JERONIMO RIVERA GUILLEMIN MÉMOIRE DE FIN D'ÉTUDES
POUR LE BOIS Entre forêt et monoculture
Étude de cas pour la construction d'un centre éducatif et social, pour la régénération des forêts dans le Michoacán au Mexique.
POUR LE BOIS Entre forêt et monoculture
Étude de cas pour la construction d'un centre éducatif et social, pour la régénération des forêts dans le Michoacán au Mexique. Jeronimo Rivera Guillemin Mémoire de fin d'études École Nationale Supérieure d'Architecture Paris-Malaquais Département Transitions, Juin 2021 Sous la direction de : Delphine Lewandowski Sabine Chardonnet-Darmaillacq Loïc Couton
CC BY-NC-SA 4.0.
La reproduction sans fin commerciale totale ou partielle du matériel par tous les moyens et sous tous les formats est admise, sous condition de créditer l'auteur et l'ouvrage. Les polices utilisées sont Adobe Garamond Pro, Helvética Neue et Theinhardt.
Merci à ma famille et à mes amis proches qui m'ont toujours soutenu. Merci à mes professeurs qui m'ont encouragé à m'investir dans un sujet qui m'a passionné, merci Delphine, Sabine, Loïc. Merci aux acteurs rencontrés qui ont enrichi mes connaissances, merci Rafael Pimentel, Juan Servin. Merci à la communauté de Nuevo San Juan Parangaricutiro, pour son exemple. Merci infini à tous les autres personnes qui ont pu m'accompagner durant le développement de ce travail. Jero
AVANT-PROPOS
D
ans les études d’architecture, le projet final d’études offre une opportunité unique pour approfondir les bases de nos convictions professionnelles. Je vois cela comme une ébauche d’un futur manifeste. La puissante fiction que nous construisons, nous projette sur des objectifs que nous voudrions atteindre un jour. C’est aussi un retour aux sources, un questionnement personnel qui permet de nous interroger sur ce qui nous touche, sur ce quoi nous sommes prêts à accomplir notre travail avec enthousiasme. Il faut retrouver dans la mémoire une situation qui a attiré notre attention à un moment donné et à laquelle nous pensons pouvoir apporter une réponse avec notre sensibilité d’architecte. Dans cette quête introspective, je me suis tourné vers la région où j’ai grandi, située dans l’état du Michoacán au Mexique. Au fil des années, j’ai pu constater une détérioration des conditions environnementales qui se poursuit encore aujourd’hui. Le déboisement représente à mes yeux la dégradation plus préoccupante, car il entraine une diminution des ressources hydriques de cette région et l’assèchement d’un lac millénaire très important d’un point de vue identitaire. Actuellement, le développement intense des monocultures d’avocats se révèle être la principale menace par rapport à la conservation des forêts dans la région. La demande internationale pour ce produit étant à la hausse depuis 20 ans, il est plus que jamais le moment de réfléchir aux impacts de cette agriculture industrielle intensive.
C’est dans cette problématique que mon projet analyse le développement d’une filière bois responsable. Le défi consiste à proposer une alternative économique viable, qui encouragerait les habitants à sauvegarder leur richesse environnementale, tout en s’engageant dans un projet éducatif et d’auto-gouvernance. Cet écrit étudie les conséquences locales d’un commerce international issu de la mondialisation, complexifié par le changement climatique et le besoin croissant de développement économique des populations. Il s’agit d’un sujet d’actualité qui peut prendre place dans une école d’architecture. Le projet se matérialise dans la construction d’un centre de formation des métiers du bois, financé par l’industrie des avocats. Voici donc l’occasion d’affirmer mes convictions écologiques, car j’ai été sensibilisé à ces thématiques depuis mon enfance. Pour en savoir plus, j’ai effectué un voyage sur le territoire entre janvier et février 2021, j’ai ainsi pu rencontrer bon nombre d’acteurs qui ont enrichi ma connaissance du terrain. Je serais heureux qu'à l'avenir, mon travail puisse servir aux communautés que j’ai pu visiter, allant dans le sens d’une vocation sociale que je recherche. Bonne lecture...
1
Photo de la région de mon enfance. / Source : photo personnelle.
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CONTENU
INTRODUCTION
5
PARTIE I La problématique 1 Un écosystème face à la tentation de la mono-culture 1.1 - L’ampleur des profits de l’avocat, tout le monde veut en planter
7
1.2 - L’eau : un élément au cœur des convoitises 1.3 - La déforestation : les logiques d’un phénomène systématique 1.4 - Les facteurs aggravants
7 9 11 16
2 Fragilités actuelles du modèle agricole 2.1 - À l’exemple du krach du café, le krach de l’avocat peut advenir
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3 Proposer des alternatives économiques dès maintenant 3.1 - Filière bois : entre exploitation et conservation
21
PARTIE II Le projet 1 Comprendre le contexte à travers une approche pluri-disciplinaire 1.1 - L’histoire et la géographie, afin d'expliquer les spécificités du lieu choisi
31
2.2 - Un monopole d’exportation en péril
3.2 - Cas d’étude mexicain : gestion forestière intégrale, de la pépinière au meuble 3.3 - Les monocultures d’arbres sont à éviter 3.4 - Vers une approche bio-régionaliste pour la coexistante des hommes avec la nature
1.2 - Les vestiges pré-hispaniques trouvés sur le terrain 1.3 - Le village à partir du 20ème siècle : un laboratoire de mélange culturel 1.4 - Statistiques de la population et du bâti villageois en 2020 1.5 - Architectures vernaculaires
2.2 - Des préceptes de reboisement adaptables à la petite et à grande échelle 2.3 - Un projet éducatif pour dynamiser les interactions sociales entre les villages
3.1 - Le basalte : un matériau historiquement utilisé 3.2 - Affirmer la place du bois : compléter l’ancien avec le contemporain 3.3 - Un espace public pour comprendre l’héritage historique et écologique 3.4 - Améliorer l'insertion urbaine de la typologie scolaire mexicaine 3.5 - Le terrain du projet comme la pièce manquante d’un puzzle 3.6 - Campus du Centre de Formation des Métiers du Bois
17 19 21 23 27 29
31 35 35 36 38
2 Stratégies de développement durable à l’échelle territoriale 2.1 - La problématique hydrique du bassin lacustre de Pátzcuaro
43
3 Concevoir une architecture locale pour répondre au défi régional
51
CONCLUSION
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SOURCES
73
ANNEXE
77
- Entretien avec un producteur d’avocats
43 44 48 51 53 54 55 57 60
77
3
Le Mexique et le Michoacán comparés à la France. / Source : réalisation personnelle.
Mexico
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INTRODUCTION
L’état du Michoacán a toujours été connu pour ses vastes forêts de montagne, où prédominent les conifères et dans une moindre mesure quelques variétés de feuillus. Ces ressources forestières constituent l’une des principales richesses naturelles de la région. La forêt permet l’existence et la viabilité d’un écosystème qui assure l’approvisionnement en eau de la région, aussi important pour la flore et la faune que pour les humains. Les arbres en général mais surtout les conifères, permettent de conserver l’humidité de l’atmosphère, au petit matin quand la rosée se pose sur la canopée la condensation produit des goutes d’eau entrainées vers le bas par la forme des aiguilles de pins, sapins et cyprès. Ce phénomène permet l’infiltration dans la nappe phréatique, ainsi que la formation des courants d’eau qui viennent alimenter le biotope en aval. Grâce à ce cycle de l’eau très dynamique, les avocatiers trouvent des conditions idéales pour se développer, car ces arbres nécessitent d'un apport en eau très important. Aujourd’hui les forêts d’avocats ont peu à peu remplacé les forêts originales, car la rentabilité des fruits est devenue très attractive. Ce phénomène se manifeste de façon hétérogène dans le territoire du Michoacán, certaines municipalités sont plus touchées que d’autres. Mais les conséquences de la déforestation massive, comportent toujours une diminution de l’approvisionnement en eau, conduisant à une diminution de la capacité des écosystèmes à l'autosuffisance et à perpétuer une biodiversité bénéfique pour les humains.
LA PROBLÉMATIQUE
LA PREMIÈRE PARTIE du texte s’intéressera à l’origine de la déforestation dans l’état du Michoacán, en analysant ce qui pousse au remplacement de la forêt native par les avocats. L’hypothèse d’un krach de ce modèle économique, lucratif mais déprédateur, servira comme point de départ pour mettre en évidence la nécessité de développer des alternatives économiques. A ce titre, un regard global sera porté sur la filière du bois dans l’état, car il existe une tradition forestière locale à prendre en compte. Le choix du développement de cette ressource n’est pas anodin, un exemple de gestion des forêts dans la région permet d’envisager un avenir durable. LE PROJET
LA DEUXIÈME PARTIE propose d’abord
de circonscrire le territoire où se concrétisera le projet, se focalisant sur un lieu précis qui a une histoire singulière. Le site où j’ai choisi d’implanter le projet se trouve aux abords du lac de Pátzcuaro, vraie source d’identité culturelle pour les peuples pré-hispaniques. Les traces de leur ancienne civilisation subsistent encore jusqu’à nos jours et se manifestent dans les pratiques d’organisation sociales autant que dans l’architecture. Ce bassin lacustre est aujourd’hui soumis à un risque de disparition pour différentes raisons alors que la conservation de la forêt est déterminante pour sa survie. Jusque-là relativement épargné par la fièvre de l’avocat, aujourd’hui ce lieu est confronté à la tentation de convertir son territoire en plantations.
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Tout en s’inscrivant dans le contexte régional de la déforestation et de crise hydrique, le projet devra prendre en compte les enjeux locaux. L’histoire, la culture, les pratiques sociales, les dynamiques de mobilités ou encore les ressources locales, sont des facteurs qui influenceront le dessin architectural. Maîtriser la variété de ces informations à toutes les échelles est
une tâche complexe, le projet est d’en utiliser les composantes pour aider la population à se rallier à une démarche ayant une véritable perspective d’avenir. Une meilleure utilisation du bois permettrait de maintenir la richesse de sa diversité en même temps qu'une productivité perenne, plantations d’avocats comprises.
La couverture d'un reportage sur le sujet. / Source : Journal EL PAIS , reportage spécial La maldición del aguacate (02.02.2019).
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INTRODUCTION
PARTIE I
La problématique
1 UN ÉCOSYSTÈME FACE A LA TENTATION DE LA MONOCULTURE 1.1 L’ampleur des profits de l’avocat, tout le monde veut en planter Le commerce d’avocat a une histoire singulière. La plante est génétiquement originaire de la région centrale du continent américain, dans une vaste zone qui s’étend entre le plateau central du Mexique jusqu’au nord de la Colombie. Cependant, la variété Hass (aujourd’hui la plus consommée) provient d’une hybridation obtenue en Californie en 1926 par Rudolph Hass. Pendant très longtemps, les plantations de cette variété n'avaient lieu que dans cette partie des Etats-Unis car la production était soumise à un brevet déposé par le créateur. Mais quand la patente expira en 1958, des agriculteurs introduisent la souche en Amérique latine pour tester les rendements dans d’autres terres. Il se trouve qu’une région de l’état du Michoacán au Mexique possédait un climat idéal pour l’avocat Hass, c’est ainsi que la plante fut introduite là-bas même si à l’époque les plantations au Mexique n’étaient pas rentables. Son potentiel resta inconnu durant la plus grande partie du 20ème siècle, car l’exportation d'aliments était impossible vers les Etats-Unis, qui paraissaient être les seuls à en connaître sa valeur. Pendant longtemps négligée, la culture de l’avocat a pris un élan à partir de la signature du traité de libre échange d’Amérique du Nord en 1994. A ce moment, la mutualisation du marché a permis d’enlever les barrières tarifaires et l’import-export d’aliments est devenu possible
entre les trois pays signataires. Cependant, peinant à abandonner une vision protectionniste, ce n’est que en 1997 que les États-Unis ont ouvert leur marché alimentaire. Le Mexique, voit alors une opportunité dans la vente de fruits tropicaux. C’est alors que commence une gestion logistique, pour organiser la production et le transport vers les pays du Nord, le Canada inclus. Parmi les produits promus, se trouvent les avocats, des citrons verts, mangues, piments, tomates ou encore des fruits rouges. Or, rapidement l’avocat fait ses preuves et se place comme le produit le plus rentable. Les recettes ont peu à peu permis la mise en place d’une logistique spécialisée, englobant le conditionnement pour l’exportation, ainsi que le transport vers les marchés internationaux, rendus possible par la construction de nouvelles infrastructures financées par le gouvernement. Grace au perfectionnement de la chaine de production, les fruits fraîchement récoltés sont emballés le jour même et sont transportés vers la frontière en seulement 24 heures.
Centre d'emballage 100% dedié aux avocats. / Source : photo personnelle.
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Photo de la ville de Tancítaro l'épicentre de la culture d'avocats, résponsable à elle seule de 5% de la production mondiale. / Source : photo personnelle.
8
1
Ces chiffres proviennent des études menées par le Conseil National d’Evaluation de la Politique de Développement Social (CONEVAL). Il est important de noter qu’en 2009 cet organisme a changé sa méthodologie de mesure des indicateurs de pauvreté. Par conséquent, à partir de 2010 les résultats des études pourraient ne pas concorder avec les chiffres d’avant.
2
Information tirée de l’article : Paredes Heriberto : La fiebre del aguacate. El fruto de la discordia en Michoacán. Revue « Gatopardo », 11/04/2021.
3
Selon l’organisation Water Footprint Network, (une bonne référence pour l’empreinte hydrique des produits de consommation), un kilogramme d’avocats demande un apport en eau de 2000 litres environ. Il s’agit d’un ratio très élevé pour un produit d’origine végétale.
Cet essor donne une nouvelle opportunité de développement économique en particulier à l’état du Michoacán qui à la fin du 20ème siècle se plaçait comme l’un des plus pauvres du pays. Dès lors, le boom a apporté une relative prospérité à la région de production. Une grande partie de la population y trouve une source importante de revenus, les centres d’emballage emploient surtout des femmes tandis que les hommes travaillent dans les plantations. En l’an 2000 la pauvreté dans l’état était estimée à 61,6% de la population, en 2018 ce pourcentage avait diminué à 46%1, il est fort probable que le développement de l’industrie de l’avocat ait contribué à cette amélioration des conditions de vie. Voila pourquoi, cette nouvelle ressource est surnommée à juste titre comme « l’or vert ». Ce modèle économique s’est imposé partout dans la région. En 2020, la superficie des terres dédiées à la production d'avocats était d’environ 140 000 hectares.2 Tout le monde veut avoir sa plantation, même si parfois les conditions particulières d’une parcelle ne permettent pas l’implantation de cette culture en raison de l’altitude, du froid ou du manque d’eau. Mais avec les techniques de l’agriculture industrielle moderne, les limites du possible ont été repoussées et les grands propriétaires peuvent amasser beaucoup d’argent. La possession de pick-up américains flambants neufs est devenue le portrait du succès économique. Dans cette fièvre de l’avocat, les bénéfices matériels des plus fortunés éblouissent certaines couches de la population. Alors, même si en réalité un verger d’avocats ne mène pas automatiquement à une richesse inouïe, posséder et exploiter une plantation est devenue la seule activité imaginable.
La « réussite » à Tancítaro. / Source : photo personnelle.
1.2 L’eau : un élément au cœur des convoitises La disponibilité de l’eau représente un sujet central dans l’agriculture. Le changement climatique accentue les sécheresses et fait envisager le manque du précieux liquide. Pour cultiver des avocats, la consommation dépend de plusieurs facteurs, mais de manière générale les arbres demandent une irrigation abondante.3 Afin de maintenir ce cycle d'arrosage intensif, des réservoirs rectangulaires sont creusés dans le sol, qui est ensuite tapissé d’une bâche en plastique afin de capter l’eau de pluie.
Les reservoirs. / Source : photo personnelle.
PROBLÉMATIQUE / UN ÉCOSYSTÈME FACE A LA TENTATION DE LA MONO-CULTURE
9
Cependant, les pluies au centre du pays viennent avec les moussons tropicales entre mai et octobre, pendant la période sèche il arrive que certains producteurs utilisent l’eau nécessaire à la consommation journalière humaine, dans une région où par ailleurs il n’existe pas de système d’eau potable. Ce type de conflit est constaté dans le Michoacán mais aussi sur plusieurs territoires en dehors du Mexique.4 Pluviométrie + température dans la région avocatière C°
mm
25
375
20
300
15
225
10
150
5
75
0
J
F
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
Non seulement les plantations consomment beaucoup d’eau, mais elles la polluent aussi. La majorité des producteurs utilisent des pesticides nuisibles pour la santé des populations locales et de l’éco-système. Il est possible d’affirmer que l’exposition aux particules toxiques est à l’origine du développement de cancers dans la région.5 La destruction de l'écosystème de montagne constitue une autre variable qui rentre en jeu dans cette problématique hydrique. C’est un fait : les forêts d’avocats gagnent cheque année du terrain sur la forêt native, qui permet de recharger les acquières. Cette perte a un impact sur les précipitations, contribuant à fragiliser les conditions climatiques uniques qui avaient justement rendu possible la culture avocatière. Des images satellite, montrent que 50% de la superficie forestière de l’état a été altérée depuis 1980.6
0
Source : Climate-date.org.
10 PROBLÉMATIQUE / UN ÉCOSYSTÈME FACE A LA TENTATION DE LA MONO-CULTURE
4
L’article : La fiebre del aguacate El fruto de la discordia en Michoacán cité plus haut, documente des cas d’appropriation des sources d’eau communales dans le village de Zirimóndiro, proche de la ville de Tancítaro.
5
Pour plus d’informations à ce sujet voir le documentaire de France 2 : Envoyé spécial : Les avocats du diable, disponible sur YouTube.
6
Etude de l’Université Nationale Autonome du Mexique : (Titre traduit) Evaluation des taux de déforestation dans le Michoacán, à travers une méthode hybride de classification d’images SPOT.
7
Terme employé au Mexique pour désigner la vocation d’un terrain sur le cadastre officiel. Ex. l’usage de sols peut être défini comme : urbain, de prairie, d’agriculture, d’espace naturel protégé etc.
1.3 La déforestation : les logiques d’un phénomène systématique Comme beaucoup d’arbres fruitiers l’avocatier exige une grande quantité de lumière, il est donc primordial d’empêcher la présence d’arborescences aux alentours d’une plantation. Dans un climat temperé, il serait possible d’abattre toute la végétation en même temps pour procéder à l’installation d’un verger. Cependant, les terrains de haute montagne sont exposés aux basses températures hivernales, alors il est préférable de planter progressivement les avocatiers, laissant au début les arbres plus hauts en guise de protection. Pour « nettoyer » les parcelles, la méthode discrète consiste à scier les arbres un par un ce qui permetrait en fin de compte d’exploiter le bois et de le revendre sur le marché. Or, cette pratique est condamnée à l’ilégalité, car l’altération des surfaces forestières est en théorie formellement interdite.
Le brûlis constitue un autre tactique, privilégiée grâce a sa rapidité, son bas coût, mais aussi à sa facilité de mise en œuvre sur des terrains inaccessibles. Pour mettre le feu, il suffit d’attendre la saison sèche entre février et mai, où la chaleur et le soleil sont aux aguets. Pendant longtemps les lois étaient laxistes sur cette question, car il était possible de changer « l’usage de sols »7, en prétextant une dévastation, comme celles causées par des catastrophes naturelles. Ce n’est qu’en 2016 que le Michoacán a adopté des lois qui interdisent formellement de changer « l’usage des sols » suite à un incendie, mais à ce jour aucune mesure n’a été entreprise au niveau national. Les résultats de cet ajustement juridique sont pour le moment encore négligeables, car la tendance à provoquer des incendies persiste.
178+65 Hectares de monocultures en 4 ans grâce au brûlis 2016
2018
Source : Images et mesures prises de Google Earth Pro.
2020
1km
PROBLÉMATIQUE / UN ÉCOSYSTÈME FACE A LA TENTATION DE LA MONO-CULTURE 11
Il est important de distinguer les deux types de couverture végétale dominants dans le Michoacán. Sur cette carte, les zones coloriées en vert représentent les forêts majoritairement constituées par des conifères à feuillage pérenne. Comme expliqué dans l’introduction, ces superficies ont des ressources en eau, à proximité desquelles les plantations
d’avocats s’établissent. Les incendies d’envergure se déroulent souvent à la lisère des zones forestières « primaires ». La couleur marron indique d’autres types de végétation, composées principalement d’arbustes caducifoliés, plus limités dans leur capacité d’attirer et de conserver l’humidité.
Types de couverture des sols 30.6 % 28.7 % 27.8 % 9.5 % 3.9 %
Végétation basse à feuillage caduc Sols dediés à l’agriculture Forêts de conifères et arbres à feuillage perenne Pâturages dominants Autres (villes, eau)
Frange de culture des avocats
12 PROBLÉMATIQUE / UN ÉCOSYSTÈME FACE A LA TENTATION DE LA MONO-CULTURE
Source des 4 cartes sur les pages 12,13,14 : Mas Jean-François, Lemoine-Rodríguez Richard, González Rafael, López-Sánchez Jairo, Piña-Garduño Andrés, Herrera-Flores Evelyn : (Titre traduit) Evaluation des taux de déforestation dans le Michoacán, à travers une méthode hybride de classification d’images SPOT. Mexico : Université Nationale Autonome du Mexique, 2017.
Altitude idéale pour la culture d'avocats Frange de culture des avocats
2100 m
1500 m
Perte de couverture forestière entre 2007 et 2014
Sur cette autre carte, toutes les types de végétation sont représentés, cependant elle permet de localiser de façon précise les superficies où une décroissance de la végétation native a été observée. Même si les zones rouges paraissent représenter peu de superficie proportionnellement aux zones vertes, il est nécessaire de rappeler qu’il s’agit d'un intervalle de seulement 7 ans. Le rythme de déboisement est constant depuis les années 90 et continue de nous jours.
Couverture végétale Plantations d'avocats Autres couvertures Gains Pertes
N
100 km PROBLÉMATIQUE / UN ÉCOSYSTÈME FACE A LA TENTATION DE LA MONO-CULTURE 13
Epicentres de la déforestation Entre 2007 et 2014, deux pôles principaux de déforestation ont été observés. Sur la carte, les zones rouges sont les territoires où les forêts originaires ont complètement disparu durant cette période. Pour visualiser les effets des plantations d’avocats à une échelle plus locale, il y a sur la page de droite, 2 exemples de villes immergées dans des forêts d’avocatiers. Les plantations entourant ces urbanisations ne datent pas toujours de la même période. Certains bourgs se trouvent actuellement sous pression, tandis que d’autres ne le sont plus et par conséquent l’évolution des alentours s’est stabilisée.
2 1
Proportion du changement entre 2007 et 2014 Magnitude des gains 0 - 100 ha Magnitude des pertes 0 - 100 ha 100 - 200 ha 200 - 300 ha 300 - 400 ha
Plus de 400 ha Sols recourverts de végétation Moins de 20% 20% - 40% 40% - 60% 60% - 80% Plus de 80%
14 PROBLÉMATIQUE / UN ÉCOSYSTÈME FACE A LA TENTATION DE LA MONO-CULTURE
N
100 km
1 Zirahuén / 3000 hbs. actuellement sur zone de pression
2 Tingambato / 8000 hbs. déboisé entre 2000 et 2010
Source : Photos prises de Google Earth Pro / l'édition de l'image est une réalisation personnelle.
1km
Plantations d’avocats PROBLÉMATIQUE / UN ÉCOSYSTÈME FACE A LA TENTATION DE LA MONO-CULTURE 15
1.4 Les facteurs aggravants En 2020, le Mexique est classé 124 sur 171 pays figurant sur l’indice de perception de la corruption tenu par l’ONG Transparency International. Le manque de fiabilité institutionnelle nuit au respect des normes environnementales et décourage la population de dénoncer les éventuelles infractions. Les pouvoirs publics qui sont censées réguler l’usage des sols sont souvent « colonisés » par des acteurs aux intérêts personnels, désengagés du bien commun. Parmi ces acteurs peuvent se trouver d'influents politiciens, des hommes d’affaires mais surtout des membres ou dirigeants de cartels, les frontières entre ces 3 catégories étant souvent floues. Leur manière de procéder peut aller à l'encontre d'une gestion durable des ressources hydriques ou forestières. 2020
2021
Source : Images prises de Google Earth Pro, data .shp prise du site de la CONABIO (Organisme moniteur de la biodiversité au Mexique) qui s'occupe aussi du suivi des feux de forêt. Image Landsat / Copernicus
Image Landsat / Copernicus
Le nombre atypique d’incendies forestiers durant la saison sèche de 2021 représente un possible indicateur des défaillances de la gestion territoriale. Sur les deux cartes situées en bas de page, une comparaison est faite entre les « points de chaleur »8 détectés en 2020 et 2021, sur une période allant du 01 janvier au 24 avril. L’année dernière 9132 évènements ont été enregistrés, alors qu'en 2020 le chiffre s’élève à 15500 ce qui représente une augmentation de 70%. Un point chaud n’est pas synonyme d’incendie, mais il s’agit d’un bon indicateur pour se faire une idée de l'ampleur des sinistres. Cependant, le nombre élevé d’incendies cette année peut être attribué à d’autres facteurs que celui de la mauvaise gestion, comme celui du phénomène La niña9 en cours cette année.
30 km
Image Landsat / Copernicus Image Landsat / Copernicus
16 PROBLÉMATIQUE / UN ÉCOSYSTÈME FACE A LA TENTATION DE LA MONO-CULTURE
30 km
8
Un point de chaleur est défini comme une source émettrice d’une radiation d’une intensité importante. Au Mexique ces points sont captés en s’appuyant sur l’infrastructure de satellites de la NASA, l’information est ensuite traitée par la commission nationale forestière (CONFOR) et permet d’avoir un aperçu en temps réel des risques d’incendie sur tout le territoire.
9
La Niña est un phénomène climatique qui se caractérise par une température anormalement basse dans les eaux du Pacifique central. Parmi les conséquences se trouvent des conditions climatiques plus sèches que la normale, touchant les régions proches des côtes du Pacifique, entre l’Amérique centrale et l’Amérique du sud.
L'hypothèse 10
Arguments tirés de l’entretien avec Rafael Pimentel, un producteur d'avocats bio de la région, à voir dans les annexes.
2 FRAGILITÉS DU MODÈLE AGRICOLE AVOCATIER Les crises existent depuis que le capitalisme est né. Un système où la prémisse d’un enrichissement continu et infini constitue sa raison d’être, entraine inexorablement des effondrements ponctuels. Une crise grave s’ensuit lors que la source unique de revenus s’effondre. Le modèle de monoculture de l’agriculture industrielle, présente aujourd’hui plus que jamais une forte fragilité par rapport au changement climatique. Il suffit qu’une maladie incontrôlable se répande pour ravager les récoltes de territoires entiers, provoquant ainsi des crises à plusieurs échelles. Développer la résilience des systèmes agricoles doit passer par la diversification des semences, pour favoriser la biodiversité dans les champs.
ment d'autres cultures à côté. Ces règles strictes sont officiellement conçues pour « préserver » les plantes, de toute perturbation ou contamination par des agents pathogènes. Pour rendre possible ces pratiques artificielles et éloignées du développement naturel de la végétation, les entreprises agro-industrielles multinationales préconisent leurs réponses « toutes faites » qui consistent principalement en des engrais chimiques. Or, il s’agit de formules qui engendrent en fin de compte d’autres problèmes, pour lesquels ces entreprises ont déjà des solutions prêtes à vendre. Finalement, les produits et engrais artisanaux sont difficiles à valider auprès des autorités qui certifient l’exportation, alors qu'ils peuvent être tout aussi bons.10
Au cours des visites de terrain que j’ai pu faire en février 2021, j’ai eu la chance de me rendre au cœur du pays de l’avocat, avec un agriculteur qui a fait le choix d’une gestion agro-écologique. Ce producteur exporte ses avocats biologiques principalement aux Etats-Unis, mais il est également certifié pour envoyer sa récolte en Europe et au Canada. Durant les conversations que nous avons eues, il a pu me renseigner sur certaines des contraintes d'exportation qui lui paraissaient absurdes. Selon lui, les règles de l'agriculture commerciale dans le monde entier privilégient la monoculture, alors qu'il serait parfaitement compatible d’intercaler des cultures.
Selon ce même producteur (qui a accès à des statistiques d'associations de producteurs), environ 5% de la superficie cultivée dans le Michoacán est dédié à la production d’avocats biologiques. Dans un tel scénario, une grande majorité des producteurs/exportateurs serait enrôlée par des consortiums agro-industriels. Le risque d’un épuisement progressif des sols est bien réel, ainsi que l’éventuelle apparition de maladies ou de parasites incontrôlables. La viabilité du modèle en vigueur est incertaine à long terme, du moins d’un point de vue écologique.
Un des critères du département d’agriculture des Etats-Unis (USDA) pour avoir un verger d’exportation, c'est d’empêcher le développe-
Autrefois, les plantations de café constituaient une activité d’importance autour de la ville d’Uruapan, aujourd’hui l’épicentre de l’expor-
2.1 À l’exemple du krach du café, le krach de l’avocat peut advenir
17
tation d’avocats. Le climat dans cette région a toujours été propice au développement des plantes tropicales. En 1840 le café fut introduit, connaissant un certain succès. La composition des sols lui donnait une saveur unique du fait de leur nature volcanique. En 1876, le café d’Uruapan a remporté un prix international à l’Exposition Universelle de Philadelphie,11 ce qui a motivé beaucoup d'habitants à se consacrer à la culture. Ainsi, le café a permis le développement économique du territoire durant la deuxième moitié du 19ème siècle, mais la production a décliné avec le temps en raison d’une multitude de crises. En effet, il s’agit d’un produit historiquement soumis à des fluctuations dans le commerce international.12 La « crise des produits de desserts » suite au krach boursier de 1929, a fini d’achever les perspectives de développement économique autour du café dans la région.
Les leçons à tirer de cette expérience sont intéressantes pour analyser la situation en parallèle avec ce qui se passe avec les avocats aujourd’hui. Quand la production de certains produits agricoles au niveau mondial devient trop importante, l’excès d’offre peut entrainer des chutes importantes des prix. Cependant, il est nécessaire de préciser qu’actuellement le marché de l’avocat, ne se comporte pas de la même manière que celui du café, car il répond à des variables différentes. L’avocat est un produit qui affiche un prix stable depuis 30 ans, avec une tendance à la hausse. Or il n’est pas exclu que si la production continue d’augmenter (comme le montre le graphique en bas) un imprévu de nature inconnue déstabilise sa trajectoire. Il pourrait s’agir d’un facteur local, autant que d’un facteur extérieur.
Production mondiale d’avocats (Tonnes métriques) Production totale
Production mexicaine
8 000 000 7.18 mT 6 000 000
4 000 000 2.31 mT
32.1%
2 000 000
0
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
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2016
2017
2018
Source : « The Food and Agriculture Organization of the U.N. ». Chiffres par : « Tridge Sourcing solutions » / Édition graphique personnelle.
18 HYPOTHÈSE / FRAGILITÉS DU MODÈLE AGRICOLE AVOCATIER
2019
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Sánchez Díaz Gerardo : Breve historia del café en Michoacán. Morelia : Instituto de Investigaciones Históricas, Universidad Michoacana de San Nicolás de Hidalgo, 2006.
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Pour plus d’informations à ce sujet consulter l’article : Gomez Posada Susana : Historia de la crisis cafetera: De la primera bonanza de 1870 a la crisis del café de 2019. Qué Café, 09/09/2019.
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Arguments tirés de l’entretien avec Rafael Pimentel, un producteur d'avocats bio de la région, à voir dans les annexes.
2.2 Un monopole d’exportation en péril Les Etats-Unis sont le principal importateur d’avocats au niveau mondial. Quand le pays a ouvert son marché interne en 1997, les producteurs du Michoacán se sont mobilisés pour créer une entité capable de négocier avec le USDA. C’est ainsi qu’est née l’Association de Producteurs et Exportateurs d’Avocats du Mexique (APEAM). Cette alliance a noué une relation privilégiée avec le voisin du nord, en étant la seule autorisée à exporter le fruit. Depuis le business est fermement défendu, il reste un maillon incontournable dans la chaine d’exportation et tous les producteurs doivent s’affilier ou passer à travers le réseau de l’association.
Mais cette situation est une arme à double tranchant. En effet, la relation commerciale aux teintes de monopole permet de maintenir des prix élevés pour les producteurs, mais rien n’empêche qu’un jour les choses basculent. Par exemple, si les États-Unis décident de diversifier leurs fournisseurs, un krach de l'avocat pourrait se produire. En dehors du pays, les avocats sont également en train de gagner du terrain partout et peut-
Marque appartennant à l'APEAM, sous laquelle est commersialisée la totalité des avocats Mexicains aux Etats-Unis et dans le reste du monde.
être que beaucoup attendent que l’industrie au Mexique décline un jour. Au nievau national, le succès du Michoacán incite de nombreuses personnes à suivre la même voie de développement. La preuve en est l’augmentation des surfaces cultivées dans pratiquement tous les états mexicains. Cependant, les chaines d’approvisionnement devraient rester très controlées pour le moment. Il ne faut pas oublier que de leur côté les américains touchent aussi une grosse part du gâteau, non seulement avec leur propre production, mais aussi avec les près de 6000 acheteurs qui intègrent le modèle de distribution actuel aux États-Unis.13 Tenant compte de la complexité de cette situation, il est évident que la solution à la dévastation des forêts dans le Michoacán ne pourra être trouvée complètement sans la coopération de l’USDA. Au niveau local, des choses doivent être faites pour se préparer à une éventuelle crise. Dans le cas d’un effondrement économique du secteur, ceux qui tireront leur épingle du jeu seront les producteurs engagés, socialement responsables, qui travaillent eux-mêmes leurs terres et par conséquence les plus résilients. En plus de fonctionner de manière entreprenariale, un agriculteur devrait s’intéresser à ses cultures, à leur santé et non seulement aux profits. C'est les propriétaires de centaines d’hectares, déconnectés de leur territoire, qui seront en revanche fortement pénalisés, car les coûts de production sont très élevés et sans recettes le système devient rapidement intenable.
HYPOTHÈSE / FRAGILITÉS DU MODÈLE AGRICOLE AVOCATIER 19
Tout cela étant dit, il est temps de commencer à se centrer sur la démarche du projet. Le pari consisterait à utiliser une partie de l’argent généré par l’APEAM qui certainement en a les moyens. Pendant longtemps l’association payait une amende à la commission anti-monopole de l’état mexicain, pour un montant de presque 2 millions de dollars en 2017.14 Cette amende était devenue annuelle, car les sommes engagées ne représentaient pas un poids énorme. Cependant la pénalisation cessa en 2020 car la commission considéra que l’APEAM avait fini par changer ses pratiques. D’un autre côté aussi en 2017, l’association s’est offerte une publicité de 4.5 millions de dollars durant le moment climax du SuperBowl,15 l’événement sportif plus regardé aux Etats-Unis. L’argent est donc là, cette association serait capable d’investir des montants conséquents.
Avec un tel scénario, ne serait-il pas judicieux de commencer à réfléchir sur des alternatives pour diversifier l’économie de la région ? Les bénéfices réalisés grâce aux revenus de l’avocat pourraient être ré-investis dans de nouvelles voies de développement. Cela permettrait de consolider une économie plus diversifiée et en conséquence plus résiliante. Selon des statistiques de la Banque du Mexique, la valeur des exportations des avocats mexicains en 2020 s’élève à 3245 millions de dollars. Le Michoacán assure environ 80% de la production nationale, la majorité de cet argent revient donc à la région en question.16
Plantation dans la forêt. / Source : photo personnelle.
20 HYPOTHÈSE / FRAGILITÉS DU MODÈLE AGRICOLE AVOCATIER
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Information tirée d’un communiqué de la commission anti monopoles mexicaine. Disponible en ligne sur : https://www. cofece.mx/sanciona-cofece-a-la-apeam-por-incumplir-resolucion-del-pleno/
15
Information tirée du documentaire de France 2 : Envoyé spécial : Les avocats du diable, disponible sur YouTube
16
Information tirée de l’article : Paredes Heriberto : La fiebre del aguacate. El fruto de la discordia en Michoacán. Revue « Gatopardo », 11/04/2021.
La réponse 17
Ortiz-Paniagua Carlos, Zamora Torres América, Aguirre Jerjes : Vulnerabilidad agrícola en Michoacán bajo una perspectiva de concentración y diversificación económica municipal. Dans : Revista Nicolaita de Estudios Económicos, vol. XXI, n° 2. Morelia : Universidad Michoacana de San Nicolás de Hidalgo, 2017, p. 41.
18
Cet enchainement d’événements est très bien expliqué et documenté dans le livre : Pérez Talavera Víctor Manuel : La explotación de los bosques en Michoacán. 1881-1917. Morelia : Gobierno del estado de Michoacán de Ocampo, 2016, pp. 33-85.
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Ces pratiques sont documentées dans l’article : Martínez Aguilar José Manuel : El aserradero de Zatzio, un caso de la explotación de los bosques en Michoacán. Zamora Michoacán: Revista Relaciones Estudios de historia y sociedad, n°127, pp. 198-221, janvier 2011.
20
En espagnol ce mot fait référence à une personnalité qui, en raison de ses fonctions, exerce un pouvoir ou une influence sur un groupe, souvent à travers de pratiques autoritaires sans scrupules.
3 PROPOSER UNE ALTERNATIVE ÉCONOMIQUE DÈS MAINTENANT Un développement économique varié constitue un enjeu fondamental de l’attractivité d’un pays, aux yeux d'un investisseur. Chaque territoire doit faire valoir ses atouts pour créer un écosystème destiné à générer des retombées locales, en s’appuyant dans la mesure du possible sur une diversification des acteurs. D'après une étude économique de l’Université du Michoacán, les principales municipalités de la frange avocatière présentent des indicateurs de vulnérabilité économique plus importants.17 Pour faire face à cette situation de dépendance créée par la monoculture des avocats, il conviendrait de trouver d’autres détonateurs d’activités, même en restant dans le secteur primaire. Si depuis toujours le Michoacán, par ses conditions géographiques, bénéficie de ressources forestières abondantes, une opportunité résiderait dans le développement de la filière bois locale.
3.1 Filière bois : entre exploitation et conservation L'importance des produits forestiers était si grande dans la vie des communautés primitives, qu'il est facile de supposer que l’exploitation des forêts existe dans la région depuis très longtemps. Vers la fin du 19ème siècle, la demande en bois a augmenté, poussée par la révolution industrielle, arrivée tardivement au Mexique. L’implantation des premières compagnies forestières à grande échelle est documentée à partir de 1898. A l’époque, ces compagnies répondaient principalement au développement du secteur ferroviaire, qui a
progressivement conduit au dessèchement des sources d’eau et à une désertification de certaines régions. Le gouvernement se trouvait en contradiction, car d’un côte il semblait avoir conscience du problème, mais de l’autre il continuait à permettre l’extraction massive des ressources en vue de bénéfices économiques.18
Locomotive près de la ville d'Ario de Rosales en 1937. Source : Martinez Aguilar, 2011, p. 204.
Au début du 20ème siècle, la réputation de la filière bois était marquée par la présence de compagnies d’exploitation ultra libérales et d’entreprises ferroviaires, qui participaient activement à une dévastation des forêts sans précédent. Un modus operandi s’était mis en place, où certaines personnalités influentes avaient la main sur les ressources en les monopolisaient par tous les moyens.19 Sous la direction de ces Caciques 20 du bois, la filière par moments pouvait se comporter comme une sorte de « mafia ». Ces références d’entreprises aux pratiques dénuées de scrupules, ont servi d'exemple à un nombre important d’exploitants qui se préoccupaient peu de la conservation des ressources.
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Cependant, une décision du gouvernement à fait basculer la donne. A partir de 1936, grâce à l’initiative du président Lázaro Cárdenas, une série de proscriptions de l’exploitation des ressources forestières ont été décrétées.21 Ces interdictions ont duré jusqu’en 1972, deux ans après la mort du général Cárdenas, figure majeure de la révolution mexicaine et originaire du Michoacán. Durant cette période, les recettes de la filière bois ont chuté, ce qui diminua la pression sur l’écosystème, lui permettant ainsi de se régénérer. Malheureusement, le modèle de l’exploitation clandestine a perduré dans le temps. Ainsi, une partie de l’industrie du bois actuelle descend de cet héritage, opérant encore parfois dans l’impunité. Alors, face à cette « tradition » d’exploitation forestière pervertie, comment oser encourager une telle filière ? La réponse réside dans le territoire même, car toutes les façons de tirer parti du bois ne sont pas toutes nocives pour l’environnement.
Aujourd’hui il existe des exemples dans le Michoacán, qui démontent qu’avec un système de gestion intégral il est possible de préserver les superficies boisées. D’autres expériences dans le monde le démontrent aussi : la meilleure manière de conserver la forêt c’est de l’exploiter de façon responsable. Cependant, nous allons le voir, cela demande une forte détermination de la communauté avec une vision de développement à long terme. D’un autre côté, il existe un potentiel qui justifie ce modèle de développement économique. Actuellement, la consommation nationale se situe dans une fourchette d’entre 18 et 28 millions de mètres cubes. Cela fait longtemps que la demande dépasse la production et pour y remédier, le pays importe une grande quantité de bois notamment des États-Unis, du Canada et de certains pays d’Amérique du sud. Il serait donc judicieux de contribuer à diminuer le déficit de bois en augmentant la production nationale.
21
Ces prohibitions sont bien détaillées dans l’article : Pérez Talavera Víctor Manuel : La aplicación de vedas forestales en Michoacán durante el gobierno de Lázaro Cárdenas, 1934-1940. Dans : Boletín del Archivo General de la Nación, N° 6 (septembre-décembre 2020), pp. 35-59.
Augmentation de la demande de bois Production de bois au Mexique (m 3)
Consomation nationale
Importations
Production nationale
Exportations
30 000 000
POTENTIEL
25 000 000
20 000 000
15 000 000
Source : Rapport (titre traduit ) « Le secteur forestier mexicain en chiffres 2019 », réalisé par la « Comition Nationale Forestière » du Mexique. Édition du graphique personnelle.
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5 000 000
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LA RÉPONSE / PROPOSER DES ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES DÈS MAINTENANT
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3.2 Cas d’étude au Mexique : gestion forestière intégrale, de la pépinière au meuble En pleine région avocatière la commune de Nuevo San Juan Parangaricutiro a décidé depuis les années 80 de faire de l’exploitation forestière sa principale activité économique, elle rencontre un grand succès aujourd’hui. Il s’agit d’une petite ville avec une histoire intéressante. Les habitants ont été touchés par l’éruption historique du volcan Paricutín qui a enseveli la plus grande partie du bâti en 1943, couvrant avec elle les terres destinées à l’agriculture. Les gens se sont retrouvés sans travail, sans maison et sans possibilité de développement économique.
Déménagement du village
Photographie de l'écrivain Juan Rulfo / Source : Google images
Coulée de lave
Source : Photos prises de Google Earth Pro, l'édition de l'image est une réalisation personnelle.
3845 msnm
10km LA RÉPONSE / PROPOSER DES ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES DÈS MAINTENANT 23
Dans cette région du Michoacán, de nombreux autochtones étaient impliqués dans le travail du bois depuis longtemps. Mais, comme expliqué précédemment, la répartition des bénéfices était profondément inégalitaire car les concessions appartenaient à des entreprises aux ambitions illimitées. Mais, après des nombreuses années d’abus systématiques, les habitants ont décidé de prendre le contrôle de leurs ressources. En 1979, un premier permis d’exploitation forestière est obtenu.22 L’étape suivante consista à réinvestir les bénéfices, en s’abstenant de les dépenser, ce qui permit à l’entreprise forestière communale de se développer. Parallèlement à cet effort, la volonté populaire était de récupérer des terres qui avaient été submergées par le sable volcanique. Le pari sur la forêt était déjà décidé, mais d’un autre côte il existait une opportunité dans la création de plantations agricoles communales. Dans un premier temps, les vergers étaient constitués de pêchers, aujourd’hui ce sont surtout les avocats qui dominent. Cependant, les champs d’avocatiers n’ont pas poussé au détriment de la forêt, mais plutôt sur des terres récupérées du sinistre volcanique. Si en 1980, le commune possédait environ 10 000 hectares de forêt, aujourd’hui, les surfaces forestières ont augmenté d’au moins mille hectares.23 Ces résultats, sont le fruit d’une subdivision du territoire exploité. Le domaine est morcelé en 30 zones pour alterner les coupes : ainsi seulement les arbres situés dans une parcelle sont abattus, ensuite vient le tour de la suivante et ainsi de suite. Au bout de 30 ans, le tour est complet et dans l’intervalle
24
la forêt peut se régénérer en paix. En plus, la commune s’occupe également de replanter les espaces exploités, avec des essences locales de ses propres pépinières. Le développement de la sylviculture se réalise en respectant le schéma d’une forêt native et diversifiée.
22
Toute l’information de ce cas d’étude est tirée de l’article de presse : Del Castillo Agustín : México : el oasis forestal purépecha que surgió de las cenizas de un volcán. Mongabay Latam, 23/07/2020.
23
Idem.
24
Idem..
Une des pépinières communautaires. / Source : photo tirée du rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement : Comunidad Indigena de Nuevo San Juan Parangaricutiro, Estudios de caso de la Iniciativa ecuatorial. New York, 2012.
La polyvalence des activités liées à l’exploitation de la forêt se trouve parmi les clés de la réussite de ce modèle économique, qui a permis de préserver la foret grâce à des motivations financières. En plus de cela, la communauté s’est engagée dans une mission de formation pour les écoles supérieures des alentours. Les gardes forestiers de la ville voisine d’Uruapan (300,000 habitants.) viennent se former sur place et la communauté a aussi tissé des liens avec la Faculté d’Agrobiologie, située également à Uruapan.
LA RÉPONSE / PROPOSER DES ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES DÈS MAINTENANT
Aujourd’hui, Nuevo San Juan produit environ 65 000 mètres cubes de bois par an.24 Le conglomérat d’entreprises forestières s’occupe d’une large gamme de produits : des dérivés de la résine aux meubles. L’efficacité industrielle de la matière première est complète : le bois scié est utilisé pour fabriquer des planches, des poutres ou des panneaux composites. Autant pour la construction que pour des produits finis de qualité, tels des meubles, des moulures, des planchers et même des cabanes préfabriquées. Ainsi, la communauté obtient des revenus suffisants pour faire d’importants investissements sociaux et se légitimer : investir dans des écoles, des hôpitaux
Unité de collecte de résines en pleine forêt. / Source : photo personnelle.
ou des systèmes de transport. Grâce à tout cela, l’entreprise forestière communautaire est dotée d’un fort sentiment d’utilité publique, favorisant ainsi la pérennité du projet inscrit dans une vision à long terme.
L'entreprise forestière communautaire s'étale sur une surface de 19,3 Ha. Plateformes pour séchage du bois 14328m2 (extérieurs) Plateforme de décharge du bois brut 11447m2 (extérieurs)
Nouveaux fours de séchage 2679m2 Nouvelle scirie 2629m2 Fabrique de meubles 3312m2
Parkings et parvis d’arrivées 5983m2 (extérieurs) Plateforme mixte 14856m2 (extérieurs) Dystillerie de résines 4132m2
Fabrique d’emballages 1343m2 Vieille scirie 2629m2 Matières pour agglomérés 405m2 Entretien des machines 1200m2
Source : Photos stelitale et mesures des surfaces prises de Google Earth Pro. L'édition de l'image est une réalisation personnelle, à l'aide des informations sur le programme qui m'ont été fournies par la direction de l'entreprise l'ors de ma visite en février 2021.
Vieux fours de séchage 1174m2
Bâtiments vacants 935m2
GESTION Direction Comptabilité Poste de secours Ventes au public Vigie
216m2 264m2 178m2 161m2 81m2
Maison communale 765m2 Fabriques de moulures 4545m2
LA RÉPONSE / PROPOSER DES ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES DÈS MAINTENANT
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Photo aérienne de l'entrée du site d'exploitation. / Source : photo personnelle.
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À l'intérieur d'une des scieries de l'entreprise communautaire. / Source : photo tirée du rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement : Comunidad Indigena de Nuevo San Juan Parangaricutiro, Estudios de caso de la Iniciativa ecuatorial. New York, 2012.
25
Il est important de prendre en compte que le label de certification FSC est remis en question par de nombreuses personnes et ONG. Il est avéré qu'il existe un problème de fond dans la mise en œuvre de cette certification forestière, dans le cas particulier des pays d'Amérique du Sud. FSC n'est donc pas toujours synonyme d'une démarche environnementale qui prendrait en compte des variables sociales ou locales.
Ce n’est que dans les années 1990 que le gouvernement mexicain a re-découvert le potentiel de la forêt et les possibilités qu’offrait la gestion forestière intégrale. Ils ont commencé à parler de foresterie communautaire et Nuevo San Juan a été pris comme modèle à suivre. Par la suite, la Banque mondiale a fourni des ressources pour la formation et l’éducation à l’environnement. En 1997, Nuevo San Juan a obtenu la certification accordée par le Forest Stewardship Council (FSC),25 un outil qui s’est avéré essentiel pour tenir des normes élevées de travail. Suite à ce récit, il serait naturel de penser que la promotion de la filière bois devrait être soutenue davantage. Peut-être, mais il est nécessaire de rester prudent sur cette question, non seulement en raison des dérives du secteur du bois mexicain, mais aussi en raison du contexte international de la filière bois industrielle. Un cadre approprié doit être défini pour exploiter les forêts de la région, avec pour but d’éviter d’encourager un modèle comme celui des monocultures forestières à grande échelle.
3.3 Les monocultures d’arbres sont à éviter Dans un monde de plus en plus conscient du problème de la déforestation, semer des arbres peut être perçu de manière positive. Cependant, les plantations d'arbres en monoculture peuvent générer une série d'impacts négatifs, tant sur le plan social qu’environnemental. Il est habituel de les mettre sur le même plan que les forêts, en prenant comme argument le fait que les plantes constituent des « puits de carbone ». Mais, contrairement aux forêts naturelles, ce type de zones manifeste des caractéristiques plutôt similaires à des monocultures agricoles. La sélection d’une poignée d’espèces afin de les disposer en rangs réguliers, empêche le développement de la biodiversité. De surcroit, le modèle ne tient pas pleinement compte des communautés humaines qui interagissent historiquement avec les forêts, car toute forme d’exploitation autre que la coupe finale est mise de côté.
LA RÉPONSE / PROPOSER DES ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES DÈS MAINTENANT
27
Déjà en 2003 le livre : Plantations are not forests, avertissait de façon très critique sur les risques des plantations forestières modernes, et prévoyait une augmentation imminente de leur nombre. Aujourd’hui, ce modèle continue d’être promu par les gouvernements,26 alors qu’il ne profite pas d’une image positive auprès d’une partie grandissante de l’opinion publique. Le mécanisme de compensation de carbone27 appliqué surtout dans les pays riches occidentaux, favorise également le développement de ces monocultures d’arbres. En 2019 le Mexique comptait un total de 230,341 hectares de plantations forestières, dont 16,076 étaient situées dans le Michoacán.28 Mais la majorité de la superficie au
niveau national, est composée d’Eucalyptus et autres espèces principalement dédiées à la production de papier. Pour le moment le Michoacán reste épargné des monocultures de résineux et continue de privilégier une exploitation (responsable ou pas) des forêt naturelles. Cependant, il est nécessaire d’avoir conscience des particularités de ce modèle dominant dans la filière bois internationale. Ainsi, pour alimenter l’éventuelle apparition d’une industrie du bois bienfaitrice, il est important de promouvoir des pratiques différentes, à travers une politique de reboisement en pro de la conservation des forêts natives.
26
Un exemple qui illustre ce phénomène se déroule actuellement en Irlande, où le gouvernent motivé par les débouchés économiques de la filière bois, subventionne les plantations forestières. Pour plus d’informations regarder : ARTE Regards : L’Irlande s’investit dans le climat. Allemagne, 2019.
27
La compensation carbone consiste à essayer de contrebalancer ses propres émissions de CO2 par le financement de projets de réduction d'autres émissions ou de séquestration de carbone (principalement des plantations forestières).
28
Chiffre tiré du Rapport du gouvernement mexicain: El Sector forestal mexicano en cifras, 2019, p.91. Plantations d'arbres à pousse rapide Vs. Forêt native de l'atlentique au sud de Brésil. / Source : Google Images.
28
LA RÉPONSE / PROPOSER DES ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES DÈS MAINTENANT
29
Argument tiré du documentaire produit par le youtubeur DirtyBiology : Une science pour protéger la Nature. France, 30/06/2018, 32 min.
30
Idem.
31
Idem..
3.4 Vers une approche bio-régionaliste, pour la coexistante des hommes avec la nature Le mot conservation peut induire en erreur. Qu'est-ce que cela voudrait dire ? Il parait pertinent d’aborder la question à partir de la philosophie du bio-régionalisme, ce mouvement apparu durant les années 1960, dans les milieux de la counter-culture nord-américaine. Les penseurs de ce courant soutiennent que pour conserver les écosystèmes, la logique de sacraliser les espaces naturels n'est pas adaptée, car les nécessités des communautés humaines qui en dépendent priment, surtout dans les pays en voie de développement. Depuis l’apparition de l’l’environnementalisme au cours de la deuxième moitié du 19ème siècle et durant la majeure partie du 20ème, pour créer une aire protégée il était nécessaire de faire partir tous les habitants, de clôturer le territoire et de le gérer avec un ensemble de règles strictes. Mais malgré cela, l’érosion drastique de la biodiversité ne s’est pas ralentie, elle s’est plutôt accélérée. Cette méthode de conservation par exclusion est plutôt inefficace, car les zones protégées restent des bastions au milieu d’espaces exploités.29 Nous sommes aujourd’hui à une période où l’influence de l’homme sur la biosphère est indiscutable. La séparation entre homme et nature est une construction mentale qui n’a pas vraiment de fondements scientifiques, car cela fait des milliers d’années que nous avons évolué avec la nature en nous influençant mutuellement.30 De nos jours, il est possible
de proposer une approche alternative, qui consiste à penser la conservation de la nature en symbiose avec les activités humaines. Pour ce faire, il est nécessaire d'intégrer les ressources locales, en cherchant à construire une relation positive et durable avec l’environnement, sans prendre en compte les frontières politiques mais plutôt les écosystèmes. L'être humain n'est plus consommateur mais usager de son territoire, contribuant à le conserver et à le faire vivre à travers ses activités. Dans le cas d’un bon nombre de micro-régions du Michoacán, la présence de forêts constitue de toute évidence une des principales ressources locales à valoriser. Il est nécessaire de faire preuve d’ingéniosité pour intégrer le bois dans le cycle économique des populations, en tâchant de distribuer les retombées de façon égalitaire pour que cela soit perçu comme un bien commun à conserver. Le bio-régionalisme est une utopie, mais son questionnement dévient de plus en plus pertinent. Même si le modèle de conservation des territoires s’appuyant sur les communautés n’est pas un graal qui va résoudre tous les problèmes, il sera difficile de « sauver » la nature tant que nous n’aurons pas questionné notre rapport à elle. Aujourd’hui plus que jamais, l’impact de nos activités est démesuré et nous sommes que nous le voulions ou non une part de ce monde, à nous d’assumer les responsabilités que cela implique.31
LA RÉPONSE / PROPOSER DES ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES DÈS MAINTENANT
29
Photo d'une partie du site archéologique de Tzintzuntzan. / Source : Photo postée sur le forum Reddit par BetaKeyTakeaway.
30
PARTIE II
Le site
1 COMPRENDRE LE CONTEXTE DU PROJET À TRAVERS UNE APPROCHE PLURI-DISCIPLINAIRE
1.1 L’histoire et la géographie, afin d'expliquer les spécificités du lieu choisi Le site du projet s’inscrit dans un territoire qui se trouve dans un espace de transition entre deux univers qui sont culturellement et écologiquement différents. La présence d’un grand lac, situé à un peu plus de 2000 mètres d’altitude, constitue le premier élément du paysage lui conférant un identité unique dans le pays. Sur les pentes abruptes des montagnes qui l’entourent, se dressent les fameuses forêts de conifères caractéristiques du Michoacán. Ce bassin lacustre est aujourd’hui connu sous le nom de la plus grande ville de la région : Pátzcuaro. Autrefois, ce domaine était le siège de l'empire Purhepecha, qui au cours du 15ème sciècle et au début du 16ème siècle a rivalisé avec l'empire aztèque devenant l’un de ses adversaires les plus
coriaces. La capitale de ce peuple était située dans la ville de Tzintzuntzan, à 20 km du village d'Erongarícuaro, site du projet. Quand la conquête espagnole eut lieu, les envahisseurs se sont installés près des principaux centres urbains de l’ancien empire, situés souvent dans les plaines plus accessibles. Les pratiques brutales de domination mises en place pendant la période coloniale, ont provoqué un exode d’indigènes vers les montagnes. Derrière le lac de Pátzcuaro, un haut plateau perché à une moyenne de 2500 mètres est devenu un refuge de ce qui restait de l’empire, mais qui a fini par succomber au pouvoir conquérant. Bien que la domination espagnole imposa de facto la culture européenne, la zone montagneuse conserva un mode d’organisation communautaire propre, ainsi qu’une architecture vernaculaire qui cohabita avec l’urbanisme cartésien espagnol et ses archétypes.
2980m
2960m
Erongarícuaro
Lac à 2035m
La transition géographique. / Source : réalisation personnelle.
31
Deux sphères culturelles distinctes se sont ainsi constituées en parallèle. Il existent quelques cartes de la période coloniale où la présence de montagnes à l’ouest du lac de Pátzcuaro est mise en évidence, ce qui prouve qu'à cette époque la région montagneuse se démarquait dans l’imaginaire collectif.
Parmi les anciennes cartes, une des plus explicites est celle dessinée par le célèbre explorateur Alexander Von Humboldt en 1804, où il représente de façon très claire l’existence d’un plateau montagneux qui contraste avec les alentours.
Plateau Erongaricuaro
Extrait de la carte de Von Humboldt avec l'actuelle région du Michoacán au centre, à l'époque l'explorateur l'avait nommée « Intendence de Valladaolid ». Source : Image postée par Ricardo Cruz Espejel sur son blog en ligne : www.esepjel.com.
32 LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE
32
Cárdenas García Efraín (éditeur) : Tradiciones arqueológicas. Zamora (Mexique) : El Colegio de Michoacán, 2004, p.184.
33
Ibid. p.187.
1.2 Les vestiges pré-hispaniques trouvés sur le terrain En se penchant plus précisément sur les environs du site choisi, des données importantes sont à noter. Grâce à une série d'études archéologiques, il a été déterminé qu'Erongarícuaro était l'une des plus grandes agglomérations du bassin lacustre Pátzcuaro. En 1521 (année de la défaite des Aztèques par les Espagnols), les estimations suggèrent que la population se situait entre 5000 et 10000 personnes.32 Cela en fait la seule autre ville d’envergure sur les rivages du lac, outre la capitale de l'empire. Il s’agissait alors d’un lieu de haut rang auquel les populations voisines devaient payer un tribut. Son importance a été reconnue par les Espagnols lorsqu'ils ont visité la région en 1524, lors de la visite du conquistador Antonio Carvajal envoyé par Hernán Cortés en personne. Entre mai et juillet 2001, de multiples fouilles ont été réalisées sur les terrains situés sur la partie haute du village d'Erongarícuaro, avec le soutien de fondations dédiées à la recherche et à la conservation archéologique. Les résultats des chercheurs évoquent une série de plateformes et de rampes artificielles, sur lesquelles se trouvait probablement un centre administratif et religieux. Même si aujourd'hui il n’est pas possible de parler de ruines visibles de bâtiments importants ou de temples pré-hispaniques, il est certain qu’il s’agissait d’un lieu de vie peuplé depuis très longtemps. En effet, les fouilles ont révélé des objets en céramique, qui ont été datés par méthode de radiocarbone à environ 220 après JC.33
Parmi les habitants vivant sur ces terrains aujourd’hui, la rumeur court qu'en creusant un peu et avec un peu de chance, il est possible de trouver des vestiges pré-hispaniques, qui consistent principalement en des céramiques ou des objets taillés en obsidienne. Beaucoup de ces vestiges ont disparu avec le temps, il est probable que lors de la construction des maisons contemporaines, un grand nombre de petits objets archéologiques aient été trouvés. Ainsi, certaines familles ont dû préserver ces découvertes si elles en valaient la peine. La présence de briqueteries sur ces terrains constitue une cause possible de disparition objets d’intérêt, car depuis des décennies les gens creusent le sol pour en faire des briques ou des fours cuites dans des fours, alimentés aux pneus de voiture.
Céramique trouvée l'ors des fouilles sur une site localisé sur des parcelles de l'actuel village d'Erongaricuaro. Les archéologues estiment que la pièce possède des caractérisitques propres à la période nommée « Loma Alta ». Source : Cárdenas García Efraín (éditeur) : Tradiciones arqueológicas. Zamora (Mexique) : El Colegio de Michoacán, 2004, p.187.
LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE
33
Mais pourquoi choisir ce site pour la fondation d'une ville dès 220 après JC ? Il est très probable que la topographie ait été le facteur principal dans le choix du site. Le lieu désigné se trouve sur une colline en saillie comparable à une péninsule, qui domine les environs et par conséquent peut être facilement défendu en cas d'attaque.
Pour soutenir cette hypothèse, il est possible de se référer au nom même d’Erongarícuaro, qui selon la langue locale peut être interprété comme "lieu de la tour de guet", faisant peutêtre référence aux caractéristiques physiques de son emplacement, puisqu'il se trouve en hauteur par rapport à son environnement.
La péninsule superposée au cadastre du village actuel
Ancien niveau du lac
Ancien emplacement pré-hispanique Surélévation dominante
Ancien niveau du lac
Les courbes de niveau équivalent à 1 mètre. / Source : réalisation personnelle.
34 LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE
34
Castilleja Aida : Población. Dans : Álvarez-Icaza Pedro, Ávila Patricia, Toledo Victor Manuel, (éditeurs) : Plan Pátzcuaro 2000. Mexico : Fondation Friederich Ebert, 1992, pp. 240-252.
35
Cohan Antony : Art and Sol. Article de voyages publié par le New York Times en 2008.
36
Péripétie retracée dans le roman historique : « L’homme qui aimait les chiens » de l’écrivain cubain Leonardo Padura. Le livre raconte la vie de Leon Trotsky et son assassin Ramon Mercader.
37
Cohan Antony, Op. cit.
38
Son séjour dans le village est décrit, par exemple dans l’article de l’exposition « Gordon Onslow Ford, Voyager and Visionary ». The mint Museum, 2012.
1.3 Le village à partir du 20ème siècle : un laboratoire de mélange culturel Nous considérerons comme l'étape moderne de l'histoire du village d'Erongarícuaro, la période allant de la fin de la révolution mexicaine en 1921 jusqu’à nos jours. La dynamique des populations avant le 20e siècle est difficile à estimer, en raison de l'absence de mesures démographiques continues et standardisées. Il est important de mentionner que pendant la révolution, une diminution de la population a probablement eu lieu, en raison de la guerre et des conditions de vie difficiles dans une grande partie du pays. Par la suite, la décennie des années 1920 est restée turbulente, mais la situation politique et économique s'est stabilisée peu à peu tant au niveau régional que national. A partir du recensement de 1930, il y a plus de continuité dans les rapports démographiques. À cette époque, la population totale de la municipalité était de 562934 personnes, en comparaison, aujourd’hui, le nombre d'habitants s’élève à 15715, selon les statistiques du recensement de 2020. Vers la fin des années 30, un nombre important d'artistes et de personnalités étrangères à la communauté commence à s’installer. L'un des vestiges architecturaux de la visite de ces personnages est la grande maison connue sous le nom de « El Molino », située à quelques rues de la place principale du village. Cette construction crée un précédent culturel important pour le village. Sa construction est attribuée à une comtesse vénitienne, arrivée dans le village à dos
de cheval.35 Les habitants racontent que des visiteurs de renommée internationale ont séjourné dans cette propriété. Un des principaux hôtes de marque serait le surréaliste André Breton, mais aussi le couple d'artistes Diego Rivera et Frida Kahlo, accompagnés de Léon Trotski et de sa femme Natalia Sedova, lors d'un voyage effectué dans la région de Pátzcuaro en 1939.36
A. Breton, D. Rivera, L. Trotsky et J. Lamba dans la banlieue de Mexico en 1938 / Source : Photo postée sur Pinterest par Gilles Daffau
Bien que cette légende soit souvent entendue, il n'y a aucun moyen de la prouver car elle n'est pas documentée par des photographies ou des textes qui en parlent explicitement. En revanche, il existe la certitude que l'artiste surréaliste britannique Gordon Onslow Ford et son épouse l'écrivaine Jacqueline Johnson ont vécu dans le village pendant 6 ans (19411947), période pendant laquelle ils ont pu inviter certains de leurs amis, parmi lesquels l'artiste espagnole Remedios Varo et le chilien Roberto Matta.37 38 « El Molino » était à l'époque un lieu de pèlerinage, fréquenté par une poignée d'artistes avant-gardistes en quête de nouvelles inspirations dans des endroits reculés de la planète.
LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE 35
Photo de la maison El Molino en 2010. La propriété inclut des grands jardins divers, avec des étangs à poissons et une végétation luxuriante. Source : Image postée sur Flickr par Patrick Buechner.
Mais au-delà de ce « folklore » définitivement surréaliste, tous ces va-et-vient enrichissants ont favorisé l'installation d'une petite communauté d'étrangers qui s'est progressivement agrandie et finalement enracinée dans le village. Ce mélange de cultures a eu un impact notable sur les habitants originaires du village, qui sont relativement ouverts d'esprit et habitués à cohabiter avec des étrangers et leurs mode de vie. Le village est ouvert sur le monde. D’un autre côté, l’influence internationale peut aussi être regardée depuis l’optique des mouvements migratoires. Ce phénomène fait partie intégrante de l'évolution de la population depuis les années 1970. Cette tendance est manifeste dans tout le Mexique, mais elle est particulièrement prononcée dans l'état du Michoacán. Ainsi, la région et le village ne sont pas restés en marge de l'exode des habitants, qui partent à la recherche de conditions économiques plus favorables, notamment aux États-Unis. L'importance de l'émigration est évidente non seulement dans les chiffres de recensement,
mais aussi dans la dynamique quotidienne du village et des communautés environnantes. Elle se manifeste bien sûr par l'apport de ressources économiques, mais aussi par la réorganisation des noyaux familiaux. L'arrivée de ceux qui viennent du « Nord » pour les fêtes annuelles traditionnelles, se répercute au sein des réseaux de relations sociales créés entre ceux qui restent et ceux qui partent. Finalement même si le village est ancré dans un territoire avec un fort taux de populations indiennes purhepechas, la composition ethnique d’Erongarícuaro est surtout dominée par des métisses qui ne partagent pas forcément les valeurs culturelles ancestrales de la culture pré-hispanique.39
1.4 Statistiques de la population et du bâti villageois en 2020 HABITANTS
2721 Habitants 1922 Majeurs de 18 ans, soit 70,6% Proportion hommes / femmes : 1372 = 50.4%
F
1349 = 49.6%
M
MINORITÉS
5,1% sont extérieurs, soit 137 personnes 2,2 % parlants d'une langue indigène, soit 61 personnes 5,2 % handicapés, soit 147 personnes
36 LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE
39
CASTILLEJA Aida : Población. Dans : Álvarez-Icaza Pedro, Ávila Patricia, Toledo Victor Manuel, (éditeurs) : Plan Pátzcuaro 2000. Mexico : Fondation Friederich Ebert, 1992, pp. 240-252.
CARACTERISTIQUES ÉDUCATIVES, ÉCONOMIQUES ET DE RELIGION 885
Personnes avec éducation supérieure
32,5%
Moyenne d’années de scolarité : 9,41
1455 Personnes économiquement actives 53,4% 1721 Bénéficiaires de sécurité sociale 63,2% 2472 Pratiquants de la religion catholique 90,8% PARTICULARITÉS DES HABITATIONS
1095 Habitations 3,61 Personnes par habitation
20% Habitations desoccupées 218 11,7% Habitations saisonières 129 68,3% Habitations occupées 748
Services élémentaires (habitations desoccupées comprises) : 67,7 %
Habitations avec electricité : 741
67,2 %
Habitations avec eau courante : 736
66,3 %
Habitations reliées au système de drainage : 727
Mobilités : 47,1 %
Habitations occupées possedant une voiture : 358
8,2 %
Habitations occupées possedant une motocyclete : 62
24 %
Habitations occupées possedant un vélo : 180
Services et télécommunications : Source : Toutes ces informations sont tirées du : Censo de Poplación y Vivienda 2020, réalisé par l'institution qui s'occupe des statisitiques de population au Mexique nommé Instituto Nacional de Estadística y Geografía (INEGI).
@
94,6 %
Habitations occupées possedant une télévision : 708
27,8 %
Habitations occupées possedant un ordinateur : 208
31,7 %
Habitations occupées avec une ligne de téléphone fixe : 237
32.5 %
Habitations occupées avec un abonnement internet : 326 LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE
37
1.5 Architectures vernaculaires Après cette courte présentation sociologique des habitants, il est possible d’aborder la description de l’architecture du village. Aujourd’hui la majorité des personnes préfère habiter des maisons dites « modernes », calquées sur un archétype propre au contexte contemporain. En effet, les pratiques de l’industrie de la construction conventionnelle encouragent l’utilisation du ciment, des biques et des parpaings. Les bâtiments se ressemblent partout dans le pays et ne sont plus adaptées aux caractéristiques culturelles et géographiques des différentes régions qui pourtant présentent une importante diversité et richesse vernaculaire. Considérer les pratiques constructives locales permet de faire face aux particularités du climat, avec l’intelligence d’un héritage réfléchi en fonction de l’utilité des éléments et la disponibilité des matériaux. Les éléments décrits par la suite, seront repris ou réinterprétés pour le projet d’un centre de formation des métiers du bois.
La terre constitue un des principaux matériaux de construction, les peuples américains ont l’habitude de construire en utilisant la technique de l’adobe, qui consiste à empiler des blocs de terre pour former des murs porteurs. À l’époque coloniale, les espagnols ont employé cette technique pour un bon nombre de constructions, même si la pierre resta le matériau noble, réservé aux constructions religieuses ou officielles. Dans la région du Michoacán où se trouve le site, les bâtiments en adobe représentent la majorité des édifications coloniales. Le socle est construit en pierre pour protéger le haut du bâtiment de l'usure et de l’humidité, postérieurement les murs sont recouverts d’un enduit en chaux et leur base est peinte en rouge, afin de dissimuler les dgradations éventuelles de la poussière ou des moisissures. La structure des planchers et des toits est construite en bois et finalement l’étanchéité des toitures est assurée par une couverture en tuiles de terre cuite.
Le peintre rouge à la base des murs peut être interprété comme une métaphore de l’importance d’isoler les bâtiments du sol. / Source : dessin personnel.
38 LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE
Pour ce qui est de la morphologie des bâtiments, il est possible de mentionner certains éléments qui sont adaptés au climat local et aux modes de vie en vigueur pendant la période coloniale. Étant donnée que la pluviométrie dans la région est plus importante que la moyenne du centre du Mexique, les toitures débordent d’environ 1m à l’extérieur du périmètre des murs, afin de protéger les bâtiments de la pluie. Cela permet également d’avoir des circulations couvertes pour les passants, qui peuvent se réfugier en cas d’averse. Les arcades bordant les places principales servent aussi de refuge contre l’eau mais aussi contre le soleil, ces espaces couverts favorisent ainsi les interactions sociales. Un autre principe vernaculaire intéressant est ce-
Les circulations couvertes et la maison à patio. / Source : dessin personnel.
lui de la maison à patio, cette fois-ci complètement hérité de la culture méditerranéenne des espagnols. Face à ces archétypes coloniaux une architecture propre aux peuples autochtones a coexisté, basé sur un mode de vie différent et utilisant des principes de construction d’une autre nature.
Centre historique de la ville voisine de Pátzcuaro, le pavage en pierre volcanique est à noter. / Source : photo tirée du site : www.patzcuaronoticias.com.
LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE
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Dans la région montagneuse du haut plateau du Michoacán, il existe un type de maison traditionnelle constituée entièrement en bois, généralement le cœur du pin localement appelé « Yarin », résistant aux dégradations liées à l’intempérie. Ces constructions appelées Trojes mesurent en moyenne 4x4 mètres, ce qui en fait des espaces relativement petits. Par conséquent, leur usage sont de nature intime, les habitants les utilisent pour dormir, prier, ranger des objets ou peut-être passer des moments de loisir au sein du cercle social plus rapproché. Les activités collectives se déroulent à l’extérieur. En général, la cuisine se fait dans une structure séparée car le feu utilisé pour chauffer les aliments risque de déborder et brûler la construction. Les unités de vie se regroupent dans une parcelle délimitée par une clôture, formant ainsi des hameaux où chanque branche de la famille possède sa Troje. A cette disposition s’ajoute souvent des potagers, une étable ou un puits, le tout organisé autour d’un patio à l’air libre.
Possibilités sur des terrains similaires
40 LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE
Source des plans : Andrade Perez Luis Alberto : La troje Purhepecha, arquitectura, tradicion y simbolismo cultural. Mexico. Thèse publié par (UNAM) Université Nationale du Mexique, 2014.
Aujourd’hui très peu de personnes conservent le savoir-faire de la fabrication, alors qu’il s’agit d’une tradition qui remonte aux peuples pré-hispaniques. Les mesures originales employées dans leur conception sont incertaines, chaque constructeur avait probablement son propre procédé et se servait de la mesure de sa hache pour déduire les dimensions. Afin de protéger le bois des remontées d’humidité il est très important de construire un socle en pierre qui supporte les poutres du plancher. Le système constructif consiste à assembler des planches épaisses, aux extrémités taillées de façon à ce qu'elles s’emboîtent les unes sur les autres. Dans cette logique, l’ajout de fenêtres est peu habituel car cela affaiblit la structure, la pénombre à l’intérieur contribue au caractère intime de la Troje. Finalement, la toiture est traditionnellement constituée de tavaillons locaux.
1
3
Les schémas du système constructif sont issus du livre : Steiger Ludwig : Construire en bois, collection Basics. Bâle : Birkhauser, 2007.
2
1 : montant d'huisserie flottant 2 : soubassement 3 : assemblage d'angle par emboîtement Photos des maisons du village de San Antionio Tierras Blancas. / Source : Publication sur la conmémoration de l'architecture vernaculaire mexicaine à la biénnale Venise 2016, Archdaily 26.08.2016.
LE SITE / COMPRENDRE LE CONTEXTE À TRAVERS UNE APPROCHE MULTI-DISCIPLINAIRE
41
Photo du lac en janvier 2021, les prairies étaient autrefois des surfaces couvertes par l'eau. / Source : photo personnelle.
42
Le projet territorial
2 STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DURABLE À L’ÉCHELLE TERRITORIALE
Afin d’inscrire pertinemment le projet dans son territoire, il est nécessaire de comprendre les problématiques sociales et économiques propres au village et à ses alentours. La préservation de l’écosystème se place en tant que priorité et pour réussir cet objectif, le projet doit répondre également aux carences éducatives et économiques, car c’est le moyen de rendre crédible la démarche écologique aux yeux des habitants.
de la frontière agricole, la perte de fertilité des terres, l'envasement du lac, la prolifération des herbes aquatiques, ou encore le déversement de déchets dérivés d’une urbanisation en croissance constante, sont responsables de l'altération du corps d'eau.
Historiquement, les grandes civilisations se sont développées à partir de leur maîtrise de la gestion des ressources hydriques, la présence du lac de Pátzcuaro explique alors l’installation des populations depuis des temps ancestraux. Dans l'absence de rivières, l'approvisionnement en eau du bassin dépend principalement des précipitations et de l'existence de forêts sur les montagnes environnantes. Au cours des dernières décennies, la déforestation, l'expansion
Les indicateurs de détérioration sont nombreux et calculer leur effet combiné représente une tâche complexe. Néanmoins il est possible de citer quelques chiffres, par exemple : 85 % des sols qui entourent le bassin lacustre présentent des altérations. Le processus d'érosion intense produit une accumulation importante de sédiments au fond (1 cm/an environ). Entre 1984 et 2020, la surface du lac s’est rétrécie d'environ 23% ; sa profondeur a diminué de 2,6m. Il existe une pollution généralisée et d'importantes accumulations de polluants dans certaines zones, ceci en raison du fait que 33% des ordures ne sont pas collectées, ou que 70% des eaux usées des zones urbaines et rurales ne sont pas traitées (120 000 habitants autour du bassin).40
1984 L'eau du lac était plus limpide
2020 Le rétrécissement s'observe au sud du lac
2.1 La problématique hydrique du bassin lacustre de Pátzcuaro
98.5km2
75.2km2
40
Informations provenantes de : Vargas Sergio, Guzmán Ramírez Nohora Beatriz : Deterioro de la cuenca del lago de Pátzcuaro cambios en la identidad étnica p’urhépecha. Buenos Aires : Asociación Latinoamericana de Sociología, 2009, p. 4.
Site
Site
Source : Images satelitales et mesures prises de Google Earth Pro.
43
Avec ces évidentes dégradations, l’établissement d’une exploitation forestière sur ce territoire doit intégrer des mécanismes pour protéger les bois et par conséquent l’écosystème. Dans cette logique, la mise en place d’une pépinière communale pourrait contribuer à mettre en place un programme de reboisement. Les excédents de la production seraient susceptibles d’être vendus et les revenus encourageraient les habitants à poursuivre l’effort de conservation. Cependant, il est nécessaire de considérer que les initiatives de reforestation ne sont pas nouvelles dans la région et malgré cela, la détérioration du lac ne s’est pas arrêtée. Une possible explication à cet échec, serait que les efforts entrepris jusque-là ne s’inscrivent pas dans une méthode intégrale. En effet, les campagnes de reboisement ont toujours été fragmentées et sans objectifs clairs à long terme, car il n’existe pas de suivi inter-gouvernemental qui se poursuivrait à travers les mandats. Alors comment esquisser un programme efficace ? Quelle qu’en soit la réponse, il paraît évident qu’une entité pérenne devrait superviser la stratégie. À l’image de l’exemple cité dans la première partie (Nuevo San Juan Parangaricutiro), l’organisation en charge de mettre en place l’exploitation forestière dans la région, pourrait aussi diriger la pépinière et finalement la gestion des forêts.
2.2 Des préceptes adaptables à petite et grande échelle La Restauration des Paysages Forestiers41 peut être un moyen d’accroître la résilience et la durabilité des territoires et ses populations à travers le maintien des fonctions écologiques et
sociales. Plutôt que de reboiser des parcelles isolées de façon aléatoire, il est nécessaire d’établir un ordre de priorité en fonction de l’importance du terrain dans le fonctionnement de l’écosystème. Une approche novatrice, consisterait à centrer les efforts de reboisement sur les bassins versants. En tant qu'entité spatiale, ces éléments sont déterminés par le ruissellement naturel des eaux, qui se concentre au fond des cavités de la topographie. Ces ravins fonctionnent comme un système complexe ralliant le territoire par un maillage dense, qui attire l’humidité et par conséquent les espèces végétales et animales. Avec le rétablissement de végétation sur cette trame, il serait possible de connecter les différentes zones importantes pour la biodiversité à travers de corridors écologiques. De cette façon, la plupart des terres déboisées ou dégradées pourraient être restaurées « en mosaïque », c’est-à-dire qu’à travers le respect des cours d’eau, les forêts et les arbres peuvent coexister avec les cultures agricoles, les infrastructures et les zones d’habitation à l’échelle du paysage.42 Cette méthode n’a jamais été appliquée dans les campagnes de reboisement précédentes, et cela permettrait de planter des arbres avec des objectifs faciles à identifier et à transmettre aux populations. L’adaptabilité du principe de restauration des bassins versants constitue un autre avantage, car il peut être appliqué à plusieurs échelles. Indépendamment de la taille du terrain, tous présentent des parties hautes et des parties basses susceptibles d’être repensées en fonction des écoulements.
44 PROJET TERRITORIAL / STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DURABLE À L’ÉCHELLE TERRITORIALE
41
Il s’agit d’une approche emergente défendue par des acteurs comme l’ONU Environnement, l’ONG WWF et bien d’autres entités de poids. La restauration des paysages forestiers consiste à inverser le processus de dégradation des sols, des zones agricoles, des forêts et des bassins versants, afin que ceux-ci recouvrent leur fonctionnalité écologique et répondent aux besoins évolutifs de la société.
42
Besseau P., Graham S., Christophersen T. : Restaurer les paysages forestiers : la clé d’un avenir durable. Vienne : Partenariat mondial pour la restauration des paysages forestiers, 2018, p.12.
Source : Images prises de Google Earth Pro, data .shp prise du site de l'Instituto Nacional de Estadística y Geografía (INEGI), édition de l'image personnelle.
2980m
2700m Site
N
10 km
Cette cartographie recense les ravins entourant le bassin lacustre, les cours d’eau qui se forment au fond des dépressions sont saisonniers, car ils ne sont actifs seulement pendant les moussons. Si la surface boisée se trouve aujourd’hui en retrait par rapport au rivage du lac, il serait possible d’utiliser le « squelette » des bassins versants, pour que la forêt descende jusqu’au lac à nouveau et que l’érosion soit ainsi amortie par la nouvelle végétation.
Par rapport aux traits rouges sur la carte : La montagne de gauche (2980m) présente un fort potentiel pour le système de récupération des ravins, car les terrains à proximité du lac sont peu urbanisés et la pente prononcée garantit une certaine protection contre l’expansion de la frontière agricole. De l’autre côté, la montagne de droite (2700m) est la seule du bassin où la forêt descend jusqu’au bord de l’eau.
PROJET TERRITORIAL / STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DURABLE À L’ÉCHELLE TERRITORIALE
45
en fonction de leurs exigences en eau. Ainsi les pins se placeraient dans les hauteurs, tandis que les frênes se placeraient au fond des cours d’eau, évidemment en tenant également compte de l’apport en lumière.
Cela étant dit, se pose la question du choix des espèces qui pourraient être employées dans ce programme de restauration écologique. Les campagnes de reboisement classiques utilisent surtout des espèces de forêt telles que des pins endémiques, un type de cyprès (localement connu comme « Cèdre blanc »), un sapin de haute montagne (localement connu comme « Oyamel ») et dans une moindre mesure quelques chênes. Certains de ces arbres poussent relativement vite et tous ont des débouchées dans l’industrie du bois, ce qui en fait des options incontournables. Cependant, il serait intéressant d’enrichir la sélection avec des variétés qui contribuent à la diversité de la flore, pour ainsi accroitre la résilience de l’écosystème. Dans cette optique, des candidats pourraient êtres des arbres d’ornement comme l’Arbousier de la région (Arbutus xalapensis), mais aussi des Frênes mexicains (Fraxinus uhdei) ou des Cyprès du marais (Taxodium mucronatum) qui sont des espèces nécessitant une importante humidité pour se développer. L’idée serait de planter toutes les espèces locales dans les ravins
Chênes / Quercus rugosa, Quercos L., 15m
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Cette stratégie de « reconquête » permettrait en parallèle d’enrichir les systèmes agricoles existants, car la coexistence des arbres avec les cultures est utile pour améliorer la productivité et la fertilité des sols, pratiquer la culture sous ombrage et produire du fourrage. Cette méthode connue sous le nom d’Agroforesterie, est de plus en plus employée dans le contexte actuel de transition vers une alimentation plus saine. Les communautés autochtones de la région étaient autrefois conscientes de l’importance de maintenir un écosystème riche pour avoir de bons rendements.
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Source : Image de Wikipedia.
UTILISATION Meubles Production d’engrais naturels Construction
46 PROJET TERRITORIAL / STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DURABLE À L’ÉCHELLE TERRITORIALE
Oyamel (Sapin) / Abies religiosa, 40m
UTILISATION Construction, bois de très haute qualité, résistant aux intémperies
Cypres du Mexique / Cupressus lusitanica, 25m
Source : Google Images.
Pins / Pinus devoniana, 20m Pinus pseudostrobus , 20m Pinus ayacahuite, 20m Pinus maximartinez, 20m
Source : Google Images.
Source : Google Images.
UTILISATION Meubles Construction Production d’artisanat Grumes Combustible
UTILISATION Construction Meubles Extraction de resines
PROJET TERRITORIAL / STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DURABLE À L’ÉCHELLE TERRITORIALE
47
2.3 Un projet éducatif pour dynamiser les interactions sociales entre les villages Si la conservation écologique se place comme la priorité du projet territorial, c’est à travers une proposition éducative qu’il sera possible d’interpeller les habitants de la région. Il s’agit d’un défi de taille car l’inégalité scolaire constitue l'un des principaux problèmes au Mexique. Le taux de scolarisation au Michoacán est le quatrième le plus bas du pays, avec une moyenne de 7,9 années d’études. En 2018, l’association Mexicanos Primero43 a classé l’état 31/32 sur son indice de conformité de la responsabilité éducative (qui évalue la performance des autorités éducatives locales). D’après une comparaison qui évalue l’accès à l’éducation au sein des circonscriptions du Michoacán, celle d’Erongarícuaro est classée 53/113, utilisant la formule du coefficient Gini comme unité de mesure.44 45 Même si dans ce classement la municipalité ne figure pas parmi les plus défavorisées, les écoles de qualité restent un privilège que toutes les familles ne peuvent se permettre. Avec ces conditions, il parait pertinent de promouvoir la création d’un établissement qui en plus de donner une formation théorique autour du bois, s’occuperait de former à des métiers professionnels qui contribueraient à l’économie des habitants. Cela en partant de l’hypothèse qu’en parallèle, un centre de transformation du bois et de résines ainsi qu’une scierie locale se mettent en place ; les deux projets seraient complémentaires.
En 2009 a eu lieu l’inauguration de l’Université Interculturelle Indigène du Michoacán (UIIM) dans un village située à 15 km du site de projet. Le campus s’est implanté dans le plateau montagneux des indiens Purhepechas, un lieu historiquement marginalisé. Cette institution represente un facteur important pour le projet éducatif que je propose, car il ouvre la porte à la participation d’une communauté académique. Deux des formations dispensées à l’UIIM pourraient s’appuyer sur l’infrastructure du centre de formation des métiers du bois : la Licence en Développement durable, et la Licence en Ingénierie forestière.
43
Cette association constitue un référent au Mexique en ce qui concerne l’évaluation de la qualité de l’éducation. Il s’agit d’une organisation indépendante, raison pour laquelle il existe un consensus national sur la fiabilité des informations contenues dans ses publications.
44
Le coefficient Gini est un indicateur créé pour mesurer les inégalités économiques (en particulier celles de la répartition des revenus), bien qu'il puisse être utilisé pour mesurer toute forme de répartition inégale.
45
Informations tirées de l’article : Favila Tello Antonio, Hernández Barriga Plinio : La desigualdad educativa en Michoacán medida a través del coeficiente de Gini. Dans : Revista de Investigación Educativa de la REDIECH, vol. 10, No° 19, pp. 139-153. Morelia : Universidad Michoacana de San Nicolas de Hidalgo, 2019. Le bâtiment de l'Université contraste avec son contexte champêtre. Source : Photo tirée d'un article du journal local « El Sol de Zamora ».
D’autres partenariats seraient possibles avec toute institution ou association souhaitant se servir de l’infrastructure, pour des formations de courte durée, avec la possibilité de loger sur place. Cela permettrait de créer des interactions sociales entre les villages en créant un réseau relationnel plus complexe. Le nouveau centre éducatif aurait pour vocation de former par la pratique, il serait bien sûr composé de salles de cours et de travail mais également d’ateliers disposant de tout le matériel et d'équipements nécessaires à la création.
48 PROJET TERRITORIAL / STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DURABLE À L’ÉCHELLE TERRITORIALE
Les partenariats possibles EDUCATIFS Université Interculturelle Ecoles elementaires Lycées techniques GOUVERNEMENTAUX Mairie du village Gouvernement de l’Etat Commission Nationale forestière Pompiers
PARTICULIERS Porteurs de projets particuliers Artisans du bois Professeurs spécialisés Agriculteurs Gardes forestiers ASSOCIATIFS Associations du village Associations d’agriculteurs
92676 Habitants à moins de 30 minutes en voiture
N
5 km
UIIM
Source : Photo satelitale prise de Google Earth Pro, édition de l'image personelle. Le nombre d'habitants provient du : Censo de Poplación y Vivienda 2020, réalisé par l'institution qui s'occupe des statisitiques de population au Mexique nommé Instituto Nacional de Estadística y Geografía (INEGI).
PROJET TERRITORIAL / STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT DURABLE À L’ÉCHELLE TERRITORIALE
49
« Espace sculptorique » de Mathias Goeritz : une œuvre de Landart qui met en avant une coulée de lave, au cœur du campus de l'Université Nationale du Mexique. / Source : www.sensesatlas.com.
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Projet urbain & architectural
3 CONCEVOIR UNE ARCHITECTURE LOCALE POUR RÉPONDRE AU DÉFI RÉGIONAL
Maintenant que le cadre global de la problématique de déforestation a été défini, que les répercussions régionales sur les ressources hydriques ont été expliquées et qu’en fonction de ces facteurs une réponse programmatique a été proposée, il est nécessaire de réfléchir aux implications architecturales de construire un tel projet. Les archétypes locaux que nous avons pu analyser précédemment constituent des éléments qui pourront être pris en compte au moment de la conception. Cependant, le point de départ pour concevoir une architecture consiste toujours à se poser la question de la matérialité, car elle détermine les techniques, les dimensions, les limites structurelles et par conséquent l’apparence finale. Étant donné que la démarche du projet repose sur un discours écologique, l’utilisation du béton doit être limitée autant que possible pour privilégier des matériaux locaux à faible impact carbone. Alors, comme nous avons déjà pu le voir, la terre et le bois massif constituent des candidats intéressants, mais d’un autre côte la pierre volcanique se présente comme un choix à considérer, en raison du contexte culturel national et local.
abondance de basalte volcanique dans toute la région centrale du pays, ce qui est à l’origine d’une tradition architecturale singulière. La forme des constructions a toujours été caractérisée par une monumentalité exprimée à travers la masse et la volumétrie des formes simples. Le basalte volcanique est difficile à manier, contrairement aux pierres calcaires qui grâce à leur malléabilité donnent la possibilité de jouer davantage avec des formes sveltes. Les édifications symboliques des cultures pré-hispaniques (notamment les pyramides) découlent en partie de l’utilisation de ce matériau lourd.
3.1 Le basalte : un matériau historiquement utilisé
L’héritage de cette architecture « tectonique » peut se ressentir encore de nous jours de façon très nuancée malgré le passage du temps. La monumentalité constitue encore un élément seyant du paysage architectural, qui se manifeste dans certaines composantes urbaines comme des portiques, des arrêts de bus ou dans les détails des bâtiments et espaces publics.
Le Mexique s’étire au long de la ceinture de feu du Pacifique, le surgissement de volcans a alors contribué à façonner le paysage en lui conférant une identité visuelle unique marquée par les coulées de lave. Pour cette raison, il existe une
Reconstitution du site archéologique de Monte Alban à Oaxaca. La massivité et monumentalité de l'ensemble lui confère un caractère dominant, accentué par sa position surélevée par rapport à la vallée qui l'accueille. Source : Image postée sur Pinterest par Luis Trejo.
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Dans la région centrale du pays, les maçons détiennent un savoir-faire indéniable, la pierre volcanique est alors utilisée pour fabriquer les fondations, mais aussi les parties des bâtiments qui assurent la solidité structurelle, comme des murs porteurs, des contreforts ou des socles. Le maniement des techniques de construction avec ce matériau fait partie des compétences habituelles chez les constructeurs et son application n’est pas onéreuse, car les dépôts de pierre volcanique ne manquent pas. Autour du lac de Pátzcuaro se trouvent des coulées de lave dont la pierre a été employée dans d'importants ouvrages publics tels que la pavage des rues, des places et des trottoirs, ainsi que dans des édifices publics. La carrière la plus proche du site du projet se trouve à seulement 5km.
En plus de sa disponibilité, un autre avantage à utiliser ce matériau se trouve dans le fait qu’il existe différents types de roches avec des propriétés diverses. Deux familles principales peuvent se distinguer : les roches (1) rouges localement appelées « Tezontle » qui tirent leur couleur des hautes concentrations d’oxyde de fer, la porosité les rends plus légères tout en conservant une résistance considerable ; les roches noires (2), sont plus denses et difficiles à manier mais en même temps plus résistantes ainsi qu’imperméables, grâce à cela elles sont utilisées pour contreventer les constructions ou pour faire les socles et fondations.
2km Site
Maçonnerie en pierre rouge, il s'agit probablement juste d'un revêtement. Source : photo de la Casa Zuno à Guadalajara, prise sur Google Street View.
Carrières
Coulée de lave
Le coulée de lave du volcan « La Taza ». / Source : photo satelitale prise de Google Earth Pro, édition de l'image personnelle.
Maçonnerie en pierre noire, il s'agit d'un mur porteur, la qualité de ce travail sans joints apparents est exceptionnelle. / Source : photo personnelle.
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Bâtiment du tribunal pénal de la ville de Pátzcuaro, conçu par l'agence Rocha+Carrillo et livré en 2015. / Source : Photo prise du site Archdaily.
3.2 Affirmer la place du bois : compléter l’ancien avec le contemporain Il semble logique que si le dessein est de construire un lieu dédié à l’étude de la gestion de la forêt ainsi qu’au développement de ses débouchées économiques, le projet soit constitué principalement en bois. Cependant, l’idée d’utiliser ce matériau est associée à l’habitat traditionnel vernaculaire qui pour certains represente un passé pauvre qui a besoin d’être oublié et remplacé par des matériaux « modernes » : le béton et la brique. Le positionnement du projet devrait alors redonner de la dignité à ce matériau, en l’employant de façon très visible dans tout le projet. De nos jours, le bois gagne en notoriété au niveau international car il est de plus en plus employé dans l’architecture contemporaine, cela grâce au surgissement à la fin des années 90 de la technique du bois lamellé-collé qui a repoussé les limites structurelles. Le besoin de baisser les émissions de gaz à effet de serre, contribue à encourager l’utilisation du bois car contrairement
au béton il « renfermerait » le carbone. Ainsi, une transformation vers l’acceptation du bois est à prévoir même au Mexique, un pays qui tout comme la France avec Lafarge, s’attache à son industrie de ciment incarnée par Cemex. Face à cela, la réponse conceptuelle du projet consisterait à employer la pierre volcanique pour travailler le sols et remanier la topographie du terrain, mais aussi pour les fondations et murs de contreventement. Ce geste serait un rappel du passé historique et culturel du site ainsi que de sa tectonique, en incarnant les principes volumétriques de l’architecture en pierre. Le bois plus éphémère, qui represente le présent mais aussi l’avenir, viendrait ensuite se positionner sur les socles en pierre.
Le bois légér se pose sur une base lourde ancrée au sol. / Source : dessin personnel.
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3.3 Un nouvel espace public en hommage à l’héritage archéologique L’objectif du projet et le concept des bâtiments sont définis, cependant il est encore possible d’ajouter des variables. La question de l’espace public se pose, car actuellement les habitants ne disposent pas de beaucoup d’aires de détente. Ainsi, le nouvel équipement éducatif peut être accompagné d’une série d’espaces publics, avec des possibilités d’appropriation variées. Pour apporter des nouvelles fonctions il est nécessaire de prendre en compte ce qui existe, afin de proposer des aménagements différents. L’actuelle place fait office de lieu de rassemblement, car elle canalise les rencontres sociales par sa position centrale et ses arcades latérales qui accueillent les commerces les plus importants. Or, le village ne possède aucun jardin public, aucun parc 9,1 m2 d'espace public par habitant
végétalisé qui pourrait servir pour réaliser des activités sociales, même si à défaut les rassemblements ont lieu dans les rues, dans l’atrium de l’église ou dans le terrain de football. Un véritable parc arboré pourrait venir enrichir les possibilités de socialisation. Pour concevoir ce nouvel espace, il est important de ne pas faire concurrence à la place du village et ses commerces. Alors, comment concevoir un lieu qui par sa morphologie donnerait la possibilité d’intégrer des nouvelles fonctions ? Étant donné l’histoire de la région, une piste pourrait être trouvée en analysant le sens de la configuration des esplanades publiques dans l’urbanisme pré-hispanique, en le comparant avec les places publiques construites durant la période coloniale.
100m
Source : Photo satelitale prise de Google Earth Pro, édition des images personnelle.
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Pour plus d’informations à ce sujet voir l’article : Rios Cerón María Yolanda Elizabeth : Función de las plazas en la época prehispánica del altiplano. Dans : Revista Iberoamericana de las ciencias sociales y humanísticas Vol. 2 N° 4. Zapopan : CENID, 2013.
Dans l’Amérique précolombienne, des platesformes en terre étaient construites pour mettre en valeur et protéger les maisons ou les temples. Le placement des habitations sur ces socles n’avait pas d’incidence dans l’organisation des petits villages, pouvant devenir plus complexe au fur et à mesure de l'apparition de palais ou de structures plus importantes. Dans la conception des plates-formes, des supports en pierre étaient placés en suivant leur périmètre, donnant lieu à des murs ou à des talus inclinés. Un autre élément important était l’emplacement dominant de ces plateformes, situées en hauteur, dans une logique d'observation des alentours.46
Mais pourquoi insister sur cet urbanisme appartenant à une période si lointaine ? Parmi les terrains disponibles dans le village il existe des parcelles situées dans la partie haute du village. Grâce à leur position dominante, l’emplacement avait probablement été choisi par les peuples pré-hispaniques pour fonder leur ville. Ces vastes terrains seraient idéaux pour bâtir le projet du Centre de Formation des Métiers du Bois, car leur surface est suffisante pour intégrer le programme mais aussi créer de nouveaux espaces publics. Ainsi, faire référence à l’archéologie, prend tout son sens, car il s’agirait d’un moyen de refonder l’identité du village.
3.4 Améliorer l'insertion urbaine de la typologie scolaire mexicaine
Cet aménagement s'oppose à la place occidentale à l’espagnole qui en tant que concept urbain, consiste souvent en un espace orthogonal qui accueille la mairie et permet le contact entre les citoyens. Il est entouré d'allées couvertes, souvent dotées d’arcades, où la population peut déambuler et les boutiques peuvent s’installer, renforçant ainsi le caractère social de ces corridors. Leur position ne se trouvant pas nécessairement sur les parties les plus élevées du terrain, la visibilité sur les alentours était donc limitée.
Source : Dessins des places personnels.
Avant de se concentrer sur le terrain et ses particularités il est nécessaire de comprendre comment sont pensés les centres éducatifs dans les villes et villages de campagne. Même si la conception n’est pas anodine et possède des qualités, leur implantation est souvent autiste du contexte. De l’école primaire au lycée, les équipements scolaires sont toujours construits suivant la même orientation, les bâtiments sont disposés de façon parallèle et leurs dimensions sont très similaires. Les circulations sont extérieures et suivent le périmètre des constructions, ce qui parfois est en lien avec les climats chauds. Ce modèle peut être repris partiellement, car il est tellement associé à l’éducation qu’il est utile d’en conserver la référence, cependait il est quand même possible d’intégrer de l’originalité tout en respectant ces règles de conception.
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Même orientation, mêmes dimensions
100m Des écoles publiques dans les villes voisines. Source : Photos satelitales prises de Google Earth Pro, édition des images personnelle.
D’un autre côté les établissements sont toujours délimités par un mur, ce qui est normal pour une école accueillant des enfants. Mais étant donné que le projet s’adressera plutôt à de jeunes adultes, pourquoi ne pas remettre en question la barrière ? Est-il nécessaire de séparer les bâtiments de leur contexte par une
clôture ? Le concept d’une école ouverte à la ville est non seulement plus en adéquation avec l’idée d’un campus universitaire, mais il s’agit aussi d’un modèle qui a déjà fait ses preuves ailleurs, même pour des établissement dédiés aux enfants. En Colombie, la ville de Medellin a décidé d’expérimenter avec
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cette vision, en concevant des équipements à vocation éducative et culturelle sans barrières, inscrits dans un espace public pouvant accueillir des activités récréatives. Les bâtiments ont eu un impact très positif dans les quartiers qui les accueillent, qui étaient parfois très défavorisés. La ville a compris qu’il existe une relation intrinsèque entre la qualité de l’éducation et la conception des espaces dédiés à l’apprentissage. Cette conception innovante de ce qu’est une école, correspond avec ce que le projet du Centre de Formation des Métiers du Bois cherche à faire : intégrer les édifices au sein d’un lieu qui servirait également de parc pour les habitants.
École maternelle de Santo Domingo Savio à Medellin, projet de l'agence Plan B Arquitectos. L'entrée et l'implantation de l'établissement sont pensés en fonction de la morpohologie du contexte. / Source : photo prise de ArchDaily.
3.5 Le terrain du projet comme la pièce manquante d’un puzzle Pour mettre en pratique l’idée d’un campus sans barrières, le village d’Erongarícuaro possède un site idéal sur la partie la plus haute de l’agglomération, au sommet d’un coteau dominant par rapport aux alentours (voir p.34). Pour cette même raison le lieu avait été choisi par les cultures pré-hispaniques pour édifier leurs habitations dès l’an 220 après JC. Aujourd’hui une partie de ces terrains chargés d’histoire se trouve morcelée dans un ensemble de parcelles encore préservées du bâti contemporain. Une section a récemment été achetée par le clergé, car il s’agit de l’emplacement d’une ancienne chapelle construite au moment de l’établissement du village colonial après la conquête. Symboliquement, cette édification a probablement été construite sur l’emplacement des constructions pré-hispaniques d’antan.
Collège Las Mercedes à Médellin, par l'architecte Juan Manuel Pélaez. L'établissement est situé dans un parc. / Source : photo prise de ArchDaily.
Par sa position, le site peut être perçu comme la pièce manquante dans le tracé du village car il se trouve entouré de constructions, mais il a été conservé avec le temps. Il présente donc un fort potentiel d’intégration, d’utilisation et d’acceptation au sein de la communauté du village. La conversion du terrain et sa postérieure urbanisation se feraient sans promouvoir un étalement urbain insensé et éloigné des centralités, même dans un contexte semi-rural où l’éloignement des infrastructures est habituel.
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Le cadastre en bas de page précise l’implantation du terrain dans son contexte. Il est possible de voir que des prolongements des rues actuelles permettraient de placer le site au cœur d’un nouveau quartier, marqué par la présence du Centre de Formation qui pourrait développer de nouveaux espaces publics sur une surface de 2 à 3 hectares. Au moment des visites de terrain en février 2021, un relevé topographique par photogrammétrie effectué avec un drone a permis de dévoiler les traces de ce qui était probablement une ancienne plateforme qui accueillait des constructions. Même si ce constat n’est pas reconnu officiellement, les lignes directrices révélées serviront de base pour la mise au point du plan urbain du projet. Ainsi, une série d’esplanades à différentes hauteurs est imaginée pour accueillir le Centre de Formation. Ce travail de topographie permet de hiérarchiser les espaces, configurés à partir de talus, d’allées piétonnes et des gradins en pierre volcanique.
Sur cette trame de base s’ajoute une série de bâtiments qui seront construits suivant une logique orthogonale, érigée en parallèle des fondations de l’ancienne chapelle qui subsistent encore de nos jours. Ce modèle rappelle aussi la typologie scolaire mexicaine évoquée précédemment. Les bâtiments en bois du campus, se posent sur un dispositif architectural complexe où l’essence en est le basalte volcanique. Les vides laissés par cette implantation sont en accord avec le contexte peu dense du village, ils seront conçus comme des espaces publics avec un caractère de parc naturel ponctué par la présence d’essences locales, présentes dans les forêts de la région. Finalement des scènes surélevées ainsi que des bancs publics en bois permettront de faire du campus un lieu de promenade et de repos ouvert à tous.
Tracée présumé d'un bord de la plateforme
Place principale
50m 200m Source du cadastre : réalisation personnelle.
Modèle digital d’élévations (MDE) du site où les tons rouges représentent les parties les plus hautes. Ce type d'analyse est utilisée en archéologie pour discerner des anciennes structures cachées par les conditions d'un terrain. Source : réalisation personnelle.
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Insértion contextuelle & Programme 4
2
4 7
3 3 1
5
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1 - Entrée 2 - Pépinière 3 - Salles de cours 4 - Ateliers pratiques 5 - Pôle de vie & Amphi 6 - Logements temporaires 7 - Terrain de sport couvert
Réalisation personnelle.
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ENTRÉE PRINCIPALE + SALLE DE RÉUNIONS COMMUNALES
(1 dans l'axonométrie)
L’entrée est située sur le front de rue, il s’agit de la partie la plus accessible depuis le village et par conséquent elle constitue une sorte de vitrine du Centre de Formation des Métiers du Bois. Le premier bâtiment de l’ensemble se trouve sur l’emplacement de l’ancienne chapelle précédemment évoquée (p. 57), de cet édifice subsiste uniquement une fondation en pierre à moitié enterrée dans le sol. Pour cette raison, le bâtiment adopte une silhouette « brisée » de mur en ruines qui évoque le passé du lieu. Sur l’ancienne fondation, un nouveau mur sera construit avec une série de panneaux d’information sur l’histoire archéologique et culturelle du site. Afin de rendre hommage à la vocation de réunion sociale attribuée aux églises, ce premier bâtiment est destiné à accueillir les congrégations des différentes autorités communales, qui mettront en place la gestion et le suivi de la forêt. De cette façon, il s’agit d’un édifice qui par son programme se distingue du reste, il trouve son propre caractère dans le sens d’inclinaison des toitures, qui lui confère une identité symbolique unique et facile à retenir.
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Réalisation personnelle.
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SALLES D'ENSEIGNEMENT + BIBLIOTHÈQUE
(3 dans l'axonométrie)
Directement après l’entrée se trouvent les salles d’enseignement, qui sont dessinées en suivant la typologie habituelle des écoles mexicaines. L’orientation nord/sud des bâtiments donne la possibilité de situer les circulations côté sud, protégées du soleil par l’ombre d’une toiture filante, inspirée par les débords traditionnels du bâti colonial de la région. Ce corridor connecte l’ensemble des salles avec une bibliothèque qui se trouve alignée dans le corps de l’édifice. Le bardage et l’ossature en bois massif ainsi que le basalte volcanique dominent l’ambiance générale du projet, mais pour les toitures, des tuiles romanes fabriquées dans le village même sont utilisées. La structure portante est constituée par des fermes en treillis avec l’entrait moisé, qui permettent d’avoir des portées de 8 mètres. Toutes les dimensions structurelles sont issues des longueurs de bois massif disponibles dans le marché local (4, 6 et 7m) ainsi que de ses multiples.
Réalisation personnelle.
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ATELIERS PRATIQUES (4 dans l'axonométrie) Afin d’accéder à une formation complète autour des métiers du bois, les ateliers pratiques sont essentiels d’un point de vue pédagogique. Les bâtiments qui accueillent ces espaces suivent la même logique constructive (basalte + bois), une hauteur sous plafond de 4 mètres (sans compter la hauteur des charpentes) permet d’avoir un vaste espace approprié à la confection de meubles et autres objets en bois. Des plateformes surélevées et alignées sur la nouvelle rue, permettent de charger et décharger des camions avec les objets fabriqués ou avec du matériel. De grandes portes coulissantes ouvrent la possibilité d’étendre les activités à l’extérieur, ces éléments se différencient du bardage vertical car les lattes de bois sont posées à l’horizontale et ceci dans toutes les entrées du projet. Un apport en lumière abondant est assuré par des fenêtres pivotantes hautes qui contribuent aussi à une ventilation naturelle, ces dernières sont situées au nord cherchant à recevoir et diffuser une lumière homogène à l’intérieur.
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Réalisation personnelle.
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TERRAIN DE SPORT COUVERT
(7 dans l'axonométrie)
L’espace public devient en fin de compte l’élément capable de changer la dynamique sociale du village pour tous les habitants. Entouré par des espaces ouverts, le complexe du Centre de Formation des Métiers du Bois est voué à devenir un nouveau point de référence dans la région. Pour contribuer à enrichir les activités sociales, un terrain de basket/football devient une nouvelle « marque » pour le lieu. Contrairement à la majorité des espaces de ce type au Mexique, le pari est fait sur une structure en bois, les fermes sont les mêmes que pour les charpentes des ateliers, mais disposées en miroir. La structure consiste en une succession de portiques isostatiques contreventés par une triangulation de cables en acier, le tout protégé par des tôles ondulées opaques. Des gradins en basalte volcanique suivant la topographie du terrain permettent d’accueillir des spectateurs.
Réalisation personnelle.
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ADMINISTRATION + AMPHITHÉÂTRE + CUISINE PARTAGÉE (6 dans l'axonométrie) Ce dernier bâtiment se différencie par rapport au reste car il est le seul construit sur 2 niveaux. Un socle monumental se démarque par sa matérialité, étant la seule section du projet à intégrer une trame en béton. La partie basse accueille un amphithéâtre avec une double hauteur sous plafond, mais aussi une cuisine partagée destinée à servir aux étudiants effectuant des séjours d’une ou deux semaines. Les bureaux administratifs de la direction sont situés à l'étage. Finalement, des logements temporaires, inspirés des maisons vernaculaires sont situés juste en face et complètent l’ensemble, en créant un pôle de vie sociale pour la communauté du campus. Ainsi s’achève cette synthèse du projet qui plutôt que de le présenter dans ses moindres détails, est destinée à saisir rapidement l’esprit et le fonctionnement du Centre de Formation des Métiers du bois, ainsi que de ses atmosphères architecturales. Ainsi s’achève également ce mémoire, avec l’image d’un avenir souhaitable pour cette région en péril mais pleine d’opportunités.
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Réalisation personnelle.
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Réalisation personnelle.
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CONCLUSION
À mon sens, l’architecture est un acte éminemment politique. Suivant cette optique,
notre positionnement en tant qu’architectes se doit de répondre aux enjeux de la crise climatique mondiale, à travers des interventions adaptées à des régions avec des particularités spécifiques. Dans ce travail, les choix programmatiques sont issus d’une volonté de répondre au défi de la déforestation en questionnant la viabilité d’un modèle agricole qui apporte une prospérité mais qui devaste les écosystèmes.
La planification urbaine représente un juste milieu entre l’architecture, la politique et la recherche du bien commun.
Ces questions constituent le travail inachevé de beaucoup de pays en développement. Dans ces endroits, une nouvelle génération d’architectes écologiquement et socialement responsables doit alors avoir la volonté de mener ce débat, en apportant une nouvelle capacité de projection au milieu d’une complexité défiante.
Ainsi, la démarche est pertinente car elle démontre les défaillances de gestion territoriale tout en suggérant des alternatives. Fonder ce projet sur l’éducation
autour du bois, represente une opportunité de mettre l’accent sur l’importance de développer cette ressource, car elle possède le potentiel d’impacter positivement l’économie et la vie sociale des communautés concernées. Laissant de côté les fondements sociétales, l’imaginaire architectural auquel se rattache le projet découle de l’influence du contexte local qui se manifeste à travers le choix des matériaux, mais aussi dans l’utilisation de symboles culturels. Les bâtiments du centre de formation cristallisent ces éléments au milieu d’un nouvel espace public multifonctions, qui viendrait enrichir la vie au sein d’un ensemble de villages qui peinent à trouver une voie commune de développement. Finalement, le travail ouvre la porte sur une multitude de sujets intéressants pour l’avenir. Les recherches effectuées réaffirment la complexité de la gestion territoriale au Mexique, qui se révèle comme une problématique à résoudre d'urgence durant les prochaines années.
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La montagne plus haute du Michoacán (3845m) à proximité de la ville de Tancítaro. / Source : photo personnelle.
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Le fruit de la discorde (Bio). / Source : photo personnelle.
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ANNEXE
1 ENTRETIEN AVEC UN AGRICULTEUR D'AVOCTAS BIOLOGIQUES Rafael Pimentel
Grandi à Mexico, Rafael est un agriculteur engagé, sa famille est orginiaire de la ville de Tancítaro où il est l'exploitant d'une plantation d'avocats de 24 hectares. Son verger fut l'un des premièrs de la ville, il date des années 80 et a remplacé des anciens champs de maïs. Cela fait une quinzaine d'années qu'il a entreprit de se convertir à l'agriculture biologique, il a pu me raconter son expérience.
JR : Comment t’es-tu peu à peu orienté vers
JR : C’est donc d’abord par conviction per-
la culture bio d’avocats ?
sonnelle et non pour des raisons financières.
RP : Après avoir vécu longtemps en ville, j’apprécie beaucoup la campagne et j’aime y aller avec ma famille. Avant, quand j’allais à la plantation d’avocats de mes parents, parfois on ne pouvait même pas y rentrer car on venait juste de la fumiger. A part le fait de ne pas vouloir affecter l’environnement avec des produits chimiques et des engrais azotés, l’idée était aussi de pouvoir marcher dans la plantation, y ramasser un avocat et le manger sans risque. Ne pas devoir attendre 21 jours, avant de pouvoir entrer dans une zone où on a mis un poison dont la molécule reste active longtemps. La raison principale du changement est celle-ci. Nous sommes de ceux qui prenons soin complètement de nos plantations, nous aimons y marcher et les apprécions. Parfois j’y vais même en vacances avec mes propres enfants et je veux un environnement sain et libre de pesticides.
RP : Oui, la culture bio tu t’y mets pas parce qu’on te dit que le produit vaut plus sur le marché, tu finis par te rendre compte que tu dépenses plus en coûts de production dans le cas d’une conversion rapide. Pour moi la conversion n’a pas duré plus de 8 ans jusqu’à atteindre le niveau de pleine production. C’était une décision personnelle. La plupart des gens qui font de la culture bio sont des gens compromis personnellement plutôt que financièrement. JR : La question suivante serait : Comment
faire pour qu’une plantation soit saine ? Quelles sont les procédures mises en œuvre qui te distinguent d’autres producteurs d’avocats ?
RP : Dans la culture bio il existe ce qu’on appelle, la santé des plantes, c’est le critère qui détermine si ta plantation est suffisamment saine pour pouvoir commercialiser ton produit. Pour cette même raison, il y a des réunions locales de 77
santé végétale. Pour obtenir ce critère dans l’agriculture bio, ce dont on a besoin essentiellement, c’est d’avoir un minimum de biodiversité, sachant déjà que ce qui domine c’est la monoculture de l’avocat. Alors si on commence à enlever des pins, parce qu’ils sont les hôtes de parasites puis d’autres arbres natifs aussi porteurs d’autres parasites, finalement ça agit à ton encontre car ces parasites ont besoin d’un lieu où vivre. La majorité des parasites de l’avocat résident dans leur milieu ambiant, les bois et leur disparition affecte directement l’avocat. Dans les bois, les parasites ont leurs fonctions. En premier lieu, pour avoir une plantation saine, l’important est donc de conserver une certaine variété de plantes, les herbes natives. Il doit y avoir au moins de 3 à 10% du terrain avec des zones d’espèces natives. En second lieu, il est nécessaire qu’il y ait un bon fonctionnement de la nutrition.
JR : Bien sûr, quelles sont donc alors les techniques alternatives de culture que tu utilises ?
RP : l’une d’entre elles est celle de faire des
canaux perpendiculaires à la pente pour éviter l’érosion. C’est la Key line. L’autre est celle de laisser les plantes natives terminer leurs cycles, en les laissant fleurir afin d’attirer les pollinisateurs et les insectes qui attaquent les parasites. J’ai aussi des ruches donc des abeilles en permanence. Voilà, c’est le principal, ça parait simple mais ça demande beaucoup de travail.
JR : Es-tu affecté par le fait d’avoir autour de toi des plantations d’avocats qui utilisent des pesticides ?
RP : On est affecté en cas de vents très forts qui nous renvoient les pesticides sur la plantation. Mais au lieu de nous affecter, cela nous sert aussi car les parasites se rendent compte d’où proviennent les insectes qui les attaquent et évitent ainsi d’aller sur la plantation. Il y a des apiculteurs qui préfèrent me laisser leurs ruches car leurs abeilles pollinisent davantage que dans les plantations conventionnelles, avec en plus moins de mortalité dans les populations. JR : Existe-t-il un autre type de culture,
associé à celle de l’avocat, qui partage le même écosystème ? Que cultivent les gens ici ?
RP : Les gens par ici cultivent beaucoup la Chirimoya (Anone), la Grenade de Chine qui ressemble à la Maracuya. La Grenade de Chine pourrait être une alternative à l’avocat et le café aussi qui pousse facilement. JR : La culture de l’avocat est-elle compatible avec d’autres espèces d’arbres ? Par exemple serait-il possible d’avoir une plantation 50% de pins et 50% d’avocats ?
RP : Les avocats ne supportent pas le niveau d’acidité des aiguilles de pins produits par l’essence de Térébenthine. Il en est de même pour l’Eucalyptus, leur acidité ne permettant pas la croissance des avocatiers. JR : Quel arbre serait donc compatible avec l’avocat ? Le Frêne peut être ?
RP : Non, car ils seraient en concurrence pour la lumière, l’avocat est un arbre qui a besoin d’air et de lumière. Tous les arbres
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feuillus et de hautes tailles l’empêcherait de pousser ou alors il faudrait les tailler sans cesse afin qu’ils ne le privent pas de lumière.
JR : La monoculture est-elle donc indispensable dans le cadre d’une hyperproduction ?
RP : Si pratiquement. Avant l’exportation massive d’avocats il y avait des chirimoyos, des pêchers et peut-être des capulins (type de cerises), des arbres fruitiers. JR : Il est donc préférable comme tu le fais
d’avoir des espèces ligneuses locales, telles que le pin dans les limites du terrain pour te protéger des parasites ?
RP : Oui, ce sont des barrières vivantes qui
favorisent les microclimats, des barrières coupe-vent qui protègent de la poussière qui chasse les insectes. L’idéal serait que chaque plantation ait sa propre barrière de pins d'au moins un mètre aux limites du terrain où pousseraient des pins et autres arbres, ça devrait être réglementaire. Ici le terrain mesure 24 hectares, 20 correspondent à la plantation d’avocats, 4 sont les limites et les ravins où nous avons de frênes, des pins et des chênes.
JR : Bien sûr il y a des gens qui le font de leur propre initiative…
RP : Oui, le plus souvent ils le font pour délimiter leur propriété. Mais je pense que les règles d’exportation ont mis fin à la plantation mixte d’arbres et à la diversité végétale faisant ainsi le jeu de l’agriculture mondiale. Par exemple, j’ai dû enlever tous les Chirimoyos
plantés entre chaque avocat par ordre des Etats-Unis, par décret de la Santé des plantes parce que cet arbre est porteur d’un champignon qui affecte l’avocat donc considéré comme récepteur de parasites. Mais ce sont des choses qui pourraient se gérer et se justifier d’une autre façon...
JR : Les règles de La Santé des plantes im-
posent donc pratiquement que ce soient des monocultures.
RP : Bien sûr, par exemple ici on pourrait
avoir des piments « Peron », du café mais les règles d’importation imposées par les EtatsUnis disent que tu n’as pas le droit d’avoir d’autres cultures que celle de ton label certifié biologique. En réalité tu peux toujours passer au-dessus de cette règle et beaucoup le font mais la USDA, le département d’agriculture des USA t’assignent d’autres règles encore, comme celle de ne pas avoir d’herbes hautes, que les clôtures doivent être de maillage cyclonique, résultat : celles faites de magueyes (agaves) ou d’arbres ont disparu afin d’éviter le passage des chiens susceptibles de contaminer par leurs excréments. Les règles de l’agriculture commerciale mondiale favorisent la monoculture et t’empêchent d’intercaler et de varier tes cultures. En fait ce sont les règles des transnationales qui justifient ainsi la vente de leurs produits. Elles te vendent des solutions qui en réalité te créent des problèmes pour lesquels elles ont d’autres solutions toujours prêtes à te les vendre. Alors qu’il existe des produits de manufacture « maison » bien meilleurs, elles ne te laissent pas libres de les utiliser car c’est un
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marché, un business qui doit se maintenir, un système puissant où interfèrent d’importants lobbys au sein des gouvernements.
JR : C’est fou ! Existe-t-il une association
d’exportations d’avocats bio ? Comment s’organise la distribution ?
RP : Les sociétés d’emballage ont leur propre
le prix du bio se maintient haut car il y a peu d’offre. Je crois que la superficie cultivée de bio dans le Michoacan n’atteint pas les 5%. Nous, en moyenne, nous vendons presque toujours 10 pesos de plus bien que ce ne soit pas non plus toujours le cas, tout dépend de l’offre.
JR : Et on dépense lus dans la nutrition ? RP : C’est à peu près pareil, bien que les
filiale bio. Elles ont un label certifié bio pour le traitement des fruits bio avec leurs règles. Là-bas, on appelle « corrida » quand un camion décharge et si arrive un chargement d’avocats de culture conventionnelle, il ne peut pas être mélangé avec un qui soit de culture bio. Quand le fruit est bio, cela suppose qu’il soit lavé et désinfecté. Un emballage et un envoi de fruits bio doivent être sous label ainsi que le producteur.
produits de nutrition certifiés bio de l’industrie soient très chers, alors une partie de l’agriculture bio est l’auto génération d’éléments nécessaires à la lutte contre les parasites. C’est là où on peut économiser. Malheureusement on est de plus en plus limité, ils veulent qu’on utilise leurs engrais qui valent le double. Ici chez nous, le tiers voir la moitié de ce que nous utilisons, nous le préparons nous-mêmes.
JR : Est-ce que ce modèle est rentable en fin
JR : A long terme, cela vaut il le coup que
RP : Tout dépend. Quand de vieilles plantations passent au bio, qu’elles doivent changer leur système de nutrition et de traitement de leurs arbres, leur production baisse les premières années. Alors que si dès le début tu produis de manière bio, la production reste au même niveau qu’une plantation conventionnelle. Il y a une différence dans les plantations avec irrigation où la productivité augmente. Quant au prix, l’offre du bio étant moindre, il y a donc une majoration du prix. Quand les prix sont élevés, la différence est seulement de un à deux pesos de plus le kg que le fruit conventionnel mais quand les prix sont bas,
RP : Si leurs plantations ont moins de 10 ans, oui. Si elles sont plus anciennes, il faut vraiment investir beaucoup en capacitation, temps et achats de produits nécessaires. Dans ce dernier cas tout dépend là encore, du compromis et de la conviction personnelle du propriétaire. Personnellement je m’y suis convaincu seul et je ne cherche à convaincre qui que soit de se tourner vers le bio, personne n’a d’argent à perdre et à mon sens, ceux qui se convertissent sont et seront toujours peu nombreux. Ceux qui le font, le plus souvent c’est parce qu’ils habitent sur place ou parce qu’il y a des cas de cancer dans leur famille.
de compte ? Qu’est-ce qu’on y gagne, qu’estce qu’on y perd ?
d’autres producteurs d’avocats se tournent vers un modèle agricole alternatif et durable ?
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JR : Tu crois qu’il existe au Mexique un
des avocats aujourd’hui, la plupart du Centre/ Sud pensent que l’APEAM ne pourra maintenir longtemps l’exclusivité du marché.
RP : Ici au Mexique le facteur important est
Alors si les Etats-Unis maintiennent leur politique de seulement laisser passer l’avocat du Michoacan, le marché restera juteux avec des prix élevés. La superficie de plantation d’avocats à l’échelle nationale est étendue mais vu la consommation croissante d’avocats, elle sera insuffisante. De cette façon moi je pense que viendra le moment où ce ne sera plus un business et peut-être pour plusieurs raisons, avec le changement climatique, par exemple il peut arriver un parasite sur l’avocat Hass que nous ne puissions pas contrôler, mais bon personne ne peut savoir avec certitude.
marché favorable à long terme pour ce type de culture bio ?
la majoration due au peu d’offre, si tout était bio, les prix seraient les mêmes. Ensuite il y a beaucoup d’agriculture bio à petite échelle mais qui n’est pas certifiée bio et je ne doute pas que les gens le fassent bien mais quand tu vises des rendements commerciaux, la tentation est grande d’utiliser des produits chimiques qui facilitent la production et finalement personne ne contrôle ce que tu y mets ?
JR : Penses-tu que le Boom de l’avocat tel que nous le voyons maintenant, si lucratif, durera encore longtemps ?
RP : De là vient le monopole de l’exportation
par l’Association de Producteurs et d’Exportateurs d'Avocats Mexicains (APEAM) mais c’est une arme à double tranchant. Si aujourd’hui s’ouvre l’exportation vers les Etats-Unis de tous les Etats produisant des avocats, il y aura sûrement un krach de l’avocat. Parce que si toute la superficie plantée d’avocats à l’échelle nationale s’ouvre à l’exportation (en raison du succès du Michoacan) il y aura beaucoup plus d’avocats. Les mêmes sociétés d’emballage et de transports du Michoacan sont en train de voir si elles peuvent ramener des avocats d’autres états tels que Nayarit, Jalisco, Colima pour les conditionner ici. Mais l’union des producteurs contrôlent cela, à l’entrée du Michoacan, les camions qui viennent d’ailleurs sont arrêtés pour protéger leur marché ainsi que les revenus des gens d’ici. Mais les autres états qui produisent
En fin de compte ceux qui survivront, sont ceux qui cultivent l’avocat avec une conscience sociale, de façon bio et qui travaillent leur plantation eux-mêmes. Ça doit être non seulement une entreprise mais un mode de vie. Il y a des gens qui ont plein d’avocats, voir 100 hectares avec une super technification, qui n’ont jamais travaillé leurs terres. Si le prix de l’avocat baisse, tous ces gens souffriront car les coûts de production sont énormes. Il faut essayer de fabriquer les éléments nécessaires à sa propre production. Au niveau mondial, l’avocat est à son maximum de production et peut-être certains pays attendent-ils l’effondrement du Mexique pour vendre aux Etats-Unis. Mais tout est bien contrôlé par les Etats-Unis qui restent les maîtres du jeu, ils ont tout un réseau de distributeurs, d’entrepôts, de marchés de grossistes, de supermarchés etc.
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JR : Crois-tu que l’exploitation forestière pourrait être une alternative économique compétitive ?
RP : Qui sait ? J’ai un ami à l’université
nationale de Mexico (UNAM) qui étudie les Sciences de l’Environnement, en particulier les écosystèmes qui me dit que pour pouvoir réellement vivre du bois de manière rentable il faut disposer d’au moins 50 hectares !
JR : Mais si tu as toute une entreprise fores-
Mexique a laissé l’exploitation du bois aux mains des mafias ? Sûrement qu’une bonne exploitation du bois, devrait pouvoir te donner un bon niveau de vie, bien que je ne sois pas sûr que 3 hectares de bois te sortent de la pauvreté, alors que 3 hectares d’avocats le font. Si on veut vivre de la forêt, il faut bien le penser et trouver une dynamique où les bois et l’avocat apprennent à coexister. Ils ont besoin l’un de l’autre pour se maintenir en vie.
tière et tu exploites la résine, le bois etc. tu n’as peut-être pas besoin de 50 hectares ?
RP : Peut-être mais alors pourquoi cela ne s’est pas fait jusque maintenant, pourquoi le
Entretien, photos, transcription et traduction personnels. Photo aérienne de la plantation bio de Rafael, au milieu des autres plantations conventionnelles.
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Pour le bois, Entre forêt et monoculture © 2021 by Jeronimo Rivera Guillemin is licensed under CC BY-NC-SA 4.0. To view a copy of this license, visit http://creativecommons.org/licenses/ by-nc-sa/4.0/
POUR LE BOIS / Entre forêt et monoculture
Dans l'état du Michoacán au Mexique, le développement intense des monocultures d’avocats se révèle comme la principale menace à la conservation des forêts dans la région, entrainant une diminution de l’eau qui finit par impacter l’habitat humain. La valorisation des ressources naturelles, économiques et sociales permettrait de redéfinir un avenir durable pour ce territoire. A partir de cette prémisse, ce mémoire analyse les implications d'un éventuel développement de la filière bois locale, dans une démarche d’économie circulaire. Des expériences dans le monde démontrent que la meilleure manière de conserver la forêt c’est de l’exploiter de façon responsable. Le défi consiste à en faire une alternative économique viable, qui encouragerait les habitants à sauvegarder leur richesse environnementale. Cette réponse se matérialise dans la construction d’un centre de formation des métiers du bois et de la forêt, construit en bois et financé par l’industrie des avocats. Le site choisi donne la possibilité de développer des espaces publics, inspirés par l’histoire et l’architecture pré-hispanique de la région, ainsi que par les conditions topographiques.
Jeronimo Rivera Guillemin Mémoire de fin d'études
École nationale supérieure d'architecture Paris-Malaquais
Département Transitions Juin 2021