skippers voile & océan - N°83 - AVRIL - MAI - JUIN 2022
Spécial Bol d’Or Mirabaud Ils ont marqué l’histoire du Bol L’interview du Président Yann Pétremand La Sailing Squad dans les starting-blocks
Loris von Siebenthal
SUPPLÉMENT RÉALISÉ EN PARTENARIAT AVEC L’ACVL
Loris von Siebenthal
SPÉCIAL BOL D’OR MIRABAUD - ÉDITO
Cap sur la plus belle des régates Vous tenez entre vos mains le premier supplément de Skippers dédié au Bol d’Or Mirabaud. Enfin ! Ce projet a en réalité deux ans d’âge. Dans les premiers mois de l’année 2020, les péripéties globalisées que nous avons connues étaient venues bouleverser le calendrier sportif et, par la même occasion, stopper net cette initiative. Cette année, le Bol d’Or Mirabaud devrait reprendre des couleurs et même les porter avec une nouvelle vigueur. Le nouveau président de son comité d’organisation, Yann Pétremand, tient à lui rendre hommage en lui donnant une dimension festive inédite. Retrouvez à cet effet son interview exclusive au sein de ce carnet. Les pages qui suivent vous per-
mettront d’explorer la grande histoire du Bol d’Or à travers les anecdotes des grandes figures qui ont forgé sa légende. Reprenez également une double ration d’actualités avec nos focus sur les TF35, qui jetteront à coup sûr leur dévolu sur la victoire, et sur la Sailing Squad de Mirabaud, qui revient pour une saison 2. Remercions chaleureusement l’ACVL, qui nous fait l’honneur de s’investir dans la distribution de ce supplément. L’occasion de souligner l’importance du temps compensé comme marqueur d’équité pour nos régates. Un excellent article vous en expliquera d’ailleurs tous les rouages. Bon Bol d’Or Mirabaud à tous les amoureux de ce rendez-vous magique.
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Quentin Mayerat Rédacteur en chef
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SPÉCIAL BOL D’OR MIRABAUD - SOMMAIRE
Édito
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Mot du président de l’ACVL
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Ils ont marqué l’histoire du Bol
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Yann Pétremand
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Temps compensé
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TF35
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Mirabaud Sailing Squad
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Un ouvrage de référence pour les 150 ans de la SNG
30 skippers voile & océan
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Yves Ryncki
SPÉCIAL BOL D’OR MIRABAUD - MOT DU PRÉSIDENT
Chères navigatrices, chers navigateurs, C’est pour l’ACVL une grande joie de s’associer une nouvelle fois à Skippers pour vous proposer la lecture de ce supplément consacré au Bol d’Or Mirabaud. Cette formidable régate, qui va vivre sa 83e édition, constitue chaque année un rendez-vous particulièrement cher aux membres de l’ACVL, où l’application de la jauge SRS est plus que jamais poussée sous les projecteurs. C’est d’ailleurs l’occasion pour moi de rappeler que l’heure n’est pas encore venue de remettre en question la validité de ce système, malgré l’apparition de monocoques à foils toujours plus nombreux sur nos plans d’eau. Dans une épreuve de longue distance comme le Bol d’Or Mirabaud, qui demeure un exercice très compliqué, avec de nombreuses transitions, les foilers n’ont pas encore démontré une supériorité à toute épreuve qui pourrait remettre en question l’application du Swiss Rating System, même si des réflexions sont déjà en cours. Alors que progresse cette année 2022, nous nous réjouissons également de retrouver une compétition débarrassée des restrictions exigées par la pandémie de Covid. Avec le recul progressif du virus, les craintes de ne pouvoir naviguer au-delà de la fameuse frontière lacustre – par ailleurs matérialisée en mai 2021 sous la forme de la performance lémanique du Bref Alignement –, dans les eaux dites « françaises », se sont également évanouies. Nous espérons ainsi assister au retour d’une forte participation au BOM de nos amis français, qui ont longtemps été bloqués au port, interdits de navigation. Notre Bol d’Or Mirabaud se doit en effet plus que jamais de jouer son rôle fédérateur autour de notre passion vélique commune. Bon vent et bonne régate ! Yorick Klipfel, président de l’ACVL
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Un retour à la normale bienvenu
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SPÉCIAL BOL D’OR MIRABAUD
Souvenirs du Bol d’Or Mirabaud
Ils ont marqué l’histoire du Bol Entre les gentlemen sailors du siècle passé et les acrobates d’aujourd’hui, équipiers de supports aussi réactifs sur l’eau que les Formule 1 sur le bitume des circuits, bien de l’eau a coulé sous les coques. Le Bol d’Or, devenu Mirabaud entre temps, est un laboratoire exceptionnel. Pas pour rien que les grands navigateurs océaniques viennent régulièrement y participer et s’y mesurer. Entre célébrités d’alors et jeunes loups d’aujourd’hui, coup d’œil dans le rétro.
Texte ) Jacques-Henri Addor
BERTRAND CARDIS : les grandes années d’Happycalopse « Le Bol d’Or, c’est pour moi un rêve d’enfant. Qui s’est concrétisé le jour où Marc-Edouard Landolt est venu nous demander de construire un multicoque en mesure de gagner le Bol. Et nous l’avons gagné trois fois avec Happycalopse, en 1990, 1991 et 1995. En 1994, magnifique Bol de bise, nous étions en position de gagner définitivement le trophée et d’établir un nouveau record. Mais, pour une poignée de secondes, nous nous sommes fait siffler la victoire comme le record par Triga IV de Peter Leuenberger en 5 h 01’’ 51’’’, imbattu à ce jour. C’était à la fois une terrible frustration, mais aussi un immense plaisir de faire le tour du lac en si peu de temps.
rés avec Philippe Stern et Triga. Au retour, gros orage dans le Petit-Lac. On a gagné avec 500 m d’avance sur notre poursuivant, grâce à Marco qui nous encourageait à attaquer sans relâche. C’est comme ça qu’on a gagné, en faisant évoluer le bateau en permanence. De cette évolution sont issus les D35 qui ont signé presque 20 ans de l’histoire du Bol d’Or. »
À BORD D’HAPPYCALOPSE, JACQUES MILLIQUET, FRANÇOIS « KINET » HÄGLER, ET BERTRAND CARDIS.
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Jacques Kinet
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Tout au long des années Happycalopse, nous avons été une super-équipe pour mener le bateau au maximum. William Moody, François « Kinet » Hägler, Alain Testuz, Jacques Milliquet, mon frère Philippe, Marco Landolt et moi. Marco était non seulement un mécène hors pair, mais il faisait partie intégrante de l’équipage et nous stimulait. En 1990, on s’était bagar-
FRANÇOIS THORENS : le loup du Haut-Lac En 1979, avec le Zoé de Fernand Isabella, nous avons non seulement remporté le Bol, mais aussi établi un nouveau record en 12 h 56’’. Une année magistrale, assortie d’un gros orage devant Le Bouveret. On était descendus sous spi comme des boulets, non sans partir au tapis. Ont suivi les années en Lüthi 952. Nous avions pris l’habitude de ne faire qu’un demi-Bol d’Or, tant ça nous barbait de redescendre jusqu’à la Nautique. On en avait même fait des T-shirts avec notre parcours : La Tour-de-Peilz – SNG – Bouveret – … La Tour-de-Peilz ! Une année, nous nous sommes fait dépasser par deux Psaros. Mathias, un de mes équipiers, a saisi l’occasion : « Tu es sûr que tu ne veux pas changer de bateau ? » Avec Jean Psarofaghis, nous sommes allés voir un Psaros 40 en Autriche, qui allait devenir le nouveau CellmenTBS. Le temps de le prendre en main et de supprimer tout ce qui me semblait superflu, on a gagné le Bol d’Or Mirabaud de 2018, 21 minutes devant Raffica. Mon frère me téléphone à peine la ligne d’arrivée franchie, pour me dire que nous avons gagné en TCFX. Et me dit : « De là-haut, papa doit avoir suivi toute ta course et il doit être fier de toi. » (Leur père, Jeannot Thorens, figure du Haut-Lac, est décédé deux ans plus tôt N.D.L.R.). Des moments comme ça, ça ne s’oublie pas. »
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D. Carlier
« J’ai couru mon premier Bol d’Or à bord du Der de Bernard Barro. Nous étions une équipe de juniors laseristes à La Tour-de-Peilz, et Bernard nous avait pris pour le Bol. Ça n’a pas fait long feu : on a arraché la têtière de la grand-voile et rapidement abandonné.
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SPÉCIAL BOL D’OR MIRABAUD
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Jesus Renedo
JÉRÔME CLERC : le déclic de 2012 « J’ai dû disputer une vingtaine de Bol d’Or, dont trois sur trois multis différents qui démontrent toute l’évolution de Realteam. On gagne l’édition 2012 en D35. Un Bol d’Or Mirabaud à marquer d’une pierre blanche, tant il nous a procuré de super moments. C’est certainement cette année que Realteam a pris son essor. En descendant le Petit-Lac, nous étions seuls devant tout le monde, savourant une satisfaction assez rare. En 2017, Bol de grosse bise, on avait décidé de se lancer en GC32. À Lausanne, on se retrouve tanqués par manque de vent et accumulons une heure de retard. En revanche, à la descente, on s’est fait plaisir : 1 h 30 pour rallier la Nautique. Si le lac avait été plus long, on aurait gagné. L’année dernière, on était en TF35. Persuadés qu’on terminerait de jour. Ça s’est traduit en Bol d’Or Mirabaud de nuit, ce que nous n’avions pas du tout anticipé. Voler de nuit avec la flotte qui se regroupe tout autour, plus le ballet des canots à moteur, ça avait des allures de StarWars ! Mais on n’était pas inquiets, toujours au contrôle de notre bateau. En revanche, ça n’a pas été la même chose en 2019, lors de ce puissant orage – notre dernier Bol en D35. On a affalé toutes les voiles d’avant, mais gardé la grand-voile pour rester manœuvrant. On avait toute la flotte des monocoques qui nous venait dessus, en détresse. Notre première préoccupation était évidemment d’éviter les collisions. Il y a eu deux rafales, la grand-voile a claqué deux fois et le mât est tombé. De bien placés, on s’est retrouvés en mode naufragés. Notre anémomètre a enregistré 58 nœuds. »
KINY PARADE :
L’année suivante, numéro 1 sur le Niolu, je me suis vue équipée de gants roses par Canard. Déjà que je ne porte ni gants, ni chaussures, et en plus roses… C’était pour manipuler une arme secrète, un spi monstrueux tout en mylar pour le tout petit temps, qu’on a immédiatement surnommé « la capote anglaise » ! Il devait durer 3 ans, il n’a fait qu’une saison.
le Bol façon rock and roll « J’ai fait mon premier Bol d’Or en 1994, à bord d’un Fun du CER. Première grosse régate, arrivés au large du Bouveret, encalminés, plus de vent, mais, en revanche, une houle résiduelle d’enfer. Et à ce moment, une envie pressante… Pour une fille, aller à l’arrière d’un bateau tout ouvert quand la houle s’invite à bord…
Autre Bol à bord du Bellotti. C’était l’anniversaire d’un équipier, Pierre Wakley. Pour marquer le coup, j’avais emmené un gâteau que j’ai monté sur le pont toutes bougies allumées au large de Genthod. Et pas une ne s’est éteinte. C’est dire si ça soufflait.
S’en est suivi une nuit glaciale. Nous n’avions pas les vêtements performants d’aujourd’hui. Les fibres commençaient à apparaître. Mais pour nous, c’était T-shirts en coton, cirés Cotten ou Equinoxe avec les élastiques aux poignets, et bottes Romika !
À bord du M2 Genolier, encalminés sous le Dézaley, lac lisse. Nous étions tout l’équipage sur le flotteur, sous le vent, lorsqu’une rafale catabatique s’est abattue sur le lac. Sans le réflexe instantané d’un de nos barreurs, qui s’est projeté et suspendu sur l’échelle de la coque au vent, nous aurions fini sur le toit. »
PETER MUSKENS :
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le Poulidor
EN 1979, OISEAU ROC EST LE PRÉCURSEUR DES MULTICOQUES SUR LE LÉMAN.
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« Le Bol d’Or est lié à mes multicoques, les Oiseau Roc. Avec le 4, j’ai eu la chance et la grande satisfaction de le gagner en 1987, avec un équipage magique, Jacques Emery et Canard. Sinon, j’ai fait 2e la plupart du temps. Un vrai Poulidor du Bol d’Or ! En 1979, j’ai commandé le 1er Oiseau Roc à Exa Nautica, un plan Kelsall de 28 pieds. Le bateau est arrivé en kit et nous l’avons construit dans un jardin de Corsinge, juste à temps pour courir le Bol. Catherine, ma femme, avait préparé une salade de riz. Nous avons bloqué la barre pour pouvoir manger ! On était très amateurs dans notre démarche. Mais, sans nous en rendre compte, on venait de pousser la porte d’une nouvelle ère. Dans un monde où il n’y avait que des Toucan, Tiolu et Améthyste, autant dire qu’on nous regardait de travers. Il y a même eu une pétition pour interdire les multicoques ! Quand on y repense, à la lumière de
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