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La Mallette verte - Dossier pédagogique

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mallette verte

Un podcast de Perrine Sokal

Le dossier pédagogique

PARTIE I - La Mallette verte

PARTIE II - Ressources

PARTIE III - Activités

ANNEXES

Introduction

Introduction au dossier pédagogique

1. La Mallette verte

C’est quoi ?

La Mallette verte est une série documentaire en 8 épisodes réalisée en 2023 par Perrine Sokal, produite par le GSARA ASBL, avec le soutien du Fonds d’Aide à la création radiophonique de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

De quoi ça parle ?

Après la mort de son grand-père, Perrine Sokal et sa famille retrouvent une mallette verte. Elle renferme des documents d’archives qui vont les mener vers leur histoire familiale cachée et vers leur aïeul, Emil Sokal, un marchand d’art viennois et juif qui aurait sauvé des objets religieux des mains des nazis à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Les documents évoquent également l’épouse d’Emil, Maria Engel, décédée dans des circonstances suspectes. Perrine décide de partir sur les traces de ses arrière-grands-parents à l’histoire fascinante. Avec sa famille, le micro à la main, elle enquête entre Bruxelles, Vienne et Innsbruck, pour révéler l’histoire familiale, tout en explorant des pans méconnus de la Seconde Guerre mondiale.

Qui est Perrine Sokal ?

Je suis née à Bruxelles, j’ai étudié au Lycée Mater Dei et au Collège Saint-Michel, puis j’ai poursuivi ma formation en langues et littératures romanes à l’UCL, où j’ai appris à analyser les textes et les histoires, ainsi que la façon dont on les raconte. Ensuite, je me suis orientée vers la communication, c’est-à-dire notamment l’art de rendre des idées parfois complexes accessibles à tous. J’ai travaillé pour des agences et des entreprises, notamment dans le domaine de la santé, avant de créer ma propre agence de communication

Le projet du podcast est né en parallèle de mon travail en communication. J’ai commencé à écouter et à aimer les podcasts vers 2019. Ce format m’a immédiatement fait penser à mon histoire familiale, sur laquelle certains membres de ma famille avaient déjà enquêté, mais qui restait floue pour moi et méritait d’être mieux comprise. C’est ainsi que j’ai rencontré le GSARA, qui a accepté d’accompagner le projet, et que nous avons obtenu des soutiens financiers pour le réaliser.

Le podcast La Mallette verte est sorti en 2023. C’est un projet très personnel et profondément enrichissant. Je suis heureuse qu’il puisse aujourd’hui entrer dans les salles de classe, pour aider à comprendre une période tourmentée et complexe de l’histoire.

Vous pouvez retrouver le podcast sur les plateformes d’écoute habituelles :

L’outil pédagogique

La Coordination pédagogique Histoire et Mémoire de la Direction Citoyenneté, Mémoire, Démocratie de la Fédération Wallonie Bruxelles s’est associée avec MNEMA asbl, Centre Pluridisciplinaire de la Transmission de la Mémoire et le GSARA pour réaliser un dossier pédagogique. Le document est destiné aux enseignant· es désireux· ses de travailler sur les persécutions du régime nazi à partir du podcast La Mallette verte.

L’outil pédagogique propose des fiches d’activités à effectuer par groupes d’élèves, à partir des épisodes du podcast. En fin de dossier, une synthèse doit être réalisée sous la forme d’un mind mapping , répondant à une question de recherche globale et comportant une dimension évaluative.

Introduire l’outil auprès des élèves

L’outil pédagogique La Mallette verte invite les élèves à étudier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, en mettant particulièrement l’accent sur l’antisémitisme , la mise au pas et l’aryanisation instaurés par le régime nazi.

Les enseignant · es qui souhaitent aborder les thématiques avec leurs élèves peuvent débuter leur séquence à partir des connaissances du groupe : Que connaissez-vous de la Seconde Guerre mondiale ?

En avez-vous déjà parlé en famille ? Vos parents et grands-parents vous ont-ils raconté des histoires familiales, vécues par les générations précédentes, relatives à cette période ?

Lien

Dans nos rues, on trouve de nombreux monuments dédiés à cette période. Pouvez-vous en citer quelques-uns ? Avez-vous déjà visité un lieu dédié à la guerre ?

L’outil peut être présenté comme une enquête, réalisée par Perrine Sokal, sur l’histoire de son arrière-grand-père à l’époque, à partir d’une mallette retrouvée à la mort de son grand-père. L’enseignant · e annonce l’écoute du podcast - il est conseillé d’écouter au minimum les 6 premiers épisodes sur les 8. Des activités sont réalisées en classe à partir de deux supports : les épisodes écoutés à domicile et des fiches regroupant des documents à mobiliser pour enrichir les connaissances sur le sujet.

Comment ça fonctionne ?

Le dossier pédagogique est composé de 5 parties :

1. LA MALLETTE VERTE : cette section met à disposition des archives trouvées par Perrine Sokal lors de son enquête et liées au parcours d’Emil Sokal qui est au centre du récit. Contextualisées dans les épisodes du podcast, elles sont citées dans la partie “Activités” pour être mobilisées par les élèves afin de réaliser une recherche documentaire.

2. RESSOURCES : cette partie rassemble des documents complémentaires utiles à l’analyse de certains thèmes. Ils peuvent être mobilisés par l’enseignant·e en fonction des objectifs pédagogiques poursuivis, afin d’apporter des éléments de contexte sur la famille Sokal, la Seconde Guerre mondiale, les régimes totalitaires et la politique antisémite mise en œuvre par le régime nazi.

3. ACTIVITÉS : ce chapitre est organisé autour des différents épisodes du podcast et propose, pour chacun d’eux, des activités à réaliser après l’écoute de l’épisode correspondant. Pour cette partie, l’enseignant·e peut répartir les élèves en petits groupes et leur confier une ou plusieurs questions à traiter. Selon l’épisode, des documents issus de la mallette, ainsi que des articles et encadrés informatifs, sont mis à disposition pour aider les élèves à construire leurs réponses. L’enseignant·e choisit librement les documents et les questions sur lesquels il ou elle souhaite faire travailler la classe. À l’issue du travail en groupe, une mise en commun permet de partager les réponses et d’enrichir la réflexion collective. Les élèves sont ensuite invités à compléter la frise chronologique et le portrait d’Émil à partir des informations recueillies pour chaque épisode. Ces deux fiches se trouvent dans les annexes. Enfin, pour accompagner les élèves, les notions thématiques abordées dans le podcast sont expliquées dans le lexique figurant en fin de dossier.

4. SYNTHÈSE : En fin de parcours, l’enseignant · e peut réaliser une synthèse schématique sous forme de mind mapping pour reprendre l’ensemble des informations récoltées au cours des différentes étapes. La synthèse peut être construite à partir de la question de recherche globale suivante : « En quoi l’histoire familiale de Perrine Sokal, découverte à travers l’enquête autour de La Mallette verte , permet-elle de mieux comprendre les rouages du système nazi ? ». La frise chronologique et la fiche portrait d’Émil Sokal peuvent servir de point de départ pour cette tâche finale.

5. JE CRÉE MON PODCAST : la dernière tâche consiste à mener une interview, pour relier histoire individuelle et histoire collective. Les élèves peuvent interroger une personnalité de leur choix, selon les critères définis dans une fiche outil.

En pratique

Cible : 3 e degré du secondaire

Durée : les cinq parties du dossier sont à utiliser selon les besoins pédagogiques et les choix de l’enseignant·e, qui sélectionne documents et activités en fonction du temps disponible. Certains thèmes peuvent être approfondis, d’autres abordés plus brièvement. Une séquence de 50 minutes par épisode permet de réaliser l’ensemble des exercices, mais l’enseignant·e peut choisir seulement quelques questions pour réduire la durée. Une séquence de 50 minutes reste nécessaire pour la construction de la synthèse. La réalisation d’une interview enregistrée par les élèves peut être proposée comme travail à domicile, avec présentation ultérieure en classe.

Matériel :

• Le podcast : chaque activité indique le ou les épisodes du podcast à écouter. L’écoute est pensée, autant que possible, en amont de la séance, à domicile. Cela permet de consacrer le temps de classe à l’analyse collective, à la discussion ou à la mise en pratique.

• Les deux essentiels : dès la première leçon, la frise chronologique d’Emil Sokal et sa fiche portrait doivent être distribuées à chaque élève. Ces documents sont à compléter progressivement au fil des activités et servent de repères tout au long du parcours.

• Les documents de travail : l’exploitation du dossier nécessite l’impression des activités et des documents sélectionnés par l’enseignant·e, en fonction des épisodes écoutés. Chaque fiche précise les documents à mobiliser de La Mallette verte

• Le corrigé : le dossier pédagogique propose également une version corrigée des exercices demandés pour les différentes parties. Pour les enseignant es qui le souhaitent, une demande précisant le matricule peut être adressée au CiMéDé via l’adresse mail : cimede.info@cfwb.be

2. Objectifs pédagogiques

Cet outil pédagogique a été conçu dans une approche interdisciplinaire afin de mobiliser un large éventail de compétences issues de plusieurs champs d’apprentissage. Il s’appuie sur des thématiques historiques précises, telles que la montée du nazisme, le totalitarisme ou encore la mémoire des discriminations antisémites et du génocide, pour offrir aux élèves une lecture critique du passé, en lien avec les réalités du présent.

Les compétences mobilisées engagent les élèves dans une compréhension structurée de l’histoire, une réflexion sur les mécanismes sociaux et politiques, une approche critique de l’information, ainsi qu’une expression personnelle et créative, notamment par la production de contenus médiatiques.

Ce travail transversal articule ainsi les savoirs disciplinaires (histoire, formation économique et sociale, français, CPC, éducation aux médias et ECA) autour de trois grands axes :

☛ le développement de l’esprit critique,

☛ l’appropriation des savoirs historiques et sociaux,

☛ l’expression personnelle au sein d’une démarche citoyenne et culturelle.

Les compétences spécifiques par discipline sont détaillées ci-dessous.

Histoire

• Observer et interroger l’organisation des sociétés belges et européennes d’hier pour comprendre le présent, en reliant les réalités d’aujourd’hui aux moments clés de l’histoire qui les ont façonnés. Identifier les événements qui relèvent du totalitarisme.

• Assurer un socle commun de connaissances portant sur les étapes, les moments de rupture ou de continuité et les repères temporels fondamentaux qui permettent d’organiser une vision structurée et partageable de l’histoire. Connaître l’organisation du Troisième Reich, moment niant la démocratie au travers d’exemples de discriminations, persécutions, déportations et génocide. Dater des faits marquants liés à la période du Troisième Reich entre 1933 et 1945.

• Permettre d’acquérir des éléments d’une démarche historienne basée sur la structuration du temps et la compréhension du récit historique en pratiquant la critique des sources. Exploiter un document pour répondre à une question de recherche et critiquer celui-ci afin d’identifier les objectifs poursuivis par un témoin de l’histoire. Distinguer fait et opinion.

• Élaborer une synthèse répondant à une question de recherche sur base des informations relevées dans les documents.

Formation économique et sociale

• Comprendre les conséquences d’une crise économique sur le développement d’une société et la diffusion d’idéaux politiques.

• Donner du sens aux comportements et phénomènes sociaux observés et pouvoir se distancier des fausses évidences et des stéréotypes.

• Établir les rapports entre religion, pouvoir et société à un moment donné de notre histoire.

CPC

• Problématiser le concept de vérité : comparer différents témoignages et documents qui présentent des conceptions différentes de la vérité, distinguer ce qui relève de la certitude et du doute.

• Conceptualiser une idéologie anti-démocratique telle que le nazisme et exemplifier.

Français

• Rechercher l’information en naviguant dans un texte imprimé ou en écoutant des échanges d’avis.

• Résumer différentes données pour ne retenir que l’essentiel permettant de trouver l’information adéquate.

• Défendre une opinion par écrit ou oralement sur base des informations recueillies et analysées en groupe.

• Se positionner dans le champ culturel par la production de son propre objet, à partir des critères de création découverts.

Éducation aux médias et ECA

• Fréquenter : appréhender une œuvre culturelle, cultiver sa sensibilité et son plaisir dans la rencontre.

• Pratiquer : concevoir et réaliser son podcast.

• S’approprier : mobiliser les savoirs et expériences acquis lors de la découverte du podcast pour concevoir son propre objet. Connaître les techniques de réalisation.

• Questionner une œuvre : qu’ai-je vu, entendu et que faut-il retenir ?

• Apprentissage de l’expression et de la communication par les médias : réflexion sur les procédés utilisés pour produire de la compréhension et de l’émotion chez l’auditeur. Mise en évidence des spécificités du support et de son contexte de création, des caractéristiques des intervenant·es et des idées retenues par l’autrice.

• Développer une pensée autonome et critique en identifiant les droits fondamentaux des individus et en exerçant son jugement à partir de différentes informations.

Remerciements

La réalisation du dossier pédagogique accompagnant le podcast La Mallette verte n’aurait pas été possible sans l’engagement conjoint de nombreuses personnes et institutions.

Tout d’abord, merci à Olivier Grinnaert, du GSARA de Bruxelles, pour avoir proposé à MNEMA asbl et à la Direction Citoyenneté, Mémoire, Démocratie (CiMéDé) de la Fédération Wallonie-Bruxelles de travailler conjointement à l’élaboration de ce dossier pédagogique. Merci pour son travail de rédaction concernant la partie consacrée aux médias, et le suivi constant du projet.

Un très grand merci à Perrine Sokal, dont l’initiative, l’aide aux recherches et à la réflexion, la confiance ainsi que le soutien ont été essentiels à la rédaction du dossier pédagogique.

Un merci tout particulier à Alice van Dalen et Claire Jouve, chargées de missions à la Coordination pédagogique Histoire & Mémoire de la Direction CiMéDé. Leur travail de recherche et de rédaction des parties pédagogiques a permis de construire le contenu du dossier.

Merci également à Jennifer David, chargée de projet pour MNEMA asbl – Centre Pluridisciplinaire de la Transmission de la Mémoire, pour la rédaction rigoureuse et la mise en forme pédagogique des contenus.

La relecture et la vérification des contenus ont été assurées par des spécialistes disposant d’une expertise solide sur les thématiques abordées dans les contenus pédagogiques de ce dossier. Nous tenons à remercier Sophie Milquet, chercheuse à la Fondation de la Mémoire Contemporaine et Ina van Looy, directrice du programme « La haine, je dis NON ! » du Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind (CCLJ), pour leur lecture attentive et leurs conseils avisés.

Merci également à Lara Lombard, déléguée communication chez MNEMA asbl, pour sa contribution précieuse dans la relecture.

La Fondation Auschwitz ASBL et Les Territoires de la Mémoire nous ont autorisés à diffuser leurs outils. Nous leur en sommes reconnaissants•es.

Nous adressons enfin nos remerciements à toutes les autres personnes, départements et partenaires qui, de près ou de loin, ont soutenu ce projet — ainsi que la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont l’appui institutionnel a rendu possible la concrétisation de ce dossier pédagogique.

PARTIE I La mallette verte

1. Contenu de la mallette verte

Doc n°1 - Photo. La mallette verte © Perrine Sokal / coll. privée Lien
Doc n°2 - Laissez-passer. Gérard-Helge Sokal. 1939
© Perrine Sokal / coll. privée Lien
Doc n°3 - Faire part du décès d’Emil Sokal. Boussu, 28 juin 1953 © Perrine Sokal / coll. privée. Lien

Doc n°4 - Certificat de mariage entre Emil et Sokal et Maria Engel 24 décembre 1919 © Perrine Sokal / coll. privée Lien

Doc n°5 - Décoration de guerre (“Croix de fer”) Emil Sokal. 1918 © Perrine Sokal / coll. privée Lien

Doc n°6 Partie 1

Lettre d’Emil Sokal pour l’Administrateur à la Sûreté publique de Belgique. Bruxelles, 2 octobre 1944 © Perrine Sokal / Archives générales du Royaume

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Doc n°6 Partie 2

Lettre d’Emil Sokal pour l’Administrateur à la Sûreté publique de Belgique. Bruxelles, 2 octobre 1944 © Perrine Sokal / Archives générales du Royaume

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n°7 Partie 1

Lettre de Gunther Brubaum (Entr’aide autrichienne) adressée au Ministre de la Justice belge. Bruxelles, le 19 juillet 1939 © Perrine Sokal / Archives générales du Royaume réf. n°A343436

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Doc

Doc n°7 Partie 2

Lettre de Gunther Brubaum (Entr’aide autrichienne) adressée au Ministre de la Justice belge. Bruxelles, le 19 juillet 1939 © Perrine Sokal / Archives générales du Royaume réf. n°A343436

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Doc n°8 - Avis de décès de Maria Sokal. 55 juin 1939. Traduction FR automatique Google.
© Perrine Sokal / Archives générales du Royaume

[...] En 1932, Gilbert Franz Bauhofer, directeur du monastère de Wilten, fut transféré en tant que prêtre à Tulfes-Rinn et laissa à son successeur, l’abbé Alois Leitner, un héritage empoisonné : une terrible montagne de dettes.

[...] Face à l’urgence de régler les dettes de l’abbaye, qui s’élevaient à un quart de million de Schilling, le prieur Leitner chercha une solution. L’abbaye de Wilten n’était pas la seule à connaître des difficultés financières à l’époque : l’abbaye bénédictine de Lambach, en Haute-Autriche, fut d’ailleurs déclarée en faillite.

[...] L’abbé de Saint-Pierre de Salzbourg mit en relation l’abbaye de Wilten avec un marchand d’art du nom de Sokal, un homme d’affaires juif d’Amsterdam. La lettre adressée au gouverneur du Tyrol, reproduite le 11 octobre 1937, dans un quotidien régional, relate qu’une vente des trésors artistiques de l’abbaye de Wilten était envisagée.

[...] Le musée Ferdinand d’Innsbruck acquit plusieurs tableaux provenant de l’abbaye, tandis que la Galerie St. Lukas de Vienne fut contactée pour l’achat d’un grand panneau représentant l’adoration des mages, œuvre du peintre de la cour Max Reichlin. Le Kunsthistorische Museum de Vienne acheta le tableau de la Crucifixion du Christ datant des environs de 1410, ainsi que le calice de l’abbaye de Wilten pour la somme de 470.000 Schilling. Ce fut un moment douloureux, car le calice représentait le trésor le plus précieux abrité à Wilten depuis sept siècles.

Le dimanche 24 octobre 1937, l’abbé Alois Leitner et le prieur Heinrich Pregenzer se

rendirent en train à Vienne, accompagnés de Monsieur Sokal et de Schatzker de la Galerie St. Lukas. Le calice était emballé discrètement dans un sac à dos. À leur arrivée, malgré l’heure tardive, ils se rendirent au Kunsthistorische Museum de Vienne où le directeur les attendait déjà.

Là, le calice de Wilten fut échangé contre une copie si semblable qu’on aurait pu s’y tromper, comme le documente la remise de l’objet. 150.000 Schilling furent donnés lors de cette remise. Le reste de la somme d’achat, soit 320.000 Schilling, devant être versé dans les six mois.

Début 1938, la situation politique en Autriche devenait de plus en plus menaçante. L’abbaye de Wilten insistait pour que le solde de 320.000 Schilling soit versé, mais en vain.

Puis vint le jour noir pour l’Autriche : le 13 mars 1938. Les événements se précipitèrent. Le chancelier Schuschnigg fut contraint à la démission par Hitler. Les troupes allemandes envahirent le pays et les nazis prirent le pouvoir.

Le monastère avait peur du montant qui restait à rembourser. L’abbé envoya immédiatement le gérant du moulin, Ludolf Parigger, à Vienne. Bien qu’à Vienne tout soit sens dessus dessous, il réussit à obtenir le paiement, à part une petite somme restante, du montant d’achat du calice. Rayonnant de joie, Monsieur Ludolf Parriger put remettre la somme sauvée à l’abbé.

Doc n°9 - Heinrich Pregenzer, La deuxième suppression de l’abbaye de Wilten (de 1939 à 1945), extrait © Abbaye de Wilten - Perrine Sokal Traduction FR par Lucille Nelles. Lien

À Monsieur le camarade du parti Erwin Osel

Conformément au § 1, alinéa 1, de la loi du 13 avril 1938 concernant la nomination d’administrateurs provisoires et de personnes chargées de la surveillance provisoire, je vous nomme par la présente administrateur provisoire pour les entreprises suivantes :

• Süß Siegfried, agence commerciale, Baden, Braitnergasse 53

• Schallinger Benno, agence commerciale, Baden, Mühlgasse 1

• Teltscher Siegfried, cuir, accessoires pour chaussures, Baden, Rainergasse

• Unger Josef, commerce de marchandises diverses, Baden, Wassergasse 3

• Sokal Emil, tapis, antiquités, Baden, Antonsgasse 19

Vous devez exercer votre fonction conformément aux instructions de service émises.

Heil Hitler !

Le Commissaire d’État à l’économie privée

En réponse à votre lettre Z 5441/Re/Schk du 16 janvier 1939, je vous informe :

que l’entreprise Emil Sokal, Baden, Antonsgasse 19, qui m’avait été confiée pour administration provisoire, a déjà été, comme déjà signalé à l’époque, retirée de toute surveillance, car Emil Sokal ne possède ni commerce ni entrepôt.

Il était uniquement intermédiaire commercial pour des antiquités et travaillait à l’époque principalement avec l’étranger.

J’ai immédiatement rendu mon mandat après ma nomination au représentant de l’Office économique du district de Baden.

Je n’ai perçu aucun honoraire pour l’administration.

Doc n°10 - Document d’aryanisation des biens d’Emil Sokal (version originale et version traduite)

© Perrine Sokal Lien

2. Podcast ?

Né courant des années 2000, le terme de podcast désigne des fichiers d’écoute audio disponibles à la demande sur internet. Majoritairement écoutés grâce à des systèmes portatifs (les smartphones ayant aujourd’hui remplacé les iPods), ils sont souvent appréciés par leur auditorat lors de trajets assez courts, d’où leur commune fragmentation en épisodes courts, comme c’est le cas pour La Mallette verte

La popularité des podcasts a explosé conjointement à l’arrivée de la technologie du flux RSS, qui permet aux utilisateur·rice·s, via un simple clic ou like en guise d’abonnement, l’écoute immédiate ou le téléchargement automatique d’émissions audio. Ainsi, à la manière d’une chaîne YouTube à laquelle l’utilisateur rice est abonné e, il ou elle est mis e systématiquement au courant de la parution du nouvel épisode de son podcast favori et peut l’écouter à n’importe quel moment.

On note aussi que ce format a eu son importance lors de la libération de propos féministes suite à l’ampleur prise par le mouvement #metoo lors de la 2e moitié des années 2010 (l’un des podcasts les plus populaires du monde francophone, Les Couilles sur la table , déconstruit les masculinités contemporaines).

À l’instar de Perrine Sokal, l’autrice de La Mallette verte , beaucoup de créateurs sont d’ailleurs des créatrices. De même, on peut observer dans la première moitié des années 2020 que 80 % des auditeurs de podcasts sont en fait des auditrices.

Si la création d’un podcast est relativement peu exigeante en termes de matériel, il n’en reste pas moins que le médium a ses propres codes et ses usages. Par conséquent, se lancer dans sa réalisation nécessite temps et réflexion. Il ne s’agit pas de tout enregistrer n’importe comment, auquel cas le résultat risque malheureusement d’être très peu exploitable, tant en termes d’audition que de montage. Ainsi, pour la réalisation de son œuvre, Perrine Sokal s’est entourée de professionnels reconnus. Les exercices de ce livret sont destinés à éveiller à l’écoute active et à donner aux élèves des clés pour réaliser leur propre interview.

Le podcast historique jouit également d’une certaine popularité, qu’il soit abordé sous l’angle de l’enquête documentaire à la première personne (à l’instar de La Mallette verte ), de la fiction (avec des comédiens nes jouant des scènes écrites, inspirées de faits réels), ou d’un documentaire plus classique, par exemple rythmé par la voix d’un narrateur externe (dite voix off). Ce phénomène relève de l’« Histoire publique » : des contenus produits en dehors du cadre strictement universitaire, avec l’objectif de la rendre accessible, compréhensible et utile au grand public.

Ici, c’est par l’entremise d’un mode de narration populaire (l’enquête) et le choix d’un récit à la première personne (Perrine livre ses interrogations et émotions, visant à créer une intimité avec son auditorat), que des connaissances historiques sont transmises. Une autre manière d’apprendre, fiable pour peu que le travail de l’émetteur du message soit sérieux !

3. Résumés des épisodes

Épisode 1 : Le secret de mon grand-père (11 min.)

Depuis toujours, mon nom de famille, Sokal, a suscité la curiosité. C’est le nom d’une ville en Ukraine, la ville de mes ancêtres. Et pourtant, je ne sais rien de ces origines. Mon grand-père, Gérard Sokal, est arrivé en Belgique en 1939 en provenance d’Autriche. Il a toujours été très secret sur son passé, malgré les questions sur notre histoire familiale. Mais après sa mort en 2009, nous avons découvert une mallette verte remplie d’archives familiales. Les archives de la mallette verte me feront découvrir un ancêtre fascinant : mon arrière-grand-père, marchand d’art juif à Vienne : Emil Sokal. Intriguée, je décide de partir sur un jeu de piste vers mes origines familiales.

Notions  : la construction identitaire, Première Guerre mondiale, Axe, Alliance, Croix de fer, Empire austro-hongrois, Deuxième Guerre mondiale, nazisme, Shoah, enquête historique et familiale.

Épisode 2 : La lettre d’Emil (16 min.)

Dans la mallette verte, je trouve une lettre de mon arrière-grand-père, Emil Sokal, qui dévoile son histoire et ses conflits avec les nazis.

Pour en savoir plus sur cet ancêtre fascinant, je rends visite à sa belle-fille, Marie-Thérèse, toujours vivante. Je découvre qu’Emil, autrefois un marchand d’art prestigieux avec une galerie à Vienne, a dû vendre ses œuvres pour survivre à Bruxelles.

Barbara Dickschen, de la Fondation de la Mémoire contemporaine, met également en lumière les circonstances historiques et les dures réalités pour les Juifs et les réfugiés politiques en Belgique pendant la guerre.

Mais la lettre d’Emil soulève d’autres questions. Emil écrit notamment qu’il a été poursuivi par la Gestapo parce qu’il a aidé l’Église. Mais pourquoi ? Un membre de la famille, Manu, a pu le découvrir.

Notions  : Anschluss, Totalitarisme, Nuit de Cristal, Aryanisation, Lois de Nuremberg, Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale, ordonnances anti-juives, STO.

Episode 3 : Les Archives générales du Royaume (13 min.)

D’autres membres de la famille, comme Manu, ont également été captivés par l’histoire d’Emil. Grâce à un numéro de dossier laissé dans la lettre d’Emil, Manu a visité les Archives générales du Royaume et découvert des documents cruciaux.

Mon frère Guillaume et moi décidons de faire pareil, et nous visitons les Archives générales du Royaume pour trouver le dossier d’immigration d’Emil. Nous découvrons qu’Emil était un marchand d’art éminent d’objets catholiques et qu’il a joué un rôle vital dans la sauvegarde d’un calice de grande valeur artistique en le vendant au Kunsthistorische Museum de Vienne. C’était la raison, a-t-il affirmé, pour laquelle il devait fuir les nazis et demander l’asile politique en Belgique. Le dossier que nous découvrons aux Archives générales du Royaume révèle également les circonstances mystérieuses entourant la mort de mon arrière-grand-mère Maria. Ces révélations

conduisent à d’autres questions et à une mission urgente à Vienne pour trouver le calice controversé en question.

Notions  : Archives générales du Royaume, histoire collective.

Episode 4 : Le calice (15 min.)

Pour aller plus loin dans nos recherches, ma famille m’accompagne à Vienne.

Emil est né en 1891 à Lviv. Son voyage reflète celui de nombreux Juifs de Galicie : après la Première Guerre mondiale, beaucoup de Juifs ont déménagé à Vienne pour échapper aux persécutions. Là, Emil a décidé de se convertir d’ingénieur chimiste en marchand d’art bien connu, spécialisé dans l’art religieux catholique. Nous localisons le calice au Kunsthistorische Museum. Cette relique particulière est l’un des objets précieux du musée, un exemple important de l’art d’orfèvrerie romane dans le monde.

Cependant, le conservateur du musée, Franz Kirchweger, affirme que l’implication d’Emil dans la vente était minime et conteste les allégations d’ingérence nazie, suggérant qu’Emil aurait peutêtre exagéré son rôle dans la vente pour obtenir un visa belge.

Cette nouvelle information remet en question notre image d’Emil en tant que héros et attise encore plus ma curiosité. L’abbaye de Wilten, qui a vendu le calice, fournit la prochaine piste dans mon enquête.

Notions  : Führermuseum , art dégénéré, pogrom, les Juifs de Vienne.

Episode 5 : Tempête sur les monastères (16 min.)

Je me rends à Innsbruck dans le Tyrol pour enquêter sur les affirmations de mon arrière-grandpère Emil Sokal concernant son implication dans la vente d’un calice au Kunsthistorische Museum de Vienne.

Dans les archives de l’abbaye de Wilten, l’archiviste Myriam Trojer et moi-même trouvons les mémoires d’un prieur confirmant le rôle d’Emil en tant que médiateur dans la vente, y compris la remise au Kunsthistorische Museum de Vienne.

À l’époque, l’abbaye avait un besoin urgent de fonds pour payer ses travaux de rénovation. Mais il y avait probablement une raison bien plus importante pour la vente : cette œuvre d’art précieuse devait être sauvée des mains des nazis. La vente du calice a été finalisée juste avant que les nazis ne prennent le pouvoir, avant l’opération Klostersturm , qui était hostile aux institutions catholiques allemandes dont l’abbaye de Wilten.

Ces découvertes confirment le rôle non négligeable d’Emil dans la protection du calice et l’aide à l’abbaye.

Le chapitre sur Emil est presque terminé. Il est maintenant temps de sonder un autre mystère : la mort soudaine de son épouse Maria, laissée derrière lui alors qu’il était déjà à Bruxelles.

Notions  : opérations “Tempête sur les monastères” ( Klostersturm) et “mise au pas” ( Gleichschaltung ), camp de concentration de Dachau.

Episode 6 : Maria (21 min.)

De retour à Vienne avec ma famille, nous lisons les journaux de Maria, mon arrière-grand-mère. La lecture offre un aperçu de sa vie avec Emil et leurs enfants dans les années 1920 : la dernière fête de Noël, une nouvelle maison... Dès l’arrivée d’Emil à Bruxelles, il essaie de faire venir sa famille, mais les visas sont refusés. Peu de temps après, Maria est expulsée de leur maison et placée à l’hôpital psychiatrique Am Steinhof. Elle y meurt dans des circonstances inconnues, laissant ses trois enfants derrière elle, y compris mon grand-père. L’historienne Sabine Wieber m’aide à comprendre le dossier médical de Maria à la lumière de l’histoire de l’hôpital Am Steinhof. La mort tragique de Maria survient juste avant le début du programme Aktion T4, soulignant la négligence systémique et inhumaine de l’époque dans des institutions hospitalières surpeuplées.

Contre toute attente, inséré dans le dossier médical de Maria, nous découvrons un article de journal découpé qui révèle des informations embarrassantes. En effet, l’article mentionne un procès lors duquel Emil est accusé de vente de faux tableaux.

Notions  : AktionT4 , péritocide, le cas d’Aloisia Veit, l’hôpital de Am Steinhof.

Episode 7 : Les faux tableaux (17 min.)

Je découvre des informations troublantes sur mon arrière-grand-père Emil Sokal : il aurait été impliqué dans la vente de faux tableaux. Le procès commence en novembre 1937 et se poursuit jusqu’en 1939. Serait-ce là sa véritable raison de fuir l’Autriche ?

Emil est accusé de faire passer des peintures de Koloman Moser pour celles de Ferdinand Hodler, un artiste de plus grande renommée, les deux artistes partageant un style similaire. La culpabilité d’Emil est difficile à déterminer, mais l’historienne Lucy Coatman découvre des preuves de l’implication d’Emil dans des ventes illégales d’art, en particulier d’objets religieux provenant de monastères. Plusieurs des articles de journaux sur le procès contiennent des connotations antisémites qui auraient pu influencer les accusations. Néanmoins, ces découvertes suggèrent un comportement douteux de la part de mon aïeul. En 1939, juste avant le verdict le déclarant coupable, Emil s’échappe en Belgique. A-t-il fui pour échapper à la justice et à sa peine d’emprisonnement ? À cause de la vente du calice ? En tant que Juif ? Était-il un héros ou un imposteur ?

Episode 8 : Epilogue (18 min.)

Benoît Sokal est mon oncle, fils de Gérard Sokal. Il était dessinateur de bandes dessinées et développeur de jeux vidéo. C’est lui qui a découvert la mallette verte après la mort de mon grandpère. Il en a été captivé à tel point que cela l’a inspiré pour son nouveau jeu vidéo, « Syberia : Le monde d’avant ». Peu avant de mourir, Benoît a partagé ce qu’il savait d’Emil, suscitant ma curiosité et stimulant ma quête.

Tandis que Benoît a laissé libre cours à son imagination à partir des éléments historiques, j’ai voulu pour ma part creuser reconstituer les faits historiques. À travers mes recherches, les archives facilement disponibles, et l’aide de membres de la famille et d’historiens, j’ai découvert la vie complexe d’Emil. Mais il reste de nombreuses interrogations, et je ne peux que faire des suppositions. En tentant de localiser la tombe d’Emil dans un cimetière belge, je réalise que trouver “LA” vérité est peut-être impossible, mais que ma quête de racines compte finalement plus encore.

PARTIE II RESSOURCES

1. Cartes évolutives

Evolution géopolitique de l’Europe centrale entre 1870 et 1946

L ' E U R O P E E N 1 9 1 4

L’évolution géographique de l’Europe centrale entre 1870 et 1946 est marquée par des bouleversements majeurs, dus à la chute des Empires, aux guerres mondiales et aux traités qui ont redessiné la carte du continent.

Carte 1 Avant 1914 : l’Europe centrale est dominée par des Empires

PUISSANCES ALLIÉES EMPIRES CENTRAUX

Lien

Carte 2 : Après 1919 : redécoupage de l’Europe

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RÉPUBLIQUE DE WEIMAR (ALLEMAGNE)

Carte 3 : L’Europe avant la Seconde Guerre mondiale

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© w w w. a t l a s - h i s t o r i q u e . n e t

SUISSE

BULGARIE

GRÈCE

TURQUIE

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ESTONIE

Carte 4 : L’Europe après 1945

FINLANDE

TURQUIE

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© w w w. a t l a s - h i s t o r i q u e . n e t 1 0 0 0 k m

2. Généalogie de la famille Sokal

Emil SOKAL

Naissance : 21.10.1891, à Lviv, Pologne

Décès : 28.06.1953, Boussu, Belgique

Heinz SOKAL (Henri)

08.09.1921 — 1989

Renelde NIZET 1925 — 2023

Emmanuel (Manu) SOKAL

Catherine SOKAL +1

+2

Maria ENGEL

Naissance : 02.12.1891, à Vienne, Autriche

Décès : 05.07.1939, Vienne, Autriche

Raul SOKAL (Raoul)

07.07.1923 — 2009

Marie-Thérèse CULOT 1927 — 2024

Anne SOKAL

+4 +2

Benoît SOKAL

Helge SOKAL (Gérard) 01.07.1927 — 2009

Anne-Marie VERBOOMEN 1927 — 2015

Geneviève SOKAL

Étienne SOKAL

Perrine SOKAL

+2

Guillaume SOKAL

3. Thème général - Introduction au totalitarisme

Activité histoire : recherche documentaire

Définition d’un régime totalitaire

Dans les années 1950, six critères furent généralement admis par les politologues pour caractériser un régime totalitaire :

• une idéologie officielle,

• un parti unique conduit par un dictateur [culte de la personnalité],

• un contrôle policier,

• une organisation de la propagande,

• la concentration des forces entre les mains de l’Etat. […]

• [En Allemagne nazie] la notion d’ « Etat total » implique d’abord celle de Gleichschaltung , de mise au pas : « Par là, il faut entendre d’abord la mise hors circuit des forces politiques et parlementaires. Ensuite l’intégration forcée (la mise au pas donc) de l’ensemble des forces politiques, culturelles et économiques au sein du système étatique ». Gleichschaltung que Goebbels évoque dans un discours le 1 er juillet 1933 : « C’est un pas vers l’État total, qui dans l’avenir ne peut plus former qu’un parti, qu’un peuple qu’une idéologie ».[...]

BOVY, D. Dictionnaire de la barbarie nazie et de la Shoah , Collection Voix de la Mémoire Les Territoires de la Mémoire, Liège : Éditions Pire. 2007. p.377

1. Sur base de la définition d’un régime totalitaire page 34, relevez dans les documents n°1 à 5 (page 37 à 40) les éléments caractérisant le régime totalitaire nazi.

1 ère colonne : relevez les caractéristiques générales d’un régime totalitaire.

2 ème colonne : relevez les caractéristiques totalitaires du régime nazi.

3 ème colonne : indiquez le s numéro s du des document s utilisé s pour trouver la réponse.

Caractéristiques d’un régime totalitaire

Régime nazi doc n°

2. Exercice de synthèse :

« Tout dans l’État, rien en dehors de l’État, rien contre l’État. »

MUSSOLINI, Benito. Discours à la Chambre des Députés italiens (Extrait), 9.12.1928.

Expliquez pourquoi ce slogan est applicable au régime nazi. En conclusion de votre réponse, comparez un régime totalitaire à un régime démocratique du point de vue des droits de l’individu, de sa vie privée, de ses obligations liées à l’Etat et inversement le rôle que l’Etat a vis-à -vis de ses citoyen nes.

Corpus de documents

Document 1 :

Biographie d’Adolf Hitler

Né en 1889 en Haute Autriche à Braunau dans une famille modeste. Adolf Hitler se rend à Vienne où il est refusé à l’Ecole des Beaux-Arts. Réformé en Autriche, il s’engage en 1914 dans un régiment bavarois. Blessé et gravement gazé en 1918, il est temporairement aveugle. Il recevra la Croix de Fer comme reconnaissance de son engagement dans le conflit. Il est particulièrement marqué par la défaite allemande et s’engage en politique dès 1919 en adhérant au DAP (Parti ouvrier allemand). En 1920, le DAP devient le parti du Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (NSDAP ou nazi). Hitler en prend rapidement la direction et rédige son programme en 25 points. Il est hostile à la République de Weimar proclamée à la fin de la guerre qui met fin à l’existence de l’Empire allemand. En 1923, il échoue dans un coup d’État (le putsch de la Brasserie) et est incarcéré deux ans à la prison de Lansberg. Pendant son incarcération, il rédige Mein Kampf (Mon combat) dans lequel il présente sa conception du monde et son programme politique : un antisémitisme profond; la volonté que l’Allemagne règne sur le monde par la violence et la suprématie d’un chef (le Führer ). Progressivement, Hitler élimine ses opposants y compris au sein même du NSDAP, il s’oppose au Traité de Versailles considéré comme un diktat et vise le redressement économique de l’Allemagne soumise aux sanctions internationales pour en faire une grande nation qui pourra conquérir son « espace vital » (le Lebensraum ).

Il dote le parti d’un journal de propagande (le Volkischer Beobachter - 1920), d’une milice (la SA - Sturmabteilung - sections d’assaut - 1921) et d’une garde d’honneur (la SS- Schutzstaffel - brigade de sécurité - 1925).

La crise économique de 1929 et ses conséquences en Allemagne vont favoriser une ascension fulgurante du NSDAP.

En janvier 1933, Hitler devient chancelier, impose un parti unique en juillet et obtient les pleins pouvoirs en 1934, à la mort du président Hindenburg.

Progressivement, grâce à la propagande, le contrôle médiatique, le culte de la personnalité et l’endoctrinement de la jeunesse ( Hitlerjugend ), Hitler prend le contrôle de la société allemande, met en place les mesures antisémites, emprisonne ses opposants et commence sa politique de conquête.

Ses bras droits sont entre autres : Hermann Göring, le numéro 2 du III e Reich (ministre-président de Prusse, ministre de l’aviation, commandant en chef de la Wehrmacht)  ; Heinrich Himmler (ministre de l’Intérieur, chef de la Gestapo, chef de la SS), il est l’un des principaux planificateurs de la “Solution finale” ; Joseph Goebbels, ministre de l’Education et de la Propagande.

Document 2 :

La vision politique d’Hitler : « Ein Volk, Ein Reich, Ein Führer »

EIN VOLK (UN PEUPLE)

Carte postale. Coll. privée

Joie à l’occasion du 5 e Congrès national de “La force par la joie” (KdF)* Hambourg. 1939.

L’Anschluss exaltant. Char de la Grande-Allemagne. Un peuple, un Empire, un chef Broschek (éditeur) © Wikimedia commons

*KdF : Organisation nazie visant à encadrer les loisirs des travailleurs·euses allemand·es.

Lien

Le Volk est le peuple allemand prétendument « aryen ». Les « races » coexistent mais une seule doit dominer le monde : la « race aryenne », homogène, pure, supérieure aux autres. L’objectif est de créer une « communauté nationale » ( Volksgemeinschaft ) débarrassée de toute « impureté raciale » en développant une politique nataliste (favoriser la naissance des « aryens »), en interdisant le métissage (mélanges « raciaux ») et en prenant des mesures eugéniques (élimination des handicapés, des vieillards, stérilisation des malades incurables, …). Les Juifs, les Roms, les Slaves, les personnes handicapées, les homosexuels et d’autres groupes sont exclus de ce Volk . Dans les camps de concentration, les prisonniers sont catégorisés en fonction des groupes identifiés par les nazis par des triangles de couleur (par exemple : Juif, Rom, communiste, homosexuel, …). Hitler met progressivement en place des lois antisémites dont les Lois de Nuremberg qui vont mener à l’extermination des Juifs en les exécutant par balle ou en les éliminant dans les centres de mise à mort.

EIN REICH (UN EMPIRE)

Tous les territoires germanophones doivent, selon Hitler, être réunis dans le Reich (Empire allemand) sous une seule autorité. Cette politique conquérante est justifiée par la nécessité de posséder un Lebensraum (« espace vital »), indispensable à l’épanouissement de la « race supérieure » et à la domination durable du monde, et de mettre en place un régime économique autarcique capable de subvenir aux besoins du Reich. Hitler rêvait d’un Reich qui durerait mille ans.

EIN FÜHRER (UN GUIDE)

L’Etat est soumis à un chef unique, Adolf Hitler, dont le pouvoir est sans limite : il dirige l’Etat, dicte les lois et on lui doit obéissance. Le culte du Führer est central car il est présenté comme l’incarnation de la volonté du peuple allemand, l’expression sublimée de la Nation, de la « Race » et de l’Etat. Toute opposition est considérée comme une trahison.

Document 3 :

Programme politique, 25-Punkte-Programm, du Parti ouvrier allemand (DAP) proclamé le 24 février 1920 à Munich. (Extrait).

[…] 1. Nous exigeons la constitution d’une Grande Allemagne, réunissant tous les Allemands sur la base du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

2. Nous exigeons l’égalité des droits du peuple allemand au regard des autres nations, l’abrogation des traités de Versailles et de Saint-Germain […].

3. Nous exigeons de la terre et des colonies pour nourrir notre peuple et résorber notre surpopulation.

4. Seuls les citoyens bénéficient des droits civiques. Pour être citoyen, il faut être de sang allemand, la confession importe peu. Aucun Juif ne peut donc être citoyen.

5. Les non-citoyens ne peuvent vivre en Allemagne que comme hôtes, et doivent se soumettre à la juridiction sur les étrangers. […]

Document 4 :

Discours d’Adolf HITLER au Palais des sports de Berlin, 26 septembre 1938. (Extrait).

« Allemands !

Camarades du peuple ! […]

Il ne doit plus y avoir de doute pour le monde : maintenant, il n’y a plus de leader ou d’homme qui parle, maintenant c’est le peuple allemand qui parle !

Si je suis maintenant le porte-parole de ce peuple allemand, je sais qu’à cette seconde, ce peuple fait de ces millions d’habitants s’accorde mot pour mot à mes paroles ! Faites-en fermement le serment ! […]. »

Contexte : Ce discours d’Adolf Hitler a pour objectif de galvaniser la foule pour qu’elle adhère à sa volonté de rattacher la région germanophone tchécoslovaque des Sudètes au Grand Reich Il est prononcé 6 mois après l’Anschluss et répété quelques jours avant les Accords de Munich

Document 5 :

Discours d’Adolf HITLER à Reichenberg (Sudètes) le 4 décembre 1938

Rassemblement du Parti nazi, septembre 1934. Adolf Hitler et Baldur von Schirach. Arena Stadium de Nuremberg avec les Jeunesses hitlériennes © National Digital Archives via Wikimedia Commons.

Lien

« Notre jeunesse n’apprend rien d’autre qu’à penser Allemand, à agir en Allemand. Et quand ces enfants entrent dans notre organisation, à l’âge de dix ans, sentir pour la première fois de leur vie un peu d’air frais, eh bien, quatre ans plus tard, ils entrent dans les Jeunesses hitlériennes, où nous les gardons encore quatre ans. Ensuite, il n’est pas question de les restituer à leurs bons vieux parents et maîtres, nous les intégrons directement dans le Parti, dans le Front du travail, dans la SA ou la SS […] et si, après un an et demi ou deux ans supplémentaires, ils ne sont pas devenus pleinement des nationaux-socialistes, ils vont au service du travail et on les y polit pendant six ou sept mois, sous le symbole de la pelle. Et tout ce qui demeure après ces six ou sept mois, de conscience de classe ou de préjugés de caste, c’est la Wehrmacht (l’armée) qui s’en charge, pendant deux ans. Et quand ils reviennent, on les prend dans la SA ou la SS, etc. […] pour qu’ils ne retombent pas dans les vieux travers, ils ne seront plus jamais libres, leur vie entière ».

Pour en savoir plus sur le sujet se référer à : Une jeunesse pour la guerre : la Hitlerjugend (19221945) Le Mouvement Social, 261 (4), de L. Pine (2017). pp. 81-92. Lien vers l’article

4. Thème général - Introduction à l’antisémitisme en Allemagne avant et pendant la Seconde Guerre mondiale

Activité histoire : recherche documentaire

Montrez l’évolution des mesures antisémites prises par le régime nazi en Allemagne avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.

Document 1 : HITLER, Adolf. Mein Kampf , 1925. (Extrait).

« Les faits à la charge de la juiverie s’accumulèrent à mes yeux quand j’observai son activité dans la presse, en art, en littérature et au théâtre. […]

C’était une peste, une peste morale, pire que la peste noire de jadis, qui, en ces endroits, infectait le peuple. Le Juif n’est pas un Allemand, je le savais définitivement pour le repos de mon esprit. Je connaissais enfin le mauvais génie de notre peuple. […]

Le jeune Juif aux cheveux noirs épie pendant des heures, le visage illuminé d’une joie satanique, la jeune fille qu’il souille de son sang […].

Ainsi cherche-t-il à abaisser systématiquement le niveau des races en empoisonnant constamment les individus […].

La perte de la pureté du sang abaisse l’homme pour toujours. Les peuples qui se métissent ou se laissent métisser pèchent contre la volonté de l’éternelle Providence et leur chute n’est pas imméritée ».

Document 2 :

Les Lois de Nuremberg. 1935

Les Lois de Nuremberg, adoptées le 15 septembre 1935 par le Reichstag sous l’impulsion d’Adolf Hitler, sont un pilier juridique de l’idéologie antisémite du régime nazi.

Loi sur la protection du sang et de l’honneur allemand :

• Interdit les mariages et relations sexuelles entre Juifs et personnes de sang allemand ou assimilées en dehors du mariage, ainsi que l’emploi de domestiques allemandes par des Juifs.

• Complétée le 14 novembre 1935 : elle détermine qui est Juif : quiconque ayant trois grands-parents juifs ; quiconque ayant deux grands-parents juifs et se déclarant membre de la communauté juive. Elle catégorise les « races » et considère les Juifs comme une « sous-race ».

Les métis ( Mischlingen ) sont classés selon le nombre de grands-parents juifs, avec des restrictions variables.

• En 1938, obligation pour les Juifs d’ajouter « Israël » ou « Sara » à leur prénom avant le 1 er janvier 1939.

Loi sur la citoyenneté du Reich établissant qui peut être citoyen du Reich et bénéficier des droits politiques complets : « seulement celui qui appartient à la nation par le sang, celui qui par son comportement manifeste sa volonté de servir le peuple allemand et le Reich fidèlement ».

Les Juifs et les Tsiganes sont exclus de la citoyenneté.

Extrait des Lois de Nuremberg :

Fermement persuadé que la pureté du sang allemand est la condition primordiale de la durée future du peuple allemand et animé de la volonté inébranlable d’assurer l’existence de la nation allemande pour les siècles à venir, le Reichstag a arrêté à l’unanimité la loi suivante :

1. Les mariages entre Juifs et citoyens de sang allemand sont interdits […]

2. Les rapports extra-conjugaux entre Juifs et sujets de sang allemand ou apparentés sont interdits.

3. Il est interdit aux Juifs d’employer à des travaux de ménage chez eux des citoyennes de sang allemand ou apparenté au-dessous de 45 ans.

4. Il est interdit aux Juifs de hisser le drapeau national du Reich et de pavoiser aux couleurs du Reich . Il leur est par contre permis de pavoiser aux couleurs juives […]

Tout contrevenant à l’article 1er sera puni de travaux forcés.

Tout contrevenant à l’interdiction de l’article 2 sera puni de prison ou de travaux forcés […].

Commentaires :

Les lois de Nuremberg ont été précédées et suivies d’autres lois antisémites caractérisant une épuration sectorielle et progressive de toute la société allemande. En effet, de nombreuses décisions vont exclure progressivement les Juifs de toutes les sphères de la société allemande : l’éviction des fonctionnaires et des professions libérales, de l’armée, de la justice, de la presse, … le renvoi des employés juifs, l’interdiction de se réunir ou de faire des conférences publiques, l’interdiction d’enseigner la langue hébraïque dans les écoles supérieures, l’obligation de déclarer les biens qu’ils possèdent excédant 5.000 Reichsmark, l’interdiction d’acheter ou vendre des terrains, l’interdiction d’aller à la Bourse, le travail obligatoire pour les Juifs sans emploi, le retrait de la licence en médecine aux Juifs, les Juifs doivent payer 1 milliard de Reichsmark en dédommagement des dégâts subis suite à la “ Nuit de Cristal ” (terminologie nazie) en novembre 1938, l’exclusion des élèves juifs des écoles allemandes, l’interdiction de sortir en public à certaines heures, la suppression de la retraite, l’invalidation de leurs permis de conduire, l’aryanisation des industries, des magasins et des entreprises juifs, l’obligation de donner l’or en leur possession, l’interdiction d’avoir un poste de radio, …

Ces lois sont l’une des étapes décisives dans les discriminations et les persécutions systématiques qui vont mener les nazis à envoyer dans les camps de concentration, les opposants politiques au régime (dès 1933), les Juifs, les Tsiganes, les homosexuels, à créer des ghettos (dès 1939), à instaurer des camps d’internement pour déficients mentaux (1939 - Aktion T4 ) et à aboutir à la « Solution finale de la question juive » et les centres de mise à mort (chambre à gaz et fours crématoires), décidée formellement à la Conférence de Wannsee en 1942.

Ces lois ont servi de base à celles mises en place dans les pays collaborant avec le Reich nazi (Italie, Hongrie, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie, Croatie et France de Vichy) ainsi que celles qui seront établies sous occupation nazie (notamment en Belgique).

Document 3:

Violences antisémites en Allemagne

Boycott des magasins juifs

« Allemands, attention, n’achetez pas chez les Juifs » © Georg Pahl. German Federal Archives. Bundesarchiv - Vera and Donald Blinken Open Society Archives : Bibliothèque de Vienne. Londres. BY-SA 4.0. Wikimedia commons Lien

Le lendemain de la « Nuit de Cristal » 9-10 novembre 1938

Vitrine d’une boutique juive. Novembre 1938 © Auteur inconnu, PD at National Archives and Records Administration Public domain, via Wikimedia Commons Lien

Document 4 :

La Shoah par balle. Lituanie occupée par les nazis. 1942

Conduits dans des lieux isolés par les nazis, les Juifs sont exécutés d’une balle dans la tête par les unités d’intervention SS ( Einsatzgruppen ), devant des fosses communes ensuite comblées. Les Einsatzgruppen étaient actifs dans les républiques soviétiques, les pays baltes et la Pologne.

Exécution des Juifs de Kovno en Lituanie par les Einsatzgruppen . 1942 © Photographe inconnu, via wikimédia commons Lien

Document 5 :

Les instruments de répression

GESTAPO

La Gestapo (acronyme de Geheime Staatspolizei , soit « Police secrète d’État » en allemand) était la police politique du Troisième Reich , active de 1933 à 1945.

Elle a été créée en avril 1933 par Hermann Göring puis supervisée par Heinrich Himmler, chef des SS et secondé par Reinhard Heydrich. Elle sera chargée de traquer les opposants politiques, les résistants, les Juifs et autres groupes ciblés par le régime nazi en Allemagne et dans les territoires occupés. Opérant sans cadre juridique, elle utilisait des méthodes violentes et arbitraires (torture, arrestations et détentions arbitraires, exécutions) afin d’obtenir des aveux et/ou des dénonciations. Elle sera démantelée à la chute du régime nazi et sera condamnée comme organisation criminelle lors du procès de Nuremberg.

SS

(Acronyme de l’allemand Schutzstaffel , qui signifie « escadron de protection ») La SS a été créée en mars 1925 comme garde personnelle d’Adolf Hitler. A partir de 1929, elle devient une organisation paramilitaire sous la direction d’Heinrich Himmler. En 1934, après l’élimination de la SA lors de la « Nuit des longs couteaux », elle devient le principal instrument de maintien de l’ordre dans le Reich et à partir de 1939, dans les pays sous occupation nazie. Elle est chargée de la surveillance, la répression administrative et idéologique, et ensuite de l’extermination des Juifs (unités à tête de mort dans les camps de concentration dès 1933 à Dachau). En 1940, la Waffen SS est mise en place aux côtés de la Wehrmacht et constitue un corps d’armée d’élite et fanatique engagé dans les opérations majeures de la guerre. Elle sera démantelée à la chute du régime nazi et sera condamnée comme organisation criminelle lors du procès de Nuremberg.

BOVY, D. Dictionnaire de la barbarie nazie et de la Shoah , Collection Voix de la Mémoire Les Territoires de la Mémoire, Liège : Éditions Pire. 2007. p.284 et pp.373-75

Document 6 :

Camp de concentration et centre d’extermination (de mise à mort)

[…] Un camp de concentration est un terrain qui est rapidement doté d’équipements et qui est en général hermétiquement séparé du monde extérieur, où des individus, qualifiés par le pouvoir de potentiellement dangereux, sont incarcérés, la plupart du temps en masse et dans de (très) mauvaises conditions parce que leurs droits fondamentaux sont bafoués1. Sa fonction est simple : l’élimination 2. Des éléments dangereux pour l’État sont donc extraits de la société et incarcérés à titre préventif dans un camp de concentration. Celui-ci est, dans un premier temps, une solution provisoire pour répondre à un afflux subit de personnes (non désirées).

Un centre d’extermination3 est un endroit extrêmement primitif où un peuple dont on ne souhaite pas la présence physique est assassiné, de manière immédiate, délibérée et Auschwitz-Birkenau cumule les fonctions de camp de concentration et de centre d’extermination préméditée, dans une infrastructure spécialement prévue à cet effet. Toutes les personnes qui sont envoyées là-bas y sont tuées, indépendamment de leur âge et de leur sexe, indépendamment de leur éventuelle utilité économique comme main-d’œuvre, indépendamment de n’importe quel autre critère !

Un camp de concentration remplit plusieurs fonctions dans la société. Il fait disparaître des personnes indésirables, qui ne correspondent pas, du point de vue idéologique, politique et moral, au mode de vie et de pensée en cours (et imposé par la contrainte). Il assume également une tâche « éducative » en sanctionnant et en « normalisant » les détenus, la politique de terreur menée envers ces « objets » ayant aussi une fonction dissuasive vis-à-vis de l’ensemble de la population. Il participe ainsi à une « refondation » de la vie sociale. Le travail constitue le « moyen didactique » pour atteindre cet objectif : des travaux physiques pénibles, quelle que soit leur utilité économique éventuelle, affaiblissent non seulement le corps – ce qui tue dans l’œuf toute velléité de résistance –, mais brisent aussi la résistance morale des détenus. Le système des camps de concentration « accueille » des personnes qui ont encore une certaine « utilité » pour le régime dictatorial : celui-ci a intérêt à incarcérer et à exploiter des personnes indésirables, mais économiquement indispensables. Les opposants au pouvoir – non démocratique – en place sont considérés comme potentiellement dangereux pour l’idéologie dominante de la société et sont arrêtés et incarcérés dans un camp de concentration, sans condamnation juridique et pour une période indéterminée. […]

1 J. KOTEK et P. RIGOULOT, Le siècle des camps , Paris, JC Lattès, 2000

2 « Éliminer » au sens étymologique du terme : faire disparaître 3 Nouvelle terminologie : “centre d’extermination” aujourd’hui remplacé par “centre de mise à mort”

La seule et unique fonction – ou, plus largement, raison d’être – d’un centre de mise à mort consiste à recevoir systématiquement et continuellement des personnes indésirables et à les éliminer physiquement, d’une manière bien précise et en effaçant toute trace. Cela signifie que l’on supprime aussi toute possibilité de mémoire après les avoir fait disparaître. Comme aucune forme d’hébergement n’est nécessaire, si ce n’est pour permettre au camp d’accomplir sa mission, et comme personne n’est détenu, un centre d’extermination cesse d’exister dès qu’il n’est plus « approvisionné »4 .

Dans un camp de concentration, les nouveaux arrivants sont « traités » selon un schéma rigoureux de déshumanisation : on les prive de toute possibilité de (sur)vivre dignement. De manière tout à fait choquante, ils sont désorientés par l’accueil brutal qui leur est réservé dans le camp. Le processus d’incorporation commence par leur ôter tout ce qui n’a pas sa place dans le camp. Les nouveaux venus doivent enlever jusqu’à leur dernier vêtement et leur corps est entièrement rasé. Ils perdent leur chevelure, qui est un élément de toute personnalité individuelle. Ensuite, le corps est nettoyé et désinfecté. La tenue vestimentaire du camp crée une uniformité entre tous les détenus, que plus rien ne distingue, en tout cas d’un point de vue objectif. L’attribution d’un numéro, au lieu d’un nom, est sans doute le summum de ce processus de déshumanisation : un nombre froid désigne un être humain que l’on a privé de toute forme de personnalité subjective. Pour pouvoir malgré tout distinguer les détenus selon le motif de leur incarcération, les nazis utilisent des triangles de couleur, qui ont chacun une signification bien particulière5. […]

4 R. KUWAŁEK, Belzec, Le premier centre de mise à mort , Paris, Calmann-Levy, 2013 5 Encyclopédie de l’Holocauste . On Line.

Lien : http://www.ushmm.org/outreach/en/media_ph.php?ModuleId=10007754&MediaId=5022

PUTTEMANS, Johan. “La différence entre un camp de concentration et un centre d’extermination – Quand les chiffres s’emmêlent”. (Extrait).

In ASBL Mémoire d’Auschwitz , Décembre 2015. On line. Lien : 2015-a-puttemans-difference-camps.pdf

Carte des camps de concentration et des centres de mise à mort en Europe lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

Cette carte montre tous les centres de mise à mort ainsi que les principaux camps de concentration, de travail forcé, prisons, itinéraires de déportation et lieux de massacres. Les zones colorées montrent la situation géopolitique au maximum de la domination des puissances de l’Axe (1942).Tous les camps et ghettos ne sont pas indiqués.

Dna-Dennis. 20.12. 2007 © USHMM & Wikimedia commons Lien

Document 7 :

“Solution finale” d’après le protocole de Wannsee. 20.01.1942 (Extrait)

« I. Une conférence sur la “Solution finale de la question juive” s’est tenue le 20 janvier 1942 à Berlin […] Les éléments les plus importants sont :

a) exclusion des Juifs des différentes zones d’existence ( Lebensgebiete ) du peuple allemand.

b) exclusion des Juifs en dehors de l’espace vital ( Lebensraum ) du peuple allemand.

Dans un premier temps, la seule solution provisoire a été d’activer et d’orchestrer l’émigration des Juifs hors du territoire du Reich. Sur ordres du Maréchal, en janvier 1939 a été mis en place l’Office central pour l’émigration des Juifs, l’office est placé sous la direction du commandant de la police de sûreté et du SD. […] Cette tâche a pour but de rendre l’espace vital des Allemands purifié de Juifs, d’une manière légale. […]

III. L’émigration doit maintenant être remplacée, avec l’approbation du Führer , par l’évacuation des Juifs vers l’Est. Ces applications ne doivent toutefois être considérées que comme des solutions transitoires; elles nous permettront néanmoins d’acquérir une expérience pratique de grande importance dans le cadre de la solution future à apporter par la suite au problème juif.

La “Solution finale du problème juif” en Europe se rapporte à environ onze millions d’individus […]

Les chiffres relatifs aux communautés juives de l’étranger ne tiennent compte que des personnes se réclamant d’ascendance juive ( Glaubensjuden ) car certains pays n’ont pas

encore procédé à une définition des Juifs selon des critères raciaux. […]

Dans le cadre de la “Solution finale”, les Juifs devront être utilisés comme force de travail à l’Est avec l’encadrement voulu et d’une manière efficace. Les Juifs aptes au travail seront rassemblés dans de grandes files de travail, séparées selon les sexes, puis déportés vers l’Est pour la construction de routes. La plupart d’entre eux seront ainsi probablement éliminés par réduction naturelle. Ceux qui resteront à l’arrivée, seront composés sans aucun doute des éléments les plus robustes (physiquement), et devront être traités de manière appropriée, car ils représentent un terreau fertile qui pourrait reproduire les cellules de germe juif. (L’Histoire en témoigne.)

[…] Lors de la mise en pratique de la “Solution finale”, l’Europe sera passée au peigne fin d’Ouest en Est. Dans un premier temps, les Juifs seront évacués au fur et à mesure vers ce que l’on appelle des ghettos de transit, d’où ils seront par la suite acheminés vers l’Est. […]

IV. Dans la mise en œuvre du plan pour la “Solution finale”, les lois de Nuremberg formeront pour ainsi dire la base. Une condition préalable pour une solution totale au problème sera également exigée pour ce qui a trait à la question des mariages mixtes et du statut des Mischlingen . […]

La conférence s’est achevée et le chef de la police de sûreté et du SD a prié les participants de lui accorder tout le soutien nécessaire à la réalisation des tâches décidées pour la “Solution [finale]”. »

PARTIE III ActivitEs

ÉPISODE I

Le Secret de mon grand-père

La mallette verte

© Perrine Sokal / coll. privée Lien

ACTIVITÉS ÉPISODE

Documents à mobiliser :

☛ Dans la mallette

Doc n°2 - Laissez-passer. Gérard-Helge Sokal. 1939 ©

Perrine Sokal / coll. privée > Lien

Doc n°3 - Avis de décès d’Emil Sokal. Boussu, 28 juin 1953

© Perrine Sokal / coll. privée > Lien

Doc n°5 - “Croix de fer”. 1918 © Perrine Sokal / coll. privée > Lien

☛ Dans les ressources

Ressource n°2 - Arbre généalogique

Activité histoire

La question de recherche

1. Quelle question Perrine Sokal se pose-telle dans ce premier épisode ?

La question de recherche

La question de recherche vise à demander une explication à propos du sujet que l’on vient de découvrir. Elle se construit à partir de critères :

□ Elle doit être ouverte (On ne doit pas répondre par oui ou par non)

2. Rédige deux questions de recherche que tu pourrais poser à tes camarades au sujet de cet épisode.

Question de recherche n°1

Question de recherche n°2

□ Elle doit nécessiter une explication et donc commencer par des interrogations telles que “pourquoi”, “en quoi” ou “comment” par exemple.

□ La réponse à la question doit être complète et fournir des informations dépassant les simples éléments de type qui, quoi, quand, où et comment.

□ La réponse peut être obtenue soit en recherchant dans les documents disponibles soit en mobilisant d’autres ressources ou en faisant des recherches supplémentaires.

□ Elle ne doit pas répéter une autre question.

□ Elle doit être en lien avec le sujet étudié.

Activité recherche documentaire

Aide-toi du laissez-passer de Gérard Sokal (Doc n°2) pour réaliser ces exercices.

1. Quelles sont les périodes historiques couvertes par ce podcast ?

2. À partir des événements historiques mis à ta disposition, explique pourquoi Gérard Sokal est renseigné de nationalité allemande sur le document, alors qu’il est né à Vienne.

3. Dans la mallette verte, Perrine découvre de nombreux documents sur l’histoire de son arrière-grand-père, Emil. Parmi eux figure la Croix de fer. Durant la Grande Guerre, dans quel camp (Triple Entente ou Triple Alliance) se battait Emil, l’aïeul de Perrine ?

Activité philo

La construction identitaire

1. Perrine Sokal a un nom qui amuse ceux qui la rencontrent parce qu’il est peu commun. Quelles explications donne le grand-père de Perrine sur l’origine de leur nom de famille ?

2. Et toi, connais-tu l’origine de ton nom de famille ? Sais-tu d’où il vient et s’il a une signification particulière ? Raconte brièvement ce que tu en sais.

3. Avec son nom peu commun, Perrine Sokal a toujours eu conscience que sa famille n’avait pas que des racines belges. Qu’est-ce qui la mène cependant à vouloir enquêter plus en profondeur sur son histoire familiale ?

4. Et toi, peux-tu énoncer quelques objets qui sont liés à l’histoire de ta famille  ?

5. Dans cet épisode, Perrine se demande si on a le droit d’enquêter sur une histoire que les anciennes générations ont tenté de cacher. Comment répond-elle à cette question ?

6. Et toi, que penses-tu de la réponse de son grand-père qui considère que le passé appartient au passé et qu’il faut se tourner vers l’avenir ?

ACTIVITÉ FINALISANTE

À partir des informations que tu viens de découvrir, complète les documents suivants en annexe :

☛ la frise chronologique

☛ le portrait d’Emil

ÉPISODE II

La Lettre d’Emil

Marie-Thérèse Culot, épouse de Raoul Sokal. 2021© Perrine Sokal

Lien

Maria Engel-Sokal et ses trois enfants. Non datée (ca.1936) © Perrine Sokal

Lien

ACTIVITÉS ÉPISODE

Documents à mobiliser :

☛ Dans la mallette

Doc n°4 - Certificat de mariage entre Emil et Maria Engel 24.12.1919 © Perrine Sokal / coll. privée - Lien

Doc n°6 La lettre d’Emil Sokal. Adressée à l’administrateur de la Sûreté publique . Bruxelles. 2.10.1944.

Lien

Doc. n°7 - Lettre de Gunther Brubaum (Entr’aide autrichienne) adressée au Ministre de la Justice belge Bruxelles, le 19 juillet 1939 © Perrine Sokal / Archives générales du Royaume réf. n°A343436.

Lien doc 1 et 2

☛ Dans les ressources

Pour réaliser cette partie, tu peux t’aider de la fiche dédiée aux caractéristiques d’un régime totalitaire (page 34) pour mieux comprendre les mécanismes spécifiques à ce système politique.

Le savais-tu ? “Les malgré-nous” : des BelgesAllemands en 1940

Le 18 mai 1940, les Allemands annexent les territoires cédés à la Belgique en 1920 : les cantons d’Eupen, Malmedy et Saint-Vith. Les régions situées au nord-est de la province de Liège, ainsi que la province du Luxembourg, qui n’avaient encore jamais été sous domination allemande, sont elles aussi rattachées au Reich. Le 23 septembre 1941, la population devient officiellement allemande entraînant la mobilisation immédiate de 8700 jeunes hommes “malgré-eux” dans la Wehrmacht . Environ 3200 ne reviendront pas après la guerre.

Brüll, Christoph. “Les « enrôlés de force » dans la Wehrmacht - un symbole du passé mouvementé des Belges germanophones au XXe siècle.”

In Guerres mondiales et conflits contemporains 1 , no. 241, 2011, pp.63–74.

☛ Les articles utiles

Art.1 — La Belgique durant la Seconde Guerre mondiale

Dans les années 1930, la Belgique renforce sa défense en modernisant son armée et en créant de nouvelles unités. Dès 1933, le pays accueille des réfugiés fuyant le nazisme. La crise économique et l’instabilité politique favorisent la montée des partis nationalistes comme Rex et le VNV .

Le 1er septembre 1939, l’invasion de la Pologne par l’Allemagne déclenche la guerre. Le 10 mai 1940, la Belgique est envahie lors d’une offensive éclair et capitule après 18 jours. L’Opération Dynamo (26 mai – 3 juin) permet l’évacuation des troupes alliées depuis Dunkerque. 225 000 soldats belges sont faits prisonniers, dont certains envoyés au travail forcé. Le 14 juin 1940, la chute de Paris confirme la déroute des armées alliées et la mise en place de l’occupation nazie dans les territoires conquis en Europe occidentale.

Cavaliers allemands au Palais royal à Bruxelles, mai 1940 © Bundesarchiv, Bild 146-1975-02120 / Pincornelly / CC-BY-SA 3.0 via wikimédia commons Lien

Face à l’occupation, le gouvernement belge en exil à Londres, dirigé par Hubert Pierlot, coordonne la résistance et assure la communication avec la population via la BBC. Les compétences des ministres sont confiées aux secrétaires généraux qui seront les interlocuteurs des nazis pendant toute la durée de l’occupation. Le Roi, Léopold III, commandant en chef de l’armée belge, décide de rester au pays et capitule sans conditions le 28 mai 1940. Il est assigné à résidence au Palais de Laeken. La Belgique est placée sous l’administration militaire nazie du général Alexander Von Falkenhausen, gouverneur militaire de la Belgique et du Nord de la France (Départements du Nord et du Pas de Calais) du 22 mai 1940 au 15 juillet 1944.

Le Congo belge, quant à lui, est mobilisé pour l’effort de guerre, fournissant cuivre, or, caoutchouc et uranium, au prix d’un recours massif au travail forcé. Par ailleurs, entre 1940 et 1943, 40 000 soldats congolais de la Force Publique , l’armée coloniale du Congo belge, participent activement aux combats en Afrique et au Moyen-Orient.

La vie sous l’occupation

Les réquisitions allemandes provoquent un rationnement sévère : les Belges achètent les denrées alimentaires au moyen de tickets de rationnement et ne disposent que de 1 300 calories par jour au lieu des 2 400 nécessaires. Beaucoup ont recours au troc, au marché noir.

De nombreux Belges rejoignent la résistance, mais beaucoup sont arrêtés et emprisonnés, notamment à Breendonk, ou déportés vers les camps de concentration après le décret “ Nacht und Nebel ” de 1941. À partir du 6 octobre 1942, le Service du travail obligatoire (STO) envoie des milliers d’hommes et de femmes travailler pour l’industrie de guerre allemande. Pour y échapper, bon nombre d’entre eux entrent en clandestinité.

Sur une population de 8,3 millions d’habitants, environ 150 000 Belges participent activement à la résistance, dont 30 000 femmes, mais 15 000 y perdront la vie. Parallèlement, environ 100 000 personnes choisissent la collaboration avec l’occupant nazi pour raison idéologique, par opportunisme ou intérêt économique. Sous l’occupation allemande, certains choisissent de rejoindre des organisations pro-nazies telles que, la Légion flamande (environ 6 400 Flamands) et la Légion wallonne (8 000 Wallons).

À partir de 1941, la résistance s’intensifie menant à une multiplication des actions : évasion de soldats et de personnes persécutées, sabotage, presse clandestine, espionnage et transmission d’informations aux Alliés, opérations armées. Divers réseaux se développent, dont Zéro, Comète, Clarence ou l’Armée Secrète, ainsi que le réseau Mill organisé par le gouvernement belge avec le renseignement britannique. Entre le 2 et le 12 septembre 1944, la Belgique est progressivement libérée par les Alliés, le Parlement est rétabli. La guerre se termine après la bataille des Ardennes (hiver 1944-1945). Les bombardements des missiles V1 et V2 lancés par l’armée nazie entre septembre 1944 et mars 1945 détruisent de nombreuses villes, faisant environ 7 000 morts.

Les dossiers pédagogiques du Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaireWar Heritage Institute

Art. 2 — La question des réfugiés juifs dans la presse belge 1938 - 1939

À partir de 1938, l’arrivée massive de réfugiés, en particulier juifs, fuyant l’aryanisation et les violences nazies en Autriche et en Allemagne place la Belgique dans une situation délicate. Les autorités, confrontées à un contexte de chômage élevé et de tensions sociales, perçoivent ces réfugiés comme une menace économique, sociale et identitaire. L’opinion publique est marquée par la crainte que ces nouveaux arrivants, souvent dépouillés et sans ressources, représentent une charge pour un pays déjà fragilisé.

Très vite, l’accueil des Juifs est lié à la notion de sécurité nationale. Dans une note officielle de 1939, l’immigration est assimilée à un risque sécuritaire : la peur. Des infiltrations ennemies se superpose aux préjugés traditionnels contre les étrangers. Les Juifs, en particulier, sont présentés non seulement comme des concurrents sur le marché du travail, mais aussi comme des éléments potentiellement dangereux. Cette perception négative s’enracine d’autant plus que la presse, surtout d’extrême droite, multiplie les clichés antisémites : elle les décrit comme des parasites inassimilables, des agitateurs communistes, ou encore comme un groupe occulte contrôlant la finance, les élites et les médias.

Le statut de réfugié politique devient alors central. La Belgique, tout en affichant une indignation face aux violences nazies (notamment après la “ Nuit de Cristal” en novembre 1938), choisit de restreindre sévèrement son droit d’asile. Le gouvernement suspend sa politique d’expulsion, mais continue à verrouiller les frontières. Désormais, seuls deux types de réfugiés sont officiellement acceptés : d’une part, les réfugiés politiques – catégorie dont les Juifs sont exclus –, et d’autre part une immigration « choisie », limitée aux individus considérés comme utiles au pays (scientifiques, artistes, intellectuels, figures sociales ou religieuses reconnues). Les Juifs, dans leur grande majorité, sont donc privés de toute reconnaissance officielle en tant que victimes politiques du nazisme.

Cette exclusion a des conséquences directes : beaucoup de Juifs réfugiés sont envoyés dans des camps d’internement pour réfugiés clandestins, ou tolérés seulement grâce à l’action de structures privées et d’associations comme le Comité d’Aide aux Réfugiés juifs. Dans l’espace public, les partis politiques restent prudents : la gauche, bien qu’opposée à une politique d’expulsion jugée indéfendable, exprime des craintes économiques liées à l’afflux de migrants, tandis que la droite insiste davantage sur le danger social et sécuritaire. Les deux camps se rejoignent néanmoins sur l’idée d’un encadrement strict, via l’ouverture de camps de réfugiés gérés par l’État.

VAN

Art. 3 — Judenverordnungen et mesures appliquées spécialement aux Juifs

28.10.1940 : mesures contre les Juifs.

Définition du terme « Juif », enregistrement des Juifs, déclaration des entreprises juives, interdiction de disposer de biens, affichage obligatoire des hôtels, restaurants, cafés et débits de boisson.

28.10.1940 : cessation des fonctions publiques. Interdiction professionnelle des fonctionnaires, enseignants d’écoles supérieures et d’université, avocats, juges, journalistes.

12.11.1940 : Ordonnance sur les mesures de police dans certaines régions.

Étoile de David Lien

Restrictions de séjour des réfugiés dans les provinces de Flandre et dans l’arrondissement d’Anvers.

31.05.1941: mesures économiques contre les Juifs.

Affichage des entreprises, déclaration des immeubles, des titres, comptes en banque bloqués, élimination des Juifs administrateurs de société, confiscation des appareils de radio.

29.08.1941  : restrictions de circulation pour les Juifs.

Couvre-feu de 20h à 7h, restriction de séjour à Bruxelles, Anvers, Liège et Charleroi.

25.11.1941  : création de l’Association des Juifs en Belgique.

Adhésion obligatoire, gestion de l’émigration, prise en charge des écoles et institutions de bienfaisance.

17.01.1942 : Ordonnance régissant les voyages des Juifs à l’étranger.

Interdiction de quitter le territoire sans autorisation écrite.

06.03.1942 : Ordonnance en vue d’assurer la demande de travailleurs pour les travaux d’une importance spéciale.

Instauration du service de travail obligatoire pour certains travaux, application à 2.252 travailleurs juifs déportés dans les camps de l’organisation Todt dans le Nord de la France.

11.03.1942  : emploi des Juifs en Belgique.

Conditions de travail spéciales pour les Juifs employés à des travaux.

22.04.1942 : Ordonnance sur la saisie et la confiscation de l’avoir des Juifs au profit du Reich allemand.

Confiscation des biens des Juifs ayant perdu la nationalité allemande.

4

27.05.1942 : Ordonnance sur le signe distinctif des Juifs.

Port obligatoire de l’étoile jaune, à dater du 7 juin, pour les Juifs âgés de plus de six ans paraissant en public.

« L’étoile des Juifs consiste en une étoile à 6 branches, noire, de la grandeur de la paume, en étoffe jaune, portant en noir l’inscription « J » pour « Juif » en français et « Jood » en néerlandais. Elle doit être portée, cousue solidement, de façon apparente sur la poitrine, sur le côté gauche du vêtement. »

En Belgique, la population juive subit les mesures antisémites nazies. Entre 1942 et 1944, 25.843 Juifs et 353 Tsiganes sont déportés depuis la caserne Dossin à Malines vers les centres de mise à mort, dont seuls 1257 (dont 33 Tsiganes) survivent, tandis que plusieurs milliers d’enfants sont sauvés par des réseaux de résistance civile comme le Comité de Défense des Juifs.

STEINBERG, Maxime.

La persécution des Juifs en Belgique (1940-1945), Éditions Complexe, 2004, p. 307-310.

En février 1939, Emil arrive de Vienne en Belgique à la suite de deux grands événements d’une grande violence survenus en 1938 : l’Anschluss en mars et la “ Nuit de Cristal” en novembre.

En Autriche, la survie est devenue très compliquée, il faut tout abandonner et faire le choix très difficile de tout quitter.

La guerre qui arrive, la Belgique n’en veut pas, elle se souvient encore de ce qu’elle a vécu en 14-18. Lorsqu’il gagne la Belgique, Emil a conscience qu’il arrive dans un pays en tension à la fois politique vis à vis de l’Allemagne et économique, suite à la crise de 29. L’esprit antisémite de l’époque est perçu au travers des documents de la police des étrangers notamment qui font remarquer qu’un réfugié est juif et de religion israélite alors que cela est anticonstitutionnel.

L’ordonnance anti-juive du 28 octobre 1940 donne une définition qui identifie le Juif de manière administrative, basée sur des principes raciaux, permettant de contourner la difficulté de la notion de judéité. Est reconnu comme Juif, toute personne ayant trois grands-parents juifs; c’est le cas d’Emil. Toute personne de plus de 15 ans répondant à ce critère doit s’enregistrer au registre tenu par la commune où elle réside. La non-inscription d’Emil à ces registres témoigne de sa prise de conscience du danger. Cette lucidité lui vient sans doute de son vécu des violences organisées contre les Juifs à Vienne, à partir de l’Anschluss, en mars 1938. Il a sans doute aussi conservé des contacts avec des personnes demeurées là, donc il connaît le sort réservé aux Juifs.

DICKSCHEN, Barbara.

Le cas des Juifs en Belgique

Retranscription de son interview par Perrine Sokal

Art.

Activité histoire

La question de recherche

Rédige une question de recherche que l’on peut se poser après avoir écouté l’épisode 2 du podcast La Mallette verte.

Activité recherche documentaire

1. Aide-toi de la lettre écrite par Emil en 1944 (Doc n°6) pour répondre aux questions suivantes.

— Explique les raisons avancées par Emil Sokal pour justifier son départ d’Autriche.

Dans sa lettre de 1944, quels sont les éléments de son histoire qu’Emil choisit de taire et au contraire, ceux qu’il valorise pour prouver qu’il n’est pas sympathisant allemand ?

D’après toi, ce document est-il une source historique fiable ?

2. Utilise le certificat de mariage d’Emil Sokal et Maria Engel (Doc n°4) pour identifier la religion à laquelle il est associé. Selon toi, pourquoi Emil se présente-t-il en tant qu’adepte d’une autre religion ?

3. Utilise la lettre de Gunter Brubaum (Doc n°7) pour réaliser les exercices suivants.

Compare cette lettre avec celle rédigée par Emil en 1944 (Doc n°6) et identifie l’élément non mentionné entre les deux courriers. Explique, selon toi, pourquoi Gunther Brubaum décide d’effacer cette information.

Quelles sont les raisons avancées pour avoir le statut de réfugié politique ? Pourquoi est-ce si important d’obtenir ce statut ? (Art.2)

4. En t’inspirant de la retranscription de l’interview de Barbara Dickschen sur le sort des Juifs en Belgique, explique en quoi l’expérience d’Emil en Autriche pousse celui-ci à refuser de s’inscrire au registre belge des Juifs.

5. Dès l’occupation nazie en 1940, l’État belge adopte une série d’ordonnances anti-juives. Utilise l’article n°3 relatif à ces ordonnances et donne 5 conséquences de ces décisions sur la vie quotidienne des Juifs vivant en Belgique.

6. Crée un lexique des termes suivants en t’aidant des articles 1 et 2 et de recherches supplémentaires.

- Camps de réfugiés clandestins en Belgique

- Opération Dynamo

- Bataille des Ardennes

- Carte d’alimentation - ravitaillement

Activité philo

La

construction identitaire

1. L’épouse d’un des fils d’Emil, Marie-Thèrese, ainsi que Barbara Dickschen, historienne de la vie juive en Belgique, relèvent des traits de sa personnalité et des aspects socio-économiques qui le caractérisent à cette époque. Quels sont-ils?

2. Et toi, quels critères choisirais-tu pour te définir ? Quels critères ajouterais-tu éventuellement ?

3. Marie-Thérèse explique les raisons qui amènent Emil à Bruxelles. Résume ce choix.

4. Selon toi, quelles sont les difficultés rencontrées par Emil lorsqu’il doit faire ce choix ?

5. Marie-Thérèse raconte également les relations qu’Emil a tissées avec certaines personnes durant sa carrière militaire. Explique comment ces relations vont être utiles à Emil pour sa survie en Belgique.

6. Selon toi, qu’est-ce qui pousse ces personnes à fermer les yeux sur la situation d’Emil ?

ACTIVITÉ FINALISANTE

À partir des informations que tu viens de découvrir, complète les documents suivants en annexe :

☛ la frise chronologique

☛ le portrait d’Emil

ÉPISODE III

Les Archives générales du Royaume

Perrine et son frère Guillaume Sokal mènent l’enquête. 2023 © Perrine Sokal Lien

C’est quoi une recherche sur la mémoire familiale ?

Une recherche sur la mémoire familiale, c’est comme mener une enquête pour découvrir le passé de ta famille. C’est fouiller dans les souvenirs, les histoires racontées, les photos anciennes, les lettres ou même les objets qui ont traversé les générations. L’objectif ? Comprendre comment les événements passés ont façonné ton histoire personnelle et celle de ta famille.

Comme Perrine Sokal, Jehanne Bergé s’est aussi penchée sur son histoire familiale. Lorsqu’en 2019, elle découvre l’existence de son arrière-grand-oncle, Julien Carlier, comme chef de propagande du mouvement rexiste et collaborateur, elle décide d’enquêter sur l’histoire de ce dernier. Ses recherches ont non seulement révélé des aspects cachés de l’histoire familiale, mais ont également permis de comprendre comment ces éléments s’inscrivent dans une mémoire collective plus large, notamment en ce qui concerne la montée de l’extrême droite en Belgique aujourd’hui. Son documentaire radiophonique est disponible : Mon arrière-grend-oncle nazi.

Toi aussi tu as envie d’entreprendre des recherches sur l’histoire de ta famille ?

La recherche en ligne peut être un outil puissant pour accéder à une multitude d’informations. Cependant, les ressources, notamment de nombreuses archives, ne sont pas disponibles sur Internet. Il est souvent nécessaire de se rendre physiquement dans des institutions spécialisées pour consulter des fonds d’archives ou de documentation structurés et bénéficier de l’expertise de personnes spécialisées. Cette approche permet d’accéder à des informations non numérisées et d’obtenir des conseils précieux pour enrichir la recherche.

Tu peux débuter tes recherches en te rendant à deux endroits :

- aux Archives générales du Royaume à Bruxelles

- aux Archives de l’État dans les Provinces, ou dans les archives locales

Si tu as besoin d’aide, tu peux prendre contact avec la bibliothèque Georges Orwell des Territoires de la Mémoire : bibliotheque@territoires-memoire.be | 04 232 70 62

C’est quoi les Archives générales du Royaume et Archives de l’État dans les Provinces ?

En abrégé, les “Archives de l’État” sont un établissement scientifique des Services publics fédéraux de Belgique. L’institution est composée des Archives générales du Royaume à Bruxelles et de 19 dépôts des Archives de l’État à travers le pays. Les Archives de l’État acquièrent et conservent (après tri) les archives de plus de 30 ans des cours et tribunaux, des administrations publiques et des notaires ainsi que d’organismes et de personnes privées (entreprises, personnalités politiques, sociétés et associations, familles influentes, etc…).

ACTIVITÉS ÉPISODE

Documents à mobiliser :

☛ Dans la mallette

Doc n°6 La lettre d’Emil Sokal. Adressée à l’administrateur de la Sûreté publique . Bruxelles. 2.10.1944. La lettre, page 1 et page 2

Doc. n°7 - Lettre de Gunther Brubaum (Entr’aide autrichienne) adressée au Ministre de la Justice belge. Bruxelles, le 19 juillet 1939 © Perrine Sokal / Archives générales du Royaume réf. n°A343436

Lien doc partie 1 et 2

☛ Les articles utiles

Art. 1 — L’Anschluss, une expansion territoriale agressive nazie

« Annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie.

Né en Autriche, Adolf Hitler perd sa nationalité autrichienne en 1924. Dans son livre Mein Kampf , il ambitionne de réunir tous les peuples germanophones sous un seul État. L’annexion de l’Autriche est une des premières étapes de cette conquête territoriale ( « espace vital »- Lebensraum ) . Dès le début des années 1920, un parti nazi autrichien (DNSAP) se développe en parallèle de celui du NSDAP (parti nazi allemand) avec un programme raciste et antisémite. En juillet 1934, les nazis autrichiens tentent un coup d’État qui échoue. Le chancelier Dolfuss est assassiné et remplacé par Kurt Schuschnigg. Dans un contexte de crise économique et politique, le chancelier Schuschnigg est forcé à la démission le 11 mars 1938 et est remplacé par le nazi Arthur Seyss-Inquart. Le 12 mars 1938, les troupes allemandes entrent en Autriche et occupent le territoire sans résistance. Cette unification est officialisée par un décret le 13 mars et ratifiée par référendum le 10 avril suivant, à une majorité de plus de 99% des voix. De 1938 à 1945, l’Autriche disparaît en tant qu’Etat indépendant, est intégrée dans le Troisième Reich comme une province et est rebaptisée Ostmark Rapidement, l’idéologie nazie est suivie dans l’administration, l’éducation, la presse et la culture. Comme en Allemagne nazie, les opposants au régime sont arrêtés, déportés ou exécutés.

Encyclopédie multimédia de la Shoah et BOVY, D. Dictionnaire de la barbarie nazie et de la Shoah , Collection Voix de la Mémoire - Les Territoires de la Mémoire, Liège : Éditions Pire. 2007, p.190

Art. 2 — Comment la persécution des Juifs a été mise en place en Autriche (Ostmark) après l’Anschluss

> La population juive en Autriche

En Autriche, lors de l’Anschluss, plus de 200 000 personnes étaient considérées comme juives selon les critères des lois raciales de Nuremberg. Les Juifs autrichiens représentaient une part importante (40 %) des Juifs vivant sur tout le territoire du Grand Reich et un peu plus de 9% de la population autrichienne. La plupart d’entre eux résidaient à Vienne.

> Violence populaire et initiatives spontanées (mars–avril 1938)

La persécution antijuive en Autriche commence de manière extrêmement rapide et spontanée, dès la nuit du 11 au 12 mars 1938, avant même l’arrivée officielle de la Wehrmacht à Vienne. Des milliers d’Autrichiens (pas toujours membres du parti nazi) humilièrent et maltraitèrent publiquement les Juifs, en les contraignant notamment à des traitements dégradants. Ils pillèrent aussi leurs magasins et confisquèrent leurs biens. Ces actes ne résultaient pas d’ordres de Berlin, mais d’un antisémitisme populaire profondément enraciné.

Face à cette montée anarchique de violence, les autorités locales nazies-autrichiennes décidèrent de canaliser et d’encadrer ce mouvement de masse via des décrets et la création de nouvelles institutions qui donneraient une base légale à ces discriminations antisémites.

> Des « commissaires sauvages » aux structures légales

Des individus autoproclamés, appelés « commissaires sauvages », investirent des entreprises juives pour en prendre le contrôle, en l’absence de cadre légal. Il s’agissait souvent de partisans du parti ou de citoyens dont la motivation principale semble être la cupidité : une véritable course au butin se déclenche. Au printemps 1938, on estime leur nombre à plus de 20 000. Pour légitimer ces prises, l’administration nazi autrichienne promulgua une loi sur la nomination de commissaires-gestionnaires, officialisant rétroactivement leur pouvoir et les spoliations

Dès mars-avril 1938, le processus d’«  aryanisation  » (confiscation des biens juifs et transfert à des Aryens) est important : plus de 7 000 commerces juifs sont fermés ou « liquidés ».

> Création d’institutions administratives centralisées et de lois et décrets pour légaliser la spoliation

Pour encadrer les spoliations , l’État nazi établit des structures dédiées :

- La Vermögensverkehrsstelle , rattachée au ministère de la Finance ( Fischböck ), contrôlait les expropriations, la nomination des commissaires et surveillait les prix de cession.

- L’Office central pour l’émigration juive, de facto dirigé par Adolf Eichmann , coordonnait le départ forcé des Juifs tout en confisquant leurs biens.

Ces institutions n’avaient pas d’équivalent en Allemagne et furent mises en place rapidement, dès le printemps 1938, afin d’institutionnaliser la spoliation antijuive.

De même, le 26 avril 1938, Hermann Göring promulgua une ordonnance rendant obligatoire la déclaration de biens juifs, élargissant à l’ensemble du Reich une mesure mise au point en Autriche. Cette mesure facilitait l’ « aryanisation forcée » des Juifs et la confiscation légale de leurs biens.

À partir du 18 novembre 1938, une loi (appliquée exclusivement en Autriche) autorisa rétroactivement la régularisation des biens saisis. L’administration put ainsi dresser des inventaires des biens confisqués, accompagnés de photographies des œuvres d’art spoliées.

La spoliation fut massive : boutiques pillées et fermées, professions interdites et fortunes confisquées.

> La «  Nuit de Cristal » en Autriche

Le pogrom de novembre 1938 («  Kristallnacht  ») est particulièrement violent en Autriche : synagogues incendiées, arrestations massives, tortures, assassinats (27 morts à Vienne). Ce pogrom marqua une nouvelle étape dans la terreur antisémite et la fin de l’espoir d’une normalisation pour les Juifs du Grand Reich

> Expulsion et déportations

Tandis que les mesures économiques créent un climat de terreur et de ruine matérielle, l’Office central pour l’émigration juive organise l’expulsion des Juifs. Les Juifs autrichiens sont poussés à l’émigration (notamment illégale vers la Palestine1) après qu’on les ait dépouillés de tous leurs biens. Des institutions internationales et locales juives financent et organisent cette émigration. Entre le 1 er septembre 1939 et le début de la guerre en novembre 1941, environ 128.500 Juifs ont fui l’Autriche2. En plus des expulsions - dès octobre 1939 - bien avant ce qui se déroulait dans d’autres territoires allemands, les autorités autrichiennes mirent en place les premières déportations de Juifs. Les Juifs d’Autriche sont déportés dans des camps de concentration et vers les ghettos de Pologne.

En 1940, Hitler ordonna la déportation de 60 000 Juifs autrichiens, dans un contexte où l’ aryanisation et l’éradication économique étaient pratiquement achevées.

> Synthèse et portée

Le cas de l’Ostmark illustre une dynamique spécifique dans la politique antisémite nazie : brutale, opportuniste et efficace. L’initiative vient autant du parti nazi autrichien que de la population locale qui joua un rôle actif. Face au pillage et à l’ aryanisation spontanés, l’administration nazie autrichienne réagit en élaborant rapidement des cadres légaux, institutions et décrets pour canaliser la spoliation et la rendre structurelle. L’Autriche annexée devint ainsi un modèle de radicalisation antisémite qui influença les politiques ultérieures du Reich , notamment dans l’organisation de l’aryanisation, l’expulsion, puis la déportation des Juifs.

1 Cette émigration est illégale car les Anglais, qui avaient autorisé dans la déclaration de Balfour de 1917, l’installation d’un foyer juif en Palestine, limitaient l’émigration juive selon des quotas très stricts. 2 De ce nombre, environ 55 500 seront arrêtés et déportés par les nazis car ils avaient émigré en Europe.

Revue d’Histoire de la Shoah (Traduction N’GUYEN, Valérie)

RABINOVICI, Doron. “Des instances à l’impuissance. La situation à Vienne de 1938 à 1945”. Les conseils juifs dans l’Europe allemande , 2006/2, pp. 111-144.

SAFRIAN, Hans. “L’accélération de la spoliation et de l’émigration forcée. Le « modèle viennois » et son influence sur la politique antijuive du Troisième Reich en 1938”. Spoliations en Europe , 2007/1, pp. 131-163.

Art. 3 — ZWEIG, Stefan. Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen , 1942, pp. 485-487. Extrait

(…) Je croyais avoir éprouvé par avance tout ce qui pouvait arriver d’épouvantable, si Hitler réalisait son rêve de haine et occupait en triomphateur la ville de Vienne, qui l’avait repoussé pauvre et failli, alors qu’il était un jeune homme. Mais combien hésitante, timide, lamentable se révéla mon imagination, se révéla toute imagination humaine devant l’inhumanité qui se déchaîna le 13 mars 1938, le jour où l’Autriche et avec elle toute l’Europe, fut livrée en proie à la violence toute nue ! Maintenant, le masque tombait. (…) Maintenant on ne se bornait pas à voler et à piller, mais on donnait libre cours à tous les désirs de vengeance particulière. Des professeurs d’université étaient forcés de frotter de leurs mains nues le pavé des rues, de pieux vieillards juifs étaient traînés au temple et de jeunes braillards les contraignaient de faire des génuflexions et de crier en chœur « Heil Hitler ! » On attrapait dans les rues des quantités d’innocents, qu’on menait récurer les lieux d’aisance dans les casernes des S. A. ; tout ce que l’imagination haineuse, sale et morbide avait inventé au cours des nuits d’orgies se déchaînait au grand jour : qu’ils fissent irruption dans les appartements et arrachassent leurs boucles d’oreilles à des femmes tremblantes, – de tels excès avaient pu se produire sans doute dans les guerres du Moyen Âge à l’occasion des pillages des villes ; ce qui était nouveau, c’était le plaisir éhonté de tourmenter en public, de martyriser les âmes, d’infliger les humiliations les plus raffinées. Tout cela n’a pas été attesté par un témoin isolé, mais par des milliers qui ont souffert ces traitements, (…). Les jours où à chaque heure retentissaient dans ma patrie les appels déchirants et les cris de détresse, où on savait que des amis intimes étaient entraînés, torturés et humiliés et où l’on tremblait pour chacun d’entre eux, dans l’impuissance où l’on était de les secourir, sont pour moi les plus épouvantables de ma vie.

Art. 4 — ZWEIG, Stefan. Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen , 1942, pp. 508-509. Extrait

Chaque semaine, chaque mois, les réfugiés affluaient en plus grand nombre, et toujours ils étaient plus pauvres et plus effarés que ceux qui les avaient précédés. Les premiers qui avaient quitté l’Allemagne et l’Autriche avaient encore pu sauver leurs vêtements, leurs malles, leurs meubles et plusieurs même un peu d’argent. Mais plus un homme avait tardé à se méfier de l’Allemagne, plus il avait eu de peine à s’arracher à sa chère patrie, plus durement il avait été châtié. Tout d’abord on avait privé les Juifs de leur profession, puis on leur avait interdit l’accès des théâtres, des cinémas, des musées, et aux chercheurs l’usage des bibliothèques ; ils étaient restés, par fidélité ou par paresse, par lâcheté ou par fierté. Ils préféraient être humiliés dans leur patrie plutôt que de s’abaisser au rang de mendiants à l’étranger. Puis on leur avait enlevé leurs domestiques et les radios et les téléphones de leurs appartements, puis les appartements eux-mêmes, puis on les avait forcés de coudre sur leurs vêtements l’étoile de David. Chacun devait les reconnaître dans la rue, comme on reconnaissait les lépreux, les éviter et les bafouer comme des réprouvés, des proscrits. Tout droit leur était retiré, toutes les violences morales, et physiques exercées sur eux par manière de jeu, et pour chaque Juif le vieux proverbe russe était devenu soudain la cruelle vérité : « Personne n’est sûr d’éviter la besace du mendiant et la prison. » Quiconque ne partait pas, on le jetait dans un camp de concentration, où la discipline allemande matait les plus fiers, et ensuite on le chassait du pays, dépouillé de tout, avec un seul costume et dix marks dans sa poche, sans lui demander où il irait. Et alors ils étaient aux frontières, alors ils se présentaient en quémandeurs dans les consulats, et presque toujours en vain, car quel pays voulait de ces gens dépouillés de tout, de ces mendiants ?

Stefan Zweig - Biographie

Stefan Zweig naît en 1881 à Vienne dans une famille juive bourgeoise qui lui transmet sa passion pour la culture. Stefan Zweig reçoit une éducation laïque. À l’exemple de ses parents, il ne parle pas le yiddish, ne fréquente pas la synagogue, ne pratique pas ses traditions culturelles, et l’auteur n’aime pas s’entendre rappeler qu’il est juif. À 19 ans, Stefan Zweig écrit ses premiers poèmes, qui rencontrent un certain succès et voyage : Berlin, Québec, Inde, Bruxelles, États-Unis… Il échange avec l’intelligentsia européenne. Il traduit, par exemple, le poète Émile Verhaeren, qu’il a rencontré à Bruxelles.

Pendant la Première Guerre mondiale, Zweig est enrôlé dans les services des archives militaires. Il est envoyé au front pour collecter des archives. Ce qu’il y voit fait de lui un pacifiste convaincu et change son style pour l’ancrer dans le réalisme. Il lutte pour la paix et défend une unification de l’Europe.

Durant l’entre-deux guerres, sa renommée ne fait que grandir. Il écrit et publie plusieurs romans, des biographies et des nouvelles, il monte des pièces de théâtre et lors des conférences qu’il donne partout en Europe, il continue de militer pour la paix.

En 1933, l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler vient bouleverser la vie de Zweig. Cette année charnière voit l’exil forcé d’un grand nombre de ses amis allemands et les livres de Zweig subissent un autodafé en Allemagne. En 1934, l’écrivain voit son domicile perquisitionné et quitte l’Autriche, s’exilant en Angleterre puis au Brésil.

Le 12 mars 1938, Adolf Hitler traverse la frontière et proclame l’annexion de l’Autriche. Zweig se voit ainsi dépossédé de sa nationalité autrichienne et devient un réfugié politique. Installé à Rio de Janeiro, Zweig parcourt le continent. Durant l’été 1941, il entreprend la rédaction d’un témoignage autobiographique sur l’âge d’or de l’Europe pendant l’entre-deux-guerres. Ce texte, dont il expédie le manuscrit à son éditeur la veille de son suicide, sera publié deux ans après sa mort sous le titre  Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen . Dévasté par l’idéologie mortifère en marche dans cette Europe cosmopolite qu’il aimait tant, par l’anéantissement de ses rêves pacifistes et humanistes d’union des peuples, il décide qu’il ne peut plus continuer à assister ainsi, sans recours, à l’agonie du monde. Le 22 février 1942, Stefan Zweig met fin à ses jours en s’empoisonnant au Véronal en compagnie de sa deuxième femme Lotte. Il laisse ces derniers mots :

«  Le monde de mon langage a disparu pour moi et ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même. Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. » Lettre d’adieu de Stefan Zweig, 22 février 1942

“Stefan Zweig”. lemonde.fr . “Memorable”, le blog pédagogique. Online. Lien url : https://www.lemonde.fr/memorable/blog/stefan-zweig _wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Stefan_Zweig _Babelio : https://www.babelio.com/auteur/Stefan-Zweig/1963

Activités histoire

La question de recherche

Rédige une question de recherche que l’on peut se poser après avoir écouté l’épisode 3 du podcast La Mallette verte .

Activité recherche documentaire

1. Dans la lettre d’Emil (Doc n°6), identifie l’élément qui t’aide à comprendre pourquoi Perrine Sokal se rend aux Archives générales du Royaume.

2. Perrine explique la situation de l’Europe lorsque son arrière-grand-père arrive en Belgique. Résume celle-ci.

3. En lisant les différents documents conservés aux Archives générales du Royaume, quel élément surprend Perrine Sokal ? Quelle réponse apporte-t-elle à cet étonnement ?

4. À la lecture du document n°7, Guillaume et Perrine mettent en évidence un événement qui permet de comprendre la fuite d’Émil hors d’Autriche. De quel événement s’agit-il ?

5. Dans l’article n°1, relève les actes et mesures constatés en Autriche témoignant d’une banalisation de l’antisémitisme avant l’Anschluss.

© Inconnu, Public domain, via Wikimedia Commons

6. Imagine ce que cette photo, prise à Vienne en 1938, illustre? Aide-toi des documents suivants :

Les extraits de Stefan Zweig

L’art. 1 « Comment la persécution des Juifs a été mise en place en Autriche (Ostmark) après l’Anschluss »

Tempelgasse (rue du temple) et le Mémorial du temple Leopoldstädter, détruit par les nazis en novembre 1938, Vienne, Juin 2006 © Gryffindor, via Wikimedia Commons Lien

7. La photo ci-dessus a été prise à Vienne en 2006. En utilisant le texte sur le contexte des persécutions à Vienne, réponds à la question suivante. Pourquoi cette mosaïque a-t-elle été intégrée à la façade de ce bâtiment?

8. Explique comment Stefan Zweig fait ressentir, à travers son témoignage, la réalité vécue par les Juifs d’Autriche après l’Anschluss. En quoi ce ressenti complète ou enrichit-il la compréhension des faits décrits dans les textes historiques étudiés précédemment ?

9. Réalise une recherche biographique sur Adolf Eichmann cité dans l’article 2. Écris une courte présentation qui reprend les éléments essentiels de sa vie et indique dans celle-ci quel fut le rôle d’Eichmann dans la déportation des Juifs d’Europe.

Activité recherche documentaire

Mémoire et citoyenneté

1. À partir des informations recueillies par Perrine et son frère aux Archives générales du Royaume, interroge-toi sur ce que la mémoire familiale peut nous apprendre sur l’histoire collective.

2. Quel rôle peut-on avoir dans la transmission de l’histoire de nos ancêtres ?

3. Comment l’art peut-il contribuer à la transmission de la mémoire ? Explique en te référant à la question n°7 de la recherche documentaire.

ACTIVITÉ FINALISANTE

À partir des informations que tu viens de découvrir, complète les documents suivants en annexe :

☛ la frise chronologique

☛ le portrait d’Emil

ÉPISODE IV

Le Calice

Calice de Wilten. Ca. 1160-70. Kunsthistorische Museum de Vienne. Réf. Kunstkammer, 8924 © Kunsthistorische Museum de Vienne. Lien

Führermuseum. FICK, Roderich, d’après les plans d’Adolf Hitler. Autriche : Linz. Ca. 1936 © Wikimedia commons

Lien

Le Führermuseum  ?

Projet de musée d’art envisagé par Adolf Hitler dans la ville de Linz en Autriche afin d’y exposer les œuvres répondant à l’idéologie allemande, en opposition à l’art moderne qualifié « d’art dégénéré ». Indépendamment de sa collection privée, le musée devait être enrichi d’œuvres d’art provenant de toute l’Europe.

L’acquisition des œuvres a été faite sur le marché de l’art, suite à des confiscations de biens privés ou publics.

En 1943, le programme américain Monuments, Fine Arts, and Archives program  (le « programme [de sauvegarde] de l’art, des monuments et des archives ») est créé. La mission des  « Monuments Men » consiste à suivre les Alliés afin de retrouver et récupérer les œuvres pillées par les nazis. De son côté, en 1944, la Belgique met en place l’ Office de récupération économique (ORE) afin de localiser, récupérer et restituer des biens meubles (c’està-dire « déplaçables ») en Belgique ou à l’étranger disparus du domaine public ou privé belge pendant la guerre.

« Les acquisitions de la Ville de Liège « d’art dégénéré » de Lucerne Liège ».

In La base de données des œuvres d’art spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale en Belgique et non retrouvées. Looted Art. On line.

Joseph Goebbels visitant l’exposition Entartete Kuns t à Berlin. 27.02.1938 © Bundesarchiv, Bild 183-H02648 / CC BY-SA 3.0 DE via Wikimédia commons Lien

Le savais-tu ? L’art nazi

Dans l’idéologie nazie, ce qui ne correspond pas à une représentation des idées du parti en art est considéré comme “dégénéré”.

Promu en Allemagne sous le régime d’Adolf Hitler (1933–1945), l’art nazi s’impose en tant que forme d’expression officielle, servant à renforcer l’idéologie nazie. Il est strictement contrôlé par l’État et répond à des critères esthétiques et idéologiques très précis.

Il rejette l’art moderne, considéré comme dégénéré ( Entartete Kunst ), tel que l’expressionnisme, le cubisme, le surréalisme ou l’abstraction.

Il privilégie un style classique, réaliste et figuratif, inspiré de l’art grec et romain antique, renvoyant à un idéal de perfection et de pureté. Expression artistique qui glorifie le corps et la race au travers de corps idéalisés, jeunes, forts, athlétiques — symbole de la “race aryenne”. Les corps masculins sont souvent montrés comme puissants et disciplinés, les femmes comme mères, nourricières, ou incarnations de la beauté raciale. L’art exalte le Führer , l’armée allemande et valorise le travail, la terre, la famille et la nation.

Les grands thèmes de représentation sont la nation et la patrie (symboles allemands, drapeaux, paysages idéalisés), la famille allemande traditionnelle (mère au foyer, enfants blonds, père travailleur), la ruralité et pureté du sang (la terre allemande comme origine de la pureté raciale) et la lutte contre l’ennemi (représentations de la victoire sur les “ennemis” du Reich , dont les Juifs, les communistes, etc.).

L’architecture nazie, notamment sous Albert Speer, est monumentale, imposante, inspirée des temples romains — elle exprime la puissance éternelle du Reich.

CHAPOUTOT, Johann. La Révolution culturelle nazie, 2017.

ACTIVITÉ ÉPISODE

Documents à mobiliser :

☛ Dans la mallette

Doc. n°9 - Lettre de Gunther Brubaum (Entr’aide autrichienne) adressée au Ministre de la Justice belge. Bruxelles, le 19 juillet 1939 © Perrine Sokal / Archives générales du Royaume réf. n°A343436

Lien partie 1 et 2

☛ Les articles utiles

Art. 1 — ZWEIG, Stefan. Le Monde d’hier. Souvenirs d’un Européen , 1942, pp 35-36. Extrait

« (…) l’adaptation à ce milieu que constituent un peuple et son séjour n’est pas seulement pour les Juifs une mesure extérieure de protection, mais un besoin intime et profond. Leur aspiration à une patrie, à un repos, à une trêve, à une sécurité, à un lieu où ils ne soient pas étrangers les contraint de se rattacher avec passion à la culture du monde où ils vivent. Et jamais une telle symbiose ne se révéla plus heureuse et plus féconde qu’en Autriche, sinon dans l’Espagne du XVe siècle. Installés depuis plus de deux cents ans dans la ville impériale, les Juifs y rencontrèrent un peuple de mœurs faciles et d’humeur conciliante, et qui, sous son apparente légèreté, nourrissait le même instinct profond des valeurs esthétiques et spirituelles qui avaient pour euxmêmes tant d’importance. Ils trouvèrent plus à Vienne : ils y eurent une tâche à remplir. Au cours du siècle passé, le culte des arts avait perdu en Autriche ses gardiens et ses protecteurs traditionnels, je veux dire la maison impériale et l’aristocratie (…) afin de maintenir les concerts philharmoniques à leur ancien niveau, de rendre l’existence possible aux peintres et aux sculpteurs, il fallait que la bourgeoisie sautât sur la brèche, et ce fut justement l’orgueil et l’ambition de la bourgeoisie juive, de paraître là au premier rang et de maintenir dans son ancien éclat la renommée de la culture viennoise. Ils avaient toujours aimé cette ville et s’y étaient acclimatés de toute leur âme, mais ce n’est que par leur amour de l’art viennois qu’ils jugèrent y avoir acquis droit de cité et se sentirent devenus vraiment Viennois. Par ailleurs ils ne jouaient dans la vie publique qu’un rôle assez effacé ; (…) Ce n’est que dans le culte des beaux-arts que tout le monde à Vienne se sentait les mêmes droits, parce que l’amour de l’art passait là pour un devoir de toute la communauté, et la bourgeoisie juive a pris une part considérable au développement de la culture viennoise en la favorisant par tous les moyens. Les Israélites constituaient le véritable public, ils remplissaient les théâtres, les salles de concert, ils achetaient les livres, les gravures, ils visitaient les

expositions, ils étaient partout, avec leur intelligence plus souple et moins liée par une tradition, les promoteurs et les champions de toutes les nouveautés. Presque toutes les grandes collections d’œuvres d’art du XIXe siècle avaient été constituées par eux, presque toutes les tentatives artistiques n’avaient été rendues possibles que par eux ; (…) les Juifs de Vienne étaient devenus des créateurs en art, non certes que leurs productions eussent un caractère spécifiquement judaïque, mais en donnant, par un prodige d’assimilation intelligente et sensible, au génie autrichien, au génie viennois son expression la plus intense. (…) partout, savants, virtuoses, peintres, régisseurs, architectes et journalistes, ils s’assurèrent les places les plus en vue, qu’on ne songeait pas à leur disputer, dans la vie spirituelle de la cité. Par leur amour passionné de cette ville, par leur volonté de s’assimiler à elle, ils s’y étaient parfaitement adaptés, et ils étaient heureux de servir la gloire autrichienne.

Activité histoire

La question de recherche et la démarche de l’historien.ne

1. Rédige une question de recherche que l’on peut se poser après avoir écouté l’épisode 4 du podcast La Mallette verte.

2. Malgré les explications du conservateur du Kunsthistorische Museum de Vienne sur l’achat du calice à l’abbaye, quelle source découverte par Perrine aux Archives générales du Royaume l’incite à poursuivre ses recherches ? Aide-toi du doc n°9 pour répondre à la question. Précise le prochain endroit qu’elle décide de visiter pour poursuivre son enquête. En quoi est-ce une démarche d’historienne ?

Activité recherche documentaire

1. D’après les échanges de Perrine avec sa famille, pour quelle raison les nazis voulaient-ils s’emparer du calice ? Quelle hypothèse Perrine établit-elle avec le Führermuseum  ?

2. Résume le parcours d’Emil tel que le raconte Perrine, depuis la Galicie — région polonaise annexée par l’Empire austro-hongrois en 1777 — jusqu’à Baden.

3. Lis l’extrait de l’ouvrage de Stefan Zweig, Le Monde d’hier (Art. 1) et donne une des raisons qui a peut-être poussé Emil à se reconvertir en marchand d’art lors de son arrivée à Vienne.

4. À partir de la description qu’en font Perrine et sa famille, donne trois caractéristiques du calice de Wilten.

Activité philo

Selon toi, en quoi les événements politiques peuvent-ils avoir un impact sur le monde culturel et artistique ?

ACTIVITÉ FINALISANTE

À partir des informations que tu viens de découvrir, complète les documents suivants en annexe :

☛ la frise chronologique

☛ le portrait d’Emil

ÉPISODE V

Tempête sur les monastères

Abbaye de Wilten. 2012 © Wikimedias commons - Lien

☛ Les articles utiles

ACTIVITÉS ÉPISODE

Documents à mobiliser :

☛ Dans la mallette

Doc. 13 PREGENZER, Heinrich. La deuxième suppression de l’abbaye de Wilten (de 1939 à 1945)

© Abbaye de Wilten - Perrine Sokal

Lien

Art. 1. Entretien avec le Professeur Rupert Klieber, Professeur d’histoire de l’Église catholique autrichienne à l’Université de Vienne au sujet du Klostersturm (« Tempête sur les monastères ») : extrait de l’épisode V

Perrine (voix-off) : Le Professeur Klieber m’a expliqué que les Nazis n’aimaient pas les ordres catholiques, car ils voulaient nazifier tous les secteurs de la société. C’est ce qu’on a appelé la « gleichschaltung », la mise au pas de la société dans son ensemble pour imposer le pouvoir total.

Prof. Klieber : L’hostilité des nazis à l’égard de l’Église catholique était presque aussi prononcée que celle à l’égard de la communauté juive. Par exemple, lors d’une assemblée anticléricale qui eu lieu ici place des héros [Vienne], il y avait un slogan disant « le cardinal Innitzer et les Juifs sont de la même espèce ».

Perrine (voix-off) : Les nationaux socialistes voyaient d’un mauvais oeil l’influence de l’Église sur la population, ils estimaient que leur richesse était illégitime, qu’elle avait été acquise grâce à des siècles d’exploitation de la population. Alors pour réduire le pouvoir important de l’Eglise en Autriche – qui, je vous le rappelle, n’avait pas connu la

révolution comme chez nous [en Belgique] - les Nazis ont voulu limiter leur indépendance financière en confisquant leurs biens. Emil, en aidant les Prémontrés à vendre le calice et à en récupérer une somme très importante, sabotait donc les efforts allemands pour soumettre les autorités catholiques.

Prof. Klieber : La vente du calice représentait une grosse somme d’argent, et elle était donc naturellement suspectée d’être illégale, ou contre les intérêts nationaux.

Perrine (voix-off) : Ce serait pour ça qu’Emil aurait tenté de supprimer toute preuve de son implication dans la vente, notamment en donnant toutes ses archives de la vente à l’Abbaye d’Innsbruck.

Prof. Klieber : Oui, cela pourrait avoir un sens. Peut-être que Sokal lui-même ne voulait pas qu’il y ait beaucoup de documents prouvant son implication dans la transaction, parce qu’il pouvait s’attendre à ce que dans tous les cas, cette activité pour les milieux ecclésiastiques, qui plus est par un homme d’affaires juif, serait interprétée en sa défaveur et qu’elle lui porterait préjudice.

Art. 2 — Le traitement des moines de l’abbaye des Prémontrés sous occupation nazie

Dès mars 1938 et l’Anschluss, l’abbaye des Prémontrés est touchée par les mesures nazies. Les Clubs de jeunesse et les organisations de la paroisse sont dissous. Le 24 août 1939, l’abbaye est fermée et l’abbé Heinrich Schuler (1922-1949) et tous les frères doivent trouver un autre logement. Trois frères s’exilent pour le Brésil et cinq jeunes frères en formation sont mobilisés pour combattre. Au cours des années suivantes, 14 frères furent emprisonnés, certains pour de courtes périodes. Il était interdit de prêcher ou d’enseigner la religion. Le père Canisius Seitz fut emprisonné au camp de Dachau et le frère lai1 Gereon Außerlechner mourut dans ce même camp le 13 juin 1944. Une autre personnalité de l’abbaye, le père Domicus Dietrich, fut emprisonné trois fois et menacé d’être envoyé à Dachau. Mais ce dernier fut exilé dans une autre abbaye avant de revenir dès 1941. Apprécié de la population et défendu par des dignitaires religieux, il ne fut plus inquiété. En 1944, l’abbaye et son église furent endommagées par des bombardements. Après la Seconde Guerre mondiale, l’abbaye fut restaurée petit à petit pour que la vie monastique puisse reprendre normalement. Les jeunes frères revinrent saufs de la guerre et d’autres rejoignirent le monastère. L’église du monastère ne fut rouverte qu’à la Noël 1952.

1 Frère lai, sœur laie : religieux non prêtre, religieuse non admise aux vœux solennels et qui assurait des services matériels dans les couvents et abbaye.

BAECK Dr., Peter. Stift Wilten, 900 Jahre Prämonstratenser. Innsbruck, 2021

Le camp de Dachau. 28.03.2025

© CC BY-SA 3.0 via Wikimédia commons Lien

Le camp de Dachau

Himmler déclare le 21 mars 1933 l’ouverture près de Munich du camp de concentration de Dachau. Le règlement mis en place sera suivi dans tous les autres camps de concentration par la suite. Les premiers détenus enfermés le furent pour des motifs exclusivement politiques puis en fonction des conquêtes territoriales la population du camp changera (Autriche 1938, Sudètes 1939). A partir de 1942, les détenus doivent participer à la production de guerre. En 1942, la zone de fours crématoires puis une chambre à gaz sont construites près du camp principal. Dachau fut aussi le centre d’expériences médicales (injection de virus et de maladies, …). A la fin de la guerre, le 14 avril 1945, Himmler ordonna qu’aucun détenu ne soit remis vivant aux mains des troupes ennemies. Ainsi de Dachau partirent des “marches de la mort”. Le camp est libéré par les Américains le 29 avril 1945.

Encyclopédie multimédia de la Shoah et BOVY, D. Dictionnaire de la barbarie nazie et de la Shoah , Collection Voix de la Mémoire - Les Territoires de la Mémoire, Liège : Éditions Pire. 2007, pp. 215-216

Gleichschaltung

Gleichschaltung , signifie « mise au pas » ou « nazification » de l’ensemble des organes de fonctionnement du Reich afin d’aligner et de contrôler tous les aspects de la société allemande (politique, économique, culturel et social) selon les lignes directrices et idéologiques d’Hitler. Cette “mise au pas” s’est réalisée sous le couvert de l’élaboration de lois et/ou par des actions violentes afin de soumettre la population à ses normes et établir un régime totalitaire.

Par exemple :

> Au point de vue politique : idéologie officielle, suspension des libertés fondamentales, purge politique et dans l’administration, alignement des Landers sur l’Etat central, dissolution des parlements régionaux, interdiction des partis politiques, emprisonnement, exécution et déportation des opposants au régime, omniprésence des SS et de la Gestapo

> Au point de vue social : intimidations de la population, discriminations, persécutions et déportation des homosexuels, des Tziganes, Rom et Sinti, des « asociaux », persécutions et spoliations des Juifs, … Dissolution des organisations culturelles, sportives et syndicales pour les réunir dans des structures nazies telles que les Jeunesses hitlériennes et le Front du travail qui remplace les syndicats.

> Economiquement, des lois sont également élaborées, dès 1933, pour interdire l’exportation de capitaux, supprimer l’autonomie de la banque centrale, la mainmise totale du Führer sur la banque d’émission (des billets de banque).

> Culturellement : création en 1933 de la Chambre de Culture du Reich pour superviser la production d’art, de musique, de cinéma, de théâtre, de radio, et de littérature en Allemagne ce qui permet de contrôler les médias (propagande) et la culture (contre l’art dégénéré).

“L’art « dégénéré »”.

In Encyclopédie multimédia de la Shoah On Line. Encyclopédie multimédia de la Shoah et BOVY, D. Dictionnaire de la barbarie nazie et de la Shoah , Collection Voix de la Mémoire - Les Territoires de la Mémoire, Liège : Éditions Pire. 2007, pp.286-287

Activité histoire

La question de recherche

Rédige une question de recherche que l’on peut se poser après avoir écouté l’épisode 5 du podcast La Mallette verte .

Activité recherche documentaire

1. À partir du document n°13 de la mallette, explique en quoi les mémoires du prieur Heinrich Pregenzer contredisent-elles les déclarations du conservateur du Kunsthistorische Museum de Vienne ?

2. Selon le professeur Klieber, pourquoi l’arrivée des nazis en Autriche menaçait-elle la vente du calice ?

3. Qu’apprends- tu sur le rapport entre les nazis et l’Église catholique en Autriche ? Réfère-toi à la transcription de l’interview sur le Klostersturm

4. Sur base de la définition du Gleichschaltung , explique en quoi l’opération « tempête sur les monastères » est un élément de mise en place de ce rouage du nazisme.

5. En quoi le traitement des moines du monastère des Prémontrés et le camp de Dachau illustre de manière concrète des mesures prises dans le cadre du Gleichschaltung  ?

6. En quoi la participation d’Emil dans cette affaire mène les nazis à le considérer comme un traître ? Comment tente-t-il d’effacer les traces de sa participation ?

7. Selon toi, pourquoi la vente du calice à un musée national autrichien protégeait-elle davantage cet objet de la confiscation par les nazis, que s’il était resté en possession du monastère ?

Activité philo

La liberté de conscience

Sous le régime nazi, toute expression divergente de l’idéologie officielle, y compris religieuse, est condamnée. Notre système démocratique protège les libertés d’expression, de conscience et de culte. En quoi celui-ci favorise-t-il notre vivre ensemble ?

Selon toi, y-a-t-il des limites à ces libertés ?

ACTIVITÉ FINALISANTE

À partir des informations que tu viens de découvrir, complète les documents suivants en annexe : ☛ la frise chronologique ☛ le portrait d’Emil

ÉPISODE VI

Maria

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© Perrine Sokal

Lien

ACTIVITÉS ÉPISODE

Documents à mobiliser :

☛ Dans la mallette

Doc n°12 - Avis de décès de Maria Sokal. 5.6.1939 © Perrine Sokal

Archives générales du Royaume

Lien doc en VA et en VF

Photo de Maria, Vienne (?), Ca. 1920
© Perrine Sokal
Raoul, Maria, Gerhard, Autriche, Ca. 1936

☛ Les articles utiles

Art. 1 — Rapport de police du 2 juin 1939 (traduction de l’allemand)

Sokal, Maria,..., jusqu’à présent résidait à Baden bei Wien Antong, 19. Actuellement, elle vit chez sa sœur, Hütteldorferstr. 97/20. Selon les dires de sa sœur et de ses trois fils, depuis environ trois semaines, elle n’est plus normale. Elle ne mange presque plus, est agitée et semble avoir toujours peur. Elle ne parle pas de son état.

Lors de l’examen, elle est très agitée, ne donne pas de bonnes réponses, ne fait que murmurer « ce n’est rien, il ne faut pas faire d’histoires ». Elle a peur d’être séparée de ses fils, elle a l’air complètement épuisée, a de la mousse autour de la bouche. Elle ne peut pas donner sa nationalité, elle semble désorientée.

Compte tenu de son état mental douteux, elle est transférée pour une observation plus poussée à la clinique psychiatrique.

Le fils déclare : Sa mère n’a jamais été anxieuse auparavant, n’a jamais été dans un hôpital psychiatrique. Depuis un mois, elle est de plus en plus apathique, ne veut pas manger, on doit la forcer à manger, dort mal, est anxieuse et a peur de ne pas pouvoir rejoindre son mari. Son mari a émigré en Belgique et elle doit le rejoindre, mais cela prend des mois en raison de problèmes de visa, ce qui l’a rendue de plus en plus anxieuse. Au début, elle était agitée et anxieuse, maintenant elle est plus apathique. Elle n’a rien mangé ces derniers jours (elle ne mangeait que du sucre depuis quelque temps).

Art. 2 — Dossier médical de Maria - 13 juin 1939 (traduction de l’allemand)

A l’admission : apathique, en larmes, avec des bleus sur les deux bras et avant-bras et à la cuisse droite.

Pendant l’entretien : allongée dans son lit, elle murmure, se plaint constamment à voix basse, devient plus vivante lorsqu’on lui parle mais ne se laisse pas fixer. «Que va-t-il se passer, c’est terrible, que dois-je faire, etc.» Au moins elle est organisée et semble aussi désorientée. Elle est préoccupée pour son mari, qui devrait émigrer en tant que Juif. Il est peut-être en Belgique. Elle craint qu’il ne lui arrive quelque chose si elle est découverte ici. Elle aurait dû quitter son appartement et se serait installée chez sa sœur avec ses trois enfants. Cependant, sa sœur serait pauvre et l’aurait donc mise à la porte.

Tout cela, elle ne le mentionne que brièvement en réponse à des questions répétées, et le reste du temps, elle gémit continue de se plaindre de manière stéréotypée.

Aspect physique : pâle, réagit à la lumière, dentition en bon état, rythme cardiaque normal, réflexes normaux, Babinski négatif des deux côtés. Même pendant l’examen physique, elle est renfermée et se plaint de chaque contact, sans qu’il soit possible d’identifier un point douloureux particulier.

Résumé : Femme de 47 ans, tableau clinique anxieux.

Art. 3 — Le péritocide nazi

« Meurtre ou acte (de négligence) potentiellement meurtrier commis/entrepris/ordonné (par le biais d’une [ pseudo-] loi ou autrement) et perpétré, en temps de guerre ou de paix, par une autorité gouvernementale à l’encontre de citoyens sans défense et non consentants de sa propre nation ou d’un peuple ou d’une nation se trouvant sous son occupation, lesdits citoyens ayant été déclarés inutiles sur la base de leur âge ou d’une quelconque invalidité physique ou mentale, et ce, pour des raisons idéologiques, économiques, géopolitiques (colonialistes), militaires ou (pseudo-) scientifiques (et médicales). »

PUTTEMANS, Johan.

“Péritocide l’assassinat des « inutiles »”.

In Traces de mémoire n°53, septembre 2024, p. 4.

Art. 4 — Le péritocide nazi centralisé – Aktion T4

“Le péritocide nazi centralisé commence en janvier 1940. Il consiste à acheminer vers des centres d’extermination les patients jugés « inutiles » par les nazis. Dans la littérature, cette initiative est connue sous le nom d’ Aktion T4 , bien que cette dénomination n’ait jamais été employée par les nazis. À partir d’octobre 1939, les institutions psychiatriques reçoivent des formulaires de recensement qu’elles sont obligées de remplir et de renvoyer à la KdF, qui opère dans ce contexte sous un nom fictif. Le Zentraldienststelle -T4 (bureau central T4), établi à la Tiergartenstraße 4 à Berlin, reçoit ces formulaires et en envoie des copies à trois T4- Gutachters , des médecins chargés de déterminer, sur la base de ces formulaires, si les patients visés doivent être maintenus en vie ou éliminés. Après être passés entre les mains des médecins T4, ces documents sont résumés en un seul document transmis à un Obergutachter

qui décide du sort des patients. L’instance centrale compile alors des listes qui sont remises à l’une des organisations factices chargées du transport des condamnés. Des bus viennent chercher les patients dans leurs établissements pour les conduire dans un centre d’extermination T4, où ils sont gazés et incinérés le jour même. Un médecin, qui assure lui-même la mise à mort, rédige un certificat de décès, et un agent de police fait de même pour l’état civil. La famille des défunts est prévenue quelques jours plus tard par l’intermédiaire d’un courrier qui explique qu’en raison de circonstances exceptionnelles dues à la guerre, le corps a été incinéré pour écarter tout risque d’épidémie. Les nazis veulent en réalité éviter qu’un médecin examine le corps et identifie la véritable cause du décès. Entre la découverte de documents falsifiés, la vue de bus qui arrivent pleins et repartent vides, et l’odeur de chair brûlée qui flotte dans la ville, le secret d’État est toutefois rapidement percé. Les nazis imaginent alors des Zwischenanstalten [...], des établissements-relais dans lesquels les patients tirés de leur établissement d’origine sont retenus un certain temps avant d’être déportés vers un centre d’extermination T4.”

PUTTEMANS, Johan. “Le péritocide nazi : de la nécessité d’opérer une distinction entre les différents péritocides perpétrés sous le régime nazi”.

In Traces de mémoire n°53, septembre 2024, pp. 15-16

Le savais-tu ? “Aloisia Veit, la cousine schizophrène d’Hitler gazée à Hartheim”

L’historien américain Timothy Ryback a révélé, à l’issue de ses recherches sur la généalogie d’Adolf Hitler, que ce dernier avait effectivement des raisons de cacher son origine familiale, notamment à cause de cas de troubles mentaux parmi ses proches. Parmi eux figurait Aloisia Veit, cousine d’Hitler, née en 1891 en Autriche-Hongrie. Parente par la lignée Schicklgruber, elle travailla comme femme de chambre avant d’être internée en 1932 pour troubles schizophréniques : dépression, hallucinations, et délire mystique. Jugée incurable, elle fut transférée en 1940 dans un établissement psychiatrique d’Ybbs, au moment où le régime nazi menait son programme d’euthanasie Aktion T4 , visant à éliminer les personnes considérées comme « inutiles ». Malgré les tentatives de Paula Hitler, la sœur du Führer, pour la sauver grâce à ses relations avec Erwin Jekelius, un psychiatre impliqué dans le programme, Aloisia fut gazée le 6 décembre 1940 au centre de mise à mort de Hartheim, près de Linz.

Ce lien familial avec une victime des politiques eugéniques nazies explique pourquoi Hitler a toujours dissimulé son arbre généalogique, entaché par des antécédents de maladies mentales.

PUTTEMANS, Johan. Traces de mémoire n°55, mars 2025, pp. 18-19 (Résumé)

Art. 5 — Complexe hospitalier de Am Steinhof (aujourd’hui l’hôpital Otto Wagner) – banlieue de Vienne

Ce complexe hospitalier fut créé en 1906-1907 par l’architecte Otto Wagner. A l’époque, il s’agit d’un hôpital modèle spécialisé en soins psychiatriques. Il se trouve à l’extérieur dans la banlieue de Vienne, près du campus universitaire et est composé d’une série de pavillons. Une église et un sanatorium complètent le complexe. En 1938, suite à l’Anschluss, les nazis mettent la médecine au service de leur idéologie.

Elle doit servir à améliorer le capital génétique de la société. Les patients psychiatriques sont vus comme des « sous-humains », ils sont « génétiquement inférieurs » et doivent donc être exclus des services de santé et de l’aide sociale.

Des stérilisations forcées et des interdictions de mariage ont lieu dès janvier 1940. Et dès l’automne 1939, l’ Aktion T4 se met en place. Dans la vision nazie, l’élimination des « poids morts », des « mangeurs inutiles » doit contrebalancer les pertes liées à la guerre et permettre d’économiser les lits d’hôpitaux, le matériel médical et la nourriture. Des patients sélectionnés de Am Steinhof (et des autres hôpitaux psychiatriques d’Autriche) sont déportés au château de Hartheim près de Linz pour être gazés. Le château de Hartheim sert aussi de lieu d’internement des patients juifs de toute l’Autriche. Les causes et lieux de la mort de ces patients sont systématiquement falsifiés dans les informations transmises aux autorités et aux familles. Environ 18 200 personnes furent tuées dans la cadre de l’ Aktion T4 à Hartheim.

Ce qui se passait à Hartheim est vite devenu évident et l’ Aktion T4 a été officiellement arrêtée en août 1941 suite à de nombreuses plaintes de l’opinion publique et de l’Eglise catholique. Après l’arrêt de l’ Aktion T4 en août 1941, le château de Hartheim continue de servir de lieu d’exécution. Environ 8 000 prisonniers des camps de concentration de Dachau, Mauthausen et Gusen ainsi que des travailleurs forcés de l’Est qui ne pouvaient plus travailler y sont gazés.

Même après l’arrêt de l’ Aktion T4 , la mortalité dans les hôpitaux psychiatriques est restée très importante : les patients mourraient à cause de la négligence systématique, de la malnutrition, du froid ou de maladies infectieuses. L’hôpital psychiatrique d’Am Steinhof souffrait aussi de surpopulation. De plus, entre 1940 et 1945, au pavillon des enfants, environ 800 enfants « handicapés » ont été assassinés (principalement par overdose médicamenteuse). Ces enfants étaient notamment utilisés pour des expériences scientifiques (par exemple des tests pour un vaccin contre la tuberculose). Il faudra attendre 2002 pour les restes humains de certains de ces enfants, toujours utilisés et conservés pour la recherche médicale, soient enterrés dans le cimetière de Vienne.

The war against the « inferior » on the History of nazi medecine in Vienna. Catalogue de l’exposition du mémorial de Steinhof. Vienne : Hôpital Otto Wagner. Archives de la Résistance autrichienne. 2018.

L’Hôpital d’Am Steinhof. Vue de Vienne au début du XX e siècle . 2.02.1908. Carte postale « vintage », collection privée - © Wikimedia Commons - Lien

Photo aérienne de l’Hôpital d’Am Steinhof (Otto Wagner aujourd’hui), 1932. Vue de l’église et des différents pavillons. © Walter Mittelholzer via Wikimedia Commons Lien

Carte postale,  château de Hartheim (1924) Source : Wolfgang Sauber, Public domain, via Wikimedia Commons - Lien

Eugénisme ?

L’eugénisme « négatif » est une doctrine visant à empêcher la multiplication d’individus supposés « inférieurs » à cause de leur hérédité : au point de vue physique (handicap), intellectuel (QI inférieur) ou psychologique (problème de santé mentale). Concrètement, il consiste soit à l’élimination pure et simple, soit à la stérilisation pour éviter la reproduction.

A contrario, l’eugénisme « positif » consiste à favoriser la reproduction d’individus considérés comme « supérieurs » afin de préserver la pureté du sang allemand, dans le cas présent.

BOVY, D. Dictionnaire de la barbarie nazie et de la Shoah , Collection Voix de la Mémoire- Les Territoires de la Mémoire, Liège : Éditions Pire. 2007, pp.270-271

Activité histoire

La question de recherche

Rédige une question de recherche que l’on peut se poser après avoir écouté l’épisode 6 du podcast La Mallette verte

Activité recherche documentaire

1. Maria, la femme d’Emil, serait « Morte à Vienne dans des circonstances très étranges ». Retrace son parcours et explique les raisons de son décès.

2. Pourquoi la mort de Maria « a tout changé » pour les enfants d’Emil ?

3. Lis les deux définitions du péritocide nazi. Réécris une définition de ce terme avec tes mots.

4. D’après le podcast et les documents historiques, peux-tu décrire le péritocide nazi en Autriche (dates, lieux importants, personnes touchées) ?

5. Après l’écoute du podcast, Maria est-elle une victime de l’ Aktion T4 en Autriche ? Donne une réponse nuancée (argumentée).

Activité philo

1. Peut-on vouloir « améliorer » l’être humain sans mettre en danger son intégrité et sa dignité ?

2. À travers l’exemple de sa cousine, Hitler manifeste son adhésion absolue à l’idéologie nazie. Que penses-tu de l’attitude qu’il adopte envers un membre de sa propre famille au nom de ses convictions politiques ?

ACTIVITÉ FINALISANTE

À partir des informations que tu viens de découvrir, complète les documents suivants en annexe :

☛ la frise chronologique

☛ le portrait d’Emil

Épisodes VII et VIII

Faux tableaux et épilogue

Falsche Hodler-Bilder verkauft ANNO, Die Stunde, 1937-11-14, Seite 16 (onb.ac.at) Lien

Documents à mobiliser :

☛ Dans la mallette

Doc n°10 - Document d’aryanisation des biens d’Emil Sokal (document original en allemand) © Perrine Sokal. Lien

☛ Les articles utiles

Art. 1 — GOLDBERG, Itzhak. 4.03.2025. “Un petit cours sur « l’art dégénéré »”. In Le Journal des Arts

À partir de 1910, de nombreux artistes comme Picasso, Klee ou Kandinsky explorent de nouvelles formes d’expression, ouvrant la voie à l’art abstrait. Les œuvres s’éloignent progressivement de la représentation réaliste pour se concentrer sur l’agencement de formes et de couleurs. Ces créations seront sévèrement critiquées par Hitler, qui considère toutes ces pratiques comme de l’« art dégénéré », accusé de trahir la pureté classique.

Le terme « dégénéré » a été popularisé par le médecin et sociologue Max Nordau, qui, dans son ouvrage Dégénérescence (1892), s’appuie sur la théorie de l’évolution de Darwin pour analyser des artistes et prétend que l’humanité décline biologiquement, ce déclin se reflétant dans l’art moderne. Selon lui, en valorisant les dessins d’enfants, les œuvres de malades mentaux ou l’art extra-européen, l’avant-garde témoignerait d’une régression inquiétante. Par exemple, L’Arlésienne de Van Gogh (1888), avec ses proportions corporelles atypiques, a été perçue dès la fin du XIXe siècle comme un signe de cette prétendue dégénérescence.

À l’opposé de ces expérimentations artistiques nouvelles, Hitler impose un art officiel destiné à promouvoir la propagande nazie. Cet « art héroïque » glorifie des corps athlétiques et des figures idéalisées pour symboliser la pureté de l’âme allemande et dénoncer « l’étranger » comme corrupteur.

Art. 2 — ANNO, Neues Wiener Tagblatt (Tages-Ausgabe). 1939-06-10. Seite 9 (onb.ac.at)

Traduction française par Perrine Sokal. Lien

L’architecte Hans Sachs a dû répondre du crime d’escroquerie devant un jury du tribunal régional, présidé par son directeur, le Dr Rubl. Avec le marchand d’art Emil Sokal et son père, le restaurateur Bruno Sachs, ils avaient vendu de faux tableaux en les présentant comme des œuvres originales de maîtres célèbres. Sokal et Bruno Sachs se sont enfuis à l’étranger.

Le marchand d’art Emil Sokal, ami de l’accusé Hans Sachs, avait acheté quatre tableaux provenant de la succession du peintre décédé Kolo Moser, qu’il avait signés « F. Hodler » avant de les revendre à prix d’or à l’épouse d’un marchand de tableaux vénitien, accompagnés de fausses attestations d’authenticité.

Plus tard, on tenta de remettre à nouveau un faux tableau à cette dame peu versée dans l’art. Cette fois, il s’agissait d’un « Segantini ». Mais l’affaire n’aboutit pas : le fils du peintre découvrit la supercherie et fit arrêter les deux marchands de tableaux frauduleux. À l’époque, Sokal affirma avoir acheté le tableau en 1893, lors d’une exposition d’art vénitien.

Hans Sachs, qui avait vendu les tableaux de Kolo Moser, admit avoir remarqué la signature « F. Hodler » lors de la revente, mais l’avoir jugée sans importance, car la mention « De la succession du peintre Kolo Moser » figurait au dos. Après une heure de délibération, la Cour reconnut Hans Sachs coupable d’escroquerie pour avoir vendu quatre tableaux de Kolo Moser en prétendant qu’il s’agissait d’œuvres de F. Hodler, et le condamna à huit mois de prison ferme.

Tableaux de maître, made in Vienna. Pirates du marché de l’art viennois.

La Sécession Viennoise

La Sécession Viennoise (1897 - 1918)

Mouvement artistique développé à Vienne dès 1897 par des artistes comme Gustav Klimt, selon les caractéristiques suivantes :

- style opposé à l’académisme et au conservatisme artistique pour promouvoir une esthétique nouvelle caractérisée par des ornements floraux, des lignes courbes, des motifs décoratifs, des dorures et un travail sur les matériaux.

- idée d’un art total selon laquelle toutes les expressions artistiques (peinture, architecture, arts décoratifs, design, etc.) s’unissent pour transformer les espaces publics et privés, et influencer le mode de vie.

- en 1905, Klimt et plusieurs figures majeures quittent le groupe, ce qui marque la fin de sa période la plus créative et influente.

BAUDOT, François. Vienne 1900: La sécession viennoise. Paris : Éditions Assouline, 2005

MOSER, Koloman.1901. Début du printemps . Illustration d’un poème de Rainer Maria Rilke.

Autriche © wikimedia commons

Lien

Koloman Moser (1868-1918)

Artiste autrichien, figure centrale de la Sécession viennoise et du mouvement Art nouveau.

Formé aux Beaux-Arts de Vienne, sa grande capacité à passer d’un médium à l’autre lui permet de s’illustrer comme peintre, graphiste, designer et décorateur. Moser est connu pour avoir créé différents supports comme des affiches, vitraux, meubles, textiles, bijoux, objets du quotidien. Il participe à la fondation de la Sécession avec Gustav Klimt et Josef Hoffmann en 1897 et de la Wiener Werkstätte (« Atelier viennois ») en 1909, une coopérative d’artisans et artistes qui défend l’idée de l’art total, où la vie quotidienne est embellie par le design et l’esthétique. Ses créations sont reconnaissables par leurs formes géométriques, l’usage de couleurs vives et de motifs décoratifs stylisés.

LEMOINE, Serge. “Vienne 1900 - Klimt, Schiele, Moser, Kokoschka”. In Le Figaro Magazine , catalogue d’exposition. Paris : Éditions RMN, 2005

Ferdinand Hodler (1853 - 1918)

HODLER, Ferdinand. 1892. Les âmes déçues. Berne : Kunstmuseum © wikimedia commons - Lien

Peintre suisse, il se forme d’abord auprès de son beau-père et de Ferdinand Sommer, puis enrichit son apprentissage lors de voyages à Genève, Paris et en Espagne. Influencé par l’Art nouveau et la Sécession viennoise, il utilise parfois des lignes claires et des formes géométriques, notamment dans ses tableaux historiques et panneaux décoratifs.

Hodler privilégie l’expression d’idées universelles à travers un style symboliste : thèmes de la vie, de la mort, de la nature et de l’histoire, compositions symétriques et monumentales, et utilisation du « rythme », c’est-à-dire la répétition harmonieuse de formes ou de figures. Ses paysages sont contemplatifs et ses portraits, expressifs, se détachant sur des fonds simplifiés.

Il acquiert une renommée internationale, notamment après son invitation à la 19e exposition de la Sécession viennoise en 1904, et enseigne à l’École des Beaux-Arts de Genève de 1915 à 1917. En 1914, il prend position contre le bombardement de la cathédrale de Reims, ce qui lui vaut des exclusions de certaines associations artistiques allemandes.

“Ferdinand Hodler peintre | Berne, 1853 - Genève, 1918”. In Musée d’Art et d’Histoire de Genève . On Line.

Lien : https://www.mahmah.ch/collection/artistes/hodler-ferdinand

Activité histoire

La question de recherche Rédige une question de recherche que l’on peut se poser après avoir écouté les épisodes 7 et 8 du podcast La Mallette verte .

Activité recherche documentaire

1. Quel document nouvellement trouvé pousse Perrine Sokal à enquêter sur la piste des faux tableaux de Ferdinand Hodler ?

2. À partir des informations données par l’article 1 et les cadres, pourquoi peut-on dire que les oeuvres de Koloman Moser ont été considérées comme “dégénérées” par le régime nazi ?

3. Rends-toi sur le site des archives de journaux autrichiens https://anno.onb.ac.at/ et cherche un autre article sur le procès d’Emil, sur la base de la date du procès et de mots-clés pertinents. Utilise l’application Google Lens pour traduire l’image de l’article.

4. Comment l’idéologie nazie valorise-t-elle certaines formes d’art ou en rejette-t-elle d’autres pour servir sa politique ?

5. En quoi le procès d’Emil change-t-il l’image que Perrine avait de son arrière-grand-père? Comment explique-t-elle cette ambivalence?

6. À partir de l’article n°2 et du document n°10 de La Mallette verte , explique une autre raison qui pousse Emil Sokal à fuir Vienne.

7. En quoi ce podcast racontant une histoire familiale contribue-t-il à la transmission de la mémoire collective et à l’histoire publique ?

8. Au cours de son enquête dans les épisodes 1 à 8, quels obstacles rencontre Perrine pour établir la véritable histoire de son arrière-grand-père ?

Activité philo

Liberté d’expression et préservation de la diversité culturelle

1. En 1933, le régime nazi considère que toute forme d’expression doit être contrôlée et désapprouve la diffusion artistique libre. Et toi, que penses - tu de l’idée selon laquelle chacun devrait pouvoir dire ce qu’il veut à travers l’art, même si ces idées dérangent ou choquent ?

Aline Cordonnier, psychologue cognitive, étudie l’interaction complexe entre la mémoire individuelle et la mémoire collective. Dans ses recherches, elle met notamment en évidence le fait que la mémoire est une reconstruction constante. Quand on se souvient, on trie, on oublie, on interprète. Ce que nous retenons dépend de ce que nous sommes aujourd’hui, de notre identité, de notre culture, des récits entendus autour de nous. Pour raconter, on choisit un début, une fin, des personnages ; on insiste sur certains faits, on en efface d’autres. Ce travail est naturel : c’est ainsi que les histoires se transmettent. Mais il rend la mémoire malléable : elle peut évoluer, être influencée, voire manipulée. D’où l’idée du « devoir de mémoire » : se souvenir des événements marquants, souvent tragiques, pour rendre hommage aux victimes, apprendre des erreurs passées et éviter qu’elles se répètent. Mais certains philosophes, comme Paul Ricœur ou Tzvetan Todorov, rappellent que ce devoir peut dériver. On parle alors d’« abus de mémoire » : quand le souvenir est utilisé pour servir un intérêt politique, pour nourrir la haine ou pour se donner un statut de victime. À l’inverse, certains défendent aussi un « droit à l’oubli » : pouvoir avancer sans rester prisonnier d’un passé douloureux.

Notes par Perrine Sokal, issues d’un entretien avec Aline Cordonnier et de l’article suivant : Sarah Gensburger, Marie-Claire Lavabre.

Entre ”devoir de mémoire” et ”abus de mémoire” : la sociologie de la mémoire comme tierce position. Bertrand Müller. Histoire, mémoire et épistémologie.

À propos de Paul Ricoeur , Payot, pp.76-95, 2005.

2. Reprenons la première question philo. À présent que tu as terminé ce parcours, que penses-tu du fait d’enquêter sur le passé ou plus généralement de transmettre une mémoire ? Quels enjeux, limites ou risques cela implique-t-il ? Pour répondre à cette question, aide-toi de la réflexion portée par Aline Cordonnier sur ce travail.

ACTIVITÉ FINALISANTE

À partir des informations que tu viens de découvrir, complète les documents suivants en annexe :

☛ la frise chronologique

☛ le portrait d’Emil

Synthèse

Consigne

Sous forme de mind mapping, répondre à une question de recherche globale.

☛ Mind mapping ?

Un mind mapping ou carte mentale, est un outil visuel qui permet d’organiser ses idées de manière claire et structurée. C’est une sorte de schéma en arborescence qui part d’un mot central (le sujet principal) et qui se ramifie en plusieurs branches contenant des mots-clés, des idées, ou des images.

☛ Question de recherche

En quoi l’histoire familiale de Perrine Sokal, découverte à travers l’enquête autour de La Mallette verte , permet-elle de mieux comprendre les rouages du système nazi ?

Comment répondre à cette question ?

Pour répondre à la question de recherche globale sous forme de carte mentale, utilise toutes les notions à définir pour chaque thème développé au cours des différentes écoutes du podcast La Mallette verte

Éducation aux médias

Je crée mon podcast

En complément de ce dossier pédagogique, nous avons souhaité consacrer une partie destinée à décrypter les productions et usages médiatiques, des réflexes de plus en plus nécessaires.

1 – Les pistes sonores

Cette partie est destinée à être réalisée en classe, nous mentionnons des pistes à écouter, qui peuvent être téléchargées ou écoutées en direct (si vous bénéficiez d’une connexion internet), via le lien suivant :

Lien

Le but est d’aider les élèves à comprendre qu’un contenu sonore est une construction, comme un légo avec différentes briques qui se suivent et/ou se superposent.

Piste 1 - Différencier les sons :

☛ À écouter en classe !

⚫ Bruitages  : Sons isolés et plus ou moins mis en avant (ex : une clé dans une serrure, des doigts qui tapent sur un clavier…).

⚫ Ambiance  : Ensemble de sons liés à un lieu ou à un événement (ex : une ville, une forêt un jour venteux…).

⚫ Son direct  : Enregistré sur le vif, comme un micro-trottoir par exemple ou une interview.

⚫ Voix off  : Enregistrée à part, elle sert souvent à introduire, à mettre en contexte.

⚫ Musique diégétique  : Elle appartient à la fiction, elle est entendue par les personnages (ex : musique dans un bar ou un café).

⚫ Musique extra-diégétique  : ajoutée au montage, entendue seulement par l’auditeur

Piste 2 - Illustration des informations précédentes

☛ À écouter en classe !

⚫ Écoute d’un extrait complet.

⚫ Puis écoute des différentes pistes sonores séparément (bruitages, son direct, voix-off, ambiance).

Piste 3 - Exercice

Vous allez entendre des pistes séparées. Aux élèves d’identifier : S’agit-il de bruitages, d’ambiance, de son direct, de voix-off, de musique diégétique, de musique extra-diégétique ?

Vous pouvez faire des pauses après chaque son, pour laisser aux élèves le temps de donner leur réponse.

La piste se termine par l’extrait complet, assemblé.

Réponses  :

Son 1 : Musique extra-diégétique

Son 2 : Voix Off

Son 3 : Son direct

Son 4 : Bruitage

2 – Fais ton interview

Cette partie est un exercice pratique à réaliser à l’extérieur de l’école, en binôme (ou trinôme). Les résultats seront à écouter en classe.

Nous vous conseillons d’exposer les différentes étapes aux élèves en classe et des les accompagner :

Pour l’ étape 1  : dans leur choix de personne à interviewer, dans la rédaction de leurs questions… L ’étape 2 devra être faite par les élèves en dehors de l’école. Pour L’ étape 3 , sans doute la plus difficile, nous vous conseillons de pratiquer l’exercice vous-même afin de pouvoir orienter les élèves vers un logiciel de montage et montrer en classe quelques manipulations : découper une réponse, enchaîner plusieurs segments… Si certains·es élèves pratiquent déjà le montage, ils peuvent vous conseiller et partager leur expérience avec le reste de la classe, ce qui peut-être très valorisant pour l’élève en question.

La CHECKLIST peut être imprimée et distribuée aux élèves comme aide mémoire.

Étape 1 - Préparation

☛ En binôme :

1. Choisissez une personne à interviewer. Idéalement, une personne avec une histoire liée à l’exil, à un conflit, ou à un événement social ou politique. Vous pouvez aussi demander à la personne interviewée de choisir un objet lié à son histoire.

2. Rédigez 2 ou 3 questions.

3. Essayez d’obtenir des réponses courtes et précises , pas des récits trop longs.

Exemples  :

⚫ Quelle a été ta première impression en arrivant en Belgique ?

⚫ As-tu un souvenir lié aux attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles ?

⚫ Peux-tu décrire cet objet ? Pourquoi l’as-tu choisi ?

Outils :

La plupart des smartphones possèdent déjà un outil d’enregistrement audio.

Voice Memo sur Apple / Enregistreur vocal intégré sur Androïd ou encore ASR Voice Recorder.

Conseils :

Si tu peux choisir le format d’enregistrement, préfère le MP3 au WAV. Plus léger, il sera manipulable plus facilement et sera suffisant pour l’exercice.

Testez le dictaphone avant l’interview pour éviter les mauvaises surprises !

Étape 2 - Interview

Pour la réalisation de votre interview :

1. Choisissez un lieu calme , de préférence chez la personne. Évitez les lieux bruyants (cafés, rues…).

2. Posez le téléphone immobile sur la table, près de la bouche de l’interviewé (évitez aussi les approbations bruyantes, votre interviewé peut avoir besoin de réaction de votre part, mais préférez un hochement de tête muet plutôt que des onomatopées).

3. Ne coupez pas la parole ! Laissez un petit silence après chaque réponse.

4. Vos questions peuvent être enregistrées :

• soit pendant l’interview ,

• soit plus tard , sous forme de voix off

5. Enregistrez entre 5 et 10 minutes maximum N’oubliez pas d’enregistrer 1 minute d’ambiance sonore du lieu (silence, bruits de fond…). Cela permettra lors du montage à faciliter les coupes.

Conseils :

Enregistrez aussi votre arrivée, les premières paroles échangées, l’installation... Cela donne un côté plus vivant ! Effectuez des sauvegardes de vos fichiers une fois l’interview réalisée.

Étape 3 - La post-production

1. Découpez les réponses les plus intéressantes.

2. Rédigez votre voix off  :

• Présentez la personne, le contexte, et pourquoi vous l’avez rencontrée.

• Exemple : “Clara est ma voisine. Elle est arrivée du Brésil il y a trois ans…”

1. Enregistrez vos questions (si elles ne sont pas dans l’enregistrement original). Vous n’êtes pas obligés de réenregistrer la question telle quelle, une sorte de chapitrage est aussi possible.

• Exemple : Au lieu de réenregistrer et redire : “Quelle a été votre première impression à votre arrivée en Belgique ?” Vous pouvez dire : “La première réaction à l’arrivée en Belgique” ou “À propos de l’arrivée en Belgique”.

2. Ajoutez une conclusion en voix off :

• Ce que vous avez appris ou ressenti pendant l’interview.

3. Montez  :

• Alternez voix off / interview

• Ajoutez votre ambiance sonore pour lier les éléments.

Durée maximale : 6 minutes

Si c’est plus long, coupez ! Le choix et la concision font partie du métier.

Outils :

Logiciels de montage audio simples et gratuits :

• CapCut

• Audio Editor & Ringtone Maker

Conseils :

Effectuez des sauvegardes régulières de votre travail en cours ! Et surtout amusez-vous !

Checklist – Créer mon podcast

Objectif :

Créer un podcast de maximum 6 minutes à partir d’une interview originale, enrichie d’ambiance sonore et de voix off .

1. Préparation

Je choisis une personne à interviewer avec une histoire intéressante

Je rédige 2 ou 3 questions claires et ouvertes

Je fais un test du matériel d’enregistrement

2. Réalisation

Je choisis un endroit calme

Le téléphone est posé sur une table (pas tenu à la main) et proche de la bouche de la personne

Je ne coupe pas la parole

J’enregistre moins de 10 minutes

J’enregistre une minute d’ambiance du lieu

3. Montage

Je choisis un logiciel ou une appli de montage et je fais quelques essais. Demander de l’aide à un.e camarade, un.e adulte ou au.à la professeur n’est pas interdit !

Je sélectionne les meilleurs extraits de l’interview, je les découpe et les range en les nommant .

Je rédige et j’enregistre une voix off d’introduction, une conclusion et les questions si elles n’ont pas été prises “proprement” et que j’en ai besoin.

— Je monte en alternant : voix off intro / question 1 / réponse 1 / question 2 / réponse 2….

— Je superpose une ambiance sonore pour lier le tout.

— Mon fichier ne doit pas excéder 6 minutes.

— J’exporte le fichier audio dans un format lisible (MP3 recommandé).

Conseils

⚫ Parlez lentement et clairement

⚫ Évitez les bruits parasites (manipulations du téléphone, souffles, fonds bruyants)

⚫ Laissez des silences, ne parlez pas par-dessus la personne

⚫ Le montage, c’est choisir : il faut parfois couper pour améliorer !

⚫ En cours de travail, pensez à sauvegarder !

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Annexes

La Frise

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Consignes : sur la frise chronologique, replace les événements historiques suivants, en lien avec la vie d’Emil Sokal et l’histoire européenne de l’époque. Précise pour chacun les dates qui les concernent. Les premières informations sont à découvrir dans l’épisode 2 du podcast.

VIE D’EMIL SOKAL

Naissance Emil - Lemberg / Pologne

Emil dans l’armée austro-hongroise

Mariage Emil Sokal et Maria Engel

Installation à Baden bei Wien

Emil en Belgique

ÉPISODES HISTORIQUES

Grande Guerre

Traités de Saint-Germain et de Versailles

Derniers convois de déportation

Hitler Chancelier

Déportation des Juifs

Anschluss

Recensement des Juifs

Accords de Munich

Invasion Pologne >Déclaration guerre par France et G-B

Ordonnances antijuives début

Port étoile jaune

Fin Seconde Guerre mondiale

Le Portrait

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Emil Sokal est un homme singulier.

Réalise son portrait à partir des éléments découverts au fil de tes écoutes du podcast

La Mallette verte Aide-toi des éléments présents autour du portrait pour effectuer l’activité.

Itinéraire à Vienne

2

Kunsthistorisches Museum

Ce musée à la collection impressionnante abrite le Calice vendu par Emil (« Wiltener Kelch »).

Le Calice se trouve dans la Kunstkammer. Après la porte tournante menant vers la Kunstkammer, aller directement dans la pièce à votre droite (Salle XXXVII ; objet 8924)

Adresse

Maria-Theresien-Platz, 1010 Vienne (sur la Ringstrasse)

1 Musée du Belvédère

Abrite une collection riche de peintures autrichiennes, dont des œuvres des artistes de la Sécession, et notamment de Koloman Moser et de Ferdinand Hodler

Adresse

Prinz-Eugen-Straße 27, 1030 Wien

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Ancien asile Am Steinhof, aujourd’hui Cliniques Otto Wagner. Le site abrite :

Les pavillons construits par Otto Wagner

Au Pavillon V : le site du mémorial Steinhof, abritant une exposition sur le passé du site et l’Aktion T4

Une église construite par Otto Wagner

Adresse

Sanatoriumstraße 2, 1140 Vienne – Penzing

Friedhof Baumgarten

Le cimetière se trouve près des Cliniques Otto Wagner. La tombe de Maria est au R211 (concession expirée, potentiellement disparue depuis).

Adresse

Waidhausenstraße 52, 1140 Wien, Autriche

Lexique

Accords de Munich

La conférence de Munich (29-30/09/1938) réunit la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste. Ne sont pas conviés l’URSS et la Tchécoslovaquie. Hitler annexe le territoire des Sudètes et ne donne aucune garantie quant aux frontières de la Tchécoslovaquie qui sera envahie le 21 octobre.

Cette conférence a été considérée pour certains comme la « Conférence de la honte » car la France et la Grande Bretagne ont cédé aux revendications nazies, pour d’autres comme la « Conférence de la dernière chance » (pour éviter une Deuxième Guerre mondiale).

Antisémitisme

L’antisémitisme peut se définir de différentes manières. Il existe plusieurs définitions de référence :

Définition de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance)

« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs, pouvant s’exprimer par de la haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme sont dirigées contre des individus juifs ou non-juifs et/ ou leurs biens, contre les institutions de la

communauté juive et contre les institutions religieuses juives. »

Déclaration de Jérusalem sur l’Antisémitisme (JDA)

« On appelle antisémitisme la discrimination, les préjugés, l’hostilité ou la violence envers les Juifs, en tant que Juifs (ou contre les institutions juives, en tant qu’elles sont juives). »

Le document Nexus, élaboré par un groupe d’universitaires

« L’antisémitisme est constitué de croyances, d’attitudes, d’actions ou de conditions systémiques antijuives. Il inclut les croyances et les sentiments négatifs à l’égard des Juifs, les comportements hostiles dirigés contre les Juifs ( en raison du fait qu’ils sont Juifs), et les conditions qui discriminent les Juifs et entravent de manière significative leur capacité à participer sur un pied d’égalité à la vie politique, religieuse, culturelle, économique ou sociale. Étant l’incarnation de l’organisation et de l’action collectives juives, Israël est un aimant et une cible pour les comportements antisémites. Il est donc important pour les Juifs et leurs alliés de comprendre ce qui est antisémite et ce qui ne l’est pas en relation avec Israël. »

Aryanisation

Le terme aryanisation désigne un processus mis en œuvre par le régime nazi pour exclure les Juifs de la vie économique, principalement par la spoliation et l’expropriation de leurs sociétés et commerces, de leurs biens mobiliers (bijoux, objets, argent, œuvres d’art ….), et immobiliers (terrains, maisons, …). Dès 1933, les nazis organisent le boycott des commerces juifs. Suite à la “Nuit de Cristal” (9-10 novembre 1938), les Juifs sont autorisés à quitter le pays à condition d’abandonner la totalité de leurs biens.

Croix de fer

Décoration honorifique attribuée aux soldats méritants pour services rendus à l’État lors de trois grands conflits impliquant l’Allemagne. Elle cesse d’être décernée après 1945.

Nacht und Nebel

Termes allemands signifiant en français « Nuit et Brouillard » et renvoyant au décret nazi décidé par Adolf Hitler le 7 décembre 1941. Il visait à faire disparaître secrètement les opposants politiques dans les territoires occupés, notamment les résistants. Le nom « Nuit et Brouillard » reflète cette volonté de faire disparaître les individus sans laisser de traces, afin de semer la peur et de dissuader la résistance. En Belgique, de nombreux résistants ont été victimes de ce décret. Contrairement aux arrestations publiques destinées à intimider, le décret “Nacht und Nebel” ordonnait que les personnes arrêtées soient déportées en secret vers l’Allemagne, sans procès clair, sans avis à leur famille, et souvent sans retour. Elles étaient enfermées dans des prisons ou déportées dans des camps de concentration comme Struthof-Natzwiller, Dachau ou Sachsenhausen. Certaines étaient exécutées, d’autres mouraient dans des conditions inhumaines.

Nuit de Cristal

Reichskristallnacht en allemand. Expression donnée par les nazis, elle fait référence aux éclats de verre brisés des vitrines des commerces juifs cassées par les nazis, jonchant les rues des villes du Reich après le pogrom antijuif. Étant donné l’ampleur des actions violentes menées lors de cette nuit, les historiens revendiquent l’utilisation du terme de « pogrom » (émeute d’une extrême violence organisée contre la communauté juive). Cet évènement est une étape importante vers la “Solution finale”. Ce pogrom est organisé contre la population juive par les nazis dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 en Allemagne et en Autriche suite à l’assassinat d’Ernst vom Rath, diplomate allemand à Paris, par Herschel Grynszpan, un jeune Juif polonais. Sur ordre d’Adolf Hitler, l’action de destruction des commerces juifs, des cimetières juifs et des synagogues est coordonnée par Joseph Goebbels et menée par la SA, la SS, la Gestapo, le SD, et des civils allemands. En parallèle de ces destructions, les nazis ont assassiné et arrêté des Juifs pour les déporter entre autres vers les camps de concentration de Dachau et de Buchenwald. Comble du cynisme, le régime nazi imposa aux Juifs de payer la somme d’un milliard de Reichsmark en dédommagements des dégâts causés lors de cette nuit. Dans un premier temps, certains Juifs abandonnent ou vendent leurs biens pour une bouchée de pain pour fuir le Reich. L’aryanisation, quant à elle, connaît un essor, de nombreuses personnes profitant de la détresse des Juifs pour les dénoncer afin de s’approprier leurs biens.

Pogrom

Le terme désigne un mouvement populaire à caractère antisémite, souvent encouragé ou toléré par les autorités, marqué par des pillages et des massacres, et plus largement un soulèvement violent contre une communauté juive (Robert Historique, 1903).

Le mot pogrom provient du russe : po , qui indique la notion d’achèvement, et gromit , signifiant détruire. Il a commencé à être utilisé dans le langage courant à la fin du XIXe siècle, notamment après les violences antisémites en Russie qui ont suivi l’assassinat du tsar Alexandre II en 1881.

De nos jours, le terme peut aussi désigner des attaques violentes dirigées contre d’autres minorités dans un pays, contrairement au concept de génocide. Bien qu’il soit d’origine russe et historiquement lié aux persécutions antisémites, le terme “pogrom” est désormais employé de manière plus générale pour qualifier des violences envers des groupes minoritaires.

Cependant, à la différence du génocide, le terme pogrom n’a pas de définition juridique précise dans le droit international.

Reich

Terme désignant le territoire de l’Etat allemand.

Le premier Reich fut fondé par Otton le grand en 962 (Saint Empire Germanique), le II eme Reich correspond à l’Empire fondé par Bismarck en 1871 qui s’est achevé à la fin de Première Guerre mondiale et le III e Reich désigne l’État allemand de 1934 à la capitulation en 1945. Ce troisième Reich devait être la suite des deux premiers en faisant référence à des “moments glorieux” du passé allemand. Il devait, selon Hitler, durer un millier d’années. Le Troisième Reich est fondé en août 1934 quand Hitler, déjà chancelier d’Allemagne depuis janvier 1933, devient le Reichsführer du

peuple allemand après la mort du président Hindenburg en août 1934.

Le Grand Reich désigne le territoire formé par l’Allemagne et les régions annexées par le régime d’Hitler à partir de 1938.

Rex / Rexisme

L’idéologie rexiste, développée autour de Léon Degrelle dans les années 1930, présente plusieurs caractéristiques propres aux mouvements d’extrême droite autoritaire. Le rexisme rejette la démocratie parlementaire et le système multipartite belge, qu’il considère comme corrompu, inefficace et moralement décadent.

Il prône un pouvoir fort, centralisé, guidé par un chef charismatique (le culte du chef, incarné par Degrelle). À l’origine, Rex se réclame d’un catholicisme conservateur, il veut un retour aux valeurs traditionnelles chrétiennes dans la société : autorité, ordre moral, famille, obéissance. Le mouvement souhaite une refonte complète de la société selon un modèle autoritaire, anti-libéral, et corporatiste. Il se présente comme le défenseur du « peuple contre les élites corrompues ». Il s’inspire du fascisme italien et, plus tard, du nazisme, bien que ses racines soient d’abord plus religieuses que raciales. Après 1940, le rexisme glisse vers une idéologie plus radicale, adoptant des éléments du national-socialisme allemand (antisémitisme et anticommunisme). Cela se traduit par un engagement militaire aux côtés de l’Allemagne nazie avec la Légion ou SS Wallonie qui sera intégrée à la Waffen SS en 1943.

Service du travail obligatoire (STO)

Mesure imposée par l’Allemagne nazie à partir de 1942-1943, dans les pays occupés, dont la Belgique. Elle oblige des milliers de jeunes hommes à aller travailler en Allemagne pour soutenir l’effort de guerre du Reich, notamment dans l’industrie et les usines d’armement. Face à la pénurie de main-d’œuvre allemande, provoquée par la mobilisation massive des hommes pour le front, les nazis réquisitionnent les travailleurs des pays occupés. Les jeunes hommes et femmes âgés de 18 à 35 ans étaient contraints de partir sous peine d’arrestation ou de représailles contre leur famille. En Belgique, de nombreux travailleurs ont été forcés à l’exil en Allemagne dans des conditions très difficiles. Certains ont été déportés de force, d’autres se sont portés volontaires sous la pression ou par nécessité économique. Une partie des jeunes a tenté d’échapper au STO en se cachant, en rejoignant la résistance, ou en fuyant vers des zones plus sûres.

Spoliation

Sous administration militaire, les ressources belges sont exploitées au maximum au profit du Reich. Comme d’autres pays sous occupation nazie, l’économie belge est “désenjuivée”, “aryanisée”. Des ordonnances placent les biens des Juifs, tant mobiliers qu’immobiliers, sous le contrôle de l’occupant nazi. Ces biens confisqués et les industries juives sont utilisés pour soutenir l’économie allemande. En janvier 1942, la Möbelaktion est mise en place et consiste à vider les maisons des Juifs dans les grandes villes. En 1944, le montant de la spoliation est estimé à 216.000.000 francs belge. En 2003, une commission rédige des arrêtés visant à dédommager les victimes de ces spoliations mais ces dédommagements ne concernent que les biens restés en Belgique et non ceux transférés en Allemagne.

Vlaams Nationaal Verbond - VNV

Parti nationaliste flamand fondé en 1933, prônant le rattachement de la Flandre aux Pays-Bas et influencé par l’extrême droite européenne. Le chef du Vlaams Nationaal Verbond (VNV) était Staf De Clercq. Il a dirigé le parti de sa fondation en 1933 jusqu’à sa mort en octobre 1942. Après lui, c’est Hendrik Elias qui prend la tête du parti jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pendant le conflit, il collabore activement avec l’occupant nazi, espérant obtenir un rôle politique dans une future Flandre autonome ou intégrée à un grand État « thiois ». Il infiltre l’administration, recrute pour la Waffen-SS et soutient l’idéologie nazie. À partir de 1943, il perd en influence. Après la guerre, le VNV est interdit, ses dirigeants sont jugés et certains condamnés à mort.

Pour aller plus loin

Nous vous conseillons les ressources de centres reconnus par le Décret “Mémoire” de la Communauté française comme centre de transmission de la Mémoire.

Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind (CCLJ)

« La haine, je dis NON ! » est le programme d’éducation à la citoyenneté du CCLJ. Il accompagne des projets pédagogiques historiques et mémoriels et crée des outils pédagogiques (expositions, dossiers, valise pédagogique) ainsi que des formations.

En lien avec ce dossier pédagogique, nous vous conseillons l’exposition “Juif?” et son dossier pédagogique destiné aux jeunes à partir de 15 ans. Les Juifs sont-ils riches? Contrôlent-ils le monde? Sont-ils responsables de la pandémie de Covid-19? Ces stéréotypes, vous les avez déjà entendus. Sachez qu’ils ne datent pas d’hier ! L’exposition “Juif?” est là pour nous le rappeler. Elle retrace l’histoire des stéréotypes et des préjugés à l’encontre de la communauté juive, de l’Empire Romain à nos jours. Testez et approfondissez vos connaissances sur ce sujet aussi vaste que complexe à travers des photos, des vidéos et des récits.

☛ Dossier pédagogique de l’exposition Juif ? Les stéréotypes antisémites de l’Antiquité à nos jours. Le Centre d’Éducation à la Citoyenneté du Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind. On line.

Lien : https://cclj.be/juif-exposition-pedagogique-sur-lhistoire-des-stereotypes...

☛ Ressources pédagogiques du CCLJ accessibles On line.

Lien : https://cclj.be/lahainejedisnon/ressources-pedagogiques/

Fondation Auschwitz

La Commission pédagogique francophone de la Fondation Auschwitz publie Traces de mémoire. Pédagogie et transmission, un Bulletin trimestriel d’information et de liaison destiné aux enseignants de la Communauté française. Il vise à sensibiliser l’ensemble du corps enseignant à la problématique de la Shoah et de la terreur nazie. Il est envoyé gratuitement en Belgique aux enseignants qui en font la demande et les derniers numéros sont disponibles en PDF sur leur site.

☛ Pour plus d’informations et souscrire à un abonnement : https://www.auschwitz.be/fr/pedagogie/traces-de-memoire-2

Fondation de la mémoire contemporaine

Créée en 1994, l’asbl FMC étudie l’histoire des Juifs et du judaïsme en Belgique

Nous vous conseillons de consulter ses Cahiers de la Mémoire contemporaine. Créés en 1999, Les Cahiers de la Mémoire contemporaine ont pour mission de rassembler des analyses historiques, culturelles ou sociologiques sur la vie juive en Belgique. Ils sont édités chaque année et les anciens numéros sont disponibles en format numérique.

☛ Lien vers le site et les publications : https://fmc-seh.be/

Les Territoires de la Mémoire

Les Territoires de la Mémoire sont un centre d’éducation à la résistance et à la citoyenneté créé en 1993 par d’anciens prisonniers politiques rescapés des camps nazis en réponse au retour en force de l’extrême droite en Belgique. Depuis lors, l’association développe des projets et mène des actions, basées notamment sur le travail de mémoire, pour sensibiliser aux dangers actuels des idéologies haineuses et encourager la résistance et l’engagement citoyen en faveur d’une société démocratique, libre et solidaire. Dans le cadre de ses actions pour la transmission de la mémoire, l’association a pris part à la conception d’un support pédagogique visant à accompagner l’écoute d’un podcast produit par l’arrière-petite-nièce d’un responsable belge de la propagande rexiste.

☛ Livret d’accompagnement pédagogique du podcast de Jehanne Bergé. Mon arrière-grand-oncle nazi . We Tell Stories et Les Territoires de la Mémoire asbl. 2023. On line. Lien : https://territoires-memoire.be/wp-content/uploads/2024/09/20240925_dossier_arrieregrandonclenazi_web.pdf

Références utiles

Sitographie

Le Centre d’Étude Guerre et Société (CegeSoma)

https://www.cegesoma.be/fr

Centrale European University. CZECH, Herwig. Nazi médical crimes at the psychiatric Hospital Am Steinhof , 3 mai 2021. On Line. Lien URL : https://www.youtube.com/watch?v=iNY1A2tvUw8

Centre Communautaire Laïc Juif - David Susskind https://cclj.be/lahainejedisnon/ Fondation Auschwitz ASBL https://www.auschwitz.be/fr/ Fondation de la Mémoire Contemporaine https://fmc-seh.be/

Mémorial de la Shoah de Paris, Musée. Centre de documentation https://www.memorialdelashoah.org/ Unia

https://www.unia.be/fr/dossiers/antisémitisme-belgique

Bibliographie

BAECK, Peter (Dr.). Stift Wilten, 900 Jahre Prämonstratenser , Innsbruck, 2021

BAUDOT, François. Vienne 1900: La sécession viennoise. Paris : Éditions Assouline, 2005

BOVY, D. Dictionnaire de la barbarie nazie et de la Shoah , Collection Voix de la Mémoire- Les Territoires de la Mémoire, Liège : Éditions Pire, 2007

BRÜLL, Christoph. “Les « enrôlés de force » dans la Wehrmacht – un symbole du passé mouvementé des Belges germanophones au XXe siècle.” In Guerres mondiales et conflits contemporains 1 , no. 241, 2011

CHAPOUTOT, Johann. La Révolution culturelle nazie, 2017

GENSBURGER Sarah et LAVABRE Marie-Claire. “Entre ”devoir de mémoire” et ”abus de mémoire” : la sociologie de la mémoire comme tierce position”. In MÜLLER, Bertrand. Histoire, mémoire et épistémologie , 2014

GOLDBERG, Itzhak. “Un petit cours sur « l’art dégénéré »”. In Le Journal des Arts, 4.03.2025

KOTEK, J. et RIGOULOT, P. Le siècle des camps , Paris : JC Lattès, 2000

KUWAŁEK, R. Belzec, le premier centre de mise à mort , Paris : Calmann-Levy, 2013

LEMOINE, Serge. “Vienne 1900 - Klimt, Schiele, Moser, Kokoschka”. In Le Figaro Magazine, catalogue d’exposition. Paris : Éditions RMN, 2005

MEINEN, Insa. “Réfugiés juifs d’Allemagne nazie en Belgique (1938-1944). Une esquisse”. In Les Cahiers de la Mémoire Contemporaine , n°13, Éditions Varia, 2018

MURAWIEC, L. “Le Mémorandum sur les tâches d’un Plan de Quatre Ans d’Adolf Hitler.” In Vingtième Siècle. Revue d’histoire , n°62, pp. 85–105, 1999. JSTOR.

Lien : https://www.jstor.org/stable/3771100?origin=crossref

PINE, L. “Une jeunesse pour la guerre : la Hitlerjugend (1922-1945)”. In Le Mouvement Social , 261(4), pp.81-92, 2017. On line.

Lien : https://shs.cairn.info/revue-le-mouvement-social1-2017-4-page-81?lang=fr

PUTTEMANS, Johan.

“ Péritocide l’assassinat des « inutiles »”. In Traces de mémoire, n°53, p. 4, septembre 2024

“Le péritocide nazi : de la nécessité d’opérer une distinction entre les différents péritocide perpétrés sous le régime nazi”. In Traces de Mémoire n°53, pp. 15-16, septembre 2024

— “Aloisia Veit, la cousine schizophrène d’Hitler gazée à Hartheim”. In Traces de mémoire, n°55, pp. 18-19, mars 2025

RABINOVICI, Doron. “Des instances à l’impuissance la situation à Vienne de 1938 à 1945”. In Revue d’Histoire de la Shoah, les conseils juifs dans l’Europe allemande , pp.111 à 144, 2006/2

SAFRIAN, Hans. “L’accélération de la spoliation et de l’émigration forcée, Le « modèle viennois » et son influence sur la politique antijuive du Troisième Reich en 1938”. In Revue d’Histoire de la Shoah, Spoliations en Europe , pp. 131 à 163, 2007/1

STEINBERG, Maxime. “Judenverordnungen et mesures appliquées spécialement aux Juifs”. In La persécution des Juifs en Belgique (1940-1945) , Éditions Complexe, pp. 307-310, 2004

VAN PRAAG, Yannik. “La question des réfugiés juifs dans la presse belge 1938-1939” . In Mémoire d’Auschwitz ASBL , décembre 2018

WEVER (DE), Bruno. Vlaams Nationaal Verbond - VNV. Gent : UGent. On Line. Lien URL : belgique-en-guerre/articles/vlaams-nationaal-verbond-vnv.html

ZWEIG, Stefan. Le monde d’hier , Bibliothèque numérique romande, 1948. On line. Lien : https://ebooks-bnr.com/ebooks/pdf4/zweigmondedhier.pdf

Catalogue

The War against ‘the Inferior’ On the history of Nazi medicine in Vienna . Catalogue d’exposition. Vienne : Steinhof Memorial à l’hôpital Otto Wagner. DOW - Dokumentationsarchiv des österreichischen Widerstandes

SOMMER, Monika, RAGGAM-BLESCH, Michaela et UHL, Heidemarie (Hg.). Das Wiener Modell der Radikalisierung. Österreich und die Shoah , Wien : Haus der Geschichte Österreich, 15. Oktober bis 10. Dezember 2021

Outil pédagogique

De gré ou de force.

Webdocumentaire développé par Instants Productions pour explorer les conséquences de l’annexion des Cantons de l’Est durant la Première Guerre mondiale. Lien : https://degreoudeforce.be/fr/selection/

Un dossier pédagogique coordonné et réalisé par Perrine Sokal

MNEMA asbl

CiMéDé (Fédération Wallonie Bruxelles)

GSARA asbl

Conception et rédaction

Jennifer David, Olivier Grinnaert, Claire Jouve, Perrine Sokal, Alice van Dalen

Mise en page

Clément Hostein

Avec le soutien de la Fédération Wallonie Bruxelles.

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La Mallette verte - Dossier pédagogique by GSARA asbl - Issuu