Atelier d’écriture de l’UPTS
animé par Jocelyne Vignal
Voyages à Terre Sainte 3 – Le sacré
Dimanche 26 mai 2013, à Terre Sainte
Photos de Robert Jeannard Aquarelle de Dominique Escande Mise en page de Robert Jeannard
SOMMAIRE Propositions d’écriture
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Auteurs Dominique Escande
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Marie Héry
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Robert Jeannard
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Geneviève.Kowalewski
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Cristine Marrec
23
Corine Parolaï
29
Nathalie Salaun
35
Rose-Marie Sérou
39
Michèle Touaticolombier
43
Jocelyne Vignal
47
Marie-Christine Wolfrom
51
Annexes Textes
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Documentation
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Iconographie
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Propositions d’écriture
I – Sacré
II – Consacré
III – Sacrément heureux
Dominique Escande I LE TEMPLE. Des ouvertures en accolade, embrassant la nuque des fidèles qui s’y pressent durant les rituels. Conviviales comme cette fillette longue, si brune, si fine, qui vient à notre rencontre, curieuse, joyeuse, le visage encore poudré des pigments rouges de la fête des Couleurs, réjouissances de la nuit dernière, prête à partager un moment de sa vie. La mer juste derrière les murs bariolés du temple scande sa mélopée, des palmiers impriment sur ce fond immuable un rythme balancé comme le son des tambours tamouls. À l’intérieur, deux statues très brutes, très primitives, en basalte noir. Elles reposent sur un autel très simple, entourées de tissus de pacotille. Elles semblent peser si lourd, ces pierres d’ombre, chargées de tant de foi et d’espoirs. Mandalas bleus et rouges, signes kabbalistiques, ésotériques. Au fond de l’enclos pelé, un mat se dresse vers le ciel, trois échelons jaunes puis trois verts, puis trois rouges et enfin une main découpée, rouge elle aussi, accroche le ciel, relais entre le monde du bas, celui de la terre, et le monde d’en haut, celui des dieux. Une relation constante avec celui-ci. Mais elle n’est pas humaine, cette main, juste un leurre, un « happehaut » pour dieux tamouls, s’y laisseraient-ils prendre ?! L’appeau rouge ne vibre même pas au vent, les doigts sont écartés comme ceux des mains-pochoirs que l’on trouve dans les grottes préhistoriques… Voila donc peut être enfin un signe prometteur : le relais ne vient pas d’en haut mais d’en bas, depuis la nuit des temps, la main s’ouvre et tâtonne, à la recherche d’une lueur amie, d’un geste amical…
7
Dominique Escande
SAINT EXPÉDIT.
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Au bord du trottoir, à hauteur des genoux (pour mieux les prier ?) trois Saints Expédits se cachent au fond d’une niche de béton d’un rouge racoleur; Ils accostent parfois le chaland, une bougie dégoulinant sur leurs étranges atours. Tous trois sont debout, prêts à en découdre, un léger déhanché cependant montre qu’ils peuvent s’attendrir et écouter les doléances et les prières de ceux qui viennent à eux. L’un d’eux, étêté, accueille dans son corps vide un bouquet de fleurs fanées. Des ex-voto partout. Un pot en béton enserre deux trois fleurs en plastique, pas prêtes de s’évader : les triplés sont là pour longtemps !
LA CROIX DES PÊCHEURS. On pourrait se croire en Grèce avec ce bleu, ce blanc chaulé, la rondeur du demi- dôme qui abrite la Marie de plâtre qui fond doucement aux embruns de l’Océan indien. Les mains jointes, elle prie pour qu’on ne vienne plus la déranger, elle en a assez, que les pêcheurs soient enfin un peu plus sages. D’ailleurs les bancs sont tournés non pas vers Marie, mère de Dieu, pauvres pêcheurs, mais vers l’océan, mer des pêcheurs, vers l’horizon, pas le ciel, et l’entrée du port, où l’on peut apercevoir le retour des bateaux. Marie au fond de sa grotte lève les yeux au ciel, et soupire infiniment.
II Insérer Réconcilier et mousse/ contempler et vertige/ Inonder et lagune.
NATURE SACRÉE. Dans le sous-bois, je marche sur le tapis de feuilles mortes, pourries par les mois d’hiver et les gelées ; je sens éclater les rhizomes sous la pression de mes pas, promesse d’un printemps très fleuri. Les eaux souterraines jaillissent par endroits, entre deux blocs de granit, sous les racines d’un arbre séculaire, au creux d’un fossé. Elles alimentent des centaines de
Dominique Escande
ruisseaux qui réconcilient les mousses et les fougères, en crosse pour le moment encore, mais prêtes à s’élever, végétales verticales, vers la lumière que laissent filtrer les grands chênes.
SACRÉ MOI ! A contempler les cimes j’ai le vertige. Je suis l’Oblique, la Bancale. Et relever la tête pour cette verticale obligée, puis la renverser en arrière, je me sens prise dans la gangue du temps. Je préfère l’horizon devant : je suis passée je passe, je passerai !
NOUVEAU SACRE DE VENISE. Et si la lagune inonde Venise, nous aurons enfin notre Atlantide ! Ah le sacrifice de l’Art pour sauver le monde ! Les pèlerins de la Beauté défileront avec palmes et tuba obligés, pour les plus humbles, combinaison chauffante et bouteille H2O bénite pour les plus fortunés… Quel magnifique lieu à vénérer, toutes ces merveilles englouties ! Les rites sous marins seront fastueux pour impressionner les fidèles. Casanova fera des bulles dans son cadre hydrofuge, et la Comtessa s’enivrera aux gaz hilarants, cependant entourée de putti ravissants, et bien sur, sachant nager.
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Dominique Escande
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III MERCI POUR CE REGARD QUI M’A FAIT CROIRE E N T O I, E N N O U S . MERCI À LA PATIENCE. MERCI À LA FOUGUE. MERCI À CE CORPS QUI VAILLAMMENT ME TRANSPORTE. CE FIL DU TEMPS VOUS L’AVEZ SAISI, MES FILS, ET AUJOURD’HUI VOUS AUSSI L’AVEZ TRANSMIS ! MERCI LES ENFANTS, MES CHÉRIS ! ELLE EST À TOI, CETTE CHANSON, GEORGES ! JUSTE QUELQUES MOTS ICI QUI RASSURENT, QUI CONFORTENT, QUI LIBÈRENT, QUI TRANSPORTENT, DES MOTS QUI SOULAGENT, MERCI ! MERCI DE ME SUIVRE DANS MES PROPOSITIONS COLORÉES DU LUNDI, JUSQU’OÙ IRONS NOUS ?!
Marie Héry I Tout d'abord un temple tamoul, tout près de la mer, coloré de rouge, de jaune, de bleu, de vert. Les abords sont propres .Il est décoré naïvement de fleurs, de rosaces, de tridents qui semblent bien inoffensifs. Devant, il y a un espace destiné à la marche sur le feu. A côté, un totem tricolore, surmonté d'une main rouge qui semble vouloir chatouiller le ciel. Derrière, un mini-char bariolé, dégouline de guirlandes de papier multicolore. À l'intérieur des pierres noires ceintes de colliers de fleurs, des statuettes de dieux. De l'autre côté de la rue, un autre temple plus imbriqué dans la vie, dans la cour d'une maison coloré lui aussi, décoré de déesses aux bras multiples. Ces deux temples surprennent, ils semblent un décor de pacotille, posé là par erreur, et pourtant, de nombreux croyants s'y pressent régulièrement. Puis nous trouvons le lieu dédié à St Expédit. Un petit abri rouge, surmonté de tôle rouge, très peu visible malgré sa couleur. Il est à hauteur de muret, à côté sont jetés des végétaux Il est fleuri, il y a trois statues du saint (un soldat romain) l'une est décapitée, par un dont les vœux ont été déçus sûrement. Cet oratoire semble faire partie du décor, banal. Une dame qui passe en voiture fait un signe de croix. C'est donc encore un lieu sacré pour certains. Nous grimpons jusqu'à la Croix des pêcheurs, 1933. Une niche blanche et bleue, une grande Vierge ceinte d'un chapelet. Une plus petite exhibe un cœur, e sien? Un portail bleu clôt l'endroit, comme pour les protéger .Des chiens?
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Marie Héry Quelques fleurs fraîches là aussi, ce lieu est donc vivant. La Vierge regarde la mer, les pêcheurs aussi peut-être. Eux ne la prient pas, ils préfèrent les bars d'en bas. Les mères des pêcheurs continuent à venir pour se recueillir.
II 12
psalmodier, détente se détendre n'est pas toujours aisé trop de soucis qui s'emmêlent peut-être suffirait-il de psalmodier comme un mantra le mot détente pour y arriver. refléter, art même si ces temples (art naïf) me surprennent, plus qu'ils ne m'émeuvent ils reflètent des traditions, trop lointaines pour me toucher mais je les respecte car je sais qu'ils sont vivants et importants pour certains. s'agenouiller, montagne en montagne, on se sent souvent insignifiant et fragile s'agenouiller devant l'inaccessible, reconnaître ses limites. vivre, enfant les enfants, d'abord nous vivons pour eux, puis à côté d'eux et enfin loin d'eux mais mêmes absents, ils sont toujours présents dans nos pensées.
Marie Héry
III MERCI À TOI MON CHIEN POUR TA FIDÉLITÉ ET TA FACILITÉ À OUBLIER LES JOURS SANS. MERCI À DIEU SAIT QUI DE M'AVOIR OBLIGÉE À PARTIR DE M'AVOIR MONTRÉ D'AUTRES POSSIBLES. MERCI À TOUS CEUX QUI M'ONT AIDÉE QUI M'ONT SOUTENUE QUI M'ONT ENCOURAGÉE QUI M'ONT ACCUEILLIE QUI ONT CRU EN MOI, FAISANT FI DE MES MALADRESSES GRAND MERCI À LA VIE QUOI. ET UN MERCI SPÉCIAL À JOCELYNE POUR CES ENCOURAGEMENTS CES PETITS EMPORTEMENTS SA GRANDE TOLÉRANCE AUSSI JE T'AIME.
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Robert Jeannard I LA CROIX DES PÊCHEURS. Blanc et bleu. Longue attente. De quoi ? Ceux qui la fleurissent ont-ils la réponse ? 15 Les deux Temples tamouls. Frères jumeaux, l’un et l’autre alternativement choyés et délaissés. Saint Expédit, 13, rue Moy de Lacroix Terre Sainte 97410 St Pierre de La Réunion Avec une adresse postale pour lui écrire, si vous ne pouvez pas vous déplacer.
II •
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Marguerite Yourcenar, avec ses Mémoires d’Hadrien, m’a fait comprendre que les cultes romains étaient de même nature, familière et douce, que les dévotions catholiques de mon enfance. Alors, pourquoi pas les rites hindous ? Le sacré existe-t-il pour un athée ? Oui, je crois, l’athéisme a ses idoles intouchables, philosophes surtout. Un athée peut apprécier la musique sacrée. Notre-Dame-de-Paris. La première fois que j’y suis entré, une nonne encapuchonnée postée à l’entrée répétait mécaniquement en tendant une bourse : « Pour les pauvres de Saint Vincent de Paul ! Pour les pauvres… »J’ai eu envie de prendre la fuite. Ma visite était gâchée, je n’ai pu voir que des touristes. La petite mosquée de Chinguetti, en Mauritanie, découverte au son de l’appel à la prière, sans haut-parleur, au creux d’une dune, vers
Robert Jeannard
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cinq heures du soir. Sentiment d’intimité, comme la Chapelle Pointue du domaine de Villèle. L’angélus de Millet, reproduction encadrée accrochée dans la chambre de mon enfance partagée avec mes deux frères, me faisait une impression douce et triste. J’ai appris plus tard que dans une version antérieure de cette peinture, le couple était agenouillé devant le cercueil d’un enfant. Les mouvements de la Terre bercent les hommes doucement sans qu’ils le sachent. Sans ces mouvements, point de jour et de nuit, point de saisons, point de vie. La garde pontificale orne pour les touristes la Place Saint Pierre. Ces gardes sont-ils armés ? Les cartes postales ne le disent pas. Une vie sans surprise, qui se déroulerait selon un programme connu d’avance, serait insupportable. Il vaut mieux que les devins se trompent tout en ayant quelquefois raison pour entretenir le doute. La découverte ne résulte pas seulement du savoir mais aussi de l’ignorance qui pousse à chercher. Celui qui sait a soif de nouveaux savoirs parce qu’il mesure l’étendue de son ignorance. Les Métamorphoses d’Ovide m’attirent aussi peu que la couleur verdâtre du moisi. J’ai beau me dire que les Auteurs ne sont pas responsables de la momification que l’École leur inflige, je n’ai jamais pu surmonter cette aversion.
Robert Jeannard
III
MERCI À CELLES QUI CROIENT EN L’ÉCRITURE
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MERCI AUX ÎLIENS DE L’OCÉAN INDIEN ACCUEILLANTS À CEUX VENUS DE LOIN
Geneviève.Kowalewski I LA CROIX DES PÊCHEURS : Tout en haut de cet escalier bétonné, la croix se dresse face à la mer. Elle est en béton aussi, sobre, blanche avec un léger liseré bleu. Une date : 1953 (ou 33 ?), surement celle de sa restauration. Une croix en bois plus ancienne est posée derrière. Elle est accompagnée d’un oratoire à Marie, en béton aussi, murs blancs et toit bleu moulé sur la tôle ondulée. Deux bénitiers sont celés aux murs et peints en blancs (sont-ils vrais ou en béton aussi ?) à l’intérieur la Vierge prie mains jointes, toute de blanc vêtue, seul un ruban bleu entoure sa taille et semble flotter au vent. Deux autre statues plus petites, l’une identique à la grande, l’autre le cœur apparent, sont posées à l’arrière derrière les fleurs artificielles multicolores elles. Devant quelques fleurs naturelles blanches. Deux ex-voto et une vielle gravure religieuse sont accrochés aux murs. Devant une grille bleue protège l’entrée de l’oratoire (de quoi ? des chiens peut-être ?), une branche fleurie y est accrochée. Devant des bancs, vers quoi sont-ils tournés ? Soit on y regarde la mer, soit on fait face au lieu de prière. Les pécheurs choisissaient surement la mer. Une vielle dame arrive, dépose des fleurs rouges dans l’oratoire et se met à prier, pour qui ? Peut-être un fils perdu en mer alors qu’il était en train de pécher sur les rochers, c’est la fête des mères aujourd’hui. Elle ne regardera pas la mer !!!!
LES TEMPLES TAMOULS. De part et d’autre de la route, au fond de la ravine, ces deux petits temples font miroiter leurs couleurs franches : bleu, rouge, vert et jaune.
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Geneviève.Kowalewski Celui côté montagne, tout en rondeurs me fait penser à un gâteau de guimauve avec ses trois étages bariolés. Seuls des tridents sont peints en rouge sur le jaune. Il semble abandonné et est barricadé de tôles et de bois. Derrière des pneus peints entassés en colonnes et des mats entourés lambeaux de tissus délavés semblent attester d’anciennes cérémonies. Il a toujours été mon préféré. 20
En face, côté mer, le deuxième temple contraste avec son aspect rénové, il est lui tout en angle. Les allées sont bien ratissées et la fosse aux cendres semble avoir servi récemment pour une marche sur le feu. Une charrette toute décorée est rangée sur le côté, elle est encore jaune safran et a dû servir pour le dernier « cavadee ». Je ne rentrerai pas dans le temple, ne m’y sentant pas invitée.
LE SAINT EXPÉDIT : Presque caché au bord du trottoir, un petit oratoire à st Expédit est posé deux murs de « pierres » et un toit en tôle, peints de rouge. Il contraste avec tous les autres Expédit de l’ile qui sont en général dans une grotte naturelle et sont remplis d’ex-voto et autres prières et foisonnent de bougies consumées et fleurs artificielles. Celui-ci semble être déplacé dans ce quartier et vouloir rester discret, seules deux statues du saint romain (dont l’une étêtée) coincées sur le côté, quelques fleurs artificielles et deux bouquets rouges et jaunes, pas de bougie en route ; J’ai l’impression que quelqu’un est venu le nettoyer en cachette.
II Marcher dans l’eau, de la digue aux rochers, se laisser entrainer et forcer le courant au retour, papoter avec les copines en faisant quelques mouvements d’aquagym, ce sont ces bons moments qui reposent mes neurones. Un des privilèges de la Réunion.
Geneviève.Kowalewski
Je me souviens, lors d’un voyage scolaire, de ces jeunes élèves de Vaulx en Velin avec qui nous avions passé une semaine si chaleureuse en Bretagne. La plupart maghrébines elles ont refusé de rentrer dans la cathédrale de 21 Bourges. Une discussion sur la religion s’en est suivie, le dialogue n’a pas été facile et leur décision est restée inchangée. Nous nous en sommes un peu voulu de n’avoir pas trouvé les arguments pour leur faire découvrir ce monument. Se réunir, décider, s’organiser, oublier ses différents et tout cela pour partager un moment unique ; une journée dont chacun se rappellera. C’est ce que j’apprécie toutes ces associations dont je fais partie.
III MERCI LES AMIES POUR CES MOMENTS INTENSES QUE JE PARTAGE AVEC VOUS ET QUI ME FONT ME DÉPASSER UN PEU.
MERCI LA FAMILLE ET LES AMIS QUI M’ONT PERMIS DE DÉPASSER LES MOMENTS DIFFICILES.
MERCI L’ASTRONOMIE QUI ME PERMET DE RELATIVISER MES PETITS PROBLÈMES DE TERRIEN. MERCI À LA VIE DE M’AVOIR FAIT MAITRE « PAUVRE » ET GRANDIR SI RICHEMENT.
Cristine Marrec I I. Consacrés : lieux religieux à Terre Sainte, 3 stations : - Bleu et blanc, Croix des Pêcheurs avec la Vierge - Rouge : Saint Expédit - Bariolé temple Tamoul. Balades dans ces lieux, notes, description au retour ou pendant …. 90’
LA CROIX DES PÊCHEURS. Bleu et blanc. 1933. La vierge en orante. À sa gauche un Saint Georges, tableau d’un cavalier sur fond bleu aussi. Leur faisant face, l’Océan Indien, bleu à reflets verts par dessus les toits blancs qui le réverbèrent dans une lumière d’au delà. Cœur sacré de la Vierge, sacré cœur, diront quelques pécheurs ivres. Deux bénitiers, des vrais, en coquilles soudées à l’oratoire. Marie, regard lointain et bleu, prie la mer. Exvotos de ceux qui la chevauchent à l’infini. Mon âme celtique vibre à l’unisson d’une enfance pieuse.
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Cristine Marrec
SAINT EXPÉDIT ET NOTRE DAME DE LOURDES. Rouge et jaune, comme le chant des coqs et les cris des tourterelles. Saint Expédit s’est posé sur une pierre volcanique, siège pour ceux qui l’implorent. Sous un petit toit ondulé, rouge comme il se doit, bien à l’abri des intempéries, le saint des causes perdues. 24 En plastique ou en naturel, on le fleurit. Sur une toile cirée, toile de lin inventée des marins, il repose. À sa gauche des remerciements de porcelaine, des larmes figées de bougies. Par derrière, un autre Expédit, sans tête celui-ci : quelque pèlerin en colère de son manque d’attention la lui aura coupée. Une main superstitieuse a tenté d’adoucir la vengeance du saint qui dit-on est aveugle, en plantant dans son cœur des fleurs. Une vierge de Lourdes a été mise en vigile. Et puis au milieu de tout ce rouge, des fleurs jaunes comme des soleils. Saint Expédit, légionnaire venu de Rome, protège ceux qui marchent jusqu’à toi et donne cause aux désespérés que nous sommes certains soirs. Temples tamouls en couleur arc en ciel. En fond, des nuages comme des montagnes qui se déplacent, et au premier plan, cet édifice multiforme dont un bouquet séché garnit le sommet. Deux lions blancs protègent deux guerriers, et partout des tridents dans la verticale, dans l’horizontale.
Cristine Marrec Pas de Poséidon à l’horizon, seule la mer indienne, au loin sous les nuages qui trépassent comme les montagnes. Quelqu’un crie, insulte, dispute. Un coq l’accompagne. L’homme se fait animal dans la colère. Blanc, jaune, vert, bleu, rouge, les couleurs accrochent l’œil et l’interrogent. Personne sur le banc, dos au temple, ou peut-être un fantôme, un errant 25 d’un autre temps, perdu en mer, qui regarde, posé sur la dalle bleue, ce mât jaune, vert, rouge au sommet duquel une main bleue fait signe que làbas… par delà la vie, sans doute … Le quartier de lune et l’étoile de l’Islam sont posées là, au pied du mât, syncrétisme des croyances, arc en ciel des dieux qui là-haut dans le vide céruléen se marrent. Et l’on repart, étrangement troublés de cette spiritualité qu’habituellement on trouve si naïve, si pittoresque, si intéressante, sous le regard de cet autre temple qui sagement posé sur le bord de la ravine, protégé d’une haie de taules rouillées, se rit de ces temps et de ces êtres qui se carambolent.
II Sacré, le regard qu’il pose et qui me remplit de lui, qui fait que je deviens lui et me voit tel qu’il me conçoit et me récrée dans l’instant.
Sacré, l’arbre orné de rubans blancs qui battent aux vents dans la perfection de ce décor et fait que je crois à l’incroyable du désir assouvi, ferme les yeux et avec force ose prononcer pour d’autres ce désir de vie.
Cristine Marrec
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Sacrée, cette forêt où je marche, cette forêt dans laquelle je le retrouve. Il est là, porte mon sac et me parle tout au long du jour. Je ne peux que pleurer tant sa présence est forte et indicible dans cette forêt himalayenne. Nous cheminons dans la sérénité de la mort qui nous sépare et qu’il a choisie. J’accepte, enfin !
Sacrée, cette chanson à boire bretonne qui sort de cet ossuaire transformé en kiosque pour touristes. C’est pour lui que je marche. C’est lui qui rêvait de ce tour de Bretagne. Intersigne. « matelin et lin handay… », sourire de mon père si bavard, silencieux à jamais.
Sacré, cet instant où la vie est sortie de mes cuisses en gros œuf noir tout chevelu et gluant. Impression de créer, d’être dieu, indicible plénitude : un sens alors a été donné à ma vie. Larmes de Joie : instants d’éternité tangible.
Cristine Marrec III. 10 papiers sont distribués, sur les 5 premiers chacun note un nom pris dans les 5§ précédents, sur les 5 suivants un verbe… On pioche…Ces 10 mots, on peut les prendre tous ensemble, les ouvrir deux par deux ou n’en choisir que quelques uns. J’ai choisi de les ouvrir deux par deux, et les ai tous utilisés. Ils sont en italique. Depuis longtemps, les arbres dépassaient sa vue. Elle se sentait perdue, et pourtant fort sereine en ce lieu vert jusqu’à l’étouffement. Et néanmoins, 27 elle n’était pas oppressée. Elle marchait sans désir de hurler comme parfois cela lui arrivait quand elle se sentait perdue. Derrière elle, résonnaient les pas du porteur qui s’accordait aux siens. Pas totalement perdue, elle le savait, puisqu’il était là, bien qu’aucune communication si ce n’est par les gestes, ne fût permise entre eux. Juste les pas, lui qui s’accordait à elle. Harmonie sacrée de ces lieux himalayens. Le sable du temps s’écoulait en elle, elle en sentait tomber chaque grain. Elle était devenue clepsydre et essayait en vain de les retenir à chaque chute. Elle allait, inconsciente de son être, juste ces pas, l’un devant l’autre, l’un derrière l’autre, à l’infini, et cette solitude comme un éclat de plénitude. C’est cela. Elle était pleinement elle même et autre à la fois. Son sac ne lui pesait plus alors qu’il l’aurait dû après cette nuit sans sommeil. Et alors elle sut, tel ce mot absent sur le papier tiré au sort, qu’il était là, invisible, au dessus d’elle, mais retenant les lanières de son sac, et lui parlant doucement, tendrement, sagement, comme il le faisait autrefois, au temps des nattes, des jeux de tarots et des secrets de la licorne. Les larmes coulaient malgré elle, larmes de joie, il était si près, si serein, là, dans l’instant, dans ce pays des au-delà. Ils passèrent le jour ensemble. Les pas du porteur accompagnaient sa solitaire plénitude. Ils la rassuraient, la rattachaient à la vie, elle ne rêvait pas, elle ne délirait pas.
Cristine Marrec
Le soir, quand la forêt disparut et que le sac se fit lourd, elle demanda qu’on explique à celui qui l’avait suivi avec tant de respect tout au long des heures, le grand frère perdu et retrouvé.
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Il sourit. En Himalaya, les errants sont chez eux, ils font signe à ceux qui passent et acceptent de les entendre. Son âme celte se réjouit alors.
III MERCI À SAINTE JOSS POUR CES MOTS LIBÉRÉS QUI SALUENT MAJESTUEUSEMENT LA CLÉ DES CHAMPS MERCI À LA MER À SES VAGUES INSOUCIANTES QUI SE BRISENT ET S’AGENOUILLENT SUR LE RÊVE OUBLIÉ MERCI AUX ÉCRITURIÈRES QUI SONT TOUT OUÏES AUX SIRÈNES ABANDONNÉES PAR DES PRINCES INGRATS DANS LEURS QUEUES ÉCAILLÉES APAISÉES PAR LES MOTS MERCI AU HASARD QUI EST LE VENT QUI M’EMPORTE QUI EST LE RIRE EN MIROIR QUI EST L’ÉTONNEMENT VITAL.
Corine V. Parolaï I
ICI, C’EST LA CROIX DES PÊCHEURS. Mais là je reste perplexe. C’est sacrément complexe ! Pécheur accent aigu ou accent circonflexe ? Si c’est accent aigu, c’est du côté Vierge Bleue et Blanche qu’il faut se tourner. Côté petits bancs de bois alignés en plein air et prière à genoux. Ferveur simple et profonde sur fond de Ciel et d’océan Bleus et Blancs, espace consacré où l’on vient demander aux étoiles de nous protéger. Qui vient ici prier ? Je ne sais. Il y a des ex-votos, des fleurs fraîches accent circonflexe, mais je n’y ai jamais vu ni pécheur, ni pécheresse, ni curé. Si c’est accent circonflexe, c’est dos à la Vierge qu’il faut s’orienter. Côté Océan et vue panoramique sur Terre Sainte et Saint-Pierre. Côté du véritable maître des lieux, cette immensité aqueuse et salée, bleue et blanche, qui contient à la fois des monstres et des créatures qui ont nourri le peuple.
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Corine V. Parolaï
Le ciel habité de colonies cotonneuses toujours réinventées surplombe la houle. Le danger y est bien plus immédiat et réel que la menace des Cieux. Les hommes y ont laissé leur peau et leur santé. 30
L’horizon merveilleux des flots bleus et blancs, élastiques, mouvants, magiques, scintillants, qui fascinent inlassablement la figure Sainte est l’unique Dieu du lieu, sur lequel s’embarquent les pêcheurs de la croix de Jubilée, statues de sel blanc du rond-point suivant. II
LE TEMPLE TAMOUL Lieux sacrés dont je ne connais pas les rites. Colorés ? Oui, très ! Je garde mes deux-doigts aux pieds, je suis très décolletée, je me fais jeter ! Ce qui est émouvant, c’est vrai, ce sont ces pierres de lave carrées qui figurent des Dieux. À peine taillées, avec un œil central, ceinturées de tissu, elles sont les gardiennes du temple et imposent le respect.
Corine V. Parolaï
SAINT-EXPÉDIT C’est le saint réunionnais, mais il n’a rien de sacré. L’Église ellemême se demande s’il a vraiment existé. Son histoire relève de la légende. Centurion sanglé et sanglant, on le décapite si on n’est pas content. Il a le pied droit posé sur un corbeau. Cras. Demain. Il est pour l’action. Pas de procrastination. Il ensanglante les murs réunionnais. C’est le Saint masqué en justicier, c’est le profane sacralisé. Je l’aime bien. Il veille sur ma case qui se trouve dans sa rue.
II Petit un, vivre avec dignité. Ce peut être respecter mon corps, respecter les autres, essayer de ne pas être trop médiocre, ou mauvaise, ou petite. Petit deux, positiver. Eh oui, la vie n’est pas toujours facile ! Ne pas se laisser à la négativité, ça c’est sacré !
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Corine V. Parolaï
Petit trois, essayer de m’enrichir et me cultiver. La vie de l’esprit est une 32
richesse, ça se respecte ! Petit quatre, vivre dans un environnement qui m’apporte de la beauté et de la sérénité. Petit cinq, m’adapter aux circonstances et ne pas m’encroûter. Mots tirés au hasard : Noms : Parole, Parole, Enfants, La vie humaine, Le présent Verbes : Reposer, Défendre, Délirer, Comprendre, Éclater C’est certain que la parole des enfants est sacrée Mais alors, quand certains se mettent à délirer, on aimerait bien éclater et leur défendre de la prendre. Peuvent-ils comprendre que, dans la vie humaine, on a besoin de se reposer, au présent.
Corine V. Parolaï
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III MERCI POUR LA SIESTE ET LE VENT, MERCI POUR L’EAU ET LE TEMPS. GRATIAS !
Nathalie Salaun I LE TEMPLE TAMOUL : Temple aux couleurs vives, battements de tambour en fond sonore, Musique joyeuse et enlevée, Vent frivolant, Rouge éclatant...glaçant ! Tissus et tridents rouges menaçant ! Mélange sacré et païens Bicoque carrée avec des arrondis, Totem au milieu du jardin, comme un mat de bateau, qui évoque le gibet de potence, surmonté d'une main...rouge ?? Des lions sur le toit veillent, et font le gué ! Sentiment de paix joyeuse, parce que vidée de ces occupants habituels !!
SAINT-EXPÉDIT : Mur rouge violent, toit en tôle, Personnage de Saint-Expédit, Dérisoire et infantile, ex-votos divers, pour remerciements convaincus, Fleurs en plastique, pauvreté frustre !
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Nathalie Salaun
LA CHAPELLE DES PÊCHEURS :,
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Petit temple dédié a Marie, accolé a la croix qui surplombe la mer, 9 bancs lui font face, pour les pénitents, lors du chemin de croix, Marie, la mère que nous devons fêter ce jour, quelle lourde responsabilité ! Impression de monde figé, irréel, Au large la vedette SNSM sillonne la mer, garante des corps, tandis que la chapelle veille sur les âmes Heureux celui qui trouve du réconfort dans la foi, qui se trouve guidé !
II La lumière m'appelle, je la cherche partout, car elle est sécurisante et source de paix. Mes ancêtres font partie de moi et obscurément m'aident a m'enraciner, même si ca paraît difficilement concevable ! Le temps fait son œuvre et m'apporte le sentiment d'ÊTRE....infiniment grande, infinie, petite et authentique. La famille encombrante est chevillée, dans mon corps, dans mon cœur, et malgré elle, je me bâtis chaque jour renforcée ! La vie est une vrille, jalonnée d'embuches, qu'il nous faut apprendre à aimer !!
Nathalie Salaun
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III GRAZIE À LA VIE, POUR L'ÉVOLUTION CONSTANTE POSSIBLE. MERCI JOCELYN, ATELIER CONVIVIAL, SANS JUGEMENT ! MERCI LES COPINES, ÉCOUTE ET MOMENTS DE PARTAGES BIENVENUS ! MERCI LA MER, POUR L'OUBLI PROCUTÉ ! MERCI LA MÈRE, TA PLACE N'EST PAS À ENVIER !
Rose-Marie Sérou I LE TEMPLE TAMOUL On se perd dans le labyrinthe des ruelles. Dans la montée, une odeur puante de bouc. Je ne vois pas de cabris mais je les devine enfermés dans un parc et destinés aux sacrifices rituels. Voilà le temple tamoul, modeste, érigé dans un enclos privé, au bord de la route, devant la maison familiale aux grandes baies en aluminium. Une aire sacrée pour les marches sur le feu purificateur et un grand mât coloré avec une main ouverte et des doigts tendus vers le ciel. Derrière, l’océan qui berce les lieux de son interminable psalmodie, un rideau de palmiers qui balancent leurs palmes. Dans ce lieu de culte, pas de décoration surchargée ni bariolée, pas d’explosion de divinités ni de statues ornées de dorures, pas d’or clinquant ni de fleurs de lotus. Simplicité et humilité. Deux lions jaunes gardent l’édifice. Partout des couleurs vives, des dessins aux contours enfantins, des soleils rouges et jaunes… Sur l’autel dépouillé deux divinités protectrices en pierre de lave noire, brutes, primitives. Une foi nourrie de croyances ancestrales.
SAINT EXPÉDIT Sur ce bord trottoir, accolé à la clôture d’un jardin créole, à côté de la bosse d’une coulée de lave millénaire, un abri rouge, rudimentaire, d’une hauteur de cinq parpaings couvert d’un toit de tôle rouge. Un profane, à s’y méprendre, pourrait croire qu’il s’agit de l’étal d’une fillette jouant à la marchande de fleurs. Mais quand on s’approche plus près, qu’on se met presque à genoux, on découvre un Saint Expédit en légionnaire romain
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Rose-Marie Sérou dans l’angle. Derrière l’abondance des fleurs deux autres statues. Des exvoto nous rappellent qu’il s’agit d’un oratoire, d’un lieu sacré. Que des gens ordinaires, des déshérités ont ici prié, fait des supplications et que certains de leurs vœux ont été exaucés. Que d’autres déçus ont brisé la tête de l’un des saints. Que d’autres s’arrêtent devant ce P’tit Bon Dieu, déposent des fleurs, allument une bougie, font des dévotions… 40
LA CROIX DES PÊCHEURS Le bleu, le blanc : deux couleurs célestes. La Croix des Pêcheurs, d’abord une venelle. Au départ une maison cachée derrière un jardin luxuriant et des fleurs vigoureuses qui franchissent les barrières et se courbent devant notre regard. Un escalier gris. Trente six marches montent à l’ascension de la colline. Véritable chemin de croix pour les pénitents au souffle court ! Des marches incrustées de petits graviers roses et gris pour éviter de glisser par temps de pluie. Au sommet une croix toute blanche, baignée de lumière et soulignée de deux traits bleus. Tout près, Marie en majesté, toute de blanc vêtue, dans la grotte blanche aux grilles bleues. La Vierge, les mains jointes, en prière, le regard bleu perdu dans le bleu du ciel et de la mer, a la mission de protéger les pêcheurs partis sur leur barque depuis que l’océan ténébreux a enseveli tant de marins qui ne sont jamais revenus. Les veuves au front blanc, lasses de les attendre, viennent chercher une consolation auprès de la mère des pêcheurs. Des bancs en bois pour s’asseoir, méditer ou prier en regardant la mer immensément grande qui enlace le ciel infini. Singulier, ce voyage en Terre Sainte à la découverte des lieux sacrés, de la halte bariolée du petit temple tamoul, à l’oratoire rouge de saint Expédit et
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à la halte tout en bleu et blanc de la croix des pêcheurs. Enfant je me signais aux croisements des chemins devant les vieux calvaires. Ferveur de l’enfance. Aujourd’hui j’ai foi en l’homme.
II De l’étreinte sacrée d’une femme et d’un homme, cette naissance est le fruit désiré. Bébé tout visqueux, sorti du ventre maternel gonflé de tendresse, encore rattaché à ta mère par le cordon de la vie, tu pousses un cri qui déchire tes poumons et tu pleures. Tout nu, au contact de sa peau tu découvres les palpitations d’un cœur qui s’émeut devant une nouvelle vie et tu palpes le rythme du monde extérieur. La racine nourricière coupée, tu deviens un être séparé, à part entière. Tu vis tes premiers instants de ta vie d’homme à l’air libre du dehors. Tu es accueilli avec douceur et bienveillance. Tu es bien entier, tout en délicatesse, une peau douce, des cheveux noirs, des petites mains aux poings fermés aux doigts si fins et bien sculptés, une bouche bien dessinée qui recherche déjà le sein chaud. Des étoiles étincelantes s’allument dans le regard de ceux que tu viens de consacrer parents. Quand tu rencontres papa, ta tête tient dans sa main et son cœur est à l’étroit dans sa cage tant il explose de bonheur en faisant ta connaissance. Des liens subtiles, sacrés se tissent qui t’accompagneront toute ton existence. Tu t’endors sur le sein, dans la tranquillité d’une chambre d’hôpital, dans l’abri de bras accueillants. Donner la vie, acte sacré !
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MERCI D’AVOIR ACCUEILLI À L’OMBRE DE TON FEUILLAGE, NOS PREMIERS ÉMOIS AMOUREUX. MERCI À MES FILLES DE ME DONNER UNE DESCENDANCE NOMBREUSE, BELLE, SAINE, ESPIÈGLE ET TOUJOURS AIMANTE. MERCI À MON MAÎTRE D’ÉCOLE, ADULÉ COMME UN SAUVEUR, D’AVOIR FORCÉ LA PORTE DE LA MAISON FAMILIALE POUR ME PERMETTRE D’ALLER AU COLLÈGE ET DE POURSUIVRE MES ÉTUDES. MERCI À LA VIE DE M’AVOIR TANT DONNÉ, DE M’AVOIR PERMIS D’ÊTRE ENFANT DE LA TERRE, FILLE D’UNE FAMILLE NOMBREUSE, SŒUR, FIANCÉE, AMANTE, ÉPOUSE, MÈRE ET AUJOURD’HUI GRAND-MÈRE. DE ME DONNER TOUJOURS PLUS D’AMOUR À PARTAGER. MERCI À TOUTES LES RENCONTRES DE MA VIE QUI M’ONT PERMIS D’ÊTRE QUI JE SUIS. MERCI À TOI JOCELYNE, DE NOUS OUVRIR LA BOÎTE DES MOTS ET DE DÉROULER CE FIL DE SOIE DE L’ÉCRITURE QUI NOUS PERMET À CHAQUE RENCONTRE DE TISSER ET DE BRODER DE NOUVELLES TAPISSERIES.
Michèle Touaticolombier I LA CROIX JUBILÉE Qu'il est dur le chemin qui monte à Marie sous le soleil qui brille dans un ciel limpide, Je grimpe vers toi « Marie », Il me faut m'arrêter car je suis essoufflée et si je peux enfin me reposer à tes pieds, je t'aperçois totalement et définitivement figée dans ce sourire que tu offres aux pauvres pèlerins, Habillée de ta robe bleue, un chapelet de bois à ton bras, tu attends impavide tu es là pour l'éternité accueillante, Tu n'es pas seule, une autre réplique de toi-même t'accompagne le Sacré-Cœur sur la poitrine, Vous êtes entourées de bouquets de fleurs en plastic qui sont là eux aussi pour l'éternité, Ah! Marie si tu savais! Au secours !
LE TEMPLE TAMOUL Qui pourrait dire que cette case bariolée de couleurs vives est un lieu sacré ? Peut être ces écharpes accrochées au sommet et sur les côtés du bâtiment flottant avec désinvolture au gré d'une brise marine. Peut-être aussi, ces dessins aux contours si appliqués rappelant les dessins hindous Peut-être aussi, ce petit autel garni de pierres noires représentant quelques déesses primitives inconnues de ma culture, Peut être ces deux lions jaunes gardiens d'une déesse Pandjali A côté un cube en couleur surmonté d'un mat qui se dresse vers le ciel – une main tente de rejoindre le soleil, doigts écartés, comme si elle laissait toute liberté à la vie pour atteindre le nirvana Quelques marches de couleurs rouges vertes et jaunes garnissent ce mat surmonté de cette main Les trois personnages représentent la famille – le Père – Le frère et le cousin
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SAINT EXPÉDIT
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Saint particulièrement vénéré par les Réunionnais. Dans son petit autel rouge au ras du sol, certainement pour être plus près d'une génuflexion, il est là dans sa tenue de militaire qui semble tellement anachronique pour un saint – il attend les demandes, prières et autres suppliques des pauvres gens en attente d'une solution, Car sa particularité est d'exhausser tous les vœux contre une promesse – comme dans tout les temples il est entouré de fleurs et de remerciements – petits objets de porcelaine, cadres et autres- simples offrandes et hommages en reconnaissance d'un souhait exaucé,
II Peindre un baiser sur la dalle froide où tu reposes, mon amour S'adapter a nos vies, comme le ver de terre s’insinuant dans les couches sableuses pour mieux ressortir et happer l’oxygène de la vie, Projetant des masses rugissantes rouges flamboyantes le volcan donne toute sa force et son énergie à ses entrailles béantes qui s écoulent dans un fleuve de vie Rire à gorge déployée jusqu’à ouvrir les portes de l’oubli
Michèle Touaticolombier
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Il y a quelques années en arrière étant en voyage à l'étranger, j'ai ouvert un mail et là a éclaté le rire d'un enfant, un rire si cristallin, si gai, si naturel coulant sur moi m'inondant d'un bonheur si absolu que cet instant inoubliable est sacré pour moi Venise et ses gondoles, Venise est ses couleurs, ses odeurs. Venise moussue, Venise m'a appris le retour sur moi-même dans cette petite rue étroite aux couleurs de temps passé. J'étais venue là, j'avais vécu là – lieu sacré à ma mémoire
Michèle Touaticolombier
III
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MERCI MERCI À LA VIE, MERCI AU SOLEIL, AU CIEL AUX OISEAUX, MERCI À DIEU ET À TOI MERCI. LA MER L'AVAIT PRIS, LA MER L'A RENDU, MERCI DE M'AVOIR ENTENDUE MERCI À L'HOMME QUI M'A PERMIS DE CROIRE AU SACRÉ, LE JOUR OÙ IL A OUVERT SES TIROIRS POUR ME MONTRER SES TRÉSORS – OISEAUX EMPAILLÉS DE TOUTE BEAUTÉ, BRILLANTS DE MILLE ÉCLATS, CHATOYANTS DE COULEURS, CE JOUR LÀ J'AI CRU ENFIN QUE QUELQUE CHOSE DE PLUS FORT, DE PLUS BEAU QUE TOUT EXISTAIT.
Jocelyne Vignal I TEMPLE HINDOU Puanteur de bouc, Mer en fond d’écran
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Le goïlou de Terre sainte me repousse : décoration enfantine et forces sauvages. Ici même le jaune est sombre, seul le banc rose et vert m’est plus accueillant A l’entrée près de l’aire de la marche sur le feu, sur un socle carrelé de rouge se dresse un mat à neuf échelons : jaunes, verts puis rouges. Au sommet une toute petite main rouge s’ouvre sur un ciel vide. Les Hindous toujours prêts à se réincarner ne s’arrêtent sans doute pas dans un paradis céleste. Rien n’est profane, tout est sacré : la porte vitrée en aluminium sous le jaune lion protecteur, les pierres noires au foulard rouge ou jaune :.des années de prières, d’huile et de ghee les ont reconnues comme Shiva ou Durga, ces dieux qui détruisent pour que le nouveau puisse advenir.
SAINT EXPÉDIT Presque à ras de terre, entre un monticule de déchets verts et le métal des voitures garées, le petit édifice rouge, du même rouge que le goïlou hindou, abrite le saint légionnaire romain. Ils sont deux sur une étagère. L’un à tête d’ange, l’autre à tête coupée. Des fleurs rouges les étouffent, les vénèrent. Remerciements ? Suppliques ?malédictions ?
Jocelyne Vignal
LA CROIX DES PÊCHEURS En ce jour de fêtes des mères se palpe la douleur des mères enfermées quand leurs fils deviennent la pâture des hommes ou de l’océan.
II 48 J’ai voulu obéir à la consigne la plus stricte : deux mots seulement tirés au sort parmi ceux qui m’étaient échus. APAISER et FAMILLE. ….Rien à voir avec moi, moi la rebelle, l’insolente ! Dans ma famille, on était rebelle quand on haussait un sourcil, j’étais insolente parce que je faisais remarquer que finir mon assiette ne remplissait en rien l’estomac des petits Chinois qui mouraient de faim. Apaiser la famille, c’était le rôle de mon père : ma mère, ma grand-mère n’auraient pas supporté la contradiction, laissait-il entendre. On se persuadait que sa sagesse était la seule attitude possible. Tout était tu. Le brasier recouvert de cendre était sacré et je hurle qu’apaiser la famille est nuisible. Je ne sais rien des émois de ces morts dont je vais visiter les tombes chaque année. Je ne crois pas que les os ont une âme et pourtant une douceur impérieuse m’y conduit pour nettoyer, fleurir. Aider, protéger le petit frère », petit poucet rêveur » c’était sacré. Une grâce peureuse et néanmoins insouciante habitait son enfance, une grâce à « plonger au fond de l’inconnu », de terribles inconnus, » pour y trouver du nouveau » le conduisit à « tirer sur les élastiques » du possible. J’étais mince parapet. Je dis qu’apaiser est nuisible, mais ce frère je ne l’ai jamais contredit. Maintenant, sur le point de quitter La Réunion, je veux apaiser ce que cette famille d’ici a déchiré en moi. Il est sacré de tirer la porte doucement et fermement, de laisser dans l’œuf des douleurs et des violences de non-dit et personne ne brisera la coquille.
Jocelyne Vignal
III
MERCI À CEUX QUI ÉCRIVENT AVEC LEUR SOUFFLE ET QUE SURPREND LEUR VÉRITÉ.
MERCI À LA JOIE PROFONDE ET FACILE, À LA PLÉNITUDE DE LA BEAUTÉ REÇUE, AU BONHEUR D’ÊTRE VIVANT.
MERCI AUX MORTS TROP JEUNES DE ME FAIRE ÉPROUVER MA CHANCE.
MERCI AU HASARD QUI M’A FAIT TE RENCONTRER, LE RENCONTRER, CHEMINER AVEC CETTE ÉTRANGETÉ, UN PEU DE TEMPS OU PLUS LONGTEMPS ET SE QUITTER SANS DRAME.
MERCI AUX TONNELLES DE JASMIN, AUX FAÏENCES BLEUES, AUX CAFÉS SOUS LES PONTS, AUX RIVIÈRES DE JADE, MERCI À EUX DE RYTHMER DE TENDRESSE MA MÉMOIRE.
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Marie-Christine Wolfrom I PROMENADE Aujourd’hui on ignore la grande église de Terre Sainte, à la recherche de lieux de culte plus simples, plus quotidiens, plus privés. On pénètre dans un vaste labyrinthe par la rue Joron à côté de la villa Morgane, face au bar à foie gras. La première halte est bariolée : à droite un petit temple paisible qui attend tranquillement la prochaine marche sur le feu. Le temple est gardé par de petits lions jaunes et de petits guerriers nichés sur le fronton. Sur une table de petites formes noires simples, lave noire, statuettes essentielles. Le char soigneusement garé et les statues bien rangées attendent sagement la prochaine sortie. De l’autre côté de la ravine qui dégringole vers la mer un autre temple encore plus coloré, également en attente des prochaines cérémonies. Lui est gardé par de grandes figures peintes, un dieu et une déesse ainsi que par deux figurines cachées, protégées par un linge. Paix de ce bout de Terre Sainte. Notre route parcourt maintenant la rue Lacroix en direction de la mosquée, son minaret s’encadre dans l’axe et nous guide. Au numéro 13, un ti-bondieu rouge et noir humble, sans beaucoup d’allure, vieillement peint. Quelques fleurs rouges et jaunes, deux statues de Saint Expédit, celui qui ouvre la voie du Ciel, merci à N-D de Lourdes et à celui qui a le cou coupé bien caché et entrouvre la porte de l’occultisme. En face un très bel arbre à pain, bien chargé en cette fin mai. Dernière halte en bleu et blanc à la croix des pécheurs. Naïf bleu et blanc éclatant, vigie qui domine la mer, des bancs pour guetter la jetée, le phare, le retour des marins. Si on veut on se retourne vers la case des Vierges et on prie. Elles sont 3, une grande, fraichement repeinte et deux plus petites. Les vœux seront plus surement exaucés. Un lieu où l’on a envie de s’attarder pour contempler l’océan, les nuages et la ville.
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II LES ARBRES 52
Respecter les arbres autant que les humains. Quêter sa voie parmi les traditions. Réconforter les peurs par la musique sacrée Régénérer sans cesse le respect pour qu’il ne se flétrisse pas. Remplir les liens autour de soi
Les arbres gardiens de la vie, ancrés dans le sol, élevés vers le ciel, immobiles et stoïques et pourtant voyageurs, réconfortent parfois nos peurs d’éparpillement et de disparition tandis que nous quêtons fébrilement notre voie. Famille des arbres plus vaste et bien plus ancienne que la famille humaine, rassurante. Humbles ou majestueux, sacrés ou exploités, les arbres tissent et remplissent les liens autour d’eux, autour de nous. Racines profondes et solides, racines couvrantes, racines aériennes, voyageuses. Ramures orgueilleuses ou modestes. Ils distillent paisiblement le mystère du monde, amis infatigables, guides sûrs parmi les traditions pour régénérer nos visions du monde.
Marie-Christine Wolfrom
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MERCI MERCI POUR CE LABYRINTHE QUI PARCOURT LES RUELLES DE CETTE TERRE SAINTE ET PROPOSE DES HALTES COLORÉES À LA RECHERCHE DES SYMBOLES DE L’ESSENTIEL. MERCI POUR CE TI-BONDIEU ROUGE ET NOIR DU 13 DE LA RUE LACROIX, AU FOND DE LAQUELLE S’ENCADRE LA MOSQUÉE, FACE À L’ARBRE À PAIN. MERCI POUR CES BANCS ACCUEILLANTS QUI GUETTENT LE RETOUR DES MARINS. MERCI POUR CES 3 VIERGES EN BLEU ET BLANC, MES VŒUX SERONT PLUS SUREMENT EXAUCÉS. MERCI POUR CES BANIANS VOYAGEURS ANCRÉS ENTRE LE LABYRINTHE DE TERRE SAINTE ET LA HOULE DU LARGE. MERCI POUR LES SAVEURS MULTIPLES DE CETTE MATINÉE ET DE CE REPAS PARTAGÉ.
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Annexes Textes de Fernando Pessoa (1888-1935) 1 - La nuit et le chaos font partie de moi La nuit et le chaos font partie de moi. Je remonte au silence des étoiles. Je suis l’effet d’une cause du temps de l’univers et qui peut-être l’excède. Pour me trouver, je dois me chercher parmi les fleurs, les oiseaux, les champs et les villes, dans les actes, les mots et les pensées des hommes, dans la lumière du soleil et les ruines oubliées des mondes aujourd’hui disparus. Plus je grandis, moins je suis. Plus je me trouve, plus je me perds. Plus je m’éprouve, plus je vois que je suis fleur et oiseau et étoile et univers. Plus je me définis, moins j’ai de limites. Je déborde tout. Dans le fond je suis le même que Dieu. Ma présence actuelle contient les âges antérieurs à la vie, les temps plus vieux que la terre, les trous de l’espace avant que le monde soit. Dans la nuit où sont nées les étoiles, j’ai commencé à me consteller d’être. Il n’y a pas un seul atome de la plus lointaine étoile qui ne participe à mon être. Parce qu’Alfonso Henriques a existé, je suis. Parce que Nun’Alvares a combattu, j’existe. Je serais autre — je ne
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Annexes
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serais pas, donc— si Vasco de Gama n’avait pas découvert la route des Indes et si Pomba n’avait gouverné. Shakespeare fait partie de moi. Cromwell a travaillé pour moi quand il a construit l’Angleterre. En triomphant de Rome, Henri VIII a fait de moi ce que je suis. Pour moi, Aristote a pensé et Homère chanté. En un sens mystique et profond véritablement [...], le Christ est mort pour moi, Il y a deux mille ans, un mystique indien dont j’ignore s’il a existé a pris part à mon être actuel. A ma présence d’aujourd’hui Confucius a édicté une morale. Le premier homme qui a découvert le feu, celui qui a inventé la roue, celui qui a conçu la flèche — si aujourd’hui je suis moi c’est parce qu’ils ont existé. Fernando Pessoa, (1888-1935)Anarchisme (Anarquismo)
Traduction de Séverine Rosset
2 - Le gardeur de troupeaux Je suis un gardeur de troupeaux. Le troupeau ce sont mes pensées et mes pensées sont toutes des sensations. Je pense avec les yeux et avec les oreilles et avec les mains et avec les pieds et avec le nez et avec la bouche. Penser une fleur c'est la voir et la respirer et manger un fruit c'est en savoir le sens. C'est pourquoi lorsque par un jour de chaleur je me sens triste d'en jouir à ce point, et couche de tout mon long dans l'herbe, et ferme mes yeux brûlants. je sens tout mon corps couché dans la réalité, je sais la vérité et je suis heureux.
Annexes * L'effarante réalité des choses est ma découverte de tous les jours. Chaque chose est ce qu'elle est, et il est difficile d'expliquer combien cela me réjouit et combien cela me suffit. Il suffit d'exister pour être complet. J'ai écrit bon nombre de poèmes. J'en écrirai bien plus, naturellement. Cela, chacun de mes poèmes le dit, et tous mes poèmes sont différents, parce que chaque chose au monde est une manière de le-proclamer. * Je ne sais ce que penseront les autres en lisant ceci ; mais je trouve que ce doit être bien puisque je le pense sans effort, et sans concevoir qu'il y ait des étrangers pour m'entendre penser : parce que je le pense hors de toute pensée, parce que je le dis comme le disent mes paroles. Une fois on m'a appelé poète matérialiste, [et je m'en émerveillai, parce que je n'imaginais pas qu'on pût me donner un nom quelconque]. Je ne suis même pas poète : je vois. Si ce que j'écris a une valeur, ce n'est pas moi qui l'ai :
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Annexes la valeur se trouve là, dans mes vers. Tout cela est absolument indépendant de ma volonté. *
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Lorsque viendra le printemps, si je suis déjà mort, les fleurs fleuriront de la même manière et les arbres ne seront pas moins verts qu'au printemps passé. La réalité n'a pas besoin de moi. J'éprouve une joie énorme à la pensée que ma mort n'a aucune importance. Si je savais que demain je dois mourir et que le printemps est pour après-demain, je serais content de ce qu'il soit pour après-demain. Si c'est là son temps, quand viendrait-il sinon en son temps ? J'aime que tout soit réel et que tout soit précis ; et je l'aime parce qu'il en serait ainsi, même si je ne l'aimais pas. C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content, parce que tout est réel et tout est précis. Parfois je me mets à regarder une pierre. Je ne me mets pas à penser si elle sent. Je ne me perds pas à l'appeler ma sœur mais je l'aime parce qu'elle est une pierre,
Annexes je l'aime parce qu’elle n'éprouve rien, je l'aime parce qu'elle n'a aucune parenté avec moi D'autres fois j'entends passer le vent, et je trouve que rien que pour entendre passer le vent il vaut la peine d'être né. Fernando Pessoa (1888-1935) Gallimard, 1960, pour la traduction française traduction Armand Guibert
Docuentation Sur l'hindouisme à la Réunion: http://www.indereunion.net/
Iconographie Album photo sur internet : Terre Sainte Lieux sacrés 29 mai 2013 Photos de Robert Jeannard et aquarelles de Dominique Escande
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C’est là que ça s’écrit, au 67 La Caz,
à Terre Sainte.
Université Pour Tous dans le Sud Saint Pierre de La Réunion