REGARD
L’INTERNET DES OBJETS ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE S’INVITENT DANS LA GESTION DES IMMEUBLES GETTY IMAGES PAR :JOEYCHEUNG
PAR CATHERINE FLORÈS, JOURNALISTE
L’arrivée à maturité de l’Internet des objets (IdO) et de l’intelligence artificielle transforme en profondeur la maintenance et se profile comme levier majeur de la création de valeur du secteur immobilier. Êtes-vous prêts pour cette révolution?
DE LA MAINTENANCE PRÉDICTIVE À LA MAINTENANCE PRESCRIPTIVE a maintenance d’un bâtiment se conçoit sur le mode prédictif, avec un plan d’intervention établi en fonction de l’état supposé des équipements ainsi que de la disponibilité des techniciens. Or, ce remplacement systématique de composantes ne tient pas compte de leur état réel, qui ne présente pas toujours de signes d’usure. Cependant, cette approche de la maintenance se transforme grâce à l’IdO, qui englobe une combinaison de technologies (réseaux sans fil, détecteurs, nuagique et applications logicielles).
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« Les composantes des appareils de climatisation, de chauffage, d’éclairage ou de sécurité peuvent désormais être équipées de capteurs reliés à des logiciels qui effectuent l’analyse de l’état fonctionnel de ces composantes, explique Robert Desroches, ingénieur de projets chez SNC-Lavalin et chargé de cours de régulation automatique à Polytechnique Montréal. De tels systèmes IdO fournissent en temps réel des informations prescriptives. On peut désormais anticiper les défaillances et intervenir avant qu’elles ne se produisent, en remplaçant uniquement les composantes concernées. La planification devient dynamique, et l’on augmente la durée de vie des équipements. » 28
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ROBERT DESROCHES Ingénieur de projets SNC-Lavalin
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Les gestionnaires sont désormais capables d’accéder à un niveau de connaissances inégalé de leurs immeubles.
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LA RATIONALISATION DES DÉPENSES ÉNERGÉTIQUES ET L’OPTIMISATION DES ESPACES « L’IdO augmente aussi l’efficacité énergé tique des bâtiments, en permettant de mesurer et de contrôler à distance les systèmes de chauffage, de climatisation ou d’éclairage, en fonction des horaires, de la météo et du taux d’occupation », ajoute M. Desroches. L’expert souligne que l’usage de ces technologies s’est démocratisé. Les grands joueurs comme Honeywell, Siemens, Schneider, Delta, etc., de même que de nombreuses startups, offrent aujourd’hui des produits robustes, performants et accessibles. Les gestionnaires sont désormais capables d’accéder à un niveau de connaissances inégalé de leurs immeubles. Les systèmes IdO peuvent leur fournir, pour chaque zone, un bilan détaillé de l’éclairage, de la consommation d’eau, ou encore de l’utili sation des stationnements, entre autres. Les gestionnaires peuvent aussi prendre de meilleures décisions quant à l’optimisation des espaces. Par exemple, ils pourront décider d’agrandir ou de réduire des locaux en fonction de leur taux d’occupation quoti dienne, voire d’ajouter ou de réduire le nombre de sièges dans une salle.
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L’INTÉGRATION DE L’IDO DANS LA MODÉLISATION DES DONNÉES DU BÂTIMENT L’intégration de l’IdO devrait aujourd’hui être pensée depuis la phase de conception de l’immeuble. La modélisation des données du bâtiment (Building Information Modeling ou BIM) évolue de façon à intégrer la consommation énergétique ou des données plus évoluées comme celles générées par les capteurs de température, d’éclairage ou de présence. « Cela demande une réflexion au propriétaire et au gestionnaire, qui doivent décider quelles données ils souhaiteront collecter pour optimiser le cycle de vie du bâtiment », commente le Pr Bendavid.
YGAL BENDAVID Professeur et directeur du Laboratoire Internet des Objets École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal
LES IMMEUBLES S’ADAPTENT AU COMPORTEMENT DES USAGERS Le Pr Ygal Bendavid, directeur du Laboratoire Internet des Objets de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal, affirme qu’on peut aller beaucoup plus loin maintenant dans le monitorage : « Avec l’IdO et l’intelligence artificielle, on est capable d’observer en temps réel les déplacements et les comportements des occupants et leurs interactions avec les objets qui les entourent, dans le but d’adapter l’environnement à leurs besoins et d’automatiser divers processus. Aujourd’hui, c’est le système lui-même qui va prendre des décisions à partir de toutes les informations recueillies. Il peut, par exemple, détecter qu’un filtre est encrassé dans un équipement et envoyer un technicien pour le changer. » Avec toutes ces données, on se dirige de plus en plus vers de l’analyse prédictive pour agir avant même qu’un problème ne survienne. Dans son laboratoire équipé de toute une batterie d’équipements de détection, de géolocalisation d’objets et de personnes, ou encore de communication de données par la lumière avec le LiFi, le Pr Bendavid crée des environ nements connectés afin de mieux comprendre le potentiel des technologies développées par ses partenaires technologiques. Parmi ces technologies étudiées, on trouve Pareto, une plateforme développée par la startup québécoise reelyActive, qui observe les comportements de personnes et leurs interactions avec des objets et qui importe ces données en temps réel vers le Web. 30
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LES PRÉOCCUPATIONS DES GESTIONNAIRES D’IMMEUBLES Les gestionnaires peuvent trouver difficile de faire un choix parmi la pléthore de solutions IdO qui naissent actuellement et dont certaines ne seront pas pérennes. De plus, ces solutions font appel à des protocoles de communication de données différents : Bluetooth, RFID passive et active, WiFi, LiFi, BLE, etc., ce qui peut causer quelques soucis quant à leur intégration à l’échelle d’un bâtiment ou d’un ensemble d’immeubles. « On va toutefois vers plus d’interopérabilité entre les systèmes, grâce à des solutions logicielles servant d’interfaces de communication », indique Ygal Bendavid. Les gestionnaires peuvent aussi craindre de ne pas disposer des ressources humaines ou informatiques nécessaires pour faire fonctionner ces solutions de façon optimale. En réponse, les fournisseurs proposent dorénavant un modèle de distribution nuagique, appelé SaaS (Software as a Service ou logiciel en tant que service), offert sous forme d’abonnement. Les applications sont hébergées par le fournisseur de service, ce qui élimine les coûts d’acquisition d’installation ou de soutien technique. L’accès aux fonctionnalités est adapté selon les besoins. En outre, les applications SaaS sont accessibles par Internet depuis n’importe quel appareil connecté et de n’importe quel lieu. L’inconvénient majeur d’un tel modèle est la dépendance du gestionnaire au fournisseur externe. Autre préoccupation importante : la sécurité. « Avec la multiplication d’objets connectés, le nombre de cas de piratage pourrait certainement augmenter, car les risques ne sont jamais nuls », estime le Pr Bendavid. Divers enjeux sont également liés à la transparence des technologies de l’IdO et de l’intelligence artificielle, dont le comportement décisionnel tient parfois de la boîte noire. Demain, les immeubles se passeront-ils des gestionnaires ? « Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, croit le chercheur. L’intelli gence humaine demeurera irremplaçable pour prendre les meilleures décisions. »