Dossier Thématique Analyse du Rapport de la Commission Exécutive du CIO pour les Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver 2018
Réalisé par Kévin BERNARDI Étudiant en Master de Droit Public à l'Université de Perpignan-Via Domitia 27 Juin 2010
Mardi 22 Juin, le Comité International Olympique (CIO) a désigné les Villes Candidates à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’Hiver 2018. Munich (Allemagne), Annecy (France) et PyeongChang (Corée du Sud) seront départagées le 06 Juillet 2011, au cours de la prochaine Session du CIO, à Durban (Afrique du Sud). Afin d’éclairer le CIO, la Commission Exécutive a publié un Rapport de « préévaluation » allons-nous dire. Durant deux jours, j’ai étudié en profondeur ce Rapport de 75 pages, présentant dans onze domaines, les points forts et les carences des trois villes. En plus des recommandations du CIO, je vous proposerai mes avis et mes critiques sur chacune des Villes Candidates :
1) Soutien gouvernemental et populaire La Candidature de Munich dispose du soutien de l’ensemble des échelons administratifs d’Allemagne : Etat Fédéral, Land de Bavière, Municipalités de Munich et des villes annexes. La Commission exécutive note la volonté gouvernementale de placer la Candidature au « rang de priorité nationale ». Il est indiqué en outre qu’un « conseil consultatif des athlètes a été formé avec un représentant de chaque sport des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver ». Concernant le soutien populaire, un sondage du CIO indique une adhésion de 70 % au projet munichois. Annecy 2018 dispose comme Munich, du soutien de l’ensemble des échelons administratifs, appuyé également par une Lettre du Président de la République à l’attention du CIO et du Président Jacques Rogge, témoignant du soutien du Gouvernement français à la Candidature haut-savoyarde. Le projet annécien prévoyant les arrivées et les départs d’avions, principalement par l’aéroport de Genève (Suisse), le Comité de Candidature a aussi fourni une Lettre du Conseil d’Etat du Canton de Genève, sorte de garantie. Pour ce qui est du soutien populaire, le sondage du CIO relève une adhésion à 74 %. PyeongChang enfin, dispose pour sa troisième Candidature olympique consécutive, de tous les soutiens nationaux et régionaux. Il est par ailleurs indiqué dans le Rapport, que « l’Assemblée Nationale coréenne s’est dotée d’un comité spécial de soutien et a l’intention d’adopter une loi d’exception visant à soutenir les Jeux Olympiques de 2018 si PyeongChang est élue ville hôte ». Pour le soutien populaire, la ville sud-coréenne surclasse littéralement ses concurrentes européennes avec une adhésion de 90 %.
2) Infrastructure générale Pour la thématique suivante, la Commission exécutive s’est basée sur « les exigences en matière de transport pour les 100 000 personnes accréditées et, souvent, plus de 100 000 spectateurs les jours de grande affluence ». Les infrastructures dans et en dehors des Villes Candidates ont été évalués par la Commission qui place Munich largement en tête avec une moyenne excellente de 8,5 / 10. Il est ainsi indiqué que « l’infrastructure routière et ferroviaire » et « de grande qualité » avec « une des plateformes de transport multimodal les plus actives du pays, avec un aéroport international, huit lignes ferroviaires principales et un réseau de sept autoroutes qui convergent vers les rocades de la ville ». Concernant d’ailleurs l’aéroport, le Rapport du CIO rappelle qu’il s’agit d’une « installation moderne de grande capacité – 35 millions de passagers par an ». La compacité du projet munichois est aussi mise en avant avec « le Parc de Glace de Munich, le village olympique et le village des médias […] dans un rayon de 2 km ». Le CIO remarque le souci de développement durable dans le projet du Centre des Médias qui serait « situé sur l’actuel centre de foires-expositions de Munich […] déjà utilisé auparavant pour la Coupe du Monde 2006 de la FIFA ». D’ici à 2018, Munich prévoit un investissement de l’ordre de 720 millions d’euros pour moderniser ses infrastructures. Pour Annecy, l’évaluation de la Commission exécutive est beaucoup plus sévère et présente des carences importantes. Il est ainsi indiqué que « le concept dispersé des Jeux à Annecy, avec de nombreux sites indépendants, nécessiterait un système de transport diversifié entre les vallées et empruntant de multiples axes ». Dans Annecy intra-muros en revanche, le Rapport pointe la proximité des six sites proposés avec la gare ferroviaire (un rayon de 3 à 4 km). L’investissement annécien pour la mise à niveau des infrastructures de transport représente le deuxième plus important parmi les trois candidatures, avec un budget estimé à 1,47 milliards d’euros, investissement qui selon la Commission exécutive du CIO « laisserait un héritage très positif ». Du côté de PyeongChang, le budget des transports est évalué à 2,9 milliards d’euros, investissement majeur qui a en partie débuté, en particulier pour la construction d’« une nouvelle ligne ferroviaire à grande vitesse […] pour relier Séoul à Gangneug ». Toutefois, malgré la bonne impression donnée par la compacité du dossier sud-coréen (deux pôles Montagne / Littoral), le Rapport dispose que « l’accès à la zone olympique tel que décrit dans le dossier dépend toutefois de la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse ». Le projet de PyeongChang 2018 témoigne un fort investissement en matière de développement durable, à l’exemple du Centre des Médias qui « serait converti en centrale électrique à énergie renouvelable (solaire) » après les Jeux.
3) Sites sportifs La Commission Exécutive du CIO a analysé dans cette partie, « l’utilisation et l’adéquation des sites existants, y compris des projets de rénovation des sites » ainsi que les sites prévus (permanents ou temporaires). Chacune des trois Villes Candidates présentent, 13 sites pour les diverses compétitions inscrites au programme olympique. Un détail des normes du CIO en terme de capacité d’accueil démontre que la Patinoire Olympique doit avoir une capacité d’au moins 12 000 places assises tandis ce que le Ski alpin doit disposer de 8 000 places assises et 10 000 places debout… Munich propose sept sites existants : cinq sites existants sans travaux supplémentaires et deux sites existants nécessitant des travaux de rénovation. En outre, la capitale bavaroise propose la construction de deux sites permanents et de quatre sites temporaires. Les travaux s’élèveraient à 185 millions d’euros, financés par le secteur public. Parmi les nouveaux sites, notons la construction de deux patinoires de hockey sur glace, qui, comme indiqué par le Rapport, « laisserait après les Jeux un nouveau complexe multisportif ». Seul point noir si l’on peut dire, du dossier des sites sportifs de Munich 2018 : le site démontable dédié au patinage de vitesse. Le Comité de Candidature souhaiterait avoir recours à un site temporaire qui pourrait après les JO, être démonté et réutilisé sur l’ensemble du territoire allemand. La Commission note que « la mise en œuvre technique de cette structure temporaire de grande portée risque d’être difficile ». Le CIO prévoit en effet un site de 6 000 places assises pour le patinage de vitesse. Annecy de son côté présente un site existant sans travaux ainsi que six sites existants réclamant la réalisation de travaux de mises aux normes. Par ailleurs, le projet annécien prévoit la construction de deux structures permanentes et de quatre structures temporaires. Le coût des travaux s’élèverait à près de 340 millions d’euros, financé à part égale par le public et le privé. La Commission soutient que « les améliorations qui seraient apportées aux sites existants et la construction de nouveaux sites laisseraient un solide héritage en matière de sport d’hiver à la région d’Annecy ». Les structures d’entrainements et de compétitions de sport d’hiver manquent cruellement au territoire national, à l’heure actuelle, de nombreux athlètes tricolores partant s’entrainer à l’étranger et particulièrement en Russie ou aux États-Unis, deux pays qui disposent de structures performantes. Cependant, le Rapport stipule que « le concept général des sites, qui comprend 10 sites indépendants, deux villages olympiques et la nécessité de trois centres d’hébergement supplémentaires pour les athlètes, présenterait des difficultés majeures sur les plans organisationnel et financier ».
Concernant PyeongChang, la ville sud-coréenne propose cinq sites ne nécessitant pas de travaux supplémentaires et deux sites existants nécessitant des améliorations techniques. Le projet prévoit aussi l’édification de deux structures indépendamment des Jeux, ainsi que cinq sites dont trois permanents. L’ensemble des travaux se chiffrerait à un peu plus de 300 millions d’euros entièrement financé par le secteur public.
4) Village(s) Olympique(s) La Commission présente le village olympique comme « l’un des sites les plus importants [qui] constitue le cœur des Jeux pour les athlètes ». Elle met en garde les Villes Candidates qui « devront prouver qu’elles ont saisi l’extrême complexité des aspects concernant l’ampleur et la taille d’un tel projet du point de vue des opérations liées aux Jeux et de l’héritage post-olympique ». La Candidature de Munich prévoit la mise à disposition de deux villages, l’un à Munich-même (22 hectares / 3 500 lits), le second à Garmisch-Partenkirchen (21 hectares / 2 500 lits). Pour le village de montagne, il me semble que la complexité des terrains risque de poser quelques problèmes administratifs. En effet, une partie des 21 hectares appartient à la Municipalité alors que l’autre partie, appartient à divers propriétaires privés. Annecy présente deux villages de 30 hectares (2 500 lits) et 25 hectares (2 300 lits), situés à Annecy et à Chamonix, hôte des Jeux 1924. Le Rapport pointe l’éclatement des sites, qui nécessiterait des logements supplémentaires notamment à Morzine. Toutefois, le nouveau projet d’Annecy 2018, se voulant plus compact, ne ferait plus appel à la station de ski de Morzine. Les terrains susceptibles d’accueillir les Villages des athlètes, appartiennent à des particuliers, ce qui sous-entendrait un recours à l’expropriation. PyeongChang propose comme ses rivales, la construction de deux villages olympiques, l’un de 43 hectares (3 500 lits) et l’autre, situé sur le littoral, de 11 hectares (2 300 lits). La Commission note que « tous les athlètes pourraient être logés à moins de 10 minutes de leurs sites de compétition respectifs » tout en décrivant que « le village du littoral […] paraît surdimensionné compte tenu du nombre d’athlètes et d’officiels estimés dans les sports présents dans la zone côtière ».
5) Environnement : Conditions et Impact Les trois projets présentant des dispositions en matière de développement durable (notion inscrite dans la Charte Olympique et dans l’Agenda 21 du Mouvement Olympique), quelques différences sont à noter en matière d’enneigement des sites. Ainsi, Garmisch-Partenkirchen (Munich) possède une hauteur moyenne de 28,7 cm, ce qui « semble peu élevée » au regard de la Commission Exécutive. Le CIO a sans doute était douché par les problèmes dû au manque de neige, durant les Jeux de Vancouver 2010 (Canada). La hauteur moyenne enregistrée dans la zone du Mont-Blanc « oscille entre 97 et 150 cm ». Annecy possède donc ici un atout de poids. PyeongChang dispose quant à elle d’une hauteur moyenne de 37,1 cm bien que le site prévu pour le ski alpin et les épreuves de vitesse ne possède qu’une moyenne décennale de seulement 7,3 cm ce qui « semble très peu élevée ».
6) Hébergement Pour l’hébergement, le CIO place une référence de 23 300 chambres pour les Jeux d’hiver, dans des hôtels ou des « hébergements de niveau équivalent » qui doivent principalement disposer de 3 à 5 étoiles. La proximité avec les sites de compétitions est aussi prise en compte. Munich possède actuellement 36 000 chambres et le nombre de logements pour les spectateurs semblerait suffisant selon la Commission qui note que près de 25 000 chambres se situent dans un rayon de 10 km du centre du Parc Olympique. Le Rapport établit « un manque de chambres dans des hôtels de catégorie 3 à 5 étoiles » pour le projet d’Annecy. Il dispose toutefois que le nombre de logements pour les spectateurs serait suffisant, signe sans doute, de l’expérience des stations de ski françaises en matière touristique. Là encore, le Rapport dénonce l’éclatement des sites. PyeongChang dispose enfin de la flotte de chambres la plus élevée parmi les trois candidates : 46 000 soit près du double du chiffre de référence du Comité International Olympique. Quelques 18 000 chambres se situent dans un rayon de 10 km du centre des Jeux de PyeongChang. Concernant les tarifs, ils seraient à l’heure actuelle « très raisonnables ».
7) Concept des transports Dans le domaine des transports, les différences ne sont pas très grandes selon moi, entre Munich, Annecy et PyeongChang concernant la qualité des installations actuelles (aéroports, autoroutes, ferroviaires...). Là où la différence est vraiment importante, c’est lorsque l’on regarde le temps de trajet entre les sites, relativement courts pour Munich et PyeongChang. Pour Annecy en revanche, la disparité des sites constitue le point noir avec des routes de montagne qui pourraient poser quelques problèmes logistiques dû aux flux de spectateurs et de touristes.
8) Sécurité La Commission exécutive du CIO rappelle un fait connu : « la sécurité aux Jeux Olympiques d’hiver représente l’une des plus grandes opérations de sécurité menée au niveau international ». La sécurité comprend bien entendu la lutte contre de possibles attentats terroristes (Munich 1972, Atlanta 1996) mais aussi la gestion des mouvements de milliers de spectateurs. La Commission souligne que Munich, Annecy et PyeongChang et plus largement les autorités nationales respectives, disposent de « systèmes de communication ultramoderne et d’une technologie de pointe en matière de sécurité ». Seul bémol pour Annecy, l’éclatement des sites, encore et toujours.
9) Expérience en matière d’organisation de grands événements En matière d’expérience, l’Allemagne et la France sont ex-æquo dans le classement réalisé par la Commission exécutive. L’Allemagne et notamment Munich, ont accueilli la Coupe du Monde 2006 de la FIFA ainsi que des compétitions de sports d’hiver. La France et la Région Rhône-Alpes, ont également accueilli de grandes manifestations sportives (Coupe du Monde de Rugby 2007 de l’IRB…) et plus récemment, les Championnats du Monde de Ski Alpin à Val d’Isère (2009). La Corée du Sud en revanche, possède une expérience moindre au niveau des sports d’hiver (manifestations de grande ampleur dans quatre des sept sports d’hiver contre cinq pour les deux autres candidats).
10) Financements Au niveau des financements, Annecy décroche la première place du classement. En effet, grâce à l’investissement de l'État et des Collectivités Territoriales, une grande partie des garanties sont d’ores et déjà établies. De plus, il est précisé que « les autorités publiques s’engagent à fournir gratuitement tous les services nécessaires à l’organisation des Jeux et à mettre, sans frais, à la disposition du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques (COJO) les sites leur appartenant ». Une mesure qui rassure semble-t-il, le CIO. Pour Munich en revanche, la Commission estime que « des précisions seraient nécessaires quant à la part de responsabilité attribuée au secteur public et celle attribuée au secteur privé ». Annecy décroche la première place en matière de projections de revenus commerciaux. La ville haut-savoyarde annonce des revenus probables de l’ordre d’un milliard d’euros tandis que Munich table sur près de 900 millions d’euros et que PyeongChang se trouve distancé avec des revenus estimés à 525 millions d’euros, projection jugée « faible pour couvrir les dépenses de fonctionnement des Jeux Olympiques ».
Conclusion Au final, avec une moyenne de 8,28/10 Munich fait figure de favorite à l’obtention des Jeux, juste devant PyeongChang (8,12) et Annecy (6,92). La Commission exécutive rappelle toutefois que « sa tâche ne consiste pas à porter un jugement définitif sur la ville qui devrait accueillir les Jeux Olympiques d’hiver en 2018 ». Une précision qui n’est pas anodine, lorsque l’on sait que les enjeux extrasportifs sont parfois importants dans ce genre de décision. De plus, jusqu’au 06 Juillet 2011, rien n’est acquis, pour aucune des Villes Candidates. Pour l’édition 2014, PyeongChang était la grande favorite avant de s’incliner devant la ville russe de Sotchi. De même, pour les Jeux d’été de 2016, Doha et Tokyo avaient respectivement les faveurs techniques, avant finalement d’être éliminées avant la « short-list » (Doha) et au deuxième tour de scrutin (Tokyo). Annecy garde toutes les chances pour décrocher l’organisation des Jeux, Jacques Rogge, Président du CIO l’a d’ailleurs rappelé récemment, à condition que le projet devienne plus compact. Dans chacune des thématiques traitées, la disparité des sites a été pointée du doigt par la Commission exécutive qui souligne toutefois que « la France et la région Rhône-Alpes ont le potentiel pour organiser des Jeux Olympiques d’hiver réussis ». Le Comité de Candidature qui souhaitait faire participer l’ensemble du territoire de Haute-Savoie, devra donc se concentrer sur deux pôles, Annecy et Chamonix, pour espérer gagner, le 06 Juillet 2011.