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Mécaniciens en tuyauterie – Champions de la construction volume 8 numéro 2

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DOSSIER AMCQ

LE MÉTIER DE MAÎTRE MÉCANICIEN EN TUYAUTERIE

GETTY IMAGES PAR STURTI

UNE ÈRE DE MUTATION Le métier de maître mécanicien en tuyauterie a beaucoup évolué au fil des ans et particulièrement ces dernières années. En effet, les matériaux, les technologies et les besoins des propriétaires d’édifices ont considérablement changé, et les professionnels ont dû s’adapter constamment. Si le cœur du travail reste le même, les exigences de sécurité et de développement durable ont conduit la profession vers une utilisation accrue de la technologie et de l’informatique pour assurer un meilleur contrôle des systèmes mécaniques. Levons le voile sur quelques-uns des principaux aspects d’un métier en mutation. Par Christophe Leduc

La sécurité, un moteur d’évolution Au cours des dernières années, l’un des principaux moteurs de changement des techniques, des technologies et donc des façons de faire a été l’évolution des règles et des codes de construction en vue d’une plus grande sécurité des utilisateurs. « Dans le domaine de la plomberie, l’une des évolutions majeures a été l’impact de cette préoccupation sur les installations et la protection des personnes. Il s’agit, par exemple, de prévenir la présence de la légionelle dans les réseaux d’eau chaude. Il faut maintenir la température de l’eau à l’intérieur du chauffe-eau à 60 °C, pour tuer la bactérie. Mais on ne veut évidemment pas que les usagers se brûlent quand ils ouvrent le robinet. L’eau à l’intérieur des tuyaux et à la sortie des robinets de douches ou de baignoires doit être à 49 °C. Dans 22

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les résidences pour aînés, elle doit même être de 43 °C à la sortie, car les personnes âgées ont la peau plus fine et plus fragile. L’utilisation de mitigeurs s’est donc généralisée », explique Henri Bouchard, directeur des services techniques de la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec (CMMTQ). Comme l’a démontré la crise de la légionellose à


HENRI BOUCHARD

GETTY IMAGES PAR NORDRODEN

Québec à l’été 2012, les installations de chauffage et de climatisation sont aussi des vecteurs importants de la maladie et ont donc été soumises à des exigences réglementaires plus strictes. « Il y a eu beaucoup de modifications dans les systèmes de transport d’air, dans les tours d’eau et les bacs de récupération d’eau de la climatisation pour se protéger de la légionelle. Il existe des exigences strictes en ce qui concerne le traitement de l’eau et les réseaux d’alimentation. L’eau doit y être analysée très régulièrement », détaille M. Bouchard.

HENRI BOUCHARD DIRECTEUR DES SERVICES TECHNIQUES DE LA CORPORATION DES MAÎTRES MÉCANICIENS EN TUYAUTERIE DU QUÉBEC (CMMTQ)

conduites entre l’aqueduc et les bâtiments sont aussi plus grosses, elles sont passées de trois quarts de pouces à un pouce pour diminuer la vitesse de l’eau dans les tuyaux, réduire l’érosion des conduites et protéger les raccords. » Les exigences réglementaires et celles des assureurs ont également évolué pour rendre plus efficace la protection incendie, particulièrement dans les immeubles de bureaux les plus hauts et accueillant un grand nombre de personnes. Si les conduites en plastique – bien moins chères et plus faciles à installer que celles en cuivre – sont beaucoup utilisées depuis des années, les métaux comme le cuivre et la fonte restent parfois obligatoires, selon M. Bouchard : « Les matériaux doivent brûler le moins rapidement possible et dégager le moins de fumée possible. Le but est de retarder la propagation du feu et de permettre aux gens de sortir. De plus, chaque tuyauterie et chaque conduit de ventilation doivent être munis d’un dispositif coupe-feu. »

La technologie et le développement durable font évoluer le métier La protection de l’eau potable figure aussi au cœur des préoccupations des municipalités, qui ont adopté des règles plus contraignantes. « Pour protéger les réseaux d’eau potable, il est maintenant obligatoire d’installer des dispositifs antirefoulement. En cas de bris d’aqueducs, la partie aval tombe en pression. On vient maintenant protéger les réseaux grâce à des dispositifs anti-refoulement, explique le directeur technique de la CMMTQ. On a également vu des modifications majeures apportées au code du bâtiment ou de la plomberie. Par exemple, on a changé la façon de dimensionner le réseau d’eau potable. Le code exige maintenant l’installation d’amortisseurs pour éviter les coups de bélier dans les robinets. Les

Le foisonnement technologique actuel et les besoins en matière d’efficacité énergétique pour un développement durable ont évidemment eu un impact notable sur la profession, comme l’explique Henri Bouchard : « Les métiers sont de plus en plus pointus, ils évoluent beaucoup grâce à la technologie. Tout est géré par ordinateur, avec des systèmes de contrôle, d’analyse et de commande à distance. On retrouve de plus en plus de technologie, il faut donc posséder encore plus de connaissances en mécanique du bâtiment et en informatique. Les gens du métier doivent alors soit s’associer à d’autres métiers ayant les compétences nécessaires, soit les acquérir et se former de plus en plus. La CMMTQ a d’ailleurs un projet de formation continue obligatoire en cours. Les fabricants donnent aussi de plus en plus de formations. » Une évolution qui encourage la CMMTQ à vouloir conduire les métiers vers le modèle des ordres professionnels, comme l’annonce son plan stratégique 2016-2019 et l’explique le directeur technique : « Les ingénieurs, par exemple, ont l’obligation de suivre un certain nombre d’heures de formation tous les ans. Ça s’en vient de plus en plus chez les entrepreneurs. » Cette nouvelle donne a également fait évoluer le profil des propriétaires d’entreprise selon M. Bouchard : « Il y a de plus en plus de propriétaires qui sont eux-mêmes ingénieurs, ils font de plus en plus de design, de conception. » L’exemple du système de conception CHAMPIONS DE LA CONSTRUCTION

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MAÎTRE MÉCANICIEN EN TUYAUTERIE

BIM (Building Infrastructure Management ou Building Information Model) illustre bien cette nouvelle tendance à voir le bâtiment comme un système complet conçu en amont par tous les corps de métiers : « L’architecte produit un modèle 3D interactif, qu’il donne à l’ingénieur qui y créée tous ses réseaux. Maintenant, tout le monde travaille ensemble, en amont. » L’optimisation de l’efficacité des systèmes est également au cœur des demandes de propriétaires d’édifices de plus en plus exigeants en la matière. « Le développement durable va prendre de plus en plus de place. Les certifications LEED sont au cœur des conceptions », déclare M. Bouchard. Les techniques et les technologies suivent ce mouvement d’optimisation énergétique ; ainsi, l’utilisation de systèmes ventiloconvecteurs qui font recirculer l’eau, l’apparition de thermopompes de plus en plus efficaces sur les toits ou de systèmes de récupération de la chaleur des serveurs informatiques ou de l’eau de pluie s’est répandue. « On cherche à récupérer tout ce qu’on peut par souci d’efficacité, résume M. Bouchard. On veut aussi rationaliser les achats, limiter le transport… L’impact ne concerne pas seulement le construit, mais aussi la façon dont on construit. » Malgré le besoin de plus de connaissances technologiques, « le métier reste essentiellement manuel. Les systèmes demandent encore plus de tuyauteries, il faut bien les installer ! », conclut Henri Bouchard.

GETTY IMAGES PAR MILANVIRIJEVIC

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