APPROCHES PARTICIPATIVES EN PROTECTION DE LA JEUNESSE Retour sur un espace de dialogue entre professionnel.le.s
BUREAU INTERNATIONAL DES DROITS DES ENFANTS (IBCR)
PRÉFACE En janvier dernier, plusieurs professionnel.le.s de la Direction de la protection de la jeunesse du CISSS des Laurentides, choisi.e.s par des jeunes ayant participé à un projet de recherche sur l’approche participative (RAP), ont eu l’occasion de s’impliquer dans la démarche à titre d’allié.e.s. J’ai eu l’honneur de prendre part à la formation ainsi qu’aux réflexions entourant notre positionnement professionnel et notre collaboration avec les jeunes. Cet espace d’échanges s’est avéré extrêmement riche et mobilisant, nous amenant à revisiter notre approche et à repenser notre posture en regard de notre pratique auprès des jeunes. J’ai pu constater le même engouement et le même intérêt de la part des autres professionnel.le.s ayant été invité.e.s. De plus, les échanges et les commentaires recueillis ont unanimement mis en lumière la pertinence indéniable de ce projet sur la pratique clinique. Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance pour l’opportunité offerte par le Bureau international des droits des enfants. Cette expérience s’est révélée extrêmement enrichissante, tant sur le plan professionnel que personnel. Je souhaite vivement que l’ensemble du personnel puisse, à son tour, bénéficier d’une telle expérience, laquelle serait sans aucun doute porteuse de retombées positives pour nos jeunes.
Karine Blair Directrice adjointe Hébergement et réadaptation interne Direction de la protection de la jeunesse
Partir de nous – Autonomisation des adolescentes en situation d’exploitation sexuelle. Financé par le fonds d’aide aux victimes d’actes criminels (FAVAC) du ministère de la Justice du Québec. ISBN : 978-1-989688-50-2. 2026 © Bureau international des droits des enfants et CISSS des Laurentides. 3
/ PARTIR DE NOUS / Ce document prend racine dans une démarche ancrée dans le réel : celle du projet Partir de nous, porté par le Bureau international des droits des enfants et l’Université du Québec en Outaouais. Plus qu’un projet, Partir de nous incarne une conviction : celle que toute transformation des pratiques en protection de l’enfant doit commencer par le dialogue et l’expérience des jeunes elles-mêmes. Développé en collaboration avec des adolescentes en situation d’exploitation sexuelle, ce projet vise à créer des espaces où les jeunes peuvent s’exprimer, analyser leur parcours et contribuer directement à la définition des services qui les concernent. Il repose sur un principe fondamental : la participation des enfants n’est pas périphérique, elle est indispensable pour concevoir des réponses pertinentes, respectueuses et efficaces. C’est dans ce cadre qu’a émergé l’espace de dialogue entre professionnel. le.s présenté dans ce document. Pensé comme un prolongement direct de la démarche portée par les jeunes, cet espace s’inscrit dans une dynamique de coconstruction où les pratiques professionnelles sont mises en réflexion à partir des réalités exprimées par celles qui vivent les systèmes de protection. Il traduit concrètement l’ambition de Partir de nous : rapprocher les expériences des jeunes et les pratiques des adultes, afin de faire évoluer les réponses institutionnelles. Ce document témoigne précisément de cette rencontre. Il donne à voir un moment de réflexion collective où des professionnel.le.s, identifiés comme allié.e.s1 par les jeunes, s’engagent dans un travail d’analyse critique de leurs pratiques. À travers cette publication, l’IBCR poursuit son engagement à renforcer des systèmes de protection plus justes, plus inclusifs et plus centrés sur l’expérience des enfants. Partir de nous en constitue une illustration concrète : un processus qui ne vise pas uniquement à améliorer des pratiques, mais à transformer les relations, les dynamiques de pouvoir et les manières de penser la protection et les droits des enfants. En vous souhaitant une bonne lecture.
Julie Dénomée Directrice générale Bureau international des droits des enfants
1 Dans le cadre du projet Partir de nous, les allié.e.s sont des professionnel.le.s choisi.e.s par les jeunes filles participantes ellesmêmes. Celles-ci les identifient comme des personnes ayant une posture ouverte et réflexive, susceptibles de soutenir, de porter et de diffuser les messages qu’elles souhaitent faire entendre. Ces allié.e.s se distinguent par leur intérêt à s’engager dans des démarches participatives et autonomisantes, ainsi que par leur volonté de continuer à apprendre, à questionner leurs pratiques et à promouvoir ces approches dans leurs environnements professionnels respectifs.
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L
’espace présenté dans ce document s’inscrit dans le projet Partir de nous, né d’une idée portée par des jeunes filles placées en protection de la jeunesse : « Tout devrait partir de nous ». Cette idée a donné lieu à une démarche visant à repenser leur place au sein des dispositifs de protection de l’enfant, en s’appuyant sur leurs expériences, leurs besoins et leurs réalités. Soutenu par le Fonds d’aide aux victimes d’actes criminels (FAVAC) du ministère de la Justice de Québec, le projet s’ancre dans le vécu de jeunes filles placées, ayant traversé des situations complexes, notamment en lien avec l’exploitation sexuelle. Il met au centre leurs regards sur les services, les relations et les décisions qui structurent leur quotidien, à partir de leur expérience directe du système de protection, afin de contribuer à leur transformation et à l’amélioration des pratiques et des réponses apportées.
Une dynamique collective Qui regroupe : • des jeunes filles (âgées de 16 à 18 ans) ayant vécu des situations en lien avec l’exploitation sexuelle et des parcours de placement au sein des dispositifs de protection des Laurentides, déjà impliquées dans le processus de recherche-action participative (RAP);
• l’équipe de recherche de la professeure Vicky Lafantaisie (UQO); • le CISSS des Laurentides; • le Bureau international des droits des enfants (IBCR).
Il s’inscrit dans la continuité d’un processus de recherche-action participative (RAP), coordonné par l’équipe de recherche de la professeure Vicky Lafantaisie (UQO).
Une démarche articulant plusieurs espaces complémentaires • Des espaces entre jeunes, pour partager leurs parcours, exprimer leurs besoins et leurs priorités, identifier des pistes d’amélioration et proposer des outils. • Des espaces entre professionnel.le.s de la protection de la jeunesse, pour réfléchir aux pratiques professionnelles liées à l’approche participative, questionner certaines évidences et nourrir les dynamiques de formation. • Des espaces croisés, pour mettre en dialogue jeunes et professionnel.le.s, afin de croiser les expériences, renforcer les compétences et co-construire des améliorations des services ainsi que des initiatives favorisant des approches participatives.
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Créer les conditions d’un dialogue horizontal Un dialogue réel ne repose pas uniquement sur la présence simultanée des jeunes et des adultes dans un même espace. Sans conditions adaptées, la participation peut rester symbolique, voire reproduire des déséquilibres existants. Instaurer ces conditions exige un travail de préparation rigoureux : clarifier les intentions et les rôles, adapter les modalités d’échange et poser un cadre à la fois sécurisant et respectueux. Cela suppose aussi de reconnaître que le dialogue peut prendre des formes variées et progressives, et ne pas être toujours direct ou immédiat. Dans ce sens, des espaces entre professionnel. le.s, comme celui-ci, jouent un rôle essentiel. Ils permettent de prendre du recul, de déconstruire certains réflexes et d’ajuster les postures afin de favoriser des espaces de dialogue avec les jeunes qui soient plus équilibrés et réellement participatifs. Lorsque des espaces réunissent jeunes et adultes, cette préparation devient alors un levier concret pour garantir un échange plus juste, compréhensible et accessible pour chacun.e.
/ UN ESPACE DE DIALOGUE ENTRE PROFESSIONNEL.LE.S DE LA PROTECTION DE LA JEUNESSE /
Travailler les postures pour favoriser la participation La participation des jeunes est étroitement liée aux postures des adultes. Elle se joue dans des gestes concrets du quotidien : la manière d’écouter, d’expliquer, de laisser une place, de partager l’information ou encore de reconnaître la légitimité de la parole des jeunes. Ces dimensions ne relèvent pas uniquement d’intentions, mais d’un positionnement professionnel qui se construit et s’ajuste dans la durée. Elles supposent aussi d’accepter une part d’incertitude, de lâcher certains réflexes de contrôle et de faire une place réelle au point de vue des jeunes. Un espace de ce type permet précisément de mettre ces postures en discussion, de les confronter à d’autres expériences et d’ouvrir des possibilités d’ajustement, entre pairs.
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et espace de dialogue s’inscrit dans une manière de travailler qui met au centre le partage et l’analyse des expériences, le dialogue et la participation. Il repose sur une approche de co-construction et de renforcement des compétences, portée par le Bureau international des droits des enfants et les acteurs impliqués dans le projet.
Partir des pratiques pour réfléchir ensemble Dans cet espace, les échanges s’appuient sur les expériences des professionnel.le.s et leurs savoirs sont reconnus comme des points d’appui pour la réflexion. Cette approche permet d’ancrer la réflexion dans des situations concrètes, de rendre visibles des éléments souvent implicites et d’ouvrir des pistes directement liées aux réalités vécues. À partir de ces éléments, des compréhensions se construisent en croisant les regards et les pratiques, et en reliant ce qui est vécu aux contextes dans lesquels s’inscrit le travail au quotidien. La facilitation accompagne cette démarche en proposant un contexte propice à l’expression, sans jugement, et à une réflexion partagée.
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Une méthodologie au service de la réflexion L’espace s’appuie sur une démarche pensée en amont, qui ne se limite pas à la mise en présence des personnes, mais qui structure les conditions de l’échange. Des supports, des outils et des propositions d’activités viennent soutenir la réflexion, faciliter la prise de parole et permettre d’entrer dans les échanges autrement que par un format uniquement discursif. Cette méthodologie vise à créer un cadre accessible et sécurisant, dans lequel chacun.e peut s’impliquer à partir de son expérience, et où la réflexion se construit progressivement, au fil des interactions.
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EN RÉSUMÉ
CE QUE CET ESPACE MET EN ÉVIDENCE Un espace de ce type ouvre des possibilités pour faire évoluer les pratiques professionnelles. Il permet de renforcer une posture réflexive, de reconnaître la valeur des expériences et de créer des points d’appui pour ajuster les manières de faire.
Un groupe de 11 professionnel.le.s allié.e.s aux profils variés.
Une préparation en amont grâce à un support pédagogique en ligne et interactif, pour aider à réfléchir à l’approche participative, avec des quiz, des audios, des exercices et des mises en situation.
Il rappelle surtout que la participation ne repose pas uniquement sur des intentions, mais sur des conditions concrètes à bâtir au cœur même des espaces, des relations et des cadres institutionnels.
Un espace de dialogue en présentiel pour explorer l’approche participative à travers des méthodes participatives (17 septembre 2025).
Une facilitation assurée par le Bureau international des droits des enfants, offrant un cadre structuré pour soutenir la réflexion, le dialogue et la co-construction à partir des expériences partagées.
Des outils et des ressources thématiques mis à disposition des personnes participantes.
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DES PRATIQUES ANCRÉES DANS L’EXPÉRIENCE DES JEUNES Faire évoluer les pratiques, c’est tisser des liens entre ce que vivent les jeunes et ce qui se fait au quotidien. Dans cet espace, cela passe par une attention réelle à leurs expériences, par leur intégration dans les réflexions et par la recherche de cohérence entre les pratiques et leurs réalités. Cela suppose aussi une ouverture : accepter que ces expériences viennent bousculer, déplacer et faire évoluer les manières de faire.
Ci-dessous, captures d’écran des ressources préparées par l’IBCR et mises à la disposition des personnes participantes.
Photos des pages 6 à 9 prises lors de l’espace de dialogue avec les professionnel.le.s du CISSS des Laurentides, organisé par l’IBCR, en septembre 2025.
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/ RÉFLEXIONS POUR FAIRE ÉVOLUER LES PRATIQUES /
Des attentes différenciées selon l’âge Face à une même situation, les réactions varient selon qu’il s’agit d’un adulte ou d’un jeune. Avec un adulte, l’initiative est valorisée, les intentions sont explorées, des pistes sont proposées.
Les éléments présentés dans cette section s’appuient sur les constats, les tensions et les pistes qui ont émergé de l’espace de dialogue entre professionnel.le.s. Ils ne constituent ni un cadre figé, ni des réponses clés en main, mais invitent plutôt à questionner certains repères et à ouvrir la réflexion.
À l’inverse, lorsqu’il s’agit d’une jeune, l’attention se porte davantage sur ce qui pourrait ne pas fonctionner et sur la manière d’encadrer.
Dans cette perspective, ils questionnent concrètement ce que signifie, au quotidien, reconnaître la place des jeunes, leur parole et leur capacité à contribuer aux décisions qui les concernent.
Comme si sa capacité devait encore être prouvée.
Des tensions au cœur des pratiques Ces représentations se traduisent par des tensions bien connues : • responsabiliser, tout en contrôlant • encourager l’autonomie, tout en cadrant fortement • valoriser, tout en doutant • collaborer, mais garder la décision Ces tensions ne relèvent pas d’un manque de volonté. Elles s’inscrivent dans des repères largement partagés, au croisement des pratiques professionnelles et des normes sociales.
Des effets concrets dans le quotidien Ces logiques influencent des gestes ordinaires : • des explications peu adaptées • une confiance parfois limitée
Ils renvoient ainsi à un enjeu central : comment faire vivre, dans les pratiques, le droit des jeunes à participer.
• peu de place laissée à l’essai et à l’expérimentation Tu pourrais commencer avec une plante en plastique ! Comme ça, tu n’auras pas de souci si tu oublies.
• une implication variable des jeunes dans les échanges les concernant.
Comme si ce n’était pas à nous d’adapter notre manière de faire. Comme si les adultes savaient toujours mieux.
Une référence implicite à la « maturité »
// DÉCONSTRUIRE CERTAINS RÉFLEXES : QUESTIONNER L’ADULTISME //
La prochaine fois, demande de l’aide à un adulte.
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es pratiques professionnelles sont traversées par des repères implicites, souvent peu visibles, qui influencent la manière de percevoir les jeunes et d’entrer en relation avec eux. Ils traduisent une vision des enfants et des jeunes encore largement partagée : celle de personnes « en devenir », dont les capacités seraient incomplètes ou à construire, plutôt qu’à reconnaître dans le présent.
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Utiliser des outils de botanique est dangereux pour toi, tu ne devrais pas le faire.
En arrière-plan, une idée revient fréquemment : celle d’une « maturité » attendue pour pouvoir participer pleinement. Or, cette notion n’est ni fixe ni objective. Elle dépend des contextes, des attentes et des environnements dans lesquels les jeunes évoluent. Présentée comme un critère absolu, elle peut conduire à différer ou à conditionner leur implication dans les décisions les concernant.
REVENIR À L’ESSENTIEL Les jeunes ne sont pas uniquement des adultes en devenir. Ils sont déjà capables de comprendre, de formuler des points de vue et de contribuer à ce qui les concerne. Leur regard est légitime. Interroger ces réflexes, c’est reconnaître qu’ils influencent la manière de voir, d’écouter et d’entrer en relation, et comprendre que d’autres manières de faire sont possibles, dès maintenant.
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// REPENSER LA « VULNÉRABILITÉ » : ENTRE PROTECTION ET AUTONOMIE //
Catégoriser les enfants comme vulnérables peut en soi les rendre encore plus vulnérables. — Laura Lundy
Une notion qui structure les pratiques La notion de « vulnérabilité » est très présente dans les contextes de protection de la jeunesse. Elle oriente les décisions, les cadres et les manières de faire. Elle est souvent associée à des jeunes ayant vécu des situations difficiles, et avec l’idée qu’ils nécessitent davantage de protection, d’encadrement ou de sécurité.
Un prisme qui oriente le regard Lorsqu’elle devient une grille de lecture dominante, la « vulnérabilité » tend à focaliser l’attention sur : • ce qu’il faut éviter
Quelques idées à questionner Quelques idées à déconstruire
Certaines associations semblent aller de soi, mais méritent d’être interrogées : Plus un jeune est vulnérable, moins il peut participer. Æ une idée fréquente, qui peut limiter sa place. Protéger, c’est décider à sa place. Æ un réflexe sécurisant, mais qui ne devrait pas être systématique. Limiter les risques, c’est limiter les choix. Æ une réponse immédiate… qui peut freiner l’apprentissage.
Des logiques qui dépassent les pratiques individuelles Ces manières de faire ne relèvent pas uniquement des pratiques professionnelles. Elles s’inscrivent aussi dans des cadres institutionnels, des obligations légales, des cultures organisationnelles et des approches centrées sur la gestion du risque, qui encouragent à sécuriser les parcours et à éviter les erreurs. Dans ce contexte, offrir des possibilités de participation peut apparaître plus incertain, voire difficile à mettre en œuvre.
Déplacer le regard Plutôt que de considérer certains jeunes comme « vulnérables » en soi, il s’agit de porter l’attention sur les situations et les contextes qui restreignent leur capacité d’agir.
• ce qu’il faut prévenir • ce qu’il faut sécuriser
// DÉPASSER CERTAINES IDÉES REÇUES SUR LA PARTICIPATION //
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arler de participation ne suffit pas à la rendre réelle et significative pour les jeunes. Elle reste souvent associée à des idées simplifiées, qui limitent sa mise en œuvre au quotidien. Revenir sur ces représentations permet de mieux ajuster les pratiques : non pas à une définition théorique, mais aux réalités, aux besoins et aux façons d’être des jeunes.
Participer, c’est donner son opinion. Æ Participer, c’est aussi comprendre, choisir, être impliqué.e et voir l’effet ou la prise en compte de sa parole. Participer, c’est laisser décider. Æ Participer, c’est prendre part dans un cadre, avec des repères clairs et partagés. Si elle ne parle pas, elle ne participe pas. Æ La participation peut prendre différentes formes : attitudes, choix, silences, prises de position indirectes. Certain.e.s jeunes ne sont pas prêt.e.s à participer. Æ La participation ne dépend pas uniquement des jeunes, mais des conditions proposées : le temps, la confiance et la manière d’entrer en relation. En protection de la jeunesse, intégrer la participation est simple. Æ Travailler dans ces contextes demande d’ajuster les rythmes, de prendre en compte des parcours parfois complexes et de s’appuyer sur des approches sensibles et adaptées. La participation repose avant tout sur la volonté des professionnel.le.s. Æ Elle suppose aussi des repères, du temps de réflexion, des pratiques adaptées et des espaces de formation pour accompagner l’évolution des postures et des manières de faire. Si la décision ne change pas, il n’y a pas de participation. Æ Dans des contextes de protection, où certaines décisions s’inscrivent dans des cadres contraints, participer signifie aussi comprendre, questionner et recevoir un retour, même lorsque la décision ne change pas.
TROUVER UN ÉQUILIBRE Le regard se centre alors sur les risques, parfois au détriment de la compréhension fine des situations et des possibilités d’échange avec les jeunes. Æ La place laissée à l’échange et à la compréhension peut se réduire. Æ La participation devient plus difficile à envisager.
La question n’est pas d’opposer protection et participation, mais de les articuler : UNE AUTRE MANIÈRE DE VOIR LA PARTICIPATION • protéger, sans empêcher d’agir • accompagner, sans faire à la place
La participation se construit dans les interactions du quotidien : dans la manière d’expliquer, d’écouter, de laisser une place et de rendre visibles les décisions.
• sécuriser, sans réduire les options et possibilités Même dans des contextes complexes, il est possible d’ouvrir des espaces qui permettent aux jeunes de prendre part, à leur manière, à ce qui les concerne.
Elle ne repose pas sur un moment particulier, mais sur une attention continue à créer des conditions qui permettent aux jeunes de comprendre, de s’exprimer et de prendre part, à leur manière, à ce qui les concerne.
Æ Les réflexes adultistes se voient renforcés.
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Visuel inspiré de : Barbecho (2023). Sobre-volar las piedras : Reflexiones para facilitar la participación de las personas migrantes en espacios de activimo. Disponible en ligne : https://barbecho.org/wp-content/uploads/2023/12/Sobrevolar-las-piedras_Barbecho.pdf
// SURMONTER LES OBSTACLES : UN CHEMIN À CONSTRUIRE //
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éfléchir à ses pratiques, déconstruire certains réflexes ou interroger ses représentations ne suffit pas toujours. Mettre en œuvre des approches participatives, en particulier dans des contextes de protection et auprès de jeunes ayant vécu des parcours complexes, implique aussi de composer avec des contraintes bien réelles.
partager les pratiques entre pairs
Les reconnaître et les nommer fait partie du chemin. Dans cet espace, ces obstacles ont été identifiés de manière très concrète, comme des pierres sur le chemin vers une participation significative des jeunes.
coordination parfois difficile entre professionnel.le.s gestion du risque qui limite la participation
développer des espaces de formation
organisation du travail peu flexible
Les pierres sur le chemin Æ Autant de pierres qui jalonnent le chemin, sans pour autant empêcher d’avancer.
Des pistes pour avancer Æ Des appuis concrets pour avancer, même dans des contextes contraints.
Survoler les pierres Les obstacles ont été représentés comme des pierres sur un chemin. Les pistes, comme des avions en papier, venant les survoler.
peur de mal faire ou de prendre un risque
habitudes professionnelles ancrées
s’ajuster au rythme des jeunes
renforcer la collaboration entre professionnel.le.s
connaissance inégale des approches participatives mobiliser les marges de manœuvre existantes
rendre l’information accessible
Æ Les obstacles ne disparaissent pas, Æ mais il est possible de les contourner, de les franchir autrement, ou de s’appuyer dessus pour avancer.
accès limité aux services (selon les territoires)
Pris ensemble, ces obstacles renvoient à des réalités bien présentes (conditions de travail, cadres institutionnels, pratiques professionnelles, enjeux de posture). Les pistes identifiées ne les effacent pas, mais ouvrent des possibilités à l’intérieur même de ces contraintes.
pratiques sécurisantes peu ouvertes à la participation
multiplicité des acteur.rice.s impliqué.e.s
créer des temps d’échange
postures centrées sur le contrôle et crainte de le perdre (notamment chez les professionnel.le.s moins expérimenté.e.s)
expliquer les décisions et les cadres maintenir une écoute active
manque de temps, notamment pour individualiser les accompagnements
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ressources humaines limitées et charge de travail élevée
ressources financières insuffisantes
complexité des situations
contraintes institutionnelles et légales
Avancer, pas à pas Faire vivre des approches participatives ne repose pas sur des solutions immédiates. Cela s’inscrit dans un chemin fait d’ajustements, d’essais et de réflexions partagées. Ces espaces permettent précisément cela : continuer à avancer, ensemble, même lorsque le chemin reste irrégulier.
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Des espaces comme celui-ci rappellent d’abord l’importance de pouvoir s’arrêter. Faire une pause dans le quotidien permet de prendre du recul, de questionner ses pratiques et de ne pas rester seul.e face aux situations rencontrées. Ils montrent aussi combien les échanges entre professionnel.le.s sont nécessaires. Partager des expériences, croiser les regards et réfléchir ensemble, cela ouvre des perspectives qui ne peuvent émerger dans l’isolement et cela contribue à construire des pratiques plus ajustées. Ces espaces invitent également à penser autrement le dialogue avec les jeunes. Ils rendent possible une relation plus transparente, où il devient envisageable de partager des questionnements, des doutes ou des contraintes, et d’entrer dans une forme de réciprocité, sans renoncer à son rôle.
L’expérience montre enfin que ces dynamiques ne devraient pas rester ponctuelles ni limitées à certain.e.s professionnel.le.s. Elles gagnent à être élargies, inscrites dans la durée et accessibles à l’ensemble des équipes, afin de soutenir une évolution plus collective des pratiques.
Dans ce mouvement, le rôle des professionnel.le.s allié.e.s apparaît central : non pas comme des figures à part, mais comme des points d’appui pour faire circuler ces manières de faire, au sein des équipes et dans les pratiques du quotidien.
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/ AU-DELÀ DE CET ESPACE /
// CE QUE CES ESPACES RENDENT POSSIBLE //
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u-delà de l’espace de dialogue présenté dans ce document, le projet Partir de nous a donné lieu à plusieurs réalisations concrètes, construites avec les jeunes et portées à partir de leurs expériences :
DES CAPSULES VIDÉO conçues à partir de leurs vécus, afin de mieux comprendre les enjeux de l’exploitation sexuelle et d’adapter les pratiques d’intervention.
UN OUTIL D’AUTOFORMATION EN LIGNE destiné aux professionnel.le.s de la protection de la jeunesse pour approfondir et faire circuler ces contenus.
UNE PRODUCTION DE CONNAISSANCES ancrée dans leurs expériences, dans la continuité du processus de recherche-action participative (RAP).
UN BALADO imaginé et réalisé par les jeunes, à partir de leurs expériences et de leurs recommandations.
Ci-dessus, extraits des capsules vidéos sur l’exploitation sexuelle.
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D’AUTRES ESPACES D’ÉCHANGE
UNE DYNAMIQUE DE COLLABORATION où les jeunes occupent une place active, aux côtés des professionnel.le.s et des équipes partenaires.
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DES PISTES CONCRÈTES pour diffuser, adapter et faire évoluer ces approches dans d’autres contextes.
/ REMERCIEMENTS /
entre jeunes et professionnel.le.s allié.e.s, pensés, préparés et en partie animés par les jeunes.
Ce document n’aurait pas été possible sans l’engagement des jeunes ayant participé au projet, dont les expériences, les réflexions et les propositions en constituent le point de départ et le fil conducteur. Nous souhaitons également remercier les professionnel.le.s de la protection de la jeunesse qui ont pris part à cet espace, pour leur ouverture, leur implication et leur volonté de questionner leurs pratiques. Nos remerciements s’adressent également au CISSS des Laurentides, pour sa collaboration tout au long du projet, ainsi qu’à l’équipe de recherche de la professeure Vicky Lafantaisie. Ce travail s’inscrit dans la continuité du processus de recherche-action participative (RAP) initié par cette équipe. Cette démarche a permis de créer les conditions nécessaires à l’émergence de tels espaces de dialogue avec les professionnel.le.s, tout en concrétisant une réflexion ancrée dans les expériences des jeunes. Enfin, ce travail s’inscrit dans une dynamique plus large, qui dépasse l’espace présenté ici. Il invite à poursuivre le mouvement : continuer à créer des espaces, à faire évoluer les pratiques et à construire, avec les jeunes, des manières d’agir plus justes et plus adaptées.
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SIÈGE SOCIAL 805, rue Villeray, Montréal (Québec) H2R 1J4 Canada Tél. +1 514 932 7656 • info@ibcr.org
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