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SOMMAIRE CHAPITRE 1 : Écoutez son coeur CHAPITRE 2 : La reine du bal CHAPITRE 3 : Le choix CHAPITRE 4 : Le dernier jour de ma vie CHAPITRE 5 : Les réverbères CHAPITRE 6 : L’homme de l’abribus CHAPITRE 7 : Parce que toutes les histoires méritent une fin CHAPITRE 8 : Son souvenir CHAPITRE 9 : Telle une reine CHAPITRE 10 : Pour lui tenir la main CHAPITRE 11 : La nuit des insomniaques CHAPITRE 12 : Ophély, la dernière danse


CHAPITRE 1 : ÉCOUTEZ SON COEUR «Tu l'aimes? Cette question obsède ton esprit? Ou peut-être en connais-tu déjà la réponse? Fonce, ne t'arrête pas avant d'avoir obtenu ce que désir ton cœur.» C'était les paroles de ma professeur de science. Son petit discours était resté gravé dans ma mémoire, et avec le temps, j'avais compris ce qu'elle essayait de nous faire comprendre. Nous n'avions qu'une vie, cessons les questions et passons à l'action. C'était bien de le dire, mais lorsqu'il était temps d'appliquer la notion, c'était autre chose! Avez-vous déjà essayé de débranché votre cerveau ne serais-ce qu'une seconde? Si vous y arrivez, vous remarquerez à quel point, notre cœur à les idées clairs, lui ! J'essayais de ne pas écouter mon cœur. Je ne voulais pas l'écouter, car j'avais peur de la vérité qu'il criait. Je ne voulais pas l'aimer, je préférais me perdre dans l’éternelle source de questionnement qu'était mon cerveau plutôt que d'écouter cette vérité. Je ne pouvais pas l'aimer. C'était impossible. Ce concept, je refusais de le comprendre, de l'assimiler. J'étais obstiné. Il était hors de question que nous soyons plus que ce que nous étions déjà. L'amitié était la base de notre relation, nous ne pouvions plus la changer. Impossible. Du moins, je voulais me convaincre que c'était impossible. Mais, notre prof aurait dû nous apprendre aussi au travers la biologie et l'électricité que nos véritables sentiments remontent toujours un jour, et souvent, pas exactement comme on l'aurait voulu. Nous étions tous les deux, comme d'habitude. Près de l'autre, mais distant. Puis, nous nous retrouvèrent seul. Nous discutâmes longuement, découvrant l'âme de l'autre.


De révélation en révélation, nous apprenions à apprécier ce côté de l'autre, que jusqu'alors nous n'avions point désiré connaître. Je débranchai mon cerveau. J'écoutai mon cœur. Nous nous rapprochèrent. Je senti son parfum. Si doux, si bon. Nous restâmes ainsi un long moment. En silence, étendu tendrement à une proximité intense, nous profitions de la présence rassurante de l'autre. Puis, mon cerveau reprit le dessus. Je me levai, et m'éloignai en essayant d'oublier cet instant incroyable. Il ne s'était rien passé, mais s'était pour mon cœur, un appel à la passion. Je l'aimais. Et je n'étais pas prêt à vivre en assumant une telle vérité. Je versai une larme en repensant à ce que je venais de vivre. Mon cœur devrait se faire une raison. Il était hors de question que je l'aime. Pas lui. Jamais.


Je t'avais promis — Est-ce qu'elle va bien? Demanda la dame d'un air affolé — Calmez-vous Oliva, tous se passe pour le mieux, la rassurai-je La jolie blonde mit sa main sur son épaule tentant vainement de l'apaiser. Cela ne servait à rien, Élizabeth était aussi énervée que sa mère. — Je te jure que si quoi que ce soit arrive à ma sœur, tu vas... Elle se tue. Mon regard lui fit comprendre que je savais très bien le risque que nous avions pris, Mia et moi. Elle savait aussi que peu importe les menaces qu'elle lancerait, jamais elle ne les mettrait à exécution. Elle m'aimait trop pour me faire du mal. D'une voix soudainement remplie d'émotion, elle murmura : — Jure-moi qu'il ne lui arrivera rien... Je fermai les yeux. Je ne pouvais lui promettre une telle chose. Le destin de Mia était maintenant entre les mains d'une force divine. Les mortels ne pouvaient plus rien faire pour changer son sort, sinon, espérer. — Jure-le-moi! Exigea Élizabeth, en me transperçant d'un regard rempli de force. Si ses yeux avaient été une arme, je serais décédé sur place. Elle nous en voulait visiblement à Mia et moi d'avoir agi dans leurs dos. Nous avions pris une décision qui pouvait affecter tout le monde, sans consulter personne. Élizabeth était la sœur de Mia. Cette jeune femme était impitoyable. J'avais toujours adoré sa force de caractère. Elle avait sa manière à elle de penser, d'agir et d'interagir avec le monde autour d'elle. En un seul mot, elle était unique. Elle était le total opposé de sa sœur. Mia était dans ma vie depuis cinq magnifiques années maintenant. Elle était un peu plus jeune qu'Élizabeth mais avais une grande maturité. Malgré tout, elle possédait un cœur d'enfant. Elle savait s'amuser et rigoler. J'aimais la décrire comme le rayon de soleil de ma journée. Elle avait sa manière d'exprimer par l'art toutes ses émotions et j'adorais découvrir ses œuvres inusitées.


Je posai mon regard vers Oliva, la mère des deux demoiselles. On pouvait lire la panique dans ses yeux. Je me tournai vers Élizabeth, puis d'une voix grave, je murmurai : — S’il lui arrive quoi de ce soit, je mourrai avec elle... * Plus tôt... Mon regard était plongé dans le sien. Nous nous serrions si fort un contre l'autre que nous avions du mal à respirer. Mes lèvres goutèrent la douceur des siennes. Je ne voulais plus la quitter. Plus jamais nous ne serons séparés. Mon cœur était uni à son être, nos âmes semblaient étroitement reliée, nos corps ne formaient plus qu'un. — Ne pars plus jamais, murmura-t-elle dans mon cou. — Seulement si tu restes dans mes bras pour toujours, répondis-je. Elle se blottit d’avantages. — Moi et toi, ensemble pour l'éternité, souffla-t-elle. Le matin se leva tout de même, et je dus sortir discrètement de sa chambre. J'entendais Oliva préparer le petit déjeuner dans la cuisine au bas de l'escalier. Élizabeth, d'habitude, dormait jusqu'à midi, je ne risquais donc pas de me faire prendre, tant que je m'éclipsais en vitesse et sans faire de bruit. Alors que je m'apprêtais à descendre l'escalier, une main me retint. Croyant que Mia voulait me retenir pour quelques minutes supplémentaires, je me retournai pour l'embrasser. Quelle surprise de tomber nez à nez avec Élizabeth! — Je... je.. , bafouillai-je complètement choqué. — Chut, souffla-t-elle en plaçant son index devant sa bouche pour m'indiquer de me taire.


Elle m'entraîna dans sa chambre puis referma la porte. On avait du mal à distinguer quoi que ce soit, dû à l'absence d'éclairage. Au travers la pénombre, j'aperçu ses yeux briller d'une énergie étrange. -Élizabeth, qu'est-ce que..., articulai-je sous le choc. Encore une fois, elle me fit signe de me taire. Une fois cette assurée que personne ne nous surveillait ni ne nous écoutait, elle murmura : — Je sais... Je n'avais aucune idée de comment répondre à cela. Elle dut se rendre compte de mon embarras, car elle continua. — Promet une seule chose. Elle semblait avoir du mal à trouver ses mots. J'attendis patiemment qu'elle trouve un sens à ses pensées. Puis après un instant, elle dit en pesant bien ses mots : — Fais attention à elle, c'est tout ce que je veux. Je regardai Élizabeth puis posai ma main sur son épaule. — Je te promets que tout se passera bien, lui jurai-je. J'allais quitter la chambre, mais elle me retint un dernier instant. — Partez ce soir, me conseilla-t-elle. Je vous couvrirai, Oliva ne se rendra compte de rien avant que vous soyez très très loin. J'approuvai d'un signe de tête. Elle esquissa un sourire, chose très rare. Je souris à mon tour avant de partir. À cet instant, je croyais ne jamais revoir Élizabeth. * — Vous pouvez embrasser la mariée, m'informa le prêtre.


Je me penchai et je posai mes lèvres sur celle de Mia. Cet instant était magique, parfait. Tant d'attente, tant de mal, tant de peine dans le seul but d'arriver à cet ultime moment : notre union. L'église était vide. Nous étions dans un petit village nordique, là où jamais Olivia ne viendrait s'opposer à notre couple. Nous pourrions être ensemble pour toujours, à jamais. Je la serrai très fort contre moi. Je sentais son cœur battre en symbiose avec le mien. Je voulais que cet instant n'ait pas de fin. Que tout soit ainsi pour l'éternité. Et c'est ce qui aurait dû se passer. Dieu seul savait à cet instant que le destin nous réservait une bien mauvaise surprise. * — Je veux le faire! S'exclama Mia, furieuse que je rejette catégoriquement son plan. — Mais... — Non, me coupa-t-elle. Je veux prendre ce risque. C'est ma vie, ma décision! — Je ne veux pas te perdre Mia, est-ce que tu peux comprendre cela? — Tout se passera bien! — Comment peux-tu en être si sûr? — Je veux prendre ce risque, point final. La discussion est close. Elle marcha jusqu'au sofa et s'assit, la colère toujours inscrite sur son visage. — J'ai promis à ta sœur que jamais rien ne t'arriverait, soufflai-je comme pour expliquer ma réaction exagérée. — Rien ne m'arrivera, murmura-t-elle pour me convaincre une énième fois.


— Tu es sûre? Soupirai-je — Totalement, dit-elle en s'approchant de moi. — Alors fonce, murmurai-je avant de l'embrasser. * Présent... — Je t'avais promis que je la protégerais quoiqu'il arrive, murmurai-je à l'intention d'Élizabeth. Je n'ai pas l'intention de faillir à ma promesse. — J'espère, souffla-t-elle avant de prendre ma main. C'était le silence total dans les environs. Tous les deux assis sur une petite chaise dans un froid couloir blanc, nous attendions que la porte-devant s'ouvre. Après un moment, le silence vu brisé par Olivia qui s'engueulait avec une infirmière un peu plus loin. Elle voulait des nouvelles de sa fille, mais personne n'en avait. Il fallait attendre. L'hôpital dans lequel se jouait le sort de Mia semblait désert. Les néons du plafond semblaient faiblir, le silence devenait plus pesant. Puis, le docteur ouvrit la porte. À la surprise générale, il nous fit signe d'entrer à sa suite. Je faillis m'évanouir en voyant le magnifique spectacle qui se déroulait devant mes yeux. Mia était là, toujours vivante, notre bébé dans ses bras. Neuf mois plus tôt, lorsque Mia et moi avions voulu un enfant, un médecin nous avait informés que Mia risquait sa vie avec cette grossesse, et que la solution la plus sûre était l'avortement. Cependant, les chances qu'elle est une autre enfant par la suite, étaient presque nulles. Mia avait donc choisi de risquer sa vie pour donner naissance à notre bébé. Mia sembla surprise de voir sa sœur et sa mère à mes côtés. Je les avais appelés, craignant une fin tragique. Olivia désapprouvait vivement cet évènement, mais elle ne dit rien sur le coup, elle semblait émerveillé par son petit-fils. De son côté, Élizabeth se contenta de me regarder avec un léger sourire avant de murmurer les larmes aux yeux :


— Je sais que tu ne manquerais pas à ta promesse. J'approuvai d'un signe de tête, aussi ému qu'elle. J'approchai de Mia puis déposai un baiser sur son front. Je regardai mon fils, qui reposait dans les bras de ma femme. — Je t'avais dit que tout se passerait bien, souffla-t-elle. Je pleurai de bonheur. J'avais eu si peur de la perdre. — Je t'aime Mia, murmurai-je. — Toi et moi, ensemble pour l'éternité, renchérit-elle. Et c'est ce qui se produisit. Moi et Mia, ensemble pour l'éternité.


CHAPITRE 2 : LA REINE DU BAL Elle secoua ses cheveux comme elle avait l'habitude de le faire chaque jour. Elle mouilla son doigt et tourna la page de son énorme bouquin de chimie. Elle se remit à la lecture de son livre avec un intérêt féroce. Puis, la cloche sonna. Elle se dirigea vers son casier. Une troupe d'amis l'attendait déjà pour discuter avec elle. Ils parlèrent vaguement du bal qui se tiendrait en soirée, puis ils se séparèrent la laissant se préparer pour son prochain cours où elle se rendit Elle écoutait sans un mot le professeur qui gesticulait à l'avant, secouant ses cheveux de temps à autre. Puis, le cours prit fin. Elle sortit et retourna à son casier. Elle rassembla ses affaires et les fourra dans son sac à dos. Sa meilleure amie galopa jusqu'à elle. L'attrapant par le bras, elles prirent la direction de leurs maisons, où elles se préparaient pour la grande soirée. On sentait leurs fébrilités. Elle avait hâte. Elle ne pouvait plus d'attendre à ce moment tant rêvé. Des merveilleux gentlemen les feraient danser dans leurs magnifiques robes au prix exorbitant. En passant à côté de moi, elle ne m'adressa pas même un regard. Par contre, sa meilleure amie me dévisagea sauvagement. Aucune d'elles n'aurait douté que ce soir-là, c'est avec moi que la reine du bal finirait la nuit. * Je jouais à mon jeu vidéo lorsque j'entendis pleurer. Un petit son étouffé, rien de très audible, mais assez pour perturber mes activités. J'avais décidé de ne pas me présenter au bal. Personne ne voulait me voir là. Je faisais bande à part. J'étais celui de trop. Le sans-ami. Le solitaire dans son coin. Curieux, j'ouvris la porte d'entrée. Ce que je vis me troubla. Assise sur le trottoir en face de chez moi : celle qui aurait dû être la reine du bal. Coiffée d'un diadème de diamant et vêtue d'une robe rose, elle avait l'air d'une vraie princesse. Je l'avais toujours admiré pour sa beauté. Elle avait toujours l'air parfaite. — Ça va? Lançai-je Elle se retourna. Son visage était sali par le maquillage noir qui avait coulé sur ses joues et noirci le contour de ces yeux verts.


— Ou... oui, bafouilla-t-elle en retenant ses sanglots. Je m'approchai. — Vraiment? Murmurai-je J'allai m'asseoir à côté d'elle. Elle avait l'air encore plus jolie lorsque j'étais à cette proximité d'elle. — Non, avoua-t-elle. Ça ne va pas du tout. Elle tenta d'essuyer ses larmes du mieux qu'elle put. Elle n'aimait pas qu'on la voie dans cet état de faiblesse, je le sentais. — Tu veux en parler? — J'ai l'air d'avoir envie de parler? Répliqua-t-elle sèchement Une autre chose que j'avais toujours admirée d'elle : sa personnalité. Elle ne laissait personne lui marcher sur les pieds. Elle ne se laissait détruire par personne. Elle affrontait toujours fièrement les épreuves, la tête droite et la détermination écrites dans ses yeux. — Tu ne dois pas rester seule, dis-je. Pas dans cet état. — Je ne veux pas parler avec toi, répéta-t-elle encore plus sauvagement que la première fois. Je ne dis rien tout de suite. Je me contentai de rester là en silence. Elle finit par cesser de pleurer et déposa sa tête sur mon épaule. Je plaçai alors mon bras autour d'elle. Nous restâmes ainsi un moment, sans rien dire. — Tu peux me reconduire chez moi? Demanda-t-elle, timidement, gênée d'avoir besoin de mon aide -Oui, je peux, répondis-je avec un sourire.


Sur la route, elle ne dit pas grand-chose. Simplement le bavardage usuel : la météo, les cours... Puis, nous arrivâmes chez elle. Je m'apprêtais à la laisser et partir. Puis, elle souffla : — Merci... — Ce n’est rien, j'ai fait ce que je pouvais pour aider... Elle retint un sanglot. — Merci d’être le seul à avoir été là, quand j'en avais vraiment besoin... C'est dans des moments comme ça que tu comprends que tout ce qui t'entoure est faux et basé sur des mensonges... Qu'au fond, des vrais amis, ça n'existe peut-être pas... — Je serai toujours là, murmurai-je Alors, elle se pencha vers moi et déposa un léger baiser sur mes lèvres. Puis, nous nous regardèrent, un instant, avant de fusionner nos lèvres à nouveau dans un élan de passion.


CHAPITRE 3 : LE CHOIX Le choix s'avérait des plus difficiles. D'un côté, il y avait Tony, qui avait toujours été auprès de moi. De l'autre côté, il y avait Harry, qui représentait le désir, la nouveauté, le mystère. Me troublant encore plus dans mes réflexions, il y avait Cassie, sensuelle, incroyable et spontanée. Je les aimais. Tous sans exception. Par contre, seul un se devait d'être l'élu de mon cœur. Cela était clair. On n'avait qu'une âme soeur. Une seule personne pouvait marcher avec nous du mariage à la mort. Une seule. Pas trois. Tony Stallis. Mon amour d'enfance. Le seul garçon ayant attiré mon attention lors de mon arrivée à la maternelle. Il est toujours souriant. Un sourire malicieux. Il avait une façon de vous regarder qui vous faisait fondre littéralement sur place. Du moins c'est la façon dont je me souviens ma première rencontre avec Tony qui remonte à plus de dix ans. Avec lui, j'ai surmonté tant d'épreuves. Du vilain petit garçon qui volait nos collations au premier jour au lycée en passant par le premier baiser, moi et Tony avions tout traverser, du moins tour ce que pouvait traverser deux adolescents de seize ans. Harry Paulsen. Tout ce que j'aurais fait pour qu'il me porte, ne serait-ce qu'un regard lorsqu'il passa la porte de cette salle de classe! Il nous enseignait l'histoire, désormais ma matière favorite. Il avait une manière de parler, de bouger, d'expliquer qui faisait de lui l'homme le plus formidable du monde. Mon esprit tout entier ne pensait qu'à lui. Il devait avoir plus d'une trentaine d'années, mais cela ne m'empêchait pas de le trouver d'une beauté incomparable. Je l'aimais. J'ai dû faire tant d'effort pour qu'il me remarque. Du décolleté un peu trop ouvert au regard endiablé en passant par les leçons de rattrapage un peu tardives... Son divorce me mena à son lit. J'avais tout enduré pour y arriver, du moins tout ce que pouvait endurer une adolescente de seize ans amoureuse de son professeur. Cassie Stallis. Si seulement elle n'avait jamais refait surface. Cette dévergondée de seconde classe qui servait de soeur à mon petit copain. Je l'avais toujours aimée. Elle provoquait en moi des émotions diverses et intenables qui me poussaient à faire des choses que je n'aurais point cru faire un jour. Elle représentait pour moi une espèce de modèle dont jamais je ne pourrais égaler. Elle avait tout pour être heureuse. Elle était libre de faire ce qu'elle voulait, tous les garçons étaient à ses pieds, elle se faisait un paquet de fric en vendant de la drogue et elle connaissait tant de gens que sa liste de contacts prendrait des pages à énumérer! Elle avait beau avoir tout ça qu'elle semblait tout de même triste. Comme si elle ne faisait pas ce qu'elle voulait vraiment. Jusqu'au jour où elle me révéla son amour. Des lettres d'amour aux rencontres secrètes en passant par nos langoureux baisers, j'avais enfin trouvé le chemin du bonheur. J'avais tant vécu pour y arriver, du moins ce que pouvait vivre une adolescente de seize ans cherchant à être heureux.


Mes amours me menèrent sur une bien triste route. J'étais enceinte, portant l'enfant de mon amant qui tardait à me marier, tandis que mon petit copain semblait de plus en plus dingue de moi alors que je ne pensais qu'à sa soeur. Qu'allais-je faire? Choisir. Si je choisissais Cassie, je devrais à jamais subir le dur regard des autres qui me jugeront comme si j'étais une sorcière méritant le bucher alors que mon seul crime ne serait que d'aimer une femme. En même temps, je vivrai une histoire d'amour hors de l'ordinaire qui m'aidera à surmonter chaque jour tous les yeux tourner vers moi. Si je choisissais Harry, je devrais à seize devenir mère, l'épouser s'il arrive à me le demander et abandonner tout projet d'avenir. Je devrai dire adieu à ma jeunesse et devenir la femme d'un vieillissant historien qui me comblera de bonheur. Je devrai élever notre enfant dans la journée au travers le ménage avant de lui préparer un délicieux repas pour son retour du travail. Cette vie me permettra de me reposer et de profiter d'un époux adorable. Si je choisissais Tony, je devrais retourner dans la bulle que nous avons créée il y a de cela des années. Je serai sur mon petit nuage d'amour chaque jour avec un copain qui m'aime et qui me connait par coeur. Je serai prisonnière d'un amour devenu routinier et quotidien depuis déjà quelque temps. Soit un de nous se lassera soit nous deviendra encore plus fort et continuera d'avancer ensemble main dans la main. Je ferme les yeux. Je débranche mon cerveau. J'écoute mon coeur. Ma réponse s'illumine en lettre dorée dans mon esprit tel une révélation divine. Je prends mon téléphone portable et je compose le numéro de celui qui aura l'honneur de partager ma vie. — Salut. J'avais envie d'entendre ta voix. De fines larmes coulent sur mes joues. Je sais que la douleur sera dure mais j'ai pris la bonne décision. Je me concentre. Mon avenir s'annonce superbe. — Je viens te rejoindre, annonçai-je joyeusement à celui qui a su gagner mon coeur. J'ai quelques choses à t'annoncer.


Mon coeur palpite. Je l'aime. Je raccroche avant de me précipiter à l'extérieur. — Taxi, hélai-je au premier qui passait sur la rue. M'engouffrant dans ce tas de ferraille jaune, je ne songe plus qu'à une chose; ce jour est le premier du reste de ma vie. Le premier jour où j'aurai enfin choisi qui méritait mon coeur. Je descends du véhicule payant le chauffeur des quelques dollars qu'il me restait. Je l'aperçois, l'amour de ma vie, me tenant au loin, debout près de l'arbre qui nous servait de lieu de rendez-vous. Je cours rejoindre ces bras au plus vite. Mon amour ne fait que croître. Jamais je ne pus rejoindre l'arbre. Ma mort fut brutale. Me foudroyant de plein fouet l'éclair m'empêcha d'atteindre ma destinée. L'élu de mon coeur restera donc debout, au côté de cet arbre, m'attendant patiemment. Et ce, pour l'éternité.


CHAPITRE 4 : LE DERNIER JOUR DE MA VIE Aimer. Avant ce jour, je ne pouvais comprendre la complexité de ce terme. J'avais beau avoir ressenti une sorte d'amour pour certains garçons, je n'avais jamais compris à quel point l'amour était spécial. Je n'avais jamais, avant ce jour, compris à quel point... je tenais à eux. Je les avais rencontrés, je les avais manipulés, puis je les avais aimés. Cependant, jamais auparavant je n'avais pris conscience qu'aimer et tuer était étroitement lier. Ce jour-là. Le soleil se leva comme à l'habitude. Le réveil-matin sonna dans un vacarme assourdissant, comme à l'habitude. Je me réveillai, comme à l'habitude. J'ouvris difficilement les paupières tout en m'étirant lentement. J'écoutai vaguement les protestations du jeune homme encore à demi endormi à mes côtés alors que j'ouvris les rideaux. Je sautai à la douche, puis commençai à me préparer pour me rendre à l'école. Je retournai dans la chambre. William, toujours étendu dans le lit, me fixait avec un petit sourire. J'allai le rejoindre, puis je l'embrassai. — Je t'aime, murmura-t-il à mon oreille. Choc. Je reculai abruptement me concentrant à ramasser à la hâte mes cahiers et mes livres pour les ranger dans mon sac. — Super, répondis-je, sans grande conviction. Alors, que je fouillais sous le lit, à la recherche de mon livre de chimie égaré, il me demanda : — Pas toi? Je trouvai enfin le bouquin tant recherché et pris avec vitesse mes quelques effets personnels que j'avais laissés traînés dans la pièce. J'ouvris la porte de la chambre m'apprêtant à quitter l'endroit, en vue d'un lieu où les questions embarrassantes ne fuseraient pas de toute part. — On en discutera plus tard, je vais être en tard..., dis-je évitant maladroitement de répondre à son interrogation.


J'esquissai un sourire, puis l'abandonnai à ses propres préparatifs. Je descendis les escaliers le plus silencieusement possible, puis j'évitai avec soin les parents de William qui déjeunaient à la cuisine. Une fois à l'extérieur, je fonçai vers l'école. Comme à l'accoutumée, j'arrivai beaucoup trop en avance. Je profitai de ce moment de répit pour visiter Tony, qui travaillait tous les matins sur ses articles journalistiques dans les locaux de l'école. J'entrai dans la pièce. Tony, concentré à taper un long texte avec ses écouteurs sur ses oreilles, ne m'entendit pas arriver. Je profitai donc de la situation en m'approchant de lui doucement, puis en posant mes mains sur ses yeux avant de poser la désormais célèbre question : — Devine qui c'est. — Salut Beauté! S'exclama-t-il avant de sauter sur mes lèvres. Je mis fin à nos caresses après un moment. — Tu viens réviser chez moi ce soir? Lui demandai-je avec une petite voix séduisante. — Désolée, j'ai un atelier d'écriture ce soir... Demain? — Oublie, je suis sûr que bien d'autres hommes voudront passer la soirée avec moi. — Ils ne seront pas aussi brillants que moi, répliqua-t-il — Ça reste à voir... Puis, j'approchai mon visage très prêt du sien. À cette proximité, je pouvais sentir son coeur battre à la chamade. Il m'aimait. Il tenta alors de m'embrasser. Rudement, je le repoussai, brisant ainsi son petit coeur fragile. Je m'éloignai d'un pas rapide vers la porte. Avant de sortir, je jetai un dernier coup d'oeil vers lui. — Chez moi, sept heures. Ne sois pas en retard.


Puis je partis, le laissant réfléchir sur ses sentiments contradictoires et son amour troublé qu'il ressent pour moi... C'était le moment que je préférais. Lorsqu'on s'amuse avec les coeurs, il n'y a rien de plus palpitant que de voir sa victime se perdre dans la passion qu'il ressent pour vous. Oui, j'étais une briseuse de coeur et je l'assumais parfaitement. J'étais une cruelle sorcière qui ensorcelait les hommes pour se sentir aimer. Mes deux derniers jouets étaient William, capitaine de l'équipe de basket-ball, et Tony, rédacteur en chef du journal de l'école. Deux garçons incroyables que j'adorais. J'aimais surtout jongler entre les deux, les voir se morfondre dans leur malheur et rallumer leur coeur. L'amour qu'ils ressentaient envers moi était tellement intense. C'est cette passion qui me faisait vivre chaque jour. C'était ma force vitale, ma raison de vivre. Sans elle, je ne pouvais survivre. Cependant, ce flot d'amour prendrait bientôt fin. Mes marionnettes en avaient marre de se faire traiter comme de vulgaire joujou. Ils revendiquaient une relation unique et authentique. Je devrais choisir l'un d'entre eux. J'eus alors cette idée. Cet éclair de génie. Bon, j'avoue, sans mon professeur d'histoire qui expliquait les rites matriarcaux d'une vieille civilisation depuis longtemps disparue, je n'aurais jamais su comment départager les deux amours de ma vie. Les femmes de cette nation choisissaient leur époux à l'aide d'une compétition barbare qui départageait les hommes. C'était souvent des luttes à mort ou des défis extrêmement difficiles qui mettaient en péril la vie des prétendants au titre de mari. Je devais recréer cette compétition. Dans une version plus moderne, William et Tony lutteraient violemment pour gagner mon coeur. Je les appelai pour les prévenir de me rejoindre après les cours. J'avais assez tardé. Aujourd'hui, je rendrais une réponse. Je choisirais l'élu de mon coeur. Les deux garçons arrivèrent en même temps chez moi. Ils se toisèrent avec rage. Ils ne s'étaient jamais vraiment aimés et notre relation amoureuse complexe n'aidait rien. — Ce soir, un de vous gagnera mon coeur. Je vous propose une lutte à mort... sociale. Celui d'entre vous deux qui détériora le plus sa réputation en cette seule soirée sera celui qui remportera la victoire. Rejoignez-moi sous le grand chêne au parc à minuit, je rendrai mon verdict. Bonne chance! À ces mots, William et Tony déguerpirent dans des directions opposées en quête d'action qui ruinerait leur réputation. De mon côté, je décidai de partir calmement au café en face du parc et d'étudier sagement mes mathématiques.


Rapidement, on m'envoya des messages relatant les faits et gestes de mes compagnons avec parfois des photos à l'appui... Je souris de temps à autre, trouvant leurs idées de plus en plus originales. Voyant minuit approché, je traversai la rue et m'installai sous le chêne pour poursuivre mes révisions. J'avais beau essayer de me concentrer sur autre chose, tous mes sens guettaient. L'arrivée imminente du vainqueur m'effrayait. J'étais toujours indécise, et je ne me voyais pas leur demander d’avantages. Ils venaient tout de même de se ridiculiser toute une soirée simplement par amour pour moi! La lune était bien haute dans le ciel lorsque minuit sonna. Je me tenais bien droite, prête à accueillir mes preux chevaliers, tout en contemplant le magnifique clair de lune. Je vis enfin leurs silhouettes se détacher à l'horizon. Ils courraient l'un à côté de l'autre, se bousculant pour arriver premiers. Les chamailleries de garçon m'avaient toujours fait rire, mais ce soir-là, je n'avais même pas envie de sourire. J'allais briser un coeur pour la dernière fois. J'allais me caser à jamais avec quelqu'un. C'était fini de ma vie de débauche où je pouvais passer d'un homme à un autre sans me soucier des conséquences. La partie était terminée. Soudainement, un dernier renversement de situation vint troubler la fin heureuse de mon aventure. Je vois la Mort, toute drapée de noir et trimballant sa faux, s'approcher des deux garçons et les amener avec elle, au loin. Alors qu'ils traversaient sans regarder, mes deux amoureux furent fracassés par un autobus. Il ne restait plus d'eux qu'une immense marre de sang, qui hanterait à jamais mon esprit. C'est alors que je compris à quel point je tenais à eux. Que je les aimais plus que jamais je n'avais aimé personne. Que même si je m'amusais a les faire souffrir, j'avais tout de même souhaité me caser à jamais avec l'un d'eux. Cela faisait donc si mal? Mon coeur était brisé. J'avais l'impression qu'on me l'avait arraché. Ce que je faisais vivre à une multitude de garçons depuis ma naissance, je pouvais à peine le supporter moi-même. Je n'étais qu'un être cruel. Cruellement méchante. Comment pouvais-je faire endurer cela à quelqu'un? Comment? Je décidai de m'approcher du lieu de l'accident. J'étais encore toute déboussolée. Mon coeur cognait dans ma poitrine. Je pleurais. C'était juste... Douloureux. Mon cerveau ne pouvait supporter l'idée de les perdre.


Comment un simple jeu avait-il pu devenir si... réel? Jamais avant aujourd'hui, je n'avais eu l'impression de tenir vraiment à quelqu'un. Jamais de toute ma vie entière! Il y a à peine quelques heures, je jouais. Je les manipulais sans me soucier des conséquences... Et voilà où ça m'avait mené. Je m'approchai lentement de la marre de sang. J'étais là, complètement perdu, murmurant leurs noms souhaitant désespérément d'entendre une réponse. Rien. Ce n'était que le silence. En fait, j'étais entouré d'ambulanciers et de secouristes en tout genre, mais je me foutais des sirènes et des cris des autorités affolés. Tout ce que je voulais, c'est me confirmer que je ne les avais pas perdus... J'avais l'intention de leur dire que la partie n'était pas finie, qu'il y aurait d'autres épreuves, d'autres défis. Je ne me sentais pas prête à aimer. C'était comme si la Vie voulait me punir. J'avais joué avec les coeurs, c'était maintenant à mon tour de subir la douleur. Je m'étais attaché sans m'en rendre compte. Comme un jeu auquel on joue, et qu’il devient sans qu'on s'en aperçoive, notre activité favorite. Peut-être que je ne voulais juste pas me rendre à l'évidence. Peut-être que je ne voulais simplement pas admettre que je les aimais? On finit par retirer leurs corps couverts de plaie de sous l'autobus. Je ne pus me retenir de me jeter sur eux, de les frapper, de leur ordonner de se réveiller... rien n'y fit. Ils n'avaient pas le droit de m'abandonner ainsi... Ils ne pouvaient simplement pas partir... Je les aimais! Les policiers me forcèrent à reculer, m'éloignant du périmètre de sécurité. Je hurlai à la vue de mes mains pleines de sang. Leurs sangs coulaient sur mes mains. Mes mains couvertes de leurs sangs... Je pleurai. Longtemps. Comme si la douleur ne faisait que s'intensifier. J'étais assise sur le bord du trottoir, songeant à mon avenir sans eux. Ce fut le néant. Je ne pouvais vivre sans eux! Comment vivrais-je ma vie avec cette horrible douleur dans la poitrine? Mieux valait d'abandonner tout de suite. Je sentis une main se poser sur mon épaule. J'arrêtai alors de pleurer. La Mort me sourit, puis prit ma main et m'amena rejoindre les amours de ma vie.


CHAPITRE 5 : LES RÉVERBÈRES J'attendais impatiemment son arrivée. La faible lumière des vieux réverbères de la ville m'éclairait à peine plus que les nombreuses étoiles qui peuplaient le ciel cette nuit-là. Il faisait froid. Enveloppé dans mon grand manteau, je me tenais debout sans défaillir depuis des heures, attendant son retour courageusement. Le vent me foutait, le froid me brûlait, la nuit me terrifiait. Malgré tout, je restais là, bien droit sous les lampadaires, mes yeux fixer sur l'horizon espérant voir sa mince silhouette se détacher due ombre horizon. J'y croyais. Je croyais en son retour. Incroyable, comme toujours, elle franchirait cette rue d'un pas lent mais déterminée. Elle me rejoindrait là où nous nous étions tant aimés. Sous un éclairage défaillant, elle m'embrasserait comme jadis, avec la même passion, le même désir, le même amour. Elle me l'avait promis; elle reviendrait. D'ici là, j'étais prêt à passer chaque seconde de l'éternité à l'attendre. J'hésitais à battre des paupières. Et si elle traversait la rue à cet instant précis? Je frissonnais. J'avais froid. Comment pouvait-elle ne point revenir? L'attente se faisait interminable. J'en avais marre, mais je n'avais pas l'intention d'abandonner. Je sentais presque son odeur. Je sentais presque sa présence. Je sentais presque ses lèvres frôler les miennes. Une main prit la mienne. Elle était chaude. Apaisante. — Où étais-tu passé? Soufflai-je Une seconde main ébouriffa ma tignasse. Des lèvres se posèrent sur les miennes. Elles étaient douces et piquantes à la fois. Elles rallumèrent en moi cette petite flamme. Celle qui avait perdu tout espoir. La chaleur se répandit en moi à une vitesse incroyable. Pansant mes blessures, refermant mes plaies, faisant disparaître mes souffrances, cette chaleur remplit mon coeur d'un sentiment de bonheur. — William! Cria une voix lointaine. Non-pitié. Je ne voulais pas l'entendre.


— William! Répéta-t-elle avec plus de conviction J'allais me réveiller. Cette chaleur si magnifique disparue emportant avec elle toute le bonheur que j'avais amassé en ce seul baiser. Je rouvris les yeux. J'étais toujours planté là, sous ses misérables réverbères, attendant celle qui ne viendrait jamais. Je sentis le froid me transpercer de ses griffes. Elle était loin maintenant. Je me sentais vide. Perdu dans ce monde de fou. Les blessures à l'intérieur de moi reprirent vie. Le mal était encore plus intense que précédemment. — Pourquoi? Dis-je — Elle ne reviendra pas, cesse de te tourmenter William, répondit ma plus chère amie. Une main prit la mienne. Elles étaient aussi froides une que l'autre mais je senti tout de même un brin de chaleur naître pour nous réchauffer. — Elle avait promis, m'obstinai-je — Elle ne reviendra pas! Hurla mon amie voulant enfin me faire ouvrir les yeux sur l'horrible vérité. Je me tournai vers elle. Comment osait-elle détruire mes rêves et mes espoirs? — William, elle ne reviendra pas, répéta-t-elle en me fixant dans les yeux. Je ne l'écoutais plus. Son regard me fascinait. Comment n'Avais-je pu le remarquer plus tôt? Il était empli d'un je-ne-sais-quoi qui me bouleversa. Une chaleur, une passion, un amour infini se cachaient dans ses yeux pétillants. Je me penchai pour l'embrassai. Sous ses réverbères naissait l'amour. Leur faible lumière donnait vie à des sentiments intenses et inconnus. Ils faisaient peut-être peur mais ils vous donnaient d'incroyables cadeaux, faisant naître en vous de nouvelles émotions. Ils semblaient sur le point de s'éteindre à jamais, mais ils restaient là, fièrement dresser attendant patiemment que deux tourtereaux passe sous eux.


J'avais aimé, mais jamais comme cela. Je l'épouserai. Nous serons heureux. Je me foutais éperdument de son retour maintenant. Quelle m'attend à son tour, j'avais assez perdu de temps. Je pris la femme de ma vie dans mes bras et m'enfuit avec elle vers un tout nouveau destin. Je ne saurai jamais si elle revint un jour. Je ne sentirai plus jamais ses lèvres contre les miennes. Je ne poserai plus jamais mon regard sur elle. Et je m'en fichais. Laissant les réverbères seuls à leur misérable existence, je pris quelques secondes pour les remercier. Je songeai ensuite aux prochains amoureux qui franchiraient cette rue lors d'une triste nuit d'hiver. Ils flâneraient sous ce pauvre éclairage et découvriraient enfin leurs véritables sentiments. Faiblissant toujours, les réverbères resteraient allumer pour l'éternité, donnant vie à la passion, l'amour, le destin.


CHAPITRE 6 : L’HOMME DE L’ABRIBUS Je devais partir de cette ville. Je devais m'enfuir à tout prix. Où irais-je pour m'isoler du monde? L'air frais de la campagne, la tranquillité du lac et la chaleur du chalet de mes parents seraient parfaits. Je devais partir seule. C'était la seule solution... Là seulement, je pourrai peut-être oublier tout ce qui m'avait poussée à partir. J'emballai mes maigres affaires dans un sac pendant que ma mère pleurait, hurlait et me suppliait de rester. Elle voulait comprendre, mais ma décision était déjà prise. Lui parler, ça ne ferait qu'empirer les choses. Pour la première fois de ma vie, je voulais régler mes problèmes moi-même. Ma mère s'obstinait à m'empêcher de partir. Elle avait toujours eu cette manie de vouloir toujours tout comprendre. Pour elle, il se devait d'avoir une explication aux récents évènements. Pourquoi sa fille de seize ans était-elle rentrée à la maison en pleurant ce soir-là? Pourquoi, après une interminable douche, avait-elle décidé de partir au chalet le soir même, sans donner plus d'explication? Il y avait bien une réponse à ses questions, mais je n'avais pas l'intention de la lui donner. Je devais régler ça moi-même. Une heure plus tard, je claquai la porte de chez moi avant de me diriger d'un pas lent mais décidé vers l'arrêt d'autobus. Si je me dépêchais, j'avais le temps d'attraper le dernier bus en direction de la campagne. J'arrivai à l'abribus avec un peu d'avance. Je m'assis sur un banc. En face de moi se trouvait un homme d'une trentaine d'années. Il semblait ravagé par la fatigue et la tristesse. Souffrait-il autant que moi? Après un long moment à regarder au loin, il tourna la tête et posa son regard sur moi. Pouvait-il voir à quel point j'avais mal. Pouvait-il lire dans mes yeux, l'état de détresse dans lequel j'étais plongé? Pouvait-il sentir combien j'étais faible et misérable à cet instant? Après un instant à m'examiner, il m'adressa un sourire. — Vous êtes trop jeune pour être triste, murmura-t-il dans le silence de la nuit Pour toute réponse, je souris légèrement avant de baisser les yeux, gênés. Il avait bien vu en moi toute la douleur qui m'habitait. Je me sentais comme mise à nue et je n'aimais pas ça. J'avais l'impression de revivre le même malheur qu'il y avait à peine quelques heures, lorsque quelqu'un avait lu en moi ma faiblesse et s'en était servi pour me contrôler. Je fermai les yeux, me concentrant à oublier ses souvenirs douloureux. Une larme coula sur ma joue, que je m'empressai à essuyer avec le revers de ma main. — Vous êtes trop jeune pour pleurer, ajouta l'homme devant moi. Peu importe ce qu'est la cause de votre chagrin, je suis certain que vous finirez par surmonter cette épreuve. Je peux lire dans vos yeux la force et la détermination qui dorment en vous et qui ne demandent qu'à sortir! Je regardai l'homme et lui souris. C'était exactement ce que j'avais besoin d'entendre.


Quelques minutes plus tard, l'autobus arriva. Je m'assurai de m'asseoir le plus loin possible de l'homme. Malgré son côté rassurant, il me faisait peur. Je n'aimais pas la façon dont il me regardait. Après un trajet interminable où j'observai la pluie tombée par la fenêtre, l'autobus s'arrêta. Je traversai l'allée centrale du véhicule en direction de la sortie. Juste avant de descendre, l'homme de l'abribus et moi échangeâmes un dernier regard. Il sembla alors comprendre ce que je m'apprêtais à faire. Il avait lu dans mes yeux ce pour quoi j'étais partie de chez moi. « Peu importe la raison, ça n'en vaut pas la peine » souffla-t-il lorsque je passai près de lui. — Il n'en vaut pas la peine, précisa-t-il. Je ne l'écoutai pas et continuai mon chemin. J'étais déterminée à aller au bout de cette aventure et ce n'était certainement pas lui qui me ferait changer d'idée. J'étais toute trempée quand j'arrivai au chalet. J'étais épuisée et à bout de nerfs. Je voulais que ça finisse. J'ouvris l'armoire de mon grand-père et en fouillant un peu, je dénichai un pistolet. Je m'assis sur le sofa du salon et je plaçai l'arme sur ma tempe. J'étais prête à mettre fin à mes jours quand mes pensées se tournèrent vers ma mère. Elle exploserait quand on lui apprendra que j'avais taché de sang son fauteuil neuf. Puis, sans comprendre pourquoi, les paroles de l'homme de l'abribus me revinrent en tête. « Il n'en vaut pas la peine. » Avait-il dit. Il avait raison. Ce garçon qui me troublait ainsi n'en valait pas la peine. Je lui avais donné ma confiance et il en avait profité pour me prendre de force. Malgré mes cris, il m'avait violé en savourant son crime. Je l'aimais, mais lui se fichait bien de moi. Il voulait mon corps et rien d'autre. Il avait eu ce qu'il voulait, il m'avait alors jeté de chez lui. Je m'étais sentie sale. Je m'étais sentie faible. Je m'étais sentie détruite. J'avais alors choisi de mourir pour écourter ma douleur. Si ce n'était pas de cet homme rencontré à l'abribus, je ne serais plus de ce monde. Je me serais enlevé la vie. Au matin, je remontai dans l'autobus pour retourner en ville. À ma grande surprise, l'homme était assis au même siège que la veille. Il sourit en me voyant. — Je vous avais bien dit qu'il n'en valait pas la peine, dit-il Je le regardai droit dans les yeux, incapable d'exprimer en parole tout ce que je voulais lui dire. Je lui souris en espérant qu'il puisse voir dans mes yeux que je lui devais la vie.


CHAPITRE 7 : PARCE QUE TOUTES LES HISTOIRES MÉRITENT UNE FIN Roxane Deschênes avait tout sacrifié. Sa vie, ses amours, ses amis. Tout ce qu'elle avait, elle l'avait donné à son travail, sa passion. Chaque jour de sa vie, elle s'était levée avec une seule idée en tête : créer toujours et toujours plus. Trouver l'idée la plus originale et l'exploiter pour devenir l'auteur d'un hit planétaire. Ç'avait toujours été le rêve de Roxane et elle s'apprêtait à y arriver... mais pour cela, il lui fallait une fin. Une fin si énorme qu'elle marquerait les esprits jusqu'à la fin des temps. Personne ne veut y croire, mais la fin est le moment le plus délicat et le plus important d'une histoire... C'est là que le succès se joue. Vous pouvez écrire un chef-d'oeuvre mais une fin banale et ordinaire viendra tout gâcher. Il faut du talent pour écrire une fin digne de ce nom... et c'était là-dessus que Roxane travaillait depuis de nombreuses années. Tout ce que faisait Roxane depuis 23 ans, c'était travailler sur son « Projet ». Le Projet, c'était l'histoire qui allait la rendre célèbre. Elle y travaillait chaque jour avec une détermination sans faille. Elle écrivait et écrivait, faisant du projet une véritable bible. Elle y réécrivait l'histoire de l'humanité de long en large. Il y avait ce vieux sage qui la conseillait. C'était la seule personne sur Terre qui avait eu le droit de lire le « Projet ». Le vieil homme était légèrement cinglé... mais il n'était pas méchant. C'était probablement dû à son imagination débordante. Il avait toujours ces idées farfelues et ces réflexions tellement logiques... Il était aussi déterminé que Roxane à faire du Projet, un succès planétaire. Plus les années passaient, plus le projet devenait intense et prenant. Roxane dormait de moins en moins, focusée sur ses idées qu'elle devait noter à tout prix. Après un certain temps, elle cessa de retourner les appels de son fils. Puis, elle n'appela même plus sa soeur, la seule famille qui lui restait. Pour finir, son mari l'abandonna. Elle s'en fichait royalement. Tout ce qu'elle voulait, c'était écrire et écrire encore jusqu'à ce que son histoire devienne parfaite. Jusqu'à ce qu'elle soit tellement unique, que les gens tueront pour la lire... Elle était prête à tout perdre pour y arriver. Tout. Un soir, elle fêta les 10 ans du Projet. C'est peu de temps après cela que son vieux conseiller décéda tristement d'une maladie inconnue jusqu'alors. Ce fut ce qui marqua la première fin du Projet. Roxane bâcla la fin, elle finalisa en une heure le travail qu'elle avait mis des années à produire. Puis, elle rangea le projet au fond d'un tiroir en attendant que la douleur du deuil parte.


Trois années s'écoulèrent avant qu'elle ne retouche au Projet. Son mari revint à la maison pour la supporter. Elle avait de nouveau une vie normale. Sauf qu'écrire lui manquait énormément et, avec courage, elle rouvrit le Projet qu'elle avait abandonné. Écrire, c'était son moyen d'expression. Elle passait des heures devant son écran d'ordinateur à taper sur son clavier. Elle était de retour en piste et cette fois, rien ne la stopperait. Absolument rien. Pas même le fait que sa meilleure amie devienne une alcoolique. Pas même le mariage de son fils. Pas même son mari qui tomba gravement malade. L'écriture, c'était sa drogue. Sans sa dose quotidienne, elle n'était rien. Chaque jour qui passait, elle travaillait sur le Projet. Il devenait peu à peu, non plus une histoire, mais une épopée sans fin. Rien ne pouvait l'arrêter. Absolument rien! Ses amies vinrent lui demander de prendre une pause pour aller prendre un café. Son fils la supplia de s'arrêter un week-end pour venir visiter son petit-fils qui venait de naître. Son mari, sur son lit de mort, pleura pour qu'elle arrête d'écrire un moment pour profiter de leurs derniers instants... Elle refusa toutes ces propositions. Rien ne devait l'arrêter d'écrire... Sinon, elle n'arriverait jamais à finir le Projet. Après tous ces efforts, tout ce qu'elle voulait c'était le terminer. Lorsque son mari décéda, elle prit la décision de s'arrêter pendant quelque temps. Elle commençait tout juste à se rendre qu'elle perdait tout ce qu'elle avait autour d'elle. Plus elle bâtissait son monde imaginaire dans le Projet, plus son véritable univers disparaissait. Malgré toute la volonté qu'elle y mit, son fils refusa de la revoir. Sa soeur déménagea en Égypte et ne lui donna plus jamais de nouvelles. Ses amies ne retournaient plus ses appels. Elle avait tout perdu. Puis, elle rencontra ce jeune homme. Il était brillant, attentionné, charmant et surtout, follement amoureux de Roxane. Elle tomba peu à peu amoureuse elle aussi... Et l'année suivante, ils se marièrent. Ce nouveau mariage lui donna l'énergie dont elle avait besoin pour se remettre à écrire. Sauf que son nouvel époux n'était pas très riche et elle devait travailler à temps plein. Ainsi donc, malgré sa quarantaine très avancée, elle prit le risque d'avoir un second enfant... Puis un troi-


sième. Finalement, lors de sa quatrième grossesse, elle mit au monde des jumeaux. Elle faillit y laisser sa peau. Les congés de maternité étaient toute fois parfaits pour elle. Cela lui permettait de se focuser sur le Projet... Peu de temps après la naissance des jumeaux, son mari accepta qu'elle prenne sa retraite. Elle était presque à mi-cinquantaine et ses enfants l'exténuaient. Quelle idiote avait-elle été de croire qu'elle pouvait être mère encore à son âge. Elle eut de graves problèmes de santé suite à ces accouchements. Avant même que les jumeaux atteignent 5 ans, elle avait failli mourir une bonne dizaine de fois. Elle en avait trop demandé à son corps, qui maintenant était plus faible que jamais. Sauf que même là, rien ne l'empêchait d'écrire... Il était temps qu'elle en finisse avec ce Projet. Cela faisait maintenant presque 20 ans qu'elle y travaillait et elle n'aboutissait à rien! — Je veux le terminer avant de mourir » disait-elle souvent. Je ne supporterais pas que le Projet se termine sur un éternel « À suivre... » Je vivrai jusqu'à la fin du Projet peu importe les épreuves que mettra le Destin sur mon chemin... Parce que toutes les histoires méritent une fin. Un beau jour, son mari prit les quatre enfants et partit vivre chez sa mère. Il n'en pouvait plus de sa stupide épouse qui ne pensait qu'à écrire. Il était plus heureux sans elle dans les parages. Elle se mit donc à écrire plus que jamais. Elle avait officiellement tout perdu. Absolument tout. Il ne lui restait plus rien à perdre. Rien. Elle travailla à faire la plus belle fin qu'on pouvait imaginer pour le Projet. C'était un instant symbolique dont elle se souviendrait toujours... L'instant où l'idée lui avait traversé l'esprit resterait à jamais marquer en elle. Elle marchait avec un café à la main lorsque l'éclair de génie la frappa. Sous le choc, elle laissa tomber son breuvage sur le sol, éclaboussant deux passants. Elle avait trouvé sa fin! Elle gambada jusqu'à la maison, oubliant ses problèmes de hanches, de reins et de respirations. Elle sauta sur son ordinateur et écrivit la fin du Projet. C'était le moment le plus dur de sa vie. Le Projet se devait de finir parfaitement. C'était son enfant qu'elle choyait depuis si longtemps. Elle devait y'aller en douceur... Terminer avec perfection. Elle sentait son coeur battre à la chamade en mettant fin à son récit. Écrivant les dernières paroles de ses personnages fétiches... C'était la fin, elle le sentait. Puis, elle tapa le dernier mot.


Ce soir-là, elle pleura en allant au lit. Le Projet de sa vie était officiellement terminé... Qu'allait-elle faire maintenant? * — C'est trop nul, avait dit la première maison d'édition. — C'est beaucoup trop long avant d'arriver à l'action! S'avait exclamé la seconde. — Sérieusement, c'est bien, mais vous n'avez rien d'intéressant à offrir. Vous êtes une petite auteure qui a passé sa vie à pondre ce récit. Les gens d'aujourd'hui prennent les auteurs pour des stars et vous êtes loin d'en être une, avait expliqué la troisième. Toutes les réponses qu'elles avaient reçues étaient négatives. Elles disaient toutes à peu près la même chose. Trop si, trop ça, pas assez comme ça... Elle ne savait plus quoi faire. Elle avait tout perdu pour le Projet. Puis, elle reçut cette lettre. « Votre texte est bien. Vous devriez cependant changer la fin. Relisez-le. Assurez-vous qu'il soit parfait. Puis, viendra l'étape la plus importante. Pour devenir un véritable auteur, il faut absolument tout perdre pour sa passion. Absolument tout. » Elle reprit donc le Projet. Pendant un an, elle resta enfermée chez elle à écrire et à écrire encore. Plus le temps passait, plus l'histoire s'allongeait encore... Ajoutant des chapitres à cette épopée légendaire. Cette fois, elle avait trouvé la fin parfaite. C'était loin d'être nul. Puis, elle relut tout le texte et revisa chaque ligne pour s'assurer que le lecteur ne décroche pas une seconde de son texte. Peu à peu, un classique de la littérature prenait forme. Ce n'était plus un livre... C'était la plus incroyable des sagas jamais écrites! Puis, il lui restait un problème à régler. Elle devait perdre absolument tout. Elle avait perdu ses deux maris, ses cinq enfants, ses amies et sa famille. Elle n'avait plus de job, plus de santé, plus de projet pour la tenir occuper. Il ne lui restait plus rien à perdre... Sauf peut-être une seule chose.


Ce soir-là, Roxane alla porter le manuscrit à la maison d'édition qui lui avait envoyé cette lettre. Il n'y avait plus personne à cette heure, elle laissa donc la lourde enveloppe sur le bureau de la secrétaire pour qu'elle transmette le manuscrit à la bonne personne. À l'intérieur de l'enveloppe, elle avait laissé une note pour accompagner son texte : « Faites en sorte que ceci soit publier. C'est ma dernière volonté. » Cette nuit-là, elle perdue la dernière chose qui lui restait à perdre pour devenir une grande auteure... Roxane se donna la mort... ... Et le Projet fut un best-seller.


CHAPITRE 8 : SON SOUVENIR D'habitude, je n'aimais pas vraiment les cimetières, c'est pourquoi je les évitais tant que possible. Pourtant, cette soirée-là, j'ai ressenti le besoin d'aller dire une prière sur sa tombe. La nuit venait de tomber. Avançant prudemment au travers les monuments funèbres,, mon cœur palpitait à l'idée de se retrouver aussi près de celle l'avait brisée. Le vent soufflait fort et les nuages grisâtres cachaient les lueurs de la lune. Malgré la noirceur des lieux, je n'eus aucun mal à retrouver l'endroit où elle reposait. À l'image de sa forte personnalité, elle avait choisi une pierre tombale des plus énorme et des voyante qui en plus fut installée en plein centre du sombre endroit. Je regardais les lettres gravées à jamais en mémoire d'elle lorsqu'un murmure venant d'outretombe se fit entendre. Je ne voulais pas l'écouter. Je ne voulais pas regretter ma petite balade nocturne. Je ne voulais pas revivre ces vieux souvenirs que j'avais réussi à enfouir assez loin dans ma mémoire pour ne plus en souffrir. Plus j'ignorais les murmures, plus ils se faisaient bruyants. J'avais l'impression d'entendre sa voix, comme si elle était toujours là. Je frissonnai à cette pensée. Elle était morte, c'était mieux ainsi. Cessant un peu de paniquer pour rien, je réussissais à me convaincre que ce n'était que le bruit des feuilles puis le murmure ce faisait si vrai que je croyais que son fantôme hantait les environs. Je décidai de partir. Qu'avais-je à gagner en restant debout près de la tombe de cette femme qui n'avait comme seul talent celui de faire souffrir? Alors que je m'apprêtais à sortir de ce triste lieu, j'ai eu l'impression de la voir. Se tenant au loin dans une somptueuse robe blanche, elle affichait un sourire radieux, celui qui jadis me faisait fondre de désir. Malgré son visage à demi-voilée, j'aperçus brièvement ses yeux , toujours aussi perçants que dans mon souvenir. Nous allions nous marier à l'époque. Elle portait notre enfant. Je l'aimais. Puis, elle est décédée, sans explication, alors que j'attendais patiemment son arrivée au côté d'un prêtre devant une immense assemblée. Cela faisait maintenant cinquante longues années que ce douloureux événement s'était produit, et la revoir me troubla profondément. Cette apparition avait beau être le fruit de mon imagination, elle semblait tellement vraie que j'avais envie de courir vers elle et de l'embrasser une dernière fois tel un ultime adieu. Je retint mon impulsion et parti. La blessure que je croyais guérie s'était rouverte en cette triste soirée. En quittant le cimetière, je jurai de jamais y remettre les pieds. J'étais loin de me douter que cette nuit-là, je perdrais ma bataille contre la maladie et la vieillesse. Ce cimetière allait devenir ma dernière demeure. Je reposerai là, au côté de celle que j'avais tant aimé , pour l'éternité.


CHAPITRE 9 : TELLE UNE REINE

Selon ma grand-mère, j'étais née pour être reine. J'étais gracieuse, sage et instruite. J'avais l'autorité pour diriger, l'intelligence pour conseiller et l'impartialité requise pour juger. Ma beauté pouvait rendre jalouses toutes les dames de la cour et bouleverser le coeur de tant de gentilshommes. Je n'avais point eu la chance de naître ainsi. Aussi loin de la cour de Sa Majesté, autant par la distance que par l'époque! Sur quoi pouvait bien régner une reine née au 21e siècle et qui étudiait dans un lycée catholique de New York? Il fallut que je me fasse à l'idée : le temps des reines était révolu. Plus de cour où de nombreux courtisans ne murmuraient les rumeurs les plus diverses, ni de grandes robes ou coiffes magnifiques. Terminée l'époque où la seule femme détenant un minimum d'importance était la reine. Terminée l'époque où les rois étaient maîtres du monde. Terminée l'époque où j'aurais dû naître. Ma grand-mère était une fanatique d'histoire. Depuis ma tendre enfance, je baignais dans une atmosphère ancestrale. On n'arrêtait pas de me raconter les exploits des grands de ce monde. Enfant, je m'endormais sur le récit de l'unique reine égyptienne, Cléopâtre, qui avait donné sa vie pour ne point voir son royaume saccagé par les Romains. Plus tard, je découvris, par le biais de ma grand-mère, la glorieuse Élizabeth 1re et son ambitieuse mère, Anne Boleyn, ainsi que Jules César, le conquérant du plus grand empire de l'Antiquité. L'histoire était devenue une passion, un intérêt que ma grand-mère et moi partagions. J'adorais tout ce qui avait trait à la royauté, principalement les femmes abordant la couronne. Ma préférée était Anne Boleyn, une jeune fille qui, par sa ténacité sans faille, atteignit le trône en bouleversant le coeur d'un roi, la religion d'un pays et la vie de la précédente souveraine. Chassant l'épouse du roi et convainquant celui-ci de se nommer chef suprême de l'Église anglaise, elle put porter fièrement la couronne en l'échange d'une promesse. Elle donnerait un prince au roi. Ne pouvant respecter ses engagements, n'ayant enfanté qu'une pauvre princesse qui deviendrait plus tard la plus grande reine d'Angleterre, Anne fut exécutée pour laisser place à la nouvelle concubine du roi. Ces histoires me passionnaient. Plus que tout, j'aurais voulu être reine. Reine de n'importe quoi. Et j'étais prête à tout pour y arriver. J'avais su, avec patience et détermination, forger cette conviction : j'étais une reine.


Je dirigeais le lycée où j'étudiais avec une main de fer. Toutes les filles voulaient être mes amies, tous les garçons, mon petit ami; cette école était littéralement à mes pieds. Je m'efforçais tant bien que mal à transformer ma banale existence en une sublime histoire royale, et ce, chaque jour de ma misérable vie. Et j'en avais marre. Quelle reine atteignit le trône aussi facilement? Quelle reine possédait une cour aussi inintéressante? Quelle reine pouvait se vanter d'avoir toujours tout réussi sans un seul défi? Celle dont personne ne se souvenait. Je voulais un défi. Telle une reine, je désirais affronter l'adversité. Et puis, cette idée me frappa de plein fouet. J'allais être une grande reine, la plus grande jamais vue, une reine immortelle. C'est ainsi qu'avec une patience extrême et un zèle acharnés, j'eus réussi à convaincre ma grand-mère de m'envoyer dans un lycée public. Loin d'être mon milieu, je devrai me concentrer sur ma foi et trouver la force de régner sur cette populace tout comme bien des reines avant moi, qui traversaient le monde pour épouser un roi étranger et un peuple qui n'était pas le leur. Je n'avais que seize ans, mais tant de souveraines ont été assises sur le trône alors qu'elles savaient à peine marcher. Je me faisais déjà vieille! Mon entrée dans ce qui serait un jour mon royaume fut plutôt difficile. J'avais l'impression de me noyer dans un océan d'étrangers. Je pris une longue et profonde inspiration. Telle une reine, je me devais de franchir toutes les épreuves sans faiblir. Comment deviendrais-je la reine alors que je n'étais rien pour eux? Le mieux était ce que j'appellerais la technique « Anne Boleyn ». Trouver le garçon le plus influent de ce misérable lycée et le séduire. Devenir sa petite amie ferait de moi l'officielle reine. Il ne me resterait plus qu'à prouver ma place grâce à de banals évènements quotidiens. Rien de plus facile. Voilà comment je m'étais retrouvée dans une fête des plus glauques. J'étais là écoutant la musique d'une oreille pendant que je faisais semblant de m'intéresser à ce que mon passeport vers la royauté baragouinait. Probablement encore une de ses si inintéressantes histoires. Il avait beau être superbe et athlétique, rien ne m'attirait chez lui. Peut-être était-ce le fait qu'il n'avait pas de cerveau ou qu'il ne parlait que de sport?


Alors que j'avais l'impression que je perdais mon temps, il m'embrassa. Je compris que c'était maintenant à moi de jouer, et que ce soir, je deviendrais reine. J'étais là, étendue sur le plancher crasseux de cette minuscule salle de bain, écoutant une chanson totalement nulle pendant que mon cher courtisan faisait de moi sa reine. Pourquoi personne n'écoutait-il plus du Thomas Tallis ou du Mozart? Les grands compositeurs de la renaissance anglaise n'avaient-ils plus leur place dans notre société contemporaine? Pourquoi la monarchie avait-elle disparu? Si ce n'avait point été le cas, je ne serais pas là en train d'attendre que ce désagréable moment soit fini. À peine quelques secondes et me voilà lasse. Je voulais que cela cesse et que je sois couronnée. J'aurais relevé mon défi. Je serais une véritable reine. Je serais une digne souveraine. Je serais reine d'un lycée public. Reine d'un lycée public? Était-ce cela mon rêve? La grande destinée dont j'avais toujours rêvé? Manquerais-je d'ambition? J'avais quitté la royauté d'un lycée catholique où je menais une merveilleuse vie de princesse pour me retrouver dans une petite pièce sombre, perdant ma virginité dans l'espoir d'être sacrée reine d'une école publique. Me voilà tombée bien bas. Le refrain était terminé et l'acte aussi. Ma quête vers la royauté s'achevait. Je serais reine. Je ne devais pas penser que ce n'était qu'un lycée public sinon je fonderais en larmes. Rester forte malgré l'adversité, tel était mon devoir. Telle une reine... * La reine portait un prince. J'étais enceinte de cet abruti. Mon roi n'en était pas un. Les véritables rois auraient crié de joie en me voyant grosse. Celui-ci m'avait plutôt envoyé promener, me retirant mon titre, mon rêve, ma destinée. Comment avais-je pu tomber si bas? Je vivais dans la rue. Personne ne voulait d'une pauvre jeune fille enceinte. Je sombrais. Je m'étais toujours trompé. Je ne possédais pas la grâce ni la puissance. Jamais je n’avais possédé la douceur et encore moins la distinction requises. J'étais loin d'être aussi séduisante et intelligente que l'exigeait ma chimère. Il me manquerait toujours le courage et la fougue. Jamais je ne serais aussi glorieuse qu'une reine.


Jamais je ne serais une reine. Je n'étais qu'une pauvre fille absorbée par sa folle obsession. Je n'avais rien d'une souveraine. Je portais un bâtard. Un enfant sans père, sans roi. J'étais seule, perdue. Mon âme tout entière se déchirait, se fragmentait, se mourait. Je n'avais plus la force de combattre alors que j'allais bientôt accoucher et que je dormais sur les froids trottoirs en ces temps enneigés. J'avais failli à ma destinée. Ma grand-mère m'avait rejetée. Elle ne voulait point d'une traînée. Je lui faisais honte, elle ne voulait guère de moi dans son cercle fermé des hauts de la société. Je rejoindrais mes parents au Paradis. À moins que j'aille en Enfer. La neige tombait sur mes joues se joignant à mes larmes. Si seulement j'étais née à la cour. Si seulement j'étais née noble. Si seulement j'étais née il y a cinq cents ans. Si seulement j'avais été reine. Pourquoi avais-je eu cette idée! Cette stupide idée! Ce qui semblait être un éclair de génie était plutôt un très mauvais plan. J'étais stupide. Mes pensées s'assombrissaient. Ma chute était de plus en plus brutale. Ce que j'aurais donné pour avoir un billot accompagné d'un bourreau. Je me serais volontiers fait trancher la tête telle Anne Boleyn. Soudain, je levai mon regard. Que pouvait-il bien faire là? — Allez, viens avec moi! me dit-il comme s'il ne voyait pas que je portais un enfant et que je n'avais pas mangé de réels repas depuis des jours. Je le regardai fixement. Pour qui se prenait-il? Il m'avait abandonnée. Comment osait-il revenir ainsi? Sans même me donner une explication? — Non, répliquai-je sur un ton qui se voulait ferme. Il sourit. Là, il me reconnaissait. Je n'avais jamais été du genre à vouloir l'aide des autres.


— Pour une fois, oublie ton stupide orgueil, tu as faim. Je ne répondis pas tout de suite. Je n'étais pas sûre de vouloir tout pardonner comme ça. — Il a faim, précisa-t-il. Ah oui, le bébé! Le petit prince qui grandissait en moi et qui m'avait mené à cette infernale disgrâce. Qu'il meure de faim! Je m'en fichais complètement. Il avait détruit ma vie. Dire que ce tout petit être, fragile et innocent, avait pu gâcher, en sa seule présence, l'oeuvre de toute mon existence. — Pars, grognai-je après un instant. Il ne méritait point mon pardon. Ni lui, ni cet enfant qui, bientôt, viendrait au monde. — Allez, je sais que tu rêvais de cet instant depuis un long moment, ajouta-t-il. Il n'avait pas tort. Depuis si longtemps que je rêvais de le revoir. Je m'imaginais cette scène sans cesse, surtout depuis que je vivais dans cette triste rue. En y repensant bien, tout se déroulait exactement comme je l'avais prévu dans mon esprit. — Tu sais quoi dire si tu veux que je te pardonne tes erreurs. Murmurai-je soudainement. — Je m'excuse, Votre Majesté, annonça-t-il en faisant une révérence avant de pouffer de rire. Ces paroles rallumèrent mon coeur, qui semblait mort gelé. — Allez, il faut se dépêcher si l'on ne veut pas être en retard pour le souper! Mélissa me tuera si l'on arrive une seule minute en retard! — Comme ta femme me semble sympathique mon cher frère, répliquai-je en riant pour la première fois depuis une éternité. Mon grand frère prit ma main et la serra très fort, comme s'il voulait me faire comprendre qu'il ne désirait point que nous nous séparions de nouveau. Il nous avait quittés, ma grand-mère et


moi, il y a fort longtemps de cela, car il n'arrivait plus à s'entendre avec celle-ci. Il me manquait terriblement. J'avais enfin trouvé mon roi. Je fermai les yeux. Je savais quand il était temps de partir avec son sauveur et de tirer sa dernière révérence, car j'étais... Telle une reine.


CHAPITRE 10 : POUR LUI TENIR LA MAIN (Première Partie) La pluie tombait violemment sur le pare-brise de la voiture. Malgré les essuies-glaces qui s'activaient à leur tâche, la route était à peine visible. Cependant, cela ne nous arrêtait pas. Il était hors de question qu'on abandonne si facilement. La pluie, le vent ou la neige n'allait pas nous empêcher d'atteindre notre destination. Le son de Coldplay agrémentait notre aventure. Inquiet, je regardai par la vitre de la voiture. Il faisait tellement noir que je n'arrivais pas à distinguer ce qu'il y avait à moins d'un mètre. Je soupirai. Arriverions-nous à temps? Sarah, la conductrice, s'alluma une cigarette comme chaque fois qu'elle était nerveuse. Elle n'aimait pas conduire dans un temps comme celui-là, mais il le fallait pourtant. Elle expira un nuage de fumée. — Fumer, c'est mal. Ça va finir par te tuer! Lui dis-je comme à chaque fois que je la voyais savourer une cigarette. — Oh, ça va, râla-t-elle. Je souris puis nous nous replongeâmes dans notre mutisme. Nous n'avions pas envie de parler ni un, ni l'autre. La route s'annonçait très longue et on passerait surement la nuit avant d'avoir atteint notre destination. Même « Paradise » qui jouait en arrière-plan ne nous raviva pas. Le stress nous grugeait de l'intérieur. Et si on arrivait trop tard? Cette unique pensée tuait nos nerfs à petit feu. — Tu crois qu'elle va s'en sortir? Demandai-je. — Il le faut, souffla-t-elle. Je la vis commencer à se ronger les ongles. Sarah avait cette manie depuis des années, mais elle avait réussi à arrêter il y avait quelques mois. Le stress la faisait maintenant rechuter. — Ne t'inquiète pas, Sarah. On va y arriver, murmurai-je pour tenter de la rassurer. — Il le faut, répéta-t-elle en retenant visiblement ses pleurs.


Nous passâmes le reste du voyage en silence. Parler, c'était trop dur. Parler, c'était mettre des mots sur notre inquiétude. Parler, ça rendait toute cette histoire trop réelle. Le soleil se levait au loin lorsque nous arrivâmes enfin. Sarah gara la voiture et nous descendîmes le coeur battant. À la vue de l'immeuble, on savait qu'on était tout près. Nous montâmes les marches rapidement pour enfin apercevoir la porte du studio de Sésé. Nous cognâmes avec force. Il n'eut pas de réponse. Paniqués, nous entrâmes. Nous trouvâmes Sésé recroquevillée dans son lit pleurant toutes les larmes de son corps. — J'en ai marre d'être forte, pleura-t-elle. J'ai envie qu'on me tienne la main et qu'on me dise que tout ira bien. Pour une fois, j'ai envie d'être celle qui a besoin de se faire rassurer... — Ça tombe bien, c'est justement pour ça qu'on est ici, souffla Sarah en s'approchant d'elle. Sarah et moi lui prîmes la main. Tous les trois ensembles, nous pleurâmes. Nous voulions trouver la force d'affronter la vie et, à cet instant, nous avions l'impression d'enfin comprendre qui nous étions. Après un moment, Ophé arriva tout essoufflée et aussi paniquée que nous l'étions quelques instants plutôt. En nous voyant, elle sembla rassurée puis elle se jeta vers nous. — Allez, faut pas pleurer les gens. Je n’ai pas fait tout ce chemin pour vous voir larmoyer pendant des heures hein! Nous rîmes à sa remarque. Cette Ophé, c'était la plus unique de toutes. Son humour pouvait parfois paraître sec ou méchant, mais quand on apprenait à la connaître, on savait quel grand coeur elle avait. Tout comme nous, elle avait voyagé sur une centaine de kilomètres simplement pour venir tenir la main à Sésé. On savait que si elle n'aimait pas nous voir pleurer, c'était surtout parce qu'elle avait elle-même du mal à retenir ses larmes. Elle s'assit sur le lit à nos côtés et elle posa sa main sur le bras de Sésé. — Je suis si contente que vous soyez là, murmura notre amie en pleurs. Je ne sais pas ce que je ferais sans vous. — Tu mourrais, répondit Ophé en riant. — Pire même! Ajouta Sarah en souriant.


— Ne t’inquiète pas, nous serons toujours là pour toi. Peu importe la distance, le temps ou les évènements. Nous serons là, quoi qu'il arrive, soufflai-je. Sésé approuva de la tête. Ensemble, nous étions plus fort. Ensemble, nous étions invincibles. Ensemble, nous pourrions vaincre tout ce que le destin mettrait sur notre chemin. C'était ainsi que tout commença : nous quatre pleurant dans le lit de Sésé, essayant tant bien que mal de la rassurer. Aussi fou que cela puisse paraître, cet instant avait changé nos vies. À partir de cet instant, nous étions plus que des amis... Nous étions une famille. C'était ainsi que tout débuta. C'était le départ d'une grande histoire. De notre histoire.


CHAPITRE 11 : LA NUIT DES INSOMNIAQUES (Deuxième partie) Je fixais le plafond tout en songeant à cette journée. J'étais épuisé, mais pourtant, je n'arrivais pas à trouver le sommeil. Je fermai les yeux en espérant que je trouverais le chemin pour le pays des rêves. C'était peine perdue. — T'n’arrives pas à dormir, hein? Chuchota Sarah pour ne pas réveiller les autres. — Non, je n’arrive pas à fermer l'oeil. — Pareil pour moi. Elle se leva et elle vint s'installer à côté de moi. — J'ai l'impression que cette journée est irréelle. — Pour moi aussi, ajoutai-je. J'ai l'impression d'être dans un rêve. Comme si tout ce qu'on a vécu aujourd'hui était trop intense pour être vrai. Elle s'alluma une cigarette. En voyant mon expression de découragement, elle soupira : — Non, mais laisse-moi. Il faut bien mourir de quelque chose! Je ne répondis rien. Je n'avais pas envie qu'on se dispute ce soir. — Fermez vos gueules et laissez-moi dormir, râla Ophé couché un peu plus loin. — Arrête, répliqua Sarah. Ne me dis pas que t'arrives à dormir. — Non, soupira-t-elle. J'ai peur de ne pas me réveiller. Je lui fis signe de nous rejoindre. Elle s'installa avec et nous discutâmes un instant. Sésé arriva alors avec quatre tasses de café. C'était exactement ce qu'ils nous fallaient.


— Je voulais vous remercier d'être là. Sérieusement, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans vous à mes côtés aujourd'hui. J'ai... Elle étouffa un sanglot. Ophé posa sa main sur son épaule. — Chut... On sera toujours là, tu le sais ça? Elle hocha la tête. — Merci, souffla-t-elle. Par ce simple mot, nous comprîmes tout. Ce simple mot, c'était toute l'émotion qui nous emplissait depuis des jours. Ce simple mot était rempli d'une profondeur que seuls nous pouvions comprendre. Ce simple mot nous toucha énormément. C'était la preuve que nous n'avions pas tout fait cela pour rien. Ensemble, nous restâmes éveillés toute la nuit. Dans quelques heures, nous devrions affronter une nouvelle épreuve. Sauf qu'ensemble, nous étions prêts à la surmonter la tête haute. Parce qu'ensemble, nous étions invincibles. * Nous avançâmes d'un pas lent. À chaque pas, notre coeur se serrait. Nous partagions la douleur de Sésé. Pour elle, nous étions tous venus ici. La jeune femme prit une profonde inspiration puis nous arrivâmes. Lorsqu'enfin nous posâmes notre regard sur la pierre tombale, nous sentir notre coeur faire un bond. C'était soudainement très douloureux. Nous prîmes la main de Sésé. Une larme coula sur sa joue. — Ne pleure pas, Darling, murmura Sarah. — Tu veux qu'on te laisse seule un moment? Demanda Ophé


Sésé fixait la tombe. Elle semblait bouleverser. La voir ainsi briser par le chagrin me troubla. J'avais cette image de Sésé; la femme forte, indépendante et déterminée que rien n'arrêtait jamais... Sauf que là, elle avait l'air tellement fragile. Cela prouvait qu'on avait tous une faiblesse. — Ne m'abandonnez pas, nous supplia-t-elle en retenant avec mal ses pleurs. Je serrai sa main très fort. — Nous sommes là et nous ne partirons pas, lui dis-je. Elle approuva de la tête. Elle savait que nous n'étions pas du genre à abandonner facilement. Nous passâmes un moment à regarder cette pierre tombale. Elle signifiait tellement Sésé. Il fallait être fort pour elle... — Merci, murmura-t-elle encore. Merci d'être ma famille. Nous ne répondîmes rien. Nous comprenions exactement ce qu'elle voulait dire. Je regardai Sarah, puis Ophé. Juste en nous regardant, nous vîmes que nous partagions la même opinion. Nous étions là et il était hors de question de partir. Parce qu'on était une famille et on avait besoin d'être ensemble.


CHAPITRE 12 : OPHÉLY, LA DERNIÈRE DANSE (Troisième Partie) Je m'étais levé avant tout les autres. Je m'étais installée dans la cuisine et j'avais préparé mon café avant de le déguster tranquille. Je m'allumai un cigarette et je profitai de change bouffée. C'était impossible pour moi de commencer ma journée sans ces deux éléments. J'ouvris un journal qui traînait sur la table et je lus les grands titre en relaxant. Depuis notre retour du cimetière, l'atmosphère était différente. On se comprenait mieux. On était plus proche que jamais. On était une famille. Sarah et Max avait choisit de rester avec Sésé. Ils avaient besoin d'un nouveau départ et cet endroit était le meilleur moyen de le faire. Au fond de moi, je savais que j'en avais besoin aussi... Sauf que mon passé me retenait en arrière. Je songeais encore à la façon dont j'avais quitté ma petite ville pour rejoindre Paris de toute urgence. Derrière moi, j'avais laissé mon petit ami et je n'osais le rappeler. J'avais peur de le confronter. Je regardai mon téléphone. Huit appels manqués. Il pensait toujours à moi. J'hésitai un instant à le rappeler toute suite et a lui dire tout ce que j'avais sur le coeur... mais ce fut le moment que Sésé choisit pour se lever. -Salut toi, lançai-je, contente que quelqu'un dérange ma nostalgie. Je détestais être nostalgique. -Salut, tu es matinale, constata-t-elle -J'ai encore du mal à dormir... Je jettai un regard à mon téléphone. Il se mit à vibrer. Sur l'écran, « Mon chéri » s'afficha. Mon coeur battit plus vite. Sésé vit le nom et elle me jetta un regard. Elle posa sa main sur la mienne. -Merci Ophé d'être venu. Je ne sais pas si sans toi j'aurais pu surmonter ça... La mort de mon meilleur ami a été si terrible... -Ne t'inquiète pas, j'aurais traverser l'océan à la nage pour venir te réconforter!


-Ophé, rentre chez toi. Ton coeur est ailleurs. -Mon coeur est ici, protestai-je. -Comme tu veux, souffla-t-elle. Je la regardai dans les yeux. -Toi, tu vas bien ? -Arrêtez de vous inquiètez pour moi ! Je vais très bien ! Elle sourit mais je vis qu'elle n'allait pas aussi bien qu'elle le prétendait. Je n'ajoutai rien. Sésé était une personne forte... Avouer sa défaite, ce n'était pas son genre. Elle ne pouvait rien faire pour la mort de son meilleur ami, sinon endurer le chagrin. Je sentais que ça la brisait de l'intérieur mais elle ne le laissait que très peu parraître. Max entra alors dans la pièce, plus enjoué que jamais. -Devinez où l'on va ce soir ? -Dans un bar. Pitié, dis un bar, priai-je. -Je vous annonce que ce soir, vous allez allez au premier bal de votre vie ! -Oh merde, t'es sérieux là ? Rouspetai-je -Ouais, faut bien remonté le moral de Sésé. Je crois que c'est un super moyen. Les bals, c'est toujours de bons moments. Je soupirai. Je n'avais pas vraiment envie d'y aller. L'idée de devoir enfilée une robe et me faire belle ne m'attirait pas présentement. Je serais bien rester à la maison pour me morfondre un peu, mais bon, ce n'était pas mon genre. -Ça peux être bien, dit Sésé, éternelle optimiste.


-Allez debout Sarah ! On a des robes a achetés et des coiffures à se faire. On risque d'y passé la journée ! Alors debout ! Hurlai-je à l'intention de notre amie toujours couchée dans la chambre. * Le bal. C'était le dernier endroit sur Terre où je voulais me trouver présentement. Le genre d'endroit qui nous fait croire que les contes de fée existe. Non mais quand même ! Comme si on étais assez débile pour croire à ses conneries. Sésé, Sarah et Max semblaient bien s'amuser tandis que moi, je restais dans mon coin à les maudir de m'avoir traîner ici. Je me sentais seule tout à coup... J'avais envie de le voir. Je voulais mon chéri à mes côtés. C'est le moment qu'il choisit pour entrer dans la salle. Je l'aurais reconnu entre mille. Cet homme, c'était mon homme. Il s'avança jusqu'à moi et il me tendit sa main pour m'offrir une danse. À cet instant, je commençai à croire que les contes de fées n'étaient pas autant de la merde que je le pensais. -Tu n'as pas donné de nouvelles depuis presque deux semaines, lâcha-t-il alors que nous débutions notre danse. -Je ne te dois rien, répliquai-je. Je vais où je veux, tu le sais bien. Il n'ajouta rien sur le moment. Il sembla chercher ses mots. -Tu as l'intention de rester longtemps avec ces gens? -Ces gens sont ma famille, dis-je sèchement. -Ça ne répond pas à ma queston. -Je dois rester, répondis-je. Ils ont besoin de moi. Il sourit. Je détestais son petit sourire. Ça lui donnait un air hypocrite. -Ce ne serait pas plutôt le contraire ? Toi, tu as besoin d'eux.


-Je n'ai besoin de personne. Il continua a dansé avec moi un moment avant d'ajouter : -J'ai toujours su que rien ne te retenait avec moi. Que tu avais des rêves trop grand pour les miens. Cependant, je ne peux pas vivre ainsi. Je ne peux plus supporter de te voir partir et revenir comme bon te semble. Je t'aime Ophély. Il te faut choisir... C'est moi ou c'est eux. Je fermai les yeux. Les larmes montèrent directement à mes yeux. Je redoutais cet instant depuis des mois. Dans toute mes aventures, il était la constante qui me faisait toujours rentré. C'était l'ancre qui me retenait au port... C'était l'amour de ma vie ! Mais je savais que ce n'était pas ce que je voulais ni ce qu'il voulait. On se faisait mal à tous les deux à force de croire que notre relation était possible. Nous étions fondamentalement trop différent pour qu'on est un avenir. Je profitai de cette danse, sachant que c'était la dernière que nous partagerions. C'était peutêtre même la dernière fois que je le voyais. Ce soir, je devais le quitter. Je devais couper la corde qui me retenait. Je rouvris le yeux et je les plonger dans les siens. -Je t'aime, soufflai-je. Sauf que... -Chut, ne dis rien. Je comprends. Il se pencha vers moi et il m'embrassa. C'était notre dernier baiser. Le tout dernier. Sur ce, il s'écarta et sans un mot de plus, il quitta la salle. Mon coeur se brisa. J'avais l'impression qu'un taurau déchaîné venait de le piétiné. Les genoux me refléchirent et les larmes coulèrent sur mes joues. Mes amis accoururent à toute vitesse vers moi. Ils prirent ma main et ils m'aidèrent à me relever. -Il est... Il est parti, bafouillai-je en pleurs.


Nous sortîmes du bal et nous regagnâmes l'appartement. Les filles me sortirent de ma robe et elles me couchèrent. Je pleurais encore. Le perdre, c'était nécessaire à ma survie à long terme, mais là, à cet instant précis, j'avais tellement mal. Pour la première fois depuis un éternité, je m'annonçai vaincu. Jamais je n'aurais crut que le perdre aurait fait si mal. Alors que j'essayais de calmer mes sanglots, Max entra dans la chambre. Il vint s'asseoir sur le lit et il prit ma main. -Tu sais, Ophé, perdre quelqu'un qu'on aime c'est douloureux. Sauf que cette fois, ce fut ta décision. Tu as choisi de le laisser partir. Rien ne t'empêchais de le retenir, mais tu ne l'as pas fait! Parce qu'au fond de toi, tu sais qu'il sera plus heureux sans toi... et toi aussi, tu seras mieux sans lui. Ophé, tu as le monde à découvrir et des millions de chose à voir. Tu n'arriveras jamais à être heureuse si tu sais que tu le laisse toujours derrière toi. En mettant fin à cet amour, vous vous offrez tous deux une vie meilleure... Tous ce qu'il disait me parraissait totalement con et sans logique à cet instant, mais lorsque l'émotion passa, je compris à quel point il avait raison. J'aimais mon petit ami de tout mon coeur mais je n'aurais jamais été heureuse si j'oubliais ma passion. Je voulais voir le monde. C'était mon rêve, pas le sien. Je devais respecter cela. -Ophé, je sais que tu es une personne incroyablement forte. Tu peux surmonter cela. Tu peux le faire, d'accord ? Je souris. -Merci, soufflai-je. Merci d'être là. Il n'ajouta plus rien. Puis, dans le silence, je finis par m'endormir et oublier peu à peu, toute la douleur qui m'avait submergé quelques heures plutôt. Parce que j'étais assez forte pour ça. Parce que j'étais quelqu'un d'incroyable. Parce que j'étais Ophély.


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