SANGATTE, FUTURE ATLANTIDE ? DES ÉVOLUTIONS CLIMATIQUES, À LA CONQUÊTE DES FUTURS PAYSAGES DE L’INCERTITUDE LA FICTION COMME OUTIL DE PROJET DE PAYSAGE
JUSTINE ADAM DIPLÔME DE PAYSAGE 2017 ENSAP LILLE 1
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«Il peut arriver que de petites différences dans les conditions initiales en engendrent de très grandes dans les phénomènes finaux»
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SOMMAIRE SOMMAIRE 3 PRÉFACE 4-5 DE GRANDS MERCI 6-7
1 2 3
DE CERTITUDES EN INCERTITUDES 8-23 -
LES ÉVOLUTIONS CLIMATIQUES : UNE CERTITUDE LES INCERTITUDES FACE AUX CONSÉQUENCES L’INCERTITUDE FACE À LA CERTITUDE DES CLIMATOSCÉPTIQUES LES TERRITOIRES À RISQUES : ENTRE CERTITUDES ET INCERTITUDES L’INÉFFICACITÉ SUR LE LONG TERME DES DISPOSITIFS MIS EN PLACE
10-11 12-14 15 16-19 20-23
HABITER LE POLDER 24-35 - LE DELTA DE L’AA : CE MARAIS ASSÉCHÉ 26-29 - DES PAYSAGES DESSINÉ PAR L’EAU 30-31 - L’INÉFFICACITÉ SUR LE LONG TERME DES DISPOSITIFS MIS EN PLACE : ÉTAT DES LIEUX DES PROTECTIONS 32-35
SANGATTE : VILLE PRISE ENTRE LES EAUX
36-53
- VILLE EN PIED DE COTEAUX 40-41 - UNE VILLE FIGÉE 42-43 - CONSTRUITE SUR UN MARAIS 44-47 - SANGATTE : FUTURE ANTLANTIDE ? 48-51
4
- VIVRE LES ALÉAS AU QUOTIDIEN 52-55
VIVRE AVEC L’INCERTITURE : LA FICTION COMME OUTIL DE PROJET DE PAYSAGE
58-65
- LE PAYSAGISTE COMME SCÉNARISTE 60-61 - DES SCÉNARIOS AUX DIFFÉRENTS TERMES 62-69 - LA FUITE : L’ABANDON 62-63 - LA RÉSILIENCE : LA VIE SUR L’EAU 64-65 - LA LUTTE : LA RÉSISTANCE 66-67 - AUCUNE ANTICIPATION 68-69
5
CONSTATS / ENJEUX 70-75 INTENTIONS 76-89 L’EAU : UN ATOÛT TERRITORIAL : VIVRE L’INHABITUEL 76-83 D’UN MARAIS VERS UNE HALTE NAUTIQUE 84-89
- TEMPS 1 : LE MARAIS D’EAU DOUCE - TEMPS 2 : LE MARAIS D’EAU SAUMÂTRE : L’ALGOCULTURE - TEMPS 3 : LA HALTE NAUTIQUE DE L’ESTUAIRE DE SANGATTE
84-85 86-87 88-89
POSTFACE 90-91 GLOSSAIRE 92-93 BIBLIOGRAPHIE 94-95 ANNEXES 96-103 5
PRÉFACE
LES PIEDS AU SEC... Daesung Lee - Mise en scène - 2011
... LES PIEDS DANS L'EAU Gideon Mendel - Reportage - 2007
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«Il n’est guère nécessaire de remonter au Déluge pour constater l’ambiguïté que les sociétés urbaines entretiennent avec l’eau : dans un sens, elles la ressentent comme un danger dont il leur faut se prémunir en dressant des barrières toujours plus hautes; de l’autre, elles éprouvent une inaltérable attraction pour sa proximité. L’aménagement urbain contemporain garde les traces de cette dualité. Tout en valorisant leur fascination pour les bords de mer et les berges de fleuves, les métropoles occidentales tendent vers le mythe du risque zéro en faisant une confiance aveugle à leurs technologies, contrairement aux sociétés traditionnelles qui mettent en oeuvre des stratégies plus adaptatives pour vivre avec l’eau.» Gascon Emilie et Terrin Jean-Jacques, Paysages urbains (parisiens) et risques climatiques, éditions Archibooks + Sautereau éditeur, 2016, p57
Sauf indication contraire, tous les documents présentés ici
(photographies, cartes, schémas, plans, etc) sont de l’auteur.
De la même façon, tous les plans sont orientés au nord, sauf précision
7
MEMBRES DU JURY Yves Hubert :
Paysagiste abajp, urbaniste, chef de projet à l’agence JNC international
Enseignant à l’ENSAP Lille Jérôme Saint-Chely : Paysagiste DPLG, paysagiste au Service du Paysage et de l’Aménagement, à la ville de Paris
Vincent Tricaud :
Paysagiste DPLG Urbaniste DESS,
Paysagiste-Conseil de la DDTM du Nord
Philippe Convercey : Paysagiste DPLG,
Enseignant à la Haute École du Paysage de Genève
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DE GRANDS MERCIS Ce rapport de présentation est la première partie d’un travail de 6 mois de recherches, d’études et de questionnements, qui ont été enrichis par de nombreuses personnes.
Je tiens à remercier Michel Boulcourt et Yves Hubert qui m’ont encadré cette
année. AInsi que les professeurs et intervenants, qui ont fait avancer la réflexion, lors de présentations ou de séminaires, Annie Tardivon, Vincent Bénard, Jérôme Saint-Chely et Anne Gaillard.
Je pense à beaucoup de personnes qui au court de l’année m’ont soutenu de
diverses manières, comme le prof de yoga qui a détendu mon dos ou bien mes amis de l’école qui m’ont permis de prendre l’air. Un merci particulier à Marie
qui m’a acceuilli chez elle les bras ouverts lorsque je n’arrivais plus à écrire ce rapport de présentation et à Fred et Axl pour leurs regards critiques.
Et biensur, à mes amis de longues dates qui m’ont permis de décomprésser en
m’emmenant voir des concerts et avec qui j’ai pu avoir des discussions sans les mots «mémoire», «projet» et «charette».
J’ai une pensée pour ma coloc Lili, avec qui j’ai partagé deux années consécutives la joie d’écrire deux rapports de recherches.
Je tiens à remercier également Chantal, ma tante, qui, une fois de plus a pris le temps de me relire.
Je remercie également les personnes avec qui j’ai pu parler de mon sujet,
Mireille Guignard, urbaniste à la ville de Paris, chargée de la Direction Générale de l’Aménagement du Logement et de la Nature et membre du Puca.
Et Pascal Dubus, 8ème adjoint de la ville de Sangatte, chargé de gestion des espaces naturels sensibles ainsi que de l’aménagement du littoral face aux risques.
Et merci à vous, membre du jury de prendre le temps de me lire.
9
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1
De certitudes en incertitudes
11
SYNTHÈSE DU DERNIER RAPPORT DU GIEC LA MONTÉE DES EAUX
LA FONTE DES GLACES
LA HAUSSE DES TEMPÉRATURES
Chiffres et schémas du dernier rapport du GIEC 12
LES ÉVOLUTIONS CLIMATIQUES : UNE CERTITUDE Les évolutions du climat sont depuis quelques années de plus en plus médiatisées
et commencent ainsi à toucher la population de masse, les médias s’intéressent
tout particulièrement aux catastrophes qui sont liées à ces évolutions, des films et
des documentaires réalisés sur le sujet sont en première page sur le net, une série à succès qui parle de la montée des eaux aux Pays- Bas a touché des millions
de téléspectateurs, des conférences animées par des spécialistes abordent également ce sujet sociétal et écologique et permettent ainsi de sensibiliser les populations à l’aide de différents moyens de communication.
Les changements climatiques sont à ce jour inévitables, même si des réfractaires
climatosceptiques crient au complot, les différents rapports du GIEC1 sont très clairs : les chiffres de l’évolution climatique sont alarmants et les modifications
semblent avoir déjà commencé et impactent dès à présent certains territoires dont les caractéristiques les rendent plus influençables à l’évolution du climat.
«La conclusion est très claire : les activités humaines, notamment l’usage des énergies fossiles, a conduit à une hausse exceptionnelle de la concentration
des gaz à effet de serre transformant le climat à un rythme jamais vu par le passé»2
Les températures ont commencé à augmenter, les dérèglements climatiques tels
que les tempêtes, les ouragans et les tsunamis, sont de plus en plus rapprochés et violents, certains territoires subissent des inondations et d’autres la sècheresse.
Le dernier rapport du GIEC annonce qu’il y a eu en 2016 une augmentation des
températures moyennes de 1,5 degré; nous avons ainsi atteint cette année les
températures qui étaient normalement prévues pour 2050; L’augmentation est telle que les chiffres pronostiqués des impacts sont de plus en plus alarmants : la
calotte glacière fond de plus en plus vite, sa fonte intégrale est d’ailleurs envisagée
dans la plupart des scénarios et une personne sur dix dans le monde vit sur un territoire qui a de forts risques d’être inondé d’ici les prochaines décennies.
Les paysages et les territoires vont être modifiés, et notre manière de vivre devra elle aussi évoluer afin que nous puissions nous adapter à ces modifications.
Cette situation inéluctable a des répercussions directes et dramatiques majoritairement sur les territoires maritimes, car la montée des eaux des rivières
et des mers constitue, avec la hausse des températures, les conséquences les 1 2
Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat http://leclimatchange.fr/les-elements-scientifiques/
13
jusqu’où ira l’eau ?
HYPOTHÈSE 1 : UNE HAUSSE MINIME Une hausse minime qui n’amenerait
pas de grands travaux, le quotidien
actuel suiverait son cours, tout en acceptant la présence de l’eau
lors de tempètes ou de fortes précipitations.
EASY ! JUSTE UN BON PANTALON DE PLUIE Petite inondation à Paris
HYPOTHÈSE 2 : UNE HAUSSE GÉNANTE Une hausse qui obligerait les
populations à changer de territoires ou bien à vivre dans des habitâts résilients.
Des
modifications
et des déplacements seraient nécessaires pour la sécurité et le
Auteurs des images inconnus, trouvées sur Google image
bien-être des riverains.
HUM, JE VAIS PAS TROP TROP SORTIR CE SOIR LES GARS L’aqua alta à Venise
HYPOTHÈSE 3 : UNE HAUSSE CONTRAIGNANTE Une hausse qui obligerait à revoir totalement
l’urbanisme
actuel,
une toute autre manière de vivre est nécessaire ou bien
des
protections gigantesques doivent
être mises en place pour sécuriser les territoires.
LA PAR CONTRE C'EST VRAIMENT EMMERDANT... Photomontage de New-York sous des mètres d’eau
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plus dangereuses des changements climatiques car ce sont les évolutions qui toucheront le plus de personnes et qui auront le plus d’impact sur les paysages.
Le phénomène de la montée des eaux est en partie dû à la fonte des glaces, mais les aléas qui marquent à ce jour les mémoires humaines sont dus aux perturbations des courants, créant ainsi de plus en plus de tempêtes dont les houles ont été
particulièrement désastreuses ces dernières années. Ces évolutions vont prendre davantage d’importance avec les années et mettront ainsi en danger de nombreuses
populations. Le cycle de l’eau est en train de se modifier et va entièrement être bouleversé. Dans un proche avenir auront lieu des inondations répétitives qui deviendront le quotidien de la majorité des populations. Des territoires vont être plus ou moins directement touchés, leurs gouvernements devront donc agir rapidement
face à ces évolutions pour ne pas mettre leurs concitoyens dans une situation délicate.
L’INCERTITUDE FACE AUX CONSÉQUENCES Les évolutions climatiques sont donc une certitude car elles sont déjà en route, l’impact sur les paysages mondiaux est certain, néanmoins, la seule incertitude liée à ce phénomène concerne le degré de cet impact.
« Nous : la population mondiale, ne sommes capables ni de présager qui court un risque, ni quel sera ce risque : c’est ce qui nous rend tous vulnérables. Cependant, les changements face auxquels nous serons tous vulnérables
n’ont pas encore atteint le niveau local : il est donc encore possible, de faire évoluer nos sociétés afin d’améliorer notre résilience. Même si nous sommes en majeure partie responsables de ces changements, nous avons également les moyens de nous adapter, en admettant comme préliminaire
notre vulnérabilité. C’est bien cette incertitude qui empêche la majeure partie des élus locaux et des politiques plus générales à prendre des dispositions durables face à cette menace inévitable. »3
Effectivement à ce jour personne ne peut dire quelles répercussions précises
auront les évolutions climatiques sur les territoires, aucune étude à ce jour n’est capable d’anticiper précisement les risques réels que vont subir les populations
mondiales. Il est avéré que les changements climatiques sont en route et ils vont avoir des impacts, parfois violents sur les territoires, mais leurs degrés de violence et de répétition restent eux incertains.
3 Gonda Louise, « Alexandre Magnan, Changement climatique : tous vulnérables ? », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2013, mis en ligne le 16 janvier 2013, consulté le 13 février 2017. URL : http://lectures.revues.org/10388 15
Nous savons que le niveau de la mer va augmenter, mais nous ignorons de
combien, la hausse des températures est en marche, mais nous ne savons pas quand ce phénomène se stopera. L’incertitude concernant ces évolutions rend l’importance de leur impact impossible à chiffrer et empêche ainsi d’anticiper les risques qui en découleront.
Pour Peter Clark, paléoclimatologue à l’université d’Etat de l’Oregon et co-auteur d’une étude sur le sujet :
«le taux de CO2 continue à augmenter, nous entrons en terre inconnue.
Nous ignorons notamment le temps qu’il faudra pour parvenir à une telle
hausse du niveau de la mer. Cela pourrait prendre plusieurs siècles à quelques millénaires avant que nous voyions l’impact total de la fonte de la calotte glaciaire».4
Cette incertitude soulève la question du degré de protection qu’il faut donc mettre en place pour sécuriser les populations qui seraient potentiellement touchées. La
marge des possibles est vaste, la hausse des températures et des eaux est alors difficile à calibrer.
L’appréhension territoriale est donc, elle, très complexe à mettre en place,
effectivement, jusqu’où les interventions devraient-elles aller pour éviter que les populations se retrouvent les pieds dans l’eau?
Faut-il bâtir un mur que l’on augmentera année après année?
Ou bien déménager toutes les populations et les activités afin de reconstruire une ville un peu plus haut?
Cette notion d’incertitude est essentielle dans cette réflexion, pour réussir une projection efficace et ne pas tomber dans une radicalisation des protections spatiales.
4 Etude menée avec Andréa Dutto pour la conférence «Notre avenir commun face au changement climatique» du 10 juillet 2015. Propos recueillis sur http://www.journaldelenvironnement.net/article/montee-de-la-mer-au-minimum-6metres,60330
16
LA CERTITUDE DES CLIMATOSCÉPTIQUES L’incertitude sur les projections face aux évolutions climatiques crée une prise de position sociétale et surtout politique très diverse sur le sujet. Les dernières élections présidentielles mettent parfois sur le devant de la scène des personnalités
qui sont persuadées que les changements climatiques que nous vivons sont tout à fait normaux, que les températures et les aléas marins suivent une tendance qui devait avoir lieu aujourd’hui.
Ainsi ces personnalités aux pouvoirs décisionnaires ne souhaitent prendre aucune mesure ou très peu concernant cette problématique mondiale. Cela développe
actuellement une période d’inertie ou il semblerait que selon les pays et les présidents, la projection de la hausse des océans soient plus ou moins hautes,
créant ainsi des initiatives très diversifiées où la mer, du coup semblerait avoir diverses hauteurs5 au regard des différents moyens mis en oeuvre actuellement.
Les politiques de protections restent léthargiques selon les pays, mettant ainsi en danger les populations. 5
Se référer à l’article en annexe de Jean-Michel Roux, La mer en pente, nouveau drame du réchauffement climatique
Katsushika Hokusai - La grande vague de Kanagawa - 1829 - 1832
17
pourquoi on risque d’avoir les pieds dans l’eau?
SET UP
HAUSSE DU NIVEAU DE LA MER
REMONTÉE DES NAPPES PHRÉATIQUES
RUISSELLEMENT
SORTIE DE LIT DES COURS D’EAU
18
LES RISQUES ENCOURUS Différentes sources de risques existent elles viennent à la fois de la mer et de l’arrière pays, en voici quelques unes de développées :
1. LES CRUES L’origine des crues est naturelle, «son écoulement rapide résulte de paroxysmes
pluviaux de forte intensité, de précipitations pluvieuses remarquables par leur durée et leur extension spatiale ou de phénomènes d’embâcles, de débâcles et de la fonte des neiges. Ces paroxysmes pluviaux de forte intensité
apparaissent comme la cause principale des crues. Les quantités d’eau qui s’abattent à la surfcae du sol peuvent parfois atteindre des hauteurs de l’ordre
de 100 à 200 mm en quelques heures, sur des surfaces habituellement très réduites, de 50 à 200 km2»6
2. SURCOTES ET MARÉES DE TEMPÊTE Elles engendrent des inondations marines de façon rare mais significative, parce
que touchant généralement des espaces littoraux fortement anthropisés en passant par dessus les protections. La surcote est déterminée par la conjonction d’une tempête accompagnée de vents violents et d’une dépression atmosphérique
très creusée qui favorise temporairement une élevation du niveau de la mer. «Une
diminution de pression de 1hPa se traduit en effet par une élévation du niveau marin de 1 cm, et inversement.» 7
3. REMONTÉE DES NAPPES PHRÉATIQUES L’augmentation des pluies et du niveau de la mer va saturer par à-coup les nappes
phréatiques, occasionnellement lorsqu’elles seront pleine, le phénomène de remontée de nappes se produit, ce qui se caractérise par la remonté à l’air libre
d’une partie des eaux qui remplissent ces nappes, créant ainsi des inondations à partir des sous-sols.
6 D’après les études de l’ouvrage LAGANIER Richard et SCARWELL Helga-Jane, Risque d’inondation et aménagement durable des territoires, Presses Universitaires du Septentrion, 2004, p28-29 7 Ibidem, p32
19
mer +bassin versant
Augmentation de 1 degrĂŠ : 1m de hausse du niveau de la mer
Augmentation de 2 degrĂŠs : 3m de hausse du niveau de la mer 20
4. DISFONCTIONNEMENT DES POMPES Certains territoires qui sont sujets aux inondations, les paysages de polder, voient leur eaux s’évacuer de leur territoire humide par un système de gestion des eaux
mécanique. En cas de panne de ces installations les eaux ne peuvent plus être évacuées, alors les eaux s’étallent et ruissellent en inondant les territoires traversés ou ceux en point bas.
L’étude considère en outre que plusieurs phénomènes peuvent se produire
simultanément ou pas. Il est toutefois à retenir que le franchissement apporte
des volumes d’eau négligeables en comparaison des volumes apportés par le débordement ou la rupture de digue.
Il semble alors y avoir différentes urgences de gestions à privilégier. Les eaux venant des bassins versants, donc celles qui causent les débordements et les
ruissellements semblent demander davantage de gestion à court terme que celles des franchissements causés par les aléas marins car elles seront plus régulières.
Néanmoins une gestion à long terme est nécessaire si éviter des inondations est la priorité en vue des changements climatiques. D’autant que si plusieurs événements
se produisent simultanément, le territoire sera face à une masse d’eau bien trop
conséquente pour être gérée par les réseaux techniques mis en place à cet effet. L’eau submergera le territoire en le pénétrant par différentes voies, rendant alors la gestion de ces aléas très complexe.
L’addition de ces phénomènes et l’augmentation de leurs puissances ou de leur
fréquences amène un réel danger pour les populations qui occupent ces territoires. Les chiffres sont exhaustifs : des centaines de personnes sont mortes ces dernières
années à cause des inondations dûes aux crues ou aux surcotes lors de tempêtes.
21
QUELQUES TERRITOIRES À LA PRISE DE RISQUES ÉVIDENTES Bais d’Authie - Philippe Frutier
polder Les territoires en situation de polder sont particulièrement vulnérables face à la montée des eaux car la plus part de leur territoire se retrouve en dessous du niveau de la mer, créant ainsi d’inonbrables espaces d’eaux.
Estuaire d’Arcachon - Michel Le Collen
estuaire Les estuaires, ces pénétrations des eaux sur les territoires urbanisés, risquent à tout moment d’atteindre les habitations et de les submerger au moindre aléas maritime. La mer part cette fissure de terre reprend complétement le dessus sur les terres colonisées.
22
LES TERRITOIRES À RISQUES : ENTRE CERTITUDES ET INCERTITUDES Des pays et des villes vont certainement disparaître sous les eaux, ce sera probablement le cas des Philippines, des Pays-Bas, de l’Indonésie. Certaines
métropoles comme New-York et Paris vont subir de fortes crues. Cela entraînera inévitablement des migrations de populations. De nouvelles vagues migratoires vont alors s’additionner à celles des migrations politiques et économiques
actuelles, les déplacements de populations deviendront de plus en plus importants et de plus en plus complexes à gérer. Les changements climatiques vont avoir une
forte incidence sur ces populations en les mettant dans une situation de grande précarité. La complexité de cette problématique est que le nombre d’habitants sur
la planète ne fait qu’augmenter alors que les territoires mondiaux occupés risquent de diminuer.
L’incertitude concernant le nombre de territoires qui risquent de se retrouver sous l’eau empêche toute prise en charge de ses populations afin de créer une transition
appropriée et saine. Il s’avère évident que les territoires côtiers et les villes situées à proximité des eaux fluviales vont être touchés plus facilement, certains subissent
d’ailleurs dès à présent les impacts, ils sont, et seront encore les premiers touchés. Néanmoins certains de ces territoires où l’eau est déjà présente sont tout de même davantage prédisposés que d’autres à être d’ici peu de temps submergés par les
eaux car ils ne craignent pas seulement la hausse du niveau des mers et les crues. Une vigilance toute particulière est apportée au littoral. Parmi les conséquences
attendues par les scientifiques du changement climatique, l’élévation du niveau
moyen des océans et les tempêtes (plus fréquentes et plus violentes) seront
probablement des facteurs aggravant des risques littoraux de submersion marine et d’érosion littorale.
Toute zone dont l’altitude est inférieure au niveau de la mer, que l’on nomme polder8, est alors considérée comme submersible. Cette simple approche topographique ne permet cependant pas de prendre en compte le comportement dynamique de
la submersion et n’intègre pas certains phénomènes, comme le franchissement d’ouvrages par les vagues.
Le calcul de l’aléa de submersion marine, tenant compte des effets de la houle est par conséquent mené pour chaque zone identifiée comme potentiellement 8
se réferer au glossaire
23
Plages Normande et de la Côte d’Opale
côte sableuse Le principal danger d’avoir construit des habitations sur une côte sableuse est que la topographie n’est pas réellement présente pour les protéger de la submersion avec la hausse du niveau de la mer, et si dans le cas de la présence d’une dune, elles ne sont pas assez stables pour contrer les phénomènes ponctuels météorologiques qui sont désormais également climatiques.
Plage du Touquet
érosion Le phénomène de l’érosion est un réel danger, effectivement il touche une grande partie des côtes du monde entier, la mer, par le transport de sédiment, et leur impact sur ces côtes, grignotte centimètre par centimètre les dunes ou les falaises pour se retrouver aux pieds des habitations petit à petit, contrairement aux aléas météorologiques qui viennent, eux, attaquer les côtes de manière poncutelle et brutale.
24
submersible, en tenant compte des spécificités du site considéré (type d’ouvrage, dunes, type de franchissement, scénarii de rupture).
Les territoires de polder se situant en bord de mer, que l’on nomme deltas, sont les plus vulnérables. Ils vont devoir rapidement trouver des solutions appropriées afin de gérer de manière sécuritaire la mutation à venir de leurs paysages car ils seront d’ici peu de temps pris au piège entre les eaux salées des mers et les eaux pluviales des arrières pays. Des questionnements émmergent alors sur l’avenir de ces espaces mais également sur celui des populations et des activités économiques qui s’y sont développées au fil du temps. Les littoraux sont généralement des territoires très dynamiques d’un point de vue économique, paysager, écologique, social, touristique et culturel. Leurs dynamiques sont liées intimement à la présence et la proximité de l’eau sur le territoire, elle a été pour eux un atout durant des siècles et d’autant plus ces dernières décennies avec le tourisme de masse et les échanges internationaux, les rendant ainsi très attractifs aux yeux d’investisseurs. Actuellement ce qui pose problème est le fait que ces espaces sont vulnérables
alors qu’ils sont densément peuplés, d’ailleurs bien plus que la moyenne nationale9 du fait de l’attraction maritime, ce qui représente un réel danger pour ses occupants.
L’augmentation de la place occupée par la mer étant inévitable, accompagner ces changements est l’occasion de revoir la gestion de ces paysages.
Les territoires regroupant plusieurs de ces caractéristiques sont donc dès à présent très menacés par ces différents phénomènes, en France, il s’agit de l’Aquitaine,
des côtes méditerranéennes et de la côte d’Opale. Lacanau, une commune de l’Aquitaine voit jour après jour ses côtes grignotées par l’érosion des sédiments
transportés par les houles de la mer. La digue qui protège la ville de Sangatte a cédé rendant ainsi ses habitants vulnérables aux aléas maritimes, tout comme une grande partie de la côte du Pas-De-Calais.
9
se référer à la carte en annexe
25
26
2
HABITER UN POLDER : UN RISQUE CERTAIN
27
VERS UNE URBANISATION DES MARAIS FLAMANDS source : géoportail
1500
Assèchement des Moëres d’après l’hypothèse de J.Servant
urbanisations à risque construites sur l’ancien marais
source : géoportail
5
10
15km
Superposition d’une carte historique de 1800 lorsque le territoire flamand était encore un marais et le territoire actuelle avec son urbanisation en 2017.
28
LE DELTA DE L’AA : CE MARAIS ASSÉCHÉ Le paysage du delta de l’Aa est approprié pour évoquer la problématique soulevée
précédemment, effectivement ce territoire regroupe différentes caractéristiques qui fait de ce territoire un espace très vulnérable face à la montée des eaux. Avec sa faible topographie le delta de l’Aa fait partie des paysages français où la présence de l’eau est quotidienne. Son sol se situe en majorité en dessous ou au même niveau que la mer, ce qui fait de lui un polder.
Le territoire de la plaine maritime flamande est au départ un paysage de marais où la présence de l’eau ne fait aucun doute. Le retour de l’eau sur les terres des Flandres maritimes semble donc tout à fait inévitable compte tenu des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons. Le territoire du delta de l’Aa a subi comme une grande partie des Pays-Bas un assèchement et une conquête sur la mer au
quatorzième siècle. Ses paysages ont été modifiés de manière assez extrême durant ces derniers siècles :
« La dernière transgression flandrienne a eu lieu il y a environ 10 000 ans, c’était donc un territoire sous l’eau. Au fil du temps, des dunes se sont
formées, le niveau des sols a remonté, les fleuves sont rentrés dans leur lit. Le territoire a monté de niveau et a commencé à s’assécher naturellement.
Au XIIe siècle, le territoire était encore sous l’influence marine, on allait de Saint-Omer à la mer en bateau. Il a fallu attendre l’arrivée des moines
qui venaient d’Angleterre pour que démarre un travail d’assèchement du territoire »10
Cette évolution du territoire a rendu vulnérable cet ancien delta face à la montée
des eaux. Effectivement à ce jour ce territoire de polder échappe à son destin de
se faire submerger depuis le moyen-âge grâce à un système assez complexe de gestion des eaux.
Un réseau maillé de fossés nommé watringues ou watergangs permet de canaliser les eaux pluviales et de les guider vers un exutoire pour rejoindre la mer. Cependant
comme les terres sont en dessous du niveau de la mer un système de portes et de pompes est mis en place pour pouvoir vider ces eaux une fois la marrée basse.
Ces vannes en marée haute empêchent l’eau de mer de pénétrer sur les terres asséchées. Ce dispositif assez complexe a pourtant ses limites, effectivement, ce 10 Chelkowski Xavier lors d’un exposé au sein de la Plate-forme d’Observation des Projets de Stratégies Urbaines le 10 mars 2014 à Rotterdam
29
un réseau de wateringues qui dessine le paysage flamand
5
10
15km
FONCTIONNEMENT DES VANNES POUR LA GESTION DES EAUX DES WATERINGUES CANAL EXUTOIRE PORTE MER DU NORD ESTRAN
SOL DE LA FLANDRES MARITIME
À MARRÉE BASSE
système mécanique qui a ses limites
VANNES OUVERTES ET POMPE À L’ARRÊT
À MARRÉE HAUTE
À MARRÉE HAUTE
VANNES FERMÉES ET POMPE À L’ARRÊT
VANNES FERMÉES ET POMPE EN FONCTIONNEMENT
30
fut le cas par exemple lors des inondations de 1984 sur la Canche. Sur ce littoral
où le marnage peut être de 7 à 8 mètres, le blocage de l’écoulement en temps de crue par les marées crée de vastes inondations11. Pour en limiter l’impact,
les stations de pompage à fort débit ont dû alors être installées pour évacuer les eaux de l’Aa en crue. Lorsque la présence de l’eau est trop importante sur les terres, c’est ce système de pompage qui se met en route afin d’évacuer le surplus
d’eau. Pourtant cette gestion des eaux ne peut, actuellement, pas faire face aux évolutions quantitatives de la présence de l’eau sur le territoire, car ce dispositif,
bien que très ingénieux et complexe, est limité a un certain débit de pompage, les stations de la Côte d’Opale ont un débit qui varie entre 3,3 m3/s (à Marck) et qui peut atteindre 25,2 m3/s (à Mardyck)12.
Si la hausse du niveau de la mer augmente trop, l’eau de ruissellement ne pourra alors plus rejoindre la mer de manière gravitaire car son niveau sera supérieur
à celui-ci, empêchant ainsi les eaux pluviales de s‘y jetter naturellement. Les
pompes ne pourront alors pas gérer en plus ces eaux qui normalement se jettent gravitairement dans la mer. Le risque de submersion dans l’arrière pays flamand sera donc inévitable lorsque les phénomènes de surcote et de crue de réaliseront simultanément, ce du fait de la trop grande quantité d’eau à gérer d’un seul coup.
Si les eaux de ruissellement augmentent de manière significative, les réseaux
de watergangs qui s’étalent sur 1515 km sur les 1200 km2 du delta de l’Aa ne suffiraient plus à protéger les 392000 habitants qui évoluent sur le delta (données de 2015).
Dans l’hypothèse, très probable, où les eaux de ruissellement déborderont des
réseaux de canaux mis en place, elles devront être davantage prises en compte et des mesures de gestion encore plus performantes devront voir le jour pour éviter des inondations par les bassins versants, ce qui pourrait alors mettre en danger les populations du territoire si des mesures adéquates ne sont pas mises en place.
11 12
D’après les chiffres de l’ouvrage LAGANIER Richard et SCARWELL Helga-Jane, Risque d’inondation et aménagement durable des territoires, Presses Universitaires du Septentrion, 2004, p32 Données du compte rendu réalisé par l’Institution Départementale des Wateringues du Nord-Pas-De- Calais en 2000
31
système de gestion des eaux
les paysages de marais
le tourisme et les activitĂŠs maritimes 32
Les photos de cette page sont prises de l’article traitant des wateringues réalisé par AGUR http://www.agur-dunkerque.org/
commerce maritime
DES PAYSAGES DESSINÉS PAR L’EAU Cette lutte quotidienne contre les eaux qui s’est développée dessine aujourd’hui le
paysage du delta de l’Aa, l’ancien marais a laissé des traces qui désormais fondent le patrimoine de cette région. Le delta et ses côtes sont intimement liés avec l’eau.
Les paysages sont marqués par cette omniprésence de l’eau, de par la gestion de ces flux d’eau et ses dynamiques économiques. Les réseaux de wateringues
ont dessiné et délimité les paysages de l’arrière pays flamand, forgeant ainsi un véritable patrimoine historique imprimé dans les paysages locaux. Chaque
commune a une trace à petite échelle de ce gigantesque réseau. Les dispositifs
techniques mis en place forment à ce jour le paysage du delta. Le delta de l’Aa et la côte d’Opale forment un territoire humide, des traces des anciens marais qui composaient alors le paysage sont présents encore actuellement sous forme de réserve naturelle et ornithologique.
Le paysage est dessiné également d’une autre manière par l’eau, le développement
du territoire autour du commerce maritime a dessiné les villes d’une manière signifcative, avant d’être une ville elles furent un port. Cette marque est véritablement
présente à Calais et Dunkerque qui sont restées avant tout un port avant d’être une ville. Le commerce maritime crée des paysages uniques, de containers le long de la côte d’Opale.
33
Blério
t Plag
Sangat
te
e
Calais
Wissan t
dune digue béton degré de résistance 5
10
15km
Audres
selles
Ambl
eteuse
http://www.unesourisetmoi.info/
34
L’INEFFICACITÉ SUR LE LONG TERME DES DISPOSITIFS MIS EN PLACE : ÉTAT DES LIEUX DES PROTECTIONS Il est important de rappeler que les marées sont plus ou moins importantes
selon les régions, dans le cas de la côte d’Opale, elles sont particulièrement rapides et le marnage13 est impressionnant, impactant ainsi beaucoup plus les paysages concernés; les transgressions marines y sont également plus fortes que sur les autres littoraux. Le littoral de la mer du Nord et de la Manche est beaucoup plus sujet à de fortes houles que les autres côtes françaises. Les évolutions des courants, du marnage et des impacts des houles se ressentiront
alors davantage sur ses paysages avec les changements du climat. La puissance grandissante des vagues va meurtrir ses paysages côtiers.
La côte d’Opale se dessine de manière très précise car une grande partie de
son littoral est endiguée par la grande présence de ports. Effectivement ce territoire, par sa position géographique privilégiée au sein de l’Europe se caractérise par le commerce maritime. De ce fait des kilomètres de plateformes
en béton s’étendent le long de cette côte, modifiant ainsi les trajectoires initiales des courants, ce qui a des répercussions directes sur les autres
typologies des bords de mer aux alentours. Les courants en sont modifiés par la forte présence de digues bétonnées et percutent davantage des territoires
qui ne devraient pas être tant touchés par ces cycles quotidiens, les rendant d’autant plus vulnérables face aux impacts des changements climatiques.
Le littoral du nord de la France est très divisé, ses paysages se juxtaposent de manière assez contrastée. Le passage d’une section à une autre se fait sans transition, ainsi sur moins d’un kilomètre différentes typologies sont identifiables. On peut se promener sur une digue de quatre mètres et voir s’ouvrir un paysage
dunaire naturel et puis plus loin s’élève une plateforme portuaire de sept mètres au
dessus du niveau de la mer et vient s’édifier à partir de cette dune pour permettre
aux bateaux d’amarrer, le temps du déchargement des marchandises venant du monde entier. 13
se référer au glossaire
35
Si les digues cèdent, voici une projection de la submersion envisageable sur le delta de l’Aa : +0,5m (son niveau moyen d’après la cote IGN 69) la surface noyée du delta de l’Aa s’étendrait sur 136km2, soit un volume d’eau à stocker de 131 milions de m3 + 4m (plus haute marée actuelle) on atteint une surface noyée sur 825 km2 soit 1978 milions de m3 + 6m (hausse fixée face aux changements climatiques) la submersion recouvre les 2/3 du territoire du delta : 931 km2 soit 3752 milions de m3
36
Pourtant, bien que protégée à la fois par sa topographie sur certains tronçons et
par des digues sur d’autres la côte d’Opale n’en semble pas pour autant hors de
danger. L’état actuel de ces protections naturelles ou artificielles n’est pas sûr, l’érosion commence à grignoter de manière assez significative les falaises, faisant ainsi reculer les falaises de manière régulière et inquiétante pour les populations
vivant sur ces territoires. En ce qui concerne l’état même des digues, certaines
d’entre elles n’ont pas tenu face à la tempête Xaver de 2013 (la dernière en date sur le territoire de la Côte d’Opale) ce qui laisse supposer que même avec un renforcement, ces protections font courir des risques d’inondations aux populations.
Des côtes sont d’ailleurs plus menacées que d’autres le long de la mer du Nord : on y retrouve les communes de Wissant, Sangatte, Blériot-Plage et aussi toute la réserve écologique du Platier d’Oye. Ces territoires très bas topographiquement
et traversés par des wateringues, regroupent une partie des dynamiques de la région : tourisme, marais, zone écologique remarquable, population, agriculture. L’importance de conserver les richesses de ces territoires semble donc évidente.
Certaines villes de la côte d’Opale sont actuellement en train de réhabiliter une
partie de leur digues fragilisées par l’érosion et surtout par les dernières tempêtes.
C’est le cas de la commune de Sangatte, sur laquelle je développe cette étude.
100 200m
sources : IGN BD-Topo, SMCO, ENR/ELM
37
38
3
*
SANGATTE : VILLE PRISE ENTRE LES EAUX
39
* «petit trou de sable» en germanique
COTEAUX DU BOULONNAIS SANGATTE
40
CALAIS
41
42
ville en pied de coteaux FERRIE POUR L'ANGLETERRE
SANGATTE
PORT DE CALAIS
CAP BLANC NEZ COTEAUX DU CAP DU BOULONNAIS
La ville de Sangatte est un site intéressant concernant la question de la montée des eaux marines, des crues et du ruissellement. Effectivement, cette commune située à quelques kilomètres à l’ouest de Calais se trouve dans une position assez délicate vis à vis de l’eau : c’est une commune côtière, son intimité avec la mer est flagrante : sa situation à une des extrémités du Delta de l’Aa et au pied des coteaux du Cap du Boulonnais, la rend vulnérable face au ruissellement. Son activité depuis le début du 20ème siècle est tournée vers l’agriculture pastorale et céréalière. Les préservations à l’état naturel des côtes que préconise la loi littorale n’y sont pas
respectées. Sangatte n’a pas le recul nécessaire face à la montée des eaux, son littoral est saturé d’habitations. Sa position, entre mer et bassin versant, en contre-bas des coteaux de la région, la met dans un emplacement délicat. La commune de Sangatte s’apparente alors à ce jour à une ruine moderne, car demain, ces regroupements d’habitations auront très probablement les pieds dans l’eau, emprisonnée par le manque de disposition mis en place pour s’adapter à la situation, elle risque de disparaître sous les eaux si les scénarios projetés par le GIEC se réalisent.
SANGATTE
1 43
2
3km
une ville figéé La ville de Sangatte n’offre que peu d’espaces publics. Le centre-ville n’est pas dynamique, la place de la mairie, qui offre des espaces de pause n’est jamais occupé. Il semble que les habitants se tournent davantage vers la mer que vers les aménagements de typologie beaucoup plus urbains. La plage est plus occupée que le reste de la commune, ce qui prouve que l’attraction marine amène bien plus de qualité de vie que de simple aménagements spatiaux.
et certaines plus tôt dans les années 1940. Les habitations ont par la suite davantage bouché les espaces vides. Néanmoins dans l’urbanisme de cette commune aucun lien n’est lisible entre la mer et la ville, même à travers l’installation des habitations. Sangatte sans la mer n’aurait que de faibles dynamiques, son importance est primordiale pour sa survie.
Les habitations longent la côte, la majorité ont été construites durant le boum de la rivée vers la mer en 1960
centre-ville
mairie
église
exploitations agricoles
44
école
digue qui longe la commune D940 : principal espace public
D940
maisons basse topographiquement
habitations menacées d’après le PPRI époque de construction
vue de la digue
place de la mairie
2015 2009 1993 1976 1961 avant 1946
centre-ville 45
CALAIS SANGATTE 1
2
3km
D’après ces cartes historiques il est clair
jusqu’à Calais où un exutoire existait.
une zone très humide, construite sur un
énormément depuis l’époque où le delta
que la ville de Sangatte s’est érigée sur ancien marais. Sa position géographique
correspond au tracé du passage des eaux
de ruissellement provenant en amont des coteaux du site des deux Caps. Cette commune est le début du rassemblement
de ces eaux, qui ruissellent ensuite
La
topographie
n’ayant
pas
changé
de l’Aa était justement encore un delta, les eaux de ruissellement arrivent toujours au même endroit, elles sont, à l’inverse
d’antan, guidées par un watergang qui les ramène cette fois canalisées vers Calais.
SANGATTE
watergang eau de ruissellement autre passage mineur 0,5
46
1
1,5km
construite sur un marais COTEAUX
DUNE
DIGUE
TERRAINS EN SITUATION DE POLDER Cette
petite
station
balnéaire,
villes nordistes. Elles tournent le
quelques exploitations agricoles, s’est
relation entre la ville et le paysage.
construite à l’origine à partir de étalées ensuite au fil des décennies,
et ce dès les années soixantes. Attirés par l’attraction maritime, les nouveaux habitants ont étendu l’implantation
urbaine le long de la côte, le tourisme
a transformé cette commune en une ville symbole de l’étalement urbain.
Les typologies d’habitats qui forment Sangatte ne sont pas représentatives des villes côtières, c’est une addition
de maisons individuelles basiques construites de 1960 à 1980 ou bien
des maisons ouvrières accolées les unes aux autres, reprenant le langage
de l’urbanisme industriel des grandes
47
dos à la mer, empêchant ainsi toute Il reste une seule trace de l’ancéstrale
marais sur ce territoire, ce sont les wateringues, l’urbanisme actuel a effacé l’histoire de cette commune tout comme la caractéristique première de
cette région : la mer, qui elle n’est pas lisible ni visible à travers l’urbanisme de cette commune. Ces
habitations
repliées
derrière
sont la
totalement
digue,
sans
horizon et vue sur la mer, la relation
entre les deux est moindre alors
qu’au départ c’est pour elle que les habitants sont venus s’installer dans cette commune.
d’importantes marées
MARRÉE HAUTE CÔTÉE À 7M38
200
400
600m
48
une mer dissimulée La ville de Sangatte à l’heure actuelle
pour
une
DERRIERE C'EST LA MER ! PROMIS
grande
partie, est en dessous du niveau de la mer à certaines heures de la journée, suivant
les marrées. Les habitants, de
manière individuelle se sont protégés des aléas maritimes
par des constructions en béton,
qui du même coup, les coupent
entièrement de leur rapport
DERRIERE C'EST ENCORE LA MER !
direct à la mer. La digue de la ville est en réalité composée de plusieurs digues, certaines
uniformes protège le coeur de la ville, pendant qu’aux
extrémité, elle est beaucoup plus hétérogène et semble avoir
été érigée avec les moyens du bord.
LA AUSSI : LA MER
Les marrées hautes (ici illustrée à 7m38) ne sont pas partout
égales dans leur proximité aux
habitations.
Certains
habitats sont directement mis en danger tandis que d’autres ont encore un peu de répis face aux houles des vagues.
J’ai pu relever tout de même que la commune voit sa plage
presque réduite à zéro durant plusieurs heures dans une
ET LA C'EST LA VILLE DU MOINS LE CLOCHER DE L'EGLISE
journée, empêchant ainsi les promeneurs de jouir de cette plage dunaire.
49
Captures écrans d’une vidéo de la tempête Xaver à Sangatte, réalisée et postée sur Youtube par Le Tiroir Aux Photographies,
L’EAU EST MONTÉE SUR LES DIGUES IL S’EN EST JOUÉ DE PEU POUR QU’ELLE PÉNÈTRE SUR TOUT LE TERRITOIRE
LA DIGUE EST ENDOMAGÉE ELLE DEVIENT ALORS INÉFFICACE À CAUSE DE CETTE BRÊCHE
14 MILLIONS OBSOLETES
50
sangatte : future atlantide ? Malgré sa position géographique délicate Sangatte semble être pourtant le contre exemple parfait de la lutte contre les inondations et de l’incertitude de la montée des
eaux. Allant à l’encontre de la loi Littorale14 les habitations n’ont pas respectées la préconisation relative aux cent mètres, sans construction. Alors qu’avec les évolutions
climatiques, désormais, ce littoral qui nécessiterait des espaces vides afin de stocker l’eau pour la sécurité des populations, ne les a plus.
Actuellement les habitations sont protégées par une digue en béton de huit mètres de
haut, cependant sa fiabilité n’est pas certaine, effectivement sa durée de vie et son potentiel défensif ne reste qu’une sécurité éphémère et ponctuelle onéreuse, dont l’efficacité reste à ce jour incertaine, surtout lorsque l’on sait qu’une tempête comme celle de Xaver l’a détruit en grande partie en 2013 rendant ainsi depuis les habitations totalement vulnérables aux aléas marins.
Les élus locaux n’ont à ce jour que peu d’outils en main pour entreprendre une gestion
appropriée de leur commune face aux risques marins, c’est pourquoi en ce moment une réhabilitation de cette digue (érigée une première fois en 1599) se réalise sur 2,4
kilomètres pour la somme de 14 millions d’euros. L’ajout supplémentaire de quelques
décimètres et le renforcement de la structure en béton semblent avoir convaincu la majorité des élus que cela sera suffisant pour protéger la population. Le manque d’outils pour faire face à ces modifications ne fait que compliquer la situation actuelle
concernant l’efficacité sur le long terme car le danger que peuvent représenter la
montée des eaux et les aléas marins pour les populations n’est ici que repoussé de quelques mois. Ces «protections» sont une solution qui permet de maintenir l’eau loin des habitations, mais ne semblent pas pour autant être réellement des plus adaptées
face à la notion d’incertitude. Le problème même qu’entraînent ces changements
climatiques est l’impossibilité de se projeter sur le long terme, c’est pourquoi fonder une protection sur la décision approximative d’une hauteur fixe est un risque, car
il suffira alors d’un rien, d’une vague un peu plus forte que les autres pour que
l’eau pénètre sur un territoire qui ne sera alors en aucun cas résilient et cause une inondation catastrophique pour les biens et peut être même pour les vies humaines.
Cette position oublie d’ailleurs la gestion des eaux de ruissellement qui prendra
plus d’importance dans les prochaines décennies. Le danger, ici , n’est vu que de la mer, les bassins versants sont totalement absents dans la réflexion collective des
aménagements imposés par les changements climatiques, et de la gestion qu’il est nécessaire de mettre en place, afin de sécuriser les divers composants du territoire. 14
Se référer au glossaire 51
Cette partie de la digue reste assez sure, la dune est stable et sa hauteur bien suffisante pour faire face encore longtemps aux aléas et aux houles.
Ici la digue de Sangatte est très peu fiable car elle est composée de nombreux rafistolages, elle semble être tout bonnement érigée en bout de parcelle par les habitants eux même, elle est susceptible assez facilement de céder face aux houles.
n o i t a inond 52
La digue, ici, composée à la fois d’un parement en béton et d’une dune, se fait rapidement submerger lors de grandes marrées. Cet endroit est une des zones sensibles, une des brèches de la défense actuelle de Sangatte.
Les houles de la mer n’arrivent pas au pied de cette dune lors des hautes marrées seulement cet endroit est également une des brèches de la défense actuelle de Sangatte. Face à des aléas marins cette dune endommagée pourrait ne pas faire le poid.
inondation
Ici c’est une double défense qui se dresse face à la mer, une première épaisseur de dune et l’ajout d’un mur de rocher vient protéger de manière assez sécuritaire les habitations derrières.
Cette partie de la digue est celle qui a été réhabilité. C’est l’endroit où les houles sont les plus violentes. Malgré son renfort en béton, cette protection reste incertaine face à des tempètes, comme ce fut le cas en 2013
53
n o i t a d n ino
LES IMPACTS DES EAUX DE RUISSELLEMENT SUR LA COMMUNE : LES ESPACES TOUCHÉS
0
+0,5
el
ctu état a
250
500 750m
250
500 750m
250
500 750m
250
500 750m
250
500 750m
+1,5
+1
250
500 750m
+2
+2,5
250
500 750m
+3,5
+3
250
500 750m
Ces projections se basent sur les courbes topographiques : +1 correspond à une inondation allant jusqu’à la courbe topographique 1
54
VIVRE LES ALÉAS AU QUOTIDIEN D’une étude précise de la topographie de la commune il ressort qu’une grande
partie de ses terres et de ses habitations peuvent vite se faire submerger. Dès une surcote d’un mètre de crue des wateringues, provoquera une inondation qui va toucher un grand nombre de cultures, une exploitation agricole et le camping
municipal. Cette surcote n’est pas un événement invraissemblable, au contraire, c’est un risque qui peut survenir dans un futur proche, car les eaux viennent de différents endroits, augmenteront simultanément. C’est l’addition des aléas qui va poser très vite problème et rendre leurs gestions complexes.
On observe qu’une surcote, même faible, entraîne de amples conséquences sur le territoire de la commune. S’étalant sur un faible dénivelé, Sangatte est ainsi
sujette à de conséquentes inondations même si le volume d’eau est faible la majeure partie de la commune va avoir les pieds dans l’eau.
C’est une surcote de trois mètres qui risque de toucher quasiment toutes les
habitations et de recouvrir presque toutes les parcelles de la commune. Cet espace inondé correspond à la submersion du territoire après une tempête,
dont la surcôte serait d’un peu plus d’un mètre, (pour des prévisions suivant les chiffres actuels, sans prendre en compte les évolutions dues aux changements
climatiques). Des phénomènes de cette ampleur peuvent se rapprocher de plus en plus et causer de telles crues tous les trente ans voire tous les dix ans. Cela
obligerait le territoire de Sangatte, dans une telle projection de submesrion d’eau,
d’envisager une réhabilitation, mais en pronnant cette fois la résilience plutôt que la lutte.
La commune de Sangatte a déjà été submergée par les houles marines, mais avec les changements climatiques tous les phénomènes seront plus forts et plus denses. Les projections étudiées précédemment sont donc à amplifier en fonction des volumes d’eau à venir.
Une analyse des risques de submersion, basée sur les chiffres des événements actuels, permet de se projeter de manière plus réaliste, de bien comprendre les
répercussions spatiales et surtout de prendre conscience des risques qu’encourt la population si aucune anticipation n’est planifiée.
55
LES IMPACTS DES HOULES SUR LA COMMUNE : LES ESPACES TOUCHÉS ÉVÉNEMENT ANNUEL
L’EAU MONTE SUR LES DIGUES MAIS NE LES PASSE PAS
250
500 750m
L’EAU PÉNÈTRE SUR LE TERRITOIRE SUBMERSION AU BOUT DE 30 MIN
ÉVÉNEMENT DÉCENNAL
Surcôte de 0,5m Niveau de mer à 4,5m VGF ou 7,5m IGN69
Les espaces représentés en bleu correspondent à la courbe topographique de 1,5 mètres.
ÉVÉNEMENT CENTENNAL
L’EAU PÉNÈTRE SUR LE TERRITOIRE SUBMERSION AU BOUT DE 30 MIN
Surcôte de 1m Niveau de mer à 5,04m VGF ou 8m IGN69
Les espaces représentés en bleu correspondent à la courbe topographique de 2 mètres.
brèches
56
On observe que la digue actuelle qui s’étend sur 2,4 kilomètres est capable de résister à un retour de mer annuel, la rupture de digue n’est pas inquiétante
ici. Les brèches identifiées ne sont pas une menace pour la commune car la surcote et la puissance des houles ne sont pas assez importantes.
Dans le cas d’un retour de mer correspondant à un événement décennal, la surcote de cinquante centimètres suffit à passer les digues plus affaiblies. On distingue
deux brèches, la première à l’ouest au pied des coteaux et l’autre à l’est dans les espaces dunaires qui sont les plus bas. La brèche la plus menaçante pour les biens privés se situe à l’entrée de la commune, l’eau submerge une partie conséquente
de l’espace à partir de cette petite faille dans le système de protection. Les espaces
touchés sont principalement les activités agricoles, mais aussi des habitations au niveau de la brèche et en contre bas.
On distingue un schéma similaire face à une submersion centennale, les brèches sont les mêmes, il y en a une en plus mais assez faible au centre de la commune, au niveau de la mairie. La surface immergée est plus importante, les habitations
sont ici beaucoup plus touchées car toute une partie qui n’est pas impactée par
un retour de mer à récurrence décennale, sera dans ce cas submergée. Les eaux atteignent la courbe de nivellement de deux mètres, et comme la plus grande
partie de la commune se trouve à une altitude de trois mètres il suffirait de peu pour qu’elle soit entièrement sous les eaux.
Cette projection assez radicale en apparence est pourtant un des phénomènes récurrent que pourrait vivre la commune. Elle représente l’addition d’une submersion dûe à une surcote centennale qui engendre une rupture de digue ainsi qu’une crue générée par de fortes pluies.
57
Une partie de ses habitations courent clairement un risque de submersion de crue
courbe de niveau tous les 0,5m
La ville rÊcupère toutes les eaux de ruissellement des coteaux
58
si les digues cèdent la ville est submergÊe
59
60
4
VIVRE AVEC L’INCERTITUDE : LA FICTION COMME OUTIL DE PROJET DE PAYSAGE
61
L’INCERTITUDE DES IMPACTS DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES : L’EAU SUR LA PLAINE MARITIME FLAMANDE Projection du territoire avec une présence de 1 mètre d’eau
DUNKERQUE CALAIS
SAINT-OMER BOULOGNE SUR MER
Projection du territoire avec une présence de 3 mètres d’eau
DUNKERQUE DUNKERQUE CALAIS CALAIS
SAINT-OMER BOULOGNE SUR MER
Projection du territoire avec une présence de 6 mètres d’eau
DUNKERQUE DUNKERQUE
CALAIS CALAIS
SAINT-OMER BOULOGNE SUR MER
62
quelle posture adopter face à l’incertitude?
LE PAYSAGISTE COMME SCÉNARISTE L’incertitude des répercussions de la présence de l’eau dans les territoires amène à travailler à partir d’hypothèses, et donc par la fiction.
Les écarts de variations d’évolutions sont si diverses, que la majorité des élus ne réussit pas à se projeter, rendant ainsi plus difficiles l’aménagement et la prise en
charge de ces espaces littoraux; sont ainsi réalisés de micro-aménagements ne permettant pas de s’adapter durablement à ces évolutions. Les écarts de variation
possible de la hausse du niveau de l’eau impliquent ainsi des différences très importantes d’adaptation face à la submersion.15
Actuellement les politiques d’aménagements sont très diverses, certaines
continuent de protéger les populations dans un rapport de force avec la mer, matérialisé par des digues, quand d’autres à l’inverse visent à la protection par la résilience, en laissant la place à l’eau. Cet écart de vision et l’appréhension
des évolutions climatiques ne permettent pas de créer une urbanisation cohérente à grande échelle pour protéger la population, le
patrimoine, l’économie, les
paysages et les espaces naturels remarquables du littoral contre les inondations.
La présence des eaux aura une répercussion directe sur ces éléments territoriaux qui contribuent eux aussi à la dynamique de la région.
Une décision globale visant le même objectif doit être prise: faut-il ou non
protéger, ces territoires, les conserver ou les laisser se faire submerger ?
Plusieurs scénarios sont envisageables, les quatre présentés ci-dessous que j’ai souhaité mettre en exergue sont assez extrêmes dans leur manière d’appréhender l’espace en comparaison avec la réalité actuelle.
Trois de ces scénarios développés ont comme point commun de vouloir maintenir le bien-être des populations et les dynamiques du territoire, le quatrième résulte d’une indécision face à la montée des eaux.
Les différences notables sont ainsi spatiales, politiques et symboliques. Les paysages des littoraux, selon les décisions d’aménagements pourront être très contrastés. 15
Selon les différentes hypothèses que l’on peut retrouver dans le dernier rapport du GIEC
63
! d r o b ’a d s t n a f n e es femmes et les
l
200
64
400
600m
Des scénarios aux différents termes 1. LA FUITE : L’ABANDON Ce scénario aborde la présence de l’eau
comme un danger, de manière assez radicale, la protection des populations
est planifiée bien à l’avance, il s’agit dans
cette proposition de mettre en place une stratégie de repli rétro-littoral, tous les composants de ce territoire sont déplacés
sur les coteaux bordant le delta comme par exemple à l’Ouest sur les hauteurs des deux Caps, loin de la présence de
l’eau pour rester loin des inondations, sur le long terme.
Cette stratégie de repli s’accompagne
d’une dépoldérisation qui redonne à la mer toute la place qu’elle avait avant le
17ème siècle et la poldérisation du delta. Ainsi les communes qui auront accueilli
de nombreuses populations pourront à leur tour grâce à leur proximité avec la mer, devenir des stations balnéaires.
Les villes de Dunkerque et de Calais que leur situation géographique met hors de danger demeureront les premiers bassins d’emplois de la région.
Concernant les pratiques agraires, une transition sera élaborée en amont afin de
développer progressivement une agriculture de proximité en milieu saumâtre : le pré salé.
Le patrimoine architectural et historique n’est pas conservé, l’urbanisme est rasé pour laisser place à une immense réserve naturelle sur près de 60000 hectares qui
s’étendra jusqu’à Saint Omer et de Sangatte à la côte belge. Cette anticipation vise le très long terme, c’est une solution assez extrême car la délocalisation est totale, sans transition. L’investissement est colossal mais les populations, les paysages
et les dynamiques économiques peuvent se développer convenablement sans crainte de la présence de l’eau. Cette stratégie adopte une reconversion entière du territoire et de l’urbanisme du territoire maritime de la côte d’Opale.
65
parez Ă mouiller !
200
66
400
600m
2. LA RÉSILIENCE : LA VIE SUR L’EAU En quelque sorte ce scénario ressemble
au précédent dans sa vision de la résilience à la présence de l’eau. Mais
au lieu de fuir le territoire, c’est un véritable lien avec l’eau saumâtre qui est développé. Il s’agit d’anticiper l’évolution
des paysages de manière résiliente, mais
cette fois, en conservant l’urbanisme au
même endroit à l’aide d’habitats adaptés,
telles que les maisons flottantes ou amphibies. Les infrastructures seront
elles aussi adaptées pour conserver leur
fonction face à la nouvelle présence de
l’eau sur tout le territoire du delta et face aux phénomènes climatiques.
Les populations intégreront complètement le paysage de marais. C’est une vision
assez utopique de la transition territoriale suite aux évolutions climatiques, qui met un accent spécifique sur le rapport que pourront entretenir les habitants avec les paysages du delta submergés par l’eau. L’eau est perçue à travers cette position
comme un élément positif, ce nouvel urbanisme est une alternative à l’étalement
urbain des côtes actuellement en place qui fige les côtes et diminue le lien direct avec la mer. Ici c’est un urbanisme mouvant vérticalement qui va prendre place, il flottera selon les aléas des marées et des inondations en se pliant aux règles de la nature.
67
e t t a g n a s e d r u le m
2
200
400
600m
68
3. LA LUTTE : LA RÉSISTANCE Ce scénario définit la présence de l’eau
comme un danger, mais ici, à l’inverse de la première stratégie, en suivant la logique
d’anticipation menée actuellement le long
des littoraux de la côte d’Opale. Les actions de protection peuvent se réaliser grâce aux
financements du département, de la région
ou de l’Etat sur les territoires extrêmement fragilisés
et
érrodés.
Ces
moyens
d’anticipation sont mis en oeuvre dans une logique de lutte contre les inondations. Ces
investissements de lutte ont pour but la sécurité de ses habitants, le maintien de la
vie le long du littoral et sur la plaine maritime.
La réhabilitation et le réhaussementdes digues peut être une première solution en attendant une véritable résilience du territoire face à des inondations de plus en plus fréquentes.
Néanmoins ces intentions ne peuvent être que provisioires : vu l’incertitude des impacts des inondations, le réhaussement d’un mètre des seuils prévus et le renforcement de deux mètres des digues peuvent ne pas suffire. Ces dépenses et cette énergie
en vue de protéger la population sera donc vaine car le delta sera tout de même confronté à la présence de l’eau, d’autant plus que les dispositions mises en place ne visent que la protection des habitations, et non la préservation des dynamiques
agricoles et écologiques; en somme les paysages de la côte d’Opale ne seront pas
protégés. Ces dispositifs ont pour intention d’anticiper la présence de l’eau sur le
territoire, cependant il ne s’agit que d’une vision à court terme, ces protections ne sont pas appropriées pour des évolutions telles que celles que nous allons vivre,
l’incertitude y est beaucoup trop importante pour se limiter à un rehaussement défini à partir de chiffres se référants aux dernières tempêtes, qui d’ici quelques années
risquent d’être beaucoup plus violentes et intenses. Les visions, les investissements
et les stratégies engagées ne semblent pas durables au regard des prévisions des évolutions climatiques sur le territoire de la côte d’Opale et du delta de l’Aa.
69
oh ! la grosse vague !
200
400
600m
70
4. AUCUNE ANTICIPATION Ce scénario que je souhaite développer, serait alors le plus catastrophique pour
les populations de ces territoires, car par l’indifférence de la prise en compte des
évolutions climatiques, ces espaces et leur population seront directement mis en
danger par la négligence des politiques en
place. Les paysages seront alors soumis
aux aléas climatiques, les infrastructures présentes
seront
submergées.
Le
territoire, après avoir été inondé par les
phénomènes fluviomaritimes, devra ainsi être abandonné par la population qui,
elle, sera contrainte de laisser derrière Cette situation
elle le résultat de toute une vie.
transformera les habitants qui jusqu’alors étaient stables et
sédentaires en régufigés climatiques, créant dès lors de graves problèmes de relogement.
D’un point de vue économique, l’absence d’anticipation empêchera de préserver les activités ou de s’adapter à la grande présence de l’eau sur le territoire, elle rendra impossible la
pratique agraire telle qu’elle se pratique actuellement.
Les 60000 hectares de polder de la plaine maritime flamande vont donc être abandonnés et ce sera la fin de la dynamique développée à ce jour sur ce territoire.
La non-anticipation serait un problème majeur car dévastateur pour le delta de
l’Aa, provoquant une situation d’urgence malgré une montée des eaux lente. Cette situation irait d’ailleurs à l’encontre des politiques actuelles qui tendent à protéger la plaine maritime pour sauvegarder sa grande diversité écologique et son patrimoine culturel historique.
71
constats D’UNE COMMUNE ENDIGUÉE REPLIÉE SUR ELLE MÊME
250
500 750m
PROTECTION FRAGILE FACE À LA PRÉSENCE DE L’EAU URBANISME RETOURNÉ SUR LUI-MÊME LA MER EST DIFFICILEMENT ACCESSIBLE LA DYNAMIQUE LOCALE N’EST PAS EN LIEN AVEC SON PAYSAGE MARITIME TERRITOIRE PRIS ENTRE DIVERSES EAUX
72
enjeux VERS UNE STRATÉGIE TEMPORELLE D’AMÉNAGEMENT «Mieux vaut prévenir que guérir»
250
500 750m
redynamiser le territoire proposer une temporalité d’aménagement sur le long terme protèger les populations réouvrir le paysage maritime
73
+ 0m
+ 1m
EL ACTU T A T É
2
4
SCÉNARIO OPTIMISTE
6km
+ 2m
+ 3m
+ 4m
+ 5m
+ 6m
+ 7m
+ 8m
+ 9m
74
SCÉNARIO PESSIMISTE
tout part de la topographie Pour rattacher cette fiction à une réalité, un travail de recherche et de compréhension précise de la topographie est essentiel. Ce travail topographique et géographique permet de répertorier les espaces qui seront les premiers touchés.
Une grande et délicate question subsiste à ce jour : comment gérer la transition
entre la faible présence actuelle de l’eau et sa vraisemblable présence
quotidienne sur le territoire de demain? C’est le passage de l’état actuel à un projet d’aménagement étalé sur le long terme qui permettrait de s’adapter et de protéger les populations.
Cette étape intermédiaire entre deux temporalités, dont la dernière reste pour le moment encore incertaine, m’intéresse particulièrement, car c’est un
espace temps qui peut être long ou bref. Les scientifiques ne savent pas euxmêmes jusqu’où l’eau peut monter, ni à quel moment ces évolutions finiront
par se maintenir et offrir un climat stable, s’il se fixe. En attendant de définir un
aménagement adapté et pérenne pour ne pas avoir à se réfugier derrière des
murs bien trop hauts, il sera nécessaire de gérer intelligemment cette période de transition temporelle et paysagère pour réussir à conserver les dynamiques territoriales actuelles et éviter l’inertie.
L’acceptation de cette incertitude, tout en sachant que l’eau peut ne pas submerger le territoire, doit mettre en avant la notion de transition temporelle échelonnée. Cette incertitude, qui ne permet pas de se projeter de manière définitive, donne un aspect quelque peu fictif aux scénarios possibles.
Le temps et la topographie sont ici les facteurs primordiaux pour comprendre l’évolution du projet, ils vont orienter la réflexion des aménagements.
Ce travail par étapes est essentiel pour pouvoir prendre en compte ce facteur aléatoire d’incertitude. Effectivement cette étude topographique permet de prévoir différentes satde d’interventions sur le territoire afin de passer
progressivement d’un paysage à un autre pour s’adapter étape par étape aux évolutions climatiques et leur incertitudes.
75
t vers un delta résilienave c son patrimoine paysager en lien
La notion de temporalité est essentielle pour parvenir à une réponse cohérente face à l’évolution de ce territoire. Les différentes phases de projection ne seront pas forcément atteintes, néanmoins il semble indispensable, vu la situation dans laquelle se trouvent actuellement les littoraux et les paysages à forte présence d’eau de planifier et de hiérarchiser ces territoires afin de protéger la population, le patrimoine architectural, historique et écologique, ainsi que les paysages et les activités économiques. Comme il a été expliqué précédemment, la notion d’incertitude empêche d’envisager un futur constant et irréfutable, elle compromet dès lors la possibilité d’inventer et de se projeter dans une image fixe du paysage de demain. Le travail temporel que je propose dans mon approche repose sur plusieurs visions du paysage qui se distinguent les unes des autres par leur temporalité spatiale.
2
4
6km 76
Il est nécessaire de planifier afin de ne pas être démuni si la hausse du niveau de la mer dépasse une certaine cote. Il en résulte en quelque sorte une hiérarchisation des fragilités territoriales du littoral face à l’occupation de l’eau sur les terres.
Même si certaines de ces projections ne seront peut-être jamais atteintes, voire même aucune, ou bien à contrario elles ne se projeteront pas assez dans les modifications climatiques et seront dans ce cas très vite obsolètes.
vers un territoire en lien avec son paysage et son histoire ramener l’eau sur le territoire de nouvelles dynamiques en relation avec l’eau ouvrir le paysage vers la mer aménager le delta comme un bassin de rétention développer les espaces remarquables afin de temporiser les eaux 77
5
intentions
sangatte : terrain d’expériences urbaines
gestion de l’eau par étape, par niveau topographique
ouvrir le paysage vers la mer
250
eaux
délocaliser les habitants qui courent un risque sur les côt
développer l’identité paysagère du lieu
78
500
750m
L’EAU, UN ATOÛT TERRITORIAL : VIVRE L’INHABITUEL L’IMPORTANCE DE SE TOURNER VERS DE NOUVELLES DYNAMIQUES ÉCONOMIQUES, ÉCOLOGIQUES ET ÉNERGÉTIQUES Quitte à être submergé par les eaux, autant se servir de cette présence pour
redynamiser le territoire et voir cette eau non pas comme une menace, mais au contraire, comme un atout incontestable pour améliorer la qualité de vie et le quotidien des personnes qui fréquentent la commune. A travers ce projet, je souhaite insister sur le fait qu’une forte présence de l’eau, périodique ou quotidienne, peut
véritablement être un atout pour développer de nouvelles dynamiques territoriales et aller vers une recomposition valorisant cette nouvelle qualité paysagèrecréée par la montée des eaux.
Cette prise de position incite à avoir une vision neuve sur les dispositions urbaines et spatiales. C’est une véritable transition, une requalification en profondeur
mais progressive qui va redessiner les paysages de la côte d’Opale et plus
particulièrement de Sangatte. Le delta de l’Aa à travers ce projet va se voir affilier de nouvelles orientations dans de nombreux domaines si l’on accepte la présence de l’eau.
Pour cela une véritable transition écologique et des dynamiques locales est indispensable si les communes veulent conserver leur économie et leur qualité
de vie. En intégrant entièrement l’eau dans le développement du territoire, il serait possible d’arriver à des espaces attractifs et qualitatifs d’une grande diversité écologique.
L’approche par anticipation que j’ai choisie m’amène à développer un travail
temporel pour tendre vers une transition progressive. Cette méthode de travail se
79
mis en danger par l’érosion et les tempêtes
risque de submersion par le watergang
risque de submersion après une tempête
80
fonde sur la topographie afin de gérer le surplus d’eau dès à présent en conservant
en grande partie le modélisme du sol présent. Le territoire va être transformé, humidifié, néanmoins la présence de l’eau va redynamiser ce territoire le rendre
plus attractif. La résilience est le point de départ de ma réflexion de recomposition paysagère.
Le cas de Sangatte offre plusieurs problématiques relatives à la requalification
spatiale liées à l’eau; elles concernent l’évolution du climat, les eaux de
ruissellement provenant des bassins versants, la hausse du niveau de la mer et enfin l’augmentation de la fréquence et de la puissance des aléas marins. Chaque
phénomène doit être pris en compte séparément pour s’adapter au mieux, tout en privilégiant une cohérence territoriale.
Un plan programmatique va permettre de gérer les espaces les uns après les autres selon le degré d’urgence de leur submersion et de les adapter de façon progressive selon le rythme de ces évolutions climatiques. Tous les domaines seront abordés : le paysage, l’écologie, le patrimoine, l’urbanisme et l’économie. Ces temps correspondent à des phases de recompositions spatiales et paysagères
face à la montée de l’eau et ils auront un impact de plus en plus important sur les paysages aux alentours de Sangatte.
Les premiers espaces touchés seront les champs cultivés qui se trouvent en contrebas ainsi que les premières habitations qui longent le littoral de Sangatte
et celles qui sont à proximité des watteringues. Cela correspond aux espaces humides, les dunes et autour des wateringues.
VERS UNE TRANSITION PROGRESSIVE DES PAYSAGES : UNE STRATÉGIE TEMPORELLE anticiper : gérer l’eau en amont Dans un premier temps, une gestion des eaux en amont de leur arrivée dans la commune va permettre de redessiner le territoire petit à petit, tout d’abord par des continuités paysagères. Il serait judicieux de développer la réserve naturelle qui se trouve à l’Est de Calais jusqu’à Sangatte afin de générer un véritable corridor
perméable adapté permettant de guider et tamponner un maximum d’eau tout en
81
Parc ornithologique de Marquenterre
source : http://biofaune.canalblog.com/archives/
Centrale nuclĂŠaire de Graveline
source : https://www.asn.fr/Informer/Actualites/Poursuite-de-fonctionnement-reacteur-1-centrale-nucleaire-de-Gravelines
82
composant un nouveau paysage qui est déjà présent à l’Est de Calais. Ce paysage pourrait s’apparenter à un parc ornithologique, à l’image de celui de la Marquenterre dans la baie de Somme, qui est un espace aménagé pour que les
oiseaux profitent des espaces sans être dérangés par les humains qui souhaitent
être en contact avec le monde sauvage. Cette épaisseur artificialisée, en plus
d’être riche en biodiversité, permettrait de gérer le supplément d’eau, celle des wateringues comme celle de la mer lors de tempêtes et des inondations.
Parallèlement, la présence de micro-topographie serait nécessaire pour temporiser les eaux qui ruissellent depuis les coteaux du Boulonnais. Pour ralentir
le ruissellement et limiter l’impact de la crue, différentes mesures peuvent être engagées à travers des pratiques culturales adaptées : favoriser les sols perméables, créer des talus et fossés perpendiculaires à la pente pour aider l’infiltration, générer
des bandes enherbées en fond de vallon pour ralentir l’écoulement et implanter des mares pour temporiser l’infiltration.
se tourner vers des dynamiques aquatiques Ensuite un passage vers une autre forme d’agriculture semble nécessaire,
Sangatte qui accueille à ce jour plusieurs exploitations va devoir adapter ses cultures afin de les tourner davantage vers les milieux aquatiques, et développer
cette économie, l’une des dynamiques les plus représentées sur ce territoire. Les agriculteurs seront directement concernés et devront être soutenus durant ces phases, et formés aux cultures d’eau saumâtre telles que : la salicorne, les algues
et les prés salants. L’économie s’aligne alors avec le mouvement transitoire qui lie le territoire avec l’eau.
développer une dynamique économique d’énergétique verte La Côte d’Opale accueille la plus grande centrale nucléaire de France, composée
de six réacteurs; elle alimente entièrement toute la région Nord-Pas-De-Calais.
Cette situation n’est pas enviable, surtout avec les risques d’inondation que court la ville de Graveline (où se dresse la centrale, à seulement 30km de Sangatte). Une transition énergétique doit prendre place sur le delta de l’Aa, la question
de la conservation de cette centrale en activité est donc à poser. Le territoire a les capacités de s’approvisionner autrement, entre les vents et la mer le territoire
est tout à fait capable de s’alimenter à l’aide d’hydroliennes, d’éoliennes et de
83
VERS UN ESPACE DUNAIRE DÉVELOPPÉ ET PROTECTEUR
Littoral de Katwijk par l’agence OKRA
VERS DES HABITATS RÉSILIENTS
Maison flottante à Rotterdam
Maison Amphibie par Baca Architects
84
panneaux solaires. Sans cette transition énergétique, la résilience vis à vis des eaux perd tout son sens.
vers un urbanisme résilient Vient ensuite la question de l’urbanisme, de son appréhension et de la
relocalisation des populations susceptibles d’être déplacées. Il est nécessaire de tendre progressivement vers une résilience, vers une acceptation de la situation
en adaptant les habitats et les infrastructures tout en reculant petit à petit vers l’intérieur des terres.
Délocaliser des familles n’est pas si simple, gommer une maison sur photoshop
n’est pas sans conséquence pour les propriétaires des lieux. Effectivement, une
délocalisation doit prendre en considération l’avenir des familles qui perdent alors la propriété sur laquelle ils ont pu vivre durant des années voire durant plusieurs
générations. La loi exige le rachat des biens par l’État si la propriété ne figure pas dans un espace dit «à risque». L’État alors propriétaire du terrain, peut ainsi y faire des aménagements.
L’urbanisme doit être repensé dans sa forme de base : les typologies d’habitats ne sont pas adéquates, leur relation entre elles ne correspond plus aux dynamiques de
demain. Se tourner vers une urbanisation flottante et aquatique à un certain stade semble une évidence. Dans la projection que je développe avec une hausse de trois mètres du niveau de la mer de nouveaux habitats flottants et amphibies doivent prendre part à la formation de cet urbanisme pour permettre une véritable résilience.
L’élaboration d’un nouveau tissu urbain permettant un quotidien agréable avec la présence de l’eau ne peut se faire qu’en réinterrogeant entièrement celui qui
s’est développé à ce jour le long de ces littoraux. L’étalement urbain actuellement
présent empêche un rapport direct avec la mer, augmente considérablement le linéaire d’infrastructure routier et rend plus difficile les échanges entre les habitants.
Le peu d’espace public empêche les habitants de se retrouver dehors lors des marées hautes qui durent plusieurs heures et submergent la quasi totalité de la plage de Sangatte au cours de la journée.
Pour permettre cette transition paysagère des outils comme le PLU, le SCOT et le PPRI vont permettre de planifier en amont les parcelles à risque et les espaces à perméabiliser davantage.
85
d’un marais vers une halte nautique temps 1 : le marais d’eau douce GESTION D’UNE HAUTEUR D’EAU D’UN MÈTRE : ENVIRON 250 000 M3 Dans ce premier temps, la projection est réalisée avec une crue maximale d’un mètre sortie des wateringues, en additionnant à la fois la hausse de la quantité des eaux de ruissellement qui s’écoule le long des coteaux et les eaux arrivant directement sur les espaces de la commune.
250
APPARITION D’UNE ZONE HUMIDE
86
500
750m
CONSERVATION DES HABITATIONS RÉCULÉES
La plus grande des modifications spatiales est la suppression des habitations qui longent actuellement le littoral. Édifiées sur la dune, ces maisons seront les premières touchées lors de tempêtes par leur houle, mais surtout par l’érosion qui grignote de plus en plus rapidement les dunes sur lesquelles elles sont bâties. Ainsi, le risque que les habitants encourent à cause de l’érosion, ou à cause d’une rupture de digue si une tempête se présente, est évité. Cette étape offre aux habitants de la commune une épaisseur dunaire plus importante qui permet de
stopper les eaux en cas de surcote lors d’une tempête. Elle va au fil du temps attirer des espèces animales qui sont actuellement peu présentes sur la commune, comme les oiseaux, développant ainsi une plus grande diversité faunistique et écologique. L’espace qui va accueillir les crues va également devenir une réserve d’insectes et de biodiversité floristique avec l’apparition d’espèces aquatiques et de marais. De nouveaux paysages vont améliorer le cadre de vie des habitants de cette commune car ils seront renforcés par des aménagements leur permettant de jouir de cette nouvelle qualité paysagère.
DÉCONSTRUCTION DES HABITATIONS *
NOUVELLE ÉPAISSEUR DUNAIRE
* se référer à l’annexe concernant le PPRI de Sangatte
87
temps 2 : le marais d’eau saumâtre : l’algoculture GESTION D’UNE HAUTEUR D’EAU DE 2 MÈTRES : 700 000 M3 La commune est sujette à des inondations à cause de ruptures de digues liées à la présence de brèches dans ses protections (qui ne semblent pas pouvoir être réparées de manière pérenne). C’est pourquoi dans cette phase où les aléas marins seront intenses, je décide de laisser passer l’eau, ouvertement, pour qu’elle pénètre à sa guise sur le territoire. Un aménagement en conséquence, des alentours, est nécessaire, ainsi le risque de rupture de digue sans anticipation lors d’une tempête un peu plus forte que d’habitude est évitée. Un nouveau rapport avec l’eau se dessine sur ce territoire : l’eau s’y déploie à sa guise à travers les différents aménagements.
250
500
CULTURE D’EAU SALÉE
RECUL DE L’URBANISATION
88
750m
Le passage vers une agriculture d’eau saumâtre se réalise dans cette étape. Des aménagements en escalier reprenant le motif des Ripple Marks16 sont créés au bord de l’eau pour accueillir ces nouvelles cultures. La présence de différents niveaux permet de développer plusieurs types de cultures humides, diversifiant ainsi les dynamiques économiques.
espaces où une déambulation est présente avec les nouveaux aménagements. A ce stade, d’autres habitations sont détruites afin de préserver la sécurité des propriétaires et de leurs biens, face au risque des inondations. Ces maisons se trouvent du côté des coteaux, à leur pieds, cette démarche ne concerne que celles qui sont le plus en contrebas, donc à ras de l’eau.
Le paysage de Sangatte se transforme radicalement; désormais la relation avec la mer est présente et visible sur le territoire. Une végétation hélophyte dense vient prendre place en bordure de culture, créant un seuil, une épaisseur entre les espaces privatifs et les 16
Des passerelles sont construites afin de rejoindre les deux rives sans être obligé de faire tout le tour de l’espace.
se référer au glossaire
APPARITION D’UNE STRATE HAUTE
89
INSTALLATION DE LA DUNE
temps 3 : l’estuaire + la halte nautique GESTION D’UNE HAUTEUR D’EAU DE 3 MÈTRES : 1 250 000 M3 Le troisième et dernier stade de hauteur d’eau abordé dans cette recherche atteint un niveau important dans les répercussions que peuvent avoir les changements climatiques. Les aménagements qui en découlent sont susceptibles de gérer une quantité d’eau qui
correspondrait à la fois à des crues récurrentes dépassant le mètre et demi et la montée du niveau de la mer de deux mètres, ainsi que l’eau amenée en plus par une surcote.
250
500
750m
Ce niveau correspond également à la hauteur de la
un bassin à grande échelle. En cas de débordement,
Au delà de cette hauteur, l’eau passera cette digue
seront pas exposées car celles qui restent se trouvent
route qui stoppe l’eau et donne cette forme au marais.
improvisée et ira inonder les territoires derrière qui auront eu, eux aussi une requalification paysagère
par étapes, mais cette fois décalée par rapport à celle présentée ici. Sangatte correspond donc au premier
grand bassin de rétention face à la montée des eaux,
MARAIS
les maisons encore présentes sur la commune ne
à plus d’un mètre au-dessus du niveau de l’eau. Si l’eau monte davantage, une autre étape sera donc
nécessaire pour délocaliser cette population et développer encore le paysage maritime déjà installé.
DÉVELOPPEMENT DES DIFFÉRENTES STRATES VÉGÉTALES
90
AMÉNAGEMENTS POUR JOUIR DU MARAIS
Port de la Normandière à Brétignol-sur-mer par l’agence Urbicus
A partir de ce troisième temps d’évolution, c’est
le long de l’espace en eau. Cette apparition permet
jour. L’eau étant déjà très présente dans l’étape
attirant d’autres cibles de touristes de renforcer
plus une modification des dynamiques qui voit le précédente, son augmentation a davantage un
impact sur les usages plus que sur les transitions paysagères culturales ou sur la palette végétale.
Effectivement, Sangatte tend à ce stade vers un paysage qui se compose à la fois d’éléments de vocabulaire maritime, d’algoculture mais aborde aussi celui du loisir et de la détente. Ce paysage se traduit par l’aménagement d’une halte nautique
de dynamiser d’une autre manière la commune en
ainsi l’économie locale. Mettre en avant le désir de développer la commune autour du loisir nautique permet de dynamiser positivement l’image que renvoie
Sangatte, qui à l’heure d’aujourd’hui est assez terne. Pour réussir cette transition tout en conservant la biodiversité installée, les aménagements nautiques
ne doivent pas être trop importants et radicaux, cela se fera par une modification subtile du paysage.
AGRANDISSEMENT DES ZONES HUMIDES DISPARITION DE LA PLAGE
91
postface
une seconde chance pour sangatte
92
VERS L’ESTUAIRE DU DELTA DE L’AA TEMPS 1
TEMPS 2
TEMPS 3
93
GLOSSAIRE Bassin de rétention : Zone de stockage des eaux pluviales, enterrée ou à ciel ouvert. Il est destiné à récupérer les eaux pluviales issues de surfaces non-absorbantes créées pour les besoins d’aménagement humains. Il permet de temporiser les eaux le temps qu’elles s’infiltrent. Cycle de l’eau : (ou cycle hydrologique) est un modèle représentant le parcours entre les grands réservoirs d’eau liquide, solide ou de vapeur d’eau sur Terre : les océans, l’atmosphère, les lacs, les cours d’eau, les nappes d’eaux souterraines et les glaciers. Erosion : Modification par l’enlèvmeent de matières des sols ou des roches par des agents naturels (la mer, le vent, les eaux courantes, les éboulements et les glissements,..) ou anthropiques Estuaire : Portion de l’embouchure d’un fleuve où l’effet de la mer ou de l’océan dans lequel il se jette est perceptible. GIEC : Groupe d’expert Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat Houle : Mouvement ondulatoire régulier de la surface de la mer qui se propage sur de grandes distances, indépendamment du vent local qui lui a donné naissance. Loi littorale : Loi française adoptée en 1986 dans l’objectif d’encadrer l’aménagement du littoral, de sorte à protéger les espaces remarquables et à les valoriser. Actualité : Elle concerne plus de 1 210 communes riveraines de la mer, mais aussi de grands
lacs, d’estuaires ou de deltas. Elle tente de concilier préservation et développement du littoral. Cette loi couvre plus de 5000km de côtes en France.
Avec les changements climatiques et ses conséquences, la loi doit évoluer pour prendre en compte la réalité actuelle. Le Sénat vient d’adopter un amendement qui vise à modifier la
loi Littoral. Alors que l’Assemblée Nationale doit elle aussi examiner cet amendement, les
défenseurs de l’environnement sont mobilisés contre la révision de la loi Littoral car desitnée normalement à conserver une biodiversité sur les côtes les modifications à examiner en
février 2017 vont à l’encontre de toute logique liée à la hausse du niveau de la mer, car elle
permettrait de nouveau une densification de l’urbanisme des littoraux français. L’urbanisation sur les côtes risque donc de se développer davantage et va ainsi compliquer la gestion de la hausse du niveau des mers et rendre plus complexe toute intervention.
94
Marée : Mouvement périodique de montée et de descente du niveau de la mer dû à l’attraction de la lune et du soleil. Marnage : Différence entre la hauteur d’une pleine mer et celle de la basse mer qui la précède ou la suit immédiatement. PPRI : Plan de Prévention des Risques d’Inondations Polder : Etendue de terres gagnées sur la mer, par endiguement et drainage. Procédure d’expropriation : La procédure d’expropriation permet à une collectivité territoriale de s’approprier des biens immobiliers privés, afin de réaliser un projet d’aménagement dans un but d’utilité publique. Cette procédure est nécessaire en vertu du code civil qui prévoit (article 545) que «nul ne peut être contraint de céder sa propriété, si ce n’est pour cause d’utilité publique et moyennant une juste et préalable indemnité». Ripple Marks : (ou rides de courants) désigne les rides asymétriques, allongées, parallèles et régulièrement espacées, qu’on peut observer dans les sédiments sableux d’origine marine, lacustre, fluviatile, laissée par le va et vient des vagues. Risque : Eventualité d’un évenement pouvant causer la perte d’un bien ou de tout autre enjeu économique, social ou environnemental. Ruissellement : Le ruissellement des un phénomène physique d’écoulement non organisé de l’eau sur un bassin versant suite à des chutes de pluies. Il perdure jusqu’au moment où il rencontre une rivière, un réseau d’assainissement ou un marais. SCOT : Schéma de Cohérence Territorial Submersion marine : Recouvrement d’une zone terrestre par des eaux marines. Surcote : Hauteur d’eau observée, au delà de ce qu’on attendait à une heure donnée en fonction du coefficient de marée du jour. Vulnérable : Qui peut être atteint, soumis à un évenement (à un phénomène) Zéro hydrographique : Originie commune conventionnelle portée sur les cartes marines et les hauteurs d’eau (marée) prédites par les «annuaires de marée».
95
BIBLIOGRAPHIE CHELKOWSKI Xavier lors d’un exposé au sein de la Plate-forme d’Observation des Projets de Stratégies Urbaines le 10 mars 2014 à Rotterdam
DELBAERE Denis, La revanche du château de sable : où comment quelques
visionnaires jardiniers de plage anticipèrent la dépoldérisation du delta de l’Aa, Les Carnets du Paysages n°17 : Des défits climatiques, p114
DELPORTE Margaux, Montée des eaux : comment inventer un nouveau paysage de la plaine maritime flamande : le projet de paysage pour penser un futur incertain, TPFE, 2015, 97p
GOELDNER-GIANELLA Lydie, Polder du XXIème siècle, des paysages diversifiés et
mouvants dans un contexte de changement climatique et d’évolution sociale, Les Carnets du Paysages n°17 : Des défits climatiques, p50
GONDA Louise, « Alexandre Magnan, Changement climatique : tous
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JEUDY Olivier (dir), Paysages urbains (parisiens) et risques climatiques, éditions Archibooks + Sautereau éditeur, 2016, 311p LAGANIER Richard et SCARWELL Helga-Jane, Risque d’inondation et aménagement durable des territoires, Presses Universitaires du Septentrion, 2004, 238p
MAUGARD A, Regard sur la ville, vers de nouveaux modes de vie, Champs-sur-Marne, éditions du CSTB, 2010
96
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Gestion de l’Erosion sur le littoral de la Côte d’Opale, publié par la Région Nord-Pas-DeCalais, 2003, 185p
MORISSEAU Grégory, Mer combattue, mer acceptée : un projet de paysages et ses problématiques, 2013, Laboratoire de recherche ENEC UMR 8185, 459p
TERRIN Jean-Jacques (dir), Jardins en ville, villes en jardin, éditions Parenthèse, collection la ville en train de se faire, 2013, 317p
TERRIN Jean-Jacques (dir), Villes et changement climatique, îlots de chaleur urbains, éditions Parenthèse, collection la ville en train de se faire, 2015, 279p
97
ANNEXES la mer en pente des climatoscĂŠptiques
98
99
éléments de compréhension du territoire Documents provenants d’un dossier réalisé par le SAGE regroupant des informations qui m’ont permis de comprendre et d’appréhender le territoire du Delta de l’Aa.
DYNAMIQUE ATTRACTIVE
RÉSEAU D’EAU ET ZONE HUMIDE
100
PPRI
QUALITÉ DE PERMÉABILITÉ DES SOLS
101
Inventaires de phénomènes d \'inondations (atlas, études)
Inventaire des phénomènes d’inondations
Contenu de la carte Naturel Inondation Atlas zones inondables Aléas Faible Moyen Fort Très fort Aléas AZI Scarpe Escaut Crues Décennale Centennale Historique Invasion marine Invasion marine 1984 Submersion marine Submersion_T100 Faible Moyen Fort Très fort Fonds Réseau hydro Voies navigables Tissu urbain (clc06) Fonds de plan Belgique Mer du Nord Référentiels Scan 1/25 000 Noir et blanc Parcellaire Image
Tous droits réservés. Document imprimé le 9 Janvier 2017, serveur Carmen v2.2, http:// carmen.developpement- durable.gouv.fr, Service: DREAL Nord- Pas- de- Calais.
sangatte au début du siècle
102
ppri de sangatte
Les habitations qui seront déconstruites pour la majorité sont dès à présent identifiées dans le PPRI de la commune, l’expropriation est donc justifiée. Une relocalisation des familles est prévue, et si elles souhaitent rester dans la commune, des terrains seront mis à leur disposition, plus haut sur les coteaux, au niveau de l’entrée Ouest de Sangatte. Actuellement plus ou moins en friche, ils seront rachetés par la commune, les propriétaires actuels, comme ceux des habitations des dunes, recevront un arrêté préfectoral de Déclaration d’Utilité Publiques stipulant la demande de rachat de leur bien privé.
marins attendant d’aller en mer
103
l’attraction marine D’après les chiffres du Ministère de l’Environnement en 2012, au delà des phénomènes d’érosion, on décompte plus de 700000 ha
de côtes « basses » et 1,5 millions d’habitants
y
résidents
tout
au
long de l’année qui sont soumis à l’aléa des submersions marines. Et selon les prédictions de l’INSEE les
littoraux
accueillir
français
4,5millions
d’habitants
supplémentaires d’ici 2040. source : https://www.populationdata.net
formation écologique d’une dune
source : http://atlas-paysages.fr/la-formation-du-cordon-dunaire.html
104
devraient
procédure d’expropriation Une opération d’expropriation ne peut être légalement déclarée d’utilité publique
que si les atteintes à la propriété privé, le coût financier et éventuellement les
inconvénients d’ordre social qu’elle comporte ne sont pas excessifs eu égard à l’intérêt qu’elle présente.
Dans un délai qui ne peut excéder 6 mois à compter de la date de l’arrêté de cessibilité, et si l’acquisition des parcelles n’a pas pu se faire à l’amiable, l’expropriant
saisit le préfet aux fins de transmettre le dossier au juge de l’expropriation (au greffe du tribunal de grande instance), afin que celui-ci prononce l’ordonnance d’expropriation.
source : http://www.gers.gouv.fr/Politiques-publiques/Environnement/ Operations-d-amenagement-Declaration-d-Utilite-Publique-cessibilite-autres
105
106
107
108