifier le capital

Mais dans ce contexte où la taylorisation des chaînes de production et où l’organisation scientifique du travail allait croissant, ces expérimentations contribuèrent directement à l’amélioration des conditions de travail sous le capital(isme) intensifié et donc, à une fluidification de la production accompagnée d’une intensification de l’exploitation et de l’extorsion de plus-value.

Aussi, et ce malgré la trope des philanthropes, la critique ne s’y méprendra pas: ces expérimentations renforcent l’ordre du Capital. Elles ne tendent pas à son abolition ou à l’émancipation des groupes laborieux constituant la classe et les groupes exploités par la bourgeoisie.

Dans cet environnement où la division des tâches et du travail s’accentue drastiquement, ces expérimentations auront également pour conséquence de séparer toujours d’avantage les personnes travailleuses de leur(s) tâche(s), ainsi que du fruit de leur geste social producteur confisqué par le Capital au profit de l’accumulation privée.

Une violence sUpplémentaire

Il s’agit assurément d’une forme de violence sociale supplémentaire, quoique celle-ci se fasse ici plus implicite en raison de sa nature plus sémiotique.

C’est ce que pointa avec acuité le critique et artiste marxiste américanopolonais Allan Sekula dans un essai daté de 1983 intitulé Photography Between Labor and Capital (La photographie, entre le travail et le capital).

Se référant notamment ici à Karl Marx, Allan Sekula parvient à identifier le phénomène de façon précise:

«Ce qui est perdu par la personne travailleuse spécialisée se retrouve concentré dans le capital qui la confronte. Cela résulte de la division manufacturière du travail, là ou la personne travailleuse est amenée à faire face aux potentialités intellectuelles du procès matériel de production, en tant que celui-ci s’inscrit dans la propriété d’un autre, et en tant que pouvoir qui l’écrase. Ce procès de séparation, ainsi complété à une large échelle industrielle, tend à faire de la science une potentialité de production qui, tout en étant distincte du travail, sert pourtant le capital5».

Et A. Sekula reprend lui-même: «En outre, les Gilbreths considéraient les personnes travailleuses comme étant incapables de penser par ellesmêmes. (On trouve d’ailleurs un caractère spécifique de déterminisme biologique dans la hiérarchie qu’effectue Lilian Gilbreth entre les personnes ayant un regard sur la production et les personnes ne l’ayant pas). Si c’est bien le manager qui contrôle les abstractions théoriques régissant le travail, la personne travailleuse elle se voit réduite à une sorte d’imitation mimétique, soumise à une forme d’empirisme visuel6».

Nous comprenons ici que la notion de séparation est d’une importance toute particulière, sinon capitale. Et sans prendre en compte ici le rapport social fondamental du Capital - celui qui sépare à la racine les personnes du fruit de leur activité sociale ainsi que de toute possibilité de socialités communes par le biais de la propriété collective - cette séparation va se produire ici d’une double manière.

Par l’usage de captations photographiques ou filmiques, le corps de la personne cobaye est soumis à des impératifs opératoires dont les procédures et les résultats lui échappent et lui sont confisqués. En conséquence, une première abstraction formelle apparaît - y compris directement par le biais des images obtenues.

Et, découlant de cela, une seconde séparation se produit au regard de l’accès aux connaissances et aux données accumulées au travers de ces proccessus de quantification (ce que Marx nommait précédemment les potentialités intellectuelles du procès matériel de production) et qui sont de facto confisquées au profit de l’accumulation privée.

Erigées dès lors en nouvelles normes managériales qu’il convient de respecter sous faute de remontrances ou de licenciement, il devient alors toujours plus difficile pour les personnes travailleuses de dicter les priorités de la production en fonction des besoins réels de la société.

L’activité productrice est donc ici, doublement - sinon triplement - confisquée.

Les personnes travailleuses, prises en effet dans une division du travail toujours plus intense, toujours plus opaque et disséminée, ainsi que dans la tyrannie quotidienne du rapport salarial, ne sont plus en mesure de comprendre ce qui leur est confisqué, ni comment cela se produit, évolue, se transforme et se perpétue.

Cette opacité, cette dissémination du rapport social du Capital et de la prolétarisation s’étant depuis lors largement accentuée et généralisée, il s’agit là d’un élément à ne pas négliger.

Y compris de nos jours, ce aussi dans nos rapports professionnels les plus immédiats.

le facteUr temps

Au-delà de l’usage de la photographie et de l’image fixe, l’usage du cinématographe ajoute une dimension supplémentaire aux expérimentations de Frank et Lilian Gilbreth: la possibilité de la quantification de séquences entières de mouvement - et donc de temps.

Aussi, lors de ces expérimentations, les prises de vues sont alors accompagnées de chronomètres présents dans le champ des prises de vues (voir verso), ce qui n’était visiblement pas le cas lors des photographies. Toutefois, il semble certain que les prises de vues photographiques ont aussi été scrupuleusement chronométrées.

Tout cela permit à F. Gibreth de quantifier toutes sortes de mouvements ou de situations. Des ouvriers et des ouvrières mis.ses à la tâche certes, mais aussi des choses plus triviales, comme un cheval tractant une charette à vive allure dans une rue.

Au regard de ces expérimentations et du contexte général duquel elles proviennent (la taylorisation et l’intensification de la production déjà évoquée), l’ajout de cette dimension temporelle est déterminante.

Car c’est notamment au travers de la quantification, de la fragmentation et de la confiscation du temps que se joue l’une des clé fondamentale de l’accumulation et de l’exploitation capitaliste.

Et à partir de là également, de ses éventuelles et possibles résistances.

note personnelle

Ayant travaillé durant plusieurs années dans la logistique avant de m’intéresser à la photographie, l’une de nos tâches principale consitait à contrôler les arrivages de marchandises lorsques ceux-ci se présentaient dans nos zones de réception, de transit et de stockage.

Des véhicules et des outils adaptés nous permettaient de procéder à ces contrôles de quantité et de qualité, pièce par pièce, ce en suivant les indications délivrées par les divers documents émis par les services administratifs et accompagnant scrupuleusement les marchandises.

A chaque nouvel arrivage, il nous fallait trouver une façon de procéder appropriée permettant au mieux d’appréhender les différentes morphologies des marchandises que nous traitions et manipulions - et cela pouvait aller du plus petit paquet de vis de quelques grammes, à plusieurs tonnes d’acier ou autres alliages.

Cela faisant, il devient nécessaire de rationaliser les gestes effectués, ce pour deux raisons que nous connaissons bien à présent: effectuer la tâche le plus rapidement possible, en se fatiguant le moins possible. Inconsciemment conditionné.es par l’environnement du travail et par la morphologie des marchandises à manutentionner, nous agissions certainement en tout points selon ce qu’ont décrit Frank et Lilian Gilbreth au courant du début du siècle dernier.

En réalité, depuis des temps immémoriaux, en interagissant avec notre environnement et au travers des objets que nous manipulons et que nous nommons: toujours, en fait, nous rationalisons.

Mais pour la première fois cependant, la rationalisation précise des gestes, des corps et des mouvements prit part à des processus plus larges de rationalisation sur un mode scientifique et ayant pour but et pour conséquence l’optimisation du mode de production capitaliste à une échelle industrielle, globale et hégémonique.

Cette intensification du travail et de l’activité humaine, conséquence du souhait de Frederick Winslow Taylor, contribua également à détruire et à spolier du savoir-faire artisanal afin de libérer de le main d’oeuvre alors «non qualifiée» au profit du capital industriel privé et la bourgeoisie possédante et exploiteuse.

Le Capital s’étant érigé en un paradigme politico-économique dont il est toujours très difficile de nous défaire de nos jours encore, la division du travail dans laquelle nous baigons aujourd’hui atteint des niveaux exceptionnels.

Cela ayant pour conséquence de nous plonger toujours d’avantage dans une atomisation sociale toujours plus nébuleuse, opaque et poussée, au sein de laquelle il devient impossible de nous lier aux autres autrement qu’au travers du rapport fétichique de la marchandise - qui lui aussi, tout comme le Capital (dont il est issu), ou la photographie, a contaminé l’intégralité du champ social.

Ce rapport fétichique se manifestant également aussi, comme nous l’avons vu et en ultime instance de la séparation, sous forme d’images animées ou de photographies, au devenir instrumental.

Fort de leur influence au regard de leurs travaux, Frank et Lillian Gilbreth sont toujours régulièrement cités de nos jours dans les manuels de management anglo-saxons lorsque l’on en invoque à la question de la rationalisation du travail dans les entreprises, dans les usines ou dans les services et les centres administratifs.

Ces expérimentations, sur lesquelles nous nous sommes attardés au travers de ces lignes, trouvent en effet leur prolongement et leur application contemporaine au travers de l’apparition et de l’application du lean: un ensemble de techniques ayant toujours pour but la rationalisation du travail, de la production, tant au niveau des flux logistiques, qu’au niveau des tâches administratives.

Bien que le lean s’inspire plus ou moins directement du taylorisme, celuici fut surtout développé dans les usines et les centres administratifs japonais durant les années 1960-1970, lean signifiant «réduit» ou «dégraissé».

Ceci montre bien que cette préoccupation constante d’intense rationalisation de la production est toujours bel et bien présente - car il en va de la survie même du Capital - et des corps sociaux que ce rapport social exploitatoire et destructeur vampirise quotidiennement.

Ce avec tous les autres problèmes que ce rapport social implique et génère, et que nous connaissons bien à présent: crises sociales, politiques et économiques, mais aussi crise du vivant, ainsi que de la biosphère terrestre dans son intégralité.

Le Capital n’est pas en crise. Le Capital EST la crise.

Ultimes et Derniers Développements

Nous sommes le 23 avril 2026. Depuis 1 mois environ, un ensemble de vidéos (Reels) tourne sur les réseaux sociaux, Instagram dans le cas présent.

Sur ces vidéos, nous y voyons des hommes et des femmes, affairé.es à travailler dans une vaste usine textile, située très probablement quelque part en Inde. A priori, rien de bien extraordinaire au sein de l’usine-monde dans laquelle nous évoluons de nos jours.

Mais nous allons voir qu’un détail vient renforcer ces scènes, un détail m’amenant évidemment à penser que l’héritage de Frank Gilbreth et toujours bien à l’oeuvre, sinon plus actif que jamais.

En effet sur certaines de ces vidéos, ces travailleur.euses portent sur leur tête un dispositif qui semble être une mini-caméra. Cette mini-caméra est orientée vers le bas, et selon les légendes qui accompagnent ces vidéos, celle-ci serviraient à enregistrer les gestes qu’accomplissent les travailleurs et les travailleuses lors de leurs tâches de travail quotidiennes.

Mais cela, visiblement, ne s’arrête pas là.

Car il ne s’agit pas uniquement ici de filmer les gestes afin de les rationaliser à la manière du Cycle Graph de Gilbreth en son temps. Car en effet, depuis plusieurs mois (sinon plusieurs années) la dite «intelligence artificielle» a fait son entrée dans le monde humain, économique et capitaliste.

Aussi, il est supposé que ces captations vidéo constituent en fait des compilations de données qui serviront ensuite à entraîner des robots qui viendront à, tôt ou tard, remplacer les ouvrier.es en chair et en os.

Les premières vidéos sur lesquelles apparaissent ces dispositifs de captation de mouvement et des tâches ouvrières datent du 31 mars au 4 avril 2026. Avant cette date, nous pouvons voir des scènes de vie et d’usine, mais ces dispositifs de captation n’apparaissent pas encore.

Ces vidéos apparaissent notamment sur 2 comptes qu’il m’a été possible de retrouver: Ramtuntun601 (Tuntu Ram) et ab.hinay5044 (Abhinay Kumar (il en existe certainement d’autres), tous deux sur Instagram.

Celles-ci ont été reprises par quelques autres médias et comptes, toujours sur Instagram (CNN, Une fillle. IA, Ayajaff, Colinboudrias). Lors d’une interview sur CNN, Puveet Jindal (Founder of Robotics data and Labeller Ai) nous explique qu’à ce stade, il n’est pas possible d’en être sûr, mais dit tout de même être certain que ces données ainsi collectées seront utilisées pour entraîner des systèmes usant l’IA, comme des robots.

Toujours sur CNN, Rhea Mogul (CNN News Desk Reporter South Asia) nous explique qu’au cours de ces quelques dernières années, les développeurs de robots ont encouragé (forcé ?) les ouvrier.eres à se filmer pendant le travail. Le but (encore non avoué) est de pouvoir, à terme, entraîner des robots humanoïdes. Puveet Jindal reprend et ajoute que les gens ne savent probablement même pas ce qui va être fait de ces données. Il prône donc une approche qui consiste à d’avantage inclure les ouvriers et les ouvrières dans ces proccessus - ce que refuseront assurèment les capitalistes.

Aussi, nous voyons bien que nous en sommes aujourd’hui à un stade similaire qu’à l’époque ou F. Gilbreth récoltait ses données afin d’optimiser les gestes des travailleurs et des travailleuses. Seule l’époque, et l’évolution des forces productives, ont évolués, le rapport du Capital lui, demeure toujours le même - le même problème, qui nous dévore et dévore tout.

De plus, nous le voyons également, c’est toujours cette lutte les potentialités intellectuelles du procès matériel de production qui est à l’oeuvre et qui est en jeu dans l’immédiat.

Car c’est à une nouvelle phase d’accumulation primitive8 à laquelle nous avons affaire, mais à l’ère du tout silicium et du refroidissement par eau9 cette fois-ci.

D’un côté nous avons affaire à des travailleurs.euses qui exécutent des tâches de production concrètes, tâches de production concrètes qui deviennent abstraites sitôt que les données accumulées sont centralisées sur des serveurs. Nous perdons donc de vue l’activité concrète, au profit d’une série d’abstractions, qui à leur tour, reviendront à la production concrète, grâce aux robots à qui l’on aura servi ces données.

Arrivés là, nous voyons bien qu’il ne s’agit pas ici de dégager de plus amples part salariales, tout au contraire - l’enjeu est ici plutôt, encore et toujours, la plus-value. Une plus-value qui, comme nous le savons bien, ne retrournera pas à la société productive, mais qui finira dans les poches des capitalistes au profit de l’accaparation privée. De plus, l’intention ontologique du Capital est de pouvoir se débarasser autant que possible de sa part variable, et de prime abord, les parts sociales ainsi que les salaires.

La journaliste Rhea Mogul ajoute que la situation des ouvrier.eres en Inde est déjà désastreuse, amenant déjà des milliers de personnes à descendre dans la rue afin de protester (des images de troubles sociaux accompagnent la séquence...), contre les bas salaires, ainsi que contre les longues journées de travail - un couple radicalement antagoniste que nous connaissons bien, et dont nous peinons fortement à nous débarasser

Nous le voyons bien, tant hier qu’aujourd’hui, la lutte des classes est toujours à l’oeuvre. Que nous le voulions ou non, ce moteur de l’histoire est toujours bien en action et continue d’agir depuis les profondeurs de notre civilisation capitaliste présente.

Nous avons beau tenter de juguler le Capital et ses effets destructeurs à coup de réformes ou de régulations, celui-ci trouvera toujours une voie afin de pouvoir se reproduire et péréniser son cycle infini, ce toujours, au détriment de toute vie sur Terre.

L’automation aurait pu nous apporter l’abondance, la paix, la libération du travail, voir l’émancipation vis-à-vis du Capital et des capitalistes. Or, c’est tout le contraire que est toujours en train de se produire. L’automation avance et évolue certes, mais la plus-value dégagée continue de se voir accaparée par l’accumulation privée, sans nullement retourner à la société.

Tant que nous ne réglerons pas le problème fondamental du Capital - qui ne peut être dissolu et résolu que par l’application des principes du socialisme au travers de la dictature du prolétariat - nous ne réglerons jamais rien.

De plus, l’intention qui consiste à vouloir rendre ces proccessus plus «inclusifs» est louable, mais cela ne sera pas suffisant.

Les coopératives ouvrières demeurent toujours des alternatives intéressantes pour se débarasser de l’accaparation privée, mais encore faudrait-il pouvoir étendre ce modèle à l’ensemble du globe - et d’un même mouvement, de se débarasser une bonne fois pour toute de la classe et de la domination bourgeoise et capitaliste, ce au niveau global et international.

Pour achever cette dernière partie, je voudrais citer un passage de Rosa Luxembourg, dans L’accumulation du capital (1913), qui nous alterte (déjà) sur le problème global que pose le mode de production capitaliste: (...)

Le capitalisme est la première forme économique douée d’une force de propagande; il tend à se répandre sur le globe et à détruire toutes les autres formes économiques, n’en supportant autre à côté de lui. Et pourtant il est en même temps la première forme économique incapable de subsister seule, à l’aide de son seul milieu et de son sol nourricier. Ayant tendance à devenir une forme mondiale, il se brise à sa propre incapacité d’être cette forme mondiale de la production. Il offre l’exemple d’une contradiction historique vivante; son mouvement d’accumulation est à la fois l’expression, la solution progressive et l’intensification de cette contradiction. A un certain degré de développement cette contradiction ne peut être résolue que par l’application des principe du socialisme, c’est à dire par une forme économique qui est par définition une forme mondiale, un système harmonieux en lui-même, fondé non sur l’accumulation mais sur la satisfaction des besoins de l’humanité travailleuse et donc sur l’épanouissement de toutes les forces productives de la terre7 .

Cela pourrait passer pour un vieux rêve rétrograde. Toutefois, l’analyse selon laquelle le Capital possède en son sein un devenir mondial et hégémonique est toujours d’actualité - et sans doute plus que jamais. Jamais le Capital n’a été aussi disséminé, aussi présent dans tous les coins et recoins de l’existence terrestre, humaine, animale, végétale, sociale, etc. En conséquence, jamais le prolétariat mondial n’a été aussi si nombreux, et cela est encourageant. Il ne lui manque que la conscience totale de lui-même, ainsi que les armes et la puissance nécessaires afin de défaire la domination.

La lutte finale est toujours en cours: socialisme ou barbarie.

Notes

1. On dit de la photographie que son usage est instrumental à partir du moment où celle-ci est mise à contribution au sein d’un processus plus large ayant soit pour fonction de contribuer à une rationalisation, une observation scientifique ou au contrôle d’une population, et où la photographie (techniques et représentations) n’est plus considérée pour elle-même et pour son propre objet (comme c’est le cas dans le champ du régime artistocratique des arts) mais pour les effets empiriques que l’on compte en tirer.

2. J’entends par de manière cinématographique: le processus initiateur du cinéma, qui n’est autre que la mise en mouvement d’une succession de photogrammes photographiques.

3. Voir à ce propos le documentaire ARTE intitulé Le temps c’est de l’argent, mis en ligne le 9 octobre 2019. Un passage traite de la famille Gilbreth de 23:50 à 27:32. Le film est accessible gratuitement sur Youtube (2020).

4. GILBRETH, Frank B., Motions study, A method for increasing the efficiency of the workman, D. Van Nostrand Company, New York, 1911, 110p.

5. Capital Vol. 1, p. 482. Voir aussi Alfred Sohn-Rethel, Intellectual and Manual Labor. Cité dans SEKULA Allan, Photography Between Labor and Capital, The Emerging Picture-Language of Industrial Capitalism, 1983, p.82

6. Psychology of Management, p.258. Cité dans SEKULA Allan, Photography Between Labor and Capital, The Emerging Picture-Language of Industrial Capitalism, 1983, p. 83

7. Rosa Luxembourg, Oeuvres IV, L’accumulation du capital (II), Le militarisme, champ d’action du capital, Petite collection Maspero, Paris, 1969, p.129-130

8. Pour la question de l’accumulation primitive, voir Karl Marx, Le Capital, Critique de l’économie politique, Huitième Section, Chapitre XXVI, Le secret de l’accumulation primitive et chapitres suivants, Editions Sociales, Paris, 1973. Voir aussi, Silvia Federici, Caliban et la Sorcière, Femmes, corps et accumulation primitive, Editions Entremonde et Senonevero, Genève, Marseille, 2014 (pour la traduction française, 2004 pour l’édition originale anglaise). Pour résumer, la période de l’accumulation primitive est une période pendant laquelle le mode de production féodal à lentement laissé place au mode de production capitaliste (entre le 15ème et le 17ème siècle environ). Ce phénomène de lente sortie du féodalisme s’est produit partout dans le monde, selon des modalités et des temporalités différentes (plusieurs de ces formes cohabitent d’ailleurs toujours de nos jours à quelques endroits du monde).

Dans Le Capital, Marx s’attarde sur la situation en Angleterre, et dégage plusieurs facteurs ayant contribués à l’accumulation primitive, et donc à terme, au Capital: les proto-capitalistes ayant pillés les biens de l’Eglise et s’étant emparés de l’appareil d’Etat, la période des enclosures, l’arnaque historique de la dette publique et enfin, le commerce colonial et l’exploitation esclavagiste. Si j’en invoque à cette notion dans notre cadre ultra contemporain, c’est en raison du fait que, chaque stade de l’évolution du capitalisme, et de l’évolution des forces productives qui l’accompagnent, ont toutes besoin d’une phase de rapine et de pillage afin de pouvoir se développer complètement (et à terme, (re)devenir du Capital, dégager de nouveaux profits). Dans le cadre de la dite intelligence artificielle (IA) c’est l’internet tout entier qui fut pillé (cela n’aura pris que quelques mois au cours de l’année 2025), ce afin d’entraîner des modèles algorithmiques de réflexion (dont certaines applications sont utiles, d’autres plus que discutables, sinon abjectes). Dans cette continuité, c’est aussi ce qui arrive en ce moment à nos ouvrier.ers équipé.es de leurs caméras destinées à filmer l’intégralité de leurs tâches afins d’accumuler des données qui, tôt ou tard, serviront à un nouveau cycle de pérennisation du Capital, toujours au détriment des plus pauvres et des plus précarisé.es.

9. D’après le documentaire Frankenstream: le streaming, ce monstre qui nous dévore (ARTE, France, 2022), le Cloud est la plus grande entourloupe marketing de notre ère ultra moderne (ce sont mes mots). Une partie de ce documentaire consiste à déconstruire ce qui nous a été faussement présenté sous le terme clé de dématérialisation. Car dans les faits, aucune dématérialistion n’a jamais eu lieu, tout au contraire. En effet, à un moment donné, sont apparus des prestataires de service permettant de stocker et d’accéder à des données informatiques à distance. Cela soulagea les entreprises - en frais d’électricité ou en frais de gestion - qui purent alors se passer de leurs propres serveurs locaux, et c’est ainsi que naquit un autre élément clé propre à cette nouvelle révolution industrielle, les data centers (ou centres de données). Les data centers sont d’immenses fermes à serveurs, tous interconnectés entre eux, dispensant divers services, des tâches de calcul et permettant de stocker des quantités considérables de données et d’informations. Ces data centers ont trois grands besoins: un groupe électrique, un groupe de refroidissement ainsi qu’un groupe de secours (afin de s’assurer que ces installations ne s’éteignent jamais). Tout cela est en défininitive extrêmement énergivore (en électricité ou en eau) et gourmand en diverses ressources (métaux, terres rares, plastiques, déchets, etc), l’impact est considérable. Près de 6 milliards de vidéos sont consommées chaque jour, 4 millions par minute. Youtube, à lui seul, rejette 11 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année. Le streaming occupe 80% de la bande passante et relâche 100 millions de tonnes de CO2 par an (autant qu’un pays comme la République Tchèque). La totalité des vidéos pornographiques consommées en 2022 ont rejeté 80 millions de tonnes de CO2. En 2025, le secteur du numérique atteindra 6% des émissions totales, l’équivalent de ce que relâche le secteur de l’automobile. Au lieu d’une dématerialisation donc, nous avons eu affaire à une concentration des centres de données partout à travers le monde - et cela s’est assurèment aggravé et intensifié au regard de la récente apparition de l’IA, elle aussi extrêmement gourmande en puissance de calcul et en ressources. Certaines parties du monde font déjà face à des pénuries d’eau au détriment des data centers. Et cela,à moins que la bulle de l’IA n’explose, n’ira pas en s’arrangeant.

Index des images

Couverture : Photodiodes disposées sur les mains d’une personne cobaye dans la cadre d’une expérimentation au Cycle Graph. Capture d’écran extrait du film «The Original Films of Frank B. Gilbreth» (1945), commentaires du film par le Dr. Lillian M. Gilbreth et James S. Perkins, From the Collection of the Library of Congress, National Film Preservation Foudation - https://archive.org

Page 9 (haut): Extrait d’une captation de mouvement réalisée par Etienne Jules Marey en 1894. Cette captation d’un chat lors de sa chute, réalisée dans le but de comprendre les mécanismes de son redressement, serait la première «vidéo» de chat de l’histoire, genre extrêmement populaire de nos jours. Etonnamment, ces captations furent aussi filmées selon un mode vertical similaire à la verticalité de nos smartphones contemporains. Source: Vintage Films Channel, Youtube.

Page 9 (bas): Extrait de capture de mouvement réalisée par Etienne-JulesMarey et Maxime Guérin Catelain à la Station Physiologique, un lieu dédié à l’étude du mouvement, de la locomotion et de la mécanique corporelle, en 1900. Le film est intitulé «Cheval (Odette). Saut monté». et est composé de 15 images. Source: www.archives.org

Page 10 (haut): Extrait de capture de mouvement réalisée par Etienne-Jules Marey et Charles Comte à la Station Physiologique en 1900. Le film, composé de 18 images, est nommé «Course à grands pas (concours internationaux d’exercices physiques et de sports)». Source: www.archives.org.

Page 10 (bas): L’Homme Machine, film d’Etienne-Jules Marey, daté de 1885. Sur ces captations, nous voyons bien les pastilles qui marquent les intersections des membres, ainsi que les lignes qui surlignent ces derniers. Source: www.archives.org.

Page 13 (haut) : Tracé lumineux obtenu par les diodes lumineuses placées sur une personne cobaye mise au travail. Image extraite de Mining Photography and Other Pictures 1948-1968, Photography Between Labor and Capital by Allan Sekula, The Emerging Picture-Language of Industrial Capitalism, A Young Miner, p.247, téléchargé sur https://monoskop.org. La légende donnée par Allan Sekula est la suivante: « Chronocyclegraph showing two cycles of a foreman’s left hand on the same machine - showing habits of «positioning» before «transporting load»».

Page 13 (bas) : Maquettes tridimensionnelles des transpositions photographiques des tracés lumineux obtenus à l’aide du Cycle Graph. Capture d’écran extrait du film «The Original Films of Frank B. Gilbreth» (1945), commentaires du film par le Dr. Lillian M. Gilbreth et James S. Perkins, From the Collection of the Library of Congress, National Film Preservation Foudation - https://archive.org

Page 29: Capture d’écran effectuée depuis le compte Instagram de CNN et montrant un ouvrier au travail équipé d’un dispositif d’enregistrement des tâches et des mouvements. Vidéo datée du 15 avril 2026.

Page 30: Pour les quatres images: Compte Instagram de ramtumtum601 (Tuntu Ram). Les vidéos sont toutes datées du 3 avril 2026.

Verso: Travailleuse cobaye à la tâche lors d’une captation cinématographique, le chronomètre est ici visible au premier plan. Capture d’écran extrait du film «The Original Films of Frank B. Gilbreth» (1945), commentaires du film par le Dr. Lillian M. Gilbreth et James S. Perkins, From the Collection of the Library of Congress, National Film Preservation Foudation - https://archive.org

Bibliographie

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DEBORD, Guy, La Société du Spectacle, Paris: Editions Gallimard, 1992, (1967), 223p., (coll. folio).

FLUSSER, Vilém, Pour une philosophie de la photographie, [s.l.] Editions Circé, 1996, (19931),93p.

GILBRETH, Frank B., Motions study, A method for increasing the efficiency of the workman, D. Van Nostrand Company, New York, 1911, 110p.

LABlCA, Georges et BENUSSAN Gérard, Dictionnaire critique du marxisme, Paris. Presses Universitaires de France, 1982, 941p.

MARX, Karl, Le capital, Critique de l’économie politique, Trad. de ROY Joseph, Editions Sociales, Paris, 1975, 8 vol.

SEKULA, Allan, Ecrits sur la photographie, 1974-1986, Paris. Beaux- Arts de Paris éditions, 2013, 304p

SEKULA, Allan, MINING PHOTOGRAPHS AND OTHER PICTURES 1948-1968 A Selection from the Negative Archives of Shedden Studio, Glace Bay, Cape Breton, Photography by Leslie Shedden, Essays by Don Macgillivray and Allan Sekula, Introduction by Robert Wilkie, Edited by Benjamin H. D. Buchloh and Robert Wilkie The Press of the Nova Scotia College of Art and Design and The University College of Cape Breton Press, 1983, 80p. - https://monoskop.org/images/b/bf/ Sekula_Alan_1983_Photography_Between_Labour_and_Capital.pdf

SONTAG, Susan, Sur la photographie, Paris: Editions du Seuil, 1979, (19731), 226p., (coll. Fiction & Cie).

Rationalisation du travail et photographie

Les petits cahiers critique

Klaeo

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