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Contaminante

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l’architecture

ÉTUD. UNIT

DUMONT-MALET Guillaume

UE101A - PROJ 10 - MEM (My Ethique Maïeutique) DE PFE BIGOT-DOLL é. DE PFE LAPRAY K.

PROJ

MASTER ARCHI

S10 ALT 16-17 FI

© ENSAL


toi tu es un.e habitant.e de la Terre en 2017.


corps c’est Bachelard, Valéry, Weil, Rahm, Perec, Parent, et beaucoup d’autres belles personnes qui l’ont dit. L’espace architectural a toujours été profondément lié à ton propre corps puisque l’air qui y circule est le même que celui qui traverse tes poumons, la température qui y règne acclimate celle de ta peau. Tu y respires, frémis, transpires, étouffes ou suffoques parce que telle ouverture est pratiquée parci et tel chauffage ou système de refroidissement branché par-là. L’espace s’ouvre et se ferme en même temps que tu ouvres et fermes tes yeux, il renvoie ton odeur et celle de tes sécrétions diverses. Les murs, le mobilier,


s’imprègnent de ton souffle et résistent ou se déplacent à ton toucher. La mise en œuvre de l’architecture nécessite l’outil, qui est manié par la main, les pieds, les jambes, et contraint tes muscles. La conception de l’architecture par le dessin ou tout autre représentation n’est-elle pas, également, produite par ton corps ? Ne crois pas, d’ailleurs, que l’ère numérique annihile ce rapport, car après tout la souris d’ordinateur ne bouge et ne trace que sous la pression de ta paume, et elle s’arrête à ton épuisement. Le concept architectural sort de tes tripes comme des différentes zones brumeuses de ton cerveu. L’architecture existe


dans l’interdépendance et l’interpénétration entre ton corps, ceux des autres, et l’espace. faire tout tomber alors : plus aucun mur aucune porte aucune dalle aucun site mais plutôt une atmosphère des réactions un milieu un ecosystème un corps un métabolisme des organes. Pourquoi un bâtiment n’aurait-il pas le droit d’ingérer, de digérer, de respirer, transpirer tout comme toi ? Doit-on réellement standardiser, reproduire sans cesse l’architecture dans une logique du rentable infini, alors que chaque corps est unique et réagit à l’environnement à sa façon, à son tempérament ?


sol Par ta qualité d’habitant Terrestre, tes déplacements sont guidés par une constante qui est la gravité. Le constat est que le sol est finalement traité de la même manière dans tous les espaces, avec la même dureté sous le pas, la même ténacité, pour t’assurer une circulation optimale et rapide, et que tu te rendes au plus vite du point A au point B. Il n’y a pas réellement de conscience du corps lors de tes déplacements aujourd’hui, car ton poids est équilibré par de l’asphalte ou un parquet dont la force opposée est égale. Si l’on diminuait la force opposée du sol artificiel, tu existerais en temps que masse consciente particulière


dont l’équilibre serait moins automatique mais plus intuitif. En ce sens, qu’y a t-il de plus beau qu’un trottoir de ville enneigé : chaque passage laissant une trace d’un corps qui lutte contre la gravité pour avancer. Ainsi la neige hivernale révèle toutes les humanités qui constituent l’urbain, bien au-delà des routes lisses et froides. desequilibre Depuis un certain temps, tu évolues dans un univers qui veut à tout prix tendre vers l’équilibre, la neutralité, c’est pourquoi tu es à la recherche de sensations, d’émotions, de désirs à assouvir, que l’espace ne te procure plus. Tu as tendance à oublier ce


corps, sexualisé, composé d’os, d’articulations, de tympans, de muscles, de nerfs, de papilles, de graisse, de sang chaud. Ce corps qui génère et réceptionne de la chaleur, réagit très fortement dès lors qu’il subit un contact avec une source extérieure, une matière ou un espace d’une texture et température différents. Selon la deuxième loi de la thermodynamique, l’équilibre équivaut à la mort, tandis que le déséquilibre ouvre à la vie [Rahm]. Des idées comme le contraste, le bouleversement, le renversement, devraient apparaître dans l’architecture, tout comme le corps humain est un univers de perturbations et de chamboulements.


Ne prends pas peur, on ne cherche pas à te faire tomber, seulement trébucher un tout petit peu. illegalite tu vis actuellement dans un système normé et en apparence tout à fait correct. Tu as donc naturellement besoin d’une architecture impertinente, et probablement illégale pour atteindre un stade acceptable de déséquilibre. Voici un projet illicite, hors-la-loi, dénonciable. milieu le milieu d’intégration de ce Projet de Fin d’Étude est le Rhône, que tu franchis continuellement de pont en pont, qui dessine dans la ville de Lyon un superbe boyau


verdâtre et plonge, plus loin, dans la mer méditerranée. Un fleuve faussement sauvage, car délimité, architecturé et affublé de façades qu’on appelle berges, mais sauvage tout de même parce qu’indomptable in fine. L’eau d’un fleuve, c’est le plus fascinant des no man’s land urbains, dans lequel tu trempes à peine les pieds, obscur de nuit comme de jour. Tu manifestes immanquablement une forte attirance pour cet objet de la ville, palpable mais fuyant. Ton corps déguste cette proximité à l’eau, dont il est en grande partie constitué.

ex-milieu le défi est de générer une architecture à partir de rien,


ce qu’on définirait comme une opération ex-nihilo. Or, pour toi ce nihilo signifie véritablement l’absence de toute présence ou forme anthropocentrée, corps ou architectures existantes. Pourtant c’est tout un éco-système qui existe dans l’eau et dans la nature sauvage, dont, intrinséquement, tu as conscience. Toutes les espèces animales, toutes les roches, les algues, les souches, les déchets, les épaves, les bateaux, les climats, l’énergie du courant, les mouvements, amorcent déjà une spatialisation. Le fleuve, que tu présumes inhabité-et inhabitable, est réellement qualifié de corridor biologique, accueillant une métacommunauté : des ensembles d’espèces séparées spatialement


ou temporellement et étant interconnectées par la dispersion. [Wiki] De fait, non, l’architecture n’est pas créée à partir du néant, mais bien issue des composantes du milieu qui possède déjà des tracés, des objets spatialisants, des seuils déterminés avec lesquels la démarche conceptuelle vient heureusement composer. metabolisme Sous le terme de métabolisme sont regroupés tous les processus chimiques à type de réactions ou autres transformations ayant lieu dans les cellules d’un organisme. Ici, il signifie le programme du projet et l’interaction de ses constituantes.


Tu es autant partie intégrante de ce métabolisme que tu le pénètres. Les différents éléments du projet s’articulent dans une logique d’interdépendance. Le projet est un système composé d’entités distinctes. D’une part, un laboratoire et atelier d’architecture situé en amont du centre ville, sur une île inhabitée du fleuve : en autosuffisance, tu disposes d’espaces permettant un savoureux mélange de matière première et de matière grise, que tu assembles sous la forme de micro-projets. Ces micro-projets sont ensuite acheminés le long du fleuve par une barge, puis accrochés sur les berges non-aménagées et aménagées en centre-ville, depuis le pont Winston Churchill


jusqu’au pont Raymond Barre -la politique n’est jamais bien loin. L’ensemble du fleuve, autant la surface que le fond, est le terrain d’expérimentation architecturale et corporelle. Ainsi les microprojets, activés par leur situation en milieu urbain, servent autant la recherche que l’expérience in-situ du laboratoire. autophagie le projet est donc un projet d’architecture qui en quelque sorte produit, ingère et digère elle-même de l’architecture, sous la forme de micro-projets. Tu assistes à un auto-usinage, dans un édifice qui crée de petits édifices : une mise en abîme autophage. Par ailleurs, la barge d’acheminement


peut également provoquer le retour des micro-projets à leur espace de production pour être modifiés, améliorés, démembrés, dans un processus de seconde digestion. Tu pénètres bien dans une architecture volontairement subversive et perverse car en constant remodelage. somesthesie La somesthésie constitue un des systèmes sensoriels de l’organisme. Elle désigne un ensemble de différentes sensations [pression, chaleur, douleur...] qui proviennent de plusieurs régions du corps [peau, tendons, articulations, viscères…]. [Larousse] Il serait intéressant de penser une architecture somesthésique,


qui provoquerait la réaction des régions ton corps, tandis que tu évolues dans celles du projet. Puisqu’un corps n’est pas neutre, quelle légitimité l’espace construit dans lequel il pénètre aurait-il s’il n’était pas déclencheur de sentiments, de contact, d’émotions véritables ? deconnexion ! la conscience nouvelle du corps nécéssite un rite de déconditionnement. L’accès au projet t’es rendu par un retour à un comportement primitif et aux limites du corps : tu acceptes, autant dans l’espace de l’atelier que dans ses productions sous forme de micro-projets, de subir des différences de température,


de textures, de luminosité qui contrastent avec l’espace intérieur contemporain standardisé. Tu rejettes ces enveloppes compactes, insonorisées et isolées de tout bouleversement extérieur. Ces architectures qui commencent à ressembler à ces décors de films d’anticipation, opalescents et extraordinairement homogènes, dans lesquels des personnages ultra-connectés évoluent indifféremment. L’eau du fleuve délimite les prémisses d’un volume immatériel déconnecté dans l’urbain : l’architecture du projet accentue et veut assumer la rupture avec les réseaux surchargés, virtuels ou non, dans son autosuffsance.


mange, archi, aime non seulement ce projet te permet d’expérimenter la matière, mais aussi de vivre l’expérimentation. On développe l’idée de l’espace comestible, producteur d’éléments nourrissants pour ton corps : les plantations d’espèces végétales, les aliments comme objets structurants d’un édifice destiné à la restauration. Tu te sers également du milieu : l’eau, la terre provoquent la pousse et le développement de l’aliment, Ainsi l’achitecture répond aux besoins et désirs de ton corps tout en dessinant l’espace, puisque l’idée est de construire pour réagir et faire réagir. Potentiellement, l’architecture nourrit le milieu, et donc l’ensemble de ses espèces


: imagine que tu n’es pas le seul rassasié par l’espace. banane le fruit, mais aussi une plaisanterie, une blague dans l’esprit de chacun. La blague est celle-ci : ton pied innocent rencontre la banane, tu glisses, on te rattrape. C’est un objet de contact et de société. Un bruit, une odeur encore discrète s’en dégagent lorsque tu dissocies, de ce geste universel, la peau de la chair. Immédiatement le froid lisse de l’enveloppe est remplacé par le coeur du fruit, gluant et sucré, que tu mastiques sans ménagement pour en faire une bouillie délicieuse. C’est un objet de corps. L’architecture pourrait être de


corps et faire contact. six choses impossibles avant le petit-dejeuner au cours d’une de tes journées, tu pourrais croiser, sur les berges du Rhône, jusqu’à six micro-projets d’architecture qui ne cesseraient de jouer avec la déconnexion, la dérision, la légalité et la gravité de ce monde. Six espaces, lieux et temps chamboulés dans un esprit de dévirtualisation matiere l’architecture n’est pas corps si elle n’exprime pas les mêmes composantes dans sa matérialité et son articulation dans l’espace. L’élasticité de la peau, la dureté des os, la chaleur intense


des organes sont autant de potentiels spatiaux à exploiter dans l’architecture à travers les matériaux de construction. Ton corps, finalement, possède les intériorités d’un édifice.


est

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existence l’architecture est. Le jeu de l’architecte est de façonner et de manipuler l’espace au travers d’un nombre infini de couches de temporalités différentes : le temps du chantier, le temps des usages, le temps du milieu, le temps des sociétés, le temps de Toi... Mais l’invariant de ce jeu est l’instant t de l’acte architectural, qui, dès sa naissance, peut être conscient de sa précarité au regard du milieu d’implantation. Puisqu’ici le programme suggère l’expérimentation, il est naturel que l’on propose des équipements éphémères, humbles bien que signifiants. On t’offre donc une architecture qui, après avoir été, se retire.


mouvements le fleuve est un territoire de mouvements permanents. D’une part la translation horizontale, du nord au sud générée par l’action du courant, qui porte et fait bouger tous les objets composants du milieu. Ainsi chaque pierre, poisson, branche que tu vois, que tu écrases et observes à un instant n’existe plus quelques millièmes de secondes plus tard. Le mouvement vertical de l’eau est induit par son débit et résulte des crues et décrues, qui, d’une autre façon, font évoluer tout ce qui constitue l’univers écosystémique. mecanismes il en va de même pour l’architecture, qui, pour être viable,


résiste à certains mouvements et en embrasse d’autres en devenant malléable au gré des flux du fleuve. Ce projet articule des espaces fixes destinés au stockage et à l’assemblage de la matière, avec des espaces mobiles destinés à l’expérimentation, flexibles. A chaque crue importante, tu as la possibilité de désolidariser les modules d’expérimentation de leur attache, de les déplacer, les agrandir, les réduire afin de les rendre adaptables au milieu et aux usages. De la même manière, chaque micro-projet amarré aux berges est mobile, déplaçable à souhait d’un point du centre-ville à un autre selon les usages et les usagers.


faire la planche statuer que l’architecture fait la planche, c’est la rapprocher de cet exercice que tu pratiques avec ton corps pour rester temporairement à la surface de l’eau. L’exercice demande un agencement symétrique, presque orthogonal de tes membres, une contraction abdominale et une certaine forme de concentration : en un sens tu architectures ton corps pour qu’il flotte de manière stable. Construire sur l’eau ne demande rien de plus qu’atteindre l’équilibre temporaire de ton corps. temps de l’eau usager de l’atelier d’architectures, on te donne l’occasion, à toi aussi et à ton corps, de profiter de tous


ces mouvements pour te déplacer en combinant tes efforts et le courant. Des petits embarcadères et des embarcations sont à disposition pour graviter autour des espaces d’expérimentation. Certaines tricheries sont cependant nécessaires pour la viabilité du projet : les accès sont toujours assurés, quel que soit le niveau de l’eau, afin de garantir un apport régulier de matière première -et de matière grise. T’est aussi laissé libre le choix de l’accès, que ça soit à pied, en barque, à la nage, et pourquoi pas en tyrolienne. fin le propos réside dans l’acceptation que la matière a une fin en soi et


que l’architecture représente des temporalités infinitésimales dans l’existence et l’histoire de l’univers. Le concept du biodégradable -la peau de la banane- peut s’appliquer au bâtiment, qui finit par se fondre dans l’environnement et par disparaître visuellement. Ne t’épuise pas à faire durer, perfectionner, aseptiser, sans cesse ce qui n’a pas pour vocation de l’être et profite d’une temporalité opportuniste dans des temporalités invariables. palliatifs Rien ne se perd, tout se transforme. [Lavoisier] Le fait est que tout objet auquel on donne naissance, toi compris -et toi surtout, est voué au vieillissement


et à la mort. Célébrer la mort programmée de l’architecture n’est pas une posture pessimiste, bien au contraire, c’est réaliser qu’elle est remplaçable et qu’elle s’efface au profit d’autres temps, d’autres modes, d’autres besoins. traces l’effacement de l’architecture, même programmé, n’est pas total, en tout cas pas immédiat. Des traces subsistent, visibles ou non, et s’ajoutent en palimpseste aux couches identitaires du milieu. A la manière d’une boîte laissée tout un été dans une pelouse au soleil, qui en l’enlevant laisse un carré d’herbe déséchée, tu comprends que le temps est le premier décideur de l’assimilation


d’une architecture passée par le milieu. Pourquoi, donc, ne pas penser l’architecture postmortem, s’intéresser au potentiel du paysage généré par l’extraction d’un espace construit à son milieu initial d’implantation ? corps+e=corpse que fait-on d’un cadavre ? Tu as plusieurs options, par exemple l’inhumation sous terre ou la crémation. L’une laisse le corps, souvent enfoui, se décomposer, perdre en température, se putréfier : à terme, les bactéries et microorganismes se nourrissent des fluides et nutriments stockés dans nos tissus inertes, les insectes nécrophages prennent le relais, puis dans certains cas les protéines


de nos os se décomposent et finissent par alimenter le sol et les végétaux qui le composent. La crémation consiste à faire brûler le corps pour le réduire en cendres. Dans les deux cas, le corps laisse un résidu pouvant potentiellement nourrir un milieu. Imagine que l’architecture, une fois retirée du milieu, serve d’autres intérêts dans la décomposition de ses traces ? Une fois l’enveloppe charnelle de l’atelier décomposée volontairement, les nutriments architecturaux continuent d’exister et de servir, de se disséminer dans le milieu jusqu’à leur assimilation totale ou presque. nature-zombie le site de l’atelier/laboratoire est


une île composée de gravats, de déchets, d’un pneu, d’un livre ouvert, d’éléments abandonnés ou figés dans une mort certaine. Tu réalises, une fois l’eau franchie, que l’île est en besoin de revitalisation. C’est pourquoi on propose d’utiliser, par exemple, ces énormes troncs déracinés, déposés ici par le courant, de les investir dans l’espace que dessinent les branches et brindilles arachnéennes. D’ailleurs, tu remarques que l’écorce, durcie et blanchie par l’eau, ressemble étrangement à la peau tendue d’un corps sans vie. Le tronc devient structure en exosquelette d’un nouvel espace, bien vivant.


derives l’au-delà de la mort de l’architecture, c’est potentiellement l’au-delà du site de projet. Une partie des micro-projets sur lesquels tu auras expérimenté, couru, sauté, dormi, est lâchée au gré du fleuve, et le temps de l’architecture, s’il s’éteint pour toi, se prolonge pour d’autres, plus loin. Les petites architectures s’accrochent sur de nouvelles berges, s’en détachent à nouveau, pour mourir, à la fin du boyau verdâtre, dans la Mediterrannée qui serait l’ultime étape de la digestion, le temps final du projet. ultra-quotidien quid, d’ailleurs, de ta perception du temps ? aujourd’hui, ne veux-


tu pas tout comprendre, tout savoir, tout voir, tout vivre en cinquante-neuf secondes ? Tout s’accélère et peut-être, parfois, faut-il ralentir et prendre le temps. En une journée, tu remplis une logique de production intense, tu cours partout, tu travailles sans cesse. Les micro-projets sur le Rhône, expulsés par l’atelier en amont existent dans une optique de déconnexion et de dilatation du temps imparti dans une journée. Ils permettent le repos, le repas, la détente, le délire, la rupture avec cette ligne droite et prédéfinie qu’est le quotidien urbain. temps du temps Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu’on peut pour rester


au même endroit, explique la Reine Rouge à Alice [Carroll]. Les distances que tu cours et avales, physiquement ou non, dans l’année s’étendent à l’infini en même temps que réduit exponentiellement le temps de parcours. Parce que la technologie des télécommunications te permet d’être à plusieurs endroits en même temps, ou bien parce que l’air conditionné de ton bureau en été te transporte dans un climat d’hiver que tu ne devrais naturellement ressentir que plusieurs mois plus tard. Par ta connexion permanente et globale à l’information instantanée, tu es ce cycliste fou au milieu d’une foule de marcheurs : plus tu accélères, plus tu perçois les gens


qui t’entourent comme figés et tu peux anticiper et éviter leur chemin, mais plus tu prends le risque d’en percuter quelques uns au passage. Nous avons désormais un contrôle incroyable sur les temporalités. Qu’arriverait-il si on s’amusait à détraquer ta journée en bouleversant ton temps ? peau-memoire tu as sept ans. Tu joues maladroitement au foot avec une amie dans la cour de récréation de votre école. Tu cours pour récupérer la balle mais elle t’échappe et tu finis ta course contre le mur. C’est un mur en crépi comme on aimait les faire à une époque. En te frottant sur le relief de l’enduit, tu t’érafles


l’avant-bras et saignes un petit peu. Aujourd’hui adulte, tu te rappelles de ce moment parce que le mur n’était pas complètement lisse et fade. Sa texture est un outil pour la mémoire. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de l’inconfort, mais plutôt le blâme de la neutralité. L’architecture est une machine à voyager dans le temps et l’espace, et par les réactions de ton corps qu’elle provoque, elle nourrit ta mémoire et ta culture spatiales. Ce projet te pousse à toucher, sentir, gratter, épouser la matière que tu associeras à des souvenirs sensibles et perceptifs.


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ultra-violence l’architecture est dans tout les cas un acte de violence. Bruyante, sale, figée, elle bouleverse un écoystème, parfois composé d’autres architectures, dans toutes ses dimensions physiques, perceptibles ou non. Elle est, par définition, transgressive. La construction de l’espace anthropologique fonctionne universellement par addition ou soustraction des objets d’un milieu, ce qui modifie intrinséquement tous les paramètres climatiques et sensibles que tu perçois, si tu y prêtes bien attention. Assumant cette posture d’agressivité, ce projet suggère une certaine forme de violence, inscrite cependant dans une temporalité


restreinte. Le but est de créer le déséquilibre pour atteindre, à terme, un équilibre avec le milieu. On envisage les traces de l’architecture avant de produire son contenu. auto-tamponneuses Les auto-tamponneuses des fêtes foraines sont une forme de violence dans le choc et la rapidité des mécanismes. Mais c’est une occasion incroyable de rencontrer des personnes que tu n’as jamais vues et que tu ne reverras sans doute jamais, de la manière la plus primitive qui soit. Un contact physique réel, brutal et authentique, globalement prévisible mais sporadiquement imprévu et spontané.


Des auto-tamponneuses architecturales seraient le coin opaque d’un bâtiment qui fait se cogner deux personnes marchant dans des directions opposées, ou bien la contremarche trop courte d’un escalier qui fait trébucher une personne, rattrapée par un inconnu assez proche. Certains des micro-projets sur les berges sont des auto-tamponneuses. contamination 01 réfléchie comme fondamentalement liée au corps, on qualifie l’architecture de contaminante dans plusieurs dimensions. D’une part contaminante d’un milieu physique, le fleuve, le paysage étant impactés directement par le geste architectural. Visuellement


d’une part, bien que l’on considère que l’architecture crée, a elle seule, un nouveau paysage. Elle génère aussi de nouveaux sons, de nouvelles odeurs, une nouvelle dimension perceptible. contamination 02 ce projet, comme toute architecture, contamine ton corps par contact puisqu’elle t’impose des réactions et acclimate ton organisme. contamination 02 l’architecture est art de suggestion [Pennac]. La forme suit l’intention, la pensée suit la forme, et l’acte suit la pensée. C’est là que résident les desseins de ce projet. Par la contamination physique du milieu


et la présence des micro-projets sur le fleuve, leur disposition transgressive, tu es amené à réagir, consciemment ou pas, relativement à plusieurs questions : que peut faire mon corps ? Quelle est l’étendue de ma perception ? Comment puis-je faire architecture ? Comment l’architecture me façonne-t-elle ? A quel point l’espace dessine t-il le temps, divise-t-il, allonge-t-il ma journée ? La contamination des usages, des modes de vie est l’étape ultime, puisque c’est par l’architecture que tu es amené à penser et, plus tard, à agir. La déconnexion, la conscience du corps, de la matière, l’arrêt brutal des modes de vie accélérés sont autant de messages à faire passer, par la construction


et l’agencement de l’espace, dans les pensées de l’autre. Ainsi le concept est transféré de l’espace aux mentalités de ceux qui le pénètrent, et tandis que l’architecture meurt, la conscience reste. La contamination, c’est la propagation d’un mal, d’un vice, d’un défaut [Larousse], il s’agit bien là de faire contraste avec ta manière de penser, d’engager la provocation et le vice pour t’amener à faire différemment. trame une trame orthogonale de sept mètres par sept mètres est projetée et ancrée avec violence dans le fleuve, sur l’île et les berges à aménager, et placée comme support de l’architecture


de l’atelier, des espaces d’expérimentations en amont, et support des micro-projets dispersés au niveau du centre-ville. La trame se développe en tant que structure contaminante du milieu et accapare tous les objets sur son passage, toute la terre, la roche, et agrippe au niveau des quais les pieds des ponts, les amarres, les trottoirs, les péniches, comme une enveloppe géométrique légère mais envahissante. souches des plots constituants la trame sont les souches du projet. Ils sont le seul point de contact entre le milieu et l’architecture, le seul aménagement permanent que tu observeras bien après que l’usage


soit dépassé, lorsque les plantes auront repoussé, que l’eau sera remontée. Ce sont ces souches qui auront le rôle post-mortem de l’architecture, ce sont elles qui laissent les traces nourrissantes du milieu. Chaque plot est pensé comme assez solide, assez résistant pour survivre dans l’eau tant qu’il supporte l’architecture. A terme, il se fond dans le milieu ou bien est lâché dans le courant, tant qu’il ne fait pas blocage à l’écosystème en place. pepiniere on imagine même que certains points de la trame sont plantés, d’espèces d’arbre poussant rapidement ou très rapidement. Comme une sur-artificialisation


de la nature, ce nouveau genre de reforestation radicale a pour but d’utiliser la matière plantée. Une fois l’arbre arrivé à une maturité jugée suffisante, il te reste à le couper au niveau des autres souches, ce qui te permet de récupérer le bois à exploiter pour les micro-projets répartis ensuite sur le Rhône. Par cette opération, l’équation finale est nulle puisqu’on n’ajoute ni n’enlève rien au milieu. La souche, par essence naturelle cette fois, peut servir par la suite de support d’architecture comme le reste des autres plots. Cette opération induit un nouveau cycle contaminant du milieu, dans l’idée que la trame s’enracine réellement sur le site et laisse ses marques. Le processus d’enracinement est


cependant en connexion avec la nature déjà présente, ainsi la contamination est significative mais logique dans l’adaptation aux cycles de développement du milieu. acupuncture la radicalité de ce projet dépend des questions d’échelle de perception. Il en va de même pour l’idée de la violence. A l’échelle de l’urbain, l’intervention proposée est physiquement minime, elle prend la dimension d’une acupuncture, et c’est finalement tout l’intérêt : venir titiller, piquer à l’aiguille ultra fine des zones réceptives de l’espace de la ville afin de faire réagir, de provoquer, d’apaiser. Ce n’est pas un projet thérapeutique, dans le sens que


l’architecture ne t’es pas imposée comme dogme irréfutable -et elle ne devrait pas l’être. Elle te suggère simplement des modes de vies et d’habiter l’espace alternatifs. placebo En considérant l’impact réel sur l’humeur et le corps que peut avoir la conception architecturale d’un espace, on imaginerait te voir évoluer dans une architecture à caractère homéopathique. C’està-dire une réaction provoquée par la dilution d’un principe actif à l’infinitésimal. Pourquoi ne pas envisager des interventions sur le principe des trois dilutions relatif à cette branche de la médecine: dilutions basse, moyenne et haute,


qui correspondent respectivement au traitement de signes locaux -symptômes de courte durée-, généraux, puis d’un comportement général -état dépressif ? L’objectif serait de créer un véritable placebo architectural : placebo, du latin je plairai, qui déclencherait chez toi la sécrétion de l’hormone du plaisir liée à l’appréhension d’un espace. principe actif désigne la substance chimique qui, dans un médicament, possède un effet thérapeutique. Le terme médicament peut être aussi utilisé, par métonymie, pour désigner la substance active. Cependant, une substance active, en soi, peut être bénéfique ou nocive. Tout l’art de la pharmacologie est de


sélectionner les substances actives bénéfiques et de déterminer les doses appropriées. Le principe actif est généralement en très faible proportion par rapport aux excipients. Cela peut être une substance pure dont on connaît la structure chimique et qui est obtenue par des méthodes de synthèse chimique ou un mélange de plusieurs substances chimiquement proches ou encore une substance définie par son mode d’obtention. 30 000 • fin mais surtout debut si ce Projet de Fin d’Étude est fini, il ne représente pas une fin en soi. Considère-le comme la traduction architecturale et graphique, le propos contaminant


d’une théorie de l’approche physiologique, comportementale et environnementale de l’architecture. Il marque les prémisses d’une réflexion personnelle qui convoque plusieurs disciplines, de la sociologie, l’art en général, la philosophie, la psychologie, la médecine, et d’autres domaines désormais considérés comme complémentaires à l’art de la conception de l’espace. les petites choses guidé par l’idée folle que l’architecture est présente dans tous les éléments qui composent notre monde, car créée par nous, tous les corps des femmes et des l’homme, on conclura sur la beauté


de ses échelles. Si les micros-projets cités précédemment ne sont pas entièrement définis dans le projet global, ils y sont essentiels car accessibles, chamboulants, éphémères. Il nous est parfois amené à croire que ce ne sont que les grands gestes monumentaux qui mettent en échec la banalité et l’uniformisation de l’architecture. Mais tu découvriras peut-être que ce sont les petites choses, les simples actes spatiaux vertueux et répétés chaque jour qui tiennent à distance la neutralité et nourrissent un optimisme délirant.


guillaume dumont-malet contaminante •PFE


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