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Hepianews n°10

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LA NEWSLETTER DE LA HAUTE ÉCOLE DU PAYSAGE D’INGÉNIERIE ET D’ARCHITECTURE DE GENÈVE

DÉCEMBRE 2014

© DETEC

ÉDITION SPÉCIALE

À LA UNE

Demain? La Suisse

SwissTopia : une belle aventure collective

© DETEC

L’effervescence est retombée... six mois après son démarrage, l’atelier « Demain ? La Suisse » se clôt de la plus belle manière : les étudiants d’hepia sont lauréats… !

Doris Leuthard, entourée d’une partie de l’équipe.

Tout a commencé au début du mois d’avril dernier par un courrier de Doris Leuthard, Conseillère fédérale en charge du DETEC à la filière Architecture du Paysage. Cinq HES de Suisse ont été retenues pour imaginer le territoire suisse en 2035 : une projection difficile pour des étudiants, entre le long terme, à leur échelle, et le court terme, pour les décisions politiques. Pour ce faire nous élargissons la réflexion à d’autres filières d’hepia, dans une vision interdisciplinaire. Nous confirmons notre participation début mai. Date impartie pour rendre les travaux : 15 septembre. Un atelier estival facultatif est mis en place et démarre le 30 juin. Si les inscriptions des étudiants ne sont pas nombreuses, elles

sont faites, par contre, par des jeunes très motivés... vingt-deux au final. Après une première phase, vécue dans un foisonnement d’idées alimentées par des personnalités extérieures, « l’objet » de restitution est choisi : un journal. Anachronique en cette période de « flottement » de la presse écrite, cette forme s’adapte très bien au récit d’une société future. SwissTopia sera daté du 15 septembre 2035. La cohérence rédactionnelle de l’ensemble des articles et des projets, associée à l’acronyme du département, le DETEC, nous font choisir les têtes de chapitres : « Différence, Echange, Territoire, Eau et Consommation ». La mise en page, le choix de l’iconographie et les corrections minutieuses nous amèneront dans la fébrilité jusqu’au 15 septembre au matin, à la livraison de l’imprimeur, pour un envoi le même jour à Berne. A peine le temps de souffler, la présentation a lieu à un jet de pierre du Palais fédéral. Même les perturbations ferroviaires ne déstabilisent pas notre délégation qui, portant des T-shirts imprimés « Demain la Suisse » et « DETEC », réussit haut la main son oral. La conférence de presse officielle du 31 octobre viendra le confirmer : Doris Leuthard déclare les étudiants d’hepia vainqueurs du concours ! Laurent Daune et Vincent Desprez

Professeurs HES Filière Architecture du paysage

Etapes du projet • Doris Leuthard, Conseillère fédérale, en charge du DETEC, Département de l’Environnement, des Transports, de l’Energie et de la Communication, initie une réflexion sur le territoire suisse en 2035. • Les filières impliquées : Agronomie, Architecture, Architecture du paysage, Génie civil, Gestion de la nature et Technique des bâtiments. • Encadrement : Fanny Briand, Laurent Daune, Vincent Desprez, Benjamin Dupont-Roy, Séraphin Hirtz, Romain Legros, Lucas Luisoni et Blanca Vellés. • Les personnalités invitées  : Marc Attalah, directeur de la Maison d’Ailleurs à Yverdon, Sandro Cattacin, professeur de sociologie à l’UniGe, Francesco Della Casa, architecte cantonal à Genève et Fabrizio Sabelli, anthropologue. • Les dates charnières : 3 avril : réception du courrier / 9 mai : délai d’inscription / 30 juin : démarrage de l’atelier / 15 septembre : envoi du journal au DETEC / 21 octobre : présentation orale devant le jury / 31 octobre : annonce officielle des résultats.


ÉDITION SPÉCIALE SWISSTOPIA | SES TROIS GRANDS AXES

MODE DE VIE

De meilleures relations sociales Une journée de travail à la maison, le succès des Prestations Sociales Requises (PSR), ainsi que les changements des modes de consommation et de style de vie, ont bouleversé la société suisse de 2035. Ces valeurs d’échange social, qui sont la base des constructions humaines, ont été déclinées sur le plan terri-

Ce sont des espaces au centre des habitations permettant de travailler à proximité de chez soi. Les communautés d’habitants sont devenues des partenaires sociaux qui déchargent progressivement les institutions. Ces dernières peuvent ainsi se concentrer sur d’autres dossiers.

En 2035, les rapports entre producteurs et consommateurs se sont désormais équlibrés, après de longues années de tensions. Le salaire du paysan n’avait fait que diminuer, alors que les prix de l’alimentation avaient pris le chemin inverse. Le producteur et le consommateur ont besoin l’un de l’autre, pour vivre en harmonie. Les consommateurs, toujours plus nombreux, sont devenus proches et attentifs aux besoins des producteurs. Pour cela, ils ont dû faire un geste : accepter d’augmenter le prix qu’ils payaient aux producteurs, en privilégiant la vente directe et locale, et en achetant des productions en gros pour les stocker et alléger ainsi leur tâche. Ce sont des gestes lourds de conséquences, qui ont amélioré la vie quotidienne ! C’est par la mise en place de telles mesures que se crée un nouveau souffle pour les générations futures et qu’est garanti le bon fonctionnement de notre société. Maddy Loubier

Architecture, 2ème année © hepia

Julien Kauer

Agronomie, 2ème année

Télétravail, square New-York.

torial au niveau national. L’aménagement de la journée de travail à la maison est un avantage pour tout le monde. Le temps de trajet est utilisé pour d’autres activités, familiales, intercommunautaires et même les obligations ménagères, ce qui engendre un meilleur confort de vie. C’est aussi une forte diminution du nombre de déplacements, et donc une plus grande fluidité au sein des villes, la disparition du stress dans les bouchons, et par conséquent une vraie disponibilité au travail… ce qui a un effet notable pour la bonne santé de la Suisse. Les PSR ont eu un franc succès dès leur mise en place. Disponibles pour tous, elles ont créé de nouveaux dynamismes dans les différentes communes. L’interface d’échange libre, autant du point de vue social qu’économique, est une alternative adéquate au mode de vie des années 2015. Les échanges sociaux et professionnels redynamisent la ville à l’échelle du quartier. Meyrin a été l’une des premières communes à avoir mis en place en 2025 des « working-spaces ».

TERRITOIRE

Un nouvel équilibre Comment aménager le territoire de la Suisse, entre les villes et leurs périphéries, les campagnes, les forêts, les lacs et les montagnes ? 2035 voit la réalisation de nouvelles polarités, de dimensions moyennes où tous les besoins seront à disposition : lieux d’enseignement, services administratifs, commerces et lieux de travail. La journée de travail à la maison y contribue également. (Voir article « De meilleures relations sociales »). Dans le prolongement de cette idée de constitution de polarités, nous avons imaginé insérer celles-ci en montagne. Beaucoup de pendulaires proviennent de ces régions et perdent du temps dans les transports. Cette nouvelle proximité permet une meilleure gestion du

temps et de la mobilité, et un gain de plaisir. Dans cet environnement, la voiture individuelle cède peu à peu sa place au profit de transports en commun (bus, tramway, car-sharing) et de la mobilité douce. Le centre se retrouve libéré et les quartiers peuvent être investis par de nouvelles activités : marchés, jardins participatifs, celliers communautaires, etc. En 2035, la Suisse n’est plus qu’un seul territoire, une grande agglomération composée de pôles de vie. Mais une agglomération qui s’intégre dans le paysage et qui a en son sein de quoi la nourrir et la faire vivre. L’espace est redonné aux rivières, faisant des eaux de surfaces le symbole du vivre ensemble en harmonie avec la nature. Une meilleure


ÉDITION SPÉCIALE SWISSTOPIA | SES TROIS GRANDS AXES

récupération des eaux pluviales est également perfectionnée : chaque quartier les traite pour les stocker et les réutiliser. L’utilisation des eaux non traitées dans les installations sanitaires et l’introduction des toilettes sèches répondent à l’aberration de l’eau potable pour ces dernières. Cette stratégie globale permet à la Suisse de bénéficier d’une eau pure et de qualité et de la restituer à ses voisins dans une vision de partage. Richesse de la Suisse, l’eau continue d’organiser son paysage. Le territoire de la Suisse en 2035 provient d’un développement territorial sain, incluant l’environnement et la société.

© hepia

Vincent Huron

Maillage paysager entre zones agricoles (en jaune) et zones naturelles (en vert) - secteur «Arve-Lac».

gestion des risques de crues et d’inondations permet la réintroduction de l’eau, même en milieu urbain dense. Les avantages de ces

Architecture du paysage, 2ème année

Céline Marclay

diplômée Bachelor HES en Architecture du paysage

cours d’eau sont nombreux : amélioration du climat urbain, biodiversité, corridor biologique, effet thérapeutique et d’échanges. La

MOBILITÉ

Pourriez-vous imaginer une ville sans voitures ? En 2014 nous étions dépourvus de logique, nous mettions toute notre énergie à être tous ensemble au même endroit au même moment. Ainsi, à Genève, il fallait passer par ce petit tronçon qui sépare la rive gauche de la rive droite comme un troupeau serré aux heures de pointe. Une arrivée sur la rue Chantepoulet catastrophique, bloquée jusqu’à la gare. Et toutes les villes ressemblaient à cette vision cauchemardesque. N’avions-nous jamais pensé à ce que dénonçait Maurice Braillard ? Une vision de la ville restreinte imaginant uniquement les voies d’accès sans penser à la fluidité de la circulation. Notre souhait, à travers notre atelier et le journal SwissTopia, est de poser les bases d’une vision alternative de la Suisse de 2035. La première mesure a été de sortir du dogme de la voiture. D’objet de représentation sociale, elle est devenue un outil complémentaire de déplacement, pour palier à l’absence de transports publics, dans certaines zones du pays. Les centresvilles ne sont plus accessibles aux véhicules individuels motorisés. Le maillage de transports publics s’est densifié. La variété et la complémentarité des modes de

© hepia

Des villes sans voitures

Le pont du Mont-Blanc à Genève en 2014.

Le même pont en 2035.

déplacements doux rendent l’utilisation de la voiture exceptionnelle. D’autres modifications ont vu le jour. Un aménagement urbain sur les hauteurs, en montagne, qui permet de lutter contre les déplacements journaliers. L’effet migratoire imaginé est celui où l’on viendrait se rapprocher des sources d’alimentation en eau et qui progressivement permettrait de vivre ensemble différemment. Les nouveaux espaces privilégient une mobilité réduite et ainsi stimulent l’accueil d’habitants. Cette densification des communes de montagne permet de libérer du sol sur le plateau et dans les vallées pour

l’agriculture. Les espaces en plaine laissés aux zones agricoles démontent l’ancien discours du déclassement de ces dernières au profit des zones urbanisées. Notre idée est de simplement partager l’espace public, urbain ou rural, pour que chacun de nous puisse y trouver ce dont il a besoin. Hugo Dugerdil

Génie civil, 1ère année

Isabelle Gerard

Architecture, 2ème année

Angélique Belvisi

Architecture, 3ème année


ÉDITION SPÉCIALE SWISSTOPIA

ÉCLAIRAGE

© hepia

Jeunes naïfs ? Certainement pas Le développement durable: une évidence pour tous? Alors pourquoi faut-il que l’économie prime? Pourquoi ne pas mettre d’abord en avant la « dure réalité des enjeux environnementaux »; ou la « dure réalité sociale » et notre besoin vital de vivre ensemble ? SwissTopia défend le constat d’une biosphère fragile, dans laquelle sans une nature préservée, l’humanité ne survivra pas ! Une planète unique où sans cette humanité, assemblage kaléidoscopique de cultures et de liens sociaux, l’économie de marché n’aurait ni sens, ni légitimité ! C’est ce constat qui doit dicter nos priorités. SwissTopia a fait le pari d’un réajustement entre nos penchants égoïstes et altruistes, le choix d’une vision plus équilibrée de la nature humaine. Illustration de couverture du journal SwissTopia daté du 15 septembre 2035.

Lauréat de « Demain ? La Suisse », notre travail a été placé sous les projecteurs médiatiques. Avec fierté et plaisir, nous nous sommes pliés au jeu des interviews; en espérant que ça ne soit pas qu’une éphémère mise en lumière de notre école, mais un moyen de convaincre de la nécessité de changer de paradigme. Question d’un journaliste : • SwissTopia est bien optimiste ! Une Suisse à 10 millions d’habitants, où il ferait malgré tout bon vivre, en harmonie avec la nature ?

N’êtes-vous pas naïfs, face à la « dure réalité de l’économie » ? J’ai bondi pour répondre, mais il m’a retenu pour entendre les étudiants : • Ils ont exprimé leur questionnement vis-à-vis d’une société dans l’opulence où l’individualisme prime; où chacun, « scotché » à son écran, peine à communiquer avec son voisin. • Ils ont dit leur vécu, et l’importance qu’ils accordent à une existence plus riche de partages, d’échanges et de vie communautaire.

Ingénieurs et architectes, ce n’est pas la seule technologie qui nous sortira des impasses environnementales et sociales que nous avons provoquées. Le message des jeunes est clair : essayons de faire mieux ce qu’il faut faire, avec ce qu’on a le droit d’avoir, de prendre ou d’emprunter à la biosphère. Au lieu de risquer la fin de l’humanité, parions sur notre humanité. Lucas Luisoni

Chargé de cours HES Filière Agronomie

LES ACTEURS

ET LA SUITE...

Corps enseignant Fanny Briand, Laurent Daune, Vincent Desprez, Benjamin Dupont-Roy, Séraphin Hirtz, Etienne Jacquemet, Romain Legros, Lucas Luisoni, Julien Micheloud, Blanca Vellés.

Dans le prolongement de ce projet, Doris Leuthard organisera au printemps prochain une rencontre avec l’ensemble les étudiants des cinq HES, ayant participé au concours « Demain ? La Suisse ». Ce sera une journée de présentations des travaux réalisés et d’échanges, ponctuée par un repas de remerciement. De plus, le DETEC souhaite poursuivre les réflexions, en association avec hepia, sur la question du développement du territoire suisse, démontrant une réelle volonté d’explorer, d’imaginer, voire de concrétiser les idées proposées dans SwissTopia.

Etudiants Estelle Bapst, Angélique Belvisi, Remy Brogniart, Thomas Cattin, Tania Coutherez, Hugo Dugerdil, Cindy Dussetier, Gosi Egzon, Isabelle Gerard, Laurent Huber, Vincent Huron, Julien Kauer, David Kempf, Tamara Lobo, Maddy Loubier, Céline Marclay, Quentin Meylan, Keila Mones Ruiz, Maël Perret, Joël Querio, Jennifer Rey, Anna Sarbu, Romain Schnyder, Timothé Thiesset, Caroline Tobler.

Pour des raisons éditoriales, l’usage du masculin pour toute désignation de personne, de statut ou de fonction vise indifféremment un homme ou une femme.

Rue de la Prairie 4 CH-1202 Genève

Tél. +41 (0)22 546 24 00 Fax +41 (0)22 546 24 10

hepia@hesge.ch www.hesge.ch/hepia


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