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PATRIMOINE EN ISÈRE 092010 40PAGES

ISSN 1269-3227

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LE JOURNAL

N°23


ÉDITO C’est le pays de Bourgoin-Jallieu qui est mis à l’honneur cette année pour les Journées du Patrimoine et dans les pages qui suivent. Il reçoit en effet, dans le très beau musée de sa ville-centre, l’exposition qui présente les résultats de l’inventaire du patrimoine réalisé par les services du Conseil général. Une occasion majeure d’apprécier l’identité si riche d’un territoire pourtant écartelé entre ces deux métropoles régionales que sont Grenoble et Lyon ; mais aussi une occasion de faire valoir les nombreux caractères qui témoignent de son appartenance pleine et entière à l’ancienne province du Dauphiné comme à l’actuel département de l’Isère. Ce numéro de notre journal « Patrimoine en Isère » est aussi consacré au patrimoine mobilier  ; celui qui, hors les collections publiques, est souvent oublié, qu’il s’agisse des objets religieux dont sont responsables les maires, des œuvres d’art dont ont pu hériter des communes, voire des éléments de décor, privés ou publics, qui peuvent être menacés de disparition. C’est notre rôle de les protéger. LE président du Conseil général

André Vallini DÉPUTÉ DE L’ISÈRE

Sommaire P03 P06 P23 P27 P31 P35

INVENTAIRE QUAND LE PATRIMOINE DIALOGUE AVEC LA CRÉATION CONTEMPORAINE L’INVENTAIRE FAIT DE L’EFFET ! DU PAYS DE BOURGOIN-JALLIEU AUX VALS DU DAUPHINÉ

Dossier : VOUS AVEZ DIT OBJET ? MÉMOIRES DES LIEUX OBJETS D’ATTENTION SACRÉS OBJETS DES COLLECTIONS LOIN DES MUSÉES INSOLITES, ÉQUIVOQUES OU INATTENDUS : OBJETS À LA TRACE OBJETS DE TOUS LES SOINS OBJETS DE MUSÉES COMPLÉMENTS D’OBJETS

Protéger/RESTAURER UN MAUSOLÉE GALLO-ROMAIN À AOSTE LE PRIEURÉ SAINT-MARTIN-DE-MISÉRÉ LE LABEL « PATRIMOINE EN ISÈRE » EN BREF

Valoriser/PARTAGER « NOUVELLE ROMANCHE » MÉMOIRES D’UN TOURISTE E-CULTURE / E-PATRIMOINE EN BREF

MONTRER/EXPOSER D’UN MUSÉE À L’AUTRE : LA COLLECTION FRANCOIS-GUIGUET DEUX NOUVEAUX MUSÉES OUVRENT LEURS PORTES EN 2011 CHANGEMENTS EN PERSPECTIVE À VOIR DANS LES MUSÉES DÉPARTEMENTAUX

LE GUIDE ACTUALITÉ DES MUSÉES LECTURES


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quand le patrimoine dialogue avec la création contemporaine

INVENTAIRE DU PAYS DE BOURGOINJALLIEU

Alors qu’un inventaire a été conduit, qui met au jour les éléments les plus significatifs du patrimoine historique du pays de Bourgoin-Jallieu, il a paru important une fois encore de porter un regard contemporain sur ce territoire dont on explore les origines.

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1 Mourad Gharrach 1 Né en 1982, il vit et travaille à Gaillard en Haute-Savoie. Il a déjà participé à de nombreuses expositions, notamment collectives, en France mais aussi à l’étranger au Maroc. C’est là qu’il a reçu le prix de la Fondation Thamgidi, en 2008. Depuis deux ans, son travail est régulièrement exposé à Marrakech, à la galerie 127, et dans le cadre du salon Paris Photo, à l’Atelier Richelieu. Géraldine Michel Née en 1980, elle vit et travaille à Grenoble. Elle multiplie les propositions artistiques, peintures, vidéos, performances musicales (sous le nom de « Monx »). Dans ses peintures, c’est la notion de cadre, de limite qu’elle interroge, allant jusqu’à séparer la toile du châssis dans ses grands formats pour peindre jusqu’au bout du tissu.

Pascal Poulain 2 Né en 1972, Pascal Poulain est issu de l’École nationale des Beaux-Arts de Lyon, ville où il vit et travaille. Il expose régulièrement de façon personnelle ou dans le cadre d’expositions collectives. Il est par ailleurs artiste-intervenant en classes secondaires sur des projets annuels. Depuis 2005, il est co-fondateur et responsable du Stand, espace de production et de diffusion d’art contemporain à Lyon. www.le-stand.com

Dans le cadre d’une collaboration avec le Magasin-CNAC de Grenoble et la ville de L’Isle-d’Abeau, carte blanche a été donnée à deux artistes-photographes, Mourad Gharrach et Pascal Poulain qui livrent leur propre vision des habitants et des paysages de ce territoire. Leur travail a été PRÉSENTÉ dans le cadre de l’exposition « Inventaire du Pays de Bourgoin-Jallieu » à L’Isle-d’Abeau et à Grenoble. A Bourgoin-Jallieu, le musée accueillera le travail de l’artiste peintre Géraldine Michel qui travaille sur le tissu. Trois questions à Yves Aupetitallot, directeur du Centre national d’art contemporain de Grenoble Pourquoi croiser regard contemporain et démarche patrimoniale ? Pour apporter une certaine cohérence, une perspective aussi. Le patrimoine s’inscrit dans « l’aujourd’hui », sollicitant notre relation à notre mémoire plus ou moins objective. Les artistes, eux, ne travaillent jamais en ignorant ce qui les a précédés. Ils jouent sur des choses immatérielles tout aussi fortes en apportant un regard sur notre quotidien. Ils nous montrent ce qu’on ne voit pas. Regard contemporain et démarche patrimoniale, ce ne sont après tout que des regards qui se succèdent pour donner une vision « macro » de l’identité d’un territoire. Pourquoi avoir privilégié la photographie ? Il fallait s’adapter au terrain. En effet, dans une démarche comme celle-ci, on commence par réfléchir aux lieux où l’on se trouve (population, architecture, histoire…), question que se pose également le patrimoine. À L’Isle-d’Abeau, zone très urbanisée ancrée dans un paysage rural, le choix de la photographie était immédiat, apte à montrer une réalité sociologique, dans son état présent et… futur. Inversement, au musée de Bourgoin-Jallieu, nous invitons Géraldine Michel, peintre qui travaille sur le tissu. Faire des photos dans ce musée intimement lié au peintre Charreton n’avait pas beaucoup de sens. Il fallait retrouver la dimension intimiste de la peinture. Géraldine Michel fera cela très bien, de rendre sur les toiles des petites histoires qui relèvent de l’intime. Pourquoi ces photographes ? Le choix s’est fait assez simplement. On imaginait que ce projet leur correspondait bien. Mourad Gharrach avait déjà fait beaucoup de photos en s’intéressant à des gens jeunes issus de l’immigration. Sensible à la question de l’inventaire humain, il sait très bien montrer les différentes couches de population, pour rendre une image de ce patrimoine . Quant à Pascal Poulain, son travail est plus lié à la question des paysages, il pouvait compléter le regard de Mourad Gharrach par un travail visuel d’inventaire sur ce thème, ce qu’il a réalisé en glissant de petits éléments faux à l’intérieur de ses images pour questionner la réalité.


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« Mon patrimoine en Isère » Le patrimoine à l’école Le 29 juin dernier, les élèves de la classe de CM1-CM2 de l’école Linné de Bourgoin-Jallieu rencontraient à Bonnefamille ceux de l’école primaire pour une occasion exceptionnelle. Ils ne s’étaient jamais vus auparavant et pourtant avaient suivi tout au long de l’année le même projet pédagogique « mon patrimoine en Isère » proposé par le Conseil général et piloté par l’association « Histoires de… », les uns sur leur village, Bonnefamille commune rurale peu transformée, les autres sur leur quartier de Champfleury à Bourgoin-Jallieu, urbanisé dans les années 1970. La confrontation promettait d’être intéressante.

Au programme, visite du village à l’aide du guide de promenade réalisé par les enfants : repérage sur le plan, recherche de détails d’architecture, présentation orale par les enfants à leurs visiteurs, l’exercice était multiple. L’œil des jeunes chercheurs était devenu expert sur les défauts et reprises, ou les utilisations possibles d’un bâtiment. Puis les écoliers de Bourgoin-Jallieu ont dévoilé le jeu, dérivé du Monopoly que leur a inspiré leur quartier. La différence de perception entre ce patrimoine urbain récent et un patrimoine plus traditionnel n’a pas échappé aux enfants, et chacun a pu montrer comment il se l’était réellement approprié.

L’ I N V E N T A I R E FA I T

Hôpital mutant, patrimoine tentant Le prochain transfert de l’hôpital Pierre Oudot de Bourgoin-Jallieu sur le Médipôle a fourni l’occasion d’une étude patrimoniale. L’installation dans et autour d’une propriété bourgeoise toujours visible a en effet donné naissance à un premier ensemble de pavillons et de cours avec galeriespromenoirs surmontant des galeries pour matériel et repas. Inauguré en 1902, l’hôpital accueillait aussi des militaires de la caserne voisine.

D’importants aménagements dans les années 30 puis 50 (et même pour les Jeux Olympiques de 1968 !) en firent un quadrilatère, autour duquel les dernières décennies du XXe siècle ont accumulé immeubles et ailes contemporaines. Les principes hygiénistes d’aération et d’isolement ont en effet laissé place au compactage, doté de moyens techniques modernes. De tout cela, cet ensemble témoigne.

D E L’ E F F E T ! 17e RENCONTRES DU PATRIMOINE « Patrimoine, abords et espace public » Maison du Conseil général de Bourgoin-Jallieu, 17 septembre 2010 Ce rendez-vous spécifiquement isérois rassemblera une nouvelle fois amateurs et professionnels, acteurs et curieux, sur ce qui est « autour » de l’objet patrimonial. L’aspect réglementaire (abords de Monuments Historiques, ZPPAUP) avec

son évolution et ses interprétations sera abordé au-travers de quelques exemples. Mais la question ne se limite pas là : quelles nuances entre la limite dessinée et la limite ressentie ? Comment l’échelle choisie pour traiter les alentours d’un monument influet-elle sur lui  ? Le soin des espaces publics proches peut-il conjuguer qualité patrimoniale et appropriation par les habitants et visiteurs  ? Un rendez-vous à ne pas manquer.

Ce projet mené en marge de l’inventaire du patrimoine a pour objectif de faire comprendre aux enfants ce qui constitue le patrimoine de leur village ou de leur quartier, et de les sensibiliser à l’histoire de leur environnement quotidien. Au terme de ce projet une restitution au public, dont la forme est laissée au choix des enfants, permet de garder une trace de ce travail. Ces travaux sont présentés au public dans le cadre de l’exposition itinérante « Inventaire du Pays de Bourgoin-Jallieu ».


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Du Pays de Bourgoin-Jallieu …

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du Pays de Bourgoin-Jallieu» l’exposition est de retour au pays

Depuis près d’un an le public est invité à venir partager les résultats de l’inventaire du patrimoine conduit par les équipes du Conseil général. Déjà présentée à Saint-Quentin-Fallavier, L’Isle-d’Abeau et Grenoble, l’exposition « Inventaire du Pays de Bourgoin-Jallieu » s’installe dans le musée de la ville à partir du 17 septembre et jusqu’au 2 janvier 2011. L’occasion de mettre en lumière les collections de cette maison puisque de nombreux objets sortent des réserves pour venir prendre place aux côtés de ceux qui ont été présentés jusqu’à présent. Le Musée propose aussi une exposition dossier qui offre un éclairage particulier sur l’œuvre de l’architecte Albert Ribollet, à qui l’on doit notamment le cinéma Le Royal ou la piscine Pierre Rajon de Bourgoin-Jallieu. Enfin la ville et le musée seront parcourus des regards de trois photographes (C.Chevallier, P.le Bihan, J.-P. Gobillot) qui, à leur manière, ont aussi réalisé un inventaire du patrimoine de ce territoire.

« Patrimoine en Isère, Pays de Bourgoin-Jallieu » c’est aussi : Un ouvrage richement documenté et illustré qui fait le point sur deux années de recherches sur le terrain. 224 pages, 38¤, en vente au Musée et dans les librairies de Bourgoin-Jallieu, dans les boutiques des musées départementaux et sur www.isere-patrimoine.fr Une carte patrimoniale qui permet de faire partager au plus grand nombre la formidable richesse du patrimoine de ce pays. Cet outil qui ne vise pas l’exhaustivité, propose une découverte des sites les plus représentatifs du territoire. Elle est diffusée gratuitement dans les offices de tourisme et les lieux culturels du département.

Prochaines dates Après Saint-Quentin-Fallavier (Espace George Sand), L’Isle-d’Abeau (EPANI) et Grenoble (Musée de l’Ancien Évêché), l’exposition Pays de Bourgoin-Jallieu sera présentée au Musée de Bourgoin-Jallieu, du 17 septembre AU 02 JANVIER 2011 puis à la Maison de la Porte des Alpes, à Bourgoin-Jallieu du 15 janvier au 17 avril.

… aux Vals du Dauphiné Cap sur les vals du Dauphiné C’est parti ! Une nouvelle étape de l’inventaire du patrimoine de l’Isère s’amorce cet automne. En conservant le principe du travail par cantons, suivi depuis les débuts de l’opération, c’est un nouvel espace du Nord-Isère qui va être mis sous le microscope du service du patrimoine culturel. Après le pays de Bourgoin-Jallieu dont la restitution se poursuit jusque courant 2011, les cantons de La Tour-du-Pin, Pont-deBeauvoisin et Virieu, groupés autour de la boucle de la Bourbre, vont être scrutés à leur tour. Il s’agit d’un territoire comptant 43

communes, frontalier de la Savoie, du lac de Paladru et de l’Ile Crémieu. Après le lancement officiel programmé cet automne, les contacts avec associations, musées et municipalités se mettront progressivement en place tandis que le débroussaillage bibliographique fournira une première base. Très vite, seuls ou en petits groupes, les chercheurs vont arpenter le terrain, de Charavines à Dolomieu, d’Aoste à Torchefelon, de Saint-Albin-de Vaulserre à Vignieu. Leur présence s’étalera sur environ deux ans, le temps de regarder, photographier, noter,

rencontrer et échanger, afin de comprendre du mieux possible. Bien sûr, il y a déjà des éléments bien connus, tels que la grange dîmière du Pin, les inscriptions antiques d’Aoste, la maison des dauphins à La Tour-duPin, le pont… de Beauvoisin voire la gare de Saint-André-le-Gaz. Au-delà des châteaux et musées bien médiatisés et en s’appuyant sur les repérages existants, c’est l’ensemble des champs patrimoniaux qui sera moissonné avant d’être rendu au public sous la forme d’un ouvrage conséquent, d’une exposition itinérante, etc…


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« Vous avez dit : OBJET ? »

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Dans sa bien complexe réglementation permettant de gérer le patrimoine culturel français (les fameux Monuments historiques), le ministère de la Culture distingue les « objets » (les biens mobiliers), du patrimoine monumental (immobilier). Et les distingue en outre de ces autres objets que rassemblent les collections publiques, ceux que conservent et mettent en valeur les musées. À cette classification vient s’ajouter un mode de gestion pour le moins suranné, le ministère confiant dans chaque département la mission de « conservateur des antiquités et objets d’art » à un fonctionnaire chargé d’une autre mission ; en Isère à une conservatrice relevant du Conseil général. Ce système ne favorise pas la compréhension par le public de la profonde cohérence de notre patrimoine collectif, de la relation étroite qu’entretiennent meubles et immeubles, objets et lieux, monuments et sites. Cette cohérence ne doit être rompue que dans les cas les plus extrêmes, quand aucune autre solution ne peut être trouvée. Ainsi ne doit-on pas laisser disperser les meubles rassemblés durant des siècles par une même famille dans un château, ainsi doit-on veiller à ce que les musées, sous le prétexte d’assurer une meilleure sécurité, ne vident nos espaces publics de toutes les œuvres d’art et objets-témoins… Ce patrimoine mobilier est d’une très grande diversité – même si, pour les Monuments historiques, il est surtout constitué d’objets liés à la liturgie catholique  (près de 80% des objets classés) ; ce Journal tente de le présenter à travers un échantillon représentatif.


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Saint-Romain-de-Surieu

Rencontre avec Sylvie Vincent, Conservateur des Antiquités et Objets d’art

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« Conservateur des Antiquités et Objets d’art » La rencontre avec Sylvie Vincent, conservateur en nous mène bien loin de l’image un peu surannée que qui passe, d’éthique, de restauration, d’histoire et Travail de terrain pour un inventaire minutieux. Notre territoire d’expertise, c’est le département que l’on explore et « ratisse », ses églises, ses mairies, ses châteaux, ses maisons rurales et tous les objets qui s’y trouvent, prestigieux ou modestes, uniques ou de série : statues, tableaux, orfèvrerie, vêtements liturgiques, bustes de Marianne, drapeaux de conscrits, commodes, tapisseries, machines industrielles, objets domestiques et j’en passe ! En Isère, nous avons la grande chance d’avoir un service du patrimoine riche de compétences multiples (archéologues, architectes, cartographe, dessinateur…) qui mène des opérations d’inventaire et valorise le patrimoine. Ces opérations donnent l’occasion de recenser le mobilier et de proposer aux communes, associations et particuliers, expertises et conseils pour toutes questions liées à la conservation, la restauration et la valorisation des objets. Œuvres d’art ou clés pour l’histoire ? Pour une petite commune, un objet peut devenir un élément fort de son patrimoine. Prenons l’exemple de poteries de Sarreguemine conservées et présentées amoureusement à la mairie de Ville-sous-Anjou  : ces vases, objets de série offerts aux soldats de retour de la guerre 14-18 sont inscrits au titre des Monuments historiques. Et pourtant ce ne sont pas des œuvres d’art. Ces objets banals ne sont pas protégés pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils représentent. Ils participent grandement à la construction de l’identité de la commune. Un autre exemple  ?

En Oisans, nous avions mis en garde contre les vols le maire d’une commune propriétaire d’un calice du XVIIe siècle de grande qualité. Et bien, il a placé ce bel objet au milieu des coupes de foot dans son bureau… Le voilà en quelque sorte à la fois incognito et au cœur de la vie de la commune ! D’un côté l’objet banal, de l’autre, une œuvre d’orfèvrerie. L’objet  in situ*, c’est ça ! Il nous faut oublier toutes nos certitudes d’historien de l’art. Pour le maire, le calice n’est pas une œuvre d’art, c’est avant tout l’histoire de sa commune, son patrimoine. Alors que pour les historiens de l’orfèvrerie, c’est une œuvre d’art. Et pourtant il n’est pas dans un coffre fort ni présenté dans une vitrine… Bienveillantes restaurations. L’objet in situ est l’objet « bidouillé » par excellence. Dans un souci de bien-faire, les gens ripolinent facilement un objet en le décapant complètement ou en le repeignant, empêchant parfois sa datation et écartant toute une série d’indices. Mais c’est le jeu ! Restaurer un objet, c’est parfois beaucoup de responsabilités. Fait-on toujours le bon choix ? L’objectif est de garder l’intégrité et la lisibilité de l’objet. Une bonne restauration est d’ailleurs celle qui ne se voit pas et qui est réversible. Il faut accepter que l’objet garde la marque du temps, ses imperfections… et prendre le temps de l’explication aux interlocuteurs (propriétaires, communes) afin qu’il n’y ait pas de fausses attentes. Il faut aussi parfois rassurer et trouver des solutions


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Ville-sous-Anjou

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(CAOA), la dénomination intrigue ! chef au sein du service patrimoine culturel du Conseil général de l’Isère l’intitulé de la mission suggère. Où il est question de respect du temps d’identité. car le prix de la restauration dépasse souvent la valeur de l’objet. Tout est « restaurable ». Pour les soulèvements de polychromie par exemple, on colle des petites pièces de papier japon en surface. A Saint-Romain-de-Surieu, cela fait des années qu’une petite statue a son papier japon. Il n’y a pas d’argent pour faire autre chose mais la polychromie est sauvée. Tout objet in situ est unique. Contrairement à l’objet de collection des musées qui, d’une certaine manière, devient sacralisé, l’objet in situ appartient aux gens, est constitutif de leur histoire et de leur identité. C’est pour cela que je m’attache, en tant que conservateur, à ce que les objets restent le plus possible dans leur contexte. Un château sans ses meubles ou une église sans son mobilier liturgique ne racontent plus leur histoire de la même façon. Et, même si il est maintenu dans son édifice, placer un objet dans une vitrine change le regard que nous lui portons, on le retire, on l’isole de son lieu en quelque sorte. Or, il y a une vraie force dégagée par l’objet, j’y suis très sensible. Il faut arriver à saisir ce qu’il a à nous dire. On doit pouvoir s’en approcher. Certaines mairies en sont très conscientes et s’attachent à valoriser habilement leurs objets. Quelle satisfaction, au retour d’un travail de restauration, de voir un objet reprendre sa place et, aux côtés des habitants, poursuivre son histoire ! *recensé dans le lieu où il est utilisé ou conservé

OBJETS EN ISÈRE Plus de 1 100 objets et collections sont « classés » au titre des Monuments historiques. Plus de 900 objets sont « inscrits » au titre des Monuments historiques. Une très grande majorité relève du patrimoine religieux (plus de 80%), avec loin derrière le patrimoine civil, public et privé (15%), le patrimoine scientifique et technique (4%) et le patrimoine instrumental (1%).

LA CAOA : Une mission centenaire Née dans la mouvance de la promulgation de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, la mission « des Antiquités et Objets d’art » était à l’époque confiée à un « bénévole » local érudit. Désormais, la charge de conservateur est confiée par l’Etat, en plus de leur métier, à des archivistes départementaux ou des conservateurs du patrimoine. Depuis les premières lois de décentralisation en 1982, cette mission est, en Isère, rattachée au Conseil général. Il est de son ressort d’assurer un suivi des objets protégés au titre des Monuments historiques par des récolements, d’accompagner les projets de restauration, de sécurisation et de valorisation mais aussi de présenter les demandes de protection MH devant une commission départementale placée sous la présidence du préfet de l’Isère.


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BJETS D’ATTENTION

Quand on parle de patrimoine, tenter de définir la notion d’objet révèle la complexité du sujet. Et si l’on interrogeait ceux qui les côtoient au quotidien ? Objet fétiche, objet rêvé, objet de trop…  5 directeurs de musée et conservateurs évoquent ces objets qui sont au cœur de leur métier et racontent cette relation singulière.

Armand Fayard Directeur du Museum d’histoire naturelle de Grenoble Le Muséum d’histoire naturelle recèle plus d’un million de spécimens… Je ne parlerai pas d’objet préféré mais plutôt de celui qui retient tout particulièrement mon attention ces temps-ci, avant qu’un autre objet ne me saisisse ! Il s’agit donc d’une petite pièce, une plaque de schiste de 4 cm par 7 cm, gravée par fossilisation. Ce Pikaïa gracilens, un fossile animal, une sorte de « petit ver », est considéré comme l’un des précurseurs des vertébrés et donc… de l’Homme ! Quelle émotion de franchir plus de cinq cents millions d’années en observant cette pièce  dans le creux de ma main… Un objet rêvé  ? Je n’en n’ai pas, mon souci de la diversité m’en préserve  ! Je cherche avant tout à compléter nos collections par des objets dont l’intérêt scientifique, éducatif ou culturel est sûr, et qui toucheront aussi le public par leur forme, leur beauté. De la même manière, je me refuse à désigner l’objet de trop  ! Le Muséum possède d’innombrables pièces dont une minorité est exposée mais dont beaucoup sont objets de recherche. Qui sait aujourd’hui ce que ces travaux permettront de découvrir ? Peut-être certains d’entre eux passeront un jour la porte de nos laboratoires lors d’une exposition singulière…

Sébastien Gosselin Directeur des musées de Vienne Mon objet favori ? Une base de lutrin en marbre sur laquelle sont représentés des prophètes et des apôtres, ornée de signes dérivés de caractères arabes dont l’unique raison d’être est d’ordre esthétique. Pour le médiéviste que je suis, trouver dans les réserves une œuvre si belle et en si bon état, bien que fragmentaire, fut une heureuse surprise. Cet objet provient de la chapelle de l’ancien hôpital de Vienne, détruit lors de la mise à jour des vestiges du Jardin de Cybèle. Il a été créé par un artiste de grand talent qui connaissait sûrement les enluminures byzantines et s’en est inspiré. Cette pièce magnifique a réintégré le musée des Beaux-Arts lors de sa réorganisation et chacun peut désormais venir la (re)découvrir. Mon rêve  ? Retrouver les tapisseries de l’abbaye de Saint-Pierre dont on connaît l’existence grâce aux inventaires, mais qui ont disparu. Ces tapisseries présentent un intérêt majeur en tant qu’objet d’art mais aussi un intérêt historique et culturel car elles racontent la vie de saint Pierre. Et l’on sait combien l’histoire de ses saints et le culte des reliques sont gravés dans l’histoire du pays viennois… Un objet de trop ? Une statue en laiton d’une divinité hindoue particulièrement « kitsch » offerte à Louis Mermaz, ancien maire de Vienne. Ce cadeau diplomatique n’est qu’un objet de pacotille dont je me débarrasserais volontiers !


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Jean-Claude Duclos Directeur du Musée dauphinois et du Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère / Maison des Droits de l’homme Attention, à propos « d’objets fétiche », de ne pas prendre un conservateur de musée pour un collectionneur maniaque ! Ce qui m’intéresse dans ce métier, ce sont les moments d’émotion, de rencontre et d’échange que les objets permettent de créer dans le contexte de l’exposition. Plus largement, quand on y ajoute l’image et le son, c’est du « document » qu’il conviendrait de parler : des informations qu’il porte sur la vie des hommes, d’un temps et d’un espace donnés. Ainsi d’une exposition sur l’immigration maghrébine, revendiquée, la veille de son démontage, comme « le patrimoine » d’une communauté. Ainsi de la turbine du moulin de Saint-Véran et des discussions passionnées que suscite l’évocation de la vie de cette communauté d’altitude à propos de la solidarité et de l’habitat coopératif d’aujourd’hui. Ainsi, au musée de la Résistance, d’une photo du camp d’Argelèssur-Mer devant laquelle Paco Ibañez s’arrête puis sort sa guitare et chante. Outre qu’ils justifient l’existence du musée, ce sont de tels moments qui font le bonheur de cette profession.

Sylvie Vincent Conservatrice des Antiquités et Objets d’art en Isère Mon objet préféré ? Un rideau de scène des années 1920, découvert par hasard lors d’une opération d’inventaire du patrimoine, roulé au fond de la scène de la salle des fêtes de la cité ouvrière construite par la cartonnerie Navarre à Champ-sur-Drac… C’est un objet pour le moins singulier qu’on ne saurait cataloguer de peur de l’enfermer ! Art du spectacle, œuvre picturale, élément du patrimoine industriel puisque témoin d’une usine aujourd’hui en grande partie détruite, trace d’une mémoire ouvrière puisqu’il représente la cité d’habitation du personnel, ce rideau de scène insolite raconte l’histoire d’une entreprise où le paternalisme régnait jusque dans la salle des fêtes ! Mon rêve ? Découvrir in situ un tableau signé d’un grand maître, au fond d’une église ou d’un château… qui ferait pâlir d’envie nos grands musées parisiens ! Un objet de trop ? Une Vie de Saint-François de Sales du xviie siècle qui orne les murs de la sacristie d’une église de l’Isère : une œuvre protégée au titre des Monuments historiques mais qui, à mon sens, ne le mérite pas, car sans aucune originalité et extrêmement maladroite… Je bataille pour faire entendre que ce n’est pas l’ancienneté d’un objet qui légitime sa protection !

Guy Tosatto Directeur du musée de Grenoble Mon œuvre d’art préférée ? Sans doute le tableau de Paul Klee intitulé Paysage à l’enfant que le célèbre marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler offrit au musée de Grenoble en 1935. Ce tableau de petites dimensions, une huile sur toile, est exposé en permanence. C’est une œuvre précieuse, rare, la seule peinture de l’artiste dans un musée français en dehors de Paris. Je l’apprécie pour sa poésie intimiste et naïve qui se rattache à l’univers de l’enfance, de même que pour l’alliance de modernité et d’évidence classique dont elle témoigne. Ce dont je rêve  ? D’un des premiers ready-made de Duchamp, cet artiste fondateur de l’art moderne qui n’est pas représenté au musée de Grenoble. Mais comment faire ? Décrocher ou remiser une œuvre ? Je l’ai déjà fait  ! C’est nécessaire et inévitable dans le domaine de l’art moderne et contemporain. Cela permet de renouveler les accrochages à la faveur de relectures de l’histoire récente. Telle œuvre hier de premier plan, apparaît aujourd’hui secondaire. On la remplace. En sachant que demain, qui sait, elle pourra de nouveau être présentée…C’est la force des musées de devoir tout garder !


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Plus de 80% des objets classés au titre des Monuments historiques sont

des objets religieux. Aujourd’hui se pose la question de leur statut : objet liturgique, patrimonial ou œuvre d’art  ? Les démarches de valorisation de ces objets en disent souvent beaucoup sur la reconnaissance qui leur est portée. Démonstration à travers trois exemples de valorisation.

Les cartes de chartreuse Plus que d’ordinaire, on attendait avec impatience la réouverture printanière du Musée de la Grande Chartreuse ! Cet établissement très fréquenté, chargé de présenter l’histoire de l’ordre (installé sur ce site depuis plus de neuf siècles) et de transmettre le message spirituel des pères, se découvre en effet cette année sous de nouveaux atours, avec de nouvelles présentations, dont la fameuse « galerie des cartes ». On ne raconte plus en Isère (et bien au delà  !) l’histoire de cette collection exceptionnelle. Exécutées pour l’essentiel aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces peintures sur toile de grand format représentent les maisons de l’ordre des chartreux dispersées un peu partout en Europe. Redécouvertes récemment, exposées au Musée dauphinois, puis au Musée de l’Ancien Évêché, ces œuvres ont été classées au titre des Monuments historiques (comme « objets »  !), avant de connaître une seconde aventure, celle de leur restauration. Les techniciens de différents laboratoires de restauration se sont penchés, assistés par un conseil scientifique constitué par les pères VIENT DE PARAÎTRE Les cartes de Chartreuse Désert et architecture août 2010, Glénat, 96 pages, 19,95¤

chartreux pour l’occasion, sur les techniques que requiert un tel « sauvetage » de toiles collées sur des plaques de bois aggloméré et ayant gravement souffert des années. Mais l’aventure ne réside pas que dans la prouesse technique. Dans le même temps, un tout aussi important travail d’exploration historique est en cours, sous la conduite érudite de l’historienne Pierrette Paravy. Carte après carte, d’exploration d’archives en étude iconographique, se construit un savoir majeur pour la compréhension de l’histoire de l’ordre et de ses « maisons ». Une lettre d’information éditée par l’Association pour la restauration des cartes de chartreuse (ARCC) rend compte régulièrement de l’avancée de ces travaux. Un ouvrage édité par Glénat doit présenter les premiers résultats de ces recherches. L’ultime aventure que constitue cette opération n’est pas la moindre : c’est celle qui voit une formidable mobilisation de donateurs – entreprises et fondations, familles, dons isolés, etc. – en vue de rassembler les moyens financiers importants que réclame cette opération de restauration. Une

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association a été mise en place pour l’occasion, l’ARCC) et continue de rassembler des fonds. Le ministère de la Culture, par l’intermédiaire de sa direction régionale des Affaires culturelles, reste néanmoins le partenaire majeur de cette opération, en regard de l’intérêt national que présente ce patrimoine et que traduit son classement parmi les Monuments historiques. Le Conseil général de l’Isère est aussi très présent dans ce montage, au titre d’une politique patrimoniale que l’on ne présente plus. Cette mobilisation de fonds impliquait un retour vers les publics, que les pères chartreux ont su organiser magistralement avec la nouvelle galerie des cartes du Musée. Chacun peut désormais découvrir les cartes restaurées (plus du tiers de la collection a désormais été traité !), admirer les représentations des maisons de l’ordre et mesurer leur évolution. Œuvres d’art ou documents historiques, chacun saura trouver son intérêt et son plaisir. Et participer peut-être à la restauration…

LE MUSÉE DE LA GRANDE CHARTREUSE Au cœur du massif de la Chartreuse et aux portes du monastère fondé par saint Bruno en 1084, le Musée de la Grande Chartreuse a rouvert ses portes après trois ans de travaux. Il propose un nouveau parcours et a été agrandi d’une « galerie des cartes » qui présente onze toiles monumentales issues de la collection. Conçu par les architectes-muséographes C.Bizouard et F.Pin, le parcours plonge le visiteur au cœur de ce monde du silence. Le musée est aménagé sur trois niveaux, en trois temps : le temps historique, le temps des saisons et le temps de liturgie. L’histoire de la fondation de l’Ordre et la construction du monastère, la reconstitution de cellules – les lieux de vie des moines- mais aussi des documents audiovisuels inédits permettent de comprendre les 900 ans d’histoire et le mode de vie de ces hommes qui ont choisi l’aventure intérieure et spirituelle et la solitude.


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Le«trésor» deSaint-Antoine

Si le terme « trésor » renvoie à l’idée d’accumulation d’objets rares et précieux, celui de Saint-Antoine est né de la volonté des Antonins, amateurs d’art éclairés, de constituer, dès le Moyen Âge, une collection tout à fait exceptionnelle de quelque 350 tableaux, tapisseries, vêtements liturgiques et objets de culte divers destinés à garnir ou orner l’abbatiale et autres bâtiments. Pillée pendant les Guerres de religion, la collection est enrichie au XVIIe siècle et surtout au XVIIIe siècle, époque à laquelle le désir d’acquérir est porté à son paroxysme. Parmi les pièces majeures de cette collection, figurent les châsses et les reliquaires qui témoignent du goût singulier des Antonins pour les reliques. La châsse monumentale conservée à l’intérieur du maître-autel, avec son décor en argent repoussé qui représente des épisodes de la vie de saint Antoine, a été offerte en 1648. Elle contient les reliques de saint Antoine et est l’œuvre du sculpteur grenoblois Jean Eynardon. Celles, très nombreuses, conservées dans la sacristie, étaient sorties lors de la grande procession de l’Ascension et sont tout aussi majestueuses. Utilisés cette fois pour les offices, les livres de chœur - missels, bréviaires et livres de chants – se distinguent par leur nombre et leur ancienneté, avec une mention particulière pour une vie de saint Antoine imprimée à Lyon en 1534 et un bréviaire à l’usage de l’Abbé Galland, illustré en 1758. La rareté et la richesse des ornements liturgiques conservés dans le chapier, méritent pareillement d’être soulignées. Si l’inventaire de 1696 mentionne un nombre impressionnant de chapes, chasubles, tuniques et coussins assortis, la chasuble et son étole en laine du XVIIIe siècle portées par les officiants au moment de la communion ou encore la chape en velours dit « de Gênes », tissu très en vogue à Versailles au milieu du XVIIIe siècle, témoignent encore de la très grande qualité de ces vêtements réservés aux offices. Terminons par l’importante collection de tableaux (84 étaient recensés en 1696), autour des grands thèmes de la Vierge et des saints, des épisodes de la bible et de la vie du Christ, quelques natures mortes. Plusieurs copies d’artistes comme Le Titien ou Daniel de Volterra montrent l’inclinaison des abbés pour la peinture italienne. D’autres témoignent d’influence plus nordique comme un petit tableau sur cuivre représentant la « Tentation de saint Antoine » du XVIIe siècle qui pourrait être une copie de David Tenier II, ainsi que « La Madeleine » qui lui fait pendant.

Labellisé en 2009 « LES plus beaux villages de France », Saint-Antoinel’Abbaye, situé au cœur du plateau de Chambaran, peut s’enorgueillir de former non seulement un ensemble architectural médiéval tout à fait majeur, mais aussi de conserver l’un des plus beaux trésors d’art religieux du département.

Le trésor de Saint-Antoine est présenté dans la sacristie de l’abbatiale de Saint-Antoine-l’Abbaye.


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Le«trésor»partagédeVenosc La petite commune de Venosc, nichée au cœur de la vallée du Vénéon au pied de la station des Deux-Alpes possède l’un des ensembles d’art sacré les plus prestigieux du département. Une trentaine de pièces d’orfèvrerie du XVIIe siècle a été rassemblée au fil du temps et conservée dans la sacristie de l’église paroissiale par les prêtres successifs puis par la municipalité. L’ensemble est classé au titre des Monuments historiques. Si la provenance de toutes les pièces du trésor n’est pas toujours connue, il existe cependant un petit ensemble bien identifié issu de dons faits par Jacques Rochette de la Morlière, négociant ayant fait fortune à Bayonne dans l’exportation de toiles vers l’Espagne. De son vivant, à l’image de la générosité d’autres marchands ou colporteurs, il a contribué à enrichir le patrimoine religieux de la commune. Il a doté l’église d’un retable et d’un tabernacle et a également fait réaliser plusieurs pièces d’orfèvrerie remarquables, sur lesquelles on retrouve ses armoiries : « d’azur au rocher d’argent, au chef de gueules, chargés d’un croissant d’or, accosté de deux étoiles de même ». En 2007 à la faveur de la construction de la nouvelle mairie, la municipalité a souhaité valoriser cet ensemble au sein d’un projet plus

vaste d’exposition permanente sur le patrimoine de la commune. En plein accord avec l’Évêché et la Conservation régionale des Monuments historiques, une place de choix a été faite à cette collection dans la salle des mariages en présentant, en trois vitrines, calices, ciboires et chandeliers en argent. Et parce qu’exposer des objets liturgiques dans un lieu hautement républicain peut être sujet à controverse, un procédé muséographique astucieux permet de les cacher à la vue si nécessaire. Un traitement spécial de la vitre de protection lui permet de passer de l’opacité absolue à la transparence totale en l’allumant telle une ampoule.

L’ardoisière ouvert tous les jours de 8h à 12h et de 14h à 17h.


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DES COLLECTIONS arrive que des communes se retrouvent LOIN Illégataires de collections privées. DES Si l’intérêt des œuvres n’est que rarement MUSÉES mis en cause, plus difficile est la gestion et la valorisation de tels fonds dans des lieux qui n’ont pas les mêmes ressources que les musées.

La collection de peintures de La Tour-du-Pin Présentée sur les murs de quelques salles et bureaux de la mairie, la collection de tableaux de la commune de La Tour-du-Pin mériterait sans nul doute une valorisation particulière. Réunissant près d’une cinquantaine d’œuvres peintes, celle-ci est issue des dons de Prosper Guerry, turpinois et marchand de tableaux à New-York, ainsi que de plusieurs dépôts de l’État au début du XXe siècle, en vue de la création d’un musée. L’essentiel des peintures date des XIXe et début du XXe siècles. Elles offrent des sujets diversifiés mêlant des vues de grandes villes (Paris, Rouen ou encore Chartres), des paysages ruraux français (vallée de la Vézère, vallée noire dans le Berry, marais de Soullans), ou encore des monuments connus comme l’incontournable Sacré Cœur à Paris ou la basilique Saint-Rémy à Reims. Quelques tableaux évoquent aussi des scènes de la vie courante tels « Le conseil municipal de village » par Eugène-Romain Thirion (1909), ou plus intimiste, « L’Enfant au chat » par Nicolas Tarkhoff. L’histoire locale n’est pas absente avec deux portraits d’Antonin Dubost, maire de La Tour-du-Pin à partir de 1878.

LA COLLECTION JACQUIER À LA TRONCHE Les Tronchois ne devraient plus ignorer longtemps la belle collection léguée à leur commune par un certain monsieur Jacquier. En effet, si La Tronche n’a ni réserves, ni musée pour la conserver et la valoriser, elle s’attache à préserver in situ ce fonds important. Avocat, fils d’un ancien secrétaire de la commune, Jean-Pierre Jacquier (1788-1863) s’intéresse à l’histoire et au patrimoine local. Il acquiert tableaux, gravures et livres qu’il lègue en partie à La Tronche, en partie au Musée de Grenoble. En 1889, la commune réalise un premier inventaire de la collection : paysages du Dauphiné, portraits, scènes paysannes… 347 peintures et gravures sont inventoriées, pour certaines signées Achard, Debelle ou Guédy. Ce n’est qu’en 1998 que la collection est en partie protégée au titre des Monuments historiques, suite à une étude menée par le Musée dauphinois. S’en suit une première campagne de restauration soutenue par le Ministère de la culture et le Conseil général de l’Isère, poursuivie en 2010 (20 tableaux au total). Aujourd’hui, un espace dédié offre à ces œuvres des conditions stables de conservation et certains tableaux sont présentés dans la salle du Conseil municipal ou à l’occasion des Journées du patrimoine. Mais la commune n’entend pas en rester là. Consciente qu’un travail important d’expertise et de communication reste à mettre en œuvre, elle souhaite, au-delà de la restauration progressive de la collection, engager une campagne de numérisation et de mise en ligne des œuvres, éditer un ouvrage de valorisation, présenter cet ensemble sous la forme d’une exposition… et permettre au public le plus large de découvrir cette collection méconnue. Un bel exemple de conscience patrimoniale communale !


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INSOLITES, ÉQUIVOQUES OU INATTENDUS : OBJETS À LA TRACE « Equivoque » Les vitraux sont-ils des objets d’art  ? S’il est certain que c’est bien d’art dont il s’agit, la notion même d’objet les concernant, questionne. Visite à l’atelier Berthier-Bessac. 150 ans de production de vitraux sont contenus dans cet atelier  : cahiers de commande, maquettes, calibres, verres et grisailles aux nuances aujourd’hui introuvables, photos des quelques 6 000 verrières sorties de l’atelier Bessac depuis 1860. Et l’histoire ne s’arrête pas là, l’atelier, auquel le nom de Christophe Berthier s’est associé depuis 1995, restaure certes, mais créé aussi des vitraux contemporains

Insolite, la locomobile de Beaurepaire Si les objets patrimoniaux ont pour fonction de témoigner, l’histoire que nous conte la locomobile de Beaurepaire est exemplaire. Elle est en effet un des symboles de l’histoire technique régionale ; elle est un signe de l’histoire urbaine de la petite ville de Beaurepaire ; elle est enfin… une belle preuve d’amour ! C’est l’histoire de Louis-Antoine Michel-Villaz, contée par son petit-fils Henry Michel-Villaz. Entrepreneur de battage – pour comprendre : passant de ferme en ferme pour battre le blé, avec une de ces grosses machines nommée batteuse dont l’énergie était fournie par une locomobile à vapeur, chauffée au bois ou plus souvent au charbon – Louis-Antoine est amoureux d’une jeune femme (charmante sans doute) dont le père, habitant Saint-Barthélemy-deBeaurepaire, refuse un mariage avec un « travailleur nomade » ! En 1882, notre entrepreneur fixe ses machines à Beaurepaire et couple à sa locomobile une dynamo pour produire de l’électricité. Puis écrit à Edison à New York pour obtenir des lampes et enfin propose à la mairie de Beaurepaire d’installer un éclairage public… Cette locomobile est conservée aujourd’hui à Beaurepaire  ; elle doit être restaurée et mise en valeur prochainement, tandis que le descendant de notre héros prépare un ouvrage pour partager cette aventure.

comme ceux installés dernièrement au couvent des Petites sœurs des pauvres à La Tronche ou dans la chapelle de l’ancien couvent Sainte-Cécile de Grenoble. Et selon le maître –verrier- des lieux « le vitrail est un art architectural qui produit des objets qui ne signifient rien en dehors de la fenêtre ». Voilà qui est dit ! Et en effet, par essence les vitraux ont une fonction étroitement liée à la lumière qu’ils laissent passer, qu’ils filtrent, qu’ils subliment  : de véritables œuvres d’art monumentales dont la forme et la fonction sont dictées par l’architecture.

Si les vitraux sont indépendants de la fenêtre qu’ils ferment – ce qui vaut pour certains d’entre eux une protection Monument historique au titre des objets – ils sont totalement liés au bâtiment qu’ils éclairent – et c’est pour cela que nombre d’autres sont protégés Monument historique au titre des monuments ! – L’ambiguïté n’est pas tout à fait levée.

À l’occasion du 150e anniversaire de l’atelier, des visites-expositions exceptionnelles de l’atelier seront proposées pour les Journées du Patrimoine. 10, rue Émile Gueymard à Grenoble


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INSOLITES,ÉQUIVOQUESOUINATTENDUS:OBJETSÀLATRACE

LA PROPHÉTESSE D’ANTINOÉ AU MUSÉE DE GRENOBLE : UNE FEMME OBJET ? Après plus d’un demi-siècle d’absence des salles du musée, à l’issue d’une étude scientifique pluridisciplinaire et d’une importante campagne de restauration, la prophétesse d’Antinoé a, depuis quelques mois retrouvé sa place au sein des collections d’antiquités égyptiennes du musée de Grenoble. Cette « momie » qui est en réalité un corps desséché interroge naturellement la notion d’objet de collection. Un être humain peut-il être rangé sur le même plan qu’une statuette ? Exigences de la connaissance scientifique, conscience de conservation et questions philosophiques se croisent. Hélène Vincent, conservateur en chef au musée de Grenoble, nous éclaire. Si aujourd’hui, la prophétesse d’Antinoé occupe le devant de la scène c’est au luth, présent dans sa tombe, qu’elle le doit. Cet instrument de musique rare et très bien conservé a attiré, le premier, l’attention des chercheurs. Il fait partie de la série des sept luths coptes connus à ce jour provenant d’Egypte et hors d’Egypte entre le Ve et le VIIe siècle. Dans le cadre de cette étude, les scientifiques se sont interrogés sur la datation de cet instrument de musique et sur sa signification aux côtés d’une femme qualifiée de « prophétesse » par Albert Gayet, son découvreur en 1907. De nombreuses questions se posaient sur la présence et le rôle de ce luth dans la tombe, sur le statut de cette dite prophétesse et sur son trousseau funéraire. Seules des analyses et des expertises de cet instrument mais également du corps de la défunte, de ses vêtements de grande qualité, typiques de la civilisation copte, et de l’ensemble du mobilier pouvaient apporter des réponses. Cette femme d’une quarantaine d’années a vécu entre 520 et 610 de notre ère. Elle était très certainement chrétienne et n’exerçait sans doute pas de prophétie.

Il y a encore quelques mois, les objets de la sépulture d’Antinoé (le luth ainsi que des flacons en verre, des céramiques, une paire de sandales, bien conservés) étaient montrés au musée dans une grande vitrine en tant qu’objets de la vie quotidienne. Aujourd’hui le fait de les présenter avec la défunte, en tant qu’objets lui appartenant, permet d’en rétablir la signification et la cohérence. D’une façon plus générale la présence de cette sépulture au sein d’une collection dont les objets ont pour la plupart une relation avec le culte des morts lui donne tout son sens. L’existence de ce corps bien conservé (il était déposé dans un cercueil en bois, puis enterré dans un caveau en brique, à 2,5 mètres de profondeur dans le sable sec du désert), montre que, bien au-delà de la période pharaonique, l’Egypte s’est souciée de la préservation des corps. Au-delà de ce témoignage historique, présenter le corps d’une défunte pose bien des questions pour les conservateurs car son exposition peut susciter incompréhension et peur. Les réactions du public sont diverses, très personnelles en fonction de la relation que chacun entretient avec la mort. Par exemple les adolescents, habitués à voir des images choquantes par le truchement des écrans sont parfois ébranlés, choqués par la vision de ce corps, dans la vérité nue de la mort. Pour prévenir ce type de réactions le musée a pris soin d’accompagner les visiteurs dans cette rencontre. Aussi disposent-ils d’une information écrite dès leur entrée dans le musée et lorsqu’ils sont dans la salle, un film de courte durée résume tout ce que l’on sait aujourd’hui de cet ensemble funéraire. Grâce à la connaissance scientifique, cette femme morte il y a près de quatorze siècles, retrouve une place légitime dans l’histoire de l’humanité.


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Pour une grande part d’entre eux, les objets doivent faire l’objet de restaurations. Les remèdes varient en fonction de la nature de l’objet, de ses matériaux, de son histoire. Des spécialistes officient à leur chevet, conservateurs et restaurateurs, qui s’attachent à remettre l’œuvre dans son état d’origine ou dans son dernier état connu sans jamais perdre de vue la « lisibilité » de l’objet, sa compréhension. LA POMPE À INCENDIE DE LA RIVIÈRE

En 2006, la commune de La Rivière est lauréate du concours « Sauvez le patrimoine de votre commune » (cf encadré), pour la restauration d’une pompe à incendie de 1874. Cette pompe à bras est alors complète mais en mauvais état. Elle est confiée à Frédéric Barbet, restaurateur,  qui travaille sur cet objet en collaboration avec Laure Meunier-Salinas, restauratrice à ARC-Nucléart. Il raconte.

Constat d’état Conservée dans une grange, la pompe était recouverte d’une épaisse couche de poussière. Si le bois semblait plutôt en bon état, les assemblages étaient altérés du fait de la corrosion des vis. Son grand intérêt était d’être constituée de plusieurs éléments : la pompe en elle-même (un support en bois, une cuve, une pompe), une remorque avec des roues cerclées de fer et des « accessoires » (une caisse à outils, un tuyau en cuir, des seaux en tissus, deux petites lanternes à huile). Le travail de restauration en a été d’autant plus complexe - il a fallu appréhender tous ces matériaux, tester des techniques et des produits - mais… passionnant.

De l’art d’intervenir… mais pas trop La cuve en cuivre était recouverte d’une couche de vernis qui avait mal vieilli et favorisé l’encrassement. Il a fallu l’éliminer pour retrouver les peintures et l’inscription d’origine puis faire quelques retouches pour redonner un aspect homogène à la polychromie de la cuve. La patine du bois a été conservée, témoin des mains des pompiers qui l’ont actionnée ! Pour les accessoires, nous nous sommes posé bien des questions. Des préoccupations de stockage semblent avoir guidé le choix de la toile de coton pour les seaux que l’on a retrouvés « pliés ». Quant aux deux lanternes à huile, nous avons opté pour la conservation de la suie déposée sur les vitres afin de laisser trace de leur fonctionnement  ; tout comme les seaux, elles n’ont été que légèrement nettoyées. Enfin, le tuyau en cuir avait séché et craquelé. Conseillé par une spécialiste, nous l’avons ré-humidifié avec un appareil à ultrasons dans une chambre humide, ce qui nous a permis de le dérouler sans l’abîmer.

Et après ? La pompe a depuis quitté sa grange et est installée dans une salle communale, témoin de l’histoire du village. Je suis retourné la voir et il me plaît à penser qu’elle pourrait un jour être remise en marche. La mécanique est simple et robuste, il faudrait peut-être assurer l’étanchéité des joints… mais, là, je sors du cadre de mes missions !

« Sauvez le patrimoine de votre commune » Le CEA et l’atelier ARC-Nucléart, en partenariat avec l’Association des maires de France (AMF), organisent depuis 2001 un concours pour la restauration d’éléments en bois du patrimoine des communes françaises. Les communes lauréates se voient offrir le traitement, la conservation et la restauration des œuvres sélectionnées. www.arc-nucleart.fr

LA VIERGE DE Beaufin

Lauréate en 2008 du concours organisé par le CEA et Arc Nucléart de Grenoble, en partenariat avec l’association des Maires de France, la statue de la Vierge à l’Enfant du XVIIIe siècle, de la petite commune de Beaufin, a retrouvé son église après plusieurs mois de restauration dans les ateliers d’Arc Nucleart. En bois polychrome et doré, la statue présentait une polychromie fragilisée et cassante, avec de nombreuses zones de soulèvements et de lacunes sur les visages, la robe de la Vierge et la jambe droite de l’Enfant. Ayant été repeinte et redorée plusieurs fois, la statue a finalement été restaurée selon le dernier état. Polychromie et dorure ont ainsi fait l’objet d’un nettoyage minutieux, d’un fixage (collage) des écailles qui menaçaient de tomber, d’un comblement puis d’une retouche à l’aquarelle des lacunes.


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O B J ET S D E M US ÉE S L’enjeu de la politique d’acquisition des musées est de constituer des collections de référence intégrant des œuvres majeures et cohérentes. Les musées départementaux enrichissent ainsi régulièrement leurs collections. Présentation de deux nouveaux « objets » de musée, dernières acquisitions du Musée de la Révolution française et du musée Hector-Berlioz. MUSÉE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, VIZILLE Le Génie des Arts 1789 Bénigne Gagneraux (1756-1795) Huile sur toile (109,5 x 83,5 cm). Acquis en 2010 avec l’aide du Fonds régional d’acquisition des musées de Rhône-Alpes. Inv. MRF 2010-8. Sous l’appellation Galerie de l’Académie, une nouvelle section du Musée de la Révolution française est ouverte depuis 2009, consacrée aux rapports entretenus pendant la période révolutionnaire par la jeune génération de peintres et de sculpteurs avec l’organisation et l’enseignement traditionnels des arts, fortement remis en cause. Le Génie des Arts de Bénigne Gagneraux acquis cette année permet d’introduire de manière exemplaire la sélection des œuvres exposées. Lauréat du Prix de Rome des États de Bourgogne en 1776, Gagneraux, originaire de Dijon, a passé toute sa carrière à Rome et à Florence dans un milieu international auquel son art doit plus qu’à la tradition française. Peint à Rome en 1789, ce tableau est parfaitement représentatif de l’idéal artistique de l’époque, tant par son style que par son sujet. La figure nue du génie s’inspire de statues antiques romaines (Faune du Capitole, Rome ; Apollon sauroctone [tueur de lézard], Louvre) d’après des modèles attribués au mythique sculpteur grec Praxitèle. La référence à l’art gréco-romain et la pureté de la ligne caractérisent bien le goût pour le « beau idéal » qui sera pratiqué par tant de contemporains. Chaque putto ou petit génie figure un art majeur  : sculpture, dessin, architecture, auxquels le génie des arts tenant le flambeau de la connaissance et une couronne de laurier montre le temple de la gloire. Le génie du dessin, le premier et le plus noble des arts, absorbé dans son travail au contraire des deux autres, semble être l’objet principal de son attention. Les vers du poète latin Horace extraits de sa première Ode à Mécène, inscrits sur la colonne, donnent tout son sens au tableau, véritable manifeste en faveur du rôle des artistes dans la société. À l’instar d’Horace au premier siècle avant Jésus-Christ, Gagneraux revendique à la veille de la Révolution dans le contexte des Lumières, comme tant d’autre de ses prédécesseurs depuis la Renaissance, une place de premier plan identique à celle des philosophes ou des poètes. Avec leurs moyens spécifiques qui ne peuvent être réduits à un simple artisanat, leur pensée, leur talent et surtout leur liberté, les peintres, les sculpteurs ou les architectes ont pour vocation d’ouvrir l’esprit des autres hommes en transcendant le monde qui les entoure.


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MUSÉE HECTOR-BERLIOZ, LA CÔTE-SAINT-ANDRÉ Portrait d’hector berlioz 1865 Melchior Blanchard (XIXe) Huile sur toile (118 x 90 cm). Lors de la vente aux enchères du 5 mai 2010 à l’Hôtel Drouot-Richelieu à Paris par l’étude Claude Aguttes, se trouvait un portrait d’Hector Berlioz peint par Melchior Blanchard en 1865. Grâce au financement du Conseil général de l’Isère, le musée a pu préempter le tableau. Une représentation de cette huile sur toile a été publiée par Gunther Braam, spécialiste des portraits d’Hector Berlioz, dans son ouvrage édité par Bärenreiter à Kassel (Allemagne) en 2003. Cette publication recense tous les portraits connus du compositeur en France et à l’étranger. La recherche sur le peintre Melchior Blanchard est encore lacunaire (un portrait d’un militaire est recensé au Musée de Haguenau dans le Bas-Rhin ainsi qu’une toile représentant une scène de l’annonciation dans l’église Saint-Eloi au Perray-en-Yvelines). Ce portrait a été visiblement réalisé à partir d’une photographie du musicien par François-Marie-Louis-Alexandre Godinet de Villecholle dit Franck (1816-1908), dont un exemplaire est conservé au département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France. En effet, le compositeur ne fait nulle mention, dans sa correspondance, d’une séance de pose à cette époque, contrairement à la photographie exécutée par Franck. Berlioz figure ici une personnalité dont la célébrité est établie et arbore fièrement à la boutonnière de sa redingote l’insigne de la légion d’Honneur. Ce tableau figurait déjà dans une vente aux enchères en 1992, lors de la dispersion de la collection de portraits de musiciens d’Isabelle Prouvost, mais nous ignorions depuis sa localisation. L’intérêt de ce tableau est majeur puisqu’il est le dernier portrait peint de Berlioz, quatre années avant sa mort. Le musicien pose assis dans un fauteuil recouvert de velours vert, qui meublait son dernier appartement parisien et qui fait aujourd’hui partie des collections du musée. Tableau et fauteuil sont donc aujourd’hui réunis dans la maison natale d’Hector Berlioz !


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COMPLÉMENTS D’OBJETS Le patrimoine scientifique et technique contemporain En 2003, le Musée des Arts et Métiers s’est vu confier une mission nationale de sauvegarde et de valorisation du patrimoine scientifique et technique contemporain. En Isère, c’est ACONIT (Association pour un Conservatoire de l’Informatique et de la Télématique) qui est en charge de l’inventaire de ce patrimoine. En complément de sa propre mission, elle accompagne les établissements d’enseignement et de recherche, comme les entreprises pour le repérage et l’inventaire de leurs instruments scientifiques. L’ensemble des données vient alimenter une base de données nationale : 232 machines, 38 documents et 691 photos ont d’ores et déjà été recensés. Un comité de pilotage actif, la création de stages sur des actions spécifiques et la nomination de référents patrimoine, afin de sensibiliser le personnel et coordonner les actions d’inventaire, sur la presqu’île scientifique comme sur le campus universitaire laissent augurer un déploiement efficace. Ainsi, le Centre de recherche très basses températures, le laboratoire de physique subatomique et cosmologie, celui des champs magnétiques intenses, l’Institut de glaciologie, l’ENS d’ingénieurs électriciens de Grenoble, participent aux opérations de sauvegarde. Le GIPSA-lab - laboratoire de recherche en images, signal, parole et automatique de l’Université Stendhal – vient d’initier l’inventaire et la valorisation d’une belle collection d’appareils de phonologie. www.aconit.org

Une découverte étonnante Lors du décapage de la porte de la maison à boutiques (fin XVIe siècle) du 1 de la rue du Tribunal à Bourgoin, un réseau constitué de deux traits rouges de part et d’autre d’un trait noir est apparu. Ce triple réseau rouge/noir, qui dessine des carrés et des croix de Saint-André ne correspond qu’en partie (et imparfaitement) à la position des clous, ce qui fait douter qu’il s’agisse d’un tracé préliminaire à leur implantation (qui n’expliquerait d’ailleurs pas le triplement des lignes, en deux couleurs). A ce jour, aucun autre exemple de réseau similaire n’a pu être identifié. Pour préserver la possibilité d’études ultérieures et de comparaisons, les vantaux de cette porte ont été déposés au musée de Bourgoin et remplacés par une porte neuve.

Des réserves à la toile : les collections départementales accessibles à tous Quel point commun peut-on trouver entre des tracts de la Résistance, des listes nominatives de recensement, des plaques de verre d’Hyppolite Müller et de l’ancien site de la Viscose, des œuvres d’Ernest Hébert, des portraits de la famille Champollion, de la correspondance de la famille Berlioz, des estampes  de la famille Bergès ou encore des dessins du XVIIIe siècle sur des thèmes révolutionnaires ? Outre le fait que ces objets font partie des collections départementales (musées et Archives), ils ont aussi bénéficié en 2009 d’une campagne de numérisation à des fins de conservation et de mise à disposition du public des richesses départementales via les nouveaux sites internet. Ainsi, au fur et à mesure de l’enrichissement des bases de données en ligne, vous pourrez désormais voyager à travers l’Isère, découvrir lieux de vie et objets traditionnels des Alpes ou bien vous documenter et approfondir vos connaissances aussi bien sur des événements historiques, des personnages célèbres que sur des  lieux patrimoniaux.

Un manteau de cheminée atypique A l’occasion de travaux de restauration dans la maison forte de Fassion à Saint-Etienne-deSaint-Geoirs, des vestiges d’une ancienne grande cheminée ont été mis au jour. Seul le piédroit de gauche, très martelé et buriné, est conservé. A droite, un vestige du retour de la poutre du manteau, encastrée dans le mur, est réapparu. Il est constitué d’un assemblage de trois éléments moulurés en bois, dont le profil suggère les dates de fin XVIe-XVIIe, alors que le piédroit conservé pourrait être antérieur. Une recherche est en cours pour tenter de découvrir des exemples approchants auxquels on pourrait se référer pour une restitution.

La Bataille de Kircholm à Vilnius Depuis le 14 janvier 2010, le tableau de La bataille de Kircholm attribué au peintre Peter Snayer et daté du début du XVIIe siècle, a quitté le château de Sassenage pour être présenté pendant quelques mois au musée des Beaux-Arts de Lituanie à Vilnius à l’occasion d’une exposition consacrée à cette bataille historique. Fait original, celui-ci a fait l’objet au préalable d’une restauration qui a été confiée au centre de restauration Pranas Gudynas qui dépend du musée lituanien. Une première pour un tableau classé au titre Monument historique.

LECTURES

Icônes et idoles, regards sur l’objet Monument historique Ouvrage collectif, sous la direction d’Hélène Palouzié Actes sud, Arles 2008 Pour la première fois, un ouvrage national est consacré aux objets classés au titre des Monuments historiques. Ce patrimoine in situ, réparti dans toute la France, ornant des milliers d’églises, cathédrales, abbayes, châteaux, mairies, hôpitaux, universités, est composé d’œuvres majeures trop souvent méconnues car situées hors des grands musées médiatisés. Cette anthologie reflète la qualité et la diversité de ces objets indispensables à leurs monuments, des plus célèbres aux plus insolites. Elle dévoile les histoires intimes de ces œuvres sauvées de l’oubli et les multiples regards que l’on porte à travers les siècles sur l’objet d’art, de dévotion, de savoir, tour à tour rejeté ou convoité, sans cesse réinventé. Cet ouvrage a été publié à l’occasion du centenaire de la création des missions de conservateur des Antiquités et Objets d’art et d’inspecteur des Monuments historiques.

Regards sur le paysage sonore Actes du colloque des conservateurs des antiquités et objets d’art de France, Angers, juin 2009. Ouvrage collectif Actes sud, Arles 2010 Le patrimoine campanaire est un domaine encore peu abordé par les historiens de l’art. En effet, cloches et carillons sont souvent plus audibles que visibles. Néanmoins, dès l’origine de la chrétienté, ces instruments font partie du paysage sonore de nos villages et de nos villes. La société civile y a ajouté les horloges monumentales, installées parfois dans les édifices religieux mais plus souvent dans les Hôtels de ville. Actes Sud publie chaque année dans la collection « Regards sur » les Actes des Journées d’étude des conservateurs des Antiquités et Objets d’art sous la forme d’un ouvrage grand public.


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PROTÉGER RESTAURER Un gallo - ro à A oste

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Préalablement à un projet de construction d’une maison individuelle, un diagnostic archéologique a été mené au quartier de Pré Levay sur la commune d’Aoste début 2010 sur prescription de la DRAC Rhône-Alpes. Il a permis l’identification d’un tombeau monumental gallo-romain. Durant l’Antiquité, le site se trouve à la sortie ouest de l’agglomération antique d’Augustum, en bordure du tracé d’une ancienne voie se dirigeant en direction de Vienne. Ce secteur est connu par ailleurs pour avoir livré des éléments funéraires et les fondations d’une tombe-autel. Le mausolée gallo-romain L’opération a mis au jour un mausolée s’étendant sur une superficie d’au moins 120m². Le bâtiment est constitué de deux salles : le vestibule, et la chambre funéraire où reposait le défunt/propriétaire. Les fondations sont constituées de blocs de choin de Fay* en grand appareil de dimensions variables. Chaque bloc a été mis en place au moyen du système de levage de la louve. L’assemblage est effectué à joints vifs et à l’aide d’agrafes en plomb en pi. La robustesse de ces fondations conduit à penser que la charge à supporter était relativement importante. Dans l’axe du monument et au niveau de la façade, se trouvent au moins deux blocs plus importants que les autres (entrée monumentale ?). Les assises d’élévation, qui devaient également être en grand appareil de choin, ont été entièrement récupérées. Un bloc découvert dans la chambre funéraire pourrait avoir eu une fonction particulière (support de statue ?). L’intérieur des deux pièces est entièrement recouvert par un radier, supportant un sol de nature inconnue. La chambre funéraire, quant à elle, apparait en léger dénivelé par rapport au vestibule. L’accès à la chambre s’effectue par une entrée de 1,60m de largeur. Les fondations de la chambre funéraire avec des décrochements dans la partie ouest (qui devaient avoir leur équivalent à l’est) impliquent l’existence de niches pour l’installation de sarcophages ou de bancs. La chambre funéraire pouvait aussi abriter des statues et des coffres cinéraires. Sur le pourtour du monument un niveau de cailloutis calcaire correspond vraisemblablement à des déchets de taille épandus pour servir d’espace de circulation. La datation du mausolée repose pour l’instant sur des arguments liés aux matériaux utilisés pour l’édification de ce tombeau. En effet, le choin de Fay remplace la pierre de Seyssel dans la construction à partir de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère. A cette date, la pierre de Seyssel (matériau plus tendre et fréquent dans les sites gallo-romains de la région) continue d’être utilisée pour la décoration et la sculpture, et supplante la pierre du Midi. L’importance de l’édifice indique naturellement qu’il s’agit d’un haut personnage disposant d’une fortune certaine et désireux d’exposer son opulence et sa puissance. La superficie imposante du monument permet d’envisager que le propriétaire avait les moyens financiers d’importer des marbres prestigieux de Grèce ou d’ailleurs. Avec près de 20 mètres de hauteur, il est l’un des plus importants connus en Gaule !

La fosse de récupération de matériaux antiques Le monument funéraire fut totalement démantelé, peut-être dès la fin de l’Antiquité, par des récupérateurs de matériaux pour alimenter des fours à chaux. Ne subsistèrent sur le site que les fondations et jonchant le sol alentour, les blocs d’architecture jugés impropres au remploi, ainsi que les blocs sculptés retrouvés dans une vaste fosse médiévale. Il s’agit essentiellement de marbres blancs et durs et de calcaires régionaux plus tendres. On peut envisager l’hypothèse d’un emploi des calcaires pour le décor extérieur avec peut-être une inscription plaquée en marbre, et des marbres pour le mobilier funéraire (urnes cinéraires, sarcophages...) et le décor intérieur. De nombreux exemplaires sont altérés sans doute par le rayonnement calorifique produit par la présence d’un four à chaux à proximité. Parmi ces pièces, quelques éléments de sculpture présentent une iconographie que l’on retrouve fréquemment dans les décors funéraires : éléments de bas-relief (décor de chevelure ou crinière, cannelures, drapé, décor de volutes), pièce décorée de feuilles imbriquées (élément de la couverture d’un coffre cinéraire ou pulvinus d’autel funéraire ou couvercle d’un sarcophage), fragments de plaque avec une bordure moulurée ayant porté ou non une épitaphe et des éléments de couronnements. Stéphane Bleu avec la collaboration de Djamila Fellaguet et Denis Rival *calcaire


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Le prieuré Saint-Martin-de-Miséré (Montbonnot-Saint-Martin)

L’opération de sondages archéologiques menée du 19 avril au 30 juin 2010 à l’emplacement de l’ancien prieuré Saint-Martin-de-Miséré, est réalisée en amont de profonds réaménagements : la municipalité envisage en effet la réhabilitation des bâtiments et leur intégration au sein d’un ensemble socioculturel. L’intérêt historique du site justifie largement cette conservation : fondé à la toute fin du XIe siècle par saint Hugues lors du grand élan de réforme commun à la chrétienté occidentale, le prieuré, qui héberge une communauté religieuse (de chanoines) respectant rigoureusement la règle de Saint Augustin, joue un rôle majeur dans l’administration d’une quinzaine de paroisses alentours et par là même dans l’encadrement des populations de la vallée. Le site, d’abord efficace instrument de la politique épiscopale, perd de son importance à la fin du Moyen Âge  : Saint-Martin-deMiséré passe sous différentes tutelles puis, finalement, dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, le Cardinal Etienne le Camus décide de lui substituer le séminaire de Grenoble. Le site revient alors à l’ordre des oratoriens, qui le conserve et en assure la gestion jusqu’à la Révolution. Certains bâtiments du prieuré sont alors vendus comme biens nationaux en 1792 et progressivement démantelés dans le courant du XIXe siècle.

L’intervention archéologique en cours fait suite à deux campagnes de moindre envergure, exécutées en 2007 (à l’occasion de l’endiguement d’un torrent longeant le site) et 2008. Les données collectées – emprise du cimetière paroissial, traces d’une buanderie et d’une chapelle accolée à l’église, etc. – étaient alors venues corroborer et compléter plusieurs plans dressés à l’époque révolutionnaire. Les sondages en cours offrent une vision plus vaste et précise de l’organisation des bâtiments conventuels. Les épais murs du clocher et de l’abside de l’église du XIIe siècle ont été dégagés et les maçonneries d’une abside antérieure apparaissent  ! L’emplacement du cloître, repéré par la mise en évidence de l’angle de deux des galeries, se précise progressivement ; autour de ce dernier, un bâtiment renfermant plusieurs niveaux de sols successifs – témoins d’une occupation longue et complexe – et une cave semi-enterrés sont également en cours de fouille. Parallèlement à l’analyse de ces structures enfouies, l’un

des édifices conservés fait l’objet d’une étude de bâti très minutieuse : des belles arcades de la salle capitulaire aux remaniements récents, la lecture des maçonneries permet de retracer l’évolution générale du bâtiment et d’ainsi mieux comprendre sa place au sein de l’ensemble religieux. Enfin, la découverte de huit sépultures grâce au concours d’une anthropologue devrait, une fois l’examen des ossements réalisée en laboratoire, apporter un contrepoint intéressant à l’étude des vestiges matériels. Tous ces résultats sont en passe d’être enrichis par les historiens de l’université de Grenoble, récemment associés au projet, auxquels échoit une analyse plus poussée des textes. À terme, donc, cette opération archéologique apportera une abondante matière aux spécialistes de l’histoire de la vie religieuse  ; gageons qu’elle sera aussi prolongée par une réhabilitation réfléchie des vestiges et une mise en valeur à la mesure du grand intérêt du site.


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LE LABEL « PATRIMOINE EN ISERE »

Dans le cadre de sa politique de protection et de valorisation du patrimoine, le Conseil Général a mis en place le label « Patrimoine en Isère », qui permet depuis janvier 2007 de reconnaître les édifices ou les ensembles bâtis isérois dont la valeur patrimoniale présente un intérêt départemental . Aujourd’hui, 33 édifices répartis sur tout le territoire sont concernés par cette protection qui offre une alternative aux procédures de protections existantes (Monuments historiques) et se présente comme un véritable outil de conservation et de mise en valeur du patrimoine local. Les particuliers et les élus concernés bénéficient en effet de l’accompagnement des architectes du Conseil général pour la mise en place de leurs projets de restauration, de réhabilitation ou encore de mise en valeur des sites labellisés. Les derniers sites labellisés Lalley Maison Bernard mai 2010 Livet-et-Gavet Pavillon Keller novembre 2009

Zoom sur la restauration du cénotaphe de Madame Bergès à Villard-Bonnot. Le cénotaphe (tombeau vide élevé à la mémoire d’un défunt dont le corps est enterré ailleurs) de Madame Bergès fut édifié en 1889 dans le cimetière de Villard-Bonnot, sous l’impulsion de son mari Aristide Bergès, figure majeure de l’histoire industrielle iséroise. Œuvre du sculpteur Giuseppe Chiattone, ce monument funéraire se compose d’un grand médaillon en bronze représentant la scène des « Funérailles des Anges » et inscrit dans un décor sculpté en marbre, le tout surmonté d’un fronton triangulaire dans lequel évoluent des colombes portant dans leur bec des branches d’olivier. À gauche de cette composition, une grande statue en bronze représente une femme ailée assise, identifiée comme étant l’Ange de la Foi. Un auvent à deux pans et une fenêtre protègent l’ensemble des intempéries. Le mélange des matériaux (mosaïque, bois, métal, verre) comme le traitement de certains éléments inscrivent cet édicule dans le courant de l’Art décoratif. Labellisé en 2008, le cénotaphe vient de faire l’objet d’une restauration complète qui a mobilisé la commune (maître d’ouvrage), la SARL Avenier Conseil et SCM Atelier d’Architecture (maîtres d’œuvres), le Conseil général de l’Isère ainsi que les talents des restaurateurs Frédéric Barbet et Aurélie Martin.

Sauvée par…le label La maison Joya, cédée courant 2008 à un promoteur qui envisageait sa démolition, a bien failli disparaître et ce, malgré la mobilisation des habitants du quartier Saint-Bruno pour sa préservation. L’ancien siège de la fonderie Joya est pourtant un témoin remarquable de l’histoire industrielle grenobloise ainsi que du caractère innovant de Grenoble en matière d’action sociale. Au tout début du XXe siècle, les patrons de cette fonderie ont en effet multiplié les initiatives en faveur de leurs employés, contribuant ainsi à la naissance des futures Allocations familiales. Fort heureusement, les efforts conjugués de la Ville et du Conseil général de l’Isère ont permis la labellisation « Patrimoine en Isère » de l’édifice et une négociation avec le nouveau propriétaire qui a abouti à l’abandon du projet de démolition du bâtiment.

Monestier-de-Clermont Bâtiment de captage des eaux minérales avril 2010 Saint-Pierre-d’Entremont Château de Monbel octobre 2009 Villard-de-Lans La Soleillette février 2010 Viriville Chapelle de Grolée avril 2010 Viriville Prieuré Saint-Robert avril 2010


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La tour de Montfallet à Laval La commune de Laval s’est engagée au printemps 2010, dans des travaux à la tour de Montfallet (dite aussi parfois de Montfollet…), protégée au titre des Monuments historiques, dont la commune est propriétaire. L’intervention, sous la direction d’une architecte du patrimoine, se limitait au strict minimum : stabilisation de l’édifice et reprise des crêtes de murs. Profitant de l’installation des échafaudages et grâce à une subvention du Conseil général de l’Isère, des observations archéologiques ont pu être menées en parallèle au déroulement du chantier. Cette tour quadrangulaire de petit module (8 mètres de côté hors-œuvre), élevée sur trois niveaux planchéiés, se confirme bien être une construction homogène, bâtie à l’aide de matériaux locaux, mis en œuvre avec soin. Aucune datation par dendrochronologie n’a malheureusement pu être réalisée : les quelques pièces de bois conservées emploient des essences non datables (hêtre et merisier), d’après l’expertise du laboratoire Archéolabs de Saint-Bonnet-de-Chavagne.

Le château de Barbarin à Revel-Tourdan Les travaux réalisés dernièrement par le propriétaire privé de ce château ont permis de porter un regard neuf sur l’évolution architecturale de ce bel édifice qui se présente comme un grand corps de logis rectangulaire élevé sur trois niveaux et cantonné par une tour d’angle circulaire. A l’origine, une tour quadrangulaire, en appareil mixte galets/brique en partie basse relayé en hauteur par un appareil assez régulier à rangs alternés soit molasse soit galets. Un logis rectangulaire vient s’accoler sans doute au XVe siècle, avant d’autres agrandissements ménageant un espace de cour. Au XVIe siècle, la pièce noble du premier étage, dans le logis, est couverte par un décor peint, non figuratif, à base de lés de couleurs vives (jaune et orange), reprenant probablement les couleurs du blason de la famille propriétaire. Ce décor a pu être sauvegardé en partie.

Le Grand Mur à Beauvoir-en-Royans En préalable aux restaurations menées par le service des Monuments historiques, une fouille archéologique des élévations a été prescrite au titre de l’archéologie préventive, par les services de l’Etat (Service régional de l’archéologie, DRAC, Lyon). L’étude a été réalisée par les archéologues du service du patrimoine culturel au mois d’octobre 2009, la communauté de communes de la Bourne à l’Isère étant maître d’ouvrage. Elle a permis de mieux comprendre l’histoire de ce long fragment de mur, simple mur d’enceinte portant un chemin de ronde dans un premier temps. Plus tard, le mur surélevé sert à adosser un édifice de trois niveaux : l’étage noble, couvert d’une voûte en lambris est partagé en trois pièces, une grande au centre et deux petites l’encadrant. Les combles permettent le passage d’un chemin de ronde serré entre la couverture des salles du premier étage et la charpente du bâtiment. A l’époque des guerres de religion, l’édifice est encore debout : on taille des encoches pour installer des barres soutenant de petites pièces d’artillerie…

Les Cordeliers ou Pré-Chabert à Corenc Les travaux d’aménagement d’une villa privée ont été précédés d’une intervention d’archéologie préventive en juillet 2009. Le site, improprement appelé Château d’Arvilliers sur la carte IGN au 1:25000e, est en effet signalé sur un plan parcellaire de 1701, comme l’emplacement d’un domaine appartenant aux Cordeliers de Grenoble depuis au moins 1591 et renfermant “une chapelle, maison, tinallier, cellier, plassage, jardin, verger et vigne”. Le sondage réalisé a permis de démontrer que les aménagements du début du XIXe siècle consistant en un ensemble de terrassements très importants, ont oblitéré totalement les installations précédentes. Aucune trace d’occupation antérieure n’a été discernée, ni pour le XVIe siècle, ni pour une plus haute période. Aucun mobilier résiduel, antérieur au XIXe siècle n’a été recueilli.

L’hôtel de Barrin L’hôtel, situé au cœur de la ville neuve médiévale, était la demeure d’une famille liée à la vie de Beaurepaire depuis le XIVe siècle. Le Projet de quartier considérait en 1987 qu’il s’agissait d’un ensemble remarquable à préserver. 20 ans plus tard, après plusieurs hypothèses de restauration, la commune et la société Habitat Pays de Romans se résolvent, pour des raisons financières, à le faire démolir. Le Conseil général envisage alors de lui accorder le label « Patrimoine en Isère » et de participer au coût de sa restauration mais la commune estime que ses finances ne permettent pas d’apporter une aide équivalente à celle du département. Faute de conserver le bâtiment, une campagne de photographies complémentaires est alors décidée pour en conserver la mémoire.

EN BREF


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« Nouvelle Romanche »

ou le devenir du patrimoine hydroélectrique de Livet-et-Gavet

Avant d’y produire de l’électricité, plusieurs usines (haut-fourneau, papeterie) utilisaient les possibilités énergétiques du site de Rioupéroux, simplement par hydromécanique. De nombreuses entreprises, attirées par les potentialités fournies par l’hydrographie se sont alors implantées sur la commune. En 1914, Livet-et-Gavet comptait sept usines hydroélectriques. En 1946 EDF, nouvellement créée, a entrepris d’améliorer la productivité pour répondre à la demande d’énergie croissante des industriels. Une nouvelle unité installée au Péage-de-Vizille est venue remplacer les petites centrales qui avaient proliféré dans la partie aval de la Romanche. Dans la même optique, EDF prépare actuellement le remplacement des centrales de Livet, Les Vernes, Les Roberts, Rioupéroux, Les Clavaux et Pierre-Eybesse par une centrale souterraine unique, ce qui pose la

question du devenir des installations existantes et de leurs dispositifs extérieurs, témoins de l’épopée industrielle de la moyenne Romanche. Il n’est ni possible ni même souhaitable de tout conserver mais tous les spécialistes de l’hydroélectricité estiment nécessaire d’en préserver des éléments compréhensibles par tous. A cet effet, un groupe de travail a été constitué autour du conseiller général et du maire. Il comprend des représentants d’EDF, des musées de la Romanche et d’Hydrelec, des services du Conseil général et d’autres spécialistes. Son objectif est de contribuer à la recherche de solutions viables pour la reconversion d’éléments cohérents de ce patrimoine, sans ignorer que l’histoire industrielle a laissé dans les mémoires des images parfois négatives qui compliquent la réappropriation de leur héritage par les habitants. Néanmoins, les responsables des deux musées

constatent l’intérêt manifeste de nombreux habitants. Pour aller plus loin, un travail d’historien sur l’image de la commune, « parent pauvre réduit à un goulot de circulation industriel », renvoyée aux habitants est envisagé. Des actions en direction des scolaires locaux et de l’ensemble des habitants sont également imaginées : conférences, visites guidées, projection, reportage photographique pour conserver la mémoire des lieux et du futur chantier, articles réguliers dans la presse. Les Journées du patrimoine sont aussi l’occasion d’un « coup de projecteur » particulier en combinant l’ouverture de la centrale troglodyte de Bâton par EDF, une exposition à son sujet à Hydrelec et une autre sur l’industriel Charles-Albert Keller, son créateur, au musée de la Romanche. Il est prématuré de parler des pistes de réutilisation mais plusieurs sont actuellement à l’étude, dont on espère qu’elles se concrétiseront.


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MÉM OIRES

D’UN TOURISTE

Dans ce roman de Stendhal paru en 1838, le personnage Tout le programme sur principal, un marchand de fer, parcourt la France et tient le www. journal de ses tournées. Il traverse le Dauphiné, alternant isere-patrimoine discussions d’économie, de politique, d’histoire ou de .fr beaux-arts et descriptions enthousiastes des paysages.

Michel Ferber, comédien et Mirella Giardelli, musicienne nous convient à une lecture musicale de ce texte. Imprégnée de ce « voyage en Dauphiné », leur tournée suit l’itinéraire emprunté par le personnage de Stendhal et s’arrête dans des lieux chargés d’histoire : de Saint-Hugues-de-Chartreuse à Pont-en-Royans et de Virieu-surBourbre à Barraux en passant par Grenoble bien sur, dix haltes invitent à partager ces quelques mémoires d’un touriste avisé qui dresse un véritable portrait du Dauphiné du XIXe siècle. Et « on se laisse prendre au charme du récit si vivant des péripéties de cet étrange commerçant qui tient le journal de ses tournées et qui, loin de se limiter à consigner le relevé des affaires conclues, parle à bâtons rompus non seulement de ce qu’il voit, de ce qu’il aime ou n’aime pas, mais encore de politique, d’histoire, de beaux-arts, et se laisse volontiers aller à des digressions*. »

18 septembre Musée Hébert 19 septembre Fort Barraux 25 septembre Pont-en-Royans 7 octobre Musée de l’Ancien Évêché 9 octobre Musée du Trièves 22 octobre Château de Sassenage.

* V.Del Litto, préface de l’édition de La Pléiade

E-CULTURE / E-patrimoine

Découvrir les hauts lieux du patrimoine départemental, prolonger le plaisir d’une exposition, fouiller dans les collections des musées départementaux, accéder aux fonds numérisés des Archives ou encore aux annuaires des acteurs culturels départementaux, et tout ça… de chez soi ! C’est le pari pris par ISERE-CULTURE et par l’ensemble des sites internet des services de la Direction de la culture et du patrimoine du Conseil général de l’Isère au cours d’une vaste opération de mise à jour qui s’est traduite notamment par : > l’ouverture de www.isere-culture.fr, nouveau portail institutionnel consacré à la culture et au patrimoine en Isère > un nouvel habillage pour les sites existants (www.isere-patrimoine.fr, Archives départementales, Bibliothèque départementale de prêt et les sites des 12 musées départementaux). > la mise en place de nouvelles interfaces dédiées : après www.isere-patrimoine.fr destiné aux curieux ou passionnés du patrimoine, deux nouveaux sites sont en cours de développement. www.isere-culture-edu.fr à destination des enseignants - ce site donne accès aux « Rendez-vous pédagogiques » (base de données recensant une offre spécifique à destination des scolaires, principalement sur des thématiques liées à l’histoire et l’histoire de l’art). www.isere-culture.pro : à destination des acteurs culturels du département (chiffres clés, annuaires, politiques, ressources …) > un accès renforcé à des ressources ouvertes : en lien avec un plan de numérisation de grande ampleur, les nouveaux sites donnent accès aux collections numérisées des musées départementaux (mutualisées sur isere-culture.fr, individualisées sur chaque site de musée), aux annuaires des acteurs culturels (bibliothèques, associations patrimoniales, lieux de création et de diffusion…), aux instruments de recherche et fonds numérisés des Archives départementales, à un grand nombre de liens vers les institutions culturelles du département et leurs actualités…

Retrouvez sur www.isere-patrimoine.fr l’agenda en ligne des grandes manifestations patrimoniales : Musées en fête / Nuit des musées, Journées du patrimoine, avec la possibilité, pour les interlocuteurs concernés, d’inscrire leurs manifestations via un formulaire en ligne. LA LETTRE de www.isere-culture.fr rappelle régulièrement quelques grands rendez-vous de la culture et du patrimoine en Isère. Abonnez-vous !


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EN BREF

Sur les pas de Jongkind Le peintre Johan Barthold Jongkind (1819-1891) d’origine hollandaise est venu séjourner à de nombreuses reprises en Dauphiné. Il choisit même d’y finir sa vie et repose au cimetière de La Côte-Saint-André. Paysagiste, il puise dans les vues de la plaine de Bièvre ou de la vallée de la Bourbre de nombreux motifs pour ses toiles. Le Pays de Bièvre-Valloire valorise la présence de l’artiste en réalisant un itinéraire Jongkind. Au fil d’étapes qui ont compté dans la vie –et l’œuvre- de l’artiste, le visiteur se promène sur ses pas, du château de Pupetières à celui de Virieu, de Châbons à La Côte-Saint-André. Anniversaire La Fédération des Associations Patrimoniales de l’Isère (FAPI) a 10 ans ! Constituée en janvier 2000, elle regroupe aujourd’hui plus de 80 associations patrimoniales. Forte de ce succès, elle a souhaité célébrer dignement cet anniversaire en accueillant adhérents et partenaires institutionnels au Château du Touvet le 27 mars dernier. A travers ses entretiens annuels et sa présence constante sur le terrain, la FAPI a su fédérer le milieu associatif isérois et être un partenaire important pour les porteurs de projets. Cette année anniversaire voit aussi Philippe Seigle succéder à Geneviève Dumollard-Murienne à la présidence. Le prieuré de Saint-Michel-de-Connexe Édifié au XIe siècle sur un replat de la montagne du Connexe à 30 minutes de marche du vieux village de Champ-sur-Drac, le prieuré Saint-Michel présente d’intéressantes ruines. Propriété pour partie du Conseil général de l’Isère, elles ont déjà fait l’objet de mesures de sauvegarde en 1996 et en 2000. Sous l’impulsion de l’association pour le prieuré Saint-Michel-de-Connexe, la collectivité s’apprête à passer des baux emphythéotiques avec les autres propriétaires du site afin de pouvoir réaliser les travaux de confortement et de déboisement nécessaires pour en assurer la pérennité. Dans le même temps, un carroyage durable sera installé pour permettre d’engager des repérages archéologiques raisonnés. Bobines L’atelier cinématographique Ad Libitum propose dans le cadre du projet Molinum, une collecte de films amateurs  : films de famille, essais cinématographiques, films industriels, etc. Laure Sainte-Rose, restauratrice de films et cinéaste, met à disposition son laboratoire artisanal de création et de restauration pour visionner les films en toute sécurité. La matière recueillie donnera lieu à des temps collectifs d’échange autour de la mémoire locale, à des projections, des installations ou expositions qui donneront une lecture contemporaine de ces images. Bien entendu, les films sont rendus à leur propriétaire ! Alors, si vous souhaitez revoir d’anciens films de familles ou des images qui racontent la vie près de chez vous : Ad Libitum 04 76 07 07 78. http://adlibitum.sud-gresivaudan.org Le pont de Trellins où l’audace préservée ? Salué en 1907 par Les Alpes Pittoresques comme une « œuvre de la plus grande audace qu’on ne tardera pas à classer parmi les merveilles du Dauphiné », le pont de Trellins fait de nouveau l’actualité de la presse locale. Ce pont, long de plus de 200m et suspendu entre Cognin et Vinay vient d’être démonté, plus d’un siècle après sa construction. Doublé en 1986 par un pont en arc et délaissé depuis, sa conservation intégrale n’était envisageable qu’au prix de travaux onéreux. Le tablier et ses suspentes ont alors été découpés et démontés par morceaux depuis le centre du pont. Restent aujourd’hui les deux culées en rives, les piles fièrement dressées au-dessus de l’Isère et les câbles porteurs dessinant dans les airs la silhouette gracile et toujours audacieuse de l’ancien Pont de Trellins. La Maison forte des Allinges Acquise en 1995 par la commune de Saint-Quentin-Fallavier, occupée par une ferme jusqu’en 2000, la Maison forte des Allinges est aujourd’hui au cœur des réflexions que la municipalité a engagées pour la valorisation de son patrimoine. Déjà incluse dans la Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager (ZPPAUP) en 1997, la maison dont l’intérêt architectural et historique n’est plus à démontrer, est aujourd’hui en quête d’un usage contemporain. Lieu d’expositions ou de spectacles, de séminaires ou de restauration, centre d’interprétation du patrimoine médiéval, les usages possibles sont multiples et peuvent se combiner. Accompagnée par l’agence Scarabée, la commune s’est positionnée pour un scénario qui mêle un lieu de restauration, un espace d’exposition permanent et un investissement des abords. A suivre.


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EN BREF

Patrimoine en deuil François Gilbert, propriétaire de la ferme des Bonnettes à Viriville est décédé en avril dernier. Avec son épouse Marie, il avait entrepris le sauvetage et la restauration de cet ensemble en pans de bois du XVIIe siècle (logis et grange à trois nefs), étudié par la Conservation du patrimoine de l’Isère lors de l’inventaire du pays de Chambaran et protégé par la suite au titre des Monuments historiques. L’état actuel de la ferme des Bonnettes est le meilleur hommage qui puisse être rendu à leur action persévérante en faveur de la transmission d’un patrimoine qui ne présentait plus d’intérêt pour leur activité agricole. Le ciment naturel, une vieille idée au goût du jour Le 6 mai dernier à Grenoble, c’est bien la dimension historique autant que technique de ce fameux « Or gris » qui a réuni architectes, praticiens et journalistes autour de l’exemple isérois. L’invitation émanait du ministère de la Culture et de Vicat, qui collaborent en matière de recherche sur les caractères de ces ciments naturels d’avant-guerre et sur les moyens de les restaurer aujourd’hui. Outre les exposés techniques issus des analyses du laboratoire de recherche des Monuments historiques, une présentation des capacités structurelles et décoratives de ce matériau fut illustrée par des visites de terrain. L’Isère a été en effet le champ d’expérience de ces dernières années et l’on sait combien son patrimoine en ciment naturel prompt est riche : carrières et usines, « pierres factices » formant des murs entiers, décors moulés voire même sculptés enrichissant les façades… Et si on en parlait ? Belle expérience que celle menée en décembre dernier à la Maison Rhône-Alpes des Sciences de l’Homme. Le constat de départ est simple : il existe en Isère des sites qui sont à la fois un objet d’étude archéologique, un sujet de recherches historiques et le support de projets d’aménagements importants. Pourquoi ne pas créer l’occasion d’échanger les points de vue de ces trois approches en dehors de toute procédure ? L’université a ainsi ouvert ses portes aux premières rencontres « Aménager avec l’histoire », autour des cas de la maisonforte de Montplaisant (Saint-Hilaire-de-Brens) et du prieuré de Saint-Martin-de-Miséré (Montbonnot). Pour ce coup d’essai, les médiévistes ont fait le point des connaissances et surtout des pistes prometteuses qui s’offrent (interventions consultables sur le site isère-patrimoine.fr). Une nouvelle rencontre est prévue en juin 2011. Une histoire de l’enseignement technique en Isère : Les écoles professionnelles de Voiron et Vizille, l’APPS de Grenoble, l’école polytechnique, tout le monde en a entendu parler. Mais l’école d’art industriel ? Celles destinées à des enfants malentendants, orphelins ou ayant eu maille à partir avec la justice  ? Et cette particularité départementale que constituent les ateliers ambulants d’artisanat rural ? Après un long travail de recherche et de synthèse, dans le cadre d’un programme national de l’Institut National de Recherche Pédagogique, Nicole Joly achève la rédaction des notices détaillées sur chacun de ces établissements, en attendant une éventuelle publication. Bien plus nombreux et intéressants qu’on ne pense, ces cours, écoles et ateliers privés ou publics ont vu passer quantité de femmes et d’hommes qui y ont acquis un vrai savoir-faire, injustement méconnu. A suivre donc… LES MANUSCRITS DE STENDHAL EN LIGNE Né de la collaboration entre la Bibliothèque municipale de Grenoble et l’Université Stendhal - Grenoble 3, le site www.manuscrits-de-stendhal.org propose de découvrir des versions numérisées des manuscrits de Stendhal. Depuis 1995, la Bibliothèque municipale de Grenoble numérise et met en ligne ses trésors. En 2009, s’est achevée la numérisation de l’intégralité du fonds de manuscrits de Stendhal soit près de 40 000 pages. Les chercheurs spécialisés, les amateurs éclairés mais aussi le grand public, disposeront ainsi d’un accès plus facile aux pages précieuses et fragiles du Fonds Stendhal, par la consultation des vues numérisées de chacune d’entre elles, accompagnée de sa transcription et d’une description détaillée.


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MONTRER EXPOSER D’un musée à l’autre…

La colle ct ion F ran ç ois - G uigue t, de Corbelin à M ores t el La Maison Ravier à Morestel, installée dans la propriété familiale du peintre paysagiste lyonnais, présente durant l’été une exposition sur François Guiguet (1860-1937), né et décédé à Corbelin, dont le talent et la formation furent encouragés par François-Auguste Ravier (1814-1895). Pensée pour célébrer les cent cinquante ans de la naissance du peintre, cette manifestation s’est inscrite dans une double actualité. Tout d’abord, la date anniversaire a suggéré cet hommage à l’artiste qui partagea son temps entre Paris, Lyon et Corbelin. En un propos rétrospectif sont réunis plus de cent trente tableaux (huiles, gouaches, dessins), provenant de collections publiques et particulières. Ils témoignent du parcours de Guiguet et proposent une approche inédite de son travail de portraitiste qui marque en profondeur l’ensemble de son œuvre. Elle salue ensuite une collaboration novatrice qui s’est nouée entre Corbelin, Morestel et l’association de la maison Ravier pour préserver et valoriser la mémoire et l’œuvre du peintre François Guiguet. Celle-ci s’est concrétisée le jour même du vernissage par la signature officielle d’une convention tri-partite, saluée par les autorités de l’État et du département

de l’Isère. Par ce document contractuel, le musée municipal François-Guiguet de Corbelin, représenté par son maire, mettait en dépôt pour une durée de vingt ans, au musée municipal - maison Ravier, représenté par le maire de Morestel et le président de l’AMRA, la collection du Musée François-Guiguet (79 huiles sur toile et 3 800 œuvres sur papier) afin que celui-ci en assure la conservation et la mise en valeur. Près de vingt ans après l’ouverture du Musée François-Guiguet (1989), la mairie de Corbelin avait en effet établi le constat de ne plus pouvoir faire face aux charges de cet équipement, créé pour présenter la collection. Celle-ci, constituée des œuvres provenant du fonds d’atelier du peintre, avait été léguée par ses héritiers à la commune qui l’avait inscrite dans son patrimoine public. À la suite de la présentation au Musée de l’Ancien Évêché à Grenoble, en 2005, de l’exposition François Guiguet 1860-1937. Extraits de la collection, l’attention du public et des élus avait été relancée sur l’intérêt de ce fonds et sur les difficultés que connaissait la commune pour en assumer sa mise en valeur. Avec l’aide du Conseil général de l’Isère, l’idée a ainsi germé au sein des équipes municipales de Corbelin et Morestel, communes limitrophes mais séparées par le

découpage administratif (cantons et intercommunalités distincts) de mettre en commun leurs moyens pour la mise en valeur de ce fonds. En ce « pays des couleurs » (du nom de l’intercommunalité composée autour de Morestel), nul n’est en effet insensible à la tradition pictorialiste et au nécessaire travail de mémoire autour des artistes qui ont fréquenté ces lieux. Si la commune de Morestel disposait d’un beau musée, d’une équipe de qualité et d’une expérience riche de plusieurs années d’activités, la commune de Corbelin possédait elle une collection d’intérêt national, digne d’être mise en valeur et communiquée. Il suffisait d’accomplir le plus difficile mais le plus judicieux des choix : réunir les volontés, partager les moyens et les compétences pour imaginer ensemble un nouveau projet culturel et conservatoire autour de la collection Guiguet qui profite à tous. C’est désormais chose faite et chacun assume sa part de responsabilités. Corbelin, qui reste propriétaire du fonds, poursuit le programme de restauration des œuvres  ; Morestel accueille en son musée le fonds, aménage des réserves et charge la directrice du musée des tâches scientifiques ; la maison Ravier, par le biais du travail conduit par l’association AMRA, conforte avec cette collection en ses murs, sa place déjà

bien établie d’espace muséographique de référence, autour de la production artistique de l’école lyonnaise. Cette expérience fait figure de démarche exemplaire qu’il convenait de mettre en exergue à l’heure où nombre d’associations et de collectivités s’interrogent sur les moyens qu’ils pourront, dans les années qui viennent, consacrer à la culture et au patrimoine.

F r a n ç oi s Guiguet J ea n n e au c h at, 1 92 1 c r ayo n n o i r e t sa n gui n e su r papie r g r i s- b e ig e 3 2 x2 4 c m

À voir : François Guiguet (1860-1937) portraitiste. L’intensité des âmes discrètes, exposition à la Maison Ravier à Morestel, du 27 juin au 24 octobre 2010. www.maisonravier.com À lire : Nathalie Servonnat-Favier, François Guiguet 1860-1937. Extraits de la collection du musée de Corbelin, Musée de l’Ancien Evêché, 2005, 32 p.


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DEUX NOUVEAUX MUSÉES ouvrent leurs portes EN 2011

CHANGEMENTS EN PERSPECTIVE

MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE Grenoble ÉGLISE saint-laurent

Le MusÉe de l’Ancien ÉvÊchÉ À Grenoble, fait peau neuve

Fermé en août 2003 pour des raisons de sécurité, le site Saint-Laurent de Grenoble est aujourd’hui en travaux. Après une période de fouilles préventives préalables au commencement des travaux, les entreprises ont investi les lieux en février 2009. Elles travaillent depuis à la rénovation et à la mise en conformité du site, préparant ainsi les lieux à l’accueil du public. Depuis juillet 2010, les travaux sont consacrés à l’installation d’une scénographie d’exception, apte à transmettre l’essentiel des données relatives à l’histoire urbaine, religieuse et humaine de Grenoble. Enfin ! Diront tous les amateurs de patrimoine archéologique et nombre de grenoblois. Ce site exceptionnel témoignant de vingt siècles d’histoire de la ville mérite bien notre patience à tous. Ouverture prévue début 2011 ! www.musee-archeologique-grenoble.fr

MAISON bergÈs MUSÉE DE LA HOUILLE BLANCHE, lancey-villard-bonnot

Le site du Musée de la Houille blanche va bientôt rouvrir avec un nouveau programme, dans l’ancienne maison d’Aristide Bergès, après bientôt dix ans de fermeture pour des raisons de sécurité. Deux ans et demi de travaux ont été consacrés à la restructuration et la rénovation pour la mise en conformité du site. La dernière étape, celle de la scénographie, vient de commencer. Parallèlement, deux chantiers sont en cours, l’un concernant les abords : aménagement du parc et du parking, l’autre le clos-couvert des annexes abritant la conservation. Le site de Lancey constitue un lieu de mémoire exceptionnel pour évoquer la naissance de l’hydroélectricité et rendre hommage aux hommes qui ont participé à cette aventure, à la source même du développement de l’économie locale, régionale et nationale. Ouverture prévue au printemps 2011 ! www.maison-berges.fr ou www.musee-houille-blanche.fr

Inauguré en 1998, le Musée présente ses premières rides : les espaces sont défraîchis, l’appareillage de textes, d’illustrations et de cartels a perdu de sa lisibilité… Mais plus encore le parcours chronologique des collections permanentes, profondément bouleversé au profit des présentations temporaires, a perdu de son sens et de sa cohérence. Il est temps de redonner au Musée, une place à chacune de ses missions : un espace de référence sur l’histoire et le patrimoine de l’Isère (l’exposition permanente)  ; un musée de site autour de l’histoire chrétienne de la ville et des évêques de Grenoble (Baptistère et palais épiscopal)  ; un lieu de découverte qui mêle regards du passé et témoignages contemporains sur l’histoire et le patrimoine de l’Isère (expositions temporaires). Deux années de travail devraient permettre la conduite de ce projet qui se traduira par une nouvelle organisation des espaces et un dispositif de visite et de consultation faisant appel aux technologies les plus récentes. 2, rue Très-Cloîtres - Grenoble 04 76 03 15 25 - www.ancien-eveche-isere.fr

Derniers travaux au musÉe HÉbert, LA TRONCHE

La dernière tranche de travaux de rénovation du musée Hébert a été entreprise depuis quelques mois par le Conseil général de l’Isère. Le projet permettra de rénover les salles d’expositions temporaires appelées autrefois « Maison des Artistes ». Celles-ci accueillaient, dans le cadre de l’activité du musée, des expositions d’art moderne et contemporain, au rythme de cinq à six par an. Elles assuraient, avant la réouverture du musée, en 2003, une part importante de la fréquentation. Achetée en 1962 par le donateur du musée, M. René Patris-d’Uckermann, cette ancienne grange n’était plus aux normes pour recevoir du public et restait mal adaptée à ses nouvelles fonctions. Ce petit bâtiment, situé au sud, face au musée, de l’autre côté du chemin Hébert, est réhabilité, sans modification du volume extérieur ; les percements existants sont pour la plupart conservés, certains adaptés. À l’intérieur, les deux niveaux, environ 154 m2 pour les expositions, sont conservés. Une nouvelle répartition des espaces, une mise à niveau des sols, des cimaises linéaires et un éclairage adapté, sont autant d’éléments de cette réorganisation améliorant les conditions de présentation. Un accueil, un large escalier et un ascenseur, des sanitaires en sous-sol, viendront compléter les lieux favorisant l’accès du public. Les visiteurs retrouveront, dans quelques mois, le plaisir de nouvelles découvertes. Chemin Hébert – La Tronche 04 76 42 97 35 - www.musee-hebert.fr


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À voir dans les musées dépArtementaux

MUSÉE DAUPHINOIS

Vaucanson et l’homme artificiel Des automates aux robots A la suite des colloques universitaires organisés pour le tricentenaire de sa naissance, le Musée dauphinois retrace la vie de Jacques Vaucanson, né à Grenoble en 1709, dont les travaux sur les automatismes préfigurent l’avènement de la robotique. Vaucanson se passionne très tôt pour les mécanismes horlogers et poursuit à Paris en 1728 des études de mécanique, de physique et de médecine. Il rêve, sa vie durant, de réaliser une créature artificielle, une « anatomie mouvante ». Merveilles de réalisme, trois automates lui apportent très vite la célébrité : Le joueur de flûte, Le joueur de tambourin et de galoubet et surtout Le canard digérateur. Lorsque plus tard en 1741, il est nommé inspecteur des manufactures royales de soie, il déploie ses talents de mécanicien en perfectionnant et inventant de nouvelles machines. Il imagine, en avance sur son temps, de nouvelles méthodes de production intégrant une organisation rationnelle du travail. En seconde partie d’exposition, les robots en démonstration témoignent de l’émergence des machines intelligentes dans l’industrie et le secteur médical mais aussi dans nos foyers. Le rêve de Vaucanson s’est donc concrétisé. Aujourd’hui, les études sur l’intelligence artificielle, la bionique, la robotique ou les nanotechnologies, dépassent les plus folles visions du XVIIIe siècle. Cependant, où se situe désormais la frontière entre l’homme – que l’on peut robotiser – et la machine – que l’on peut humaniser  ? Que nous réservent ces robots qui envahissent notre quotidien  ? Allons-nous vers une société de « post-humains » ? 30, rue Maurice Gignoux - Grenoble 04 57 58 89 01 - www.musee-dauphinois.fr

MUSÉE DE LA RESISTANCE ET DE LA DEPORTATION DE L’ISERE

Jusqu’au 25 octobre 2010, le Musée de la Résistance et de la Déportation accueille dans sa version itinérante l’exposition « La dame du jeu de Paume, Rose Valland sur le Front de l’art ». Elle retrace le parcours engagé de cette Iséroise qui a consacré toute son existence à la sauvegarde du patrimoine artistique français et à la restitution des œuvres réquisitionnées par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. En parallèle et pour la première fois, le musée s’expose hors les murs. Présentée jusqu’au 15 décembre 2010 à l’ancien palais du parlement de Grenoble, l’exposition « Spoliés ! L’aryanisation économique en France 1940-1944 » plonge le visiteur au cœur du processus administratif impitoyable qu’est l’« aryanisation » économique, par le biais d’une muséographie pédagogique et innovante, signée du scénographe catalan Ignasi Cristià. De 1940 à 1944, le régime de Vichy et l’occupant allemand mettent en place une politique antisémite qui, avant de devenir meurtrière, commence par l’exclusion. Les juifs sont mis au ban de la société, privés de leurs droits, recensés et marqués. Sous couvert de légalité, l’administration française va les déposséder peu à peu de leurs biens, même des plus modestes, dans l’indifférence quasi totale de la population française. Enfin, au sein des présentations de longue durée, la dernière partie du musée, consacrée à l’actualité des valeurs de la Résistance, a fait l’objet d’une réactualisation. À travers une installation audiovisuelle originale, conçue dans un esprit pédagogique et didactique, elle montre combien les attendus du programme du Conseil national de la Résistance de 1944 restent actuels et entrent en résonnance avec ceux de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948. Requérant la participation du visiteur, elle l’invite à prolonger au-delà du simple cadre du Musée sa propre réflexion personnelle et citoyenne. 14, rue Hebert - Grenoble 04 76 42 38 53 - www.resistance-en-isere.fr

MUSÉE DE SAINT-ANTOINE-L’ABBAYE

FIGURES LIBRES, FIGURES IMPOSÉES DE LA DANSE Durant l’Antiquité, si la danse est étroitement liée à l’acte rituel qui la formalise, l’esthétique occupe une place grandissante octroyant à cette discipline une dimension éminemment artistique. Progressivement, les danses sociales ou théâtralisées obéissent à une codification consignée dans les traités qui fleurissent en Europe occidentale depuis l’Italie dès le XVe siècle. Garante de la cohésion du groupe social, la danse prend peu à peu place lors de réjouissances privées ou publiques. L’exposition se propose d’explorer au travers de peintures, sculptures, objets d’art, estampes et manuscrits l’histoire de la danse en Occident. Jusqu’au 11 novembre Le Noviciat – Saint-Antoine-l’Abbaye 04 76 36 40 68 - www.musee-saint-antoine.fr


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MUSÉE HECTOR-BERLIOZ

BERLIOZ EN RUSSIE Quelles motivations poussèrent Hector Berlioz et bon nombre d’artistes européens, à entreprendre ce long voyage jusqu’au cœur de la Russie du XIXe siècle ? Était-ce l’effervescence artistique et intellectuelle qui y régnait ? Était-ce aussi la dure condition des artistes en France ? L’exposition Berlioz en Russie s’intéresse à cette période difficile mais fertile de la vie d’Hector Berlioz et à l’influence qu’il exerça auprès de jeunes compositeurs russes libérés du régime autoritaire imposé par Nicolas Ier. « Si l’empereur de Russie me veut, je me vends à lui ». En 1846, découragé par l’échec à Paris de la Damnation de Faust, Berlioz part à Saint-Petersbourg dans l’espoir de renouer avec le succès…et de redresser ses finances. Le triomphe qu’il rencontre en Russie l’encouragera à accepter, vingt ans plus tard en 1867, l’invitation de la grande-duchesse Hélène - tante du Tsar Alexandre II – pour diriger une série de concerts à Saint-Petersbourg et à Moscou. Entre honneurs de la cour impériale et admiration de ses pairs, le compositeur est entraîné dans un enivrant tourbillon musical. Pour accompagner Berlioz dans son voyage, le musée présente des collections inédites au fil d’un parcours également musical, rythmé de séquences et d’extraits du spectacle d’Alain Carré et FrançoisRené Duchâble Le voyage d’hiver. Jusqu’au 31 décembre 69, rue de la République - La Côte-Saint-André 04 74 20 24 88 - www.musee-hector-berlioz.fr

DOMAINE DE VIZILLE MUSÉE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Estampes et Révolution, 200 ans après, une commande du bicentenaire La célébration du bicentenaire de 1789 a été à l’origine de grands travaux et de nombreuses commandes publiques. Parmi les initiatives de l’État portées par la Délégation aux Arts plastiques du Ministère de la culture, Estampes et Révolution, 200 ans après est l’une des plus originales bien qu’elle soit peu connue. Soixante artistes français et étrangers appartenant à des tendances très différentes ont été sollicités pour créer une œuvre se référant au contexte du bicentenaire, aux idées de la Révolution et aux Droits de l’Homme. Leur seule contrainte était de rendre possible la diffusion de ces œuvres en de multiples exemplaires selon le principe de l’estampe. Cependant toutes sortes de techniques pouvaient être utilisées. L’ensemble ainsi constitué offre un aperçu très intéressant des rapports entretenus par les artistes invités, avec l’histoire et la politique à la fin des années 1980, veille de nombreux bouleversements mondiaux. Dans le cadre de la série des expositions rétrospectives consacrées à quelques une des commandes et réalisations artistiques du bicentenaire de 1788 et de 1789, le musée présentera la majeure partie de cette commande en mettant l’accent sur les créations les plus abouties. Du 22 octobre 2010 au 28 mars 2011 Place du château - Vizille 04 76 68 07 35 www.musee-revolution-francaise.fr

À voir dans les musées départementaux

Musée de la Viscose

« Modes et tenues d’une époque florissante : les trente glorieuses » Photographies de Janine Niepce L’exposition présente quarante-trois photographies de Janine Niepce prises entre 1950 et 1980. Ces images réalisées pour la plupart dans la rue, forment un fabuleux témoignage sur la façon de se vêtir selon son âge, sa profession ou sa classe sociale. Jusqu’au 31 décembre 27, rue du Tremblay - Échirolles 04 76 33 08 28 - www.musee-viscose.fr


LE GUIDE ACTUALITÉ DES MUSéeS LECTURES

MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE VIENNE


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leGUIDEActualitédesmusées En territoires BIÈVRE-VALLOIRE Musée Hector-Berlioz (voir pages 21 et 34) Mairie du Grand-Lemps

Vacances en famille au Grand-Lemps, Pierre Bonnard photographe Jusqu’au 11 novembre On oublie souvent que le peintre Pierre Bonnard (18671947), dont les œuvres figurent dans les plus grands musées d’art moderne, est d’origine dauphinoise par son père. Durant toute son enfance, il a passé les étés dans la maison familiale du Grand-Lemps. Plus tard, accompagné parfois d’amis parisiens, dont les peintres Vuillard et Roussel, il retrouve dans une joyeuse effervescence, le cercle intime qui s’est élargi. Muni d’un des premiers appareils Kodak, Bonnard a fixé, en instantané, les images de ces rencontres amicales et les jeux de ses neveux chéris. Ces scènes vont inspirer certaines de ses plus belles toiles. Une trentaine de tirages modernes d’après les clichés originaux, exceptionnellement prêtés par le musée d’Orsay, nous permettent de ressusciter l’atmosphère de ces vacances idylliques. Salle d’exposition de la mairie du Grand-Lemps 04 76 55 80 34

GRENOBLE ET ALENTOURS Musée de l’Ancien Évêché (voir page 32)

He Yifu : le voyage d’un peintre chinois dans les Alpes de mi-novembre 2010 au 28 février 2011

Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère / Maison des Droits de l’homme (voir page 33)

Musée dauphinois (voir page 33)

Également, Tibétains, peuple du monde jusqu’au 4 janvier 2011 Ce que nous devons à l’Afrique Du 16 octobre 2010 au 10 janvier 2012

Musée Hébert, La Tronche (voir page 32) Paysages d’ici jusqu’au 18 octobre 2010 Orées, sculptures de Jean-Patrice Rozand jusqu’au 18 octobre 2010

Musée grenoblois des sciences médicales, La Tronche

« 6 milliards d’Autres » Jusqu’au 24 septembre Après 10 ans de survols de la planète pour réaliser « La Terre vue du Ciel », Yann Arthus-Bertrand a lancé en 2003 avec Sibylle d’Orgeval et Baptiste RougetLuchaire le projet « 6 milliards d’Autres ». 5 600 interviews ont été filmées dans 78 pays pendant plus de 4 ans. Du pêcheur brésilien à l’avocate australienne, tous ont répondu aux mêmes questions : « Quelles épreuves avez-vous traversées ? Que représente pour vous l’amour ?… » Du témoignage le plus léger au plus profond, vous côtoierez à votre tour ces hommes et ces femmes.. CHU de Grenoble, rue du musée - La Tronche 04 76 76 51 44 – www.chu-grenoble.fr

Musée de la Viscose, Échirolles (voir page 34) Domaine de Vizille – Musée de la Révolution française, Vizille (voir pages 20 et 34) Musée Géo-Charles, Échirolles

« Mind is a muscle » Jusqu’au 7 novembre L’esprit est un muscle selon Yvonne Rainer, célèbre chorégraphe américaine et peut donc s’exercer à tous les endroits de la critique institutionnelle. Aussi, le Musée Géo-Charles en collaboration avec le Fonds régional d’art contemporain de Lorraine propose d’engager un débat autour de la performance et des formes vivantes dans l’espace d’exposition. 1, rue Géo-Charles, Echirolles, 04 76 22 58 63 - www.ville-echirolles.fr

GRÉSIVAUDAN Musée jadis Allevard

« De fanfares en harmonie, la musique populaire en pays d’Allevard » Jusqu’au 15 octobre 2010 Au travers de photographies, d’archives, de bannières et d’instruments, le public découvre les nombreuses formations musicales qui se sont créées à partir du milieu du XIXe siècle sur le territoire, comme celle des mineurs de Saint-Pierre-d’Allevard dont les origines remontent à 1841 et qui était soutenue par le maître des Forges d’Allevard, Eugène Charrière, ou encore celle des sapeurs-pompiers d’Allevard créée en 1867 et qui est aujourd’hui devenue l’Harmonie d’Allevard. Parc des Forges, Allevard, 04 76 45 16 40 - museejadis@allevard.fr

HAUT-RhÔNE DAUPHINOIS Maison du pays des couleurs, Morestel

« 1,2,3…Jeux jouets ! » Du 28 septembre au 17 décembre 2010 A l’heure où la télévision et les jeux vidéos prennent de plus en plus de place dans la vie de nos enfants, une invitation à découvrir ou redécouvrir le charme des jeux et jouets d’autrefois. Entrez dans un monde de divertissement et d’évasion… 84, place du 8 mai 1945, Morestel 04 74 80 39 30 – www.cc-le-pays-des-couleurs.fr

Maison Ravier, Morestel (voir page 31) Église abbatiale de Saint-Chef 

« Exode » Jusqu’au 30 septembre Isabelle Valfort, artiste plasticienne, livre onze œuvres de fer et béton, entre 1 et 2 mètres de hauteur chacune, sur le thème de l’exode arménien. Une marche ultime qui nous rappelle les exodes des peuples d’hier et d’aujourd’hui et, comme en écho, notre propre cheminement. Des œuvres poignantes pour ce thème vaste que représente l’exode. 2 rue Seigneur de By, Saint-Chef 04 74 92 59 92 - www.saint-chef.fr

Musée de Hieres-sur-Amby

Depuis mai 2010, la nouvelle exposition du musée prend place dans des bâtiments entièrement rénovés et agrandis pour permettre un accueil confortable du public. Original et inédit, le parcours retrace l’histoire de l’occupation humaine de la région de la Préhistoire au début du Moyen Age à l’aide d’illustrations et d’outils d’interprétations modernes. Le musée s’est enrichi de nombreuses nouvelles collections, dont la tombe à char de Verna considérée comme l’un des plus importants témoignages de la fin de la période gauloise. Son mobilier remarquable (char, vaisselles, parures, armes...) est présenté. Une plongée dans l’histoire de l’Isle Crémieu ! Montée de la Cure, Hières-sur-Amby 04 74 95 19 10 - www.musee-larina-hieres.com

ISÈRE RHODANIENNE Cloître Saint-André-le-Bas, Vienne

16 colonnes à la une. Le temple et après ?… Du 16 septembre 2010 au 9 janvier 2011 Le temple d’Auguste et de Livie est un des symboles de Vienne  : exemple frappant d’architecture romaine, il est parvenu dans un état de préservation exceptionnel grâce à ses réutilisations successives. Sa restauration actuelle est l’occasion de revenir sur son histoire pluriséculaire. 04 74 85 50 42 - www.musees-vienne.fr


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MATHEYSINE

PORTE DES ALPES

VERCORS

Musée Matheysin, La Mure

Musée de bourgoin-Jallieu (voir page 5)

Maison du patrimoine, Villard-de-Lans

« Messiaen en Matheysine » Olivier Messiaen est de retour au musée ! Une salle spécialement dédiée propose un nouvel accrochage de l’exposition de 2008 autour d’une double station multimédia pour une approche inédite des chants d’oiseaux et de l’univers matheysin de l’artiste. Découvrez ainsi, en autonomie, avec l’aide d’appareils audio-vidéo les sites fréquentés par Olivier Messiaen entre Saint-Théoffrey et La Mure. http://messiaenmatheysine.free.fr          « Vues sur l’Obiou » Jusqu’au 31 octobre Tableaux, gravures, affiches, photographies et documents divers conservés dans les réserves possèdent pour beaucoup un point commun  : la représentation du mont Obiou. Sujet principal ou simple élément de décor, ce sommet est inévitable lorsqu’il s’agit d’illustrer le sud Isère et la Matheysine en particulier. Mont du Trièves chéri par les Matheysins, redouté ou adulé, l’Obiou marque la frontière entre les Alpes du Nord et les Alpes du Sud. Rue colonel Escallon, La Mure - 04 76 30 98 15

SUD-GRÉSIVAUDAN Musée de Saint-Antoine-l’Abbaye (voir page 33) Quand le parfum portait remède jusqu’au 11 novembre 2010

Couvent des Carmes

Cerisiers en fleurs, Jean-Pierre Debisschop Jusqu’au 30 septembre La chapelle des Carmes accueille les encres au pinceau et les lithographies de cet artiste installé dans le Vercors. Beauvoir-en-Royans, 04 76 38 01 01 - www.couventdescarmes.com

TRIÈVES Musée du Trièves

OISANS Musée EDF-Hydrelec

Ô soleil ! Le soleil et ses énergies Jusqu’au 3 novembre Depuis 4 milliards d’années, le soleil nous a tout donné : la lumière, la chaleur… la vie ! D’où vient cette fantastique réserve d’énergie ? Est-elle inépuisable ? Quelles techniques faut-il pour l’utiliser  ? Quels résultats espérer  ? Des expériences originales, des films époustouflants, des manipulations, des maquettes, tout est présent pour comprendre l’énergie solaire dans cette exposition interactive pour petits et grands. Le Verney, Vaujany, 04 76 80 78 00 - www.musee-hydrelec.fr

Maison des alpages, Besse-en-Oisans

« Entre Saint-Christophe et Besse, il était autrefois » Scène de veillée traditionnelle en Oisans, que faisaient les habitants de Besse lors des longues soirées d’hiver ? « Protestants de France et de l’Oisans » « L’Édit de Nantes, de l’intolérance à la paix civile et religieuse » Présentation historique réalisée en collaboration avec les Archives nationales, l’association Coutumes et traditions de l’Oisans, sous la conduite du Professeur Pierre Bolle. « Tradition chasseur de chamois » En collaboration avec la Fédération départementale des chasseurs de l’Isère. Présentation des modes de chasse en montagne, les différentes espèces de gibiers, le matériel du chasseur, les réglementations… Jusqu’à décembre 2010 Besse-en-Oisans 04 76 80 19 09 - www.maisondesalpages-besse.com

Après une période de travaux en 2009 et 2010 - traitement des collections et de la charpente - l’exposition permanente est ouverte avec une nouvelle présentation. L’histoire de la vie locale au début du XXe siècle est déclinée sur deux niveaux à travers objets, textes et photos. De nouveaux thèmes sont abordés tels que la préhistoire, la forêt, le climatisme. Place de la libération, Villard-de-Lans 04 76 95 17 31

Voies de communication et paysage en Trièves Jusqu’au 30 novembre 2011 A l’aide de cartes, documents d’archives, riche iconographie, maquettes, films vidéo et témoignages, cette exposition évoque les tracés des voies repris ou modifiés au cours des âges, les difficultés rencontrées du fait de l’instabilité des terrains et des crues des torrents, les acteurs de cette longue histoire. Enfin elle invite à une réflexion sur notre perception du paysage et sur nos modes d’habiter dans ce Trièves dont la personnalité paradoxale se caractérise tout au long de l’histoire par l’ouverture et l’isolement. Mens - 04 76 34 88 28

VALS DU DAUPHINÉ Musée gallo-romain d’Aoste

Histoires de carreaux Jusqu’au 20 septembre 2010 Le sous-sol d’Aoste, surtout réputé pour avoir livré de nombreux vestiges antiques a produit dernièrement, à la surprise générale, des carreaux de poêle en terre cuite vernissée richement décorés du XVe siècle. Le Musée d’Aoste met en scène ces véritables petits tableaux issus des dernières fouilles, aux côtés d’autres provenant du Musée lorrain de Nancy et du Musée historique de Strasbourg. 43, place du musée - 04 76 32 58 27

Voironnais-chartreuse Musée Mainssieux

« Et moi aussi je mourrai », peintures d’Olivier Charpentier Exposition du 12 octobre au 19 décembre 2010 Illustrateur invité dans le cadre de Livres à vous, Olivier Charpentier poursuit également un travail artistique exigeant. La série présentée s’inscrit dans la tradition de la peinture religieuse et traite de la figure de l’homme, du passage du temps et du mouvement des corps, dans des œuvres alliant dépouillement et densité. Place Léon Chaloin, Voiron 04 76 65 67 17


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leGUIDELECTURES

Le château de Bressieux (Isère) Yvonne Harlé-Sambet et Raymond Moyroud Cet ouvrage vient couronner les efforts de l’association « Les amis de Bressieux », pour la sauvegarde et la promotion du château. Parallèlement aux campagnes de restauration conduites par le service des monuments historiques et à la création d’un musée par la commune de Bressieux et le Conseil général de l’Isère, les fouilles archéologiques dirigées par Yvonne Harlé-Sambet de 1983 à 1992 à la tête d’une équipe bénévole, ont permis de retracer les grandes étapes de la construction et de l’évolution du château, du XIIe au XVIIIe siècle, et d’approcher le mode de vie de ses illustres occupants. Septembre 2009, Dara-Alpara, 226 pages, 30¤

Gants Perrin , Valisère, histoire d’élégance et d’industrie Sous la direction de Jean-Louis Perrin Qui se souvient que la ganterie fut, jusqu’à la première guerre mondiale, la plus importante activité industrielle de la région grenobloise ? Parmi les nombreuses maisons, l’entreprise Gant Perrin s’est particulièrement illustrée par son dynamisme et sa créativité. Ce livre raconte cette histoire, depuis 1860. Celle d’une entreprise et des multiples personnes à l’origine de son succès. Celle d’un métier et d’un marché qui s’est quasiment éteint au fil des années. Celle d’une famille qui a su transformer une petite ganterie artisanale en un groupe diversifié d’envergure internationale. Juin 2010, Éditions Dire l’entreprise, 128 pages, 29¤

« De fanfares en harmonie, la musique populaire en pays d’Allevard » Sous la direction de Fabienne Pluchart À partir du milieu du XIXe siècle de nombreuses formations musicales se créent en lien direct avec les activités importantes du pays d’Allevard : la fanfare des mineurs de Saint-Pierre-d’Allevard, soutenue par le maître des forges d’Allevard, Eugène Charrière, la fanfare des sapeurspompiers qui est devenue aujourd’hui l’harmonie d’Allevard... Photographies et archives retracent cette épopée. Mai 2010, Éditions Musée Jadis allevard, 36 pages, 6¤

L’hôpital, évolutions et mutations, Grenoble, La Tronche, Échirolles, 1850-2009 Collectif sous la direction de Sylvie Bretagnon Équipement majeur de la ville, l’hôpital, dans son organisation et son architecture, n’a cessé d’évoluer. A l’origine lieu de charité et d’isolement, c’est aujourd’hui un centre de diagnostic, de soins, d’enseignement et de recherches. En moins de cent ans, l’hôpital a su s’adapter aux évolutions techniques et scientifiques de la médecine et aux besoins d’une population en constante augmentation. Ses transformations architecturales aujourd’hui en témoignent. Cet ouvrage propose une lecture de l’évolution des sites hospitaliers de l’agglomération et met en perspective leur histoire. Octobre 2009, Édition Musée des sciences médicales – CHU Grenoble, 96 pages, 16¤

Derrière l’usine, les cantonnements de Salaise-sur-Sanne / Isère François Duchêne et Jérôme Godard Durant la première guerre mondiale, les principaux centres industriels bénéficient de l’apport massif de travailleurs immigrés. Pour loger ces « soldats de l’autre front », les usines mettent à leur disposition des baraquements en bois rudimentaires, regroupés dans des cantonnements sur le modèle de ceux qui abritent les troupes militaires. La Société chimique des Usines du Rhône, installée en 1915 à Roussillon, dans le nord-ouest du département de l’Isère, devenue Rhône-Poulenc en 1928, fait partie de cette histoire. Situés « derrière l’usine », loin des cités ouvrières réservées aux Français de souche, dans un environnement ingrat et dangereux, ces espaces d’habitations matérialisent plus que jamais la mise à l’écart d’une importante communauté ouvrière immigrée. Pourtant, au-delà de l’isolement, des nuisances et de la promiscuité, du sentiment de relégation, ces hommes et femmes vont s’approprier ces lieux et construire une intimité, aménager un espace vivant, où règnent le plus souvent une réelle fraternité et une grande convivialité. Décembre 2009, Conseil général de l’Isère, 96 pages, 23¤ Filer la métaphore, du bouton aux journées du matrimoine sous la direction de Michel Jeannès « Boutons ! » dit un poète, et presqu’aussitôt tout le monde se déboutonne. Depuis 1998 Michel Jeannès développe avec le collectif La Mercerie - en particulier dans le quartier de la Duchère à Lyon et au fil des invitations en d’autres sites - une pratique artistique in tissu sous-tendue par la participation sociale. Au cœur du dispositif, la boîte à boutons est envisagée comme boîte à souvenirs et vecteur opératoire d’un « art-qu’on-tend-pour-lien ». Au carrefour d’une interdisciplinarité féconde - de la psychanalyse à une sociologie buissonnière, de la médiation culturelle aux sciences de la communication et à la sémiologie des expositions - l’ouvrage convoque les regards et les voix de chercheurs et praticiens, acteurs et passeurs. Avril 2010, Fage éditions, 120 pages, 20¤

Musée d’art sacré contemporain - Guide pratique Collectif sous la direction de Christine Julien Ce petit catalogue, en simplifiant la visite, vous permettra de vous laisser pénétrer par la couleur. Chacune des œuvres est reproduite en totalité, et sa reproduction est accompagnée d’un schéma de localisation dans l’église, d’une chronologie, ainsi que d’une courte notice (après le numéro, le titre, la référence au texte de la Bible qui l’a inspirée, les dates d’exécution, les dimensions). Édition trilingue français / anglais / allemand. Mars 2010, Conseil général de l’Isère, 88 pages, 9¤ Neyrpic, histoire de l’hydraulique mondiale Anne Dalmasso et Eric Robert Entreprise emblématique de la Houille blanche, fleuron de l’industrie grenobloise des « trente glorieuses », Neyrpic possède une histoire passionnante qui a débuté dans les années 1860, et qui se poursuit aujourd’hui dans le cadre du groupe Alstom. Misant très tôt sur l’innovation et sur l’acquisition d’une forte expertise technique, cette société spécialisée dans la conception et la construction de grands équipements hydrauliques a réussi à devenir l’un des leaders mondiaux de son secteur d’activité. Ce livre raconte comment s’est déroulée cette aventure entrepreneuriale dans laquelle se sont constamment entremêlés hommes, techniques, marchés, métiers, progrès social, conflits, crises et développement économique local et international. Au-delà du cas de Neyrpic, ce livre invite aussi à s’interroger sur l’évolution des entreprises françaises de taille moyenne face aux grandes problématiques du XXe siècle. Septembre 2009, Dire l’entreprise, 224 pages, 39¤


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Olivier Messiaen en Dauphiné Claude Samuel, Nigel Simeone, Roger Muraro, Jean-Claude Roché et Bernard Fort Olivier Messiaen fut, comme compositeur, pédagogue ou théoricien, un musicien majeur du XXe siècle, acteur ardent de l’évolution profonde de l’art musical. Le monde entier, en près de mille cinq cents concerts, lui marqua sa reconnaissance en 2008, pour le centenaire de sa naissance. Or, Messiaen, tel qu’il fut dans ses aspirations fondamentales et ses pensées intimes, c’est l’homme des montagnes et des paysages alpin, des chants d’oiseau et d’un rapport étroit avec la nature. L’homme qui passa les plus belles années de sa vie (et les plus créatives !) dans sa maison-refuge de Petichet, en Matheysine, au coeur des Alpes dauphinoises. L’Isère et le Dauphiné rendent hommage, par ces récits et ses témoignages, au plus célèbre des compositeurs du XXe siècle. Novembre 2009, Conseil général de l’Isère, 96 pages, 15¤ Parcours permanent, Musée de Bourgoin-Jallieu Brigitte Riboreau et Agnès Félard Musée de société ni passéiste, ni nostalgique, en prise avec son temps et son territoire, musée de l’ennoblissement textile et de peinture à travers l’œuvre de Victor Charreton, son co-fondateur, le Musée de Bourgoin-Jallieu imprime son empreinte entre histoire, technique et arts. A travers la visite du musée et la lecture de cet ouvrage, le visiteur est invité dans un parcours historique, technique et humain d’hier à demain. Février 2010, Musée de Bourgoin-Jallieu, 52 pages, 20¤ Quand les Hache meublaient Longpra Collectif Au milieu du XVIIIe siècle, à Grenoble, la célèbre dynastie d’ébénistes Hache meuble avec talent les châteaux et appartements de la noblesse dauphinoise. Aussi, quand Pierre-Antoine Pascalis de Longpra, parlementaire éclairé et amateur d’art, décide de transformer la maison forte dont il a hérité en demeure élégante dans l’esprit du temps, s’adresse-t-il tout naturellement à l’atelier des Hache, dont les réalisations raffinées rivalisent avec ce qui se fait alors à Paris. Les ébénistes se passionnent aussitôt pour ce projet, assurés qu’il constituera une vitrine de leur exceptionnel savoir-faire. Aujourd’hui encore, les fruits de cette collaboration confèrent au lieu un cachet incomparable. Juin 2010, Éditions Glénat, 96 pages, 19,95¤ Sainte-Marie d’en-Haut à Grenoble, quatre siècles d’histoire sous la direction de Chantal Spillemaecker Dominant la ville sur les contreforts de Chartreuse, se dresse toujours une imposante bâtisse à l’apparente sérénité séculière : Sainte-Marie d’en-Haut, ancien monastère de la Visitation. À l’occasion du quatrième centenaire de la fondation de l’ordre de la Visitation par François de Sales et Jeanne de Chantal en 1610, le Musée dauphinois revient sur les origines et l’histoire de ce lieu empreint de spiritualité qui l’abrite depuis 1968. Mars 2010, Conseil général de l’Isère, 120 pages, 15¤

La Savoie de l’annexion, le rattachement à la France Jean Luquet Entre 1858 et 1860, la cession de la Savoie à la France s’accomplit dans l’enchaînement rapide des événements : un accord diplomatique entre Napoléon III et Cavour, une guerre meurtrière contre l’Autriche, une révolution en Italie, un plébiscite bien organisé et un voyage impérial triomphal. L’annexion est l’acte juridique qui consacre ce processus. Mais pour la Savoie et ses habitants, il s’inscrit dans les traditions séculaires des communautés de montagne. Les échanges empruntent depuis toujours les chemins qui conduisent vers les villes et la grande route de France, de Turin vers Lyon, Genève et Paris. Quand la maison de Savoie choisit l’unité italienne aux dépens de la terre de ses ancêtres et entre en conflit avec le pape, la Savoie n’est plus qu’une pauvre province mécontente, au-delà des monts.  Février 2010, Les Patrimoines, Le Dauphiné Libéré, 10,90¤ Le train s’est arrêté à Grenoble... la guerre d’Espagne et l’Isère, refuge et résistance Montserrat Aymami, Géraldine Andréo, Claude Collin et Gil Emprin Votée par le Congrès espagnol en 2007, la Loi sur la mémoire historique n’a pas fini de questionner les descendants de ceux qui choisirent l’exil plutôt que de vivre sous la dictature franquiste. Cependant, quelle mémoire a-t-on encore en Isère du soulèvement nationaliste du général Franco ? Se rappelle-t-on de la résistance qui s’y est exprimée, avant La Résistance, lors du départ des Brigadistes ? Et des exilés républicains espagnols qui arrivent en Isère, en 1937 et 1939, que sait-on des conditions désastreuses dans lesquelles ils furent « accueillis »? Ce qu’ils sont devenus ? Et ce qu’en pense aujourd’hui leur descendance? Telles sont les questions auxquelles cette publication tente de répondre, au carrefour des données de l’histoire et de la mémoire, avec comme repère majeur, le respect des valeurs démocratiques Novembre 2010, Conseil général de l’Isère, 96 pages, 12¤


PATRIMOINE EN ISÈRE LE JOURNAL N°23. 40 pages Septembre 2010 Conseil général de l’Isère 7, rue Fantin Latour 38031 Grenoble cedex 1 04 76 00 31 21 www.isere-patrimoine.fr Directeur de la publication : Jean Guibal Rédactrices en chef : Hélène Piguet et Béatrice Ailloud Contributeurs : Stéphane Bleu , Alice Buffet, Anne Cayol-Gerin, Dominique Chancel, Alain Chevalier, Magdeleine Clermont-Joly, Annick Clavier, Nicolas Diederichs, Jean-Claude Duclos, Sophie Dupisson, Marion Esposito, Djamila Fellague, Ghyslaine Girard, Laurence Huault-Nesme, Agnès Jonquères, Aude Jonquières, Isabelle Lazier, Bénédicte Magne, Laurent Pernot, Baptiste Quost, Denis Rival, Chantal Spillemaecker, Elise Turon, Hélène Vincent, Sylvie Vincent. Conception graphique : ericleprince.com Tirage : 10 000 ex. Dépôt légal 3e trimestre 2010 ISSN : 1269-3227 Crédits photos : ARC-Nucléart, Christophe Berthier, Stéphane Bleu, Alice Buffet, Conseil général de l’Isère, Franck Crispin, Commune de La Rivière, Baptiste Quost, Sébastien Secchi, Service patrimoine culturel, C. Terpent, Denis Vinçon En couverture : Tête de vieillard, époque romaine, collection musées de Vienne - photographie Sébastien Secchi.

N°23 Sur le web : www.isere-culture.fr www.isere-patrimoine.fr www.ancien-eveche-isere.fr www.musee-dauphinois.fr www.musee-hebert.fr www.musee-hector-berlioz.fr www.musee-revolution-francaise.fr www.musee-saint-antoine.fr www.musee-viscose.fr www.resistance-en-isere.fr www.saint-hugues-arcabas.fr www.maison-berges.fr www.musee-archeologique-grenoble.fr www.museechampollion-isere.fr

PATRIMOINE EN ISÈRE

Journal Patrimoine en Isère n°23  

Revue annuelle éditée par le Conseil général de l'Isère - Direction de la culture et du patrimoine

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