Skip to main content

Skippers Voile & Océan N°99

Page 1


skippers

Retour aux affaires pour Tudor Team Alinghi

Jules Verne : the Famous Record

Nouveau cap pour la Swiss Sailing League Le Surprise toujours au taquet

25 ans de Skippers, 25 croisières de rêve

25 ans de vent helvétique

25 ans. Un quart de siècle. Et un hasard de calendrier merveilleux. En 2001, le premier numéro de Skippers paraissait et Brice Lechevalier, son fondateur, y écrivait sur les débuts de l’extraordinaire aventure Alinghi. En ce début d’année, le retour d’Alinghi aux affaires, après une annonce de retrait qui avait fait grand bruit, résonne donc parfaitement avec l’histoire de notre magazine, de votre magazine. Nous n’avons ainsi naturellement pas pu résister à l’envie de nous rendre à Naples et d’y interviewer Ernesto Bertarelli dans le cadre de la 38e Coupe de l’America. Nous vous ferons aussi voyager à travers les océans avec les récits du record féminin ainsi que du record absolu sur le Trophée Jules Verne, ou encore la revue en détail des trois premières étapes du Rolex SailGP, et les résultats de notre Switzerland SailGP Team.

Et cet anniversaire, nous allons le fêter avec vous à travers des dossiers spéciaux tout au long de l’année. En ce début de printemps, quoi de mieux qu’un dossier 25 ans – 25 croisières? À quelques mois de la trêve estivale – eh oui, il est temps d’y penser! –, nous vous proposons un condensé

des 25 meilleures épopées nautiques à vivre en famille ou entre amis. Et dont toutes les informations sont à retrouver sur skippers.ch. En parlant de croisière, dans l’univers vélique suisse, il y en a un qui nous volerait presque la vedette avec ses 50 bougies soufflées cette année également: le Surprise. Rien de moins qu’un cahier spécial de 50 pages pour le plus suisse des bateaux français, qui a fait naviguer sur nos lacs, en course comme en croisière, des générations de marins, et continue de si bien le faire.

Enfin, je profite de cette tribune qui m’est offerte pour remercier Brice Lechevalier, qui confie la barre de Skippers à Louis Taurel et moi-même, en restant naturellement à bord, en imperturbable tacticien hors pair. 25 ans. Un quart de siècle. Une belle longévité, et ce n’est que le début. Joyeux anniversaire Skippers Voile & Océan !

Retrouvez-nous sur Facebook, YouTube et skippers.ch Rendez-vous aussi sur Instagram : skippersmagazine

Sommaire

25 ans de croisières avec Skippers 8

Chantiers18

CHANTIERS

Lagoon Eighty 220

Outremer 48, 57 et 6422

Allures 40.928

VOILE INTERNATIONALE

Début de saison difficile pour les suisses en Rolex SailGP32

Tudor Team Alinghi et la 38e Coupe de l’America36

Nouvelles références sur le Trophée Jules Verne40

VOILE EN SUISSE

Les nouveautés de la Swiss Sailing League44

Fast Sailing, Full Living.

Crafted for your next adventure

SWISS SAILING TEAM

Du ski aux foils50

CLUBS & CLASSES

L’évolution du rôle de jaugeur52

internationales54

nationales56

VIE NAUTIQUE

Les conseils de François Enzler62 e-sailing et performance64

Le mot du Président71

de Justine Mettraux 72 Naissance d’un mythe76

Le Surprise en chiffres79

Sur les lacs romands80

Du côté de la Suisse alémanique et du Tessin84

Interview de François Séchaud88

Au cœur des 5 Jours du Léman92

L’armada du Bol d’Or96

La concurrence des voileries100

Le Surprise forme les régatiers103

Un bateau toujours d’actualité104

Témoignages106

Rencontre avec René Mermoud110

Les champions suisses113

On part en croisière?114

Les festivités du cinquantenaire117 Sommaire n°99

Spécial

25 ans ans de croisières avec Skippers

25

Cela fait 25 années que nous voyageons ensemble aux quatre coins de la planète. Retour sur ces multiples destinations en mots et en images.

De Tahiti à Bora-Bora, un paradis!

1Choisir de naviguer sur les eaux de l’archipel de la Société, en Polynésie française, c’est partir à la découverte d’îles paradisiaques, à commencer par Tahiti où l’on ne manquera pas le fameux marché de Papeete. À Moorea, si l’époque le permet, on pourra profiter du spectacle des baleines à bosse, et à Huahine, la montagneuse, succomber à la sérénité ambiante. Raiatea, qui abrite le marae Taputapuātea, classé au patrimoine mondial, est par ailleurs prisée pour son tiaré alors que Tahaa, sa voisine, l’est pour sa vanille. Final de toute beauté à Bora-Bora: la vue sur le volcan est aussi époustouflante que les camaïeux de bleus de la mer peuplée de raies pastenagues.

Au cœur de la Suisse, sur le lac des Quatre-Cantons

2Un Bavaria Cruiser 34, le plus grand des voiliers proposés à la location à Lucerne permet de découvrir le lac des Quatre-Cantons et ses alentours de manière confortable. Avec ses huit bassins, le lac présente une grande variété de paysages, climats et végétations, allant du paysage alpin dans le canton d’Uri aux paysages méditerranéens de Weggis ou Vitznau. Le lac d’Uri, le plan d’eau le plus sûr en matière de vent, est celui qui se prête le mieux aux plaisirs véliques. Là ou ailleurs, on pourra aussi se laisser tenter par des excursions, à pied ou en petit train, certaines dans des lieux mythiques. La région a des atouts pour rivaliser avec nombre de destinations étrangères.

À

la découverte du patrimoine des Galápagos

3

Sanctuaire de la nature des plus réputés, l’archipel des Galápagos, qui abrite une faune et une flore d’une richesse exceptionnelle, est l’un des premiers sites à avoir été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, en 1978. Si le bateau est de loin le meilleur moyen de visiter les îles, la réglementation est contraignante et il faut passer par un tour-opérateur pour une croisière qui part obligatoirement de Santa Cruz. En chemin, les découvertes et expériences inoubliables se multiplient à l’envi. Pour le snorkeling, il ne faudra pas manquer les abords de Floreana ou, pour les plus aguerris, Gordon Rocks. Pour le surf, rendez-vous sur l’immense plage d’Isabela.

Catamaran et glisse au nord de la Sardaigne

4

Testée pour vous, une croisière en catamaran qui s’avère étonnamment propice à la pratique des sports de glisse, sous réserve de bien choisir le matériel et de bien gérer l’organisation à bord. Départ du port d’Olbia pour Le Vecchie Saline, où l’on trouvera une grande plage de sable fin pour les départs en kite, avant de prendre le large pour un véritable slalom entre les nombreuses îles qui jalonnent le trajet vers la Corse. On découvrira de merveilleux terrains de jeu à sillonner en planche, en windfoil ou en wing, notamment dans les fameuses Bouches de Bonifacio qui présentent l’avantage d’offrir un vent régulier quasiment toute l’année.

5

En Thaïlande, il est encore possible de faire une croisière sans payer la rançon du tourisme de masse… ou presque! La découverte des îles karstiques, des massifs rocheux creusés par l’eau, est riche en sensations. C’est le cas de Koh Roi et de sa mangrove intérieure, qui abrite des varans malais et une énorme colonie de roussettes de Malaisie, ou de Koh Hong et de sa petite mer accessible par un étroit canyon à marée haute. Après une navigation de 40 milles, les îles coralliennes du sud comme celles de Koh Yao Yai et de Koh Rok offrent un contraste saisissant. On n’évitera pas quelques sites surchargés de touristes mais on savourera la quiétude retrouvée en fin de journée.

Croisière à contretemps en mer d’Andaman
DR
Louis Taurel Caroline Pirskanen

Mouillages idylliques en Méditerranée

Antigua-et-Barbuda, un pays, deux visages

7

Antigua, une île que l’on ne présente plus aux régatiers: c’est sur sa côte sud que se déroule chaque année l’Antigua Sailing Week, notamment à English Harbour où l’on peut visiter le Nelson’s Dockyard inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et la voilerie A&F. À l’est, du côté de Green Island, se trouve un paradis pour amateurs de glisse, à l’ouest, au fond de Deep Bay, une magnifique plage fréquentée par les touristes d’un côté, par les tortues de l’autre. Quant à Barbuda, la deuxième plus grande île de l’archipel, elle vaut vraiment le détour: peu de monde, des eaux translucides, un jardin de corail… Un endroit à couper le souffle pour qui cherche la tranquillité.

Mouillages d’exception entre la Sardaigne et la Corse 6

En Guadeloupe, au gré des alizés

En 2025, le photographe Gilles Martin-Raget, spécialiste des bateaux et de la mer, a fait pour nous une sélection de mouillages et zones de navigation à découvrir en Méditerranée, de préférence hors saison. Des coins et des recoins qu’il apprécie spécialement et qu’il présente avec des conseils avisés pour en profiter au mieux, sans risquer de mauvaises surprises. Au programme, d’est en ouest : Sa Ràpita (Majorque), le cap de Creus (Costa Brava), Sormiou (calanques de Marseille), l’Estagnol (rade d’Hyères), le cap Taillat et l’île d’Or (Côte d’Azur), les Agriates et Sperone (Corse), Caprera (archipel de la Maddalena), l’île de Kornati et l’îlot de Grebeni (Croatie). 8

À bord d’un catamaran typé croisière, avec des alizés de force 3 à 5, il n’est pas toujours possible de choisir sa destination. Au départ de Grande-Terre, pas d’îles orientales comme la bien nommée Désirade pour notre reporter. Qu’importe, Marie-Galante, l’île douce, ne manque pas d’attraits. À l’intérieur, on fait un saut de cinquante ans dans le passé, dans le royaume de la canne à sucre et des charrettes à bœufs. Puis, impossible d’éviter les Saintes, la perle des Caraïbes, avant de rejoindre Basse-Terre où trône l’imposante Soufrière: avec suffisamment de temps, il est possible de profiter d’une paisible remontée de la côte ouest en passant par la célèbre réserve Cousteau.

9

Des mouillages emblématiques, voire secrets, sélectionnés à l’occasion d’un convoyage, à commencer par la prestigieuse marina-cité lacustre de Porto Cervo sur la Costa Smeralda sarde, un repaire de happy few. En route pour la Corse, on trouvera des mouillages de choix dans le détroit entre les îles de La Maddalena et de Caprera, à l’intersection du trio Budelli, Razzoli et Santa Maria ou aux abords de l’archipel des Lavezzi. Sur la côte ouest de la Corse, rendez-vous à Tizzano, pour le restaurant Chez Antoine ; à Tivella, pour sa beauté envoûtante; ou dans l’anse de Girolata, pour les visites du pittoresque village de pêcheurs et, depuis la mer, de la réserve naturelle de Scandola.

Louis Jeunet
Bertrand
Duquenne

Croisière polaire au nord de la Norvège

Destination hors du commun, l’archipel norvégien du Svalbard, n’est accessible qu’au prix d’une longue préparation. En 2018, ils étaient sept à bord d’un Ovni 445 pour découvrir ces terres peu hospitalières qui réservent pourtant de belles surprises : des rennes qui broutent paisiblement à Pyramiden, des oiseaux, fulmars et

macareux en tête, qui accompagnent les bateaux et, si on a de la chance, des ours égarés à l’ouest du territoire. Mais, le Svalbard, c’est surtout le paradis des glaciers, avec des icebergs aux formes plus étonnantes les unes que les autres. Un spectacle mémorable dûment apprécié, avant une traversée éprouvante et néanmoins magique de la mer de Norvège.

En Patagonie, au rythme des éléments

11

Lauric Thiault et sa compagne Nao nous ont raconté leur découverte de la Patagonie sur un Dufour 35, un voyage riche en enseignements qui s’est étalé sur plusieurs mois, non seulement parce qu’ils souhaitaient prendre leur temps mais aussi à cause d’une météo souvent redoutable. C’était le prix à payer pour découvrir une immen-

sité sauvage incomparable: les innombrables îles qui bordent l’extrémité sud du continent américain, les glaciers en Terre de Feu, l’archipel Wollaston-L’Hermite et le cap Horn dans les Cinquantièmes hurlants, les éprouvants détroit de Magellan et golfe de Penas avec leurs lots de bonnes surprises… De la curiosité et de la patience largement récompensées!

Une transat en Outremer 5X

12

Pour notre reporter qui a pu le tester lors d’une transat, des bords de la Méditerranée aux Antilles, l’Outremer 5X est le bateau de croisière idéal: c’est une unité de 59 pieds étonnamment facile à manœuvrer, avec un plan de pont efficace, une ergonomie bien pensée et une bonne visibilité sur la mer. Propulsé par les alizés à une vitesse moyenne de 12 à 13 nds, le catamaran offre une traversée agréable, sous-tendue par le confort des aménagements intérieurs. Même à 20 nds, dans une mer formée, il ne grince pas. Lorsque le vent tombe, place à la plongée ou à la contemplation, pour admirer les mille nuances de bleu et le ballet des dauphins, voire des baleines.

Cap sur trois grands lacs suisse

14

Dans un pays qui compte près de 1’500 lacs, trois grands d’entre eux offrent des opportunités exceptionnelles. Le lac de Neuchâtel vaut notamment pour sa rive sud: bordée par la Grande Cariçaie, elle compte huit réserves naturelles où l’on recense près d’un quart de la faune et de la flore présentes en Suisse. Le lac de Constance se distingue par des infrastructures remarquablement adaptées aux besoins des croisiéristes, parmi les meilleures du pays. Quant au Léman, il comprend une zone particulièrement technique, avec des vents imprévisibles, le Haut-Lac. Il s’agit là d’un lac alpin entouré à plus de 270° de montagnes, avec des côteaux plantés de vignes… Dégustations en perspective!

13

Les lacs suisses de Morat, Neuchâtel et Bienne étant reliés par des canaux, il est possible d’en faire le tour en bateau, notamment à bord d’un canot à moteur Labhart des années 1970 comme l’a fait notre reporter: il lui a fallu dix heures pour boucler la boucle Faoug-Faoug (185 km) et repérer les sites les plus remarquables. Ville médiévale de Morat sur le premier lac; réserve de la Grande Cariçaie au sud et Jura au nord du deuxième, bordé de nombreux ports ou marinas et de villes attrayantes comme Estavayer-le-Lac, Yverdon-les-Bains ou Neuchâtel; forêts, vignobles et petits villages sur la rive nord du troisième, jusqu’à Bienne où il aurait pu prolonger la navigation de 30 km sur l’Aar.

Escapade aux îles Chausey

15

En France, au large du Cotentin, les îles et îlots de l’archipel de Chausey se comptent au gré des marées: 365 à marée basse, 52 à marée haute, dit-on. Mieux vaut lire les cartes avant de s’y aventurer en voilier. Mais, si l’on se contente d’emprunter le Sound – un chenal toujours en eau –, on pourra rejoindre Grande-Île sans encombre. Sur la seule île habitée, où vivent notamment des pêcheurs de seiches, d’araignées de mer et de homards, on pourra suivre le sentier qui en fait le tour, bordé d’obione et d’asters maritimes entre les buissons de genêts et les touffes d’ajoncs. Vers l’intérieur, changement de décor inattendu avec le passage, en un rien de temps, de la Normandie à la Méditerranée.

Les Trois-Lacs à vive allure
Héloïse Martin
Tobias Stoerkle
Louis Taurel
Christophe
Migeon

Du spectaculaire à Hawaï

17

16

Organisée pour les lecteurs du magazine, la Skippers Cup réunit des participants motivés non seulement par le plaisir de naviguer et la compétition, mais aussi par la convivialité et la découverte d’une belle région. Ils viennent volontiers entre amis et/ ou en couple. Pour la 3e édition, cap sur les îles Ioniennes, au large de la côte ouest de la Grèce. Le terrain de jeu comprenait des parcours de 10 à 20 milles entre les criques et ports du continent, et les îles d’Antipaxos, Corfou, Govino, Paxos et Vido, des étapes relativement courtes pour laisser du temps à l’exploration: citadelles historiques, villages typiques, îles verdoyantes, lagons bleus, dauphins, tortues…

Fondateur du Wolfpak, fameux «surf gang» d’Hawaï, Kala Alexander accueille les touristes à bord d’un catamaran pour leur faire découvrir «sa» côte, au nord-ouest d’Oahu: on y trouve la baie de Waimea, la Mecque du surf, et notamment le spot de Banzai Pipeline, considéré comme le plus dangereux du monde. C’est néanmoins dans ces eaux qu’un bon millier de baleines à bosse viennent passer l’hiver. Plus à l’ouest, la réserve de Ka’ena Point abrite une colonie d’albatros de Laysan et une petite vingtaine de phoques moines. Autre excursion, autour de l’île de Kauai, on peut explorer la luxuriante vallée de Kalalau et observer des bancs de lutjans ou des tortues vertes.

L’Islande avec la compagnie du Ponant

18

Une croisière de luxe basée sur l’art de vivre à la française, avec un service cinq étoiles et une approche culturelle hors du commun, guides à l’appui. Au départ de Reykjavik, qui mérite une visite préalable, Le Bellot longe la côte ouest jusqu’à l’extrême nord du pays. À chaque escale, on a le choix entre deux à quatre excursions de durées variables. Parmi elles, le parc national de la péninsule de Snæfellsnes, les îles Vestmann avec l’ascension du volcan Eldfell, Akureyri et ses alentours, notamment une zone géothermique qui évoque la planète Mars et les chutes de Godafoss, sans oublier la trilogie du Cercle d’Or: la plaine du Parlement, les chutes de Gullfoss et geysers de Geysir.

Un week-end dans le golfe du Morbihan

19

Le golfe du Morbihan est l’un des plus beaux terrains de jeu pour la voile, une petite mer, parsemée d’îles habitées ou sauvages, dans laquelle l’océan Atlantique s’engouffre chaque jour, via un étroit goulet, avec une puissance impressionnante. Y prendre la barre, c’est apprendre ou revoir tous les fondamentaux du marin. Cependant, le golfe est remarquablement bien balisé et tout apprenti un tant soit peu préparé peut y naviguer sans crainte, surtout s’il suit les conseils avisés, particulièrement détaillés, de notre reporter. Par ailleurs, la destination offre un environnement et une restauration des plus authentiques, un enchantement pour les yeux et les papilles.

3e Skippers Cup en Grèce
Christophe Migeon Alexandre

20

Traverser l’Atlantique de la Martinique aux Açores, ce n’est peut-être pas si redoutable, du moins lorsqu’on peut, comme notre reporter, naviguer sur un super bateau (Garcia Exploration 60) à la période propice. Sa conclusion: «À l’arrivée, nous aurons passé un tiers du temps au moteur. La clé de cette navigation sans souci a été la capacité de ce grand bateau à naviguer vite sous voiles et à assurer au moteur. Certes, avec le confort offert, cette transat s’est faite en mode pullman, mais nous n’étions pas seuls sur la route. À la bonne saison, en étudiant bien la météo, et avec du carburant en quantité suffisante pour ne pas subir le tempo, l’exercice peut être des plus plaisants.»

On a beau y revenir, la Sardaigne réserve à chaque fois son lot de merveilles. Certaines plages sont carrément spectaculaires, comme la Cala Coticcio de l’île de Caprera, surnommée la «petite Tahiti»: sable d’un blanc immaculé, eau turquoise, rochers blancs aux formes saugrenues… un éden miniature! Hors saison, on en profite complètement. En outre, naviguer dans l’archipel de La Maddalena est une entreprise ludique. On y slalome à travers une myriade d’îles et de rochers. Plus au nord, on ne manquera pas de sortir les windfoils, wingfoils ou windsurfs pour quadriller la somptueuse baie formée au cœur des îles de Budelli, Santa Maria et Razzoli.

Croatie, un littoral de prédilection pour la croisière

21

Destination touristique devenue incontournable, la Croatie présente un littoral étendu qui se prête naturellement à la croisière. On ne manquera pas la visite des villes côtières de Trogir, Split et Dubrovnik, de véritables joyaux d’architecture, et surtout pas la découverte des îles qui se succèdent en chapelet à peu de distance des côtes: Hvar et son célèbre port, le Saint-Tropez de la Croatie; Brač et sa fameuse plage de galets blancs de Zlatni Rat, par ailleurs fief de l’huile d’olive locale; Korčula et sa cité médiévale fortifiée, par ailleurs l’île la plus verte de la région, ainsi que Vis, un spot de plongée reconnu avec, notamment, la fabuleuse grotte bleue de Biševo.

Croisière hors du temps dans les eaux cubaines

23

Sous le soleil de juillet, le trajet en catamaran vers l’archipel cubain de Los Canarreos peut s’avérer éprouvant mais, à l’arrivée, les audacieux trouveront de quoi se détendre. L’archipel est posé sur un haut-fond où la navigation bille en tête est exclue: les lieux regorgent de bancs de sable et de têtes de corail. Comme ils sont mal référencés, mieux vaut choisir un mouillage à regagner tous les soirs, sous le vent de Cayo Hijo de Los Ballenos, par exemple. Au programme, baignades, jeux d’eau et plongée dans des eaux cristallines, quelques explorations sur les îles et du farniente. Avec le charme de l’isolement dû au hors saison et à l’absence de technologies modernes.

Transat d’ouest en est
La Sardaigne en octobre, un must! François

Huahine, l’autre perle du Pacifique

24

Bien plus discrète que sa voisine Bora-Bora, surnommée la perle du Pacifique, l’île de Huahine a su préserver une rare authenticité. Parmi les îles Sous-le-Vent, c’est la moins touristique. Son principal lagon, qui ne se laisse pas gagner facilement, mesure à peine 500 m de large. Ainsi, la nature n’est jamais bien loin des

De Venise à Athènes avec Explora Journeys

25

Ravenne, Dubrovnik, Brindisi, Lefkada et, coup de cœur de notre reporter, Milos: cinq escales riches en sites à découvrir lors d’une croisière d’une semaine, de Venise à Athènes, à bord d’un palace flottant. Sur l’Explora d’Explora Journeys, la branche luxe de MSC Croisières, on ne propose que des suites, de 35 à 280 m2,

zones de mouillage. Sur Huahine, la végétation, sauvage ou maîtrisée par une agriculture raisonnée, est omniprésente et le littoral est parsemé de modestes villages. On appréciera les randonnées et visites à terre autant que les plaisirs nautiques, d’autant plus que les habitants sont réputés pour leur bonhomie et leur style de vie à l’ancienne.

avec service cinq étoiles et expériences diversifiées du lever du soleil jusque tard dans la nuit. Tout est conçu pour que le séjour à l’intérieur du bateau soit aussi mémorable que les visites à terre, notamment pour pouvoir profiter au maximum du plaisir de la navigation. Une restauration des plus raffinées participe largement aux réjouissances.

Retrouvez nos plus belles croisières.

Bertrand Duquenne

CHANTIERS

CNB 68

Le chaînon manquant

Entre le récent 62 et les grands 78 et 88 pieds, ce futur 68 pieds trouve naturellement sa place dans la gamme CNB. La même association a été reconduite entre Philippe Briand pour l’architecture navale et Jean-Marc Piaton pour le design intérieur. On retrouve donc une carène volumineuse, dynamisée par deux lignes acérées sur les bordés, ainsi que le roof court de ses congénères. La descente décalée sur tribord permet de ménager un confortable cockpit en U sur bâbord, bien séparé de l’espace manœuvres et des deux barres à roue, la plage arrière cachant l’incontournable garage à annexe. Le cockpit peut être surmonté d’un arceau en carbone pour un programme plus orienté croisière que régate. Sous le pont, le style semble toujours plus contemporain et aéré, tout en conservant un très haut niveau de finition. Les deux cabines VIP et la suite propriétaire, qui profite du beau volume d’étrave, ont fait l’objet de toutes les attentions pour ce futur grand cru.

First 60

Le plus grand des First! Le First 60 a été dévoilé au Boot de Düsseldorf 2026, sept ans après la renaissance de la gamme avec le First 53. Ce nouveau navire amiral, dessiné par l’architecte Roberto Biscontini, en reprend les codes en format XXL. Le design intérieur et extérieur est à nouveau confié à Lorenzo Argento. Fidèle à la stratégie de Beneteau, ce course-croisière propose une version performance avec un tirant d’air et d’eau augmenté. Le mât rallongé et la quille plus profonde que la version standard permettent d’accroître significativement la surface vélique. L’innovation technique majeure réside dans l’installation d’un winch de grand-voile captif sous le cockpit. Inédit sur un 60 pieds, ce système emprunté aux Mini Maxi libère les winches de manœuvre pour les voiles d’avant et évite l’encombrement de l’écoute sur le pont.

L’aventure au long cours

La large expérience des trois associés de ce tout jeune chantier se traduit par ce 42 pieds en aluminium particulièrement bien pensé. Un roof superbement intégré visuellement, malgré un salon de pont et un cockpit lui-même très bien protégé, véritable tour de force sur une unité de cette taille. Des manœuvres rapportées sur deux winches électriques en avant des postes de barre, idéal pour un équipage réduit. Et de la performance, avec la GV à corne, le gréement carbone, la quille à bulbe relevable, le double safran ou encore un centrage idéal des poids, entre autres.

À l’intérieur, l’ADN du grand voyage est bien là: vision à 360°, fargues en bois bien épaisses le long des aménagements, une cabine double pour les invités dont le lit est astucieusement placé sous le salon de pont, une seule salle de bains mais

de très belle taille, une large cabine propriétaire à la proue ainsi qu’un espace dit « individuel » personnalisable à souhait. Un bateau pensé par des marins, pour des marins, donc, dont la vocation de grand voyageur ne serait pas incompatible avec la performance.

Pure 42

Essai Lagoon Eighty

2

Le yacht qui sait naviguer à la voile

Découvert au dernier salon nautique de Cannes, le Eighty 2 est le navire amiral de la flotte Lagoon. Au programme, finitions et espaces dignes du yacht qu’il est, avec, en bonus, des performances sous voile… impressionnantes pour un bateau aussi luxueux.

Près de 25 m de longueur, 11 m de largeur, 400 m2 de surface habitable à bord et une plateforme arrière hydraulique de 22 m2 capable de lever 1,3 t. Le Eighty 2 coche toutes les cases d’un yacht capable de répondre aussi bien aux armateurs à la recherche d’une unité confortable et ludique au mouillage qu’aux exigences des grandes traversées transocéaniques.

Un yacht – Une plage

En arrivant en annexe dans la baie de Cannes pour le rejoindre au mouillage, nous découvrons de loin le plus grand des Lagoon. Au milieu des superyachts qui l’entourent, le Eighty 2 est à sa place. Grand, large et haut, c’est bien une unité hors norme qui nous attend. Embarquer n’est qu’une formalité : larges jupes, plateforme hydraulique réglable en hauteur et en profondeur par une simple télécommande, la manœuvre est simplissime. Développée en partenariat avec Tenderlift, cette plateforme se transforme en véritable plage de 22 m2 tout en acceptant une annexe d’une taille qui peut être supérieure à la largeur – 11 m – du catamaran. Bien vu!

400 m2 à bord, oui, mais surtout une circulation pensée “plain-pied”

De la jupe, quatre marches suffisent pour rejoindre le cockpit. Et là, on découvre un espace gigantesque, d’un seul tenant et de plain-pied de la poupe à la proue. Quasiment 25 m de longueur sur 11 de large: près de 275 m2 s’offrent à vous!

À bord du Eighty 2 – yacht oblige – tout est sur

mesure, pensé et réalisé selon les choix du propriétaire. On appréciera l’espace d’un seul tenant entre carré et cockpit séparé, si la météo l’exige, par une porte qui disparaît complétement dans les montants latéraux. Depuis le carré ou le cockpit arrière, de chaque côté, des escaliers sécurisants permettent des accès privatifs aux différentes cabines. Lagoon propose son navire amiral en plusieurs versions: cinq cabines avec la cuisine soit en haut, soit en bas et une version quatre cabines avec la cuisine en bas.

La suite propriétaire: un balcon sur l’infini L’innovation la plus spectaculaire demeure sans doute la suite propriétaire. Véritable appartement privé, elle dispose de sa propre terrasse privative – le fameux « balcony » – qui s’abaisse mécaniquement sur l’océan. Imaginez prendre votre café au mouillage aux Grenadines, les pieds suspendus audessus d’une eau à 28°C, dans une intimité totale… Le rêve absolu!

LE LAGOON EIGHTY 2 : UN VÉRITABLE YACHT QUI SAIT AUSSI NAVIGUER À LA VOILE.
SUR LE FLY DE 50 M2, LE POSTE DE BARRE EST PARFAIT AVEC SES DEUX BARRES À ROUE ET LES CINQ WINCHES DE 80. UN ÉQUIPAGE PROFESSIONNEL DE DEUX PERSONNES PERMET DE MANŒUVRER LE CATAMARAN DE 25 M.

Un flybridge (très) accueillant

On accède au flybridge depuis un escalier muni de mains courantes solides et bien placées. L’espace est, là aussi, impressionnant : 50 m2 aménageable selon vos envies… À l’avant du fly, on retrouve la zone de manœuvres. Cinq winches Harken 80 positionnés en pied de mât permettent à un équipage de deux personnes de gérer l’ensemble de la partie navigation. Deux postes de barre de chaque côté, chacun doté d’un siège confortable pour deux personnes, complètent l’espace navigation.

L’essai en mer: une sérénité souveraine

Lors de nos essais au large, dans une brise établie, le Lagoon Eighty 2 a révélé son tempérament de grand voyageur. Sous une surface de voilure au près de 337 m2 (669 au portant), le catamaran s’élance avec une inertie rassurante. Ce n’est bien sûr pas une machine de régate pure, mais un croiseur hauturier capable de maintenir des moyennes de 10 à 12 nds avec une facilité déconcertante, le tout sans jamais bousculer ses hôtes. Et même lorsque le vent se fait plus discret, le Eighty 2 continue de marcher sous voile de manière plus qu’honorable: avec 12 nds de vent réel, nous naviguons à 6 nds au portant, tranquillement et sans avoir même l’idée de lancer les moteurs.

Au moteur, justement, les 2 x 230 ch – pouvant monter jusqu’à 300 ch en option – assurent une vitesse de croisière silencieuse autour de 10 nds en ne consommant que 20 l/h par moteur. Pas mal pour une unité qui déplace 70 t. Avec 2’800 l de carburant embarqués, l’autonomie théorique permet d’envisager de longues navigations et des mouillages sereins!

Un investissement dans l’exceptionnel À qui s’adresse le Lagoon Eighty 2? Les premiers exemplaires vendus sont à destination de propriétaires privés avec des programmes de grande croisière, d’autres avec une utilisation mixte croisière et location. Enfin, certaines unités rejoignent des flottes de charter haut de gamme. À noter que le Eighty 2 se décline dans une version exclusivement à moteur, baptisée Eighty 3, à découvrir à Cannes en septembre 2026.

Julien
Gazeau
669 M2 AU PORTANT : DÈS DIX NDS DE VENT, LE CATAMARAN EST RÉACTIF ET AVANCE VRAIMENT À LA VOILE!

Outremer 48 – 57 – 64

Triplé dans l’ordre

Le rythme s’accélère chez Outremer qui annonce la sortie de trois nouveaux modèles en dix-huit mois. Tous sont signés VPLP Design (architecture navale), Patrick Le Quément (style extérieur) et Darnet Design (aménagements), et s’inscrivent dans la continuité de leurs prédécesseurs dont seul le 52 poursuivra sa carrière.

) François Trégouët

Dès le salon de La Grande-Motte 2026, c’est l’Outremer 48 qui fera son apparition. Construit à Lorient en lieu et place du 45, il se rapproche esthétiquement davantage du 52, dû au même trio de designers. À tout juste 10,5 t lège pour 14,63 m de long et 117 m2 de voiles au près, les performances s’annoncent à la hauteur du mythe. Mais le confort n’est pas oublié avec un ensemble carré-cockpit séduisant et une modularité inédite dans la coque avant bâbord, qui propose au choix cinq versions d’aménagement différentes.

En avril 2027, ce sera au tour de l’Outremer 57 d’être exposé à ce même salon international du multicoque. Héritier du très réussi 55, il veut encore faire mieux. Ici, c’est l’accès à bord qui est facilité par des jupes prolongeant le bordé. Là, un mobilier intérieur aux angulations savamment travaillées, plus esthétiques, fait la différence. Le cockpit, lui, se fait asymétrique, offrant sur bâbord plus d’espace.

Enfin, l’Outremer 64 devrait être dévoilé à Cannes en 2027. Entre l’élégance des lignes, le luxe de l’espace disponible, la possibilité d’embarquer un équipage et les hautes capacités promises, ce futur navire amiral s’annonce comme un trait d’union intéressant avec la gamme Gunboat. Les échanges de savoir-faire entre les deux marques sœurs sont donc plus que jamais d’actualité, avec la possibilité d’une peinture de coque haut de gamme par exemple. Cette nouvelle dimension dans la famille Outremer devrait surtout permettre d’offrir simultanément des résultats à la hauteur du pedigree de la marque, et un

niveau de confort qui lui était encore inconnu. Un catamaran personnalisable à l’envi, avec pas moins de douze configurations d’aménagements entre lesquelles choisir, dont une cabine équipage avec un accès direct au cockpit et une suite propriétaire qui occupe soit l’intégralité de la coque bâbord, soit deux tiers de la coque tribord. Avec ces nouveautés, Outremer dispose d’une gamme parfaitement segmentée, à même de rivaliser sur le marché toujours plus concurrentiel de la grande croisière sur des multicoques performants.

Saffier SE 28 Leopard

Un fauve séducteur

Le Saffier SE 28 Leopard respire l’ADN du chantier hollandais, soit un dayboat chic, élégant et performant. Carène puissante, étrave inversée et chanfrein de bordé dynamisent la ligne. Quinze centimètres plus larges que le SE 27, il offre plus de puissance, de stabilité et d’espace, et donc le maximum d’habitabilité que peut proposer un dayboat: quatre couchettes, un bloc cuisine et un WC chimique, ce qui permet de passer une ou deux nuits à bord. Sur le pont, il y a le choix entre une barre franche et deux barres à roue, un mât en aluminium ou carbone, un solent auto-vireur ou un génois, et même des winches électriques Rewind. Toutes les manœuvres passent élégamment sous le pont pour arriver devant les postes de barre. Reste à choisir entre propulsion thermique (15 cv) ou électrique (7,5 kW), idéale sur le lac. En solitaire ou en équipage, régatier ou hédoniste souhaitant naviguer en famille ou entre amis, le Saffier SE 28 Leopard répond à beaucoup de programmes.

CHANTIERS

Black Peper Code 0.1 Nouveau départ

Black Pepper Yachts, désormais dirigé par Thomas Brette, présentait à Düsseldorf le Code 0.1, digne successeur du Code 0 à l’origine de la marque il y a quinze ans. Le cabinet Lombard a conservé le look néo-rétro de daysailer performant avec une carène moderne associée à un roof délicieusement classique, et un pont tout de teck revêtu. Le reste est à la carte, cockpit ouvert ou fermé, quille fixe ou relevable, barre franche ou barre à roue, moteur thermique ou électrique... Sur le lac, on pourra préférer le génois à recouvrement au solent auto-vireur d’origine, même si le joli bout-dehors fixe en composite est tout indiqué pour recevoir un… Code 0. L’intérieur est sobre et chic, avec une sellerie qui se veut plus cossue qu’auparavant et un vaigrage de plafond en tissu tendu sur des lattes de carbone, aussi astucieux qu’esthétique. De quoi tirer des bords tout en élégance le temps d’un weekend, en attendant la sortie du grand catamaran Code C.69 pour aller plus loin.

Premium Equipment for Sailors

CHANTIERS

Simbad 55

Surprise espagnole

Trois mois seulement après sa première présentation sous forme de maquette à Düsseldorf, le Simbad 55 doit être présenté officiellement à La Grande-Motte. Ce nouveau chantier, basé à Alicante, entend positionner son luxueux catamaran à la frontière entre grande série et bateau à l’unité. Pour cela, ils ont fait appel à Archi Delion pour l’architecture navale, et Darnet Design pour le style et les agencements intérieurs. Ils livrent un catamaran aux lignes très élégantes qui intègrent un grand flybridge, un cockpit avant et un immense carré-cockpit. Ce dernier peut accueillir la cuisine (quatre ou cinq cabines), à moins que celle-ci se fasse discrète dans la coque tribord (trois cabines + équipage). Si la qualité de réalisation est à la hauteur des rendus, les aménagements s’annoncent particulièrement haut de gamme. Enfin, le chantier innove avec un programme de maintenance et plusieurs solutions d’acquisition: leasing, multipropriété, charter.

Aquila 50 Sail Trublion oriental

Passer du multicoque moteur à la voile, en annonçant simultanément, qui plus est, trois modèles de 44, 50 et 63 pieds, est assurément une première. Dessiné par J&J Design et produit à Hangzhou, en Chine, l’Aquila 50 sera présenté dès le salon international du multicoque de La Grande-Motte en avril. Le roof combine des vitrages latéraux profilés et une face avant verticale ouvrant sur un immense cockpit qui va jusqu’aux étraves, avec un accès depuis et vers les cabines avant. L’intérieur propose une cuisine située dans la nacelle et, dans les coques, le choix entre quatre et six cabines doubles, avec autant de salles de bains. Le nouvel entrant cible aussi bien les propriétaires privés que les loueurs. Les trois catamarans voile Aquila sont disponibles en version hybride diesel/électrique.

Gunboat Fusion 80

Gran turismo vélique

Depuis vingt-cinq ans, Gunboat crée son propre sillage loin des modes. Avec le Fusion 80, la marque lance non seulement un nouveau modèle mais aussi un segment novateur baptisé Gran Turismo. Entre les catamarans haute performance qui font son succès (68, 72 et 80) et ceux de grande production, le Fusion 80 ouvre une nouvelle voie avec une construction high-tech permettant de contenir le déplacement de coques plus volumineuses signées VPLP. À l’intérieur, le confort d’un véritable yacht, avec un design remarquable conçu par Kristian Gavoille et Valérie Garcia. On continue donc à parler de performances nettement au-dessus de la moyenne et, à terme, de doubler

la production pour passer de deux/trois à cinq/six bateaux par an, mettant ainsi la marque davantage à l’abri des fluctuations du marché.

LA RENCONTRE ENTRE PERFORMANCE ET DURABILITÉ !

Electrique-Hybride. La liberté par le renouvelable.

Un composite à faible impact. La performance maîtrisée en mer.

Scannez et explorez The WINDELO 54 YACHTING, Design by Barreau / Neuman

Retour à la raison

Avec l’acquisition de nouvelles capacités de production, Allures Yachting saisit l’opportunité de relancer la production de l’Allures 40.9. Voilà qui devrait réjouir nombre de candidats à la grande croisière car le benjamin de la gamme a tout d’un grand, comme nous avons pu le constater en mer.

Texte ) François Trégouët

Depuis 2003, avec leurs coques aluminium, leurs ponts en polyester et leurs intérieurs au design soigné, les Allures séduisent. Un succès qui, associé à celui de la marque Garcia (reprise en 2010), a amené Grand Large Yachting à donner la priorité aux modèles entre 45 et 60 pieds. Mais la reprise d’un bâtiment industriel récent près de Caen avec une équipe aux compétences multiples (chaudronnerie, menuiserie, électricité…) permet de relancer l’Allures 40.9. Évolution 2019 de l’Allures 39.9, sortie en 2013, le revenant va pouvoir compléter une flotte

déjà forte de 46 unités. Les lignes générales de ce voilier au tirant d’eau réduit (1,06 m dérive haute) sont bien dans l’esprit de la gamme. Si les bordés très verticaux peuvent sembler un peu bruts d’aspect, un covering donnera une esthétique davantage en lien avec les formes beaucoup plus douces du pont. La trame d’aménagement intérieur est idéale pour un couple en grand voyage, avec cuisine en U et table à cartes au pied de la descente, un grand carré central, une belle cabine avant, une autre à l’arrière et un grand atelier de stockage à tribord, en arrière de la salle d’eau avec douche séparée. Il existe une version trois cabines, mais qui nous semble moins adaptée à la grande croisière dans cette taille. Les grands hublots zénithaux du roof et les cinq hublots de coque assurent un éclairage naturel abondant et une jolie vue sur l’extérieur.

Essai Allures 40.9
Jerôme Houyvet
LA PUISSANTE CARÈNE DE L’ALLURES 40.9 EST TAILLÉE POUR LE LARGE.

ÉTRAVE DROITE ET HAUT FRANC-BORD NE CRAIGNENT PAS LES VAGUES.

UN INTÉRIEUR TAILLÉ POUR LA GRANDE CROISIÈRE.

À l’intérieur, le gain en qualité perçue initié par Isabelle Racoupeau, du cabinet d’architecture navale éponyme, a été significatif par rapport au 39.9. L’Allures 40.9 propose des menuiseries et des finitions soignées: fargues inox dans le coin navigation, liseuses gainées de cuir, inserts de Corian blanc dans la table du carré, ou encore interrupteurs sans fil désormais toujours à portée de main. En mer, on apprécie la position légèrement surélevée de la table à cartes et de la cuisine, ce qui permet de garder un œil sur l’extérieur tout en restant à l’abri. Le carré occupe toute la largeur de la coque, la table intégrant le

FIRST 14SE 18SE

Cap sur le plaisir !

Disponible de stock, avec place!

bootswerft jack beck chantier naval sa ag

Route Neuve 4 | CH-1595 Faoug +41 26 672 90 60 | jack-beck.ch

Concessionnaire pour la Suisse romande et le canton de Berne

Jerôme

puits de dérive. Les rangements s’alignent sur trois niveaux de chaque côté: sous les assises, derrière les dossiers et sous les passavants. Moins visible mais tout aussi important pour le confort, l’Allures 40.9 bénéficie d’une très bonne qualité de mousse d’isolation (option indispensable) qui réduit l’amplitude thermique, évite le risque de condensation et fait de l’intérieur un cocon acoustique apaisant. L’isolant n’est pourtant présent que sur les bordés en aluminium car le pont est en composite. L’usage d’un moule permet ici de soigner l’esthétique, d’offrir un très bon niveau de finition, une meilleure isolation, et surtout de se passer de peinture sur aluminium, un souci d’entretien en moins pour les propriétaires.

Dans une brise soufflant d’abord entre 15 et 18 nds, l’Allures 40.9 trace sa route avec facilité. Sortis de la grande rade de Cherbourg, à 40° du vent apparent, on file 7 nds, et on oscille entre 8 et 9 dès que l’on abat jusqu’à 115°. Quand le vent monte à 25 nds, l’impression reste la même. Alors que la mer devient formée, le bateau mouille très peu, même au près et file à plus de 9 nds au portant malgré son seul solent pour appuyer la grand-voile. Plein vent arrière, voiles en ciseaux, nous aurions aimé amurer un gennaker sur la longue et solide delphinière, pour allonger la foulée. Mais c’est à cette allure que l’on goûte le mieux la douceur de mouvement des dériveurs intégraux. Un comportement qui surprend toujours les néophytes. Il en est de même des manœuvres de port réalisées… en marche arrière. Guidé par ses deux safrans, aidé par le propulseur d’étrave qui se retrouve derrière,

l’Allures 40.9 rentre à sa place comme une main dans un gant malgré le fort vent traversier. Pour les anxieux, notez que la jupe est intégralement en aluminium (elle était partiellement en composite sur le 39.9).

Avec plus de vingt années d’expérience dans la grande croisière, Allures Yachting maîtrise parfaitement son sujet. Pour s’en persuader, il suffit de regarder l’installation électrique proposée, dont la qualité irréprochable rend caduque toute interrogation sur le risque d’électrolyse. Les rangements foisonnent, les mains courantes sont bien placées partout et la capacité des réservoirs donne toute l’autonomie voulue: alors l’Allures 40.9, bien qu’il soit le plus petit modèle de la gamme, est lui aussi une véritable invitation au grand voyage.

Jerôme Houyvet
Jerôme
Houyvet
QUELQUES DEGRÉS ABATTUS ET L’ALLURES 40.9 ALLONGE LA FOULÉE.
LE COCKPIT EST BIEN PROTÉGÉ ET L’ON EST TOUJOURS AGRÉABLEMENT POSITIONNÉ À LA BARRE.

Les conseils de North Sails

Bien régler son mât

Julien Monnier, directeur de la voilerie, partage ses bonnes pratiques.

Propos recueillis par Vincent Gillioz

Quelle est l’importance du réglage du mât pour la performance?

Avoir un bon réglage de mât permet de garantir des performances identiques sur les deux bords ainsi qu’un gréement en accord avec le design des voiles.

Quelle est la procédure à adopter?

Il faut partir du capelage comme base et prendre les mesures avec une chevillère en métal qui ne s’étire pas, et la hisser avec une drisse. Ensuite, on relève une mesure au livet de chaque côté et on règle les haubans jusqu’à atteindre l’équilibre.

Au niveau longitudinal, avec la même chevillère, on effectue un relevé au pied de mât, que l’on reporte sur l’étai. Cela nous permet d’avoir une cote entre ce point et l’intersection étai/pont. On ajuste ensuite cette cote avec celle que nous fournissons.

On règle alors la droiture avec les bas haubans, en visant la gorge avec l’œil et on ajuste le précintre à l’aide des bas haubans. Le pré-cintre est la cote mesurée à la hauteur des barres de flèche, entre le mât et la verticale entre la têtière et le vis-de-mulet. Toutes les cotes sont disponibles dans le tuning guide, fourni par nos soins avec chaque jeu de voiles monotypes.

Rolex SailGP

L’équipe suisse a mangé son pain noir

Les trois dates «down under» ont très mal rétribué

l’équipage de Sébastien Schneiter. Une dernière position décevante et agitée, marquée par une collision et des contre-performances en série. Analyse d’un mauvais début de saison.

Texte ) Pierre-Antoine Preti

À la mi-janvier, à Perth, le premier Grand Prix de la saison 2026 a bien mal commencé. Une minute après le départ, la star néo-zélandaise

Peter Burling vole la priorité au F50 suisse. Malgré une manœuvre en urgence, Sébastien Schneiter arrache un mètre de l’arrière de la coque bâbord des Black Foils et détruit l’avant de la sienne. Miraculeusement, le choc à haute vitesse ne blesse que les bateaux.

Celui d’Auckland, entre les Black Foils et DS Team France, plus grave, touchera également les âmes des athlètes du Rolex SailGP. En perdant le contrôle de son F50, Peter Burling barre la route aux Français. Le choc est brutal. Deux équipiers sont blessés, avec deux jambes cassées pour le grinder kiwi, Louis Sinclair, et de lourdes contusions pour la stratège française, Manon Audinet. Qu’ils soient traumatisés ou non par ces accidents, le début de saison du Switzerland SailGP Team est catastrophique. Sur les trois Grands Prix «down under», les Suisses terminent systématiquement derrière, bien loin des ambitions affichées en fin de saison 2025. À peine une deuxième place sur dix-sept manches courues. À la fin février, à Sydney, dans des airs très «suisses», les résultats laissaient vraiment à désirer. Malgré quelques bons départs, le F50 suisse finit presque toujours par se faire rattraper. Mais que se passe-t-il à bord? «C’est paradoxal, témoigne le skipper Sébastien Schneiter, à Sydney.

L’ambiance de travail dans l’équipe est bonne. Notre vitesse est dans la moyenne. Nos départs ont beaucoup progressé, mais nous finissons toujours par nous faire rattraper.»

Le directeur général, Boet Brinkgreve, confirme ce constat. «L’équipe a bossé très dur ses départs. Aujourd’hui, la moitié de nos départs sont bons à moyens. L’étude des datas confirme que notre vitesse est dans la moyenne de la flotte. Mais si le plan est bon, sa réalisation ne l’est pas toujours. Nous changeons les options en cours de route alors qu’il faudrait rester fidèles à la stratégie initiale. Il faut désormais apprendre à concrétiser et à mieux gérer le risque.»

Soigner la confiance, voilà le principal chantier pour les humains à bord de l’Eiger. Et pour cela, pas question de révolutionner l’équipage. Autant pour le skipper que pour le directeur, la cohésion du team reste un point fort. À ces vitesses extrêmes, la confiance mutuelle est essentielle. Désormais dernière au classement général, l’équipe suisse n’a plus rien à perdre. Et c’est peut-être là sa meilleure carte, malgré un moral entamé et une immense frustration à Sydney. «Tout change très vite au SailGP»,

Christophe Favreau
À PERTH, UNE MINUTE APRÈS LE PREMIER DÉPART, L'ÉQUIPE SUISSE À COUPÉ EN DEUX
L'ARRIÈRE DU FOIL BÂBORD DES KIWIS, AUTEURS D'UN REFUS DE TRIBORD.
Travis Hayto Ricardo Pinto

rappelle Boet Brinkgreve. C’est à Rio de Janeiro, les 11 et 12 avril, que le momentum de cette équipe frustrée doit s’inverser. L’exemple vient d’ailleurs de la flotte elle-même. Après une saison 2025 catastrophique, l’US SailGP Team a su renaître. Il pointe aujourd’hui en troisième position, derrière Emirates GBR et les Bonds Flying Roos. Une résurrection qui rappelle que, dans cette ligue spectaculaire, rien n’est jamais figé. Voilà tout le mal que l’on souhaite à une équipe suisse qui a choisi, un jour, de se frotter aux meilleurs marins du monde.

Le Rolex Switzerland SailGP confirme son retour à Genève

Le retour du Rolex Switzerland Sail Grand Prix à Genève les 19 et 20 septembre 2026 confirme l’ancrage rapide de l’événement sur les rives du Léman. Plus qu’une simple étape du championnat, l’épreuve s’impose déjà comme un rendez-vous stratégique, tant pour les organisateurs que pour les équipes. « Courir à domicile est un avantage énorme. Le soutien du public nous pousse à nous dépasser », souligne Sébastien Schneiter. Une ferveur populaire déjà palpable lors de la première édition, contribuant à l’intensité sportive et à la visibilité de l’équipe nationale.

Ce succès ne doit rien au hasard. Pour Russell Coutts, CEO de SailGP, Genève possède tous les atouts pour s’inscrire durablement dans le calendrier: «Le Rolex Switzerland Sail Grand Prix est devenu l’un des plus grands événements sportifs en plein air jamais organisés à Genève, et le plus important sur le lac. S’appuyer sur ce succès est essentiel pour construire un calendrier cohérent dans des lieux emblématiques.» La rade genevoise, avec son magnifique cadre naturel et sa proximité avec le public, offre des conditions idéales pour ce format de compétition rapide et spectaculaire.

Partenaire titre du championnat, Rolex joue également un rôle central dans cet ancrage local. «Accueillir SailGP dans la ville natale de Rolex est une grande fierté», rappelle Arnaud Boetsch, directeur de la communication et de l’image de la marque. Au-delà de la performance sportive, l’événement contribue à renforcer l’image de Genève comme destination majeure du sport international. En s’inscrivant dans la durée, SailGP confirme ainsi l’émergence de Genève comme une place forte de la voile moderne, capable d’attirer les meilleurs marins du monde tout en séduisant un public toujours plus large.

Christophe Favreau
Gary Oakley DR
Felix Diemer
LA COHÉSION DE L'ÉQUIPE SUISSE EST PROBABLEMENT LE POINT FORT DE CE DÉBUT DE SAISON.
LA RADE GENEVOISE OFFRE DES CONDITIONS IDÉALES POUR CE FORMAT DE COMPÉTITION.

Votre spécialiste pour l’assurance

bateau en Suisse.

Une couverture tous risques très complète.

Ce qui n’est pas assuré est indiqué clairement.

Un traitement rapide et compétent en cas de sinistre – pour que vous puissiez reprendre la mer aussi vite que possible.

Performant et loyal.

C’est volontiers que nous vous soumettons une proposition personnelle.

Centre de compétence

Felix Lindemann

Case postale 18 · 9423 Altenrhein

Bureau: Poststrasse 1 · 9422 Staad Tél0041 (0)71 850 03 03 info@nautima.ch · nautima.ch

38e Coupe de l’America

Tudor Team Alinghi revient dans une America’s Cup qui lui ressemble

Ernesto Bertarelli a beaucoup œuvré en coulisses pour redonner du souffle à l’épreuve mythique qui le fait vibrer depuis plus de vingt ans.

Rencontre à Naples, ville hôte de la prochaine édition en 2027.

Texte ) Grégoire Surdez

Il flotte sur Naples comme un esprit de Valence 2007. Avec une ville prête à vibrer pour l’épreuve nautique la plus prestigieuse. Vingt ans après l’édition de tous les superlatifs, la Coupe de l’America amorce un virage décisif pour son avenir. Terminé le privilège unilatéral du Defender, qui décide seul, ou avec la bienveillance de son Challenger of Record, de tout et de rien. La dernière édition à Barcelone a sonné le glas de la Coupe à l’ancienne. Les principales équipes historiques se sont unies et réunies pour sauver l’Aiguière d’argent en la débarrassant de la poussière accumulée depuis 1851. Rencontré en janvier à Naples, pour le lancement de la

38e édition, Ernesto Bertarelli est revenu sur cette métamorphose nécessaire. «Sans cet accord historique qui offre un vrai rôle à chacun d’entre nous dans les grandes décisions stratégiques, il n’y aurait eu que trois équipes en 2027 à Naples! Cela aurait été un désastre pour cette épreuve qui nous fait vibrer depuis toujours.»

Installé dans un joli salon de l’Hôtel Parker, le patron de Tudor Team Alinghi contemple la baie de Naples. «Un si beau plan d’eau mérite autre chose qu’une bataille à trois, dit-il. C’est l’un des endroits les plus incroyables pour organiser des régates. Le décor est somptueux avec le Vésuve

LES AC75 REPRENDRONT DU SERVICE POUR LA 38e COUPE, LA DIFFÉRENCE
JOUERA SUR LES FOILS ET LES PLANS DE VOILURE.

et Capri dans le fond. Les conditions de vent et de mer, en été, y sont exceptionnelles. Pour la Cup 2007, Naples avait été dans le coup avec Marseille, Lisbonne et Valence pour organiser la 32e édition. Nous avions finalement opté pour l’Espagne et cela avait été une réussite totale. Mais je dois dire que je suis particulièrement heureux d’être ici, pas si loin de mon lieu de naissance. C’est une ville particulière que j’apprécie. Une ville passionnée, prête à s’enflammer pour les grands événements de sport.»

Le 17 janvier, la cité parthénope a mis les petits plats dans les grands pour le lancement officiel de la 38e édition. Des médias du monde entier, des invités politiques de haut rang, et des représentants de cinq équipes déjà engagées se sont retrouvés dans le Teatro San Carlo, l’une des salles du somptueux Palazzo San Reale, l’un des fleurons architecturaux de Naples.

Pour l’occasion, l’America’s Cup Partnership a été officialisé et entériné. La Nouvelle-Zélande (Defender), la Grande-Bretagne (Challenger of Record), l’Italie (pays hôte), la Suisse (double vainqueur), et la France (pays de la voile par excellence) ont présenté d’une seule voix les grandes lignes de ce document de 400 pages, scrupuleusement visées et validées par les meilleurs bureaux d’avocats internationaux.

«C’est une évolution que nous appelions de nos vœux et qui ressemble beaucoup à ce que nous avions imaginé et réalisé à Valence, sourit

Ian Roman
CINQ NATIONS ONT PRÉSENTÉ CE NOUVEL AMERICA’S CUP PARTNERSHIP, EN ESPÉRANT VOIR DE NOUVEAUX ÉQUIPAGES DÈS L’ANNÉE PROCHAINE.

Ernesto Bertarelli. Une Coupe qui prend les intérêts de toutes les équipes en compte et qui permet à chacun d’y trouver sa place. Avec ce partenariat, c’est la fin de l’incertitude entre deux éditions puisque désormais nous avons établi que la Coupe de l’America aura lieu tous les deux ans. Les grandes décisions comme celle du choix du bateau, la modification des règles majeures comme la nationalité des marins, la détermination du lieu de compétition seront prises en concertation avec toutes les parties concernées.»

Cap sur la sécurité

Avec l’assurance charter d’Allianz

no1 desenbateauxassurances Suisse

Allianz Suisse Assurances bateaux

Seilerstrasse 8 | 3011 Berne T 058 358 53 53 | yachting@allianz.ch allianz.ch/bateaux

Réunis sur scène pour célébrer cette avancée majeure dans la gestion du plus vieux trophée sportif du monde, les cinq membres fondateurs ont eu droit à une belle cérémonie maorie. «J’ai senti de très bonnes vibrations lors de cette célébration», admet Ernesto Bertarelli. Un vrai lien entre la tradition et la modernité qui fait entrer la Coupe de l’America dans une nouvelle ère. Celle du sport moderne qui ne souffre pas de l’incertitude et de l’opacité.

Avec l’avènement d’un circuit professionnel et calibré comme le Rolex SailGP, qui a conquis Genève en septembre 2025, la Coupe de l’America ne pouvait pas rester les bras ballants. «Nous regardions tous une statue de Michelangelo, mais chacun selon son propre angle ou point de vue. Et nous avons compris que l’objet que nous chérissons est le même dans le fond. Peu importe comment on l’observe. Cette vision commune nous ouvre des perspectives sportives et commerciales qui vont bien au-delà d’une seule édition. C’est tout cela réuni qui nous a convaincu de revenir dans le jeu après l’édition de Barcelone, qui ne nous a pas autant souri que nous l’imaginions, même si je suis très fier de tout le travail accompli et des progrès d’une nouvelle génération de jeune marins suisses qui en sont ressortis grandis, j’en suis sûr.»

De l’équipe barcelonaise, il n’en restera que quelquesuns. La réouverture aux marins étrangers (deux par équipage de cinq) change la donne. Tudor Team Alinghi est actif sur le marché des meilleurs marins du monde et fera des annonces quant à la composition de ses équipes – sportive, technique et technologiques –, à la fin de mars sans doute. Les premières régates d’entraînement auront lieu en mai, en Sardaigne. Elles se disputeront sur les AC40 qui avaient servi de plateformes d’entraînement et lors des Women et Youth America’s Cup à Barcelone. Ce sera donc l’occasion de découvrir les nouveaux visages de Tudor Team Alinghi en action. En 2027, la Coupe aura lieu avec les mêmes bateaux, les AC75. «Seuls les mâts et les coques seront identiques, précise Nicolas Rolaz, premier équipier engagé et qui était présent à Naples en janvier. Pour le reste, les ingénieurs pourront travailler sur les foils et tout le plan de voilure.»

De quoi repartir du bon pied comme au bon vieux temps de Valence? «C’est tout ce que nous pouvons espérer, admet Ernesto Bertarelli. La Coupe restera la Coupe, même si la façon de l’envisager évolue. Nous serons cinq en 2027, peut-être six (ndlr: l’Australie et les États-Unis sont sur les rangs), sans doute beaucoup plus en 2029. Cette compétition demeure le graal de la voile et à la fin, il n’y aura toujours pas de second!»

PORTÉ PAR ERNESTO BERTARELLI, LE TUDOR TEAM

CONVOITE L’AIGUIÈRE D’ARGENT.

SUISSE PEUT COMPTER SUR UN VIVIER DE JEUNES

COMME NICOLAS ROLAZ.

SALON INTERNATIONAL DU MULTICOQUE LA GRANDE MOTTE 22 -26 AVRIL 2026

COMPLETE

MARINE POWER SOLUTIONS*

MOTEURS DE 10 À 2200 CH

GÉNÉRATEURS DE 5 À 800 KW

EQUIPEMENT SERVICE MONDIAL

MARINE ENGINES SINCE 1952

Lloyd Images
Robin Christol
SODEBO ULTIM 3 EN MODE VOLANT JUSQUE SUR LA LIGNE D’ARRIVÉE MALGRÉ LES STIGMATES DE LA TEMPÊTE INGRID.

Trophée Jules Verne

Un record et des premières

Neuf ans que l’excellent temps de référence (40 j et 23 h) signé par Francis Joyon et ses équipiers autour du monde tenait. Mais pour passer sous ce temps exceptionnel, il faut d’abord finir.

Texte ) François Trégouët

Gitana, Macif, Spindrift et Sodebo, par deux fois déjà, avaient dû abandonner. Mais cette fois Thomas Coville, Benjamin Schwartz, Léonard Legrand, Frédéric Denis, Guillaume Pirouelle, Pierre Leboucher et Nicolas Troussel ont surmonté tous les obstacles. Ils sont partis de la pointe Bretagne dans la foulée d’une Transat Café L’Or réussie (2e), mais avec un foil tout juste réparé et dans la précipitation d’une fenêtre météo exceptionnelle. Elle les propulse à l’équateur en à peine 100 h (4 j et 4 h), un chrono inédit. La descente de l’Atlantique Sud se déroule sans encombres et leur autorise de passer le cap de Bonne-Espérance avec 1’250 MN d’avance. Mais les enchaînements météo sont beaucoup moins bons dans le grand Sud. Loin de surfer devant une dépression comme l’avait fait Francis Joyon, ils doivent multiplier les empannages et plonger vers les latitudes extrêmes, flirter avec les glaces que leur équipe à terre surveille à grands renforts d’images satellitaires.

Au bout, le record

Le potentiel de vitesse de leur Ultim volant leur permet pourtant de rester virtuellement en tête et même de signer de nouveaux temps de référence au cap Leeuwin puis au mythique Horn, même s’ils n’ont plus que 235 MN d’avance à cette dernière marque. Mais ils attaquent le dernier tronçon du parcours avec un bateau à 100% de son potentiel, une gageure quand on file à

près de 30 nds de moyenne avec toujours au moins quatre appendices dans l’eau. À l’équateur, le mince écart n’a pas varié, mais si la tendance est bonne, la pression monte. Car à l’approche de l’arrivée, Ingrid, une redoutable tempête hivernale déboule sur l’Atlantique Nord obligeant Sodebo Ultim 3 à naviguer dans des conditions jamais rencontrées : plus de 45 nds de vent et 10 m de houle. Sans cet ultime obstacle, ils passaient sous les 40 j. Benjamin Schwartz, le stratège du bord, qui a tremblé jusqu’à la ligne d’arrivée en est certain. Mais peu importe, le record est là (40 j, 10 h, 45 min et 50 s) et le pugnace Thomas Coville peut savourer son « bel ouvrage ». Celui d’une magnifique circumnavigation avec à la clé un record et un bateau (presque) intact. Mais aussi celui d’avoir réuni, fédéré et mené un équipage a priori hétérogène sur le papier mais qui a admirablement bien fonctionné.

Un premier temps de référence 100 % féminin

Trouver les financements, le bateau, rassembler 8 équipières de 7 nationalités différentes pour les mener autour du monde sur un multicoque géant, Alexia Barrier a également réussi à le faire. Avec l’expérimentée Dee Caffari comme co-skipper, la Britannique Deborah Blair, la Néerlandaise Annemieke Bes, la Suissesse et Néo-Zélandaise Rebecca Gmür Hornell, l’Espagnole Tamara Echegoyen, l’Américaine et Italienne Molly LaPointe et l’Australienne Stacey Jackson, The Famous Project – CIC ne pouvait pas mieux porter son nom. Elles ont surmonté toutes les difficultés pour, déjà, être sur la ligne de départ le 29 novembre dernier. Mieux, c’est à bord d’Idec, le bateau avec lequel Francis Joyon détenait le record absolu, qu’elles se sont élancées. Parfaitement entraînées mais avec encore une modeste expérience, assumée, des grands multicoques, leur circumnavigation est un exemple à la fois d’audace, de prudence, de résilience et de performance. Même si leur priorité numéro un était de ne pas casser, elles n’ont pas hésité à partir dans un flux prononcé de Nord-Ouest que leur routeur Christian Dumard ne voulait pas manquer. Malgré la casse

SEPT HOMMES EN CONQUÊTE… RÉUSSIE!

prématurée du hook de grand-voile après seulement deux semaines de navigation, des mers du Sud à la hauteur de leur réputation, pour finir dans la tempête Ingrid et sans grand-voile du tout entre les Açores et la ligne d’arrivée. Les nombreuses avaries subies en auraient fait abandonner plus d’un, pas elles! Elles atteignent donc deux de leurs trois objectifs : finir, et établir un excellent temps de référence féminin autour du monde. 57 j, 21 h et 20 min est tout simplement le sixième meilleur chrono de l’histoire du Trophée Jules Verne. L’accueil à Brest et l’hommage unanime, à commencer par celui de Thomas Coville et Benjamin Schwartz sur le ponton à leur arrivée, ont été à la hauteur de l’exploit. Bien qu’à jamais les premières, elles n’ont qu’une envie, c’est d’y retourner pour atteindre leur troisième objectif: emporter le record. Thomas Coville l’a prouvé en battant le record cette année avec le même équipage que sur la tentative avortée de l’an passé; l’expérience cumulée et les liens créés lors des mois d’entraînement et ces 57 jours de mer par l’équipage féminin sont un capital solide pour la suite.

Rebecca Gmür Hornell La Kiwi suisse

Quand on vient de Nouvelle-Zélande, née d’un père kiwi et d’une maman suisseallemande, et que l’on vit en Angleterre, un équipage international, surtout si l’anglais est la langue à bord, n’est pas un problème. Mais c’est surtout grâce à ses qualités de gréeuse, à ses multiples expériences en course au large (Mod70, Fastnet, Admiral’s Cup, Ocean Race Europe avec Alan Roura…) que «Bex» est sortie du lot des 300 candidatures reçues par Alexia Barrier pour embarquer sur «The Famous Project – CIC». Forcément en charge du gréement, mais aussi du drone du bord, à seulement 25 ans, elle réalise déjà un de ses rêves d’enfant et pas le moindre. Elle garde un souvenir particulièrement ému du passage du cap Horn, dans une houle de 3 m et 25 nds de vent, ce qui lui a permis de faire voler le drone autour du célèbre rocher. Ce tour du monde «est la plus grande opportunité qui m'ait jamais été offerte», a-t-elle déclaré à nos confrères du New Zealand Herald . Déjà la Kiwi la plus rapide autour du monde, loin devant le regretté Peter Blake, elle est partie se reposer quelques semaines à Ōpua dans le Northland. Mais elle reviendra vite et ne rêve que de dépasser les trois seuls Suisses qui la devancent encore au chronomètre: Bernard Stamm, Stève et Yvan Ravussin.

Robin Christol
DÉS LE DÉPART, LA PRUDENCE ÉTAIT DE MISE À BORD DE THE FAMOUS PROJECT.
LA JEUNESSE DE REBECCA GMÜR HORNELL ET L’EXPÉRIENCE DE DEE CAFFARI.

Swiss Sailing League Association

Nouveau président, nouveau cap

Un nouveau président et deux nouveaux membres rejoignent le comité directeur de la SSLA. Leur objectif ? Conduire la ligue vers une nouvelle ère en consolidant les acquis et en assurant un développement durable. Dans l’Open Super League, la densité des équipes promet une saison disputée.

Texte ) Walter Rudin

Photos ) Kacper & Gwidon Libera

Quel avenir pour la Swiss Sailing League après Markus Bläsi? Son engagement dépassait largement la fonction d’un simple président. Pendant des années, il a été à la fois l’âme et la force créative de la ligue, multipliant les initiatives et les nouveaux projets. Le changement à la présidence s’inscrit aussi dans un renouvellement générationnel. Son successeur, Fabian Meier, n’a que 30 ans. Ceux qui peinaient à suivre l’activisme de Markus Bläsi seront sans doute rassurés de voir la nouvelle direction mettre l’accent sur la consolidation. Les formats existants, qui ont fait leurs preuves, seront renforcés. «Ce changement à la tête de la SSLA est aussi l’occasion d’apporter de nouvelles impulsions et de faire évoluer les structures existantes», souligne Fabian Meier. Il ne s’agit pas de mettre une personne au premier plan, mais de développer la ligue ensemble, en étroite collaboration avec les clubs et les partenaires. L’objectif est de garantir une organisation stable et professionnelle sur le long terme.

Préoccupations financières

La situation financière de la ligue reste tendue. La saison dernière s’est terminée dans le rouge, avec un déficit de 20’000 francs. Dans la foulée, la SSLA a procédé à une analyse approfondie et

engagé des mesures structurelles et organisationnelles afin de stabiliser la situation. L’approche privilégie des solutions durables conciliant exigence sportive et responsabilité économique. L’évolution des finances continuera d’être suivie de près.

L’arrivée d’un nouveau partenaire principal constituerait bien sûr un soutien financier précieux. «Aucun accord n’a encore été signé, mais des discussions sont en cours avec plusieurs partenaires potentiels», révèle Marlène Rump, membre du comité directeur de la SSLA. Il existe un réel intérêt pour la ligue, mais les entreprises sont actuellement plus réticentes à débloquer des moyens pour le sponsoring. Notre objectif est de conclure un partenariat à long terme qui contribue au développement durable de la voile en Suisse.»

Un concept des «hubs» pour simplifier l’organisation

Cette saison verra la mise en œuvre définitive du concept des hubs. Il permet de regrouper les événements par zone géographique afin de réduire les coûts de transport et la complexité logistique tout en limitant les déplacements des bateaux entre les différents plans d’eau. Une mesure qui répond aux enjeux actuels de protection des milieux aquatiques, notamment en lien avec la moule quagga. L’objectif de ces mesures est d’assurer la pérennité de la ligue par une organisation plus efficace. Le choix des sites repose sur des critères sportifs et organisationnels clairement définis. Les prérequis? Disposer d’un plan d’eau adapté à des compétitions équitables ainsi que d’un club pouvant attester de l’expérience et des infrastructures nécessaires. Une attention particulière sera également portée à la prise en compte de différentes régions et à l’établissement d’un calendrier équilibré.

LES MANCHES COURTES PROMETTENT ENCORE DE BEAUX BRAS DE FER CETTE SAISON.

CREWFIT 165N SPORT

Notre gilet de sauvetage le plus compact

Versoix en favori

La victoire de l’Open Super League 2026 dépendra largement de la composition des équipages. «Si Versoix participe à toutes les épreuves avec son équipe phare, le tenant du titre sera difficile à battre», estime Stefan Seger, champion 2024 avec le Regattaclub Oberhofen (RCO). Au RCO, nous continuons à viser large afin de préserver une activité de régate dynamique au sein du club. En tout, trente de nos navigateurs sont engagés dans les différentes ligues. Nous souhaitons toutefois renforcer la compétitivité de notre équipage en Super League.»

Si Versoix compte parmi les favoris, il ne pourra sans doute pas aligner la même formation dans tous les actes. «Malheureusement, la finale de la SSL coïncide cette année avec celle de la Champions League et l’équipe principale participera très certainement à la seconde», confirme Victor Casas, à la tête de l’équipe. «Bien sûr, défendre notre titre fait partie de nos objectifs. Mais ce que nous voulons avant tout, c’est réaliser de bons résultats en Champions League. L’année dernière, c’était notre seule contreperformance de la saison, et nous sommes déterminés à faire mieux.»

EN 2025, VERSOIX ÉTAIT LA PREMIÈRE ÉQUIPE ROMANDE À REMPORTER LE TITRE.
TOUS SONT DANS LE MÊME BATEAU: LA SSLA EST UNE LIGUE DE NAVIGATEURS POUR LES NAVIGATEURS.

Le niveau des équipages en tête du classement a nettement augmenté ces dernières années, et le RCO n’est pas le seul à viser encore plus haut. Si le Thunersee Yachtclub (TYC), promu cette saison, aligne son équipage olympique autour d’Yves Mermod et de Maja Siegenthaler, il sera certainement un club à battre. Autre formation aux ambitions affirmées, le Segelclub Stäfa (SCStä) compte bien réitérer son succès. Très motivée, sa jeune équipe avait remporté la finale 2025. À la fin, ce sera sans doute la régularité qui fera la différence. Le suspense promet de rester intact, avec des régates serrées et des vainqueurs méritants.

Fabian Meier

«La SSLA est une ligue de navigateurs pour les navigateurs, et c’est cette vision que je défends.»

Fabian Meier préside la Swiss Sailing League depuis le début de l’année. Né en 1996, le Zurichois, installé à Adliswil, incarne une nouvelle génération jeune et dynamique. Il navigue depuis quinze ans au Segelclub Enge (SCE) et possède une solide expérience en tant que directeur de course, juge-arbitre et organisateur d’événements. Au cours des huit dernières années, il a dirigé la section junior du club. Fabian Meier fait également partie de l’équipage du SCE engagé en Super League. Sur le plan professionnel, il travaille comme Product Owner chez Swiss Life. «Depuis l’âge de onze ans, la voile occupe une place centrale dans ma vie et constitue un équilibre essentiel par rapport à mon activité professionnelle», confiet-il. Conscient de la responsabilité qui lui incombe, il ajoute: il s’agit de poursuivre le travail de mon prédécesseur Markus dans la continuité, ce qui ne sera possible qu’avec le soutien des navigateurs et du comité directeur.»

ÉDITORIAL

SAILING

Chères navigatrices, chers navigateurs, Depuis le début de l’année, j’ai le privilège de diriger les affaires de notre fédération. Une mission que j’aborde avec beaucoup de respect et de motivation. Comme souvent lors d’une transition, les premiers mois sont intenses : processus existants, nouveaux rôles et attentes élevées se rencontrent. Il est donc essentiel de fixer des priorités claires et d’avancer ensemble, étape par étape.

Un élément clé pour la suite du développement de la fédération est le poste de responsable Sport et développement, récemment mis au concours. Le processus d’évaluation est en cours et la qualité des candidatures reçues est très élevée, confirmant l’attractivité et l’importance stratégique de cette fonction.

Le nouveau modèle de promotion des fédérations de Swiss Olympic mobilise également notre attention. Les audits à venir représentent une opportunité de questionner et de faire évoluer nos structures.

La fédération est bien positionnée pour répondre aux défis futurs, du sport de masse au sport de performance. Cela est possible grâce à l’engagement de nombreuses personnes, bénévoles comme collaboratrices et collaborateurs, que je remercie sincèrement.

Marco Brunner, directeur général de Swiss Sailing

SOMMAIRE NEWS Focus49

SWISS SAILING TEAM Du ski aux foils50

CLUBS & CLASSES

L’évolution du rôle de jaugeur52

Focus

Marco Brunner à la tête de Swiss Sailing

Marco Brunner a pris ses fonctions de directeur général de Swiss Sailing le 1er janvier 2026. Engagé depuis seize ans dans le sport de performance au sein de Swiss Sailing Team, le zougois connaît en profondeur les mécanismes de la fédération. Son parcours, entre terrain, encadrement et gestion, lui donne une vision transversale du système. Sa mission: assurer le bon fonctionnement de l’ensemble de la fédération, renforcer les liens entre les entités et accompagner les évolutions structurelles.

Rolex renforce le dispositif de haut niveau pour la préparation olympique

Swiss Sailing Team a annoncé le mois dernier le soutien de Rolex comme partenaire principal jusqu’aux Jeux de 2028. Ce partenariat renforce la capacité de l’équipe à opérer au plus haut niveau, à structurer l’encadrement et à soutenir l’émergence de nouveaux talents. Au-delà de l’objectif olympique, il consolide un parcours cohérent de la jeunesse vers l’élite et la professionnalisation de la voile.

Swiss Sailing System – un cadre commun pour la formation

Le Swiss Sailing System est désormais prêt à être déployé dans l’ensemble des clubs suisses. Référence nationale, il permet de certifier le niveau d’une navigatrice ou d’un navigateur, du débutant au compétiteur. Entièrement révisé, il repose sur des critères clairs, actuels et compatibles avec les réalités des clubs, les structures J+S et les standards internationaux. Articulé en cinq échelons indépendants de l’âge et de la classe, il offre un outil lisible pour organiser la formation et valoriser les compétences. Plus d’informations disponibles auprès de votre club!

Gottifredi Maffioli apporte son expertise à Swiss Sailing Team

En voile de haut niveau, la performance repose sur une préparation rigoureuse du bateau et de son gréement. La collaboration entre Swiss Sailing Team, SUI 46°16’ et Gottifredi Maffioli, référence mondiale du cordage qui fête ses 100 ans cette année, renforce l’accompagnement technique des athlètes. Réglages, développement et optimisation sont réalisés en contact étroit avec les équipes, afin d’assurer une préparation fiable et adaptée à chaque classe.

Sailing Energy
Thierry Verhulst
Thierry Verhulst
Nicolas Jutzi

TINE ROSSEL A RAPIDEMENT PRIS SES MARQUES À BORD DU NACRA 17 AUX CÔTÉS D'ANDREA ASCHIERI.

Swiss Sailing Team

Du ski aux foils, le pari de Tine Rossel

Passer des piquets de slalom aux foils d’un Nacra 17 n’est pas un chemin classique vers l’olympisme. C’est pourtant celui qu’a pris Tine Rossel, nouvelle équipière d’Andrea Aschieri, dans un projet de talent transfer structuré par Swiss Sailing Team.

Texte ) Sophia Urban

L’idée naît d’une rencontre. «Christian Scherrer me connaissait bien car nous naviguons dans le même club à St Moritz», raconte Tine Rossel. «Il savait que je faisais du ski à haut niveau et cherchait des équipières, pas forcément très expérimentées en voile, mais très solides physiquement. J’ai hésité. Arrêter le ski n’est pas anodin et je ne voulais pas quitter mon sport pour un projet qui ne serait pas sérieux.»

Au même moment, Andrea Aschieri cherche à relancer son projet olympique. Lors de la Youth America’s Cup 2024 à laquelle il participait, il échange avec Christian Scherrer. «Je sortais d’une collaboration qui s’était arrêtée et je cherchais une nouvelle équipière», explique Andrea. La première navigation a lieu en novembre 2024, en Sicile. Deux semaines d’entraînement puis une régate. «C’était la première fois que je montais sur un bateau à foils», confie Tine. «J’ai adoré la vitesse, mais je n’étais pas très à l’aise au trapèze. C’était intense, un peu impressionnant, mais très amusant. Heureusement, nous n’avons pas eu beaucoup de vent,

ce qui a facilité la prise en main du foiling. À l’issue de la régate, il fallait décider vite à cause de la sélection Swiss Sailing Team à venir. J’ai arrêté à ce moment-là le ski de compétition.»

Issue du ski alpin, passée par les circuits FIS avec un podium à Engelberg, Tine connaît la rigueur du haut niveau. «La ressemblance avec la voile, c’est la vitesse, l’adrénaline et l’entraînement quotidien. Mais la voile demande plus d’endurance. À ski, le travail était explosif et se concentrait sur les jambes et le gainage. Ici, je travaille sur des sessions plus longues avec plus de répétitions.»

À bord, Andrea doit aussi s’adapter. «Je savais que ça allait être un gros apprentissage pour Tine. J’avais déjà trois ans sur le Nacra et me sentais

DR

en confiance avec le bateau. L’objectif était de naviguer en sécurité, d’accumuler des heures et de construire progressivement.»

«Au début, Andrea devait beaucoup prendre le lead, il connaissait tout mieux que moi», confie Tine. «Pour quelqu’un qui vient d’un sport individuel, recevoir des instructions en permanence, c’est étrange. Maintenant, c’est plus équilibré. On communique et on progresse ensemble.»

Hors de l’eau aussi, le duo fonctionne, et passe l’essentiel de son temps ensemble entre camps d’entraînement et régates.

Pour l’encadrement, Victoria Travascio, ancienne équipière de Santiago Lange, a pu être engagée.

Pour Christian Scherrer, ce projet illustre le rôle de la fédération: «Créer des connexions. Ici, tout s’est aligné naturellement. Tine apporte une rigueur, une fraîcheur et un état d’esprit très fort. Ce transfert de talents entre sports a parfaitement fonctionné et démontre tout le potentiel – et l’attractivité – de telles passerelles pour l’avenir.»

La saison 2026 démarre à Palma au printemps. Entre régates internationales et examens de maturité pour Tine, le programme sera dense. Le chemin vers Los Angeles est encore long, mais le pari du ski à la voile est déjà crédible.

Daniel Vonwiller DR
LE DUO ASCHIERI/ROSSEL A CROCHÉ DÈS LEUR RENCONTRE.
TINE ROSSEL PRATIQUAIT LE SKI DE COMPÉTITION AVANT DE SE TOURNER VERS LA VOILE.

Officiels

L’évolution du rôle de jaugeur

Ils sont aujourd’hui un peu plus d’une vingtaine en Suisse. Leur rôle est central mais s’exerce le plus souvent dans l’ombre. Les jaugeurs assurent la conformité du matériel utilisé en régate et garantissent ainsi l’équité sportive. «Sans règles respectées, il n’y a plus de jeu», rappelle Jean-Pierre Marmier, jaugeur incontournable.

Texte ) Sophia Urban

Lorsque Jean-Pierre Marmier débute comme jaugeur officiel en 1961, la jauge est étroitement liée aux chantiers navals. «L’essentiel du travail consistait à contrôler les bateaux à leur sortie de construction, principalement des classes métriques et olympiques.» Cette réalité a disparu avec la production industrielle. «Aujourd’hui, les bateaux sont certifiés à la sortie du chantier, principalement à l’étranger. En Suisse, c’est le contrôle des bateaux anciens, après restauration, qui passionne les jaugeurs.» Jaugeur aux Jeux olympiques de 1988 à 2004, Jean-Pierre Marmier insiste surtout sur la posture du métier. «Le jaugeur n’est pas un policier chargé

d’attraper des tricheurs. Il est là pour aider les compétiteurs à garder leur matériel conforme. Cela demande intégrité, objectivité, discrétion, et une connaissance approfondie des règles.»

Guy-Roland Perrin, jaugeur depuis cinquante ans et spécialiste des classes métriques, a accompagné l’ensemble des mutations techniques. «Nous sommes passés du bois à l’aluminium, puis à la fibre de verre et au carbone. À chaque évolution, il a fallu comprendre de nouvelles structures. Les outils ont suivi. Avant, on travaillait avec un niveau à eau, un fil à plomb et une calculette. Aujourd’hui, on utilise des lasers, des ultrasons et des scanners capables de restituer une coque au millimètre près. Avant, on mesurait les voiles au centimètre. Désormais, c’est au millimètre, parfois en dessous. Le jaugeur doit investir dans du matériel coûteux et maîtriser des outils complexes.»

Ingénieur en mécanique, jaugeur depuis 2013 et récemment élu président des jaugeurs, Yorick Klipfel, également président de l’ACVL, incarne cette transition vers une jauge plus organisée. «La jauge, c’est de la métrologie. Il faut appliquer une méthodologie rigoureuse et parfaitement maîtriser la règle de classe.» La généralisation des monotypes stricts a déplacé le rôle du jaugeur. «Beaucoup de bateaux sont certifiés en sortie d’usine. Notre travail se concentre davantage sur le contrôle, la cohérence et l’accompagnement.»

JEAN-PIERRE MARMIER, JAUGEUR DEPUIS PLUS DE 60 ANS, A FOUILLÉ DANS SES ARCHIVES POUR TROUVER D’ANCIENNES PHOTOS D’ILLUSTRATION.

La Journée des jaugeurs du 7 février a illustré ces enjeux. Dix-huit jaugeurs se sont réunis au chantier Scheurer pour clarifier les accréditations par classe, distribuer les responsabilités et se former ensemble. « Il fallait rattraper plusieurs années d’inertie », souligne Yorick Klipfel. La journée s’est poursuivie autour de la jauge d’un Class A. «Une classe qui paraît simple, mais qui est en réalité très complexe, comme l’Optimist par exemple», affirme le président. Présent lors de cette rencontre, Urs Rothacher, membre du Comité Central de Swiss Sailing, rappelle l’essentiel: «Le métier de jaugeur a profondément changé, mais leur engagement reste indispensable pour garantir des régates justes et crédibles.»

DR
YORICK KLIPFEL IMPLIQUÉ DANS SON RÔLE DE JAUGEUR.

Cohésion

Le motoriste Nanni et le spécialiste des systèmes de propulsion ZF renforcent leur partenariat. L’objectif est d’améliorer encore l’intégration entre motorisation, transmission et systèmes de commande pour des performances et une fiabilité toujours plus élevées. Entre transmissions, systèmes de contrôle et commande moteurs, le fonctionnement doit être parfaitement fluide, les temps de réponse réduits et la facilité de manœuvre accrue. Ce partenariat s’étend à l’entretien et au service après-vente. Pour le futur, les deux entreprises développent de nouvelles solutions de propulsion intelligentes et connectées pour simplifier l’usage.

Texte ) François Trégouët
DR DR

Ultim Volant 2.0

Mis à l’eau le 14 février dernier, le nouveau Maxi Edmond de Rothschild marque une nouvelle étape dans le développement technologique de la classe Ultim. Précurseur du vol en mer avec Gitana 17, l’écurie d’Ariane de Rothschild innove une fois de plus avec son successeur. Si les dimensions, régies par la classe, sont les mêmes (32 m de long, 23 m de large, 36 m de mât), de nouveaux appendices devraient tout changer: foils en Y type America’s Cup sur les flotteurs, dérive pivotante avec aile de raie de 3 m, et safrans en U inédits. Du jamais vu qui va nécessiter un peu de mise au point, mais qui devrait être au départ de la Route du Rhum, le 1er novembre prochain.

Chaud devant

Alors que l’Europe ploie sous les dépressions, de l’autre côté de l’Atlantique, la saison de régates bat son plein sous le soleil et l’alizé. La grande classique RORC Caribbean 600 a bénéficié de conditions idéales pour parcourir les 600 MN autour de onze îles caribéennes au départ et à l’arrivée d’Antigua, via Saint-Martin au nord, les Saintes et la Désirade au sud. C’est le MOD70 Argo de Jason Carroll, avec à bord un certain Sam Goodchild, qui a coupé la ligne en premier après 1 jour et 12 heures en mer, et 4 minutes seulement devant le Final Final - Zoulou de Jon Desmond ! En monocoque, le Black Jack 100 de Remon Vos l’emporte en temps réel devant Leopard 3 après 1 jour et 20 heures de course.

6e édition pour le TF35 Trophy

La saison 2026 du TF35 Trophy s’annonce intense et engagée. Sept équipages affûtés s’affronteront sur cinq Grands Prix et deux courses longue distance. Le championnat débutera avec le Grand Prix de Nyon (15-17 mai), puis se poursuivra avec le Grand Prix de Mies (29-31 mai), avant les classiques lémaniques: la Genève–Rolle–Genève (30 mai) et le Bol d’Or du Léman (6 juin). Après une trêve estivale, la flotte disputera le Grand Prix du Mailly (2730 août), puis le Grand Prix de Versoix (11-13 septembre), avant de conclure la saison avec le Grand Prix de Genève (2-4 octobre). Dans une série particulièrement homogène, portée par un niveau sportif élevé, le championnat promet un suspense permanent, où chaque manche pourra faire basculer le classement.

M2 Speed Tour

Élan féminin

Le circuit de catamarans de 28 pieds lancé il y a tout juste vingt ans est plus dynamique que jamais. Ce monotype à la fois simple et sportif est capable de filer à 6 nds par 3 nds de vent, qui dit mieux? Le M2 Speed Tour 2026, qui se partage entre le Léman et le lac de Thoune, s’annonce toujours aussi disputé avec plusieurs nouveautés remarquables. Pour la première fois notamment, trois Grands Prix (sur sept l’an passé) auront lieu sur le Haut-Lac cette saison. Mais surtout le circuit accueille pour la première fois un équipage 100% féminin. L’équipe M2 Coaching+ intègre, en effet, un deuxième bateau qui sera mené par un équipage constitué de Charlotte Lerch, une habituée du circuit, Aurélie Guignard, Flavia Tunik, Léonie Baudet, Salomé Mayor et Charlotte Siret.

Un an après être devenu le premier skipper suisse alémanique à boucler le Vendée Globe, Oliver Heer a lancé sa campagne pour l’édition 2028. Après la découverte, place à la performance pure avec l’acquisition de l’IMOCA à foils Teamwork – Team SNEF Justine Mettraux avait brillamment mené à la septième place du tour du monde 2024 ce plan VPLP, lancé en 2018 et constamment optimisé depuis. Ce projet, baptisé «Embrace The Challenge», ambitieux et structuré, réunira plusieurs partenaires, dont le groupe Bossard et Burgerstein Vitamine. La première échéance sportive du nouveau duo est fixée au 1er septembre pour le départ à New York de The Ocean Race Atlantic.

Après le sacre 2025 de Sails of Change 8 de Yann Guichard, qui s’imposera en 2026?
Texte ) Olivier Evain & François Trégouët

DÉCOUVREZ UNE ÉDUCATION SUR MESURE

Au Collège du Léman, nous donnons la priorité au potentiel unique de chaque enfant. Notre école inclusive, pour les 2-18 ans, propose des programmes sur mesure en anglais, en français et bilingues, ainsi que cinq diplômes internationaux, favorisant l’épanouissement de leurs talents et ambitions.

Contactez admissions@cdl.ch Pour i i

Léman hope: l’été prochain, pagayez pour une bonne cause

Depuis plusieurs années, Léman hope offre à des jeunes en rémission du cancer des croisières thérapeutiques sur le Léman. À bord, loin du cadre médical, ils respirent, partagent et se reconstruisent. Après une année 2025 marquée par un formidable élan collectif, cap sur 2026. Swim4Lémanhope cherche des paddlers du 23 au 26 juin, de Genève à Villeneuve, pour sécuriser les nageurs et permettre la manifestation. Envie de pagayer utilement en soutenant une belle cause? Rejoignez l’élan solidaire!

ROMANDES

Save the (new) date!

Agenda politique international oblige, avec la tenue mi-juin du G7 à Évian et le dispositif de sécurité que cela implique comme notamment l’interdiction de navigation sur une très large zone autour de la ville hôte, le Bol d’Or du Léman est exceptionnellement avancé d’une semaine, et donc logiquement la Genève-Rolle-Genève également. À vos agendas, afin de ne pas rater ces deux grands rendez-vous lémaniques:

- Genève-Rolle-Genève: du 29 au 31 mai

- Bol d’Or du Léman: du 5 au 7 juin

Les 6mJI, plus que centenaires mais bien vivants!

Nés en 1907 sous l’égide de la Jauge Internationale, les 6mJI ont brillé aux Jeux olympiques jusqu’en 1952 et inspiré les 12mJI de l’America’s Cup. Après un long passage à vide, la flotte romande renaît en 2021 avec le Challenge Lémanique et attire depuis jeunes et passionnés. Point d’orgue cet été, le championnat d’Europe des 6mJI, précédé du championnat suisse, tous organisés par la SNG et dont les organisateurs misent sur près de cinquante équipages. Scindés en deux catégories Classic et Open, ils s’affronteront du 13 au 24 juillet, offrant des régates élégantes et intensément disputées. À suivre, donc!

Le phare Ylliam offre aux marins un temps d’avance

Inauguré il y a presque un an, le nouveau phare

Ylliam n’est pas passé inaperçu auprès des nombreux participants de l’édition 2025 du Bol d’Or du Léman, entre autres. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il est équipé d’une caméra à 360° offrant une vue panoramique en temps réel sur la rade. Accessible via le site internet du club, l’image permet d’observer instantanément les conditions météo. Complétée par des données météorologiques, elle aide les navigateurs à anticiper et à préparer au mieux leur sortie!

ROMANDES

Embarquez pour l’édition 2026 de Nautic Concept Expo, du 4 au 6 septembre à Mies.

Installé entre la plage et le port de Mies-Tannay, dans un cadre naturel privilégié, ce salon nautique à flot a attiré 2’500 visiteurs en 2025 lors de sa première édition. Fort de ce succès, l’événement revient en 2026 avec quarante exposants et une trentaine de bateaux à flot, et l’ambition d’inscrire durablement ce rendez-vous sur le Léman.

Le salon ouvrira le vendredi matin exclusivement aux professionnels, puis au grand public dès 14 h, avec un programme varié pour exposants, partenaires et visiteurs jusqu’au dimanche soir. Trois jours d’expériences et d’échanges passionnants en perspective!

Un refit qui n’est pas que cosmétique

Chantier hivernal conséquent pour le Psaros 40 Cellmen. Mené par François Thorens, son propriétaire, et avec le soutien de son sponsor Cellcosmet, ce n’est pas moins de 2’000 heures de travail effectuées par ses équipiers et luimême qui sont en cours avec une modification importante de la carène pour obtenir 25% de couple de redressement supplémentaire. Ce printemps marque l’aboutissement d’un projet mené sur deux ans, incluant notamment l’installation d’un étai avancé sur le bout-dehors, à l’instar des Psaros 33, afin d’atteindre la limite de jauge, notamment en vue du Bol d’Or. Réaliste, son skipper ne pense pas pour autant arriver au niveau de performance des Libera ou de K2 sur le Bol, mais vise un gain de performance intéressant pour toute sa saison, et surtout sur les courses en solitaire.

Entraînements d’hiver ACVL ACVL Winter Academy

C’est traditionnellement après le camp multi-séries d’automne que l’ACVL embraye sur les camps «Performance» de novembre à février pour les séries Optimist, ILCA et 29er.

Chaque série a son programme indépendant qui se compose de 5 ou 6 week-ends de 3 jours –ce qui n’entraîne qu’un seul jour de congé à l’école par week-end –, et qui se termine par une régate d’importance pour valider les acquis de l’hiver. Les intervenants sont des entraîneurs des clubs participant aux sessions hivernales et l’ACVL fait aussi intervenir des coaches spécialisés dans les séries respectives afin de pouvoir donner un autre point de vue à nos juniors. Hyères est devenue, de fait, la base hivernale de l’ACVL depuis quelques années car, tant au niveau des températures que des conditions de vent, ce plan d’eau nous permet de naviguer tout l’hiver… même par fort Mistral, la baie offre toujours des zones plus protégées.

En outre, nous sommes vraiment très bien accueillis par la base nautique municipale et le club du COYCH, ce qui nous permet d’alléger considérablement la logistique en laissant tout notre matériel sur place. Toujours pour simplifier les choses et donc les coûts, nous mutualisons les transports et les logements, organisés par l’ACVL, et ce, sous la houlette de quelques parents «Team Leader», qui se déplacent à tour de rôle pour gérer l’équipe sur place.

Cet hiver, ce sont les Optimist qui ont été particulièrement actifs avec des week-ends avec plus de vingt navigateurs, au point que certains clubs avoisinants venaient rejoindre l’ACVL pour

ces entraînements. Les Optimist terminent maintenant les entraînements d’hiver avec le «International Palamos Optimist Trophy», en Espagne. Les ILCA restent une valeur sûre puisqu’une quinzaine de navigateurs se sont relayés à Hyères cet hiver et vont clôturer les choses avec le Championnat de Méditerranée, toujours à Hyères. De plus, de nouvelles têtes en ILCA 4 sont apparues, ce qui est signe de pérennité pour la série. Quant aux 29er, ils ont été jusqu’à six équipages incluant même la Région 2 à profiter de ce magnifique plan d’eau. Vivement l’hiver prochain!

Les conseils de François Enzler Morbihan: l’ultime terrain d’apprentissage

Dans un précédent numéro, Anne Fabre nous contait avec justesse la beauté sauvage du Morbihan. Si le décor est sublime, il est aussi le laboratoire le plus complet pour forger un marin. Entre le golfe et les îles du large, François Enzler a choisi son camp: celui de l’excellence pédagogique par l’expérience.

Un simulateur naturel sans équivalent

Pourquoi cette zone? Parce qu’elle permet un apprentissage immersif rare: sortir de sa zone de confort dans un cadre à la fois sécurisé et stimulant. C’est ce qu’offre le Morbihan de manière quasi unique: un environnement qui demande de la vigilance, mais qui récompense l’intelligence de situation et le sens marin. Le lieu permet vraiment d’optimiser la semaine pour une montée en puissance des compétences de commandant de bord.

Le Passage Plan ou Plan de Navigation: le cœur de l’autonomie À mon humble avis, le bon sens marin s’acquiert avec le temps en pratiquant systématiquement une bonne préparation à chaque sortie. Ceci est particulièrement vrai dans le Morbihan où un manque de préparation peut, au mieux, rendre un équipage grincheux pour cause de retard à l’apéro, ou au pire, transformer la croisière en galère.

Les quatre phases du Passage Plan:

Évaluation: elle commence quelques jours ou semaines avant, par la recherche des cartes et documents nécessaires. On y mesure les distances, les ports de replis possibles, on prend connaissance des marées, des courants (connus d’avance), des fréquences VHF utiles, du trafic, des dangers, des phares et balises des AVURNAV (Avis urgents aux navigateurs). On se familiarise avec le lieu. Prendre son temps et demander des avis aux locaux est indispensable pour cette phase.

Planification: à la date de départ choisie, on a une idée de la météo donc, selon son navire, on peut tracer une route envisageable (par waypoints sur la carte) en fonction des vents et une heure de départ. On déroule le plan théoriquement à une vitesse réaliste. On prévoit des ports de replis (plan B ou C). On vérifie l’effet des courants et l’incidence des hauteurs de marée à chaque point critique à l’heure estimée de passage.

Exécution: on écrit le plan (selon les règles Solas V-Safety of Life at Sea), on briefe l’équipage et on largue les amarres à l’heure prévue.

Monitoring: pendant l’exécution, on tient un log de sa position, de son cap, de sa vitesse, des bascules de vent de la météo, afin de s’assurer que l’on reste dans les marges de sécurité prévues, pour soit terminer le plan, soit engager un plan B. Le baromètre, la VHF, le speedo/loch, le compas sont des outils à ne pas négliger pour naviguer en bon marin.

De la barre aux commandes

Anticiper, décider et briefer : le skipper ne se trouve plus à la barre ; il prend les commandes de son navire et de son équipage et devient le garant du bien-être à bord. Un bon passage plan lui permet d’entrer dans le golfe du Morbihan, avec la marée, et à temps pour prendre une bouée de jour, devant chez son ostréiculteur favori.

Préparez vos cirés

Rejoignez-nous du 2 au 10 mai sur un Pogo 36 pour une expérience immersive: la Croisière/ Formation et Régate: «Le Tour de Belle-Île». Contactez-moi par mail francois@staycoolandsail.com ou au 076 483 24 48 – CHF 250.- de rabais pour les lecteurs Skippers – CODE à donner

TBISKI2026

François Enzler - RYA Yachtmaster

Offshore et InstructeurMaster 200 GT et Cap 200 Suisse et britannique d’origine, un pied sur la montagne et un pied dans l’océan. J’ai fait « mes classes de mer » en Angleterre et en Bretagne dans des écoles professionnelles réputées. Ma passion est de transmettre ce que je sais, tout en apprenant grâce aux rencontres à bord, l’humilité étant le premier bon sens marin. Stay Cool & Sail est un pont qui vous accompagne des lacs à l’océan, à votre rythme, avec les outils et le fun à bord.

À CHAQUE DÉPART DE GRANDE COURSE AU LARGE, ILS SONT DES DIZAINES À S’ÉLANCER SUR L’EAU… ET DES CENTAINES DE MILLIERS À PRENDRE LE DÉPART, EN LIGNE, SUR VIRTUAL REGATTA.

CERTAINS SIMULATEURS VOUS PERMETTENT DE PARTIR POUR UN TOUR DU MONDE EN CROISIÈRE EN CONDITIONS RÉELLES.

eSailing

Les jeux vidéo peuvent-ils améliorer notre technique en voile?

Entre smartphones, applications météo, connexions haut débit et interfaces numériques embarquées, la technologie a profondément transformé le quotidien des marins. Mais, jusqu’à présent, seuls l’entraînement et la pratique permettaient de progresser en navigation. Aujourd’hui, l’arrivée de jeux vidéo plus vrais que nature et de simulateurs de plus en plus perfectionnés changent la donne…

Le «jumeau numérique» au service de la performance

Longtemps cantonné au divertissement des jours sans vent ou aux longues soirées d’hiver, le jeu vidéo nautique a changé de dimension. Les simulateurs actuels affichent un niveau de précision et de réalisme inédits. Les régatiers du Léman, les adeptes de croisière côtière comme les skippers professionnels en préparation d’un Vendée Globe y voient désormais un véritable outil d’entraînement complémentaire. Année après année, la frontière entre le salon et le cockpit s’estompe, rapprochant toujours davantage le virtuel des réalités du large.

S’il est un acteur qui incarne cette évolution, c’est sans conteste Virtual Regatta. Créé en 2006 par Philippe Guigné, marin passionné de jeux vidéo, le programme connaît un succès immédiat. Lors de la 8e édition d’une célèbre transatlantique, plus de 50’000 joueurs prennent le départ simultanément aux côtés des soixante-quatorze marins engagés. En 2008, 350’000 participants virtuels s’élancent sur le Vendée Globe. En 2020, ils sont 1 million à tenter le tour du monde par les 3 caps, dont près de la moitié franchira la ligne d’arrivée.

Le succès tient à la crédibilité des paramètres: gestion météo, choix stratégiques, réglages. Le skipper virtuel s’immerge pendant plus de deux mois dans une aventure exigeante. Lors de la dernière édition du Vendée Globe, Alexia Barrier, 24e en 2020 et détentrice, depuis début 2026, du temps de référence en équipage féminin

Joaquin L.M. Delacey
Felix Diemer
Joaquin L.M. Delacey

sur un trimaran Ultim autour du monde, a pris le départ sur Virtual Regatta, faute de budget pour courir en réel. Elle y a testé des options qu’elle n’aurait jamais osé tenter à bord d’un IMOCA. Pour autant, la progression en voile pure ne passe pas nécessairement par ce format offshore. Thomas Gauthier, directeur général adjoint de Virtual Regatta, souligne que la version Inshore est plus pertinente pour l’apprentissage technique: «il s’agit vraiment de régater face à des concurrents qui sont sur le même plan d’eau en temps réel. C’est le jeu officiel du eSailing World Championship, et plusieurs fédérations de voile, dont la Suisse, entraînent ses jeunes avec ce simulateur. Pour tirer son épingle du jeu, il faut avant tout être déjà un fin régatier…»

L’expérience réelle nourrit le virtuel, et inversement «Tipapachéri» nous le confirme : «le fait d’avoir beaucoup navigué en réel m’a énormément aidé dans la voile virtuelle.» Et le Suisse, actuel 5e au

classement mondial sur Virtual Regatta et habitué des régates en Grand Surprise poursuit: «mais l’inverse est vrai aussi: la voile virtuelle m’a notamment permis de me perfectionner dans l’analyse de la météo, dans la gestion des polaires et de la VMG, et dans la gestion des manœuvres, sachant que, comme en réel, chaque virement ou changement de voile engendre une pénalité et une diminution de l’énergie du skipper.» D’autres jeux donnent la possibilité de se glisser dans la peau d’un skipper au large ou d’un fin régatier. Sailaway (PC/Mac) est un simulateur qui se distingue par son réalisme visuel et notamment sa modélisation de la mer dont le rendu est incroyable. Un jeu conçu pour naviguer loin et longtemps, comme dans la vraie vie. eSail Sailing Simulator (PC/Mac) propose, quant à lui, une véritable école de voile numérique. C’est sans doute l’outil le plus pédagogique. Il couvre tout, du virement de bord à la lecture de cartes marines avec compas et rapporteur. Un excellent moyen pour les néophytes de comprendre les allures et les manœuvres avant de monter à bord. MarineVerse Sailing Club propose, de son côté, une immersion totale grâce à l’utilisation d’un casque de réalité virtuelle. C’est vraiment l’expérience la plus physique. On borde les écoutes, barre à la main: on s’y croirait. Les sensations de gîte et de vitesse sont saisissantes, offrant un ressenti très proche de la voile légère. Idem avec Motorboat Simulator, lui aussi bluffant de réalisme avec le casque VR. On peut également citer les jeux AC Sailing sur PC et console ou Hydrofoil Generation (PC).

DANS L’UNIVERS DU JEU VIDÉO, LA VOILE LÉGÈRE A AUSSI SA PLACE, QUE CE SOIT POUR S’AMUSER, APPRENDRE LES RÈGLES DE RÉGATE OU PROGRESSER…

Avec ou sans équipage

Formules all-inclusive

Flotte de 38 à 78 Pieds

/ /

AQUILA
LAGOON EXCESS
MarineVerse

Quand certains pros naviguent plus en virtuel qu’en réel…

Pour les marins professionnels, la simulation n’est plus un jeu. C’est un outil indispensable!

Arno de Planta du Team suisse SailGP est particulièrement explicite: «Les heures que nous passons à naviguer sont limitées. Mais comme le bateau ne dispose que d’une seule écoute pour régler l’aile et que toutes les autres manœuvres s’effectuent à l’aide de boutons, pédales et joysticks, le potentiel pour naviguer en virtuel est exceptionnel!»

Certains de ces simulateurs sont montés sur vérins hydrauliques et permettent de recréer les mouvements du bateau, la gîte et les accélérations brutales des foilers. Attention toutefois de ne pas croire qu’il suffit de quelques heures sur un simulateur pour devenir un champion. Arno de Planta confirme: «à ce stade, le simulateur n’est pas suffisamment développé pour remplacer la qualité de navigation dans le monde réel. Les algorithmes qui modélisent la mécanique

des fluides – (eau et air/vent) – et l’intègrent à la physique du F50 se rapprochent de plus en plus de la réalité. Toutefois, l’écart de précision reste encore légèrement trop important pour nous permettre d’améliorer concrètement les performances des membres de l’équipe.» Mais, poursuit-il: «de semaine en semaine, le simulateur évolue… et il est déjà capable d’offrir tout ce que recherche un régatier: se divertir, apprendre les spécificités de son bateau, puis se mesurer à d’autres compétiteurs...»

Sailaway Sailaway
BIENVENUE À BORD DU CULTISSIME PEN DUICK POUR UNE NAVIGATION
QUE VOUS N’OUBLIEREZ JAMAIS !
À VOUS DE CHOISIR LE BATEAU DE VOS RÊVES POUR LA NAVIGATION DU JOUR: ICI, LES TRIMARANS ULTIM SONT DE SORTIE.

Fendertex Pare-battages – Antichoc

Sur les pontons, la protection de la coque contre les chocs d’accostage reste essentielle pour la durabilité du bateau. La gamme de pare-battages de Fendertex se distingue par sa structure textile résistante aux impacts et aux frottements. Sa technologie souple absorbe l’énergie de contact tout en limitant les marques sur le gelcoat et en conservant une excellente longévité. Un large choix à retrouver sur seaviewprogress.com

Hermès – H08 Squelette

La collection H08 incarne le sport chic d’Hermès par excellence, et se décline pour la première fois en titane à tous les niveaux: boîtier, cadran et calibre squelettisé, le tout étanche à 100 m. Très légère et agréable à porter, elle l’est tout autant à admirer au-dessus des flots avec ses chiffres sculptés dans des blocs en SuperLuminova bleu, assortis à son bracelet en caoutchouc. À découvrir sur hermes.com

De nouveaux horizons

Bang & Olufsen Beosound A1 – Le bon son À bord comme au mouillage, une ambiance sonore de qualité prolonge le plaisir de naviguer. La Bang & Olufsen Beosound A1 3rd Generation offre un son puissant dans un format compact en aluminium perlé. Certifiée IP67, elle résiste aux embruns et à la poussière. Son autonomie généreuse et sa connexion Bluetooth stable en font une alliée idéale pour les escapades nautiques. Choisissez votre couleur sur bang-olufsen.com

Texte ) Julien Beauchot

Tudor – Pelagos Ultra

Ce garde-temps ultra offre une précision chronométrique élevée grâce à son mouvement automatique manufacture et sa réserve de marche étendue. Le boîtier en titane grade 5 garantit légèreté, rigidité structurelle et forte résistance à la corrosion marine. La lunette en céramique unidirectionnelle gravée autorise des calculs temporels fiables en conditions difficiles. Le cadran haute lisibilité optimise l’identification des index luminescents et de la trotteuse centrale. Étanche en profondeur, ce modèle associe endurance mécanique, performance technique et fiabilité nautique. Une nouveauté à s’offrir sur tudorwatch.com

Topomarine Jumelles Amiral FX –

Bien vu

En navigation, la vision précise des repères lointains améliore la sécurité et le plaisir de voile sur les lacs suisses. Les jumelles de Topomarine offrent un grossissement 7x50 stable et lumineux, idéal pour suivre les balises ou le trafic nautique. Leur étanchéité protège contre les embruns et l’humidité, tandis que l’optique performante assure un confort visuel au crépuscule. Un accessoire fiable pour les navigateurs exigeants. Retrouvez-les chez bucher-walt.ch

Crewsaver Gilet Crewfit – Sérénité à bord

En navigation sportive, la flottabilité 165N garantit un redressement rapide du navigateur en cas de chute. Le gilet de Crewsaver intègre un harnais robuste compatible avec la ligne de vie. Sa mousse interne assure une distribution homogène de la poussée, tandis que sa coupe ergonomique limite la traînée hydrodynamique en régate comme en croisière rapide. À découvrir sur bucher-walt.ch

Zhik Hiking X Boot – Chaussure à son pied

Sur les surfaces humides, l’adhérence du pied garantit stabilité et précision du mouvement. La botte de Zhik Hiking X Boot combine semelle haute friction et structure latérale renforcée pour limiter la torsion sous charge. Sa tige technique réduit l’infiltration d’eau tout en maintenant une bonne respirabilité lors de longues utilisations. À retrouver sur frisch-onlineshop.de

Sommaire

Carnet Spécial

Le mot du Président71

Interview de Justine Mettraux72

Naissance d’un mythe76

Le Surprise en chiffres79

Sur les lacs romands80

Du côté de la Suisse alémanique et du Tessin84

Interview de François Séchaud88

Au cœur des 5 Jours du Léman92

L’armada du Bol d’Or96

La concurrence des voileries100

Le Surprise forme les régatiers103

Un bateau toujours d’actualité104

Témoignages106

Rencontre avec René Mermoud110

Les champions suisses113

On part en croisière?114

Les festivités du cinquantenaire117

Édito

Le Surprise fête ses cinquante ans

En 2026, l’Aspro offre un guide

Skippers spécial, des régates magiques et des croisières.

Au moment où j’écris ces lignes, la saison de voile 2026 n’a pas encore démarré. Nos chers Surprise sont, pour la plupart, encore en hivernage. Le moment est venu de préparer la saison avec l’équipage, de discuter des travaux à faire avec le chantier ou de réfléchir à la commande d’une nouvelle voile. Les camarades de club nous prennent pour des fous: «Tant d’efforts pour ce vieux rafiot!» Il est vrai que, cette année, notre Surprise a 50 ans! Mais malgré cela, à chaque Bol, on entend ces mêmes copains en Toucan ou Grand Surprise répéter les mêmes choses: comment faitesvous pour être toujours à nos trousses jusqu’au retour dans le Petit-Lac? Je leur réponds que «depuis 50 ans, nous avons appris à le faire marcher». Cette année, pour marquer le coup, le Surprise sera mis à l’honneur. À commencer par cette édition spéciale du magazine Skippers. Non seulement pour évoquer l’histoire du bateau, des surprisistes légendaires, de son actualité, mais également de sa fonction initiale. En effet, à l’origine, le Surprise est un bateau de «pêche-promenade». Il a été dessiné pour

passer le week-end en famille à Port Ripaille avec les vélos pliables dans un des coffres arrière. Mais l’année anniversaire 2026 annonce d’autres plaisirs que ma fonction de président m’autorise à dévoiler: à commencer par le Bol d’Or du Léman où le Surprise sera mis sur un piédestal. Il s’ensuivra une fête de jubilé avec une grande parade à Rolle. Enfin, et en guise de clôture, le championnat suisse à Brunnen et son plan d’eau magique, puis le championnat d’Europe de Saint-Raphaël suivi d’une croisière en Méditerranée: un programme réjouissant!

Daniel Bouwmeester

Président de l’Aspro Surprise

Interview

Justine Mettraux a fait ses gammes en Surprise

Femme marin de l’année aux Rolex World Sailing Awards et troisième aux IMOCA Globe Séries 2025, la meilleure coureuse suisse au large a débuté sur les Surprise du Léman. La skipper de TeamWork-Team SNEF a sillonné les championnats suisses et européens pendant dix ans, sous les couleurs du CER. Témoignage.

Propos recueillis par Pierre-Antoine Preti

Te souviens-tu de la première fois que tu es montée à bord d’un Surprise?

Je ne m’en souviens pas précisément mais c’était probablement au Centre d’Entraînement à la Régate (CER). À l’époque, le CER disposait de trois Surprise et du Farr 30 du Tour de France à la voile. Sur le Léman, nous naviguions principalement sur des Surprise tant que l’on était en phase de progression. C’est vraiment avec les entraîneurs de l’époque, emmenés par l’administrateur Julien di Biase et Bastien Clément, que j’ai commencé à régater.

Pendant combien de temps as-tu navigué en Surprise?

J’ai navigué une dizaine d’années avec le CER. C’était principalement en Surprise dans les différents championnats suisses et européens.

J’ai participé à la Translémanique en Solitaire à de multiples reprises. C’est la première fois que j’ai pu naviguer plusieurs jours d’affilée.

J’ai concouru quatre ou cinq fois aux 5 Jours du

Léman. En Suisse, cette compétition a déclenché beaucoup de vocations de coureurs au large.

J’en fais clairement partie.

Quel était ton plan d’eau préféré?

J’avais du plaisir à aller faire les championnats suisses au Tessin, à Lugano. Ça nous changeait.

C’était des plans d’eau stratégiques et c’était un chouette endroit pour aller faire des régates.

Que penses-tu de ce bateau?

C’est un super bateau école. C’est aussi un voilier très représenté sur nos lacs. Le niveau sportif est intéressant et la monotypie dynamique. C’est agréable d’aller faire des championnats ou de participer au Bol d’Or du Léman en Surprise parce qu’on sait que l’on aura plein de concurrents de bon niveau.

Tu as parlé de bateau école? Tu as toi-même enseigné la croisière, la régate et tu disposes d’une solide formation pédagogique. Est-ce que tu penses que le Surprise est une bonne plateforme d’apprentissage?

Oui, complètement. C’est un bateau simple à faire marcher. C’est sympa de naviguer dessus à quatre ou cinq. Cela demande aussi pas

«Ce bateau m’a permis un solide apprentissage des bases.»

«LE SURPRISE M’A PERMIS DE FAIRE MES PREMIÈRES EXPÉRIENCES AU LONG COURS. MON ENVIE D’ALLER PLUS LOIN EST VRAISEMBLABLEMENT NÉE ICI.»

de coordination d’équipage. C’est un super support pour progresser en petit habitable. Les utilisateurs ne s’y sont pas trompés. Ce bateau a été utilisé au CER, au CUST et dans bien d’autres structures lacustres. Tous ces critères le rendent vraiment intéressant dans le cadre d’une école de régate.

C’est toujours, selon toi, un bateau actuel?

Aujourd’hui, je ne saurais plus dire. Ça fait un peu longtemps que je n’ai pas navigué dessus (rires) mais on voit qu’il y a toujours énormément de participants au Bol d’Or. Il y a donc manifestement de l’intérêt à naviguer sur ce voilier.

Au-delà du bateau, la communauté des surprisistes a toujours regroupé les meilleurs marins suisses…

En ce qui me concerne, je ne l’ai pas fait pour appartenir à une communauté, mais c’est vrai qu’à l’époque, les championnats suisses voyaient revenir beaucoup de très bons marins.

Que te reste-t-il, aujourd’hui, de cette expérience de surprisiste?

J’en retiens un solide apprentissage des bases qui permet de faire marcher un bateau: c’est sur un Surprise que j’ai appris les premiers réflexes de la compétition et de la régate, les premiers automatismes de navigation en équipage. Il est clair qu’entre mon apprentissage en Surprise et la navigation actuelle en IMOCA, j’ai navigué sur beaucoup d’autres types de bateaux. Mais le Surprise m’a permis de faire mes premières expériences au long cours. Mon envie d’aller plus loin est vraisemblablement née ici.

Dix questions «Surprise»

Quel est ton poste préféré? Régleuse de voile d’avant.

Ta manœuvre préférée?

Les envois de spi au vent.

Ta force de vent préférée?

10 à 15 nds.

Quel est ton pire souvenir en Surprise?

Je n’ai pas de pire souvenir.

Et quels sont les meilleurs?

J’ai des bons souvenirs de championnats, avec des jolies performances à la clé. Des bons souvenirs également des gens du CER avec qui j’ai eu du plaisir à naviguer. Ce sont des images que je garde en tête.

Ton parcours préféré?

Le tour du Léman.

Ta régate préférée?

Les 5 Jours du Léman.

Ton équipage idéal?

J’ai beaucoup navigué avec Lucien Cujean et Julien Monnier. Ils feraient donc partie de mon équipage idéal.

Quelle est ta stratégie de départ préférée?

Ce n’est pas moi qui barrais et j’aurais bien de la peine à répondre à cette question.

Ton Surprise préféré?

Les Surprise du CER.

Yves Ryncki
LE NUMÉRO 0001 TIRE SES PREMIERS BORDS DANS LE PERTUIS ROCHELAIS.

Genèse

LE 500e EXEMPLAIRE SUR SA REMORQUE, DEVANT LE CHANTIER ARCHAMBAULT EN 1991.

1976: la naissance d’un mythe

La création de ce « dayboat rapide » est le fruit d’une jolie rencontre. Celle du crayon de Michel Joubert et du chantier de Jean Archambault.

Texte ) François Trégouët Photos ) Yves Ronzier

C’est l’histoire d’une rencontre qui donnera naissance à l’un des voiliers les plus vendus de l’histoire de la plaisance moderne. Dans les années 1970, l’architecture navale vit sous l’influence de la jauge IOR. Pourtant, en 1973, Michel Joubert, jeune trentenaire à l’esprit libre et créatif, dessine un bateau de 10 m, léger et planant au nom évocateur: Subversion. Apôtre de la démocratisation de la voile, il imagine très vite une version plus petite. «Il avait dessiné ce bateau sans commande et l’avait proposé à Gibert Marine puis à Jeanneau qui l’ont décliné», se souvient son collaborateur et ami, le photographe Yves Ronzier.

C’est à Dangé-Saint-Romain, entre Tours et Poitiers, qu’il va trouver une oreille attentive. Jean Archambault y a installé son chantier naval en 1964 et il excelle notamment dans la production de moules pour Beneteau, Jeanneau, Kirié, Wauquiez… Il construit également un petit croiseur de 6 m, le Bagheera, et aimerait bien proposer un modèle plus grand, aux formes plus modernes. En revanche, il ne voulait pas entendre parler des régatiers qui souhaitent tous un bateau différent. En 1975, Bernard Imbert, fournisseur de résine de profession, lui présente Michel Joubert et ce dernier lui «vend» son projet de 7,65 m comme un «dayboat rapide». Entre les deux, le courant passe tout de suite, et ils s’accordent sur ce compromis sémantique.

Yves Ronzier se remémore: «Le Surprise était un bateau léger, jusque dans son gréement 7/8°, avec des lignes assez porteuses, pour démarrer rapidement au portant. L’esprit du Surprise, c’est un bateau simple, pas trop cher, qui permet d’aller relativement vite sans dépenser des fortunes.» Il était en effet 30% moins cher que son concurrent direct, l’américain J/24. Mais Michel Joubert, «un homme profondément gentil, qui avait le sens des autres», aime à se souvenir Yves Ronzier, était aussi un personnage, et la livraison des plans parfois épique. « Une fois, Michel était ravi parce qu’il avait fini le plan du safran. Il l’a donné à M. Archambault a dit: "Super, je vais l’afficher dans mon bureau." Michel Joubert a avoué être un peu

surpris qu’il ne l’ait pas donné à la production et Jean Archambault de lui répondre: "On l’a déjà produit, mais sans le plan, puisqu’on ne l’avait pas!"». Le premier bateau, nommé Archambault 7.65, a été lancé en décembre 1976. Âgé de 16 ans et encore lycéen à l’époque, Emmanuel Archambault reprendra en 1991 les rênes du chantier aux côtés de son frère jumeau Jean-Jacques. Mais il se souvient parfaitement être venu en train à La Rochelle ce samedi matin-là pour une première sortie qui s’avèrera mémorable. En effet, à la voile faute de moyens pour un moteur hors-bord, ils se trouvent envasés à marée descendante à la sortie du port. Michel Joubert déclare alors: «Allons manger et puis on reviendra». Mais à leur retour, le bateau n’est plus là. Il a été récupéré par des pêcheurs. L’aventure se terminera bien et les premiers essais seront enthousiasmants: «Le devis de poids avait été respecté et le bateau se comportait de manière remarquable, avec un bel équilibre de barre, comme tous les bateaux Joubert», précise Emmanuel. L’architecte réunit vite un équipage pour participer aux régates locales et «pulvérise tout le monde», à la surprise générale. Pour le salon de Paris de janvier 1977, il propose donc le nom de Surprise à Jean Archambault, avec un logo en forme de point d’interrogation dessiné par son père, l’illustrateur de BD, Pierre Joubert. L’engouement est immédiat puisque plus d’une quarantaine seront construits dès la première année. «C’était énorme et cela a changé la vie du chantier, confirme Emmanuel Archambault. On en a ensuite vendu cinquante par an pendant vingt-cinq ans!»

Car malgré les succès en régate, le Surprise, derrière une apparente simplicité, se révèle être aussi un vrai petit croiseur côtier très sûr: de grands coffres pour le matériel, des bancs de cockpit pouvant accueillir quatre personnes de chaque côté avec des hiloires hautes formant de confortables dossiers, un puits moteur, une baille à mouillage, deux couchettes simples et un triangle avant. Des caractéristiques que ne manqueront pas de faire évoluer le duo architecte-chantier. Ainsi, en 1984, un nouveau moule de pont aux formes plus arrondies est adopté. En 1992, une jupe est intégrée et une nouvelle évolution du rouf amène davantage de lumière

à l’intérieur. Enfin, en 2000, il adopte les codes esthétiques du Grand Surprise, abaisse le rail d’écoute de grand-voile en fond de cockpit et propose un intérieur décloisonné.

En 2006, Michel Joubert, disparu en mars 2016, confiait à Skippers : «De tous les voiliers que j’ai dessinés, le Surprise est celui qui m’a le plus ému. Sans le savoir, nous avions franchi plusieurs étapes d’un seul coup. Les bateaux de croisière de l’époque étaient tristes. Je voulais faire un voilier rapide, doté d’un plan de pont confortable et des caractéristiques des bateaux de course, pour me promener en sécurité et à toute vitesse.» Challenge relevé, le Surprise est à la fois bateau de régate, de petite croisière, et voilier école. Un bateau vraiment bien-né dont on parle toujours au présent, cinquante ans après.

FRANÇOIS SÉCHAUD, EMMANUEL ET JEAN-JACQUES ARCHAMBAULT AUX CÔTÉS DE MICHEL JOUBERT POUR FÊTER LES 30 ANS DU SURPRISE.

AU PORTANT SOUS SPI,

Infos techniques

Le Surprise en chiffres

Quatre couchettes, une table à cartes, un coin kitchenette en option, des équipets et une ambiance chaleureuse.

Doté d’une redoutable simplicité, le Surprise est rapidement devenu le monotype de référence sur les lacs suisses.

Caractéristiques techniques

Longueur de coque: 7,65 m

Flottaison: 6,60 m

Bau maxi: 2,48 m

Tirant d’eau: 1,60 m

Poids: 1’250 kg

Lest : 500 kg

Grand-voile: 16,50 m2

Génois: 17 m2

Solent: 11 m2

Spi 7/8: 45 m2

Spi tête: 65 m2

Spi asymétrique: 45 m2

Le Surprise a également été vendu en version «biquille» et «quille relevable».

Success story

Un monotype populaire et prestigieux

Près de la moitié des 1’700 unités construites ont été vendus dans notre pays. Ce marché en or a joué un rôle déterminant dans la dynamique de la série.

Retour sur un eldorado nautique au fort accent helvète.

Avec sept unités sur la ligne de départ du Bol d’Or 1977, soit quelques mois après sa sortie, le Surprise a tout de suite pris sa place dans le paysage nautique lémanique. En 1978, Nernier accueillait le premier Critérium, avec douze bateaux inscrits. Dans la foulée, François Séchaud et quelques propriétaires fondent l’association de propriétaires (ASPRO Surprise), avec une jauge à la clé. «Le bateau n’avait pas été conçu comme monotype, mais nous avons vite compris qu’il fallait mettre des règles si on voulait continuer à régater ensemble. Je me suis inspiré d’autres jauges, notamment celle du Corsaire, qui comptait une grande flotte.»

Feu Denis Reymond est devenu le premier président de l’ASPRO Surprise Suisse lors de l’assemblée constitutive, et les Français ont suivi, créant leur propre ASPRO et reprenant la jauge établie sur le Léman. En 1979, le Yacht-Club de Genève organise le premier championnat d’Europe, qui a réuni trente-neuf bateaux. La machine était lancée.

Ascension fulgurante

Dès le début des années 1980, le Surprise traverse les frontières linguistiques. Fort du soutien d’Hansruedi Marti, le bateau se popularise en Suisse alémanique. Puis, il franchit les Alpes, grâce au dynamisme de Luigi Rezzonico, fondateur de la flotte tessinoise.

François Séchaud enchaîne les ventes à un rythme effréné, et livre en moyenne vingt-cinq bateaux par année, parfois trente. Un rendez-vous national annuel est mis en place dès le début des années 1980. L’USY (Union Suisse du Yachting, ancêtre de Swiss Sailing), très stricte sur l’organisation de championnats suisses, ne donne pas son aval car

la classe ne compte pas cent unités. L’ASPRO contourne la fédération, et met en place des «Swiss Surprise Cup», avant que le bateau ne soit officiellement reconnu quelques années plus tard. En 1988, les championnats suisses disputés à Nyon comptent 79 concurrents, un record jamais réitéré. Au milieu des années 1980, le Centre d’Entraînement à la Régate (CER), alors dirigé par Dominique Wavre acquiert trois unités, et devient un excellent ambassadeur de la série. La structure, qui est déjà une formidable pépinière de talent, verra passer cinq générations de bateaux.

D’une centaine d’unités au milieu des années 1980, la flotte suisse atteint cinq cents bateaux vers la fin des années nonante.

Le Surprise devient le bateau phare du Bol d’Or, qui rassemble une centaine d’unités – 132 en 2017 – chaque année. «Remporter le Bol d’Or en Surprise est probablement ce qu’il y a de plus difficile, relevait dans une interview Pierre-Yves Jorand. C’est peut-être l’équipage le plus méritant de l’épreuve.»

La fin des années 1980 voit aussi la naissance de la première course d’endurance du Léman: «Les 7 jours» qui se disputent en Surprise, en mai. L’épreuve sera remplacée deux ans plus tard par les 5 Jours du Léman, qui se courent toujours sur le monotype signé Joubert, mais fin juillet. L’événement est devenu incontournable de tous les surprisistes passionnés, et compte jusqu’à quarante concurrents.

Suisses redoutés

Comme le bateau est assez facilement transportable, les Suisses n’hésitent pas à se déplacer pour régater. Bon nombre de rendez-vous d’hiver en Méditerranée voient arriver une transhumance de surprisistes suisses, une fois la saison lacustre terminée. Novembre à Hyères ou la Primo Cup de Monaco deviennent des incontournables, et les Suisses y sont redoutés.

Christian Wahl, Michel Glaus, Jean-Marc Monnard, Michel Vaucher, Alain Marchand, Étienne David, Kiny Parade, Jean-Pascal Chatagny, Lucien Cujean, Julien Monnier, les frères Monnin ou encore Jérôme Clerc, Feu Charles Favre, Julien di Biase,

AUSSI À L’AISE DANS LE PETIT TEMPS QUE DANS LES AIRS SOUTENUS, C’EST AUSSI UN VOILIER TRÈS MARIN.
PARMI LES GRANDES ÉTAPES DE LA SÉRIE, LE 400e BATEAU VENDU EN SUISSE, PUIS LE 1’000E CONSTRUIT, EXPOSÉ AU SALON NAUTIQUE DE GENÈVE.

Philippe Durr, les frères Girod, Arnaud Gavairon et Élodie-Jane Mettraux font notamment partie des personnalités de la classe.

Bien que populaire, le Surprise est convoité par les meilleurs régatiers habitués à des séries plus prestigieuses, telles les jauges métriques ou les Toucans. Tout le monde y vient à un moment ou à un autre de sa carrière.

Le calendrier des événements Surprise en Europe compte jusqu’à cinquante événements annuels, entre la France, l’Italie, l’Autriche, l’Allemagne et la Suisse.

Le chantier Archambault fait, de son côté, évoluer le bateau, tout en conservant sa stricte monotypie. Le Surprise verra quatre plans de pont se succéder, et les modernes ne supplantent jamais les anciens. La famille Monnin, qui a longtemps tout raflé avec le numéro 20, en est la meilleure preuve. À l’occasion des trente ans de la série, le chantier offre même un bateau à un tirage au sort. Olivier Pictet ressort heureux gagnant de cette loterie improbable. François Séchaud relève encore la remarquable collaboration qu’il a entretenue avec le chantier tout au long de l’aventure. «Le fait de travailler avec une entreprise familiale, qui a tenu compte de notre avis à tous les stades de développement a été extraordinaire. La reprise du chantier par les frères jumeaux Emmanuel et Jean-Jacques Archambault, dans les années 1990, a donné une formidable dynamique à l’entreprise.»

Déclin, regain et…

Malgré sa popularité, le Surprise vit un petit déclin à la fin des années nonante «Je n’en ai vendu que douze en 1998, raconte François Séchaud. Je pensais que c’était la fin d’une époque, mais c’est reparti juste après.»

La courbe des ventes a en effet décollé après deux ou trois ans plus difficiles. L’importateur a vendu son dernier Surprise Archambault en 2018. Le chantier français a ensuite fait face à diverses difficultés, qui ont arrêté la production. Plusieurs péripéties se sont déroulées depuis, notamment sur la question d’une remise en production. Aujourd’hui, le Surprise n’est plus produit en série, mais il reste toujours possible d’en construire sur demande avec Didier Bouygues de chez Babel SARL, représenté par François Séchaud qui poursuit, quant à lui, son activité de vente, et de suivi pour les pièces de rechange. «Avec huit cents bateaux, il y aura toujours à faire.» Le marché de l’occasion est encore extrêmement dynamique et les bateaux vieillissent bien. La série n’est pas près de s’éteindre.

Liste des présidents de l’ASPRO Suisse:

Denis Reymond: 1978-1982

Didier Jolivet: 1983-1984

Pierre Girod: 1985-1987

René Mermoud: 1988

Michel Darbre: 1989-1990

Guy Rudaz: 1991-1995

Gilbert Chevrot: 1996-2000

René Mermoud: 2001-2005

Daniel Rinolfi: 2002-2013

Frank Reinhardt: 2014-2021

Daniel Bouwmeester: 2022-Aujourd’hui

LA PRIMO CUP DE MONACO A TOUJOURS FAIT PARTIE DES GRANDS RENDEZ-VOUS HIVERNAUX.

Suisse alémanique et Tessin

Franchir le Röstigraben

Dans les cantons alémaniques, le Surprise n’a jamais connu la popularité dont il jouit en Suisse romande. Il y a pourtant écrit quelques belles pages de l’histoire vélique.

Acteur incontournable de cette reconnaissance outre-Sarine, Éric Monnin a trois titres de champion suisse à son actif et compte bien en rajouter un quatrième.

EN 2005, LE CVLL ORGANISE UN CHAMPIONNAT SUISSE ET UNE COUPE D’EUROPE À LUGANO.
L’ÉQUIPAGE TESSINOIS AVEC LUIGI REZZONICO (ASSIS À L’AVANT, DEVANT LE BARREUR) LORS DE LA PRIMO CUP À MONACO.

En Suisse alémanique, la culture nautique est largement marquée par l’influence de l’Europe du Nord. Rien d’étonnant donc à ce que le Surprise, conçu en France, n’y ait pas rencontré le même essor qu’en Romandie. Dès la fin des années 1960, les premiers bateaux en polyester construits en Scandinavie investissent le segment des petits croiseurs rapides sur les plans d’eau des cantons germanophones, suivis par les H-Boats, très prisés pour les sorties de week-end comme pour la régate. Sur le lac de Constance, à l’extrême nord du pays, le Surprise reste marginal dans le paysage régatier. On y trouve une seule flotte basée à Friedrichshafen côté allemand. Modeste par sa taille, elle se distingue toutefois par son dynamisme, ayant même réussi à organiser une Coupe d’Europe en 2024. Quelques unités prennent également le départ de la Rund Um. Le constat est similaire sur le lac de Zurich. Si le Langstrecken Cup accueille chaque année une poignée de Surprise, la série n’y mène aucune activité structurée. Sur les lacs de Thoune et de Brienz, le Surprise n’est jamais parvenu à s’imposer davantage, éclipsé par les flottes de Dragon et de Star. Deux régions alémaniques font cependant exception. Le Surprise y a connu ses heures de gloire grâce à des navigateurs qui ont porté haut les couleurs de la série en s’imposant face à leurs concurrents romands. Ils ont largement contribué à sa promotion. Encore aujourd’hui, on y trouve des flottes considérables.

Tessin: le comité du CVLL comme catalyseur

Le deuxième Surprise importé en Suisse est destiné au Tessin. Le numéro Z 2, reconnaissable à sa coque rouge vif, arrive sur le lac de Lugano en 1977, à la demande d’un certain M. Parker. Après avoir changé plusieurs fois de main,

il est acquis par le Circolo Velico Lago di Lugano (CVLL) qui l’utilise pour ses activités de club. Sous l’impulsion de Luigi Rezzonico, la flotte tessinoise se développe rapidement. Dans les années 2000, elle connaît une période faste, notamment sur le lac de Lugano. Peter Schmidle, ancien membre du comité du CVLL, arbitre national et directeur de course, se souvient : «À l’époque, plus de la moitié du comité du CVLL, emmené par Andrea Colombo, président du club pendant de nombreuses années, naviguaient sur des Surprise. C’était une véritable passion. À cela s’ajoutaient des navigateurs de renom comme Sacha De Micheli, alors deuxième meilleur match racer suisse, ou Gilles Caprari, connu pour avoir conçu les premières bouées GPS en Suisse.» Le Tessin accueille alors plusieurs championnats suisses ainsi qu’une Coupe d’Europe en 2005.

Suisse centrale: le lac de Zoug, épicentre du Surprise

Côté romand, on le surnomme volontiers: «le père alémanique du Surprise». Originaire de Zoug, Hansruedi Marti ramène le premier Surprise de l’autre côté de la Sarine, plus précisément sur le lac de Zoug. L’accueil y est sceptique. «Trop

LA FAMILLE MONNIN, EN 1988, SUR SON VA...RHUM ?. IL RESTE ENCORE UN LONG CHEMIN À PARCOURIR AVANT DE RIVALISER AVEC LES MEILLEURS.

AU-DELÀ DES PLANS D’EAU SUISSES, LA FAMILLE

MONNIN REMPORTE PLUSIEURS RÉGATES INTERNATIONALES. LE PRINCE ALBERT DE MONACO FÉLICITE L’ÉQUIPAGE, RENFORCÉ PAR HANSRUEDI MARTI, APRÈS SA VICTOIRE

À LA PRIMO CUP.

léger, trop fragile, il ne fera pas long feu», disent les mauvaises langues. Il suffit pourtant d’une sortie musclée dans une tempête de foehn avec les détracteurs à bord pour faire taire les critiques. Les excellentes performances de régate font le

ORIGINAIRE D’IMMENSEE, HANSRUEDI MARTI A LARGEMENT CONTRIBUÉ À LA DIFFUSION DU SURPRISE EN SUISSE CENTRALE.

reste: le nombre de Surprise sur le lac de Zoug ne cesse d’augmenter, et Cham accueille même quelques régates de série.

Parmi les adeptes les plus fervents du Surprise figure un certain Luc Monnin. Installé à Immensee, il souhaite initier ses trois fils, Éric, Marc et Jean-Claude, à la voile et à la compétition. Convaincu par le potentiel du bateau, il achète un Surprise d’occasion basé sur le Léman. En 1990, il participe pour la première fois au championnat suisse, organisé à Cham, quasiment devant sa porte. L’idée est simple: tirer parti de la connaissance du plan d’eau pour rivaliser avec les meilleurs. Éric Monnin, déjà à la barre, s’en souvient parfaitement: «C’était frustrant de voir la concurrence nous distancer de plusieurs centaines de mètres dans un espace aussi restreint. Mais on s’est accrochés et on a progressé d’année en année.» En 1999, après presque dix ans de persévérance, les frères Monnin remportent pratiquement tout ce qu’il est possible de gagner en Suisse sur un Surprise. Dans la foulée, Jean-Claude rejoint Alinghi avec qui il s’impose sur l’America’s Cup et travaille aujourd’hui pour l’équipe Prada AC. Quant à Éric, triple champion suisse de Surprise et multiple vainqueur des 5 Jours du Léman, il s’impose comme l’un des meilleurs match racers de la planète.

Championnat suisse 2026 à Brunnen pour les 50 ans de la série

Le succès rencontré sur le lac de Zoug n’est pas resté sans effet dans la région. Il a gagné le lac des Quatre-Cantons, où l’on croise régulièrement des Surprise. L’école de voile Marina Segelschule de Lucerne gère même une petite flotte de six unités proposées en partage.

Sur le lac d’Uri, dans la partie supérieure du lac des Quatre-Cantons, Éric Monnin décroche en 2017 son troisième titre de champion suisse de Surprise, épaulé par son père Luc et ses deux frères. On assiste alors à une véritable renaissance de l’équipage familial. Cette année, pour les 50 ans de la série, le championnat suisse revient à Brunnen où la famille Monnin compte bien s’aligner au complet. Luc, le père, aujourd’hui âgé de 79 ans, caresse le rêve d’un quatrième titre.

Interview

François Séchaud : «J’ai

immédiatement été séduit!»

Lorsqu’il a présenté le numéro deux au Salon Nautique de Genève en 1977, l’importateur François Séchaud ne se doutait certainement pas que le petit croiseur allait devenir un des voiliers les plus vendus en Suisse.

IMPORTATEUR SUISSE, IL A COLLABORÉ ÉTROITEMENT AVEC PHILIPPE RAPHOZ QUI REPRÉSENTAIT LA SÉRIE SUR LA PARTIE FRANÇAISE DU LÉMAN.

SÉCHAUD A DÉBUTÉ SA CARRIÈRE EN VENDANT DES BAGHEERA, CONSTRUITS PAR LE CHANTIER ARCHAMBAULT.

Propos recueillis par Vincent Gillioz

Racontez-nous comment vous êtes devenu vendeur de bateaux?

J’ai commencé à naviguer adolescent sur un Bagheera construit par Archambault que mon père avait acquis au milieu des années 1960. Le bateau était sympa, je me suis très vite passionné et j’ai commencé à régater avec un certain succès. Ces bons résultats ont suscité un vif intérêt, et plusieurs navigateurs nous ont contactés pour voir et essayer le bateau. Messieurs Darbre et Rotach ont été les premiers à craquer et ont acheté directement sur le chantier. Avec l’aide de Claude Béchard, dit Léon, nous avons mis à l’eau les deux unités aux Eaux-Vives. Fort de cette expérience, et comme j’avais arrêté mes études, j’ai proposé à Archambault de représenter sa marque, et d’exposer le Bagheera au Salon Nautique. J’avais pris un job de service man dans un garage pour payer les frais. Cette expérience a été le déclic et m’a

DR DR
FRANÇOIS
«J’étais loin d’imaginer que le Surprise deviendrait mon fond de commerce.»

convaincu de me lancer dans la vente de ces bateaux. Je suis né en 1952, je n’étais pas majeur et n’avais pas de statut officiel, c’était un peu du bricolage. J’ai dû attendre mes vingt ans pour me mettre officiellement à mon compte et créer mon entreprise. Je faisais trois salons: Genève, Lausanne et Zurich.

Vous avez également créé un shipchandler à Genève, comment ça s’est passé?

N’étant pas occupé à plein temps par ce travail, j’ai eu la chance dans une exposition de rencontrer Manfred Bucher de Bucher & Walt (B&W) qui souhaitait implanter une antenne de distribution dans la région. J’ai profité de cette opportunité pour ouvrir mon magasin d’accastillage, La Seiche, en 1974, aidé financièrement par B&W. Cela a rapidement créé une synergie entre mes deux activités. L’ensemble était cohérent avec le shipchandler aux Eaux-Vives, la vente des bateaux et le petit chantier que

j’ai pu implanter sur la propriété familiale sans trop investir. Mon cousin Pierre Girod m’avait donné un coup de main pour construire un hangar en deux semaines avec des matériaux de récupération.

Ça m’a permis d’assurer les préparations de bateau et le service après-vente. René Odier, bien connu sur le Léman, a fait son apprentissage de vendeur chez moi. Il a beaucoup compté dans l’histoire de l’entreprise. Passionné et très investi, il travaillait à la fois au chantier et au magasin. À cette époque, nous ne comptions pas nos heures. Je le remercie vivement pour ces beaux moments passés ensemble.

LA FRÉQUENTATION DES NOMBREUX CRITERIUMS ET DES 5 JOURS, A TOUJOURS CONSTITUÉ UN BON BAROMÈTRE DU SUCCÈS DE LA SÉRIE.

Et qu’en est-il du Surprise?

En 1976, après avoir vendu une soixantaine de Bagheera, Archambault s’est lancé dans le Surprise en collaboration avec Michel Joubert, que j’avais aussi rencontré. J’ai été voir les moules au chantier et j’ai eu l’impression de voir la carène d’un gros 5o5. Il n’était pas encore ponté mais j’ai immédiatement été séduit. Michel Joubert voulait sortir de ces formes dictées par la jauge IOR, avec des arrières pincés qui limitaient la vitesse et la raideur à la toile des bateaux. C’était vraiment un design innovant, planant comme un dériveur, rapide, très marin et surtout qui allait s’adresser à une large clientèle grâce à sa polyvalence. J’ai amené le numéro 2 au Palais des expositions à Plainpalais, en janvier 1977. Les visiteurs ont tout de suite été interpellés par ces nouvelles formes. Je ne sais plus si j’ai signé une vente sur place, mais il y a eu de nombreuses demandes d’essais. Du coup, j’ai mis le bateau à l’eau à Pâques pour participer à la première régate de la saison à Corsier, dans des conditions de bise musclées. Nous l’avons remportée, ça a été une belle «Surprise»! Les essais du bateau se sont ensuite enchaînés avec de futurs propriétaires. Le succès a été immédiat: j’ai livré douze unités la première année, dont sept ont participé au Bol d’Or.

Comment expliquez-vous ce succès? Il y a eu une conjonction de facteurs favorables. Le Surprise est sorti à peu près en même temps que le J24 et le Farr 727. Il était plus polyvalent que ses concurrents et nettement plus abordable. La version de base était proposée à 21’700 CHF avec trois voiles. Il correspondait à la demande du moment avec son grand cockpit, inhabituel pour l’époque, sa cabine

spartiate, mais suffisamment confortable pour des petites croisières à quatre. Ses performances ont bien sûr joué un rôle important. Je pense également que j’ai fait ce qu’il fallait, en entretenant la proximité avec la clientèle. J’ai toujours navigué en Surprise, et par la suite sur les autres séries d’Archambault que j’ai représentées: Suspens, Sprint 95, 98, 108, Grand Surprise, Sprinto, A 27, A 31, A35, A40. Je ne suis pas parti régater sur d’autres marques et j’étais toujours présent lors des régates. Mes premiers clients ont naturellement joué un rôle d’ambassadeurs du bateau, donnant à d’autre futurs surprisistes la possibilité d’essayer le leur. Je leur dois beaucoup.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette success story?

Il y a clairement eu un alignement des planètes lorsque je me suis lancé. Mais j’ai fait ce qu’il fallait pour que ça marche. J’ai beaucoup travaillé, investi en publicité presse, expositions et prix de régate. L’avantage d’avoir mon lieu de travail à côté de mon domicile m’a permis d’être toujours proche de mon épouse et de mes quatre enfants, même si souvent je retournais préparer un bateau après le repas et y passer une partie de la nuit. J’estime avoir eu une belle qualité de vie. J’aurais bien sûr pu monter un plus grand chantier en zone artisanale, avoir une entreprise que j’aurais pu transmettre. Mais je n’ai pas de regret car aucun de mes enfants n’était intéressé par ce métier. Je me souviens qu’André Fragnière m’avait dit: «Tu verras, tu en vendras au moins cent…» En me retournant, je réalise que c’était une belle aventure et j’étais loin d’imaginer qu’en 1976, le Surprise deviendrait mon fond de commerce et ma vie professionnelle.

Yves
Ryncki
DR LE PLAN JOUBERT FAIT PARTIE DU PAYSAGE LÉMANIQUE DEPUIS UN DEMI-SIÈCLE.

Endurance

Les 5 Jours mettent du sel dans le Léman

Derrière un format presque inchangé depuis 1993, le marathon des courses lémaniques a vu naître plusieurs générations de coureurs au large suisses. Les 5 Jours du Léman racontent toutefois bien plus qu’une régate. Entre passion, fidélité et persévérance, retour sur une course façonnée par celles et ceux qui la font vivre.

) Sophia Urban

Depuis plus de trente ans, les 5 Jours du Léman proposent une recette que les passionnés de voile lémanique connaissent bien, et apprécient: deux personnes, un Surprise et cinq jours à régater autour du lac en passant trois bouées. Créée en 1993 par le Cercle de la Voile de Vidy, l’épreuve avait d’abord été pensée et initiée par la Société Nautique de Genève, sur sept jours, avant que l’équipe de Vidy ne reprenne le flambeau sur le format que nous connaissons aujourd’hui, sur cinq jours.

«Les premières éditions relevaient clairement du bricolage passionné, l’organisation était montée de toutes pièces par une poignée de personnes, avec des instructions de course écrites à la main et adaptées en permanence», se souviennent Éric et Marc Meyer du Chantier Naval de Vidy, partenaires historiques et acteurs de l’organisation, dans une interview donnée à l’équipe des 5 Jours. «La course repose très tôt sur une implication forte des bénévoles qui faisaient tout: poser les bouées, entretenir le matériel, assurer la sécurité.»

Au fil des années, l’organisation se structure et la course gagne en visibilité, sans jamais perdre son essence. «Les 5 Jours, pour moi, c’est une aventure plus qu’une course», résume Éric Monnin, présent dès les débuts et multiple vainqueur. «On entre dans un autre rythme et on oublie le reste. Plus que la vitesse du bateau, le plus important est de savoir se gérer et rester en forme jusqu’au bout.» Son regard résume bien ce qui distingue cette épreuve, une course hybride, à mi-chemin entre régate côtière et course au large. Un passage d’ailleurs obligé pour tous les navigateurs et navigatrices suisses qui ont pris le large ensuite dans une carrière hauturière.

OFFICIEL DES 5 JOURS, YVES RYNCKI NOUS PARTAGE SES CLICHÉS FAVORIS POUR ILLUSTRER CET ARTICLE. ICI, L'ÉQUIPAGE D'HYPNAUTIC EN 2016.

Yves Ryncki
Yves Ryncki
PHOTOGRAPHE

Le palmarès d’Éric Monnin reflète cette logique de constance et de patience, mais ce n’est de loin pas le seul à s’être imposé sur la durée. Renaud Stitelmann (voir encadré), Denis Girardet, Olivier Légeret, Jean-Pascal Chatagny, Patrick Besson, Emanuel Müller, Lorenz Kausche, le nombre record de participation des Preitner ou encore Loris von Siebenthal, sont autant de multiples vainqueurs de l’épreuve, parmi tant d’autres. «Je crois que ma plus belle victoire est celle de 2020, avec quarante équipages, aux côtés de ma femme Ute», se souvient Monnin.

L’histoire des 5 Jours du Léman se raconte aussi à travers ceux qui l’organisent. Photographe officiel depuis la première édition, Yves Ryncki n’en a manqué qu’une seule – qu’il a finalement quand même photographiée, fidèle au poste. Depuis plus de trente ans, il documente l’événement, sans jamais y avoir participé. «Mon plaisir à moi, c’est

Yves Ryncki
Yves Ryncki
JOLIS AIRS DANS LA MAGNIFIQUE ÉDITION DE 2017.
L'ARRIVÉE DU DRONE A PERMIS À YVES RYNCKI DE VARIER SES IMAGES ET LE CONTENU PARTAGÉ AVEC LE PUBLIC.

de la photographier et de partager ces images avec le public», sourit-il. Les photographies qui illustrent ces pages sont précisément les 5 Jours du Léman vus par Yves Ryncki. Il a d’ailleurs rejoint le Comité d’organisation depuis peu. «Le plus dur reste de trouver des bénévoles et des sponsors», ajoute le photographe. «On y arrive car c’est très enthousiasmant de vivre cette course de l’intérieur, les bénévoles fidèles reviennent chaque année et sont les piliers de la course.»

C’est sans doute cette fidélité qui explique la longévité des 5 Jours du Léman. Une course qui a su évoluer sans toucher à un format qui fonctionne. Après avoir essayé d’intégrer les Grand Surprise en 2023 et 2024, l’épreuve est revenue à son format de base l’an dernier, pour le plus grand bonheur des surprisistes.

Renaud Stitelmann : «La Mini Globe Race 5.80 et les 5 Jours ont des points communs.»

Navigateur discret mais figure familière des spécialistes, Renaud Stitelmann a remporté la première édition des 5 Jours du Léman en 1993 et y a participé à une dizaine de reprises. Aujourd’hui engagé dans la Mini Globe Race 5.80, qu’il est en passe de remporter à l’heure où nous écrivons ces lignes, il reste profondément attaché à une course qu’il connaît de l’intérieur depuis ses origines. Nous avons eu la chance d’échanger avec lui lors de son escale à Cape Town.

Quel est votre meilleur souvenir aux 5 Jours du Léman?

Chaque participation m’a amené des moments formidables, et des hauts et des bas. L’intensité de la compétition, le paysage du Léman qui change à chaque instant et chaque tour du lac. Les victoires aux 5 Jours du Léman sont vraiment savoureuses.

Qu’est-ce que cette course a de spécial selon vous?

Je ne dirai pas que cette course est spéciale. Elle coche tout simplement beaucoup de cases sur ce que j’aime. Longue, monotype, difficile, équipage réduit, aventure.

Comment voyez-vous l’avenir et l’évolution possible des 5 Jours?

J’ai entendu beaucoup de choses, mais pourquoi changer un format qui fonctionne très bien ? Changer de série mais quel monotype ? Le Surprise étant parfaitement adapté à cet événement et en nombre suffisant. Changer de parcours ? C’est l’essence même de la course que de faire des tours du lac Léman. Après, le reste, ce sont des détails. C’est déjà remarquable d’avoir une régate organisée depuis si longtemps.

Vous êtes aussi engagé sur la Mini Globe Race 5.80.

Qu’est-ce que ce projet vous apporte aujourd’hui?

C’est une autre aventure, mais avec des points communs. Une navigation longue, exigeante, où il faut accepter le temps et les contraintes. Ce sont des formats qui me parlent.

Yves Ryncki
Yves Ryncki
DES LUMIÈRES MAGIQUES LORS DE CHAQUE ÉDITION DES 5 JOURS.
RENAUD STITELMANN AUX 5 JOURS DU LÉMAN…
…MAIS AUSSI DANS LA MINI GLOBE RACE À BORD DE SON 5.80, CAPUCINETTE

Régate

Au Bol d’Or du Léman, un pilier historique

Populaire sans être banale, exigeante sans être élitiste, cette unité est emblématique de la plus grande régate de Suisse. Elle continue de former les marins, de fédérer les familles et de nourrir les ambitions.

Texte ) Pierre-Antoine Preti

«Aujourd’hui, sur 450 voiliers, il y a 100 Surprise engagés au Bol d’Or du Léman. Cela représente 25% des concurrents.» Le chiffre, livré par le président Yann Petremand, dit tout du poids de la série. À l’heure où les supports se multiplient et où les tendances évoluent, le Surprise demeure un pilier. Une présence massive qui ne relève ni de la nostalgie ni de l’inertie, mais bien d’un choix assumé par une centaine de propriétaires.

Certes, certaines éditions peu ventées ont pu en décourager quelques-uns. Mais le Surprise conserve un atout majeur face à son concurrent direct, le J70: «Sa cabine offre une vraie protection, contrairement au pont nu du J70», souligne Yann Petremand. Un détail décisif lorsqu’il s’agit d’enchaîner des heures – bien souvent une nuit entière – sur un tour de lac long de 123 kilomètres.

Un bateau pensé pour le Léman

En Suisse, le Bol d’Or du Léman est la mère de toutes les régates. Dès la naissance de la classe, les surprisistes y voient un terrain de jeu dédié. Équilibré, marin, robuste, le Surprise est taillé pour les longues distances et les conditions changeantes du lac. Dès le départ, la réponse du marché est immédiate: douze unités vendues dès la première année en Suisse, dont sept seront au départ du Bol d’Or 1977.

DE L’AFFLUENCE MASSIVE DU PLAN JOUBERT DANS LA BOUCLE LÉMANIQUE.

La dynamique ne se dément pas. Dans les grandes années, les championnats nationaux rassemblent jusqu’à 70 unités. Au Bol d’Or, il y en a le double. En 2017, pas moins de 132 plans Joubert se présentent sur la ligne de départ. Une densité rare, presque unique, qui fait du Surprise la plus grande série monotype du Léman.

Records et faits d’armes

Le Surprise n’est pas seulement un bateau qui rassemble les foules. Il sait aussi être rapide. En 1994, lors d’une édition d’anthologie, Follow Me, barré par Philippe Rosset, établit un record de série toujours dans les annales: 10 heures, 42 minutes et 26 secondes pour boucler la boucle. Une performance qui rappelle que, bien mené, le Surprise peut rivaliser avec des unités bien plus modernes.

Loris von Siebenthal
POUR, YANN PETREMAND, PRÉSIDENT DU BOL D’OR DU LÉMAN, «LA PROTECTION DE LA CABINE» EST PEUT-ÊTRE L’UNE DES RAISONS
Loris von Siebenthal
Loris von Siebenthal

Le Bol d’Or plutôt que trois bouées

Si la participation aux championnats suisses s’est aujourd’hui resserrée, celle du Bol d’Or reste remarquablement stable. Ancien président de la course pendant huit ans et quintuple champion suisse de Surprise, Michel Glaus en connaît bien les raisons:

«Le Bol d’Or est plus attractif pour les propriétaires de Surprise, moins séduits par la régate entre trois bouées. C’est une course moins exigeante sur le plan tactique pur. Les aléas météorologiques redistribuent les cartes et pardonnent davantage.»

L’argument financier joue également. Un Bol d’Or se prépare sans nécessairement investir dans un jeu de voiles neuf. Et la taille de la flotte garantit une confrontation permanente: même en milieu ou en fond de classement, il y a toujours un adversaire direct à portée de regard.

Le meilleur ratio effort-plaisir

«Le Surprise se manœuvre avec peu d’équipiers. Il est simple à mettre en œuvre et offre sans doute le meilleur ratio effort-plaisir encore disponible aujourd’hui», insiste Michel Glaus. Cette accessibilité explique en grande partie la longévité de la série. Peu exigeant logistiquement, mais suffisamment technique pour progresser, le Surprise accompagne aussi bien les amateurs éclairés que les compétiteurs aguerris.

POUR L’ANCIEN PRÉSIDENT DU BOL D’OR, MICHEL GLAUS, MULTIPLE CHAMPION SUISSE, «L’EXCELLENT RATIO

EFFORT-PLAISIR» DE CE BATEAU EST L’UNE DES RAISONS PRINCIPALES DE SON SUCCÈS.

Une histoire de transmission

Au Bol d’Or, le Surprise est aussi un bateau de famille. «Guillaume de Candolle a toujours fait naviguer ses enfants sur Aperol. Manuel Schmidt a formé son fils Cédric», témoigne Yann Petremand. À l’aube de sa 87e édition, la régate cultive cette dimension intergénérationnelle. On y apprend à barrer, à régler, à attendre le vent… et à transmettre une passion.

Des innovations au service de l’équité

Depuis les années 2000, plusieurs évolutions ont renforcé l’équité et la sécurité de la course. La double ligne de départ, séparant multicoques et monocoques, marque un tournant. «Réserver un tiers de deux kilomètres de ligne à douze multicoques n’avait plus de sens», rappelle Michel Glaus, à l’origine de cette réforme.

La segmentation en zones de départ, avec une zone dédiée aux Surprise, améliore encore la lisibilité. En 2010, la généralisation du balisage GPS permet à tous de se surveiller pendant la course et de se comparer après, tout en renforçant la sécurité. Enfin, l’introduction en 2013 d’un trophée en temps compensé change la donne: désormais, chaque surprisiste peut rêver de victoire au classement général.

Un véritable vivier de talents

À l’avant de la flotte, la lutte reste féroce. Gagner le Bol d’Or en Surprise demeure un graal. Les classements se jouent au mètre près et forgent des marins solides. Entre 2000 et 2020, la série devient un véritable vivier: onze skippers sont sacrés champions nationaux Surprise, et dix d’entre eux remportent ensuite le Bol d’Or en Décision 35 (D35).

Sur le Léman, le Surprise n’est pas seulement un bateau populaire. Il est une école, un passage obligé, et parfois un tremplin vers la voile professionnelle. Une force tranquille qui, après cinquante ans d’aventures, continue de faire le plein.

Yves Ryncki
Nicolas
Jutzi
Loris von Siebenthal

Concurrence Les voiles du Surprise, moteur économique des voileries lémaniques

Dans un marché de niche, exigeant et concurrentiel, le monotype a offert un terrain idéal d’innovation pour les voileries impliquées dans la série. Analyse d’un écosystème technologique et économique.

«Développer les voiles d’un monotype est toujours intéressant, explique Alain Marchand, régatier et maître-voilier actif dans la série depuis ses débuts. Lorsqu’une classe est dynamique, cela crée une émulation qui profite autant aux voileries qu’aux propriétaires.»

Dans le cas du Surprise, la longévité de la classe et l’homogénéité du parc ont offert aux voileries un cadre idéal: une flotte importante, techniquement stable, mais suffisamment exigeante pour justifier des développements réguliers. Pour les entreprises locales, le Surprise est rapidement devenu un produit stratégique, permettant de tester des innovations et d’évoluer dans une saine concurrence.

Évolution des positions

À ses débuts, les voiles livrées avec le bateau provenaient d’une entreprise française. Mais très rapidement, l’importateur suisse s’est tourné vers les PME locales pour la fourniture du jeu de voiles standard. Ce choix de proximité a contribué à structurer un marché régional et à ancrer durablement la classe dans l’économie nautique lémanique.

La voilerie Gautier, acteur majeur dans les années 1980, a joué un rôle central dans cette phase. «J’étais associé chez Gautier et nous avons acquis une position dominante au début des années nonante, se souvient Alain Marchand. Environ 60% de la flotte naviguait avec nos voiles. Nous avions investi dans un bateau de référence, accastillé à un niveau très élevé, et nous étions présents sur tous les événements.»

Cette stratégie, axée sur la visibilité et la proximité avec les régatiers, a permis à l’entreprise de consolider une position dominante sur ce marché.

Stimulation par l’innovation

Cette domination n’est cependant pas restée sans réponse et les autres voileries lémaniques ont progressivement repris des parts de marché, profitant à la fois de la maturité de la classe et de la diffusion des innovations.

Les avancées technologiques, d’abord coûteuses et réservées à quelques acteurs, se sont progressivement démocratisées. L’informatique de conception, la découpe numérique et les nouveaux tissus se sont généralisés et ont contribué à réduire les écarts techniques entre voileries. Les voiles laminées illustrent bien cette dynamique. Initialement proposées exclusivement par North Sails, elles se sont ensuite imposées comme un standard accessible à l’ensemble

Yves
Ryncki
ALAIN MARCHAND, ASSOCIÉ DE LA VOILERIE GAUTIER.

des fabricants. «Il y a eu, hors des aspects très techniques, de véritables effets de mode, analyse Julien Monnier, directeur de North Sails Suisse. Certaines périodes favorisaient des profils très plats, d’autres des voiles plus creuses. Ces évolutions répondaient plus à des tendances qu’à de réelles avancées, mais ont favorisé la recherche.»

Standardisation et rationalisation

Pour Julien Monnier comme pour Alain Marchand, la transition vers la conception et la découpe numériques a représenté un tournant majeur, non seulement technique, mais aussi économique. «Le passage de la découpe manuelle au numérique a permis une standardisation des produits, souligne Alain Marchand. Pour les clients, c’était la garantie d’une qualité constante.»

La question des matériaux a ensuite occupé le devant de la scène. Leur adoption a nécessité des

arbitrages, notamment au sein de la commission technique de la classe, soucieuse de contenir les coûts. Mais l’augmentation de la durée de vie des voiles modernes a rapidement modifié l’équation économique, tant pour les propriétaires que pour les fabricants.

La polyvalence, clé de la rentabilité

Dans ce contexte de concurrence, la recherche de polyvalence est devenue un enjeu central. Jean-Marc Monnard, associé chez Europ’Sails depuis la fin des années nonante, résume bien cette problématique: «Concevoir un génois rapide est une chose, mais concevoir un génois polyvalent capable de satisfaire la majorité en est une autre.» Le besoin de répondre aux attentes de la clientèle, parfois hétérogène, s’est imposé comme un élément central des développements.

Arnaud Gavairon, patron de Top Voiles, rappelle que la durabilité est également devenue un critère déterminant: «Les propriétaires ne veulent plus changer de génois chaque année. Aujourd’hui, une voile d’avant est conservée en moyenne durant trois saisons et les matériaux actuels permettent de rester compétitif sur cette durée.»

La relation client comme avantage concurrentiel Alors que les différences techniques sont devenues assez marginales, tous nos interlocuteurs soulignent l’importance de la relation client comme levier concurrentiel fondamental. Accompagnement sur l’eau, conseils de réglages, adaptation au gréement et au style de navigation sont autant de services à forte valeur ajoutée que chacun a développé avec un ou plusieurs spécialistes de la série pour se démarquer. «Pour développer un produit pertinent, il faut savoir écouter, rappelle JeanMarc Monnard. C’est cette proximité qui permet d’orienter les évolutions.»

Arnaud Gavairon abonde: «On ne réagit pas à chaque retour isolé. Il faut analyser, recouper, et faire évoluer le design de manière cohérente. Développer une nouvelle version d’un génois prend plusieurs saisons.»

Un modèle toujours pertinent Si le marché du Surprise n’a plus aujourd’hui l’ampleur de ses années fastes, il reste un exemple emblématique de la manière dont une classe monotype a contribué au développement d’un tissu économique local. Pour les voileries lémaniques, le Surprise a longtemps été à la fois un laboratoire, une vitrine et un socle de chiffre d’affaires, combinaison rare, et précieuse.

DR
Yves Ryncki
ARNAUD GAVAIRON (À LA BARRE), PATRON DE TOP VOILES,
JULIEN MONNIER, DIRECTEUR DE NORTH SAILS. JEAN-MARC MONNARD (À LA BARRE), ASSOCIÉ CHEZ EUROP’SAILS.

Formation Comment le CER a fait du Surprise un passage obligé

Depuis 1987, le Centre d’Entraînement à la Régate forme des vagues successives de régatiers sur un bateau qui refuse de vieillir.

Texte ) Sophia Urban

Institution lémanique connue de tous, le Centre d’Entraînement à la Régate (CER) continue de façonner les régatiers d’aujourd’hui. Et au cœur de sa mécanique de formation, un voilier n’a jamais quitté le pont: le Surprise. La mission du CER est bien connue: former, ouvrir la voie, créer des trajectoires. Plus de quarante ans après sa création, l’ADN n’a pas changé, et les noms de régatiers professionnels issus du CER en témoignent. Avant, après et aux côtés de la fratrie Mettraux, toute une génération a fait ses gammes au CER, souvent à bord des Surprise. L’histoire entre le CER et le Surprise débute en 1987, lorsque l’association acquiert trois unités. Journaliste et ancien membre du CER, Vincent Gillioz se souvient d’un moment charnière: «En 1996, une équipe du CER gagne le Bol d’Or en classe 4 et en Surprise avec Céline Cardenoso, Nils Frei et Fabrice Germond. C’était une première pour le CER, cela nous a marqués.» Si le Surprise a traversé les décennies, ce n’est ni par nostalgie ni par manque d’alternatives. De nombreux monocoques ont depuis fait leur apparition sur le Léman, mais les entraîneurs le savent: ce bateau est une école de vérité. «Le Surprise est plus exigeant qu’un J70», estime Victor Casas, président du CER depuis trois ans. «Spi symétrique, réglages plus subtils… Pour former, c’est idéal. Et surtout, il permet de naviguer sur les grandes courses lémaniques :

Genève-Rolle-Genève, Bol d’Or, 5 Jours du Léman. C’est un terrain parfait pour tester les jeunes et voir s’ils veulent aller plus loin, jusqu’au large.» À l’heure où le foil attire tous les regards, le plan Joubert continue d’imposer sa loi.

«Malgré l’attrait des machines volantes, le Surprise reste la classe la plus relevée du Léman», sourit Casas. «Les flottes sont les plus fournies et donc les plus difficiles à gagner. Pour le CER, garder ce support fait sens.»

Un bateau assez simple pour embarquer tout le monde, assez technique pour révéler ceux qui iront plus loin. Un voilier qui, comme le CER, refuse de vieillir.

V. Gillioz
V. Gillioz

Actualité

Toujours dans le vent

Parfois annoncé sur le déclin, le Surprise continue pourtant de démontrer une remarquable vitalité. Si la série n’a plus l’aura de ses grandes années, elle reste solidement ancrée dans le paysage suisse et particulièrement lémanique. La classe bénéficie même d’un regain d’intérêt à l’international.

Si le Surprise a longtemps été une référence nationale, une forme de déclin a pu être observée dans certaines régions du pays. Plusieurs régatiers alémaniques, tessinois et de la région des Trois-Lacs se sont tournés vers le Dolphin puis le J70, suivant le succès de la Swiss Sailing League. Mais sur le Léman, le Surprise est toujours resté indétrônable, même si le profil des adeptes a évolué. Le grand nombre d’unités, la dynamique de l’ASPRO de même que l’importante participation aux grandes classiques ont permis au petit croiseur de garder sa place de leader. Le Surprise reste une référence au Bol d’Or du Léman, à la Genève-Rolle-Genève, à la Translémanique en Solitaire et, bien sûr, aux 5 Jours du Léman.

Ce succès durable tient à l’équilibre inégalé du bateau. Il est performant en régate, accessible au niveau financier et suffisamment polyvalent pour naviguer en famille. Il répond toujours aux attentes d’un large public. À ce jour, aucun monotype n’a réellement su offrir un compromis équivalent. La réflexion a pourtant existé. «Aux 5 Jours du Léman, le comité du Cercle de la Voile de Vidy a étudié d’autres options, relève le président de l’ASPRO, Daniel Bouwmeester. Mais aucune ne s’est révélée crédible pour une épreuve de cette ampleur.» Le fait que le Bol d’Or du Léman rassemble chaque année plus de cent Surprise confirme cette réalité.

Par ailleurs, une nouvelle dynamique internationale est observée. «Grâce aux outils de communication, nous avons renoué des liens avec les associations d’Autriche, d’Allemagne, de France et d’Italie, souligne encore Daniel Bouwmeester. Et de poursuivre: des championnats d’Europe sont confirmés pour 2027, à Grandson, et en cours de validation pour 2026 à Saint-Raphaël, ce qui devrait attirer un bon nombre de compétiteurs aguerris.»

Sur le Léman, cinq événements spécifiquement dédiés au Surprise figurent déjà au calendrier 2026, sans compter les grandes courses, semaines du soir et régates de clubs. Le championnat de Suisse aura, quant à lui, lieu au Regattaverein Brunnen et une flotte importante est attendue au 3 Ore à Ascona, ce qui devrait raviver l’intérêt des régatiers hors Léman.

Très présent dans la formation, le Surprise reste, par ailleurs, toujours un excellent support de découverte de la régate, raison pour laquelle le CUST ou le CER continuent à l’utiliser.

Porté par un marché de l’occasion actif et une classe soudée, le Surprise demeure un monotype de référence, et l’histoire pourrait bien durer encore quelques décennies.

Ryncki

Paroles

Souvenirs de surprisistes

Quelques figures incontournables de la série nous livrent leurs souvenirs, meilleurs ou pires, ainsi que quelques considérations ou anecdotes, parfois cocasses.

Propos recueillis par Vincent Gillioz

Kiny Parade: «Lors du championnat d’Italie en 1994, je me suis jetée dans les filières au passage de la dernière bouée. Elle a cassé et je suis passée à l’eau avec le stick dans la main. Daniel Moeschlin a pris la barre le temps que je remonte par le balcon arrière. Et on a fait une réparation expresse du stick pour finir la course. Malgré cela, on a gagné la manche, et le championnat devant l’équipage ultra-chic de Testarossa. Face à eux, on faisait un peu l’équipage de va-nu-pieds sur le podium.»

Victor Casas: «Mon plus beau moment en Surprise, c’est clairement la victoire de classe au Bol d’Or 2025 avec Benoît Deutsch, Romain Defferrard et Benjamin Senften. Benoît était mon coach en Optimist, et j’ai participé à mon premier Bol à ses côtés, quinze ans plus tôt. Remporter l’épreuve avec lui a été un cadeau exceptionnel et un moment inoubliable.»

Edouard Kessi: «Lors de ma participation aux 5 Jours du Léman 2015 avec Pierre Girod, on était complètement cramé la troisième nuit en tête de la flotte, les papis faisaient de la résistance! Sous l’influence de la fatigue, Pierre est passé à côté de la marque du YCG et il est allé chercher une bouée à la SNG… C’était assez cocasse, vu qu’il était le Président. Le plus drôle, c’est que les bateaux qui nous talonnaient nous ont suivis. Mais on n’a pas gagné la course pour autant.»

KINY PARADE
VICTOR CASASEDOUARD KESSI
DR
Loris von Siebenthal
DR

Christian Wahl: «Pour moi, le Surprise est indissociable du CER. J’ai repris la direction sportive de l’association en 1989, et nous avons remporté le titre de champion suisse trois années consécutives, avec trois équipages différents. Ces victoires ont représenté la synthèse de ce que devait faire le CER: développer des talents, former les jeunes à préparer les bateaux, intégrer des nouveaux dans les groupes. Toutes nos valeurs étaient représentées dans ces trois succès.»

Felix Oberle: «J’ai participé aux 5 Jours du Léman en 2014 avec Mayeul van den Broek. On se connaissait très peu, nous étions tous les deux à l’EPFL. J’avais pour objectif de commencer le Mini et la course au large, et les 5 Jours étaient un moyen de goûter à cet univers. Une nuit, je me suis fait surprendre par une rafale, le spi s’est mis entre le mât et l'étai, et le bateau a fait 180°. J’ai affalé, mais avec la fatigue, j’ai confondu la drisse et les écoutes, on est restés à l’envers du parcours. Mayeul est sorti de la cabine et m’a demandé pourquoi nos concurrents croisaient dans le mauvais sens. En sortant de sa sieste, il n’avait pas réalisé que c’est nous qui étions à l’envers.»

Loïc Forestier: «Mes souvenirs en Surprise sont clairement liés aux 5 Jours du Léman. D’abord ma première victoire, avec Denis Girardet en 2009. La course a été d’une rare intensité, et ça s’est joué à moins d’un mètre sur la ligne d’arrivée. J’ai aussi participé avec mon beau-père Benoît Deutsch en 2011, une belle histoire de famille. Et bien sûr le record avec Bruno Engel en 2015 reste inoubliable. Nous avons parcouru 1’000 km, je ne pensais pas que c’était possible.»

Christian Toso: «Lors du Bol d’Or 2025, nous sommes partis entre équipiers improbables, l’un entre deux cycles de chimiothérapie, mes deux enfants de 10 et 13 ans, et des fidèles. Nous avions le stress d’une clôture avancée à 14 heures, suite à l’annonce d’un gros grain et ChatGPT qui nous indiquait que nous n’arriverions jamais dans les temps… Au final, nous avons fini 4e Surprise, secs et heureux d’avoir remonté quelques concurrents dans le petit lac. Le grain et ses trombes d’eau sont arrivés lorsque nous mangions le reste du pique-nique à terre!»

DR
Yves Ryncki
FELIX OBERLE
CHRISTIAN WAHL
LOÏC FORESTIER
CHRISTIAN TOSO
DR
Loris von Siebenthal

Dominique Wavre: «Nous avons acheté trois Surprise pour le CER en 1987. Ceux-ci ont succédé aux deux Fun, qui étaient amarrés à la bouée au large du YCG. Avec ses nouveaux bateaux, le CER a été accueilli à la digue nord de la SNG, et nous sortions quotidiennement avec les membres pour nos entraînements. L’association a amené beaucoup de dynamisme, avec une belle présence sur l’eau tous les jours, et durant toutes les régates. Je pense que le CER a contribué à l’essor de la série.»

Joshua Schopfer: «Pour moi, le Surprise, c’est la découverte d’une passion au-delà d’un simple parcours banane, à travers les 5 Jours du Léman, auxquels j’ai participé avec mon père. Cinq jours nonstop sur le lac, entre père et fils, ont créé un lien encore plus fort entre nous. Le tout au milieu des paysages lémaniques à couper le souffle. C’est la classe la plus constante chez nous et j’espère qu’elle le restera pendant de nombreuses années!»

Jessica Bouwmeester: «Deux éditions des 5 Jours du Léman m’ont permis de vraiment connaître ce voilier. Le Surprise m’a offert de précieux moments de réflexion, souvent dans le silence des navigations nocturnes. Aujourd’hui, il est aussi mon point d’ancrage avec mon amie Jade d’Hawaï, avec qui les 5 Jours du Léman demeurent le point culminant de nos aventures. Mon meilleur souvenir reste un long portant, entre Genève et Le Bouveret, à glisser littéralement au-dessus de l’eau, avec des pointes à 14 nds. Cette sensation de vitesse était tout simplement enivrante.»

DR DR
Yves Ryncki
DOMINIQUE WAVRE
JESSICA BOUWMEESTER (À GAUCHE)
JOSHUA SCHOPFER

Interview

René Mermoud ouvre les portes de son petit musée

Figure emblématique, le Lausannois est toujours un pilier de la classe, à 78 ans, bon pied, bon œil.

À 78 ANS, RENÉ MERMOUD NE LÂCHE PAS LA BARRE DE SON SURPRISE.

Texte ) Grégoire Surdez

C’est l’autre musée du Léman. Ou plutôt, celui qui serait dédié au Surprise. Dans le petit appartement lausannois de René Mermoud, tout convoque l’histoire du best-seller de la fin du xx e siècle. «Depuis cinquante ans, je n’ai rien trouvé de mieux ni de plus formateur que ce bateau, s’amuse le Vaudois. J’ai 78 balais et toujours la même passion. Je serai encore au départ de la Translémanique cette année. C’est mon baromètre pour savoir si je suis encore dans le coup.» On le rassure, tout va bien pour le roi René, navigateur passionné et encyclopédie du plus populaire des monocoques qui rythme sa vie depuis des décennies.

«Ma chance? J’ai une femme, la seconde, qui m’accompagne dans cette vie et qui partage cette passion depuis quarante-trois ans que nous sommes ensemble.» À deux, c’est mieux. Ils compilent, ils classent, ils bichonnent les

souvenirs en gardant toujours un œil vers l’avenir. La prochaine régate, le prochain bord, le prochain gain d’un dixième de nœuds. «Ces gains marginaux, ces petits trucs et astuces que l’on développe avec le temps et qui sont le sel de la voile», dit-il.

«La vitesse est une notion relative. Elle n’a de sens que lorsqu’on la compare à celles des autres.» C’est la légende du large, Loïck Peyron, qui aime à rappeler cette évidence. Gagner à 5 nds ou à 40 gardera la même saveur. D’autant plus lorsque l’outil est le même pour tous. Des victoires, des podiums, des soirées au bord de l’eau et au coin du feu, il y en a des tonnes chez René Mermoud. Sur les murs s’affichent les plus belles photos sur le lac et en mer. Sur les étagères des bibliothèques s’alignent les albums, les livres et les revues spécialisées. Les trophées sont si nombreux qu’ils jouent des coudes un peu partout.

Des channes, des médailles, des coupes par dizaine. Suisse, Italie, France, Espagne: le Surprise ne connaît pas de frontières. Il y a aussi ces fameuses plaques en aluminium remises à chaque participant du championnat de Suisse des Surprise. «C’est un peu old school mais c’est quelque chose qui faisait plaisir à beaucoup de monde, dit-il. Il y avait l’année et le DR

classement, et pas mal de gens aimaient bien les aligner sur le mur du garage ou à la maison. Cela représente bien l’âge d’or de la classe.»

Il le dit sans aucune forme de nostalgie puisque les choses changent naturellement. «On a produit ces plaques jusqu’en 1995 et je les ai toutes gardées. Il en va de même avec les revues annuelles qui répertorient toutes les courses suisses et internationales de la classe des Surprise à laquelle nous participions. C’est une mine d’or pour

retrouver les résultats des années passées. Maintenant, il y a Internet, le site, mais ce n’est plus pareil. Et puis, ça bugue tout le temps ces sites. Il n’y a que les Chinois, les Russes et les Américains qui maîtrisent le truc!»

Au fil des pages de ces rapports annuels, apparaissent les noms de très nombreux compagnons de route qui sont allés naviguer ailleurs. «Je suis un peu le dernier survivant de la grande période du Surprise, et je resterai avec ce bateau jusqu’au bout. J’en ai vu passer des navigateurs. J’en ai formé un nombre incalculable. Des bons, comme Éric Monnin ou Jérôme Clerc, qui ont disputé leurs premières régates avec moi lorsqu’ils étaient ados. Ils sont devenus des potes depuis, et ils ne manquent jamais

DR DR
DANS SON «MUSÉE» DU SURPRISE, ÉMERGENT DES PÉPITES. COMME CES PLAQUES EN ALU COMMÉMORATIVES REMISES AUX PARTICIPANTS DU CHAMPIONNAT. OU DE BELLES PHOTOS PRISES SUR LE LAC ET EN MER QUI ILLUSTRENT
LA MAÎTRISE DU «ROI RENÉ» QUI SAIT MIEUX QUE QUICONQUE GRATTER DES DIXIÈMES DE NDS.

LES CINQ JOURS DU LÉMAN, LE BOL D’OR ET LA TRANSLÉMANIQUE EN SOLITAIRE : AUCUNE DES CLASSIQUES DU LAC N’A ÉCHAPPÉ À CE FIN NAVIGATEUR.

de rappeler que c’est avec moi qu’ils ont commencé et qu’ils ont appris à bien naviguer. Sur le lac, bien sûr. Mais aussi en mer.»

René Mermoud, crinière blonde qui s’est teintée d’écume avec le temps, a baladé son Surprise sur tous les plans d’eau et a participé à un maximum de rendez-vous internationaux. À la Ciotat, il se souvient d’une navigation d’anthologie. «J’étais sponsorisé par Lamborghini et nous avions tapé les 20 nds au large de Cassis. Et en plus, un photographe était au bon endroit pour saisir l’instant. Tout cela pour dire que le Surprise est un bateau qui est capable d’aller très vite lorsque les conditions le permettent et que l’on sait bien s’en servir.»

La simplicité du bateau a grandement contribué au succès colossal du Surprise. Mais cet atout est aussi ce qui a fait sa complexité. «C’est pour ça que bien des stars du large, des marins français que je connais bien, ont toujours refusé de venir faire les 5 Jours du Léman. Ils n’avaient pas du tout envie de se prendre une branlée contre des gens qui maîtrisaient à la fois le bateau et la navigation sur le Léman!»

Certains sont tout de même venus et sont repartis en catimini. Marc Pajot a été l’un d’eux. «Il avait fait un Bol d’Or en Surprise qui avait duré 500 m, se souvient René Mermoud, hilare. Il y avait du sud-ouest et nous étions tous sous spi. Sauf que lorsque tu mets le spi en tête de mât, tu dois mettre le pataras pour le retenir. Marc Pajot avait oublié de le fixer et il a démâté. Peu après le départ, tout a basculé en avant. Comme quoi, même les plus grands ne sont pas à l’abri de faire une bêtise. Il s’est fait remorquer et a quitté la course en toute discrétion.»

Le «musée» de René Mermoud abrite de très nombreuses pépites. Et sa mémoire est remplie d’anecdotes qui renvoient à une époque où les shorts étaient vraiment plus courts, la crème solaire en option et la bonne humeur une obligation. C’était aussi le temps de l’innovation. «Luc Dubois a souvent navigué à ses débuts avec moi, et c’est sur mon Surprise qu’il a essayé la toute première voile en 3DL qu’il avait inventée et conçue dans son garage. On était allé dans un coin secret du lac pour l’étrenner.»

Tout commence sur un Surprise. Pour mieux finir dans le fabuleux «musée» de René Mermoud.

Luc Dubois
LUC DUBOIS (QUI LÈVE ICI LA COUPE DU CHAMPIONNAT DE FRANCE) A TESTÉ SES VOILES 3DL SUR LE SURPRISE DE RENÉ MERMOUD, COMPAGNON DE ROUTE À SES DÉBUTS SUR L’EAU.

Les champions suisses de Surprise

RégateAnnéeBarreur/EquipierBateau

Pas de championnat1977

Pas de championnat1978

Championnat d'Europe YCGenève1979André Fragnière/Pierre Bonjour/L. Crinel Sloogy

Swiss Surprise cup1980Pierre Ratajski/Pierre-Alain Dubach Stryke Z 31

Swiss Surprise cup CNVersoix1981Jean-Philippe L'Huilier/Olivier Emery Spider Z 64

Swiss Surprise cup CVLausanne1982Pierre Ratajski/Pierre-Alain Dubach Stryke Z 31

Championnat Suisse CVSNGenève1983Jean Degaudenzi/Michel Blaesi7 AC Z 141

Championnat Suisse Yvonand1984Pierre Bonjour/Nicole Bonjour Jolizair Z 107

Swiss Surprise cup Morges1985Michel Glaus/Tran-thi Thu-lang Tantrum Z 204

Championnat de série YCGenève1986Philippe Stern/Alain Gonnet Saudade 2 Z 200

Championnat Suisse Yverdon1987Dominique Wavre

Championnat Suisse Nyon1988Dominique Wavre

Championnat Suisse Versoix1989Christian Wahl

CER

CER

Genève 3 Z 249

Championnat de Suisse Cham/zug1990Christian Wahl CER Genève 2

Championnat de Suisse Yvonand1991Christian Wahl Genève 3 Z 330

Championnat Suisse Morges1992Bernard Gianola Bien sûr F 492

Championnat Suisse Lucerne1993Roberto Spata Testarossa ITA 846

Championnat Suisse SNGenève1994Jean-Marc Monnard/Marc Duboux Nurmahal SUI 364

Championnat Suisse Yverdon1995Martin Ingold/Thomas Schiess Loraley SUI 406

Championnat Suisse Vidy1996Jean-Marc Monnard/Marc Duboux Nurmahal SUI 364

Championnat Suisse Versoix1997Luc Dubois/Steve Ravussin

Championnat Suisse Herliberg1998Jean-Marc Monnard

Voiles Gautier SUI 425

CER Genève 1 SUI 451

Championnat Suisse Corsier1999Éric Monnin va...rhum9 SUI 506

Championnat Suisse Lugano2000Etienne David

CER Genève 2 SUI 452

Championnat Suisse Bouveret2001Pas validéSNG

Championnat Suisse Zug2002Arnaud Gavairon

Championnat Suisse Vidy2003Michel Glaus/Christophe Ganz

Championnat Suisse Neuchâtel2004Michel Glaus/Christophe Ganz

Championnat Suisse Bouveret2005Julien di Biase

Championnat Suisse Genève2006Jean-Marc Monnard

Optic de la Gare SUI 545

Teo Jakob SUI 518

Teo Jakob SUI 518

CER

CER

Championnat Suisse Ascona2007Alain Marchand Voiles Gautier SUI 636

Championnat Suisse Morges2008Lucien Cujean

Championnat Suisse Versoix2009Jérôme Clerc

Championnat Suisse Pully2010Jérôme Clerc

Championnat Suisse Lugano2011Lucien Cujean

CER-Implenia

CER 1 SUI 632

CER 1 SUI 632

CER Implenia SUI 631

Championnat Suisse Genève2012Éric Monnin va...rhum9 SUI 506

Championnat Suisse Morat2013Patrick Girod

Championnat Suisse Bouveret2014Michel Glaus

Championnat Suisse Lugano2015Michel Glaus

Mordicus SUI 672

Teo Jakob SUI 750

Teo Jakob SUI 750

Championnat Suisse Genève2016Nicolas GrouxCER GVA SUI 724

Championnat Suisse Brunen2017Éric Monnin

Championnat Suisse Versoix2018Emmanuel Müller

Championnat Suisse Grandson2019Frank Reinhardt

Pas de championnat2020

Championnat Suisse Lugano2021Emmanuel Müller

Championnat Suisse Tour de Peilz2022Kilian Wagen

Championnat Suisse Neuchàtel2023Kilian Wagen

Championnat Suisse Rolle2024Yan Perret-Gentil

Championnat Suisse de Vidy2025 Kilian Wagen

Liste sous réserve d'erreurs SNR/CBE

va...rhum9 SUI 506

Moi non Plus SUI 652

Petit Tabac SUI 643

Moi non Plus SUI 652

Miss Tick SUI 725

Miss Tick SUI 725

Luna SUI 909

Tcheûstekip

Plaisance

Le voilier de croisière préféré des Suisses

Au-delà de son aspect compétitif, le Surprise est aussi un engin de plaisir et de découverte des lacs. Témoignages croisés.

Texte ) Sophia Urban

On l’associe spontanément à la régate, à la monotypie, à la plus grande flotte du Bol d’Or ou aux bords tirés au contact sur le Léman. Pourtant, le Surprise est aussi – et peut-être surtout – un bateau de croisière. Des centaines de navigateurs l’utilisent pour vivre le lac autrement, loin des classements et des lignes de départ. Lorsque le Surprise arrive sur le Léman en 1976, grâce à François Séchaud qui le découvre au chantier Archambault, c’est un coup de cœur instantané. «C’était un déplacement léger et très innovant pour l’époque. Je l’ai exposé au Salon du Nautisme de Genève et le succès a été immédiat.» Les régates vont largement contribuer à sa notoriété, mais dès le départ, la croisière fait partie de son ADN. «La plaisance représente la plus grosse part de mes clients», ajoute François Séchaud, au sujet de son chantier

naval Aqua Planning. «Environ 30% sont de vrais croisiéristes réguliers, et beaucoup d’autres mélangent régate et navigation de loisir. C’est ce qui fait la force du Surprise.»

Sur près de 800 unités vendues en Suisse, rares sont celles qui n’ont jamais connu une nuit au mouillage ou un repas improvisé à bord. «C’est un bateau passe-partout: longueur, largeur, tirant d’eau, tout est juste», estime Alain Robert-Tissot, croisiériste aguerri. «J’ai navigué sur beaucoup de supports différents, et honnêtement, celui-ci reste le meilleur.» Le Surprise qui lui fait dire cela est un modèle ancien, qui l’accompagne depuis des années pour ses vacances sur le lac. «Je navigue seul ou à deux, souvent sans plan précis. Tu pars quand tu veux, tu t’arrêtes quand tu veux.» Avec son tirant d’eau d’environ 1,60 m, le Surprise se glisse partout: l’Aubonne, le canal de Villeneuve, les mouillages discrets le long des rives. «J’aime beaucoup Morges, surtout le port du Petit-Bois. Tu amarres, et tu manges le poisson pêché le matin même, à dix mètres du bateau.»

Cette simplicité se retrouve aussi chez Stéphane Holzer, propriétaire d’un Surprise depuis 1994. «Nous l’avons acheté à l’origine pour régater. Très vite, nous y avons passé nos vacances d’été. D’abord en couple, puis

Stéphane Holzer
STÉPHANE HOLZER ET SA FAMILLE RÉALISENT DES CROISIÈRES EN SURPRISE DEPUIS 1994.

lorsque les enfants sont arrivés, nous avons ajouté l’Optimist tiré derrière. Ils pouvaient naviguer seuls à côté de nous, c’était le combo parfait.» Le Surprise devient alors un véritable bateau de vie, même sans équipement à bord. «Nous n’avons pas de cuisine, donc chaque arrêt nous mène vers un restaurant le soir et un tea-room le matin. L’avantage avec le Surprise, c’est que nous larguons les amarres le matin puis voyons où le vent nous mène. Nous n’avons pas besoin de prévoir en avance puisque le bateau est petit et se glisse facilement entre deux places dans le port.»

Auprès de toutes les personnes interviewées, les anecdotes ne manquent pas. «Une fois, un bateau voisin a rompu ses amarres. La police nous a demandé de quitter le nôtre, et nous avons dû dormir sur une place de jeu, à quai», sourit Stéphane. Des souvenirs qui font partie du voyage. «L’autre avantage du Surprise, c’est qu’il est rapide. Depuis Hermance, nous rejoignons vite Rolle, Thonon-les-Bains, Morges, et même le Hautlac. Tout devient accessible. Aujourd’hui encore, après trente ans, nous avons toujours autant de plaisir.»

Une philosophie que l’on retrouve aussi chez la famille Mino, dont l’histoire avec le Surprise commence dans les années 1980. «Nous avons débuté avec Le Petit Baigneur», se souvient Pascal Mino. «C’était notre porte d’entrée dans la voile. Le Petit Baigneur nous a permis de tout faire. Des

Bertrand Favre
François Séchaud
François Séchaud
FRANÇOIS SÉCHAUD ET SA FAMILLE PROFITAIENT DÉJÀ DE LA CROISIÈRE EN SURPRISE EN 1976.

sorties à la journée, des baignades, des nuits à bord, des petites croisières et des régates également. Sans oublier l’incontournable Croisière Eynard, des moments de bonheur et de communion. Le plus important est de partager tout cela entre générations.» Aujourd’hui encore, le bateau continue de vivre, utilisé collectivement par des amis. «Il vieillit bien. Il est simple, efficace, et donne envie de naviguer.»

La croisière en Surprise, c’est aussi accepter un autre rythme. Prendre le temps de trouver un mouillage, de nager jusqu’à la rive, de regarder passer les bateaux, notamment pendant les 5 Jours du Léman. « Nous les observons depuis le mouillage, et c’est très beau », sourit Alain, qui ne rate pas une occasion de tirer un bord spontanément avec un autre Surprise croisé sur le lac, toujours cette petite envie de se tirer la bourre même en croisière.

Ce rapport simple à la navigation permet de plus une transmission naturelle. Alain a longtemps navigué avec ses filles. «C’est un bateau idéal pour ça. On apprend, on observe, on prend le temps. Le bateau est léger, réactif, rassurant. Même quand le vent se lève, on s’y sent en sécurité.»

Ce qui ressort de tous ces témoignages, c’est le sentiment de liberté et de partage qu’offre ce bateau. Comme le résume François Séchaud: «C’est un bateau qui fait tout bien. Non pas parce qu’il est spectaculaire, mais parce qu’il est juste.»

Sur le Léman, depuis près d’un demi-siècle, cette justesse continue d’offrir des croisières lémaniques magiques.

QUOI DE MIEUX QU’UNE CROISIÈRE EN SURPRISE POUR S’INITIER AUX PLAISIRS DE LA BARRE?

Festivités

Une saison remplie de points d’interrogation

L’année 2026 s’annonce festive. À l’initiative de l’Aspro, plusieurs rendez-vous viendront célébrer le fringant quinquagénaire. Tour d’horizon.

L’Association des propriétaires de Surprise (Aspro) entend marquer le coup en 2026. Au moment de boucler ce numéro, quelques inconnues subsistaient encore. Mais plusieurs dates figuraient déjà en bonne place dans l’agenda des responsables de la série. Entre régates disputées et soirées conviviales, cette cinquantième saison promet d’être remarquable. À commencer par le Trophée Europ’sails, qui s’élancera les 2 et 3 mai à Versoix. Il comptera sept manches et une finale, programmée au Critérium de Pully, les 10 et 11 octobre.

Yves Ryncki
Yves Ryncki

Des temps forts jalonneront également la saison. Du 5 au 7 juin, l’Aspro a décidé de voir grand lors du Bol d’Or du Léman. La participation d’une centaine d’unités à la plus grande régate de Suisse pourrait s’accompagner d’un marquage spécifique et de quelques animations exceptionnelles.

Deux mois plus tard, du 2 au 6 août, cap sur Brunnen. La ville du pacte fédéral de 1291 et le lac des Quatre-Cantons offriront un écrin historique au championnat suisse. C’est aussi le fief de la famille Monnin, figures incontournables de la série. Les organisateurs souhaitent «inviter les 25 meilleures équipes de Surprise» pour une confrontation sans concession. De quoi allécher les équipages.

Dans la foulée, il faudra reprendre la route afin de ramener équipages et bateaux à la Société Nautique de Rolle. Les 8 et 9 août, la Fête du Jubilé

y sera organisée. Au programme: «une grande parade lacustre, des animations pour les enfants, des quiz Surprise, un grand repas sous tente et de la musique jusqu’à tard.» De quoi guincher, du côté de Rolle. Rideau.

Les festivités 2026 des Surprise en ligne

DR
Yves Ryncki

LA RÉFÉRENCE DU MULTICOQUE À VOILE ET À MOTEUR

LA GRANDE MOTTE - FRANCE

ORGANISÉ PAR
UN SALON DE

UN BALI AU MOUILLAGE À QUELQUES MILLES DE DUBROVNIK : SEUL SUR LE PLAN D’EAU ET DES LUMIÈRES AUX CONTRASTES MAGNIFIÉS, TELLES SONT LES JOIES QUE VOUS RÉSERVE

LA NAVIGATION AUTOMNALE EN CROATIE.

Le

Skippers 100 sera en kiosque cet été avec son lot de surprises!

•Les 100 bateaux immanquables sur le marché

•25 portraits de lecteurs de Skippers

•Croisière automnale en Croatie

•Team Tilt fête ses 13 ans

•Retour sur le Bol d’Or

Impressum

Édition

GMT Publishing Rue des Vollandes, 23 1207 Genève T: 022/ 404 20 04 info@skippers.ch

Photo de couverture

Bertrand Duquenne

Magazine officiel de la Fédération Suisse de Voile, Skippers voile & océan est disponible en kiosque et sur abonnement, en français ou en allemand.

Éditeur: brice.lechevalier@skippers.ch

Co-rédacteur en chef: olivier.evain@gmtpublishing.com

Co-rédacteur en chef: louis.taurel@skippers.ch

Secrétaire de rédaction: julien.beauchot@skippers.ch

Administration et finances: alexandra.montandon@skippers.ch

Responsable commercial: louis.taurel@skippers.ch

Administration et publicité

Skippers – voile & océan

Rue des Vollandes, 23 1207 Genève

Rédaction par ordre d’apparition

Olivier Evain, Marie Le Berre, François Trégouët, Louis Taurel, Jean-Christophe Guillaumin, Vincent Gillioz, Pierre-Antoine Preti, Grégoire Surdez, Walter Rudin, Sophia Urban, Thierry Verhulst, François Enzler, Julien Beauchot, Daniel Bouwmeester.

Photographes par ordre d’apparition

Bertrand Duquenne, Samo Vidic, Lloyd Images, Gwidon Libera, Loris von Siebenthal, Caroline Pirskanen, Gilles Martin-Raget, Tobias Stoerkle, Lauric Thiault, Louis Taurel, Louis Jeunet, Christophe Migeon, Doriane Letexier, Alexandre Lamoureux, François Trégouët, Dominique Hausser, Héloïse Martin, Jérôme Kelagopian, Brice Lechevalier, Jean-Christophe Guillaumin, Julien Gazeau, Black Pepper Yachts, Jerôme Houyvet, JeanMarie Liot, Christophe Favreau, Travis Hayto, Ricardo Pinto, Gary Oakley, Felix Diemer, Alexander Champy-McLean, Ian Roman, Robin Christol, Vincent Curutchet, Kacper Libera, Thierry Verhulst, Sailing Energy, Nicolas Jutzi, Daniel Vonwiller, Olivier Lhopez, Olivier Michon, Tim Wright, Jean-Mi Photographies, Sailaway, Joaquin L.M. Delacey, MarineVerse, Yves Ryncki, Mateo Giraud, Yves Ronzier, Vincent Gillioz, Luc Dubois, Stéphane Holzer, François Séchaud, Bertrand Favre.

Graphisme: Mélanie et Nicolas Zentner, www.enzed.ch

Traduction allemande: Sabine Dröschel, trad@vtc.ch

Relecture française: Coline Rouge, colinerouge.com

Photolithographie : Bombie, bombie.ch

Impression: Imprimerie Chirat SA

Parutions

Avril, juillet, septembre, décembre (+ hors-séries Travel en juillet et Motor en septembre)

Abonnements Suisse

Pour un an (4 n°): CHF 42.-

Pour deux ans (8 n°): CHF 79.-

Abonnements France et Allemagne

Pour un an: 54€

Pour deux ans: 90€

www.skippers.ch

Louis Taurel

Qu’est-ce qui nous pousse à nous dépasser? À braver l’inconnu? À nous aventurer au-delà de nos propres limites? C’est l’état d’esprit à l’origine de la marque TUDOR. Celui incarné par chaque montre TUDOR. Notamment la Black Bay 68, une montre de plongée en acier d’un diamètre de 43mm et certifiée Master Chronometer par METAS. Certains se contentent de suivre.

D’autres sont nés pour oser.

Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook