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5E

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Chers fidèles, Une bande se sauvages s’est emparée de votre revue. Ils l’ont griffée, tordue, souillée. On y perçoit encore quelques traces de sang, de bave et de gaz lacrymogène. Puisque l’époque est carnivore, aiguisons nos ongles et nos machettes. Que les mots et les images sortent des carcans et submergent toutes les librairies de France. Abonnez-vous, nous vous offrirons un poing américain. Les plus fins observateurs auront remarqué que le prix d’Irreverent est passé de 3 à 5 E. La raison en est simple : nous devons améliorer la distribution de la revue - ce qui a un coût - et en ces temps inversés, on nous reproche de ne coûter pas assez cher (« C’est pas crédible... »). Face à la baisse de la TVA sur les tarifs de la restauration, nous avons décidé de contre-attaquer : la revue coûte un demi de plus. En attendant, bon trip et retrouvez dès la page suivante la BD de Yoann entamée dans notre numéro IV. Directeur de la publication : Denis Esnault - Rédacteur en chef : Arnaud Sagnard - Relecture : Dominique Vincent Direction artistique : Denis Esnault - Textes : Balthazar Gibiat, Fabrice Piquet, Pierre Mikaïloff, Nicolas Santolaria, PierreOlivier François, Little Johnny Jet, Léo Ferré - Photographes : Philippe Lopparelli, Flore-Aël Surun, Meyer / Tendance Floue, Emmanuel Pierrot, Julien Magre - Dessins : Yoann, Quentin Faucompré, Olivier Texier - Illustrations : Hélène Georget, Julien Grataloup, Marjolaine Sirieix - Typographie : Michel Welfringer - Peinture : Daniel Bassin. Couverture : D’après Lucio Fontana - Esnault & Sagnard. Irreverent remercie Karine Lucas, Marie Sumalla, Marc Bruckert, Fichtre, Picturetank, la galerie En Marge, tous ses charmants actionnaires, les lieux de diffusion qui soutiennent cette aventure, chacun des participants et tout particulièrement Maxime Rautureau. Irreverent a reçu le soutien du Centre National du Livre et du CABD. Vous pouvez vous abonner en allant sur notre site : www.irreverent.fr - mail : revueirreverent@yahoo.fr Copyright Irreverent® et les auteurs, tous droits de reproduction réservés. INPI : 06/3416203 - N° ISNN : 1779-3165 Imprimé en France par l’imprimerie Chiffoleau (Nantes) - Edition originale : 1000 exemplaires.


Django, chasseur de riches aux poches lourdes La première fois que je l’ai vu, je ne m’en souviens pas. C’est un Polaroïd qui me l’a raconté. Par balthazar gibiat

I

l devait avoir environ 25 piges, portait ses cheveux noirs plaqués en arrière, de longues pattes au bord des joues et une moustache effilée. Une chemise voyante à large col, ouverte sur la chaîne en or, parachevait le chromo seventies. Al Pacino version gitane.

La sauvagerie renaît dans nos sociétés policées de l’absence, ou de l’échec, du dressage, cette longue et délicate opération qui construit en les désarmant les citoyens dociles. L’invention toujours recommencée d’une civilisation bien peu partagée, entre bergers gueulards triomphants et troupeau soumis bêlant.

Derrière son pif cassé de cascadeur, il dissimulait un nom imposé, dé pipé garanti pour perdre à chaque partie, sorte de faux-nez social, lisse et toc.

Django aimait répéter que les riches avaient les poches trop lourdes, des meutes d’oursins en défendant l’accès, et qu’il était de son devoir, charitable, de les soulager « un peu ». Mais à l’entendre parler des prolos, on comprenait que sa haine de l’espèce traversait les murs économiques. D’une même langue tranchante, il dépeçait forts et faibles.

André Meunier, pour l’état-civil donc, soit essentiellement pour les flics et les procureurs, ses bourreaux récidivistes. « Capable

du fait », s’entendit-il un jour asséner par l’un de ces derniers pour faire entériner, faute de preuve, l’une de ses quinze condamnations par les jurés populaires. André Meunier : simulacre de patronyme puant cette France d’après-guerre où l’on abandonnait une seconde fois les enfants de la DDASS à des familes de paysans creusois ou foréziens dans lesquelles l’adoption se monnayait, souvent, en rudes travaux, coups de trique et brouet. Un nom sans issue. Son vrai nom, le choisi, celui qu’il arborait pour ses épiphanies sociales, claquait tout autrement. Django. C’est ainsi que l’avaient rebaptisé les gitans chez lesquels il s’était, à l’adolescence, trouvé famille et formation professionnelle. Django, tel le héros irrédentiste et dangereux d’un film de Sergio Corbucci. Sauf que lui n’avait pas même la docilité nécessaire pour se faire chef de meute. Franc-tireur de la guerre sociale, partisan des joies éphémères et fortement titrées. Violemment au monde.

Comme dans un roman de le Breton Par la fréquentation d’artistes et d’intellectuels – il en traînait encore, alors, pardelà les frontières sociales –, ces caves pour lesquels il nourrissait une admiration sincère, contrastant avec le mépris revanchard conçu habituellement par les gens de sa caste, il avait vêtu avec soin sa bestialité instinctive de phrases élaborées, aux couleurs politiques comme l’époque les distribuait. Django parlait comme dans un roman d’Auguste Le Breton, passant à volonté, selon l’interlocuteur et l’effet qu’il désirait produire, du registre d’un personnage à l’autre, du langage de la brute de main à celui du truand à particule. Un prince du

jargon. Animal rusé, il se mêlait avec une aisance faite de style et de panache à tous les milieux sociaux et géographiques. Caméléon séduisant et venimeux, menaçant et délicieux, il troublait femmes et hommes d’une même ruade.

Avec un talent de narrateur exceptionnel, il contait aux intimes la geste de ses meilleurs coups, escroqueries et casses, la plupart à la petite semaine, quelques-uns de haut vol. Et aux plus fascinés, avait révélé la nature de son apprentissage chez les Compagnons de la Pince-Monseigneur. Étape cruciale de son tour de France, un stage prolongé au cimetière du Père-Lachaise, pour pratiquer la profanation de sépulture. « Tu te rends compte, argumentait-il encore des années plus tard, ces enculés qui se font enterrer avec leur joncaille !… ». D’un caveau l’autre, il risquait chaque nuit sa propre concession à perpète en maison centrale, et exerçait en conséquence avec méthode et discernement – un peu brouillés tout de même par l’enthousiasme juvénile et les alcools mêlés. Prime offerte à son bon goût, il déroba une nuit un superbe bronze signé Jean-Antoine Houdon. L’enlèvement fit quelques gros titres. Au cours d’un braquage de banque, il s’était mangé une bastos dans les cannes, partant dans la foulée, selon le scénario consacré, se réfugier au vert pour de longs mois. Durant sa carrière jalonnée de longs séjours à La Santé, il avait entre autres exercé comme monte-en-l’air, porte-flingue pour un député UDF en campagne, braqueur de caves à vins huppées (« Putain, on va faire une libation à la santé de Rocard ! »), dealer, gigolo mondain, etc. Et, après avoir partagé une cellule avec le célèbre « Monsieur X », s’était sans succès essayé comme héritier de martingales au PMU…

Parce qu’il me l’avait avoué à demi-mots, et qu’en d’exceptionnelles occasions, j’avais aperçu cette lueur dans son regard, je


Au cours d’un braquage de banque, il s’était mangé une bastos dans les cannes, partant dans la foulée, selon le scénario consacré, se réfugier au vert pour de longs mois le savais capable de tuer. De nombreuses fois, il m’avait fallu le maîtriser, exercice remarquablement difficile, après qu’un importun eût manqué de respect à moi ou à l’un des miens. La balafre ancienne et profonde qui striait sa face témoignait d’une connaissance intime du surin. Monter dans sa voiture, je m’en souvenais toujours trop tard, garantissait des sueurs gelées. Trompe-la-mort.

et fêlées, pleines de colère et d’amour, carburants des enfermés. Pendant ses

emplies de poudres diverses dans l’artère de son cou, tout en m’expliquant d’une voix de graviers la technique de l’eauforte, les millésimes d’exception ou son rêve d’escroquerie, grand-œuvre pour la réalisation duquel ne lui manqua qu’un improbable Médicis.

A quelques centimetres de la tete

jour, mi-furieux mi-fasciné, un petit trou dans le plâtre au–dessus de son lit. De la barre d’immeuble en face, un type avait une nuit tiré au fusil à travers ses rideaux. La balle s’était fichée à quelques centimètres de sa tête.

La dernière fois que je l’ai vu, je m’en souviens. Il avait décidé, bravache, d’aller à la rencontre de sa mort, de si longue date sur son plateau servie. Quelques semaines plus tard, je recevais une carte postée dans les Landes, il m’y parlait de la mer indomptée et d’Allan Kardec. Et entre ces quelques lignes, me disait adieu. Puis il disparut. Il fallut une semaine avant que l’on ne retrouve son corps échoué sur une plage. Une langue de sable déserte où la baignade était interdite. —

De prison, il écrivait des lettres de vingt pages ; missives lyriques et brutes, lucides

Malade mais inoxydable, il enfonçait comme par défi les aiguilles de seringue

© British Film Institute - DJANGO Un film de Sergio Corbucci avec Franco Nero - Un héros mythique. Un film-charnière du western spaghetti, emmenant le genre encore un peu plus loin. Wild Side Vidéo

dernières années, je l’ai beaucoup visité chez lui, dans le petit appartement du XIIe arrondissement parisien où sa dernière compagne lui donnait asile. Il me montra un


Philippe Lopparelli / Tendance Floue


tentative de definition de notre thematique Chez celui qui l’emploie, le mot sauvage génère une remontée de préjugés. Il faut donc se fier au dictionnaire. Pourtant, voilà qu’apparaissent Rambo et un président du Conseil italien... Par fabrice piquet

L

orsque j’entendis récemment le terme sauvage, mon premier réflexe fut de penser au bon sauvage, du nègre Banania au gentil Indien américain en passant par l’hindou souriant des romans de Conrad. Ce bon sauvage incarnant pour l’Occident colonisateur, sa mauvaise conscience, voire un entr’aperçu du paradis perdu. Puis me sont venus à l’esprit les sombres récits d’anthropophages, de rites sanglants voués à telle ou telle divinité. L’ambivalence des connotations de ce terme et sa musicalité ainsi posées, me permettent alors de rendre implicitement hommage à l’irrévérentieux qui le choisit. Ce premier réflexe était cependant bien confortable, puisque le sauvage n’était alors que ce qui n’est pas moi ; l’altérité en quelque sorte, le barbare aurait dit les Grecs ; les Arabes : le Berbère ? Mon second réflexe fut de chercher alors ce qui dans ma culture était sauvage : le père sacrifiant son enfant, Abraham et Isaac, Agamemnon et Iphigénie. Trop facile, le décalage temporel et le philtre « civilisant » du monothéisme me protègent aussi de m’assimiler à cette sauvagerie-là. Puisque, vous l’avez compris, ma quête était toute d’humilité constituée et cherchait à trouver le sauvage qui sommeillait en moi et en ma culture, je décidai d’opter pour une méthode moins intuitive et plus scientifique. Un dur labeur m’attendait donc, une recherche à la limite du supportable… il me fallait… ouvrir mon dictionnaire. Les résultats furent stupéfiants. Je vous épargne les affres d’une recherche qui confinait à l’oubli de soi pour vous offrir, ô privilégié lecteur, l’incroyable résultat de ma quête. Sauvage : qui vient de la forêt. Mowgli et son ours quoi ! Truffaut et son enfant ! Mon fauteuil favori me tendant les bras, je me replongeai alors muni de ces incommensurables connaissances nouvelles dans mon ancienne méthode (l’intuitive) et songeai que :

1 - Chevènement avait une imagination débordante pour imaginer Bellevue ou la Seine-Saint-Denis comme les nouvelles forêts du monde civilisé où se terraient les nouveaux « sauvageons ». 2 - Que sauvage était un mot à l’origine de moult prénoms qui me permettraient de mieux identifier les traces de sauvagerie pérennes en notre Occident contemporain. Sauvage, donc provient du latin silva qui nous apporte la solution à notre problème. En effet, silva a donné Sylvester, celui qui a paradoxalement cultivé son corps pour retourner à la forêt tropicale. Les mots ne mentent pas, ils servent à mentir. Stallone, est donc un des éléments de sauvagerie de notre société. Mais cette solution ne me satisfaisant toujours pas, (je sentais en effet ici poindre le mépris de l’intellectuel pour les arts populaires), je me replongeai dans les affres de la pensée analogique et là, saisissant à pleines pognes les accoudoirs du fauteuil, siège ô combien illustre de mes géniales réflexions avinées, la solution m’apparut telle une nouvelle épiphanie. SILVIO ! L’argent, la culture antique de son pays, le pouvoir, rien ne l’avait éloigné de la sauvagerie transalpine. Il était donc ce paradoxe tant recherché par notre époque tel le wild Internet, le progrès allié au sauvage ; tel encore le barbarian Youssouf Fofana, ou pire encore le Max Aue de Jonathan Littel, véritables grands écarts darwiniens qui rendaient vaine toute tentative de découverte du chaînon manquant. Mon dictionnaire me le confirmait, les synonymes berlusconiens adéquats pleuvaient telles les luxuriances multicolores d’un 14 juillet : fruste, grossier, inculte, brute, barbare, j’en passe et des meilleurs. A cet instant précis, France Info m’annonce, comme une approbation implicite du destin et du monde à ma sublime découverte, que, suite au tremblement de terre des Abruzzes, le sauvage Berlusconi n’a rien trouvé de mieux comme solution que : le camping sauvage. C.Q.F.D. ! —


Pig Hunter and children Par Quentin FaucomprĂŠ


Quentin FaucomprĂŠ


Michel Welfringer


Chronique d’une industrie sauvage Les mœurs de l’édition française à l’heure du quick book et du roman en kit sur Internet. Par pierre Mikaïloff

Première idée forte : la grande surface alimentaire est l’amie de l’écrivain. - Salut Blaise, je… - Ah, Pierre, cool que tu appelles… T’en es où de ta bio de Diam’s ? - Ouais, justement, je crois que je vais pas la faire… Là, tu vois, je suis sur un roman, ça se passe à Paris, c’est un mec dépressif qui… - Attends, Pierre, ça se vend pas en ce moment les romans ! Pense grand public, pense grande surface… Pense grand tout court ! Sois un peu ambitieux, quoi, merde !… - Oui, mais là, je sens qu’il faut que je passe à autre chose. On va finir par me cataloguer… Je lis même plus les critiques de mes bouquins. J’ai trop la trouille… - Tu t’en fous des critiques, pense à la thune ! - OK, mais je peux pas m’empêcher de penser aussi à la place que j’occuperai plus tard dans les dictionnaires : biographe officiel de Diam’s… - Tu préfères écrire sur Subway Sect, peut-être ?… Tout le monde s’en tape de tes groupes new wave à la con ! Réveille-toi… - Heu… je peux quand même t’envoyer le premier chapitre de mon roman ? - C’est un peu trashy, au moins ? - Ben, je te dis, c’est l’histoire d’un écrivain dépressif, au seuil de sortir son premier roman et… - Quoi ! Tu vas le faire au Seuil ?… Espèce d’enculé, je te rappelle que j’ai une exclu sur tout ce que tu… - Accorde-moi cinq minutes d’attention, Blaise… J’ai pas parlé du Seuil. J’ai dit que mon personnage, l’écrivain dépressif, était : « au seuil de sortir son premier roman ». - Autant pour moi ! J’écoutais d’une oreille, désolé, je répondais à un mail en même temps sur mon Blackberry.

Deuxième idée forte : Google existait

longtemps avant le romancier postmoderne (et existera longtemps après).

- OK, donc je continue : cet écrivain dépressif, on l’oblige à écrire des bouquins sur des sujets dont il n’a rien à foutre, genre des bios de chanteurs morts, de présentateurs télé, d’exMiss France… Ça commence par la description d’une de ses

journées types : il se réveille, il fait du café, il se connecte à Internet et, là, il a un rituel… Chaque matin, il tape son nom sur Google pour voir combien de fois il est cité… - Chaque matin ? - Ouais. Et quand son nom dépasse les 10 000 citations, ça provoque chez lui un début d’érection … - Tu fais vraiment ça ?… - C’est le personnage qui fait ça. C’est un roman… - Mouais… Sinon, t’as pensé à mettre des scènes de cul ? - Que du sexe virtuel. Le corps de la femme est fantasmé, sublimé… Le personnage évolue dans un univers de misère sexuelle, il baise plus depuis des années. Il est très très dépressif, en fait… - Faut que tu changes cette partie-là… Il faut qu’il baise. - Je continue… Mon personnage est invité à faire toutes les émissions de télé ringardes pour parler de son dernier bouquin : deux cents pages vite torchées, à propos d’une affaire de pédophilie qui a fait la une des médias. Et il se saborde en direct, sur le plateau d’une énorme émission que toute la France regarde. Il est censé y vanter les mérites de sa dernière merde pendant cinq minutes et il craque en direct, sous les yeux du public. Il se met à chialer… Ce passage est très beau. J’y ai mis beaucoup de moi-même... - Ouais, ouais, ouais, ouais… Je sais pas trop si j’aime le concept. Tu vas pas me faire ça, au moins ?… C’est pas un roman « d’anticipation autobiographique » ?… Je te rappelle que tu passes chez Durand demain ! T’as intérêt à assurer… - Chuis un pro, t’inquiète.  

Troisième idée forte : pas de best-seller sans un bon vieux dictateur communiste. - Sinon, j’ai pensé à toi pour un quick book sur Staline. On raconterait sa vie sur un mode fun... Avec tes références pop, ça pourrait être pas mal... On le sortirait pile poil pour le soixantième anniversaire de sa mort. Et on en vendrait des caisses ! - Faut voir… Y’aurait un bon à-valoir ? - Comme d’hab ! Plus tes dix pour cent… - Je suis ton homme ! Mais laisse-moi finir mon roman d’abord ! - Et pourquoi tu mettrais pas Staline dans ton roman ? On


appellerait ça : Le roman d’amour du petit père des peuples… On porterait un regard tendre et nostalgique sur sa vie. - Tendre et nostalgique… Faut pas déconner, quand même ! Il s’agit de Staline… Et puis je t’ai dit que j’écrivais sur un écrivain dépressif qu’arrive pas à baiser… Je vois pas du tout comment intégrer Staline à ma narration. - Démerde-toi, on tient un grand concept, là ! Les gens veulent lire des romans avec des personnages historiques un peu trash... Subprimes ou pas subprimes, on va cartonner… Et puis, avec le retour en force du communisme, on est dans le sens de l’histoire. Je te garantis un premier tirage de 40 000 !

- Pour les scènes de cul, tu devrais traîner dans les hammams, ça te donnera des idées. Évite le parisianisme surtout ! Il faut qu’on en vende aussi à Aubagne et Tourcoing… Pas question de faire du Sollers, hein !  - Pas de danger… Je pourrais peut-être ajouter aussi une scène qui se déroulerait sur le plateau de « La Nouvelle Star »… Pour toucher le public ado. - Très bon, ça ! Une scène de crime ou de viol collectif... Note-le quelque part pour t’en souvenir. Et on pourrait demander à Lio de préfacer ton bouquin ! T’es toujours en contact avec elle ?

Quatrième idée forte : Diam’s nique Staline.

pas du tout.

- 40 000 exemplaires ? Oh, putain !… Je me sens nettement plus motivé, tout d’un coup… J’ai une idée : si je mélangeais la bio de Diam’s avec l’histoire de mon romancier dépressif qui rencontre Staline ? - Génial ! Tu es génial, Pierre… Je regrette pas le jour où je t’ai rencontré ! - Avec en arrière-plan, une histoire de science-fiction… - Non , ça vend plus rien la S-F… Pense cul, plutôt ! Mais du cul « soft », faut tout de même qu’on soit dans les Auchan. - Les Auchan, évidemment… - Pense aussi à mettre des scènes de cul entre filles. Genre, elles vont aux massages Thaï et elles se touchent… Tu vois le principe ? - Ouais, bien sûr : un roman qui parle de Staline avec, en arrière-plan, Diam’s, un écrivain dépressif et des scènes de cul entre filles...

- Parti comme on est parti, on en fera un téléfilm de ton bouquin ! - C’est ça, un téléfilm… Pour Arte, j’imagine ? - Bonne idée, ça, Arte ! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Le côté « relecture transversale de l’Histoire » va leur plaire… J’appelle le responsable de la fiction dans l’aprèm. Essaie de m’envoyer un synopsis au plus vite... - Ce qui est chiant, c’est que la fin que j’avais trouvée pour mon roman ne colle plus, avec toutes ces modifs… - Pas grave ! A la limite, c’est peut-être même mieux de ne pas conclure… Comme ça, on fera une suite. - Mais l’auteur se suicide à la fin ! - Et alors ? Il peut revenir en spectre dans un autre épisode… Ça s’est vu. - Mais, Blaise, j’écris pas une putain d’histoire de vampires ! - Ce en quoi tu as tort, parce que le fantastique est à la mode...

Cinquième idée forte : Arte, on s’en branle


Les gens veulent qu’on leur foute la trouille. Fais les flipper, ils adorent ! - Ouais… Mon écrivain dépressif pourrait être un vampire communiste. Après tout, pourquoi pas ? - Parle aussi de Castro dans ton bouquin. Il est pas en grande forme ces temps-ci. On pourrait se débrouiller pour faire coïncider la sortie de ton bouquin avec ses obsèques… Je vois d’ici le buzz ! - Epatant. J’ajouterai une scène avec Castro… - Pas Raul, hein ! L’autre… - J’avais bien compris. - Tu sais, je crois qu’on tient un grand livre, là… Ça fait quinze ans que je suis dans le métier, tu peux me faire confiance quand je dis ça. - C’est toujours un plaisir de bosser avec toi, Blaise. Vraiment.

Sixième idée forte : il faut remplir ces putains de bibliothèques IKEA. - Merci, Pierre. Une dernière chose : oublie pas de faire un GROS livre ! Les gens en veulent pour leur argent. Et puis, comme ça, leurs bibliothèques IKEA sont plus vite remplies… - Et ils ont l’impression d’être plus intelligents… - D’ailleurs, je pense à un truc : on pourrait publier le premier chapitre de ton chef-d’œuvre dans la prochaine édition du catalogue IKEA ! - C’est pas un peu, heu… dévalorisant ? - Fais pas ton snob, putain ! Et on pourrait faire aussi un deal avec Auchan et Super U, qu’ils en publient des extraits dans leur catalogue de Noël !

- Oh, non, s’il te plaît, pas ça !… Je crois pas que ce soit une bonne idée. Comment veux-tu que j’aie une chronique dans Les Inrocks ou Technikart, après ça ? - T’inquiète, c’est complètement postmoderne de mêler littérature et prospectus d’hypermarché…

Septième idée forte : toujours terminer son roman par une scène de sévices sexuels. - Si tu le dis… Mais je me sens bizarre, tout d’un coup. Je sais pas si j’ai toujours envie de… - Déconne pas ! Tu tiens ton « Citizen Kane », là… Après ça, t’auras plus à t’inquiéter pour payer ton loyer. Tu peux me rendre ta copie à la fin de la semaine ? - Hein ?… Mais t’es un fou furieux, toi ! J’ai encore écrit que cinquante pages… - Fais pas chier, Pierre ! T’as qu’à faire un copier/coller de ton dernier bouquin en le prenant par le milieu. Personne ne l’a lu jusqu’au bout. Tu connais quelqu’un qui lit les livres jusqu’au bout, toi ?… Ils n’y verront que du feu… Et si ça suffit pas, tu complètes en piquant des trucs à droite à gauche, sur Wikipedia ou sur des blogs... Je peux compter sur toi pour vendredi ? Genre 400 pages ? - OK. Je te fais ça. - Et mets-y ton cœur, ta sensibilité, ta culture, comme tu fais d’habitude… C’est ta « touch », mec ! - Je viens d’avoir une autre idée pour la fin du livre. En fait, le héros meurt pas… Il tue son éditeur à mains nues, après lui avoir fait subir des sévices sexuels pendant plusieurs nuits… - Très cool, ça ! J’achète !… On déjeune dans la semaine ? —


Emmanuel Pierrot


du rouge dans les bois Par Hélène Georget pour les illustrations et Julien Magre pour la photographie

1. Si tu suis cette trace de je-ne-sais-quoi 2. Tu verras qu’entre les arbres se cache 3. Un loup et une traînée rouge 4. Ton imagination y verra une goule 5. Alors que ce n’est qu’un enfant-roi


Ode A la soap-panthEre Les années 80 ont été synthétiques et violentes, elles ont aussi élu une reine. A 75 ans, Joan Collins incarne toujours la garce absolue, la dernière des grands fauves. Par nicolas santolaria

M

iraculée du tsunami de Botox qui s’est abattu sur Hollywood, Joan Collins continue à porter des lustres pendus à chaque oreille avec une classe de bitch-queen étincelante. A 75 ans, l’inoubliable et cruelle interprète d’Alexis Carrington dans « Dynastie » fait briller sa légende de garce absolue en mettant en avant une forme d’outrance aristocratique qui n’appartient qu’à elle. Perchée tout en haut du règne animal, elle avance sur Sunset Boulevard avec l’assurance d’un fauve. « Prendre ma retraite, moi ? Jamais ! Au fond, je suis une vraie gitane », avoue celle qui sidéra Hollywood en annonçant, en 2001, son mariage (le cinquième) avec Percy Gibson, un directeur de théâtre de trente-deux ans son cadet. A l’époque, c’est sans trop d’état d’âme que Joan Collins se déleste du marchand d’art qui lui sert d’époux depuis treize ans. « Mettre les voiles pour changer de vie a été terrible, mais ce fut aussi une extraordinaire sensation de renaissance. J’ai trouvé l’homme qu’il me fallait : il répond à chacun de mes besoins sans pour autant être un toutou».

Très tôt, Joan Collins a compris l’impérieuse nécessité qu’il y avait à inverser le rapport de domination, au point de faire de la satisfaction de ses désirs un mode presque animal d’affirmation de soi. Est-ce parce que son premier mari a tenté de la vendre à un cheik arabe pour 10 000 livres qu’elle a décidé de jouer avec les hommes comme avec de vulgaires sex-toys ? Est-ce, comme elle le laisse entendre, pour rivaliser avec la figure paternelle qu’elle va jusqu’à enchaîner quatorze rendez-vous galants en une seule soirée sans décoiffer son impeccable choucroute ? Toujours est-il qu’à Hollywood, l’appétit sexuel de l’ac-

trice anglaise est devenu légendaire, certains allant même jusqu’à la surnommer « l’open de Grande-Bretagne ». « J’ai de la chance, dit la soap-panthère, je ne souffre que rarement de culpabilité ». Connue pour la liste interminable de ses amants célèbres (Dennis Hopper, Warren Beatty, Terrence Stamp), celle dont le regard peut se révéler aussi troublant qu’un coucher de soleil opiacé sur un puits de pétrole réserve également de terribles douches froides aux rustres qui voudraient la confondre avec une fille facile. A un ponte des studios qui

baisse sa braguette devant elle et dévoile son intimité pour l’impressionner, elle sort : « Désolé, mais j’ai déjà vu des asticots plus vigoureux se tortiller sur des feuilles de chou ! »

Failli etre cleopatre Ambitieuse, Joan Collins n’est pas prête à tout sacrifier pour y arriver. En 1963, afin d’honorer d’obscurs engagements, elle passe même à côté du rôle de sa vie, celui de Cléopâtre dans le film du même nom réalisé par Joseph Mankiewicz. Durant les années qui suivent, et malgré des apparitions dans « Star Trek » ou encore « Cosmos 1999 », l’actrice a bien du mal à faire décoller sa carrière. Les tournages de séries B (« L’Empire des fourmis géantes ») et les nanars érotiques (« Le Manoir des fantasmes ») lui permettront néanmoins de poser les bases de son style camp, fait d’exagération posturale et de flamboyance rococo. Puis soudain, tout bascule. Au début des années 80, alors que « Dallas » cartonne, Joan est choisie pour incarner Alexis Carrington dans une série qui peine à trouver son public : « Dynastie ». Son personnage de riche veuve calculatrice aux tenues de satin et aux frasques sexuelles champagnisées fait immédiatement décoller

l’audience et donne sa patte à ce qui va devenir le méta-soap le plus kitch de l’histoire de la télé. « Toutes ces scènes de sexe étaient vraiment dures à tourner. J’avais tout le temps envie de rire », se souvient l’actrice, devenue rapidement une véritable égérie homo en raison de son hédonisme décomplexé. « Dans la série, j’avais également un fils gay que j’acceptais totalement », commente la drama-queen pour expliquer cette popularité arc-en-ciel qui la fait rugir de plaisir. Lorsqu’elle ne couve pas du regard les amours entre garçons de son petit Steven, Alexis s’étripe à l’écran avec Krystle, interprétée par Linda Evans. « Les gens ont toujours adoré voir les riches souffrir », ironise la veuve (noire) bagarreuse. Des années plus tard, Joan Collins avouera même avoir subi une commotion cérébrale durant l’un de ces légendaires crêpages de chignons. Est-ce ce coup à la tête qui, la cinquantaine venue, la conduit à poser nue à la une de Playboy pour y asseoir son statut de sex-symbol ? Mystère.

Après « Dynastie », qui a fait d’elle l’actrice la mieux payée de la télévision et une star internationale, Joan Collins trouve encore la force de se réinventer en devenant écrivain à succès. Entre la rédaction de ses best-sellers, ses tournées théâtrales et ses œuvres caritatives, celle qui revendique pour modèles Margaret Thatcher et la reine d’Angleterre continue régulièrement à incarner dans les séries télé (« AB Fab », « Femmes de footballeurs » et bientôt « Dr Who ») son personnage fétiche de « salope froide et calculatrice ». Lorsque les caméras s’éteignent, c’est dans l’intimité que cette garce pleine de grâce s’en retourne cultiver le secret de son éclat inaltéré, laissant traîner derrière elle un feulement de féline aux abois. —


Avec son mode de vie tout en outrances, l’héroïne de « Dynastie » a conquis le public gay et les fans de méta-soap


Daniel Bassin


Léo Ferré

Le chien (Extrait) (…)

JE PARLE POUR DANS DIX SIÈCLES et je prends date On peut me mettre en cabane On peut me rire au nez ça dépend de quel rire JE PROVOQUE a L’AMOUR ET a L’INSURRECTION YES ! I AM UN IMMENSE PROVOCATEUR Je vous l’ai dit Des armes et des mots c’est pareil Ça tue pareil II faut tuer l’intelligence des mots anciens Avec des mots tout relatifs, courbes, comme tu voudras

IL FAUT METTRE EUCLIDE DANS UNE POUBELLE Mettez-vous le bien dans la courbure C’est râpé vos trucs et manigances Vos démocraties où il n’est pas question de monter à l’hôtel avec une fille Si elle ne vous est pas collée par la jurisprudence C’est râpé Messieurs de la Romance Nous, nous sommes pour un langage auquel vous n’entravez que couic NOUS SOMMES DES CHIENS et les chiens, quand ils sentent la compagnie, Ils se dérangent et on leur fout la paix Nous voulons la Paix des Chiens Nous sommes des chiens de «bonne volonté» Et nous ne sommes pas contre le fait qu’on laisse venir à nous certaines chiennes Puisqu’elles sont faites pour ça et pour nous Nous aboyons avec des armes dans la gueule Des armes blanches et noires comme des mots noirs et blancs

NOIRS COMME LA TERREUR QUE VOUS ASSUMEREZ BLANCS COMME LA VIRGINITÉ QUE NOUS ASSUMONS

NOUS SOMMES DES CHIENS et les chiens, quand ils sentent la compagnie, IIs se dérangent, ils se décolliérisent Et posent leur os comme on pose sa cigarette quand on a quelque chose d’urgent à faire Même et de préférence si l’urgence contient l’idée de vous foutre sur la margoulette Je n’écris pas comme de Gaulle ou comme Perse

JE CAUSE et je GUEULE comme un chien JE SUIS UN CHIEN © Édition la Mémoire et la Mer 1, Avenue Henry Dunant - 98000 Monaco www.leo-ferre.com


Daniel Bassin


Le parc aux images Un mystérieux explorateur rêve des délices du Congo belge Par Pierre-oLIVIER FRANçOIS, ILLUSTRe PAR JULIEN GRATALOUP

L

’immense parc lui avait toujours plu. Son mélange d’arbres pluricentenaires. Ses statues néo-classiques (surtout les déesses aux seins légèrement dévoilés, même s’il ne se l’était jamais avoué d’ailleurs, il dessinait rarement des


tous là, tous ces animaux empaillés et pourtant si vivants qu’il ne cessait de copier. L’immense éléphant et les hordes d’antilopes. Des bocaux pleins de serpents et de scorpions. Des termitières coupées en deux et quelques poissons qui avaient dû fréquenter les derniers dinosaures. Il passait plus rapidement au travers des sections économiques, qui vantaient les usines de caoutchouc tenues de mains de fer par certains grands groupes, ou les bienfaits de la mine sur les populations locales - même si, inconsciemment, il en était fier, du bien-être « qu’on » apportait à ces « gens ».  La section masque, pourtant l’une des plus incroyables du monde, ne l’avait guère inspiré. Un autre grand maître y avait trouvé son bonheur, au point de créer le plus grand tableau du siècle, « Les Demoiselles d’Avignon ». Mais visiblement, Picasso et lui n’avaient pas le même avis sur l’art nègre. 

femmes). Et puis, le parc cachait l’arrivée vers le centre, créait une sorte de suspense avant d’arriver devant l’aile gauche. L’entrée du bâtiment, majestueuse, pompeuse même, faisait se mélanger tout à la fois la grisaille belge et le son des tam-tams, la bruine et

l’emprise du roi sur son empire, l’agencement art nouveau et les villages africains, sans oublier l’enthousiasme déclenché par les sermons des pères blancs ou des journaux comme l’Illustration quand ils évoquaient l’incroyable fleuve Congo. A l’intérieur, ils étaient

Non, ce qui le fascinait le plus, c’était une statue. Enfant, il avait dévoré les articles sur l’exposition universelle de 1897, quand le bon roi avait fait importer plusieurs dizaines de Congolais logés dans des villages africains (sept moururent de maladies ou de froid, mais ce n’était pas évoqué dans ces articles). Un million de visiteurs en un mois. Immense succès. Il aurait tant voulu en être. Non, rien ne l’attirait plus que ces statues de Paul Wissart, réalisées dans les années 1910 à la demande du ministère des Colonies, et qui représentaient quelques stéréotypes locaux. Le vieillard sous le baobab, la mère (encore un sein débraillé), les guerriers. Et puis l’anioto penché sur un homme endormi. L’anioto, l’homme-léopard, avec sa capuche en peau de félin et ses fausses griffes au bout des doigts. Il en rêvait la nuit. A son époque, au début des années trente, des rumeurs laissaient entendre que ces hommes-léopards sévissaient au Congo belge. Ils auraient perpétré des meurtres en série. Ce genre de récit cultivait à souhait le mythe de l’indigène sauvage. Restait à l’intégrer dans une histoire. Une histoire de Congo. Avec son héros et son chien. Mais comment ? Il ne savait pas encore. Il fallait retourner dans les salles du musée du Congo belge. Notre Congo belge. Et puis dessiner. —


Flore-AĂŤl Surun / Tendance Floue


Flore-AĂŤl Surun / Tendance Floue


Sarah Bernhardt, Indomptable Feminite On ne l’a jamais vu jouer sur scène, à peine a-t-on aperçu quelques photos, des tableaux. Pourtant, parmi les grands prédateurs du siècle, on ne retiendra peut-être qu’elle. Par Little johnny jet et illustre par marjolaine sirieix

L

’humanité est un zoo, une comédie. La comédie humaine ou le grand espoir balzacien de synthétiser le monde comme on le ferait dans un livre d’histoire naturelle. Dans ce zoo, il y a ceux qui tentent de survivre, ceux dont le labeur est tel qu’ils sont en bas de la chaîne alimentaire. Restent alors les grands prédateurs. La panthère fait partie de la dernière catégorie : image d’une femme du monde qui croque et manipule l’homme par l’appât du charme. Et dans l’Olympe du royaume humain, existe un être bien supérieur à tous ceux-là : Sarah Bernhardt. Elle est l’image de la femme écrasant la panthère pour devenir lionne. Femme brasier, elle est le miracle de l’être libre et sans concession ayant fait de sa vie une œuvre d’art. Car l’art féminin est le plus contraignant et délicat qui soit : savant mélange de douceur et de violence ; de caprice et d’offrande. Etre la grande femme du siècle revient à se faire désirer sans ne jamais pouvoir appartenir à personne.

La vie de Sarah Bernhardt est suffisante pour incarner la fureur de vivre à la mode fin XIXe. Sa vie a été dirigée par ce que la vieille médecine appelait «le sang noir» : un fluide qui transporte les humeurs et la

rage dans le corps. C’est donc par un surplus apparent de ce sang que Sarah Bernhardt est une sauvageonne délicieuse. Avec son corps frêle, sa crinière de jais bouclée et ses yeux d’un jaune félin, son physique est une émanation même de son caractère. Ses expressions grandiloquentes combinées à sa stature conquérante l’imposent dans l’espace et dans notre conscience. Auprès d’elle, on se sent diminué et menacé.

Sa vie frénétique commença com-me une prédiction : elle chuta petite enfant dans un foyer embrasé sous les yeux impuissants du mari handicapé de sa nourrice. C’est à partir de ce feu premier que l’on se met à admirer ses excès de colère dénonçant l’injustice des sœurs de son pensionnat ; osant un pied de nez à l’armée en narguant un bidasse qui a eu le malheur de croiser son chemin, ou encore en vouant un amour inconditionnel à toutes sortes d’animaux qui partageront toute sa vie.

Les hommes tombèrent a ses pieds Il en est de même aux prémices de sa grande vie de comédienne. En giflant

une sociétaire de la ComédieFrançaise alors qu’elle n’a que 18 ans, elle montre que ce que l’on appelle «toupet» n’est en vérité que magnificence. Une

magnificence qui macule tous ceux qu’elle rencontre : que ce soit les Peaux-Rouges qui tirent des coups de feu en guise d’approbation de son jeu ; ou les Allemands imaginant un plan pour la capturer lors de ses visites au front, tellement son apparition exalte les poilus. Telle une Marianne symboliste, sa liberté définitive fera de cette femme la dernière vraie décadente française. Et c’est dans la passion des passions, l’amour , qu’elle se montrera la plus explosive. L’exemple le plus frappant étant son injonction amoureuse adressée au chauffeur de son train de les faire mourir en traversant à pleine vitesse un pont sur le point de s’écrouler. Mettant en danger la vie de tous les passagers, le pont effondré derrière leur passage, ils n’en sortirent que plus vivants…

Femme hybride donc, qui connut son paroxysme en demandant à son ami médecin parisien de lui greffer une véritable queue de léopard au bas des reins. Les médecins auront eu beau retourner la question dans tous les sens, l’incapacité de l’opération la frustrera. Sarah Bernhardt est l’une de ces surhumaines, en telle adéquation avec sa vie et sa morale qu’elle arrivera à mourir à 79 ans avec un rein, un poumon et une jambe en moins. —


portrait du roi des chasseurs Kraven était le meilleur d’entre tous. En son temps, il avait même vaincu la célèbre Araignée. Avant de venir à bout de la pire des bêtes, lui-même.

Univers : Marvel Nom : Sergei Kravinoff Alias : « Kraven le chasseur », « Le plus grand chasseur du monde », « Le chasseur macabre » Occupation : chasseur professionnel, mercenaire Citoyenneté : russe Lieu de naissance : Volgograd, (autrefois Stalingrad), Russie Famille : Nikolai & Anna Makarova Kravinoff (parents, décédés), Dmitri Smerdyakov (Caméléon, demi-frère), Vladimir Kravinoff (fils, décédé), Aloysha «al» Kravinoff (fils), Ned Tannengarden (fils, décédé) Etudes : Universitaires Taille : 1,86 m Poids : 106 kg Yeux : Marron Cheveux : Noirs Pouvoirs : En ingérant des potions magiques, Kraven développe une force surhumaine (il peut soulever jusqu’à deux tonnes et court à 100 km/h sur de courtes distances). Ces potions ralentissent également son vieillissement. Sans ces adjuvants, Kraven était déjà un athlète de niveau olympique. Capacités : Kraven est un brillant

tacticien, pisteur et chasseur. Il maîtrise toutes formes de combat. Il dispose également de vastes connaissances en matière de poisons et de tranquilisants. Il a développé son propre style de combat en se battant contre des animaux à mains nues. Il sait également dompter les bêtes les plus féroces. Armes : Kraven emploie flèches, gaz javelots, haches, filets, fouets, et poisons. Equipement : Sa veste à tête de lion produit des décharges électriques et envoie des gaz tranquillisants. Première apparition : The Amazing

Spider-Man #15 (1964) Fait marquant : Au cours de ses chasses à l’Araignée, il lui arrive de citer le poème de William Blake « Le Tigre » en substituant l’arachnide au fauve : « Araignée, Araignée ! Ton éclair luit / Dans les forêts de la nuit, / Quelle main, quel œil immortels / Purent fabriquer ton effrayante symétrie ? ». Après des multiples tentatives, il vainc enfin Spider-Man, son pire ennemi et se suicide dans la foulée (The Amazing Spider-Man #294, 1987). Avant de commettre l’irréparable, il prononce ces mots troublants : « Ils disaient que ma mère était folle ».

Meyer / Tendance Floue


Les Contributeurs YOANN : Dessinateur, père de Toto l’ornithorynque, du Fennec et de Donjon Monsters. Le jeune Spirou est son fils adoptif Balthazar Gibiat : Journaliste issu de l’univers Nova, du haut de son double-mètre il domine géographes et historiens Philippe Lopparelli : Photographe du collectif Tendance Floue explorant aussi bien la sidérurgie, les cirques que les fêtes techno Fabrice Piquet : Un professeur de français pas comme les autres que l’on voit souvent passer sur une planche à voile au large de la presqu’île de Sarzeau Quentin Faucompré : Dessinateur auteur de contes moraux exposant de Rennes à Los Angeles... On peut le rencontrer près de l’île aux Requins-Marteaux Michel Welfringer : Typographe luxembourgeois exilé à Paris, il travaille aussi bien avec le Mac/Val que la chanteuse Neneh Cherry Pierre Mikaïloff : Guitariste du groupe les Désaxés devenu écrivain, auteur notamment de « Some clichés,

enquête sur la disparition du Rock’ n’ Roll » Emmanuel Pierrot : Photographe ayant le compas dans l’œil et le sens du gros plan dont les images sont diffusées par l’agence Vu Julien Magre : Photographe délicat ayant travaillé avec l’écrivain Marc Villard. Il explore aussi bien les paysages que les visages de femmes. Il fait partie du réseau picturetank. Hélène Georget : Illustratrice et designer textile, au trait particulièrement fin, spécialisée en sérigraphie et en broderie Nicolas Santolaria : Plume du mensuel Technikart, ce journaliste à l’air lunaire voit dans le poste de télévision un concentré d’humanité et d’inhumanité Daniel Bassin : Nantais de 56 ans passé par le Tchad qui peint avec ses mains des séries de tableaux troublants qu’ils soient chiens ou chaises Pierre-Olivier François : Journaliste bourlingueur sur la chaîne Arte ayant travaillé sur la corée du nord, la Sibérie, l’origine des frites ou de la pizza

Julien Grataloup : Illustrateur graphiste noctambule dont les découpages et collages se répandent du New Yorker à Libération Flore-Aël SuruN : Photographe reporter du collectif Tendance Floue dont les photos bleutées évoquent des rêves de survie, de paix et d’amour Little Johnny Jet : Une des plumes aux cheveux longs et à lunettes de soleil du site Internet www.gonzai.com qui redonne du souffle à l’écriture rock Marjolaine Sirieix : Dessinatrice illustratrice qui croque les visages au crayon de bois et qui invente des fantasmagories colorées pour les galeries, les magazines ou son blog Olivier Texier : Graphiste le jour, dessinateur la nuit, auteur des albums « Mal Faits » et « Croisière cosmos ». Ses strips Grotesk sont visibles chaque mois dans le mensuel Electrocomics Meyer : Photographe du collectif Tendance Floue plongé entre Afrique noire, tauromachie camarguaise et doux mouvements de qigong à Pékin Erratum : Dans Irreverent V, nous avons mal orthographié le nom d’Anaïs Prosaïc

Bulletin d’abonnement Oui, je m’abonne à Irreverent 1 an, soit 2 numéros au prix de 15 e (frais de port inclus). Oui, je m’abonne à Irreverent 2 ans, soit 4 numéros au prix de 30 e (frais de port inclus). Je fais un don et soutiens la revue Irreverent Nom :.......................................................................................... Prénom :..................................................................................... E-mail :.......................................................................................

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YOANN, Lopparelli FaucomprÉ, Gibiat Piquet, MikaÏloff Welfringer, FERRÉ SuruN, Santolaria Esnault, sagnard Magre, Grataloup O.TEXIER, Pierrot Little Johnny Jet Georget, BASSIN Sirieix, François Meyer, RAUTUREAU


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