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Yessod n°19

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ISSN 2552-1691

www.keren-hayessod.fr

n° 19 DÉCEMBRE

DÉCEMBRE 2021 PRIX : 5 €

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LA REVUE DU KEREN HAYESSOD FRANCE


EXPLORONS D’AUTRES UNIVERS COLLECTION 2021/2022

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n° 19 DÉCEMBRE

2021

Yessod

10, place de Catalogne 75014 Paris Tél. : 01 77 37 70 80 www.keren-hayessod.fr Facebook : Keren Hayessod France Instagram : keren_hayessod_fr ISSN 2552-1691 DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Alain Belhassen RÉDACTRICE EN CHEF Sophie Atlan Tél. : 01 77 37 70 85 Sophie.atlan@kh-aui.fr DIRECTRICE ARTISTIQUE / GRAPHISME Joëlle Paris jparis@free.fr

CONTRIBUTEURS : Sophie Atlan Guitel Ben-Ishay Karine Boukris Paula Haddad Richard Prasquier PUBLICITÉ Michael Sfez 01 77 37 70 80 michael.sfez@kh-aui.fr ADMINISTRATION /COMPTABILITÉ Sophie Barr 01 77 37 70 84 sophie.barr@kh-aui.fr

LE MOT DES CO-PRÉSIDENTS 2021 s’achève déjà… Année de reprise, année où tous les espoirs sont à nouveau permis. Même si la crise sanitaire n’est pas complètement derrière nous, la vie « normale » a recommencé, d’abord en Israël et puis progressivement en France. Le Keren Hayessod n’a jamais cessé son activité… Nos missions, nous les avons remplies avec et grâce à vous. Car même si les frontières étaient fermées en Israël, votre affection pour Israël n’a jamais faibli. Votre générosité était au rendez-vous. Vous avez continué à aider ceux qui étaient dans le besoin, car vous avez compris qu’Israël, pays des start-ups, pays pionnier dans la vaccination, n’était pas un pionnier du social ! Ainsi la crise sanitaire n’a fait qu’augmenter le taux de pauvreté et creuser les écarts sociaux en Israël. Ce petit pays, plein de contrastes, nous continuons à l’accompagner, parce que nous sommes liés à lui de manière indéfectible, où que nous vivions. Le Keren Hayessod s’est fixé un nouveau challenge : aider des mamans en situation de précarité et leur donner des « outils » pour élever leurs bébés… car les premières années sont déterminantes pour le bon développement d’un enfant. Découvrez dans ce magazine, comment Israël répond aux besoins de la petite enfance et comment Peimot, un programme unique en Israël, accompagne des centaines de mamans qui n’ont pas vers qui se tourner. Dans ce numéro, nous vous proposons aussi de faire un bilan des actions menées par le Keren Hayessod qui a su au fil des ans gagner la confiance de ses donateurs. Nous vous présentons également un très beau projet mis en œuvre par l’Agence juive en France, « zikaron ba salon » pour que les jeunes puissent s’approprier la mémoire de la Shoah. Vous pourrez encore découvrir le « Commando Français », une unité peu connue qui a combattu pour Israël, pendant la guerre d’indépendance. Bonne lecture !

PRÉPRESSE / IMPRESSION / FABRICATION PRN Carpiquet

JUDITH OKS ET DAN SERFATY CO-PRÉSIDENTS DU KEREN HAYESSOD FRANCE

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AU CŒUR DE LA PETITE ENFANCE EN ISRAËL

AU CŒUR DE LA PETITE

ENFANCE EN ISRAËL

Par Guitel Ben-Ishay

EN 2020, PLUS DE 176 000 BÉBÉS SONT NÉS EN ISRAËL. LE TAUX DE FÉCONDITÉ DU PAYS - LE PLUS ÉLEVÉ DE L'OCDE - S'ÉLEVAIT À 3,1 ENFANTS PAR FEMME EN 2019. QUELLES STRUCTURES ISRAËL PROPOSE-T-IL À SES TOUT-PETITS ? COMMENT LA PRISE EN CHARGE DE LA PETITE ENFANCE ÉVOLUE-T-ELLE EN ISRAËL ? ISRAËL, À LA POINTE DANS TANT DE DOMAINES, RÉUSSIT-IL À INNOVER LÀ AUSSI ?

UNE OFFRE INFÉRIEURE À LA DEMANDE Si on compte en France tout un éventail de solutions de garde pour les enfants entre 0 et 3 ans, en Israël le choix se limite à trois types de structures, pour des prix variant en fonction de son lieu d'habitation entre 2 000 et 4 000 shekels par mois. • Les michpa'htonim, encadrés par les services sociaux locaux, sont animés par des nourrices à domicile. Ces dernières peuvent accueillir au maximum 5 enfants. • Les ganim pratiim (crèches privées) qui accueillent 3 à 4 bébés par nourrice et 6 à 7 enfants de 2 à 3 ans par nourrice. Jusqu'à la loi votée en 2018, ces structures n'étaient soumises à aucun contrôle et aucun recensement. • Les maonot yom (crèches) composés d'une véritable équipe : directrice, puéricultrices, cuisinière. Elles fonctionnent sous l'autorité du ministère des affaires

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sociales et peuvent accueillir jusqu'à 6 enfants par adulte jusqu'à 15 mois ; de 15 mois à 2 ans, jusqu'à 9 enfants par adulte et jusqu'à 11 enfants entre 2 et 3 ans. Ces structures sont gérées par les autorités municipales ou des associations féminines comme Naamat (réseau laïc), la WIZO (réseau traditionnaliste) ou Emouna (réseau sioniste religieux). Aujourd'hui, on compte environ 2136 crèches dans tout le pays qui accueillent près de 110 000 enfants entre 0 et 3 ans ainsi que 3600 michpa'htonim avec plus de 20 000 enfants. Les ganim pratiim n'étant, jusqu'en 2019, soumis à aucun contrôle, il est difficile d'évaluer leur nombre. On estime que 30% des enfants en bas âge y sont inscrits.

On compte 2136 crèches en

Dès le plus jeune âge des programmes pédagogiques sont élaborés suivant le développement de l'enfant. « Pour moi, ce qui compte avant tout, c'est que mon enfant soit accueilli avec amour, qu'il reçoive l'affection dont un petit de cet âge a besoin. Je suis aussi attachée à ce qu'on va lui enseigner. Ici, en Israël, on leur apprend à être autonome tout en leur signifiant que l'adulte est là pour lui, je trouve cela très positif », souligne une maman dont le 6e enfant fait ses premiers pas dans une crèche de l'association Emouna. « Il apprend les premiers éléments d'hygiène, à manger tout seul. L'atmosphère quotidienne est détendue. L'enfant s'imprègne de tout cela et gagne en confiance en lui. Les fêtes juives sont enseignées à travers des activités adaptées au développement de l'enfant. Tout est prétexte pour leur inculquer des nouvelles notions ». Dès la petite enfance, les structures diffèrent pour les religieux et les laïcs. Ici une nounou orthodoxe promène de jeunes enfants.

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Israël

© PHOTO MYRIAM KATZ

MYRIAM BLUM, nouvelle immigrante de France, dirige une crèche privée à Netanya. Diplômée en éducation, elle a ouvert sa structure avec une associée après avoir travaillé dans une maternelle municipale puis dans une crèche privée en tant qu'employée. Elle témoigne : « La structure privée nous donne beaucoup plus de liberté dans nos choix pédagogiques et dans le rythme de nos journées. Nous nous adaptons davantage aux besoins de l'enfant. Pour nous, en tant que professionnelles, c'est très satisfaisant et les parents sont aussi heureux de trouver un environnement totalement à l'écoute de leurs enfants. Notre crèche est véritablement familiale ».


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Malgré une offre riche en apparence, l'encadrement de la petite enfance en Israël se heurte depuis des années à la problématique d'une demande largement supérieure à l'offre. En 2018, près de 8 000 enfants n'ont pas obtenu de places en crèche ou michpa'hton. Dans beaucoup de villes et villages israéliens, les parents se retrouvent démunis face au manque de place dans les structures de la petite enfance. Et si l'on pense que la solution se trouve dans la création de crèches supplémentaires, cela n'est pas si simple. En effet, au manque de place s'ajoute, une réelle difficulté pour recruter du personnel, comme nous le fait remarquer Myriam Blum : « Trouver une personne prête à travailler n'est pas très compliquée, en revanche, trouver une employée qualifiée et digne de confiance est une autre histoire ». LI'HEN, jeune maman, nous confie : « Je ne peux pas envisager de reprendre le travail alors que mon congé maternité touche à sa fin parce que je n'ai pas de place pour mon fils en crèche ou dans un michpa'hton. Que la ville ouvre une crèche supplémentaire ne m'est d'aucune utilité puisque déjà dans la crèche existante, il manque de personnel ».

VERS PLUS DE CONTRÔLE ET DE FORMATION Ces deux dernières années, des affaires de maltraitance au sein de structures de garde d'enfants en bas âge ont été mises à jour. Les images de ces petits malmenés ont secoué le pays tout entier. L'horreur a atteint son apogée en mai 2018 lorsqu'une assistante maternelle a tué la petite Yasmin Vita, alors âgée de 14 mois. Sur les images de la vidéosurveillance de la crèche, on peut la voir littéralement étouffer le bébé. Une cruauté face à laquelle, les autorités ont enfin compris que la loi de contrôle des crèches et michpa'htonim devait évoluer. C'est chose faite depuis le mois d'octobre 2018 avec le vote d'une loi à la Knesset qui va largement développer le contrôle des structures d'encadrement de la petite enfance. Cette loi va, en premier lieu, mettre fin à la possibilité pour les structures privées d'échapper à tout contrôle. Elles devront dorénavant se soumettre aux règles imposées par l'État, à savoir notamment : absence de casier judiciaire pour le personnel, installation de caméras de surveillance, surveillance de la qualité de la nutrition, respect strict du nombre d'enfants par structure, formation du personnel, obligation d'informer les parents des événements de la journée. Si ces règles peuvent paraître évidentes à respecter pour qui veut s'occuper de très jeunes enfants, il était pourtant nécessaire de les compiler dans une loi.

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En effet, entre 2018 et 2020, avec le début des contrôles plus stricts, ont été découvertes pas moins de 502 personnes avec un casier judiciaire qui exerçaient dans des structures de la petite enfance en Israël. Parmi ces personnes, certaines avaient même un passé judiciaire pour violence commises sur des enfants. D'une manière générale, la loi vise à renforcer les garanties de sécurité dans toutes les structures de garde. Le personnel devra être diplômé de la petite enfance et avoir suivi une formation de premiers secours. Un suivi pédagogique mensuel est imposé pour tout le personnel et une vérification stricte de l'attitude de chaque employé(e) vis-à-vis des enfants sera effectuée indépendamment de l'absence de casier judiciaire. ANAT DAYGI, présidente d'un forum de parents très actifs pour le renforcement des contrôles dans l'encadrement de la petite enfance, s'est félicitée de la mise en application de ces principes : « Après tant d'années de combat, la voix des tout-petits est enfin entendue ». Myriam Blum, quant à elle, nous fait part de sa satisfaction face aux changements apportés par la loi de 2018 : « C'est ainsi que notre crèche fonctionnait depuis le départ. Rien de plus normal que de fournir toutes les garanties pour le bien-être des petits et la tranquillité d'esprit de leurs parents ».

UNE AIDE FINANCIÈRE DE L'ÉTAT POUR LES PARENTS Ce n'est pas un secret, Israël est un État beaucoup moins social que la France. L'exemple des allocations familiales est assez parlant lorsque l'on constate la différence de montant d'un pays à l'autre. Néanmoins, Israël encourage les parents à travailler, en leur permettant d'obtenir des subventions pour les inscriptions en crèche, à l'exception des structures privées. C'est le ministère de l'industrie qui accorde ces réductions sur la base de critères bien précis. Dans l'ensemble, les aides proposées sont suffisantes pour permettre aux deux parents de continuer à travailler.

DES CRÈCHES PAS COMME LES AUTRES Une des particularités du système éducatif israélien est sa capacité à s'adresser à tous les types d'enfants. Il existe notamment des crèches spécialisées pour les enfants handicapés ou malades leur offrant le meilleur pour leur développement.

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Citons l'exemple de la crèche de l'institut « Zihron Menahem » pour les enfants atteints d'un cancer, ou la crèche de « Elya », centre spécialisé pour les enfants aveugles ou malvoyants. Les petits apprennent à dompter leur handicap et pour certains ils pourront même par la suite intégrer une école classique. Le lancement du programme Peïmot en mai 2020 par le Keren Hayessod enrichit aussi le paysage de ces crèches particulières, en apportant une réponse adaptée aux familles monoparentales ou dites « à risque ». Ce projet novateur prend en charge les mères dès la grossesse avec pour objectif l'amélioration du bien-être des familles et le développement physique, social, émotionnel et scolaire des enfants. Les changements de ces dernières années vont dans le sens d'un système de plus en plus responsable avec un contenu et un encadrement qui ne cessent de s'améliorer, se rapprochant davantage du modèle français très réglementé. Il ne reste plus qu'à trouver comment augmenter les vocations pour les métiers de la petite enfance, puisque comme le dit Myriam Blum : « aimer les enfants est une condition nécessaire pour exercer ce métier, mais pas suffisante. C'est un véritable sacerdoce ».

ZOOM SUR PEÏMOT, UN PROGRAMME POUR ACCOMPAGNER LES PREMIERS BATTEMENTS DE CŒUR

EN ISRAËL, 12% DES FAMILLES AVEC DES ENFANTS DE MOINS DE 17 ANS SONT DES FAMILLES MONOPARENTALES ET DANS 86% D'ENTRE ELLES, C'EST LA MÈRE QUI S'OCCUPE SEULE DES ENFANTS. IL EXISTE AUSSI DE NOMBREUSES FAMILLES QUI POUR DES RAISONS SOCIALES, ÉCONOMIQUES OU PSYCHOLOGIQUES, FONT FACE À DES DIFFICULTÉS POUR ÉLEVER LEURS ENFANTS. CONSCIENT DE CE CONSTAT ET DE SES CONSÉQUENCES SUR LE DÉVELOPPEMENT ET L'ÉQUILIBRE DES ENFANTS, LE KEREN HAYESSOD A LANCÉ EN MAI 2020 UN PROGRAMME UNIQUE EN SON GENRE : PEÏMOT (LES BATTEMENTS DE CŒUR).

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AU PLUS PRÈS DES FAMILLES EN DIFFICULTÉ « Notre but est de fournir aux parents, dès la naissance, les outils nécessaires pour améliorer le bien-être des familles et le développement physique, social, émotionnel et scolaire des enfants », explique LIAT RIFF, la directrice du programme. « Nous voulons leur garantir le support psychologique et physique pour assurer à leurs enfants un véritable avenir, car beaucoup de choses se jouent dès la petite enfance ». Le programme opère actuellement dans six communautés de la périphérie géographique, économique et sociale : quatre communautés dans le nord du pays, une au centre et une au sud. Le Keren Hayessod France souhaite investir dans ce projet indispensable à l'avenir d'Israël en finançant intégralement un centre à Kyriat Shmona en plus de celui de Jérusalem et de Yérouham qui doivent démarrer très prochainement. Liat Riff, directrice des centres Peïmot

Peïmot s’adresse aux jeunes futures mamans et aux familles d'enfants d'âge préscolaire (jusqu'à trois ans), orientées vers le programme par les services sociaux locaux. Le soutien commence donc dès la grossesse. Peïmot aide les futures mères dans leur suivi médical et les aide à traverser l'expérience de la grossesse de manière positive. Après la naissance un plan d'intervention personnalisé est mis au point se concentrant sur le bien-être de la mère et de l'enfant, et le cas échéant, le père est bien entendu lui aussi impliqué. Les éducateurs de Peïmot sont hautement qualifiés, ils jouent le rôle de référent, ils soutiennent, conseillent et guident les jeunes mamans. Les activités proposées se déroulent en groupe mais aussi à domicile. Au cours de ces visites, les éducateurs parviennent à créer une relation de confiance avec les membres de la famille, développent des solutions sur mesure, en fonction du contexte familial et social ainsi que des réelles attentes, un élément déterminant pour beaucoup de mères. Ainsi ORTAL RAZ, qui s'est retrouvée mère célibataire du jour au lendemain lorsque son mari a été arrêté, raconte : « Les services sociaux d'Ofakim m'ont orientée vers Peïmot. Ce programme m'a tout de suite séduite, d'abord parce qu'ils viennent à domicile. J'ai senti que je n'étais pas seule. La conseillère Peïmot est là, elle m'écoute, elle m'empêche de tomber ». Chaque éducateur travaille avec 15 familles et deux éducateurs au moins travaillent dans chaque localité. La période d’assistance est de 18 mois à 2 ans, un temps suffisant pour que le travail des éducateurs

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ait un véritable impact sans pour autant que la famille devienne dépendante de son intervention.

« J'AI SENTI QUE JE N'ÉTAIS PLUS SEULE, QUE J'ÉTAIS FINALEMENT NORMALE » En un an et demi de fonctionnement, le programme Peïmot a fait ses preuves. On note une réelle amélioration de la relation parents-enfants, une meilleure capacité des parents à prendre soin des enfants et une augmentation de la confiance en soi. C'est ce que décrit HADAR OVADIA, mère de trois enfants en bas-âge qui a eu beaucoup de difficulté à se remettre d'une dépression post-partum après la naissance de son troisième enfant. « Je pleurais tout le temps, je ne me supportais pas. Le plus dur pour moi était quand ils pleuraient, surtout lorsque je n'arrivais pas à comprendre pourquoi. J'étais désemparée et je ressentais une grande frustration ». Ora, une éducatrice Peïmot, a pris en charge la famille. Aujourd'hui Hadar témoigne, émue : « J'ai un endroit où je peux me confier, partager mes sentiments. Grâce à Ora, je peux évacuer mes frustrations et avoir la sensation d'être normale ». Hadar, en dépression post-partum, peut s'appuyer sur son éducatrice Ora.

Ce bonheur de se sentir entouré et soutenue, LIOR, jeune mère célibataire d'un bébé d'un an et demi le décrit aussi. Elle est tombée enceinte à 20 ans alors qu'elle venait de finir son service militaire, son compagnon de l'époque ne voulait pas de l'enfant. Elle a décidé de le garder en mesurant les difficultés psychologiques et matérielles que cela impliquerait. « Le programme Peïmot nous apporte ce dont nous avons besoin mon bébé et moi : un accompagnement étroit, une formation pour posséder les bons outils. Ces rencontres sont, pour lui comme pour moi, une bouffée d'oxygène. Devenir mère sans l'avoir prévu est déroutant. Si je n'avais pas les conseils et l'orientation des professionnels de Peïmot, je serais vraiment perdue. Aujourd'hui, je me sens entourée et guidée sur la bonne voie pour l'avenir de mon fils ». Un programme comme Peïmot représente réellement une bouée de sauvetage pour ces mères et procure aux enfants un meilleur départ dans la vie que celui auquel ils étaient destinés. Ainsi, toutes les conditions sont réunies pour qu'ils deviennent des adultes épanouis, équilibrés et qui apporteront leur pierre à la société.

Lior, mère célibataire, se sent entourée et bien encadrée avec le programme Peïmot

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AMIR LAPID :

LE KEREN HAYESSOD SE PORTE BIEN ! Par Sophie Atlan

AMIR LAPID EST DIRECTEUR DU KEREN HAYESSOD FRANCE DEPUIS BIENTÔT 4 ANS. IL DRESSE UN BILAN DE L’ACTION DU KEREN HAYESSOD EN TERMES DE NOTORIÉTÉ, DE COLLECTE, DE RÉSULTATS, DE STRATÉGIE… QUI SE REDÉPLOIE EN FRANCE DEPUIS 8 ANS ET DANS LE MONDE DEPUIS PLUS DE 100 ANS !

Amir Lapid

Où en est le Keren Hayessod depuis sa renaissance en France, il y a maintenant 8 ans ? Rappelons d’abord que le Keren Hayessod France a été créé dans le 17e arrondissement de Paris, il y 100 ans. Mais effectivement, après presque 50 ans d’existence, sous le nom « AUJF », le faire renaître en tant que Keren Hayessod en 2013, a représenté un vrai challenge. Il a fallu gagner ou regagner la confiance des donateurs, nous créer une notoriété, afin de pouvoir collecter et soutenir nos programmes. Mes prédécesseurs Allon Lev et Yoan Smadja, sous la présidence de Richard Prasquier ont eu cette lourde tâche, qu’ils ont parfaitement menée à bien. Ce travail se poursuit et je suis très heureux de pouvoir vous dire aujourd’hui que le nombre de nos donateurs augmente chaque année de façon considérable. De fait, le Keren Hayessod est l’organisation de collecte la plus importante d’Israël. C’est la seule institution qui a donné son nom à une loi Israélienne et dont Israël reconnait publiquement l’importance. Israël s’adresse au Keren Hayessod pour répondre à certains de ses besoins prioritaires. Nos donateurs le savent aujourd’hui.

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Enfin, le Keren Hayessod est présent dans 45 pays, et la France est devenue en 8 ans, l’une des collectes pour Israël, les plus importantes. En bref, le Keren Hayessod se porte bien ! Les années corona ont mis à mal de nombreuses associations, institutions… ça n’est peut-être pas encore fini… Qu’en est-il avec le Keren Hayessod ? Je crois qu’il existe deux manières de voir les choses et surtout deux approches pour gérer cette situation. La première est de considérer la pandémie comme un problème pour son association, la deuxième est de voir la pandémie comme une opportunité pour l’association. Pour nous, le corona et ce qu’il a engendré, nous a obligé à réfléchir et agir autrement. Dès le premier jour du confinement nous avons lancé une campagne en faveur de la recherche d’un vaccin israélien, et une autre pour les Ehpad en Israël et en France. Nous avons automatisé encore plus nos actions et notre communication, et nous avons bien évidemment mis l’accent sur l’efficacité de nos procédures de travail ainsi que de nos coûts. Nous avons pris le temps de mieux réfléchir et mieux planifier, et in fine, plus d’argent a pu être ins de shabbat, Distribution de pa ière vague. em attribué aux populations en détresse que nous pr pendant la soutenons. La solidarité était-elle au rendez-vous ? Comment la communauté a-t-elle réagi aux appels aux dons, alors qu’elle ne pouvait plus se rendre en Israël ? En tant qu’Israélien, qui en est à sa deuxième Shlihout (mission) en France, je sais combien la communauté juive française est unique. C’est une communauté qui est toujours au rendez-vous lorsque Israël l’appelle. Pour moi, il n’existe aucune autre communauté aussi engagée et aussi liée à Israel. Même si pour certains, cette longue période pendant laquelle ils ne peuvent se rendre en Israel est très dure, l’amour qu’ils portent à Israël dépasse les contraintes liées aux circonstances. Quels sont les projets en cette fin d’année et les objectifs pour l’année 2022 ? En cette fin d’année 2021 nous avons fait appel à la générosité des donateurs français, pour aider les bébés en Israël, dont certains jeunes parents se trouvent

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en situation de grande précarité. C’est l’occasion de les remercier ainsi que nos militants et ambassadeurs de cette campagne qui a connu un vrai succès grâce à leur engagement. Le Keren Hayessod rappelons-le, collecte pour financer des programmes destinés à diminuer la fracture sociale en Israël et malheureusement nous sommes le pays de l’OCDE dont la fracture sociale a le plus d’impact sur la petite enfance. 2022, nous l’espérons, nous permettra de retrouver la communauté, de manière physique, en présentiel. Nous aimerions leur apporter encore plus d’Israël, à travers la culture, l’innovation, les loisirs, les voyages… Le contact nous manque ! Quels sont les nouveaux axes de développement du Keren Hayessod ? Avec nos co-présidents nationaux, Judith Oks et Dan Serfaty, nous avons une nouvelle vision de la philanthropie. Nous adaptons les « offres » à nos donateurs avec créativité et innovation, notamment à travers notre business club qui s’ouvre à une philanthropie 3.0. Par ailleurs, nous nous efforçons de faire connaître Israël à la population française non juive. Beaucoup d’entre eux aiment sincèrement Israël et souhaitent contribuer à son développement. les deux Judith Oks et Dan Serfaty, rs de l'action du pilie les t son ts den rési co-p nt en parfaite Keren Hayessod. Ils travaille fessionnelle. pro harmonie avec l'équipe

Pourquoi au final Israël a-t-il encore besoin de l’argent de la diaspora, alors que son économie est au beau fixe et qu’il semble s’être relevé de la crise… beaucoup mieux que la France ?

« Semble » est le bon mot dans votre question. Si les réussites sont incontestables et sources de très grande fierté pour nous tous, l’économie israélienne n’en reste pas moins complexe. La sécurité du pays et de ses citoyens représente une ligne budgétaire très importante, et est de loin plus élevée que celle des autres pays européens. Les relations économiques dont bénéficient les pays européens n’existe pas en Israël, c’est un pays isolé dans son

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environnement. La périphérie géographique et sociale d’Israël ne profite pas de l’innovation et du développement de la High Tech des grandes villes. Avec des conséquences directes dans le domaine de la santé où la couverture est beaucoup plus faible qu’en France. Dans le domaine de l’éducation où l’État n’intervient que de 3 ans à 18 ans, contrairement à la France qui propose des structures et des aides dès la naissance et où les universités sont gratuites. En France, l’État donne les moyens au populations défavorisées de garder la tête au-dessus de l’eau. En Israël, c’est justement le rôle du Keren Hayessod de soutenir les systèmes existants et de faire en sorte que plus d’enfants et plus d’adultes aient accès aux outils indispensables à leur développement individuel. C’est une manière de renforcer la société israélienne et d’y contribuer. Avez-vous un message particulier que vous souhaiteriez faire passer à nos lecteurs, qui sont aussi nos donateurs ? Oui… J’aimerais d’abord les remercier infiniment pour la confiance qu’ils nous accordent. Nous savons à quel point les donateurs, en France sont sollicités par diverses organisations. Je pars du principe que toutes ces causes sont bonnes, car derrière, il y a des gens qui se battent, investissent du temps et de l’énergie, pour aider les autres !

© ASSAF SHILO - ISRAEL SUN

Mais j’aimerais tout de même leur dire à quel point la diminution de la fracture sociale en Israël est cruciale ! Elle est depuis quelques années la priorité n° 1 en Israël ! Nous voyons d’une part la réussite des start-ups… Mais c’est lorsqu’on se rend dans la périphérie Israélienne, qu’on découvre un autre Israël, à la traîne, qui a beaucoup de mal à suivre si on ne le soutient pas. C’est ce soutien que le Keren Hayessod apporte, un soutien qui prend la forme d’outils, de formations… qui permettront aux plus fragiles de réussir à long terme. Il ne s’agit pas d’une aide ponctuelle qu’il faudra renouveler en permanence.

En Israël, le Keren Hayessod permet de réduire la fracture sociale en soutenant l'éduca tion des plus défavorisés.

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HISTOIRE

DE LA SHOAH À LA GUERRE D’INDÉPENDANCE D’ISRAËL (1948-49) : L’HISTOIRE DU « COMMANDO FRANÇAIS » Par David Haziot et Ingrid Haziot

© GPO

C’EST UNE HISTOIRE, QUE L’ON CONNAIT PEU, CELLE DU « COMMANDO FRANÇAIS » QUI A PARTICIPÉ À LA GUERRE D’INDÉPENDANCE. ELLE NOUS EST RACONTÉE ICI, PAR DAVID HAZIOT ET INGRID HAZIOT, RESPECTIVEMENT, NEVEU ET FILLE DE CHARLES HAZIOT, QUI A FAIT PARTIE DE CE COMMANDO. UN RÉCIT PASSIONNANT… Le commando français

L’aventure héroïque de l’officier THADÉE DIFFRE, TEDDY EYTAN de son nom de guerre, Commandant du Commando Français durant la Guerre d’Indépendance d’Israël (194849) est méconnue. Pourtant, sans ces véritables exploits que furent la prise de Beersheva et la victoire de Revivim, le jeune État d’Israël aurait-il pu s’ouvrir la voie vers la Mer Rouge par la conquête du désert du Néguev ? La création du mouvement sioniste fut essentiellement une affaire européenne et russe, puis américaine. Ce sont donc les Juifs ashkénazes (d’Europe de l’Est) qui ont porté la charge de ce mouvement qui prônait le retour à Sion. Le judaïsme séfarade (d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient) n’avait pu participer à cette aventure autrement que de manière symbolique. Mais, la Deuxième Guerre mondiale allait tout changer. Nombre de jeunes juifs séfarades se firent volontaires dans les armées alliées, française et britannique, pour combattre le nazisme. Parmi eux, les deux frères, Charles et Michel Haziot qui rejoignent l’armée britannique en 1943, firent la campagne d’Italie. La Guerre d’Indépendance d’Israël commencée en mai 1948 avec la proclamation de l’État, donna l’occasion à cette jeunesse juive qui avait combattu le nazisme, de s’illustrer à nouveau. Les réseaux juifs très actifs se mobilisèrent en France. D’anciens militaires non-juifs décidèrent eux aussi de combattre pour le jeune État d’Israël. Parmi eux, un brillant officier catholique de la division Leclerc, Thadée Diffre. Il était Haut fonctionnaire gaulliste et avait une expérience de gestion des populations des colonies d’Afrique du Nord.

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HISTOIRE

Sa valeur et ses atouts furent vite distingués par les Israéliens qui lui confièrent des commandements. Les recrues furent donc rassemblées en France, pour se rendre au plus vite en Israël envahi par cinq armées d’États arabes. Thadée Diffre, devenu entretemps Teddy Eytan, créa son commando, intégré aux unités d’élite du Palmach, et en entreprit l’instruction avec rigueur et ténacité. Ce commando était composé de soldats, tous francophones, d’où son nom de Commando Français. Les volontaires venaient de France, de Belgique, d’Afrique du Nord, ils étaient juifs ashkénazes, séfarades, rescapés de la Shoah, jeunes résistants français… Tous avaient moins de 27 ans, le plus « vieux » étant Teddy Eytan âgé de 35 ans. Teddy Eytan réussit à constituer une unité redoutable et apte aux actions de commando, malgré le peu d’expérience et le peu d’armes dont elle disposait. L’une des premières actions positives de Teddy Eytan fut d’avoir donné toute sa place à l’instruction. Il montra que ce travail préalable soudait les soldats et leur permettait d’être bien plus efficaces. Mais Eytan fut surtout, à la tête du Commando français, l’artisan des combats victorieux pour ouvrir la route du Neguev et de la Mer Rouge. Au moment du traité de partage par l’ONU en 1947 de la Palestine mandataire en deux États, il n’était nullement question du Neguev. Ce qu’on appelait alors la Palestine s’arrêtait à Beershéva, ville tenue par les armées arabes. Au sud, le désert du Néguev était une zone sans aucune frontière. Le gouvernement d’Israël, Ben Gourion en tête, vit clairement l’importance géostratégique d’une ouverture de l’État d’Israël vers la Mer Rouge et l’Asie. Elle permettrait de pouvoir se passer du canal de Suez, en cas de crise ou de main mise dessus par l’Egypte, et désenclaverait Israël de la Méditerranée. Au moment de la proclamation de l’État, les positions de l’armée israélienne cumulaient points forts et points faibles. Elle ne tenait en fait que les grandes villes et les kibboutz éparpillés sur le territoire, armés et fortifiés comme ils le pouvaient.

© GPO

Le kibboutz fortifié de Revivim était la pointe la plus au sud d’Israël. Il était encerclé par

Révivim

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HISTOIRE

des armées égyptiennes qui se préparaient à donner l’assaut. Les officiers supérieurs israéliens, engagés dans des combats violents contre l’armée jordanienne pour Jérusalem, ne pouvaient lancer des actions d’importance dans le sud. On décida alors de laisser Teddy Eytan mener ces raids et occuper les positions, si possible jusqu’à l’arrivée du gros de l’armée. Eytan lança d’abord ses hommes sur des objectifs assez faciles, tant pour sécuriser sa route et ses arrières, que pour aguerrir ses soldats par des victoires vite obtenues. Après ces engagements, Eytan lança l’attaque contre la ville de Beershéva. La ville tomba avec un minimum de pertes. Les soldats arabes trop confiants eurent à peine le temps de se réveiller et s’organiser. Le drapeau d’Israël fut hissé sur la mosquée. La bataille suivante et décisive sera Revivim. Si on battait les unités arabes qui tentaient son encerclement et si on les mettait en déroute, la voie serait libre jusqu’au golfe d’Akaba. Plusieurs combats eurent lieu. Des combats plus rudes, car le commando ne bénéficiait plus de l’effet de surprise. Des morts furent à déplorer. Puis on se regroupa à portée de Revivim, avant de donner l’assaut de nuit. Ben Gourion lui-même vint haranguer le commando réuni en cercle au crépuscule au milieu de ces sables roses. La lutte fut particulièrement féroce contre des soldats égyptiens en majorité originaires du Soudan. Une chaire à canon commandée par des anciens officiers nazis dont les ordres en allemand résonnaient dans le désert. Le combat finit plusieurs fois à l’arme blanche. Il fallait conquérir les collines une à une. L’étendue du terrain fut difficile à maîtriser pour une unité de cette taille et il y eut de nouvelles pertes humaines. Le Commando Français sortit vainqueur une nouvelle fois. Au prix de bien des pertes, la Mer Rouge était à portée.

© GPO

Le cessez-le-feu fut négocié, le Neguev resta aux mains d’Israël avec l’accès vital à l’Asie, l’Inde, la Chine et le Japon. Israël tenait un second isthme entre l’Afrique et l’Asie. Le Commando Français fut dissous, Eytan rentra en France et écrivit son livre en 1952. Puis un lourd silence s’étendit sur cette affaire. Peut-être ne voulut-on pas dire tout ce qu’on devait à un officier français catholique ou à des des soldats en majorité (85%) séfarades, indisciplinés, téméraires mais valeureux ? Il fallut attendre le général Sharon et l’action d’un historien militaire, Micki Cohen, pour voir reconnu enfin en 2009 le mérite dû à ces hommes.

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AGENCE JUIVE

ZIKARON BASALON, MOBILISER LA JEUNESSE AU SERVICE DE LA MÉMOIRE DE LA SHOAH Par Paula Haddad ZIKARON BASALON, « LA MÉMOIRE DANS LE SALON » RASSEMBLE CHAQUE ANNÉE EN ISRAËL, À LA VEILLE DE YOM HASHOAH, DES CENTAINES DE MILLIERS DE PERSONNES, NOTAMMENT DES JEUNES, AUTOUR DE SOIRÉES PRIVÉES OÙ DES SURVIVANTS VIENNENT TÉMOIGNER. LE 27 JANVIER 2022, L’AGENCE JUIVE ORGANISE LA PREMIÈRE ÉDITION OFFICIELLE DE ZIKARON BASALON EN FRANCE, À L’OCCASION DE LA JOURNÉE INTERNATIONALE DÉDIÉE À LA MÉMOIRE DES VICTIMES DE LA SHOAH. UNE INITIATIVE EN PARTENARIAT AVEC DES ÉCOLES ET DES MOUVEMENTS DE JEUNESSE, ET SOUTENUE PAR LE KEREN HAYESSOD. EXPLICATIONS AVEC ARIÉ ABITBOL, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’AGENCE JUIVE. Arié Abitbol

Pouvez-vous nous présenter davantage le concept méconnu de Zikaron BaSalon ? Il offre à toute personne, particulièrement à la jeune génération, l’opportunité de prendre le leadership par rapport à la mémoire de la Shoah en organisant ellemême dans son salon, avec sa famille et ses amis, des soirées intimistes autour de ce thème. L’idée est née en 2011, quand un groupe d’amis s’est réuni pour parler et échanger sur la Shoah. Chaque soirée s’articule en trois parties : une conversation avec un témoin — un survivant, un membre de la deuxième ou troisième génération ou un expert universitaire, une partie artistique où les invités s’expriment à travers une chanson, une lecture de texte, et une discussion ouverte sur la Shoah. En Israël, la dimension artistique est très importante, chanter montre que

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© I24 NEWS

Evoquer la mémoire de la Shoah, dans son salon... une initiative qui rencontre un vrai succès.


AGENCE JUIVE

Une équipe de jeunes Israéliens va développer ce projet en France, Belgique et Suisse.

la vie prend le dessus sur la mort et l’horreur de la Shoah. J’ai moi-même assisté à plusieurs événements ; chez des amis qui recevaient leur grand-mère, une enfant cachée pendant la guerre. Ce soir-là quatre générations, la grandmère, la mère, le fils et ses enfants étaient réunis pour chanter ensemble autour d’une guitare. C’était le moment le plus émouvant, celui qui vous le marque le plus au-delà du témoignage, celui qui m’a poussé à m’engager personnellement dans le cadre de mes fonctions à développer ce projet. C’est aussi une façon d’inciter la jeunesse actuelle à cesser d’être passif face à la mémoire de la Shoah, en devenant elle-même acteur d’un projet de transmission.

En quoi recevoir dans son salon renouvelle l’approche ? Le concept du salon contraste avec les monuments, les cérémonies officielles ou les classes d’école. L’idée, c’est de récréer un cadre plus personnel, chez un ami, où l’on se sent bien. La démarche devient alors plus accessible psychologiquement parlant que de se rendre à Yad Vashem. Favoriser un contexte plus intimiste n’est pas uniquement lié à la Shoah. À Yom Hazikaron, certains parents qui ont perdu leur enfant, ne veulent plus assister à des événements institutionnels pour partager leur histoire. Par ailleurs, durant la pandémie de la Covid-19, où les gens étaient confinés à chercher des événements porteurs de sens, le phénomène Zikaron BaSalon a été amplifié. Les soirées en zoom ont permis de toucher bien plus de personnes qu’en présentiel dans un salon. Un Zikaron BaSalon peut être organisé à l’occasion d’une date anniversaire ou d’un événement familial sans attendre Yom HaShoah. On n’a pas le luxe avec le peu de rescapés qui nous reste et leur âge très avancé de n’organiser ça qu’une fois par an.

Qui sont vos partenaires pour cette première édition en France ? Nous travaillons à ce jour avec 5 écoles : l’Ecole Juive Moderne (EJM), l’Alliance Gustave Leven, l’Alliance Rachi, l’école Marianne Picard, et l’école Or Torah de Nice. Et avec des mouvements de jeunesse : le Bné Akiva, le Netzer, l’Hachomer Hatzaïr, et le DEJJ. D’ailleurs, en mai dernier, nous avons mis en place une sorte de « soirée test » de Zikaron BaSalon, au regard du contexte sanitaire, une responsable du Bné Akiva s’est rendue seule dans le salon d’une rescapée pour un dialogue sur son histoire. Et on a diffusé l’événement par zoom.

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AGENCE JUIVE

Vous avez engagé des « shinshinim », ces jeunes émissaires israéliens qui accomplissent leur service civique dans les communautés hors d’Israël. Quel est leur rôle sur ce projet ? Notre équipe de jeunes filles, nous avons aussi des garçons envoyés en Suisse, est en train de se former au concept de Zikaron BaSalon et présentera le projet aux écoles et mouvements de jeunesse. Ces émissaires ne sont pas là pour organiser des événements, mais pour sensibiliser les élèves de la 3e à la Terminale à s’investir en tant que volontaire. Ils peuvent inviter dans leur salon si c’est le cas un proche, grand-parent ou autres, rescapé de la Shoah ou prendre en charge avec notre aide bien sûr la recherche de témoins. Et convaincre leurs parents d’accueillir la soirée chez eux. La démarche doit être faite par les élèves et pour les élèves. On espère une dizaine de soirées pour commencer en janvier, puis davantage au prochain Yom HaShoah.

Vous évoquez l’opportunité pour la jeunesse de prendre le leadership. Avez-vous le sentiment que la nouvelle génération s’éloigne de la mémoire de la Shoah ? Je vous invite à contacter des enfants, des parents pour leur demander le nombre d’événements auxquels ils ont assisté en lien avec la Shoah. On sait qu’en première, des écoles juives amènent des élèves à Auschwitz, ceux qui font des voyages en Israël visitent Yad Vashem. En dehors de cela, combien nos enfants connaissent la spécificité de la Shoah en France ? En Israël, j’ai entendu la directrice de l’école de ma fille expliquer la chose suivante : aujourd’hui, nous ne devons pas enseigner aux enfants le savoir, il est partout dans les livres et sur Google, mais la curiosité d’apprendre. Ce constat vaut pour l’enseignement de la Shoah. Tous les outils pédagogiques sont disponibles, vous avez même des mangas sur la Shoah, mais faut-il provoquer chez la jeune génération l’envie d’être active par rapport à cette mémoire.

Pourquoi l’Agence Juive se donne-t-elle cette mission en France ? L’agence Juive dans ma vision et pas que dans la mienne a pour objectif de créer un pont entre Israël et la Diaspora. Il se traduit par des visites d’écoles israéliennes en France, d’écoles françaises en Israël, de voyages éducatifs en Israël, de projets comme Taglit et Massa, et par toutes sortes d’initiatives de la société civile israélienne destinées aux différentes communautés juives dans le monde. Introduire Zikaron BaSalon en France en fait partie. Je tiens également à souligner ici la confiance que nous accorde le Keren Hayessod en soutenant un tel projet.

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SÉNIORS

TROYES ACCUEILLE LE SHABBAT SENIORS DU KEREN HAYESSOD Par Karine Boukris

ET SI, EN ATTENDANT DE POUVOIR NOUS RENDRE EN ISRAËL DANS DES CONDITIONS SANITAIRES OPTIMALES, NOUS ALLIONS (RE)DÉCOUVRIR LE MAGNIFIQUE PATRIMOINE JUIF DE FRANCE ? C’EST L’IDÉE QU’A EUE LE SERVICE LEGS ET DONATIONS DU KEREN HAYESSOD, EN EMMENANT UN GROUPE DE SÉNIORS DYNAMIQUES, SUR LES TRACES DU PLUS CÉLÈBRE DES TALMUDISTES : RABBI SALOMON BEN ISAAC DE TROYES, DIT RACHI, NÉ ET MORT À TROYES (1040/1105), BERCEAU DU JUDAÏSME CHAMPENOIS. Du 1er au 4 juillet dernier, notre sympathique groupe, composé de seniors venus de plusieurs régions de France, a apprécié ce court séjour associant moments de découverte et visites très variées. À l’arrivée à Troyes, les participants, chaleureusement accueillis par les responsables de la communauté juive champenoise, ont écouté avec beaucoup d’intérêt les explications du guide de la Maison Rachi. Ce dernier a souligné l’importance, depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours, de l’œuvre de Rachi, le plus célèbre commentateur des textes sacrés du judaïsme, et de ses descendants, connus sous le nom de Tossafistes. Au Moyen Âge, les Comtes de Champagne, maîtres de la région, souhaitaient favoriser la présence des Juifs et voyaient d’un œil bienveillant leurs activités économiques, qui ont dynamisé la Région de l’Aube. Ils avaient d’ailleurs établi et maintenu des relations harmonieuses avec les différentes communautés religieuses. Ainsi Rachi lui-même, conseillait juifs et chrétiens champenois sur de nombreuses thématiques. La Maison Rachi est un lieu empreint d’histoire, de solennité, de lumière, de beauté… et aussi de modernité. La cour médiévale et sa verrière ainsi que le majestueux vitrail détaillant l’arbre généalogique de Rachi ont fait l’unanimité. Mais la nouvelle salle numérique a littéralement enthousiasmé nos visiteurs : un simple clic sur un chapitre de la Torah… et les commentaires de Rachi apparaissent. De quoi faire pâlir d’envie les étudiants talmudiques !

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SÉNIORS

Accompagné par un guide, qui nous a fait découvrir une partie de l’histoire du judaïsme français en Champagne, notre groupe a ensuite parcouru les ruelles étroites de Troyes. Il a visité des maisons et hôtels particuliers à pans de bois, datant du Moyen Âge et situés dans le cœur historique de la ville. Les offices de Shabbat se sont déroulés dans la charmante synagogue rénovée de Troyes, et les repas de Shabbat dans une ambiance conviviale et animée. Une autre visité guidée a permis de mieux appréhender les évènements qui se sont déroulés à Troyes, pendant la période de la Shoah, et le rôle héroïque de certains habitants pour protéger les Juifs vivant dans la région à cette époque. Au programme également, de beaux moments de détente : promenade en bateau sur le Lac d’Orient, balade en Forêt d’Orient, après-midi cinéma, shopping aux magasins d’usine… et pour finir, dîner en musique sur une péniche. La météo était aussi au rendez-vous ! Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de ce séjour champenois un moment inoubliable, plébiscité par le groupe qui réclame d’ores et déjà un prochain voyage Seniors ! Balade dans le cœur historique de Troyes.

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Yves Azeroual interviewé par Caroline Yadan.

DIVISION FÉMININE

LA DIVISION FÉMININE DE COLLECTE REÇOIT YVES AZEROUAL Le 12 octobre dernier, les membres de la division féminine de collecte du Keren Hayessod, présidée en France par REBECCA JACQUIN, se sont retrouvés au cours d’une passionnante soirée littéraire. Avant de présenter le conférencier, Rebecca Jacquin a rappelé que le Keren Hayessod était « un organisme fondamental en Israël qui permet de combler tant la fracture économique que la fracture sociale. Il est présent pour les moments importants de la vie des Israéliens mais aussi des Juifs de la diaspora ». Le Keren Hayessod, a-t-elle souligné, fait aussi le lien avec Israël et diaspora ou aide ceux qui souhaitent faire leur alyah, soit parce qu'ils sont confrontés à des situations d'urgence, soit tout simplement dans le cadre d'un projet de vie. En présence d’une cinquantaine de personnes, YVES AZEROUAL, journaliste, réalisateur et romancier, interviewé par CAROLINE YADAN a présenté ses deux derniers livres. Rebecca Jacquin, une présidente Faubourg Montmartre est un roman policier qui s’inspire très engagée... de l’épopée des frères Zemour, fameux truands qui sévissaient en France pendant les 30 glorieuses… Une série adaptée du roman est en cours de préparation. Mufti, son autre roman, s’appuie sur l’histoire du grand Mufti de Jérusalem, allié du régime nazi et ennemi farouche d’Israël…

La division féminine a réaffirmé son engagement pour Israël et rechargé ses batteries pour soutenir de manière active les différents projets socioéducatifs du Keren Hayessod. Femmes toujours… prêtes !

La division féminine, une équipe de choc, ouverte à tous ! DÉCEMBRE 2021 - # 19 • LA REVUE DU KEREN HAYESSOD FRANCE

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CULTURE

PEIMOT (BATTEMENTS DE CŒUR) ET TINOK (BÉBÉ) Par le Dr Richard Prasquier Le récent programme mis en place par le Keren Hayessod en direction des mères célibataires et leur bébé, s’appelle ‫( פעימות‬peimot), les battements, et en particulier les battements de cœur. ‫( קצב פעימות הלב‬ketsev peimot ha lev) ou plus simplement ‫( קצב פעימות‬ketsev peimot), c’est le rythme cardiaque. ‫( פעימות בדקה‬peimot bedaka) mesure le nombre de battements par minute, le pouls. Celui-ci peut être régulier ‫( סדיר‬sadir) ou irrégulier (‫לא סדיר‬, lo sadir), ce qui traduit une arythmie (‫הפרעה בקצב הלב‬, hafraa baketsev halev, ‫הפרעה‬, trouble du rythme cardiaque). Un trouble du rythme fréquent et important est le ‫פרפור פרוזדורים‬ (pirpour prozdorim), le « papillonnement des couloirs », en français la fibrillation auriculaire. D’un coeur qui a des irrégularités intermittentes, on peut dire qu’il ‫מחסיר פעימה‬ (mahsir peima, il lui manque un battement), l’expression pouvant être utilisée dans le sens métaphorique (en avoir le souffle coupé). Il y a peu de termes qui dérivent de la même racine. L’un d’entre eux est ‫פעמון‬ (paamon), la cloche, ou plus souvent dans la vie courante, la sonnette. Le clocher, ‫( מגדל פעמונים‬migdal paamonim), n’est pas non plus un terme d’emploi quotidien. Evidemment, ‫ פעימה‬provient d’un des mots les plus connus de l’hébreu : ‫פעם‬ (paam) qu’on traduit banalement par « fois » et qu’on retrouve dans des expressions courantes, telles que ‫( אף פעם‬af paam): jamais ; ‫( לפעמים‬lifamim) : parfois ; ‫( מדי פעם‬midi paam) de temps en temps ou ‫( אי פעם‬I paam), qui signifie jamais dans le passé, un jour dans le futur, et... est-ce que déjà…? dans une question. ‫פעם‬, qui n’a pas d’équivalent en dehors des dialectes sémitiques occidentaux auxquels appartient l’hébreu, signifiait probablement originellement, un choc qui fait bouger, qui agite, comme l’usage de ‫( פעימה‬peima), le singulier de ‫פעימות‬, le conserve dans l’hébreu d’aujourd’hui au sens de impulsion : Dans une forme active : ‫ לְפַע ֲמֹו‬,‫ח י ְהו ָה‬ ַ ‫תחֶל רּו‬ ּ ָ ַ ‫( ו‬vetahel rouah Adonai lepaamo, Juges 13, 25, à propos du jeune Samson : l’esprit divin commença à l’agiter…). Et au passif : ‫בּר‬ ֵ ‫א ַד‬ ֲ ‫ ו ְלֹא‬,‫תּי‬ ִ ‫מ‬ ְ ַ ‫( נִפְע‬nifaamti velo adaber, Ps 77,5 : je suis troublé au point de ne pas pouvoir parler…) Le mot se trouve aussi dans la Bible au sens de enclume ‫טּיׁש‬ ִ ַ‫פ‬ ּ ‫פָע ַם‬ ּ ‫הֹולֶם‬-‫( אֶת‬patish holèm hapaam, Is 41, 7 le marteau sur l’enclume), et plus souvent au sens de pas, le pied qui frappe la

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CULTURE

terre avec régularité : ‫י ָּפּו פְעָמַי ְִך‬-‫מַה‬: ma yafou paamekha, Cant. 7,2 : comme ta démarche est belle). Enfin, le sens de coup répété se généralise en « fois » : ‫פְעָמִים‬ ּ ‫שבַע‬ ֶ ׁ , ‫שפָּט הַז ֶּה‬ ְ ׁ‫מ‬ ּ ִ ַ ‫הע ִיר ּכ‬ ָ -‫( ו ַיָּסֹּבּו אֶת‬vayasbou et haïr kamichpat haze, cheva peamim : Jos 6,3 : ils firent le tour de la ville dans le même ordre pendant sept fois). La notion de répétition du coup ou du choc, d’où le rythme, connote très vite ce mot. D’où l’application très naturelle aux battements répétés du cœur. On peut noter que ce mot ‫ פעם‬si banal a donné peu de dérivés. Il en est de même pour son équivalent français « fois » qui a lui aussi la notion de répétition, mais pas celle d’impulsion. « Fois » provient de la transformation, par l’intermédiaire du vieux français felz, d’un mot latin (défectif) « vices », qui signifie place occupée par quelqu’un, puis succession : « un vice-président », mais aussi « province », un territoire administré par quelqu’un qui provient d’une autre place, vicissitude et évidemment « vice versa ». Les autres langues latines ont un équivalent étymologiquement plus clair que « fois » vece en italien, vez en espagnol ou portugais. Mais l’anglais week, où une semaine remplace la précédente est lointainement dérivé de la même racine. Quant à l’équivalent germanique de « fois », c’est « mal » qui provient d’une vieille racine qui signifie mesure. Il est conservé dans les langues allemandes (et le yiddish) et scandinaves, mais en anglais il n’est lointainement rappelé que par « meal », le fragment de temps destiné à manger, et n’a gardé un sens proche de l’origine que dans l’adjectif « peacemeal » pour parler d’un processus fragmenté dans le temps. Fois se dit très banalement « time ». Tout cela nous éloigne des (peimot) ‫פעימות‬, des mères célibataires et de leur enfant. Bébé, en hébreu, chacun le sait, c’est ‫( תינוק‬tinok), terme d’affection (ou plus rarement de dénigrement pour dire qu’un comportement est infantile). Le verbe d’origine est ‫( לִינֹוק‬linok), têter, prendre le sein. Donner le sein se dit ‫( להניק‬lehanik), d’où vient ‫( הנקה‬hanaka), allaitement. C’est la forme factitive ou causative, hiphil, si utile, qui a disparu de la plupart des langues indo-européennes en dehors du sanscrit, du persan et du lithuanien, mais qui existe dans toutes les langues sémitiques, y compris le vieil égyptien et le berbère où elle prend le préfixe « S » et non pas le « Ha » de l’hébreu. Ainsi l’équivalent de ‫להניק‬,

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CULTURE

donner le sein, est « snek » en égyptien des hiéroglyphes. Sachant la fragilité d’un « n » intermédiaire, on peut noter que le terme correspondant dans les langues germaniques est « suck », sucer... Mais le principal n’est pas dans ces considérations un peu fumeuses. Il est dans le lien intime entre le bébé et le battement cardiaque de la mère. Car, on le sait aujourd’hui, le fœtus a un sens de l’audition aiguisé qui se développerait à partir de six mois de grossesse. Il réagit aux sons, et il écoute continuellement les battements cardiaques de sa mère. Beaucoup pensent que de là vient notre appétence pour la musique et le rythme. Pour certains, la petite Musique de Nuit de Mozart serait un des morceaux qui font le plus réagir les bébés, ces mélomanes avant l’heure… Il y a donc dans les « Peimot » bien plus qu’un simple battement de porte, et cela justifie, s’il en était besoin, votre soutien à ce programme important…

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CULTURE

VALÉRIE PEREZ : AU NOM DES FEMMES... Par Sophie Atlan 17 PORTRAITS, 17 HISTOIRES, 17 COMBATS. VALÉRIE PEREZ, JOURNALISTE ET PRODUCTRICE FRANCOISRAÉLIENNE À I24NEWS, RETRACE DANS SON PREMIER OUVRAGE DESTINS DE FEMMES (ED. RAMSAY), LE PARCOURS DE FEMMES À TRAVERS LE MONDE, DONT LA VOIX NE COMPTE PAS DANS LEUR PAYS. DE SARIA, JEUNE LIBANAISE DIVORCÉE QUI LUTTE POUR VOIR SON FILS, À BAHAR, MARIÉE DE FORCE ADOLESCENTE, REFUGIÉE AFGHANE À BERLIN, LE LIVRE DONNE LA PAROLE À CELLES QUI SE BATTENT AVEC ESPOIR, MALGRÉ LES ÉPREUVES. UN SUCCÈS EN LIBRAIRIE, COURONNÉ PAR LE PRIX EDGARD FAURE 2021.

Votre livre se présente sous forme d’un essai en deux parties. Pourquoi ce format ? Ce format entre essai et portraits de femmes s’est imposé à moi, même s’il n’existe pas vraiment en France. J’ai commencé par écrire des récits, quand j’ai retrouvé mon carnet de voyages, que j’ai remis en forme. Puis, au fil de l’écriture, j’ai voulu connaître dans quel environnement politique et social ces femmes vivaient dans leur pays respectif en faisant de longues recherches. Chaque chapitre de la première partie propose un rappel historique sur les avancées des droits de la femme, avec des chiffres et des dates fondamentales. C’était important pour moi. La deuxième partie de votre livre est consacrée à 17 femmes qui viennent de pays différents. Quels ont été les critères pour sélectionner ces histoires ? J’ai rencontré au gré de mes voyages, une partie des femmes qui m’ont raconté volontiers leur histoire, d’autres incarnent un symbole fort comme Saria. Je ne l’ai jamais rencontrée, mais j’ai suivi de très près son parcours dès le début car c’était la cousine d’une de mes proches collaboratrices, une jeune journaliste libanaise. Du jour au lendemain, elle a appris que son divorce avait été prononcé par procuration par son mari et qu’elle ne verrait plus son fils qu’une fois par semaine, car au Liban ce sont les pères qui ont la garde exclusive des enfants. Comment ces femmes se sont-elles confiées à vous ? Quand je partais en reportage avec mon équipe, le soir j’aimais découvrir seule, des endroits pour m’imprégner de l’environnement dans lequel je vivais. En Inde, DÉCEMBRE 2021 - # 19 • LA REVUE DU KEREN HAYESSOD FRANCE

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CULTURE

j’ai commencé à discuter avec des gens de la rue, une communauté de femmes, puis, j’ai rencontré Mira, une Indienne transgenre qui m’a raconté son chemin. Son courage m’a beaucoup marquée. Par ailleurs, je me suis rendue compte en relisant mon carnet que le dénominateur commun concernait la condition des femmes dans le monde et ses problématiques universelles : mariage, divorce, harcèlement, viol, maternité... En tant que femme libre, je devais raconter l’histoire de ces femmes.

Vous évoquez dans votre livre Rachel qui vivait à Mea Sharim, confrontée aux problématiques des communautés ultra-orthodoxes. Mais pas le cas de femmes laïques. Existe-t-il selon vous des différences fondamentales entre les femmes israéliennes et les femmes françaises ? Une version en hébreu du livre est en cours, on y ajoutera une histoire de femme israélienne laïque, et pourquoi pas d’une femme bédouine. Je ne suis peut-être pas la mieux placée pour en parler, en tant que femme française qui a fait son alyah il y a 10 ans mais je constate que mes amies israéliennes sont profondément libres, en tout cas égales aux hommes. Elles peuvent être mère et s’épanouir au plan professionnel même dans de grands groupes. Je ressens beaucoup moins de patriarcat dans les entreprises, du moins celles où je travaille, comparé à ce que j’ai pu vivre en France. Les femmes religieuses que je connais autour de moi, mères de nombreux enfants, travaillent quand elles le décident, dans différents secteurs comme la High-Tech. La maternité et la famille sont, selon moi, au centre des préoccupations de la vie israélienne. À ce sujet, le Keren Hayessod de France soutient le programme Peimot (« battements de cœur ») qui aide les jeunes mamans en grande difficulté en Israël, principalement des filles-mères. Vous consacrez un chapitre de votre livre à cette question. Israël, pays développé, est paradoxalement peu mobilisé pour aider ces femmes et encore moins la petite enfance. Qu’en pensez-vous ? Je n’ai pas étudié ce sujet précisément en Israël, mais il est évident que ces jeunes filles, sans ressources, n’ont pas la chance de bénéficier ici d’aides comme en France. C’est peutêtre ce point qu’il faut développer avec le gouvernement israélien. En revanche, l’esprit de solidarité reste fort en Israël grâce à la mobilisation des associations, notamment pour aider les familles en difficulté, on l’a vu durant la pandémie. C’est une autre forme de soutien.

VALÉRIE PEREZ-ENNOUCHI DESTINS DE FEMMES ÉDITIONS RAMSAY

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