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Saint quentin cerveau au service du sang

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SANTÉ

GÉRARD DINE

Un cerveau au service du sang Le Troyen d’adoption Gérard Dine passe sa vie à lutter contre la leucémie, le dopage, les « bugs » de l’ADN, les limites de l’espèce humaine. Portrait. Par L'Est Eclair | Publié le 04/02/2018 à 05h54 PARTAGER TWITTER Le journal du jour à partir de 1€


Gérard Dine a créé le laboratoire et le service d’hématologie (maladies du sang) au centre hospitalier de Troyes. - photo Ludovic PETIOT Photographe: photo Ludovic PETIOT

LECTUREZEN


G

érard Dine fait partie de ces gens rares qui font se sentir

plus intelligent. Sur la route de l’hôpital de Troyes, où le rendez-vous est fixé à l’unité d’hématologie qu’il a créée, on se dit qu’on a intérêt à rester concentré pour intégrer la masse d’informations qui va déferler à propos de ses recherches sur les maladies du sang, sur le dopage dans le milieu du sport, sur les machines ultramodernes qu’il a installées au centre hospitalier. On est presque fatigué d’avance, tant on a conscience du fossé qui nous sépare de cet hyperspécialiste. Sur le chemin du retour, après deux heures de discussion, on est bouche bée, le photographe autant que la journaliste. On aurait pu écouter pendant des heures ce médecin à la retraite, pédagogue comme on en rencontre peu, passionnant comme un excellent roman. Parce que Gérard Dine n’est pas seulement ce professeur de biotechnologies expert auprès du Tribunal arbitral du sport de Lausanne et pour le compte de plusieurs fédérations nationales et internationales de sport, qui a été capable d’identifier un gène de la performance.

Adapter l’espèce humaine pour envoyer des hommes sur mars ? Il est aussi ce chercheur qui a travaillé pour le CNRS, et qui fut le fondateur de l’Institut de médecine de Troyes, en 1983. « Ce sont les sociétés futures qui vont devoir gérer la question de l’éthique quant à la manipulation de l’espèce et de ses gènes. » Il est ce monument de la médecine sportive qui vous explique avec une simplicité joviale que ses travaux sur la génomique humaine, qui croisent des recherches sur l’optimisation des performances des athlètes de très haut niveau, et une observation des cellules de patients gravement malades, sont utilisés par les scientifiques dans


leur réflexion sur les moyens de repousser les limites de l’espèce humaine, afin d’envoyer des hommes sur Mars. Rien de moins. « Cette réflexion est déjà dans les tuyaux. Ce sont les sociétés futures qui vont devoir gérer la question de l’éthique quant à la manipulation de l’espèce et de ses gènes. Mais on n’a plus qu’à ouvrir quelques portes… En théorie, des programmes de transgénèse proposés aux myopathes sont déjà envisagés pour les spationautes. » Gérard Dine est également cet homme abordable qui vous raconte, si vous insistez un peu, mais avec recul et humour, à quel point « c’était chaud » pour lui, quand l’affaire Festina a éclaté en 1998.

Dans le bureau du procureur Gariniello… Ou quand il a été nommé expert par le procureur Gariniello en Italie. Le magistrat qui a révélé les affaires de dopage dans le football à la Juventus de Turin. « La mafia a tenté de m’intimider. Je me souviens qu’un service de sécurité est venu me chercher à l’aéroport pour m’amener directement dans le bureau du procureur. J’avais l’impression d’être dans un film. Là, c’était compliqué… »

Un passeport antidopage utilisé dans le monde entier Pourquoi lui ? Parce qu’il a lancé, en 1987, une association de recherche, l’IBT, installée à la technopole de l’Aube. Et c’est cet institut qui a décrit en 1999 et déposé dix ans plus tard le passeport biologique Sportifo, un passeport antidopage utilisé dans les compétitions sportives du monde entier. Celui qui a fait éclater le scandale Festina à la fin des années 1990. « Nous avons été fortement combattus par les dopeurs et les lobbys relais. Ils ont tenté de remettre en cause notre compétence et notre intégrité à cette époque », relate le Troyen. « Nous avons été combattus par les dopeurs et les lobbys relais. Ils ont tenté de remettre en cause notre compétence et notre intégrité. » Or, cet hématologue et ingénieur biomédical avait travaillé sur l’EPO utilisé pour les malades.


Lorsque ce produit a été détourné pour le dopage, Gérard Dine, qui était aussi connu pour son rôle dans l’encadrement de l’équipe de France de rugby lors de la première Coupe du monde, a été approché par le ministère pour travailler sur le sujet.

Du microscope au Big Data Gérard Dine a eu mille vies. Né à Saint-Quentin (Aisne) le 7 avril 1951, il a grandi dans une famille modeste de voyageurs irlandais. Son père était peintre en bâtiment, et sa mère, fille de salle à l’hôpital. Lui-même est parti à Nouméa pour faire son service civil en 1978, alors qu’il était interne en médecine. Lorsqu’il est rentré pour finaliser son cursus, heureux de se retrouver dans une ville « à taille humaine », il y avait tout à construire. « Il a fallu créer un service d’hématologie et un laboratoire. Car c’était le vide entre Dijon et Paris, puis entre Orléans et Nancy. On l’a fait, et en trente-cinq ans, on est passé du microscope au Big Data. Aujourd’hui, des machines d’analyse optique nous permettent de gagner un temps précieux dans le diagnostic des maladies du sang. Si cinq cellules débloquent sur 50 millions, la machine va les trouver en quelques heures. Ça s’appelle la cytométrie. » Quand Gérard Dine a entamé son internat, les patients étaient souvent foudroyés en quinze jours par un cancer du sang. À l’heure où il cesse la pratique de la médecine, on guérit 90 % des leucémies des enfants.

« Les agressions environnementales cassent l’ADN » Co-auteur d’un ouvrage avec Pierre Laure, intitulé Exploration et suivi biologique du sportif (Masson, 2001), dont le second tome, sur la biologie du sport, sortira en juin prochain, Gérard Dine a également obtenu de nombreux prix, dont le deuxième prix de l’Innovation technologique au Salon international du laboratoire, en 1989, à Paris, pour avoir créé la première machine automatique à groupe sanguin. « Gérard a insufflé au service une dynamique que nous avons gardée après son départ. Il a créé un service qui compte aujourd’hui cinq cliniciens, dix lits, avec environ 5 000 à 6 000 patients qui viennent consulter », précise le docteur Yves Rehn, qui a succédé à Gérard Dine à la tête de l’unité de biologie hématologique en 2016.


« Entre centrale nucléaire et agriculture, il serait intéressant de mener une étude épidémiologique dans l’Aube. » Quand ces deux-là se rencontrent, ils discutent cytopathies, ces maladies qui affectent les cellules. Leurs regards convergent sur les causes de l’évolution des maladies du sang, des cancers. « Les agressions environnementales sur le corps humain sont de plus en plus importantes. Elles cassent l’ADN. Quand il tente de se réparer, arrivent les bugs. Les cancers. Entre centrale nucléaire et pratique de l’agriculture, il serait intéressant de mener une étude épidémiologique dans l’Aube. Je l’ai proposé quatre ou cinq ans après mon arrivée, rappelle Gérard Dine. L’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) n’a pas financé. Après quarante-deux ans d’hôpital, Gérard Dine, marié et père de deux jeunes médecins, a quitté les semaines de 70 heures de travail et démarré une nouvelle vie. Pas vraiment plus reposante…

Biomatériaux en Afrique Chargé d’enseignements à l’école Centrale-Supélec à Paris, il continue ses travaux de recherche via l’institut Imagine, qui se penche sur les maladies rares (programmes sur l’énergétique humaine avec de jeunes chercheurs), il coordonne des recherches appliquées à l’Irmes (Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport) et voyage beaucoup comme consultant auprès de plusieurs compagnies biomédicales internationales. « Imaginer l’utilisation de la thérapie génique pour permettre à un athlète de s’améliorer, ça me gêne. » Il travaille pour des sociétés qui organisent des partenariats avec des investisseurs locaux en Afrique en vue d’installer des laboratoires et fabriquer des biomatériaux. « La contrefaçon de médicaments est un important problème de santé publique sur ce continent, qui a besoin de partenariats, et non d’assistanat », assure Gérard Dine. Ça ne s’arrête pas là. Plusieurs de ses élèves l’ont coopté dans leurs start-up à Paris, il est toujours associé aux grands événements sportifs mondiaux en tant que médecin du sport (rugby, football, tennis, ski, handball, judo…) et il travaille sur des programmes d’optimisation de la performance athlétique.


Jusqu’où, la thérapie génique ? Une sorte de dopage licite, « ou comment utiliser des produits comme la cétone (molécule de stress fabriqué par le corps humain), pour stimuler les sportifs. C’est une forme de médicalisation pour des gens pas malades. Pour atteindre des records, aux limites de l’espèce. Ça reste un apport, c’est légal, mais évidemment, cela pose question sur le plan éthique. Jusqu’où est-on prêt à aller ? Utiliser la thérapie génique pour tenter de repousser Alzheimer doit poser question. Cette utilisation pour permettre à un athlète de sauter à trois mètres de hauteur, là, personnellement ça me gêne. » Mélanie LESOIF-KADDAR


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