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exe Sports Tabous

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Cultur Voyages


«E liv xhi r e à -c bé les la d ulte avec oe co élic es un de uvr rps ates t un e se la e ja spo se, m nsi fo illi n un on bi Tr l ug ss gie on ue an ux affl ume ité à t ch du e, d u nt fle et pr plei e l’ x de dre ur d (8 e n m e âme sa ssé e p an ier à l . ng to ea s1 jet a fo Fin n ut u, /2 .» ) in is alem euf ent ce ie de La ret ent dans r bit en un eà ue e Ur et ba in (19 90 )

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oi J.S

R.C M.G Pacco C.B A.D N.R.J M.M M.P Michael Bourgatte Pamela Woodward Bibi Andersen

Ni Dieu, ni maître, ni patron, ni chaussettes, ni numéro de téléphone; non vous ne nous aurez pas! Sauf sur grrosse chhatte@gmail.com


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s mmaire

L’ébito de RC.

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Hot Mails.

Probléma-triques.

ROMAN PHOTO

Ça va saigner.

Être une Grrosse Chhatte en...

Le billet menstruel du Dr. Bourgatte.

Avoir Grrosse Chhatte ! sous les yeux, c’est bien. Savoir en quoi ça consiste, c’est mieux ! Introduction en douceur, comme papa dans maman, d’un magazine qui s’annonce chaud-bouillant.

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En attendant d’avoir nos propres questions, problèmes existentiels, et autres quêtes de rédemption, CB et Pamela Woodward se permettent d’éclairer les vessies, qu’il ne faut pas prendre pour des lanternes, des lecteurs d’autres magazines.

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Ou quand la rédaction de Grrosse Chhatte ! se propose de traiter avec impertinence des enjeux sociétaux fondamentaux, de la genèse d’une expression con-sacré(e) au portrait du mois, en passant par du cyclisme sur piste et de la détente sur sofa couleur sang.

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Le dossier menstruel. Ce mois-ci : « Grrosse Chhatte et Monde Arabe ». Les députés UMP sont curieux, mais maladroits. Pour savoir ce qu’est une Grrosse Chhatte en Monde Arabe, ils ont voté une loi interdisant le port du voile intégral, visant ainsi les partisanes volontaires ou forcées du niqab. Cons et impatients, ils auraient mieux fait d’attendre notre dossier menstruel. Tandis que Pacco nous prendra (par) la main pour tâter des meules évolutives au pays du cèdre, MM, correspondant local, nous fera découvrir les nuits cairotes, au rythme de déhanchés traditionnels et de l’alcool frelaté, avant de nous offrir en exclusivité sa première interview, pour notre premier opus. Déflorages coordonnés, si c’est pas beau, ça !

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A chaque numéro, CB offrira aux lecteurs un travestissement sans frais, nous permettant de mieux appréhender cet animal difficile à apprivoiser. Sortez votre keffieh ! Direction la manif’ contre la réforme des retraites !

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Nous avions besoin d’une légitimité intellectuelle. Avec cette carte V.I.P. délivrée au Dr. Bourgatte, nous avons notre caution. Et on peut dire que nous avons eu le cul bordé de nouilles : le Doc nous explique ce que signifie « avoir de la chatte ».


Naturelle. 44

Voyeur.

Shake It Up.

Ça tourne ! 61

You Porn !

Grrosse BiTe. La rubrique cul-turelle de Bibi Andersen.

L’éjaculation.

Rasée intégrale ? Ticket de métro ? Que nenni ! Touffue, libre, riche. En d’autres mots, naturelle. Et surtout grenello-compatible. Ou de l’art de rendre l’écologie sexy. Un travail remarquable de Pamela Woodward, qui nous prouve que pierre sèche peut rimer avec chatte mouillée.

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Si Grrosse Chhatte ! s’appelait Fantomette, alors NR serait Œil de Lynx. Non pas pour ses rapports avec le monde roux, mais plutôt pour ce regard si particulier qui consiste à voir ce que les autres ne perçoivent pas. Observation, focal, ouverture, déclencheur : Bim ! La GC dans son milieu privilégié : Paris, dame de France à la cuisse légère.

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Quoi de mieux pour bouger son boule qu’un voyage avec MG au pays de la Pop, un monde merveilleux où la vente de disques est inversement proportionnelle à la surface de tissu recouvrant le corps des interprètes (ou pas)? Certainement pas une reprise des Black Eyed Peas.

Quand Canal+ annonçait sa séance du soir, ça faisait « tchi tcha ! » C’était érotique. Quand AD parle de cinéma et de la place d’un sexe pas toujours faible dans la SF, ça tape du point, avec un G d’ailleurs. Et c’est érotique. « Tchi tcha ! »

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MP est ce que les grandes pontes de la culture pourraient qualifier de Tipiak : il leur a pris leurs recettes. Salaud de geek ! À Grrosse Chhatte !, on appelle ça un petit malin, dont les bons plans sont toujours à portée de main, l’iPhone prêt à être dégainé : ce mois-ci, le retro retro gaming.

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Grrosse Chhatte ! est accueillante, et pour combler cet orifice béant, il fallait bien une verge rutilante. Que vous soyez des Antoninus friands d’huîtres ou des Crassus amateurs d’escargots, il y en aura pour tous les goûts.

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Un dernier coup de rein. Les images se bousculent. Tout s’accélère. Serait-ce un orgasme ? Si vous êtes venus, il faut maintenant partir. Nous vous indiquerons où vous retirer. Encore un peu ? Un Donkey Punch pour la bonne bouche. Et pour se terminer ? Se tester avant de se détester, se divertir, tirer des plans sur la comète. Vous êtes amoureux !


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L’ébitorial

Mains moites. Sueur commençant à perler sur le front. Pression. « Reprends ton souffle, tu vas y arriver. Ça ne devrait pas être si dur que ça. Des milliers y sont passés avant toi. D’autres le feront après. Allez bonhomme, concentre-toi, mais surtout prends-y du plaisir ! « Mais tout de même, c’est votre première fois. Il ne faut pas foirer non plus. Lui donner l’envie de continuer, d’explorer. Susciter le désir, celui de revenir, d’aller plus loin, plus longtemps, ensemble. Une première fois, c’est symbolique. Mais comment s’y prendre ? Tout en puissance et originalité pour l’épater, au risque de la froisser, ou alors de façon plus conventionnelle ? « Décontracte-toi. Et puis cesse de penser à cet autre tube, celui d’une minette connue pour avoir été une grande partisane de l’ambiance Stendhal, danse de vandale. « Il n’existe qu’une seule première fois. Ne te rate pas... » C’est mon premier éditorial. L’attente est grande, et la pression que l’on se met sur les épaules, proportionnelle. Ça devrait bien se passer. Ça doit bien se passer. Avec la volonté que ces bribes de phrases, remplissant progressivement une feuille restée blanche trop longtemps, ne soient que les premières d’une longue série. La tâche est dure, alors le mieux est certainement d’aller au plus simple, sans effusion de style. « Plat du pied, efficacité », comme le disent les grands papes de la messe footballistique dans un élan de pseudo-expertise. Sous vos yeux défilent les mots qui inaugurent officiellement l’opus original et originel de Grrosse Chhatte ! Au-delà d’un titre pour le moins surprenant (pour qui croit nous connaitre), racoleur et/ou ragoutant pour certains, présomptueux ou déplacé pour d’autres, voire choquant, il s’agit surtout de la fédération d’individus aux qualités et desseins différents sous une seule et même bannière. Et c’est dans cette profusion de talents si distincts et complémentaires que résidera la richesse d’un magazine dont le fil rouge, cet écoulement que laisse s’échapper l’origine du monde (que d’aucuns identifient comme une ligne éditoriale, d’autres comme un leitmotiv), sera le suivant : Sexe, Culture et Société. Car pour regrouper une équipe aussi bigarrée, il nous fallait un dénominateur commun, qui réside dans notre obsession pour la Chose, celle qui nous fait tant douter la première fois... 3


Comme la rédaction d’un éditorial inaugural. Fort heureusement, le sexe n’est pas l’unique point de convergence de l’ensemble de la rédaction et des collaborateurs de Grrosse Chhatte !, sinon un spectre, une fente dans laquelle s’engouffrer pour aborder des thématiques larges et colorées, à notre image : bien au chaud, osez pénétrer un monde dans lequel vulves et phallus trouvent leur place dans la musique, l’écologie, le cinéma, les voyages, l’informatique, les faits de société, la politique... Et pour éviter les échardes sur le clitoris, ce sera sans langue de bois. Grrosse Chhatte ! est ouverte, riche et variée, à l’image des gens qui la compose. Grrosse Chhatte !, que voilà sous vos yeux, c’est nous. C’est vous. C’est moi. Et ce sera toi aussi, si tu le veux bien. Un magazine gratuit qui reflète nos personnalités, entre légèreté et complexité, méchanceté et pertinence, un foutoir profond dans lequel on pénètrera avec volupté, et que l’on quittera dans un grand râle de plaisir avec la volonté d’y revenir dès que possible. Il s’agit d’un magazine tolérant (mais pas trop), concept imaginé à des heures auxquelles le quidam se prépare à se lever, et devenu concret. Il est ce que nous voulions lire, délire participatif, collaboratif, d’identités et d’entités fédérées par l’humour gras, qui cohabitera avec des enquêtes de fond, ensemble animé par nos fantasmes et obsessions, sans tabous. Sexe, Culture et Société : une ligne éditoriale touffue, qui sent le rance et qui tâche comme du gros rouge mais qui se veut confortable et accueillante. Grrosse Chhatte ! sera réfléchie, pertinente et attirante, mais aussi bête et méchante, gratuite, tapant sur/dans tout ce qui bouge, et même ce qui ne bouge plus.

Voici ce que sera Grrosse Chhatte ! Nous. Vous.

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ros se Ch ha tte

« Ce n’était pas si terrible, finalement. On s’en fait souvent une montagne, mais ça s’est bien passé. Maintenant, laisse moi environ un mois et on pourra remettre ça ».

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m o nd a e po g u r les a p e tite z s b ites i . A lle n z vo u s fai r

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Hot

Bribes de la vie intime d’internautes brisés par des processus de questionnement profond, les Hot Mails ont pour idéal bien mesuré de proposer une manière peu coutumière d’assumer une intimité parfois capricieuse. Merci à Mme Fémina ainsi qu’à Mer Doctissimo d’avoir été de tels puits de connaissances. Merci à leurs adeptes, dont nous utiliserons, parfois, ici-bas, les témoignages. Par respect pour la folie de chacun, les prénoms auront été modifiés et ajustés.

Bonjour. Depuis plusieurs années, j’ai une véritable phobie des salopes, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais elles me choquent, m’horripilent et me révulsent carrément. J’en ai parlé à quelques psychiatres qui ne savent pas d’où cela vient. Je ne sais pas comment faire avec cela, d’autant que la définition de salope est extrêmement vaste, mais j’ai déjà à la base un problème avec les femmes en général. Les psychiatres ne m’apportent pas de réponses, je ne sais plus vers qui me diriger.

Bonjour, Je suis un amateur éclairé de la fessée. J’aime la donner et dans quasiment toutes les positions. Mais vous qui aimez la recevoir, vous aimez être dans quelles positions et pourquoi ? Que ressentez-vous dans ces moments là ? Personnellement, je préfère être debout et ma partenaire debout en appui sur un mur ou à plat ventre sur une table ou un bras de fauteuil. Et vous ? Bisous Tony P., intemporel, la bite à l’air.

Benjamin L., président des jeunes vieux-cons, faux-timide. C.B : Tu as frappé à la bonne chatte, mon cher Ben. Grrosse Chhatte ! étant largement portée sur la salope de bas quartier, nous sommes en mesure de te proposer une solution. Effectivement, les salopes diffèrent largement les unes des autres, mais il n’en reste pas moins qu’elles méritent toutes d’être connues. Commençons là, avec toi, une mission qui pourra sûrement te stimuler. Pour ce faire, ferme les yeux, prends un prozac (ou 10), et cours à la conquête de toutes les salopes de ta bourgade. Épie les, suis les, n’hésite pas à t’exhiber face à elles (processus comportementale de reconquête de toi-même) et file nous leur contact via grrossechhatte@gmail.com. Tu participeras de la sorte au recensement national des coquines, tout en permettant à ton destin d’être lié à celui de ces créatures, qui jusque là, t’étaient insupportables. Grrosse Chhatte ! t’offre ainsi un remède et un taf à la fois, soit reconnaissant.

C.B : Cher enfant de Dieu, je ne m’aventurerai pas dans le débat, dont les hautes sphères européennes se disent porteuses, quant à la place de la fessée dans notre apprentissage social. Ni même dans la lourde signification psychologique que m’inspire ton passe-temps. En revanche, je te parlerai volontiers de l’ambivalence des champs lexicaux imputés à la fessée et qui lui confère là toute sa charge émotionnelle : châtiment et plaisir, punition et désir. La fessée n’est pas anodine et reste probablement le fruit d’une histoire, de ton histoire, que j’imagine ô combien tourmentée. Afin d’assouvir au mieux tes pulsions, je te propose donc d’aller plus loin dans cette quête du plaisir via l’humiliation en t’auto-infligeant la fessée. Allonge toi, lève tes jambes et tape-toi le cul allègrement. Punis toi physiquement d’une vie de souillure dont tu dois obtenir le pardon. Et n’hésite pas à le faire en public. Ou prends des photos (fonction « retardateur ») et mail les à grrossechhatte@gmail.com. Le plaisir sera ainsi partagé. 5


“Est-il possible d’avoir un orgasme à distance ? Il y a deux mois, lors du concert d’un guitariste dont je suis fan et qui me plaît physiquement, je ne sais pas ce qui s’est passé. Il a fait des gestes comme s’il embrassait une femme, puis il a regardé dans ma direction. Un énorme bruit s’est produit dans mon ventre, comme si on refermait les portes d’un château fort. J’ai fermé les yeux et puis, comme si je lui faisais l’amour, je me suis entendue dire « oui, oui ». ” Arlette, à la retraite mais ouverte. Pamela : Ma chère amie, qui n’a jamais frétillé face à un chanteur pour midinettes ou ne succombe actuellement au regard de braise du nouveau chéri de ses demoiselles, EdwardRobert-le-vampire-Pattison ? Nos ancêtres les grecs ne s’y sont pas trompé : dans la langue d’Aristote, orgasme équivaut à « bouillonner d’ardeur » et ma chère, pour ce faire, nul besoin d’un gros lourdaud tentant vainement de reprendre son souffle en te coupant la circulation des jambes. Alors oui ma bonne enfant, tu as eu parfaitement raison de t’enflammer pour ce vibrant guitariste et la réaction physiologique qui en a découlé trouve sa légitimité dans ces mots de Malherbe : «Vive source de flamme où j’ai pris une ardeur/Qui toute autre surmonte». Puisses-tu de nouveau rencontrer vive source de flamme, que ce soit sous la forme d’un guitariste, d’un daim ou d’un étudiant susurrant langoureusement des mots en arabe. Envoie nous tes prochains coups de sang à grrossechhatte@gmail.com, nous lancerons un grand concours « Votre orgasme à distance le plus original ».

Mail Ma copine fait parfois des bruits bizarres avec sa vulve à la fin du coït, et la dernière fois j’ai comme eu l’impression que cela reprenait la mélodie de « Smells like teen spirit » de Nirvana : dois-je m’inquiéter ? Henry, fan des smashing pumpkin Pamela : Ah, Kurt ! Tu nous manques ici bas ! Mon cher Henry, je vois dans ce cas atypique de « bruit de vulve post-coïtal » non seulement la marque d’une compagne mélomane, mais comme un message qui t’est adressé, vulvalement parlant. Ne dit-on pas que les voix de la vulve sont pénétrables ? Ta mission si tu l’acceptes, mon bon Henry, est de découvrir le pourquoi de cette référence à Nirvana… et en particulier à cette chanson qui fleure bon l’esprit adolescent. J’y vois, pour ma part, le besoin d’un retour à la passion de vos débuts, à l’insouciance. Tiens nous au courant, une fois que tu auras mené ton enquête présente, du fin mot de ton histoire à l’adresse : grrossechhatte@gmail. com Une bonne vulve ne ment jamais, ne l’oublie pas, Henry ! Un conseil dans ta quête de réponse : les lumières éteintes, c’est moins dangereux.

N’hésitez pas à inonder notre boite mail grrosschhatte@gmail.com de vos propres interrogations, nous serions tellement heureux de pouvoir vous faire du bien lors du second numéro de Grrosse Chhatte ! Indiquez « Hot Mail » en référence du message, pour nous permettre de cerner plus rapidement vos attentes. 6


Pourquoi Michel Drucker a

S’il y a une question qui mérite d’être posée parce que personne ne l’a jamais fait auparavant, c’est bien celle-ci... Peut être n’aviez-vous rien remarqué, divertis que vous étiez par ces pauvres et charmantes étudiantes obligées de figurer au premier rang de ce marathon de guimauve, véritable Téléthon hebdomadaire du people, pour arrondir des fins de mois délicates ? Je vous comprends. L’explication est rationnelle, logique, implacable. De celle-ci risque de naître une véritable révélation pour les profanes, susceptible de bouleverser un monde jusqu’ici aussi confortable que le fameux canapé rouge sur lequel notre Michel national pose ses grosses miches toutes les semaines, ponctuel, réglé comme un coucou ronronnant qu’il ne faudrait jamais sortir de sa torpeur. En bon héritier du darwinisme et de sa théorie sur l’évolution des espèces, et sans aller jusqu’aux interprétations (trop) poussées de son cousin Francis Galton et sa clique d’eugénistes, il convient tout d’abord de remarquer que le Michel Drucker, pour survivre dans un milieu aussi hostile que celui du P.A.F., a misé sur une stratégie qui fit ses preuves : la gentillesse, voire la complaisance. Il ne faut pas

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Probléma-trique

t-il une grrosse chhatte sur la tête?


se mentir, le Michel Drucker est gentil. Une crème. Peut être une marque d’adaptation formidable, signe d’une évolution nécessaire puisant sa source dans la menace que le refus et la confrontation avaient fait peser sur sa carrière alors balbutiante. Depuis l’opposition à l’O.R.T.F. et à Charlie La Gaule, Michel est gentil, béni ouioui bienveillant envers ses invités réguliers, membres d’une caste « d’intouchables », dont il est interdit de dire du mal. Ceci ne lui effleurerait même plus l’esprit. Michel est gentil. Il est à l’interview ce que la scatologie est à la pratique sexuelle. En d’autres termes, et depuis plus de quarante ans, le présentateur préféré de ceux qui attendent que le jugement dernier les libère de leur mouroir (appelé « Maison de retraite » par notre société de l’aseptisé), est un lèche-cul. Le pragmatisme moral de Michel, qui mange à tous les râteliers à selles, de gauche et de droite, eu une incidence sur sa morphologie. En effet, par souci d’adaptation, son corps réagit progressivement, allant jusqu’à substituer sa crinière d’origine par une chhatte magnifique et opulente. À l’instar d’un caméléon et ses variations pigmentaires, Michou contrôle son système pileux et le transforme en bonne vieille tarte de poils quand il se livre à l’anulingus. Quoi de plus normal en effet ? La foune n’est-elle pas ce qu’il y a de plus près du trou de balle ? L’opération de mimétisme et de complémentarité est confondante. Cependant, le risque est grand. En effet, son visage évolue, petit à petit, en gigantesque vagin. De ses lèvres, qui sont encore horizontales (pour combien de temps encore ?), ne sortiront plus des mots mais un étrange mucus. Sa langue, passant entre ses dents du bonheur (lèvres inférieures) devient un gigantesque clitoris. Le visage de Michel Drucker, notre Michel Drucker, est en passe de devenir un berlingot. Triste. Un vagin à la place d’une tête : la rançon du succès. Le tribut à payer pour durer n’est-il pas trop lourd ? Michel Drucker ne devrait-il pas prendre une retraite bien méritée avant de mourir noyé sous l’effet d’un orgasme prenant des allures de fontaine ? Le lecteur pourra se faire une idée à la vue de cette projection préventive. – RC.

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Probléma-trique

Félicia Ballanger


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st une cycliste sur piste française née le 12 juin 1971 à La Roche sur Yon. Et puis, elle a eu des grosses cuisses. Très grosses. Très très grosses. Si grosses, enfin, que son visage s’en ressenti. Manifestement pas faite pour la séduction, elle gagna dans cette histoire une tronche qui la rendit digne de figurer aux côtés de celle, farouche elle aussi, de Jean-René Godart sur France Télévision. Un job qui paya puisqu’il se trouva un néo-calédonien, aventurier de l’amour et groupie de Gérard Holtz, pour faufiler son kiki dans l’indécelable interstice interfémoral de Félicia Ballanger. Téméraire également, car pour deux enfants il y perdit ses deux testicules. Félicia se languit depuis lors de ne pouvoir donner le manger à son con. Le défi semble en effet de taille, probléma-trique même. -M.G

Jésus Marie Joseph, tu as été reconduite. Non pas que la saga politico-masturbatoire m’ait tenu en bonne haleine, mais je dois avouer que cette nouvelle a eu le même effet que le retour à l’expéditeur d’une lettre que j’aurais envoyée au Père Noël. Aujourd’hui, fini la famille, les solidarités, toutes ces conneries de « l’ouverture », à toi l’apprentissage (sexuel) et la formation professionnelle (précaire). Tu vas désormais épier ces jeunes bandits bornés temporellement par les repères 18/24 et trouver une solution à leur aiguillage professionnel. Qui me parle ? Moi ? Serais-je dorénavant ta cible ? Oh ben non. Il faut dire que tu me fais peur. J’ai entendu

Nadine Morano 9


dire que tu étais raciste. Ne te méprends pas, je suis sûr que tu as des « amis différents » à la Florent Pagny. Mais ton positionnement sur le port du couvre chef dans un sens opposé à celui de la circulation ou sur la remise en question d’une diction moderne trop « verlanisée » chez les jeunes français musulmans a quelque peu émoustillé les mecs de SOS Racisme. Ne t’étonne pas de te faire suggérer, un jour ou l’autre, ce très grand groupe facebook : « Nadine Morano, avec ou sans casquette, on te pisse au cul ». D’autres disent que tu n’es que la MILF qu’on mérite. Une MILF soumise à la crise épileptique dès qu’un synthétiseur éructe dans une soirée UMP beaucoup trop arrosée. Remarque, il est certain que le maintien de notre démocratie nécessite la nomination d’une vieille cochonne au sommet de l’État pour vider les couilles étriquées des jeunes pop en bonne conscience judéo-chrétienne (« Tu ne te branleras que sur Marie-Madeleine » disait le chef). Et pour ça, welcome back home. Mais pour de vrai, je pense que tu n’es qu’un faux-semblant. Tu frétilles médiatiquement le cul plongé dans un bassin de faux mâles et tu te découvres une prostate. Tu râles, t’énerves, piailles : à toi cette croyance, celle du pouvoir lié au port de la bite. Ce nouvel engin coincé dans la jupe, tu travailles ton assise sur les bancs d’une majorité qui n’a de conscience sociale que le titre de ses ministères. Tu mélanges les genres, sans goût, ni race. Et pour cette superficialité affichée, tu seras ma Grrosse Chhatte de la République. Bravo. En même temps, tu es née la même année qu’Élie Semoun et on a dit « un génie » par an. Dommage ! -C.B

Le mot du mois

Vulvérable: adjectif qualificatif féminin (peut être masculin en certains circonstances). Personne dite vulnérable sexuellement, dont les moyens de défense classiques (petit ami, barrière de copines, menstruations, maux de tête) ont été rendus inactifs par le contexte : rupture, diversion avec des pancakes, substances diverses, manuel de la drague 2.0 ou encore efferalgan, entre autres. Né de la contraction de Vulve, nom féminin issu du latin volva, puis de vulva (« utérus »), désignant l’ensemble des organes génitaux externes de la femme et de certaines femelles de mammifères, constitué principalement des grandes et petites lèvres enserrant l’entrée du vagin, du clitoris et du méat urinaire, ou en d’autres termes une Chhatte; et de Vulnérable, adjectif qualificatif, signifiant fragile, pouvant être blessé moralement ou physiquement, faible, sensible ou encore pénétrable. Exemple : Dis donc ! Je suis pompette ! Tu veux venir boire un dernier verre chez moi ? Ouh, je suis si vulvérable ! Terme issu d’une « table-ronde du mot » improvisée à Saint-Paul, Lyon après l’ingestion de quelques « Chouffes », breuvage propice à la création re-créative (récréative ?), et qui favorise par ailleurs la vulvérabilité. Synonymes : Open chatte, Open-minded du boule, Sexuellement aware, Disponible, En manque, A la recherche d’un rebond, Divorcée. – RC. 10


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Ce qui n’aurait pu être dit dans un ébitorial, juste pour vous garder parmi nous quelques pages de plus. Le terme « Grrosse Chhatte », dont nous tirons aujourd’hui notre nom, a une histoire, qui mérite d’être racontée. Pas forcément d’être lue. « Il existe un monde pour les petites bites. Allez vous faire enculer ». Nous fûmes frappés par la prose de ce poète anonyme durant la première réunion de rédaction de Grrosse Chhatte ! menée autour de quelques bières dans un rade irlandais du vieux Lyon. Un visionnaire semble-t-il, qui saisit instantanément l’essence de la publication avant même sa naissance officielle. La logique voudrait que l’on commence par le commencement (sic), habitus tiré d’une formation d’historien nourrie à l’École des Annales et son sacro-saint « causes-caractères-conséquences », en opposition à la terminologie marxiste et son non moins fameux triptyque « thèse-antithèse-synthèse ». Au diable la logique. Concrètement, Grrosse Chhatte ! est une histoire évolutive qui nous mène de la vision d’un film de vampires sud-coréen romantico-trash inspiré par Zola, en guise d’apprivoisement, jusqu’à la lecture de mots tapés fébrilement, ici et maintenant. Une chronologie bâtarde ponctuée de micro-évènements qui, a posteriori seulement (de l’avantage du recul dans la pratique historique), offre une certaine cohérence, qui nous permet aujourd’hui d’accoucher du premier numéro de Grrosse Chhatte !, et ce sans péridurale. D’une idée désarticulée balancée dans la torpeur d’un dernier gobelet de mauvais vin de table durant une réaction épidermique au Davos de la culture à 6h du matin place de l’Oriflamme, à une concrétisation rue Pasteur animée par l’euphorie et la décompression d’après soutenance, diplôme officieusement en poche, en passant par un débat sur le paradoxe de Fermi sous le ciel étoilé de Lozère, les pieds dans l’eau, la vodka nous aidant à étayer des propos qui seront clos magistralement par la plus fameuse des 11


avignonnaises, la coupe-au-bol indémodable et imperturbable, clamant tout son amour pour la patrie. Mais il existe d’autres moments qui s’avérèrent fondateurs, et il serait réducteur d’imaginer la Cité des Papes comme seule référence géographique instigatrice de cette publication, à l’instar de cette Diaspora internationale qui malgré la distance et le temps, tendit à se rapprocher, mue par l’émulation rédactionnelle et la volonté de partager, de s’offrir aux autres, toujours, encore. Néanmoins, s’il fallait retenir un événement, il s’agirait bien évidemment de la naissance du terme, un soir de fête pluvieux et harassant, le troisième consécutif. Besoin de distraction, besoin de sensations, sûrement; besoin de distinction, aussi. En même temps, ça faisait un petit moment qu’Elle nous tournait autour. Haïssable. Un pari d’adolescents attardés d’abord, relatif à l’hypothétique pilosité de cette personne, du nombril jusqu’à la voie alternative, « tu sais, ce chemin qui sent pas très bon », loin des apparences qu’Elle souhaite défendre. Puis, de son observation, le terme « Grrosse Chhatte » était né, avec l’exagération des consonnes et la gestuelle qui va bien, tout en écartement de mains accrocheuses et de lèvres mussoliniennes dignes de Vincere . Cette fille n’était pas séduisante, mais pédante et prétendument bourgeoise, daignant descendre de son piédestal pour fréquenter la plèbe et s’encanailler. La grrosse chhatte, car c’est d’Elle qu’il s’agit, se voit comme l’incarnation de la classe quand, de fait, Elle personnifie davantage les dysfonctionnements de notre milieu tant aimé : la cul-ture. Pétasse durant les cocktails, révérencieuse à souhait entre une coupette de champagne et deux petits fours, fondue de mode – Soooo chic ! – et partisane de l’underground – Soooo real ! –, prosélytisme de goûts et d’humour mainstream et convenus, imposés aux autres sous couvert de légitimité et de décalage... Bref, un condensé de cette merde qu’est le « Grand Journal », mais avec une vulve. En creusant un peu, on apprendrait certainement qu’elle adoooore New York et Londres, Elle, l’aventurière des bacs à sable se targuant de connaître le monde du haut de sa post-adolescence condescendante, et qu’elle aime poser un regard différent sur celui-ci, le saisissant au prix de photographies en noir et blanc, pour plus d’authenticité, en attendant bien sûr d’offrir au reste du monde ces poèmes écris durant une adolescente globalement agréable mais interprétée sous le signe de l’artiste maudit. Biffez les mentions inutiles. Mais malgré tout ses défauts et une attractivité toute relative, Elle peut être désirable. Non, ce n’est pas de l’amour, même passager. Pas plus que de la séduction. Encore moins de la pitié. Il n’y aura pas de pitié d’ailleurs. C’est juste le genre de minettes qu’un garçon veut défourailler, poutrer, défoncer, et autres verbes formidables du premier groupe, pour lui faire fermer sa grande gueule, qu’elle ne manque jamais d’ouvrir en société, le tout accompagné de tirage de cheveux et autre Donkey Punch, du mépris dans le regard et la promesse de ne jamais la revoir si ce n’est pour la souiller de nouveau. 12


Par extension, une grrosse chhatte est une pouffiasse bien loin des standards de classe, de sympathie et d’absolu auxquels elle croit adhérer. C’est la fille que tu détestes, sans avoir de bonnes raisons au fond, bien que l’on soit capable d’en trouver des dizaines. Et nous aurons... raison, justement. Une grrosse chhatte est une connasse, la fille qui se croit bien, se sait bien, et qui t’emmerde. Qui nous emmerde. Profondément. Elle est celle qui dégoute mais paradoxalement attire les mecs, celle à qui l’on colle une langue ou une bite dans la bouche pour la faire taire, sans y prendre vraiment de plaisir. Fourrer une grrosse chhatte, c’est sale, c’est en prendre une pour l’équipe, c’est celle que l’on évoque grassement entre couilles. L’autre, l’Autre, celle que l’on aime, que l’on apprécie, a droit à tous nos égards. Pas elle. Elle, on ne l’y reprendra pas de sitôt. Garce. Grrosse Chhatte ! est donc une expression « contre », stigmatisante, blessante et vulgaire (mais si drôle), et qui est devenue un concept « pour ». Pour réunir des personnes différentes sous la même bannière (oui, je plagie mon propre ébito, mais si je ne le fais pas, qui le fera ?), pour rire, explorer, créer, proposer. Peut être y trouverez vous un plaisir quelconque, et nous serons alors ravis de vous accueillir dans cette entité brûlante et mouillée, distinguée et trash, et pour en finir avec la métaphore du clair-obscur, pertinente et stupide. Une attitude que l’on pourrait résumer ainsi : « on fait des articles, on parle de cul et on vous emmerde ». Je tiens donc à remercier cette grrosse chhatte en particulier, qui accoucha sans le savoir de Grrosse Chhatte, terme générique grassement drolatique, origine du monde, notre monde : Grrosse Chhatte ! Peux être lis-tu ces lignes ? Peut-être as-tu même laissé échapper une petite barre de LOL, mais ce rire, car tu dois rire bien sûr, ou bien tu ne serais pas aussi délurée/libre/décalée/inconséquente que tu prétends l’être; ce rire donc, se teint de jaune, se teint de gêne. Ce n’est pas seulement le ton qui te dérange, « parce que quand même, Grrosse Chhatte ! Et puis vos articles, là ! Ah non, non, mais c’est cool, sinon, mais enfin, voilà quoi ! » Mais tu sens, tu sais, que quelque chose cloche... Pourtant, tu es si belle, si bien. Comment ? Car c’est bel et bien de toi qu’il s’agit.Ne nous déteste pas. Nous avons conscience que nous ne plairons pas à tous le monde. Nous n’étions pas fait pour nous entendre, voilà tout. Je te remercie, je vous remercie, pour nous avoir fourni notre nom de baptême, un léger filet de mouille que laissa s’échapper cet attribut génital qui te sers de surnom nous éclaboussant le front, signe symbolique de notre entrée effective dans le monde merveilleux du « Sexe, Culture et Société ». Arrêtons là ! Nous ne nous reverrons pas. Car comme le disait Bertrand C. à la direction de Jean-Marie M. et sa clique universaliste, « si nous sommes du même monde, nous ne sommes décidément pas de la même planète ». Ou en d’autres termes : « Il existe un monde pour les petites bites. Allez vous faire enculer ».

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Le bruit court dans le tout Paris qu’il y aurait même une grosse chatte au coeur du Musée du Louvre!

Mon sang ne fait qu’un tour! Je décide de mener l’enquête...

Bhé non, je ne vois rien... Tant pis je vais encore me taper la Joconde!

OHHH! UNE GROSSE CHATTE!!!! 14


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nLa

Grrosse Chhatte du Louvre C’était donc vrai! Enfin une une bellle grosse chatte au Louvre...

Réalisé en toute illégalité dans la capitale française et dans son musée à pyramide en verre. Gustave Courbet / Nan Goldin Exposition «Les visages et les corps - le Louvre invite Patrice Chéreau» Du 2 novembre 2010 au 31 janvier 2011. Et pour la grossse bittte ... Faut pas rêver... 15


Le dossier mens(t)ruel Gr

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Grrosse chhatte I

l faudrait donc qu’en plus d’être D.A. improvisé d’un magazine qui sent très fort la vulgarité gratuite et l’opulente pilosité, je coordonne le dossier mens(tr)uel de ce numéro un… Et bien d’accord ; ça me plait. Je dirais presque que j’aime. Oui, j’aime. Même si toi tu n’aimes pas, même si ça sent un peu la crevette, l’hommos périmé, la prétention et le gros barbu qui prend des teintes pourpres. Dans ma tête présentement, mille et une nuits de souvenirs et des lecteurs qui souillent leurs écrans d’ordinateurs avec de la bière bon marché parce que leur ventre, avouons-le, trépigne d’impatience à la vue de cette première édition. Je me mets à l’aise, et, je vous en prie, prenez les vôtres. Lancez donc le lecteur multimédia de votre ordinateur, choisissez-vous un bon vieux titre des frères Rahbani, de Mohammed Abdel Wahab ou bien encore d’Oum Kalthoum. Mesdames, messieurs, nous partons en Orient quand bien même nous le qualifions de moyen, gros, petit, proche ou encore éloigné… Au menu : un Beyrouth plein de botox, un wMassoud Michel sous perfusion de mets trappistes évoquant sous des volutes de tabac égyptien les dessous de la danse du ventre en burka ; une interview exclusive du même belge portant sa casquette de poète puis des kilos de silicone, des prédications haram et de la nourriture bien souvent frite à l’huile suranné. Calmez-vous, tout va bien se passer… Grrosse Chhatte magazine vous livre juste en exclusivité, la lingerie fine de l’orientalisme et l’humour gras qui va avec. Yallah bon appétit ! Pacco

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Le diktat de l’esthétique: de l’évolution du nichon au Liban

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Dans « diktat » il y a « dick » ; et « dick » peut signifier beaucoup de choses… Tout d’abord, il s’agit du prénom de ce brave Fosbury ; athlète américain originaire de Portland et inventeur de cette révolutionnaire façon de sauter en hauteur. Outre le sobriquet de ce fougueux rouleau dorsal qui, en 68, enchantât les J.O de Mexico, il s’agit également d’un terme d’argot américain signifiant, grosso modo, « bite » et du prénom d’un chanteur néerlandais qu’affectionne particulièrement mon papa, Dick Annegarn (vu en fossoyeur dans Mammuth, dernier opus de Delépine & Kervern). Mais revenons-en à de la terminologie pure et dure, puisque, je le sens, les goûts musicaux de mon concepteur génétique ne vous intéressent guère… Diktat est un terme venant d’un mot allemand signifiant « chose dictée ». Il fût utilisé pour qualifier le traité de Versailles, imposé sans négociation, en 1919, par les vainqueurs de la Première guerre mondiale, dont la France. Le terme a acquis un sens nettement péjoratif, pour désigner une volonté dictée par un étranger ou une puissance étrangère. « Imposer ses valeurs », « donner des ordres » peuvent être synonymes de « lancer un diktat ». Dans ce magnifique pays qu’est celui du Cèdre, on pourrait parler de diktat de l’esthétisme, de diktat esthétique, de diktat des esthètes et des têtes de cons qui s’affichent en fêtes mais qui en fait n’ont pas un rond ni même un neurone en tête. Diktat. Tic-tac, tic-tac… Il est temps que mon entrée en matière s’achève et qu’enfin je vous parle de choses que le titre de cet article évoque. Oui, chers lecteurs attentifs, les seins ont évolué au Liban. Croyez-moi, il ne s’agit plus de ce bon vieux moelleux oriental et naturel que Gérard De Nerval évoquait dans son Voyage en Orient, parlant de Saléma, jouvencelle levantine pour l’amour de qui il souhaitera être initié à la religion des Druzes... Non, Le nichon phénicien se transforme, il devient factice tout comme les nez, les lèvres, les pommettes, les hanches et les ventres des légendaires créatures féminines libanaises. Alors pourquoi mais surtout comment l’arabe pays des incompatibilités (laïque, multiconfessionnel, libre, turlututu chapeau pointu…) s’est transformé en capitale de la chirurgie plastique et siliconante ? 18


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Et bien c’est tout d’abord à cause de la guerre ; parce que le Liban aime bien les incendies fratricides et puis parce que ça provoque des bobos qu’il s’agit post-accident d’arranger pour que ça ne fasse pas trop mauvais genre. Du coup, toute une génération de chirurgiens libanais s’est formée à la chirurgie dite « réparatrice » durant les quinze années de guerre civile (avril 1975 – 1990 accords de Taëf). Une fois que les deux camps se sont un peu moins trucidés, il a fallu trouver un terrain de jeu aux Curriculum Vitae des toubibs qui s’était engaillardits d’une ligne mentionnant le fait que refaire des nez, des visages et des bouts de corps en tout genre étaient leurs dadas. La réputation de Beyrouth, à la fois ville du vice du Middle East, suisse arabe et petit Paris oriental a, dès lors, repris du service. Déjà, certaines franges de la gente féminine libanaise se sentaient prête à changer de visage pour s’assimiler aux canons esthétiques des eighties, nineties occidentaux et se la mettre bien dans les night club, les salons de thés, les restos chics et les mariages chocs de cette vieille ville catin qu’est Beyrouth. Deuxième raison, liée à la précédente: les voyages. De tout temps, les libanais ont voyagé. Ils forment aujourd’hui l’une des plus importante diaspora mondiale. Mais ce qu’il y a d’étrange dans le déplacement des libanais c’est qu’il rime bien souvent avec assimilation. Conséquence : une extraordinaire capacité à naviguer dans les langues, une ouverture sur le monde énorme, bref, de l’échange, du partage, de la parole sans frontières et de la compréhension de l’autre dans sa différence (une certaine idée de l’altérité donc, surtout chez leurs magnifiques artistes). Mais qui dit assimilation dit aussi, parfois, trouble de sa propre identité, du moins de « l’apparence » de son soi, de son « esthétique identitaire »… Après la guerre (voir pendant), certains toubibs libanais ont compris qu’en affinant au scalpel les nez des libanaises plutôt aisées, ils arrondiraient leur fin de mois. Du coup, ils se spécialisèrent et montèrent des cliniques privées où ils bistourisaient du nichon, des culs, des joues, du nez et du ventre mou à longueur de journée. Les stars (notamment la grande Fairouz) et les riches se pressaient à leur portillon voulant effacer les traces d’un sémitisme qui leur semblait, alors, bien gênant et difficile à assumer. Puis, avouons-le, le Liban, a vraiment du mal à être arabe, du moins, une partie de sa population n’accepte pas vraiment le fait d’être bicot, il fallait donc construire un modèle plastique reconnaissable et différent des

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canons de beauté connus en Orient. Fairouz (que Frédéric Mitterrand et moi adorons) en est un exemple magnifique : son nez, ses pommettes, ses lèvres et son menton qui ont connu les affres d’un retraçage précis à la lame chirurgicale se révèlent aujourd’hui des trait de caractère purement phéniciens. Il faut donc « faire comme ». En fait ce pays est bien souvent celui du « faire comme », du coup si la fille de ma voisine s’est fait offrir un nouveau nez pour ses 16 ans, et bien cela me donne une bonne raison de la faire râler en me faisant refaire les seins pour mes 50 printemps… Calmez-vous chers lecteurs du sexe fort et soyez plus discrets ; j’entends d’ici votre sexe qui cogne contre la table ou sous le bureau sur lequel est posé l’écran informatique que vous lisez… Non cela n’est pas vraiment excitant a posteriori mais cela m’excitait moi aussi (et plutôt terriblement a priori). Puis j’ai tâté de la marchandise phénicienne et j’ai vu ces femmes siliconées rire, agiter leurs bijoux en toc et leurs longs cheveux sombres sous mes yeux. Le nez se déforme, les seins font de tout petits sauts totalement ridicules, ils sont durs et laids, les tétons s’élargissent et prennent une teinte rosâtre ou brunâtre. C’est écœurant (après coup bien entendu, car sur l’instant on se marre sacrément puis il fait si chaud et leur vin est si frais qu’on est la plupart du temps saoul comme un rhalouf…). Et j’engage ici ma parole et ma bonne foi chère lectrice, cher lecteur : je vous jure que se réveiller à côté d’un sosie de Jocelyne Wildenstein susurrant des « habibi ya habibi » n’est pas glop du tout comme dirait Pif le chien. M’enfin, pour vous mes chéris je ferai n’importe quoi, j’affronterais même à mains nues des tonnes de cougars niçoises dans des jungles urbaines hostiles… Le diktat de l’esthétique au Liban m’a donc tué, du moins il a mis a mal mes rêves et mes utopies de femmes fatales orientales (genre cheveux de jais, yeux verts en amandes, danse du ventre et tout le bazar…). Les grrosses chhattes libanaises ont trouvé un terrain de jeu formidable dans Bey-

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routh et sa banlieue riche ; elles s’y défoulent en contaminant les autres chhattes environnantes (Saoudiennes, Emiratis, viennent effectivement s’y faire opérer les tarins et les balcons en cortège) qui viennent parader et entrer dans le 21ème siècle dans les grands mall 6 étoiles. N’empêche que… Je bande toujours autant après avoir connu le pays de Khalil Gibran. Le prophète du bon goût a semé un bon paquet d’incompréhension dans le pays du cèdre mais cela reste tout de même formidable, et puis certaines femmes (dont Nadine Labaki, ô ma Nadine hayati…) relèvent le niveau global et se torchent les fesses avec ce vilain diktat. Normal, au Liban il y a 7 femmes pour un homme, il y a donc de la place pour des chattes gentilles et intelligentes tout plein. Statistrique quand tu nous tient.

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abarets du Caire, grandeur et décadence

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Une jolie poitrine serrée dans un push-up, des hanches qui battent la mesure sur une musique arabe populaire jouée par un orchestre improbable, la tradition égyptienne de danse orientale vie encore… un peu… dans ces fameux cabarets qui font à la fois la fierté et la honte du pays. Comment ne pas résister à l’envie d’aller y faire un tour ? Ne serait-ce que par curiosité, à moins que… Plongée dans le vice du sujet… Je descendais des grandes canettes de bière Stella égyptiennes comme un nourrisson tète son biberon histoire de me mettre en condition. Hicham, un sympathique bougre diplômé de médecine, devait passer nous prendre mais tradition égyptienne oblige, il avait trois bons quarts d’heure de retard. Je commençais à tenir une demi-cuite. J’étais, il faut bien le dire, fort excité à l’idée d’aller dans un cabaret pour la première fois. Cela me semblait plus rock n’ roll que la plupart des activités nocturnes que le Caire offre. Hicham arriva enfin. On embarqua dans sa voiture et celle de Karim pour foncer vers les lieux de débauche de la capitale égyptienne. Trois délicieuses jeunes filles occidentales, nos deux comparses égyptiens et moi-même lancés à grande vitesse vers des sommets d’immoralité, de dépravation, d’hypocrisie, dans la ville aux mille mosquées. Un bon trajet fenêtre ouverte et gueule au vent pour me permettre de dessaouler. Il semblait opportun de commencer par les cabarets de la rue des pyramides (rue ahram, nom que j’ai toujours confondu avec haram, terme pour désigner ce qui est péché en Islam) à Gizah. C’est la catégorie des cabarets un peu classes mais sur le déclin. On y respecte encore un tant soit peu la tradition égyptienne de danse orientale, vulgairement appelée « danse du ventre » par chez nous, ou encore « belly dancing » par nos amis anglo-saxons. Je n’avais jamais vraiment vu une danseuse orientale en action mais on m’en avait un peu causé. Sorte de légendes urbaines, les histoires de cabarets circulent au Caire comme le shit qu’on y fume, partout mais discrètement. On m’avait aussi raconté que certaines danseuses ne font pas que danser…

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Grrosse Chhatte ! sur les traces d’un passé prestigieux dans la capitale égyptienne


Les cabarets, les cafés, les restaurants, les fast-foods se succèdent dans la rue ahram. Jusque là rien d’extraordinaire dans la capital arabe de la bouffe grasse et du fumage de shishas. Mais pour choisir le cabaret dans lequel poser ses fesses, boire de l’alcool et reluquer des danseuses, bonne chance ! Nous en abordons un au hasard, on nous demande 200 livres égyptiennes (25 euros) pour rentrer et boire deux verres. C’est beaucoup, on refuse. On tente notre chance plus loin : même histoire, même prix. Ils se sont décidément passé le mot pour essayer de nous enculer ! Le troisième essai est plus concluant, nous descendons à 150 livres et pour les deux verres « de la maison » ce sera du whisky, de mauvaise qualité mais inutile de faire la fine bouche, ou autant foncer illico dans un de ces hôtels de luxe démesurément chics et aseptisés qui proposent des spectacles de danse pour touristes à bermudas beiges et à chapeaux d’explorateurs, et des prix monstrueusement indécents. Nous pénétrons donc dans le joliment nommé El Gandool; cela me fait directement penser à une grosse paire de boobs scintillants. Et je ne vais pas être déçu. D’emblée mes yeux sont rivés sur la scène et sur cette danseuse au push-up déconcertant, aux jambes longilignes, à la jupe fendue, au ventre rondouillet et à la crinière sombre et infinie (c’est peut-être bien une perruque). Elle n’est pas spécialement jolie, un brin vulgaire, le visage un peu fatigué. Elle sautille à droite, à gauche, sur l’ensemble de la scène, son opulente poitrine manque de l’étouffer à chaque fois que ses pieds décollent du sol. Elle effectue de larges mouvements rotatifs avec la tête, sa crinière volant dans les airs recouverts d’une épaisse fumée de shishas et de cigarettes. Elle est moins à l’aise avec ses hanches. Ce n’est pas vraiment l’idée que j’avais de la danse orientale mais qu’importe : elle est sacrément bien fagotée. Sa chaire épaisse dépassant de son étroit costume brille de mille feux, on a envie de croquer dedans. Dans un pays où la plupart des femmes 24


portent le foulard ou le niqab, on comprend que ces danseuses inspirent tant de fantasmes. A se balader au Caire et à entendre les réflexions grossières, indélicates et les gestes suggestifs de certains hommes à l’encontre des femmes (étrangères ou pas) on aurait tendance à penser que tous les égyptiens sont des cochons, des vicelards frustrés qui sortent de prisons. C’est oublier qu’on leur a enlevé ce plaisir, cette tradition, ce merveilleux patrimoine qu’est la danse orientale, ses costumes affriolants et le plaisir de voir des belles femmes évoluer avec grâce. La télévision nationale a banni la danse de ses programmes et depuis les années 80, l’Egypte vit au rythme de la dictature d’un Islam réac’ et pas toujours très funky. Bien sûr il suffit de regarder la situation des pays alentours pour se rendre compte qu’il y a bien pire mais tout de même : pourquoi se priver d’un tel plaisir ? Installés à une table en bord de scène, nous assistons donc à un défilé de danseuses toutes plus pulpeuses les unes que les autres en sirotant notre mauvais whisky. Les costumes varient peu. L’une des danseuses arbore néanmoins une gallabeya (longue robe) et un voile à la façon des burqas irakiennes; l’audace aussi a sa place dans les cabarets, du coup c’est tout de suite moins excitant, bien que ses formes se dessinent joliment sous ladite gallabeya et qu’on imagine les trésors de peau et les recoins délicieux qui se trouvent dessous. Deux ou trois chanteurs se succèdent pour accompagner les danseuses mais inutile de les calculer, ils ne font pas le poids. Derrière, un orchestre de sept musiciens joue des airs tantôt classiques tantôt modernes de musique arabe. La musique va fort, difficile de s’entendre parler. Nous ne sommes évidemment pas les seuls clients, le reste de la clientèle est exclusivement arabe (beaucoup de saoudiens fréquentent les cabarets) et masculine. De temps en temps, l’un d’eux monte sur scène avec des liasses plus ou moins grosses de billets et fait voler les biftons en l’air ou dans le décolleté de la danseuse ou encore bien sur sa tête. Les chanteurs les encouragent. Parfois la danseuse va elle-même vers les tables des clients et les incitent à monter sur 25


scène ou à jeter l’argent depuis leur chaise. Ça relance un peu la curiosité sur ces danseuses, jusqu’ou vont-elles vraiment ? Elles dansent, et de manière sexy, pour de l’argent qu’on leur balance dessus mais elles ne se déshabillent pas. Voient-elles des clients en privé pour faire des « extras », comme ça se raconte ? Sont-elles toutes des prostituées ? Je n’avais et je n’ai toujours pas vraiment envie de le savoir. A une table, deux gays tirent sur leurs shishas comme ils pourraient tirer sur autre chose. Ils sont horribles, efféminés mais sans aucune classe, des têtes d’abrutis pétés de thunes et se comportant comme des merdes avec les laquais qui s’affairent autour d’eux. Ils montent sur scène à l’occasion non pas pour jeter des billets aux danseuses ou pour danser avec elles, sinon pour effectuer des mouvements légèrement suggestifs en se regardant avec un air con. Ces deux gus ne ressemblaient à rien mais leur présence dans ces lieux méritait d’être évoquée. Pauline qui nous accompagne me rapporte que les danseuses qui ont terminé leur représentation sont en train de fumer des pétards dans les chiottes. Encore une belle surprise et un tabou de plus qui vole en éclat dans ce lieu de perdition. Si la fumette est un des sports nationaux, cela se fait en général dans la plus grande discrétion et c’est assez rare de voir des égyptiennes pomper des cônes (sans mauvais jeux de mot). Jusque dans les années 70, les mœurs étaient plus libérées notamment dans la haute société dont les danseuses faisaient parties, mais ce temps là est révolu. On essaya bien d’en savoir un peu plus sur leur véritable identité mais la tâche est ardue. Finalement, après une très bonne représentation de la danseuse vedette d’ El Gandool, et après avoir sifflé pas mal de bières pour faire passer le whisky, nous décidons de mettre les voiles. Un mystérieux gonze, peutêtre le patron, installé à la table d’à-côté, tient à nous payer une partie de notre addition. On ne crache pas sur son pognon et on quitte l’endroit après les quelques salamaleks d’usage. Ce n’est pas vraiment les mille et unes nuits et les cabarets ne sont plus ce qu’ils étaient mais je me promets d’en essayer d’autres et d’en devenir un habitué. Ça se corse Quelques semaines après mon initiation au El Gandool, j’ai décidé de m’attaquer aux cabarets du centre-ville, plus shaabis (populaire), plus défraîchis, moins chers. Cinq ou six de ces cabarets sont rassemblés dans une impasse entre deux grandes rues du centre ville du Caire. Avec Dame Pauline et quelques amis, nous optons pour le Palmyra. C’est tout de suite plus sombre, c’est un peu le bordel, des serveurs en chemise blanche nœuds-papillon se sortent les doigts du nez pour nous tirer nos chaises et nous installer. Les danseuses jouent vraiment les potiches sur scène, les mouvements de hanches et du bassin sont remplacés par des gesticulations désordonnées, leurs visages ne sont plus fatigués mais hallucinés, elles doivent sérieusement planer ou je me fais des idées et la bière est déjà en train d’agir sur mon cerveau en bouillie dans cette atmosphère calfeutrée, enfumée et un peu pesante. La musique jouée par une formation batterie – synthé et trois percussions résonne dans cet endroit assez bas de plafond comme le chant du muezzin craché par de mauvais haut-parleurs un vendredi matin à la mosquée du coin. Ils jouent uniquement des airs shaabis modernes et sont malheureusement accompagnés par un chanteur qui a encore moins de classe que 26


ceux d’ El Gandool. On ne sait carrément pas se parler à moins de se gueuler dans les oreilles ou d’attendre les courtes pauses entre les morceaux. On fume un maximum de clopes pour faire passer un peu le temps. La clientèle, visiblement des habitués, nous toise... Un drôle de type déjà bourré regarde avec insistance les filles qui nous accompagnent. On fait un peu connaissance avec une femme qui assure le service en même temps que les serveurs à nœud-pap’. Elle est enceinte jusqu’aux dents, au moins de six mois. Clope au bec, elle nous raconte que le père s’est fait la malle. On comprend plus ou moins que c’est une entraîneuse; c’est déjà difficile de s’entendre dans ce claque alors en arabe ça n’arrange rien. Elle provoque surtout ma curiosité et un peu de pitié. Niveau danse ce n’est pas la panacée, les gonzesses sur scène ne se donnent pas vraiment à fond, c’est plutôt nonchalant, pas professionnel, ça manque un peu de sérieux. Mais tout bien considéré leur côté filles paumées, un peu moches, grassouillettes pour certaines, est parfaitement sexy. Le fantasme ici est plus crade, plus graveleux, plus direct. Certaines ne récoltent que peu de billets sur la tête et dans le soutif, elles s’agitent alors un peu plus. La bière n’est pas très chère et une fois à l’aise on peut vraiment apprécier le côté burlesque de l’endroit. Contrairement à mes intentions je ne suis pas devenu un habitué des cabarets, j’avais sans doute un peu peur que mon côté libidineux ne prenne le dessus... J’y suis quand même retourné quelques fois. Un soir en rentrant de là avec deux potes on s’est arrêté rue Adli dans un bar qui était encore étonnement ouvert pour une heure si avancé. Personne à l’intérieur, un mec est descendu du premier étage et nous a fait monter. On n’en croyait pas nos yeux, c’était un mini cabaret ! Un gars derrière un synthé Yamaha, un autre en train de chanter (il s’en sortait pas mal, le con), trois gros égyptiens en train de boire de la bière à une des quatre tables de la pièce et deux jeunes filles maigrichonnes, carrément moches, vulgairement maquillées, habillées en jean moulant et débardeur, occupées à danser mollement au centre de la pièce. Je n’ai pas remarqué tout de suite les deux gamins hauts comme trois pommes qui gambadaient de long en large. C’étaient les gamins de l’une des filles. C’est un des endroits les plus glauques que j’ai vu au Caire. On est loin des cabarets d’antan, de l’âge d’or de la danse en Egypte mais ce soir là - et ce sera encore le cas - ça me convenait très bien… J’emmerde les hôtels de luxe et leurs faux cabarets proprets, leurs danseuses même pas égyptiennes mais brésiliennes, russes ou que sais-je encore. Je retournerai aux cabarets shaabis où on ne pète pas plus haut que son cul, où on ne fait pas de manière et je chercherai encore et toujours ces endroits où la vie après une dizaine de bières prend soudainement tout son sens !

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Double M l’interview

près avoir saigné nombre de décors belges, de la friterie locale en passant par le bar à punk, à putes, à prolos et à cyclistes nostalgiques des grandes heures de Liège – Bastogne - Liège sans oublier la scène du festival de Dour avec ses acolytes de chez Monsieur Spartako ; Double M se livre en totale exclu à Grrosse Chhatte magazine et ce à l’occasion de la sortie de son premier album solo intitulé « Djinn Tonique » (sur le label Les disques Laser Compact Jason Gé) Exilé depuis bientôt deux ans en Égypte, le MC belge nous montre et fait sentir ses skillz, ses cernes et ses burnes brunes et fatiguées néanmoins toujours prêtes à se frotter à de nouvelles peaux. Djinn Tonique fait mal, il s’incruste dans nos têtes comme une poupée qui fait non, non, non, non… Entre ballade rock’n’roll, inspiration soufi, chanson française et gangsta rap de la rive est du Nil, MM envoi du lourd et appelle à la prière les p’tits merdeux. Double consonne n’a rien perdu de sa verve pharaonique, de sa street credibility et de sa poésie aux accents de Bruxelles nord. Entretien avec l’artiste.


- Grrosse Chhatte mag’ : Double M, bonjour, quel plaisir de te retrouver pour la sortie de cet album au titre si évocateur. Comment ça s’passe dans ta zone ? Toujours premier sur le business cairote? (oui, oui, deux glaçons dans mon whisky, je te remercie…) Plaisir partagé… C’est presque un honneur pour moi de livrer ma première interview à Grrosse Chhatte magasine en qui je crois beaucoup. Ici au Caire ça s’passe, je suis un peu débordé avec la sortie de mon album que je dois gérer à distance et tous ces outils informatiques qui me rendent parano et angoissé. Mais je ne me la joue pas artiste torturé. J’emmerde ces connards et leurs albums de merde. On ne fera pas de buzz pour cet album, ça m’ennuie un peu mais que veux-tu c’est comme ça… - Venons en à cet album que j’ai eu l’occasion d’écouter et de décortiquer avant mixage final ; comment t’est venue l’envie de te lancer en solo, de faire ces collaborations ? Comme tu le sais je suis un rappeur né et j’affectionne aussi la variété française, la musique et la culture populaire en général. Après avoir splitté avec mon groupe légendaire de rap belge Mr. Spartako je me suis posé beaucoup de questions et je suis venu habiter en Égypte. En même temps ça m’a un peu libéré, je me suis dit que maintenant je pouvais faire ce qui me plaisait et envoyer chier tout le monde. J’ai rencontré des rappeurs égyptiens mais aussi des musiciens traditionnels et des amateurs de musique et de poésie qui ne connaissait rien au rap. J’ai continué à écrire des textes mais je n’avais aucuns moyens, j’enregistrais des merdes sur des instrus que j’avais piqué en utilisant le micro de ma webcam. Puis mon ami Jason Gé est venu me voir au Caire et on a parlé de faire un album ensemble, il m’aime bien et il pensait que j’avais quand même un peu de talent.

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- Ça sent le barbu en colère tout plein dans des titres comme Terrorisme, Sinaï et Djinn tonique… On entend des muezzins, de la derbouka, du Oud, mais aussi des lyrics agressifs et révolutionnaires remplis d’envolées poétiques. Je sens comme une inspiration venue d’un Omar Khayyam qui aurait bu un peu trop de bourbon sans glace… vrai ? Je ne prétends pas avoir l’étoffe du grand Khayyam dont je suis fan à l’instar de mon producteur / compositeur Jason Gé. Sache cependant que Khayyam buvait du vin, ce bougre, et encore bien dans des carafes en argile. Il a inspiré le côté oriental, le côté arabo-persan de l’album mais attention je ne parle pas de world music à la con. C’est une facette de l’album et on y retrouve beaucoup d’autres influences mais on ne mélange pas tout dans le but de créer une soupe latino-africano-occidentale qui plaise à un maximum de gens. Ca c’est juste bon pour passer sur France Inter les jours de grève. Question colère et agressivité j’avais envie de retourner vers des morceaux rap plus couillus et entre guillemets revendicatifs parce que pour moi c’est l’essence du rap et ça, tout le monde a tendance a l’oublier. - Et tes autres sources d’inspirations ? De Jean Jacques Goldman à Electric Wizard en passant par Julien Clerc, Kyuss, Mafia K’1 Fry, Wu Tang, Outkast, NTM et bien sûr Oum Khalthoum ou Farid El-Atrache que j’ai samplé pour le morceau Terrorisme. J’ai des tas d’influences. Comme beaucoup de gens j’écoute de la musique tous les jours. Après le but n’est pas de faire un condensé de toutes ces influences ou de plagier. Ce qui a été agréable lors de l’enregistrement de l’album c’est que pour la première fois j’ai fait absolument ce que j’avais envie de faire à un moment précis. Je ne ferai certainement pas la même chose de la même manière une deuxième fois et j’ai sûrement fait des tas d’erreurs mais je m’en tape. J’ai eu beaucoup de chance de faire cet album avec Jason Gé car comme moi il n’a aucune limite dans l’exploration des styles musicaux. - « Du vin de la jolie ? » ne sais tu toujours pas choisir ? Si bien sûr. Les deux ! Et même temps si possible. - À propos de la production de Djinn Tonique, parles-nous un peu de l’aventure et des différentes collaborations ? As tu laissé tomber l’idée de travailler avec des rappeurs égyptiens comme c’était le cas sur Ana wel aswa walzolom avec MC Monadel ? Toutes les musiques de l’album ont été composées par Jason Gé, tous les textes ont été écrits par moi et il y a deux featuring, un avec Shush’ arlotte et l’autre avec Moyen, deux très grands artistes qui font partie avec moi du groupe Milieu de Soirée. Ca s’arrête là ! Le morceau dont tu parles avait été rebaptisé El Dounia El Kebira en référence à l’Egypte, la mère du monde. C’est très égyptien de vanter la grandeur, la beauté de son pays mais dans ce cas-ci, c’était quand même un peu ironique. C’était une bonne expérience avec des rappeurs égyptiens qui avaient un background et des goûts fort différents des miens. Ils étaient assez pros, ils avaient du matos et privilégiaient des instrus qui font bouger la tête mais tous ces rappeurs n’iront jamais aussi loin que moi. Pas en terme de reconnaissance bien sûr ou même en terme de qualité mais ils ne peuvent simplement pas dire tout ce que je peux dire, ou alors ils n’osent pas. Donc on verra mais je pense que je referai certainement des morceaux avec des rappeurs arabes. 31


- À ce propos, comment se porte le rap au pays de Cléopâtre? Je ne suis pas toujours fan du flow ro-beu, mais Monadel tirait son épingle du jeu, comme certains mec en Palestine et au Liban (notamment certains chez Erhab records et d’autre dans le sillon de Rayyess Bek) ; as tu un avis sur le rap Moyen Oriental ? Je connais surtout la scène locale, le rap égyptien, et il se porte plutôt bien, les mecs sortent des « street albums », des clips, des EP,… Mais en même temps la plupart d’entre eux ont pas mal de thunes… Ca entraîne évidemment un côté bing-bling un peu lourd dans un pays comme l’Egypte. Sinon il y a des groupes comme Asphalt ou des rappeurs comme Kordy ou Killa qui font bien leur boulot. Il y a même un groupe qui s’appelle « Arab League » qui fait partie du mouvement « Lost Children of Babylon » un regroupement international de hip-hop spirituel à tendance islamique mais je ne sais pas trop quoi en penser… C’est sûr que le rap n’est pas la musique la plus écoutée en Egypte mais les rappeurs n’ont pas de quoi se plaindre, si ce n’est de la pénurie de salles de concert ouvertes à ce genre de musique. - Sangsuelle révèle une facette romantique de Double M, l’instru est plutôt rock, le flow est posé, genre chanson française. En reviendrais-tu à des amours de jeunesse ? Pas du tout, c’est juste un morceau reggae avec de forts accents rock et au niveau de la voix j’ai fait ce que j’ai pu. C’est un morceau qu’on a fait très spontanément en délirant car on ne pensait jamais faire un morceau reggae mais l’ambiance collait assez bien avec le texte coquin que j’avais écrit. - Terrorisme a contrario, te révèle sulfureux et vindicatif, tu as vraiment de la nitroglycérine sous ta gallabeyya ? Quand je porte une gallabeya en général je suis nu en dessous, donc tu imagines de quel genre de nitroglycérine il s’agit… - Serais tu prêt à collaborer avec le Roi Heenok qui semble, ces temps-ci, attentif au rôle que jouent les illuminatis et les franc maçons, dans toute… dans toute cette merde quoi !?... Le Roi Heenok est un sacré personnage, je pense qu’il sait très bien où il va. Concernant son trip conspirationniste, je trouve cela très intéressant, je respecte. Après faire un truc avec le Roi Heenok ne servirait uniquement qu’à faire du buzz. Quand mon chapelet touchera mon pénis on en reparlera… - Question qui fâche, Jean Jacques Goldman est il aujourd’hui has been ou toujours aussi rock’n’roll ? Jean Jacques est un maître, il se tapit dans l’ombre pour l’instant mais il reviendra encore plus fort que jamais… A moins que je ne lui vole la vedette. Mais j’ai bon espoir qu’il nous sorte encore un ou deux tout bons albums. - Dis tu me prêterais pas un peu ta sangsue sensuelle pour que je me fasse sensuellement sucer la susu dans des draps de satin? On ne choisit pas sa sangsue, mec, c’est elle qui te choisit !

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Djinn Tonique, premier album solo de Double M (Production: Les Disques Laser Compact Jason Gé), à télécharger gratuitement sur http://doublem.bandcamp.com/album/djinn-tonique

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Être une gr

Pendant que le choléra dévorait Haïti, que 33 latinos s’extirpaient de l’enfer et que Barack se prenait une petite fessée déculottée, notre mois d’Octobre frenchy dû faire face à une aventure bien connue du terroir : une dérive gouvernementale accouchant d’une marée syndicalisée hors compétition afin de contenter les agences de notation. Entres autres manifestants (un faible pourcentage, reconnaissons-le) : une frange de la jeunesse française dosée à l’eau précieuse et aux idéaux bateaux, pendue aux mégaphones, hurlant un imaginaire parfois mal maitrisé. Pénétration dans l’univers de la Grrosse Chhatte vindicative.

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m


rrosse chhatte en

manifestation

C

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Observation participante en milieu souillĂŠ.

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« Ce sweet imprimé Mao me moule à souhait, j’adore. Pourvu que le journaliste du Progrès soit conscient de mon potentiel photogénique. Oh, et si je pouvais finir le défilé emboitée au porte parole du NPA, ce serait tellement vintage.» Son cul balance au rythme du vomi de la sono et tout se mélange dans sa tête. Tout résonne dans le bocal vide qui lui sert de palette de maquillage. Je la repère, au milieu du cortège, elle suinte la stratégie puérile. Les défis sont sa vie. Son immersion révolutionnaire n’est qu’un challenge de plus pour elle. Pas d’étendard, ses intentions sont creuses. Elle est l’idée du moment, le souffle du brassage de l’air et l’odeur de l’oisiveté. Aujourd’hui, ce défi ; demain, le suivant. Oh évidemment, elle a son avis sur la question - Son avis, leur avis, notre avis ? Peu importe - Elle est en pleine fleur de la chatte, la retraite ne touche pas à son horizon. Mais elle ne veut pas travailler jusqu’à 67 ans. En fait, elle ne veut pas parler travail. Trop crasseux et bien trop bourré de consonnes pour être honnête. Probablement la personnification même de la contrainte. Elle, elle veut vivre de ce qu’elle aime. La photo, beaucoup, aider les pauvres, un peu et la poésie, surtout. Une sensibilité artistique à fleur de peau, elle veut rencontrer le monde et l’embrasser. Et pour ce faire, elle ne peut s’encombrer du travail. La culture, c’est bien, l’humanitaire, c’est mieux. Elle aime l’Amérique Latine, l’Afrique, l’Asie aussi. Elle veut un autre modèle de vie. Sa chatte avant tout le reste : le travail, la patrie et même son cul. Alors, dans l’euphorie du moment, elle se dit qu’aujourd’hui il est temps de s’ouvrir aux autres, de regarder plus loin que le bout de ses tétons (légèrement excités à la vue du guitariste déguisé FO) et de participer à un mouvement de foule. Elle se dit qu’il est nécessaire de re-décorer les murs de sa vie et de changer le papier peint de ses ambitions. Elle aime la métaphore, ça rime avec sex-tuor. Dans sa lancée, elle ne s’est pas privée pour faire un détour sur jaimeletiersmonde.com et a probablement commandé un carton de slips commerce équitable. Une crise existentielle passagère pour une réflexion absente. Des objectifs louables mais une faculté de discernement proche du zéro. Alors, elle tente le plongeon dans la foule armée de ce mois d’Octobre. Elle a entendu « légitimité du peuple » et a accroché son wagon de pucelle salie au train du collectif. Oui, elle y a probablement beaucoup raie-fléchi : il s’agit en effet ici d’un vrai dilemme de fillette. Elle VS le groupe. Sa chhatte VS celle des autres. Une bataille rangée entre l’épanouissement de sa personnalité, qu’elle juge à tort comme compétitive, et l’attraction de l’être-ensemble, qu’elle croit combattre. Et plus la guerre fait rage dans son esprit étriqué, plus sa culotte est mouillée. Elle a l’impression de gagner chaque fois qu’elle ajoute un pin’s à son chandail : « Ouh, je suis tellement plus originale que l’originalité même ». Et bim, elle s’imagine que son fessier bombé remporte le duel du moi contre eux. Et pourtant, plus elle s’affirme, plus elle fait copinecopine avec la banalité contemporaine. Plus elle croit s’éloigner d’une mode ô-doux-Jésusbien-trop-capitaliste, plus elle la baise goulument. Tristesse. Seulement, elle sait qu’être accrochée au collectif, c’est tendance. Rester identifiable, s’ins37


crire dans la case du système, c’est vital. Elle ne fait qu’un avec le groupe, temporairement. Aujourd’hui, celui de la révolte politique, demain, celui du baisodrome. Un réseau temporaire comme un tremplin vers une construction individualiste. Elle gardera de ce jour un autocollant des alternatifs uploadé sur son profil facebook. Un de plus dans une construction de soi à la sauce accumulation. Un apprentissage de la vie qu’elle construit comme une colonne de cubes, une pile d’objets clés dont elle tire son résumé sur viadeo. « Je suis ouverte (sac troqué au Burkina), je suis tolérante (polaroid de ses voisins pakistanais), je suis dynamique (l’étiquette des ses dernières Nike Dunk) et je suis concernée (sweet Ni pute ni soumise) ». C’est toi la pute. La pute d’un monde ordinaire qui court à l’extraordinaire et se perd. Oh, mais elle a surement ses principes. Elle est libre, désinvolte mais conserve ses priorités. D’abord : être détachée, c’est sexy. Elle aime qu’on pense d’elle qu’elle est simplement là pour faire briller son vernis aux lumières des fumigènes. Le quotidien lui échappe, elle est une artiste. Et pourtant, elle l’encule ce quotidien, de tout son corps. Elle lui transmet ses infections à la passion : le glamour suintant, les strass syphilisés, la décadence bien rangée. Puis : être bonne, c’est stratégique. Une saucisse gagnée contre un sourire affiché. C’est son outil de travail. Un réel leurre. Être ce que l’on dit de la beauté et faire croire qu’elle a le potentiel. Bien joué suiveuse. Tu es laide mais on te pense baisable. Bien joué... Finalement, elle reste le miasme de la modernité, le résidu de l’excès de contemporanéité, l’hémorragie du post-empire , obsédée par la technologie pailletée et soumise au narcissisme précaire. Elle se faufile bruyamment dans les mailles d’un quotidien dont elle maximise le potentiel sexuel. Adieu amie grrosse chhatte pro révolution-bidon, la manifestation a honte de toi.

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Le billet du Docteur

Baraka, bol, moule, grosse chatte. Peut-on dresser les principes d’une casuistique de la chance ?

Il sera ici question de définir empiriquement ce qu’est « la grosse chatte » et de comprendre à partir d’un cas concret d’étude en quoi « la grosse chatte » comprise dans l’expression « avoir une grosse chatte » sert à dire la chance de manière spécifique. Ainsi, nous réaliserons une analyse discursive d’une petite forme en circulation sur l’Internet : le Benny de Mozinor, film parodique court d’une durée de 4mn18, daté de 2007, qui s’inscrit dans le peloton de tête des œuvres mozinoriennes ayant fait date depuis avec, entre autres, Bite It ou un dimanche après-midi pourri ou 007, Tu peux pas, test toutes deux réalisées en 2006. Ces films, qui peuvent être visionnés sur le site www.mozinor.com regroupant plusieurs dizaines d’autres sketchs produits entre 2004 et 2010, participent, pour la plupart, de la mise en circulation de syntagmes et/ou de représentations caractéristiques de nos sociétés contemporaines.

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Bourgatte

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Le Benny de Mozinor, dont il sera question ici, est une forme de détournement comme il y en a pléthore sur l’Internet, à cela près qu’on peut l’instituer en cas exemplaire pour plusieurs raisons : 1.D’abord parce qu’il est précurseur (ou presque), 2.Ensuite parce qu’il fait autorité parmi les produits humoristiques en circulation sur l’Internet… 3.…Et plus encore, parce qu’il fait autorité comme cas emblématique d’une production auctoriale (si l’on peut dire) : celle de Mozinor, 4.Mais aussi parce qu’il détermine, pour large part, ce qu’est « la grosse chatte ». En effet, le film Benny de Mozinor (à ne pas confondre avec le Benny’s video de Michael Haneke daté de 1992 et qui est lui, disons, moins ludique) offre une définition audio-visuelle solide de ce syntagme désormais répandu dans la société et qui retient notre attention ici : « la grosse chatte » (à moins que ce soit ce film lui-même qui ait imposé socialement cette définition ?). Énoncée furtivement au cœur du film (entre 2mn58 et 3mn, le temps d’une réplique), cette « grosse chatte » se montre anecdotique en même temps qu’elle instaure – aussitôt qu’elle est dite – un nouveau paradigme culturel. Avant d’aller plus loin, il nous importera toutefois de faire un détour lexicographique pour s’assurer que le fait d’« avoir une grosse chatte » n’est pas davantage intégré que nous le croyons. La lecture des définitions trouvées sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (www.cnrtl.fr) nous donne à lire : Pour « Grosse » : qui dépasse la mesure considérée comme moyenne, normale […]. Exemple : « l’enveloppe portait bien son nom, et son adresse, d’une grosse écriture paysanne, avec des jambages qui se culbutaient comme des capucins de cartes » (Zola, Page amour, 1878, p. 857). […] Qui est considérable : « je ne crois plus au bonheur, à la joie, à la paix. Ou, quand il m’arrive d’espérer encore, c’est de la même façon qu’on rêve au gros lot quand on a pris un billet de loterie, sans y croire ». (Daniel-Rops, Mort, 1934, p. 122). […] Qui est rudimentaire : « Il aimait le gros cidre, les gigots saignants » (Flaub., Mme Bovary, t. 1, 1857, p. 25) Pour « Chatte » : ZOOL. Genre de mammifères carnivores de la famille des Félidés comprenant le lion, le tigre, la panthère, le lynx, etc. Nom sc. felis. Chat laret, chat sauvage, chat-cervier (v. aussi chat-pard*, chat-tigre*) : […] « Le dégel ? Les météorologues de Paris ne m’en apprendront pas ! Regarde les pattes de la chatte ! Frileuse, la chatte en effet pliait sous elle des pattes invisibles, et serrait fortement les paupières. − Pour un petit froid passager, continuait «Sido», la chatte se roule en turban, le nez contre la naissance de la queue. Pour un grand froid, elle gare la plante de ses pattes de devant et les roule en manchon » (Colette, Sido, 1929, p. 39). […] Vx. Chat ou chatte. Petit bâtiment servant au chargement et au déchargement des navires dans les ports (synon. allège) ou au cabotage le long des cô41


tes (synon. chasse-marée). […] Arg. [Sans doute par rencontre homon. avec chas] Sexe de la femme. « Aucun de ses rêves n’était allé jusqu’à l’homme. Elle n’avait jamais pu franchir son chat » (Hugo, Les Misérables, t. 1, 1862, p. 821). Ces définitions nous disent de la « grosse chatte » qu’il peut s’agir d’un félidé femelle dont la taille dépasse la moyenne en vigueur pour ce type d’animal (imaginez un chat de la taille d’un ours qui sauterait de toits en toits sous votre fenêtre !). Il peut également s’agir d’un bâtiment portuaire vraiment imposant dans lequel on peut imaginer décharger de très gros conteneurs (et quand on connaît la grâce légendaire des marins, on pourrait très bien se laisser aller à imaginer des joutes verbales intégrant des : « décharge tout dans la chatte ! » ou bien encore des « j’adore caboter avec mon porte-conteneurs »). Il peut encore être question d’un sexe de femme dont les fonctionnalités sont réduites au strict minimum (un sexe rudimentaire) ; on pensera à l’évacuation des urines et, éventuellement, à l’accueil frigide de sexes masculins ou tout autre objet pouvant s’en rapprocher par la forme ou la structure (vibromasseur, légumineux ou doigt). Si ces exemples d’associations entre les mots « grosse » et « chatte » forment des structures lexicales acceptables, elles renvoient le plus souvent à des aberrations et nous éclairent assez mal sur ce qu’est censée nous dire « la grosse chatte » mozinorienne. On voit donc que les informations recueillies sur le portail du CNRTL nous entraînent sur des pentes scabreuses qui ne nous permettent pas de voir ce que Mozinor essaie de nous faire entendre dans son Benny lorsqu’il demande à Charlton Heston de lancer un : « Oooh, la grosse chatte ». Autrement dit, elles ne nous donnent guère de matière pour penser une définition répondant aux attendus spécifiques que l’on peut avoir vis-à-vis de l’association de ces deux mots (c’est-à-dire de cet adjectif outrancier et de ce nom commun délicat),. Nous voici donc obligé de passer par le désormais incontournable moteur de recherche Google pour aller plus avant dans nos recherches. L’entrée « grosse chatte » (explorée le 17 novembre 2010 à 22h38) nous donne en 0,11 secondes environ 332.000 résultats et les occurrences explorées semblent tout autant éloignées de la définition recherchée bien qu’elles nous confortent dans l’apparente relation qu’entretient, d’une part, le mot « grosse » avec quelque chose qui est démesuré (trop important pour être vrai) et, d’autre part, le mot « chatte » avec quelque chose entretenant une relation étroite avec le sexe. Le site www.grossechatte.org, nous offre une accès vers un portail destiné aux adultes et non pas vers une organisation (non-)gouvernementale comme aurait pu le laisser entendre son adresse (.org). « Ejacs facial », « douche de sperme » ou « bouches à grosses bites » sont au rendez-vous, mais point de proposition satisfaisante. Plus loin, un film sur Dailymotion intitulé Ma grosse chatte et moi met en scène les pérégrinations d’un félidé et de son barbu dégénéré de maître. Sans parler du forum doctissimo qui ne nous informe pas davantage, ce dernier n’ayant pour seul intérêt que de nous régaler de ses contenus aussi poétiques que saugrenus : « moi je préfère une chatte bien large, c’est tellement plus doux à la pénétration… » (felin73), « …À condition qu’elle ne ressemble pas à une galerie marchande ! » 42


(cascabel) ou « vous parlez de gros vagins ou de grosse vulves. Une grosse vulve (grande lèvres charnue c’est un délice) gros vagin alors làà c’est le cimetière… » (ricopos), « … Cousteau aimait bien y paraît » (yp022) [les citations respectent les fautes d’orthographe et les erreurs de syntaxe]. Dès lors, qu’est-ce donc qu’« avoir la grosse chatte ? ». Si l’on se réfère à ces informations trouvées en ligne, c’est avoir un(e) x qui est très grand(e), très important(e) très volumineu(x/ se) ; c’est aussi avoir un(e) x qui a quelque chose à voir avec un animal et dont le nom générique est le plus souvent considéré comme un synonyme de « pubis ». Avoir une « grosse chatte » c’est donc avoir quelque chose qui est d’ampleur et qui relève du désir (masculin). C’est autrement accéder à quelque chose d’attendu et d’inespéré (le sexe féminin : la chatte) qui surgit avec brio, de manière inattendue et pourtant espérée (d’où la présence de cet adjectif boursouflé : grosse). Avoir une « grosse chatte » désigne donc bêtement le fait d’avoir de la « chance » en ce sens que le mot « chance » renvoie précisément à un tel événement. La différence entre le mot « chance » et le syntagme « grosse chatte » vient cependant du fait que le second ajoute de la drôlerie à la définition ; de la vulgarité diront certains. Quoi qu’il en soit, qu’on s’en amuse ou non, cette expression est dotée d’une intentionnalité ludique. Et c’est pour cela que Benny, le personnage incarné par Charlton Heston, dit à l’employé du bureau de recrutement pour l’examen de tire à la lance : « Oooh, la grosse chatte » plutôt que « Oooh, la chance » quand il brille dans un exercice de lancé de javelot. C’est ainsi que de nouveaux syntagmes langagiers apparaissent et enrichissent une langue. Au détour d’une phrase, par un lapsus ou encore par intentionnalité ludique. Car une langue est, pour large part, folksonomique : ce sont ses usagers (les acteurs sociaux) qui en déterminent la forme, la structure, les tendances. Ainsi, « avoir une grosse chatte », pour dire la chance, s’ajoute (et remplace) désormais à d’autres expressions comme « avoir la baraka », « avoir du bol » ou « un coup d’bol » ou encore « avoir une grosse moule ». Pour la baraka, la formule est clairement passée de mode. Elle a des airs colonialistes ; elle peut, à la rigueur, être encore employée autour d’un tablier de sapeur, sauce gribiche et pommes de terre vapeurs avec Azouz Begag. Pour le bol, idem. À moins d’avoir eu 20 ans dans les sixties et de continuer à vénérer la désormais célèbre coupe de cheveux de Ringo (si toutefois l’expression « coup’ d’bol » repose bien sur la contraction de « coupe au bol » à laquelle elle renverrait pour exprimer la chance d’avoir une coiffure à la mode). Quant à la moule, elle n’est, ni plus ni moins, que synonymique de la chatte, à cela près qu’elle renvoie à une image dégradante et indélicate du sexe de la femme (n’est-il pas, en effet, plus heureux de convoquer une image mentale du sexe de la femme félidéenne plutôt que crustacéenne ?). L’expression « avoir une grosse chatte » est maintenant consacrée (ou presque). Il ne lui reste plus qu’à avoir son entrée sur Wikipedia et le tour sera joué. Docteur M. Bourgatte

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P am el a W o o dw ar d

À

Naturelle

la découverte de la pierre sèche : tribulations a priori chatt’tinomiques au pays d’un patrimoine provençal caractérist’rique.

Ce mois-ci, partons à la découverte de la Provence secrète, intime, hors des sentiers battus à travers un patrimoine fort particulier : la pierre sèche. Laissons nous porter par cet art des paysans. Flânons dans la campagne provençale pour découvrir ces ouvrages qui fleurent encore bon le foin, la brebis et le foutre du berger seul, si seul dans sa montagne… Au détour d’un sentier nous serons peut-être surpris par l’un de ces derniers, qui amicalement, très amicalement, nous abordera, nous suivra, nous poursuivra à travers les pâturages pour nous faire découvrir non seulement les richesses de ce patrimoine le dos calé contre cette fameuse pierre ; mais aussi nous rappeler prestement qu’il se sent seul, si seul dans sa montagne… Et qu’il n’était peut-être pas très malin de se balader en pleine cambrousse sans soutien-gorge, vêtue de ce petit chemisier à fleurs moulant avantageant des formes non moins avantageuses mais bien trop transparent à la lumière de ce beau soleil méridional. De prime abord le terme « sèche » repoussera peut être le lecteur vraisemblablement, friand d’appareils mouillés, glissants et humides. Mais ne vous fiez pas à cette première impression de frigidité car s’il est en effet question d’appareillage à sec avec des graviers, il n’en ressort pas moins que cette petite catin de pierre sèche, ayant l’air de ne pas y toucher, recèle bien des trésors en matière de Grosse Chhatt’itude. Un patrimoine rural et provençal bâti par des hommes bien bâtis Imaginons un territoire hostile, dur, très durrr à vivre, qu’il a fallu dompter, apprivoiser, pour pouvoir survivre. Contemplez ainsi la Haute Provence reculée, loin des clichés de cartes postales tels qu’on nous les propose dans les bureaux de tabac avignonnais, marseillais, aixois…ou dans les magasins de souvenirs prompts à nous vendre de grosses bourses (et dieu sait qu’elles sont pourtant bien remplies ces bourses) de lavande à 7,50 euros ou autre cigale craquettante. Du Mont Ventoux ithyphallique qui dresse fièrement sont gros sommet à travers le Vaucluse au Nord Luberon où les peoples parisiens viennent faire bronzer leur petit oiseau dans des mas aux piscines chatt’oyantes, en passant par Lure : montagne des bergers, seuls, si seuls, de nombreux ouvrages en pierre sèche marquent le paysage provençal. Ce territoire durrr très durr , des hommes aux muscles saillants, aux mains calleuses et à l’air bourru l’ont sculpté à force de patience, de sueur et probablement de lumbagos carabinés en utilisant le matériau dont ils disposaient sur place : la pierre. 44


Cette dernière a donc été montée à sec sans liant ou lubrifiant aucun, par simple technique d’empilage par ces hommes aux mains certes caleuses mais habiles, et au doigté expert dans l’art de la construction rurale. Ils ont tâté langoureusement de cette pierre qui ne se laisse pas déflorer aussi facilement et qui ne s’abandonne qu’après maints coups de butoir fournis par ces paysans à l’accent chantant et ne rechignant pas à un petit verre de Gnôle une fois leur besogne accomplie. Les ouvrages en pierre sèche ont donc majoritairement une vocation agricole et pastorale : ces fiers paysans et bergers, seuls si seuls…épierraient les espaces en vue de les rendre cultivables, ils utilisaient ainsi les pierres pour construire des abris pour leurs outils à gros manches ou pour leurs fidèles moutons qui ont l’avantage de ne jamais se plaindre et sont d’une docilité parfois déconcertante. Petits dévergondés ! Pénétration lexicale de la pierre sèche Pénétrons plus en profondeur notre sujet et attardons nous sur les mots de la chose pierre sèche, le champ lexical de cette dernière regorgeant profondément de termes fort chatt’éressants. Comme tout bon patrimoine qui se respecte, le patrimoine en pierre sèche est un patrimoine relativement fragile qui tombe en désuétude. Telle une vieille chatte qui ne ferait plus recette et qui se dessècherait sous les assauts du temps, ce patrimoine souffre de l’abandon de l’espace rural et les anciennes techniques sont oubliées. Au « défoncement manuel » traditionnel, on a en effet préféré les (roulages de) pelles mécaniques et les coups de bulldozer. Les versants pentus des territoires abritant des ouvrages en pierre sèche, à l’instar « des terrasses de cul-ture » ont été désertés au profit de la plaine plus fertile, plus féconde, facilitant une agriculture intensive, équivalente à un labourage brutal étreignant la terre sans tendresse ni passion… Mais la pierre sèche ne s’est-elle pas condamnée elle-même ? Si les hommes l’ont abandon45


née, n’est-ce pas parce qu’elle n’a pas su les séduire à nouveau ? Elle s’est en effet parée « d’arc en diaphragme » ( arc transversal édifié dans la largeur d’une nef délimitant les travées, on parle de diaphragme lorsque le pan de mur est apparent des deux côtés) empêchant probablement une reproduction à laquelle les fiers paysans aspiraient lorsqu’eux même modelaient leur « arcs en décharge » ( ce type de construction permet de répartir les poussées verticales d’un mur, tu vois il faut bien répartir la poussée, et de reporter la charge qui agit sur le linteau : partie en générale la plus fragile des édifices en pierre sèche. A l’intérieur d’un mur de soutènement, un arc de décharge renforcera sa stabilité). Cette décharge arrivant parfois trop tôt au milieu du « lit » des pierres. Mais ce sont des choses qui arrivent… D’ailleurs doit-on jeter la pierre à la pierre seulement ? Ou également à ces hommes qui de temps à autre voyait la « panne » ( grosseu poutre posée horizontalement ) se profiler dans la charpente et utilisaient volontairement l’assemblage en « plate bande » ( assemblage des pierres formant le linteau horizontal au dessus d’une ouverture) au dessus des ouvertures des constructions. Face à ce manque de vigueur, la pierre sèche a bien tenté de dandiner son petit « cul de four » (voûte en quart de sphère) mais rien n’y fit et la « résurgence » de ces messieurs ne survient pas. Les « coups de sabre » ( les coups de sabre fragilisent les édifices en pierre sèche, on utilise ce terme lorsque les joints se superposent eu lieu de s’alterner pour stabiliser la structure) au creux des murs firent place aux fiers « couronnements » des débuts où la passion était encore intacte, et la pierre « chaude » du midi peu à peu calma ses ardeurs.

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e Immersion e eporno-graphique  eeeee dans le milieu des Grrosses Chhattes Parisiennes Paris est la plus belle ville du monde. C’est comme ça, cherche pas. A voir tous les engins phalliques qui feraient rougir la Poutre de Bamako, tu te dis que ce serait peut-être même la ville la plus photographiée de la planète. Sans oublier que s’est achevé ce 30 novembre dernier le « mois » de la Photo, évènement culturel s’il en est, où l’on a pu découvrir de très belles choses, mais aussi des images qui, sous couvert d’Art, se révèlent être des bouses sans nom. Paris est aussi la capitale de la mode : Chanel, Dior, Guerlain, JP Gaultier… on ne compte plus ces grands noms dont le seul coup de ciseaux suffirait à multiplier par centaine le prix d’un simple mouchoir en tissu… La ville attire donc nos belles pour qui sans cesse ne quêtent d’un nouveau linge dans lequel s’enrouler. Vous vous demandez certainement à quoi ressemble une Grrosse Chhatte. Je vous dirais que c’est à vous de voir. Les images qui suivent ne sont qu’un point de vue parmi d’autres. Je n’ai pas essayé de trouver un dénominateur commun, mais plutôt de montrer la pluralité du concept, afin que chacun se rende à l’évidence : elles sont partout ! L’illustration, par définition, ne se limite qu’à la forme. Pour le fond, je vous fais confiance… Venez en immersion dans les différents quartiers de la Capitale. Comme vous le verrez, les « Grrosses Chhattes » ne composent pas un groupe homogène. En effet, comme nous autres humains, le génotype des GCs dispose de plusieurs allèles. Génétiquement parlant, Paris est à la Grrosse Chhatte ce que l’East End Londonien est au Dickhead : une véritable terre promise. Pour illustrer mon propos, je vous offre un aperçu pornographique, quartier par quartier…

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« Saint germain – Luxembourg – Sorbonne » Ce terrain, qui s’étend du 5e au 7e arrondissement, est, on peut l’affirmer sans se tromper, le Fief de la Grrosse Chhatte. C’est la zone rouge : Boulevard Saint Germain et ses nombreuses « boutiques de créateurs », Science Po, la Sorbonne, le Jardin du Luxembourg, ou même le siège du Parti Socialiste. C’est dire si le coefficient de vulvérabilité y est élevé… Hormis les touristes et les travailleurs pauvres franciliens (euphémisme, quand tu nous tiens), on croisera une faune très « sélect », représentative de la Parisienne to be : elle vit ici pour ses études ou son travail, mais n’y est pas née. Néanmoins, elle aura renié ses origines, comme pour mieux s’affirmer dans sa ville d’adoption. Pour elle, la Province n’est plus qu’une terre lointaine où règne encore le droit de cuissage. Les images parlent d’elles-mêmes. Panoplie type : pantalon carrot’, bottines, veste en velours côtelé, sac à main en cuir bouilli Potentiel GC : xxxxx

« 16e arrondissement » Ici, l’argent du rentier contribuable est bien dépensé : c’est propre, les rues sont éclairées des deux côtés, les associations 1901 se battent contre l’installation de logement sociaux, « clubs » à foison… Seules les merdes de chiens sur le trottoir nous rappellent qu’on est toujours à Paris. La Grrosse Chhatte du 16e en est, sans en avoir l’air. Elle sait d’où elle vient (d’une Grrosse Chhatte bien éduquée) et elle sait où elle va. Elle suit la mode car elle en a les moyens, mais ne la fait pas. Elle laisse cette basse besogne aux trend-setters de la Rive droite. Elle assume parfaitement sa condition et arbore son accoutrement avec une fierté à couper le souffle. Panoplie type : Manteau Barbour, Jupe, bas, chaussures deux tons, Potentiel GC : xxxx

« Barbes / Goutte d’Or » Les mauvaises langues appellent ce quartier « L’avant-poste Africain ». Les Bobos, eux, préfèrent y voir l’ouverture culturelle et sociale à la française : ils en aiment la diversité, mais n’y vivraient pas. Personnellement, on m’y a proposé du crack pas cher à 14 heures. J’ai tiré mes propre conclusions, à chacun son référentiel. On y trouve donc des GC exotiques, camées ou non, mais toujours souriantes, dopées au Nestlé ou au contraire sous-alimentées. La qualité des panoplies n’est pas forcément celle que l’on trouve Rive Gauche, mais l’idée est là. Panoplie type : Tati, Puces de Saint-Ouen Potentiel GC : xx

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« Marais - Saint Honoré » De Bastille à Opéra, c’est open GC toute l’année. La Rive Droite est merveilleuse, et la Grrosse Chhatte en devenir pourra s’y équiper et vivre sa passion à 100%. Elle débutera son périple au Citadium, véritable Mecque du Hipster-to-be, pour s’acheter ses Wayfarer Lt. Ed. Elle prendra ensuite la rue Saint Honoré et passera chez Colette pour s’offrir le dernier gadget à la mode. Puis un rapide passage par le Forum des Halles, où elle espère secrètement se faire shooter par BKRW et/ou Shoes Up. Un Brunch rapide aux Enfants Rouges, puis un gathering entre filles Pla-

ce des Vosges. La GC y retrouve toutes ses copines, meilleur moment de la journée pour observer ces phénomènes de la « nature ». Les GCs passeront ensuite la soirée à la Bellevilloise (20e), Rue de Lappe (11e) ou encore au Social Club (2e). Panoplie type : lunette retro, t-shirt sérigraphié, shorty en jean customisé, sneakers Potentiel GC : xxxx


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GC made in p a r i s

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Les grro


osses chhattes et la musique Susan Boyle, l’exception salvatrice ou

« Ne sois pas seulement belle ! Sois tulipe ! » Omar ben Ibrahim Al-Khayami (XI ème s. après J.C.) Le monde n’est pas à la fête ces jours-ci : nos œuvres de fiction reprennent sans sourcilller les formes tellement dix-neuvième des vampires et autres goules pour imager nos peurs ; quelques chefs latins se perdent dans des modes de vie orgiaques pour oublier leur profond désespoir ; et d’autres se lancent dans des revues comme on se lance dans le vide. L’âme en peine, le quidam cherche alors une belle qui au moins lui offrira le plaisir de la vue et du sang congestionné. Il se rappelle qu’il y a longtemps, les mélomanes férus du Boulevard des Clips conservaient le cœur léger et les bourses rayonnantes. « Foutre Dieu !», se dit-il quand, devant la chaîne musicale, il se rappelle ses mots d’Henri Michaux : « Essayons de la musique n’importe laquelle, essayons d’en écouter... Horreur! Je glisse. Tout glisse ». Le pauvre était loin de se douter que la plus grande vendeuse de disques en 2009 était Susan Boyle, suivie de Lady Gaga. 2009 était-elle le premier coup de canif dans le contrat immémorial passé entre les grosses chattes et la musique ? Ou bien, après la pluie de l’an passé, le soleil sourirait de nouveau comme une balle rebondit sur le sol ? Pour bien comprendre de quoi l’année 2009 est le nom, penchons-nous d’abord sur le phénomène des biches dans la musique et son intégration dans la chose musicale. -M.G

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DE LA MI-MOLLE A L’EJACULATION PRECOCE La chaîne de médiation de la musique, chère au sociologue Antoine Hennion, peut s’enorgueillir d’avoir su accepter dans ses rangs l’accroche visuelle et ajouter ainsi au si fragile plaisir des oreilles, la robuste perversion de la vue. La musique, on le sait à présent, emprunte bien des chemins tortueux jusqu’à la jouissance de l’auditeur. Et il est un segment plus agréable à sillonner que d’autres : celui pavé d’intentions vicelardes. Les industries musicales ne s’y sont pas trompées qui nous ont sexuellement harcelés à grands coups de Christina Millian, Amerie, Britney Spears, Corrs et autres Sharleen Spitteri. Pourtant, la bitchocratie dans la chanson n’était apparemment pas au menu du nouvel ordre mondial. Depuis l’introduction du phonographe dans nos chaumières et la discomorphose de l’écoute musicale jusqu’aux années 60, la chance était plutôt donnée aux gouailles populaires ; et qui dit peuple dit moche. Fréhel, Edith Piaf ou Cora Vaucaire ont longtemps rechigné à la classe du ticket de métro. Mieux, on les en remercie. Que se passe-t-il alors dans les années 60 pour que la beauté esthétique devienne un gage d’excellence musicale ? L’omniprésence de l’image, tout simplement. La musique se multimédiatise et les peuples ont soif d’ORTF et de Salut Les Copains : les chanteuses, on les voit on les veut, et grâce aux Trente Glorieuses on en a les moyens. Branle-bas de combat au sein de l’industrie musicale, il nous faut des coquines et pas des velues. Arrive donc sur nos terres un bateau, venu tout droit de l’ïle Aphrodisia. A son bord, point de Mature Next Door, mais les filles les plus populaires des lycées les plus populaires. The Shirelles, The Shangri-Las, Leslie Gore, Françoise Hardy, France Gall et de nombreuses autres débarquent en jetant des fleurs sur les yeux de nos ancêtres, fatigués des gueules de concierges qui parsèment jusqu’à lors les pochettes de disques. Le graphisme musical prend le pouvoir et les jeunes filles en sont les signaux les plus vendeurs.

HABILLAGE GRAPHIQUE/DESHABILLAGE GYNECOLOGIQUE A l’envie de forniquer d’une jeunesse qui, pour la première fois, ne pense qu’à ça, les majors répondent par une rénovation de leurs façades. De même que le disque prend son envol dans un après après-guerre qui pue le fric, on s’aperçoit que le visuel a son importance dans la vente des biens culturels. Le directeur artistique des maisons de disque devient par là le designer graphique de ses produits. Et ce dernier de s’apercevoir que son message « achète mon disque », passe mieux quand il est traité de manière érotique. La chanteuse devient alors un habillage graphique du disque, puisqu’elle est l’illustration principale et reconnaissable de la musique qui l’accompagne. L’interprète est la plus-value visuelle, le logo bien foutu de la marque sous laquelle est présentée la marchandise. Annick Lantenois ajoute ceci sur le rôle politique du designer graphique : « [il] dispose du pouvoir de transformation des regards que toute action, toute production de signes, tout dispositif détiennent potentiellement ». En anticipant sur la testostérone gargantuesque des bambins soixante-huitards et en jetant des corps à la face de ces derniers, les direc55


teurs artistico-graphiques ont sanctionné durablement la musique populaire d’une image plantureuse. Pour continuer avec Annick Lantenois, ces productions graphiques, dont les industries musicales sont comme les autres l’objet, figurent « parmi les indices les plus visibles [...] de la manière dont une société, à un moment donné de son histoire, pense son fonctionnement » nous dit-elle avant d’ajouter « plus largement, c’est réfléchir aux relations qu’une culture forge entre l’élite et le populaire ». Nous a-t-on pris pour de jeunes gens assoiffés de sucs vaginaux ou péniens ? Et en a-t-on pris le pli ? Pour le plus grand bonheur de tous, apparemment, oui. Que nous enseigne alors l’histoire de la vieille fille écossaise dont la croûte ne sera vraisemblablement jamais cassée et qui pourtant a trusté les charts musicaux mondiaux de l’an passé. Une envie d’authentique, ni plus, ni moins.

L’AUTHENTICITE OU LE RETOUR DU POIL Les années 80 et 90 ont connu un incroyable lâché de pucelles (et de puceaux) qui ne demandait qu’à ne plus l’être. Ces stars, qui comme le note Edgar Morin, sont, au-delà des arguments publicitaires, « les images exaltées [...] d’une quête réelle », devinrent à la longue d’intouchables déesses héllenes échappant à notre sexe et à nos envies. Leur omniprésence, nous a fourvoyés et de notre souhait de grandeur nous avons chu sur un parterre de fleurs à l’orée de Sathonay Camp. Sur leurs piédestaux, elles représentèrent une utopie bien loin des réalités d’un peuple moche et bien baveux. Et nous qui rêvions d’elles, qui nous sommes pris à croire que nous pouvions être elles... Ici s’inscrit la légende de Susan Boyle. 56


Susan Boyle est écossaise, vieille, moche voire sale, et elle devient pourtant la nouvelle marque en vogue dans le monde de la musique populaire : un retournement de veste colossal de la part des graphistes de la musique. A l’inverse de ces stars, dont on a désormais compris qu’elles ne ne partageraient jamais qu’illusoirement notre quotidien, elle est comme nous, elle est authentique. Elle est la dernière héroïne d’une histoire qui nous est contée depuis bientôt dix ans. Un miroir déformant jusqu’à l’extrême de nous, qui emprunte quatre à quatre les marches qui mènent au Mont Olympe qu’on nous présente, avec la télé-réalité notamment, comme facilement négociable. D’un seul coup l’image de la musique devient notre image, nous aussi sommes des stars en devenir puisque même la pire d’entre nous y est arrivée. Ensemble, tout devient possible. La forme tangible de son corps, un de ceux que l’on peut avoir sous la main, nous ramène au nôtre, celui de pauvres diables condamnés aux imperfections été comme hiver. L’industrie musicale nous a médiatisés comme nous rêvions de l’être. En un mot, elle nous a vendus à nous-même.

LE CHEMIN BOUEUX Mais notre regard s’est trop habitué au portrait de la chanteuse en grosse chatte croqué par les maisons de disque pour que la marque Susan Boyle ne sonne la fin de la bitchocratie en musique. Elle est plutôt ce piment du couple bien culturel-consommateur tentant de faire resurgir la flamme des années 80/90, l’adultère exceptionnel, le trou puant qui fait voir l’ailleurs. Elle nous ramène, bienveillante, à notre condition de star en devenir au moment où n’y croyions plus. Passé ce stade, nous pouvons tranquillement continuer la relation basée sur les positions plus classiques du missionnaire – Miley Cyrus – ou de la levrette – Shy’m. Tant que la country girl Taylor Swift continue de vendre quelques millions de ses ballades traditionnelles à coup de blondeur angélique et de nichons ravageurs, on se dit qu’on n’a pas fini d’appuyer sur Play d’un côté et sur le trilili de l’autre.


La capote du mois

« I Gotta Feeling » (that tonight’s gonna be Hanukkah).- RC

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Vous aussi, vous vous rendez régulièrement dans des soirées durant lesquelles certains des convives ne sont toujours pas revenus de Girlfriend de T.T.C. Ils se pensent si délurés, mais ils sont rentrés dans le rang avant même d’en être vraiment sortis. Puis cette pouf ’ qui monopolise la sono, là.... Heureusement, munis de vos meilleurs amis, vous aller égayer cette petite sauterie. Ça commence dès l’instant où vous reconnaitrez cette même note qui résonne en continu... Et vous chanterez... . I gotta feeling... that tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanu Caca ! I gotta feeling... that tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanu Caca ! I gotta feeling... WOO – HOO... that tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanu Caca ! I gotta feeling... WOO – HOO... that tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanu Caca ! Michel Boujenah ? Mazel-Tov ! Élie Kakou ? Mazel-Tov ! Élie Semmoun ? Mazel-Tov ! Dan Glickmann ? Mazel-Tov ! Bon, après, il y a Fergie qui braille, personne ne comprend rien. Juste le temps de faire une blague à votre voisin de droite : « qu’est ce qu’il y a de plus naturel chez Fergie ? L’autotune ! » Jean-Jacques Goldman? Mazel-Tov ! Max Boublil ? Mazel-Tov ! Gad Elmaleh ? Mazel-Tov ! Dan Glickmann ? Mazel-Tov ! Puis là, un nouveau temps-mort, histoire de donner un sens à la présence de l’Indien dans le clip. Profitez-en pour continuer la conversation avec votre nouvel acolyte, maintenant que la glace est brisée... « En même temps, elle est super bonne, Fergie ! ». Ça fera son effet. I gotta feeling... WOO – HOO... that tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanukkah ! 59


That tonight’s gonna be Hanu Caca ! I gotta feeling... WOO – HOO... that tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanu Caca ! J-P’ Elkabach ? Mazel-Tov ! Dan’ Schneiderman ? Mazel-Tov ! Jean-François Kahn ? Mazel-Tov ! Dan Glickmann ? Mazel-Tov ! Claude Levy-Strauss ? Mazel-Tov ! Laurent Fabius ? Mazel-Tov ! Michel Jonasz ? Mazel-Tov ! Dan Glickmann ? Mazel-Tov ! Puis des « Let’s Do It ! Let’s Do It ! Again and again ! » Vous vous tournez une dernière fois vers votre camarade. Le temps d’effectuer votre petit mouvement sympathique, il vous a déjà balancé sa droite dans le nez. En même temps, vous auriez du savoir qu’il était syndiqué à l’Union des Étudiants Juifs de France. Vous n’avez pas le monopole de l’intolérance et vous l’apprenez à vos dépends. Pendant que vous soignez cet écoulement dans la salle de bain, vous entendez vos amis hurler à travers la porte : I gotta feeling... WOO – HOO... that tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanu Caca ! I gotta feeling... WOO – HOO... that tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanukkah ! That tonight’s gonna be Hanu Caca !

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Mauvais Genre « Les femmes sont mortes. […] Elles ne savent pas jouir, la preuve, elles n’ont pas de sperme. » La Meilleure part des hommes, Tristan Garcia, Gallimard, 2008 (p211)

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i ce papier était un film, je l’ouvrirais sur le plan de la culotte de Scarlett dans Lost in Translation, pour être sûre d’avoir votre attention. Puis j’enfilerais mes plus belles tube socks et prendrai une pause alanguie. Mais voilà, ceci n’est qu’un article et mon héroïne est Tracy Lord. Je t’arrête là, pervers, j’ai pas dit Traci Lord. Je parle de celle avec un « y ». De Katharine Hepburn dans Indiscrétions. Une vestale de pierre, une femme forte, qui finit par concilier son exigence et son humanité, grâce à une cuite et l’amour d’un homme faillible (dans la limite où Cary Grant pouvait l’être). Alors, oui, vous allez dire, mieux vaut une femme qui avale, qu’une femme qui boit, et ce genre de remarque a toute sa place dans un magazine qui s’intitule Grrosse Chhatte !, mais à quoi bon mobiliser des plumes trempées dans la cyprine, si c’est pour ressortir nos poncifs de comptoir sans les maltraiter un peu ? Let’s be a pussy then. Ou plutôt non, empoignons avec courage les grands clichés de la femme dans le cinéma de genre, pour déflorer cette chronique et lancer le débat. De quoi je te parle ? De la belle évanouie dans les bras du monstre, de la pâle héroïne cachée derrière l’arme phallique du héros, mais aussi la salope et finalement de la femme forte en marcel blanc et de ces jalons de notre histoire, à nous les nanas, dans le cinéma de genre. Notre genre dans le genre. Un voyage de quelques lignes. Allez viens sur ma lune, je t’emmène.


Le cinéma de genre, ce divertissement à recettes a eu ses heures de gloires dans l’aprèsguerre, époque bénie où la femme se tenait encore un peu tranquille. En effet, elle n’avait pas encore récolté les fruits de ses efforts de guerre (si ce n’est une nouvelle coupe, parfois), toujours dépendante de lois misogynes et d’un corps perpétuellement fertile, à quelques rares exception, la condition féminine était au mieux celle d’un bel objet à pendre à sa manche. C’était le temps aussi de ces formidables affiches mettant en scène la figure de la belle évanouie portée par le monstre du film, dont King Kong avait ouvert la voie en 1933. On y voyait la terreur sexy de l’offerte Ann Darrow, prisonnière des grosses papattes de son velu prétendant. Une belle, une bête, la promesse de sensations interdites. La promesse d’un genre qui empruntait alors au pulp (le magazine, pas le bar lesbien) ce que Jean-Luc Godard (blurp) mettrait en mots plus tard avec l’adage « All you need for a movie is a girl and a gun ». Le pulp, Amazing Stories en tête de gondole, puis l’illustration de genre avec des maîtres comme Frazetta, disparu cette année, ou Siudmack, a fait de cette figure de femme offerte le symbole fédérateur des amateurs de genre tous supports confondus. Mais voilà, ceci est une promesse, pas un fait. La femme portée est le label attendu par le spectateur pour identifier le genre du film, mais la scène affichée n’est pas nécessairement au rendezvous. L’exemple parfait de cette usurpation de promesse est l’affiche de Planète interdite, qui montre Robbie (le robot le plus célèbre avant d’être supplanté par le couple gay de Star Wars ), portant la jeune ingénue du film, sans connaissance dans ses bras. Or, pour qui a vu le film, cette scène n’existe pas, et Robbie est un robot de compagnie. Ce n’est pas lui le monstre du film (monstre d’ailleurs que la fille ne croisera même pas, trop occupée à flirter avec le héros et tricoter des mini-robes). Or, l’affiche du film est un


dispositif de re-création du sens, elle symbolise le film et le rattache à un genre. Elle est une promesse, même lorsqu’elle est mensonge consenti. Or la femme y est mise en scène dans des postures qui feraient aboyer nos « copines » à colliers étrangleurs. La convention entre le spectateur et l’œuvre est donc : les filles y seront belles et accessibles. Elles sont cantonnées au rôle de jolie chose fragile. Même Leïa lors de la sortie de Star Wars en 1977 sera sacrifiée sur l’autel du « montre tes jambes ça fera de l’audience ». La pauvre princesse est en effet mise en scène sur l’affiche originale, toutes jambes dehors, à défaut d’être dépoitraillée (les films de vampires ont dû passer par là, le spectateur est peut-être rassasié en boobies). Sauf que le film est tellement prude que la pauvre princesse devra attendre sa fameuse scène de bikini dans le Retour du Jedi en 1983 pour tenir sa promesse de glamour. Et une fois de plus la belle est détenue par une bête, Jabbah en l’occurrence, et sera sauvée par le héros. Malgré le charme désuet de ces habitudes, il faut avouer que cette posture, très princesse Disney, de la pauvre cruche qui attend patiemment l’intervention masculine, peut taper sur le système. Mais bon, ne mettons pas tous nos œufs dans le même panier, cette même Leïa, qui fait coucouche panier devant Han Solo est tout de même un des rares rôles de femmes fortes de la SF, avant que n’intervienne Miss Ripley en 1979. Donc Carrie, si tu m’entends... Ceci nous mène naturellement vers le contre-pied de la tendance : les femmes fortes. La première (chronologiquement) qui viendrait à l’esprit serait sûrement la femme mécanique de Metropolis, clone d’un amour impossible qui soulève une armée et corrompt les âmes pures. Merci pour le cadeau ! Une relecture de la femme-sorcière échappée inextremis du bucher... « Quel que soit le brigand il y a corruptrice /Consciente du pouvoir qui dort entre ses cuisses. » chantait avec humour Juliette en 2004. Lorsqu’elles ne sont pas fragiles, les femmes sont-elles démoniaques ? Il faut croire qu’un consensus existe sur la question. Indépendance et dépravation de l’âme, puis du corps sont les mamelles du com-

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plexe judéo-chrétien qui pèse sur nos charmantes épaules, mesdames. Si tu tiens sur tes jambes lisses toute seule, il y a un souci. Soit tu aimes batifoler dans le gazon, soit tu es une vierge à moustaches qui n’a pas trouvé son maître. Sûr il reste d’autres alternatives : la salope démoniaque ou la femme virile. Étrangement, la femme démoniaque qui a fait les belles heures du genre par le passé n’est plus franchement à la mode. Quelques marâtres, quelques sorcières, mais dans un domaine où la vraie star est pourtant le méchant du film, peu de rôles sortent du lot. Citons pour la gloire la Sorcière de l’Ouest du Magicien d’Oz, ou la sexy Carmilla dans Vampire Lovers de la Hammer en 70 tiré d’un roman à succès. Cette dernière entre d’ailleurs dans la trouble catégorie des séductrices agressives, et par conséquent lesbiennes. Vient ensuite la femme virile. Ellen Ripley dans Alien et son marcel blanc (l’objet iconique du héros d’action ! Tu comprends pas ? Refais-toi la trilogie des Die Hard, oui oui la trilogie, tu es plus qu’autorisé à zapper le quatrième). Ripley c’est la nouvelle femme. Pas de types pour se pendre à ses basques, une maternité contrariée (sa fille meurt de vieillesse pendant un de ses sommeils artificiels à des planètes d’elle et par la suite elle ne mettra au monde que des aliens, alors c’est plutôt pas banal....), un boulot d’homme et surtout, ben un physique d’homme. Un bon mètre quatre-vingts, pas une courbe et même plus de crinière dans le 3. Le degré zéro de la féminité. Ou une féminité assez proche de celle de Leeloo dans Le Cinquième élément. La femme est l’avenir de l’homme nous chante ce film. Elle est la perfection, elle nous sauvera tous avec son marcel redessiné par Jean-Paul Gauthier (notez la troublante ressemblance entre Ripley en marcel-culotte blanche et Leeloo en costume à bandes blanches). Certes, c’est sympa de nous faire un joli rôle de femme, mais doit-on vous signaler qu’elle ne ressemble que peu à une femme et qu’on y voit un charmant retour de la femme portée. Sur quel pied danser alors ? Une féminité fragile contre toute attente ou une héritière des féministes qui ont tellement dégraisser notre nature, que, des femmes, il ne reste qu’un symbole sur une porte ou une fente pour y mettre sa pièce ? Voilà, merci, s’il faut attendre après Michelle Rodriguez qui crache par terre, pour les femmes fortes, et ben moi je finis pas mon papier ! Non sérieux, ça fait chier. On nous pond des films où les nanas sont des cloches ou des hommes avec des poches mammaires, alors que dans la vraie vie... Bon, j’avoue, j’exagère, il y a toujours Sarah Connor, la maman dans Terminator, qui certes est là pour engendrer celui qui va tout changer, mais reste le personnage positif central et le fait avec brio, quoi qu’on en dise. Mais si dans le premier opus elle est parfaite pour mon propos, par la suite, elle se Ripleyifie, dans le physique, ce qui peut être logique, mais aussi dans l’attitude. Dommage. Alors, je veux bien, moi, qu’on leur fasse peur avec notre franc-parler, notre contrôle des naissances et même notre droit de vote, mais là faut pas pousser quand-même. Non seulement ces messieurs ne veulent pas nous écrire de vrais rôles de cinéma, mais en plus pour rejouer la femme portée, y’a plus personne. C’est quand la dernière fois que t’as baisé debout toi ? Ils ont peur du lumbago ou quoi ces cons ? L’émancipation de la femme, ce n’est pas le droit d’être dessus et de se taper tout le travail, non mais oh ! Dire que la seule qui nous sauve un peu de toute cette merde c’est Buffy. Le petit écran, non mais je rêve ! En 1997 débarque une petite blonde à tête de victime de slashers 64


qui pulvérise du monstre et reste sexy. Elle a une vraie vie, de vraies responsabilités et enfin une personnalité complexe. Non mais sérieux, on est sauvées par Buffy, les filles … Alors quand je vois, que les amatrices de genre s’obstinent à jouer les Ripley, se grattant des baloches virtuelles en parlant d’une voix rauque, à roter en sifflant du Jack Daniels, moi j’ai envie de pleurer. Je vous arrête les filles, assumez vous caresser devant les griffes phalliques de Freddy, vous vernir les ongles de pied devant Saw VII, … Refusez avec moi le diktat du savoir viril! Pour être une nana dans cet univers qui pue davantage la testostérone qu’une salle d’examen après une interro de maths, il nous fallait jusqu’alors les surprendre par notre exhaustivité geek ou savoir faire marcher le four à pizza pendant qu’ils fouillaient le seau de pop corn avec leurs doigts plein de foutre. Désormais assumons notre droit à la médiocrité.

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Y’en a marre d’être fortes si ça nous prive de la levrette en bas résilles. Voici mon ultimatum : le retour de la véritable féminité, ou on redevient ces pauvres lavettes des 50s. (Re)devenons ces femmes affranchies du pouvoir des hommes sans nous priver de leur contact, montrons sur grand écran que nous tenons droites dans nos bottes

sans se pendre à leurs cous, ni avoir l’air de mâles à peine déguisés. Soyons libres de jouir de nos facultés et jouir tout court, sans écraser nos alter-egos XY. A moins que vous ne préfériez vous débattre dans votre fange, en position fœtale pendant qu’on hurlera au monstre perchées sur un tabouret pour une mouche qui vole au-dessus de l’égouttoir à vaisselle. Je revendique le droit d’être une femme, ni une Grrosse Chhatte, ni cette fausse femme dessinée en creux dans le cinéma de genre. Je veux être une femme, comme j’étais jusqu’alors un lady boy au mieux. Et je le veux tout de suite, et sur grand écran !

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On rigole, on rigole, mais si ça t’intéresse tu peux lire ça : « Pourquoi Buffy contre les vampires a changé le monde », par Laurent Martinet, publié le 28/10/2010 à 07:00 sur le site de L’Express, et le passage sur la femme portée dans le chapitre sur l’imagerie dans Les Films de sciencefiction de Michel Chion paru chez Les Cahiers du Cinéma en 2008 ou encore L’Histoire de la sexualité de Foucault en trois tomes (nan je déconne) et puis quand tu te seras bien farci la tête de ces machins sérieux, tu peux regarder le clip de Charlotte Leslie, Les Filles c’est fait pour faire l’amour (ou même la version de Mareva Galanter, tiens), parce qu’on est des Grrosses Chhattes, pas des chiennes de garde et qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer ! AD


You Porn M.P.

Comment être g33k et parvenir à prendre du plaisir en solitaire ? Car s’il connaît virtuellement des milliers de personnes, gagnant leur respect en coupant des têtes de trolls dans un monde plus parallèle que virtuel, la « vraie vie » (terme emprunté et rendu aussitôt aux amoureux de la formule vide de sens) de ces personnes n’est-elle pas qu’une immense chambre froide et vide, dont le seul bruit venant perturber ce champ de désolation serait l’écho assourdissant de l’ouverture d’un énième paquet de chips ? Quid de leur sexualité ? Grâce au miracle internet, vous trouverez aujourd’hui un nombre incalculable de façons d’assouvir vos fantasmes, et cela même si vous rêvez en secret d’exposer vos testiboules à un panda unijambiste. Il existe sans nul doute une solution pour eux, gamers et autre Atari fanboys. Personne ne dira le contraire : lorsqu’il s’agit d’attirer l’attention d’une chhatte dans le but de parvenir au coït, collectionner les achievments dans Halo Reach et avoir comme but à court terme d’atteindre la ligue diamant dans Starcraft 2, c’est moins sexy que de jouer de la guitare ou d’avoir fait un stage à la Nouvelle-Orléans. Mais il n’empêche qu’en dépit de leurs peaux chargées de sébum et de leurs cheveux gras, les nerds aspirent eux aussi à avoir une sexualité épanouie et des griffures de succubes sauvages dans le dos. Ce modeste article aborde certaines des pistes que suivent ces hommes en quête de plaisir charnel, alors même que cette chair n’est pas toujours encline à s’offrir à eux d’elle-même. Dans les tréfonds du net que seuls les rédacteurs de Grrosse Chhatte ! osent explorer, de nouvelles tendances vidéoludiques semblent émerger. Des activités parvenant avec plus ou moins de succès à mêler plaisirs du pad et du kiki. Mais penchons-nous tout d’abord sur un sujet lambda. L’œil morne, les mains moites, en caleçon devant un écran plat, une main dans un paquet de chips et une bière bas-prix dans l’autre, ce jeune garçon ressemble à beaucoup d’hommes de la génération Y (et à beaucoup de rédacteur de Grrosse Chhatte ! également). Entre deux parties de Super Street Fighter IV, il se dit qu’un bon porno ne fait de mal à personne. Et là, tout bascule, son pénis se meut. Ça y est, il a le zizi tout dur. A force de rapprocher temporellement ses deux activités favorites, il lui vient l’idée de les fusionner. Un geek pouvant aussi être attiré par des activités manuelles qui ne nécessitent pas 67


forcément de crème hydratante, il possède dès lors quelques connaissances en matière de bricolage. Aussi, il peut s’employer à l’élaboration d’une petite machine à plaisir, une sorte de joy-stick. Mais comment faire ? Comme avec les Lego de ses 8 ans, pardi : en suivant un mode d’emploi. Le Do It Yourself (DIY pour les plus bilingues d’entre nos lecteurs, que l’on peut traduire par « fais le toi-même ») est une tendance qui met en avant la débrouille, permettant de fabriquer des objets avec peu, en suivant de petites (ou grosses) notices disponibles sur le net. Très pratique pour les radins et/ou les honteux, ceux qui ne veulent pas faire savoir au caissier du sex-shop d’en bas qu’ils ont envie de se sentir vibrer au plus profond d’eux mêmes. En cherchant un peu, notre MacGyver de l’onanisme peut ensuite trouver des moyens originaux et ludiques pour assouvir ses pulsions, du panier à légumes bio aux accessoires de retro gaming (version vintage pour jeux vidéo). Comme le montre la fig. 1, il est alors possible de transformer de vieux joysticks en dildos enragés. Les motivations originelles des créateurs de telles machines infernales sont obscures. Il s’agit peut-être d’une envie de jouir en même temps que de parvenir à placer un Shun Goku Satsu. Avec ces objets recyclés en tripote-prostate, notre ami peut alors s’adonner aux joies du retroretro gaming. Une fois le compagnon mécanique construit, il ne reste plus qu’à trouver un support visuel sur lequel projeter ses fantasmes les plus fous. Peut-être que pour parvenir à l’extase, notre jeune homme a besoin, en plus de voir une belle demoiselle, d’apercevoir l’un de ses jouets préférés ? Malheureusement, il semble que les modèles de charmes mainstream ne soient pas calibrés pour cette tranche de la population excitée par les seins plus ou moins carrés de Lara Croft. Il faut alors se tourner vers des modèles moins conventionnels. Peut-être cela fera-t-il varier le coefficient de gonflement de son corps caverneux de 75 à 95%. Je vous invite alors à jeter un œil aux fig. 2 et 3, glanées au hasard de sites qui sentent la chaussette remplie. Malsain, me direz-vous ? Je me tourne alors vers les amoureux de belles mécaniques, qu’elles soient allemandes ou italiennes. Pensons à ces fameuses images de fiers bolides automobiles, et osez affirmer que la présence de ces superbes machines n’est en rien responsable de l’érection provoquée, qui s’ensuit généralement d’un paluchage en règle, encollant les pages centrales d’Auto Plus. Et par extension, ne vous êtes vous jamais dit que lors d’un visionnage de vidéo à caractère pornographique, votre excitation était peut être causée en partie par la présence d’un bel engin oblong ? Chers pornophiles, méditez là dessus et on reparlera de votre homophobie après. Ainsi, notre article touchant à sa fin, retirons nous sur la pointe des pieds. Laissons notre ami atteindre doucement l’orgasme, ses râles se mêlant aux bourdonnements du joys68


tick fermement ancré dans son moi profond. Désormais, lorsque vous retrouverez des poils pubiens sur le joypad de votre colocataire / frère / ami rédacteur à Grrosse Chhatte !, vous comprendrez qu’ils ne sont peut-être pas arrivés là seulement par l’entremise inopportune de quelques démangeaisons dans l’aine. Le vice est partout. Allez jouer, maintenant, les enfants. Source : www.homemade-sex-toys.com Fig. 1 : Notice pour plaisir vidéoludique Fig. 2 et 3 : La rédaction de GC rappelle qu’il ne faut pas lécher d’objet sous tension (électrique)

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-Dis moi Bibi, pourquoi un dossier grrosse bbite dans le magasine Grrosse Chhatte ? - Parce que chaque pot à son couvercle et s’il y a grosse chatte, il y a aussi grosse bite et qu’il en faut pour tous les gouts dans cette revue d’élargissement des publics et des grosses chattes. - Parce que mon chou les grosses chattes moi j’en ai reine à foutre, ça me fait ni chaud ni froid et encore moins bander, je n’ai aucune envie de la fourrer, même pour l’équipe. - Parce que toi aussi ma sœur, tu aimes ce moment quand il baisse son froc et que tu as la surprise de voir ce que tu as cru apercevoir sous son pantalon. - Parce que toi aussi mon frère je t’ai surpris dans le vestiaire, au hammam ou à l’urinoir à mater celle du voisin et à y trouver du plaisir, de l’admiration ou de la fierté. - Parce que toi enfin mon ami pédé tu existes et tu sais. - Parce que la taille c’est pas important mais quand même. - Parce que les grosses bites c’est toi, c’est moi, c’est nous. - Parce que s’il existe un monde pour les petites bites. Allez vous faire enculer, moi je prends la grosse. - Parce que les grosses bittes ça me plait. - Et parce que enfin je sais pas si tu sais mais le jeune pédé ou même le vieux, IL T’EMMERDE. Bibi Andersen.

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G


Grrosse Bbite

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- Edition : The big penis

Tout est dit dans le titre, pour alle


book – Edition Taschen .

er plus loin, la référence.

- Exposition Jean-Michel Basquiat

Lui aussi en avait une grosse, c’est Warhol qui le dit dans son journal du 29 novembre 1983. Bon vous la verrez pas dans l’exposition mais ça vaut le coup quand même. Musée d’art moderne de la ville de Paris (« place to be » comme dirait notre Grrosse Chhatte) jusqu’au 30 janvier 2011.


On se retire Platon l’avait senti : s’extraire de la Caverne est le pire des moments. Le maintien d’une capote pleine tant que l’érection est encore palpable, se toiser l’un l’autre au jeu du « qui a prit le plus de plaisir », tout ça n’est pas très funky (avant de remettre ça dix minutes plus tard). Sinon, il existe des sorties plus agréables. Nos propositions : Concert de Black Label Society, 25 février 2011, La Cigale, Paris. « Monde de merde ». Six lettres, trois mots, et le condensé de la société du XXIe siècle par cette formule abrupte prononcée prophétiquement par le philosophe Georges Abitbol. Ajoutez-y une pincée d’Howard Becker et ses Outsiders et vous comprendrez davantage le marasme actuel de la consommation musicale en France. L’on pourra disserter pendant des heures sur le fait que l’Hexagone n’a jamais été un pays de rock, se pâmant devant des Yéyés quand le reste du monde se frottait à Hendrix, Joplin, les Doors, Creedence, etc. Bien sûr, nous pourrons souligner quelques bons groupes locaux, sporadiques, qui ne sont que l’exception épisodique confirmant la règle herr générale. Les français ne savent pas ce qu’est le Rock, les menant à propulser Arcade Fire comme le plus grand des groupes Rock de nos festivals estivaux, faire de -M- un génie, penser que Mika est déluré, et James Blunt un grand song-writer... J’invite donc (au sens figuré, hein) les plus curieux d’entre vous, lecteurs tant aimés de Grrosse Chhatte !, ceux qui veulent tâter du vrai Rock, au concert de Black Label Society ce 25 février. Ce sera vrai, ce sera dur, ce sera lourd (qui a dit « comme ma bite » ?). Un groupe qui sent le cuir, l’huile de moto, la bière, la sueur, et, pour faire plaisir à Churchill, les larmes et le sang. BLS, au-delà des quelques ballades mielleuses émaillant ici ou là les derniers albums, est certainement l’un des meilleurs groupes de Hard actuel, et ce depuis leur premier opus paru en 1999. Mené par Zakk Wylde, dieu de la six-cordes et réincarnation vocale de son mentor Ozzy, qui l’a sorti de sa station-service du New Jersey pour l’offrir au reste du monde, le groupe est l’apôtre des riffs lourds, des soli en équilibre sur le fil tendu entre mélodie et technique et de l’éthique du Stoner, subtil mélange, pour ceux qui savent, ceux qui diffusent La Parole à qui veut bien l’entendre : « You can never get too low when you’re so damn high/On the blessed hellride ». Ils ne sont pas assez de disciples, pas encore. Tant mieux ? Difficile à dire. Bien plus qu’un éloquent résumé se tenant en six lettres et trois mots. RC

Dernière minute : concert de Paris Sold Out ! Session de rattrapage le 20 Mars 2011 à la Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand. 75


Le donkey Punch de

Le Donkey-Punch est à double-tranchant : l’un n’aimera pas ce coup de poing derrière le sommet du crâne que l’autre lui asséna par surprise, tandis que ce même autre appréciera au contraire la contraction rectale ainsi provoquée autour de sa verge. Les coups de poing et coups de bite de la rédaction.

Le coup de bite : L’aveugle triomphant de TLMVPSP. Tous Le Monde Veut Prendre Sa Place, kézako ? Il s’agit d’un jeu de notre cher et tendre service public, dont la lourdeur de son présentateur, Nagui, n’a d’égale que celle des vomis sonores et des lumières horribles qui habillent le plateau. L’objectif : se hisser jusqu’en finale après deux phases éliminatoires successives, durant lesquelles le niveau des questions est plutôt consternant, avec pour dessein de destituer le vainqueur actuel, le « champion ». Pour ce dernier, le but est bien évidemment de se maintenir le plus longtemps possible. Le record de 160 victoires consécutives (série achevée le 25 novembre) et de 160.000 € de gains cumulés appartient à Dominique, dont la « culture G » est au point. Mais au-delà d’une stratégie de gagne-petit visant à affronter le plus mauvais candidat (en qualité de champion, il choisit la question finale, déterminante, à poser aux prétendants), minorant ses chances de gains, proportionnels au nombre de bonne réponse de l’ennemi, Dominique offrait une particularité quasi-inédite dans l’histoire des jeux télévisés (sauf un cas rare de champion des Chiffres et des Lettres, mais là, il s’agit d’un autre niveau) : la cécité. Dom’, pour les intimes, avocat de métier, est aveugle. Ce n’est ni un avantage, ni un inconvénient pour participer à TLMVPSP, même si le public, épris de compassion, riait à ses imitations ratées et ses blagues lourdes, qu’il entend bien convertir en passeport pour la radio, fort d’une notoriété nouvelle. Rien de bien folichon jusqu’ici, j’en conviens.

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e la rédaction

Alors quoi ? Bah alors il existait un moment de pure magie, et ce au quotidien : à chaque victoire, Dominique, louchant malgré lui, coiffé et fringué comme un représentant en abat-jour dans la Marne lors d’une communion (que quelqu’un arrête de s’acharner sur la garde-robe des non-voyants, de grâce), lève les mains en signe de triomphe avant de s’applaudir, les bras tendus au niveau du ventre. Et ça, c’est très drôle ! Très très drôle ! Petite joie éphémère, Dominique était un running-gag. De quoi ? C’est méchant ? Oui. Mais c’est marrant. – RC

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Test: Quelle relation entretien


ndrez vous avec un Lady Boy? Enfin ! Vous voici avec votre billet d’avion en poche pour la Thaïlande. Mais avant de partir et afin d’éviter toute surprise, il serait de bon ton d’anticiper votre comportement vis-à-vis de l’un des joyaux du pays : le Lady Boy ! Quelle sera votre réaction quand vous serez sur le point de quitter le bouge dans lequel vous êtes allé vous perdre en bonne compagnie ? Ce petit test devrait vous aider. – RC. 1 – Sympa la famille d’accueil ! Pour votre premier soir aux États-Unis, elle vous offre une place pour assister à Raw Vs. Smackdown ! $ - « Et puis quoi encore ? Je me suis cogné plus de dix heures de vol, c’est pas pour voir des tapettes bodybuildées faire semblant de se foutre sur la gueule ! Take a room, you fags ! »

£ - « Allez, c’est bien pour te faire plaisir. Et puis je ne suis jamais monté dans une limousine auparavant. Au fait, as-tu une Best Friend Forever avec qui tu partages tout ? Oh, juste comme ça... »

¤ - « Évidemment, avec grand plaisir ! Ça se passe où déjà ? Dans la salle de réception de l’hôtel central. Et tu crois qu’il leur reste des chambres ? Ah bah attends, c’est ton bal de prom’ ou quoi € - « Mais ils vont se faire mal du haut de ? Bim Bam Boum, la tradition, tout ça, ses échelles ! Attention, dans ton dos, il ar- tchia vu ? » rive avec une chaise ! Mais arrêtez le massacre, il est à terre ! De quoi ? C’est pour € - « Chouette ! Et il y aura un groupe de faux ? Ah bah c’est drôlement bien fait, ? Ou bien un orchestre ? Es-tu crois que j’aurai mes chances pour être élu Roi ? quand même... » En tout cas, tu es magnifique ! D’ailleurs, £ - « Si ma copine savait ça, elle se foutrait je voulais te dire que, tu sais, ça fait longbien de ma gueule. Déjà qu’elle me pourrit temps que j’y pen... ah, c’est pour rendre quand je mate NT1. Bon, pour cette fois-ci, Chris jaloux ? » ça ira bien : CE-NA ! CE-NA ! » $ - « Mais tu m’as bien regardé ? Si tu ¤ - « Superbe ! Merci mille fois ! Du cliché crois que je vais cautionner ce défilé ? Ouais, carrément ! Et alors ? Rien à foutre. de cons, tu te mets le doigt dans l’œil Je préfère encore mater les sales coups de la jusqu’au coude. Et puis tout le monde va Nexus que de me torcher un épisode de plus te juger, tu sais. Allez viens, on va plutôt trouver la clé du bar de ton père ». de Desperate Housewives... » 2 – Et voilà-t-y pas que le cavalier de Leslee l’a planté la veille du bal de promotion. Vous êtes son seul espoir.


3 – Comme le temps passe vite ! Déjà l’heure du retour. Et dans l’avion, vous prenez place aux côtés d’une cougar. Petit veinard, va ! ¤ - « Bonjour. Oui, je suis français, en effet. Ha ! Ha! (…) Et qu’est ce qui vous amène à Paris ? (…) Divorcée ? Comme c’est intéressant ». £ - « Vous n’allez pas bien ? Voulezvous que j’appelle une hôtesse ? Bon, vous avez besoin de marcher. Je vous accompagne jusqu’aux toilettes... » $ - « Hey ! La place à côté du hublot, elle est à moi ! Dégage de là, vieux sac à foutre ! Mouais, tes seins sont aussi authentiques qu’une chanson des Black Eyed Peas. J’ai les couilles comme des pastèques alors c’est pas le moment de m’emmerder. Pas envie de choper des saloperies, moi ».

Résultats

Vous avez un maximum de $ : Vous avez du nez et refusez jusqu’à l’idée de revenir dans votre chambre avec Sodome et Gomorrhe. Votre rectum est à sens unique, et il s’agit d’une porte de sortie uniquement. On ne vous la fait pas à l’envers. Mais à force de douter de tous le monde, vous risquez de voir des € - « Pas le temps pour ça. Désolé Ma- Lady Boys de partout et de passer à côté de dame. Il y a un type derrière nous qui vraies et charmantes jeunes filles. me rend nerveux. Non mais vous avez vu cette barbe ? Cette PUTAIN de barbe Vous avez un maximum de € : Naïf ! Quelle ?! On va tous y passer. ON VA TOUS Y ne fut pas votre surprise quand, une fois alités, vous vous rendez compte qu’il ne s’agit PASSER ! » pas de la femme de votre vie. Bordel, c’était trop beau, aussi. Vous vous disiez bien qu’il y avait anguille sous roche. Tout en raccompagnant votre compagnon à la sortie, vous constatez que décidément, ces chirurgiens esthétiques sont de vrais petits Gérard Majax du bistouri. Trop bon, trop con, vous payez quand même, pour la performance artistique.


Vous avez un maximum de £ : Votre réaction première fut la surprise, mais vous êtes flexible et savez faire contre mauvaise fortune bon cœur. Vous avez l’âme d’un explorateur et refusez de mourir ignare. Vous répondez présent dès qu’il s’agit de voyager en terres inconnues. Et puis ce sont les vacances, c’est la première et dernière fois, personne ne regarde. Oui, on peut aussi appeler ça de la négociation. Posez vous les bonnes questions. Vous avez un maximum de ¤ : Vous étiez déjà au courant. Puis fille ou garçon, ça ne fera aucune différence. Vous êtes le philosophe pragmatique, le plus chaud des monstres froids, sans pitié. Vous avez fait vôtres les maximes suivantes : « un trou est un trou », « il/ elle a de belles dents; ça fera un beau collier autour de ma bite », etc. Ni remords, ni regrets. Mettez des capotes.


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Grrosse Chhatte ! magazine #1