n° 1
décembre
www.keren-hayessod.fr
2014
LE RÊVE ISRAéLIEN DOIT RESTER VIVANT
israël au cœur
Joseph Nakam
la place du keren hayessod
Le prix Yakir pour un amoureux d’Israël
shimon pérès à paris Une visite d’exception
massa blog
l’expérience fondatrice de laurine et de justine Six mois au cœur d’Israël
dossier
vivre sous les missiles
La revue du Keren Hayessod France
CONTRIBUTEURS
n° 1 décembre
2014
Yessod 10, place de Catalogne 75014 Paris Tel : 01 77 37 70 80 www.keren-hayessod.fr Facebook Directeur de la publication Alain Belhassen Rédactrice en chef Sophie Atlan 01 77 37 70 85 Sophie.atlan@kh-aui.fr Responsable communication en Israël pour l’Europe Carole Ouaknine Directrice artistique / graphisme Joëlle Paris jparis@free.fr Photos et illustrations © Tous droits réservés : Alain Azria, Sophie Atlan, Erez Lichtfeld / Flash 90, Nellu Cohn, GOP / Centre Shimon Pérès pour la Paix, Lara Hart / Flash 90 Hadas Parush/Flash 90 Yonatan Sindel / Flash 90 Photo de Une : © Yossi Zamir / Flash 90 Publicité Magda Rychlik 01 77 37 70 88 Magda.rychlik@kh-aui.fr
Laurine Balhoul
Ancienne participante du programme MASSA « Saving the Stones », sur le thème de la conservation historique et archéologique. Laurine a suivi sa passion en Israël dans des endroits d’exception et a pu entamer, à son retour en France, un master sur le patrimoine.
Jérémy Navon
Jeune entrepreneur, très actif au sein de la communauté. Après deux ans en Israël, Jérémy rentre en France et fonde Nevatim, le réseau des jeunes entrepreneurs de la communauté. Il a participé au « Entrepreneurial Jewish Leadership » organisé en juin dernier par le Keren Hayessod.
Blandine Kriegel
Agrégée de philosophie et professeur des universités, Blandine Kriegel a été présidente du Haut conseil à l’intégration et membre du comité national d’éthique. Elle a fait partie de la mission de solidarité du Keren Hayessod en novembre 2014.
Notre correspondant à Jérusalem. D’origine belge, il a fait son Alyah en 1975. Ancien diplomate, il a également été le porte-parole de feu le Président Haïm Herzog, ainsi que de plusieurs ministères. Il s’occupe de la reconnaissance due aux donateurs du Keren Hayessod.
Virginie Guedj-Bellaïche
Notre principale contributrice. Télé, presse, radio : à Paris, elle a tâté de tous les médias avant de se reconvertir dans les réseaux sociaux. Aujourd’hui, journaliste et blogueuse, Virginie Bellaïche vit en Israël depuis juillet 2013. Entre son intégration et ses deux filles, elle continue de trouver le temps d’écrire et d’intervenir sur i24news.
Justine Olschanezky
Historienne de formation, c’est avec son master en relations internationales que Justine intègre le programme IGF coordonné par MASSA. Cette petite-fille de rescapée d’Auschwitz tombe sous le charme de Jérusalem, qu’elle considère comme le « laboratoire de l’Humanité ».
Richard Prasquier
Depuis septembre 2013, Richard Prasquier est président du Keren Hayessod France. Cardiologue de formation, il a été président du CRIF de 2007 à 2013. Il a également été président du Comité français pour Yad Vashem et est un acteur majeur du renforcement des relations judéo-chrétiennes.
Administration / comptabilité Maurice Benamou 01 77 37 70 82 maurice.benamou@kh-aui.fr prépresse / impression / fabrication Imprimerie Luthringer 01 69 20 64 00
Yosh Amishav
Jacques-David Sebban
Depuis toujours investi dans des organisations juives ou laïques en France et aux états-Unis où il a fait des études d’ingénieur. En France, il fonde ProAct, un réseau de jeunes professionnels juifs. Depuis février 2012, Jacques-David est un membre élu du Parlement Juif Européen. Il a participé au séminaire Kesher du Keren Hayessod.
Meïr Waintrater
Conseiller éditorial de Yessod. Meïr Waintrater a été, entre 1992 et 2011, le directeur de la rédaction de la revue L’Arche - le mensuel du judaïsme français.
numéro 1 — la revue du keren hayessod france - décembre 2014
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sommaire
12/2014
n° 1 décembre
2014
LE RÊVE ISRAéLIEN DOIT RESTER VIVANT
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ils ont contribué à ce numéro 1
éditorial
6 8
L’aventure yessod démarre avec vous ! Par Richard Prasquier Shimon Pérès rend hommage au Keren Hayessod
dossier : vivre sous les missiles
10
rdure chiffres / 13 / bo 12 / l’œil sur les es / 14 / -delà des chiffr protectrice : au ligne / 15 / en première tous solidaires -vous Nahal Oz ? / 17 / Connaissez
philosophie
20
Voyage en Israël : qui suis-je si je ne pense qu’à moi? Par Blandine Kriegel
hommage à nos contributeurs
22
Joseph Nakam, israël au cœur - Entretien
séminaires
24
Kesher, une expérience humaine inoubliable
blogs massa
29
les voyages forment la jeunesse 30 / quand les pierres parlent à Laurine 32 / JUSTINE : Je vis dans le laboratoire de l’humanité…
culture
34
« neuland » d’eshkol nevo / alyah sur seine / asaf avidan : le retour / 35 / retour sur images / 37 / Keren Hayessod : de Michel-Ange au rêve israélien Par Richard Prasquier
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la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
l’ a b u s d ’ a l c o o l e s t d a n g e r e u x p o u r l a s a n t é . à c o n s o m m e r av e c m o d é r at i o n .
PRODUCTION CACHER - MOISE TAIEB 42 300 ROANNE 04.77.70.57.96 - gm.taieb@wanadoo.fr décembre 2014 numéro 1 • la revue du keren hayessod france
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é di to par Richard prasquier Président du Keren HayEssod France
l’aventure yessod démarre avec vous ! Le Keren Hayessod a été, la guerre terminée, la réponse du mouvement sioniste à la déclaration Balfour, la structure par laquelle le yichouv (la population juive de Palestine) a construit les instruments nécessaires à son développement matériel (transports, villes, industries) et intellectuel, depuis l’Université de Jérusalem jusqu’à l’orchestre Philharmonique de Tel-Aviv. Trois ans après la création du Keren Hayessod à Londres en 1920, naissait dans un village de ce qui était alors la Pologne et est aujourd’hui la Biélorussie, le petit Szymon Perski. Onze ans plus tard la famille s’installait à Tel Aviv et Szymon désormais Pérès, s’engageait dans l’épopée sioniste dont il devint un des acteurs prestigieux, au cours d’une carrière politique qu’il est impossible de résumer ici et dont chacun connait les grandes lignes. Il eut dans sa vie largement l’occasion de vérifier le rôle du Keren Hayessod dans l’édification du pays et il lui resta toujours attaché. Nous sommes extrêmement fiers que Shimon Pérès, au terme d’une Présidence qui a suscité l’admiration générale, consacre sa première visite à Paris de citoyen « ordinaire » à honorer le Keren Hayessod : il sait ce que l’état d’Israël doit à cette institution nationale installée dans le monde entier et dont la branche française a repris son activité l’an dernier après un long silence. Ce que représente le Keren Hayessod, c’est au fond le témoignage de l’unité du peuple juif et du sentiment de solidarité qui le mobilise dans les périodes difficiles. Parfois au profit d’Israéliens : il y a quatre mois, les roquettes tombaient sur les villages à la frontière de Gaza : quelques secondes à peine pour se mettre à l’abri, le délai était trop court pour que l’on puisse compter sur le Dôme de Fer. Le Keren Hayessod a été au cœur d’une très efficace et rapide campagne d’abris mobiles (migouniot) qui ont levé en partie l’angoisse qui taraudait les habitants les plus exposés et probablement évité des victimes. Parfois au profit de non-Israéliens : l’aide apportée par le Keren Hayessod au programme Massa permet d’éclairer des jeunes de 18 à 30 ans sur leur avenir professionnel en leur donnant, par des séjours de plusieurs mois en Israël, l’occasion de préciser leurs objectifs de carrière dans un environnement éducatif particulièrement efficace et de se frotter aux réalités du pays. Le programme Massa, très populaire aujourd’hui, a permis d’envoyer des milliers de jeunes diplômés, décider de leur avenir, en France ou en Israël, et le faire sur des bases solides. Aujourd’hui, comme dans le passé, le Keren Hayessod se trouve au premier rang pour soutenir les activités de l’Agence Juive dans l’installation en Israël des Juifs de la Diaspora ou encore dans le développement de programmes qui jouent un rôle majeur en Israël pour renforcer le tissu social. Ces programmes ont, avec des moyens très pragmatiques, l’objectif de donner à chaque enfant sa chance dans une société où la compétence est valorisée plus que jamais. Ici, on ne laisse tomber personne ! C’est tout cela que vous raconte Yessod, le nouveau magazine du Keren Hayessod de France et
Retrouvez toutes les actions du Keren Hayessod en ligne sur keren-hayessod.fr et facebook
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c’est avec vous que démarre cette aventure !
la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
KIRYAT SHMONA
Alyah et intégration Alyah Aide à l’Alyah dans le monde entier
shelomi naharya
Intégration
ma’alot
Centre d’intégration pour les éthiopiens Aide à l’intégration des éthiopiens pendant les premières années de leur arrivée en Israël
safed akko
CarmiEL
haifa
High-Tech
tiberiade nazareth
Net@ co-existence Se former à l’informatique et à la citoyenneté
afula
énergies alternatives Développer des énergies alternatives au pétrole
hadera
netanya
Personnes âgées enfants handicapés
RA’ANANA HERZLIYA
tel aviv jaffa
KFAR SABA
Amigour Résidence-logements pour personnes âgées, rescapées de la Shoah
PETAH TIKVA ramat gan
Aleh
RISHON LETSION
Centre de soins pour enfants polyhandicapés rehovot ashdod beit guvrin
Régions défavorisées
jerusalem
Ayalim
ASHKELON
Des jeunes pionniers pour revitaliser le Néguev et la Galilée hébron
Jeunes communautés Encourager les étudiants à s’installer dans le Néguev et la Galilée
Jeunes à risques Avenir des jeunes
beer sheva
Soutien personnalisé pour des enfants défavorisés de 6 à 18 ans
Villages éducatifs Pour des jeunes marginalisés de 12 à 18 ans, exclus du système éducatif traditionnel
Soulamot La musique au service du changement social, en partenariat avec l’Orchestre philarmonique d’Israël
Bar et Bat-Mitva Pour les enfants défavorisés, célébration de leur Bar Mitzva au mur de Jérusalem
MITSPE RAMON
Israël pour la diaspora Massa Bac Bleu Blanc / Yalla
chaque année près de
Séjours éducatifs en Israël d’une semaine à un an, pour renforcer le lien à Israël, destinés aux jeunes du monde entier de 17 à 30 ans, dont de jeunes français
65 000 personnes AIDéES
Ten Séjour humanitaire de 3 mois, pour des jeunes du monde entier, y compris des israéliens Au Mexique, Inde, éthiopie et Israël En Israël : Kibboutz Harduf et Kyriat Shmona
chaque année près de
132 000
jeunes reliés à leurs racines
Taglit Dix jours offerts pour retrouver ses racines Eilat
LE RÊVE ISRAéLIEN DOIT RESTER VIVANT
programmes soutenus par le Keren Hayessod France
décembre 2014 numéro 1 • la revue du keren hayessod france
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figures d’israëL
shimon pérès rend hommage au Keren Hayessod à l’occasion sa venue exceptionnelle à Paris, le 16 décembre 2014, Shimon Pérès a accordé une interview exclusive à nos confrères d’Actualité Juive, publiée le 3 décembre dernier. Nous la reproduisons ici dans son intégralité. Israël vient de commémorer le 19e anniversaire de l’assassinat de Yitzhak Rabin. Que reste-t-il, selon vous, des accords de Paix ? Le gouvernement israélien a-t-il un partenaire palestinien pour la Paix ? Que peut-il espérer des autres pays de la région, en particulier de l’Egypte ? Tout comme nous rêvions d’établir un pays, nous devons aujourd’hui aspirer à vivre en paix avec nos voisins. Cet espoir aussi sera réalisé si nous persévérons en nos efforts pour la paix sans jamais dévier de notre voie. Nous avons un devoir envers les générations futures : ne pas les abandonner. Nos enfants n’ont ni la patience ni la tolérance pour les injustices et les préjugés du passé. Ils veulent la paix et l’opportunité pour tous. Nos jeunes, tout comme les jeunes de la région, réclament non seulement l’égalité, mais l’égal droit d’être différents.
Que vous inspirent la vague d’antisémitisme en France et la vague d’Alyah des Juifs de France ? Quels défis cette immigration francophone posent-ils aujourd’hui pour l’état d’Israël ? La montée récente de l’antisémitisme en Europe et dans le monde est alarmante et les autorités doivent y réagir avec une sévérité sans compromis. L’antisémitisme est une maladie infligée à ceux qui haïssent et il n’appartient pas à ceux qui font l’objet de cette haine, de le porter comme un fardeau. En même temps l’antisémitisme est un amer rappel des dangers que comportent les idées préconçues et l’intolérance. C’est une leçon pour tous ceux qui militent pour la dignité humaine et pour l’égalité : l’Histoire nous jugera selon la manière dont nous traitons les minorités dans notre société. La tradition juive se dresse toute entière contre toute forme de discrimination. Tout en condamnant violemment tout incident provoqué par l’intolérance, nous ne devons jamais oublier qu’il nous appartient, à nous aussi, de maintenir, ces mêmes principes de tolérance et d’humanité.
Quelle a été la séquence politique la plus heureuse de votre carrière ? Et celle à laquelle vous avez regretté de ne pas avoir participé ? Je ne garde pas de regrets et je ne vis pas dans le passé. Il faut regarder vers l’avant et continuer à construire l’état d’Israël et le rêve sioniste. J’aspire toujours à ce que mon plus grand achèvement soit celui que je suis sur le point d’accomplir.
Vous êtes l’invité d’honneur mardi 16 décembre de la grande soirée de gala du Keren Hayessod France. Que représente le Keren Hayessod pour l’ètat d’Israël ? Le Keren Hayessod est une institution inestimable car elle constitue le pont entre Israël et la diaspora. Je crois fermement que les Juifs à travers le monde doivent prendre part au débat interne en Israël. Il est en leur pouvoir de contribuer considérablement au débat, même de l’extérieur. Israël est un pays qui s’est construit et renforcé grâce à la réunion des énergies déployées par nos frères à travers le monde. à notre tour, il nous appartient, de rendre les Juifs partout où ils se trouvent, fiers de leur pays.
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la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
© photo Israël GPO
figures d’israëL
« Nous avons un devoir envers les générations futures : ne pas les abandonner. » Extraits des vœux que Shimon Pérès a adressés au Keren Hayessod lors des 90 ans de l’institution, en 2010.
Le Keren Hayessod fête ses 90 ans. Le premier tiers de ces années a été consacré à la fondation de l’état en marche et les deux autres à son développement et à son renforcement. Il est peu probable qu’il ait existé, au sein d’autres peuples dans le monde, une organisation similaire, aussi créative et aussi engagée dans une mission de renaissance nationale si exceptionnelle. C’est parce que le Keren Hayessod a joué un rôle central dans le rassemblement du peuple et a pris une part vitale dans la mobilisation des ressources destinées à créer quelque chose à partir de rien, afin d’intégrer des immigrants venus des quatre coins du monde et de peupler le pays en long et en large.
Pas une once de cet argent n’a été gaspillée. Bien au contraire. Comme pour le chandelier de Hanouka, chaque goutte d’huile a dégagé une formidable lumière. Et l’on peut voir les résultats sur la carte d’Israël, une succession de lumières qui brillent du Néguev à la Galilée. Dans le sillage de la vision d’Herzl, 600 000 Juifs se sont rassemblés et installés en Eretz Israël avant la proclamation de l’état d’Israël. Sans eux, il n’aurait pas été possible de fonder l’état et de vaincre ses ennemis. Depuis son indépendance, la population du pays a décuplé, un phénomène sans précédent dans l’histoire des nations. Le Keren Hayessod a été présent tout au long de cette période avec pour objectif de poser les infrastructures nécessaires à l’intégration des vagues d’Alyah massives, de créer de nouveaux points de peuplement et de s’engager dans le développement d’Israël. (…) C’est dans ce récit exceptionnel de renaissance nationale, le plus fascinant de l’histoire humaine, que le Keren Hayessod a été activement engagé. Issu de l’Histoire, il a contribué à une nouvelle Histoire ; émergeant des cendres et rassemblant les exilés, c’est une histoire de foi et de vision, de liberté et de dignité, de construction et de courage. Israël n’est pas exempt de défaillances, il ne manque pas de défis et n’est pas à l’abri du danger. Pourtant, le Keren Hayessod a prouvé que le rayonnement d’un peuple, même petit en nombre, peut s’exprimer avec une force stupéfiante. Tous ceux qui ont apporté leur contribution au Keren Hayessod, qui ont participé à sa gestion, à son développement et à la série de ses remarquables entreprises, peuvent regarder en arrière avec une immense fierté et contempler l’avenir avec l’assurance déterminée que cette grande œuvre sera poursuivie ».
le Keren Hayessod a prouvé que le rayonnement d’un peuple, même petit en nombre, peut s’exprimer avec une force stupéfiante.
Shimon Pérès
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au cœur d’israël vivre sous les missiles
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la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
au cœur d’israël vivre sous les missiles
vivre
sous les missiles Par Virginie Guedj Bellaïche
La solidarité de tout un peuple
29 jours de guerre cet été... Même si la vie a repris son cours en Israël, les blessures restent profondes et les esprits marqués. Retour sur des événements qui ont surtout frappé le Sud d’Israël, mais qui ont mobilisé l’ensemble des Israéliens et du peuple juif dans le monde entier.
Retrouvez d’autres témoignages en ligne sur keren-hayessod.fr et facebook © Yossi Zamir/FLASH90
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l’œil sur les chiffres
• 4 4 566
Alyah 6 000 Juifs ont quitté la France pour faire leur Alyah entre septembre 2013 et le 31 août 2014. La France représente ainsi le plus gros contingent de nouveaux immigrants, loin devant l’Ukraine (4 500), la Russie (4 200) et les États-Unis (3 600). tourisme
-20%
218 000 touristes ont visité Israël en juillet dernier. C’est le chiffre le plus bas enregistré depuis 2008. Avec une baisse moyenne de 21%, la fréquentation n’a pas affecté toutes les villes du pays. Si Tel-Aviv a subi un recul de 39%, la région de la Galilée, épargnée par les roquettes, a vu sa fréquentation progresser de 8%.
9 000 000 000 9 milliards de shekels : le coût direct de l’offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza. L’information a été révélée le 1er septembre dernier par le ministère israélien de la Défense Moshé Yaalon.
interception 76 000 euros : le prix de chaque interception de roquette palestinienne par le système de défense « Dôme de Fer ». En 50 jours, 584 roquettes tirées depuis Gaza ont été interceptées par le Dôme de Fer.
Toute l’actu du Keren Hayessod en ligne sur keren-hayessod.fr et facebook
1 856 camions : le nombre de camions qui ont traversé le point de passage de Keren Shalom entre Israël et la Bande de Gaza au cours de l’opération Bordure Protectrice. Au total, 40 550 tonnes de biens dont 37 178 tonnes de nourriture, 1 694 tonnes de biens humanitaires et 1 029 tonnes de médicaments et d’équipement médical, ont transité d’Israël vers le territoire palestinien.
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37 178 tonnes
1 694 tonnes
1 029 tonnes
de nourriture
de biens humanitaires
de médicaments
la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
au cœur d’israël vivre sous les missiles
« Bordure protectrice » : au-delà des chiffres… Les 29 jours de conflit ont fait, côté israélien, 67 morts et 2 560 blessés. Au-delà des chiffres, cette guerre a laissé des traces profondes et des plaies encore douloureuses.
Daniel Tregerman, 4 ans et demi
à ce lourd tribut, s’ajoutent six victimes civiles. Parmi eux, Dror Hanin, un Israélien de 37 ans, bénévole d’une association qui distribue des colis aux soldats, est mortellement touché le 15 juillet par un tir de roquette du Hamas, sur le point de passage d’Erez entre la Bande de Gaza et Israël. Le 22 août, quelques heures avant Shabbat, un tir de roquettes le petit Daniel tue le petit Daniel Tregerman, 4 ans et demi. Ses parents, partis symbolise mettre à l’abri leurs deux autres enfants, n’ont pas eu le temps de le sauver. Inhumé deux jours plus tard, au cimetière Hevel le quotidien Shalom, dans le nord du Néguev, en présence du président intenable des de l’état d’Israël Réouven Rivlin, le petit Daniel symbolise le quotidien intenable des familles du Sud. Dans un long sanglot familles du Sud déchirant, sa mère, Guila, lira devant son cercueil une longue lettre commençant par ces mots : « Nous ne voulons pas te dire au revoir. Tu es l’amour de notre vie, l’enfant parfait, le rêve de tous les parents : intelligent, sensible, en avance sur son âge, beau, si beau ». Ce jour-là, c’est tout un peuple qui pleure ce petit garçon, qui porte un tee-shirt de Messi et pose fièrement devant une tour en Lego.
© KH-DR
© KH-DR
Le 18 juillet, Israël pleure sa première victime : le sergent-Chef Eitan Barak meurt à Gaza. Ce soldat de 20 ans, originaire de Belgique, vivait à Herzliya. Dès lors, chaque jour les affrontements à l’intérieur de la bande de Gaza apportent leur lot de morts. Ils ont 19 ans, 21 ans ou 45 ans. Ils sont réservistes ou jeunes combattants. Ils viennent de Hod Hasaharon, de Modiin, d’Atzmon ou de Ramat Yishaï. Ils laissent derrière eux des parents, des frères, des sœurs, une épouse, des enfants, une petite amie dont la robe de mariée restera à jamais dans sa housse. Ils s’appellent Oz Mendelovitch, Guilad Rozenthal Yacoby, Max Steinberg, Tsvi Kaplan, Bar Rahav, Amotz Greenberg, Dolev Keidar ou Yaïr Ashkenazi. Au total, 64 soldats israéliens ont perdu la vie.
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au cœur d’israël vivre sous les missiles
tous solidaires ! Victimes collatérales de la guerre, les populations et les entreprises du pays ont souffert du conflit de l’été dernier. Pour leur permettre de souffler, les Juifs d’Israël et de la Diaspora se sont mobilisés. Comme à chaque explosion de violence, les producteurs du Sud ont vu leur activité stopper net. Selon l’Association des Industriels d’Israël, le manque à gagner a atteint dans certaines zones 60%. La multiplication des alertes a poussé les Israéliens à bouleverser leurs habitudes de consommation. Désertant les petits commerces, privilégiant les grandes surfaces de centre ville disposant d’abris, les Israéliens du Sud ont aussi plébiscité les achats en ligne. Méga, l’une des plus importantes chaînes de supermarchés du pays, a vu ses ventes en ligne bondir de 40% dès le début des opérations. L’augmentation a même atteint 70% dans des villes comme Beer Sheva. L’enseigne aux couleurs bleu et vert a créé une offre de livraison gratuite à destination des clients de 62 localités autour de Gaza, pour des achats supérieurs à 180 shekels (40 euros). Dans le même temps, les initiatives se multiplient pour permettre aux commerçants du Sud de ne pas sombrer. à Tel-Aviv, tous les vendredis matin, des étals leur ont été offerts pour les aider à écouler leurs marchandises. Sapir, 26 ans, a pris l’habitude de s’y approvisionner tout l’été. Dans son panier : tomates-cerises, colorabi, huile d’olive et concombres. « C’est une façon de leur dire qu’on est avec eux », explique la jeune femme, qui choisit du raisin avant de rentrer chez elle, à l’autre bout de la ville. Bouffée d’air pour des producteurs au bord de la faillite, cette initiative a fait des émules dans tout le pays. à Raanana, les producteurs du Sud ont investi la place de Yad Labanim. « Si les clients ne viennent plus à nous, c’est à nous de venir à eux », s’amuse l’un d’entre eux. Pour aider les familles des villes très proches de la Bande de Gaza, sans cesse soumises à la pression des tirs de roquettes du Hamas, on joue le système D. Manu Schwab, étudiant et soldat, a monté en février dernier une page Facebook sur les bons plans de Tel-Aviv. En plein conflit, il décide de mettre en lien des propriétaires d’appartements de la ville blanche et des familles du Sud. « L’objectif était de donner la possibilité à des familles de passer un Shabbat au calme », raconte le jeune homme. Entièrement gratuite, la formule « un Shabbat au calme » a séduit 6 000 personnes une cinquantaine de familles. « La plupart venaient d’Ashdod, Ashkélon et ont assisté Sdérot. Nous avons aussi eu quelques familles de Beer Sheva », précise M. aux obsèques Schwab. de Jordan La solidarité, qui a soudé tout le pays dans un même élan, ne s’est pas seulement contentée d’alléger les souffrances des populations touchées par Bensemhoun au les roquettes, elle a aussi partagé la souffrance des familles endeuillées. carré militaire
du cimetière
à chaque enterrement d’un Hayal Boded – soldat isolé, dont la famille vit en Diaspora – une foule d’Israéliens s’est pressée pour rendre un dernier d’Ashkélon hommage à ces jeunes garçons qui avaient choisi de tout quitter pour faire leur Alyah. C’est ainsi que, le 22 juillet au soir, 6 000 personnes ont assisté aux obsèques de Jordan Bensemhoun au carré militaire du cimetière d’Ashkélon. Le jeune homme de 22 ans, originaire de Vénissieux, dans la banlieue de Lyon, avait fait son Alyah seul en 2008. à l’issue d’une cérémonie très émouvante, le grand-père de Jordan s’est confié au député Yoni Chetboun : « La douleur est infinie mais je suis fier de lui ». D., jeune père de famille, a fait le voyage d’Ashdod pour saluer la dépouille de Jordan : « Je ne le connaissais pas, mais je me sens une dette envers lui et envers tous ceux qui nous protègent chaque jour. »
© Nellu Cohn
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au cœur d’israël vivre sous les missiles
Le Keren Hayessod en première ligne Toute l’année aux côtés d’Israël, le Keren Hayessod a, l’été dernier plus que jamais, redoublé d’efforts pour aider les populations dans le besoin. © Hadas Parush / Flash 90
Des centaines d’abris mobiles financés par le Keren Hayessod
Sous la tension constante des alertes, les enfants du Sud ont, notamment grâce aux donateurs français du Keren Hayessod, pu profiter de journées d’activités de plein air. Loin des « alertes », des sirènes et des longues heures d’attentes dans les abris, les enfants de Sdérot, Ashdod et Ashkélon ont pu, le temps d’une journée, vivre comme tous les enfants de leur âge. Au programme de ces journées: jeux, échanges avec des éducateurs mais aussi rencontres avec des psychologues pour près de 300 enfants. Toujours dans le but d’aider au mieux les Israéliens, le Keren Hayessod s’est lancé dans la construction et la mise en place d’abris mobiles. Parce que, dans certaines localités du Sud, les habitants n’ont parfois que 15 secondes pour se mettre à l’abri, il apparaît urgent de multiplier les points de repli. Ces abris, de 2 5 à 30m , peuvent abriter entre 10 et 72 personnes. « Certains de ces abris sont disposés près des routes car les gens ne peuvent pas tout le temps rester chez eux. Ils peuvent ainsi se déplacer d’un endroit à l’autre, s’ils veulent manger une pizza dans une ville voisine ou lorsqu’ils doivent amener leurs enfants à des activités extra-scolaires ou à la piscine » a expliqué Eliezer Sandberg – Président mondial du Keren Hayessod. Au total, depuis juillet dernier, le Keren Hayessod a financé quelques centaines d’abris mobiles et permis d’offrir un répit hors des zones bombardées à des millers d’enfants. Dans une école très proche de la frontière de Gaza, la générosité des donateurs a permis la construction d’un abri à moins de six secondes de la salle de classe. Grâce à son maillage international, le Keren Hayessod a récolté des fonds venus du monde entier. Début septembre, un minibus blindé, offert par les donateurs du Keren Hayessod de Sao Paulo, Brésil, et dédié à la mémoire de Eyal, Guilad et Naftali, les trois adolescents kidnappés par des terroristes et dont les corps ont été découverts près d’Hébron le 30 juin dernier, a été remis à la commune de Kfar Etsion. Début septembre, une quarantaine de personnes sont venues en Israël dans le cadre d’un voyage de soutien organisé par la branche belge du Keren Hayessod, et au mois de novembre ce sont les Français qui ont fait le déplacement. Au programme de ces quelques jours, des rencontres avec les habitants des localités israéliennes bombardées, la visite d’une base militaire et bien sûr les programmes qui soutiennent les enfants et les jeunes tout au long de l’année. Ce voyage, comme un pied de nez aux nombreuses annulations de touristes cet été, est une façon de dire et de montrer combien le peuple juif reste proche d’Israël quand il en a besoin.
Donateurs français lors du voyage de soutien
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au cœur d’israël vivre sous les missiles Fabien Fellous,
40 ans, auditeur en fiscalité d’entreprise, Ashdod « Cette année, c’était plus long et plus intense que ce qu’on a vécu auparavant. Vivre avec quatre alertes par jour sans arrêt, c’est compliqué et puis on n’en voyait pas la fin. En plus, c’était en plein été. Cela signifie : pas de centres aérés pour les enfants, pas de possibilité de les emmener à la plage ou de faire des activités en plein air. On restait en bas de l’immeuble, comme tous les voisins. Le parc est à 500 mètres, mais en cas d’alerte c’est trop loin. Pour les enfants, ça a été très dur, ils ont repris l’école sans avoir une réelle coupure. Avec mon épouse, on s’est arrangé comme on a pu. Elle n’a pas travaillé en juillet, moi en août. Je vis à Ashdod depuis huit ans. Partir ? Avec mon épouse, on en parle mais il faut être lucide. Durant l’opération « Bordure protectrice », beaucoup de villes du pays ont été touchées et pas seulement dans le Sud. Avec la menace du Hezbollah dans le Nord, aujourd’hui personne n’est à l’abri. »
Carole Assous-dreyfus, 40 ans, Jérusalem
« à Jérusalem, nous avons connu trois alertes. La troisième a eu lieu un samedi après-midi. Nous étions à Jérusalem Plage, à l’ancienne gare désaffectée, pour faire un volley avec nos deux enfants et trois Eclaireurs Israélites (E.I.) venus de France. On s’est mis à l’abri et on a repris notre partie. En rentrant de leur camp E.I. en France, mes deux aînés ont fait trois jours de volontariat à Sdérot. Le matin, ils étaient dans les ganim (jardins d’enfants), et les aprèsmidis dans les maisons de retraite. Le plus dur pour nous a été de nous rendre à la shiva (période de deuil) d’amis à nous qui avaient perdu un enfant, soldat mort à Gaza. à ce moment, tu te rends compte que les soldats qui meurent sont potentiellement tes enfants, tes frères. Dans le même temps, j’ai ressenti la mobilisation exceptionnelle des Israéliens autour des familles endeuillées. »
Roger Piha,
72 ans, retraité, Raanana « Je suis né en Egypte, j’ai vécu au Brésil avant de m’installer en Israël il y a trois ans. J’étais enfant pendant la guerre de 1956, j’en ai vu d’autres. Quand il y a eu la première alerte, j’ai eu peur pour ma femme car elle a un peu du mal à marcher. Mais sinon, ça a été. Au miklat (abri), je faisais des blagues pour détendre l’atmosphère. à Raanana, il faut bien avouer qu’on a peu souffert par rapport aux villes du Sud. Bon, c’est vrai que cette fois-ci, pour la première fois, j’ai vu dans le ciel les traînées blanches des roquettes interceptées. Je suis profondément sioniste. L’année prochaine, mon petit-fils va faire l’armée. Je suis très fier qu’il serve notre pays. Je ne lui ai donné qu’une seule instruction : "Ne sois pas un héros, ce sont les héros qui meurent." Je crois qu’il m’a compris.»
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au cœur d’israël vivre sous les missiles
Connaissez-vous Nahal Oz ? par Richard prasquier
En novembre 2014, Richard Prasquier s’est rendu au kibboutz Nahal Oz. C’est un petit coin de paradis, situé à 400 mètres de Gaza, qui a fini par ressembler à un enfer pour ses habitants. C’est un lieu de paisible beauté. Devant les eucalyptus géants et les bougainvilliers, la jeune femme qui nous guide nous parle de la qualité de vie exceptionnelle dans ce kibboutz agricole où elle est arrivée d’Argentine dans son enfance et où elle a fondé une famille épanouie... Sauf que dans le silence se détache un bruit de fond continu. Ce sont les blindés israéliens. Il y a une base militaire toute proche. La montgolfière qui nous surplombe ne transporte pas les touristes, mais surveille la zone. En face, une grande ville. Nous sommes au kibboutz Nahal Oz, et Gaza se trouve à 400 mètres.
© Yonatan Sindel/Flash90
Ceux qui ont expérimenté des alertes savent que 15 secondes (le temps habituel pour Sdérot), c’est très peu. à Nahal Oz, le délai habituel est de 3 secondes... Impossible dans ces conditions d’organiser sa vie. Chaque habitation est pourvue d’un abri, mais on ne peut pas y rester toute la journée et en trois secondes, que faire si on prend une douche ou si on est de l’autre côté de l’appartement ? Les enfants avaient été évacués au début de l’opération « Bordure protectrice ». Certains furent ramenés lorsque le cessez-le feu fut accepté. Mais le Hamas l’a violé et le petit Daniel Tregerman, 4 ans, a été tué par des éclats de mortier le 22 août 2014. Désormais tous les parents vivent dans l’angoisse : est-il raisonnable d’exposer les enfants à une telle proximité du Hamas ? Le Hamas qui, parmi la trentaine de tunnels qui ont été démantelés en avait construit trois qui devaient déboucher à Nahal Oz même, avec les conséquences et les risques que chacun devrait facilement deviner mais que beaucoup préfèrent minimiser...
75 000 enfants retirés des zones dangereuses et envoyés en camps de vacances
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Premier kibboutz fondé par le Nahal (1951), l’organisation de jeunesse pionnière combattante, Nahal Oz fait partie de ce groupe de kibboutzim de la région Eshkol, tout proches de Gaza, où, pendant l’opération « Bordure protectrice », l’action de l’Agence juive et du Keren Hayessod a été qualifiée par tous les intervenants d’exemplaire : 75 000 enfants retirés des zones dangereuses et envoyés en camps de vacances, des abris mobiles en grandes quantités — la réactivité et l’efficacité de ces organisations ont été saluées de tous côtés. Tous ceux qui, nombreux, ont donné au Keren Hayessod au cours de cet été peuvent être fiers...
la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
culture
En novembre dernier, une délégation d’une soixantaine de donateurs français du Keren Hayessod se rendait en Israël, pour un voyage de solidarité, à la rencontre des habitants du Sud d’Israël. Parmi eux, la célèbre philosophe Blandine Kriegel. Elle nous livre son regard aiguisé et sensible sur quelques-uns des programmes et sites visités.
Voyage en Israël :
qui suis-je si je ne pense qu’à
moi
Par Blandine Kriegel
C’
est en nous tournant vers l’avenir, vers les jeunes du programme « Net@ », à Ramlé, vers la paix espérée et retrouvée au sein d’une coexistence des différentes confessions, ici, juive, chrétienne et musulmane, que s’achève la première journée de notre voyage. D’une initiation à la technologie de pointe du net, de l’habitude du service prêté et rendu, décalé de l’ivresse narcissique à laquelle nous abandonnons trop de nos enfants, ces jeunes nous ont expliqué qu’ils espèrent une réussite professionnelle dans la solidarité pacifiée, avec toutes les composantes humaines qui résident sur la terre d’Israël. Comme si tout ce que nous avons vu et entendu aujourd’hui nous avait préparé à les comprendre. Car tout voyage sur cette terre est traversé d’émotions fortes en temps de paix, comme en temps de guerre. Naguère, en temps de paix, nous avons vu, éblouis, tous les bienfaits de la vie élargie qui autorise le développement du savoir. Les progrès époustouflants de l’agrobiologie dont le « goutte à goutte », - tous les usagers du jardinage, dont je suis, en connaissent les méritesn’est que menue monnaie, à côté de la désalinisation des eaux et de la reconquête contre toutes les aridités.
Car tout voyage sur cette terre est traversé d’émotions fortes en temps de paix, comme en temps de guerre.
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Un ancien de la région d’Eshkol a mieux, que je ne saurais le faire, résumé d’un mot ce que nous regardions : « Quand je suis arrivé ici la vie était un désert, maintenant c’est pour moi un paradis ». C’est probablement la plus enrichissante expérience humaine : faire de toute terre un jardin ! Mais en temps de guerre – puisque la guerre, hélas ! a recommencé - la vie inéluctablement, rétrécit. Alors, comme nous l’a expliqué le conseiller régional d’Eshkol, région exposée en permanence aux roquettes, le premier souci est la survie de soi et la protection des siens. « Qui suis-je, si je ne pense pas à moi ? » C’est aussi la survie des plus fragiles, des enfants qu’on
la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
?
culture
sortira si on le peut des lieux de combat, des anciens qu’on mettra à l’abri. « Les Anciens » comme on le dit chez nous en France… Nous avons été plus d’un et plus d’une, profondément émus par la chorale aussi inédite qu’insolite qu’un groupe d’entre eux avait formé avec des voix, âgées certes, mais qui loin d’avoir été gagnées par l’éraillement si commun de l’âge, s’élevaient, pures et paisibles, pour nous accueillir dans le centre culturel qu’ils fréquentent (…)
© Nellu Cohn
Pourtant « Qui suis-je, si je ne pense qu’à moi ? » Le conseiller régional d’Eshkol ne s’est pas borné à exposer les mesures qu’il avait prises pour l’auto-défense des siens - dans une réflexion inattendue de philosophie politique et morale,- il les a complétées, par les mesures qui s’avéraient nécessaires à son avis, pour assurer le retour de la paix. Le principe en est simple : conforter et renforcer l’intérêt pour la démocratie, au sein du peuple palestinien de Gaza. Comment ? En montrant, qu’elle est un bien rare et fragile, lent à construire, rapide à détruire. Avec pour but d’encourager l’Europe si prompte à faire la leçon à Israël, à construire écoles, hôpitaux et hôtels, sur la bande de Gaza. Tout nous conduisait donc ici, vers l’avenir de ces enfants, d’origines diverses, apprenant à vivre ensemble. à cet instant, nous pouvons élucider l’émotion qui nous étreint. Les adversaires inconscients et les ennemis jurés des Juifs leur ont éternellement reproché d’appartenir à un peuple inauthentique, dénué de racines, étranger à la terre. Mais nous voyons ici combien de jardiniers persévérants, « Constant Gardeners », qui font revivre le désert et nous entendons, même en guerre, combien d’hommes, de femmes et de jeunes qui font le choix de la vie et demeurent ensemble « le Berger fidèle ».
visite du programme
net@ à ramlé
Le programme Net@ est destiné à des jeunes défavorisés vivant dans les villes de la périphérie d’Israël. Il s’adresse à des
© KH - DR
jeunes de toutes confessions. Il les forme à l’informatique, leur inculque la tolérance et le vivre ensemble, les éduque à la citoyenneté…
© KH - DR
Plus d’infos sur les programmes sur keren-hayessod.fr et sur Facebook
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contributeurs à l’honneur
Joseph Nakam, israël au par Alexia Bergman
Si son nom ne vous dit rien, sa marque de chaussures, elle, est connue dans toute l’Europe. à la réussite et au bonheur familial, l’homme a ajouté une autre corde à son arc : l’amour d’Israël qui se traduit par un engagement sans faille depuis plusieurs décennies, qui lui a valu le prix Yakir cet été. Entendre Jo Nakam vous parler d’Israël, c’est écouter la douce mélodie de l’amour où se mêlent admiration et respect. S’il a longtemps donné son temps, son énergie et ses deniers pour aider la communauté juive de France et Israël, il s’est récemment recentré vers Israël. Si le choix fut difficile, la réflexion qui l’a précédé, elle, fut implacable. « Les actes antisémites d’une part mais aussi tous les débats autour de l’abattage rituel et de la circoncision m’inquiètent au plus haut point » explique Jo Nakam. « J’ai la Le Keren conviction que la communauté juive d’Europe est amenée dans 20 ou 30 ans à Hayessod, disparaître. C’est pourquoi j’ai décidé de me consacrer à Israël ». « Pourquoi le c’est Keren Hayessod ? » poursuit-il. « Pour moi le Keren Hayessod, c’est l’institution pour Israël par excellence. Elle était là bien avant la création du pays », explique-t-il sur l’institution le ton de l’évidence. Et c’est pour lui témoigner toute sa considération et son amitié pour Israël qu’en juin dernier, lors de sa conférence annuelle dans le Néguev autour du thème par « Faire revivre le rêve – Sur les traces de Ben-Gourion », que le Keren Hayessod a décidé de lui décerner le Prix Yakir. Un prix en signe de reconnaissance du Keren excellence Hayessod, à des personnalités qui se sont distinguées par leur engagement. Seules six personnalités françaises ont reçu ce prix avant lui.
Au centre Joseph Nakam, accompagné de toute sa famille. La tramission est pour lui essentielle. © KH - DR
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la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
contributeurs à L’honneur
cœur
Joseph Nakam entouré des dirigeants mondiaux du Keren Hayessod © KH - DR
« Je suis arrivé en Israël dans le contexte particulièrement triste de l’enlèvement de ces trois enfants. Dans cette douleur, nous sommes unis encore une fois. La disparition de ces enfants nous frappe de plein fouet, exactement comme s’il s’agissait d’un enfant de notre famille. Comme chaque fois qu’une tragédie frappe un membre de notre communauté, c’est tout notre peuple qui est frappé, a expliqué le célèbre chausseur. La chose la plus difficile à appréhender, a-t-il conclu, c’est que l’on me gratifie de cette distinction, alors que j’estime que, si tant est que j’ai pu accomplir et faire quelque chose de positif, ce n’est rien d’autre que le minimum syndical du devoir qui est le mien, moi Juif de diaspora, à l’abri de bien des difficultés quotidiennes du citoyen israélien lambda.»
Moi, juif de diaspora, à l’abri de bien des difficultés quotidiennes du citoyen israélien lambda
Généreux, modeste et discret, Jo Nakam partage le Prix Yakir Keren Hayessod 2014 avec le Colombien Victor Jamri, l’Australien Harry Hoffman et la Hollandaise Louise Paktor-Jaeger.
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Keren Hayessod dans le monde séminaires
Kesher, une expérience humaine inoubliable Le séminaire Kesher / Julia Koschitzky est l’un des événements incontournables du Keren Hayessod. Organisé chaque année, ce séminaire, qui a lieu en Israël, permet de regrouper une trentaine de participants venus du monde entier. Un moment d’écoute, de partage et de formation. Cette année le séminaire Kesher / Julia Koschitzky a eu lieu du 16 au 20 juin. Jacques-David Sebban représentait la France. Il nous livre son témoignage.
Yessod : Pouvez-vous nous dire qui vous êtes et pourquoi vous avez rejoint le séminaire Kesher / Julia Koschitzky organisé par le Keren Hayessod ? Jacques-David Sebban : Depuis toujours, je me suis investi dans les organisations juives ainsi que dans de nombreuses associations laïques. Après un parcours de 10 ans aux Éclaireurs Éclaireuses Israélites de France (EEIF) et un départ aux États-Unis en 2003, je me suis engagé dans les organisations étudiantes juives américaines et internationales comme le Hillel ou encore la World Zionist Organization. De retour en France, après 7 années passées aux états-Unis, pour mes études d’ingénierie, je me suis engagé au sein de l’Union des étudiants Juifs de France (UEJF) pendant deux ans. J’ai alors compris qu’il manquait un organe communautaire fort pour les Jeunes Actifs ; c’est pourquoi, avec une bande d’amis, nous avons créé ProAct, un réseau de jeunes professionnels juifs. C’est par ce biais, travaillant étroitement avec l’Agence Juive, que j’ai intégré le séminaire cet été. Par ailleurs, depuis février 2012, je suis membre élu du Parlement Juif Européen grâce auquel j’ai pu rencontrer d’autres communautés européennes et leurs représentants.
Pourriez-vous nous parler des participants à ce séminaire ? Nous étions une trentaine de participants, des Européens, des Canadiens et des Sud-américains, venus entre autres du Chili, du Panama et du Mexique. J’étais, en fait, le seul Français du groupe. La mixité culturelle a été pour moi une expérience enrichissante, et j’ai pu garder des liens avec la plupart des participants grâce aux réseaux sociaux.
Quels étaient les objectifs du séminaire ? Qu’avez-vous appris ? Cette année, le séminaire était tourné vers la découverte des projets menés par le Keren Hayessod au sein du Néguev. Nous avons par exemple visité un village, Ayalim, fondé par des étudiants pionniers, il y a quelques années. Nos échanges sur place nous ont permis de comprendre les engagements de cette jeunesse envers son pays. Plus tard, nous avons rencontré les enfants et les éducateurs d’une école de Dimona dans laquelle un programme de soutien scolaire personnalisé a été mis en place par le Keren Hayessod. L’accueil de ces enfants israéliens m’a beaucoup touché. Être témoin du travail d’éducateurs volontaires de mon âge est une incroyable opportunité. Le Keren Hayessod est un acteur de terrain dans la région Sud d’Israël. Nous avons également visité un centre d’intégration pour des familles éthiopiennes, une boulangerie de Mitzpé Ramon dont la propriétaire a bénéficié d’un microcrédit financé par le Keren Hayessod, le programme Net@ pour les adolescents qui souhaitent se former aux métiers de l’informatique...
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la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
Le séminaire Kesher a été l’occasion de découvrir le Néguev
Keren Hayessod dans le monde séminaires
Le séminaire du Kesher est souvent l’opportunité d’assister à des conférences de qualité. Quelles étaient-elles cette année ? En effet, le séminaire Kesher était organisé en marge de la « June Conference » du Keren Hayessod. Le groupe a donc pu assister aux cérémonies du Keren Hayessod lors desquelles se sont exprimés Shimon Pérès et Benyamin Netanyaou ainsi que Natan Sharansky et des représentants du Keren Hayessod.
Si vous deviez repartir avec un seul souvenir de votre visite d’Israël, lequel serait-il ? Malgré le peu de temps que nous avions, le séminaire Kesher a été l’occasion de découvrir le Néguev. L’un de mes plus beaux souvenirs est probablement le survol du Néguev au lever du jour, en montgolfière.
Que diriez-vous aux prochains Français qui souhaiteraient faire le voyage ? Je leur dirais sans hésiter que ce voyage est une expérience culturelle et intellectuelle riche et et que c’est avant tout une expérience humaine inoubliable qui mérite d’être vécue.
Jérémy Navon : jeune leader du Keren Hayessod Entrepreneur engagé au service de la communauté, Jérémy Navon a vécu deux ans en Israël au cours desquels il a été soldat volontaire au sein de l’unité Nahal. De retour en France depuis trois ans, il a créé Nevatim, le réseau des jeunes entrepreneurs de la communauté. Jeremy a participé au séminaire « Entrepreneurial Jewish Leadership » organisé en juin dernier par le Keren Hayessod. Yessod : Bonjour, pouvez-vous nous parler de votre expérience au séminaire du Keren Hayessod ? Jérémy Navon : Nous étions un groupe d’une vingtaine de jeunes professionnels des quatre coins du globe (Canada, Allemagne, Chili, Australie, France, Pays Bas…) réunis pendant 10 jours sur le campus d’IDC Herzliya. Nous avons visité des programmes du Keren Hayessod, suivi des conférences et des ateliers de formation. à cette occasion, nous avons rencontré des professionnels venant de tous les pans de la société israélienne : des entrepreneurs, des journalistes, des militants associatifs, des rabbins, des diplomates, des enseignants… Tous venus pour partager avec nous leur histoire, leur projet et leur vision d’Israël.
Qu’avez-vous appris lors de ce séminaire? Ce séminaire avait pour objectif principal de former les jeunes militants que nous sommes et de nous donner les moyens de devenir les leaders de demain. Nous avons
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Séminaires soutenus par le Keren Hayessod
Keren Hayessod dans le monde séminaires
Kesher / Julia Koschitzky Objet ? Introduction au Keren Hayessod pour les jeunes militants Comment ? Visite de programmes, rencontres, conférences. Qui ? Pour des jeunes de 20 à 28 ans déjà impliqués dans les communautés, qui souhaitent s’investir de manière significative. Quand ? Chaque année, 5 jours, aux alentours du mois de juin. Entrepreneurial Jewish Leadership Objet ? Former les leaders du Keren Hayessod de demain, à l’échelle internationale. comment ? Visite des programmes du Keren Hayessod, rencontre avec des professionnels israéliens, formation au leadership, en partenariat avec le corps professoral de l’Université IDC Herzelya. Qui ? Jeunes professionnels confirmés, âgés de 30 à 40 ans, venus du monde entier. Quand ? Dix jours, chaque année, aux alentours du mois de juin. Séminaire de la Division Féminine Internationale Objet ? Resserrer les liens entre les femmes du monde entier qui s’investissent pour Israël. comment ? Rencontres et échanges d’expérience. Qui ? Pour les femmes de tous les pays où le Keren Hayessod est présent. La France est représentée depuis 2014 par Rebecca Jacquin. Quand ? Une fois par an. Cette année, la rencontre s’est déroulée en Argentine, en novembre.
Mission de solidarité Objet ? Permettre aux donateurs de voir les réalisations du Keren Hayessod. comment ? Voyage de 4 à 5 jours à travers les programmes et rencontres de personnalités israéliennes. Qui ? Les donateurs du Keren Hayessod du monde entier. Quand ? Plusieurs fois par an. La première mission de solidarité organisée par le Keren Hayessod France s’est déroulée en novembre 2014.
bénéficié d’un enseignement de haut niveau sur la réalité de la société israélienne, sa géopolitique et son économie. Nous avons d’autre part reçu une formation en matière de techniques de communication, de négociation et de prise de parole en public. Par exemple, nous avons participé à un atelier de « media training » animé par une ancienne journaliste de CNN qui nous a appris à répondre à une interview face caméra.
Quels sont les moments du séjour qui vous ont le plus marqués ? Ce séjour a été un moment très dense et riche en émotions. La visite du centre Amigour pour personnes âgées défavorisées, en périphérie de Tel-Aviv, a été pour nous tous un moment particulier. Nous avons été surpris par la charge émotionnelle de ce lieu, par la difficulté des histoires qu’on nous a racontées et par la joie de vivre qui est aujourd’hui celle de ses résidents. Nous avons également été impressionnés par la visite du programme « Avenir des jeunes » destiné aux enfants défavorisés. Nous avons rencontré des tuteurs passionnés, décidés à permettre à ces enfants en grande difficulté de se reconstruire et de se réinsérer dans la société israélienne.
Que diriez-vous du Keren Hayessod après cette expérience en Israël ? Le Keren Hayessod est une organisation au service d’Israël et de sa population. C’est aussi une organisation internationale dotée d’un réseau de militants, prêts à donner de leur temps pour Israël, pour la plupart des professionnels expérimentés.
Maintenant que vous êtes rentré en France, quelles sont les prochaines étapes de votre engagement ? Le 18 septembre dernier, nous avons lancé officiellement la branche Jeunes Leaders du KH France lors d’une soirée qui a réuni plus de 70 personnes. Notre objectif est maintenant de constituer un groupe de jeunes militants (25-40 ans) prêts à se joindre à nous pour mener ensemble les projets de 2014-2015.
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blog massa
les voyages forment la
jeunesse
Massa offre le cadre idéal pour renforcer son lien à israël
Témoignages de Laurine, passionnée d’archéologie, qui vient de passer 6 mois au sein du programme « Saving the Stones », et de Justine, qui a fait un stage au sein du ministère israélien de l’Environnement (programme Israel Governement Fellows).
Fouilles archéologiques à Ramat Ishay
Plus d’infos sur Massa et les autres programmes sur keren-hayessod.fr et facebook
décembre 2014 numéro 1 • la revue du keren hayessod france
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blog massa
[Massa] quand les pierres parlent
à Laurine
J’ai obtenu ma licence d’histoire en 2013 et je voulais avoir une expérience à l’étranger avant de rejoindre un master de « valorisation du patrimoine ». Ayant de la famille en Israël et fréquenté les mouvements de jeunesse, j’ai toujours eu un attachement particulier pour ce pays. J’aimais sa beauté, ses paysages, sa culture et tout ce qu’il signifiait. à mes yeux, ce programme Massa présentait un double avantage : il me permettait de partir en Israël tout en vivant une expérience pratique dans le domaine qui me plaisait. Je pouvais ainsi acquérir de nouvelles connaissances avant de rejoindre les bancs de l’université. De plus, ce programme était en anglais, il s’agissait de l’occasion parfaite pour progresser. Le programme « Saving the Stones » met tout particulièrement l’accent sur la question de la préservation du patrimoine israélien. D’une durée totale de cinq mois, il comporte trois mois d’apprentissage théorique puis deux mois de pratique. Notre petit groupe - six personnes en tout - était à la fois encadré par une équipe d’animateurs ainsi que par des professionnels venus donner des cours liés à leur spécialité. Durant les trois premiers mois, nous étions tous réunis et vivions dans un magnifique appartement à Akko. Chaque jour, nous recevions des cours sur la préservation du patrimoine.
Conservation d’un mur de l’ancienne synagogue de Rashbi à Meron
Plus le jour de mon départ approchait et moins je voulais rentrer en France !
Tous les enseignements étaient suivis d’une mise en pratique sur le terrain. Nous avons ainsi travaillé sur les mosaïques de Bet Shéan, les fresques de Massada, le marbre de l’amphithéâtre de Césarée, le reste d’un mur d’une ancienne synagogue à Meiron et bien plus encore… Ces trois mois intenses en découvertes et en apprentissages ont bien sûr été accompagnés toutes les semaines de cours d’hébreu, mais aussi d’activités et visites destinées à nous familiariser avec la culture si particulière de la ville d’Akko. L’objectif était de nous apprendre à penser la question du patrimoine dans une ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Les deux mois qui ont suivi correspondaient à une expérience pratique et bien souvent individuelle. J’ai, pour ma part, décidé d’aller à Jérusalem afin de rejoindre un laboratoire des Antiquités d’Israël au sein duquel des céramiques étaient restaurées. Cette expérience fut tout aussi enrichissante que la première. Dans ce laboratoire, j’ai pu restaurer une vaisselle datant de l’âge de fer et originaire d’Ein Guedi. Au-delà de ce travail passionnant, vivre à Jérusalem fut une véritable surprise après les trois mois passés à Akko.
Fouilles de Ramat Ishay
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partir avec massa
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Israël
offre à chaque jeune juif l’opportunité de participer à un programme de 4 à 10 mois en Israël : études supérieures ou juives, stage, formation, découverte, volontariat.
C’est avec bonheur que j’ai découvert cette ville de l’intérieur : observer l’effervescence de Mahané Yéouda durant la journée de vendredi, le silence dans les rues pendant Shabbat, parcourir avec plaisir la vieille ville à pied et de s’arrêter chaque mètre pour regarder la vue et tous ces murs emplis d’histoire et de souvenirs, rencontrer des Israéliens mais aussi des gens venus du monde entier pour faire leur Alyah, découvrir Israël ou suivre aussi un programme Massa…
Les programmes Massa sont destinés aux jeunes de 17 à 30 ans. Partir en Israël pour un semestre ou une année dans le cadre de l’un des programmes Massa permettra au jeune d’élargir ses horizons, de faire du tourisme, de se sensibiliser à de nouvelles idées et cultures, et lui donnera une meilleure compréhension du patrimoine juif. Il aura l’opportunité de faire connaissance avec des jeunes d’Israël et du monde entier et de vivre une expérience unique.
S’il y a une chose que je peux affirmer sans hésiter, c’est n’avoir jamais autant aimé ce que j’ai fait durant ces cinq mois ! Plus le jour de mon départ approchait et moins je voulais rentrer en France. à présent, je repense à mon expérience Massa et je prends conscience de la chance que j’ai eue d’avoir pu faire partie d’un tel programme. En effet, cela m’a permis de me conforter dans mes idées et mes choix quant à mon avenir. J’ai pu découvrir Israël autrement et observer la réalité des habitants de ce si petit pays. Je sais désormais ce qui me plaît et où je veux aller. J’ai en outre largement progressé en anglais et pu apprendre à lire l’hébreu alors que j’étais incapable de le déchiffrer avant de partir. En ce qui concerne mon regard sur Israël, il n’est pas forcément nouveau, si ce n’est que j’y suis encore plus attachée maintenant. Vivre dans ce pays durant ces cinq mois a été incroyable et je le referais sans hésiter.
Cette expérience inoubliable le marquera pour le restant de sa vie, que ce soit pour tenter une expérience ou avant votre Alyah votre expérience en Israël commence avec Massa.
Conservation de fresques à Massada
Revenue en France aujourd’hui, j’ai été admise dans un master relatif au patrimoine et je sais que c’est en partie grâce à ce que j’ai vu, appris et découvert en Israël. Pour cela, je peux remercier Massa ainsi que toutes les personnes qui m’ont aidée, de la préparation de mon départ jusqu’à mon retour en France. Je resterai très probablement en lien avec eux et l’Agence juive… Ne serait-ce que pour repartir au moment venu !
Massa est un projet initié par le gouvernement israélien et les communautés juives du monde entier. Il est représenté par l’Agence Juive pour Israël et soutenu par le Keren Hayessod.
en 2014, 1 000 jeunes français participent à ce programme.
Conservation de mosaïques à Bet Shean
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[massa]
JUSTINE : Je vis dans le laboratoire de l’humanité… Je m’appelle Justine et je suis originaire de Paris. En juin 2014, je finissais un stage de 10 mois au sein du ministère israélien de l’Environnement. J’y gérais avec ma supérieure l’ensemble des conventions et accords internationaux impliquant Israël et ayant trait aux questions environnementales. Cette opportunité m’a été donnée par le programme Massa, Israel Government Fellows (IGF), permettant à de jeunes diplômés juifs du monde entier de travailler pour le gouvernement israélien ou des ONG s’intéressant à la société israélienne. L’année passée, nous étions 25 participants de 20 à 30 ans venant d’Amérique latine, des états-Unis, d’Europe et d’Australie. à cette opportunité unique d’occuper un poste passionnant dans un ministère, une ONG ou un think tank israéliens, s’ajoutaient des rencontres hebdomadaires avec des responsables politiques, journalistes, chercheurs et activistes de premier plan se focalisant sur les questions économiques, sociales ou politiques concernant la société israélienne. Nous avons ainsi abordé des sujets riches et divers allant du désengagement de Gaza en 2005 au problème des logements en Israël en passant par la question de l’immigration et, bien sûr, la réalité du conflit israélo-palestinien. Ces rencontres et ces problématiques nous ont emmenés partout dans le pays : à Sdérot, ville frontière avec Gaza, en Cisjordanie, dans les communautés druzes du nord du pays ou encore à Beer Sheva, afin de parler du devenir du Sud israélien et des problématiques concernant les populations bédouines. Cette année est une parenthèse dans une vie, un moment en suspens où l’on est conscient à chaque instant du caractère unique de ce que l’on vit. Historienne de formation, j’ai, à la suite d’un master en relations internationales, décidé d’apprendre l’arabe et de partir en 2012 à Jérusalem afin de rédiger un mémoire de médiation. Je souhaitais, après obtention de ce diplôme, préparer le concours du Quai d’Orsay et devenir diplomate. Cependant, ma rencontre avec Jérusalem en a décidé autrement. En rentrant à Paris, je savais qu’il me fallait revenir au plus vite en Israël. Le programme IGF a donc été une évidence pour moi. Passionnée de politique depuis l’adolescence, le conflit israélo-palestinien a très vite été au cœur de mes réflexions. Il a orienté le cours de mes études, me focalisant d’abord sur le monde arabe et le Moyen-Orient. L’expérience professionnelle que j’ai vécue en Israël s’est assortie d’une expérience personnelle et identitaire très forte. J’ai compris à quel point ma famille a été durablement traumatisée par la Shoah : ma famille de Salonique et d’Allemagne y a péri, et ma grand-mère a elle-même été à Auschwitz. Mes parents ne m’ont jamais abreuvée d’idées sionistes et la religion était très éloignée de nous. Cependant, ma mère m’a toujours parlé d’un mythe, celui d’Israël et du peuple juif : un peuple éclairé qui a toujours su faire face à l’adversité. Ces mois en Israël n’ont jamais érodé cette image que l’on m’avait dépeinte, bien au contraire.
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la revue du keren hayessod france • numéro 1 décembre 2014
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Aujourd’hui je vis toujours à Jérusalem et je viens de finir un oulpan (cours d’hébreu intensif). Les événements de cet été ont été durs, moralement éprouvants. Mes amis ne comprenaient pas que mon désarroi, ma colère et ma peur n’étaient pas tant dus aux sirènes annonçant les roquettes venant de Gaza qu’à la guerre qui se jouait sur les réseaux sociaux et dans les médias.
On peut tout dire de cet endroit, mais on ne pourra jamais l’envisager de façon manichéenne
Cette année à Jérusalem et l’expérience IGF m’ont éclairée sur les défis de la région, l’équilibre instable rendu presque impossible du fait de dizaines de paramètres l’influençant. Les avis, les points de vue visant à mieux comprendre une situation sont acceptables voire nécessaires, mais un flot haineux et ignorant n’est pas tolérable. Je vis dans le laboratoire de l’humanité. Un lieu où tous les monothéismes se côtoient, un lieu où les gens dînant à une même table viennent souvent des « quatre coins du monde », un lieu où parents et enfants refont le monde en permanence. On peut tout dire de cet endroit mais on ne pourra jamais l’envisager de façon manichéenne.
Mon expérience m’a montré combien la situation est complexe, mais surtout qu’il y a dans ce pays des gens incroyables qui vouent leur vie et leur intelligence à l’idée de paix. Israël est un jeune pays qui cherche à s’améliorer. Il lui faut juste de la créativité, du courage et de la persévérance… et ça, il en a.
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culture
« Neuland » d’Eshkol Nevo
« Neuland » est le titre d’un roman-monde où les destins se croisent, où le hasard le dispute au destin et où la petite et la grande histoire s’entrechoquent. Dori part à la recherche de son père disparu en Amérique du Sud ; Inbar quitte l’Allemagne après avoir tenté de trouver sa mère, et s’envole elle aussi pour l’Amérique du Sud. Sous la plume d’Eshkol Nevo ces deux protagonistes cabossés se rencontrent dans le tourbillon des événements. En toile de fond, l’utopie de Neuland, une terre d’accueil en Argentine pour les Juifs du Monde entier, une sorte de nouvelle colonie de Juifs israéliens au cœur de l’Amérique du Sud. Leur but : recréer un état fondé sur les valeurs de Theodor Herzl. Ouvrir ce livre c’est partir en voyage, découvrir que les errances ne nous mènent pas toujours nulle part. Au fil des pages, l’idéal sioniste se réinvente, l’amour se dévoile, la paternité et la filiation se décryptent. Saluée par la critique, cette fresque romanesque publiée chez Gallimard est à lire. Si son action se déroule loin de la terre sainte, cette histoire n’en reste pas moins profondément ancrée dans les questions et les tourments qui traversent Israël aujourd’hui.
Né à Jérusalem en 1971, Eshkol Nevo a partagé sa jeunesse entre Israël et les états-Unis avant d’étudier la psychologie à l’Université de Tel-Aviv. En 2005, son premier roman, « Homesick », remporte le Gold Book Prize. « Neuland » est, après « Quatre maisons et un exil » et « Le cours du jeu est bouleversé », son troisième roman traduit en français. Le premier a reçu le prix de la Fondation FranceIsraël, le second est resté de longs mois à la tête des meilleures ventes de livres en Israël. Celui qui a choisi comme prénom de plume le patronyme de son grand-père Lévi Eshkol, premier ministre d’Israël au milieu des années soixante, est l’auteur israélien qui compte.
Alyah sur seine Dans « Inch’ Alyah », Judith Mergui raconte son installation en Israël. Du fantasme de la terre promise aux aléas du quotidien, la comédienne aborde avec un humour décapant tous les aspects de cette entreprise folle. Franche, piquante et sans langue de bois, Judith Mergui bouscule les idées reçues. En 2007, son diplôme du cours Florent en poche, Judith quitte Paris pour Israël. Après 5 mois d’oulpan, elle présente les concours des trois grandes écoles d’art dramatique du pays et intègre celle de Seminar Hakibutsim. En 2010, elle commence à se produire à Tel-Aviv dans des pièces de théâtre et plus récemment, elle a intégré le casting d’une célèbre série israélienne. Dans le Infos : même temps, elle s’attèle à l’écriture de son premier stand-up Judith Mergui en français, « Inch’ Alyah » qu’elle a d’ailleurs joué cet été lors « Inch’Alyah » d’un dîner organisé à Nice par le Keren Hayessod. Un spectacle Toc Toc Production qui ravit aussi bien les nouveaux immigrants que ceux déjà Tél. : 03 602 36 19 installés depuis un moment.
Asaf Avidan : le
retour
Début novembre, le chanteur israélien a révélé le premier titre de son nouvel album dont la sortie est prévue début 2015. Dans « Over My Head », Asaf Avidan raconte la première nuit passée avec celle qui partage sa vie depuis 5 ans maintenant. « C’est la nuit où j’ai décidé de laisser mes vieux démons s’évanouir pour choisir la vie », explique l’artiste qui a composé ce morceau un jour de pluie dans le confort d’un petit appartement parisien. Tendance folk, le titre est accompagné d’un clip digne d’un court métrage. Né en 1980 à Jérusalem, ce chanteur-auteurcompositeur s’est imposé en moins de deux ans comme l’un des artistes israéliens les plus talentueux de sa génération. Entre 2009 et 2011, il se produit avec son groupe en Europe, en Israël mais aussi aux états-Unis Asaf Avidan et en Inde. Après une pause « créative » de 3 ans, Asaf « Gold shadow » Avidan revient sur le devant de la scène pour le plus (Telmavar / Columbia) grand plaisir de ses fans.
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retour en images
© Erez Lichtfeld
16 octobre 2013 : Avec Binyamin Netanyahu
Atelier Top Chef en septembre 2014 : 150 femm es autour de Yoni Saada ! (dont Rebecca Jacquin ! )
Avigdor Lieberman, invité d’honneur de la soirée du Keren Hayessod, le 13 février à Paris
© Erez Lichtfeld
ec Meir Cohen Janvier 2014 : Av affa Ministre des ires sociales
2014
David de Rothschild le 13 février à Paris
4 novembre 2014 : Natan Sharansky rencontre le Keren Paris. De g. à d. Pierre Hass, Rebecca Jacquin, Richa Hayessod à rd Prasquier, Natan Sharansky, Judith Oks et Nicole Guedj .
© Alain
nes ssod de 350 penerson e) Keren Hayelin az du (W er în D Levi : ri 14 d’U 20 , i 27 ma e du Général Amos Yad nc se En pré et du chanteur Amir.
Azria
© Alain Az
ria
Les femmes à l’honneur lors de la soirée niçoise en juin
Mai 2014 : Le s 3 chefs Décembre 2013 :
Lors du Bac Bleu
Blanc
© KH - DR
du dîner
Décembre 2013 :
-les-Mimosas Juin 2014 : à Bormesyess od Sud. Ha en Ker avec le
Hanouka Party
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Jud h Oks et Guillauitme Gomez
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culture
Keren Hayessod :
de Michel-Ange au rêve israélien Par Richard Prasquier Qu’y a-t-il derrière un nom ? Que veut dire « Keren Hayessod » ? Reconnaissons-le, le nom est mystérieux et prête à la confusion. D’autres organisations sionistes portent le syntagme « Keren », Keren Kayemet, Keren Or… Que veut dire ce mot de « Keren » ? Il signifie « fonds », capital principal... Quant à Yessod (yesod en anglais où la prononciation du « s » ne nécessite pas le dédoublement), c’est la base, le socle, Keren Hayessod signifie donc, dans le langage poétique de l’hébreu pré-israélien, quelque chose comme le « fonds de base », en tout cas quelque chose de manifestement important. Attardons-nous sur ce mot « Keren », particulièrement fascinant. Keren, dans la Bible, c’est avant tout la « corne ». Par exemple celle du bélier, celui dont les cornes ont donné la lettre aleph : tout le chapitre 8 du livre de Daniel décrit le combat entre le bélier aux deux cornes (l’empire des Perses et des Mèdes) et le bouc à corne unique (les Grecs). Dans l’Akeda (le sacrifice), après qu’Abraham a été retenu dans son geste meurtrier envers Isaac, il voit (Genèse 22/13) un bélier dont « les cornes s’étaient empêtrées dans un buisson » (neehaz basvakh bekarnav). Mais la corne est un objet métaphorique aux multiples connotations.
© Lara
Hart /F
lash90.
Instrument de combat du mâle, elle symbolise la puissance : veyaram keren leamo : il a grandi la force de son peuple, dit le Psaume 148/14. Et le prophète Amos 6/13 : lakahnou lanou karnaim : nous avons conquis la puissance. Située au sommet de la tête, elle peut signifier un sommet de colline : Isaïe 5/1 bekarno benshemen, « un coteau au sol fertile » ou la tête elle-même dans le Psaume 75/5 : al tarimou keren : « ne relevez point la tête » (en référence aux méchants). L’autel du Temple avait des « cornes » à ses extrémités : Exode 27/2 : vaasita karnotav arbaa pinotav (tu sculpteras ses cornes aux quatre angles). La corne est en général recourbée : Ezéchiel parle de keren chen « cornes dentaires », c’est-à-dire l’ivoire. Enfin, une corne évidée devient un instrument musical shofar ou un « cornet » qui peut servir de matériel de stockage : ainsi le cornet à huile keren chemen dont Samuel (Samuel 1/16) déverse le contenu sur le jeune David en signe d’onction divine. Enfin, plus généralement, ce « cornet » peut servir de réservoir pour garder une somme d’argent, un capital, un fonds (du mot fundus, à peu près l’inverse de la tête, c’est son sens moderne). Les quatre lettres en hébreu du mot Ahava, qui signifie Amour.
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culture
Mais quel rapport avec Michel-Ange ? Lorsque Moïse redescend du Sinaï avec les Tables de la Loi, il est écrit (Exode 34/29) : Moshe lo yada ki karan or panav. Moïse ne savait pas que la peau de son visage était devenue « karan ». Que veut dire karan, manifestement un verbe tiré du nom keren ? La Vulgate, traduction de la Bible en latin, composée par le savant Jérôme, texte absolu de référence dans le monde chrétien, a traduit « Moïse à sa descente avait des cornes sur son front ». Cette image a été reprise dans l’iconographie du Moyen-Age, et peutêtre la représentation de Moïse avec des cornes sur la tête, alors que les Juifs étaient depuis le XIIe siècle assimilés à Satan, n’était-elle pas tout à fait neutre ? Michel-Ange a, certainement sans arrière-pensée, repris cette tradition dans son extraordinaire statue de Moïse destinée au tombeau du pape Jules II, que l’on peut admirer dans l’Eglise de Saint-Pierre-aux-Liens, non loin du Colisée. Mais cette version d’un passage difficile est un contresens, l’un des plus célèbres de l’histoire de la traduction. Une façon d’exprimer la « puissance » attachée au mot keren est de la relier à la lumière. Un passage du prophète Habacuc 3/4 en donne un exemple, à peu près unique dans la Bible : keor tiyeh, karnaim miyado : « c’est un éclat éblouissant comme la lumière, des rayons jaillissent de ses côtés ». Il aurait donc fallu traduire que Moïse était « rayonnant » à sa descente du Sinaï. Aujourd’hui, ce sens de rayon est devenu courant (les rayons X sont les karnei rentgen). à l’époque de Jérôme (IVe siècle), il ne l’était probablement pas. Pour finir, comment ne pas s’étonner de la proximité entre le mot « keren » et le mot « corne » (horn en anglais et en allemand, à rapprocher de hirn, visage), d’une racine indo-européenne qui a donné aussi le mot « crâne », et probablement aussi, avec l’idée de « courbure » le mot de « couronne » ? Les rapports entre les racines indoeuropéennes et les racines sémitiques sont presque toujours limités à des emprunts techniques ou culturels (oinos, vin, yaïn) de voisinage. Mais une telle similitude de sens et de connotations : « protubérance concentrant la force », n’est pas assignable à une histoire ou à une géographie particulière. Simple hasard ? Le mot keren — corne, puissance, rayon, cor, sommet, angle (corner), réservoir et fonds d’investissement — permet de réfléchir, mais il permet aussi de rêver. Le poète romantique Gérard de Nerval, dans sa dernière œuvre, Aurélia, a écrit : « Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible ». Dans l’énéide de Virgile, les portes de corne sont les portes du rêve véridique et les portes d’ivoire, celles du rêve trompeur. Bienvenue donc au Keren Hayessod, la porte du rêve israélien, un rêve de vérité.
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LE RÊVE ISRAéLIEN DOIT RESTER VIVANT
parce qu’
israël est dans votre cœur,
soyez au cœur
d’Israël
Depuis 1920, donner au Keren Hayessod, c’est donner à Israël Faites votre don sur www.keren-hayessod.fr (cerfa en retour)
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