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Identification judiciaire et photographie

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Identification judiciaire et photographie

Les petits cahiers critique

(...) durant la seconde moitié du XIXe siècle, une tension fondamentale s’est dévelopée entre les usages de la photographie qui comblaient une conception bourgeoise du soi et ceux qui chercheraient à établir et à délimiter le territoire de l’autre. Autrement dit, toute oeuvre d’art photographique dissimule son revers dans les archives de la police. (...)

Allan Sekula, Trafics dans la photographie, 1981

Répression par l’image: la Suisse et Lausanne à la pointe

Développement et dissémination

Une intersection dangereuse

Malgré d’évidents biais

Et de nos jours ?

Index des images p.27

Bibliographie p.29

répression par l’image: la suisse et lausanne à la pointe

La photographie fut un moyen technique rapidement utilisé afin d’accompagner la régulation de l’avancée et le développement de la société capitaliste européenne et occidentale, aussi ailleurs dans le monde. Aussi, cette technique fut régulièrement et littéralement pointée en direction de catégories de populations alors jugées comme «déviantes» ou «criminelles» par les différents pouvoirs en place à travers l’histoire. Des populations à contrôler en gardant à vue, ainsi qu’en gardant trace de ces vues.

La photographie judiciaire sera instaurée de manière systémique à Paris à partir de 1883 et à Genève, en Suisse, à partir de 1890. Mais il existe une prémices antérieure, rapportée par Rodolphe Archibald Reiss, fondateur de l’institut de police scientifique de Lausanne et important praticien et théoricien de la technique photographique à des fins judiciaires.

Dans un ouvrage dédié à Alphonse Bertillon (La photographie judiciaire, publié en mars 1903), R.-A. Reiss cite le numéro 10 du Journal des Tribunaux daté de 1834. Titré Nouveaux moyens d’enquête, cet article relate en effet un emploi précoce de la photographie à des fins d’identification judiciaire. Dans l’un des cas rapporté ici par Reiss, il s’agissait alors de stopper des vols commis chez des particuliers ou dans des églises.

Selon Reiss toujours: «ce document est le plus ancien en Suisse mentionnant l’emploi de la photographie en matière judiciaire, mais il est probable, vu la rédaction même du document, que dans les autres pays, on ne se soit pas non plus servi, avant cette date de la photographie comme moyen d’enquête judiciaire.

C’est donc très probablement à la Suisse et précisément au Canton de Vaud, dont Lausanne est la capitale, que revient le mérite d’avoir introduit la photographie dans la pratique judiciaire1».

Dans un des cas rapporté au travers des pages de Reiss, celui-ci explique qu’une douzaine de portraits daguérotypiques seront effectués d’une personne alors recherchée, plaques photographiques qui seront ensuite transmises à différents postes de police afin de faire circuler ces images plus largement dans l’espace public. Et cela fonctionna: la personne alors recherchée fut effectivement reconnue et confondue sur la base d’enregistrements photographiques.

Mais cet usage rapporté ici est bien plus sommaire que le système bertillon qui sera mis en place cinquante ans plus tard en France voisine ainsi qu’en Suisse et, par la suite, dans l’ensemble du monde.

Developpements et Dissémination

Confrontée à une importante accumulation de plaques photographiques, la police de Paris trouva en Bertillon un agent utile. Celui-ci mit en effet au point une fiche signalétique qui, en plus de présenter deux photographies (face et profil), comportait une série de catégories renvoyant à des caractéristiques physiques particulières qui seraient propres au «corps criminel» et «déviants» ainsi fiché.

Ces mesures sont au nombre de onze et renseignent sur la taille, la voûte, l’envergure, le buste, la tête, les oreilles, les pieds, les yeux, les cheveux, la barbe ou encore les mains.

Une technique néanmoins à l’efficacité relative qui sera rapidement suplantée par la prise d’empreintes digitales à la fin de la première décennie du XXe siècle2 (cette technique ne demandant en effet pas autant de connaissances que la prise de vue photographique, ces prises d’empreintes pouvaient être effectuées par n’importe quel agent de police, y compris le moins qualifié).

Néanmoins, le système Bertillon fut rapidement adopté dès 1893 par des pays tels que les Etats-Unis, la Belgique, la Suisse, la Russie, la Tunisie, les Antilles Britanniques, la Roumanie ou en Amérique du Sud. Des traductions des manuels de Bertillon furent effectuées en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, au Pérou et aux Etat-Unis3.

une intersection Dangereuse

Pour aller plus loin, un tel projet était animé d’une pensée ainsi que d’une idéologie particulière. Bien sûr qu’il s’agissait pour le pouvoir de réguler la criminalité, de catégoriser et de contrôler le «corps criminel» et ainsi prévenir crimes, délits et récidives.

Mais cette nouvelle nécessité n’est pas ainsi tombée du ciel sur la terre.

«La crise agricole française avait provoqué un afflux urbain massif de paysans déracinés dans les années 1880. Le débat sur le récidivisme était focalisé sur le danger social que représentaient les vagabonds, mais considéraient aussi les pauvres de la ville chroniquement sans emploi, comme une source accrue de criminalité4».

Aussi on le voit dans cet exemple, la menace était concrète pour la domination de la Troisième République, la question de la «criminalité», de la récidive et surtout de sa suppression, primordiale.

Ainsi, le projet de Bertillon était animé d’un autre pan de l’esprit de son temps: l’eugénisme. Et bien que la démarche de Bertillon ne se présente pas comme telle au premier abord, il faut bien y voir une empreinte non négligeable de cette pensée dans sa pratique.

Car après tout, il s’agissait bel et bien de contrôler et de réguler le «corps criminel» ou «déviant» ce qui, dit comme cela, va tout à fait dans le sens des pratiques eugéniques5.

C’est à un statisticien anglais du nom de Francis Galton que nous devons cette pensée. Fondateur de l’eugénisme, on lui doit aussi les portraits composites, des recherches optiques du «type criminel» ainsi qu’une volonté affirmée de la régulation de la dite déviance sociale. Il cherchait donc à intervenir dans la reproduction humaine par le biais d’une politique publique qui encourageait la propagation de «l’adapté» et décourageait ou empêchait celle de «l’inadapté 6.»

Bertillon et Galton se rencontrent au carrefour de la discipline statistique. La finalité n’est pas la même pour les deux homme, quoique les deux projets se rejoingnent à cette intersection sur le plan conceptuel.

Dans une perspective positiviste ou libérale, cela pourrait passer pour un progrès encourageant. Mais depuis la perspective de l’émancipation des masses subsumées par le Capital et sa gestion libérale-autoritaire, il en est tout autrement : «L’appropriation socio-scientifique de la photographie a

conduit à un genre que j’appellerais le réalisme instrumental : des projets figuratifs voués à de nouvelles techniques d’évaluation et de contrôle sociaux, et à la nomination, la catégorisation et l’isolation systématiques d’une altérité supposées déterminée par la biologie et que le «langage» du corps manifesterait7».

Mais ce «langage» que le corps manifesterait (ainsi que ses «vérités» supposées) sont des notions autant basées sur la défense de la propriété privée exclusive et individuelle que sur des normes pseudo-empiriques dictées et élaborées par l’arbitraire dominant d’une époque donnée.

Toutefois - et malgré le fallacieux - il s’avérera que la technique photographique fonctionnera à merveille à ces fins de fichage et de contrôle des êtres et des corps.

De nos jours, les derniers développements des dispositifs de reconnaissance faciale dans l’espace public tant en Chine qu’au Japon8 confirment cet état de fait - ainsi totalement déployé dans ses plus extensives et ses plus récentes potentialités.

malgré D’éviDents biais

Toutefois, dans le sillage d’Allan Sekula, et comme le démontrera avec brio l’artiste et documentariste Taryn Simon avec son travail The Innocents (2002), ces techniques (du moins ici, la photographie) comportent des limites ainsi que d’évidents biais.

Comme nous allons le voir, et malgré son statut «naturel» de «preuve», nous ne sommes pas à l’abri d’erreurs d’identification.

Taryn Simon s’est intéressée à des cas de personnes ayant été condamnées pour des crimes graves (meurtres, viols, séquestrations) et confondues sur la base de photographies judiciaires de type Mugshot (mug signifiant face ou tronche), ainsi que sur base de témoignages oraux.

Mais il s’avérera que ces personnes étaient innocentes. Leurs vies furentbrisées à partir de photographies, et à partir de témoignages semblant corréler avec la «vérité photographique». A cet égard, Taryn Simon comprit fort bien la démarche d’Allan Sekula9 et en fut sans doute sa meilleure continuatrice alors que ce dernier était encore en vie. Pour arriver à ce postulat, je soupçonne l’influence d’un fragment sekulien en particulier, fragment que je reproduis intégralement ici en raison de son importance conceptuelle:

«Le sens d’une photographie est relativement indéterminé, inutile de le prouver: la même image peut véhiculer une variété de messages dans des circonstances représentationnelles différentes. Considérons les captations de holdups bancaires réalisés par les caméras de suveillance. Prises automatiquement, ces images semblent vierges de toute sensibilité et représentent une forme extrême de documentaire. Si les agents de suveillance qui ont conçu ces caméras ont une esthétique, c’est celle d’une instrumentalité brute, technologique «Rien que les faits». Mais le tribunal est un champ de bataille entre des fictions. Qu’est-ce que la photographie désigne? Une jeune femme blanche tient un pistolet mitrailleur: l’arme est tenue avec assurance, agressivement; terrifiée, elle est sur le point de la lâcher; c’est une héritière en fuite, ou une victime d’enlèvement ; c’est une activiste de la guérilla urbaine; une participante volontaire; un cas de lavage de cerveau ; un cas de rébellion ; un cas de schizophrénie...

L’interprétation finale, fondée sur la lecture «véridique» de la preuve, est moins fonction de l’«objectivité» que de manoeuvres politiques. (…) N’importe quelle photographie de police diffusée publiquement est à la fois une tentative spécifique d’identification et un rappel du pouvoir policier sur les «éléments criminels». La seule vérité «objective» que les photographies peuvent offrir est l’assertion que quelqu’un ou quelque chose – dans ce cas une caméra automatique – se trouvait quelque part et a capté une image. Tout le reste, tout ce qui dépasse la trace imprimée, est interprétation10.

Nous le voyons bien à présent. Contre tout attente, et ce malgré ces biais fondamentaux ainsi mis à jour, la captation photographique, ses produits et ses dérivés demeure une technique au potentiel extrêmement puissant, sinon glissant et dangereux.

Un potentiel servant ainsi et souvent les pouvoirs en place, et surtout, l’ordre capitaliste - ou dit autrement; la dictature constante, comptable et marchande de la bourgeoisie.

Mais cette puissance sociale ne saurait se manifester uniquement au travers des seuls développements techniques.

Comme le démontre A. Sekula au travers de son travail théorique aux accents archéologiques, il aura fallu bien des élaborations discursives et la mise en place d’hégémonies culturelles défnies et orientées afin d’inscrire la photographie dans ce qu’elle est ici et aujourd’hui devenue: un instrument de prédilection de l’héritage des dominations scientistes, positivistes, propres à la société dominée par la bourgeoisie blanche, européenne et occidentale.

et De nos jours ?

Pour illustrer ce dernier point à la lumière de notre contemporanéité plus immédiate, un cas découvert en 2023 par le biais de l’émission indépendante Democracy Now ! me pousse à affirmer que cet héritage répressif - et raciste - est toujours bel et bien présent et à l’oeuvre.

Cette question des erreurs d’identification semble par ailleurs décuplée à la lumière des dernières avancées de reconnaissance faciale effectuées par des intelligences artificielles (IA), donc par des algorithmes, donc par des logiciels programmés par des humain.es, des humain.es déterminé.es, socialement et culturellement, à un moment donné.

Le cas relaté est celui d’une jeune femme afro-américaine enceinte de huit mois, Porcha Woodruff, qui fut arrêté pour suspicion de braquage de voiture, avant que le procureur de la ville de Detroit ne classe l’affaire sans suite: la jeune femme fut identifiée par erreur par un logiciel de reconnaissance faciale contrôlé par une IA.

La sociologue afro-américaine Dorothy Roberts exlique ensuite que cela n’est guère étonnant: si les personnes s’étant chargées de l’écriture de ces algorithmes ont utilisé pour cela les données accumulées par les personnes se chargeant habituellement des identifications (dans ce cas, la police blanche américaine), il est clair que les technologies qui en découleront, ainsi que leurs applications, contiendront les mêmes biais que les personnes ayant contribués à constituer ces données.

La technologie en soi n’est pas neutre. En revanche, elle n’est pas de facto raciste pour autant. Ce sont bien les soubassements de la société ou de la

civilisation qui use de ces technologies dans son cadre qui lui, l’est bel et bien, et qui ainsi, contamine tout.

Ce cadre étant toujours, comme nous l’avons dit, le cadre d’une société sous dictature de la bourgeoisie blanche et occidentale, et par là donc, intrinséquement raciste.

Ces biais, ainsi que leurs continuations dans notre présent immédiat, sont toujours très inquiétants. D’autant que ceux-ci semblent se renforcer dans les structures du pouvoir social.

A l’heure ou l’équilibre général du monde vacille à nouveau gravement, à l’heure où les états et leurs bourgeoisies tendent à toujours protéger d’avantage le fruit de leur accumulation, et à l’heure où, dans ce mouvement, les droites et extrêmes droites se font toujours plus menaçantes dans leur mouvement de préservation des acquis de la bourgeoisie, ces accumulations de données, ainsi que leur usage dans un tel cadre ont en effet de quoi inquiéter.

Que se passerait-il en effet si tout à coup, au détour d’un changement de pouvoir ou de régime, ces données tombaient en de mauvaises mains ?

Enfin, les conditions d’une résistance active à ces structures oppressives et répressives passent aussi par une prise de conscience nécessaire relative à ces enjeux, à leur histoire et à leurs évolutions, jusqu’à nos jours les plus récents.

Notes

1. Rodolphe Archibald Reiss, La photographie judiciaire, Charles Mendel Editeur, Paris, 1903, p.9

2. Le système de Bertillon s’est largement répandu, rencontrant une réception enthousiaste, particulièrement aux États-Unis, et contribuant à l’internationalisation et la standardisation des méthodes policières. Le système anthropométrique faisait face à la compétition du système de l’empreinte digitale, une procédure plus radicalement métonymique inventée par Francis Galton, lequel s’intéressait à l’identification comme à la typologie. Avec l’arrivée du système d’empreintes, de toute évidence le corps n’avait pas besoin pour être identifié d’être «circonscrit».

La clef de l’identité pouvait résider dans la plus petite trace de présence tactile du corps dans le monde. De surcroît, la prise d’empreinte digitale était plus prometteuse, dans un sens tayloriste, puisqu’elle pouvait être correctement exécutée par des employés moins qualifiés. À la fin de la première décennie du XXe siècle, le système de Bertillon commençait à céder devant cette méthode plus efficace et moins compliquée, même si des systèmes hybrides ont pu opérer quelques années encore. Allan Sekula, Ecrits sur la photographie, Le Corps et l’archive, Beaux-Arts de Paris Editions, 2013, p.259

3. Bertillon constate qu’en 1893 son système était adopté aux États-Unis, en Belgique, en Suisse, en Russie, en Tunisie, dans les Antilles britanniques, en Roumanie et dans une grande partie de l’Amérique du Sud (Identification anthropométrique, p. lxxxi). Des traductions des manuels d’instructions signalétiques de Bertillon ont été publiées en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, et au Pérou, ainsi qu’aux ÉtatsUnis. Sur la réception américaine enthousiaste du système de Bertillon, voir Donald Dilworth, ed. Identification Wanted: Development of the American Criminal Identification System, 1893-1943, Gaithersburg, MD, International Association of Chiefs of Police, 1977. Allan Sekula, Ecrits sur la photographie, Le Corps et l’archive, BeauxArts de Paris Editions, 2013, p.292

4. Pourquoi la question du récidivisme était-elle si importante en France dans les années 1880? Robert Nye a soutenu récemment que la question avait fait son apparition dans l’agenda politique des républicains gambettistes pendant la Troisième République. Elle avait mené à la proposition d’une Loi sur la relégation en 1885 qui établissait une politique draconienne de transfert colonial des récidivistes. Le projet de loi établissait un quota variable d’infractions et de crimes, dont le vagabondage, qui pouvaient conduire à un exil permanent en Guinée ou en Nouvelle Calédonie. La crise agricole française avait provoqué un afflux - urbain massif de paysans déracinés dans les années 1880. Le débat sur le récidivisme était focalisé sur le danger social que représentaient les vagabonds, mais considérait aussi les pauvres de la ville, chroniquement sans emploi, comme une source accrue de criminalité. La preuve d’un renouvellement du militantisme, apportée par la vague de grèves de 1881 après une décennie de paix obtenue par le massacre des Communards, a été également importante dans l’accroissement des craintes des défenseurs de l’ordre.

Allan Sekula, Ecrits sur la photographie, Le Corps et l’archive, Beaux-Arts de Paris Editions, 2013, p.257

5. L’eugénisme prit, quelques décennies plus tard, une place centrale dans la pensée nazie relative à la supposée supériorité aryenne sur les autres peuples. Cette idéologie servit directement à catégoriser et à classifier les ennemis déclarés du régime totalitaire. Cela aboutira à la Shoah

6. Allan Sekula, Ecrits sur la photographie, Le Corps et l’archive, Beaux-Arts de Paris Editions, 2013 p.245

7. Allan Sekula, Ecrits sur la photographie, Trafics dans la photographie, Beaux-Arts de Paris Editions, 2013 p.186

8. La reconnaissance faciale alliée à des mesures toujours plus coercitives et autoritaires a pris un essort fulgurant en Chine durant la pandémie de Sars Cov2. Le Japon quant à lui, allié à un système de reconnaissance de données, va jusqu’à dis-

tribuer des bons ou mauvais points de citoyennté à ses ressortissants. Tout ces systèmes passent par des dispositifs de captation dont la matrice première est toujours bien la photographie, ainsi que sa déclinaison la plus directe, la vidéo.

9. J’appuie également mon assertion sur le fragment suivant: «Since the 1970s, skepticism about the political efficacy of imagery has questionned the ability of the documentary to be interventionist in face of aestheicization. Contested by artistcritics Martha Rosler and Allan Sekula, objectivity was implicated on the ground that is was morally and ethically questionnable. As a way out to this irresolvable dilemma, photographers of this era integrated image and text into a conceptualist, yet decisively socio-political contest. The impact of this technique on art-making has been evident in Simon’s practice since she inaugurated The Innocent, a project which directly responded to the photograph’s potential to render an innocent man guilty, a number of The Innocents were wrongly accused due to erroneous photographic documentation supported by eye witnesses». Elisabeth Sussman and Tina Kukielski in Taryn Simon, An American Index of the Hidden and Unfamiliar, Hatje Cantz Verlag, Third Edition, 2007.

10. Allan Sekula, Ecrits sur la photographie, Défaire le modernisme, Beaux-Arts de Paris Editions, 2013, p.148 - Sans pour autant le nommer excplicitement, Sekula fait allusion ici au cas de Patty Hearst et de la Symbionese Liberation Army, un groupe d’extrême-gauche actif sur Los Angeles entre les années 1973 à 1975 et classé comme organisation terroriste par les Etats-Unis en raison de ses actes violents: enlèvements, assassinats, braquage de banques. Cette affaire prit un tour politicomédiatique lorsque Patty Hearts, fille de Randolphe Hearst, un magnat des médias, fut enlevée par la SLA le 4 février 1974. L’organisation, au plus haut forte d’une vingtaine de membres, réclama la somme de 6 millions de dollars devant alors profiter aux personnes nécessiteuses en Californie. Cette séquence trouble culmina le 18 mai 1975 suite au braquage de l’Hibernia Bank à San Francisco lorsque 6 membres importants de la SLA périrent lors d’une violente fusillade avec la police et le FBI. Patty Hearst ne se trouvant pas sur les lieux, celle-ci survécu à la séquence et fut condamnée à 7 ans de prison en mars 1976. Cette affaire fait toujours de nos jours couler de l’encre et fut l’objet de très nombreux documentaires.

Index des images

Couverture: Reciprocal criminal identification portraits of Francis Galton and Alphonse Bertillon - Autoportrait d’Allan Sekula. Source: Allan Sekula, Ecrits sur la photographie, Editions Beaux-Arts de Paris, 2013, p.222

p.7-8: Captures d’écran du livre de Rodolphe Archibald Reiss, La photographie judicaire, Charles Mendel Editeur, Paris, 1903. Source: archive.org

p.14: Taryn Simon, notes sur le travail The Innocents, extrait. Originally published in Taryn Simon, The Innocents, New York: Umbrage Editions, 2003, Source: tarynsimon.com

p.15: Taryn Simon, extrait de The Innocents (2002). Haut: Larry Mayes - Scene of arrest, The Royal Inn, Gary, Indiana. Police found Mayes hiding beneath a mattress in this room. Served 18.5 years of an 80-years sentence for Rape, Robbery and Unlawful Deviate Conduct, The Innocents, 2002. Bas: Troy Webb, Scene of the crime, The Pines, Virginia Beach, Virginia. Served 7 years of a 47-years sentence for Rape, Kidnapping and Roberry, The Innocents, 2002. Source: tarynsimon.com

p.17 Prise de vue de vidéosurveillance montrant Parry Hearst et l’un de ses acolyte lors d’un braquage de banque. C’est à cette séquence qu’Allan Sekula fait implicitement allusion, voir pages 13 et 16. Source: https://www.fbi.gov/history/famouscases/patty-hearst

p.18: Mugshot de Patty Hearst. Source: https://www.fbi.gov/history/famous-cases/ patty-hearst

p.21: Haut: Porcha Woodruff, alors enceinte de 8 mois au moment des fait lui étant supposéement reprochés; un braquage de voiture. Bas: capture d’écran de la chaîne Democracy Now!

p.22: Porcha Woodruff durant un entretien avec le média Democracy Now! Celle-ci expliquait alors que, depuis cette affaire, elle et ses enfants ont peur. «Dès que je vois une voiture de police derrière moi, je plonge en mode panique», explique-telle alors durant cette séquence.

Verso: Tombe d’Alphonse Bertillon, Cimetière du Père-Lachaise, Paris, 2017.

Bibliographie

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DEBORD, Guy, La Société du Spectacle, Paris: Editions Gallimard, 1992, (1967), 223p., (coll. folio).

FLUSSER, Vilém, Pour une philosophie de la photographie, [s.l.] Editions Circé, 1996, (19931),93p.

MARX, Karl, Le capital, Critique de l’économie politique, Trad. de ROY Joseph, Editions Sociales, Paris, 1975, 8 vol.

REISS, Rodolphe Archibald, La photographie judiciaire, Charles Mendel Editeur, Paris, 1903, 232p.

RIEFFEL, Rémy, Que sont les médias ? Editions Gallimard, Paris, 2005, 539p.

ROSLER, Martha, «Sur/Sous le pavé» Pensées autouret au-delà de la photographie documentaire”; Presse univeristaires de Rennes, 2006, (19811), (coll. Métiers de l’exposition).

SEKULA, Allan, Ecrits sur la photographie, 1974-1986, Paris. Beaux- Arts de Paris éditions, 2013, 304p

SONTAG, Susan, Sur la photographie, Paris: Editions du Seuil, 1979, (19731), 226p., (coll. Fiction & Cie).

SOULAGES, François et VERHAEGHE Julien (dir.), Photographie, médias et capitalisme, Paris. L’Harmattan, 2009, 234p.

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judiciaire et photographie

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