
Cahier thématique Hochparterre, mai 2026
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Cahier thématique Hochparterre, mai 2026
La construction est à la base de la plus grande montagne de déchets du pays. Zirkulit s’en sert pour fabriquer des matériaux de construction circulaires.

4 La circularité est une question de point de vue
Guillaume Habert à propos du champ de tension entre taux de recyclage et consommation de ressources
6 Réutiliser les déchets de démolition mixtes
À l’intérieur d’une installation de recyclage: l’entreprise Eberhard à Oberglatt
12 Le cycle du béton
Esprit d’entreprise et conscience climatique: l’entreprise Kästli Bau à Rubigen
18 « Inutile d’enjoliver l’avenir »
En tant qu’experte en développement durable chez Zirkulit, Miriam Enders s’y connaît en matière d’écobilans
20 Isoler avec de l’air et des déchets
Du laboratoire d’expérimentation à la halle de production: l’entreprise Swissporit à Dulliken
Éditorial
La construction linéaire doit devenir circulaire. Mais comment y parvenir ? Le réseau d’entreprises Zirkulit aborde cette tâche en partant de la fin. À titre d’exemple, l’entreprise Eberhard produit des matières premières secondaires à partir de montagnes de matériaux de démolition non triés. Grâce à un processus sophistiqué qui fait appel à des capteurs optiques, à des bras de préhension contrôlés par l’IA et à un traitement par voie humide, elle peut encore mieux exploiter le flux massif de déchets en Suisse et soulager les espaces de décharge, alors que la place vient à manquer. Elle trie les matériaux, sépare les minéraux en composants lourds et légers, qu’elle transforme en matières premières. D’autres entreprises partenaires de Zirkulit utilisent ensuite ces matières premières pour fabriquer de nouveaux matériaux de construction: Kästli Bau, près de Berne, produit un béton circulaire qui contient plus de matières secondaires, mais moins de ciment que le béton recyclé traditionnel, tout en stockant davantage de CO2. L’entreprise zougoise Swisspor fabrique le premier isolant circulaire moussé à partir de déchets de construction. Ce cahier thématique se penche sur le fonctionnement du cycle Zirkulit. Guillaume Habert, professeur à l’EPFZ, explique les véritables avantages du recyclage. La photographe Annick Ramp a mis en images les amas de gravats, les installations de tri, le laboratoire et les halles de production, ainsi que les personnes qui œuvrent en coulisses. Petit à petit, le cycle se referme pour nous permettre de laisser la construction linéaire derrière nous. Axel Simon et Palle Petersen
Focus thématique
Les articles de ce cahier sont repris dans un focus thématique sur le site de Hochparterre: zirkulit.hochparterre.ch
Ce cahier / focus thématique est une publication journalistique née de la collaboration entre différents partenaires. La rédaction de Hochparterre examine la pertinence du sujet et est responsable de la recherche, de la conception, du texte et des images, de la mise en page, de la relecture et de la traduction. Nos partenaires financent le cahier, valident le concept et donnent leur accord pour publication.
Impressum
Édition Hochparterre AG Adresses Ausstellungsstrasse 25, CH-8005 Zurich, Téléphone +41 44 444 28 88, www.hochparterre.ch, verlag@hochparterre.ch, redaktion@hochparterre.ch
Direction Deborah Fehlmann, Roderick Hönig Direction éditoriale Axel Simon Direction cahiers thématiques Roderick Hönig Conception et rédaction Axel Simon, Palle Petersen Photographie Annick Ramp, www.annickramp.ch Conception graphique Antje Reineck Mise en page Lena Hegger Production Nathalie Bursać Traduction Weiss Traduction Genossenschaft Lithographie Team media, Gurtnellen Impression Stämpfli SA , Berne Directeur de la publication Hochparterre en collaboration avec Zirkulit hochparterre.ch / zirkulit Commander ce cahier thématique en français ou en allemand (Fr. 15.–, € 12.–) et lire l’e-paper
Même les taux de recyclage les plus élevés ne suffisent pas à rendre la construction circulaire. Ils nous permettent toutefois de voir autrement les matériaux dans nos bâtiments. Si l’on parle de construction circulaire, on semble tous avoir une image précise à l’esprit: celle d’un cercle. Les matériaux suivent un parcours circulaire, les flux sont fermés, les déchets disparaissent. Au niveau du bâtiment, cela signifierait un transfert illimité des matériaux d’un ouvrage au suivant, sans aucune perte. Un principe simple, du moins en apparence. Mais cette prétendue limpidité dissimule une ambiguïté fondamentale. Selon sa position dans le système du secteur de la construction, un même flux de matériaux peut sembler extrêmement linéaire ou circulaire. Et ce n’est pas une question d’interprétation ou de théorie. Nous n’avons pas ici affaire à de la physique quantique, où les choses existent ou n’existent pas selon la manière dont nous les observons. Il est ici question de gravier, d’acier et de verre, à savoir des millions de tonnes de matériaux tangibles et lourds que nous déplaçons.
Incompréhensions liées au cycle des matériaux
Observons tout d’abord la situation dans sa globalité. Chaque année, le secteur suisse de la construction consomme environ 32 millions de tonnes de matériaux, dont 27 millions sont des matières premières issues de l’extraction directe. Autrement dit, 85 % des matériaux utilisés dans la construction proviennent directement de ressources naturelles. Vu sous cet angle, le processus est très largement linéaire: extraire, utiliser pour construire, démolir, encore et encore.
Mais si l’on analyse la question sous l’angle des déchets de construction et de démolition, c’est une toute autre histoire. Sur environ 7,5 millions de tonnes de déchets de construction générés chaque année, quelque 5 millions de tonnes sont déjà recyclés en Suisse. Cela correspond à un taux de recyclage d’environ 65 %. Et d’un coup, le secteur de la construction semble nettement moins linéaire.
C’est là tout le paradoxe: même si l’on recyclait la totalité des déchets de construction et de démolition, le processus de recyclage ne mettrait à disposition qu’un quart des matériaux nécessaires aux nouvelles constructions. Il faudrait encore puiser les trois quarts restants dans la nature. Le cycle serait fermé du côté des matériaux sortants, mais resterait largement ouvert au niveau des matériaux entrants. C’est de là que naissent des incompréhensions sur ce qu’est la circularité.
Le recyclage: une forme d’art
Du point de vue des architectes et des promoteur·trice·s, un bâtiment circulaire est souvent composé en quasi totalité de matériaux secondaires. Quelques rares projets prouvent que cela est techniquement possible. À titre d’exemple, le bureau In Situ a poussé cette logique très loin dans le cadre de son projet K118. Mais de tels pr ojets restent des exceptions parmi les 6000 bâtiments construits chaque année en Suisse. En effet, même en optant systématiquement pour une utilisation maximale de matériaux secondaires au moment de la planification, les déchets générés seraient insuffisants pour réaliser tous les bâtiments. Du point de vue des entreprises de démolition et de recyclage, la circularité répond à une autre définition. Pour elles, l’objectif est le suivant: aucune mise en décharge et une valorisation maximale des déchets de construction et de démolition. Des entreprises comme Eberhard Unternehmungen ont élevé le recyclage au rang d’expression artistique. Des millions de tonnes de matériaux sont soumis à un processus numérique hautement technologique et à une chorégraphie de machines, capteurs, robots et algorithmes. Des installations de traitement comme EbiMIK, mise en service par Eberhard en 2021, font appel à la robotique et à l’apprentissage automatique pour trier des fractions très spécifiques et revendiquent un taux de recyclage de plus de 95 %. Les deux p oints de vue sont à la fois légitimes et incomplets.
La vraie valeur du taux de recyclage
Un recyclage, même parfait, ne compense pas la nécessité d’extraire des matières premières. Seule une réduction drastique des besoins en matériaux, de l’ordre de 60 à 70 %, associée à des taux de recyclage très élevés peut véritablement refermer la boucle pour en faire un cercle, quel que soit le point de vue. Certes, le recyclage ferme le cercle des matériaux sortants. Mais sans réduction de la demande, le cercle des matériaux entrants demeure largement inchangé. La logique s’en trouve profondément modifiée. Nous devrions viser la maximisation des taux de recyclage, mais sans s’accrocher à l’illusion
que cela suffit à rendre la construction circulaire. Leur véritable valeur se trouve ailleurs. Des taux de recyclage de plus de 95 % nous forcent à nous confronter à la diversité et à la complexité des matériaux dans les bâtiments. Cela exige des méthodes de tri avancées pour séparer les minéraux, les métaux, les matières plastiques, le bois, les corps étrangers et les substances nocives dans des déchets de construction hautement spécifiques et précieux. Les composants problématiques comme les matières plastiques et, à l’avenir, les PFAS, ces ‹polluants éternels›, peuvent être compactés et éliminés correctement pour éviter qu’ils ne se diluent dans de nouveaux matériaux de construction. Un tri hautement spécialisé permet aussi des boucles de rétroaction industrielles dans lesquelles les entreprises récupèrent les matériaux qui se présentent à elles afin de les réintégrer dans les pro -
cessus de production. Un tel réemploi ciblé n’est possible que si les déchets sont propres et homogènes, afin qu’ils puissent être attribués de manière claire.
Commencer par les matériaux
Le recyclage ne se limite pas à refermer des cycles, mais également à améliorer la qualité des matériaux. Ce qui importe, c’est d’assumer la responsabilité de ce que nous extrayons, utilisons et éliminons. Il s’agit de soigneusement trier, traiter et épurer les matériaux secondaires, jusqu’à ce qu’ils retrouvent la qualité des matériaux primaires et puissent sans hésitation être réinsérés dans la chaîne industrielle ou réintroduits en dernier ressort dans la nature. La circularité n’est par conséquent pas un cercle parfait; c’est une discipline exigeante de traitement des matériaux. ●
Matériaux d’excavation et de démolition
62 %
48 400 000 t
Déchets de chantier
20 % 15 000 000 t
D échets urbains
8 %
6 000 000 t
Biodéchets 7 % 5 300 000 t
Déchets spéciaux
3 %
2 400 000 t
Source: Conseil fédéral, rapport ‹ Déchets – gestion, planification, prévention et mesure ›, 2023
Besoins en matériaux de construction en Suisse
Béton
39,79 millions de tonnes
Gravier, sable
6,33 millions de tonnes
Céramique, plâtre, verre, etc.
3,15 millions de tonnes
Maçonnerie
2,90 millions de tonnes
Métaux
1,39 million de tonnes
Asphalte
1,31 million de tonnes
Bois
0,86 million de tonnes
Matières inflammables
0,86 million de tonnes
Source: Empa: ‹ Projet MatCH – construction ›, 2016

Guillaume Habert
Ce biologiste et géologue français s’est longtemps penché sur la terre glaise comme substitut au ciment . Aujourd’hui, ses recherches portent sur les flux de matériaux et les matériaux renouvelables. Il est titulaire de la chaire de construction durable au sein du département construction, environnement et géomatique de l’EPF Zurich.


Boucler le cycle des matériaux de construction, c’est commencer par les déchets et finir par les matériaux – et inversement. Visite de l’entreprise Eberhard à Oberglatt.
Pour trouver Eberhard, il suffit de suivre l’un des nombreux camions ou wagons bleu et jaune qui transportent des gravats sur le site d’Oberglatt, avec jusqu’à 50 passages (soit 1000 tonnes) certains jours. Les grands halls bleu et jaune ne passent pas non plus inaperçus dans la brume de la vallée de la Glatt. C’est là que les déchets de construction sont transformés en nouveaux matériaux de construction. Une benne affiche le slogan «Pionniers en technique d’aspiration» et les halls accueillent les opérations de concassage, de vibration, de tri et de tamisage. Eberhard utilise divers procédés pour traiter de grandes quantités de déchets de démolition mixtes afin d’obtenir différentes matières pre -
mières. Les camions et wagons qui quittent l’usine transportent le bois, le plastique et les métaux vers des entreprises partenaires qui recyclent les matériaux minéraux. Les nouvelles «matières premières secondaires» ainsi obtenues ont exactement les mêmes propriétés que le gravier et le sable primaires. C’est le facteur clé qui contribue à boucler la boucle des matériaux de construction.
Sous sa veste polaire bleue et jaune, Patrick Eberhard laisse apparaître une chemise blanche. Les journées du CEO d’Eberhard sont bien remplies. Quand on lui demande pourquoi il fait ce métier, il sourit. Il est né dedans. Il représente la troisième génération à diriger l’entreprise familiale. Après un apprentissage de constructeur de routes et des études en génie civil, il a intégré l’entreprise il y a dix ans et la dirige depuis deux ans. Le nom Eberhard est synonyme de terrassement, de démolition, de dépollution, →


«Nous voulions exploiter au mieux les ressources qui arrivent chez nous. »
Patrick Eberhard, CEO Eberhard
et donc de matériaux de construction. L’entreprise explore depuis plusieurs années les possibilités de réutilisation des déchets de construction. Dans les années 1970, elle utilisait déjà les déchets d’excavation pour remblayer des chemins ruraux. Au début des années 1980, elle mettait en service la première installation de recyclage stationnaire. Depuis 1999, un centre de recyclage des matériaux de construction à Rümlang transforme le béton de démolition en béton recyclé. L’entreprise propose désormais du béton circulaire. Patrick Eberhard sait bien que, contrairement à la réutilisation de composants de construction, le recyclage à échelle industrielle n’a pas une image très sexy. Mais en travaillant sur la rentabilité et en cherchant des solutions réalistes, il est possible de faire bouger les choses avec de grandes installations. Et le béton représente le plus grand levier dans la question du climat et des ressources.
Du chantier à l’usine
Le cycle commence sur le chantier. La dépollution puis le tri des matériaux de démolition étaient autrefois effectués directement sur le chantier, dans la mesure de possible. Dans l’ancien système multi-bennes, le béton de démolition allait dans un premier conteneur, le bois dans un deuxième, les déchets de démolition mixtes avec briques, mortier, crépi dans un troisième et ainsi de suite. Sur le chantier, Eberhard ne sépare désormais plus que le béton pur des déchets de démolition mixtes, ces derniers étant ensuite traités à Oberglatt. Cela permet un tri plus efficace avec beaucoup moins de nuisances sonores et d’émissions de poussière, tout en offrant un gain de temps et d’argent, explique Franz Schnyder. L’ingénieur est directeur de la société Zirkulit, un réseau d’entreprises qui a commencé à se développer à partir d’Oberglatt. D’après lui, les déchets de démolition mixtes n’avaient pratiquement aucune valeur auparavant. Ils étaient décyclés ou partaient souvent à la décharge. «Aujourd’hui, nous en faisons des matériaux de construction. »
Son regard porté sur la démolition des bâtiments est particulier, explique Patrick Eberhard. Cette façon de voir nous apprend à assumer nos responsabilités en termes de climat et de ressources. Il qualifie cette philosophie de «responsabilité envers les générations futures». La mise en décharge coûte plus cher aujourd’hui, en raison des exigences plus strictes en matière d’environnement et de sécurité, mais aussi de la limitation des volumes. Les matières premières primaires se font également de
plus en plus rares et donc de plus en plus chères. Il était donc logique, d’un point de vue économique, de transformer la fin du cycle en un nouveau départ. «Nous voulions exploiter au mieux les ressources qui arrivent au centre de recyclage», ajoute Patrick Eberhard. Le béton pur représente deux tiers des matériaux de démolition et nous savons déjà très bien le recycler. Les déchets de démolition mixtes représentent le dernier tiers et sont décisifs. «Nous avons fait des tests pendant sept ans. Nous avons construit une installation, l’avons modifiée, reconstruite, réadaptée. Nous en sommes à la version numéro 55. » L’installation EbiMIK est entrée en service en 2021. Son nom provient de l’allemand «Eberhard – Materialien im Kreislauf» (matériaux circulaires). Ce pari sur l’avenir a coûté plusieurs dizaines de millions de francs. «Nous ne l’aurions pas fait si nous avions raisonné en termes purement économiques», déclare Patrick Eberhard. L’EbiMIK a été conçue car l’entreprise familiale considère que les déchets peuvent être réutilisés et qu’elle veut boucler la boucle des matériaux de construction. L’objectif est de préserver la valeur autant que les ressources.
L’intelligence artificielle fait le tri
Le camion déverse son chargement devant la gigantesque installation dans un nuage de poussière. La pelle de manutention de 100 tonnes du hall 3.1 est une ‹Sennebogen 865 E. › Franz S chnyder nous montre un câble de l’épaisseur de son bras. «Elle fonctionne à l’électricité, avec l’énergie solaire produite sur le toit. » Le long bras de la pelleteuse attrape un gros bloc de béton avec une étonnante habileté, puis le relâche avec fracas dans une benne, avant de prendre un morceau de poutre en bois et de la déposer dans une autre. L’engin plonge ensuite ses
mâchoires dans les déchets mixtes et en transporte une tonne vers une bruyante machine jaune appelée le ‹Sizer ›, qui concasse les gros morceaux pour que leur taille ne dépasse pas celle d’un ballon de foot. Des aimants extraient le fer, puis le mélange est évacué par le tapis roulant vers le hall voisin. Ce hall est encore plus grand et plus bruyant. Des escaliers et des passerelles traversent un ensemble de tapis roulants et de machines. Certaines concassent, d’autres vibrent et tamisent, un nouvel aimant récupère ce que les deux précédents ont manqué. De nombreuses installations de recyclage du pays sont capables de faire tout cela. Mais ce qui rend celle-ci unique se trouve en son centre. Deux tapis roulants parallèles sont éclairés par des projecteurs, surplombés de grappins. Soudain, l’un des grappins se dirige à la vitesse de l’éclair vers un morceau qui passe en dessous de lui, le saisit et le pousse dans l’un des conteneurs voisins. Six robots de ce type sont installés ici, agencés deux par deux sur trois rangées. Des caméras combinées assurent une détection tridimensionnelle du matériau sur la bande et informent les grappins respectifs lorsqu’elles ont détecté quelque chose qui ressemble à du plastique, du plâtre, du bois, de l’aluminium ou de l’asphalte. Leurs séquences de recherche, fruit d’un an de programmation à l’aide de l’intelligence artificielle, peuvent varier. Des collaborateurs·trices formé·e·s ne pourraient-ils pas faire ce genre de travail? Franz Schnyder: «Les robots peuvent soulever des charges plus lourdes, ils fonctionnent 24 heures sur 24 et n’ont pratiquement pas besoin de pauses. Ils interviennent jusqu’à 12 0 00 fois par heure avec une qualité constante. On ne peut pas en demander autant à des humains. » Après le passage sous les grappins robotisés, tous les éléments non minéraux sont désormais triés. →
Composants réutilisables Polluants
Bois(valorisation thermique) Plastique (recyclage)Métal(recyclage)
Gâteaude filtration (valorisation thermique)
Sable fin et grossier
Déchets de démolition mixtes
Matériaux de construction circulaires
Minéraux légers
Minéraux lourds
Démolition après dépollution Chargement direct des déchets de démolition mixtes et du béton de démolition
Béton de démolition
Granulés de béton
Béton circulaire
Nouvelle construction à partir de matériaux circulaires


Il manque encore la séparation entre les minéraux légers et les minéraux lourds. Cela se passe dans le dernier grand hall. Les visiteurs·euses n’y sont toutefois pas admis·es, le risque étant trop grand que le traitement à l’eau soit copié par la concurrence, explique Franz Schnyder. Des tuyaux noirs y conduisent l’eau de pluie collectée par tous les bâtiments, afin de séparer les minéraux légers des minéraux lourds. La visite se termine dans le laboratoire de Franz Schnyder, qui, outre la direction de Zirkulit, est également responsable des bétons high-tech chez Eberhard. Son équipe teste de nouveaux mélanges de béton dans la grande salle équipée d’un four à 800 degrés et d’une chambre froide. Des tamis et de grands bidons d’additifs s’empilent sur les étagères. Les seaux contenant la récente production de granulés minéraux attendent d’être contrôlés: quatre granulométries différentes, les minéraux légers ont des reflets rougeâtres, les minéraux lourds plutôt grisâtres. Ce matériau arrivé sous la forme de déchet quitte maintenant le site en tant que matière première.
Contrôle et confiance
Les matériaux minéraux remplacent les matières premières primaires, telles que le gravier et le sable. Eberhard et d’autres entreprises partenaires de Zirkulit traitent selon les mêmes principes des produits recyclables comme le béton, les isolants, les enduits ou le mortier. Patrick Eberhard souligne que leurs caractéristiques environnementales sont contrôlées par un organisme indépendant et insiste sur le fait que les partenaires du réseau Zirkulit sont les meilleurs de leur catégorie pour chaque matériau de construction et doivent adhérer à la culture de l’entreprise. Ce sont des pionniers. «Et ce sont des entreprises familiales, car ceci contribue aussi à la durabilité. »
L es entreprises familiales ne se limitent pas au court terme, elles sont tournées vers l’avenir. L’exemple de Zirkulit montre toute l’importance de cet esprit pionnier. Au fil des années, Patrick Eberhard s’est entretenu avec plusieurs fabricants de béton, et il le dit sans ambages: «tous n’ont pas le même niveau d’expertise». C’est pourquoi il a décidé de prendre les choses en main. Le concept des bâtiments circulaires repose sur une base minérale, car les matières premières minérales sont les plus fréquentes dans le parc immobilier. Adopter la construction circulaire ne doit pas être une tendance à suivre, mais une véritable responsabilité sociale à promouvoir. Entre confiance et esprit d’entreprise pionnier, Patrick Eberhard poursuit sa réflexion, expliquant que le secteur est très complexe. «Nos investissements ont été lourds et leurs effets ne sont pas encore entièrement visibles.» La responsabilité envers les générations futures implique d’emprunter la voie la plus avantageuse à long terme, même si elle coûte plus cher dans l’immédiat. Le problème est qu’il n’y a pas encore de véritable concurrence environnementale dans le secteur de la construction. «Les lois devraient exiger que les matériaux de construction que nous utilisons aujourd’hui puissent être recyclés au moment de leur démolition dans 50 à 70 ans. Et nous devrions orienter les flux de déchets de manière ciblée. »
Les lois actuelles vont déjà dans ce sens: valoriser les déchets, utiliser autant que possible les matériaux de démolition comme matière première, construire avec des matières premières secondaires. Mais les contrôles par une tierce partie sont facultatifs et choisir une entreprise revient à lui accorder sa confiance. C’est pourquoi Eberhard et Zirkulit s’engagent en faveur d’une réutilisation des matériaux après démolition plutôt qu’un dépôt en décharge, et composent pour cela avec tout ce qui rend un recyclage possible... ou impossible. ●


Plus de granulats recyclés, moins de ciment, tout en étant aussi performant que le béton primaire: le béton circulaire allie ainsi protection des ressources et du climat.
« Notre zone de stockage est pleine à craquer en raison du démantèlement de l’autoroute entre Thoune et Spiez », explique Daniel Kästli en montrant des montagnes de plaques d’asphalte et de morceaux de béton derrière le site de Rubigen, dans le canton de Berne. L’entreprise familiale Kästli Bau emploie environ 350 personnes dans la construction d’infrastructures, le génie civil et la démolition. Son dirigeant, Daniel Kästli, passe actuellement le flambeau à la cinquième génération. C’est un patron à l’ancienne, compétent, chaleureux, déterminé et convaincu que l’économie circulaire est la clé pour la construction écologique. Dans les années 1990, l’ingénieur civil EPF s’est construit une maison zéro énergie entièrement démontable. Après la visite, il me ramène à la gare avec sa Twike et me fait part de son étonnement face aux SUV électriques actuels qui pèsent plusieurs tonnes.
« Il faut améliorer le monde en agissant à son échelle », dit-il avec sérénité. Dans la production de béton, le levier est important: après l’eau, le béton est le matériau le plus utilisé au monde. En Suisse, le béton représente environ 70 % des besoins en matériaux de construction et des déchets de construction. Au niveau mondial, le ciment génère 8 % des émissions de CO2, soit trois fois plus que le trafic aérien et deux fois plus que le continent africain.
Plus de recyclage, moins de ciment
Alors qu’il nous fait visiter le vaste site de l’entreprise, Daniel Kästli en profite pour nous expliquer les enjeux du béton recyclé. Depuis le début du millénaire, il joue un rôle important en Suisse et contribue à la protection des ressources. Mais au cœur de la crise climatique, les défis sont ailleurs. Entre les montagnes de matériaux de démolition, les silos en acier hauts comme des immeubles et les machines de plusieurs tonnes, Daniel Kästli entre dans le vif du sujet: l’asphalte peut être entièrement réutilisé, car le bitume qu’il contient se lie physiquement, durcit en refroidissant et ramollit quand on le chauffe. La liaison hydraulique et chimique du ciment du béton est quant à elle irréversible. « Une fois que la matrice cristalline s’est formée après la prise du béton, la seule solution est de le concasser pour en faire un substitut de gravier », explique -t-il. « Le béton recyclé nécessite donc un nouvel apport de ciment. » Mais c’est là que le bât blesse: 90 % du CO2 contenu dans le béton provient de la cuisson du ciment. Le béton recyclé ordinaire permet certes d’économiser des ressources,
mais pas de réduire les émissions. Au contraire: il nécessite jusqu’à 10 % de ciment en plus, car la courbe granulométrique ( c’est-à-dire la répartition des granulométries ) est mal contrôlée. Le granulat concassé a une plus grande surface que les graviers ronds et la pierre de ciment est plus poreuse, ce qui diminue la résistance. Cela n’a pas de conséquence si la proportion de matériau secondaire est faible. C’est pourquoi il est autorisé d’en intégrer jusqu’à un quart sans déclaration dans le béton primaire. Mais dans le cas du béton recyclé, cette proportion est souvent de l’ordre de la moitié. « La plupart des granulats recyclés finissent aussi dans du béton maigre ou dans des remblais routiers », critique Daniel Kästli. « Ce n’est donc pas un cycle, c’est du décyclage. »
L e béton ‹ Zirkulit › respecte quant à lui la teneur minimale normalisée en ciment avec plus de 60 % de matières premières secondaires. Il répond néanmoins aux mêmes exigences que le béton primaire. C’est pourquoi Daniel Kästli ne parle pas de béton recyclé, mais de « béton circulaire ». Pour lui, la clé ne réside pas dans une grande innovation, mais dans un « concept de mélange optimisé », bas é sur d’innombrables tests avec des courbes de tamisage, des quantités et des types de ciment précis, ainsi qu’un nouveau fluidifiant organique.
Trier, concasser, tamiser, mélanger
La différence se fait dès la zone de stockage du gravier et du béton de démolition. Une pelleteuse empile de gros morceaux sur un tas, séparant les fractions fines chargées de polluants. Un concasseur à percussion mobile brise ensuite les gros morceaux. « Un axe équipé de marteaux brise le béton par action mécanique », explique Daniel Kästli pour illustrer le fonctionnement intérieur de ce monstre de métal, aussi grand qu’un wagon ferroviaire. Il ne fait pas que casser, il broie aussi. Le granulat devient plus cubique, ce qui atténue le problème de la surface. →




‹ Zirkulit›*
Émissions de gaz à effet de serre 140 kg de CO2, - 10 kg de CO2 stocké
Impact environnemental 191 000 UCE
(
premières secondaires )
premières primaires
Énergie primaire
302 kWh
Prix départ usine
+15 % sans CO2 stocké +30 % avec CO2 stocké
‹ Zireco ›*
Émissions de gaz à effet de serre
194 kg CO2
Unités de charge écologique
248 000 UCE
Énergie primaire**
338 kWh
Prix départ usine + 0 %
Béton primaire**
Émissions de gaz à effet de serre 210 kg CO2
Unités de charge écologique
287 000 UCE
Énergie primaire
344 kWh
Prix départ usine ( valeur de référence ) + 0 %
RC-C50***
Émissions de gaz à effet de serre
217 kg CO2
Unités de charge écologique
285 000 UCE
Énergie primaire
377 kWh
Prix départ usine + 0 %
Des aimants extraient ensuite l’acier d’armature du gravier recyclé, qui est acheminé sur des tapis roulants vers la ligne de criblage. Le gravier y est trié en quatre fractions: 0 à 4 millimètres pour la plus petite, 16 à 32 millimètres pour la plus grande. C’est la norme pour le gravier primaire, mais rares sont les producteurs de béton qui investissent dans une deuxième ligne de criblage et des silos supplémentaires. « Le gravier primaire ne coûte que 10 centimes le kilo », pré cise Daniel Kästli. « Mais ce n’est qu’en séparant les fractions que l’on obtient une densité de compactage optimale et que l’on économise du ciment, même avec des matériaux recyclés. »
Le silo à gravier est complété par cinq autres silos destinés aux différents types de ciment. Les trois cimentiers suisses proposent depuis longtemps des ciments composites qui réduisent le clinker à fortes émissions à l’aide de cendres volantes, de laitier ou d’autres substituts. « Les cinq entreprises partenaires de Zirkulit se partagent la recherche, les formules et la marque », explique Daniel Kästli, « mais elles partent toutes de matériaux initiaux différents, optimisent elles-mêmes leur formule et choisissent le type de ciment approprié pour respecter les directives relatives aux matières premières secondaires et au plafond de CO 2 »
L’impact environnemental est vérifié par lots par des organismes externes. Les déclarations environnementales des produits ( DEP ) attestent de la proportion de granulats recyclés ( exempts de déchets de démolition mixtes ) ainsi que du type et de la quantité de ciment. Daniel Kästli souligne l’importance de la transparence: « La livraison n’est pas toujours conforme à la commande dans le secteur de la construction. Les matériaux contenus et les méthodes de fabrication ne sont que rarement indiqués de manière transparente. Mais il est indispensable de disposer de méthodes et de chiffres vérifiés pour pouvoir faire des comparaisons pertinentes en matière de construction durable. »
La cerise sur le gâteau
La visite se termine devant une grande cuve en acier. Le CO2 liquide qui y est stocké a été capté par les stations d’épuration des eaux usées de Berne. Ici, à Rubigen, il est à nouveau vaporisé et introduit dans le silo contenant →
Remarques
La comparaison porte sur un mètre cube de béton de classe A selon le Catalogue des articles normalisés ( CAN ) p our chacun des modules de cycle de vie A1 – A3. En conséquence, toutes les exigences posées aux bétons CAN A sont remplies, par exemple la résistance à la compression, la classe d’exposition, la granulométrie, la consistance ou l’aptitude au béton apparent.
* ‹ Zirkulit › / ‹ Zireco ›: calcul Intep, contrôle UMTEC, validation pour la liste KBOB ‹ Données écobilans dans la construction›
** Béton primaire: recettes moyennes selon l’ASGB, calcul avec le calculateur d’écobilan pour les types de béton *** Béton recyclé: estimation Eberhard
M atières premières secondaires
M atières premières primaires Ciment

traditionnel, présente une proportion de matières premières secondaires un peu plus faible ( mais toujours supérieure à la moyenne ) et n’intègre pas de stockage de CO2. « Nous vap orisons quand même le CO2 sur tous les granulats », explique Daniel Kästli, « car il est rentable de faire fonctionner cette installation coûteuse et de vendre le CO2 supplémentaire stocké sous forme de certificats sur le marché de la compensation volontaire. »
Kästli Bau contrôle la performance du stockage et la certifie via une déclaration environnementale des produits. Le reste est vendu sous forme de certificats de séquestration du carbone, même si le prix du marché, inférieur à 300 francs l’unité, couvre à peine les coûts totaux. Comme les autres entreprises partenaires de Zirkulit, Daniel Kästli espère donc être intégré dans un programme de l’Office fédéral de l’environnement ( OFEV ) soutenant les nouvelles méthodes de séquestration du carbone au travers d’indemnisations nettement supérieures. « Nous avons construit l’installation avant le lancement du programme, nous ne pourrons donc y participer qu’après une révision », explique s obrement Daniel Kästli. En tant qu’écotechnologue expérimenté, il connaît le problème des ‹ early movers ›: dans le cas du photovoltaïque, ce ne sont pas non plus les pionniers·ières qui ont été encouragé·e·s, mais celles et ceux qui les ont suivis.
L’avenir du béton
«Il faut réutiliser le béton dans la même zone géographique».
Daniel Kästli, président du conseil d’administration de Kästli Bau et Zirkulit
voient des déchets. → les granulats de béton, où il se fossilise sur les résidus de ciment et se fixe durablement. Cette méthode de séquestration du carbone, appelée ‹ carb onatation ›, est techniquement aboutie, mais ne compense qu’environ 5 % des émissions totales, voir ‹ Klimakrise rückwärts›, Ho chparterre 6-7 / 2025. Daniel Kästli voit donc cela comme la ‹ ceris e sur le gâteau › pour l’ensemble du procédé.
Par rapport à d’autres méthodes de séquestration du carbone, la carbonatation artificielle est toutefois coûteuse. Outre le ‹ Zirkulit›, qui contient plus de 70 % de matières premières secondaires, le ciment ‹ EC O 1› et le stockage de CO2, les cinq partenaires proposent également le béton ‹ Zire co ›. Celui- ci est à peine plus cher que le béton
Selon le modèle d’économie circulaire ‹ 10R Framework›, ‹ refuse› et ‹ rethink› s ont les priorités, en ne construisant plus du tout ou alors moins, par exemple sans sous-sols. Viennent ensuite ‹ repair› et ‹ reuse›; rénover, réutiliser, réaffecter. Ce n’est qu’à la fin que l’on trouve ‹ recycle ›, car le tri et le retraitement des matériaux de construction forment un cycle complexe, énergivore et coûteux. Mais la réalité montre que c’est surtout dans les zones urbaines que les bâtiments d’après-guerre sont démolis en masse. Il est logique de réintroduire ces volumes de matières dans la construction, et si possible sans perte de qualité. Daniel Kästli explique fièrement: « Notre béton montre que la protection du climat et des ressources, la qualité et l’économie ne sont pas contradictoires. »
Ne serait-il pas plus judicieux d’augmenter le taux de recyclage à 25 % dans l’ensemble du béton, plutôt que de le porter à 80 % dans certains bétons spécifiques? Les constructions sont de toute manière quatre fois supérieures aux démolitions. « Sur le papier, ça fonctionne », soutient Daniel Kästli. «Mais le béton est lourd et le marché est très localisé. Il faut donc réutiliser le béton de démolition dans la même zone géographique. Acheminer des granulats de recyclage d’ici vers le Simmental serait une gabegie. »
‹ L’annexe ND › de la nouvelle norme SN EN 206 sur le béton permet de réduire la teneur minimale en ciment, jusqu’à présent inamovible, et de commander du « béton selon ses propriétés ». Le p otentiel de réduction est-il plus faible dans le cas d’un Zirkulit optimisé à grands frais ? Pas forcément, mais davantage d’additifs pourraient être nécessaires afin de compenser les besoins accrus en pâte de ciment des granulats recyclés. Il n’existe toutefois pas encore suffisamment de données empiriques. Si le béton paraît simple en apparence, il est complexe dans le détail et les relations ne sont pas linéaires. Il est en outre envisageable de dissocier certaines fractions ou de réduire encore la proportion de clinker en ajoutant des matériaux de démolition. Il reste beaucoup à faire avant que les circuits ne soient complètement bouclés et que l’on atteigne le zéro net. Les partenaires de Zirkulit ne sont donc pas prêts de manquer de travail: même le meilleur béton recyclé peut encore être amélioré. Et il le doit. ●

Miriam Esders est experte en développement durable. Elle explique le fonctionnement des écobilans ainsi que leur importance pour les matériaux de construction recyclés.
En tant que fabricant de matériaux de construction circulaires, comment Zirkulit calcule-t-il son écobilan?
Miriam Esders: Nous commençons par documenter la composition, l’origine et les distances de transport du matériau. Ensuite, nous analysons les processus de fabrication. Dans le cas de notre béton, le granulat de recyclage est broyé, criblé et lavé. Cela consomme de l’énergie dont nous devons connaître l’origine. S’il manque certaines données concrètes, nous utilisons des valeurs moyennes certifiées provenant de bases de données des écobilans. Enfin, un bureau environnemental externe contrôle toutes les données et calcule le bilan global. Celui-ci reprend tous les paramètres, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin du cycle de vie. Quels sont les éléments non inclus dans le bilan matériaux?
Contrairement à un bilan de bâtiment, un bilan matériaux ne tient pas compte de la phase d’utilisation. Les processus qui représentent moins d’un pour cent des émis -
Les cycles de vie selon la norme relative aux déclarations environnementales des produits (EN 15804)
sions, comme le travail administratif au bureau, en sont en outre exclus. La question du périmètre de l’analyse est clé pour un matériau recyclé. La démolition et le transport vers l’installation de traitement font partie du bilan de bâtiment de l’ouvrage à démolir. Ce n’est qu’une fois les portes de l’usine franchies que le matériau devient notre produit et qu’il intègre notre bilan matériaux. Cette question est également importante pour les résidus tels que les cendres volantes, qui remplacent certaines parties du ciment et qui sont des sous-produits des centrales à charbon. Dans le cadre du bilan matériaux, nous devons justifier que la production d’électricité constitue l’objectif principal du processus, p. ex. en mettant en évidence que la vente de l’électricité est plus lucrative. Les processus génèrent presque tous des émissions de gaz à effet de serre. Au final, la question est toujours de savoir dans quel écobilan ces émissions apparaissent.
Et une fois créé, comment le bilan matériaux se retrouve-t-il dans la base de données des écobilans?
La liste ‹Données écobilans dans la construction› portée conjointement par la Conférence de coordination des services de la construction et des immeubles des maîtres d’ouvrage publics (KB OB), l’association Ecobau et la Communauté d’intérêts des maîtres d’ouvrage professionnels privés (IPB), est déterminante. Les données sont largement étayées et soigneusement vérifiées. En tant que fabricant d’un nouveau matériau de construction, nous remettons tout d’abord le calcul du bureau environnemental à un organisme de contrôle externe. L’organisme de contrôle du KBOB statue ensuite sur son enregistrement. Pour ce qui est de l’isolant ‹Ecorit›, nous analysons actuellement si sa fabrication correspond au modèle. Contrairement aux pays de l’UE, nous ne sommes soumis à aucune obligation de contrôle de notre production par un organisme indépendant, et optons pour un contrôle de conformité volontaire. Les données KBOB permettent aussi de calculer le bilan des bâtiments. Qu’est-ce qui est important à ce niveau? Il faut connaître les quantités de matériaux utilisés dans la construction ainsi que les processus de construction, la technique du bâtiment et le système de chauffage, dans l’idéal à une phase précoce. L’écobilan aide alors à trouver les leviers d’un bâtiment plus écologique. C’est par exemple le cas au niveau du béton: si l’on opte pour un béton générant des émissions de CO2 plus faibles par mètre cube, il convient de vérifier qu’il est tout aussi performant que le béton standard. S’il s’avère au final qu’une épaisseur de béton plus importante est nécessaire, il se peut que les émissions soient plus élevées en dépit des bonnes

Miriam Esders
Ingénieure civile, Miriam Esders a obtenu son doctorat à l’EPF Zurich. Elle est spécialiste en développement durable chez Zirkulit et partage ses conseils pour la réalisation de bâtiments circulaires et optimisés sur le plan environnemental. Elle est membre active de la Deutsche Gesellschaft für Nachhaltiges
Bauen (DGNB) et de la So ciété suisse pour un marché immobilier durable (S GNI).
Utilisation
Utilisation opérationnelle d’énergie et d’eau B6 – B7
Maintenance, réparation, remplacement, remise à neuf B2 – B5
Déconstruction et démolition C1
intentions. Enfin, le bilan des bâtiments sert à démontrer si les valeurs cibles de la norme SIA 390/1 ‹La voie du climat› ou des différents labels sont atteintes. La base de calcul est toujours la même. Cela permet des comparaisons. En quoi et pourquoi les écobilans des matériaux de construction Zirkulit diffèrent-ils des produits que l’on trouve habituellement sur le marché?
La liste ‹Données écobilans dans la construction› mentionne des valeurs précises en matière d’énergie primaire, de gaz à effet de serre et d’unités de charge écologique (UCE). Les deux bétons ‹Zirkulit› et ‹Zireco› sont obligatoirement fabriqués conformément à ce qui est exigé par la norme de matériau pertinente. Ils sortent donc du lot en matière d’énergie et d’émissions. L’injection de CO2 dans le granulat de béton pèse aussi légèrement dans la balance. Toutefois, le processus est optimisé pour engendrer moins d’émissions que ce qui est stocké. Ces émissions négatives sont reprises dans la liste KBOB, mais elles ne peuvent pas être considérées dans le bilan des bâtiments. En revanche, un avantage clair ressort au niveau des unités de charge écologique. Elles évaluent une palette de 21 thèmes, dont les ressources en eau, l’exploitation des sols, divers polluants et déchets. Le béton ‹Zirkulit› obtient surtout de très bon résultats en matière de ‹ressources minérales› en raison de sa proportion élevée de matières secondaires. Nous optimisons par ailleurs les processus, comme p. ex. la consommation d’électricité ou la comp osition des matériaux. Nous utilisons désormais les ciments ‹ECO 1› lancés récemment sur le marché et qui sont plus pauvres en CO2.
L’écobilan tient-il compte de la valeur résiduelle, lorsque l’on utilise des matériaux de déconstruction d’un bâtiment démoli avant la fin de sa durée de vie?
Non, la durée de vie résiduelle est un paramètre hors du périmètre d’analyse, il concerne le bâtiment démoli. L’hypothèse de 60 ans de durée de vie pour la structure porteuse est une valeur moyenne. Cela fonctionne; dans la pratique, nous utilisons des bâtiments centenaires. Nous sommes d’ailleurs confrontés à la même question à la fin de notre bilan: nous ne savons pas ce qu’il adviendra du béton ‹Zirkulit› dans les décennies à venir. Des progrès majeurs vont vraisemblablement être réalisés en matière de valorisation des matériaux, et il se peut même qu’ils soient recyclés à 100 %. Mais il est inutile d’enjoliver l’avenir, nous avons besoin de solutions pour aujourd’hui. C’est pourquoi nous utilisons les statistiques des déchets ac tuelles de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Nous ne savons pas ce qu’il se passera dans 60 ans. ●
Élimination
Traitement des déchets C3 Élimination C4




L’isolant ‹ Swisspor Ecorit › est le résultat de plusieurs années d’expérimentations, d’inventions et de persévérance. Visite au cœur de la production.
Texte:
« C’est de l’air à 90 %!» Christian Röthenmund s ort un échantillon de ‹Swisspor Ecorit› d’une boîte en EPS et le place parmi les pots remplis de fines d’apport disposés sur la table. Christian Röthenmund est directeur du développement commercial chez Swisspor. Depuis 2017, Swisspor collabore au développement d’un matériau isolant entièrement circulaire à base de déchets de construction minéraux avec l’entreprise Eberhard et le fabricant de matériaux De Cavis. Cet isolant circulaire est produit à Dulliken, dans le canton de Soleure. Pour expliquer le rôle de l’air dans le matériau moussé, Christian Röthenmund plonge à nouveau les mains dans le coffret de présentation. Il en retire un flacon de bulles à savon et en souffle quelques-unes. Celles-ci scintillent dans la baraque aménagée en bureau. « Nous pro duisons des bulles d’air sur lesquelles le matériau fin se dépose, se solidifie et prend. C’est tout ! »
Expérimenter jusqu’à ce que cela fonctionne Si le résultat a l’air simple, le chemin pour y parvenir a été long et compliqué. La technologie de moussage de ce nouveau matériau isolant est le fruit d’une expérience en laboratoire ratée. Au début des années 200 0, Urs Gonzenbach, futur doctorant à l’EPF, était en train de travailler sur un matériau céramique particulièrement fiable, résistant et pratiquement exempt d’air, lorsqu’une des expériences ne s’est pas déroulée comme prévu: pendant la nuit, la suspension s’est mise à mousser pour se transformer en une structure de mousse étonnamment stable. Une découverte intrigante qu’Urs Gonzenbach a ensuite approfondie dans sa thèse de doctorat, avant de faire breveter le procédé de moussage par l’EPF Zurich et de fonder l’entreprise De Cavis en 2009.
Dans le même temps, l’entreprise Eberhard cherchait à valoriser les matières légères minérales qui restaient après la préparation de ses matériaux pour créer un nouveau matériau de construction. Swisspor avait eu vent de cette idée et s’est lancée dans son développement en 2017 à la suite d’une pénurie de matières premières pour les isolants. Les premiers échantillons ressemblaient à des briques silico-calcaires et auraient pu servir d’alternative aux plaques de plâtre. Pour en faire un isolant, il fallait plus d’air dans le matériau. Après de nombreux essais, les collaborateurs sont parvenus à fabriquer des plaques d’une certaine épaisseur, qu’il ont ensuite présentées au patron de Swisspor, Bernhard Alpstaeg. «En un quart d’heure, sa décision était prise: nous allions le faire!», se souvient Christian Röthenmund. Eberhard et Swisspor ont ainsi co-fondé la société Swissporit et entamé la production à partir de 2020 dans la halle de Dulliken. Mais le site a rapidement dû faire face à des défis. Swissporit s’est aperçue au début de la production que pour de nombreux processus, il n’existait simplement pas de machines adaptées. Puis la pandémie de COVID-19 a compliqué l’achat des pièces nécessaires et l’entreprise a donc décidé d’en construire une bonne partie par elle-même. Cela a retardé le développement de la production, mais a aussi permis à Swissporit d’identifier les étapes de travail qu’elle pouvait intégrer au lieu de les confier à des fournisseurs, p. ex. le mélange des composants, qu’elle internalise entièrement plutôt que de l’acheter prêt à l’emploi. Toutefois, l’entreposage de toutes ces matières nécessite un nombre important →
18,5 cm ( matériaux isolants )
53 % ( Matières premières primaires )
80 % ( Matières premières secondaires issues de déchets urbains et de production )
47 % ( Matières premières secondaires issues de la déconstruction )
Émissions de gaz à effet de serre 5,2 kg CO2
Surcoût départ usine 23 %
Remarques
Émissions de gaz à effet de serre 9,1 kg CO2
Surcoût départ usine 10 %
La comparaison porte systématiquement sur un mètre carré d’isolation de façade avec une valeur U de 0,2. Il s’agit d’une structure murale minérale massive avec un mortier colle affichant une résistance au feu ‹EI 30 plus› ainsi que, du côté extérieur, un crépi de fond avec treillis d’armature et revêtement ou crépi de finition. La structure dépourvue d’isolation engendre des émissions grises de 69 kg de CO2/m2 de façade.
Émissions de gaz à effet de serre 8,6 kg CO2
Surcoût départ usine 18 %
* Source: écobilan de la Haute école spécialisée de la Suisse orientale (OST)
** Sources: Liste KBOB ‹Données écobilans dans la construction›, base de données Ecobau, cahier thématique Hochparterre ‹Fibres polyvalentes›, 3/2024
Émissions de gaz à effet de serre 22,1 kg CO2
Surcoût départ usine 48 %
Émissions de gaz à effet de serre 10,8 kg CO2
Surcoût départ usine 0 % ( Prix de référence )
Émissions de gaz à effet de serre 21,1 kg CO2
Surcoût départ usine 28 %
M atières premières secondaires issues de la déconstruction
M atières premières secondaires issues de déchets urbains et de production
M atières premières primaires É paisseur d’isolation en centimètres
de silos de grande taille et trop hauts pour la halle. Un stockage en extérieur n’était pas envisageable en raison de l’humidité. C’est ainsi qu’après plusieurs demandes de permis de construire, le toit de la halle a été rehaussé.
Une production entièrement numérique
Martin Jenal, responsable du développement de projets Technique, nous présente les installations. Il les a conçues et assemblées et connaît l’histoire de chaque machine. D’innombrables câbles et tuyaux serpentent entre les silos bleus. La production entièrement numérique est surveillée et ajustée par une personne depuis un écran unique. Les matières premières sont mélangées en petites quantités: les minéraux légers issus de la déconstruction et traités par Eberhard, un liant minéral ainsi qu’un stabilisateur de particules afin que les particules de poussière adhèrent aux bulles d’air. L’agent levant développé
par Urs Gonzenbach est ensuite ajouté au matériau. Dès que la masse grise recouvre les centimètres inférieurs du coffrage, il réagit avec l’eau, mousse et remplit le coffrage. «Après la réaction, l’isolant n’est plus constitué que d’air et de matières minérales», explique Christian Röthenmund. L’agent liant et l’agent levant représentent la plus grande partie de l’écobilan. À l’instar du béton, il y a carbonatation de ‹Swisspor Ecorit › pendant la phas e d’utilisation au contact de l’air et liaison d’une petite quantité de carbone, environ 2,7 % des émissions de production. Les données sont vérifiées dans l’écobilan, voir ‹Inutile d’enjoliver l’avenir›, en page 18
La machine qui incorpore l’agent levant dans le mélange a été développée conjointement par Eberhard et Swisspor avec l’aide d’un inventeur, qui est aussi le concepteur d’une machine d’emballage de lapins de Pâques en chocolat. Comme la halle était non seulement trop étroite,
Configurateur de composants
Le ‹ Swisspor Configurator › fournit des propositions de produits, des calculs de valeurs U intégrés et des évaluations en matière d’é co cons truction.
mais aussi trop courte, ce dernier a également conçu un mécanisme pour ouvrir le coffrage à la fin de la halle et ramener les blocs vers la scie au moyen d’une bande transporteuse. Les dimensions du coffrage correspondent exactement à la section d’une taille de plaque, c’est donc l’épaisseur de coupe qui détermine le produit. Les blocs reposent ensuite à l’air chaud pendant 24 heures sur de hauts supports. Grâce à des palettes optimisées et à des angles de protection, le produit arrive sur les chantiers sans aucune trace de compression. Non sans fierté, Martin Jenal déclare: «Tous les intervenants qui ont pris part à cette installation de production inédite ont dû mobiliser leurs meilleurs éléments.»
Les premiers isolants ‹Swisspor Ecorit› ont quitté la halle de production début 2024. Pour la transformation du siège principal de Google à Zurich, Swissporit a utilisé la poussière de fraisage générée par la déconstruction des parapets bétonnés pour en faire des panneaux d’isolation visibles au plafond du garage souterrain. Dans le showroom de Dulliken, un concepteur de produits teste actuellement d’autres applications et combinaisons de matériaux sur de grandes maquettes. Un technicien d’application montre à des professionnels comment travailler au mieux le produit. En extérieur, l’idéal est de protéger ‹Swisspor Ecorit› contre les intempéries et les influences mécaniques avec un système de mortier purement minéral.
À l’intérieur, l’isolant s’accorde bien avec les enduits à base d’argile et de chaux. L’argile molle se combine avec le matériau de construction cassant. Grâce à leur porosité, les deux matériaux assurent un climat intérieur agréable.
Toutes les structures murales sont entièrement minérales et pourront par la suite être entièrement recyclées au sein de l’installation de traitement d’Eberhard. Il en va de même pour d’autres produits conçus par Zirkulit avec d’autres entreprises: l’entreprise Stahlton imprime en 3D de nouveaux éléments de plafonds et produit des éléments de façade préfabriqués en composite ciment-verre contenant une proportion maximale de matières secondaires. Sievert utilise des granulats de béton recyclés pour des crépis de fond et des mortiers de maçonnerie.
Ensemble, les entreprises partenaires ont réalisé beaucoup de choses et les projets futurs ne manquent pas. Christian Röthenmund est convaincu que ‹Swisspor Ecorit› sera un jour constitué entièrement de matériaux recyclés. Cela reste pour l’heure impossible, car le matériau fourni par Eberhard est trop grossier pour se poser parfaitement autour des bulles d’air. Pour un indice d’isolation optimal, on utilise actuellement 40 % de matières secondaires et jusqu’à 70 % pour une capacité d’isolation légèrement inférieure. Christian Röthenmund part du principe que le matériau recyclé pourra être broyé encore plus finement à l’avenir. L’utilisation de déchets pouzzolaniques bien précis pourrait même un jour remplacer les agents liants. ●



Les montagnes de déchets ne cessent de grandir, les ressources se raréfient et les émissions de CO2 dans l’atmosphère continuent d’augmenter. Il est donc nécessaire que la construction linéaire devienne circulaire. Zirkulit, un ré seau d’entreprises de production familiales, œuvre en ce sens en fabriquant des matières premières secondaires de grande valeur à partir de matériaux de démolition pour les transformer en matériaux circulaires tels que du béton, des isolants ou des crépis. www.zirkulit.ch
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