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Irreverent X

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Chers explorateurs, Vous tenez entre les mains notre dixième numéro, dix comme 9+1, 13-3 ou 5x2, dix comme les commandements, comme Otto ou les petits nègres. Cette fois-ci, le mot BANDE est venu se poser sur notre couverture. Depuis le temps qu’on travaille en groupe, il fallait s’y attendre. Nos membres ont pour nom Ekkehart Rautenstrauch, l’homme qui creusait la terre française l’année de notre naissance, Marie Nimier et son exploration de l’entre-jambes des hommes ou quelques voyous venus du Bronx, de Nanterre et de Bastille. On vous y a réservé une gâche, prenez place et secouez-vous, les pages ne se tourneront pas toutes seules. Directeur de la publication : Denis Esnault - Rédacteur en chef : Arnaud Sagnard - Relecture : Claire Baudiffier - Direction artistique : Denis Esnault - Textes : Michel Berjon, Olivier Forest, Pierre- Olivier François, Christophe Hubert, Antonin Imfeld, Margot Lauxer, Michel Le Page & Krikor Kouchian, Medhi Masud, Marie Nimier, Blanche Rautenstrauch, Gilles Sebhan, Jérôme-David Suzat-Plessy - Photographies : Marc Bruckert, Graham Carter, Ex Machina, Olivier Guitard, Jêrome Brézillon, Meyer, Phillippe Lopparelli, Flore-Aël Surun / Tendance Floue, Marc Upson - Dessins : Caroline Andrieu, Martine Besombes, Louise Dumas, Christina Gransow, Tom de Pékin, Yoann - Illustrations : Musta Fior, Julien Grataloup, Fabrice Praeger, Monica Santos - Peintures : Corinne Jullien, Régis Gonzalez, James King - Arts : Evor, Clément Laigle, Briac Leprêtre, Théo Mercier, Ricardo Mosner, Ekkehart Rautenstrauch - Linogravures : Roland Topor Couverture : Bruce Nauman, Five Marching Men, 1985. Bleistift und Aquarell auf Velinpapier. 200 x 326 cm - Friedrich Christian Flick Collection Irreverent remercie Karine Lucas et Delphine Paul ses conseillères, Patrick Peternader / Friedrich Christian Flick Collection, la galerie MélanieRio, Nicolas Topor, Michel Le Page, le lieu unique, Picturetank, les lieux de diffusion qui soutiennent cette aventure, chacun des participants. Irreverent bénéficie du concours de la Région des Pays de la Loire et est distribué par le Collectif des Editeurs Indépendants. Vous pouvez vous abonner en allant sur notre site : www.irreverent.fr - mail : revueirreverent@yahoo.fr Copyright Irreverent® et les auteurs, tous droits de reproduction réservés. INPI : 06/3416203 - N° ISNN : 1779-3165 - ISBN : 978-2-9535800-37 Imprimé en France sur papier certifié PEFC 100% 10-31-1240 par l’imprimerie Rochelaise - Edition originale : 1000 exemplaires.

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MEYER Tendance Floue Mouvements anti-globalisation. QuĂŠbec 2001.

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Extrait de Je suis un homme de Marie Nimier La partouze comme facteur de sociabilisation (en milieu urbain) par Antonin Imfeld «J'ai pas senti une grande émotion» par Medhi Masud

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Où vais-je ? par Louise Dumas Momie par par Gilles Sebhan - dessin : Martine Besombes

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Avant peinture par Briac Leprêtre Bandes sons en stéréo par Ekkehart Rautenstrauch

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Uncool and the gang par Olivier Forest 15 ans, la meute par Margot Lauxer

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Tape delay par Michel Le Page et Krikor Kouchian La bande à grand-mère par Pierre-Olivier François illustration : Julien Grataloup Pneumatic song par Jérôme-David Suzat-Plessy

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Contributeurs


H BANDE au sens de bander, au sens

d'être excité, lorsque le pénis devient ferme et élargi. Durant la nuit, les érections sont connues sous le terme de tumescence pénienne nocturne.

H

Philippe Lopparelli Tendance Floue Tagore's tree. Calcutta, Inde 2008.

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Technique mixte.

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Photographie : Erwan Fichou

thĂŠo mercier It's a man world, 2012


Je suis un homme (extrait)

Par Marie nimier

uand je voyais ma queue s'approcher

de son corps, je me disais parfois qu'il y avait erreur de distribution. Il fallait que je me force pour entrer, même quand c'était bien mouillé. Les plaintes qui sortaient de la bouche de Zoé exprimaient peut-être la douleur, et non le plaisir. Je me suis toujours posé la question, à propos des chats. Pourquoi ces miaulements qui déchirent la nuit, ces pleurs interminables, ces hurlements… Quelques pages plus loin, Zoé racontait mes pannes sexuelles, comme elle les appelait poliment, et victoire ! mes regains de dernière minute. Victoire pour Alex, précisait-elle. Elle aurait bien aimé, même, que je ne bande pas si facilement (première nouvelle), ça lui aurait donné un peu plus de temps pour se préparer. Éjaculation précoce, verge molle, lâche, très lâche : voilà la faiblesse adorable du sexe fort, écrivait-elle encore, son talon d'Achille. Pauvre chéri, tout encombré par cet organe qui le dépasse et dont il est si fier, justement, quand il dépasse.

Qu'il lui fausse compagnie et c'est le sol qui se dérobe. Pourtant une petite biroute, comme ça, toute douce, dans le creux de la main, c'est mignon. C'est attachant. Pour Alex, qui aime tout comprendre, tout contrôler, ça doit être dur, enfin raide, non, dur d'être à la merci de sa queue (suivaient trois points d'exclamation tracés d'une main vive). Zoé continuait à se foutre de moi pendant quelques lignes avant de reprendre sa réflexion sur les hommes en général, et les femmes en particulier. Elle avait un paquet de conneries en réserve. À ma grande surprise, elle ne raisonnait pas en termes d'égalité entre les sexes, mais d'équilibre. Non seulement elle semblait accepter cette différence qui l'avait tant fait rire l'autre soir avec Delphine, mais elle la prônait. L'homme est ailleurs, écrivait-elle mystérieusement. Et c'est pour cette raison qu'elle pensait toujours que j'aurais - on y revient - tout intérêt à passer une nuit avec Delphine. Grosse comme je l'avais, commençait-elle, mais elle ne finissait pas sa phrase. Ou plutôt si, elle la finissait, il y avait un point après le a. Les mots tenaient tout seuls, bien fermes, comme une belle saucisse de Morteau au centre de la page. Grosse comme il l'a. Les mensurations qui courent sur la Toile s'affolent et se contredisent. Grosse, le mot sonnait étrangement sous la plume de Baby Zoé. Je n'aurais jamais pensé qu'elle pourrait s'exprimer de façon aussi crue. Grosse, admettons, bien ferme, et assez longue, me semble-t-il, même si je n'en ai jamais eu confirmation. Parfois, je tapais « photos pénis érection » dans la case du navigateur, et je comparais. Les images étaient-elles retouchées ? Certaines queues étaient beaucoup plus élancées que la 11


Éjaculation précoce, verge molle, lâche, très lâche : voilà la faiblesse adorable du sexe fort, écrivait-elle encore, son talon d'Achille. Pauvre chéri, tout encombré par cet organe qui le dépasse et dont il est si fier, justement, quand il dépasse. Qu'il lui fausse compagnie et c'est le sol qui se dérobe. mienne. Mais quand je dis beaucoup… de vraies tiges. Et les bourses, tout un monde ! Couleur, forme, texture, encombrement… Les petites perchées, les asymétriques, les ridées qui pendent comme des mamelles, oui, tiens, voilà, pour les hommes aussi je parle de mamelles, il faudra que je dise à Delphine. La plupart des pubis masculins que l'on trouve sur le Net sont imberbes (voir conversation précédente), les filles vont-elles les regarder parfois ? Je me demande si ces images les excitent. Il faut l'avouer, les sexes paraissent plus vigoureux sans les poils. Bien plantés, bien tendus, difficile de rester indifférent. Je me demande si Zoé aimerait ça, ma grosse bite toute droite sur une peau de bébé. Elle en a peut-être marre de bouffer du crin. Mais alors, quelle méthode utiliser ? 12

Rasoir ? Crème ? D'après ce que j'ai pu trouver sur les forums à ce sujet, l'épilation à la cire froide reste la meilleure solution. J'ai essayé l'autre jour avec un bouchon d'oreille bien malaxé, fiasco total. La cire antibruit n'est pas conçue pour coller, évidemment, juste pour étouffer. Faire tampon. Il faudrait que j'aille voir au rayon beauté du supermarché ce qu'ils vendent pour les hommes. En attendant, j'ai rétréci la touffe aux ciseaux, Zoé en parlera-t-elle dans son journal ? Marie Nimier - Je suis un homme Gallimard - Février 2013


Trouvez le point commun entre ces deux villes d'Europe RÊponse page suivante

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Fabrice Praeger


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Ex Machina


La partouze comme

facteur de sociabilisation (en milieu urbain) Oh mon dieu, qu'il est difficile de répondre à une invitation pour rejoindre une partie carrée. On ne sait quel masque porter. Par Antonin Imfeld

Le choix est vaste et laisse libre à chacun de composer en fonction de son inspiration personnelle. Malheureusement, fumer un joint en consultant sa messagerie Facebook ne suffit parfois pas à tempérer la douleur de notre existence ; et il est relativement fréquent de se retrouver, aussitôt la lumière éteinte, sous une couette perméable à l'anéantissement, écrasé par des siècles de tristesse, et avec cette boule, cette foutue boule logée dans le creux de la gorge, que seules cinq gouttes de lysanxia mélangées à un demi verre d'eau du robinet parviennent à maîtriser, alors que la pendule de la cuisine affiche 3h15.

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a vie est brutale, inquiétante et injuste ; c'est le

Voici donc la destinée, implacable, que propose la société à ses contemporains.

triste constat qui grandit en chacun de nous une fois l'enfance achevée et à mesure que les années passent. Ajoutez à cela une compétitivité de tous les instants - dans des domaines aussi variés et essentiels sur le plan du développement personnel que la quête amoureuse ou l'efficacité productive au travail - et vous obtenez les fondements de nos insomnies répétées. Jusqu'ici, rien de bien nouveau. Pour tarir cette source d'angoisse permanente - ou tout au moins la rendre supportable -, notre époque s'applique à concevoir des cataplasmes à l'efficacité aléatoire, mais toujours d'une remarquable accessibilité : réseaux sociaux, sites internet de vidéos pornographiques diverses, psychanalyse, foire aux vins, drogues douces, cartes d'abonnement illimité UGC/ MK2, cocktails généreux d'anxiolytiques, promotions sur les DVD vantant les bienfaits de la pratique du yoga à domicile, etc.

Cependant, certains êtres humains, dans quelque chose qui pourrait s'apparenter à un dernier sursaut utopique, refuse courageusement la fatalité et décident de combattre groupés. Leur démarche ne demande pas beaucoup d'efforts. En définitive, il n'en demande même qu'un : faire acte de présence. Ces personnes, en se rassemblant, feignent un semblant de sociabilisation dont résulte, l'espace de quelques heures, l'oubli de la solitude que produisent d'ordinaire nos existences. L'idée a son charme et il est tentant, occasionnellement, pour un esprit romantique, de se laisser séduire : after work, happy hour, pendaison de crémaillère, anniversaire, naissance, baptême, after show d'un groupe de rock, ouverture d'un nouveau concept store, manifestation de la CGT ou encore nuit des étoiles filantes, les occasions sont multiples. Ce soir-là, c'est à une partouze que j'ai été convié.


Le rendez-vous est fixé dans le 15ème arrondissement, près de Convention, devant une pizzeria au pied d'un immeuble cossu. Au téléphone, le discours de Nathan ne m'encourageait pourtant que mollement. Il s'est évertué à développer tout un tas de théories farfelues, s'est expliqué sur l'importance de vivre un moment comme celui-ci une fois dans sa vie, a sauté d'explications fumeuses en descriptions hasardeuses ; son éventail argumentaire s'étendant jusqu'à l'étude sociologique. C'est essentiellement par curiosité, et aussi un peu pour fuir son insistance, que j'ai fini par accepter. Je le retrouve donc sur place, à 22h30 ou presque, faisant les cent pas sur le trottoir, une cigarette aux lèvres. Un bref regard semblant me reprocher mon retard, une poignée de mains énergique, et le voici tapant une suite de cinq chiffres sur le digicode d'une grande porte sombre aux allures de forteresse. Nathan ne cherche absolument pas à masquer son excitation ; il parle vite, me remercie une dizaine de fois d'avoir accepté de venir, grimpe les marches deux par deux et m'encourage à ne pas me laisser distancer. Au troisième étage, devant ce

qui semble être le dernier rempart avant d'intégrer la thérapie de groupe, il inspire profondément pour reprendre sa respiration, me sourit et appuie sur la sonnette. La porte s'entrebâille lentement, avant de s'ouvrir entièrement. Une femme d'un certain âge - que j'estimerais autour d'une cinquantaine d'années -, en dessous violines, nous fait face. Elle n'est ni moche, ni jolie ; elle est simplement vieille. Le sourire qui se dessine sur son visage en nous examinant semble indiquer que nous sommes les bienvenus. Sans un mot, elle nous tend deux masques noirs que nous enfilons, et nous invite d'un grotesque mouvement du bras à pénétrer les lieux. L'appartement paraît immense : une succession de pièces à n'en plus finir. La décoration est bourgeoise ; rien de bien surprenant, en somme. Je me rendrai compte plus tard dans la soirée que chaque lieu possède sa prédominance de couleur propre à lui, et que seuls quelques gravures érotiques de mauvais goûts, éparpillées de-ci de-là, créent un lien entre les pièces. Dans l'entrée est installé un buffet, sur lequel trônent différents vins, du champagne, trois petites 17


J'entends l'écho d'une musique classique quelconque, comme pour accompagner la montée d'un désir lointain. montagnes de petits-fours, un saladier de sangria et un autre de préservatifs. A peine le temps de saisir une coupe que Nathan a déjà disparu. Dans mon champ visuel une petite vingtaine de gens masqués, répartis en quatre groupes. Quelques-uns discutent entre eux à voix basse, presque en murmurant ; la plupart s'observent avec politesse, se saluent d'un signe courtois. J'entends l'écho d'une musique classique quelconque, comme pour accompagner la montée d'un désir lointain. Un petit homme rond fait son apparition dans l'ouverture d'une pièce adjacente. Il porte comme seuls vêtements un chemise ouverte et un caleçon à rayures ridicule. Sinon moi, personne ne semble vraiment faire attention à lui ; pour autant, ça n'a pas l'air de le contrarier. L'ambiance est bien loin des vidéos allemandes de gang bang que je regarde en streaming sur Youporn. com, la nuit tombée, en attendant le sommeil. Je me résous à évoluer dans l'appartement pour me rendre compte alors que les participants sont bien plus nombreux dans les autres pièces, et très en avance sur l'objectif de la soirée. Les canapés, les fauteuils sont pris d'assaut. Les positions sont simplistes : ici, aucune contorsion comme dans les productions américaines Brazzers. Les plus fantasques se limiteront à faire l'amour au sol, sous les yeux de quelques curieux, pantalon aux genoux, se masturbant à une distance respectable. Même si je ne m'attendais pas à grand chose, globalement, la déception fut assez grande ; et la soirée aurait par ailleurs pu être encore bien plus emmerdante si, dans une chambre discrète, je n'étais tombé sur ces deux femmes, lascivement entrelacées sur un dessus de lit brodé et affairées à se lécher mutuellement avec une extraordinaire sensualité, simplement éclairées par un luminaire aux ampoules tamisées qui promettait au chanceux - et non moins intrusif - témoin de cette scène un surcroît conséquent et logique de délectation. Sans un 18

bruit, je m'installais donc sur un fauteuil pour étudier le tableau. A mon grand bonheur, le spectacle dura de très longues minutes ; je ne peux malheureusement être plus précis tant j'étais concentré à oublier tout ce que pouvait constituer le monde extérieur à cette chambre. Malgré la distance, je voulais croire à l'importance du rôle que je tenais ; et, sans bien savoir si ma présence avait été décelée, j'allais même jusqu'à secrètement espérer une certaine influence sur la suite du scénario. Bien sûr, ce n'en fut absolument jamais le cas. Quand l'une finit par émettre un râle long et sourd, la seconde sembla satisfaite. Elle approcha alors ses lèvres du visage de la première, y déposa quatre ou cinq baisers brefs et hasardeux, sans aucune ampleur, et l'entoura de ses bras nus et apaisants. Elle demeurèrent ainsi, immobiles, me tournant le dos. Une poignée de secondes plus tard, je m'endormai, ma coupe vide à la main. —

Tom de pékin Bandes et contrebandes. 2012 Technique mixte.


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Monica Santos


« J'ai pas senti une grande émotion » Bien qu'on y prête peu attention, les films X sont eux aussi doublés par des êtres vivants. Par Medhi Masud

Le vieux a remis le doigt dans son nez. Il s'est enfoncé dans son fauteuil et on ne le voit plus du tout.

utour d'elle règne un silence

pur et le vieux la contemple caché dans l'obscurité. Il sort un mouchoir en soie de son veston pour s'éponger le front puis se rassoit dans la pénombre. Son mouchoir retombe dans sa poche et son doigt plonge dans son nez. On ne voit que l'éclat de son crâne luire dans le noir, telle une méduse flottant dans les abysses. - Pose mon petit cadeau sur la table de nuit et montre-moi ton machin, dit la jeune femme. Le vieux attend une dizaine de secondes avant que sa voix ne brise le silence. - Stop. Tu manges le machin. Étire-le, fais-le vivre. Elle essaye. Sans succès. Elle réessaye. Dans le regard du vieux, rien du tout. Le néant. Il n'a pas l'air satisfait. C'est même à se demander s'il est encore là. - Je crois pas qu'il faille justement s'attarder dessus, ose timidement la jeune fille. Les machins, y'en a des centaines qui défilent par jour, c'est la routine. - Ok, rien à battre. On continue ? Une lumière vaporeuse glisse sur les traits contrariés de la fille. - On continue.

Elle regrettait d'avoir fumé sur ce gros joint la veille et d'être resté aussi tard à cette soirée. Une bande de poseurs prétentieux, perchés à des milliers de kilomètres de sa réalité à elle. Dans le milieu, fallait se coltiner ce genre d'animaux et pour dire vrai, c'était un peu aussi grâce à ces animaux qu'elle était là. Une race d'animaux des plus dangereuses, prêts à se bouffer la gueule entre eux pour entrer en piste en premier. À présent son cerveau était embrumé et dans ces cas-là, il fallait être bien plus réactif pour avoir l'accroche. Il lui manquait ce petit plus habituel qui constituait sa marque de fabrique et pour laquelle on la rappelait à chaque fois. Une centaine d'euros pour une matinée, c'était plutôt un bon plan. Retourner faire l'hôtesse, hors de question. D'autres auraient pu la remplacer au pied levé, et elle en avait parfaitement conscience. T'es censée coller à la barre, cocotte. C'est reparti ! C'est reparti ; mais ce n'est guère convaincant. Ni pour la cocotte. Ni pour le vieux, qui a hâte de finir. On rallume les lumières. La fille sort dans la petite cour et avale en vitesse la deuxième moitié de croissant qu'elle a acheté en partant puis glisse une pièce dans la fente. Ses pensées voguent sans force, accompagnant le râle dégueulant de la machine à café. Elle essaye d'imaginer tous ces corps nerveux et suintants qui lui passent dessus chaque jour, aux contrôles policiers, à toute cette histoire navrante et à l'odeur du sperme en tirant sur sa cigarette. Au fond de son coeur, elle sent une ronce vivace qui dilacère ses entrailles. Deux lignes après, ses épines ne demandent qu'à triompher sur le monde entier et déchirer l'atmosphère. - On reprend d'ici une heure, dit le vieux qui la fait sursauter et lui fait renverser du café sur son sac même si sa voix est plus douce que tout à l'heure. Son doigt appuie sur la touche « ajout sucre ». - J'ai pas senti une grande émotion. La fille ne répond pas. Elle a pas trop envie de raconter sa vie, comme ça, devant une machine à café. Surtout pas aujourd'hui. Surtout pas à lui. Le doigt du vieux touille le macchiato dans le gobelet en plastique. - Je veux pas d'une pute en carton. Des rayons lumineux doivent sortir de ta chatte, je veux te voir sucer des bites en or massif. La journée se termine. Ses yeux sont sur la machine à café. Elle sent l'haleine du directeur de plateau parcourir sa nuque. Son doigt caresse son cul. Il a prévu d'organiser une soirée dans sa résidence avec toute l'équipe pour fêter la fin de la séance de doublage. Elle tente de prendre une décision mais l'érection du vieux dans son dos l'empêche de réfléchir. — 21


H BANDE au sens du ruban de tissu

élastique servant à maintenir un pansement avec lequel on recouvre les plaies, quelle que soit leur nature.

H

LOUISE DUMAS Où vais-je ? 2010

Crayon graphite sur papier 29,7 x 42 cm.

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Evor Mascarade Fougères, 2013 Tirage photo sur aluminium 42 x 60 cm.

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Fabrice Praeger


Graham carter « Souvenir des nuits blanches » spectacle de Ricardo Mosner, compagnie Teatr'en Poudre, Melweg Theater, Amsterdam, 1978.

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ClĂŠment laigle Pregnant, 2008. Marqueur sur magazine. 17 x 24 cm.

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d’abord pas compris ce qui m’arrivait, descendant les rues tandis que le soir tombait et que la température trop douce de la fin juin donnait un sentiment assez désagréable de nostalgie. Et j’ai d’abord tout simplement pensé

près la visite au peintre ce jour-là, je n’ai

Par Gilles Sebhan - dessin : Martine Besombes

dans une sorte de plaine provisoire, me revint brusquement - était-ce la qualité de l’air tout à coup, une certaine pression atmosphérique qui me ramenait vers ce souvenir - le cours d’une autre promenade et l’image de la momie du Couvent des Carmes. La lèpre, me dis-je. La lèpre culturelle. Je me revoyais, non pas dans un crépuscule, mais au plus haut du jour lors d’un voyage au Portugal. Entrant dans cet étrange sanctuaire à ciel ouvert, cette église aux ogives gothiques suspendues dans le vide, cette ruine remplie d’un bleu pur depuis qu’en 1755 le tremblement de terre de Lisbonne l’avait ébranlée. La beauté du malheur, me dis-je en revoyant en pensée les dalles disjointes du Carmo et l’absence de toit, comme si le ciel en avait eu assez de n’être qu’une figure de style et pas un infini. Incroyablement le toit du couvent n’avait jamais été refait, comme s’il s’agissait de perpétuer pour les siècles et les siècles le souvenir de la catastrophe. Je n’étais pas seul ce jour-là mais je m'avançais sans plus percevoir la présence de mes

Parfois les hommes osent tirer le fil au bout du quel patientent des créatures nocturnes inhabituelles.


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que revenait, à travers la douleur de celui que je venais de quitter et qui était comme un vieux roi déchu et vindicatif, la pensée de mon amant, le souvenir de celui que j’avais nommé de mille surnoms mais qui était devenu l’innommable et que j’avais abandonné sur un coin de trottoir, que j’avais laissé devenir un clochard prématuré, pensant que je n’avais pas d’autre choix devant la folie qui allait gagner nos vies et faire péricliter ma petite entreprise. Là, tandis que je descendais toujours les rues, me voyant moi-même comme le héros d’une descente aux enfers, je sentais se raviver la culpabilité d’avoir fermé ma porte et fait disparaître mon amant catastrophique et j’ai eu le sentiment qu’il me serait à jamais impossible de le ramener d’entre les morts. D’une certaine façon, me dis-je, tout en continuant de descendre les rues depuis ce terre-plein central où se mélangeaient les prostitués, les touristes et les agents de l’ordre, suis-je pourri par la lèpre culturelle, puisque me viennent immédiatement en tête le royaume des ombres et l’image d’Orphée, comme si j’étais moi-même un nom dans une légende, et pas ce corps instable et dérisoire descendant comme une pierre roule au fond d’un ravin dans un nuage de poussière microscopique et pour rien, pour aucune raison que la force de gravité, l’entraînement ou la fatalité. Un être absolument culturel, perclus de souvenirs de toutes sortes, lui revenant dans une chronologie inversée, comme on dévalerait le temps à reculons et cul par-dessus tête. Toute image serait fausse. Toute image aurait d’abord été image avant d’être l’émotion devant cette image. Je ne serais jamais qu’un singe imitant la souffrance aussi bien que l’amour. Et ma douleur ne serait que le reflet d’une autre qui ne m’aurait jamais appartenu. Arrivant au bout de la première déclivité,

compagnons, je les devançais vers l’ombre, en direction d’un corps de bâtiment qui prolongeait la nef et qui lui n’était pas ruiné, mais plutôt bouclé comme un petit sanctuaire privé de soleil. Un musée d’archéologie, annonçait une pancarte, mais sans doute avais-je déjà l’intuition d’une rencontre fabuleuse. Elle était là. La momie. Le témoignage de l’enfant mort. Elle trônait si l’on peut dire au milieu d’une salle étroite et haute, tapissée de bibliothèques anciennes ornées de reliures, tout à fait comme si nous étions, avais-je alors pensé, au fond de mon propre crâne. Là se tenait la momie. Une forme recroquevillée, comme accroupie, les jambes ramenées vers le visage, de fins tibias partant en biais, et ce visage en cuir émacié. L’image même de la douleur. Une douleur figée dans le temps et l’espace puisque ce corps d’adolescent, c’est ce que j’ai appris par la notice, avait été rapporté du Pérou au temps des conquistadores et datait sans doute de bien plus loin. Plus je m’approchais et plus la momie grimaçait et plus ses dents semblaient saillir de son absence de bouche, une bouche en ruine si l’on veut, un petit couvent à ciel ouvert qu’il m’aurait fallu explorer. A vrai dire, que ce fût un garçon était une sorte de vue de l’esprit mais pourtant je ne pouvais m’empêcher d’en concevoir une attirance particulière. Peutêtre ce garçon était-il mort de maladie mais j’avais l’impression qu’on lui avait tout simplement défoncé le crâne, et qu’il était encore là sous mes yeux en train de hurler du coup reçu, figé dans une mort imminente. Je ne sais pas s’il est possible de toucher une telle chose, car comment appeler ce débris humain venu à travers le temps jusqu’à nous, toucher, embrasser, aimer, mais j’ai eu soudain une irrépressible envie de pleurer, une envie qui m’a semblé sur le coup le comble du ridicule


et qui a été stoppée net par la conscience de la vitre qui entourait l’objet comme s’il s’agissait des joyaux de Toutankhamon. Comment pouvais-je éprouver un quelconque sentiment pour quelqu’un qui n’était plus quelqu’un depuis si longtemps. Au bout de la descente, la rue SaintDenis s’étirait comme un ver luminescent. Ici convergent, l’ancien et le nouveau monde. Je me souvenais d’y être passé encore presque enfant avec ma famille. Nous rentrions du théâtre, mon père me tenait fermement la main tandis que nous descendions la rue vers le centre, et que des femmes harnachées nous souriaient. Les enseignes lumineuses faisaient une féerie de salle de jeux. Mon regard d’enfant glissait sur des détails d’hommes seuls, des hommes en chasse. Un tel concentré de désir et la présence de mon père, la présence du corps de mon père si près, si vivant, si semblable à tous ces hommes par son origine et ses manières et son passé de pauvreté me ravissaient littéralement, m’emportaient loin de moi. C’était quelque chose de comparable à ce rêve où je m’asseyais sur les genoux d’un géant qui tournait comme un manège. Pendant longtemps, je suis allé en pèlerinage au long de cette rue, et je cherchais toujours à retrouver dans l’atmosphère nocturne ce plaisir : surprendre les hommes. A l’époque, j’imaginais que les sex-shops n’étaient que des boutiques pleines de colifichets et d’icônes qui contribuaient à déformer un profil de braguette en une vision fugace et chavirante. Je pensais n’avoir jamais accès à cet univers interdit. Avec mon père, il n’a jamais été question de cette promenade nocturne. Je me demande à présent si nous y passions par hasard, ou s’il s’agissait en quelque sorte d’une initiation. Sur le saint qui a donné son nom à la rue, je sais peu de chose, si ce n’est qu’il a aussi donné son nom à la banlieue dans laquelle j’ai grandi. Je peux donc me dire que c’est en quelque sorte mon saint-patron. Il est toujours représenté portant sa tête dans ses mains. Martyr décapité, il se serait relevé et aurait marché jusqu’au lieu de sa sépulture. Je pense parfois que c’est ainsi que je parcours la ville, dans une céphalophorie merveilleuse. Cette fois tu m’as tué, répète une voix dans ma tête tandis que je longe les enseignes lumineuses où la lettre X règne en couleurs criardes. Tu m’as tué. C’est ce qu’avait dit le peintre, mais s’adressait-il vraiment à moi qui ne le connaissais que depuis deux ou trois heures, ou bien n’était-ce pas plutôt un reproche qu’il faisait à ce fils qui n’avait pas encore 20 ans et la beauté des jeunes chicanos et qui avait pris une corde 32

pour se pendre. J’étais amoureux de mon fils, m’avait dit le peintre tout à fait naturellement. Il était beau et je l’aimais, et je n’ai pas voulu croire qu’il était fou, je n’ai pas voulu accepter l’idée qu’il était un schizophrène. Je l’aimais lui plus que son frère, celui qui vit à Miami, vend des tacos et ne fait rien de sa vie que fumer toute la journée de la marijuana. Mon fils me disait que le désir des hommes le guettait comme une bête féroce à laquelle on ne peut pas échapper. Ainsi parlait le peintre, sans aucune pudeur ou arrangement avec la vérité, mais essayant de comprendre ce sentiment qui était en train de le tuer lui-même. Une corde, me dis-je, avait suffi à ôter du monde cette incarnation à la fois sublime et catastrophique. Un fils était mort. Et, selon une ironie tragique, il était mort parce que son père l’aimait. Si bien que cette voix qui était sortie soudain du peintre allongé à terre et les bras en croix était peut-être celle d’un possédé : c’était son fils au fond qui parlait à travers lui, son fils qui lui reprochait son crime et je n’étais, moi, que le témoin de cette damnation. Tout en continuant de descendre la rue comme un calvaire inversé, je me demandais toujours qui était X, ce que signifiait cette croix, et s’il s’agissait d’un signe infernal. Je secouais la tête en pensant qu’instinctivement mes pas m’avaient mené là précisément où j’avais rencontré mon amant disparu et dont je ne pouvais penser qu’il avait pu survivre à mon abandon, car quel fils peut supporter d’être sans père, quel fils peut supporter qu’on lui lâche la main au moment où il en a le plus besoin, perdu dans le dédale des rues d’une ville parfaitement étrangère. Et voilà, c’est pourtant cette chose tant redoutée que j’avais reproduite sans le vouloir. Je me retrouvais donc comme un criminel sur les lieux de son forfait et tandis que je déposais mes pièces dans la main noire du caissier, j’avais l’impression de payer ma place pour la traversée du fleuve. Encore la lèpre me dis-je, encore elle, qui me fait confondre n’importe quel ouvreur de cinéma avec le passeur mythique et moimême avec une figure trop connue du poète. Lèpre ridicule, effondrement dans la poussière des vieux mythes, nous ne sommes plus que la répétition dans une chambre secrète de formules qui ne signifient rien et que personne n’entend plus. Au fil du temps, je me suis créé ainsi des temples de pauvreté et de désir dans la ville, et m’y suis consacré. A chaque fois que le temple s’est écroulé, comme il arrive immanquablement, je l’ai reconstruit ailleurs. Ceux qui fréquentent ces endroits ne cessent de répéter qu’ils seraient mieux ailleurs et rica-


c'était un jeune fantôme en survêtement et figure de voyou survolté. nent en disant qu’en tout cas on ne risque pas d’y rencontrer l’amour. Cela se passe à Pigalle ou rue Saint-Denis. C’est là qu’a lieu la servitude. Un sex-shop est-il un lieu de plaisir, je ne sais pas. C’est une boîte avec double-fond. Pour moi, c’est une sorte de pile magnétique qui m’attire. C’est là que je viens chercher l’aventure et aussi l’oubli. C’est une pratique tellement ancienne en moi qu’elle a fini par me constituer et que je n’y prête plus garde. Ce soir-là pourtant, personne. Il était sans doute trop tard. Ceux qui vivaient dans les tentes du périphérique, ceux qui vivaient dans les foyers ou dans un square, ceux qui vivaient dans un dortoir de congénères, ceux qui allaient se faire un repas de soupe populaire, ceux qui partaient en maraude au bois, ceux qui avaient une femme et une ribambelle de mômes charbonneux, ceux qui n’aimaient pas que la nuit tombe sur leur destin de pauvre, tous ceux-là avaient déjà plié bagages, avaient rentré sexe dans pantalon, avaient fait une croix sur l’érection de leur journée et s’acheminaient lentement vers l’endormissement, l'amollissement, le relâchement des forces. Etrangement la nuit a surtout lieu pour les riches. La nuit est le royaume de l’or. Il est trop tard, la nuit, pour les aspirants travailleurs qui voudraient utiliser leur jeunesse, leur corps, leur sourire de faux ou vrai dur. Précisément, il arrive qu’on fasse une rencontre dans ce genre de désert. Et c’est pourquoi, alors que je stationnais comme un indécis, déjà prêt à rebrousser chemin devant une salle vide à l’exception d’une forme avachie au premier rang qui devait être le clochard habituel, est apparu le premier fantôme. Il m’a fait peur immédiatement, comme fait toujours peur la forme parfaite que revêt une réalité extérieure issue de votre propre désir. Un terrassement. C’était un jeune fantôme en survêtement et figure de voyou survolté. Il venait de sortir d’une cabine, m’a repéré dans l’ombre, est venu jusqu’à moi. Au premier coup d’oeil, j’ai su que je ne

devais pas. Au premier coup d’oeil, il savait qu’il était mon maître. Regarde, a-t-il dit d’une voix extrêmement juvénile et il a baissé son pantalon, émerveillé de lui-même. Il est beau, a-t-il murmuré en se collant à moi tandis que j’essayais de rester impassible et ne pouvais m’empêcher de trembler. Il fait plaisir à tout le monde, a-t-il ajouté, ce qui m’a fait sourire, mais tellement douloureusement que j’ai dû m’avouer immédiatement vaincu. Le voyou devait avoir à peine 20 ans. J’ai pensé que son sexe était une clé universelle qui pouvait ouvrir tous les esprits. Il semblait avoir été frappé de stupeur par la vision de choses incroyables et je pouvais difficilement le regarder dans les yeux. Il était à la fois lent dans ses gestes et brutal. Tu me fais peur, ai-je dit tandis qu’il se collait à moi avec son excès de virilité. Et comme je faisais mine de partir, il m’a soudain supplié comme un enfant de ne pas le laisser. Reviens reviens, a-t-il dit. Et je m’attendais, d’une minute à l’autre, à ce qu’il bondisse sur moi pour me frapper. Mais son sexe était son maître comme le mien. Et nous étions tous les deux accrochés à lui comme à la dernière vérité du monde. Je ne sais pas quelle drogue, sans doute nouvelle, irriguait son jeune corps pour en faire une véritable exception aux règles habituelles, mais il n’avait plus de limite, et semblait se mélanger à des images antérieures, des souvenirs d’autres lui-même. Dans mon oreille, il me murmurait des souvenirs communs et me suppliait de ne pas les oublier. Sa jouissance obtenue sur moi a semblé le réveiller d’un coup et comme nous étions en plein milieu de la salle, il a à demi remonté son survêtement sur ses cuisses, laissant son cul à découvert dans la pénombre et tout en me disant de le suivre pour régler la situation, il s’est dirigé la tête tournée en arrière et le sexe encore dressé vers l’avant jusqu’à la porte dérobée des toilettes. Au moment où l’angle mort l’empêchait pour un instant de me distinguer, je me suis vivement 33


H BANDE au sens de ligne continue

ou discontinue. De celles qu'on voit sur certaines vestes ou de celles blanches ou jaunes, qu'il ne faut pas franchir sur les routes.

H

Briac LeprĂŞtre Avant peinture, 2012

Aquarelle sur papier 80 x 70 cm.

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Linogravures imprimées à l'Atelier Clot Bramsen

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Avec l'aimable autorisation de Nicolas Topor

Plus un sujet est sérieux, plus il faut en jouer. Le sexe est un sujet sérieux, risqué, glissant et parfois de goût douteux ! Aussi tous les coups sont permis. Voici un échantillon des possibles que Roland Topor a envisagés ; directement ou par la bande, du plus loufoque au plus tragique. Avec son crayon, Topor fait « bander » la poésie. Sus aux fantasmes ! À l’abordage et pas de tabou ! Christophe Hubert


James KING Aux galeries. Fusain 100 x 70 cm.

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Marc UPson

Bande(s) HĂŠrault et Arizona.

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Ekkehart Rautenstrauch BANDES SONS EN STEREO

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C

’est dans une vieille caisse en bois, oubliée au fond d’une grange, que l’on a retrouvé toute une série de tableaux de l’artiste Ekkehart Rautenstrauch. Trésor que je recherchais depuis des mois, suite au décès de mon père, il y a un peu plus d’un an déjà. Ils étaient là, ces grands panneaux plastifiés « façon formica » (de 120 cm x 150 cm) : intacts, plus beaux et plus actuels encore que je ne les avais imaginés. Car je ne les avais jamais vus ; ils n’avaient pas été exposés depuis 1982, année de ma propre naissance, et probablement abandonnés dans cette grange depuis. Je savais pourtant que cette série intitulée « Partition visuelle » était considérée comme une

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œuvre majeure d’Ekkehart Rautenstrauch, car elle avait marqué un vrai tournant dans son parcours artistique et avait été la première étape vers son « Fotoband », œuvre fondamentale de 1977. Alors jeune artiste d’origine allemande installé dans la campagne nantaise, Ekkehart Rautenstrauch laissa de côté ses toiles et ses pinceaux pour investir son environnement : pâturages et champs de chaume. Avec « Le temps d'une journée » en août 1974, Rautenstrauch orchestra une performance agrico-artistique. Une dizaine d’agriculteurs armés de leurs bœufs et leurs diverses machines agricoles tracèrent des sillons et firent du champ une toile à l’échelle de la nature, répondant à une symbolique et une rythmique bien précises composées par l’artiste.

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Performance improbable, les quelques participants se souviennent encore de cette journée avec émotion et prennent plaisir à regarder le reportage photo et le film super 8 tourné à l’occasion. De cette journée de land art et de partage avec les gens de la terre, il créa une partition visuelle, série de 15 panneaux composée d’un assemblage de « dessins lumières » (obtenus grâce à un processus de gravure sur verre et employés ensuite comme négatifs photographiques), de photographies de cette journée aux champs et d’une bande graphique hyper colorée. Ce travail fut une grande source d’inspiration pour mon père, qui dès lors focalisa son attention sur la relation entre l’espace, le temps et le son.

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Il présenta au musée des Beaux-arts de Nantes en 1977 une exposition justement intitulée « Nature structure son », où était installé son « Fotoband », soit une bande visuelle (tirée en majeure partie de cette journée d’août 1974) de 77 m de longueur et accompagnée d’une composition électro-accoustique du musicien contemporain Jean Schwarz. C’était cette fois-ci la nature qui s’installait dans l’espace clos du musée, toujours accompagnée de sa musique… Grand mélomane, Ekkehart Rautenstrauch puisait son inspiration dans la musique concrète et répétitive de Stockhausen aussi bien que dans les lieder de Bach, cherchant toujours à retranscrire dans son œuvre ce que la mélodie lui dictait.

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Lorsqu’il quitta la campagne dans les années 1980, il laissa derrière lui les installations éphémères dans la nature et se concentra sur la notion d’espace à travers l’image et l’optique. Professeur à l’école d’architecture de Nantes, il se passionna pour la 3D et créa durant les années qui suivirent une multitude d’œuvres à observer à travers des appareils de stéréoscopie, des lunettes vertes et rouges et ou des sculptures appelées « observateurs ». Artiste complet, travaillant aussi bien la peinture, la sculpture, la photographie et l’outil informatique, il ne cessa de jouer de son art jusqu’à la dernière note. Il s’autorisa à s’endormir seulement après avoir exposé son adaptation des Variations Goldberg de Bach dans son pays natal. Chef d’œuvre n’ayant toujours pas été vu en France… À l’image de cette vieille caisse ressortie de sa grange, j’espère que son art continuera de chanter encore pendant de nombreuses années. —

Texte : Blanche Rautenstrauch Photographies : Olivier Guitard

Ekkehart Rautenstrauch Partition visuelle 1973-1974.

Assemblages de photographies, bandes de couleurs et « dessins lumières » Série de 17 panneaux plastifiés de 125 x 155 cm.

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Musta Fior


Bandas mural, Oaxaca / Oaxaca, Mexique, 2010. Marc Bruckert

Graphique de Crise n째5. Saint-Leu-d'Esserent, France 22/02/2012. Philippe Lopparelli / Tendance Floue 50


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RĂŠgis Gonzalez Eat, 2012

Acrylique et huile sur toile 200 x 130 cm.

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H BANDE au sens de la fine pellicule

de celluloĂŻd sur laquelle s'enroulent les images et les sons de ce que l'on appelle encore de nos jours le cinĂŠma.

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Caroline Andrieu Blow out, 2012.

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Cinéphilie par Michel Berjon Dans les années 1950, Jean-Luc Godard fait partie de la bande des Cahiers du cinéma, avec Rohmer, Chabrol, Rivette et Truffaut. À la fin de la décennie, les voilà classés dans la bande des réalisateurs de la Nouvelle vague. Puis, en 1964, Godard en est à son 7e long métrage : Bande à part. Ce petit film léger, faux polar mais vraie romantic comedy, montre par son titre que la bande n’existe plus mais que le cinéma français s’est enrichi de nouveaux auteurs. Cinq ans plus tard, Godard fonde un collectif, le groupe Dziga Vertov. La bande à Godard & Gorin proposera sept films en quatre ans, avant que chacun ne fasse bande à part… Bande à part est une ode à la muse Anna Karina, fille au pair qui pendant ses cours d’anglais rencontre des soupirants, Claude Brasseur et Sami Frey (sous l’œil amoureux de Godard, derrière la caméra). Personne n’a oublié Karina, avec sa queue de cheval, coiffée du chapeau de Samy, pas plus que le madison qu’ils improvisent dans un bar, sur le Dance with me d’un jukebox. Un plan de plus de trois minutes de bonheur… Tarantino ne l’a pas plus oublié puisqu’il a donné à sa société de production le nom de A Band Apart en hommage au film. Et en 2006, le groupe Nouvelle Vague, dans son deuxième album, Bande à part, a demandé à Mélanie Pain de chanter de nouveau Dance with me. — 56


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JÉrÔme brÉzillon Tendance Floue Le Blue billard Paris, 1998. 59


Uncool and the gang 3 films, 3 bandes, 3 époques ou quand le documentaire s'aventure au coin des rues dans les mauvais quartiers.er. Par OLIVIER FOREST

80 Blocks From Tiffany's Gary Weis - 1979 Uncool and the Gang Été 1979. New York n’est pas un paradis de yuppies et de hipsters, mais une zone crasseuse, dangereuse, pourrie jusqu’à la moelle. Gary Weis, réalisateur de sketches pour le Saturday Night Live, emporte ses caméras dans le South Bronx, à la rencontre de deux gangs, majoritairement latinos, les Savage Skulls et les Savage Nomads. Pré-hip-hop, pré-crack, pré-uzis – leurs membres arborent des looks de Bikers : vestes en jean coupées aux manches, casques nazis, bandanas 60

et têtes de mort dans le dos. Ils sont l’incarnation même de la peur qui règne alors sur la ville – de faits divers en série tv, de « vigilante movies » en comic books. Gary Weis les filme dans leur environnement naturel, les ruines et les rues du Bronx, et surtout leurs « clubs », immeubles squattés dans lesquels les membres du gang passent le plus clair de leur temps à boire de la bière et à bricoler des bécanes. Il interviewe des membres actuels et des repentis, des travailleurs sociaux du quartier, guidé par des flics à Ray Ban et moustaches, tout droits sortis du Sabotage des

Beastie Boys : chemises en jean, médailles en or, ceinturons XXL et maxi pétard à la taille. Il y a quelque chose de comique dans le film, de presque souriant. Loin de la paranoïa d’une ville perméable qui sévit à partir de Death Wish (Michael Winner, 1974) et des errances hallucinées de Charles Bronson. Avec ses reconstitutions, 80 Blocks From Tiffany's n’est pas exactement un monument de rigueur documentaire. Mais l’image de Joan Churchill, qui a tenu la caméra sur les films de Peter Watkins ou le Gimme Shelter des frères Maysles, donne au film une beauté crue. La même année sort le nocturne The Warriors (Les Guerriers de la Nuit – Walter Hill, 1979), qui fantasme une improbable union des gangs pour prendre le contrôle de la ville, renforçant encore l’ambiance quasi fantastique qui entoure ces créatures de la nuit.


Les Cœurs Verts Edouard Luntz - 1966 Ad Vigo Aeternam En 1966, Edouard Luntz tourne les Cœurs Verts, entre la zone de Nanterre et les chantiers de la Défense. Il tourne avec des acteurs non-professionnels, une bande de blousons noirs de la Bastille, sans dialogues écrits. Le cinéma français a souvent du mal à saisir une réalité aussi brute, à traiter le prolétariat et ses formes les plus marginales sans clichés, sans bons sentiments, sans condescendance. Peut-être parce que Luntz aussi est un marginal, qui traverse ce même cinéma comme une ombre, marqué par ce film lumineux, de ces films qu’on ne réussit qu’une fois, parce que tout est là, et parce qu’on est prêt à l’accueillir. Dans Les Cœurs Verts, Rouch rencontre Vigo, le réalisme, l’onirisme. C’est Serge Gainsbourg qui signe la musique du film, et y développe

une première version de Je t’aime moi non plus. Santiags, cheveux gominés, blousons de cuirs, bécanes… tout l’arsenal du loubard est là, qui deviendra un stéréotype de la culture populaire, jusqu’à la caricature. Ici, c’est toute une réalité prolétaire, banlieusarde, qui ressort : violence, pauvreté, exclusion sociale. La culture de la jeunesse d’un lumpen prolétariat : sortie de prison, après-midi au troquet, errance et mauvais coups… Il donne une personnalité, un visage, à ceux qui servent surtout aux journaux à sensations. Luntz ne filme pas la banlieue comme une théorie politique. En 1960, il remporte le prix Jean Vigo

pour son court métrage Les Enfants des courants d’air, qui suit les jeux d’un groupe d’enfants dans un bidonville d’Aubervilliers. Déjà la marge, la zone ; elle s’incarne ici dans cette banlieue en mutation, de villages de pavillons et de fermes aux grands ensembles, aux chantiers gigantesques du règne Pompidou – la Défense, le périphérique, les voies sur berges. Deux figures principales semblent définir l’espace : le chantier – un monde en construction – et le terrain vague – un monde à l’abandon. Ouvriers d’un côté, blousons noirs de l’autre. Avec au milieu le bidonville. Un monde en chantier au milieu duquel survivre, inventer sa vie et ses jeux. 61


Dans La Fête à Loulou (1974), Edouard Luntz retrouvera un des protagonistes du film à sa sortie de prison – la fin des Coeurs Verts. Antifa, chasseurs de skins Marc-Aurèle Vecchione, 2008. Frontkick Revisited, Ad Libitum Antifa, chasseurs de skins retrace la bataille de Paris, du milieu à la fin des années 1980, pour la reconquête du territoire contre les skins – les neskis, les fe-fas – qui font régner une terreur faite d’intimidation, de bastons et d’une part certaine de mythologie. Tout collégien des années 1980 connaissait les légendes, les rumeurs circulaient comme un feuilleton : le frère du voisin d’un pote était dans l’une des embrouilles, il était aux Halles samedi soir, il était à Bastille, il était dans le XIIIème. Batskin, Ducky Boys, Redskins… C’est l’époque des légendes urbaines, amplifiées par le bouche à oreille des cours de récréation. Pendant un temps, les skins se mettent à faire les unes de la presse grand public. Le politique s’en mêle, les Red Warriors assurent le service d’ordre pour SOS Racisme, piloté par le PS et Julien Dray. Fin 1980, le hip-hop devient la culture dominante - Paris change, la culture de rue aussi. L’arrivée des bandes de banlieue, légèrement plus impressionnantes – Black Dragons, Félins… – termine le travail. Les skins disparaissent progressivement du paysage, laissant la place à une extrêmedroite plus discrète, mais qui se rend aux urnes. Ceux qui restent se replient sur le Parc des Princes et le Kop de Boulogne. Il reste peu de documents sur l’épopée parisienne des chasseurs de skins, à peine quelques photos, 62

Porter un badge des bérus, une paire de docs, tout peut attirer des emmerdes. quelques reportages. C’est surtout une tradition orale, perpétuée par ceux qui en ont fait partie, avec tout ce qu’elle compte d’imprécisions, d’exagérations, d’invraisemblances. Et c’est ce qui fait le prix du film, à défaut d’une précision historique, de toute façon illusoire et inatteignable. Les protagonistes font plus que se souvenir, ils revivent chaque bagarre, chaque coup de tête, chaque coup de batte, comme un affrontement homérique, mythologique, fondateur. Les histoires ont été mille fois racontées, les front-kick mimés en boucle depuis le soir même et jusqu’à la fin des temps : coup de tête, balayette, il fait bam, je me baisse, coup de genou, le neski il est par terre, je ramasse

une batte… La plupart des protagonistes sont toujours à Paris - certains retranchés dans leurs QG respectifs. Aujourd’hui, les bastons se poursuivent sur Internet - sur les forums, dans les commentaires de vidéos sur Youtube, et dans le moindre article sur le film. C’est une plongée dans le Paris des années 1980 : sortir dans certains coins, aller à un concert n’est pas sans risques, porter un badge des Bérus, des Météors, une paire de docs… tout peut attirer des emmerdes dans ce monde codifié jusqu’aux lacets, où la musique reflète encore des choix identitaires, une idéologie, une appartenance. Psychos, Teds, Rockabs, Fifties, Punks, Hardos… Paris est une terre de combat. —


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H BANDE au sens de groupe

de personnes identifiĂŠes par leur union plus que par leurs individualitĂŠs. Pour d'obscures raisons, le terme ne s'applique jamais aux vieux.

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Christina gransow Le gang, 2012

Crayons de couleur sur papier.

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15 ans, la meute « Quel type de salope êtes-vous ? », demande un magazine. Il arrive que des jeunes filles cherchent réellement la réponse. Par Margot Lauxer

I. L’été

Toute la meute est en vacances sur le terrain de camping de la grand-mère de Joséphine, au Brusc. Toute la meute lit Jack Kerouac, dort dans les aiguilles de pins et se moque de la caravane blanche et éclatante des voisins, quel truc de bourges ! En plus, ils amènent leur télé en camping, c’est l’hallu ! Des fois qu’ils ratent Les Feux de l’amour, tsé ! Du côté de la meute, rien de semblable. La grand-mère de Joséphine avait acheté ce terrain des années auparavant, dans le but d’en faire un terrain de camping, avec un cabanon à frites, et des concours de Soca dance. Son mari se serait occupé de l’hygiène et de placer les gens, elle aurait cuisiné une fois par semaine une paëlla. Les vacances, quoi, mais tout en continuant à gagner de l’argent. C’était un rêve de commerçant, il s’est fondu dans les exigences de la comptabilité quotidienne et le respect 66

du chiffre, un rêve un peu trop excentrique. Aujourd’hui, le terrain ne sert plus qu’à stationner une vieille caravane plus capable de se déplacer, les pneus éventrés, rongés par la rouille. Les sanitaires sont recouverts de mousse verte et sèche, douce à la main, et souvent habitée d’insectes. Des toilettes, une douche avec du savon palmolive vert et gras et un évier. Il y a aussi un bungalow de bois moisissant, une table en fer forgé blanc et un parasol. Juste un lieu pour dormir sans être la proie directe des moustiques, et un point d’eau pour se laver et aller aux toilettes. Mais tout autour : les pins, leur ombre lénifiante et douce et une odeur puissante de résine qui donne l’impression de mâcher constamment une pastille aux plantes, et de se purifier l’intérieur des poumons rien qu’en respirant. Toute la meute, donc, adore les sanitaires rustiques, recouverts de mousse verte, les insectes dans les aiguilles de pins rousses. Toute la meute écoute Jack Kerouac, Jim Morrison et Charlottine. Charlottine a la peau pâle tendue comme sur un raisin muscat. On a l’impression que si on la croque, il en sortira un jus parfumé, mais on pourrait la faire tourner longtemps en bouche sans s’y risquer. Sur sa blancheur, des yeux très noirs, fumés, petits et vifs, et des cheveux en bataille, noirs de jais. Elle a des théories sur tout. La mondialisation, les massages, le capitalisme, les beatniks. Elle lit Bukowski, elle peint des tableaux au fusain, très fins, et tout à coup très gras, charbonneux, elle aime Dubuffet, elle est un petit chef militaire, une enfant, un tyran. Elle pense qu’elle fait des voyages extra corporels, où elle


entre en contact avec Jim Morrison, avec qui elle parle poésie pendant qu’il apaise son sexe de la langue, française, anglaise et universelle. Charlottine lit des magazines féminins, un sourire sardonique sur ses lèvres de poupée, ricanant face à la bêtise du monde, couvant des répliques atomiques pour bombarder de très haut le vide de ces pages horizontales, elle est à l’âge où ce genre de choses grise et ses pieds nus se promènent fébrilement dans les épines rousses des pins du camping de la grand-mère de Joséphine. Parfois, elle gémit sous la platitude du texte. Charlottine joue : « Quel type de salope êtesvous ? » Le test de l’été dans l’odeur de résine. Joséphine l’idolâtre. Elle se tait, elle est plus jeune. Elle n’a pas encore trouvé ses propres mots. Quand elle veut mettre un collier, elle s’emprisonne parfois dans son tee-shirt avec cet élément nouveau, et appelle à l’aide quelqu’un de la meute. Toute la meute trouve le père de Joséphine « tellement trop ! » il dort sur son lit militaire ramené d’Algérie et contemple l’espace de ciel ouvert entre les cimes des pins, maigre caution parentale pour ces vacances de meute. Parfois, il grogne dans son sommeil. Un chenil jouxte le terrain de camping. Les roquets enfermés hurlent à chaque passage. On ne les voit jamais derrière les branches, mais leur instinct leur indique les présences sur le chemin. Mystérieusement, ils stoppent toujours ensemble leur hystérie canine, un coup d’éteignoir sur leurs cris, dès qu’on oblique vers le terrain de camping. Depuis la toile de jute de son lit militaire, le père de Joséphine entend la meute rire, se charrier, protester, et quand il s’approche, instinctivement, tous se taisent. Le cœur de leur conversation s’évanouit. Le soir, la meute descend en ville. Ils pillent les cafés, volent des cartes postales, des verres de bière, écrivent sur les nappes, renversent les poubelles, passent des clés sur la carrosserie des Mercedes, pissent dans le port, ridiculisent les exhibitionnistes qui les attendent aux carrefours. Ils se sentent invulnérables, ils sont habillés de vieux livres, un habit de papier froissable, formel. Quand ils ont fini en ville, ils remontent vers le terrain de camping et s’amusent à faire hurler les chiens. Puis ils s’introduisent dans les villas riches, par-dessus les petits murets,

les grillages, entre le fer forgé des portails, et testent les différentes piscines privées en s’éclaboussant. La nuit grise les couleurs des journées méditerranéennes. L’eau chlorée des piscines est gris pâle, translucide. Ils fument de la lavande. Toute cette énergie, c’est aussi parce qu’ils ont très peur de coucher ensemble. Mais cette fois-ci, c’est dans l’air. L’air gorgé de résine. « Quel type de salope êtes-vous ? » Sur la table en fer forgé, blanc, rouillé. Ils pérorent sur l’ineptie du sujet. « C’est l’hallu, tsé ! Un test comme ça, sérieux ! Ils doivent grave se faire chier, les journalistes là ! » « Et tsé quoi tsé, nan mais ça veut dire quoi, salope, d’abord, tsé ? » « C’est pour faire comme la négritude, tsé, on nous traite de nègres, soyons en fiers ! » Les membres de la meute sont de bons élèves. Ils ont eu Monsieur Gabert. « C’est ça ou quoi ? » « Finalement, c’est encore un truc pour forcer les gens à coucher ensemble, même si t’en as pas envie… » « C’est l’hallu, en plus, tsé, on dirait qu’il suffit d’être une chaudasse pour tomber les mecs. » « De la merde, ce truc. » « Oui. Mais on va faire le test quand même, pour voir… », affirme Charlottine. Pendant quelques minutes, ils croisent les ronds, les cœurs, les losanges et les points. Ils pouffent, les questions dépassent parfois leurs compétences, ils sont fiers, mais pas fanfarons, ils l’avouent. Le père de Joséphine s’approche de la table, Charlottine planque le magazine. « Alors les jeunes ? Ça va ? Pas trop chaud ? Je venais voir si vous aviez envie d’aller à la plage avec moi tout à l’heure ? » Il est lourd, il est pataud, il voudrait jouer avec eux, Joséphine le sent. Bizarrement, comme dans une cour de récréation. Dans la meute, certaines le fascinent. Joséphine le sent. Mais il a été trop longtemps adulte entre temps. Ça ne peut pas aller. « Non, là, on fait un test pour savoir quel type de salope on est » déclare Charlottine d’une voix calme en le regardant droit dans les yeux. « Pardon ? » Joséphine se tait, attend l’explosion, la pointe. Si Charlottine mouche son père, elle sera du côté des rieurs, mais une partie d’elle pleurera. Le père de Joséphine déteste Charlottine. Elle parle bien. Elle lui pose des défis rhétoriques. Elle est sûre du bien et sûre du mal. Elle est invulnérable, sous sa peau de 67


Les filles sont presque nues, à l’exclusion de foulards et colliers sur leurs poitrines et leurs fesses. Leurs cheveux sont joliment tressés. muscat molle. Et Joséphine, sa propre fille, sa noiraude incomplète, il le voit, est sa vassale. (Au fond, Joséphine sait les structures de métal de la pensée de son père, la lourde armature qu’il charrie péniblement pour protéger la chair inquiète de sa pensée. Elle sait que la chair tendre de sa pensée se rigidifie et s’apeure sous l’attaque. Elle voudrait que son père laisse cette armature derrière lui. Mais parfois, elle se dit que s’il n’en est pas capable, elle est prête à le laisser, lui, derrière elle. Elle s’en veut aussitôt.) « Oui, vous voyez, c’est un test qui était dans le magazine que vos amis à la caravane multifonction, là, nous ont laissé… Ils nous l’ont proposé avant de partir, en pensant ça comblerait notre quête métaphysique… » Les rieurs pouffent. Son père bat en retraite, dépassé. « Bon, euh, vous restez ici, alors… » « Oui. » « Amusez-vous bien, alors. » « Oui. » Charlottine est heureuse, son résultat est « Divine salope ». Joséphine a « moyenne salope », elle ne s’est pas mouillée, elle ne s’est jamais mouillée, la dernière fois qu’elle a vu un homme nu, c’était ici, elle avait 7 ans, les voisins voulaient lui montrer quelque chose, Joséphine est un peu plus jeune. « Moyenne salope », bon. « Ce qu’il faudrait, c’est les prendre aux mots » dit Charlottine, en plissant ses yeux fumés. 68

Sphinx, au-dessus de ses lèvres de poupée. « Comment ça ? » L’idée du jeu est née. Elle les fait hurler de rire. « Comme ça, on verra si c’est vraiment si facile ! » Le jeu donne un peu le vertige à Joséphine, mais c’est vrai, pourquoi pas, pourquoi pas, et si c’est pour comprendre la science, les hommes, le monde, si c’est pour tout ça… Pourquoi pas. Et puis, tiens, une curiosité.

II. Soirée salope

Quelque temps plus tard, ils sont sur un bateau. Déguisés de nudité. L’air est doux, la mer s’est retournée, surface contre sol, sol contre surface. Les filles sont presque nues, à l’exclusion de foulards et colliers sur leurs poitrines et leurs fesses. Leurs cheveux sont joliment tressés. On va bien voir si c’est si facile, pensent-elles. Elles se frottent les lèvres avec précaution pour s’assurer que leur rouge à lèvres tient et que sa luisance reste sensible. Les garçons de la meute sont émus, exclus, exaspérés. Si cette entreprise infantile peut ridiculiser les hommes, alors, ils sont heureux de n’en faire pas encore partie, mais ils n’y croient pas une seconde. Ils


ne sont pas maîtres du jeu. La nuit estompe les contours, de loin ça va, mais de près, elles sont vraiment très déshabillées. Joséphine a accroché son collier sans appeler à l’aide. Le vent caresse son nombril, sur le ponton. Il est doux et peut provoquer des frissons. Elles ont légèrement honte, et se cachent les unes derrière les autres, mais la honte se dissout dans le groupe, c’est une équipe, une pour tous. Une pour tous les hommes pour voir. C’est l’anniversaire de Joséphine, elle a 15 ans ce soir au milieu de la meute. Charlottine est la plus nue, elle sourit la nuit bleue posée directement sur sa peau très blanche, accoudée au bastingage. La traversée dure peu. Et au bout de la jetée, le bar les attend. La jetée est en vieux bois mordu par la mer, Joséphine a retiré aussi ses chaussures pour en sentir le contact à ses pieds. Avant d’y entrer, c’est le trac, la meute déguisée de nu va s’installer d’abord dans une petite crique, pour répéter. Ils fument de la lavande. Ils jouent : « Alors, tu dis : et qu’est-ce que tu fais ici ce soir ? » « Et qu’est-ce que tu fais ici ce soir ? » Le rire étrangle Joséphine. « C’est pas gagné. Si tu pouffes comme ça, on ne sera jamais crédibles ! Recommence. Fais une voix cassée. Un peu rauque. » « Et qu’est-ce que tu fais ici ce soir ? » La voix cassée surjoue, cache un rire de gorge nerveux. « Parfait, parfait, à moi : et qu’est-ce… « Attends, attends : et qu’est-ce que tu fais ici ce soir, beau gosse ? » « Non, beau brun ! » « Et s’il est blond ? Non, je prends une cigarette… » « Bon, beau gosse… » « Et qu’est-ce que tu fais ici ce soir, beau gosse ? » Joséphine crache la fumée dans le visage d’un homme, accoudée au comptoir du bar, avec des poses qu’elle juge outrées. La poitrine exagérément tendue vers lui, cambrée, elle mime studieusement son idée de la vulgarité. Elle pense : fesses et seins, ne pas les oublier. Les sièges en skaï rouge collent à ses cuisses nues. Elle se balance d’une fesse sur l’autre en créant à chaque fois un léger bruit de succion. « Qu’est-ce que tu dis ? J’entends rien, avec la

musique ! », crie l’homme. « Je dis : c’est mon anniversaire ! Tu m’offres un verre ? » Elle voit l’hésitation dans les yeux de l’homme, et comment il la ravale quand elle lui sourit. Quand elles sont entrées dans le bar, Charlottine a murmuré entre les dents : « Quel merveilleux échantillon… » Et de fait : derrière le bar, un barman, de l’espèce des beaux gosses des plages avec collier de surfeur mixe des cocktails en imitant Tom Cruise. (« So eighties ! », a sifflé Charlottine) Sur la piste de danse, un flot de touristes des bateaux, riches et temporaires, qui font des chorégraphies sur YMCA . Au comptoir, les habituels vissés au zinc, pères divorcés, solitaires, psychotiques… Au flipper, la bande de jeunes du camping. Elle multiplie les tilts en se donnant de grandes claques dans le dos. Quasiment aucune fille. Quand elles ont passé la porte, à elles toutes elles avaient au moins une poitrine de rêve, une chevelure en cascade, deux paires de jambes infinies prolongées de talons aiguilles, des fesses sculpturales entourées d’un simple voile léger, des seins naissants, un tombé de hanche hypnotique, un sourire désarmant, une taille de guêpe dénudée, des bras blancs et toutes, le parfum de Charlottine, la seule a en avoir un flacon. Joséphine n’est pas certaine de ses propres attributs, mais elle sait maintenant reconnaître ceux des autres membres de la meute déguisées de nu. Quand elles ont passé la porte, le silence est tombé dans le café. Le barman, mu par un réflexe de sécurité, a jeté un bref regard vers l’issue de secours. Charlottine, avec ses petits yeux noir brillants, l’a attrapé au vol et plaqué contre le sol. L’homme commande maintenant un gin tonic pour Joséphine. Elle rit sous cape, gin tonic, vraiment il ne se refuse rien, il pense donc la saouler, incroyable, ce père divorcé de comptoir qui lui sert des gins tonic là, comme ça, pour une courbure de bassin et un décolleté ouvert ? Philosophe, elle trempe ses lèvres dans le gin brûlant. Un gin tonic est cher. D’habitude, elle commande des demis. Un autre homme l’invite à danser, le skaï lui tire la peau des cuisses quand elle quitte son tabouret de bar, elle dit j’arrive mais avant, soulève le verre de gin au-dessus d’elle, incline la tête en arrière et lève le bras et laisse couler le liquide depuis le verre jusque dans sa bouche, derrière sa langue. Une partie du liquide dégouline dans son cou, elle se pourlèche le 69


menton, mais des gouttes de gin descendent doucement de son cou entre ses seins. L’homme les regarde, un air douloureux sculpté sur ses traits. Finalement, ça vient tout seul, pense-t-elle. C’est comme de jouer à la poupée avec soi-même. « Merci pour le verre », dit-elle poliment. L’homme reste assis sur son siège et demande : « Tu en veux un autre ? », tandis que l’autre s’impatiente, et a déjà posé une main sur l’épaule de Joséphine. Elle dit oui. Un autre verre de gin réapparaît devant le comptoir, et là, Joséphine se dit, non. C’est osé, mais quand même, quelque chose lui laisse entendre que peut-être elle peut, donc elle prend le verre de gin et le renverse sur le sol en regardant l’homme droit dans les yeux. Le gin tombe en cascade sur le sol caoutchouteux du bar avec un bruit de pisse et des gouttes de sueur apparaissent sur le front de l’homme. Elle a bien fait, il ne dit rien, mais pose sa main sur son avant-bras. Sa main est douce. Il suit des yeux la trace que les gouttes de gin ont laissée sur la gorge de Joséphine, mais n’ose pas la toucher. Quand elle a renversé le gin par terre, avec ce bruit de pisse, quelque chose au fond de lui a senti le jeu, le test, le carton-pâte. Elle lui sourit, un peu complice, elle ne tient pas le jeu longtemps et dès qu’il le voit, dès qu’il sent le jeu, il s’embrase comme un feu de paille, père, chevalier, prêt à lui offrir la protection d’une armée de lui-même. La situation est ancestrale, une main d’homme sur son avant-bras qui lui intime de rester, une autre sur son épaule, lui demande de partir. Elle boit. Puis se dégage doucement, les laisse s’expliquer, et part sacrifier au jeu sur la piste de danse, fesses et seins, ne pas les oublier. Finalement, le jeu est drôle. Aussitôt arrivée sur la piste de danse, un autre homme lui enserre la taille, (Touriste des bateaux ? Père divorcé ? Solitaire ? Elle penche pour psychotique, du genre qui dort sur le port, mais pas dans les bateaux). Elle tressaille à son contact, habituellement, elle l’aurait repoussé, mais là, c’est le jeu, elle est sa propre poupée, elle joue avec elle-même, les autres ont donc le droit d’y jouer aussi. L’homme est vieux, quarantaine bien tassée, mais des dreadlocks blondes jusqu’à la taille, et la peau rêche. Il est direct : à peine la tient-il dans ses bras qu’il commence à lui malaxer les fesses. C’est assez gênant, d’autant que seul un foulard mal noué les couvre, mais ça a l’air de lui faire vraiment plaisir, Joséphine le laisse faire et se détend 70

peu à peu sous ses doigts fermes « Tu as quel âge ? », demande-t-il. « 15 ans à minuit », répond Joséphine, que l’action combinée du gin et des doigts commence mécaniquement à alanguir. « C’est dans 30 secondes », dit-il en regardant sa montre, avant d’enfoncer sa langue dans la bouche de Joséphine. « Quel drôle de début de quinzaine », pense Joséphine, qui tourne et virevolte, plaquée contre la ceinture du jean d’un vieux rasta blond, une épaisse langue inconnue dans la bouche, ne sachant trop quoi faire de ces grosses lèvres qui mordillent les siennes, ni de ces mains un peu sales qui lui parcourent impudiquement le corps sur la piste de danse et se glissent sous son foulard. Au moment où il la retourne pour soupeser ses seins, elle jette un regard à la ronde et flaire l’arrivée de l’apocalypse. Les membres de la meute déguisés de nu sont répartis dans le bar, et pour une personne qui les touche, il y a dans un rayon autour d’elles une dizaine de personnes qui voudraient les toucher. Charlottine gratte le torse du barman, qui ouvre sa troisième bouteille de champagne et sert gratuitement des tournées à la ronde, euphorisé par le parfum muscat qui s’est mis à flotter dans son bar. Sur le flipper, deux filles de la meute sont assises, chacune caressée par un jeune du camping. Dans un coin, une des rares jeunes du camping de sexe féminin fulmine, les larmes aux yeux, discute véhémentement avec un autre jeune du camping. Joséphine a un court temps d’empathie pour elle, supposant qu’un des deux jeunes du camping, probablement celui qui est maintenant en train de grimper sur le flipper, toujours en jean, certes, mais indéniablement allongé entre les jambes ouvertes, longues et prolongées de talons aiguilles d’une membre de la meute déguisée de nu, supposant que celui là même était peut être auparavant son propre jeune du camping, à elle, jeune du camping, dans un autre monde sans le jeu, où tout était encore normal, les jeunes du camping avec les jeunes du camping, sans membre de la meute déguisés de nu, mais très vite, Joséphine pense, c’est le jeu, ce soir, c’est le jeu. Et elle n’est pas membre de la meute. Donc rien à foutre.


Devant les toilettes, une membre de la meute embrasse goulument le dispensateur de gin tonic de Joséphine, puis Charlottine, qui entre temps est repassée de l’autre côté du bar. Deux membres de la meute cajolent un touriste des bateaux aux cheveux blancs, en jaquette de capitaine, qui sort une liasse de billets de sa poche avec autant d’automatisme qu’un distributeur et tente maladroitement de les diriger vers les toilettes. Très vite, l’espace se sépare entre les toucheurs et les nontoucheurs de chair de membre de la meute déguisée de nu. Chez tous les non-toucheurs, la frustration alcoolisée monte d’un cran. Les autres fouaillent et massent, la production d’hormones sexuelles du café touche un pic quand le barman, qui en est à sa cinquième bouteille de champagne offerte porte un ridicule toast « À l’amour ! Qui s’est déplacé en personne ce soir ! En personne ! » Joséphine s’est de nouveau installée sur son tabouret de skaï rouge collant, elle rattache consciencieusement le paréo qui menace de se détacher pour de bon après le malaxage sévère du vieux rasta blond, pendant que le dispensateur de gin abandonne sa membre de la meute pour revenir s’installer en face d’elle. « Ça va ? », demande-t-il, lui aussi légèrement entomologiste, quoique le souffle court. Avant qu’elle n'ait pu répondre, le barman de l’espèce des beaux gosses des plages avec collier de surfeur attrape Joséphine par derrière et passe benoîtement la main sur ses seins, en terrain conquis. Le dispensateur de gin se lève d’un bond, comme si on l’avait piqué et interpelle le barman. « Hé, non mais tu te crois où, là ? » C’est le signal : dans le café, le taux de frustration des non-toucheurs de chair bascule dans l’intolérable. Le dispensateur de gin empoigne le barman, le rasta déchire la veste du touriste des bateaux, atteint par une cannette que la jeune du camping avait lancé en direction de son ex-jeune du camping, lui même occupé à lancer une chaise sur un autre jeune du camping puis tout explose. La meute organise son repli au moment où le premier cocktail molotov est lancé par le touriste des bateaux en jaquette de capitaine, en direction de la fille du camping à quatre pattes sur le dos nu du barman, dont elle tire maintenant les cheveux de surfeur en hurlant. Tapie dans le sable fin et humide de la petite crique, la meute observe les flammes qui réduisent le bar en fumée. Interdite. La mer suce la plage et la recrache. « Olé ! », siffle Charlottine, le bras en courbe au-dessus de

sa tête, et tape deux fois dans ses mains, légèrement triomphale. La meute est muette. Ses membres se serrent les unes contre les autres. La nuit est fraîche, mais la ligne d’horizon commence à s’éclaircir. Les garçons de la meute sont mortifiés. Ils veulent que cette soirée ne se soit pas passée, l’effacer. Ils sont réapparus à l’heure juste pour organiser le repli. Pendant le reste du temps, ils ont fait des ricochets sur le port. Soirée de merde. Et le mieux, c’est que maintenant ils ont presque peur des membres de leur propre meute. La liasse du vieux touriste des bateaux leur laisse une coquette somme d’argent. Plus importante que tout ce qu’ils pourraient gagner en travaillant à Boulemich, le boulanger devant le lycée pendant un an, à deux membres de la meute. En plus, ils doivent écouter les histoires intimes de chaque membre de la meute, c’est le partage du butin. L’une a été brièvement enfermée dans les toilettes par le barman de l’espèce des beaux gosses des plages avec collier de surfeur et s’est en sortie en vomissant à point nommé sur son tee-shirt « I love California », « ah, c’est pour ça qu’il était torse nu après ! », comprennent ensemble les membres de la meute. Une autre a tâté l’érection de deux jeunes du camping en même temps, une dans chaque main sous le flipper. Une autre a pissé dans l’eau du port, portée à bout de bras par un vieux touriste des bateaux qui défaillait de bonheur. Une autre a vomi à quatre pattes, en passant la tête par la trappe au sol du bar, pendant qu’un jeune du camping, pas dégoûté, tentait de passer une langue mouillée sous l’élastique de sa culotte. La meute ramène ses expériences au centre et se les partage dans la crique, dans l’odeur des cendres du bar du bout de la jetée. Elles ont mis le feu à un café. Ça leur a pris quatre heures, cette possibilité existe. « Bon à savoir », conclut Joséphine. Mais pire que tout : ils n’ont toujours couché avec personne.

III.

Sur le bateau du retour, la lumière est tombée beaucoup trop vite, avec des couleurs trop crues, le bleu roi de la mer infinie, les rouges vifs des tables de bistrot, les dorures criardes du matin. En rentrant à la caravane, sur la table en fer forgé rouillé, le père de Joséphine avait déposé un paquet de croissants chauds à leur intention. — 71


Yoann Sans titre, 2013. Crayon sur nappe 45 x 30 cm.

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Parfois, les hommes qui aiment vraiment les automobiles s'arrêtent pour les photographier dans la rue. Parmi ceux-ci, il existe une frange particulière qui aime tout autant la typographie. Elle photographie alors les logos des marques et le nom des modèles. Nous voulons rendre hommage au site qui réunit leurs travaux et vous inviter à y faire un tour. www.chromeography.com

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H BANDE au sens de la musique

qui accompagne les images et les dialogues d'un film. On la dit parfois originale.

H

LA BANDE DU REX Film dramatique de 1979 réalisé par Jean-Henri Meunier sous le pseudonyme 108-13. 76


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Du magnéto au Space Echo, de l'électroacoustique en Amérique à la Jamaïque psychédélique, retour sur l'écho à bande, un traitement du son qui a fait son effet. Par Michel le page & KRIKOR KOUCHIAN n doit à Mr Valdemar Poulsen, ingénieur danois du XIXe siècle l'invention du premier dispositif d'enregistrement magnétique, le Télégraphone. Mais c'est Fritz Pfleumer qui met au point 30 ans plus tard la bande magnétique, qui sert dans un premier temps à l'enregistrement et la rediffusion d'émissions radio, notamment par l'armée allemande entre 1939 et 1945. Après la guerre, le magnétophone à bande s'impose rapidement comme le standard de l'enregistrement audio. Les diverses manipulations de bandes magnétiques feront partie des expérimentations de la musique concrète, de la musique contemporaine et électroacoustique de l'après-guerre.

Il est difficile d'attribuer à quelqu'un l'invention de la bande en boucle, « tape loop », mais dans le domaine de la recherche musicale et sonore, la première utilisation combinée de deux magnétophones avec une seule bande serait l'idée des compositeurs Pauline Oliveros et Terry Riley au début des années 1960, au sein du San Francisco Tape Music Center. Ainsi, un son joué par un instrument était instantanément enregistré sur le premier

Petite sélection chronologique avec Krikor Kouchian, musicien électronique français :

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PAULINE OLIVEROS « Mnemonics II » San Francisco Tape Music Center 1964-1966

TERRY RILEY « A rainbow in curved air » A rainbow in curved air 1969

STEVE REICH « Come Out » 1966

AUGUSTUS PABLO « Braces Tower Dub » King Tubbys meets rockers uptown 1977

LEE PERRY « Disco Devil » 1977 BAUHAUS « Bela Lugosi's Dead » 1979 RIUICHI SAKAMOTO « Riot In Lagos » B-2 Unit 1980


appareil, puis lu sur le deuxième appareil (créant ainsi une répétition décalée du son, un écho, un « delay »), ce deuxième son revenant ensuite par câbles audio se rejouer dans le premier appareil en se superposant aux sons suivants, et ainsi de suite, engendrant ainsi des créations sonores multi-couches en une seule prise que des musiciens de rock & pop éxpériementale comme Robert Fripp (et ses « Frippertronics ») ou Brian Eno ont continué d'explorer. Ce principe de bande en boucle, de l'enregistrement et de la reproduction sonore décalée par plusieurs têtes de lecture est également à la base du fonctionnement des « machines à écho »

SUICIDE « Radiation » 1981 ROBERT FRIPP « 1984 » Let the power fall 1981 CONNY PLANK/NEU! « Paradise Walk » Neu ! '86

que des ingénieurs mettront au point dans les années 50. Les appareils restent fragiles et d'une fiabilité incertaine, et la bande en boucle utilisée étant de longueur réduite, les possibilités d'écho se trouvent encore limitées. Cependant l'effet est très prisé des musiciens, surtout les guitaristes et le delay très rapproché, dit « slapback » devient une signature du rock'n'roll des années 1950, notamment grâce à des pionniers comme Les Paul. Dans les années 1960, on voit apparaître des équipements plus compacts et transportables, avec les premières machines « Echoplex » ou « Copycat ». Il faudra cependant attendre les années 1970 pour que se démocratise l'utilisation de systèmes d'échos à bande pratiques et abordables (comme le « Space Echo » de la marque Roland, machine mythique encore très prisée aujourd'hui pour sa richesse de son analogique), et l'utilisation de l'écho se retrouve très vite au cœur de la production du dub, version instrumentale et expérimentale de la musique reggae, qui deviendra une influence majeure de la musique pop, rock et électronique des décennies suivantes. —

MAURIZIO « Domina (Maurizio Mix) » 1993

UNKNOWN MYSTERIOSO « Approach » 2000

RHYTHM & SOUND « Mango Drive » 1998

WATKINS & ALMADOVAR « Untitled » Copicat Tracs Vol. 1 2013

... la bande originale de l’article à écouter en boucle sur www.irreverent.fr

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La bande à grand-mère Avec le temps, on oublie les voix sauf si on les enregistre et qu'on les réécoute. Par Pierre-Olivier François

'ai toujours pensé qu'il serait difficile d'assumer un grand-père directeur d'usine chez les maîtres de Forges, ou responsable de la police coloniale en Haute-Volta, ou colonel fusillant des déserteurs au Chemindes-Dames. Mais que ma grand-mère ait fait l'entraîneuse à l'Oriental Café ne m'a jamais dérangé. En soi, cela n'avait rien d'extraordinaire. Fille d'ouvrier agricole, enfance banale de pauvreté, exode rural pour fuir un avenir aux sillons trop tracés pour faire rêver, atelier de filature, usine d'armement pendant la guerre, puis rencontre entre la Normande bien en chair et un homme propre sur lui qui, au cours d'une vague chorale de charité, se laisse séduire par sa voix et son charme un peu canaille. Il l'emmène dîner, danser, chanter. Lui promet le Pérou. Et elle hérite de quelques plumes dans un cabaret et d'un déshabillé trop transparent pour être honnête. Sa voix berça ainsi pendant quelques années groupes de noceurs passablement éméchés en tenues 80

de soirées et ouvriers plombés au saturnisme ravis de dépenser leur paye ailleurs qu'à boire dans leur mansardes. Lors de ses rares passages en Normandie, elle ne manqua pas d'allumer un cierge au saint local dans l'espoir de passer à la radio sans fil alors en pleine expansion, ce qui, alléluia, arriva vers 1926/1927. On entendit alors sa voix déjà passablement attaquée par les cigarettes (ce qui n'a jamais nui à une voix de diva, même débutante) jusque dans les Cévennes et le Jura. Puis, un jour, un brave fermier venu fêter à la capitale une vente de bêtes à corne qui avait dépassé ses plus fols espoirs s'offrit les charmes de la chanteuse attitrée de l'Oriental Café. Hasard ? L'homme était d'un canton proche de celui où elle avait vu le jour. Cette nuit-là, il y eut plus qu'affinités. Quelques semaines plus tard, ma grand-mère quittait la nuit parisienne pour retrouver un monde agricole à la fois familier et nouveau, puisque désormais, elle n'était plus la fille du vacher mais l'épouse du riche fermier. Même si on continua un certain temps à sussurer dans son dos que sa vie parisienne n'avait pas été très catholique, on lui donnait du Madame, ce qui l'amusait beaucoup. Et je crois que cela ne manquait pas d'émoustiller mon grand-père. De cette époque, et de cette voix, il ne reste hélas pas grand-chose. Rien, sauf quelques échos chevrotants et nasillards sauvés des ondes des années folles, et conservés par jene-sais-quel miracle sur une cassette qu'on a toujours appelée, chez nous, « la bande à Grand-mère ». —


julien grataloup La gazette, 2012.

Collage, technique mixte sur papier. 30 x 42 cm.

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corinne jullien Des origines Ă mes jours, 2013.

Acrylique et huile sur toile 130 x 130 cm.

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Pneumatic song 1 « A word is dead, when it is said Some say – I say it just begins to live That day » Emily Dickinson

C’est l’odeur de la mort qui vous a mené jusqu’à moi. Je suis là – pourrissant quelque part dans ce salon nauséabond. Tirez les rideaux, faites entrer la lumière du jour et du dernier soleil que mon corps touchera. Vous ne me voyez pas, mais moi je vous vois. Vos mains nerveuses trahissent votre angoisse et malgré vos visages masqués vous me sentez. Je suis là – sur le lit – sous le grand tas bizarre de ruban noir. À présent vous m’avez trouvé mais je ne suis plus là. Je vous en prie soyez délicat avec la bande 2 pouces qui m’entoure et me dissimule. Rembobinez-la très doucement – et sans faire de pli. Nous en aurons besoin pour l’enterrement. Vous y entendrez le silence de mon agonie. Et vous la jouerez – et vous l’écouterez (en silence) le plus fort possible – comme je l’ai toujours fait quand j’étais ivre mort – essayant de vivre dans un temps qui me tuait plus que ne me tue la mort maintenant. Sans doute certaines traces figureront sur ces 23 pistes. Vous devrez les éclater de la première à la dernière dans le sens de l’écriture que j’ai apprise – de la gauche vers la droite, la vingt-quatrième pour le time code. Aucun effet de réverbération ne saurait être nécessaire – choisissez un lieu ample et sacré à l’acoustique longue. Tordez les amplis – que les VU-mètres rougissent. Le public devra être sage et se laisser guider par l’esprit du souffle. Il est possible que certaines scènes d’hystéries se manifestent ici où là. Laissez faire les hystériques – comme les humbles, ils seront sauvés – ne les calmez pas. Regardez plutôt le soleil tourner – les océans s’effondrer – les montagnes jaillir et les champignons fleurir dans le ciel et sur la terre que vous avez salie. Enfin – priez pour que je ne revienne plus.

2 Sur la k7 audio que vous trouverez dans mon estomac décomposé, j’ai enregistré un chant simple et doux, un chant d’amour et de combat qui vous rappellera combien la vie tue la mort par la mort et combien la mort nie la vie. Vous devrez le copier sur du papier ou l’apprendre par cœur, il vous servira de mémoire si jamais sur l’Île elle venait à vous manquer. Stabat Mater Dolorosa – Debout la Mère pleine de douleur Debout la Mère pleine de douleur – Stabat Mater Dolorosa

Jérôme-David Suzat-Plessy 29 septembre 2012 – Paris Montparnasse

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Marc UPson

Bande(s) Berlin

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Ils ont plongé pour ce numéro… Bruce Nauman, né en 1941 à Fort Wayne en Indiana, est un artiste vidéaste et peintre américain. Il fait des études d'art et de mathématiques à l'université du Wisconsin puis d'art à l'université Davis en Californie. Sa première exposition personnelle a lieu en 1966. Il déclare pratiquer « un art qui agresse le spectateur ». Marie Nimier a fait ses débuts au théâtre avant de publier plusieurs romans chez Gallimard. Son livre La Reine du Silence a eu le Prix Médicis en 2004. Pour Irreverent c'est un extrait de son dernier roman Je suis un homme qu'elle publie. www.marienimier.com

Ekkehart Rautenstrauch, est

et à l'Enblanco Projektraum de Berlin. www.christinagransow.de

Briac leprêtre, né en 1972, Diplôme national supérieur d'expression plastique (DNSEP) en 1997 Beaux-arts de Quimper, vit et travaille à Rennes. Il est représenté par la galerie MélanieRio. www.ddab.org/lepretre

Meyer est photographe du collectif Tendance Floue. Plongé entre Afrique noire, tauromachie camarguaise et doux mouvements de qigong à Pékin. Flore-Aël Surun est photographe du collectif Tendance Floue dont les photos bleutées évoquent des rêves de survie, de paix et d'amour.

né en 1941 à Zwickau en Allemagne. De 1962 à 1967, il étudie à l’école des BeauxArts de Stuttgart dans la tradition du Bauhaus. Il s’installe en France en 1968. Nommé professeur à l’école des Beauxarts de Nantes en 1972 - jusqu’en 1982 - il a enseigné depuis à l’Ecole Supérieure d’Architecture de Nantes jusqu’en 2006. Il est décédé en 2011.

www.tendancefloue.net

www.rautenstrauch3d.com

archiviste amateur et fou de cinéma. Il le prouve, depuis quatorze ans, sur papier et sur internet dans les fiches du cinéma.

Fabrice Praeger vit et travaille à Paris. Il étudie le design à l'école « Les Ateliers » (ensci) puis collabore aux « Graphistes Associés », il travaille à la fois sur les mots, les images et les objets, aux frontières du graphisme, du design. Une expositon rétrospective et un livre de 300 pages lui ont été consacrés en 2002 par la ville de Chaumont : « Fabrice Praeger - INVENTÈR ». Ex Machina, photographie bicéphale. Entre Portrait et Nature morte, la forêt, les masques, la lumière du matin... www.exmachinaphotographie.com

Caroline Andrieu, illustratrice parisienne, oriente son crayon vers la pratique des portraits qu’elle sélectionne au gré de ses coups de cœur picturaux, cinématographiques ou photographiques. Une pratique quasi quotidienne, pour le plaisir du vrai portrait. www.untitled-07.com

Christina Gransow a étudié à l'université des sciences appliquées de Hambourg, en Allemagne. Elle y vit et travaille comme illustratrice free-lance. Ses dessins méticuleux, réalisés au crayon de couleur sur des grands formats ont été exposés à la Trancepop Gallery de Kyoto,

Jérôme-David Suzat-Plessy, ou Cheval Blanc, son nom de scène, évoque le songe, le vin et la drogue. C’est à nos yeux le secret le mieux gardé de la chanson française.

Michel Berjon est un éternel

www.fichesducinema.com

Marc Allen upson, dilettante professionnel né en 1965 aux étatsunis dans le Connecticut à Middletown, importé en France à l'âge de six ans. Bulle pour vivre et tire les images des autres pour subsister, prend des photos par facilité ou pour le plaisir des amis. Accumule les guitares de collection, les apparitions sur les scènes underground. www.mupson.com

Antonin Imfeld a une trentaine d'années. Il vit à Paris et n'a aucune ambition littéraire. S'il écrit, c'est essentiellement pour bénéficier du succès que cette activité suscite auprès des filles.

Christophe hubert est né en 1956, année du rockabilly et du slip Kangourou. Médecin anesthésiste à Nantes, travaille en pyjama, s'intéresse à tout ce qui tient éveillé.

Roland Topor est né en 1938 à Paris, échappe à la raffle du Vel d'hiv', et vit ensuite une enfance parisienne heureuse. École des Beaux-arts de Paris, dessine, peint, écrit, Hara-Kiri, théâtre, cinéma, opéra, TV. Profite à fond de la vie

pour tenter d'échapper à ses angoisses. Rire et panique. Intelligence et liberté. Artiste multiple et très méconnu (image médiatique grotesque et réductrice). 1997 KO final.

Margot Lauxer, ex-championne française de volley, migre à Berlin, où elle exerce divers métiers, souvent liés aux mots, dont celui de boulangère. Son champ lexical en allemand est d’une précision rare en matière de Brötchen et autres viennoiseries germaniques.

Gilles Sebhan est auteur de plusieurs romans dont les thèmes gravitent autour de l'enfance, la transgression et l'homosexualité. A consacré des essais à Jean Genet et à Tony Duvert. Vient de publier London WC2 aux Impressions Nouvelles. http://gilles-sebhan.fr

Tom de Pékin n’est pas vraiment de Pékin mais de Savoie et vit à Paris. Artiste militant, graphiste, réalisateur, il a travaillé pour Les Lettres Françaises, Têtu et Amnesty International. Récemment il dessina l'affiche pour le film L'Inconnu du lac, d'Alain Guiraudie. Marc Bruckert aime le Mexique, la musique mexicaine et la typo murale qui va avec. Martine Besombes a un peu travaillé comme maquettiste dans des studios de création. A énormément travaillé comme décoratrice et accessoiriste avec Philippe Découflé et d'autres. Beaucoup travaillé dans le décor intérieur et continu d'ailleurs. Après avoir redécouvert la toute petite mine de plomb, elle prépare une exposition pour début octobre 2013. Medhi Masud « Il aimait tout chez elle, même l’odeur de sa merde ». Ses nouvelles mêlent un romantisme échevelé à la Sagan aux remugles tempétueux du Sanibroyeur. Guérillero malheureusement perdu d’un journalisme n’aimant guère les miroirs tendus à hauteur de braguette, Mehdi a vu le destin lui filer un coup de pied au cul pour le réorienter opportunément vers la littérature. mehdimasud.blogspot.fr

Evor déploie des caprices trans-genres, des totems extravagants, des accessoires improbables et autres objets fétiches intimement liés à l'objet du désir. Ses Mascarades, masques de parade, pren85


nent le nom des villes où elles furent conçues et portées : Leipzig, Praha, New York, Venezia. Mascarade Fougères a été spécialement réalisée pour ce numéro d'Irreverent. www.evor.fr

Louise Dumas est diplômée aux Beauxarts de Nantes, à l'Université d'Arts Visuels de Venise et en lettres modernes. Elle répond à des commandes d'illustrations pour des agences, travaille pour le théâtre et a participé à Factorev en 2013. www.louisedumas.fr

Clément laigle est né en 1978 à Rennes. Après un post-diplôme à Genève en 2008, il s’installe en France où il continue de travailler. Son travail oscille entre la sculpture et l’installation, avec de nombreux aller-retour vers la 2D. Il est également le cofondateur de MBDTCurators en 2011, entité ayant pour vocation de défendre le travail de certains artistes. www.clementlaigle.com & http://mbdtc.eu

Ricardo Mosner, peintre, sculpteur, fait partie de la bande « des papous dans la tête » sur France Culture depuis trente ans, Commandeur Exquis du Collège de 'Pataphysique, il exposera à la Galerie Lara Vincy en novembre 2013 où il présentera « Le Chat noir et autres contes de terreur » d'Edgar Allan Poe, peintures de Mosner (Éditions Gallimard). Julien Grataloup est un illustrateur graphiste noctambule dont les découpages et collages se répandent du New Yorker à Libération. www.juliengrataloup.com

Pierre-olivier françois est journaliste bourlingueur sur la chaîne Arte. Il a travaillé sur la Corée du Nord, la Sibérie, l'origine des frites ou de la pizza.

Olivier Forest a été programmateur du festival Filmer la Musique de 2007 à

2011. Il co-dirige actuellement le festival F. A.M.E - Film & Music Experience, dont la première édition aura lieu en mars 2014 à la Gaîté lyrique à Paris. Il travaille sur un deuxième épisode de son documentaire White Noise, pour Docteur Fiole Production.

De 1992 à 1998, il couvre plusieurs conflits armés à Sarajevo. En 1996, il est lauréat du prix World Press Photo. Il a travaillé pour Libération, Les Inrocks, L'Express, Télérama. Il est également le co-fondateur du site Web Revue.com. Il meurt le 2 mars 2012.

Michel Le page & KRIKOR Kouchian

Corinne Jullien vit, peint et travaille aux Lilas. Dans ce numéro, elle a illustré un poème de Cheval Blanc.

Un jour, un soir, un lieu unique, une rencontre, un diner, un bon vin, un mix, une proposition de contribution, vingtcinq emails, une double page. http://cargocollective.com/micheldetrentemoult/ www.krikor.fr

Mónica Santos est commissaire

www.theblogdecorinnejullien.blogspot.com

Yoann est dessinateur, père de Toto l'ornithorynque, du Fennec et de Donjon Monsters. Le jeune Spirou est son fils adoptif.

d'exposition et graphiste. Elle réalise des illustrations et prépare actuellement un roman-graphique à base de photographies et dessins.

Théo Mercier, né en 1984, est un

Musta Fior vit et travaille en France.

www.theomercier.com

Collagiste depuis 2010, il réalise ses collages surtout à base de papiers mais use parfois de la souris pour des collages digitaux. Il collabore avec d'autres collagistes internationaux sur divers supports. www.mustafior.tumblr.com

James King est diplômé d'Oxford. Il a assisté Daniel Spoerri (mouvement Eat Art) et Raymond Mason. Il expose en France et à l'étranger. http://jamesking.free.fr

Régis Gonzalez est plasticien. Ses travaux les plus récents nommés « Director's Cut », trouvent leur inspiration aussi bien dans les films d’horreur et les faits divers que dans la peinture italienne et espagnole de la Renaissance et du XVIIème siècle. www.regisgonzalez.com

Jérôme Brézillon, né 1964 à Paris, commence par être photographe publicitaire, puis devient photoreporter.

plasticien français. Son travail mêle bizarrerie et humour noir et prend la forme de collages, cadavres exquis, installations et sculptures.

Philippe lopparelli est photographe du collectif Tendance Floue explorant aussi bien la sidérurgie, les cirques que les fêtes techno. www.tendancefloue.net

Denis Esnault, après un passage par la boîte de prod Le Village, participe à la création du Vrai papier Journal de Karl Zéro, collabore à Nova Mag et devient indépendant. Aujourd'hui directeur artistique du magazine Terra eco et fondateur d'Irreverent, il modèle aussi la terre du Perche et en fait plâtres et bronzes. www.enodenis.fr

Arnaud Sagnard est journaliste. Il a écrit par le passé pour Photo, 20 Minutes et Libération. Aujourd’hui, chef de Rubrique à GQ le jour, il façonne la nuit la revue Irreverent avec Denis Esnault. Auteur du livre Vous êtes sur la liste ? Enquête sur la tyrannie des branchés.

a www.irreverent.fr

Bon de commande Numéro I - Empire - 3 € Numéro II - Fleur - 3 € Numéro III - Addiction - 3 € Numéro IV - Créatures - 3 € Numéro V - Lieux Uniques - 3 € Numéro VI - Sauvage - 5 € Numéro VII - Rythme - 5 € Numéro VIII Numéro IX - Double - 9 € Numéro X - Bande (s) - 9 € - Frais de port 2 € par numéro Dieu (x) - 5 € Je fais un don et soutiens la revue Irreverent Nom :.........................................Prénom ..................................E-mail :..................................................................................................... Adresse (N° et voie) :.................................................................................................................................................................................. Lieu-dit ou Boîte postale :........................................................ Code postal :...............Ville :............................................................... J’envoie mon chèque à l’ordre d’Irreverent 12, rue de l’Ouche Cormier 44100 Nantes - France 86


Les neuf autres numĂŠros et la musique qui les accompagne sont sur www.irreverent.fr


ISNN : 1779-3165 ISBN : 978-2-9535800-37

9 782953 580037

9 euros

Irreverent est un objet artisanal et rare qui offre un espace à des travaux inédits et des créations libres d’artistes. Chaque numéro est consacré à un thème que ces gens de texte ou d’image sont chargés d’illustrer. Depuis sa création en 2007, Irreverent a publié 158 contributeurs. Dans ce numéro, il observe notre entre-jambes, creuse la terre et écoute de vieux magnétophones.

Bruce Nauman, Five Marching Men, 1985 - Friedrich Christian Flick Collection

Nauman, topor, Rautenstrauch, Nimier, praeger, lopparelli, meyer, gransow, Suzat-Plessy, Berjon, mercier, lauxer, yoann, De Pékin, Surun, forest, le Page, Jullien, santos, Esnault, sagnard, Grataloup, KING, imfeld, masud, sebhan, upson, besombes, evor, leprêtre, brÉzillon, FIOR, Guitard, KRIKOR, bruckert, dumas, andrieu, mosner, françois, laigle, gonzales, HUBERT, Ex machina.


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Irreverent X by denis esnault - Issuu