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Irreverent IX

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Revue annuelle N° IX - Thème : DOUBLE - Janvier 2012 - www.irreverent.fr

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Marc Caro


Chers singletons, Nous vous demandons tout d’abord pardon de vous avoir livré si tardivement. Les travaux ont pris du temps, mais tâtez un peu cela, le bifteck est deux fois plus épais. Sachez que dorénavant, il faudra une année entière pour fabriquer un numéro. L’artisanat prend du temps. Pour le numéro IX, nous avons choisi DOUBLE, un thème de circonstance. Gardez en mémoire qu’au début du siècle dernier, ce mot désignait le surveillant chef d’une prison. Bienvenue dans votre nouvelle cellule et bonne détention. Directeur de la publication : Denis Esnault - Rédacteur en chef : Arnaud Sagnard - Relecture : Claire Baudiffier Direction artistique : Denis Esnault - Textes : J.G. Ballard, Jean-Louis Costes, Balthazar Gibiat, Pierre Giquel, Christophe Blanchard, Jérôme-David Suzat-Plessy, Joaquim Caroça, Guy de Maupassant, Michel Berjon, Clovis Goux - Photographes : Mat Jacob / Tendance Floue, Emmanuel Pierrot, Axelle de Russé, Florian Sicard, Fréderic Stucin / MYOP, Morgane Hamel, Jean-Dominique Billaud, Jeffrey Silverthorne / Galerie VU', Crapaud Mademoiselle, William Londiche, Patrick Tourneubœuf / Tendance Floue, Flore-Aël Surun / Tendance Floue Dessins : Tom de Pékin, Placid, Corinne Jullien, Corinne de Battista, Quentin Faucompré, Arno Rocher - Illustrations : Marc Caro, Pascale Hémery, Julien Grataloup - Peinture : James King, Daniel Bassin - Instantanés ordinaires : Sylvie Meunier - Sculptures : Andreas Schieger, Denis Esnault. Couverture : John Stezaker, Marriage (Film Portrait Collage) LXI, 2010 Collage 28,5 x 21,5 cm Courtesy of The Approach, London Irreverent remercie Karine Lucas, Marie Sumalla, Marc Bruckert, la galerie MélanieRio, Picturetank, Marc Caro, Gilou Le Gruiec et Etienne Hatt / Galerie VU', Mary Cork / The Approach, tous ses charmants actionnaires, les lieux de diffusion qui soutiennent cette aventure, chacun des participants et tout particulièrement Maxime Rautureau et Claude Chausseur. Irreverent est distribué par le Collectif des Editeurs Indépendants. Vous pouvez vous abonner en allant sur notre site : www.irreverent.fr - mail : revueirreverent@yahoo.fr Copyright Irreverent® et les auteurs, tous droits de reproduction réservés. INPI : 06/3416203 - N° ISNN : 1779-3165 - ISBN : 978-2-9535800-20 Imprimé en France par l’imprimerie Legovic (Nantes) - Edition originale : 1000 exemplaires.


« X2, homme de dos » - Pascale Hémery - 2011


Charles burns « The black hole teens » - 2011

Portraits extraits d’une suite de 20 sérigraphies / 35 x 50 cm impression en un passage noir sur papier cyclusoffset 350 grammes tirage limité à 75 exemplaires signés et numérotés au dos / www.artsfactory.net


ouble 13 Extrait de la nouvelle Zone de terreur de J.G. Ballard 16 Hommage au jeu vidéo Double Dragon 20 La terrible histoire des sœurs de Havilland par Clovis Goux 24 Célébration du groupe de jazz vocal Double Six 26 Le type dans le miroir, un texte inédit de Balthazar Gibiat 34 Recette du porc aux coquillages bicéphales 35 Portfolio du photographe Frédéric Stucin / Myop 38 Les instantanés ordinaires de Sylvie Meunier 52 Portfolio de Jeffrey Silverthorne / Agence Vu 58 Lui ? Une nouvelle de Guy de Maupassant 66 L’abécédaire du double au cinéma par Michel Berjon 76 Mes pieds sont partis avec mes yeux, une nouvelle inédite de Jean-Louis Costes 85 Liste des contributeurs


Mat Jacob / Tendance Floue


Emmanuel Pierrot


Zone de terreur (extrait) Par J.G. BALLARD

J. G. Ballard Nouvelles complètes 1956 / 1962 Tristram éditeur Extrait de ZONE DE TERREUR traduction de Pierre K. Rey (La région du désastre)

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ayliss rangea la seringue hypodermique dans sa mallette qu'il posa sur le couvercle de la chaîne stéréo. « Hallucination n'est pas tout à fait le terme qui convient, » dit-il à Larsen qui reposait, l'air abattu, buvant du whisky chaud à petites gorgées, sur le canapé du psychologue. « Cessez donc de l'utiliser. Une image psychorétinienne d'une intensité et d'une durée remarquable, oui ; mais pas une hallucination. » Larsen protesta mollement. Une heure plus tôt, il avait fait irruption dans le chalet de Bayliss, terrorisé, comme si, littéralement, il était hors de lui. Bayliss l'avait calmé puis entraîné à l'autre bout de l'allée bétonnée jusqu'à la fenêtre pour lui faire constater que son double s'était bel et bien envolé. Le psychologue n'avait pas manifesté la moindre surprise en apprenant l'identité du fantôme, et cela agaçait Larsen presque autant que l'hallucination elle-même. Qu'elle carte cachait donc Bayliss dans sa manche ? « Ce qui m'étonne, » lui fit-il remarquer, « c'est que vous n'y ayez pas pensé plus tôt vous même. Votre description de l'homme dans le garage était si évidente : la même chemise, sans parler de la parfaite ressemblance physique, jusqu'à la moustache, exactement comme le vôtre. » Reprenant quelques forces, Larsen se redressa sur son séant. Il lissa son costume de gabardine couleur crème et épousseta ses chaussures marron et blanc. « C'est gentil à vous de m'en informer. Maintenant, dites-moi qui il est ? Mais c'est vous bien sûr. Ça, je ne sais pas, mais pourquoi ? D'où sort-il ? Bon Dieu, je suis en train de devenir fou. » « Mais non, vous ne l'êtes pas », dit Bayliss en faisant claquer ses doigts. « Reprenezvous. Il s'agit d'un trouble purement fonctionnel, comme une vision dédoublée ou une amnésie passagère ; rien de plus grave. Si c'était le cas, je vous aurais fait partir d'ici depuis longtemps. C'est peut-être ce que j'aurais dû faire, d'ailleurs, mais je crois que nous pourrons trouver un moyen sûr de vous sortir du labyrinthe où vous vous trouvez en ce moment. » Il prit un carnet de sa poche intérieure de sa veste. « Voyons un peu ce que nous avons. À l'heure actuelle, deux faits se détachent nettement. Primo, le fantôme, c'est vous-même. Aucun doute là-dessus ; il est la réplique exacte de votre personne. Plus important, cependant, il est vous tel que vous êtes maintenant, votre exacte représentation située dans le même temps que vous, ni idéalisée ni mutilée. Il n'est pas le héros étincelant du surmoi, ni le vieil homme hagard de la pulsion de mort. Il n'est, en tout et pour tout, qu'un double photographique. Si vous déplacez votre doigt devant votre œil, vous verrez aussi un double de moi. Votre double à vous n'a rien de mystérieux, si ce n'est que le 13


« Il n’est pas le héros étincelant du surmoi, ni le vieil homme hagard de la pulsion de mort. Il n’est, en tout et pour tout, qu’un double photographique. » déplacement ne se fait pas dans l'espace, mais dans le temps. Voyez-vous, le second élément important que j'ai noté dans votre description confuse de ce fantôme était que, non seulement il s'agissait d'un double photographique, mais qu'il reproduisait exactement ce que vous aviez vous-même fait quelques minutes auparavant. L'homme dans le garage se tenait près de l'établi, précisément là où vous étiez quand vous vous demandiez si vous alliez emporter le jerrycan. La deuxième fois, l'homme qui lisait sur le canapé ne faisait que répéter ce que vous aviez fait avec le même livre cinq minutes plus tôt ; il a même regardé par la fenêtre, tout comme vous avant de sortir pour votre petite promenade. » Larsen approuva de la tête tout en sirotant son whisky. « Vous suggérez que l'hallucination serait un flash-back mental ? Exactement. Le flux d'images rétiniennes qui parvient au lobe optique n'est rien de plus qu'une suite d'images, une sorte de film. Chaque image est sauvegardée, et il y en a des milliers de bobines, l'équivalent de quelque cent mille heures de projection. Habituellement, les flash-back sont délibérés, lorsque votre cerveau sélectionne, dans sa cinémathèque géante, quelques instantanés plus ou moins flous, une scène d'enfance, l'image des rues de notre quartier, que nous transportons avec nous toute la journée, prêts à émerger à la surface de notre conscience. Mais pour peu que le projecteur se dérègle un tantinet – par exemple, du fait d'un surmenage – et revienne brusquement de quelques centaines d'images en arrière, le sujet va alors surimpressionner une section de film déjà exposée, totalement sans rapport avec le reste. Dans votre cas, une image de vous-même assis sur votre canapé. C'est le décalage par rapport au contexte qui rend la chose si terrifiante. » Larsen brandit son verre. « Attendez un peu. Quand j'étais assis sur le canapé en train de lire Kretschmer, je ne me voyais pas, pas plus que je me vois en cet instant. D'où me sont venues ces images en surimpression ? » —


Tom de PĂŠkin


Les pièces de monnaie ont peut-être simplement été inventées pour, à la fin du XXème siècle, glisser dans la fente du monnayeur d’une borne d’arcade et pour que les hommes, jeunes et nerveux, puissent en agitant des manettes, casser la gueule de figures de pixels qui leur ressemblent vaguement. Dans ce jeu, nous nous appelions alors Billy Lee et Jimmy Lee, et nos ennemis, Roper, Bolo ou Chin Tamei.

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DOUBLE MEPRIS - BAsse def Par GILBERT GARCIN

Axelle de Russé


Depuis le succès du Spellbound d’Hitchcock en 1945 où une psy (Ingrid Bergman) résolvait un crime en plongeant dans le marécage mental d’un faux coupable (Gregory Peck), Hollywood raffole de théories freudiennes qui lui permettent de donner un nouveau souffle à un genre, le film noir, qui étouffe sous ses propres clichés. De The Locket (John Brahm, 1946) à Possessed (Curtis Bernhardt, 1947) via Whirlpool (Preminger, 1949) voir le mélo trash Leave her to Heaven avec une Gene Tierney sans limites (John M. Stahl, 1946) on ne compte plus les hystériques qui passent à l’acte poussées par des pulsions inconscientes qu’elles ne contrôlent plus. L’enjeu du polar (on ne parle pas encore de thriller psychologique) n’est plus alors de démasquer un meurtrier mais bel et bien de découvrir le secret derrière la

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Par CLOVIS GOUX

Elles étaient sœurs, actrices de renom, belles comme une lame de couteau et se détestaient cordialement. Chez Les Havilland, la haine se cultive en grand.

Sisters 20

Los Angeles, l’actrice Olivia de Havilland vient de gagner un bras de fer historique contre Hollywood. Frustrée par la pauvreté des rôles auxquels son studio, la Warner Bros, l’astreint, la belle brune refuse au début des années 1940 tous les scripts qui la cantonnent à des performances de potiche ingénue que son physique de jeune fille sage prédispose. Ces temps de vacance où elle n’obéit pas au studio sont considérés par celui-ci comme des temps de suspension qui s’ajoutent à la durée de son contrat. Les acteurs sont alors des esclaves sous la tutelle de studios qui dirigent leurs destins en fonction de leurs desseins. Soutenue par la Screen Actor Guild, Olivia de Havilland va traîner la Warner Bros devant les tribunaux et obtenir le 23 août la révision de la loi : les contrats ne peuvent plus désormais dépasser les sept années. Olivia vient de réussir là où son amie Bette Davis avait échoué dix ans plus tôt, et devient, grâce à ce que l’on appelle désormais la « de Havilland law », une héroïne pour toute la profession. Elle est enfin libre et ne travaillera plus jamais pour la Warner Bros. Elle signe alors un contrat de trois films avec la Paramount qui vont faire d’elle une star de premier plan : To Each his Own, The Well-Groomed Bride et The Heiress. Mais c’est véritablement avec The Dark Mirror tourné en 1946 pour Universal qu’Olivia de Havilland parvient enfin à faire oublier la Mélanie Hamilton de Gone With The Wind (Victor Fleming, 1939) pour endosser un rôle pour lequel toute actrice vendrait son âme, ses gosses et toutes ses fourrures : celui de good twin, bad twin.


Olivia de Havilland

The Dark Mirror a l’ingéniosité de concilier dans un même mouvement enquête policière traditionnelle et analyse psy à la sauce hollywoodienne. Produit et scénarisé par Nunnally Johnson (déjà responsable de The Woman in the Window de Fritz Lang en 1944, il reviendra à la charge en 1957 avec The Three Visage of Eve sur les dédoublements de personnalité), The Dark Mirror raconte l’histoire d’une jeune femme accusée du meurtre d’un médecin. Elle a été formellement identifiée par un témoin, mais possède un alibi en béton. En se rendant chez elle, la police découvre qu’elle a une sœur jumelle, rigoureusement identique, et tente en vain de les confondre. Peine perdue, les jumelles font front et sont remises en liberté. La police demande alors à un psychiatre de déterminer laquelle est la meurtrière. Alors que le spectateur est dans un premier temps aussi désorienté que les enquêteurs, le réalisateur Robert Siodmak nous fait progressivement pénétrer dans l’intimité des jumelles afin de révéler les mécanismes d’une dualité manichéenne : l’une est bonne, l’autre est mauvaise, l’une est innocente, l’autre coupable. C’est au terme d’une lutte sans merci entre l’ombre et la lumière, entre la bonté et la cruauté que la vérité éclatera dans un final digne d’une tragédie grecque (ou d’un soap-opéra). Voir Olivia de Havilland incarner cette double entité dans un même plan grâce à un ingénieux système de cache, est, au-delà de la performance d’actrice (Olivia est alors sous l’influence de « la méthode » et exige que tous les acteurs du film consultent un psy), un spectacle qui file le vertige en nous renvoyant directement à notre fascination pour le double, le multiple, la reproduction infinie du vide que provoque deux miroirs face à face. Mais la dimension la plus troublante de The Dark Mirror est la lecture que l’on

La rivalité légendaire entre Olivia de Havilland et Joan Fontaine commence dès leurs naissances à Tokyo en 1916 et 1917. Leur père Walter Augustus de Havilland, d’origine anglaise, est avocat au Japon, leur mère Lillian Ruse est actrice. Les virées nocturnes du paternel dans les quartiers chauds de la capitale nipponne mènent le couple au divorce. En 1919, Lillian prétexte de la santé fragile de Joan pour se faire la malle et partir pour Saratoga en Californie où elle se remarie avec un certain George Fontaine, gérant d’un grand magasin, que ses deux filles détestent. Olivia n’est pas prête à partager l’amour de sa mère et fera tout pour en éloigner sa sœur. Dans son autobiographie, (No Bed of Roses rebaptisé par William Dozier, le second de ses quatre maris « No Bed of Truth ») Joan Fontaine écrira en 1979 à propos d’Olivia : « Je regrette de ne pas me souvenir d’un seul geste de tendresse de sa part durant toute mon enfance. » À 15 ans, ça ne s’améliore pas : « Olivia m’a jeté au bord de la piscine, m’a sauté dessus et m’a fracturé la clavicule. » Un simple échauffement pour une famille dysfonctionelle qui s’apprête à s’entretuer sous les feux de la rampe. Olivia est la première à suivre les pas de sa mère. Encouragée par cette dernière, elle prend des cours de théâtre et fait ses débuts à Hollywood en 1935 dans l’adaptation cinématographique de A Midsummer Night’s Dream (dans lequel on peut également découvrir un certain Kenneth Anger alors âgé de 8 ans). De son côté,

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porte, ce truc tordu qui coince dans les bas-fonds de l’âme humaine, l’incident traumatique qui est la cause de tout ce bordel.

ne peut éviter de faire du film au regard de la propre vie d’Olivia de Havilland et du combat acharné qu’elle a toujours mené contre sa propre sœur Joan Fontaine, autre actrice, autre star et ennemie intime. Une guerre sans fin toujours d’actualité : Olivia de Havilland, 94 ans, vit à Paris depuis 1953, Joan Fontaine, 93 ans, se la coule douce à Carmel en Californie, pourtant elles ne se sont plus adressé la parole depuis 1975. Interrogée récemment sur ce conflit qui couvre le siècle et si, à l’approche d’une mort qui approche à grands pas, elle ne voudrait pas, enfin, se réconcilier avec sa sœur, Olivia de Havilland s’est contenté de répondre par un « better not » cinglant, lancé dans un sourire crispé.


Joan de Havilland

Joan ronge son frein, mais trépigne déjà devant les portes des majors. Elle se confie à sa mère qui lui demande de changer de nom pour ne pas faire de l’ombre à sa sœur et lui interdit d’accepter un contrat avec la Warner Bros « car c’est le studio d’Olivia ». Joan de Havilland devient Fontaine et signe donc pour la RKO en 1935 où elle enchaîne les apparitions dans des films mineurs. En 1938, George Cukor, qui l’a dirigé dans No More Ladies, lui propose un rôle dans Gone With The Wind qui pourrait changer la donne. En apprennant qu’il s’agit de celui de Mélanie et non de Scarlett elle rugit « Allez plutôt demander à ma sœur ». Celle-ci accepte et est nominée l’année suivante pour l’Oscar du meilleur second rôle féminin. Joan fulmine. Quand elles ne se balancent pas à la presse (Joan sur l’amour secret d’Olivia pour Errol Flynn) et ne se volent pas leurs amants (Howard Hughes notamment) les deux sœurs s’écharpent désormais pour les mêmes rôles. Joan se met ainsi sur les rangs de l’adaptation du roman de Daphné Du Maurier, Rebecca, un projet qui fait baver toutes les actrices d’Hollywood. Produit par David O’Selznick, le film doit être réalisé par un certain Alfred Hitchcock dont ce sera le premier film américain. Olivia de Havilland passe évidemment le casting mais c’est finalement, après plus de six mois de tests, Joan qui est choisie. Le film est un triomphe et à 22 ans Joan Fontaine est nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice en 1941. Pour le plus grand soulagement d’Olivia de Havilland, c’est Ginger Rogers qui l’emporte. Le climax médiatique de la guerre Havilland/Fontaine a lieu l’année suivante : les deux sœurs sont nommées pour l’Oscar de la meilleure actrice, Joan Fontaine pour Suspicion d’Alfred Hitchcock, Olivia de Havilland pour Hold Back the Dawn de Mitchell Leisen. Le soir de la cérémonie, le gros Hitch voit, pour la seule fois de sa carrière, l’une de ses actrices remporter la statuette tant convoitée. Joan assise à la même table qu’Olivia est

paralysée à l’annonce de sa victoire. Les images des sévices que sa sœur lui infligeait petite défilent devant ses yeux « tel un kaléidoscope » dira t-elle. Elle sent alors Olivia « prête à se jeter à travers la table pour (la) traîner sur scène par les cheveux ». Quatre ans plus tard, Olivia tient sa revanche et gagne son premier Oscar pour son rôle dans To Each His Own. Après son speech de remerciement, Joan Fontaine lui tend la main pour la féliciter, mais Olivia l’ignore en lui jetant un regard froid, avant de pivoter sur ses talons et de s’en aller au loin, son précieux trophée entre les mains. La rupture finale entre les deux sœurs a lieu en février 1975, le jour où leur mère meurt d’un cancer. Olivia s’occupe des funérailles et fait tout ce qui est en son pouvoir, pour que Joan, alors en tournée, n’y assiste pas. Dans un maelström de douleur et de rage, Joan menace alors Olivia de prévenir la presse de ses agissements. Olivia cède. Elles assisteront finalement toute les deux à la cérémonie. Côte à côte, sans échanger un mot, elles se passeront l’urne funéraire afin de disperser les cendres de leur mère. A ce moment précis, le miroir se brisa définitivement entre ces fausses jumelles qui étaient nées pour se livrer un combat qu’elles ne gagneront jamais. —


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Une fois l’apocalypse arrivée, du monde en ruine s’élèvera une musique ancienne. Tirés de la bouche de ces hommes et femmes du début des années 1960, ces chants accompagneront la renaissance des premières fleurs. En leur centre, on trouvait une certaine Mimi Perrin, que la maladie jalouse de ses prouesses a fait taire trop tôt. Depuis, les hommes conscients de la fragilité de toute chose, Robert Wyatt en tête, écoutent patiemment leurs vocalises.


Le type dans le miroir Souvenir du temps où l’on se permettait encore de voir double et de s’y découvrir une ombre inédite. Par balthazar gibiat

Ç

a fait longtemps déjà que nous sommes deux. Dupond et Dupont, l’Ogre et le Petit Poucet, la cloche fêlée et le carillon bien tempéré. C’est plutôt le bordel à la maison. Deux, ça en fait du monde.

Au départ, ce n’était qu’une de ces blagues que l’on s’aventure à raconter sans être bien sûr qu’elle fera rire. Le temps de douter, il est trop tard : on s’est lancé, plus question de laisser l’auditoire en plan. Etions-nous deux à la naissance ou le sommes-nous devenus par la suite, accidentellement ? Est-ce le résultat d’une mutation contingente ou d’un compromis négocié avec le réel ? Ou, plus simplement, la tardive révélation d’un imparable inconscient ? A vrai dire, maintenant, qu’est-ce que ça peut bien nous foutre ? Revenons à notre blague. C’est une fête adolescente, avec ses doses parfaites de filles rieuses, d’alcools forts, de plantes rares et de musiques fines. Un soulèvement de jeunesse méticuleusement préparé mais piégé par un explosif de première bourre. Le cocktail est réservé aux initiés. Ceux qui, comme le moi d’alors, se voient grands. Que représente le dessin sur le buvard ? En tout cas, ce n’est pas un cœur. Il est encore tôt quand les vitres de l’appartement se mettent à trembler. J’ai déjà pensé que ce morceau des Cocteau Twins était « envoûtant », mais ce n’est qu’au terme de cette écoute-là que le mot prend un sens. La voix de la chanteuse s’éteint et il ne reste plus grand chose de celui que j’ai été jusqu’à sept ou huit minutes plus tôt, et qui a délicatement fait descendre l’aiguille sur le sillon. L’environnement est lui aussi transformé. Délicieusement excitant l’image d’avant, il ne recèle plus maintenant que chaos et menace. A force de gémissements, je parviens à vider les lieux de tous les invités, priés de continuer la soirée dans les jardins de l’église voisine où, pour plus de sûreté, je les mène moi-même. Quarante ou cinquante minutes incertaines passent avant que je ne me décide à remonter, seul, vérifier en éclaireur si le 3-pièces est rentré dans un ordre accueillant. Progressant difficilement dans l’allée sombre qui longe l’église, je croise une silhouette floue, vaguement inquiétante, dont j’ignore qu’elle sort d’un film que David Lynch tournera dans quinze ans. C’est en ouvrant la porte du petit ascenseur que le désastre prend forme. Humaine. Dans le miroir couvrant la paroi du fond m’apparaît un inconnu. Il se tient immobile face à moi, me dévisageant d’un air que je juge un peu narquois. Trouvant plus prudent de ne pas engager la conversation, je me contente de lui adresser un petit signe de tête poli et, afin de ne prendre ni le risque de lui tourner le dos, ni celui d’affronter son regard, je me cale dans une position oblique, surveillant discrètement ses gestes du coin de l’œil. Et j’appuie sur 4. Lorsque l’ascenseur freine, 26


je conclus, provisoirement, que ce type ne peut être qu’une forme inédite de moi-même. Des jours gris et indistincts s’empilent ensuite, puis les « flashs » à retardement du psychotrope colorent les mois suivants, au cours desquels je remarque à nouveau de nombreuses fois l’inconnu, étrange et familier, surgissant sans crier gare dans les divers reflets du monde : glaces couvrant les murs du café lycéen, vitrines des magasins, fenêtres d’immeubles, miroirs de salles de bains, iris de ma fiancée... Elle se tire. Il reste. Voilà. OK, c’est une mauvaise blague. N’empêche qu’elle résiste au temps. Vingt-cinq ans après, nous sommes toujours deux. Et à la méfiance initiale a succédé une franche hostilité à mesure que nous constations nos désaccords, tranchés. Mais pas d’autre choix, il a bien fallu nous résoudre à composer avec cette réalité partagée. Le paradoxe amusant de la chose - il faut bien s’amuser quand même -, c’est que se voir deux, ça nous façonne à sens unique. On s’observe agir comme un automate dont la belle mécanique serait coincée en répétition binaire. Et l’existence prend des airs d’interminable comédie dramatique. La farce succède au mélo, les envies divergent, les désirs se troublent, la lumière passe de plus en plus faiblement à travers le pitre dépoli. D’autant que pour nous supporter mutuellement, et essayer de rire, parfois, de l’épuisant running gag, nous nous sommes mis à boire double, activité qui passe bien le temps, mais endommage la pellicule. Saouls ou pas, nous nous détestons sans retenue, et cohabitons tant bien que mal. Rien à voir avec un trouble bipolaire baladant un être unique aux deux extrêmes de son baromètre intérieur. Ni avec une confusion des masques, ces simulacres de nous-mêmes que l’on alterne en fonction des situations et interlocuteurs. Non, la chute de cette blague, c’est la confrontation permanente de deux individus singuliers enfermés, à perpétuité, dans une même enveloppe. Et qui, dans les accès de stress, d’émotions et plus encore de choix, ces moments rares où la vérité de l’existence perce enfin la surface des habitudes, luttent violemment l’un contre l’autre pour s’emparer des commandes. Récemment, on nous a appris que, qui que l’on soit, on se voit toujours à l’envers dans les miroirs. Nous enfilons donc désormais un peu plus sereinement le grand manteau réversible qui habille d’un jour à l’autre le baveur impénitent et le bouffeur d’éternité. Quelquefois, ces derniers temps, Laurel et Hardy ont dîné à la même table. Après tout, ils finiront peut-être par briser la glace. —


Nymph

Par JAMES KING


LéZard rose Les matins sont moroses J’ai pris un lézard rose M’faudra une large dose Pour ma métamorphose Amanda à l’amande D’un amant qui lui rende La vie sauve s’étonne D’un coup porté qui sonne L’heure de l’élégante Notre belle arrogante A le jugement sévère Elle trompera qui la sert Elle trempera dans la cire Son doigt rose de rire Ce doigt que la Pythie Sans pitié anoblit Les matins sont cocasses Le hasard court et passe Mon lézard rose agace Transnaturelle trace


Amanda PoupĂŠe par Florian Sicard texte : Pierre Giquel


8 doubles portraits - Placid - carnet N째 24, 1983


Placid


v la r ées. et à e l e r ter jout cise inad erse u o a e r V raj s et ndr ma tes. et t e e ia e er inut cor ste d minucotte h es. e ac m s de i re 20 co t h u 5 e u a s n dr Le uire nch ce q oux ans l vrir mi rian avec C bra ter eu d s d s ou s 20 co dre ) 2 jou à f rde r le prè s de ten e. urde 2 : x A ire lou ou eu che s at terr , lo (2 on s : cu s pa er p à p ran san de bi » i es rat me e e n le mu ant 2 b vir es « ut n pa ram fair c o o o e m t r r end ter Se m t t e ers Pré 0 g s et ave e, p jou es. s po r no p td 0 e e v o i 4 4 é g b l s e l e ) A se u » o ? ir s u ri o e foi os c au f le d’ euill pe ci uelq bi rde s pa 2 r i f u , t g r q o « alou hor i pe en nu d’hu il, 2 s à so hym et (T u p tte u e e a o ece té ! rre… Co hin r un upe s d’ llère de t adet ire a c e o s i s f e c s s é R eau t ba d’ arin s à ous 2 cu nche mus r et hale u b oin e m llèr 2 g ier, bra de ave icép l’ea er P i r r L e s u u a, 2 rre s. es b s d do de c a l n 2 de prik x ve itro illag l dan Faire avec tes, . u c a p ea 2 qu se h. te ma ail de 2 b s de s co u de nt 2 ocot 2 to es d’ ju le e a c er ss le rger un p pend une uch gou s pl 2 go c e dé ave roid c dan e. E s et f or liv on p o n le le d’ oig ui 2 l’h

Porc aux coquillages bicéphales * Par Christophe blanchard

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* «Demonstração Porco à alentejanaw

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SOSIES

Par FrĂŠderic stucin / myop

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Sosies, série réalisée en 2009. Société du spectacle, des stars éphèmères, des it boy, du people, du prime time. Tout le monde ne peut pas monter dans le bus de la célébrité. Heureusement, la ressemblance aidant (ou pas), certains réussissent à mener par procuration une vie de paillette, plus ou moins dorée.


François-Joseph Double Verdun-sur-Garonne, 1776 - Paris, 1842

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Lithographie : Maurin - Académie nationale de médecine

’abord apothicaire (comme les trois générations qui l’ont précédé), François-Joseph Double devient médecin après avoir participé, comme officier de santé, à la guerre contre l’Espagne en 1793. Il accomplit son cursus universitaire à Montpellier où il acquiert une formation de forme hippocratique dispensée en latin. Venu à Paris vers 1803, il s'y fait connaître par sa pratique et ses ouvrages. Il publie notamment un mémoire sur le croup, qui lui vaut une première mention européenne au concours ouvert en 1807 par Napoléon, qui venait de perdre, de cette maladie, son neveu et héritier, le prince royal de Hollande. Membre fondateur de l'Académie royale de médecine, il succède à Antoine Portal à l'Académie des sciences en 1832. Selon le Docteur Suspène, auteur d’un remarquable ouvrage sur François-Joseph Double, il était

« l’un des médecins les plus recherchés de la capitale, et qui méritait le mieux de l’être ». Double jouit de son vivant d’une immense notoriété. Lors de la monarchie de Juillet, le Roi LouisPhilippe lui offre la Pairie, mais à condition qu’il renonce à l’exercice de son art ; il se fait un honneur de la refuser. Il est l’un des fondateurs avec Portal de l’Académie de médecine. Il a développé l'observation précise des signes cliniques des maladies remettant en cause les acquis antérieurs. Ceci l'a amené à l'étude de l'auscultation immédiate des affections respiratoires et cardiaques. Précédant de peu la découverte fondamentale de Laennec de l'auscultation médiate, il a décrit divers types de bruits tels ceux que l'on appellera plus tard le souffle tubaire et les râles souscrépitants pulmonaires ; auscultant le cœur il se consacrera aux troubles du rythme, aux bruits inhabituels mais ne saura pas les rattacher à une affection particulière. L'antériorité de ces constatations ne lui permettra pas une reconnaissance que ce pionnier aurait méritée.

François-Joseph Double décède à Paris le 12 juin 1842. Lors de ses obsèques au cimetière du Père-Lachaise, l’hommage lui est rendu au nom de l’Académie de médecine par son confrère Paris et, il se termine par ces mots : « J’ose dire que dans la postérité la plus reculée, sa mémoire sera honorée et bénie. » Et pourtant, cent soixante années plus tard, l’éminent praticien est tombé dans l’oubli... Frère de l'archevêque de Tarbes, François-Joseph Double a laissé une grosse fortune (dont il n'était pas un écu, disait-il, qui ne sentit la fièvre), deux enfants, un fils et une fille : le collectionneur Léopold Double et de Mélanie Double, comtesse Guillaume Libri. Ce dernier est principalement connu pour les vols de livres rares qu'il commit avant de se retirer à Fiesole, en Italie, où il mourut.. François-Joseph Double est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris (8e division). Eléménts bibliographiques tirés du livre : Le docteur François-Joseph Double, un itinéraire médical Dr Michel Suspène (Verdun sur Garonne)

« J’ose dire que dans la postérité la plus reculée, sa mémoire sera honorée et bénie » l'académie de médecine, juin 1842


Les doubles

Par Sylvie Meunier, «les instantanés ordinaires»

Deux femmes sur la même image, la même, en double. Deux hommes sur la même image, le même, en double. Par un jeu de mise en scène photographique ces images dites « anonymes » jouent sur l’illusion et la confusion de la perception. Elles nous interrogent sur ce qui est visible, sur ce que l’on croit voir, sur ce qu’elle nous donne à voir, sur ce qu’elle veut nous faire croire.

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Dans ces photographies trouvées ce n’est ni l’exceptionnel, ni la rareté ou la valeur historique qui m’intéresse mais au contraire l’ordinaire, le banal. Le « cliché » de la photographie-souvenir, celle que l’on retrouve dans toutes les familles, l’échantillon de la

mémoire collective. Ces photographies qui furent un temps précieuses pour leurs propriétaires deviennent orphelines lorsqu’elles se retrouvent séparées de leurs familles. Privées de leurs histoires elles se libèrent de leur fonction


de souvenir et permettent alors à chacun de se raconter ses propres histoires. Elles deviennent des espaces vierges, des terrains de projection, des temps de rêveries, d’imaginaire… Elles ont le pouvoir de nous ramener à notre propre histoire. —


Corinne Jullien


Variations sur l’impossibilité du double Par Jérôme-David Suzat-Plessy

1 « Il me faut parler ici par hypothèse exclusivement, et dire non point ce que je sais, mais ce qui me paraît être le plus probable. » R.L Stevenson (l’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde)

je ne suis que moi-même perdu dans le miracle des pluri-univers clignotants ni autre ni semblable je ne suis que moi-même errant dans le labyrinthe longitudinal de ma part existentielle à communiquer avec d’autres eux-mêmes - difficilement je collectionne les paradoxes les binarités les humeurs et les doutes face à l’incessante danse des choix : plus - moins, zéro - un je construis mon unique chemin là où tout est multiple de multiples je suis mon propre événement et ne suis l’événement de personne il en est ainsi pour chacun depuis toujours et pour toujours jusqu’à la fin du temps qui n’est lui-même que lui-même entrelacé à d’autre temps mais séparé - sans dialogue possible que se passe-t-il au point d’impact vectoriel de l’image et de son reflet ? la synthèse infinie de la totalité qui s’efface la douleur et le plaisir du vide et du plein enfin réunis dans une valse d’ondes à l’écart des regards ainsi je ne suis que moi-même aucun homme n’a mon visage ni aucun dieu n’a mon histoire de la vie à la mort je ne me répéterai pas


2 dans ton œil bridé à la surface de l’iris et du cône inversé je ne me répéterai pas sur la page arrachée aux plans équivoques dans tes bras sur ta peau je ne me répéterai pas face à la folie diffuse des passions inversées dans leurs lumières enivrantes je ne me répéterai pas sous les montagnes de pluie noire harassante perclus de mensonges et de foi brisée je ne me répéterai pas ivre étendu sur les dalles millénaires de la basilique embrassées - résonante - je ne me répéterai pas ciselé par le milieu de ma psyché vacillante je ne me répéterai pas dans le miroir contrariant de la fusion des volcans je tatouerai ton passage sur mon corps de papier - devenir souvenir je ne serais moi-même qu’en franchissant le seuil dans l’entièreté de ma vie et l’entièreté de ma mort toujours toujours totalisant le présent en un point subtil à la fois cercle et segment 3 j’ai bu le poison qui scinde les esprits vu les portes fractales fleurir à mes pieds je n’ai tué personne ni volé aucune âme et toujours le retour en mon corps fatigué le miracle affligeant de la réalité j’ai bu le poison qui scinde les esprits vu les portes fractales fleurir à mes pieds je n’ai tué personne ni volé aucune âme et toujours le retour en mon corps fatigué le miracle affligeant de la réalité j’ai bu le poison qui scinde les esprits vu les portes fractales fleurir à mes pieds je n’ai tué personne ni volé aucune âme et toujours le retour en mon corps fatigué le miracle affligeant de la réalité


Morgane Hamel


Quelques phrases à double fond Par JOAQUIM caroça

7 Quand j’ai bu je vois double Mon double s’aime et me trouble lui et moi quel émoi Doux bleu Amer vert Tendre noir Beau rouge Vieux jaune Sang blanc

Mon double appelle de ses vœux Au bar des jumeaux croisés J’prends un dernier double pour la déroute

Je me retarde dans la glace et redouble d’attention face à moi-même dans cette chambre double sans toit, ouverte à double tour. Se faire doubler sans travailler Les doubles slameurs à la naissance

Aux doubles, mentons ! Je me dédouble dans les dédales

L’acteur au théâtre hait son double tous mes maux comptent double Méfions nous de l’argent trouble

Elle redouble d’impatience A double tranchant Quitte ou double mais accelère Mon double me donne la replique Sur un plateau

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evolution of type Par andreas schieger


La Mettrie - L’Homme Plante

Œuvres philosophiques de La Mettrie, nouvelle édition précédée de son éloge par Frédéric II, roi de Prusse, 1796 - Tome Second Préface L’homme est ici métamorphosé en plante, mais ne croyez pas que ce soit une fiction dans le goût de celle d’Ovide. La seule analogie du règne végétal et du règne animal m’a fait découvrir dans l’un, les principales parties qui se trouvent dans l’autre. Si mon imagination joue ici quelquefois, c’est, pour ainsi dire, sur la table de la vérité ; mon champ de bataille est celui de la nature, dont il n’a tenu qu’à moi d’être assez peu singulier, pour en dissimuler les variétés.

Daniel Bassin


Denis esnault Otto, double vue. 2011

Terre et pl창tre 30 x 26 x 13 cm Photographies : Jean-Dominique Billaud


Letters From the Dead House TEXTE ET PHOTOGRAPHIE : JEFFREY SILVERTHORNE / GALERIE VU’

L

etters From the Dead House, Elvis and Jesus, 1986, and My First Dream, 1988, began in 1986, when I was photographing in the Morgue. 1986 was the second time period that I had photographed in the morgue, the first time period was 1972-74. In 1986 I would sometimes place into the hand of the deceased, or hold into the picture, a postcard/photograph of somebody well known, … Kafka, Elvis Presley, thinking that these images might be thoughts and memories that the dead person could be taking with them into whatever the place beyond living that they are going. A second aspect of this action is an association that I wanted to make with the situation of what the body suggested to me, what the temperature and smell of the morgue was, how I psychologically responded to the dead body and what relationship I wanted to suggest in relation to the character of Kafka, Elvis, etc. The project continued two years later when I was living in Madison, Wisconsin, and I had had the time to digest and absorb the 1986 work. In Madison I began to scratch words into the images and/or to put two images together so that the single time reference, a perspective of seeing and perception of a straight photograph is disrupted…much like a memory coming up at a time when what is going on at the moment has nothing consciously to do with the memory, yet the association/tangent is made, as if the memory is saying, “ pay attention to me…what do you think about this ?… and what are you going to do now ” ? Bob and Margaret, 1991, is part of The Detroit Negatives series. In The Detroit Negatives I continued working with many of my ideas and concerns of time, relationships, physical/psychological perspective disruption, and memory that are embedded in Letters From the Dead House. Vesalius’ anatomical drawings are always a direct suggestion/look, as Rembrandt also did in The Anatomy Lesson of Dr. Tulp, 1632, at the interior mechanics of how things work and the relationships of a body/person to spiritual/religious values. What is at work here is the relationship between the two players/actors, Bob and Margaret, who are my first wife’s parents. Moving away from cutting up 1950s “ cheesecake ” negatives, The Detroit Negatives became a series of snapshots/ mementos, in which I worked with models in rather anonymous Detroit motel rooms enacting anonymous rituals of relationships, that somehow never made it in to the family photo album. Jeffrey Silverthorne Cranston, Rhode Island October 10, 2011 Photographs courtesy of Galerie VU’, Paris, France

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L

etters From the Dead House, Elvis and Jesus, 1986, and My First Dream, 1988, ont commencé en 1986 quand je prenais des photographies à la morgue. C'était la seconde fois car j'avais déjà commencé à y travailler en 1972-1974. Parfois, en 1986, je plaçais entre les mains d'un défunt, une photo ou une carte-postale. Je choisissais des images de personnalités comme Kafka ou Elvis Presley en pensant que les morts pouvaient emporter ces pensées et ces souvenirs dans le genre d'endroit où l'on va quand on quitte le monde des vivants. Cette technique obéissait également au genre d'association que je voulais faire, avec ce que le corps me suggérait, avec l'odeur et la température de la morgue ce jourlà, avec ma réaction psychologique à la présence de ce corps et enfin, avec ce que je voulais suggérer en fonction du caractère de la personnalité en question, Kafka, Elvis Presley... J'ai poursuivi ce projet deux ans plus tard quand je vivais aux Etats-Unis à Madison dans le Wisconsin. A cette période, j'avais eu le temps de digérer mon travail de 1986. J'ai commencé à graver des mots sur les images et/ou à associer deux images ensemble afin que la seule référence temporelle ou la vision de la photographie soient interrompues... De la même manière qu'un souvenir peut revenir subitement sans avoir aucun lien avec ce qui se passe au moment en question. Pourtant, l'association se fait comme si le souvenir lui-même disait : "Prête-moi un peu attention, qu'est-ce que tu penses de ça ? Et que vas-tu en faire ?" Bob and Margaret, 1991, fait partie de la série The Detroit Negatives. Dans cette série, j'ai continué à travailler avec mes idées et mes préoccupations d'alors au sujet du temps, des relations humaines, des ruptures physiques et psychologiques et de la mémoire, toutes ces choses déjà explorées dans Letters From the Dead House. Les dessins d'anatomie de Vesalius ont toujours une direction et une signification. Comme Rembrandt l'a fait dans La leçon d'anatomie du Dr. Tulp, 1632, où l'on distingue la mécanique du corps, des membres et des organes, mais aussi les relations entre le corps et les valeurs spirituelles et religieuses. C'est cela qui est à l'œuvre dans les relations entre les personnages de Bob and Margaret, qui sont en réalité les parents de ma première femme. En s'éloignant de mes découpages de négatifs de pin-ups des années 1950, The Detroit Negatives sont devenus une série d'instantanés/mémentos pour lesquels j'ai travaillé avec des modèles dans des chambres de motels de Detroit en façonnant des rituels anonymes, du type de ceux qui ne finissent jamais sur les albums de famille. Jeffrey Silverthorne Cranston, Rhode Island Le 10 octobre 2011 Photographies courtesy of Galerie VU’, Paris, France


Lui ?

Par Guy de Maupassant - Dessins : Corinne de Battista

Guy de Maupassant Lui ? Texte publié dans Gil Blas du 3 juillet 1883 sous la signature de Maufrigneuse, puis publié dans le recueil Les sœurs Rondoli. Numérisation : Rémi Charest

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A Pierre Decourcelle.

M

on cher ami, tu n’y comprends rien ? Et je le conçois. Tu me crois devenu fou ? Je le suis peut-être un peu, mais non pas pour les raisons que tu supposes. Oui. Je me marie. Voilà. Et pourtant mes idées et mes convictions n’ont pas changé. Je considère l’accouplement légal comme une bêtise. Je suis certain que huit maris sur dix sont cocus. Et ils ne méritent pas moins pour avoir eu l’imbécillité d’enchaîner leur vie, de renoncer à l’amour libre, la seule chose gaie et bonne au monde, de couper l’aile à la fantaisie qui nous pousse sans cesse à toutes les femmes, etc., etc. Plus que jamais je me sens incapable d’aimer une femme parce que j’aimerai toujours trop toutes les autres. Je voudrais avoir mille bras, mille lèvres et mille... tempéraments pour pouvoir

étreindre en même temps une armée de ces êtres charmants et sans importance. Et cependant je me marie. J’ajoute que je ne connais guère ma femme de demain. Je l’ai vue seulement quatre ou cinq fois. Je sais qu’elle ne me déplaît point ; cela me suffit pour ce que j’en veux faire. Elle est petite, blonde et grasse. Après-demain, je désirerai ardemment une femme grande, brune et mince. Elle n’est pas riche. Elle appartient à une famille moyenne. C’est une jeune fille comme on en trouve à la grosse, bonnes à marier, sans qualités et sans défauts apparents, dans la bourgeoisie ordinaire. On dit d’elle : « Mlle Lajolle est bien gentille. » On dira demain : « Elle est fort gentille, Mme Raymon. » Elle appartient enfin à la légion des jeunes filles honnêtes « dont on est heureux de faire sa femme » jusqu’au jour où on découvre qu’on préfère justement toutes les autres femmes à celle qu’on a choisie.


Je me marie pour n’être pas seul. Je ne sais comment dire cela, comment me faire comprendre. Alors pourquoi me marier, diras-tu ? J’ose à peine t’avouer l’étrange et invraisemblable raison qui me pousse à cet acte insensé. Je me marie pour n’être pas seul. Je ne sais comment dire cela, comment me faire comprendre. Tu auras pitié de moi, et tu me mépriseras, tant mon état d’esprit est misérable. Je ne veux plus être seul, la nuit. Je veux sentir un être près de moi, contre moi, un être qui peut parler, dire quelque chose, n’importe quoi. Je veux pouvoir briser son sommeil ; lui poser une question quelconque brusquement, une question stupide pour entendre une voix, pour sentir habitée ma demeure, pour sentir une âme en éveil, un raisonnement en travail, pour voir, allumant brusquement ma bougie, une figure humaine à mon côté..., parce que… parce que… (je n’ose pas avouer cette honte)… parce que j’ai peur, tout seul. Oh ! tu ne me comprends pas encore. Je n’ai pas peur d’un danger. Un homme entrerait, je le tuerais sans frissonner. Je n’ai pas peur des revenants ; je ne crois pas au surnaturel. Je n’ai pas peur des morts ; je crois à l’anéantissement définitif de chaque être qui disparaît ! Alors !... Oui, alors !... Eh bien ! j’ai peur de moi ! J’ai peur de la peur ; peur des spasmes de mon esprit qui s’affole, peur de cette horrible sensation de la terreur incompréhensible. Ris si tu veux. Cela est affreux, inguérissable. J’ai peur des murs, des meubles, des objets familiers qui s’animent, pour moi, d’une sorte de vie animale. J’ai peur surtout du trouble horrible de ma pensée, de ma raison qui m’échappe brouillée, dispersée par une mystérieuse et invisible angoisse. Je sens d’abord une vague inquiétude qui me passe dans l’âme et me fait courir un frisson sur la peau. Je regarde autour de moi. Rien ! Et je voudrais quelque

chose ! Quoi ? Quelque chose de compréhensible. Puisque j’ai peur uniquement parce que je ne comprends pas ma peur. Je parle ! J’ai peur de ma voix. Je marche ! J’ai peur de l’inconnu de derrière la porte, de derrière le rideau, de dans l’armoire, de sous le lit. Et pourtant je sais qu’il n’y a rien nulle part. Je me retourne brusquement parce que j’ai peur de ce qui est derrière moi, bien qu’il n’y ait rien et que je le sache. Je m’agite, je sens mon effarement grandir ; et je m’enferme dans ma chambre ; et je m’enfonce dans mon lit, et je me cache sous mes draps ; et blotti, roulé comme une boule, je ferme les yeux désespérément, et je demeure ainsi pendant un temps infini avec cette pensée que ma bougie demeure allumée sur ma table de nuit et qu’il faudrait pourtant l’éteindre. Et je n’ose pas. N’est-ce pas affreux, d’être ainsi ? Autrefois je n’éprouvais rien de cela. Je rentrais tranquillement. J’allais et je venais en mon logis sans que rien troublât la sérénité de mon âme. Si l’on m’avait dit quelle maladie de peur invraisemblable, stupide et terrible, devait me saisir un jour, j’aurais bien ri ; j’ouvrais les portes dans l’ombre avec assurance ; je me couchais lentement sans pousser les verrous, et je ne me relevais jamais au milieu des nuits pour m’assurer que toutes les issues de ma chambre étaient fortement closes. Cela a commencé l’an dernier d’une singulière façon. C’était en automne, par un soir humide. Quand ma bonne fut partie, après mon dîner, je me demandai ce que j’allais faire. Je marchai quelque temps à travers ma chambre. Je me sentais las, accablé sans raison, incapable de travailler, sans force même pour lire. Une pluie fine mouillait les vitres ; j’étais triste, tout pénétré par une de ces tristesses sans cause qui vous donnent envie de pleurer,

qui vous font désirer de parler à n’importe qui pour secouer la lourdeur de notre pensée. Je me sentais seul. Mon logis me paraissait vide comme il n’avait jamais été. Une solitude infinie et navrante m’entourait. Que faire ? Je m’assis. Alors une impatience nerveuse me courut dans les jambes. Je me relevai, et je me remis à marcher. J’avais peut-être aussi un peu de fièvre, car mes mains, que je tenais rejointes derrière mon dos, comme on fait souvent quand on se promène avec lenteur, se brûlaient l’une à l’autre, et je le remarquai. Puis soudain un frisson de froid me courut dans le dos. Je pensai que l’humidité du dehors entrait chez moi, et l’idée de faire du feu me vint. J’en allumai ; c’était la première fois de l’année. Et je m’assis de nouveau en regardant la flamme. Mais bientôt l’impossibilité de rester en place me fit encore me relever, et je sentis qu’il fallait m’en aller, me secouer, trouver un ami. Je sortis. J’allai chez trois camarades que je ne rencontrai pas ; puis, je gagnai le boulevard, décidé à découvrir une personne de connaissance. Il faisait triste partout. Les trottoirs trempés luisaient. Une tiédeur d’eau, une de ces tiédeurs qui vous glacent par frissons brusques, une tiédeur pesante de pluie impalpable accablait la rue, semblait lasser et obscurcir la flamme du gaz. J’allais d’un pas mou, me répétant : « Je ne trouverai personne avec qui causer. » J’inspectai plusieurs fois les cafés, depuis la Madeleine jusqu’au faubourg Poissonnière. Des gens tristes, assis devant des tables, semblaient n’avoir pas même la force de finir leurs consommations. J’errai longtemps ainsi, et, vers minuit, je me mis en route pour rentrer chez moi. J’étais fort calme, mais fort las. Mon concierge, qui se couche avant onze heures, m’ouvrit tout de suite,


Il me hante, c’est fou, mais c’est ainsi. Qui, Il ? Je sais bien qu’il n’existe pas, que ce n’est rien ! contrairement à son habitude, et je pensai : « Tiens, un autre locataire vient sans doute de remonter. » Quand je sors de chez moi, je donne toujours à ma porte deux tours de clef. Je la trouvai simplement tirée, et cela me frappa. Je supposai qu’on m’avait monté des lettres dans la soirée. J’entrai. Mon feu brûlait encore et éclairait même un peu l’appartement. Je pris une bougie pour aller l’allumer au foyer, lorsque, en jetant les yeux devant moi, j’aperçus quelqu’un assis dans mon fauteuil, et qui se chauffait les pieds en me tournant le dos. Je n’eus pas peur, oh ! non, pas le moins du monde. Une supposition très vraisemblable me traversa l’esprit ; celle qu’un de mes amis était venu pour me voir. La concierge, prévenue par moi à ma sortie, avait dit que j’allais rentrer, avait prêté sa clef. Et toutes les circonstances de mon retour, en une seconde me revinrent à la pensée : le cordon tiré tout de suite, ma porte seulement poussée. Mon ami, dont je ne voyais que les cheveux, s’était endormi devant mon feu en m’attendant, et je m’avançai pour le réveiller. Je le voyais parfaitement, un de ses bras pendant à droite ; ses pieds étaient croisés l’un sur l’autre ; sa tête, penchée un peu sur le côté gauche du fauteuil, indiquait bien le sommeil. Je me demandais : qui est-ce ? On y voyait peu d’ailleurs dans la pièce. J’avançai la main pour lui toucher l’épaule !… Je rencontrai le bois du siège ! Il n’y avait plus personne. Le fauteuil était vide ! Quel sursaut, miséricorde ! Je reculai d’abord comme si un danger terrible eût apparu devant moi. Puis je me retournai, sentant quelqu’un derrière mon dos ; puis, aussitôt un impérieux besoin de revoir le fauteuil

me fit pivoter encore une fois. Et je demeurai debout, haletant d’épouvante, tellement éperdu que je n’avais plus une pensée, prêt à tomber. Mais je suis un homme de sang-froid, et tout de suite la raison me revint. Je songeai : « Je viens d’avoir une hallucination, voilà tout. » Et je réfléchis immédiatement sur ce phénomène. La pensée va vite dans ces moments-là. J’avais eu une hallucination - c’était là un fait incontestable. Or mon esprit était demeuré tout le temps lucide, fonctionnant régulièrement et logiquement. Il n’y avait donc aucun trouble du côté du cerveau. Les yeux seuls s’étaient trompés, avaient trompé ma pensée. Les yeux avaient eu une vision, une de ces visions qui font croire aux miracles les gens naïfs. C’était là un accident nerveux de l’appareil optique, rien de plus, un peu de congestion peut-être. Et j’allumai ma bougie. Je m’aperçus, en me baissant vers le feu, que je tremblais, et je me relevai d’une secousse, comme si on m’eût touché par derrière. Je n’étais point tranquille assurément. Je fis quelques pas ; je parlai haut. Je chantai à mi-voix quelques refrains. Puis je fermai la porte de ma chambre à double tour, et je me sentis un peu rassuré. Personne ne pouvait entrer, au moins. Je m’assis encore et je réfléchis longtemps à mon aventure ; puis je me couchai, et je soufflai ma lumière. Pendant quelques minutes, tout alla bien. Je restais sur le dos, assez paisiblement. Puis le besoin me vint de regarder dans ma chambre, et je me mis sur le côté. Mon feu n’avait plus que deux ou trois tisons rouges qui éclairaient juste les pieds du fauteuil, et je crus revoir l’homme assis dessus.

J’enflammai une allumette d’un mouvement rapide. Je m’étais trompé, je ne voyais plus rien. Je me levai, cependant, et j’allai cacher le fauteuil derrière mon lit. Puis je refis l’obscurité et je tâchai de m’endormir. Je n’avais pas perdu connaissance depuis plus de cinq minutes, quand j’aperçus en songe, et nettement comme dans la réalité, toute la scène de la soirée. Je me réveillai éperdument, et, ayant éclairé mon logis, je demeurai assis dans mon lit, sans oser même essayer de redormir. Deux fois cependant le sommeil m’envahit, malgré moi, pendant quelques secondes. Deux fois je revis la chose. Je me croyais devenu fou. Quand le jour parut, je me sentis guéri et je sommeillai paisiblement jusqu’à midi. C’était fini, bien fini. J’avais eu la fièvre, le cauchemar, que sais-je ? J’avais été malade, enfin. Je me trouvai néanmoins fort bête. Je fus très gai ce jour-là. Je dînai au cabaret ; j’allai voir le spectacle, puis je me mis en chemin pour rentrer. Mais voilà qu’en approchant de ma maison une inquiétude étrange me saisit. J’avais peur de le revoir, lui. Non pas peur de lui, non pas peur de sa présence, à laquelle je ne croyais point, mais j’avais peur d’un trouble nouveau de mes yeux, peur de l’hallucination, peur de l’épouvante qui me saisirait. Pendant plus d’une heure, j’errai de long en large sur le trottoir ; puis je me trouvai trop imbécile à la fin et j’entrai. Je haletais tellement que je ne pouvais plus monter mon escalier. Je restai encore plus de dix minutes devant mon logement sur le palier, puis, brusquement, j’eus un élan de courage, un roidissement de volonté. J’enfonçai


«Le double et son modèle» 2011

Encre et crayon sur papier - 38 cm x 28 cm


ma clef ; je me précipitai en avant une bougie à la main, je poussai d’un coup de pied la porte entrebâillée de ma chambre, et je jetai un regard effaré vers la cheminée. Je ne vis rien. - Ah !… Quel soulagement ! Quelle joie ! Quelle délivrance ! J’allais et je venais d’un air gaillard. Mais je ne me sentais pas rassuré ; je me retournai par sursauts ; l’ombre des coins m’inquiétait. Je dormis mal, réveillé sans cesse par des bruits imaginaires. Mais je ne le vis pas. Non. C’était fini. Depuis ce jour-là j’ai peur tout seul, la nuit. Je la sens là, près de moi, autour de moi, la vision. Elle ne m’est point apparue de nouveau. Oh non ! Et qu’importe, d’ailleurs, puisque je n’y

crois pas, puisque je sais que ce n’est rien ! Elle me gêne cependant parce que j’y pense sans cesse. Une main pendait du côté droit ; sa tête était penchée du côté gauche comme celle d’un homme qui dort... Allons, assez, nom de Dieu ! je n’y veux plus songer ! Qu’est-ce que cette obsession, pourtant ? Pourquoi cette persistance ? Ses pieds étaient tout près du feu ! Il me hante, c’est fou, mais c’est ainsi. Qui, Il ? Je sais bien qu’il n’existe pas, que ce n’est rien ! Il n’existe que dans mon appréhension, que dans ma crainte, que dans mon angoisse ! Allons, assez !... Oui, mais j’ai beau me raisonner, me roidir, je ne peux plus rester seul chez moi, parce qu’il y est. Je ne le verrai plus, je le sais, il ne se montrera plus, c’est fini cela. Mais il y est tout de même,

dans ma pensée. Il demeure invisible, cela n’empêche qu’il y soit. Il est derrière les portes, dans l’armoire fermée, sous le lit, dans tous les coins obscurs, dans toutes les ombres. Si je tourne la porte, si j’ouvre l’armoire, si je baisse ma lumière sous le lit, si j’éclaire les coins, les ombres, il n’y est plus ; mais alors je le sens derrière moi. Je me retourne, certain cependant que je ne le verrai pas, que je ne le verrai plus. Il n’en est pas moins derrière moi, encore. C’est stupide, mais c’est atroce. Que veux-tu ? Je n’y peux rien. Mais si nous étions deux chez moi, je sens, oui, je sens assurément qu’il n’y serait plus ! Car il est là parce que je suis seul, uniquement parce que je suis seul ! 3 juillet 1883


Hommage Ă Diane Arbus par Crapaud Mademoiselle


Technique mixte : collage, gouache, mine noire... 49,5 x 70 cm (Hommage à Jean Agélou et son modéle favori la jeune et belle Fernande)

JULIEN GRATALOUP La femme Ile - 2011


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Comme les glaces deux boules, le cinéma se nourrit de dualités. Revue détaillée des paires vues sur un écran. Par michel Berjon

Acteurs/actrices : Le comédien vit l’expérience

de la dualité en se mettant dans la peau d’un autre. Dans Persona, Bergman fusionne les portraits de Bibi Andersson et de Liv Ullmann, l’infirmière bavarde et l’actrice muette qui la vampirise... Le Suédois réalise ici la synthèse de ses femmes & actrices successives et se revendique artiste duel (théâtre & cinéma) tout en faisant référence au masque des acteurs du théâtre antique et au masque social de la psychanalyse jungienne. Sans sombrer dans la vulgarité, deux superbes comédies, sorties en 1981-1982, constituent deux satires du monde futile du music hall et de la télévision. Dans Victor Victoria de Blake Edwards, Julie Andrews est à la fois Victoria, excellente chanteuse au chômage, et Victor, « travesti polonais », coqueluche des night clubs branchés du Paris des années 1930. Dans Tootsie de Sydney Pollack, Dustin Hoffman est à la fois Michael Dorsey, comédien au chômage, et Dorothy Michaels, qui devient en se travestissant la vedette populaire d’une sitcom.

www.eddistribution.com

Anaglyphe : Découvert il y a plus de cent cinquante ans, c’est une double image superposée jouant sur les couleurs complémentaires et la parallaxe pour donner une impression de relief. Si nous voyons en relief, c’est parce que nous avons une double vue, parce que nous avons deux yeux. Le principe du stéréoscope (une image pour chaque œil) est ainsi utilisé au cinéma grâce à plusieurs technologies 3D (filtres polarisés, lunettes à cristaux liquides, écrans métallisés…). Avatar : Mis à part The Cat, the Reverend and the Slave, documentaire consacré aux rapports entre trois joueurs et leurs avatars dans Second Life, la double* vie virtuelle a été peu exploitée au cinéma. James Cameron a néanmoins vulgarisé en 2009 le concept d’Avatar en même temps qu’il popularisait la 3D. Dans ce film, l’impérialiste armée terrienne demande à un soldat paralysé de remplacer l’avatar de son frère jumeau, scientifique en mission sur la planète Pandora… Plus récemment, Source code met en

scène un soldat dans le coma projeté virtuellement dans le corps d’un passager d’un train qui va exploser pour qu’il identifie le terroriste, afin de réécrire l’histoire. John Woo nous avait aussi parlé d’une double double vie dans Volte/Face. Archer (Travolta), agent du FBI, profitant du coma de son ennemi Troy (Cage), prend son apparence à l’aide d’une opération chirurgicale, pour espionner son organisation. Or Troy sort du coma, se fait faire le visage d’Archer, tue les témoins et essaye de remplacer l’agent et de lui voler sa femme. Leurs visages finissent par fusionner.

Bates (Norman) : Le plus célèbre des « serial killers », gérant du motel Bates, fut d’abord incarné à l’écran par Anthony Perkins dans Psychose (Hitchcock, 1960). Souffrant d’un dédoublement* de personnalité, Bates mate Janet Leigh dans sa douche. Le coup de poignard qu’elle reçoit dans le ventre est pourtant invisible à l’écran et Perkins n’était pas présent sur le tournage (la silhouette de l’assassin est celle d’une figurante, Ann Dore). Avec ses 78 plans de coupe, la scène de la douche est entrée dans la postérité. On ne compte plus les parodies et les hommages, comme celui de Body* Double, de Brian de Palma, spécialiste des douches oppressantes (Carrie, Pulsions…). Dans une installation vidéo, le plasticien écossais Douglas Gordon (ne pas confondre avec Gordon Douglas !) propose en 1993 une projection 12 fois ralentie de Psychose, étirée sur 24 heures. Mais c’est Gus Van Sant qui est allé le plus loin en réalisant une copie* littérale du film d’Hitchcock où Anne Heche remplace Leigh et Vince Vaughn, Perkins. Le 9 décembre 1999, le cinéma Lux de Caen propose Hitchcock synchronie, la projection simultanée sur double écran des deux versions, l’une dialoguant avec l’autre avec plus ou moins de décalage, le son oscillant de l’une à l’autre. Expérience reprise ici et là, y compris par des fans, avec deux DVD et deux portables. En sélectionnant ce qu’il regarde, chaque spectateur monte son propre film. En 2001, le Péruvien Diego Lama confronte les deux versions de la scène de douche pendant les six minutes


Black Swan : Ce film de Darren Aronofsky (2010) est d’abord un documenteur* sur le travail exténuant des danseuses qui subissent harcèlement, concurrence et discipline jusqu’à épuisement. Et comme les actrices*, elles vivent une double* vie. Nina (Natalie Portman) vient de décrocher le double rôle vedette du Lac des cygnes. Sous l’emprise tyrannique de sa mère, elle n’est pas prête psychologiquement à affronter ses démons. Ceux-ci prennent l’apparence de sa doublure* Lily (Mila Kunis), plus à l’aise que Nina pour incarner le Cygne noir, alors que Nina est parfaite en Cygne blanc. Mais après avoir été sa concurrente, Lily devient son amie. Nina s’affole quand les miroirs des loges et des salles d’entraînement se brisent ou ne reflètent pas la réalité. Elle souffre d’un dédoublement* de personnalité. Jouant avec cohérence la carte du fantastique, Aronofsky nous fait pénétrer dans la tête de Nina et partager sa confusion mentale. Après une nuit torride entre les deux amies, c’est le drame lors de la représentation. On comprend alors que Lily est le double de Nina. Portman & Kunis, qui n’ont eu « qu’un an » d’entraînement intensif, sont elles-mêmes doublées par des danseuses professionnelles (« dance double »). On ne voit donc pas les jambes de Portman danser, mais cela n’enlève rien à son mérite… Body Double : Avec Body Double (1984), Brian de

Palma rend hommage à Hitchcock. Comme dans Vertigo, deux femmes jouent le même rôle à des fins criminelles : la vraie Gloria Revelle et l’actrice porno Holly Body, employée par l’assassin pour être sa doublure*. Façon de rendre hommage aussi à Psychose et au « body double » de Janet

Leigh (le ventre poignardé dans la douche de Bates* est celui du modèle Marli Renfro) : De Palma termine son film par une mise en abyme : la reconstitution du tournage d’un remake de cette scène.

Buddy movie : Au cirque, l’auguste malotru était affublé de son double très convenable, le clown blanc, de la même façon que le ça est sans cesse contrôlé par le surmoi… Le buddy movie associe aussi deux personnages antagonistes, mais inséparables. Dès les années 1910, des vedettes burlesques connaissent le succès international en s’associant. Fatty tourne avec Chaplin puis Keaton. Les Danois Doublepatte & Patachon font une cinquantaine de films. Peu après, Laurel & Hardy s’associent et créent le plus célèbre des duos burlesques. Après quelques purs chefsd’œuvre (comme Œil pour œil et Two Tars, pour rester dans le binaire), ils passent au parlant avec succès. Plus tard, Jerry Lewis & Dean Martin prennent la relève (mais oublions Abbott & Costello et Bud Spencer & Terence Hill). La formule perdure. Mettre côte à côte Belushi & Aykroyd (The Blues Brothers), Nolte & Murphy (48 heures), Gibson & Glover (L’Arme fatale), Jones & Smith (Men in Black), ou Wallace & Gromit garantit un succès populaire. En France, Gérard Oury (avec Bourvil & de Funès) ou Dany Boon (avec Merad puis Poelvoorde) exploitent le filon binaire. Eric & Ramzy remplacent Chase & Aykroyd dans Double zéro, copie* frenchie de Spies Like Us. Plus que pour La Doublure, Francis Veber reste le spécialiste français du buddy movie pour ses trois comédies avec Depardieu & Richard qui ont toutes eu droit à des copies* US. Sa gaffe est d’avoir réalisé lui-même un deuxième remake de L’Emmerdeur avec Timsit & Berry, trente-cinq ans après Brel & Ventura, et vingt-sept ans après Lemmon & Matthau (dans le dernier film de Wilder, dont seul le titre en doublon*, Buddy Buddy, était justifié). Copies de film : Auparavant, on parlait de « copies » pour désigner les bobines (ex. « 800 copies d’Avatar ont été projetées en sortie nationale », « Vertigo ressort en

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de son Schizo uncopyrighted. Enfin en 2005, l’Américain Frank Hudec expose à Milan une vidéo fascinante de trois minutes intitulée Psycho(s) qui mixe les deux versions de la même scène. Les images se mêlent tantôt en surimpression, tantôt en miroir symétrique ou parallèle. Les gestes sont le plus souvent synchrones : Leigh et Heche ne font plus qu’une à la fin. Hadec crée une œuvre schizophrénique !


Celui qui popularisa le «trouble dissociatif de l’identité», communément appelé le dédoublement de la personnalité, est Norman Bates. copie neuve ! »). Cela tend à disparaître avec les sorties numériques, de plus en plus immatérielles… De même qu’on copie des tableaux, le cinéma propose des copies, reprises ou remakes. Le résultat obtenu est-il considéré comme le double de l’original ? Rarement, car les motivations des exécutants sont le plus souvent d’ordre commercial (par exemple, si les Américains veulent voir un film français, ils en font un remake parlant leur langue). On n’ose pas copier les grands classiques. Une exception : Psycho, copie textuelle du film d’Hitchcock de 1960 sur Norman Bates*. Seule entreprise de cette nature, Van Sant l’a réalisée en 1998 en utilisant le même découpage, en dupliquant plan par plan l’intégralité du film (en couleur cette fois, avec d’autres acteurs évidemment, mais avec la même musique).

Dédoublement de la personnalité : Fincher avait raconté dans Fight Club à peu près la même histoire que celle de Black* Swan : le narrateur du film (Norton) ne se rendait compte qu’à la fin que Tyler (Pitt), son ami et mentor, n’était autre que l’expression de sa schizophrénie et que seule l’automutilation pouvait en venir à bout… Celui qui popularisa le « trouble dissociatif de l’identité », communément appelé le dédoublement de la personnalité, est Norman Bates*. Il serait un gérant de motel normal si le petit Norman qui est encore en lui n’était pas toujours sous la coupe de Norma, sa mère tyrannique qui veut garder son fils, quitte à tuer toute concurrente potentielle… (Norma parle, par la bouche de Norman, d’une voix métempsychotique). L’image subliminale d’un poignard semblant couper le cordon ombilical signifie-t-elle que le film raconte un matricide ? Autre figure hitchcockienne, Judy, la Kim Novak rousse de Vertigo que James Stewart transforme en blonde Madeleine, est par contre un faux sosie et un dédoublement de personnalité en trompe-l’œil car il est dû à une machination criminelle… En bon héritier d’Hitchcock, De Palma aime raconter des personnalités perturbées. Dans L’Esprit de Caïn, un docteur (encore sous

l’emprise de son père sadique) s’invente un frère, Caïn, pour tuer son épouse infidèle. Dans Pulsions, c’est un autre psychiatre, le Dr Elliot qui se transforme en tueur en série de femmes seules. Leur ancêtre, le Dr Jekyll, se transforme en horrible Mr Hyde depuis 1886. Il a inspiré une quinzaine de films où il a été incarné tour à tour par Tracy, Barrault, Perkins (oui, Bates !) et Malkovich. La variation la plus célèbre sur ce thème est celle de Jerry Lewis avec son Dr Jerry et Mister Love.

De Palma (Brian) : voir Bates*, Body* double, dédoublement* de personnalité, doppelgänger*.

Deux en un (jumeaux/jumelles) : Matt Damon, angoissé et introverti, apprend un jour que Greg Kinnear, son frère siamois, veut devenir acteur. Il le suit à Hollywood dans l’émouvant Deux en un de Bobby & Peter Farelly... Si Nicky & Gino sont également deux jumeaux attachants, les Frères Krays sont, eux, beaucoup plus inquiétants, à l’instar des jumelles de Shining. Grâce aux trucages, un comédien peut jouer deux rôles (ex. Huppert interprète Magdalena & Maria dans Deux de Schroeter). Dans Trouble, Magimel débarque à l’enterrement de son père pour connaître son jumeau et lui voler sa famille. Le malaise est puissant dans Faux semblants de Cronenberg où Irons interprète les gynécologues Beverly & Elliot, deux vrais jumeaux qui partagent absolument tout jusqu’au jour où, pour la première fois, Bev connaît l’amour, la drogue et la folie. Elly sombre avec lui. Quand il s’agit de tromper son monde, d’échafauder arnaques et quiproquos, les jumeaux n’ont pas leur pareil pour exploiter ces facilités (ex. Zabou dans Le Double de ma moitié). Si les frères Farelly ne sont pas jumeaux (pas plus que les Coen, Taviani ou Dardenne), il existe cependant quelques cinéastes jumeaux, comme les Américains Stephen & Timothy Quay (L’Accordeur de tremblement de terre), Albert & Allen Hughes (Menace II Society), Michael & Mark Polish (Les Frères Falls), les Anglais John & Roy Boulting, les Italiens Andrea & Antonio Frazzi, les Chinois Laiming


Documenteurs & miroirs rechéchissants : Depuis les frères Lumière, le

cinéma, tel Mimesis, duplique la réalité, mais en partie seulement, car le miroir est déformant. Les documentaristes nous font croire qu’ils ne modifient pas le monde qu’ils filment. Mais par leurs choix de cadrage, de montage, de sonorisation à chaque stade du process, ils construisent pourtant une réalité double. Agnès Varda a réalisé Murs murs (documentaire sur les murs peints de L.A.) en même temps que Documenteur, journal intime fictif. Ces films sont sortis ensemble, accompagnés d’une affiche jouant sur une double symétrie visuelle et sur leur double nature (documentaire ou fiction ?). Même s’il est miroir déformant, le cinéma permet au spectateur de se projeter et de voir son double, comme tout héros en phase d’introspection. Lorsque Truffaut place Antoine Doinel (son double cinématographique) devant son miroir, c’est pour un grand moment de focalisation amoureuse. Le reflet d’un miroir aime aussi mentir… Depuis le cinéma muet, les trucages ont donné naissance à de jolis gags. Dans Sept ans de malheur, le serviteur de Max Linder a cassé le miroir devant lequel il s’apprêtait à se raser, après une nuit bien arrosée. En attendant de le changer, le serviteur remplace au pied levé le reflet de Max. Mais des petits détails sèment le doute dans l’esprit de Max. Dans La Soupe au canard, Groucho Marx développe jusqu’au délire cette situation du cinéma muet.

Doppelgänger : C’est le mot allemand pour « sosie », et ce sont aussi les doubles* maléfiques dans le fantastique anglo-saxon. Au cinéma, les sosies sont convaincants car souvent interprétés par le même acteur (ex. le sosie blond de Kitano dans Takeshis ou celui d’une morte dans Obsession de De Palma), sauf quand ils sont trop nombreux (comme les Michael Jackson dans Mister

Lonely, et les Presley dans Où est passé Elvis ?). Le plus célèbre des sosies est un coiffeur juif qui ressemble à son Führer. Dans Le Dictateur, Chaplin règle ses comptes avec Hitler, pensant incarner son contraire. Il avait raison tout en se trompant : Chaplin était persuadé d’avoir une ascendance juive, alors qu’on a découvert depuis qu’il n’en était rien. Close up de Kiarostami raconte un fait divers : comment un vague sosie du cinéaste Makhmalbaf s’était introduit, un peu par hasard, dans une famille bourgeoise pour faire soi-disant des repérages et comment il avait plaidé, à son procès, l’amour du cinéma. Il termine en filmant le vrai Makhmalbaf ramenant son sosie dans la famille pour une réconciliation générale.

Doublage (de la voix) : 1. Le doublage permet d’abord de donner une voix à ceux qui en sont dépourvus, comme les personnages des dessins animés. Mais tout dépend par qui : Shrek n’est pas tout à fait le même s’il parle avec la voix de Mike Myers ou celle d’Alain Chabat. Le couple de Fantastic Mr Fox est différent selon qu’il parle comme Clooney & Streep ou comme Amalric & Huppert… 2. Le doublage permet ensuite à quiconque d’être pourvu d’un organe ad hoc (pensons à la star du muet doublée à son insu dans Singing in the Rain). À l’époque du cinéma « en chanté » de Jacques Demy, la bande son était enregistrée avant le tournage. Ce n’est pas Deneuve & Dorléac qui chantent dans Les Demoiselles de Rochefort mais Anne Germain et Claude Parent. 3. Exécuté avec une « bande rythmo » au moment de la postsynchronisation, le doublage (en anglais, « dubbing » signifie à la fois doublage et postsynchronisation) permet alors à un comédien de se doubler, voire d’en doubler un autre, soit pour améliorer la compréhension de dialogues, soit pour les modifier après coup. La plupart des bruits entendus dans un film sont aussi doublés… 4. Enfin, le doublage permet de rendre compréhensible les dialogues des films étrangers. On obtient alors, chez nous,

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Wan et Guchan Wan ou les Indiens Abbas & Mastan Alibhai Nurmawalla (Chori Chori Chupke Chupke, encore un double doublon* !).


Dr Jekyll, l'ancêtre des héros de Pulsions et L'esprit de Caïn , se transforme en horrible Mr Hyde depuis 1886.

www.eddistribution.com

une version française. À part le Nordique (doué pour les langues : est-ce la cause ou l’effet ?) qui ne n’acceptent que les Vost (versions originales sous-titrées), le spectateur lambda n’aime pas lire les sous-titres et reçoit des films doublés inauthentiques, parfois même grotesques. Toute comédie américaine, doublée en français avec des voix débiles, devient aussitôt insupportable ! Je me souviens avoir vu à Florence un film de Masumura où des Japonais très stricts joignaient leur mains et penchaient la tête en lançant un « Bon-giorno » du plus bel effet. Le public italien n’est guère gêné par les doublages, leurs films étant postsynchronisés en studio… Les Soviétiques, eux, doublaient les films des républiques non russophones en lisant, par dessus les dialogues originaux, leur traduction russe. Le doublage des dialogues exige une technique très précise. Un « détecteur » repère d’abord tous les signes de prononciation. Un doubleur (une société comme Alter Ego ou Dubbing Brothers, qui emploie des comédiens) réalise ensuite la version doublée à l’aide d’une VI (version internationale avec musique et bruitage, mais sans voix). En France, ce sont les VFF (versions francophones françaises) qui sont distribuées, mais on fabrique aussi au Québec et en Belgique des VFQ et des VFB aux accents différents. Des comédiens spécialisés prêtent leur voix ; certains affichent une belle voxographie. Roger Carel peut ainsi se vanter d’avoir donné une voix française à la fois à Astérix, Woody Woodpecker, Chaplin, Oliver Hardy, Jack Lemmon et Peter Sellers.

Double feature : Concept de l’exploitation américaine des années 1930 à 1950 consistant à proposer au public, et pour le même prix, une séance de deux longsmétrages projetés d’affilée : un « grand film » et une « série B », le plus souvent un film de genre (western, péplum, zombie…). La chanson du générique du Rocky Horror Picture Show rend hommage à ce cinéma populaire. Dans les années 1960-1970, le concept perdure avec le cinéma d’exploitation (blaxploitation, sexploitation…), avant qu’il ne soit dévoré par le marché vidéo. En 2007, Quentin

Tarantino s’associe à Robert Rodriguez pour faire revivre ce concept avec leur Grindhouse, programme regroupant le jubilatoire Boulevard de la mort (film de « carsploitation » de Tarantino) et Planète terreur (film de zombie de Rodriguez), plus cinq fausses bandes annonces (dont deux deviennent ensuite de vrais films). L’échec commercial rend l’expérience éphémère et les films sortent en France séparément.

Double Take : Film de Johan Grimonprez (2009).

En 1962, pendant le tournage des Oiseaux, Hitchcock rencontre son doppelgänger*. Il est plus vieux que lui : c’est le Hitchcock de 1980, celui qui va mourir. Le film commence par une galerie de jumeaux et la voix du maître du suspense (en réalité celle de Mark Perry) nous avertit : « On dit que si on rencontre son double, il vaut mieux le tuer, sinon c’est lui qui vous tuera... » Multipliant les digressions et les jeux de miroirs, Double Take est une rêverie, un essai, un documenteur*, un thriller politique, bref un OFNI stimulant et ludique. Le titre veut dire en même temps « y regarder à deux fois » et « doubler la prise de vue » (pour le montage). L’artiste belge fait un collage d’images variées mais focalisées autour de 1962 : extraits de La Mort aux trousses, L’Etau, Les Oiseaux, Psychose et d’interventions télévisées d’Hitchcock, images d’archives télévisées (rivalités URSS-USA, crises de Berlin et de Cuba, images envoyées par Telstar), spots publicitaires (pour le café Folger’s), interventions de Ron Burrage (le sosie d’Hitchcock), « found footage » youtubien, enfin quelques prises de vues originales. Les détournements d’images de Grimonprez renvoient aux obsessions hitchcockiennes, à l’Amérique de la guerre froide, époque où la télévision a pris le cinéma en otage pour le dévorer et manipuler les peuples. Le jeu de poker entre Hitch et son double est une sorte d’allégorie de la schizophrénie globale : le bloc de l’Est contre son double, le bloc de l’Ouest, avec les coups de poker KhrouchtchevNixon-Kennedy…

Double vie : Dans La Double vie de Véronique, Kiéslowski montre Veronika la Polonaise et Véronique


Les Soviétiques doublaient les films des républiques en lisant, par dessus les dialogues originaux, leur traduction russe.

Doublons dans les titres : Les titres de films tirent parti des répétitions et des allitérations, comme dans Stress es tres, tres, Ice Cream, I Scream, Chut, chut, chère Charlotte ou Folie-folie (Movie-Movie en VO). Eliminons d’abord les Chouchou, Coco, Dédé, Fanfan, Fifi,

Gigi, Kiki, Lili, Loulou, Lulu, Mimi, Mumu, Nana, Nounou, Sissi, Tintin, Xiu Xiu, Yiyi, Yoyo et autres Zozos… pour admirer les formules binaires comme To be or not to be, Rive droite, rive gauche, Si loin, si proche !, Chat noir, chat blanc, Un jour, un chat, Un soir un train, Une corde un colt, Bullet Ballet, Boires et déboires, Séquences et conséquences, Tout feu tout flamme, Ami/Amant, Copain, copine, Cousin, cousine… Certains termes se retrouvent deux fois dans le même titre : Sam, je suis Sam, Le Roi des Rois, L’As des as, L’aventure c’est l’aventure, Une femme est une femme, Melinda et Melinda, I love you, I love you not, L’Amour, c’est gai, l’amour, c’est triste, Un mari, c’est un mari, Kramer contre Kramer, La Loi, c’est la loi, Tête à tête, Corps à corps, Coûte que coûte, Sang pour sang, À mort la mort !, Gone Baby Gone, Trop c’est trop. D’autres se contentent de répéter : Cash-cash, Bandits, bandits…, Bang Bang, Un chat un chat, Chop chop, Moitié-moitié, Femmes, femmes, Frou-frou, Elsa, Elsa, Je t’aime, je t’aime, Rachel, Rachel, Kiss kiss, Corrina, Corrina, Mon amour, mon amour, Martha… Martha, Bye-Bye, John John, Domani domani, Donnant donnant, Jambon, jambon, JLG / JLG, Souvenirs, souvenirs, Janem Janem, Jalla ! Jalla !, Sushi sushi, Tchin-Tchin, Yom Yom, Zig-Zig (Bingo Bongo, l’homme singe, rate de peu la liste). En répètant une fois de plus, on a du ternaire : Tick… tick… tick, Une longue, longue, longue histoire d’amour, XXX, Un monde fou fou fou, Tora ! Tora ! Tora ! (mais Trois chevaux, trois destins reste binaire, ainsi que 7 jours, 7 nuits et 10 on Ten). Enfin, on peut doubler la répétition : Chitty, chitty, bang, bang (et plus récemment Kiss Kiss, Bang Bang), par contre si on la triple, on régresse : Pipicacadodo !

Doublure : On utilise des doublures pour tourner les scènes de prouesses techniques (voir Black* Swan) ou physiquement dangereuses (ce sont les cascadeurs), pour les réglages techniques (les doublures lumière), pour tourner les détails anatomiques des scènes érotiques (voir Body* double) ou doubler la voix (voir doublage*). Douche : voir Bates*—

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la Française, toutes deux incarnées par Irène Jacob, et s’interroge sur la double réalité de la vie… En plus des milliers de films qu’il consacre à la double vie des amants-maîtresses, le cinéma commercial met en scène moult agents doubles. On est alors surpris de découvrir qui sont réellement Mr. and Mrs. Smith ou qui est l’inquiétant Keyser Söze de Usual Suspects… Cronenberg transcende le genre avec A History of Violence, métaphore de la violence américaine : Tom Stall, oubliant qu’il est aussi Joey Cusack, entraîne sa paisible famille dans sa dangereuse double vie. Lumet propose une variation plus intimiste dans À bout de course : le tueur est remplacé par un couple d’anciens activistes recherchés. L’affaire Romand a donné coup sur coup naissance à deux films, L’Adversaire et L’Emploi du temps. Moins tragiques sont les doubles vies des bourgeoises libertines (Séverine se transformant en Belle de Jour ou Carolin en Carlotta dans Je suis l’autre). Le cinéma fantastique est prodigue en doubles vies. Depuis Nosferatu, bien des films racontent la dure condition des vampires, obligés de vivre cachés le jour et transformés en buveurs de sang la nuit. Dans le cinéma américain, trop souvent binaire et manichéen, les super-héros sont des hommes ordinaires dépassés par leurs pouvoirs mirifiques. Clark Kent est Superman, Anthony Stark Iron Man, Bruce Banner Hulk, Brit Reid The Green Hornet et Dave Lizewski Kick-Ass. Ces super-héros carburent parfois à la schizophrénie, car leur double vie n’est pas toujours facile à cacher à leur entourage ! Chez Tim Burton et Christopher Nolan, Bruce Wayne se transforme en Batman et affronte le Joker ou Double Face. Chez Sam Raimi, Peter Parker se transforme en Spiderman et doit affronter Harry Osborn. Ces doubles négatifs sont prêts à leur voler la vedette en multipliant les duels ou en usurpant leur apparence.


William Londiche


Animaux totems Par Flore-aĂŤl Surun / tendance floue


MES PIEDS SONT PARTIS AVEC MES YEUX On devrait toujours écouter ceux qui nous supportent jour après jour. Une confession inédite. Jean-Louis Costes

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es pieds marchent devant moi en 1972. Putain, je croyais que le LSD c’est la marijuana en mieux. En fait, le LSD c’est la marijuana grave partie en live. Waouuu... Mes pieds marchent devant moi sans me demander la permission ! Je fous un point d’exclamation, mais mes yeux qui regardent tout ça d’en haut s’exclament même pas. Ils sont archi zen. Ils contemplent mes pieds en fuite comme le Boudha contemple les mouches à merde. Cool calme. Juste deux pieds qui butinent sur la route comme deux mouches à merde sur le charnier. Pas de quoi flipper disent les yeux avec les yeux. Pourtant c’est pas banal. Mes yeux voient tout ça de très haut, ok, mais ma tête collée au plafond du vieux Pink Floyd commence à flipper grave. Ya un max de shit dans ce LSD. J’étais dans la piaule, allongé, j’ecoutais tranquille Dark side of the moon en matant les araignées fluos au plafond, et d’un coup mes pieds se sont levés et sont partis sans permission. Si encore j’avais fini le shit, j’aurais compris qu’ils prennent l’initiative d’aller chez Patou lui prendre sa vieille beu aux épinards. Mais là, cool les pieds, gros bout de shit et caisse de Kros, pas de quoi speeder. Au pied, les pieds ! Je leur dis stop holà les gars ! C’est moi le cerveau qui commande aux pieds. Alors restez sous la couette, et attendez au chaud que la tête se décolle du plafond et fasse plouf dans le vomi de l’oreiller. Merde vous êtes sourds ou quoi ? Arrêtez les pieds ! Non je veux pas sortir, compris ?! En plus, vous avez pas mis vos pompes, même pas vos chaussettes. Et maintenant vous errez dans la rue des tessons de bouteilles. Et moi je dois vous suivre, bloqué dans mes yeux, alors que mon corps reste peinard à se branler dans la piaule trop cool des posters, des deux mille vinyls, et de Pink Floyd en quadriphonie. Allez les pieds, ça suffit l’escapade. Rentrez immédiatement ou j’appelle le SAMU. J’ai pas envie de galérer toute la nuit, coincé dans mes yeux de merde au dessus de mes pieds en vadrouille. Mes yeux enchaînés aux pieds, même pas par les lambeaux du corps désintégré. Mes yeux sans tête sans corps, synchronisés aux pieds par le GPS de l’hélicoptère. C’est fou ce truc le LSD, c’est comme si je devenais fou, sauf que j’étais déjà fou avant. Déjà avec l’herbe mes pieds avaient grave tendance à se casser tout seul autour du pâté de maisons.

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Denis Esnault

Surtout quand cette salope envoie pas de SMS. Mais alors là, avec le LSD, c’est plus les pieds qui traînent, c’est carrément la révolte des va-nu-pieds. Ils se sont cassés nu-pieds, ces connards de pieds ! Et je me demande même s'ils sont pas partis avec des bouts du corps tout nu. Mes yeux scrutent la nuit pour vérifier s'il y a pas ma bite qui pend quelque part à mi-chemin entre les pieds et les yeux... Mais non, je vois rien. Et comment palper sans mains ? Pas moyen de vérifier si je suis à poil dans la rue. Pourtant je sens comme un courant d’air glacé sur un cul loin derrière... Je voudrais toucher mon cul dans la piaule, voir si je sens peau ou slip, savoir s'il est parti avec les pieds et les yeux. Mais le Pink Floyd est rayé et ça arrête pas de sauter. Et mes pieds speedent trop vite au milieu de la rue, pas moyen de trouver un cul dans la piaule stromboscope de riffs rayés, avec toutes ces caisses qui klaxonnent et zigzaguent entre mes yeux et mes pieds. Ces enculés de pieds n’en font qu’à leur tête. Ils se barrent tous seuls vers la gare et mes yeux suivent connement. Il n’y a pas de trains à cette heure, enculés de pieds. Mais où vous allez ?! Je voudrais fermer mes yeux sur Pink Floyd qui continue à tourner au loin derrière la fenêtre éclairée, mais j’ai oublié mes paupières. Arrêtez de tourner, pieds, arrêtez par pitié. Mon cul est froid, je suis fatigué, les tessons de bouteilles me font mal dans la tête derrière la musique à fond. Rentrez immédiatement chez Papa-Maman. Mes yeux ont envie de vomir, à force de vous regarder tourner en rond entre la gare et la maison. Si elle a pas envoyé de SMS, c’est parce qu’elle a plus de crédit, merde ! Arrêtez de flipper, arrêtez de speeder. Soyez gentils, les yeux, s’il vous plait. A la niche, au pied ! C’est Jean-Louis qui commande aux yeux et aux pieds, compris ?! Mais ces sales pieds se foutent de moi. Ils continuent à cavaler d’un air très décidé, comme les pieds d’un employé qui speede à l’aube vers la gare pour pas être en retard, et pas se faire engueuler par son patron. Hého les pieds, putain, je suis pas un employé modèle, je suis un drogué modèle ! ... Les pieds semblent avoir compris. Ils hésitent devant les machines à billets, se prennent les pieds dans les tourniquets de contrôle... Et ouf, finalement ils repartent vers la maison de Papa-Maman qui dorment et Pink Floyd qui ne dort jamais.


Mais devant la grille en fer forgé, ils stoppent. Mes yeux sans poche trouvent pas la clé. Les pieds essayent de passer la grille vers le nid douillet, mais ouille ! Les pieds nus se plantent dans les pointes rouillées, et vite vite ils repartent vers la gare. Mais arrêtez pieds, fallait sonner ! Mais comment sonner avec juste des pieds sans mains. Et comment crier avec des yeux sans bouche ?... Holala, j’en peux plus... Ces pieds fous font mille et mille fois l’aller retour entre la maison et la gare. Et dans la piaule stromboscope, la tête saturée de LSD est toujours coincée au plafond à cause du Pink Floyd rayé. Ce cauchemar de merde va durer l’éternité. C’est la punition du drogué. Bien fait pour moi. Aller et venir entre la maison et la gare toute la nuit. Waooo... Et aller et venir encore dans la foule du jour et le retour de la nuit. Waooo la parano... Papa-Maman au secours ! J’ai pris du LSD. Appelez les pompiers ! Heureusement que les flics sont arrivés. Remarquez, c’était obligé. Des pieds suivis par des yeux peuvent pas tourner toute la nuit entre la gare et la maison sans se faire arrêter par les keufs. Surtout s'il y a un cul nu glacé et une bite à moitié bandée qui pendouillent entre les deux ! Et boum ! Sirène, coup de frein, crânes rasés avec look de loubards, mais odeur de cul de flics. Les Stups entre mes yeux et mes pieds. Ils gueulent un truc genre « Stop police papiers arrêtez ! » Mes yeux gueulent à mes pieds d’arrêter. Mais comme ma tête est restée coincée dans ce putain de Pink Floyd rayé au plafond de la piaule, mes pieds refusent d’obtempérer. Pire que ça. Ces connards de pieds forcenés se mettent à courir ! Courir, fuir, c’est vraiment pas le truc à faire quand on est drogué au LSD, pieds nus et les yeux nus sans paupières, et qu’on croise au fond de la nuit des keufs speedés au café crack ! Crack, boum, hu, ça va chier ! A cette heure de drogue, de crime et de sexe, les drogués ne sont plus que des yeux sur des pieds et les flics ne sont plus que des pénis durs sur des pistolets très durs. Je risque ma peau tatouée et ils risquent leurs gilets pare-balles. Le combat est inégal. Arrêtez pieds, obéissez à la police, hurlent mes yeux sans voix. Mais plus mes yeux crient en silence, plus mes pieds apeurés courent vers la gare au milieu des rails. Les pénis durs et les pistolets durs courent derrière avec des voix de robots dans des talkies-walkies. « Arrêtez, police, vos papiers, dernière sommation ! » Je voudrais bien me mettre à genoux, mains en l’air devant les colts crackés, mais des yeux en hélicoptères LSD peuvent pas arrêter des pieds emballés. Seuls les pénis durs armés de pistolets très durs peuvent stopper la cavale des pieds. « Dernière sommation ! » Boum ! Boum ! « Money ! Money ! » Deux riffs de Pink Floyd en feu traversent ma tête au plafond de la piaule, et mes yeux voient mon pied gauche exploser au milieu de la voie du TGV... Le pied gauche est mort et le pied droit kamikaze continue à cloche-pied vers les phares du train. J’ai l’impression que des éclats de guitare ont touché mon œil droit, car seul mon œil gauche vole encore au-dessus du pied blessé et du pied qui trébuche. « Money ! » ça gueule en quadriphonie et Maman se réveille pour se plaindre du bruit à l’autre bout de la rue. Et le flic rebeu me fait un croche-pied juste au moment où maman rentre à moitié nue à moitié endormie dans ma chambre pour me supplier. Ma tête au plafond retombe dans le vomi sur l’oreiller. J’aime mal en même temps dans la tête aveugle collée au plafond, dans les yeux à la gare, et dans les pieds sur les rails. Ca gueule « Money ! » dans les hauts-parleurs. Ca gueule « Mon chéri s’il te plaît moins fort, ton père a mal au cancer de sa prostate ! » dans le cadre papier peint de la porte. Et ça gueule, un colt dans mon œil gauche en bas de l’escalator de la gare des clochards. « Alors, drogué pédé, c’est toi qui as cassé la bagnole ? C’est toi qui as braqué la pharmacie ? » Non messieurs la police, je vous jure, je vous supplie, c’est pas moi. Et mes yeux pleurent dans les torches électriques. Et ma tête aux orbites vides roule sur la moquette caca pour essayer de changer ce putain de disque rayé. Dark side of the moon. Ca fait trop de nuit que ça dure. Ca fait trop longtemps que cette nuit est dure. Papa-Maman la Police, aidez-moi ! La tête sans orbite roule loin là-bas dans ma piaule, mais les flics à la gare la voit pas. Mes yeux roulent impuissants des preuves d’innocence, mais les flics me croient pas. Je vous jure, c’est pas moi. J’écoutais tranquille le dernier Pink Floyd, j’ai été chez le coiffeur la semaine dernière. J’ai juste bu une petite Kro avec pas du tout de shit et absolument pas de LSD. D’ailleurs ce matin je me suis inscrit à l’ANPE. Mais le flic rebeu comprend rien au langage des sourds-muets, surtout quand il est parlé par un œil borgne flottant au-dessus d’un pied blessé. « Tu nous prends pour des cons, pédé drogué ?! », postillone le keuf dans l’œil qui pleure du sang.


Tout est deux mais tout est un. Regardez bien. Deux yeux, deux mains, deux flics, et même deux lunes dans le ciel. Mais malheureusement, la tête n’est qu’une. « Et ça c’est quoi ? » Merde, c’est dingue ! Mon œil n’en croit pas son œil. Le keuf beur brandit ma nouvelle pompe. La Santiag que j’ai échangée cette aprèm à Patou avec tout mon opium de Katmandou contre ce LSD de merde et le Pink Floyd rayé. Mais comment c’est possible que ma Santiag se retrouve dans la main de ce flic ? Putain, ce putain de Patou m’a encore une fois baisé sur tout la ligne. Ligne de coke Régilait, LSD qui fait fuir mes pieds. Dealer de merde ! Et maintenant ce beur déguisé en flic qui brandit la Santiag à Patou et qui m’accuse de je sais pas quoi. C’est quoi cette embrouille !!!! Ma tête chez Papa-Maman s’enfonce terrorisée profond dans le plâtre du plafond pour fuir les flics dans mes yeux. Franchement, messieurs la maréchaussée, je comprends plus rien. Mes pieds se sont enfuis tout nus, et vous brandissez la Santiag de mon pote. Le keuf speedé au café-crack me baffe les yeux avec la Santiag gauche. « On l’a retrouvée dans la caisse cramée, ta pompe, enculé ! Alors avoue, c’est toi ! » J’essaye de décider ma bouche ventousée au plafond de ma piaule de sortir deux secondes dans la rue pour expliquer le truc aux flics, mais cette salope préfère gueuler « Money » sur le Pink Floyd rayé que de galèrer dans le froid et les matraques pour sauver deux yeux de merde et deux pieds qui puent. « Mieux vaut fermer les yeux et rester couché, que voyager et voir. Mieux vaut voir les yeux fermés, et voyager dans sa tête », me répond cette salope de bouche par SMS dans la poche de mon jean sous le lit. Voyant qu’ils ne peuvent pas compter sur l’aide du corps qui les a lâchés pour une chanson de Pink Floyd, mes yeux font les yeux doux à la police « Oh, messieurs les justiciers comme c’est gentil d’avoir retrouvé mon beau soulier ! Car j’allais nu-pieds, passé minuit, tel Cendrillon, sur ces étourdis de pieds complètement drogués... » Mais mes yeux de biche ne calment pas du tout les flics. Au contraire, ça rend encore plus durs les pénis durs et les pistolets très durs, ces yeux mouillés de pute, seuls dans la nuit. Le second flic, le flic breton caché derrière le flic rebeu, bondit et brandit sous mon œil blessé la Santiag droite de Patou. « Ah trop coooool, vous avez retrouvé mes deux souliers, comment vous remercier ? », cligne désespérement l’œil sanglant. « Arrête de faire tes clins d’œil de pute, pédé ! », vomit le flic breton dans mes prunelles dilatées. « On a retrouvé ta seconde pompe dans la pharmacie braquée. Alors avoue ! » Et il m’enfonce la Santiag droite dans la bouche. Ahhhhheuuurgh… Tiens c’est bizarre, je suis sorti sans ma tête, juste en tongs, mes yeux en hélicoptère GPS au-dessus de mes pieds... Et maintenant je sens un trou en forme de bouche bourré par une Santiag entre mes yeux. « Avoue, pédé drogué, avoue !!! » Ahhhhheuuurgh… Ah tiens, de plus en plus bizarre. Je croyais être sorti en tongs, sans mon cul, juste mes yeux au dessus de mes pieds... Et là je sens le flic rebeu qui m’enfonce ma Santiag gauche dans un trou en forme d’anus derrière mes yeux. Franchement, c’est la dernière fois que je prends du LSD, trop grave le délire.


Les flics enchaînent des lambeaux de chair qui semblent subsister entre mes yeux et mes pieds, puis traînent mes pieds nus dans les tessons de bouteilles jusqu’à la voiture qui clignote et sirène. Pitié messieurs, je vous jure, c’est pas moi, c’est Patou... Ou alors, c’est ces enculés de pieds et ces connards d’yeux qui ont fait le coup. Moi, le vrai Jean-Louis, la tête + la queue + le cul, je suis resté toute la nuit depuis tant d’années tranquille dans ma piaule chez Papa-Maman. A me droguer gentiment. Je me suicidais à petit feu. Je faisais chier personne. Sauf Maman qui pleurait. Même Papa s’en foutait. J’écoutais au casque son vieux Pink Floyd rayé. Vous savez, Dark side of the moon... Ah vous connaissez pas ? Mais si, je suis sûr que vous allez reconnaître si je vous le chante. « Money ! » ... Ah, si ya bien un truc qui rend dingue les keufs café-crackés, c’est la musique de baba-cools. Et boum et boum et boum ! Les lambeaux d’anus entre mes yeux et mes pieds sont massacrés à coups de Santiags de Patou. Dans la chambre stromboscope, le riff du début repart sur le disque rayé sur la vieille platine à Papa. Le putain de riff de gratte me déchire le cul à coups de Santiag de dealer, et de Docs de skins keufs. « Money ! Money ! Money ! »

Denis Esnault

« C’est toi qui as brulé la caisse puisque ta Santiag gauche était dans la caisse ! » hurle le keuf rebeu. « C’est toi qui as braqué la pharmacie puisque ta Santiag gauche est dans la caisse ! » hurle le keuf rebeu. « C’est pas moi, c’est Patou ! » supplient mes yeux dans le ciel, mes pieds sur les rails, ma queue raide sur le lit... Et ma tête au plafond braille « Money ! » avec Pink Floyd. Mais de pauvres yeux sans tête et de méchants pieds sans corps, ne peuvent convaincre des keufs café-crackés passé minuit.


Et soudain, putain je vous jure c’est vrai. Au-dessus de la caisse des flics, juste avant que la portière m’éclate l’œil et me coupe le pied, j’ai vu la Dark side of the moon. La vraie !!! En vrai !!! Waouuu ! La vraie Dark side de la lune dans le girophare des flics dans le ciel ! Je croyais que ça existait que dans ma tête ou à Walt Disney… Ya quand même un bon côté au LSD. Voir au moins une fois dans sa vie la vraie Dark side of the moon. Savoir que c’est pas juste de la musique de drogué, mais un vrai truc dans un vrai ciel de keufs skins, rue de la gare à Aubervilliers, un demi-siècle après la sortie du disque... Waouuu ! Franchement, ça c’est la grosse claque. Et tant pis si j’ai perdu mon corps, ma tête + ma queue + mon cul, dans ce bad trip. Je me démerderai en garde-à-vue pour aller pisser avec juste mon œil borgne et mon pied coupé... La lune scotchée au plafond de la piaule de bébé drogué, et la lune scotchée au-dessus de la caisse des flics crackés, c’est une seule et même lune. Et c’est la même lune au Tibet, donc tout est parfait. Les flics sont les envoyés du dalaï-lama. Om shiva... Amen... Ok, messieurs de la Liberté-Egalité, téléphonez à mes vieux pour qu’ils viennent me chercher. Je vais tout leur expliquer. Allons en paix. … Papa arrête de gueuler, Maman arrête de pleurer. Je vais tout vous expliquer : Tout est deux mais tout est un. Regardez bien. Deux yeux, deux mains, deux flics, et même deux lunes dans le ciel. Mais malheureusement, la tête n’est qu’une. Deux pieds s’enfuient, deux yeux les suivent, deux flics arrivent. Et puisqu’ils sont deux, forcément ils s’embrouillent et se frappent deux par deux. Mais la pauvre tête toute seule ne peut s’en prendre qu’à elle-même, et se frapper infiniment au plafond de la piaule du disque rayé du drogué. Sans espoir de se réconcilier. Seul, on peut se haïr mais jamais s’aimer. Vous me suivez ? Deux lunes se réunissent, et soudain, les deux yeux, les deux pieds, les deux flics cessent de se chamailler. Et tous les jumeaux vont en paix. Mais la pauvre tête solitaire ne peut faire seule la paix, ne peut s’embrasser sur la bouche. Vous me comprenez ? C’est assez ésotérique, je sais. Ca peut paraître confus. C’est normal, c’est l’histoire d’une pauvre tête seule et confuse. Elle se détestait. Et ne pouvant seule s’aimer, elle a fini par se couper. Elle n’en pouvait plus d’être la seule la nuit à se haïr alors que tous les doubles faisaient l’amour : les Papa-Maman dans le lit des dentiers, le keuf rebeu et le flic breton dans le commissariat sous la lune dorée. La pauvre tête n’arrivait pas à dormir, seule tourmentée dans ce monde trop plein de paix. Alors, elle a bu la Kro, fumé le shit et pris le LSD. Elle a ouvert grands ses yeux et ils sont tombés des orbites. Et la tête aveugle a quitté le paysage pour la musique. Elle s’est séparée du corps au moment précis où une mystérieuse main qui ne lui appartenait plus a mis sur la platine de Papa le vieux disque rayé du siècle dernier. Pink Floyd. Dark side of the moon. Et la tête est montée au plafond, fixée par la bouche ventousée. « Money ! Money ! Money ! » Tout était parfait… … J’ai signé ma déposition avec une croix et un cœur. Le flic a marmonné « pédé drogué ». Après je sais pas trop… J’ai un trou… Le lendemain vers midi, ma tête, accompagnée de mon père et de ma mère, est venue me chercher au commissariat. Mon père gueulait, ma mère pleurait. Les flics menacaient. Ma tête est restée très calme. Les médecins ont réussi à la recoller plus ou moins à mes pieds avec un long boudin de chair maladroit. Ils disent que, avec la rééducation, le boudin finira par bander et faire caca comme avant. Bon, bander, faire caca, je m’en fous. Mais ya un truc, je me demande… Allongé sur le lit, les yeux sur l’oreiller, je vois les pieds au loin… Mais, entre les pieds et la tête… s’il y a plus de corps queue cul caca au milieu pour lier tout ça, il y a quoi ?… Rien ? Même pas des ficelles ou des bouts de scotch ? Juste le GPS de l’hélicoptère pour synchroniser les pieds et les yeux ? Des oreilles volantes dans la musique et des pieds éparpillés dans la fumée. Mais il est où Jean-Louis dans tout ça ? Il est dans le trou entre les yeux et les pieds, ou il est plus là ? —


Quentin FaucomprĂŠ


Patrick Tourneubœuf / Tendance Floue


Poireaux chromosomiques - Arno Rocher


Les Contributeurs… John Stezaker collectionne, sélectionne, colle, découpe, griffe. John Stezaker est également un sujet britannique. Il confronte, il superpose, il portraitise, il perce. Bien qu’artiste conceptuel célébré dans le monde entier, il a accepté de nous confier une de ses créations pour la couverture de ce numéro. Il affiche, expose, enseigne. Comme le disent ses compatriotes, John Stezaker est un gentle man. J.G. Ballard, auteur d’une trentaine de romans dont deux ont été adaptés au cinéma (Empire du Soleil et Crash). Il a sorti l’anticipation de la filière de la science-fiction pour la faire entrer pleinement dans la littérature. Jean-Louis Costes, pour la cinquième fois, l'écrivain et performeur trash compose une nouvelle inédite pour la revue. Son Grand-père publié chez Fayard avait défrayé la chronique en 2005. www.costes.org

Balthazar Gibiat, journaliste issu

sexe, décors, collections, accessoires, lumières, rythmes, mouvements, pour développer un travail autobiographique. http://floriansicard.blogspot.com/

Frédéric Stucin, on peut voir régulièrement ses photos, notamment des portraits particulièrement justes, dans Libération et dans une bonne partie de la presse française. www.myop.fr Un double se cache dans cette image.

Michel Berjon, éternel archiviste

amateur et fou de cinéma. Il le prouve, depuis quatorze ans, sur papier et sur internet dans les fiches du cinéma. www.fichesducinema.com

Clovis Goux, journaliste capable

d’écrire sur autre chose que l’actualité culturelle à vendre, il officie aussi au sein du collectif musical Dirty (Discodeine, Tristesse contemporaine).

de l'univers Nova, du haut de son double-mètre il domine géographes et historiens et n’hésite pas à gratter les blessures personnelles pour écrire des textes inédits.

Mat Jacob, photographe du collectif

Pierre Giquel, collabore depuis plus de vingt ans à des publications où s'échangent ses activités de critique à celles d'écrivain. En juin 2008, il a questionné pour le MacVal les relations entre critique et chanson.

www.tendancefloue.net

Jérôme-David Suzat-Plessy,

son nom de scène, Cheval Blanc, évoque le songe, le vin et la drogue. C’est à nos yeux le secret le mieux gardé de la chanson française. Guy de Maupassant, six romans

dont Bel-Ami et 300 nouvelles dont le Horla, bref un poids lourd de la littérature.

Tendance Floue qui parcoure le monde de la Chine au Mexique pour revenir au Finistère, appelé le « lieu du lien ». Ses allers-retours vont entre l’universel et l’intime.

Emmanuel Pierrot, photographe

ayant le compas dans l'œil et le sens du gros plan, dont les images sont diffusées par l'agence VU'.

www.emmanuelpierrot.com

Axelle de Russé, photojournaliste indépendante française qui en 2007 a remporté le prix Canon de la femme photojournaliste pour son travail sur les concubines en Chine. Florian Sicard aborde mise en scène, théâtralité, double, personnages inventés, personnages fantasmés,

Jeffrey Silverthorne, né à Hawaii

en 1946, ce photographe représenté par la Galerie VU' met en scène le sexe et la mort notamment dans les abattoirs, morgues ou les bordels.

www.galerievu.com

Joaquim CaroÇa, « poète

indépendant un demi siècle dans les reins. Préverti à l'adoblessance par les mots et leur double essence. Je joue avec mes maux comme d'autres avec les leurres... Que l'après soit avec vous ! »

Charles Burns, un des rares

dessinateurs de BD pouvant être exposé en galerie. Ses images distillent un épais sentiment de malaise.

Patrick Tourneubœuf, lauréat de nombreux prix, ce photographe du collectif Tendance Floue fait le tour du monde avec son exploration exacte des lieux et des architectures. www.tendancefloue.net

Crapaud Mademoiselle,

personnage hybride, photographe et autoportraitiste née en Belgique vivant et travaillant à Reims. www.crapaudmademoiselle.fr

William Londiche,

graphiste freelance vivant à Paris, travaillant pour la presse et la communication, aime bien le cyan, le magenta, le jaune, le noir et le rouge, vert, bleu, en 300 ou 72 dpi. www.williamlondiche.com


suite… Marc Caro, l’autre moitié de Caro

et Jeunet, celle qui fait mal. En 2008, il réalise son premier longmétrage en solo, Dante 01, ainsi que Astroboy à Roboland, documentaire sur la technologie au Japon. Il prépare en ce moment un long-métrage.

Flore-Aël Surun, photographe du

collectif Tendance Floue dont les photos bleutées évoquent des rêves de survie, de paix et d'amour. Son nouveau travail s’appelle : Animaux totems.

Pascale Hémery, elle vit et travaille

Morgane Hamel, invitée à illustrer

Julien Grataloup, illustrateur graphiste noctambule dont les découpages et collages se répandent du New Yorker à Libération.

Sylvie Meunier, cherche au fond

entre Paris et la Bourgogne. Un catalogue raisonné et une exposition rétrospective viennent de lui être consacrés au Musée du dessin et de l’estampe de Gravelines.

www.juliengrataloup.com

www.tendancefloue.net

Corinne Jullien, vit, peint et travaille aux Lilas, une ville au nom de fleur. Dans ce numéro, elle a illustré un poème de Cheval Blanc. www.theblogdecorinnejullien.blogspot.com

Corinne de Battista, peintre

et dessinatrice originaire du Var, elle travaille sur la mémoire et la géographie humaine. www.debattista.info

Quentin Faucompré, dessinateur

homme-orchestre exposant de Rennes à Los Angeles. On peut le rencontrer près de l'île aux requins-Marteaux. Arno Rocher, peint et dessine de Nantes à l’archipel des Philippines. Il va participer à une exposition collective à Bogotá.

des caisses, boîtes et autres valises les petites photographies de famille. Elle remet ces instantanés de vie oubliés dans la lumière pour leur faire vivre d’autres histoires.

www.instantanesordinaires.net

Tom de Pékin n’est pas vraiment

de Pékin mais de Savoie et vit à Paris. Artiste militant, graphiste, réalisateur, il a travaillé pour Les Lettres Françaises, Têtu ou Amnesty International.

la programmation du bar-club Les Disquaires à Paris, elle a pendant trois ans reproduit une pochette de disque par mois. Michael Jackson, les New York Dolls, Madness, Prince, Patti Smith, Renaud ou les Wings ont passé une après-midi dans le Xe arrondisssement.

Andreas Schieger, ce graphiste et James King, diplômé d'Oxford,

ce peintre a assisté Daniel Spoerri (mouvement Eat Art) et Raymond Mason. Il expose en France et à l'étranger. http://jamesking.free.fr

Daniel Bassin, Nantais de 58 ans

passé par le Tchad, il peint avec ses mains des séries de tableaux troublants qu'ils soient chiens ou chaises.

PLACID, depuis les années 1980, il a

dessiné pour des dizaines de supports de presse en kiosque (Libération, l'Humanité, Penthouse, Nova mag…) ou plus marginaux (Lapin, Ferraille, Irreverent, Bilan provisoire…), a exposé pas mal aussi (Monte en l'air ou galerie Gilet à Paris), fait aussi du dessin animé, de la bande dessinée… on peut voir 700 de ses images (à ce jour) sur le site.

illustrateur autrichien vit à Vienne où il dessine avec passion et comme il le dit pour l'argent. www.glandis.com

Denis Esnault, après un passage

par la boîte de prod Le Village, il participe à la création du Vrai papier Journal de Karl Zéro, collabore à Nova Mag et devient indépendant. Aujourd'hui directeur artistique du magazine Terra eco et fondateur d'Irreverent, il modèle aussi la terre du Perche et en fait plâtres et bronzes.

www.enodenis.fr

Arnaud Sagnard, journaliste qui a

écrit par le passé pour Photo, 20 Minutes et Libération, aujourd’hui, chef de Rubrique à GQ le jour, il façonne la nuit la revue Irreverent avec Denis Esnault. Auteur du livre Vous êtes sur la liste ? Enquête sur la tyrannie des branchés.

http://toutplacid.tumblr.com/

www.irreverent.fr

Bulletin d’abonnement Oui, je m’abonne à Irreverent 1 an, soit 1 numéro au prix de 15 e (frais de port inclus). Je fais un don et soutiens la revue Irreverent Nom :.........................................Prénom .................................. E-mail :.......................................................................................

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