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sur la piste du criquet 50 années de recherche et d’aventure
michel lecoq
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© 2016, Michel Lecoq Impression : BoD – Books on Demand, Norderstedt, Allemagne
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Avertissement Cet ouvrage est un recueil d’anecdotes et d’épisodes de ma vie professionnelle remémorés au fil des années récentes sans ordre chronologique, selon mes envies et mon inspiration du moment revivifiée par la redécouverte de photographies et diapositives accumulées en trop grande quantité au fil des années et stockées dans des placards. Après mon départ en retraite, en 2011, je me suis retrouvé en possession d’un stock considérable de documents photographiques, d’intérêts très divers voire sans intérêt pour certains. J’avais alors le choix entre tout jeter ou trier, pour sauver ce qui pouvait encore présenter un peu d’intérêt pour moi, ma famille, voire mes anciens collègues. Je décidais donc de regarder toutes ces photos, de numériser celles que j’estimais devoir être sauvées et de les commenter brièvement pour les replacer dans leur contexte et leur donner un sens. Je rédigeais le tout sous la forme d’un blog, sur internet, article par article, à mon rythme, en les classant par année et par pays. Puis, le moment venu et estimant avoir fait le tour de la question, je replaçais tous ces articles par ordre chronologique et éditais cet ouvrage. J’espère que certains prendront plaisir à le feuilleter voire à le lire, à commencer par Christiane, Lydéric et Elphège. Ils découvriront alors, sans doute en grande partie, ce que je faisais à l’étranger lors de mes trop longues absences. Cet ouvrage leur est bien sûr très affecteusement dédié. Michel Lecoq er
Castelnau-le-Lez, le 1 septembre 2016
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1965-‐1968 Les années d'université
L’action commence en 1966, dans le parc floral du château de la Source, non loin de l'université d'Orléans, pendant un moment de détente entre deux cours. C'est ma première année d'université. Je suis inscrit au certificat d'études supérieures en « sciences physiques, chimiques et naturelles », le fameux S.P.C.N. Beaucoup de travail, plus de 700 étudiants inscrits, des soirées interminables à réviser mes cours... mais au final une mention et une place honorable puisque j'arrive à me classer dans les 10 premiers. J'ai rassemblé ici quelques trop rares photos de ces années de fac, de 1965 à 1968, et de mes vacances de l'époque. Photos prises à l'occasion de diverses excursions de biologie ou de géologie, ainsi que lors de mes stages universitaires, en 1968 à la station de biologie marine de Roscoff en Bretagne, ou encore à celle de Luc-sur-Mer près de Caen. Et puis photos de vacances, dans le Yorkshire avec Ian, mon correspondant anglais, et surtout en Haute Garonne, pendant les étés de 1965 à 1967, pour des stages d'archéologie et de préhistoire organisés par la Fédération des oeuvres laïques. Ces stages se déroulaient sur le chantier de fouille de la villa gallo-romaine de Montmaurin et des thermes voisins de la Hillère, non loin de Saint Gaudens. Ils étaient chapeautés par l’excellent M. Fourcade, avec « Dame Tartine » aux fourneaux ! Une expérience passionnante et des souvenirs inoubliables. C'était l'époque du rock et de la pop musique. C'était l'époque, en vrac, des Beatles, de John Baez et Bob Dylan, de Hugues Hufray, Jean Ferrat, Marie Laforêt, Procol Harum, Adamo, mais aussi des Brothers Four, des Mama's and the Papas, de Marianne Faithfull, Percy Sledge, Peter Paul & Mary, ou bien encore des Rubbets et de Simon & Garfunkel. De belles années. Tout cela se termina dans l'agitation de mai 68 et par mon départ pour l'université de Paris XI Orsay. Tout cela annonçait le début de la grande aventure dont je vais extraire quelques souvenirs et anecdotes dans les pages qui suivent.
Dans une salle d'étude, à l'université d'Orléans, pendant l'année 1965-66.
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Quelques photos d'une excursion de géologie en Sologne et en Touraine en 1966. Avec moi, le groupe d'amis du SPCN: Monique Bourret, Jean-Pierre Asselin, Didier Morin, Denis Hemme, Jacques Maignant.
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A Luc-sur-Mer, en 1967, avec l'ensemble des étudiants du certificat de biologie animale d'Orléans. Au premier rang à gauche, Denis Hemme, un garçon de labo puis Jean Dabard. Debout, en partant ème ème ème de la gauche, Christian Duvigneau (3 ), Nicole Alamichel (5 ), Brulé (maître-assistant, 9 ), ème ème Robert Delavault (prof. de biologie cellulaire et animale, 10 ), Annie Grivel (11 ).
Sur le Pluteus 2, lors d'un stage de zoologie à Roscoff, en 1968. En bas à gauche: Christiane Lassere, Dominique Didelot, Annie Grivel, Jean Dabart, Evelyne Maître, Christine Martin. A droite: Mme Brulé, assistante de zoologie. 9
Toujours sur le Pluteus 2 en 1968. Christine Martin à gauche et moi à droite.
1965. A la sortie de la grotte Anet, non loin de Montmaurin, en Haute Garonne. Au centre: Françoise Clavel, Monique Fourcade, moi (assis dans l'herbe avec des lunettes) et Jean-Pierre Garrigue, surnommé « le Para » (debout). 10
1965 dans une grotte (la grotte Anet), non loin de Montmaurin.
A gauche: Françoise Clavel, moi (avec lunettes), Monique Fourcade et deux autres amis.
A droite : moi, Françoise Clavel et Annie Fourcade à l’arrière plan.
A Olivet, dans le jardin, en 1966. A l'arrière plan, sur la photo du bas, le chalet, maintenant disparu.
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En vacances, quelque part dans le Yorkshire, avec la famille de Ian.
1966. En ballade quelque part dans la région de Montmaurin. A partir de la gauche: Annie Fourcade et l'une de ses soeurs, Ian Graham (caché), 2 stagiaires, Monique Fourcade et sa petite soeur. Je suis à l'extrême droite, chemise ouverte.
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1969 L'aventure commence Devant la gare de Montpellier, avec Jacques Bordon, un ami du DEA d'entomologie de l'université de Paris-Orsay, promotion 1968-69. Nous gardons les bagages des autres étudiants - une dizaine en tout - en attendant de partir vers notre hôtel à Carnon-Plage. Je suis là pour une semaine de stage à l'école d'agronomie, l'ENSAM, actuellement SupAgro. Nous allons passer la semaine à chasser les insectes dans tous les lieux classiques de la région: les gorges de Saint-Guilhem-le-Désert, les sources de la Buèges, le cirque de Mourèze, la cathédrale de Maguelone à côté de Palavas-les-Flots, et j'en passe. Les insectes étaient ensuite triés et identifiés dans une salle de travaux pratiques du labo d'entomologie à l'école d'agronomie, puis le bus nous ramenait à notre hôtel à Carnon. Au final, une semaine agréable et plutôt touristique qui marquait la fin des cours avant l'examen du DEA... et la ème cycle universitaire qui devait m'entraîner à Madagascar. deuxième année de ce 3
Tout avait commencé en 1968. A l'époque, je terminais ma maîtrise à l'université d'Orléans. Mais cette dernière année fut quelque peu perturbée par les événements du mois de mai et les grèves. Après quelques assemblées générales en amphi et prises de bec avec les gauchistes, je passais la suite de la période perturbée à sortir avec les amis, jouer au tennis, faire du canoë sur le Loiret.... et réviser mes cours, bien sûr. Finalement, je terminais mes deux derniers certificats de maîtrise avec un peu de retard mais sans problème. Mais ensuite, maîtrise en poche, que faire ? A la même époque, à la porte du labo de zoologie, je tombais sur une affiche proposant une bourse d'étude de 2 années pour une formation en entomologie. Il s'agissait d'une année de DEA à l'université de Paris Orsay suivie d'une deuxième année de stage à Madagascar, le tout devant déboucher sur ce que l'on appelait à ème cycle. Cette offre, qui émanait des ministères de l'agriculture et de la l'époque une thèse de 3 coopération, était accompagnée d'une vague promesse d'embauche dans le cadre d'un projet FAO à Madagascar. Et l'on parlait d'un salaire qui, tout au moins à mes yeux d'étudiant, semblait attrayant. L'opportunité était trop belle. J'entrais de suite dans le bureau du Professeur Aguesse, responsable de la zoologie, pour manifester mon intérêt et demander une lettre de recommandation pour cette bourse. Je pris rendez-vous avec le responsable au ministère de l'agriculture, Jean Roy, qui accepta ma candidature. Puis j'allais m'inscrire à l'université d'Orsay et me présenter au professeur J.R. Le Berre, responsable - avec Joseph Bergerard, professeur de zoologie - du DEA d'entomologie. Et voilà, l'aventure commençait !
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A gauche, aux sources de la Buèges, non loin du village de Pégairolles-de-Buèges à une cinquantaine de kilomètres de Montpellier, le professeur J.R. Le Berre, avec des assistants de son labo et quelques étudiants du DEA d'entomologie d'Orsay. A droite, le Pont du Diable, à l'entrée des gorges de l'Hérault, en direction de Saint-Guilhem-le-Désert.
A gauche, Ginette Laugé, à l'époque maître-assistant dans le labo d'entomologie d'Orsay. A droite, la porte fortifiée donnant accès à la cathédrale de Maguelone, souvenir des fortifications qui protégeaient autrefois le site. NB. Le DEA d’entomologie d’Orsay comprenait : Michel Lecoq, Alain Louveaux, My-Hanh Luong, Michel Poras, Andrianasolo Ravoavy Joanarivony dit John (Madagascar), Bakari Simaga (Mali), Gabriel de Taffin, Maurice Vayssière… d’autres, peut-être?
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1969 Une petite rivière bucolique Septembre 1969. Je suis depuis 2 jours à Madagascar. Mon premier séjour outre-mer après mes études d'entomologie à la faculté de Paris-Orsay.
Depuis hier je voyage en Renault 4 pour rejoindre mon poste d'affectation loin dans l'extrême sud du pays, à Bepeha, à une trentaine de kilomètres de Betroka. La route est longue. C'est la fameuse RN7, traversant le pays du nord au sud, de Tananarive à Tuléar. Depuis peu elle s'est transformée en une piste sablonneuse. Il fait chaud, très chaud. Je fais une halte au bord d'une petite rivière bordée de palmiers, au lieu dit Ilakaka. Trente ans plus tard, après la découverte d’un important gisement de saphir considéré comme le plus important au monde, ce lieu est devenu une petite ville de plus de 30000 habitants, digne du far-west avec baraques, bars, maisons closes et règlements de comptes. Pour le moment, je prends un peu de repos et de fraicheur au bord du cours d'eau et me remets d'un tonneau effectué avec ma 4L peu de temps auparavant sur le plateau de l'Horombe. La piste latéritique en « tôle ondulée », très sévère, ne pardonne pas pour un conducteur néophyte comme le collègue qui tenait le volant à ce moment. Après 3 jours et un passage par Betioky, siège du centre national de lutte contre les criquets, je rejoins enfin Bepeha. J'y passerai neuf mois à étudier le criquet migrateur. Avant de rentrer en France, je termine mon séjour par un voyage touristique de quelques jours pour découvrir le « grand sud » en passant par Lavanono, le cap Sainte Marie, Fort Dauphin et la baie de Lokaro, et une nuit passée dans la réserve de Berenty, le long du fleuve Mandrare, où les lémuriens sont légion et se laissent observer très facilement (en particulier le Lemur catta et le Propithecus verreauxi ou Sifaka). Je retournerai à Madagascar dès l'année suivante, après avoir soutenu en juin, à Orsay, ma ème thèse de 3 cycle. Mais ceci est une autre histoire. 15
Sur le plateau de l'Horombe. A gauche, entre Ihosy et Ranohira, ma Renault 4 après le tonneau. A droite, au lieu dit Bepeha, à 30km de Betroka, ma maison enfin construite après quelques semaines de camping (terre, bouse de vache et tôle ont fait merveille).
A gauche: à 1400m d'altitude, au sommet d'un piton granitique, à 25 km au nord de Betroka. A droite: sur la côte un peu au nord de Fort Dauphin (l'actuel Tolagnaro).
De gauche à droite: pose chez un photographe à Betroka; le cap Sainte Marie (extrême sud du pays) vu de Lavanono; le marché de Tsihombe en pays Antandroy.
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Ilakaka, la rue principale en 2007, près de 40 ans après mon premier passage. La petite rivière bucolique est devenue la ville du saphir.
Site de Besakoa
Site de Moraharivo
Mes deux stations d’étude du criquet migrateur malgache en 1970 (photos Google earth 2014). Chacune fait environ 2 km de long. En vert, les zones humides, avec quelques rizières. En beige, les zones sèches couvertes de savanes à Heteropogon contortus (Poacée).
Au premier plan, au milieu en bas, ma maison dissimulée dans un bouquet d’arbres. De l’autre côté de la rivière, un petit village. Au loin (en haut à gauche), une station d’élevage.
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1970 Une lessive à la rivière Sud de Madagascar, au lieu dit Bepeha dans la région de Betroka, sur le plateau de l'Horombe. Non loin de ma case, perdue au milieu de la brousse, la piste traverse une rivière au niveau d'un petit barrage. Je profite de la chaussée cimentée à ce niveau pour faire ma lessive. Je n'ai aucun souvenir de cet instant ni de l'auteur de la photo. Ce dont je suis certain, c'est que cette lessive fut exceptionnelle. D'ordinaire, je portais mon linge à laver à Betroka à l'occasion de mon ravitaillement hebdomadaire « à la ville ». Les quelques photos suivantes donnent une idée de mon quotidien à cette époque.
Je fais ma lessive sur le radier (passage bétonné permettant de passer à gué la rivière).
A gauche, une famille traverse le radier par temps de pluie, le père portant un de ses enfants dans ses bras. Après un gros orage la piste pouvait être coupée pendant plusieurs heures. A droite, mon insectarium destiné à élever des criquets. Cette construction, dont l'initiative revenait à mon directeur local J.P. Têtefort, me fut complètement inutile car j'effectuais la totalité de mes travaux sur le terrain, soit sous la forme d'observations, soit d'expérimentations. Au premier plan, mes deux oies fétiches, Gudule et Agathe, qui me servaient d'animaux de compagnie.
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Kafoumba, mon jeune gardien. A gauche, manipulant un boa devant mon équipe de prospecteurs et à droite préparant la toiture de sa case.
Jour de marché à Besakoa, le petit village qui se trouvait à environ 1 km de mon habitation.
Lors du marché, deux équipes de lutteurs dansent au son d'une flûte avant de s'affronter. A droite, une charrette en bois tirée par deux zébus arrive au marché local.
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Une femme prépare le repas de midi au voisinage d'une rizière où les hommes sont en train d'effectuer la récolte et de battre le riz.
Sur le plateau de l'Horombe, un dispositif expérimental qui m'a permis d'étudier les déplacements locaux des criquets. Les insectes étaient marqués avec un peu de peinture déposée sur le thorax de l'animal selon un code qui caractérisait la date de capture. Les drapeaux, disposés selon les diagonales d'un carré, permettaient de localiser l'insecte par triangulation: pas de GPS à l'époque !
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Paysage non loin de ma case à Bepeha : rizières dans les bas-fonds et savanes à graminées (Heteropogon contortus) sur les plateaux.
1970 Dans le sud profond La scène se situe en 1970, à Madagascar, dans un endroit « assez isolé » appelé Bepeha, sur le plateau de l'Horombe, à environ 50 km de Betroka. Je suis avec mon personnel et ma vieille jeep Hotchkiss. J’attends mon directeur de thèse, le professeur Jean-René Le Berre, de l'Université de Paris-Orsay. Ma base de terrain, loin de tout village, est située en arrière plan, au milieu des arbres, à une centaine de mètres de là. J’ai qualifié cet endroit « d’annexe de l’université de Paris-Orsay» ; et les quelques centaines de mètres séparant la piste principale de «ma petite maison dans la prairie» ont été baptisés «Avenue Jean-René Le Berre».
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Madagascar a été ma première expérience de terrain avec les criquets. Je suis resté là de l'automne 1969 à l'été 1970 à essayer d'étudier des populations de très basse densité du criquet migrateur. Arrivé en fin de saison sèche, j’ai juste eu le temps temps de créer un pare-feu autour de mon campement, avant qu’un feu de brousse ne réduise en cendres toute la végétation alentours. J’ai ème cycle également. Quelque temps après ce feu de réussi à sauver le camp... et ma thèse de 3 brousse, j’ai pu délaisser ma tente de camping pour une petite maison spécialement construite pour moi avec de la terre locale et de la bouse de vache. Le confort! Je suppose que le but d'un tel emplacement était aussi de tester la résistance au travail de terrain, dans des conditions difficiles, d'un jeune étudiant fraîchement sorti de l'université de Paris. J’ai dû passer le test avec succès. Ma carrière tropicale était lancée!
Visite à Bepeha de Jean-René Le Berre, mon directeur de thèse, ici avec les autorités du village voisin de Besakoa.
1970 Enfin, un peu de tourisme! Madagascar. Je viens de passer presque une année en ermite, isolé dans ma petite case de Bepeha sur le plateau de l'Horombe, à étudier le criquet migrateur, sa dynamique et ses déplacements. Avec 4 autres étudiants qui avaient effectué leur stage en d'autres lieux du Sud malgache, notre directeur J.P. Têtefort nous invite pour une grande tournée de quelques jours dans l'extrême-sud, en pays Mahafaly, Antandroy et Bar. Enfin un peu de tourisme ! Je vais pouvoir découvrir autre chose que les vastes étendues herbeuses, plates et monotones du plateau de l'Horombe. Partant de Betioky, siège du centre malgache de lutte contre les criquets, nous effectuons une large boucle passant par Edjeda, Ampanihy, Beloha, Lavanono, le Cap Sainte Marie, Ambovombe, la réserve de Berenty et ses nombreux lémuriens, Fort Dauphin et sa baie, Lokaro et ses criques, puis nous remontons sur Betroka, Ihosy, le plateau de l'Horombe, Ranohira et le massif ruiniforme de l'Isalo, pour revenir finalement sur Betioky. Hébergement sous la tente mais fort belle excursion touristique « initiatique » qui me fit découvrir, en particulier, la plaine côtière de Lavanono où j'allais bientôt passer presque trois années, de 1971 à 1973, à continuer mes études sur le criquet migrateur... dans un autre ermitage tout aussi rustisque que le premier !
Lavanono : retour d'une pirogue et femme de pêcheur sur la plage. 22
Les « portes du Sud » : entre Ambalavao et Ihosy, sur la N7 reliant Tananarive à Tuléar. Les collines boisées des Hautes Terres du Betsileo cèdent ici la place aux grands espaces semi désertiques du sud, pays des Bara, Mahafaly et Antandroy.
A gauche, incident de parcours sur la N7 (non revêtue à l'époque). A droite, le petit village de pêcheurs de Lavanono: une dizaine de cases en bois couvertes de chaumes et tordues par les vents.
Village typique entre Ranohira et Sakaraha (à gauche). A droite, dans un petit village de pêcheurs à Lokaro, au nord de Fort Dauphin. 23
Paysage le long de la N7 dans la région d'Ambalavao: aloès en fleur au pied de splendides inselbergs granitiques très nombreux dans cette zone. A partir de Ihosy et jusqu'à Ranohira, le plateau de Horombe déroule ses immenses étendues de terre latéritique rouge, couvertes d'une savane à graminées (Heteropogon contortus), et parsemées de hautes termitières. Sur ces terres d’élevage, on croise régulièrement de grands troupeaux de zébus gardés par des hommes armés de sagaies.
A gauche, un baobab (qui aurait maintenant disparu) sur la piste entre Betioky et le village de pêcheurs d'Anakao. A droite, sur la N13 au sud de Betroka, le passage du tropique du Capricorne (et ma Renault 4 avec laquelle j'avais effectué un tonneau en début de séjour).
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A gauche, l'arbre pieuvre typique du bush xérophile du sud malgache: le fanstiholitra, Alluaudia procera, de la famille des Didiéracées. A droite, dans le massif de l'Isalo à l'ouest de Ranohira, la « Reine » avec sa couronne et son sceptre. Ce massif montagneux de grès s’étend sur près de cent kilomètres dans le sens nord sud. L'érosion de la roche y a taillé un relief ruiniforme avec de profonds canyons.
A gauche, un Aloe suzannae sur la plaine côtière de Lavanono (sans doute le plus vieil exemplaire connu). Cette espèce peut atteindre 8 m de haut mais est en danger critique d'extinction selon la liste rouge de l'UICN. A droite, Aloe vaombe en fleurs et des Didiéracées, plantes épineuses endémiques de la Grande Ile.
La baie de Fort Dauphin (actuellement Tolagnaro).
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Ma tournée de fin de stage en 1970.
1971 Révolte paysanne La « Trano mena », la maison rouge, siège du centre malgache de lutte contre les criquets, à Betioky er dans l’extrême sud du pays. C’est là que je me suis retrouvé à veiller toute la nuit du 1 avril 1971 en l’attente d’une attaque de la ville par un groupe de plusieurs centaines de paysans révoltés. L’alerte avait été donnée le soir pendant le dîner. Nous nous sommes regroupés à l’étage, sur la véranda, avec le reste du personnel, quelques religieuses catholiques habitant dans le voisinage et des gendarmes. J’ai le souvenir de caisses de pierres, de grenades, de fusils stockés sur la véranda pour faire face à un éventuel assaut… que nous aurions sans doute été bien en peine de repousser. Au petit matin, vers 5h, rien ne s’étant passé, avec un collègue nous avons décidé de prendre notre voiture et de foncer jusqu’à Tuléar, à 160 km de mauvaise piste de là. Nous devions récupérer à l’aéroport quelques collègues arrivant de France. A peine sur le tarmac, nous recevions l’information que Betioky avait bien été attaquée. Ce n’était donc pas un poisson d’avril !
La « trano mena » (la maison rouge en malgache) en 2006. Le bâtiment, créé en 1931 par l’entomologiste B. Zolotarevsky, vient d’être restauré et a retrouvé sa couleur rouge initiale. 26
J’étais arrivé à Madagascar début 1971 pour travailler dans un projet de recherche sur le criquet migrateur, financé par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) et géré par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). C’était le projet PNUD/FAO/MAG70-523. J’avais le statut de volontaire du service national en coopération. Mon premier véritable job ! Cette révolte paysanne, centrée sur la côte sud du pays, avait été fomentée par le Monima (le Mouvement national pour l'indépendance de Madagascar), mouvement d'orientation maoïste mené par Monja Jaona, ancien des luttes anticoloniales. Face à la situation économique, les rebelles avaient attaqué les centres administratifs et militaires de la région, dont Betioky-Sud où je résidais. Ils espéraient s'emparer d'armes et recevoir un appui de la Chine (on parlait alors d’un sousmarin attendant dans le canal de Mozambique !). Mais l'aide n'arrivant pas, la rébellion fut écrasée brutalement : 50 victimes selon les autorités, plus de 1 000 selon les rebelles. Nous avions quitté Betioky juste à temps. Quelques mois plus tard, en 1972, ce fut le « mai malgache ». Une manifestation d’étudiants contre la domination culturelle française dans les écoles du pays conduisit à un appel à la grève générale pour protester contre les mauvaises conditions économiques. La situation dégénéra rapidement. Entre quinze et quarante émeutiers sont tués à Antananarivo, la capitale, et l’état d'urgence nationale est déclaré. Le 18 mai 1972, les émeutes conduisent le président Philibert Tsiranana à remettre le pouvoir à l'armée. En novembre 1972, après un référendum national, le général Gabriel Ramanantsoa devient le nouveau chef de l'Etat. Ces événements allaient perturber quelque peu mon projet de thèse. En effet, le projet FAO dans lequel je travaillais devait se terminer fin 1973. J’avais l’intention d’utiliser toutes les données accumulées pour préparer ma thèse de doctorat que je devais soutenir à l’université de Paris-Orsay. Mais pour cela il fallait exporter ces données vers la France. Les conditions locales s’étaient sérieusement durcies. L’administration était devenue très tatillonne et je n’étais plus du tout certain de pouvoir sortir de la Grande Ile mes informations et toute ma documentation. Je décidais de microfilmer l’essentiel de mes données et de découper au format carte postale de nombreux documents, puis de tout expédier en France par la poste en de nombreux courriers séparés à divers membres de ma famille. Le stratagème fonctionna très bien. De retour en France, je rassemblais tous les morceaux, pus exploiter et analyser mes données… et soutenir enfin ma thèse en mars 1975. Peu de temps après, j’intégrais le CIRAD.
Le bâtiment de la recherche du centre antiacridien de Betioky en 1969, quand je suis arrivé à Madagascar. A cette époque, le premier étage était l'appartement de J.P. Têtefort, en charge des programmes de recherche.
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1971 Le « fomba » gasy Madagascar, en pays Antandroy, à Lavanono. Le « fomba gasy » (prononcer foumba gache), c'est la tradition, la coutume malgache. Impossible de ne pas respecter le fomba. Ce serait aller au devant des ennuis. Avant d'habiter une nouvelle maison, surtout si elle est construite en dur, le fomba veut qu'on sacrifie un zébu et qu'on demande aux ancêtres de protéger la maison et d'apporter santé et prospérité à ses habitants. Venant de m'installer dans le Sud, me voilà dans l'obligation de sacrifier à la coutume. Ce ne sera pas avec un zébu mais avec un mouton et les officiants seront des membres de mon personnel plus quelques « autorités » traditionnelles locales. Le mouton est égorgé devant la case, le sang recueilli dans un bol et le tour de l'habitation aspergé par l'officiant avec un rameau de feuillage. Le mouton est bien sûr distribué à tous les participants. Voilà qui est fait. La coutume est respectée. Le travail peut commencer... enfin, à condition de continuer à tenir compte des traditions! Et elles sont nombreuses.
Sacrifice du mouton devant le bâtiment principal de ma station de recherche.
Les fady, les tabous locaux destinés à apaiser les ancêtres, sont légion et mieux vaut y prendre garde. L'ombiasy, le guérisseur, le sorcier du village, joue un rôle très important au sein de la communauté locale et il est préférable de ne pas se le mettre à dos. On le trouve facilement grâce à l'aloé planté à un angle de sa case. Il connait l'usage des plantes médicinales, pratique le sikily - la divination - par interprétation des figures dessinées avec les graines de l’arbre fany oufano (Entada chrysostachys), mais il entre aussi en contact avec les ancêtres et les interroge. J'eus une fois l'occasion d'assister à un tromba sur la plage de Lavanono, un rituel de possession. Le possédé, par le biais de la transe, incarne un roi défunt ou un ancêtre prestigieux qui parle par sa bouche et donne des conseils aux vivants. La cérémonie, les transes multiples, les chants, durèrent toute la nuit. Une atmosphère fantastique, un souvenir inoubliable, mais ces pratiques sont souvent venues perturber mon travail. Pour se prémunir du mauvais sort, mon personnel portait des ody, des amulettes, censées posséder une force magique et les protéger. Mais cela ne marchait pas toujours. Je ne compte pas les fois où un membre de mon personnel est venu se plaindre qu'un sort lui avait été jeté. Un grigri avait été retrouvé, par exemple sur le pas de sa case, et il fallait le désenvoûter. Ces grigris étaient souvent des cornes de zébus à l'intérieur desquelles avaient été placés (pris dans de la terre et de la graisse animale) divers ingrédients et en particulier des ciseaux ou des lames de couteau, sans doute censées porter préjudice à la personne visée. Ces pratiques, bien que très répandues, étaient considérées comme illégales et combattues par les autorités. J'eus l'occasion de visiter une pièce de la gendarmerie de Beloha où de tels grigris confisqués s'entassaient sur plus d'un mètre de hauteur.
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Le sang du mouton est aspergé sur tout le pourtour de mon habitation/ bureau/ laboratoire.
Le « village » de Lavanono, et la petite ville voisine de Beloha où j'allais me ravitailler, sont situés au coeur du pays antandroy, pays subdésertique, sablonneux, pauvre en eau et parsemé d'épineux. La famine y est fréquente. C'est pourtant le royaume du bétail et la région abrite les plus grands troupeaux de Madagascar. Le zébu y a acquis un caractère quasi sacré et il revêt une importance considérable en particulier dans les coutumes funéraires locales qu'il m'a été donné d'observer à plusieurs reprises. Les vastes tombeaux, grandes structures carrées en pierres, sont érigés ça et là en pleine campagne. Le dessus des tombes s'orne généralement de bucranes, des têtes de bœufs décharnées posées au milieu des pierres, et dont le nombre indique le degré de fortune ou de considération dont a joui le défunt. Les plus riches sépultures se trouvent souvent à proximité de la piste afin que les décorations puissent être admirées par les passants. Ces tombeaux se distinguent par leurs aloalos, poteaux funéraires en bois constitués de motifs géométriques et surmontés d'une statuette évoquant la vie du défunt. A l'occasion des funérailles, les anciens pratiquent le kabary, véritable art oratoire transmis de génération en génération. Le kabary est un discours très codé ornementé de proverbes, d’adages, de dictons, d’expressions populaires… et il y a des kabary pour tous les événements de la vie. Au final, dans un pays où le fomba tient un rôle fondamental dans la vie sociale, mieux valait y prêter attention et le respecter.
L’ombiasy, le sorcier-guérisseur du village, devant sa case.
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Fabricant d'aloalos à Ihoda (à gauche). Sacrifice d'un zébu pour une cérémonie funéraire à Beloha (à droite). A l'arrière plan, le tombeau avec une décoration moderne très multicolore.
Foule rassemblée pour des funérailles à Beloha.
Habitat traditionnel antandroy en bois de fanstiholitra, Alluaudia procera (à gauche). Agriculteurs en tenues traditionnelles et à l'arrière plan, un vieux tombeau à palissade de bois (à droite) (Montombositra, région de Beloha).
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Quelques exemples d'aloalos de la région de Beloha.
Vieux tombeau (à gauche) et vieux aloalos patinés par le temps (à droite).
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Détail d'un aloalo.
Tombeau antandroy moderne versus tombeau ancien dans la région de Beloha.
A gauche, ma Land Rover arrêtée devant un tombeau antandroy en cours de finition dans la région de Beloha. A droite, tombeau mahafaly dans la région de Betioky. 32
1971 MAG 70-‐523
Madagascar. A l'entrée de ma station, dans les dunes de Lavanono, à la pointe extrême sud de la Grande Ile. Je suis là avec mon personnel du projet MAG 70-523 dans lequel je travaille et effectue des recherches sur le criquet migrateur. Ce projet - né à l'initiative de son directeur, J.P. Têtefort était financé par le PNUD, le Programme des Nations-Unies pour le développement, et mis en oeuvre par la FAO. Les résultats de mes travaux me permirent quelques années plus tard de soutenir ma thèse de doctorat à Paris.
Le personnel devant mon camion Renault équipé d'une citerne de 1 m3. Elle me permettait d'effectuer régulièrement le ravitaillement en eau depuis le puits de Beloha situé à une quarantaine de kilomètres au nord. Seule difficulté, il fallait descendre la falaise du plateau Karimbola par une piste rocailleuse et abrupte qui n'était pas encore aménagée à l'époque.
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Avec le personnel du projet devant le bâtiment principal de la station de Lavanono qui servait à la fois de logement, de laboratoire et de station radio pour communiquer avec la base du projet à Tuléar.
A gauche, sur la plage à Lavanono, avec ma mallette de matériel photographique. A droite, un méchoui dans la famille d'un de mes assistants. On admirera ma cravate, un peu décalée dans ce village de brousse.
Troupeau de zébus dans la plaine de Lavanono et berger devant sa case. En arrière plan, la falaise bordant la plaine côtière littorale. 34
La descente de la falaise vers Lavanono. En voiture par la piste principale ou à pied par des sentiers plus étroits empruntés par la population locale.
L'un de mes assistants (à gauche) avec un requin capturé par les pêcheurs du village de Lavanono (à droite).
1971 Invasion de mouches à Lavanono Madagascar. J'effectue des recherches sur le criquet migrateur à la pointe extrême sud de la Grande Ile. Ma « station de recherche » - quelques baraques en planches - est installée sur le bord de mer, dans les dunes, à environ 1,5 km du petit « village » de pêcheurs de Lavanono. En fait, quelques cahutes en planches courbées par les vents. Le premier point d'eau est à une quarantaine de kilomètres, au puits de Beloha. Je travaille là depuis quelques mois quand soudainement une multitude de mouches fait irruption dans la station. Impossible de travailler. Le moindre criquet installé sous une loupe binoculaire pour être disséqué est imédiatement couvert d'une masse noirâtre de ces diptères. Aux grands maux les grands remèdes: je me munis d'un pulvérisateur motorisé à dos et effectue rapidement un traitement insecticide avec un produit normalement destiné à lutter contre les criquets. Le calme revient et le travail peut enfin reprendre.
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Dans mes locaux de Lavanono, équipé d’un pulvérisateur, je m’apprête à traiter cette invasion de mouches. Je travaille dans cette région de la Grande Ile de 1971 à 1973 dans le cadre d'un projet de recherche sur le criquet migrateur financé par le PNUD (le programme des Nations Unies pour le développement) et mis en oeuvre par la FAO (l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture). Ce travail me servira de base pour la réalisation de ma thèse de doctorat, soutenue en mars 1975 à l'université de Paris-Orsay, et traitant de l'importance des déplacements des populations dites « solitaires » de ce criquet dans la dynamique des populations et la genèse de ses invasions qui ravagent l'île périodiquement. Un travail de 4 années, dont un an et demi d'analyses en France (tout en étant au chômage), où je suis amené à collaborer avec les services d'agro-météorologie de la météorologie nationale française ainsi qu'avec des modélisateurs de l'université de Lyon. Un travail difficile et original dont je n'ai malheureusement publié que des extraits dans des revues scientifiques, trop occupé par la suite à intégrer le CIRAD et à développer de nouveaux projets. Mais enfin, il est un peu tard, 40 ans après, pour avoir des regrets!
A gauche: je viens de m'installer dans ma station de l'extrême sud. Une montagne de colis et un peu de découragement. A droite: repos dans mon « jardin »; à part le travail... les loirsirs sont rares.
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A gauche: à Beloha, dans la famille d'un de mes assistants de recherche. A droite: méchoui à Betiokysud, au siège du centre national de lutte contre les criquets.
En saison des pluies, sur une piste de l'extrême sud. Un petit incident de parcours géré par Rasolo, mon chauffeur. Evidemment, les curieux arrivent de suite.
A gauche: quelque part dans l'extrême sud, sans doute non loin de Betioky, formation des assistants de recherche du projet. A droite: dans un village Antandroy, tenues locales et petites maisons traditionnelles en planches.
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Prospection en pied de dune sur la plaine côtière de Lavanono, à la recherche des criquets migrateurs au milieu des touffes de graminées (du Cenchrus ciliaris). On remarque le bleu intense de la mer et sur la dune, les pieds d'Euphorbia stenoclada, une euphorbe arborescente endémique de Madagascar, aux rameaux épineux et de couleur gris bleuté.
Quelques « aloalos », totems funéraires typiques des pays Mahafaly et Antandroy, à l'extrême sud de Madagascar. La tombe est formée d’un amas de pierres, de forme rectangulaire, dont la surface est tapissée de bucranes et plantée de poteaux sculptés figurant des scènes de la vie quotidienne. On remarque les arbres pieuvres, Alluaudia procera, une Didiereaceae endémique (le fantsilotra en malgache) dont le bois facile à travailler est utilisé en menuiserie et pour la réalisation des aloalos.
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1972 Un feu à l'ancienne Madagascar, sur la plaine côtière de Lavanono, à la pointe extrême-sud de l'île, non loin du cap Sainte Marie. Je suis avec l'un de mes assistants de recherche. Nous venons d'acheter du poisson aux pêcheurs; il a été ouvert, vidé et mis en broche. Ne reste plus qu'à faire un feu, ce que mon assistant réalise très facilement sans allumettes. Il prend un gros morceau de bois assez tendre, posé sur le sol et maintenu par le pied, dans lequel il creuse une encoche pour placer verticalement un foret de bois dur. Il met en action le foret par rotation manuelle. Ses mains tournent rapidement en exerçant une pression vers le bas. La température augmente au niveau de la friction et de la sciure se dépose dans la gouttière aménagée latéralement. Il obtient des braises en 30 secondes environ et dépose alors délicatement sur cette braise de l’herbe séchée qui s'enflamme aussitôt. En quelques minutes nous avons du feu pour cuire nos poissons.
L'un de mes assistants de recherche allumant un feu « à l'ancienne », par friction de deux morceaux de bois l'un sur l'autre.
Je suis à Madagascar pour la deuxième fois. Arrivé au début de l'année 1971, je travaille dans un projet de recherche sur le criquet migrateur financé par le PNUD et géré par la FAO. Ce criquet migrateur est sans aucun doute le ravageur des cultures le plus redouté localement. Ma « station de recherche » est située dans les dunes, en bordure de mer, à environ 1km au sud-est du petit village de pêcheurs de Lavanono. Lavanono est situé au sein d'une plaine côtière s'étendant sur près de 300km, de Tuléar au Cap Sainte Marie, et large seulement de quelques kilomètres. Cette plaine est isolée par une falaise des plateaux avoisinants, plateaux Mahafaly plus au nord et Karimbola au dessus de Lavanono. Elle est couverte d'un bush dense et parsemée de clairières plus ou moins vastes peuplées par une graminée, le Cenchrus ciliaris. Pour accéder à ma station, la piste en terre venant de la petite ville de Beloha, à une quarantaine de kilomètres au nord, descend à flan de falaise par un passage cahotique, étroit et vertigineux. Mon installation est assez rustique: juste deux ou trois petits bâtiments en planches construits sur le sable... et pas d'eau qu’il faut aller chercher à Beloha. J'ai avec moi 3 assistants, 5 manoeuvres et 2 chauffeurs et je dispose de 2 voitures et d'un camion. Une station météorologique très complète a été installée non loin de là. Je dispose également d'un poste radio émetteur-récepteur qui me permet d'être en contact avec la base du projet à Tuléar, à près de 400km de mauvaise piste, souvent coupée en saison des pluies. Mais finalement, ce n'est pas trop mal pour un jeune chercheur! Ma tâche consiste à étudier la dynamique des populations du criquet migrateur afin de mieux comprendre ce qui pourrait expliquer les concentrations de criquets solitaires, leur multiplication et le démarrage des invasions dévastatrices. Je suis là, en effet, au sein d'une zone critique où il semble bien que ces fléaux aient leur origine. C'est ici que se formeraient les essaims pouvant ensuite aller dévaster les cultures jusqu'à Majunga et la pointe nord de la Grande Ile. A moi de décortiquer et de comprendre les phénomènes.
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Le criquet migrateur malgache, Locusta migratoria L., dans sa phase solitaire.
Pour cela, j'ai installé dans la plaine côtière, sur une vingtaine de kilomètres, plusieurs sites d'observation. Certains sont étudiés très régulièrement, deux fois par semaine, pour estimation des densités de criquets et collecte d'échantillons de larves et d'ailés destinés à l'étude de la structure d'âge de la population. De plus, je conduis quelques expériences de marquage-recapture pour tenter de mieux évaluer les effectifs d'insectes et j'ai également installé plusieurs actographes qui me permettent d'étudier les rythmes journaliers d'activité de mes criquets. Il s'agit de petites cages en grillage, tournant autour d'un axe horizontal. En se déplaçant, un criquet placé dans cette cage la fait basculer alternativement d'un côté et de l'autre. Un stylet relié à un tambour enregistreur permet de conserver la trace de cette activité. Une installation simplissime mais qui me donnera d'excellents résultats.
A gauche, sur la plaine côtière de Lavanono, avec un assistant. A droite, l'un de mes captureurs de criquets avec son filet. Au loin, les falaises bordant la plaine côtière et le Cap Sainte Marie, la pointe sud de Madagascar.
Rassemblés autour d'une éclosion de criquet migrateur. L'un de mes assistants collecte les jeunes larves à l'aide un aspirateur à bouche afin de ne pas les blesser.
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A gauche, plusieurs actographes en action, destinés à enregistrer l'activité d'un criquet placé en cage. Un thermohygromètre enregistre simultanément la température et l'humidité de l'air. A droite, un criquet marqué avec une étiquette numérotée agrafée sous l'aile postérieure.
Ma station météorologique et mon assistant météo faisant l'un des trois relevés journaliers. A droite, détail d'une partie des instruments: anémomètre, pluviomètre, héliographe...
La plaine côtière de Lavanono vue d'avion. Sur la photo de gauche, le petit village de pêcheurs de Lavanono (L) et ma station de recherche sur les dunes en bordure de mer (S). A droite, l'extrêmité sud de la plaine et, au dessus des falaises, le plateau Karimbola.
Après plus de deux années passées à étudier ce criquet migrateur dans cette région très isolée, je pus montrer que la plaine de Lavanono était le lieu d'arrivées et de départs continuels de populations de criquets, et que cette activité migratrice intense était fortement corrélée à la pluviométrie locale et aux systèmes de vents synoptiques. Le passage d'une zone dépressionnaire sur la pointe sud de Madagascar était en particulier associé à des apports massifs de criquets venant du nord. Dans certaines conditions météorologiques, en début de saison des pluies, ces apports pouvaient être tellement importants que la densité de criquets sur Lavanono atteignait, en l'espace de quelques jours, le seuil critique dit « de transformation phasaire », permettant le passage de la phase solitaire inoffensive à la phase grégaire dangereuse. Le début des invasions était là. Je tenais mon explication. J'avais un moyen de suivre la situation et de faire des prévisions. J'avais largement rempli mon contrat.
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Ma station de recherche sur la plaine côtière de Lavanono. A gauche, le bâtiment du groupe électrogène face à la mer; à droite, le bâtiment principal hébergeant logement, laboratoire, salle radio...
A gauche, la piste descendant à flan de falaise et donnant accès à la plaine de Lavanono. A droite, ma station de recherche perdue au milieu des dunes, vue de la plage.
A Lavanono, sur la plage, au voisinage de ma station de recherche. Au loin, le cap Sainte Marie.
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A gauche, la plaine côtière verdoyante en saison des pluies et au loin la falaise. A droite, campement temporaire sur la plaine au lieu dit Ananademby.
L’un de mes manœuvres surveillant le feu... et les poissons sont finalement cuits !
Image satellitaire récente (2013) de la plaine côtière de Lavanono. Les deux balises jaunes indiquent les positions du village de Lavanono (en haut) et de ma station de recherche (en bas). En 1972 les zones de cultures entourées de haies de figuiers de Barbarie étaient beaucoup moins développées.
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1974 Dans les argiles noires du bassin tchadien C'est l'été. J'ai laissé pour un moment la rédaction de ma thèse et quitté la France pour une mission FAO de plus d'un mois en Afrique de l'Ouest. Mon premier séjour en Afrique, moi qui ne connaissais encore que Madagascar. J'effectue cette mission à la demande de J.P. Têtefort, qui fut mon directeur de projet dans la Grande Ile et qui s'occupe maintenant d'un projet FAO similaire en Afrique de l'Ouest. Là aussi le projet est financé par le PNUD, géré par la FAO et destiné à améliorer la lutte contre les invasions du criquet migrateur africain, Locusta migratoria Linné, à l'époque attribué à la sous-espèce L. migratoria migratoriodes R.&F.
Groupe de femmes au marché de Garoua, Cameroun. Arrivé à Bamako le 29 juillet venant de France, j'ai pris la route en voiture jusqu'à Macina, puis une pirogue pour remonter le fleuve Niger pendant quelques kilomètres et arriver à Kara situé sur une petite île, un « toguéré », en plein milieu de cette vaste zone inondable qu'est le delta intérieur du fleuve. Kara se trouve sur la commune de Diafarabé, petite ville particulièrement connue pour sa célèbre cérémonie traditionnelle, classée au patrimoine immatériel de l'UNESCO : La traversée des bœufs. C'est à Kara que se situait la base principale de l'OICMA, l'Organisation internationale de lutte contre le criquet migrateur africain, dont Gana Diagne était à l'époque le directeur. J'avais effectué ce trajet Bamako-Kara en compagnie de Nick Jago, un collègue britannique, qui allait jouer par la suite un rôle important dans ma carrière. A Kara, je retrouvais Bakari Simaga, chercheur dans le cadre de ce projet FAO et qui, quelques années plus tôt, avait suivi avec moi la même formation dans le cadre du DEA d'entomologie à l'université de Paris Orsay
Embarquement dans une pirogue à Macina, au Mali, et trajet sur le Niger jusqu'à Kara. 44
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Du 1 au 5 août, au milieu des nuées de moustiques, je passais mon temps dans la bibliothèque de l'OICMA à travailler mon sujet et préparer la réunion des 6 et 7 août où j'exposais mes travaux sur le criquet migrateur à Madagascar. Fort de ma toute récente expérience sur le sujet, je détaillais un modèle de ce que devait être la dynamique de ce même criquet migrateur en Afrique, dans son aire grégarigène du bassin du lac Tchad (1). Prenant en compte les principaux facteurs environnementaux - pluie, température, vent, crue du lac Tchad... - j'arrivais à un schéma théorique de la dynamique des populations et des migrations de ce criquet dans cette région. Ce schéma était tout à fait cohérent avec les diverses observations réalisées jusqu'alors et permettait d'en effectuer une synthèse et d'en expliquer les contradictions. Les applications pratiques pour l'orientation des recherches en cours pouvaient être très intéressantes et je proposais, dans mon rapport, les grandes ligne d’un programme de recherche et tout un ensemble de recommandations. J'étais fort content du résultat mais je ne suis pas du tout certain que tout cela ait été parfaitement compris de tous. En réalité, quelques années plus tard, en 1985, le criquet migrateur n'étant plus considéré comme un problème majeur du fait des modifications du milieu, l'OICMA disparaissait et mes propositions de recherche avec. (1) L'aire grégarigène principale du criquet migrateur est située dans la zone d'inondation du fleuve Niger dans le centre du Mali. C'est d'elle qu'est partie la dernière grande invasion ayant affecté presque toute l'Afrique au sud du Sahara de 1928 à 1942. D'où la localisation du siège de l'OICMA à Kara, au coeur de cette zone. Mais le bassin du lac Tchad était suspecté pouvoir être à l'origine de pullulations importantes, voire d'invasions.
A gauche, le siège de l'OICMA à Kara, sur son toguéré, vu depuis ma pirogue, et à droite, l'un des locaux de l'organisation (photo ADRIAS). La réunion terminée, je quittais Kara pour Bamako le 13 août, et pris l'avion pour Niamey le 15 août, passant par Tombouctou et Gao. J'étais accompagné, pour la suite de cette mission, par un autre collègue britannique, Georges Popov, excellent connaisseur des criquets pèlerins et migrateurs. Nous prîmes de nouveau l'avion pour Zinder où nous arrivâmes le 16, puis continuâmes tous les deux par la route vers le bassin du lac Tchad, via Kano (18/8) et Maiduguri (19/8) au Nigéria. Nous pénétrâmes alors dans la fameuse zone des argiles noires pouvant offrir des conditions propices au criquet migrateur mais qui en saison des pluies, rendaient les pistes fort peu praticables. Celle reliant Kano à Maiduguri était parsemée de bus et de camions enlisés.
A Zinder, au Niger, cases typiques haoussa et le fort.
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Nous avons exploré cette région du bassin tchadien en passant d'abord par Bama (21/8) puis Mubi au Nigéria (22/8). Circulation toujours difficile. A un moment, dans une zone d'argiles, notre 4x4 et notre camion Mercedes s'enlisèrent tous les deux. Nous ne pûmes nous en sortir qu'en faisant appel à un bulldozer miraculeusement présent. La route nous mena ensuite vers Garoua au Cameroun, la région du lac Léré et la vallée du Mayo-Kébi (23/8); puis Maroua (26/8) et enfin arrivée sur N'Djaména (27/8) où nous avons dû franchir le Chari en prenant un bac, le pont n'existant pas encore à l'époque. Nous fûmes hébergés à la base de l'OCLALAV puis prîmes l'avion pour revenir en Europe le 2 septembre. Je rédigeais alors mon rapport de mission avant de reprendre la rédaction de ma thèse.
Bus et camions enlisés sur la piste entre Kano et Maiduguri au Nigéria (à gauche). Enfants sur le marché de Mubi; la jeune fille en rouge porte des noix de cola (à droite).
Non loin de la date où je prenais l'avion pour rejoindre Niamey depuis Bamako, le 11 août, se produisit un crash d'un vol Air Mali près de Ouagadougou. En l'absence de détails sur mon programme, et n'ayant aucun moyen de me joindre, ce fut une grosse frayeur dans la famille. Mais, n'ayant ni téléphone, ni journaux, ni radio, je ne fus informé de l'événement qu'en rentrant en France. Ce n'était heureusement pas mon vol. Ma carrière pouvait se poursuivre.
Vendeuse de pains à Bama (à gauche) et enfants sur le marché de Mubi, Nigéria (à droite).
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Sur la piste dans la région de Gwoza et ma Land Rover enlisée dans les plaines d'argiles noires de la région de Michika, Nigéria.
Le lac Léré au Tchad.
A gauche, en Land Rover entre Maroua et Mora, au Cameroun. A droite, traversée d'une rivière à l'arrivée à Maroua.
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Le bac sur le Chari permettant d'accéder à N'Djamena (Fort-Lamy avant 1973) depuis le Cameroun.
Itinéraire de mon périple en Afrique de l'Ouest en 1974. Par la route (rouge), en avion (bleu) ou en pirogue sur le Niger (blanc). Addenda - L’abandon du site de Kara par l’OICMA en 1986 n’a été accompagné ni de la collecte ni du retrait des pesticides (dieldrine) entreposés localement qui servaient à l’épandage pour l’éradication des criquets. Ces pesticides ont été déversés, sans précaution particulière, dans une fosse située à proximité de l’école du village. A la demande de l'ADRIAS, ONG française qui se préoccupe de sauver et valoriser le site de Kara, j'ai fais réaliser par un collègue de mon unité une étude de décontamination du site vers la fin des années 2000.
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1975 Avec les félicitations du jury Le 8 mars, université de Paris-Sud (à l'époque Paris XI Orsay). « Bon, alors, Monsieur Lecoq, le jury, après en avoir délibéré, a décidé de vous attribuer le grade de docteur ès sciences avec la mention la plus haute dont il puisse disposer, la mention très honorable, et il m'a chargé de vous présenter toutes ses félicitations pour le travail que vous avez accompli. » Telle fut la déclaration de Joseph Bergerard, président de mon jury de thèse, après ma soutenance et les débats ayant suivi. Déclaration classique, certes, mais cela faisait quand même bien plaisir après toutes ces années de travail, d'abord sur le terrain à Madagascar de 1971 à 1973, dans des conditions un peu sommaires, puis en France en 1974, au chômage, pour l'analyse de mes résultats et la rédaction du manuscrit.
Jean-René Le Berre Joseph Bergerard
Maxime Lamotte
Norbert Gerbier
Jean-Marie Legay
Mon jury de thèse de doctorat.
La soutenance avait commencé par une autre phrase, classique, du président : « Monsieur Lecoq, vous avez la parole pour nous exposer les résultats de vos travaux concernant les déplacements par vol du criquet migrateur malgache en phase solitaire, leur importance sur la dynamique des populations et la grégarisation. » Et j'avais alors commencé mon exposé, rôdé au cours des journées précédentes avec l'appui d'un technicien du laboratoire, par une introduction non moins classique : « Monsieur le Président, je vous remercie. Mesdames, Messieurs, à intervalles plus ou moins réguliers, les invasions du criquet migrateur ravagent Madagascar, ruinent l'économie du pays et mettent en danger tous les efforts entrepris dans le domaine du développement agricole. » Etc., etc. jusqu'à ma conclusion: « Il semble donc probable que sans les déplacements des populations solitaires la grégarisation du criquet migrateur à Madagascar serait beaucoup plus rare. » Ce fut alors le début d’une longue discussion avec les membres du jury, commencée en ces termes mémorables par Joseph Bergerard : « Je vous remercie et je vais passer la parole à Monsieur le Professeur Lamotte qui a bien voulu établir le rapport. »
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Grâce à mon directeur de thèse, Jean René Le Berre, professeur d'entomologie à l'université Paris Sud, j'avais pu bénéficier d'un jury de rêve. Que des scientifiques de renom, à commencer par Maxime Lamotte (1920-2007), le rapporteur de ma thèse, biologiste, généticien et pionnier de l'écologie quantitative, fondateur de la célèbre station d'écologie de Lamto en Côte d'Ivoire, professeur de zoologie à l'université Pierre et Marie Curie et directeur du laboratoire de zoologie de l’École normale supérieure. Mais aussi, Jean Marie Legay, professeur à l’université Claude Bernard de Lyon et directeur du laboratoire de biométrie; Norbert Gerbier, directeur du service d’agrométéorologie à la Météorologie nationale et qui fut quelques années plus tard, de 1979 à 1985, président de la commission de météorologie agricole de l'Organisation mondiale de la météorologie (OMM); et enfin mon président de jury, Joseph Bergerard, professeur de zoologie à l'université Paris Sud et directeur de la station biologique de Roscoff, spécialiste de la physiologie des insectes et l’un des fondateurs de la faculté des sciences d’Orsay. Que demander de plus ? Toute ma soutenance fut enregistrée et je dispose de l'intégralité de mon exposé et des débats qui ont suivis. Le tout fut intégralement retranscrit dans un document de plus de cinquante pages, onomatopées et tics de langage compris. En voici quelques brefs extraits, en ne retenant bien sûr que les compliments: M. Lamotte: « Je crois que ce que vous avez réalisé sur le terrain est quelque chose d'excellent ». « Vous avez des qualités indiscutables au point de vue pédagogique et votre exposé oral en est un exemple. » « Etablir un tableau comme cela, pour quelqu'un qui a un petit peu l'habitude de la dynamique des populations, et bien cela représente, on s'en aperçoit, le résultat de mois, d'années de travail; c'est quelque chose de colossal, c'est, c'est, je dirai c'est sensationnel. » J.M. Legay: « Je vous félicite d'avoir en un temps finalement, j'ai l'impression, assez court, rassemblé tant de documents déjà interprétés. » « Votre soutenance a été fort claire, fort agréable. » N. Gerbier: « Je voudrais d'abord vous féliciter pour le travail énorme que vous avez effectué. » J.R. Le Berre: « Vous étiez le moins favorisé des quatre*, parfaitement seul, certes avec des retransmissions radio. Et il fallait aller de Beloha à Lavanono. Lavanono c'était encore autre chose, une situation encore beaucoup plus précaire et malgré cela, peut être à cause de cela, vous avez accumulé des données. Je suis quelque fois un peu effrayé quand je pense à tout ce que vous avez exploité. Encore une fois toutes mes félicitations. » J. Bergerard: « Je pense que vous avez fait là un travail qui est considérable. » « Moi, je vous apporte toutes mes félicitations dans cette affaire et, d'une part, d'une part, pour le gros travail que vous avez fait, d'autre part, pour le travail j'allais dire théorique, au niveau modélisation et mathématique; ceci vous permet d'apporter un travail qui est certainement de très bonne qualité. » Et puis, je ne résiste pas à citer quelques croustillantes perles de langage (transcrites littéralement): « Ben, ben évidemment, par conséquent une phrase comme ça, hein, dans une introduction, c'est, c'est, c'est, c'est dommage, n'est-ce pas, voyez-vous ? » « Ben oui, ben écoutez, ben alors, dans la page deux aussi. On peut... Vous écrivez, n'est-ce pas... » « D'autre part, il y a des.., il y a pas mal de choses qu'il faut préciser, si vous voulez. Lorsque vous mettez... heu... je ne peux pas me relire, évidemment, c'est un inconvénient. » « Bon. Hein ? Ben, si, c'est ça le défi... ce sur quoi vous travaillez. Bon, alors, vous l'admettez... » Mais ne soyons pas trop sévère. Je n'ai pas dû faire beaucoup mieux par la suite lorsque ce fut à mon tour, comme membre de jurys de thèse, de distribuer compliments et critiques. Un seul regret : ne pas avoir invité la famille à ma soutenance. __________ * Trois autres étudiants de Paris Sud - Michel Launois, My-Hanh Luong et Jean-François Duranton avaient travaillé à Madagascar en même temps que moi sur le criquet migrateur malgache et passé leur thèse en 1974 et 1975.
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1975 Arrivée en pays Mossi A la porte de mes nouveaux bureaux au sein de la station agronomique de Saria. Je viens de prendre pied en pays Mossi, au cœur du Burkina Faso, pour étudier les criquets du Sahel qui viennent de provoquer d'importants dégâts dans toute la région. Si le criquet pèlerin ou le criquet migrateur sont bien connus, à l'époque les autres espèces sont fort peu étudiées. Les quelques données existantes sont dispersées, souvent contradictoires. Tout ou presque est à faire.
A gauche, devant mes bureaux (à cette époque je travaillais pour le Groupement d’étude et de recherche pour le développement de l’agronomie tropicale – le GERDAT – devenu par la suite le CIRAD). A droite, mon équipe devant ma Land Rover : 3 assistants de recherche, 10 manœuvres et un chauffeur. Ce n'est pas mon premier séjour en Afrique. J'ai déjà passé presque 4 ans à Madagascar, et j'ai eu le privilège durant l’été 1974 de réaliser une vaste mission dans toute l'Afrique de l'Ouest, pour le compte de la FAO, en compagnie de Georges Popov, un éminent connaisseur des criquets. A Saria, j'ai avec moi des moyens matériels et humains importants: 10 captureurs, 1 chauffeur et 3 assistants formés par mes soins. L'un pour déterminer les densités de larves et de criquets ailés, un second pour prendre soin des pièges lumineux et trier l'abondant matériel entomologique collecté chaque nuit (souvent plusieurs kilos), et le troisième pour étudier l'évolution des conditions écologiques locales : pluie, végétation, humidité du sol, vent... Des moyens exceptionnels dans le cadre d'un projet financé par le ministère français de la coopération.
Quelques éléments phares de la faune locale : caïmans de Sabou, éléphants de Pô, hippopotames de Bobo-Dioulasso.... et mon petit singe rouge, Wamba (nom mossi des singes), récupéré tout jeune auprès d'un chasseur et qui nous avait adopté, Christiane et moi.
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En l'espace de 3 ans j'ai pu décortiquer la dynamique des populations de plus de 250 espèces de criquets, analyser leurs migrations saisonnières en relation avec le déplacement du front de convergence inter-tropical, mieux comprendre leur adaptation à l’environnement sahélien et le déterminisme de leurs pullulations... A la suite de quoi je rédigeais un article scientifique d'une centaine de pages que j'envoyais aux Annales de la Société entomologique de France. J'étais sans doute un peu naïf. Il semblait impensable de publier un si gros document avec de si nombreuses illustrations, photos, graphiques complexes... Ce fut pourtant possible grâce à l'appui de Michel Verdier, professeur à l'université de Paris Jussieu, et que j'avais eu comme enseignant au cours de mon DEA. Il était « reviewer » pour les Annales et vit tout de suite l'intérêt de mon manuscrit qui parut en 2 fois, en 1978 et 1980. J'ai encore aujourd'hui - presque 40 ans plus tard - la faiblesse de croire que c'est un document de référence qui ne sera pas dépassé avant longtemps. Non nécessairement du fait de mes mérites, mais de par les moyens importants qui avaient été consacrés au sujet et qu’il est bien difficile de retrouver aujourd’hui.
1975 Que font les criquets la nuit ? L’action se situe en 1975, en Afrique de l’Ouest, dans une savane à Andropogon gayanus, une herbe haute qui peut dépasser les 3 mètres. Je viens de construire mon premier piège lumineux destiné à collecter des criquets de nuit. Ce n’est pas nécessairement le modèle idéal… mais ce piège a fait un magnifique travail. Grâce à lui, chaque nuit, durant plus de deux années, j’ai collecté des kilos d’insectes parmi lesquels des centaines de criquets. Un tel piège m’a permis de mieux comprendre les migrations nocturnes de nombreuses espèces, comme par exemple le criquet sénégalais, Oedaleus senegalensis Krauss, un ravageur majeur des cultures sahéliennes.
A cette époque, je travaillais au Burkina Faso, à Saria, à 80 km à l’ouest de Ouagadougou, dans un projet de recherche sur les criquets du Sahel. C’était un projet du PRIFAS qui mérite ici une mention spéciale. Je faisais partie de l’équipe initiale de 4 chercheurs qui avaient créé ce programme de recherche au début de l’année 1975, juste après avoir passé leur thèse de doctorat : Michel Launois, My-Hanh Luong, Jean-François Duranton et moi-même. Cette équipe a d’abord travaillé sur les criquets sahéliens, au Niger mais aussi au Burkina Faso où je suis resté 3 années, de 1975 à 1978, à étudier l’écologie et la dynamique des populations de ces insectes. Avec le temps, le PRIFAS a diversifié ses activités et est devenu l’une des principales équipes de recherche sur les criquets dans le monde, tout au moins selon nos collègues britanniques Waloff and Popov (1990). Nous faisions alors parti du GERDAT, le Groupement d’étude et de recherche pour le développement de l’agronomie tropicale, devenu par la suite le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, le CIRAD, basé à Montpellier. Le PRIFAS a développé des travaux dans tous les domaines de la recherche sur les criquets ravageurs mais sa spécialité était toujours selon nos collègues britanniques - la modélisation. Waloff N., Popov G.B., 1990. Sir Boris Uvarov (1889-1970): the father of acridology. Annu. Rev. Entomol. 35:1-24
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1976 Sur les traces de la cavalerie Mossi Burkina-Faso. A cheval je m'apprête à faire le tour de la station agronomique de Saria où je travaille depuis un an sur un projet de recherche sur les criquets du Sahel. C'est le pays des « mossis » qui, ème siècle, dominaient la région de la Haute Volta. L'État mossi était dirigé par un jusqu'au 19 souverain, le Moro Naba, qui détenait les pouvoirs politique et religieux. Ce Moro Naba existe toujours aujourd'hui et continue à exercer une autorité morale importante. Son palais, d'architecture typique soudano-sahélienne, est un lieu incontournable de Ouagadougou, la capitale du pays. Pendant des siècles, les paysans mossis étaient à la fois fermiers et soldats. Leur cavalerie légendaire défendait vigoureusement le royaume, parvenant sans cesse à gagner des batailles et à contrer les tentatives de conversion à l'Islam par les musulmans venant du nord. Cependant, même dans un lieu aux si fortes traditions équestres, le cheval n'est resté qu'anecdotique dans mes recherches et je ne l'ai utilisé qu'à de rares occasions, préférant Land Rover, Renault 12 et même mobylette 125cc.
Ci-dessus à gauche, un paysan mossi à cheval, en tenue traditionnelle, rencontré non loin de Saria et devant se rendre au marché. A droite et ci-dessous, à cheval devant ma villa, prêt à faire un tour en brousse.
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Quelle était la raison de ma présence et de mes travaux ? La sécheresse ayant sévi dans toute la zone sahélienne d'Afrique de l'Ouest en 1973 et 1974 avait entraîné d'importantes pullulations de diverses espèces de criquets jusque là considérées comme inoffensives. On s'était alors rendu compte que les connaissances sur ces espèces étaient très maigres et qu'il convenait d'en savoir un peu plus pour mieux contrôler le phénomène. A la demande de divers états africains, le ministère français de la coopération avait alors entrepris de financer un projet de recherche et c'est ainsi que, tout frais recruté au GERDAT - le Groupement d'étude et de recherche pour le développement de l'agronomie tropicale qui allait devenir par la suite le CIRAD - je me suis retrouvé à travailler sur les criquets du Sahel, avec comme affectation la station agronomique de Saria.
En 4x4, quelque part vers Ouahigouya, et en mobylette devant ma villa de la station agronomique de Saria.
Arrivé en mai 1975, j'ai rapidement installé un dispositif d'observation destiné à comprendre la dynamique des populations et l'écologie de l'ensemble des espèces de criquets présentes dans la région: 3 sites de 4 hectares prospectés intensivement 2 fois par semaine pour évaluer la densité des populations de criquets et analyser leur structure d'âge, deux pièges lumineux - l'un en milieu humide, l'autre en milieu sec - pour détecter les migrations nocturnes, une station météorologique fort bien équipée et très complète pour suivre l'évolution de divers paramètres de l'environnement: pluie, température, humidité du sol, direction du vent... De plus, j'allais régulièrement à la tour de contrôle de l'aéroport de Ouagadougou pour récupérer les cartes météorologiques synoptiques afin de disposer d'indications sur la position du front de convergence intertropicale, le FIT, susceptible de jouer un grand rôle dans les migrations saisonnières de ces insectes. J'installais également des sites d'observation au nord du Burkina Faso, à Gorom-Gorom non loin de la frontière avec le Mali, ainsi qu'au sud, dans la région de Bobo-Dioulasso, pas très loin de la Côte d'Ivoire. Ce vaste dispositif allait se révéler très productif. Peu à peu, au fil des semaines et des mois, les données s'accumulèrent en grand nombre. Mais il fallait les analyser. A l'époque, pas d'ordinateur. J'étais déjà très heureux de disposer d'une calculette électronique, ce qui me changeait de la calculette Facit à manivelle dont je disposais quelques années plus tôt lorsque j'étais à Madagascar. Dans mon bureau, sur une table à dessin, armé d'une règle et d'un stylo Rotring à encre de chine, je reportais consciencieusement sur calque les informations sur la dynamique des populations de mes diverses espèces de criquets. Peu à peu je voyais se profiler les grandes caractéristiques de leur cycle biologique, la succession des générations, les éclosions, le développement des larves, l'apparition des individus ailés, la ponte... Je détectais rapidement d'importants phénomènes migratoires. Chez beaucoup d'espèces j'assistais à une succession ininterrompue d'arrivées et de départs de populations. Ces migrations étaient spécialement importantes en début et fin de saison humide et étaient nettement en relation avec la position du FIT et les pluies. Tout cela était nouveau et largement insoupçonné. Pour certaines espèces de criquets, une modélisation prévisionnelle devenait possible. Je commençais enfin à comprendre les causes des pullulations récentes. Et les résultats de mes travaux, publiés quelques années plus tard, allaient devenir presque aussi légendaires que la cavalerie mossi... enfin, tout au moins pour moi ! 54
A gauche, à côté de ma Renault 12, près de la cascade de Banfora, au sud de Bobo Dioulasso. A droite, à pied avec mon filet entomologique, au bord d'une mare, non loin de Ouagadougou.
A gauche, avec Bathia, mon chauffeur, dans une savane à palmiers pas très loin de la Côte d'Ivoire. A droite, avec un assistant dans la région de Ouahigouya.
A gauche, à Saria, dans mon salon et, à droite, perché dans un arbre devant ma maison.
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A Gorom-Gorom, en zone sahélienne, devant une chambre à coucher très ventilée (à gauche) et montant ma tente (à droite).
A gauche, à l'hôtel Indépendance à Ouagadougou et, à droite, chez le teinturier de Saria (les chapeaux de paille recouvrent de grandes fosses contenant un colorant à l'indigo destiné à teinter les étoffes de coton tissées localement).
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1977 Une assistante hors pair Avec Christiane nous sommes au Burkina Faso depuis maintenant deux ans. Arrivée un peu après moi à l'été 1975, Christiane avait commencé à rechercher localement du travail, forte de ses 6 années d'expérience dans l'enseignement en France. Oui, mais à Saria, station agronomique perdue au milieu de la brousse, les possibilités d'exercer une activité d'enseignant étaient nulles. Christiane trouva à Koudougou, petite ville située à une vingtaine de kilomètres, des soeurs tenant une école privée et qui avait besoin d'un enseignant. Elle se rendit à la « ville », utilisant notre motocyclette 125cc, empruntant la seule piste disponible, mauvaise, boueuse en cette saison des pluies et traversant à gué plusieurs marigots regorgeant de crocodiles. Plusieurs crevaisons en cours de route, à l'aller comme au retour, mirent fin à l'expérience. Il n'était pas envisageable de faire ce trajet deux fois par jour. Christiane jugea préférable de m'aider dans mes travaux de recherche et devint rapidement familière avec la terminologie entomologique, les noms de criquets et les appellations de plantes locales. J'avais gagné une assistante bénévole hors pair! Les photos ci-dessous donnent une idée de notre environnement à l'époque.
Christiane sur notre terrasse à Saria, corrigeant l'un de mes textes.
Christiane à Niamey (à gauche) et à Gorom Gorom (à droite).
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Christiane et notre mobylette jaune... prête à partir pour Koudougou.
Le chef de Niandiala (village voisin de Saria) sur son trône, devant sa case, et sa troupe de danseurs.
Au voisinage de Saria, travaux des champs et fabrication de la farine de céréales à la meule de pierre. 58
Fabrication du dolo, la bière locale, chez Tégré, aux alentours de Saria.
Visages d'enfants lors d'une fête et Christiane au pied d'un « pilougou », un grenier à céréales.
Fabrication du beurre de karité chez Thomas Zongo, notre cuisinier, et chez un forgeron local, fabrication de sculptures selon le procédé de la cire perdue.
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Femmes allant au marché de Saria en saison des pluies.
L'un des danseurs rouges de Nandiala et les danseurs bleus de Godé, deux villages voisins de Saria.
Les concessions, fermes familiales du pays mossi, en saison sèche et en début de saison des pluies.
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Aminata, la « demoiselle de compagnie » de Christiane, dans notre jardin.
Thomas, notre cuisinier, chez lui avec sa famille. Il était également officiant au temple local. La photo a été prise pour participer à un concours de crêches organisé par une revue française.
Cueillette de fleurs dans le bas-fond de Saria (à gauche) et devant la piscine de l'hôtel Indépendance à Ouagadougou (à droite).
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1978 Ma traversée du Sahel France. Je viens de rentrer du Burkina Faso (la Haute Volta à l'époque) après presque 3 années passées à étudier les criquets du Sahel. Je me retrouve basé à Montpellier, au GERDAT, sur le campus de La Valette au nord de la ville. Les bâtiments sont neufs. Le centre est ouvert seulement depuis quelques années. Le fonctionnement est encore bon enfant. Lorsque j'avais besoin d'argent liquide pour effectuer des achats, je sortais de mon bureau du bâtiment 3 pour aller voir, non pas un responsable des services financiers, mais directement le directeur du centre, Raymond Huet, qui me confiait la somme de la main à la main dans une enveloppe. Il me fallait pour cela traverser « le Sahel », surnom du vaste espace en terre non aménagé qui séparait les bâtiments 1 et 3, et qui a depuis été transformé en parking. Je consacrais tout d'abord mon temps à la rédaction des publications issues de mes travaux au Burkina Faso et à Madagascar. Mais pendant plusieurs années et jusqu'en 1982, j'allais surtout me consacrer avec quelques collègues, à la rédaction d'un épais ouvrage de plus de 1400 pages: « Le manuel de prospection acridienne en zone tropicale sèche ». J'alternais entre les phases de documentation et de rédaction, et la réalisation des illustrations à ma table à dessin. Pas vraiment un travail de recherche et peu de missions passionnantes à l'étranger au cours de ces années. Juste une visite à Dakar pour une réunion de l'OCLALAV en février 1978 et présenter les résultats de mes travaux au Burkina Faso, et une participation à une réunion technique à la FAO à Rome en décembre 1979. Ces années furent en fait surtout marquées par mes 4 missions d'étude dans l'archipel du Cap Vert, de 1979 à 1982, dont je parlerai en détail ultérieurement. Pour l'anecdote, j'effectuais en 1982 une expertise en Camargue suite à des pullulations de criquets et de sauterelles dans les rizières. Rien de bien dramatique et un peu d'insecticide a suffi à résoudre le problème. Ma traversée du Sahel dura ainsi plusieurs années ponctuées par la rédaction de diverses propositions de projets de recherche restées sans suite, de courtes sessions de formations en France et en Afrique (au Niger en 1983 et 1984, au Burkina Faso en 1984), de voyages d’étude comme en Australie en 1984. Ce n'est qu'aux alentours de 1985, avec ma première expatriation au Brésil, que je commençais véritablement à reprendre une activité de recherche. Il commençait à être temps!
A ma table à dessin réalisant les illustrations du « Manuel de prospection acridienne en zone tropicale sèche ». Derrière moi, la fameuse desserte mobile Boby en ABS jaune (design Joe Colombo, 1970).
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La couverture et quelques pages extraites du « Manuel de prospection acridienne en zone tropicale sèche », rédigé de 1978 à 1981 et édité en 1982 par le Ministère français des relations extérieures.
A mon bureau, sur le campus GERDAT de La Valette, travaillant sur les données obtenues au Burkina Faso sur les criquets du Sahel. On notera, au premier plan, les listings informatiques typiques de l'époque ainsi que la machine à écrire IBM à boule. Pas de micro-ordinateurs !
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Au congrès sur la lutte contre les insectes en milieu tropical, Marseille, 13-16 mars 1979. A la tribune, à gauche, assurant la co-présidence d'une session, et dans l'assistance à droite.
1982 Débarquement sur une île déserte Avec une collègue du CIRAD, nous sommes devant une tente de réfugiés prêtée par la Croix Rouge locale et qui sera notre abri pour la nuit. Nous venons de débarquer sur Santa Luzia, île déserte de l’archipel du Cap Vert. Nous avons loué un bateau de pêche à São Vicente, l’île voisine, et avons débarqué sur une plage de sable fin. Le bateau doit venir nous rechercher dans deux jours. Nous avons donc un peu de temps pour explorer la faune de criquets de ce petit ilot rocheux qui ne fait que 12 km dans sa plus grande longueur et 2,5 de large.
A gauche, sur Santa Luzia, avec ma tente de réfugiés. A droite, le piton central du volcan de l’île de Fogo, volcan actif dont les dernières éruptions remontent à 1951, 1995 et 2014. De 1979 à 1982, j’ai ainsi passé 2 mois chaque année à explorer toutes les îles du Cap Vert et à étudier les criquets de cet archipel ainsi que leur écologie. Faune pauvre, réduite à quelques 37 espèces, survivant parfois difficilement dans cet environnement tropical sec où les pluies sont rares. Certaines années, en l’absence de pluie, des espèces peuvent disparaître ; les îles sont alors recolonisées par vol à partir du continent africain voisin. Nous avons quand même découvert 2 espèces nouvelles endémiques de l’archipel : Sphingonotus atlanticus (Popov, 1984) (décrit sous le nom Wernerella atlantica), sur Santa Luzia, et une surprenante espèce brachyptère (à ailes courtes et incapable de voler), Eyprepocprifas insularis Donskoff, 1983, découverte sur un muret en bordure de route, à environ 800 m d’altitude, sur l’île de São Nicolau. Nous n’avons pu trouver qu’un seul mâle. Espèce mystérieuse qui n’a, depuis, plus jamais été signalée. En 4 ans, j’ai ainsi consacré presque 8 mois à explorer les 11 principales îles du Cap Vert. Santiago en 1979, São Nicolau, Boa Vista et Maïo en 1980, Santo Antão, São Vicente et Fogo (avec l’ascension de son volcan à 2 829 m) en 1981, pour terminer par Brava, Sal, et l’îlot de Santa Luzia en 1982. Seuls les îlots de Razo et Branco, au large de Santa Luzia, m’ont échappé. La 64
diversité des îles et des paysages, les zones arides d’aspect lunaire voisinant, à quelques centaines de mètres, avec une végétation luxuriante, les canyons et les à-pics vertigineux, tout cela en fait un ensemble unique et attachant.
Quelques paysages, très contrastés, des îles du Cap vert. Les versants arides, sous le vent, s’opposent aux versants au vent, exposés aux masses d'air humide et de ce fait très verdoyants. André Duhart, ancien directeur de l’OICMA (l’Organisation internationale contre le criquet migrateur africain) au Mali dans les années 50, en poste dans l’archipel comme conseiller de la FAO, nous accueillit et nous accompagna à plusieurs reprises. L’objectif initial de ces missions était d’étudier la faune locale de criquets dont certaines espèces posaient un sérieux problème à l’agriculture. En particulier, le fameux criquet sénégalais, Oedaleus senegalensis Krauss. Je ne suis pas sûr d’avoir apporté une contribution quelconque à la résolution du problème criquet aux îles du Cap Vert... loin de là. Ce qui est certain c’est que la faune acridienne de l’archipel et son écologie sont maintenant beaucoup mieux connues. Survols aériens des îles, parcours de toutes les pistes utilisables, prospections intensives de tous les milieux possibles… au final, j’ai pu tirer de toute cette agitation quelques publications scientifiques dont certaines ne me semblent pas inintéressantes. Ce n’est déjà pas si mal.
Eyprepocprifas insularis Donskoff, 1983, nouvelle espèce découverte sur l’île de São Nicolau.
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1982 Cinéaste dans les îles Aux îles du Cap Vert. Je m'apprête à débarquer sur l'île de Brava, venant de Fogo, l'île voisine. La liaison est effectuée par un petit bateau. La traversée est assez houleuse et le débarquement sur Brava, où il n'y a pas de port, s'effectue avec une petite chaloupe qui déverse hommes et matériels sur le quai. A la demande des collègues qui m'accompagnaient j'avais pris l'habitude, en plus d'un appareil photo, d'avoir toujours avec moi une petite caméra super 8. J'ai filmé des heures et des heures, accumulé les cassettes... pour ne rien faire de tous ces films, qui au final n'avaient pas grand intérêt car réalisés sans scénario particulier et à l'occasion de mes déplacements liés à mon travail de recherche. Les dizaines de cassettes super 8 furent stockées et finirent sans doute par se perdre. Ma carrière de cinéaste ne démarra finalement pas !
Entre les îles de Fogo (que l'on aperçoit à droite) et Brava (dont on voit une falaise à gauche).
A gauche, dans la chaloupe, je m'apprête a débarquer sur l'île de Brava. A droite, avec André Duhart (conseiller de la FAO au Cap Vert, ancien directeur de l'OICMA au Mali) et un assistant cap-verdien.
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Quelque part dans l'archipel du Cap Vert, caméra au poing.
Caméra au poing, encore et toujours.
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Après la collecte des criquets, le tri des insectes et le remplissage des fiches d'observation... sous le regard amusé de deux assistants locaux.
Quelque part dans les îles... bien bronzé après des jours et des semaines entières en plein air à arpenter chaque pouce de terrain du matin au soir.
Sphingonotus atlanticus (Popov, 1984), une nouvelle espèce de criquet que j'ai découverte le 5 octobre 1982 sur l'île déserte de Santa Luzia. Elle fut décrite par Georges Popov, un collègue britannique, sous le nom de Wernerella atlantica Popov n.sp. (Orth. Acrididae) dans le numéro 68 de la revue Courier Forschungsinstitut Senckenberg. L'exemplaire type a été déposé au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.
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A São Vicente, devant le bâteau de pêche qui doit me déposer pour quelques jours sur l'île déserte de Santa Luzia (à gauche). A droite, dans un gîte quelque part au Cap Vert.
Toujours dans les îles de l’archipel du Cap Vert… toujours caméra au poing !
L'archipel des îles du Cap Vert, à environ 600 km à l'ouest du Sénégal. J'ai séjourné dans l'archipel aux dates suivantes: île de Santiago du 24 septembre au 12 novembre 1979; îles de São Nicolau, Boa Vista et Maïo du 6 octobre au 15 novembre 1980; île de Santo Antão, São Vicente et Fogo du 20 septembre au 2 novembre 1981; îles de Brava, Santa Luzia et Sal en 1982.
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1983 Formation sur les criquets du Sahel Je suis avec ma première promotion d’étudiants en protection des plantes, dans les locaux du centre régional AGRHYMET à Niamey, au Niger. Créé en 1974, AGRHYMET est une institution spécialisée du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS). Le CILSS regroupe 13 pays: Bénin, Burkina Faso, Cap Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad et Togo. Avec les années le centre AGRHYMET est devenu un centre régional d’excellence, particulièrement dans le domaine de la formation en protection des plantes.
Ma première promotion d’étudiants en protection des plantes. Certains étudiants portent un tee-shirt avec le logo du PRIFAS, et quelques uns ont à la main un ouvrage du CIRAD (couverture verte) pour l'identification des criquets sahéliens. Pendant 6 années (1983-1984 / 1986-1989), grâce à des fonds de la coopération néerlandaise et accompagné d’un collègue du CIRAD, j’ai assumé une formation sur les criquets ravageurs. Chaque année cette formation durait un mois entier à raison de 8 heures par jour, moitié théorie et moitié pratique (au laboratoire ou sur le terrain). Les promotions étaient limitées à 15-20 étudiants seulement. Une tâche fascinante et très enrichissante qui m'a permis de transmettre mes connaissances sur les criquets du Sahel. J’avais mis au point un programme assez complet: reconnaissance des espèces, biologie et écologie, méthodes de surveillance, méthodes et stratégies de lutte. Pour autant que je le sache, les étudiants ne gardaient pas de trop mauvais souvenirs de cette formation très intensive. J'ai retrouvé certains étudiants, quelques années plus tard, en poste dans leur pays d'origine ou à l’occasion d’une thèse. J’ai ainsi dirigé la thèse de Idrissa Maiga, du Niger, sur le criquet sénégalais, thèse soutenue en 2008 à l'Université de Montpellier 2. Maïga faisait partie de ma première promotion d'étudiants en 1983! En 1990, c’est un collègue sénégalais, Tahir Diop, qui a repris cette formation et l’a poursuivie pendant de nombreuses années.
1983 Archives ? Vous avez dit archives ? Au sein de mon unité de recherche, au CIRAD, commence à germer l'idée de tenter de modéliser la dynamique des populations du criquet pèlerin, ravageur majeur pour de très nombreux pays d'Afrique, du Proche et du Moyen Orient. En gros, plus de 50 pays, de l'Atlantique à l'Inde, sont concernés. Sachant que cet insecte est régulièrement surveillé sur toute son immense aire d'habitat, nous décidons d'essayer de récupérer l'énorme source d'information que constituent les archives patiemment accumulées, dont certaines depuis les années 1930. En Afrique de l'Ouest, deux organismes effectuent cette surveillance régulière du criquet pèlerin, l'OCLALAV et la CLCPANO. Une 70
partie de leurs données est transmise directement à la FAO où un service (le DLIS) les utilise pour reconstituer la situation sur l'ensemble de l'aire d'habitat de l'insecte, évaluer le risque de pullulation et d'invasion, et effectuer des prévisions pour les mois à venir. Mais une grande partie des informations, et en particulier les originaux des cahiers et des fiches de terrain des prospecteurs, demeure sur place en Afrique, soit au siège des organismes, soit au niveau des bases de terrain.
A la base OCLALAV de Gao, discussion sur des cartes avec les prospecteurs. Nous décidons donc de contacter OCLALAV et CLCPANO et de leur rendre visite pour proposer une collaboration sur l'exploitation de leurs données d'archive. J'effectue cette mission avec Georges Popov, du NRI qui était sans doute l'un des meilleurs spécialistes de cette espèce et avait en particulier travaillé dans le cadre d'un projet PNUD/ FAO sur le criquet pèlerin, dirigé par Hans Brédo, dans les années 60. C'est avec Georges Popov que j'avais également effectué ma première mission en Afrique en 1974 dans le bassin tchadien. Nous commençons notre périple par l'OCLALAV et les pays du Sahel.
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Au siège de l'OCLALAV, à Dakar. Sur la photo de gauche, Georges Popov est le 2 en partant de la gauche et Maurice Balmat, assistant technique français en poste à l'OCLALAV, le premier à droite. A Dakar, au Sénégal, où se trouve le siège de l'OCLALAV, les données sont là et la bonne volonté évidente. Mais les archives sont dans un état lamentable et ne sont pas stockées à l'abri de la poussière et des intempéries. Récupérer ces archives, ces milliers de fiches, les retranscrire, les informatiser va prendre des mois. Rien n'est possible dans le cadre de cette courte mission. Nous verrons plus tard, nous contentant de discuter de la faisabilité et des coûts d'une telle entreprise. Après quelques jours, nous prenons un vol sur Bamako, puis gagnons Gao au nord. Là, à la base OCLALAV, les archives ne sont pas en meilleur état. Nous menons avec les prospecteurs quelques discussions intéressantes... mais finalement d'intérêt limité pour notre objectif. J'ai l'impression que
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Georges Popov ne leur fait dire que ce que nous (et surtout lui) savons déjà. Tout cela me permet cependant de me familiariser avec le travail de cette organisation et avec une zone intéressante, et nous effectuons une petite visite dans les environs de Gao, dans la basse vallée du Tilemsi, pour observer quelques habitats de criquets pèlerins.
A Dakar, au siège de l'OCLALAV, en discussion avec des prospecteurs. A droite, baobabs dans les environs de Dakar.
Au nord de Gao, à gauche, sur une dune surplombant la vallée fossile du Tilemsi provenant de l’Adrar des Iforas et se jetant dans le Niger à Gao. A droite, exploration d'un milieu très favorable au criquet pèlerin: sol sableux, touffes de graminées et des arbustes, Leptadenia pyrotechnica, de la famille des Apocynaceae.
A gauche, au nord de Gao, dans la vallée du Tilemsi, nous venons de descendre d'une dune avec notre Land Rover (on aperçoit encore les traces de roues dans le sable). A droite, à Gao, jeunes filles devant leur maison. 72
Estimant avoir passé un temps suffisant à Gao, nous continuons sur Niamey où nous passons quelques jours. J'en profite pour négocier une magnifique porte dogon à un marchand local qui tenait son commerce sur le trottoir tout près de notre hôtel. Les discussions durèrent plusieurs jours et je finis peu à peu par faire baisser le prix et par obtenir cette belle pièce à un tarif raisonnable. Nous prenons ensuite la route pour Zinder, à 900 km, de Niamey, pour rejoindre une autre base terrain de l'OCLALAV. Là, même constat qu'à Gao. Peu de choses intéressantes, retour sur Niamey et vol sur Alger.
Sur le tombeau des Askias, à Gao, construit en 1495 par Askia Mohamed. Les pièces de bois servent au renouvellement régulier de la couche d’enduit de terre (le banco) érodée à chaque hivernage par les pluies rares mais violentes.
A gauche, le tombeau des Askias à Gao (photo G. François) et, à droite, dîner à Zinder chez Ayouba Ali, prospecteur de l’OCLALAV. En fait, je garde surtout de cette tournée au Sahel le souvenir de notre passage au spectaculaire tombeau des Askias à Gao, souvenir de l'empire des Songhaï dont Gao était la capitale. Le site a été inscrit en 2004 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. La forme pyramidale du tombeau, son style soudano-sahélien typique, sa fonction de minaret au centre de la mosquée, ainsi que la longueur et la forme des pièces de bois composant l’échafaudage permanent, apportent à ce tombeau des Askias des caractéristiques architecturales uniques qui en font un haut lieu de la ville. Ce fut une chance que de pouvoir accéder au sommet de cet édifice en terre par l'escalier latéral en spirale qui en fait le tour, et d'avoir ainsi un magnifique panorama sur la ville de Gao. Le bouquet du voyage nous fut réservé par la CLCPANO à Alger. Son secrétaire exécutif, que nous connaissions de longue date, nous réserva le meilleur accueil. Nous pûmes discuter de la situation du criquet pèlerin, du travail des prospecteurs, etc. Discussions fort courtoises mais ne débouchant sur rien. Le sujet des archives fut soigneusement éludé par notre interlocuteur qui nous proposa de mettre une voiture à notre disposition pour visiter Alger, ce que nous fîmes. Visite d'autant plus intéressante que c'était pour moi mon premier passage en Algérie... et l'on nous raccompagna à l'avion avec de grands sourires, congratulations et salamalecs. A l'évidence, la CLCPANO ne voulait pas partager ses informations – « s'asseyant dessus » selon l'expression de G. Popov - se les réservant sans doute pour ses propres analyses... ce qu'elle ne fit d'ailleurs jamais. C'est sans doute ce que l'on appelle trivialement « se faire balader », expression que nous pouvions également prendre au sens propre.
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A gauche, arrêt au pied d'un acacia non loin de Gao. A droite, chargement de ma Land Rover avant le départ de Niamey pour Zinder.
A gauche, au musée de Niamey, les restes de l'arbre mythique du Ténéré, désormais protégé par un abri. Cet arbre était un acacia solitaire, isolé au milieu du désert du Ténéré, à plus de 230km au nordest d'Agadez. Seul arbre à avoir jamais été représenté sur une carte au 1/4 000 000e, il faisait office de repère sur la route des caravanes. Il fut renversé par un camion en 1973. A droite, dans le centre de Niamey, près de mon hôtel, une vache de race « kouri » dont les cornes volumineuses sont creuses et lui servent de flotteur pour la traversée des rivières. Je finis par avoir accès aux archives en question, bien des années plus tard, en encadrant les diplômes de divers étudiants africains, au Mali, en Mauritanie, et en particulier en dirigeant le master puis la thèse de doctorat d'un ingénieur algérien de l'INPV, Mohammed Lazar, qui soutiendra finalement en 2015, soit plus de 30 ans après mon premier passage à Alger. Archives ? Vous avez dit archives ? Il aura fallu bien des années pour rendre moins sourds nos partenaires et arriver à les faire collaborer avec nous... mais aussi entre eux. Ce n'est qu'en 2001, après divers combats auxquels je participais avec la FAO, que la CLCPRO remplacera l'OCLALAV et la CLCPANO, créant un espace de dialogue unique entre Maghreb et Sahel pour une lutte préventive coordonnée contre le criquet pèlerin.
Le marché aux potiers de Niamey que j'ai souvent fréquenté pour acheter quelques pièces.
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Enfants jouant ou travaillant dans la banlieue de Niamey au Niger. On admirera la voiture faite de cartons, de morceaux de calebasses et de bambous.
1984 Dans l'outback australien J'effectue une mission d'étude en Australie pour visiter l'APLC, l'Australian Plague Locust Commission, l'organisme chargé de la lutte contre les criquets qui a la réputation d'être l'un des meilleurs services de ce genre au monde. Mon voyage allait confirmer que cette réputation n'était pas usurpée. Arrivé à Sydney, je prends un vol local pour Canberra, siège de l'APLC. Après une brève visite du centre, accompagné par un collègue australien, Dave Hunter, nous partons pour la région de Betoota et Mooraberree Creek, minuscules localités du sud-ouest du Queensland. Au cours du voyage sur de vastes routes rectilignes nous croisons fréquemment les fameux « road trains » - convois énormes à trois ou quatre remorques - nous observons au passage quelques kangourous et faisons des arrêts dans de petites villes de l'outback à l'ambiance de far-west, sentant la bière et l'ennui. Nous finissons par arriver à Betoota après 4 jours de route et 2200 km parcourus. La région est très isolée, fort peu peuplée et occupée uniquement par de vastes propriétés vouées à l'élevage. C'est le pays des « flying doctors » - les médecins volants - et des « écoles de l’air » créées pour les enfants vivant dans les endroits isolés de l’outback australien. Mais c'est également une zone fort humide, bourrée de mouches dans la journée et de simulies (petites mouches hématophages à la piqûre douloureuse) dès la tombée du jour. Le port d'un chapeau muni d'une moustiquaire pour protéger le visage est la règle.
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Allongé sur le sol, je tente de photographier des larves du criquet australien, Chortoicetes terminifera.
Avec des collègues australiens de l'APLC, quelque part dans l'outback, avec mon matériel de travail: mon Nikon, mon filet à insectes et mon bocal à cyanure.
A gauche, un champ de ponte du criquet australien. Le sol vient d'être décapé et chaque trou correspond à une ponte renfermant de 30 à 70 oeufs. Ce site correspond à la zone de ponte d'un essaim; la densité d'insectes était telle que les pontes ne sont guère espacées que de 1 à 2 centimètres. A droite, avec une pelle, je décape le sol pour rechercher les pontes. 76
A gauche, portion d'une bande larvaire du criquet australien: entre les touffes d'herbes, le sol est couvert de larves. A droite, femelle de criquet australien en train de pondre, l'abdomen enfoui dans le sol. Le criquet australien, Chortoicetes terminifera (Walker, 1870), est la principale espèce dont s'occupe l'APLC. Localement, dans cette région reculée du Queensland, ces criquets ne font pas de degâts, mais il s'agit de la zone d'origine des essaims qui peuvent migrer pour aller ravager les cultures dans les régions agricoles situées plus au sud. L'APLC doit donc traiter avant la migration. Dans ces vastes zones humides, la recherche des cibles - bandes larvaires et essaims - ne peut se faire que par hélicoptère. C'est donc dans l'un des hélicoptères de l'APLC que j'embarque pour participer à une prospection à la recherche des criquets… et les essaims ne tardent pas à se montrer.
Dans l'hélicoptère, je boucle ma ceinture, prêt à partir à la recherche de bandes et d'essaims du criquet australien. Je prends ensuite un petit avion de type CESSNA en direction de White Cliff dans le New South Wales, à environ un millier de kilomètres. J'assiste là à d'autres opérations de traitement insecticide réalisées par avion... et effectivement dans les règles de l'art. L'APLC est décidément une organisation de pointe dans le domaine de la lutte contre les criquets! Je profite de mon passage à White Cliff pour visiter cette petite ville de l'intérieur célébre pour ses mines d'opales. Des trous étroits affleurent un peu partout. La ville serait entourée de plus de 50000 puits de mine, souvent désaffectés. L'ensemble confère au paysage un aspect lunaire et un côté totalement surréaliste. White Cliff ne compte guère plus de 200 habitants vivant le plus souvent dans des habitations souterraines procurant un peu de fraîcheur dans cette zone qui est l’une des plus étouffantes de l’Australie en été. J'ai le souvenir d'un bar entièrement construit en terre et en bouteilles de bière
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faisant à la fois office d'isolant et de fenêtre. La visite de White Cliff terminée, avec mon collègue australien, nous reprenons l'avion de l'APLC en direction de Longreach, petite ville du nord d'environ 3000 habitants, d’où nous rejoignons Mooraberree Creek, Betoota, puis Charleville. Là, après ce séjour dans l'outback, nous reprenons la voiture pour rejoindre la région de Brisbane.
A gauche, ravitaillement en carburant de l'hélicoptère. A droite, devant le 4x4, Phil Symmons, directeur de l'APLC (en short beige).
Dans l'hélicoptère, à la recherche d'essaims et de bandes larvaires du criquet australien.
Quelques dizaines de kilomètres avant d'arriver à Brisbane, j'ai l'occasion de participer à une étude sur le vol de nuit des insectes. Je retrouve un collègue australien, Roger Farrow, que j'ai rencontré quelques années auparavant à Madagascar, et qui conduit cette étude. Les insectes en vol sont repérés à l'aide d'un radar fixé sur le toit d'une caravane de camping. Dès que la nuit tombe, immédiatement des échos radar apparaissent: les insectes décollent. Il est alors possible de suivre leur progression en altitude puis de les voir disparaître de l'écran: la migration commence. En cours de nuit d'autres vols sont repérés en altitude correspondant à des insectes ayant dû décoller de zones plus ou moins proches. Comment savoir de quels insectes il s'agit ? Très simplement: un filet muni d'une nasse est envoyé en altitude grâce à un parachute ascensionnel et collecte un échantillon des insectes repérés sur l'écran radar. Une commande radio permet régulièrement de larguer la nasse et de récupérer les insectes. Un véhicule doté d'un filet permet également de collecter les insectes volant près du sol. Une expérimentation fascinante à laquelle je ne participe malheureusement que peu de temps, devant reprendre la route pour Brisbane, puis Sydney à plus de 900km, avant de reprendre l'avion pour la France. Au final, un mois et demi de voyage dans l'outback australien au sein d'un service de lutte contre les criquets très efficace, aux antipodes de ce que j'ai pu connaître à Madagascar et en Afrique. L'arrière-pays n'est pas si arriéré !
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L'avion de traitement termine une passe, guidé au sol par le drapeau jaune (à gauche) - La passe terminée, l'avion va effectuer un demi-tour pour réaliser la passe suivante; le porteur de drapeau remonte dans son véhicule pour aller marquer l'emplacement (à droite).
Essaim en vol de Chortoicetes terminifera.
Ecran radar dont les échos correspondent à des insectes en vol. A droite, le radar fixé sur le toit d'une caravane.
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A gauche, vue de détail de l'ensemble de piégeage en vol des insectes: parachute ascensionnel, filet muni d'une nasse, et manche à air de stabilisation. A droite, un filet fixé sur une voiture pour échantillonner les insectes volant près du sol.
Le parachute ascensionnel vient d'être envoyé en altitude (on aperçoit le câble et le treuil à l'arrière de la remorque). Roger Farrow (guêtres roses) s'apprête à expédier le filet (jaune) en altitude en le faisant remonter le long du câble. A l'extrême droite, Dave Hunter, entomologiste à l'APLC qui m'a accompagné pendant tout le séjour.
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Carte de mon périple en Australie (rouge: par route; bleu: en avion; vert: en hélicoptère).
1985 Une année peu captivante Le début de l'année fut marqué, du 21 janvier au 20 février, par ma participation à l'organisation d'un stage en « Ecologie opérationnelle » organisé par mon unité de recherche. Pas très captivant à vrai dire. Je fis quelques cours, en particulier sur l'utilisation de la micro-informatique, encore balbutiante, pour l'analyse des données de terrain sur l'écologie des criquets. Ce que j'avais fait avec mes données sur la répartition de ces insectes au Burkina Faso, d'une part, et aux îles du Cap Vert, d'autre part. Je fus amené à contribuer à la rédaction d'un projet de recherche concernant la mise en œuvre d'un réseau de surveillance des principaux ennemis des cultures au Sénégal... proposition restée sans suite faute de financements. Penseur ? Non, plutôt dubitatif. Ce fut également l'année de mon expatriation dans le Nordeste du Brésil et je fis un voyage préparatoire du 9 avril au 25 mai. Pas grand chose à en dire. Je n'étais pas ravi des collègues brésiliens avec lesquels je devais être amené à collaborer. Je n'étais pas, non plus, vraiment ravi du sujet de recherche. J'en retiens surtout quelques sorties à la campagne où mes collègues brésiliens sortaient leurs armes pour s'entraîner au tir. Bref, un début d'année 1985 plutôt terne. Ce ne fut pas le moment le plus marquant de ma carrière. Pas la peine d'en dire plus. Peu captivant est bien le mot et c'est sans doute pourquoi j'ai une expression un peu dubitative sur les photos de l'époque.
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Pendant le stage d'écologie opérationnelle, avec les 7 stagiaires, je détaille l'utilisation du microordinateur pour l'analyse des données sur l'écologie des espèces animales.
Dans mon labo, étudiant ma collection de criquets réalisée à l'occasion de mes divers séjours et missions en Afrique de l'Ouest. Grâce à cette collection et aux divers travaux réalisés, en particulier, au Burkina Faso entre 1975 et 1978, j'avais pu rédiger un copieux travail de 65 pages présentant des clés de détermination des criquets des zones sahélienne et soudanienne d'Afrique de l'Ouest. Ce travail fut publié en 1980 dans les Bulletins de l'IFAN, l'Institut fondamental d'Afrique Noire, dont Roger Roy était alors l'éditeur.
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Une vision à long terme ? Non, désabusé, plus probablement.
1985 Au pays des cangaceiros Je viens d'être affecté auprès du CPATSA, un Centre d'étude sur le tropique semi-aride dépendant de l'Embrapa, l'organisme brésilien de recherche agronomique. Je vais habiter pendant un an à Petrolina, petite ville de l'état du Pernambuco située dans la vallée du fleuve São Francisco et reliée par un pont à Juazeiro dans l'état de Bahia. J'ai effectué en début d'année, du 9 avril au 25 mai, une première mission de reconnaissance. J'arrive maintenant en famille pour une année de travaux, au coeur d'une zone connue comme le périmètre de la sécheresse au Brésil et qui a été confrontée il y a peu à des pullulations importantes d'un étrange criquet, Stiphra robusta, ressemblant plutôt à un phasme qu'à un criquet et appelé localement « Mané Magro » ou « Bicho pau », le criquet maigre ou le criquet brindille.
Stiphra robusta Mello-Leitão, 1939, le « criquet brindille », un étrange criquet sans ailes. Assez rapidement, suite à des divergences de vue avec la collègue brésilienne avec qui je suis censé collaborer, je délaisse le « criquet brindiille » pour m'occuper de l'écologie de l'ensemble des criquets des 9 états du Nord-Est brésilien. Tâche immense dont je n'ai sans doute pas mesuré l'ampleur. Chaque mois, avec un assistant et un chauffeur, je passe deux semaines entières à effectuer des prospections dans les 9 états de cette vaste zone, du sud de l'état de Bahia à São Luis de Maranhão au nord, du Tocantins à l'ouest à Alagoas à l'est. Il y a sans doute peu de routes où je
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ne sois passé. Mise à part la zone de forêt atlantique à l'est, l'ensemble de ce territoire est le plus souvent très aride. Le centre, le sertão - l'arrière-pays, le bled - est caractérisé par une végétation épineuse typique, la « caatinga » (la « forêt blanche » en langue Tupi). C'est également la zone des cangaçeiros, célèbres bandits du Nord-Est brésilien ayant vécu entre 1870 et 1940 et dont les plus célèbres sont sans doute Lampião et sa compagne María Bonita.
En famille dans le Nordeste. A gauche, à Juazeiro. A droite, devant le vieux port de Salvador de Bahia (Salvador, avec Récife et Fortaleza, étaient nos destinations familiales préférées pour les week-ends).
En 1985, les cangaçeiros ont disparu depuis longtemps mais mes collègues brésiliens, sachant la région peu sûre et compte tenu de mes multiples déplacements dans des endroits reculés, me conseillent de porter une arme. Je suis leur conseil et acquiers (sans permis) un petit révolver 7.65 avec lequel je vais effectuer mes prospections une année durant, l'arme glissée dans la poche arrière de mon jean qui en prendra rapidement la forme. Je n'ai pas dû tirer un seul coup de feu, mais, pour mes collègues, l'important était surtout de montrer et de faire savoir que j'étais armé... comme l'était d'ailleurs mon chauffeur qui avait un gros colt glissé dans la boîte à gant de notre véhicule.
Sur le marché de Petrolina, les marchandes d'aracajés, beignets de haricots bruns frits à l'huile de palme (l'huile de dendê), fendus en deux et remplis de vatapa, mélange de mayonnaise, crevettes roses séchées, lait de coco, piment, noix de cajou, oignon et tomates. La marchande de droite vend également des crêpes typiques du Nordeste, les beijos de tapioca.
Ce premier séjour brésilien n'aura pas été très productif sur le plan scientifique. Je rédigeais bien sûr un rapport de mission, éditais un ouvrage sur le problème des criquets au Brésil et surtout j'accumulais une quantité très importante de données et d'échantillons de criquets... que je fus bien en peine, pour la plupart, d'identifier. A mon retour en France, et sachant que de nombreuses espèces risquaient d'être nouvelles, je déposais la plupart de mes échantillons au Muséum de Paris. Ils doivent toujours y être stockés... Encore faut-il que quelqu'un s'y intéresse!
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Petrolina vu depuis Juazeiro. En haut à droite, l'église principale, Nossa Senhora Rainha dos Anjos, de style néocolonial. La découverte du « Nordeste », de son histoire, de ses paysages magnifiques, de son folklore, de sa musique (forró, frevo...) et de toutes ses traditions si attachantes aura été le point le plus positif de ce séjour. La découverte de la littérature brésilienne consacrée au Nordeste fut également un des grands moments avec Euclides da Cunha et son ouvrage « Os Sertões » relatant les péripéties de la guerre de Canudos dans l'état de Bahia, Guimarães Rosa et son roman « Grande Sertão : Veredas » un des ouvrages les plus importants de la production littéraire du Brésil contemporain, Jorge Amado bien sûr et ses nombreux romans se déroulant dans l'état de Bahia tel « Dona Flor et ses deux maris ». Quant à la musique, citons simplement Luiz Gonzaga, le roi de Bahia, et sa chanson « Asa Branca » devenu l'hymne du Nordeste. Au final, un séjour beaucoup plus passionnant que ma simple production scientifique du moment ne pourrait le laisser paraître.
A gauche: bâteau effectuant des promenades sur le rio São Francisco, amarré sur la berge à Juazeiro. A droite, des carrancas. La carranca est une sculpture en bois, de forme mi-humaine mianimale, placée autrefois à la proue des bateaux naviguant sur le fleuve São Francisco et censée protéger les bateliers des mauvais esprits de la rivière. Ces sculptures sont maintenant vendues pour orner les maisons et Petrolina est un des grands pôles de fabrication.
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Sur le marché de Petrolina. A gauche: un perroquet, un parmi les nombreux oiseaux vendus sur le marché. A droite: la « viande de brousse » omniprésente sur les marchés et au premier plan, un tatou, une espèce pourtant protégée.
Quelques « cordels », livrets de petite taille imprimés par xylogravure sur du papier bon marché, puis mis à sécher sur des cordelettes. Ces livrets sont vendus sur les marchés, épinglés sur des rangées de ficelles. Cette forme de littérature est propre au Nordeste, où elle est très répandue. Les thèmes sont des faits de la vie quotidienne, des épisodes historiques, des thèmes religieux, par exemple, les aventures du cangaceiro Lampião, ou la vie de Padre Cícero, le prêtre Cícero Romão Batista, homme d’église charismatique et qui exerça une grande influence sur la vie politique et sociale du Ceará à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
A gauche: sur le marché de Petrolina, un marchand de « rapadura », sucre artisanal non raffiné au goût légèrement caramélisé. A droite: habitat rural typique du sertão du Pernambuco.
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A gauche, couverture d'un « cordel » contant l'histoire de Lampião et María Bonita. Ci-dessous, la cathédrale de Sé à Olinda, près de Récife. Olinda est l'une des plus vieilles cités brésiliennes classée au patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO.
Figurines de terre cuite provenant du marché de Caruaru (à 130 km de Récife). On trouve là les objets d’artisanat les plus divers, mais en particulier ces figurines de terre représentant les personnages traditionnels du sertão du Nordeste (os retirantes, bumba meu boi… ou comme ci-dessus, un couple dansant lors de la fête de la Saint Jean ou un mariage dans le sertão).
Les 9 états du Nordeste brésilien, à gauche, et mes itinéraires de prospection, à droite. En 10 mois, j’ai parcouru plus de 20000 km et prospecté 800 sites à la recherche des criquets.
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1986 Au pays de Xuxa Petrolina, Brésil. Je suis arrivé en famille dans cette petite localité de l'état du Pernambuco, au mois de juillet de l'année précédente. Nous avons d'abord logé dans un appartement du centre ville avant de déménager dans une villa de la périphérie. J'étais le plus souvent - environ 15 jours par mois - en déplacement pour l'étude des criquets de ce vaste ensemble géographique qu'est le Nordeste brésilien et qui couvre plus de 3 fois la superficie de la France. Au cours de cette année, Christiane faisait classe à Lydéric, inscrit au cours du Centre national d'enseignement à distance, le CNED. Elphège, de son côté, allait dans une école maternelle locale - le « Colégio Motiva » - et avait comme maîtresse une jeune femme qu'elle appelait, comme les autres enfants, « Tia Rosangela » (Tante Rosangela). Les distractions étaient rares: piscine dans un hôtel local, plage sur le fleuve São Francisco, dîner chez quelques amis français... L'environnement local de « caatinga » - une brousse épineuse sèche caractéristique du Nordeste - n'était guère favorable aux promenades. La vieille Coccinelle Volkswagen que j'avais achetée - appelée localement « Fusca » - nous permettait de circuler en ville... mais guère plus. Le moteur était poussif et le sol visible à divers endroits du plancher ! Heureusement, environ une fois par mois nous prenions un confortable bus de nuit pour aller passer un week-end au bord de la mer, à Récife, Salvador de Bahia ou Fortaleza, les trois grandes capitales du Nordeste. Partant le vendredi soir nous rentrions le lundi matin de bonne heure après quelques heures de dépaysement total.
Au CPATSA (le Centre de recherche sur la zone tropicale semi-aride du Brésil). A gauche, observant des criquets séchés stockés sur une « couche entomologique ». A droite, chasse aux criquets en forêt quelque part dans l'un des 9 états du Nordeste brésilien. A Petrolina, les enfants regardaient à la télévision les émissions locales et en particulier le fameux « Xou da Xuxa », le show de Xuxa, une émission pour enfants animée par la très dynamique Xuxa Meneghel, une sorte de Dorothée brésilienne surnommée « La Reine des tout petits ». Son programme sur la chaine de télévision Rede Globo, la première chaîne de télévision brésilienne, avait été créé peu avant notre arrivée au Brésil et était un immense succès. Les enfants étaient très assidus. Ils regardaient également quelques dessins animés comme la Turma da Mônica - « La bande à Mônica » - dont les histoires tournaient autour des aventures de Monica et de ses nombreux amis (Cebolinha, Cascão, Chico Bento...) dans le quartier fictif de « Limoeiro » à São Paulo, quartier inspiré par celui de Cambuí, à Campinas (où nous allions d'ailleurs demeurer quelques années plus tard, en 1992-1993). Fort heureusement, Lydéric et Elphège avaient de nombreux amis parmi les enfants du voisinage, et particulièrement ceux de la famille Mendès, Carmen, Homero et Alex, avec lesquels ils sont toujours en contact 30 ans plus tard. 88
Mon piège lumineux et mon bureau dans les locaux du CPATSA. Un tel piège avait été très rentable en Afrique de l'ouest. Au Brésil, je ne pu récupérer que quelques rares criquets. L'année passa ainsi « tranquillement ». Les enfants parlaient brésilien comme des enfants de leur âge. Vint l'heure des vacances puis de la rentrée des classes de septembre 1986. Christiane et Lydéric (qui avait maintenant 7 ans) rentrèrent en France en premier. Je restais seul avec Elphège, âgée de 4 ans, pour 3 mois de plus. Après leur départ, à l'hôtel du Pelourinho, dans le vieux centre historique de Salvador où nous avions pris une chambre, et pour compenser si possible l'absence de Christiane, j'achetais à Elphège une tenue bahianaise et quelques autres babioles dont une poupée Barbie et de magnifiques chaussures rouges... de Xuxa. Décidément, le Brésil en 1985-86 - outre l'élection du président Tancredo Neves et la fin de la dictature militaire qui durait depuis 20 ans - était bien le pays de Xuxa, « la Reine des tout petits », « a Rainha dos Baixinhos ».
Notre maison de Petrolina.
Christiane, Lydéric et Elphège: petit déjeuner familial et baignade avec Gilles-Laurent, un ami français du voisinage.
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A Salvador, à l'hôtel du Pelourinho, après le départ en France de Christiane et Lydéric pour la rentrée des classes de septembre 1986. J'ai acheté à Elphège une tenue bahianaise et quelques autres babioles, dont des chaussures rouge vif commercialisées par la célèbre animatrice Xuxa.
Christiane, Lydéric et Elphège, sur les marches à l'entrée de notre villa. Elphège avec Alex lors de son anniversaire.
Sur le chemin de l'école, non loin de notre maison, dans le quartier nord de Petrolina.
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Lydéric et Elphège à Petrolina.
Elphège avec « tia Rosengela », au centre, et en costume pour diverses fêtes de son école dont la fameuse fête de la Saint Jean (à droite).
Travail à la maison.
Cebolinha
Mônica
Cascão 91
A la plage, dans la banlieue de Salvador de Bahia.
Christiane et Lydéric sur les rives du rio São Francisco, non loin de Petrolina. A l'horizon, le barrage de Sobradinho.
Céma, à gauche, avec Lydéric et, à droite, avec Elphège dans la piscine d'un hôtel de Petrolina. Céma était une jeune fille qui logeait chez nous et s'occupait de la cuisine et du ménage. 92
Lydéric et Elphège regardant leur programme préféré à la télévision.
Xuxa dans son fameux show pour les enfants, sur la chaîne de télévision Rede Globo.
La bande d’amis (Elphège dans les bras d'Alex, et Lydéric accroupi à gauche). A droite, la couverture d'une BD de la série « Turma da Mônica » qui était diffusée également sur la chaîne de télévision Rede Globo.
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1986 Le criquet... ça se mange! Niger. Je « déguste » quelques bons criquets que je viens d'acheter sur le marché de Niamey. Juste séchés au soleil, bien croustillants... avec un bon goût de paille. En réalité, je n'ai dû en goûter qu'un ou deux car il aurait sans doute fallu les accommoder pour les rendre plus digestes. Depuis 1983, je donnais tous les ans un mois de cours sur les criquets du Sahel à des promotions d'étudiants venant de tous les pays d'Afrique de l'Ouest. Cette formation se déroulait dans les locaux du centre régional AGRHYMET à Niamey, une institution spécialisée du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (le CILSS). J'ai continué ces cours jusqu'en 1989 puis ai cédé la place à un collègue sénégalais.
Mon vendeur de criquets sur le marché de Niamey. Cette formation intensive me prenait 8 heures par jour. Huit heures pendant lesquelles je devais maintenir l'intérêt et l'attention d'une vingtaine d'étudiants. Je descendais à Niamey dans un petit hôtel assez familial, situé en plein coeur de la ville, le Terminus, constitué d'une série de bungalows et qui avait l'avantage d'avoir des jardins très arborés où régnaient calme et fraîcheur. Cet hôtel avait également un excellent restaurant, un grill/pizzeria ainsi qu'une piscine ce qui était loin d'être négligeable vu la température locale. Je ne compte pas les soirées passées là, enduit de répulsif pour les moustiques, à corriger les copies de mes étudiants ou à préparer les cours pour le lendemain. Le patron, Monsieur Robert, trônait régulièrement en famille dans la salle de restaurant de l'hôtel. Il me servait de banque et avait l'amabilité, si besoin, de me changer mes francs contre des CFA locaux. Dans la cour, non loin de l'entrée de l'hôtel, un marchand avait installé son échoppe 94
et proposait de « beaux objets africains » pour les touristes de passage, des « niama-niama » comme on appelle couramment en Afrique ces objets souvent vendus sur le trottoir. Pour varier, je fréquentais régulièrement en soirée deux restaurants vietnamiens situés non loin de là, dont le Dragon d'or, à l'atmosphère paisible sous les arbres de sa terrasse éclairés de lanternes multicolores.
Mon « repas » de criquets : de nombreux Ornithacris turbida et quelques Kraussaria angulifera. Les amateurs apprécieront. Mes 4 ouvrages de la collection « Acridologie opérationnelle » édités par le CIRAD : Les criquets du Sahel (1988), La surveillance des sauteriaux du Sahel (1988), Vade-mecum des criquets du Sahel (1989) et Le criquet pèlerin au Sahel (1990). Au cours de ces sessions de formation me vint l'idée de créer une collection de petits ouvrages pratiques sur les criquets sahéliens à usage des techniciens de la protection des végétaux. C'est ainsi que vit le jour la collection « Acridologie opérationnelle » éditée par le CIRAD pour le compte du Centre régional AGRHYMET avec des financements de la coopération néerlandaise. Huit volumes furent publiés entre 1988 et 1994. Je rédigeais 4 de ces ouvrages, seul ou en collaboration avec divers collègues, et fus en charge de tout le suivi d'édition pour l'ensemble de la collection: élaboration de la charte graphique et de la maquette de couverture en collaboration avec un graphiste, demande de devis, suivi de fabrication chez l'imprimeur, fourniture des textes et illustrations, travail avec le typographe pour gérer la mise en page, correction des épreuves, bon à tirer... A chaque tirage, j'étais chez l'imprimeur quelle que soit l'heure, travaillant avec le conducteur de presse sur l'imprimante offset pour vérifier, sur les premières feuilles, que les couleurs étaient bien conformes à ce que je souhaitais même si l'opérateur avait à sa disposition le BAT, le bon à tirer, que j'avais au préalable signé. Au final, ce fut une belle opération. Ces 8 ouvrages furent tirés, chacun, en plusieurs milliers d'exemplaires et largement distribués dans tous les pays sahéliens, principalement dans les services de l'agriculture et de la protection des végétaux. Leur contenu devait sans doute être moins indigeste que mes criquets achetés sur le marché de Niamey.
Joueur de flute et village, dans les environs de Niamey, avec les très typiques palmiers doums (Hyphaene thebaica).
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Ma promotion d'étudiants de juin 1986 équipés pour partir chasser le criquet dans les environs de Niamey: filet entomologique et flacon à cyanure.
L'hôtel Terminus, à Niamey, où je fis de nombreux et longs séjours de 1983 à 1989.
Mon marchand d'artisanat africain dans la cour de l'hôtel Terminus, à Niamey. J'allais très fréquemment visiter son échoppe pour discuter et découvrir les nouveautés.
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Greniers à céréales en paille.
Punaises du genre Dysdercus sur un épis de mil. Comme les criquets sahéliens que j'étudiais à l'époque depuis 1975, ces punaises effectuent des migrations en relation avec les pluies et l'avancée et le recul saisonniers du front de mousson. Les migrations de la punaise du cotonnier en Afrique - Dysdercus voelkeri Schmidt - ont été étudiées par un collègue de l'ORSTOM, Dominique Duviard, un peu avant mes travaux sur les criquets. Ses recherches avaient été pour moi une source d'inspiration. Elles montraient, en effet, que la dynamique des populations de ces insectes ne pouvait s'expliquer en se limitant à une échelle locale. Il lui fallait faire intervenir des échanges à une échelle géographique beaucoup plus vaste et prendre en compte des migrations saisonnières sur des centaines de kilomètres, migrations constitutives d'un processus adaptatif remarquablement évolué. Mes travaux montrèrent qu'il en était de même pour les criquets sahéliens.
Ma promotion d'étudiants de novembre 1987. Ils ont pour la plupart revêtu le « teeshirt criquet » que j'avais, comme à l'habitude, distribué à mon arrivée avec divers matériels pédagogiques.
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Dans les environs de Niamey, mes étudiants sur le terrain remplissent des fiches d'observation: description du milieu, espèces de criquets observées et densité, etc.
Un week-end: en promenade sur le Niger non loin de Niamey.
Champs de mil et coucher de soleil sur le fleuve Niger. Pour ce qui est des couchers de soleil sur le Niger, la terrasse du Grand Hôtel de Niamey, dominant les rives du fleuve et le pont Kennedy, était célèbre. Avec des collègues, j'allais souvent y prendre des brochettes et une bière... une « Bière Niger » locale bien sûr, plus familièrement appelée « Braniger ». Par la suite, à partir de 1994 et de la dévaluation du franc CFA, cette bière fut disponible en deux formats: le grand de 66cl et le petit de 50cl s'appelant la « Conjoncture »... à cause de la conjoncture économique difficile.
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Greniers à céréales dans la région de Niamey.
Artisanat africain photographié à Niamey: en haut à gauche, toile de Korhogo (constituées de petites bandelettes de coton cousues les unes aux autres et originaires du nord de la Côte d'Ivoire) et, à droite, décors de poterie; en bas, statuette ashanti (originaire du Ghana, à gauche) et colliers ornés de croix touarègues en argent typiques du Niger (à droite). De temps à autre, j'achetais quelques souvenirs qui finirent - pour la plupart - dans des caisses à mon retour en France.
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1987 Un épervier sur le qui-‐vive Septembre 1987, N'Djamena, Tchad. Avec un collègue du CIRAD, je dois réaliser des essais d'insecticides destinés à la lutte contre les criquets. Nous devons comparer, sur le terrain, deux insecticides classiquement utilisés, fénitrothion (un organophosphoré) et carbaryl (un carbamate), avec deux molécules plus récentes, téflubenzuron (un inhibiteur de croissance de la famille des benzoylurées) et lambdacyhalothrine (un pyréthrinoïde). Vaste programme! J'arrive à N'Djamena le 9 septembre. Le 7 septembre, un Tupolev libyen qui s'apprétait à larguer des bombes (dont certaines chimiques) sur la capitale est abattu par les militaires français du dispositif Epervier qui apporte un appui aux forces armées du Tchad pour contenir une invasion libyenne. Deux jours seulement après cet incident majeur, l'ambiance est tendue à N'Djamena. Les militaires tchadiens sont sur le qui-vive et les Mirage F1 de l'armée de l'air française patrouillent sans cesse dans le ciel. Je loge à l'hôtel Novotel, sur les bords du Chari, mais aussi à proximité immédiate de l'aéroport. Chaque matin je suis réveillé par le bruit assourdissant des réacteurs des avions de chasse au point fixe avant le décollage. De plus, le centre ville porte encore les traces des attaques de rebelles du début de l'année ayant entraîné l’évacuation de centaines de ressortissants étrangers. Toutes les façades des maisons sont encore criblées d'impacts de balles. Ambiance !
Avec quelques curieux sur mon site d'expérimentation au nord de N'Djamena. Avec mon collègue, nous installons notre site d'expérimentation dans la banlieue nord de la capitale. Pendant toute la durée de nos essais, nous serons survolés en rase motte par les mirages et ne cesserons d'entendre des rafales d'armes lourdes... sans doute des exercices militaires, mais nous n'en étions jamais très sûrs. Finalement tout se passa bien et nous pûmes terminer les essais avec les résultats souhaités, prêts à être analysés dès notre retour en France. Mais j'aurais à l'évidence préféré une atmosphère plus sereine pour réaliser ces expérimentations et un Epervier un peu plus calme.
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Le site d'expérimentation au nord de N'Djamena - Délimitation des parcelles d'essai à l’odomètre.
Encore des curieux qui viennent nous visiter sur notre site d'expérimentation.
Préparation du matériel et pulvérisation du produit sur l'une des parcelles expérimentales.
Estimation de la densité de criquets sur les parcelles expérimentales (les Mirages F1 ont été ajoutés pour l’ambiance, mais ce sont les mêmes qui survolaient régulièrement mon site).
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Sur une « couche entomologique » (un lit de coton dans une enveloppe en papier), quelques criquets trouvés morts après traitement insecticide. Il s'agit ici de criquets sénégalais, Oedaleus senegalensis (Krauss, 1877) ; femelles à gauche et mâles, plus petits, à droite.
1988 Invité par le calife du Kanem Aéroport de Mao, au Tchad, à quelques dizaines de kilomètres au nord du lac. Aéroport est un bien grand mot pour une simple piste de terre, détrempée en ce début de saison des pluies, et seulement gardée par quelques militaires venus nous accueillir. Avec quelques collègues, je viens d’arriver à bord d’un vieux DC3 de la Société BOMAS contractée en France quelques semaines plus tôt. La BOMAS doit nous appuyer logistiquement pour la réalisation d’essais d’un nouvel insecticide de la catégorie des inhibiteurs de croissance, le téflubenzuron. Ces militaires qui gardent la piste par 45°C à l’ombre le jour et se font manger par les moustiques la nuit, sont trop heureux d’avoir un peu de distraction. La photo n’a pas été trop difficile à prendre.
Accueil par des soldats tchadiens à l’aéroport de Mao. 102
Depuis plusieurs mois, suite au démarrage d’une invasion de criquets pèlerins, nous avons des contrats avec diverses firmes pour procéder à des essais de nouvelles molécules destinées à remplacer les organochlorés, et en particulier la dieldrine, un puissant insecticide désormais interdit. Chaque firme essaie de placer ses produits. Au Tchad, nous projetons de tester un produit ® commercialisé par la firme BASF sous le nom de Nomolt et dont la matière active est le téflubenzuron. Il s’agit d’un inhibiteur de croissance, autrement dit un produit qui empêche les insectes de muer. Nous devons donc rechercher des bandes larvaires qui, fort heureusement, sont à l’époque abondantes dans la région de Mao, siège de l’émirat du Kanem. Divers essais sont prévus : au sol en 4x4, par air à l’aide des ULM de la BOMAS, qui a même apporté un autogyre, sans doute plus pour le « fun » que pour son utilité réelle pour nos essais.
Non loin de Mao, bandes larvaires de criquets pèlerins perchées sur des arbustes et jeune criquet venant d'effectuer sa mue imaginale. Les étrangers sont inexistants à Mao et nous sommes rapidement invités à dîner par le calife local dans son palais. Ce calife, l’Alifa de Mao, est un chef traditionnel respecté de tous. Cet homme est sans doute le chef coutumier le plus puissant du Tchad. Nous arrivons en début de nuit. Le palais est en terre, de style soudanien. Nous sommes reçus par le calife et nous nous installons « au frais » sur le toit en terrasse, assis au sol en tailleur sur d’immenses tapis, entourés de serviteurs qui nous apportent l’eau, les serviettes, les plats… Peu de conversation, mais l’ambiance est magique. Le dîner terminé nous prenons congé et retournons au campement pour nous laisser tomber sur nos lits de camp, à la belle étoile, par une chaleur étouffante qui ne nous laissera nous endormir que vers 3 ou 4 heures du matin. Puis commencera une nouvelle journée, et de nouvelles expérimentations dans les steppes semi-désertiques qui bordent la ville et sous un soleil écrasant. Au final, les résultats de ces essais furent très concluants. Le téflubenzuron était un excellent produit pour lutter contre les larves du criquet pèlerin. L’invitation chez le calife du Kanem restera un grand moment de cette aventure.
Traitement insecticide utilisant un pulvérisateur monté sur le pot d'échappement d'un véhicule 4x4 et, à droite, le pilote de la BOMAS de retour d’un traitement aérien réalisé avec un ULM.
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Un collègue du Cirad, Tahar Rachadi, dans un essaim de jeunes criquets pèlerins.
Avec l'un des pilotes de la société BOMAS, comparaison de nos bronzages respectifs... à même la peau ou sur le jean.
1988 Au milieu des criquets pèlerins Mao, au nord du lac Tchad. Je suis là pour des tests d'un nouvel insecticide, le téflubenzuron, un inhibiteur de croissance qui empêche la mue de se dérouler normalement. Les criquets meurent avant de pouvoir atteindre le stade suivant (voir « Invité par le calife du Kanem » page 102). Dans les environs de Mao, les criquets pèlerins sont abondants : de très nombreuses bandes larvaires en fin de développement qui me servent pour conduire mes tests sur le téflubenzuron, et de jeunes essaims dont les individus viennent de muer et commencent à voleter, prélude à une nouvelle migration qui commencera quelques jours plus tard. En ce mois de septembre 1988, une invasion de criquets pèlerins bat son plein. Les bandes de larves et les essaims d'ailés sont nombreux, non seulement à Mao et au Tchad, mais dans toute la zone sud-saharienne, de la Mauritanie à l'Erythrée et à l'Arabie Saoudite. En octobre et novembre, des essaims, partant de la Mauritanie et du Sénégal, ont même traversé l'océan Atlantique, envahissant les Caraïbes et divers pays d'Amérique du Sud. Leur durée de vol a été estimée à 93 heures! Cet événement spectaculaire est alors observé pour la première fois mais, fort heureusement, les conditions écologiques dans les zones envahies sont défavorables au criquet qui y disparait rapidement.
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Dans la région de Mao, au milieu des jeunes ailés de criquets pèlerins.
Dans la savanne à Leptadenia pyrotechnica, une Euphorbiacée buissonnante d'un grand intérêt pour le criquet pèlerin. Fournissant abri et nourriture, ces buissons étaient souvent couverts d'une multitude de larves. Sur la photo de droite, ce sont de jeunes ailés qui commencent à voleter. Depuis la fin de l'année 1987, cette invasion de criquets pèlerins sévit dans une grande partie de l'Afrique et du Proche-Orient. Après plus de 25 années de calme, elle a surpris beaucoup de monde. Certains croyaient ce problème millénaire enfin résolu. Ce n'était malheureusement pas le cas et il fallut déployer des moyens considérables pour venir à bout de ce fléau qui prendra fin au début de l'année 1989. Mais en seulement deux années, ce sont 26 millions d'hectares qui auront été traités dans 23 pays d'Afrique et du Proche-Orient. Les sommes dépensées par les pays affectés et la communauté internationale des pays donateurs ont été colossales et estimées à un demi milliard de dollars.
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Le point positif est que cette invasion marqua le début d'un renouveau du dispositif de prévention et de lutte qui était devenu obsolète et inefficace: recherche de nouveaux insecticides moins polluants que les organochlorés et prise en compte de la protection environnementale, amélioration du dispositif de prévention et lancement du programme EMPRES de la FAO quelques années plus tard, renouveau des recherches en particulier dans les domaines de la télédétection spatiale, de la modélisation, de la génétique des populations et bien d'autres. Au final, cette invasion aura permis à notre équipe de bénéficier de nombreux contrats de recherche, d'expérimentation, de formation et de pouvoir continuer à travailler pendant de longues années. Tout n'est pas si mauvais dans le criquet !
Dans la région de Mao, avec mon filet entomologique à la recherche de criquets et avec mon Nikon photographiant de jeunes ailés de criquets pèlerins.
A gauche, un arbuste (Leptadenia pyrotechnica) couvert de larves jaunes de criquets pèlerins. Tous les arbustes sont ainsi jaunes de criquets comme une grande partie de la végétation herbacée.
Front d'un essaim de criquet pèlerin dans les années 1950 (photo Hans Brédo) et essaim de criquet pèlerin survolant les îles du Cap Vert, 500 km à l'ouest de Dakar en 1988 (photo Maurice Balmat).
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Ma protection solaire: un chapeau peul traditionnel. J'ai rapporté ce chapeau en France où je l'ai trouvé un peu difficile à porter. J'ai dû le stocker pendant quelques années avant de le donner.
Régions d'Afrique et du Proche-Orient envahies par les criquets pèlerins entre septembre et décembre 1988. La grosse flèche en direction de l'ouest souligne l'importante migration transatlantique ayant eu lieu en octobre-novembre.
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1989 Une formation fleurie Je suis en Tunisie du 23 janvier au 4 février pour une série de cours sur le criquet pèlerin. L'invasion commencée en 1987 et ayant battu son plein en 1988, s'est miraculeusement arrêtée au début de l'année 1989, grâce à la conjonction des efforts de lutte de la communauté internationale et de conditions météorologiques défavorables. De plus, d'immenses essaims partis des côtes d'Afrique se sont fait piéger par les vents et sont partis se perdre dans l’océan Atlantique, certains réussissant cependant à le traverser et à atterrir sur les côtes de l'Amérique du Sud et des Antilles, causant quelques frayeurs aux populations locales. Cette invasion, qui aura coûté très cher et surpris tout le monde après une trentaine d'années de calme, a eu pour effet collatéral bénéfique de relancer les recherches sur le criquet pèlerin et les moyens de le combattre. Les demandes de formation se sont multipliées et c'est ainsi que j'ai été amené, au cours de l'année 1989, à effectuer plusieurs stages de recyclage d'ingénieurs et de techniciens de la protection des végétaux dans divers pays, dont le Tchad et la Tunisie, formations financées par le ministère français des affaires étrangères.
Accroupi devant mon groupe de stagiaires à l'Institut national pédagogique et de promotion supérieure agricole de Sidi Thabet, non loin de Tunis. On remarquera les tee-shirts et les classeurs ornés d'un criquet qui faisaient parti du matériel « pédagogique » que j'avais apporté de France. A noter aussi la rose rouge à la boutonnière qui nous fut offerte par les stagiaires en fin de formation.
Ces sessions de formation demandaient un travail considérable de préparation en France. Il ne s'agissait pas d'une formation régulière qui m'aurait permis de disposer d'un matériel pédagogique tout prêt, mais de stages à façon où tout était à inventer et à adapter à l'auditoire et au pays concerné. J'effectuais ces formations en compagnie d'un collègue du CIRAD d'origine marocaine qui traitait des insecticides ainsi que des matériels et des techniques d'applications. De mon côté, je m'occupais de toute la partie biologie et écologie de l'insecte ainsi que des bases des stratégies de prévention et de lutte. Je commençais par une semaine de cours à Sidi Thabet, non loin de Tunis, à l'Institut national pédagogique et de promotion supérieure agricole. Je continuais par une seconde semaine dans la région de Sfax dans le sud du pays, à 270 km de Tunis. Dans les deux cas, les stagiaires étaient assez nombreux, entre 30 et 40, motivés, attentifs et attentionnés. Bien sûr, ce n'était pas des étudiants mais des professionnels des services de l'agriculture du pays. C'était l'hiver, la température était fraîche, l'air humide, les locaux non chauffés. Chaque jour, lorsque j'arrivais le matin pour mes cours, la femme de ménage venait juste d'ouvrir toutes les fenêtres en grand et de procéder à un nettoyage des locaux à grande eau. La pièce était assainie... mais il valait mieux rester bien couvert pour le reste de la matinée.
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A gauche, près de Sfax, je suis sur le plateau d'un 4x4 en compagnie de plusieurs stagiaires, prêt à aller réaliser une démonstration de traitement insecticide à l'aide d'un pulvérisateur monté sur le pot d'échappement du véhicule. A droite, à Sidi Thabet, sur le terrain avec les stagiaires, nous préparons les piquets et les papiers oléosensibles destinés à vérifier la qualité d'une pulvérisation d'insecticide.
Il faut croire qu'avec mon collègue nous ne fûmes pas trop mauvais, car à la fin de la session, après le dernier cours et la séance d'évaluation de la formation par les intéressés, nous eûmes droit à un discours de remerciements d'un représentant des stagiaires - chose classique - mais aussi - et c'était là plus exceptionnel - à un magnifique bouquet de roses, dont une vint immédiatement orner ma boutonnière. Même si mes multiples formations me permirent le plus souvent de côtoyer, dans de nombreux pays, des stagiaires sympathiques, motivés et professionnels, cette formation fleurie demeura la seule de ma carrière.
Carthage (en haut) et Sidi Bou Saïd (en bas) hauts lieux touristiques au voisinage de Tunis que j'eus le temps de visiter au cours de ce séjour.
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La grande mosquée de Kairouan (à 150 km au sud de Tunis) bâtie au 7 ème 9 , et des champs d'oliviers près de Sfax.
ème
siècle et reconstruite au
L'amphithéatre romain d'El Djem, à 70 km au nord de Sfax, le mieux conservé d’Afrique du Nord et classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
1989 Le fameux criquet pèlerin Page suivante, un de mes premiers clichés du criquet pèlerin Schistocerca gregaria (Forskål, 1775), dans les dunes de l'erg Iguidi, dans le Tamesna, dans la zone saharienne du Nord du Niger. Cet individu adulte – de la phase dite solitaire – se trouve dans un habitat à Schouwia purpurea, une Brassicacées qui est l’une de ses plantes préférées. C’était en 1989. Je collectais des données de terrain sur le criquet pèlerin dans l'une de ses aires grégarigènes à la frontière entre le Niger et l'Algérie. A cette époque, j’étais partiellement impliqué dans un projet de recherche financé par la France et l'Union européenne, dont l'objectif était de modéliser la dynamique des populations de cet insecte sur l’ensemble de son aire de distribution, de la Mauritanie à l'Inde ... et de tenter de prévoir les pullulations et les risques d'invasion. Vaste programme ! C’était le fameux projet intitulé «Biomodèle SGR» (SGR pour Schistocerca gregaria). Le début fut enthousiaste, avec la collaboration de Georges Popov, le meilleur expert sur l'écologie de cette espèce de criquet. Cependant, après huit années, une absence de réelle approche scientifique, beaucoup d'argent dépensé et, surtout, aucun résultat crédible, le projet s’est lamentablement terminé (avec des soupçons de fraude et de manipulation de données… mais, chut!). L’atmosphère au sein de l’unité était devenue délétère et paranoïaque. Après une évaluation, le directeur d'unité a été changé. Je suis devenu responsable d'une unité scientifique plus restreinte intitulée «Ecologie et maîtrise des populations d'acridiens». C’était en 1997. Un nouveau et excitant départ dans ma carrière! Et la continuité d'un savoir-faire français dans le domaine des criquets ravageurs, expertise ayant ème siècle avec Jules Kunckel d'Herculais. commencé dès la fin du 19
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Le criquet pèlerin.
1989 Perdus dans l’erg Iguidi
En 1989, en compagnie de plusieurs collègues du CIRAD, nous devions parcourir le Tamesna nigérien pour étudier les biotopes et les populations du criquet pèlerin (Schistocerca gregaria Forsk.) moins d’un an après la fin de l’invasion de 1987-1989. Notre guide était Ayouba Ali, ancien prospecteur de l’OCLALAV, une organisation de lutte contre les criquets et les oiseaux granivores, couvrant l’ensemble des pays sud-sahariens. Ayouba était un fin connaisseur du criquet pèlerin et possédait une parfaite connaissance de toute la zone désertique du Niger. Parmi ses « faits d’armes », il avait passé un an dans le massif de Termit au cœur du Ténéré - lieu isolé s’il en est - à étudier les populations solitaires de ce criquet.
Ensablement dans l’erg Iguidi : un touareg nous observe.
Ayouba nous servit donc de guide. Arrivés dans la zone de l’erg Iguidi, nous commençâmes par plusieurs prospections en bordure de l’erg, dans des zones où le Schouwia purpurea, une crucifère très appréciée du criquet pèlerin, atteignait une hauteur imposante. Quelques criquets pèlerins
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profitaient effectivement de cette manne ; quelques chameaux pâturaient à leur aise. Puis, il fut décidé de traverser ce massif dunaire du nord au sud, soit environ sur 50 km de dunes vives. Dans cette zone, les inter-dunes pouvaient constituer d’intéressants biotopes pour le criquet pèlerin. Après les pluies, il pouvait y trouver un sol propice à la ponte et au développement d’une végétation très favorable pour les jeunes larves.
Paysage de l’erg Iguidi après de bonnes pluies.
Nous commençâmes la traversée de l’erg vers le nord, passant d’un interdune à un autre. Le paysage dunaire était splendide mais monotone. Survint évidemment un premier ensablement. Puis un autre. Nous n’avions pas de radio, un seul véhicule, personne ne connaissait notre itinéraire… mais nous avions un guide hors pair. Cependant, rapidement, toutes nos plaques de désensablement (hélas en plastique) finirent par se briser. Après 24 heures passées à chercher, dans les interdunes, des dalles de grès pour les placer sous les roues, nous pûmes enfin repartir… à l’assaut des dunes suivantes. Après quelques centaines de mètres, survint un nouvel ensablement dont nous ne pûmes venir à bout, là encore, qu’après 24h de dur labeur. Dans cet erg désertique nous n’étions pourtant pas seul : un chamelier vint à passer. Il nous tint compagnie pendant quelques minutes puis voyant que tout allait pour le mieux (du moins pour lui!), il nous quitta vers l’infini du désert. Tout ceci fait parti de la routine en zone saharienne. Malgré tout, après de multiples ensablements, après avoir parcouru seulement 200 mètres en 2 jours, et le découragement gagnant, nous fîmes demi-tour… abandonnant les éventuels criquets pèlerins à leur sort. Il fut décidé que l’Iguidi garderait ses secrets.
Nouvel ensablement dans l’erg Iguidi et un chamelier de passage.
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1989 La baguette d'Ayouba Tamesna, zone désertique du nord Niger. Au milieu des dromadaires, dans les dunes du massif de l'Iguidi, avec mon prospecteur Ayouba, je cherche les criquets pèlerins. Le Schouwia purpurea, une magnifique crucifère et aliment de choix pour le criquet, atteint près d'un mètre de haut et peut parfois dépasser les deux mètres si la pluie a été abondante. Ayouba est un ancien prospecteur de l'OCLALAV ayant été formé par un éminent spécialiste des criquets, Georges Popov, et ayant à son actif des années de prospection dans ces zones désertiques du nord Niger qu'il connait comme sa poche. Ayouba avait, en particulier, passé une année entière a étudier le criquet pèlerin dans le massif de Termit, perdu au milieu des sables du Ténéré. Sur cette photo (ci-dessous), j'ai à la main un filet entomologique... un instrument de néophyte! Ayouba lui, en vieux briscard, possède l'arme absolue pour le criquet: une baguette. Il s'en sert avec maestria dès qu'un criquet est repéré, approchant lentement en faisant doucement balancer la baguette devant lui, de droite à gauche, pour finir par l'immobiliser au dessus du criquet, hypnotisé, qui se retrouve plaqué au sol sans avoir rien compris. Une technique redoutable et bien plus efficace que mon filet devant lequel les criquets s'enfuient au loin (en riant ?) sans me laisser le moindre espoir de les rattraper.
Dans les inter-dunes du massif de l'Iguidi, au milieu des domadaires, avec mon prospecteur Ayouba... sa baguette à la main!
Je suis arrivé au Niger le 16 octobre pour donner 3 semaines de cours à des techniciens supérieurs en protection des végétaux. Depuis le 6 novembre, j'ai quitté Niamey, la capitale, pour Agadez dans le nord, où j'ai retrouvé Ayouba. Cette prospection de la région du Tamesna est destinée à collecter des données de terrain sur le criquet pèlerin dans une zone reputée comme pouvant être un excellent milieu de reproduction et de pullulation de cette espèce. Une aire grégarigène comme l'on dit dans le jargon, autrement dit une aire pouvant favoriser les départs d'invasion de criquets. Donc une zone à surveiller tout particulièrement. En ce mois de novembre 1989, c'est ma première visite. J'y suis retourné par la suite à diverses reprises... n'ayant jamais pu observer que de rares insectes. Le criquet pèlerin se fait souvent désirer et survient quand on l'attend le moins. Immédiatement après ces 3 semaines de prospection, je traversais le Sahara pour participer à l'Ecole internationale organisée par l'Université Mohamed V sur le thème « Perspectives de recherches biologiques et chimiques dans le cadre de la lutte anti-acridienne ».
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A gauche, en 1989, Ayouba devant l'arbre de N'Gourene, dans le Tamesna. A droite, entre Taggart et Anes Baraka, également dans le Tamesna, sur un tronc d'arbre fossile (photo prise en 1991, lors d'un autre séjour dans la région).
En voiture dans le Tamesna: de vastes étendues plates et désertiques, une végétation clairsemée... ou absente, parfois un véhicule en panne. .
Dromadaires dans les pâturages à Schouwia purpurea.
Paysages du Tamesna. A gauche: quelques ânes au voisinage d'un puits. A droite, l'immensité des champs de dunes de l'Iguidi, non loin d'In Abangharit, un ancien point d'appui de l'OCLALAV pour les traitements contre les criquets.
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1989 Traversée du Sahara Ces quelques photos ont été prises en novembre 1989, lors d’une traversée du Sahara de Niamey à Rabat. Je venais de passer 2 mois au Niger pour donner des cours en acridologie au centre AGRHYMET à Niamey, un institut spécialisé du CILSS, le Comité inter-états pour la lutte contre la sécheresse au Sahel. J’avais également passé 2 semaines dans le Tamesna, au nord d’Agadez, à étudier les biotopes du criquet pèlerin quelques mois à peine après la fin de l’invasion qui, commencée en 1987, s’était achevée d’une manière assez inespérée dès les premiers mois de 1989. Je devais ensuite participer à un colloque international à Rabat sur les perspectives de recherche dans le cadre de la lutte anti-acridienne, du 27 novembre au 2 décembre. Avec quelques collègues du CIRAD nous avons décidé de rejoindre Rabat en traversant le Sahara avec nos deux Toyota 4x4. Partis de Niamey, nous sommes remontés via Agadez, Arlit, In Guezzam, Tamanrasset, In Salah, Reggane, Béchar, Errachidia, Bouarfa et finalement Rabat après 3 longues journées. Les pistes sahariennes n’étaient pas encore goudronnées à cette époque, les traces parfois peu visibles, les rencontres rares mais déjà suspectes… mais les paysages désertiques superbes. A Rabat, le colloque était organisé sous les auspices de l’Agence universitaire de la francophonie (ex AUPELF-UREF). Je devais présenter une communication sur le criquet pèlerin et les enseignements de sa dernière invasion. Notre unité de recherche au CIRAD (le Prifas) avait pu contribuer au financement des voyages et des frais de séjour de nombreux participants africains grâce à des fonds du Ministère des Affaires Etrangères à Paris. Je pus, à cette occasion, rencontrer d’éminents collègues que je connaissais de réputation de longue date : Josiane et Adrien Girardie de Bordeaux, François Ramade d’Orsay, Arnold de Loof de Louvain… pour ne citer qu’eux. La rencontre la plus inattendue fut avec le Prof. Pierre Aguesse, installé au Maroc, mais que j’avais eu comme professeur de zoologie à l’université d’Orléans en 1967. En 1968, après ma maîtrise, Pierre Aguesse, m’avait ème cycle en acridologie qui était alors organisée par le Ministère recommandé pour la formation de 3 de l’agriculture et la faculté des sciences de Paris-Orsay (voir p.13 « L’aventure commence »). Nous nous sommes retrouvés 20 ans après sur l’estrade à co-présider une session de ce colloque international. Ce fut pour moi un moment intense et émouvant.
En haut : montagnes de l’Aïr, Niger ; Inafer dans le sud de l’erg Iguidi, Tamesna, Niger. En bas : entre In Guezzam et Tamanrasset, Algérie.
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En haut à gauche : entre In Guezzam et Tamanrasset, Algérie. En haut à doite et en bas : entre Tamanrasset et In Salah, Algérie.
Une larve de stade 4 du criquet pèlerin (Tamesna, Niger).
En haut à gauche : entre Tamanrasset et In Salah, Algérie. En haut à droite et en bas entre Réggane et Béchar, Algérie. 116
1990 Le chant du cygne Janvier. Je suis au Niger pour les réunions du Conseil des experts et du Conseil des Ministres de l'OCLALAV, l'organisme sahélien chargé de la lutte contre le criquet pèlerin. Réunions pour examiner la situation de ce criquet, les aspects formation et recherche, la situation financière.... désastreuse (car les états membres ne payent pas leurs contributions), et dresser un bilan des aides extérieures. Une réunion bien terne. Quel contraste avec les réunions animées auxquelles je participerai quelques années plus tard pour la restructuration du dispositif de lutte préventive contre ce criquet. En fait, l'OCLALAV, en difficultés depuis des années, aurait dû être dissoute en 1987. J'étais à l'époque à Niamey, donnant des cours au centre AGHRYMET à de futurs agents des services de protection des végétaux, lorsque je reçus un message m'annonçant cette dissolution.
En marge du comité des experts de l'OCLALAV, en 1990. En discussion avec un collègue africain, je présente le premier exemplaire de la collection Acridologie Opérationnelle dédié aux principaux criquets du Sahel et éditée par le CIRAD. Mais au même moment une importante invasion de criquets pèlerins commença à ravager une grande partie de l'Afrique. Cette invasion dura toute l'année 1988 et ne fut stoppée - ou plutôt ne cessa que début 1989. Devant la situation de crise, l'OCLALAV échappa à son sort et continua ses activités de lutte contre le criquet pèlerin, revitalisée par l'afflux d'argent en provenance de divers donateurs. Mais l'invasion passée la situation de l'organisation continua à se dégrader. Après de longues discussions, une autre organisation fut créée en remplacement, en 2001, la CLCPRO, rassemblant cette fois les pays du Sahel et ceux du Maghreb. Chaque pays créa son propre centre de lutte contre le criquet pèlerin. L'OCLALAV devenait dès lors parfaitement inutile. Cependant, un lustre plus tard, elle était toujours là... personne n'ayant trouvé, ou voulu trouver, les fonds nécessaires pour engager la procédure de dissolution. Il faut en effet réunir le conseil des ministres de l'organisation, rassemblant tous les ministres de l'agriculture des 10 pays membres qui seuls peuvent décider de la dissolution. Tout cela coûte cher. Et puis les sahéliens étaient fiers de leur organisation. Pendant des années l'organisation survécut tant bien que mal, sans véritable rôle. Un directeur et quelques fonctionnaires subsistaient à Dakar et vendaient de temps à autres des biens ou quelques terrains en fonction des besoins en liquidités. L'OCLALAV était représentée en 1998, en Mauritanie, lorsque je présentais un projet de programme EMPRES de revitalisation du dispositif de lutte préventive contre le criquet pèlerin élaboré pour la FAO. En fait, l'invitation avait été de pure politesse car personne n'attendait plus rien de cette organisation obsolète et moribonde. Mon dernier contact avec elle se passa en 2007 à Dakar à l'occasion d'une réunion internationale organisée par le Président Wade suite à une nouvelle invasion de criquets. Le directeur de l'OCLALAV était là, déclarant d'une manière véhémente que tout cela ne serait pas arrivé si son organisation avait eu les moyens nécessaires. Un pathétique chant du cygne!
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En 1990, avec un collègue du Ministère des affaires étrangères, durant les débats du Conseil des experts de l'OCLALAV à Niamey.
1990 Un fameux modèle Mon labo vient d'obtenir des crédits pour implanter dans divers pays d'Afrique de l'ouest un modèle susceptible d'aider à la gestion du criquet sénégalais. Depuis les années 1970, ce criquet est devenu l’un des principaux criquets ravageurs des cultures vivrières du Sahel africain. Il cause régulièrement des dégâts considérables, en particulier sur le mil. Cette espèce a développé un cycle biologique et une stratégie lui permettant de survivre dans l'environnement sahélien difficile. Pendant les 8 mois de saison sèche les criquets résistent sous la forme d'oeufs enfouis dans le sol. Au cours de la saison des pluies, trois générations se succèdent et les ailés se déplacent avec les vents vers les zones où il pleut et qui leurs sont favorables.
Larves de dernier stade du criquet sénégalais (dessins G. Popov).
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Le criquet sénégalais, Oedaleus senegalensis (Krauss 1877) : mâle brun. Les nombreux travaux conduits depuis les années 1970, en particulier par divers membres de mon labo du CIRAD, ont permis une meilleure compréhension de l’écologie de cette espèce. J'ai eu l'occasion de l'étudier de 1975 à 1977, lors de mon séjour au Burkina Faso, et de réaliser d'intéressantes observations sur son cycle biologique et ses migrations saisonnières en relation avec le front de convergence inter-tropicale, responsable de la mousson et des pluies sur l'Afrique de l'ouest.
Le criquet sénégalais, Oedaleus senegalensis (Krauss 1877) : femelle verte. Divers modèles ont été proposés pour suivre les populations de ce criquet et tenter de prévoir les pullulations massives. L'un de mes collègues a développé un tel modèle depuis quelques années, le fameux modèle OSE (comme Oedaleus SEnegalensis). Le modèle prend en compte les facteurs les plus importants : pluies, durée du jour, température de l'air... Il génère - sur l'ensemble de l'Afrique de l'ouest - des cartes des secteurs propices aux pullulations. On peut ainsi localiser, en début de saison des pluies, les zones d'éclosions massives présentant un risque élevé de dégâts sur les germinations de céréales. À la fin de la saison des pluies, le modèle peut être utilisé pour tenter de localiser les zones où les criquets vont se concentrer, risquant de provoquer d'importants dégâts sur les cultures en maturation, peu avant la récolte.
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Le cycle biologique du criquet sénégalais sur l'Afrique de l'Ouest (entre 11 et 19° de latitude). G1, G2, G3: générations successives de saison des pluies. G1D: oeufs en diapause de la G1. FIT: front inter-tropical. Les ronds noirs correspondent, mois par mois, aux zones les plus favorables au criquet. Les petites flèches soulignent l’orientation des migrations. Dès 1987, un chercheur du CIRAD avait été détaché à Niamey, au Niger, à proximité du Centre AGRHYMET* recevant des divers pays sahéliens les données pluviométriques indispensables. Le modèle, installé tout d'abord au CNUSC (le Centre national universitaire sud de calcul) à Montpellier, jusqu'en octobre 1988, a rapidement été adapté sur micro-ordinateur. En cette année 1990, le modèle doit être implanté auprès des services de la protection des végétaux des divers pays sahéliens comme outil d'aide à la décision afin de mieux orienter les équipes de terrain vers les zones à surveiller et à traiter en priorité. Mauritanie, Sénégal, Mali, Niger et Tchad sont concernés et nous nous répartissons la tâche. Je suis chargé de la Mauritanie et du Tchad et j'organise donc une session de formation dans chacun de ces deux pays. Un collègue informaticien m'accompagne pour installer le logiciel et l'ordinateur qui est également fourni. De mon côté, je me charge de former une douzaine de personnes au fonctionnement du modèle, à l'interprétation des résultats et aux applications opérationnelles. Je passe ainsi une semaine en Mauritanie à la fin du mois de mars 1990, puis organise une deuxième session au Tchad à la mi-mai. La chaleur et la poussière constituent les principaux obstacles et les ordinateurs doivent être placés dans des salles climatisées et régulièrement nettoyées. Mais finalement tout fonctionne pour le mieux, au moins sur le plan matériel. Les stagiaires semblent satisfaits et leur direction également. Mission accomplie ! Le modèle fut ensuite utilisé pendant quelques années. Cependant, en conditions opérationnelles, plusieurs problèmes sont devenus apparents et en particulier une pénurie criante d'informations fiables sur les précipitations, paramètre clé pour le criquet. A l'époque les informations satellitaires n'étaient pas encore là, du moins pour estimer les pluies d'une manière fiable au Sahel. En outre, il semble que ce modèle, finalement assez complexe et pas très convivial, ait sans doute été transféré trop hâtivement auprès des services de protection des végétaux. C'était sans doute OSÉ... mais finalement pas très efficace.
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Les participants à la session de formation sur le modèle OSE organisée à Nouakchott, en Mauritanie.
Les participants à la session de formation sur le modèle OSE organisée à N'Djamena, au Tchad. * Le Centre Régional AGRHYMET est une institution spécialisée du Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) regroupant treize pays d'Afrique de l'Ouest. Il a pour objectifs principaux de contribuer à la sécurité alimentaire, à l'augmentation de la production agricole et à l'amélioration de la gestion des ressources naturelles au Sahel.
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1990 Tourisme ? Non, voyage d'étude ! La très importante invasion de criquets pèlerins des années 1987-88 en Afrique venait de se terminer. Elle avait permis de relancer les recherches sur les criquets. L'argent affluait. Mon directeur d'unité au CIRAD roulait en Porche et noeud papillon. Par mimétisme, son adjoint administratif fit de même. L'effectif de l'unité passa de 4 à plus de 20 personnes. On recruta plus de secrétaires que de chercheurs. On continua comme à l'habitude à jouer les apparences. Et l'on organisa ces fameux « voyages d'étude » au Brésil pour l'ensemble de l'unité… 10 personnes dans le sud, 10 personnes dans le Nordeste. Je pris la tête de cette deuxième « expédition » qui, en juillet à partir de Récife, nous fit faire un grand tour du périmètre de la sécheresse, passant par Caruaru et Petrolina dans l'état du Pernambuco, São Raimundo Nonato, Floriano et Teresina dans le Piauí, Sobral, Canindé et Fortaleza dans le Ceara, Mossoró et Natal dans le Rio Grande do Norte... et bien d'autres lieux plus touristiques les uns que les autres.
Figurines en terre cuite représentant des deux héros populaires du Nord-Est du Brésil, Lampião et Maria Bonita, deux célèbres cangaçeiros, bandits ayant sévit, dans les années 1920 et 1930, dans le Nordeste du Brésil, région aride, difficile à cultiver et où les rapports sociaux sont particulièrement durs et les inégalités plus criantes qu'ailleurs... même si cela semble général au Brésil. Mais ce voyage était un voyage d'étude! J'avais avec moi 3 chercheurs, deux ingénieurs, une secrétaire, une assistante de direction, une traductrice brésilienne… et nous étions accompagné par plusieurs collègues brésiliens dont Ivo Pierozzi avec qui j'allais travailler de 1992 à 1996 - d'une façon d'ailleurs très productive - sur le criquet du Mato Grosso. En tout environ 16 personnes, un petit bus, et une consigne de nos collègues brésiliens... en cas d'attaque du bus, restez calmes, ne faites rien, on s'occupe de tout. Belle entrée en matière ! C'est ainsi que nous visitâmes à Récife l'institut de recherche agronomique du Pernambuco et l'université fédérale rurale. Dans la région de Petrolina, nous fûmes reçu au CPATSA, le centre de recherche sur la zone tropicale semi-aride du Brésil où j'avais travaillé 5 ans plus tôt. Nous visitâmes également deux fazendas viticoles, Milano et Ouro Verde. Arrivés à Sobral nous eûmes droit à la visite du centre national de recherche sur les caprins à la fazenda Três Lagoas. Non loin de Fortaleza, à Pacajus, ce fut le centre national de recherche sur le caju, et à Campina Grande le centre de recherche sur le coton. Pour un voyage d'étude ce fut un voyage d'étude! Pas grand chose à voir avec les criquets ? Mais si ! Notre périple était entrecoupé d'arrêts en pleine campagne pour capturer quelques-uns de ces insectes Orthoptères. Bien mal leur en prit, d'ailleurs, de se trouver sur notre 122
route, car loin d'atteindre à la célébrité, ces criquets finirent en France dans des boîtes dont personne ne s'occupa, sans doute avec raison car ces échantillons n'avaient guère d'intérêt étant pour la plupart constitués de criquets très communs collectés le long des routes. Ces captures avaient tout l'air d'un prétexte.
A gauche, une autre représentation de Lampião à la fondation Joaquim Nabuco, à Récife et un dessin représentant quelques figures emblématiques du sertão du Nordeste: jaguar, cangaçeiros, cactées... et le soleil ardent desséchant le paysage.
En réalité, le tourisme fut la dominante de cette tournée de 3000 km dans le Nordeste brésilien. C'est ainsi qu'il nous fut donné de visiter le jardin zoologique Dois Irmãos et la très intéressante fondation Joaquim Nabuco à Récife, Caruaru et son célèbre marché aux potiers, le barrage de Paulo Afonso sur le fleuve São Francisco, Canudos dans l'état de Bahia où se déroula une guerre célèbre à la fin du XIXe siècle relatée par Euclides da Cunha dans Os Sertões, le Musée de l'homme américain à São Raimundo Nonato et le parc national de la serra da Capivara et ses nombreux vestiges préhistoriques. A São Raimundo Nonato nous rencontrâmes Niède Guidon, une très célèbre archéologue brésilienne qui nous exposa ses recherches sur la présence de l'homme en Amérique du sud et les vestiges fort anciens retrouvés dans le Piauí. Ses découvertes suggéraient que le peuplement des Amériques avait eu lieu beaucoup plus tôt qu'on ne le croyait d'ordinaire, certains indices de présence trouvés sur le site de Pedra Furada dans la serra da Capivara remontant à 58.000 ans! Nous continuâmes par la visite du parc des Sete Cidades (les « Sept cités ») au relief ruiniforme lui ayant valu son nom, et la Serra da Ipiapaba entre Teresina et Sobral. Nous passâmes à Canindé, ville de pèlerinage où j'avais, en 1986, acheté une crèche en plâtre polychrome que je sors encore de temps à autre pour les fêtes de Noël. Après Teresina, ce fut Mossoró, ses thermes et ses multiples piscines aux eaux progressivement de plus en plus chaudes, puis les célèbres plages paradisiaques de sable blanc d'Areia Branca et Natal où nous passâmes une soirée dans une boîte de nuit avec danseuses de lambada. Enfin, retour sur Récife et visite d'Olinda, patrimoine culturel brésilien avec ses nombreuses églises baroques et sa végétation tropicale luxuriante. Pour un voyage d'étude, ce fut un sacré voyage d'étude!
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Olinda: église des Carmes (à gauche) et monastère Saint Benoit (à droite).
Eglise de la Miséricorde à Olinda.
A Olinda: vieille rue et vue sur Récife depuis les sommets de la ville.
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A la fondation Joaquim Nabuco, quelques objets typiques du Nordeste: poteries à droite, et à gauche divers objets de culte du candomblé - religion au mélange de catholicisme, de rites indigènes et de croyances africaines - et costumes de ses divinités, les orixás.
A gauche, la plage de Boa Viagem à Récife. A droite, barrage sur le São Francisco à Paulo Afonso.
A droite, à Caruaru, ville du Pernambuco qui accueille un célèbre marché, chanté par Luiz Gonzaga, et inscrit au patrimoine culturel immatériel du Brésil. On y trouve de nombreuses figurines en terre cuite peinte typiques du Nordeste (Lampião et Maria Bonita, Os retirantes, Bumba meu boi et bien d'autres). A gauche, quelque part, attentif, dans l'une des nombreuses institutions visitées.
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Vue de Petrolina et au loin la ville de Juazeiro, dans l'état de Bahia, séparée de Petrolina par le rio São Francisco. A droite, soirée dansante avec un trio nordestin, orchestre typique du Nordeste.
A la fazenda viticole Milano, dans la région de Petrolina: préparation des boîtes et empaquetage du raisin.
A la fazenda viticole Ouro Verde, dans la région de Petrolina.
Le parc des Sete Cidades, entre Teresina et Sobral. A droite, le célèbre trou du solstice entouré de nombreuses légendes. 126
Le relief tourmenté du parc des Sete Cidades. Certains blocs ressemblent à des animaux, tel la pierre de la tortue (à droite), d'autres ressemblent à des personnages, comme la tête de l'empereur Dom Pedro, ou celle d'un des Rois Mages.
Marchand de sculptures en pierre à savon (la stéatite, composée de talc), à São Raimundo Nonato. A droite, peintures rupestres sur le site de Pedra Furada, dans la Serra de Capivara, l’un des plus grands trésors archéologiques du monde avec 30000 inscriptions préhistoriques dont certaines ont plus de 60000 ans.
Restaurant flottant à Floriano, à gauche. A droite quelque part dans le Nordeste, j'admire l'artisanat local de récupération de vieux pneus.
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A Areia Branca, la plage, les pêcheurs et et de jeunes baigneuses.
A l'hôtel des thermes de Mossoró, où je mets en valeur mon « bronzage agricole ».
Itinéraire de mon « voyage d'étude » au Brésil en 1990.
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1991 Opération GOELAN Janvier. Je viens d’arriver au Niger pour une mission scientifique sur le criquet pèlerin, baptisée « Opération GOELAN » (Groupement Opérationnel Expérimental de Lutte Anti-acridienne au Niger). Notre camp est installé en plein Tamesna, dans la zone désertique du nord du pays, non loin d’un lieu dit appelé In Abangharit, autrefois siège d’une base de terrain de l’OCLALAV, une organisation de lutte contre les criquets. La zone est d’une platitude absolue. D’un bout à l’autre de l’horizon, on n’aperçoit qu’un reg immense. Pas un arbre, pas un brin d’herbe. Que des cailloux en ce cœur de saison sèche. Et pourtant je suis là pour étudier les habitats du criquet pèlerin. Ce n’est pas la moindre des contradictions de cette mission. Je dois explorer cette vaste zone saharienne, en voiture, en hélicoptère (plus d’une centaine d’heures de vol), en avion, effectuer des relevés réguliers des traces de végétation que l’on peut encore observer, et tenter d’effectuer des corrélations avec des images satellitaires. Une gageure en cette saison!
1991. Dans le Tamesna nigérien où je suis arrivé quelques semaines plus tôt, je pose sur un tronc d’arbre fossilisé. Dans cette zone désertique du Niger, non loin de la frontière algérienne, les vestiges sont légion : troncs fossiles comme celui-ci, fossiles de dinosaures, outillage lithique (pointes de flèches, haches, meules…).
Il s’agit également de tester l'adaptabilite du dispositif logistique « Ecoforces », financé par la France, et deployé en 1989 et 1990 dans les zones de cultures saheliennes pour lutter contre les criquets. Le camp est fort bien équipé, trop bien. Grandes tentes, groupe électrogène, congélateur, camion, plusieurs véhicules tout-terrain, un avion de reconnaisance pour des photographies aériennes, un hélicoptère pour aller prospecter tous les endroits impossibles à atteindre au sol. L’ensemble est géré à merveille par un collègue responsable de la logistique et de la gestion du camp. La température est très fraiche la nuit (voisine de 5°C.) et monte rapidement dans la journée pour frôler les 40°. Je profite du séjour pour discuter avec les prospecteurs antiacridiens et parfaire leurs connaissances sur le criquet pèlerin. Connaissances théoriques car, pour ce qui est de la pratique et de la connaissance du terrain, ils peuvent sans aucun doute m’en remontrer et ont une parfaite connaissance de cette zone désertique du Niger. Ayouba, un ancien prospecteur de l'OCLALAV, est sans doute le plus aguerri et celui disposant de la plus grande expérience.
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Point de situation avec les prospecteurs
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Dans ma tente: préparation de l'itinéraire du lendemain.
Cependant, la zone est peu sûre et le brigandage fréquent. Nous avons eu plusieurs mises en garde des autorités locales. De plus, rapidement, les incidents se multiplient : panne d’hélicoptère en plein vol (nous réussissons à nous poser au milieu de nulle part, à communiquer avec la base et à avoir rapidement du secours, mais le moteur de l’hélicoptère devra être changé à partir de la France) ; début de la guerre du Golfe (dont nous ne savons quelles pourront être les répercussions locales et dont nous suivons anxieusement les nouvelles sur nos radios OC) ; et finalement attaque du camp par des brigands touaregs, attaque malheureusement terminée par l’assassinat du collègue responsable de la logistique. La tension nerveuse est telle que je dois être transporté pour quelques jours de repos à Agadez suite à une crise de « fatigue ».
Sur le terrain avec un prospecteur dans la région d'In Abangharit. Au final, une mission qui laisse un goût amer. Elle m’aura permis de vivre deux mois plein au cœur de la zone du criquet pèlerin. Mais les résultats scientifiques sont très maigres… et le coût humain inacceptable. Pour moi et mes deux collègues, le retour en France est rude. Je garderai toujours une rancœur contre les organisateurs de cette expédition dont le seul but semblait de dépenser, en fin d’année, un reliquat de crédits et de montrer la capacité française de déploiement en zone saharienne pour les opérations antiacridiennes. Belle démonstration ! Finalement, en 2 mois j’avais quand même observé deux criquets.
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1991 - La base terrain GOELAN dans le Tamesna.
Avec mes deux collègues du CIRAD et l'équipe nigérienne de l'opération GOELAN.
A gauche, la base GOELAN vue d'avion - A droite, avec l'hélicoptère, en prospection dans les vastes champs de dunes de l'Iguidi.
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Au milieu de l'immensité du reg: la base GOELAN et la piste d'aviation.
1991 A la recherche du criquet pèlerin au Sahara Février. J’utilise mon premier GPS dans le nord du Niger, non loin d’In Abangharit, en plein milieu de la zone désertique du Tamesna. J’étudie les populations d’un fameux criquet, le criquet pèlerin (Schistocerca gregaria Forsk.) – le criquet de la Bible - et je cherche à caractériser ses habitats en utilisant l’imagerie satellitaire.
A chaque fois, il était nécessaire d’attendre quelques minutes pour obtenir les coordonnées (si le nombre de satellites était suffisant), puis de les reporter sur une carte pour finalement avoir une idée de ma position géographique. Un bon guide local était généralement le meilleur moyen de ne pas se perdre. A cette époque Ayouba Ali, de Zinder, était l’un des meilleurs. 132
1991 Mon premier patron Jean Roy devant l'arbre d'In N'Gourène, dans le Tamesna nigérien par 18°1'971N et 5°18'489E. Je suis dans la zone saharienne du Niger depuis début janvier pour une mission d’étude des biotopes du criquet pèlerin et leur caractérisation par imagerie satellitaire. Les conditions sont assez rudes, le travail passionnant mais assez monotone. La visite de Jean Roy apporte un peu de distraction. A In N'Gourène, devant un tel arbre, perdu au milieu du désert, retirer son chapeau s’impose ! Jean Roy fut mon premier boss, celui qui – au ministère de l’agriculture - me recruta en 1968 et me permis d’obtenir une bourse de 2 ans pour travailler à Madagascar sur le criquet migrateur puis de passer ma première thèse en 1971 à l’université de Paris 11 Orsay (voir page 13 « L’aventure commence »). Lors de mon entretien d’embauche, après quelques minutes de discussion et pour clore la conversation, Jean Roy me déclara « Je pense que vous êtes l’homme de la situation ». Je ne sais si cela était bien le cas (j’ai quand même la vague impression que cela s’est confirmé par la suite), mais je pense que les candidats ne devaient pas être nombreux pour ce qui était pourtant une offre attractive pour un jeune étudiant de l’université d’Orléans : 2 années de bourse d’étude, dont une année à Madagascar. L’occasion de sortir de la routine et la porte vers l’aventure. Le début d’une carrière tropicale commencée dans les vapeurs de 1968.
Jean Roy, disparu en 2013, a été un grand acteur de la lutte contre les criquets migrateurs. Dans les années 1950, Jean Roy a créé et animé le service fédéral anti-acridien en Afrique occidentale française. De 1960 à 1967 il a eu la responsabilité de la recherche opérationnelle dans un vaste projet PNUD/FAO sur le criquet pèlerin dirigé par Hans Brédo, un autre grand de la lutte anti-acridienne. Il fut nommé en 1975 chef du Bureau de lutte contre les migrateurs ravageurs des cultures à la FAO, à Rome. J’ai côtoyé Jean Roy à de nombreuses reprises au cours de ma carrière. Quand il fut en retraite, je l’ai convaincu d’écrire son dernier ouvrage « Histoire d’un siècle de lutte antiacridienne en Afrique », publié par l’Harmattan, et j’ai pu lui offrir pour cela les facilités de notre bibliothèque sur les acridiens au CIRAD. L’une de nos dernières rencontres fut en 2001 à Montpellier. Je l’avais invité à participer à un congrès sur les Orthoptères que j’organisais pour le compte de l’Orthopterists’ Society, la société internationale des orthoptéristes. Je pense que Jean Roy a pu alors éprouver une certaine satisfaction de voir que « l’homme de la situation » n’avait pas trop démérité. Avec Jean Roy, en 1988 à Tours, à l’occasion de la remise de sa Légion d’Honneur.
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1991 Au pied du Kilimandjaro Septembre 1991, Nairobi, Kenya. Je suis là depuis le 14, avec deux collègues du CIRAD, pour participer à un atelier de travail international organisé par l'ICIPE (un centre de recherche sur la physiologie et l’écologie des insectes). Le thème est la mise en réseau des projets de recherche visant à développer, entre les pays affectés par les criquets, des méthodes de lutte respectueuses de l'environnement. Je présente, au nom de deux collègues, deux communications sur le criquet pèlerin, ses habitats et la modélisation de sa dynamique à des fins prévisionnelles. Ce projet de modélisation a commencé en 1989 et le modèle est présenté comme un outil de travail opérationnel en phase finale de test depuis plusieurs mois. Huit chercheurs et 3 techniciens ont été mobilisés à plein temps ou à temps partiel et le succès du projet (sic) est attribué au travail d'une équipe multidisciplinaire possédant des compétences en entomologie, météorologie, écologie et informatique. C'est du moins ce qui figure dans le résumé de ma communication qui fut surtout, au sens propre, une opération de « communication ». Nous verrons bien plus tard - en fait en 1997 - que cette phase de test n'a jamais été concluante et que mes collègues se sont fracassés sur ce maudit criquet et cette tentative de modélisation. Mais ceci est une autre histoire.
Avec le professeur Ahmed Hassanali, de l'université Kenyatta à Nairobi, sur le campus de l'ICIPE à Duduville. Un spécialiste de l'écologie chimique des insectes ayant, entre autre, étudié une phéromone d'aggrégation, le phénylacétonitrile (abréviation PAN) qui gouverne l'instinct de grégarisation chez le criquet pèlerin. Pour le moment, à Nairobi, ayant quelques jours de disponibles avant notre départ prévu le 22, avec mes collègues nous contactons une agence locale de tourisme pour effectuer rapidement le tour de quelques parcs naturels. Le Kenya est quand même réputé pour sa faune et il serait dommage de ne pas profiter de l'occasion. Nous quittons Nairobi dans un petit bus Volkswagen avec quelques autres touristes et commençons par le parc d'Amboseli, à 200 km au sud. Ce parc, situé à côté de la frontière avec la Tanzanie, est considéré comme l'un des plus beaux parcs du Kenya. Nous bénéficions d'un accueil dans un splendide lodge au style très britannique de l'époque coloniale. Et surtout, nous sommes au milieu de l’habitat d’une faune extraordinaire. Des animaux par milliers : éléphants, lions, zèbres, antilopes, gnous, girafes... Un spectacle animalier de toute beauté, une lumière magnifique, et le Kilimandjaro enneigé en toile de fond. C'est ici qu'Ernest Hemingway écrivit « Les Neiges du Kilimandjaro » et Joseph Kessel « Le Lion ». Mais je pensais davantage, à ce moment, à un ouvrage qui faisait mes délices quand j'étais enfant, « Vacances fantastiques au Kenya » de Margaret Ruthin (l'un des pseudonymes de l'auteur britannique Arthur Catherall), dont je possédais un exemplaire édité dans la fameuse bibliothèque « Rouge et Or », une collection française de livres pour la jeunesse. Après 2 nuits passées à Amboseli nous prenons la route pour un autre parc, celui de Tsavo plus à l'est, escorté pendant un moment par des militaires, car une partie de la route longeant la frontière avec la Tanzanie est considérée comme peu sûre. Tsavo est le plus grand parc d'animaux sauvages de toute l'Afrique avec 21 000 km2. Nous en explorons la partie ouest, le long de la frontière, avec toujours le Kilimandjaro en toile de fond et quelques fumerolles sur ses flancs. Superbe spectacle, 134
mais recherche de faune un peu décevante. Notre guide nous entraîne en particulier sur la piste d'un rhinocéros, que finalement nous ne verrons pas. Nous rentrons sur Nairobi après 3 jours de visite. Je ne sais si l'atelier de travail de l'ICIPE a été très utile, mais ce fut une excellente occasion de voir, sans doute trop rapidement, un peu de cette grande faune africaine, habitué que j'étais de l'Afrique de l'Ouest où la faune sauvage est beaucoup plus rare.
Vue sur le Kilimandjaro depuis le parc d’Amboseli.
« Vacances fantastiques au Kenya » de Margaret Ruthin, édité dans la bibliothèque Rouge et Or.
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Ci-dessous, quelques photos prises dans les parcs d'Amboseli et de Tsavo: lions, éléphants, girafes, buffles, zèbres, gnous, antilopes (impalas...), singes, gazelles de Grant et de Thomson... et toujours, le Kilimandjaro à l'horizon.
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Carte de mon rapide pĂŠriple au Kenya, de Nairobi aux parcs d'Amboseli et de Tsavo.
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1991 Au pays de Laurent le Magnifique Florence, le 9 décembre. J'arrive pour la première fois au pays de Laurent le Magnifique et de la ème siècle. Je me fais une joie de pouvoir visiter le musée des Offices et renaissance des arts au 15 ème ses collections. Mais je suis d'abord là pour participer, du 9 au 12, à la 10 Commission de météorologie agricole de l'OMM, l'Organisation météorologique mondiale. Avec un collègue du CIRAD-- et deux secrétaires auxquelles la direction de mon unité avait pris l'habitude de faire faire du tourisme - nous sommes arrivés de Montpellier en voiture. Un lourd 4x4 Toyota plus adapté aux missions sahariennes qu'aux rues étroites de Florence. Pas vraiment l'idéal pour conduire dans les embouteillages. Nous laisserons rapidement la voiture dans un parking pour le temps de notre séjour. Je n'ai aucun souvenir, aucune trace écrite de ce passage à Florence. Pas de communication, ni écrite, ni orale. Pas trace du moindre rapport de mission. Rien, sauf quelques photos. Sans doute un séjour sans intérêt... sauf la ville. Le collègue qui m'accompagne, bridgeur impénitent, ne semble pas vraiment amateur d'art et la visite du musée des Offices ne l'enchante pas spécialement. Je dois lui montrer qu'il existe un bar dans le musée et qu'après une rapide visite, il pourra se remettre de ses émotions devant un verre. Et c'est comme cela, accompagné par mon « anti-cicérone », que je pus finalement admirer les salles du Quattrocento et les chefs-d'oeuvre de Botticelli. Magnifique!
A l'entrée du Palazzo Vecchio.
Le vieux palais et le vieux pont, évidemment mieux connus sous leurs noms italiens de Palazzo Vecchio et de Ponte Vecchio.
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Réplique du David de Michel Ange devant la façade du Palazzo Vecchio - La tour de Pise, où je fis un stop sur le chemin du retour... pas si penchée que cela, il suffit de savoir prendre les photos. Ce n'est qu'une question de point de vue.
1991 Dans la gorge du Diable Novembre 1991, Brésil. Mon unité de recherche au CIRAD et le NMA, un centre brésilien de télédétection spatiale, viennent d'obtenir des fonds européens pour conduire un projet de recherche sur un criquet faisant depuis quelques années d'importants dégâts dans les états du Mato Grosso et du Rondonia. Las du climat délétère qui commence à régner au sein de l'unité à Montpellier où la tentative de modélisation du criquet pèlerin n'avance pas, je décide de demander à m'occuper de ce projet, au départ destiné à un autre chercheur. Et c'est ainsi que je me retrouve à la fin de l'année 1991 à effectuer un voyage à Campinas, dans l'état de São Paulo, pour prendre contact avec le NMA et préparer mon expatriation. Evidemment, comme à l'habitude, on m'a flanqué une secrétaire et un autre collègue qui m'accompagnent histoire de faire un peu de tourisme aux frais de la princesse. Et du tourisme, nous allons en faire puisque nous irons passer quelques jours à Iguaçu, logés dans le fabuleux « hotel das Cataratas », pour visiter les fameuses chutes (dont la célèbre Gorge du Diable) ainsi que le barrage d'Itaipu, l'un des plus grands au monde. Je rentrais en France le 6 décembre. Quelques mois plus tard, mi-1992, je rejoignais en famille mon poste à Campinas, commençais mes travaux sur ce criquet, allais peu à peu comprendre l'origine de ses pullulations, puis dégager les éléments d'une stratégie de lutte. Sans doute ma plus belle série de travaux. Quelques années après, je crois que certains de mes résultats - allant à l'encontre des a priori et des idées reçues - sont sans doute restés coincés dans la gorge du Diable.
Arrivée à São Paulo où je logeais à l’hôtel Marabá: la place de la République et ses abords. 140
Devant les fameuses chutes d'Iguaçu.
A Campinas, visite du NMA (à gauche) et de mon futur « bureau » (à droite).
Au « bosque dos Jequitibás » à Campinas, un parc qui sera le lieu de promenades dominicales en famille. A gauche, un panneau incite au tri sélectif des déchets et, à droite, un jaguar (Panthera onca) dont j'aurais plus tard l'occasion de voir les traces de près au Mato Grosso.
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Les chutes de Foz de Iguaçu. Une visite que je ferai plusieurs fois au cours de mes séjours au Brésil.
L'hôtel « das Cataratas » et la « Gorge du Diable » (Argentine à droite, Brésil à gauche).
A gauche, le point où confluent la rivière d’Iguaçu et le fleuve Paraná pour former une triple frontière naturelle entre l’Argentine, le Brésil et le Paraguay. A droite, le barrage d’Itaipu sur le fleuve Paraná entre le Brésil et le Paraguay: un barrage de 8km de long et 200 m de auteur.
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1992 Escalade de la Grande Muraille ème
Chine, devant la Grande Muraille. Je suis à Pékin depuis quelques jours pour participer au 20 Congrès international d'entomologie. L'assistance est nombreuse. Il y a plus de 5000 personnes. Pour la scéance inaugurale qui se déroule au palais de l'Assemblée du Peuple, sur la fameuse place Tian'anmen, face à la Cité interdite et au mausolée de Mao Zedong, c’est près d'une centaine de bus qui furent nécessaires pour véhiculer les congressistes depuis leur hôtel en périphérie de Pékin.
Sur la Grande muraille. L'histoire de ma participation à ce congrès remonte à une année en arrière. Je travaillais à l'époque, et depuis 1975, dans une équipe de recherche qui ne valorisait guère les publications scientifiques et encore moins celles en anglais, pourtant langue de communication scientifique internationale. En 20 ans, de 1972 à 1992, j'avais rédigé 2 articles en anglais sur 32 publiés (contre 55 sur 72 au cours des 20 années suivantes). On produisait des dizaines de rapports, des centaines de pages, évidemment toutes en français. Une méfiance certaine régnait vis-à-vis du monde anglo-saxon et l'on refusait de se soumettre à la règle de base du milieu scientifique, la validation de ses travaux par les pairs... pour ne pas, soit disant, se faire copier. Résultat, une multitude d'écrits en français qui finissaient dans les placards, au mieux sur des étagères... et une méconnaissance quasi totale de nos résultats dans le monde scientifique, même si nous jouissions d'une réputation certaine pour nos activités de développement et nos ouvrages didactiques. Je crois que j'étais le seul à tenter de publier dans des revues scientifiques, y associant quand même généralement mes collègues... qui avaient l'air de considérer que c'était du temps perdu. La longueur des d'étagères occupées par les rapports, en français, semblait seule démontrer la valeur de nos recherches et justifier de l'occupation des locaux.
Pékin la nuit, près de mon hôtel - Le palais de l'Assemblée du Peuple vu de la place Tian'anmen.
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Devant le centre de convention où se déroule le congrès. A la lecture d'un article d'un collègue australien, Roger Farrow, faisant une synthèse des travaux sur le vol des criquets et leurs migrations, je constatais qu'aucune mention n'était faite des travaux francophones... à commencer par les miens. Un peu vexé, j'écrivais une lettre (pas de courrier électronique à l'époque) à ce collègue que je connaissais, et malgré l'éloignement la réponse ne tarda pas. Il était tout à fait conscient du problème et m'invitait à présenter mes travaux lors d'un symposium organisé par deux scientifiques - A.G. Gatehouse de Grande Bretagne et V.A. Drake ème Congrès international d'entomologie qui devait se dérouler l'année d'Australie - dans le cadre du 20 suivante à Pékin. Et voici comment je me suis retrouvé, noyé dans la foule des congressistes, à arpenter la muraille de Chine, visiter la cité interdite, le temple de l'Aurore, le tombeau des Mings et le palais d'été.
Les bus du congrès garés devant le palais de l'Assemblée du Peuple. De l'autre coté de la place Tian'anmen, le musée national de Chine; l'obélisque au centre est le monument aux Héros du Peuple. A droite, les congressistes arrivent ! Heureusement, le symposium en question ne comportait qu'une cinquantaine de participants. C'était ma première participation véritable à un congrès d'importance... et c'était ma première présentation en anglais. Tout se passa fort bien et je n'avais pas à rougir de ma maîtrise assez scolaire de cette langue. Assistant à un exposé d'un chercheur chinois et ne comprenant pas grand chose, je demandais à une collègue britannique assise à côté de moi, Joyce Magor du NRI, ce qu'il en était. Sa réponse fut assez surprenante et non dépourvue d'humour: « Je ne comprends pas non plus... mais cela fait tellement plaisir aux collègues chinois de parler anglais ! »
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Séance inaugurale du congrès dans le palais de l'Assemblée du Peuple. A droite, Christiane entrant dans le palais. Au final, ce congrès fut une excellente opportunité de valoriser mes travaux et de multiplier les contacts internationaux. Gatehouse et Drake m'invitèrent à contribuer à un ouvrage – « Insects Migrations » - qu'ils devaient publier aux presses universitaires de Cambridge et qui parut en 1995. J'y rédigeais un chapitre consacré aux migrations de criquets et aux systèmes de prévision des pullulations en Afrique et à Madagascar. Je n'étais pas peu fier du résultat. Outre les agréables moments passés à visiter Pékin et les environs, ce congrès marqua véritablement le début de ma carrière sur le plan international.
Quelque part du côté du parc Behai.
La « porte de La Paix céleste » commandant l'entrée de la Cité interdite, avec le portrait de Mao Zedong. A droite, le Temple du Ciel, plus au sud.
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La Cité interdite vue de la colline du Charbon dans le parc Jingshan, juste au nord. A droite, la pagode blanche du parc Beihai.
Dans la Citée interdite: à gauche la Porte du Midi, et à droite le Pavillon de l'Harmonie Suprême, au centre de la cité.
Le mausolée de Mao Zedong, sur la place Tian'anmen.
Sur la grande muraille de Chine. 146
Le palais d'été: à gauche, le temple principal surplombant le lac et à droite le bateau de marbre.
Jeunes filles en tenue traditionnelle.
1992 Sisyphe et l'Arabie heureuse Je suis au Yémen, à Al Hudaydah sur la plaine côtière ouest du pays. L'air est chaud, étouffant, saturé d'humidité comme partout sur les côtes de la mer Rouge... et pourtant nous ne sommes qu'en janvier. Je prends quelques moments de détente sur la plage dont on perçoit nettement qu'elle est décorée de nombreux papiers et plastiques... c'est aussi l'un des charmes de l'Arabie heureuse. Je suis arrivé le 24 janvier et suis là pour un peu plus de deux semaines pour une mission d'assistance au centre national de lutte contre le criquet pèlerin, le « Desert Locust Monitoring and Control Center » (DLMCC). Après un bref séjour à Sanaa et un contact avec les autorités locales, je suis descendu en voiture des hauteurs de la capitale à la plaine de la Tihama, cette étroite bande côtière qui borde la mer Rouge sur une largeur de 40 à 70 km. Avec deux collègues du CIRAD nous dispensons des cours de formation sur l'écologie du criquet pèlerin et les stratégies et techniques de lutte. Ces cours sont évidemment traduits en arabe par un collègue d'origine marocaine. Les différences linguistiques avec le Maroc provoquent sans cesse des problèmes de traduction et divers quiproquos parfois amusants. Dans un de mes cours, l'expression « femelle de criquet immature » a ainsi été traduite par « jeune fille vierge », provoquant évidemment des sourires dans la salle.
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ème
plus grande ville du Yémen et c'est aussi le siège d'une importante base Al Hudaydah est la 3 terrain du centre de lutte contre les criquets dont le rôle est d'effectuer la surveillance des zones connues comme favorables à la reproduction du criquet pèlerin et de mettre en oeuvre une stratégie de lutte préventive. Dans ce cadre, la zone de la Tihama a une importance stratégique et doit être particulèrement surveillée. La théorie est simple, mais la pratique beaucoup plus difficile, d'autant que le pays est politiquement instable et n'a guère les moyens d'entretenir un centre de lutte sur le long terme, recourant régulièrement à l'assistance internationale.
Le centre antiacridien à Al Hudaydah - A gauche, le cimetière des vieilles voitures et, à droite, le parking des nouveaux 4x4 achetés grâce à un don de la Banque islamique de développement. A Al Hudaydah, lors de ma visite des locaux du DLMCC, le directeur est très fier de me montrer le nouveau parc automobile, renouvelé récemment grâce à un don de la Banque Islamique de Développement (la BID) dans le cadre d'un programme d'assistance d'urgence pour la lutte contre le criquet pèlerin. En fait, le renouvellement du parc automobile (et, d'ailleurs, de tous les matériels techniques) est un problème permanent pour tous ces centres de lutte contre les criquets, dans de nombreux pays du proche-orient et d'Afrique. Les achats sont souvent effectués grâce à une aide internationale débloquée pour lutter contre une invasion de criquets. Les véhicules sont ensuite usés jusqu'à la corde dans des conditions d'utilisation souvent délicates dans ces pays désertiques... jusqu'à l'invasion suivante où une aide financière est de nouveau demandée par le pays à la communauté internationale des bailleurs. Les projets de réhabilitation se suivent, un bailleur succédant à l'autre lorsque celui-ci vient à se décourager. Après de nombreuses années d'expérience dans le domaine de la lutte contre les criquets, j'ai l'impression de revivre le mythe de Sisyphe, le héros de la mythologie grecque. Tout est un éternel et absurde recommencement. Dès 1991, dans une conférence à Rabat, je parlais du cercle vicieux de la lutte contre les criquets. J'ai eu l'occasion de le voir se boucler plusieurs fois de suite dans de nombreux pays, au Yémen, au Niger, à Madagascar et dans bien d'autres. Doit-on, comme Camus, imaginer Sisyphe heureux et trouver notre bonheur dans l'accomplissement de la tâche entreprise et non dans sa signification ?
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Le port de pêche d'Al Hudaydah, le plus grand de la mer Rouge, spécialisé dans le commerce d'ailerons de requins.
Al Hudaydah - Architecture typique dans la vieille ville.
Dans la Tihama, plaine côtière de la mer Rouge, des zones de cultures sur sol sableux, milieu très propice au criquet pèlerin.
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A Zabid, la vieille mosquée du vendredi datant du XVIe siècle. Classée au patrimoine mondial par l'Unesco, Zabid est une ville de l'ouest du Yémen, sur la plaine côtière de la Tihama, à environ 100 km au sud-est de Al Hudaydah. C'est l'une des plus anciennes ème ème et le 16 siècle. cités du Yémen dont elle a été la capitale entre le 13
Villages perchés dans la région de Taïz, en direction de Sanaa. Les routes sont évidemment fort sinueuses dans cette région montagneuse et les à-pics parfois impressionnants. Mon chauffeur, comme la plupart des hommes, consomme des feuilles de « khat », cette plante stimulante (contenant des substances proches des amphétamines) qui lui gonfle les joues mais lui donne également une assurance telle qu'elle m'oblige plusieurs fois à des rappels à l'ordre suite à des dépassements plus que hasardeux.
Région de Taïz - A gauche, ces jeunes ne portent pas encore la « djambia », poignard à large lame recourbée, principal accessoire de la tenue traditionnelle du Yéménite, marquant le passage à l'âge adulte. A droite, minaret à l'architecture typique du Yémen. 150
Taïz: une mosquée, le fort dominant la ville et une fenêtre typique.
Dans la vieille ville de Sanaa, à 2300 mètres d'altitude : rue commerçante et architecture typique.
ème
La vieille ville de Sanaa, datant d'avant le 11 siècle, possède une architecture unique avec plus de 6000 maisons-tours en pisé finement décorées de motifs géométriques en briques et en blanc de chaux.
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Itinéraire de ma mission au Yémen en janvier 1992.
1992 Au Brésil baroque Au Brésil de nouveau. C'est ma troisième expatriation en famille après Saria au Burkina Faso (197577), et Petrolina dans le Nordeste brésilien (1985-86). Cette fois, nous nous installons à Campinas, grande ville à une centaine de kilomètres de São Paulo. Après ma mission exploratoire de l'année précédente, le projet de recherche sur le criquet du Mato Grosso s'est concrétisé grâce à des financements européens. Je suis là pour une année. Je poursuivrai par la suite mes travaux sur ce sujet sous la forme de nombreuses missions de courte durée de 1 à 2 mois, jusqu'en 1996.
Quelques heures avant de prendre l'avion, nous en profitons pour faire visiter Paris aux enfants, ici à la pyramide du Louvre.
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Côté travail, je suis installé dans les locaux du NMA - un centre de télédétection satellitaire de l'Embrapa - à la périphérie de Campinas. Avec un collègue entomologiste brésilien, Ivo Pierozzi Jr., je vais mettre en place les recherches qui nous permettront de comprendre l'origine des pullulations de criquets et de proposer une stratégie de prévention. Côté famille, nous sommes installés à Cambuí, en plein coeur du quartier chic de Campinas. Cambuí possède une infrastructure très complète, de larges avenues boisées, des clubs sportifs privés renommés (Regatas, Tênis Clube...), de nombreux bars et restaurants huppés... Nous sommes logés au 211 avenue Colonel Silva Telles, Edificio Leonardo Da Vinci, un immeuble moderne, dans un spacieux appartement de 280 m2 ème étage. Avec bien sûr, un petit appartement pour la bonne, comme la quasi totalité couvrant tout le 4 des appartements du quartier.
Notre immeuble avenue Cel Silva Telles: à gauche, l'immeuble vu de la rue, à droite la vue depuis notre appartement, et au centre, Elphège avec nos deux employées de maison successives, deux soeurs - Corina et Auria - et leurs enfants.
Une avenue à Cambuí : arbres, verdure et mélange d'immeubles modernes et de vieilles maisons de style colonial transformées en boutiques de luxe. A droite, la façade du Squash Cleto, club très fréquenté par Lydéric. Les deux cartes de visite ci-contre sont celles de nos deux boutiques favorites: la boulangerie Saint Germain où nous trouvions des « petits pains français », et l'Emporion, sorte d'épicerie de luxe située tout près de notre immeuble.
L'emploi du temps familial était bien rempli. Les enfants étaient inscrits au CNED, le Centre national d'enseignement à distance. Christiane faisait cours à ème Elphège qui était alors en 6 . Lydéric, en ème 3 , travaillait seul toute la matinée. L'après-midi était consacrée aux activités sportives et culturelles: piano, gym, squash au club Cleto voisin…. Et notre bonne préparait les repas et astiquait l'appartement du matin au soir bien plus 153
qu'il ne fallait. De temps à autre nous allions dans les lieux de détente de la ville: le « Bosque dos Jequitibás », un parc et jardin zoologique de 10 hectares en plein centre ville; le parc « Lagoa do Taquaral » avec son petit train électrique, son lac et sa réplique grandeur nature de la caravelle Anunciação de Pedro Álvares Cabral. Il y avait aussi le « Parque Ecológico », un peu en dehors de la ville, avec son splendide Casarão, la maison de maître de cette ancienne propriété faisant partie ème siècle dont beaucoup sont devenues des « fazendas do café », prestigieuses plantations du 19 musées ou hôtels de charme. Et puis, j'avais acheté une petite Chevette** noire, une Chevrolet d'occasion, à la fois pour me rendre au travail, mais aussi bien sûr pour pouvoir sortir de cette immense ville qu'était Campinas et visiter la région. Et les visites furent nombreuses: Monte Verde situé dans les montagnes toutes proches du Minas Gerais et considéré avec ses chalets et son climat frais, comme la Suisse de l'état de São Paulo; le parc national d'Itatiaia, non loin de Rio, dans la Serra de Mantiqueira, avec son pic des Aiguilles Noires culminant à 2791 mètres; la côte entre São Paulo et Rio avec la station balnéaire de Ubatuba dominée par la Serra do Mar et où la Mata Atlântica s'avance jusqu'à l'Océan; la très touristique petite ville de Parati, à l'architecture coloniale, au creux de la magnifique baie d’Ilha Grande; Rio de Janeiro bien sûr, mais aussi les fameuses cités historiques du Minas Gerais avec leurs nombreuses églises baroques: Ouro Preto, Mariana, Tiradentes, Congonhas... et plus loin, à la frontière avec l'Argentine et le Paraguay, les célèbres chutes de Foz de Iguaçu. Au cours de cette année, je fis deux missions au Mato Grosso pour étudier mon criquet, en octobre 1992 puis en juin 1993. Christiane et les enfants repartirent en France ème mission de 3 semaines en octobre, avant de pour la rentrée des classes 1993. Je fis une 3 rejoindre moi-même Montpellier. L'année avait été bien remplie et très fructueuse. ** La Chevette correspondait à l'Opel Kadett C vendue en Europe, mais GM n'avait pas voulu la commercialiser sous ce nom au Brésil à l'époque de la dictature (dont nous avions vécu la fin lors de notre précédent séjour en 1985 avec l'élection du président Tancredo Neves), craignant que ce terme ne provoque une association malheureuse avec des « cadets » militaires.
La photo ci-contre, publiée le 28 avril 1993, a été prise par des journalistes de la Folha de São Paulo, l'un des deux grands journaux d'information au Brésil, venus faire un reportage à Campinas sur mon projet. Je suis dans les locaux du NMA, manipulant un criquet devant une cage d'élevage. L'article est intitulé «Campinas tente d'arrêter les criquets » et mentionne que des chercheurs du centre Embrapa de télédétection satellitaire (le NMA) ont signé un contrat de 300000 $ avec la Commission européenne pour contrôler les essaims de criquets qui menacent le Mato Grosso. En réalité, il ne s'agit pas de contrôler mais surtout de mieux comprendre le phénomène. Ce que je vais m'efforcer de faire au cours des mois et des années suivantes, grâce à une collaboration fructueuse avec mon collègue entomologiste brésilien qui m'accompagnera pendant toutes mes missions au Mato Grosso. Par contre, mes collègues non entomologistes du NMA - se préoccupant assez peu de l'insecte étaient partis sur un a priori considérant que les nouveaux agriculteurs installés récemment au Mato Grosso, au début des années 1980, pour produire canne-à-sucre, riz et soja sur des milliers d'hectares, avaient rompu un équilibre naturel, favorisé les pullulations de criquets et étaient donc directement responsables de leur malheur. Ils entendaient ainsi utiliser l'imagerie satellitaire pour montrer l'étendue de ces modifications environnementales induites par la multiplication des cultures. L'étendue du désastre, en quelque sorte ! Une cartographie de ces zones avait d'ailleurs déjà été engagée... alors même que rien n'était connu sur l'insecte! A l'époque, je n'avais pas encore démontré, bien sûr, que le Mato Grosso avait été, de tout temps, une zone de pullulations de criquets, mais comme la région était quasi inhabitée, personne ne s'en souciait... sauf les indiens qui étaient très heureux de les consommer. Peu à peu je réussis à comprendre la biologie de ce criquet, son écologie et quels étaient ses habitats préférés, en particulier pour la ponte. C'est naturellement dans ces zones de ponte que cet insecte se 154
reproduisait et pullulait. Or les nouveaux agriculteurs avaient, bien sûr, implanté leurs cultures sur les sols les plus riches. Les parties les plus sableuses, les moins fertiles, avaient été laissées en végétation naturelle et réserve de faune (également, d'ailleurs, par obligation légale). Or c'est précisément sur ces sols sableux que le criquet se multipliait... et allait ensuite envahir les cultures situées au voisinage immédiat. On avait une simple juxtaposition des zones cultivées et des zones de reproduction du criquet. L'agriculture n'avait en rien favorisé l'insecte. Elle s'était installé sur son territoire en respectant, de plus, ses habitats de reproduction. Le problème était alors inévitable et se produisit dès les premières récoltes.
Dans la région de Campinas, à Monte Verde (à gauche) et dans une fazenda de café (à droite). Ce qu'il convenait de cartographier, ce n'était donc pas les cultures, c'était les zones sableuses, celles d'où provenait le problème et où l'on pouvait envisager une stratégie de surveillance et de contrôle préventif pour protéger les récoltes. Il me fallu faire reprendre ce travail de cartographie - réalisée au ème 1/250.000 sur une vaste zone de 600 x 300 km - pour tenir compte de ce qui était véritablement important... au delà des a priori « écologistes » initiaux. Les agriculteurs avaient déjà bien des problèmes, point n'était besoin d'en rajouter en les accusant d'un déséquilibre écologique, sans doute réel, mais qui n'avait rien à voir avec les pullulations de criquets.
A Foz de Iguaçu, visite des fameuses chutes que j'avais déjà été voir l'année précédente. Les parapluies ne sont là que pour se protéger des embruns.
En famille, à Rio de Janeiro : à gauche, au sommet du pain de sucre (avec le Corcovado à l'horizon) et, à droite, au sommet du Corcovado. Nous étions partis de Campinas en voiture - notre petite Chevrolet « Chevette » noire - et avions longé la côte, passant par Caraguatatuba, Ubatuba, Angra dos Reis, Parati... et finalement Rio où j'avais réservé dans le seul petit hôtel de Copacabana.
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Parati, sa baie, ses petites îles et son église à l'architecture baroque. En 1992, j'en étais encore aux balbutiements. A chaque mission au Mato Grosso, je rapportais du terrain des échantillons vivants de ce criquet. En particulier, en octobre 1992, je rapportais de jeunes larves des stades 1 et 2 que j'élevais sur une terrasse de notre appartement. Les locaux du NMA, centre de télédétection spatiale, n'étaient pas véritablement conçus pour des élevages d'insectes. Tous les jours, je descendais dans la rue pour ramasser quelques herbes afin de nourrir mes criquets en catimini. C'était assez sommaire comme protocole, mais cela me permit de conduire mon élevage et de vérifier que le nombre de stades larvaires n'était pas du tout de 5 comme ce qui était annoncé au départ par des entomologistes brésiliens, mais de 8, voire 9 stades pour certains individus. En réalité, à mesure de l'avancement de mes recherches, j'allais de surprise en surprise: nombre de stades larvaires beaucoup plus important que prévu, changement de coloration du brun au vert en période de reproduction ce dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, essaims de 60 km qui n'avaient en réalité pas plus de 1 à 2 km, capacité de migration 10 fois moins importante que ce qui était annoncé, migrations dans un sens nord-sud et non pas est-ouest, voire encore plus surprenant - la consommation de sable par certains individus! Tout était à reprendre, tout était à découvrir.
Tiradentes, charmante petite ville coloniale du Minas Gerais, conservatoire de l’architecture coloniale brésilienne de l’âge d’or, ses ribambelles de maisons blanches et colorées et ses églises et chapelles baroques. Nous y avons logé au Solar da Ponte, élégant hôtel de style colonial, et assisté dans une église à un somptueux concert d'orgue et de trompette. Moi qui étais habitué à mes « classiques » criquets africains très étudiés et sans grande surprise, ici l'on nageait dans le « baroque » avec la surcharge décorative de mes criquets aux multiples couleurs bleu, rouge, jaune, orange, vert, noir; avec les effets dramatiques et l'excitation de mes découvertes successives; avec l’exagération des prises de position des uns et des autres; avec la tension provoquée par les conflits entre agriculteurs, indiens et écologistes; avec l’exubérance et la grandeur des vastes espaces du cerrado du Mato Grosso; avec l'exacerbation des inégalités et des conflits sociaux; avec les contrastes multiples entre cette agriculture moderne et les pratiques ancestrales des indiens, entre la douceur des plages et la violence des villes (où je fus témoin de plusieurs agressions à main armée), entre la gentillesse de nos deux bonnes issues des favelas et la morgue des propriétaires de notre très chic quartier de Cambuí. Oui, baroque, tout cela était au final très baroque.
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Congonhas do Campo au Minas Gerais: l'église Bom Jesus de Matosinhos, le chemin de croix et les statues de l'Aleijadinho, Manuel da Costa Ataide, l'un des plus grands parmi les sculpteurs baroques brésiliens.
Ouro Preto, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, vieille cité coloniale du cycle de l'or, aux rues pavées, aux pentes raides, et aux multiples églises baroques.
Sur la côte entre Rio et São Paulo, le port d'Angra dos Reis et la station balnéaire de Ubatuba.
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1992 Une hypothèse erronée A Campinas, au Brésil, la revue Globo Ciência vient faire un reportage sur ces chercheurs qui tentent de comprendre les pullulations de criquets qui ravagent depuis plusieurs années les états du Mato Grosso et du Rondonia. Sur ces photos, je suis avec un collègue brésilien, entomologiste, Ivo, qui m’a accompagné durant tous mes travaux de terrain au Mato Grosso entre 1992 et 1996 pour étudier la biologie et l’écologie de l’espèce en question Rhammatocerus schistocercoides Rehn 1906, un criquet décrit par l’entomologiste Rehn dès 1906, puis passé aux oubliettes. A tel point que suite aux premiers dégâts, en 1984, il fut difficile de le reconnaître et de lui donner un nom.
Au NMA, avec Ivo P. (photos: Globo Ciência). Je suis arrivé à Campinas à la fin de l’été 1992 pour travailler au sein du centre de télédétection satellitaire (le NMA) de l’EMBRAPA (Brazilian Corporation of Agricultural Research) chargé de développer les applications de la télédétection spatiale. Nous espérions, avec les images du satellite LANDSAT, cartographier les habitats de ces criquets et analyser les relations avec le développement de l’agriculture dans ces régions. En effet, à partir des années 1970, sur ces fronts pionniers à la limite sud de l’Amazonie, de nouveaux espaces ont été mis en valeur et plantés en riz, canne à sucre, soja… Très rapidement des pullulations de criquets sont venues compromettre les récoltes. L’hypothèse en vigueur à l’époque était que l’extension des cultures mécanisées avait modifié l’équilibre naturel et était à l’origine de ces pullulations. Les nouveaux agriculteurs n’avaient que ce qu’ils méritaient ! Avec les collègues brésiliens, j’ai pu montrer qu’il n’en était rien, loin de là. Explorant sans relâche les régions concernées, en particulier sur la Chapada dos Parecis, j’ai interviewé de nombreux anciens – missionnaires Jésuites et Salésiens, indiens Parecis et Nambiquaras, chercheurs d’or, vieux agriculteurs, commerçants, collecteurs de latex (« seringueros »), éleveurs, tous les pionniers de la ème siècle. colonisation du Mato Grosso qui avaient fréquenté la région dans la première moitié du 20 J’ai aussi recherché des témoignages dans la littérature relatant les explorations du Brésil (RoquettePinto, E., le maréchal C. M. da S. Rondon...). J’ai ainsi pu accumuler un ensemble de faits montrant que les pullulations de ce criquet au Mato Grosso et au Rondonia avaient toujours existé. Les criquets de l’espèce Rhammatocerus schistocercoides étaient là depuis la nuit des temps. Les preuves, obtenues oralement ou dans d’anciens ouvrages, indiquent clairement que les pullulations de criquets 158
au Mato Grosso sont un phénomène très ancien. Les indiens Nambiquaras sont d’ailleurs très friands de ces criquets comme le rapporte Claude Levi-Strauss dans Tristes Tropiques. Chez les indiens Parecis, les criquets font parti de leurs mythes de la création du monde. Les théories alors en vigueur quant à l’origine de ces pullulations devaient donc être complètement révisées, particulièrement celles mettant en cause le développement accéléré de l’agriculture dans ces régions à partir des années 80. En réalité, les nouveaux agriculteurs s’étaient installés dans le territoire des criquets ! Je n’étais pas peu fier du résultat de mes travaux.
1993 Sur les terres indiennes Juin, Chapada dos Parecis, Mato Grosso, Brésil. C'est la saison sèche. Les criquets qui ont passé toute la saison des pluies, d'octobre à avril, à l'état de larves, ont peu à peu grandi et sont devenus des adultes ailés début mai. Les essaims se sont alors formés. Sur cette photo, c'est contre un tel essaim posé au sol que je cours pour faire lever ces insectes. Rien de scientifique. Juste un amusement un peu enfantin. Mais le nombre de criquets est impressionnant et un collègue, accroupi derrière moi, en profite pour faire des photos. Et ces essaims sont fort nombreux dans la région. Et depuis 10 ans ces criquets de l'espèce Rhammatocerus schistocercoides (Rehn, 1906) posent un sérieux problème à la nouvelle agriculture implantée dans les états du Mato Grosso et du Rondonia.
Dans le cerrado, un essaim de criquets se lève devant moi.
Des pullulations de criquets, oui! Mais depuis combien de temps? On accusait les nouveaux agriculteurs. En défrichant à outrance le cerrado, cette savane plus ou moins arborée, ils auraient perturbé un équilibre écologique naturel. Ils seraient responsables de ces pullulations de criquets. Ils ne devaient s'en prendre qu'à eux mêmes. Pour les agriculteurs, par contre, les indiens seraient les seuls responsables. Les criquets viendraient de leurs réserves qu’il faudrait donc traiter. Mais alors, tollé général de la Funai - la Fondation nationale de l’Indien - et des associations d'écologistes. Pas question de traiter dans les réserves ! Il fallait absolument protéger les terres traditionnellement habitées et utilisées par les communautés indiennes.
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L'espèce responsable de ces pullulations, Rhammatocerus schistocercoides (Rehn, 1906). Ici, deux des types pigmentaires bruns rencontrés chez cette espèce qui devient partiellement verte en période de reproduction. Il me fallait démêler le vrai du faux dans ce contexte polémique. Comment faire ? D'un côté, la biologie et l'écologie de cet insecte étaient inconnues. Je devais donc, tout d'abord, établir son cycle biologique, et surtout comprendre quels étaient ses habitats, ses zones de reproduction et comment l'introduction de l'agriculture avait-elle pu favoriser - ou non - les pullulations. On prétendait aussi que ce criquet était un grand migrateur et menaçait non seulement tout le Mato Grosso, mais aussi les autres états plus à l'est, à commencer par l'état de Goias, voir d'autres. Mais qu'elles étaient les capacités réelles de déplacement de cet insecte ? Nul ne le savait. Encore un champ d'investigation qui s'ouvrait à moi. Enfin, disposait-on de données historiques permettant d'affirmer que les pullulations étaient inexistantes ou rares dans le passé et n'avaient explosé qu'à partir des années 1980 avec le développement de l'agriculture? En réalité, non! Bien sûr, les nouveaux agriculteurs avaient été surpris et fort mécontents de ces pullulations qui risquaient de ruiner leurs efforts, mais aucune information fiable sur ce qui se passait auparavant dans ces zones. Ajoutons à leur décharge que ces régions étaient fort peu peuplées et, mis à part les indiens, n'avaient été fréquentées pendant longtemps que par quelques missionnaires évangélisateurs, chercheurs d'or, collecteurs de latex... et anthropologues comme Claude Levis-Strauss qui avait étudié les indiens Nambikwaras dans les années 1930.
Deux essaims de criquets photographiés sur la Chapada dos Parecis. Contrairement à mon habitude de rédiger de courts articles, je vais maintenant prendre un peu de temps et d'espace pour détailler mon travail d'enquête sur l'ancienneté des pullulations de ce criquet du Mato Grosso. Ce fut, dans ma carrière, un épisode assez inhabituel mais passionnant. Je devais donc tenter de collecter des informations sur l'histoire du Mato Grosso et essayer d'obtenir des indications sur d'éventuelles pullulations passées pouvant démontrer l'implication ou non des nouveaux agriculteurs dans la situation de crise sévissant depuis les années 1980. Deux sources étaient possibles. D'une part, les relations de voyages et d'explorations au Mato Grosso au cours des siècles passés. D'autre part, les témoins, personnes âgées ayant fréquenté les zones actuelles de pullulations de criquets au cours des décennies précédentes. Et c'est ainsi que je passais beaucoup de temps, d'un côté à explorer les vieilles librairies, les bouquinistes, les archives publiques du Mato Grosso, et d'un autre côté à interviewer nombres de personnes âgées, chez elles, sur leur lieu de travail, dans des maisons de retraite, dans des églises ou dans des institutions religieuses. Pour ce qui est des ouvrages, je commençais par un classique. En effet, dès les années 1930, Claude Lévi-Strauss rapporte dans son étude sur les Nambikwaras, puis dans Tristes Tropiques, que des criquets sont consommés par ces indiens en grand nombre et de diverses façons. Ses indications sont cependant assez générales et ne permettant guère de savoir si c'est bien la même espèce; mais elles ont au moins le mérite de montrer que ces petites bêtes doivent être régulièrement abondantes dans cette zone. Je remontais alors à des périodes et des ouvrages plus 160
anciens. Et c'est ainsi que je fis connaissance - par ses écrits - avec une célébrité du Brésil, le maréchal Candido Mariano da Sylva Rondon, ingénieur militaire ayant participé à la construction de la première ligne télégraphique traversant le Mato Grosso. C'est à cette occasion, dans les années 1907-1912, qu'il fut amené à explorer ces terres inhospitalières de la Chapada dos Parecis
A gauche, Rondon en visite dans une tribu indienne (Rondon a été le premier directeur du Service brésilien de protection de l'Indien, aujourd'hui Fondation nationale de l'Indien, la FUNAI). A droite, en compagnie de Theodore Roosevelt, l'ancien président des États-Unis. En 1913-1914, Rondon et Roosevelt ont exploré pour la première fois le « Rio du doute » (le rio de la Duvida), plus tard rebaptisé Rio Roosevelt. Rondon fournit des indications précises sur les zones de pullulations de criquets dans divers rapports. Il signale que cette région de la Chapada - qu'il appelle le « paradis des criquets » renferme une quantité considérable d'essaims sur une vaste zone s'étendant, d'est en ouest, entre les cours supérieurs des rios Arinos et Juruena, et courant sur environ 200 km vers le nord à partir de la ligne de partage des eaux entre les bassins des rios Paraguay et Tapajós. En entrant sur le territoire Parecis, en septembre 1907, Rondon note la présence d'une énorme quantité de criquets: « Avant d'arriver au Rio Xacuruina, un affluent du Rio Sacariuina, je suis passé par la source du Rio Tres Jacus, où campait un groupe de collecteurs de caoutchouc. Je traversais alors un large plateau et là, pour la première fois, je remarquais les terrifiants essaims de criquets détruisant tout sur leur chemin... Partout, d'extraordinaires essaims de petits criquets rendaient la marche difficile pour nos animaux. A notre campement sur le Rio Burity, ma tente fut envahie par ces insectes affamés qui ont endommagé tout mes vêtements en peu de temps. Nous avons observé une migration vers le sud de ces insectes ravageurs, en quantités telles que le ciel en était obscurci. » Témoignage édifiant. Un autre grand classique que je consultais fut le célèbre livre du médecin et anthropologue Edgard Roquette-Pinto, « Rondonia » publié en 1917 et dont je réussis à acquérir, chez un bouquiniste de ème édition daté de 1935. Le livre relate les observations sur le peuple Campinas, un exemplaire de la 3 Nambikwara, réalisées en 1912 lors d'un voyage scientifique sur la Chapada dos Parecis dans le cadre de la Commission Rondon. Roquette-Pinto confirme avoir alors observé d’importantes pullulations de criquets, notant que ces insectes couvraient le ciel et rendaient la marche difficile, tout particulièrement lorsqu’il traversait les zones de sols sableux. Sans citer R. schistocercoides, inconnu à l'époque, ses indications (comme celles de Rondon) correspondent tout à fait au comportement et aux habitats de cette espèce. A gauche, le baron von Langsdorff. A la même époque, entre 1908 et 1914, un autre explorateur du Mato Grosso, F.C. Hoechne, a pu constater que l'agriculture était impossible sur la Chapada dos Parecis en raison de la nature des sols... mais aussi des pullulations de criquets qui étaient constantes dans la zone. Dans son livre sur l'histoire du Mato Grosso publié en 1969, Virgilio Correa Filho mentionne que les pullulations de criquets se produisent en nombre sur la Chapada dos Parecis. Il note que ces criquets - un régal pour les Nambikwaras - ont établi leur base opérationnelle dans les zones sablonneuses de la chapada et que, de là et à certains
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moments de l'année, ils migrent vers le sud en formations denses à la recherche de cultures pour satisfaire leurs appétits féroces. Sa métaphore militaire reflète bien l'importance du phénomène rapporté. Enfin, H. Sick, dans un ouvrage sur la faune du cerrado publié en 1965, note que sur la Chapada, à certains moments de l'année, les zones de cerrado «grouillent» de criquets. L'ouvrage de A.H. Peireira, de 1986, sur la pensée mythique des Indiens Parecis fournit également d'indirects mais intéressants indices sur l'importance des criquets sur la Chapada. Dans un mythe Parecis traitant de la création du monde, le criquet naît de la jambe d'un héros indien mythique appelé Miore. C'est ce criquet qui, par inadvertance, donne le feu aux hommes en incendiant la brousse, jouant ainsi le rôle de Promethée. Il existe donc, dans la mythologie Parecis, une relation très étroite entre les indiens et les criquets constituant un indice très fort de la permanence d'importantes populations de ces insectes sur la Chapada depuis des temps immémoriaux. En outre, le lien entre feu et criquet souligne le rôle important des brûlis dans la dynamique des populations de ces insectes. En effet, cette pratique favorise la repousse des herbes pendant la saison sèche, offrant aux criquets une nourriture de meilleure qualité, leur permettant de survivre à cette saison pour se reproduire ensuite après les premières pluies. On peut penser que cette relation a été perçue depuis fort longtemps par les indiens pour qui les feux de brousse constituent une pratique très courante. Je consultais également, mais sans succès pour ce qui est des criquets, d'autres ouvrages classiques de l'exploration du Brésil, comme celui de G.G. Manizer, de 1967, « A expedição do Acadêmico G.I. Langsdorff ao Brasil (1821-1828) » relatant la célèbre expédition du baron ème siècle les zones von Langsdorff, chargé d'affaires et consul de Russie, ayant exploré au 19 actuelles de pullulation sur la Chapada dos Parecis. Le livre est enrichi d'illustrations des artistes embarqués dans cette expédition, dont les talentueux Hércules Florence et Adrien Taunay. Le très riche matériel collecté par l'expédition a été conservé jusqu'à nos jours en Russie, au musée de Saint Pétersbourg. J'ai toujours espéré pouvoir consulter ce matériel. Peut-être y aurais-je trouvé des échantillons de mes criquets?
Des indiens Apiaká, sur les bords du rio Arinos, au Mato Grosso, sur la Chapada dos Parecis. Peinture d'Hércules Florence réalisée lors de l'expédition du baron ème siècle. von Langsdorff au 19 L'ouvrage « La marche vers l'ouest - L'épopée de l'expédition Roncador-Xingu » des frères Orlando et Cláudio Villas Bôas, publié en 1993 a aussi été passionnant à lire. Les frères Villas Bôas ont été d'infatigables défenseurs des droits et des traditions des indiens et ont été à l'origine de la création du Parc National Xingu. Cependant, leurs explorations ayant été effectuées dans l'extrême est du Mato Grosso, je n'y trouvais nulle mention de pullulations de criquets. Pour l'anecdote, lors d'un diner à Brasilia avec mon collègue Bonifacio Magalhaes, j'appris que son beau-père avait été pilote d'avion et travaillé dans sa jeunesse avec les frères Villas Bôas. Il avait ravitaillé leur expédition, à mesure de leur progression dans les terres inconnues du nord, atterrissant sur des pistes de fortune aménagées 162
rapidement dans la brousse. Au final, j'ai même consulté le livre « Naufragios y comentarios » publié en 1542 par le célèbre conquistador Álvar Núñez Cabeza de Vaca, relation de son naufrage et de ses explorations en Amérique du Nord d'est en ouest, au Mexique actuel, au Brésil et au Paraguai seulement quelques années après la découverte des Amériques. Mais je n'y trouvais que de vagues indications sur des pullulations de « grilos ». Par contre, les témoins encore vivants de l'exploration du Mato Grosso me fournirent d'importantes indications sur l'ancienneté des pullulations de criquets. Ces témoins surgirent rapidement de tout côté. Je commençais par une écologiste brésilienne de Campinas, où je séjournais à l'époque, Eleonore Z. F. Setz, qui dans une étude réalisée dans les années 1970, a noté que les criquets sont une partie essentielle de l'alimentation quotidienne des indiens Parecis au Mato Grosso. Des bandes de larves (en saison des pluies) et d'adultes (en saison sèche) sont chassées à l'aide de branches et de torches enflammées. Les larves sont entourées et canalisées vers des tranchées, puis capturées et mises dans de grands paniers qui sont rapidement remplis. Les adultes sont capturés à la main, le matin quand ils sont peu actifs en raison des températures fraîches, et donc plus facile à attraper. Ces criquets sont ensuite grillées sur du charbon de bois et consommés tel quel, ou mélangés avec des jus de fruits, ou ajouté à de la farine de manioc pour faire une sorte de pain. Leur consommation, sous une forme ou sous une autre, est quotidienne. Il faut donc que ces insectes soient nombreux (Setz, 1991).
Deux femmes Nambikwaras chassant les criquets. Elles rabattent et grillent les larves de criquets avec une torche enflammée puis les entassent dans un panier (photo E. Z. F. Setz).
Abri utilisé par les femmes Nambikwara lors de leurs sorties de chasse au criquet, et trou creusé dans le sol pour trouver de l'eau (qui affleure à quelques dizaines de centimètres) (photos E. Z. F. Setz).
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Femme Nambikwara grillant des larves de criquets sur des braises (à gauche). Criquets grillés entassés sur une tôle (à droite) (photos E. Z. F. Setz). Je rencontrais ensuite Edie Pina de Barros, chef du département d'anthropologie de l'Université Fédérale du Mato Grosso, dont la grand-mère, née en 1892 et d'origine Baikiri, était encore vivante à l'époque. Elle pu identifier clairement mon criquet et confirmer que des pullulations importantes ème ème et au début du 20 siècle - sur les avaient eu lieu au cours de sa jeunesse - vers la fin du 19 terres Baikiri dans ce qui est maintenant connu comme la région de Paranatinga. Elle a pu signaler, en particulier dans les années 1940, d'autres pullulations importantes restées gravées dans les récits oraux traditionnels des Indiens Baikiri et pouvant être datées approximativement par comparaison avec les dates d'événements importants. A Cuiaba, je pris également contact avec le Père Jésuite José de Moura e Silva, directeur des Archives publiques du Mato Grosso, ayant fréquenté la région de la Chapada dos Parecis régulièrement depuis 1953. Il me confirma que, chaque année, des essaims d'une espèce ne pouvant être que R. schistocercoides étaient présents en grand nombre, en particulier dans la région d'Utiariti où ses visites ont été principalement concentrées. Un autre habitant de Cuiaba, Antonio Amorin, 66 ans, qui était autrefois un berger et un collecteur de latex, était souvent passé par la Chapada dos Parecis entre 1944 et 1967. Il a été en mesure d'identifier parfaitement les criquets et m'a signalé que, dès 1944 dans la région de Agua Limpa et près de la source du Rio do Sangre, de nombreux essaims s'envolaient au passage de ses troupeaux. L'herbe était dévorée par les criquets, laissant le sol complètement dénudé. Il m'a affirmé avoir observé ces essaims chaque année pendant la saison sèche depuis 1944. Leur densité était variable d'une année à l'autre, mais la présence de criquets était constante. Antonio Amorin a également été en mesure de me décrire précisément le comportement de vol de ces essaims: volant à 20 m au dessus du sol tout au plus, transportés par le vent sur de courtes distances (quelques centaines de mètres), atterrissant et décollant sans arrêt. Il m'a confirmé que les Indiens Nambikwaras mangent ces criquets qu'ils capturent dans des sacs; ils leur coupent les ailes, remplissent leurs paniers, et les consomment grillés ou réduits en farine pour assaisonner la viande. Bernard Radoux, chef de la FUNAI (Fondation nationale indienne) à Utiariti et Joâo Garimpeiro, cacique (chef indien) des Parecis, ont confirmé que les indiens ont toujours connu des criquets en grand nombre. Leur densité semble varier d'une année à l'autre mais les pullulations sont très fréquentes.
Joâo Garimpeiro en tenue de cérémonie. Lors de notre rencontre à Utiariti, il portait un costume plus moderne.
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Outre les preuves de l'ancienneté des pullulations de criquets à l'ouest de la chapada, régions situées autour des réserves indiennes des Parecis et des Nambikwaras, je pus recueillir plusieurs témoignages de leur ancienneté plus à l'est, en particulier dans la région de Paranatinga. Outre les indications de Edie Pina de Barros évoquées ci-dessus, de nombreux témoignages d'anciens agriculteurs sont venus s'accumuler. L'un des plus intéressants est sans doute celui de Bernardino Gomes Bezerra, agriculteur dans la région de Paranatinga depuis plus de 60 ans, et dont la famille est installée là depuis 1928. Bernardino Gomes Bezerra a pu facilement identifier des échantillons de criquets et m'affirmer que leurs pullulations ne sont pas un phénomène nouveau dans la région de Paranatinga. Il a observé de très graves pullulations à la fin des années 1940, en particulier en 1947. Cette année là, entre mai et novembre, les essaims étaient selon lui partout sur environ 60 km, de la fazenda de son père située près de la réserve indienne Baikiri (la fazenda Rancharia, actuellement sur la commune de Nova Brasilândia), jusqu'au site de la future ville de Paranatinga. Ces essaims de criquets volant à basse altitude faisaient jusqu'à 2 km de longueur et rendaient la marche difficile. Bernardino Gomes Bezerra a également donné une bonne description du comportement très typique de ces essaims. Ces pullulations ont duré pendant 5 ou 6 ans, environ jusqu'en 1952, puis se sont arrêtées. Il semble y avoir eu beaucoup plus de criquets entre 1947 et 1952 qu'au cours des 10 dernières années, en gros de 1983 à 1992. Ces pullulations ont également été confirmées par d'autres témoins. Ainsi, Marcelino Sampaio, ayant vécu dans la région depuis 60 ans, et employé au magasin « Lojas das Américas » à Paranatinga à l'époque de mon enquête, m'a affirmé avoir observé d'importantes pullulations de criquets autour des années 19481950 à Rancharia où il avait une petite propriété. Un autre agriculteur de Paranatinga, Gentil Mariano Miotto, originaire du Rio Grande do Sul, m'a signalé avoir remarqué des essaims de criquets dès son arrivée dans la région en 1983, en particulier autour du site appelé Sete Placas, ainsi que près de la réserve indienne Rondon. Ceci avant les premiers rapports officiels de pullulations de criquets dans cette zone effectués seulement en 1985. Au final, tous ces témoignages accumulés confirment que les criquets sont également un problème de longue date dans la région de Paranatinga. En conclusion, toutes ces recherches conduites pendant plusieurs mois à l'occasion de mes séjours au Mato Grosso, me montraient à l'évidence que les pullulations de Rhammatocetus schistocercoides au Mato Grosso étaient un phénomène très ancien et que les pullulations passées étaient certainement tout aussi fréquentes et importantes que les pullulations actuelles, voire plus. Il me fallait donc revoir radicalement les théories en vigueur sur l'origine de ces pullulations, en particulier celles qui incriminaient le développement agricole accéléré ayant eu lieu dans ces régions depuis le début des années 1980. J'avais atteint mon objectif et, quelques mois plus tard, j'allais même démontrer que ce développement de l'agriculture ne pouvait être que défavorable au criquet et entraîner à la longue une diminution voire une disparition de ces pullulations. Il ne fut pas facile de faire admettre cette démonstration par tous malgré la clarté des preuves obtenues. En fait, les criquets étaient chez eux sur les terres indiennes. Les nouveaux agriculteurs n'étaient pour rien dans les pullulations mais avaient simplement eu le malheur de s'implanter au beau milieu du territoire ancestral de ces insectes. La polémique n'avait pas lieu d'être. Il suffisait d'écouter les anciens.
Aldeia Rio Verde photographiée lors de mon passage dans la région en novembre 1993. Les ème siècle lors de habitations traditionnelles en bois et paille sont restées les mêmes qu'au 19 l'expédition Langsdorff ; seules quelques baraques en planches et toit de tôles ont été ajoutées.
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Habitations des indiens Apiacas sur les bords du rio Juruena en avril 1928. Dessin de Hercules Florence réalisé lors de l'expédition du baron J.H. Langsdorff « Du Tieté à l'Amazone » (reproduction de Arnoldo M. Florence du 20 octobre 1972).
Rios: 1, Juina; 2, Juruena; 3, Papagaio; 4, Sacre; 5, do Sangre; 6, Sacariuina; 7, Arinos; 8, Xingu; 9, dos Mortes; 10, Araguia; 11, Paraguai; 12, Guapore.
Deux références: Levi-Strauss C., 1948. La vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara. Joumal de la Société des Américanistes (NS) 37, 1-131. Setz E.Z. F., 1991. Animals in the Nambiquara diet: methods of collection and processing. Joumal of Ethnobiology 11, 1-22.
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1994 A la poursuite du criquet du Mato Grosso Mato Grosso, 1994. Non loin de la réserve des indiens Nambikwaras, je poursuis depuis le matin un essaim de criquets dans une vaste zone de cerrado (savane arbustive). Sacoche de matériel photo en bandoulière, carnet de note à la main, GPS dans la poche... et bottes à la fois pour les serpents très nombreux dans cette région, mais aussi contre les épines de ces petits palmiers nains qui parsèment la zone. Tôt le matin, avant le lever du soleil, j’ai quitté la fazenda ALCOMAT où je suis hébergé, pour suivre un essaim de criquets repéré la veille. J'ai garé ma voiture en bordure de piste et rejoint l’emplacement où l’essaim s’est posé au crépuscule. Posté à quelque distance de l’essaim pour ne pas le perturber, j'ai attendu: un quart d’heure, une heure, parfois plus... jusqu’à ce que l’essaim se décide enfin à s’animer spontanément puis à partir pour sa migration quotidienne. Toute la journée, à quelque distance des criquets, je note à la fois le comportement de l’essaim (posé, en vol, abondance des individus en vol…) ainsi que les principaux paramètres météo : température, humidité, insolation, direction et force du vent. Avec mon GPS, je note en permanence la position de l’essaim.
En saison sèche, dans l’immensité du cerrado, à la poursuite d’un essaim de criquets.
Et contrairement à ce que beaucoup croyaient, et fort heureusement pour moi, l’essaim ne va pas très vite et ne parcours qu’une faible distance dans la journée. Un à trois kilomètres au maximum. Sans cesse des individus sont en vol, mais de très nombreux sont au sol et s’alimentent, puis repartent tandis que ceux en vol se posent. C’est le comportement classique « en rouleau ». Cela me permet ainsi, sans trop de difficulté, de suivre l’essaim jusqu’au soir où, peu avant le crépuscule, les criquets au lieu de progresser, se mettent à tourbillonner sur place, puis finissent par se poser dans la végétation. Un spectacle magique sur fond de soleil couchant, loin de tout dans l'immensité du cerrado. Je suis arrivé pour la première fois au Mato Grosso en 1992, sur la Chapada dos Parecis, pour étudier Rhammatocerus schistocercoides, un criquet qui pullule de manière intempestive et cause d’importants dégâts aux cultures de riz, de maïs et de canne à sucre dans ces nouveaux fronts pionniers récemment mis en culture à la bordure sud de l’Amazonie. Cette zone est un peu le farouest brésilien. Zone d'affrontements entre indiens parqués dans de vastes réserves, nouveaux agriculteurs ou éleveurs parfois à la tête de propriétés de plusieurs dizaines de milliers d'hectares, et paysans sans terres qui tentent de s'implanter. Les conflits se règlent souvent par balles. « Voce vai pegar chumbo » (« Vous allez prendre un plomb ») m'a t'on dit une fois alors que je posais mes balises dans une zone de cerrado qui venait d'être achetée par un agriculteur.
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En haut, pose d'une balise pour repérer l'emplacement d'un essaim posé au sol et essaim peu dense du criquet du Mato Grosso dans un champ de canne à sucre. En bas, au gîte de la société ALCOMAT, devant ma chambre, sauvegarde des données collectées pendant la journée et dans les champs, avec le gérant de la fazenda. En cette saison sèche 1994, j’ai ainsi passé des jours et des jours à suivre des essaims, seul au milieu du cerrado, loin de tout, en compagnie des criquets... et de nombreuses guêpes - d’un magnifique vert doré - attirées par ma transpiration et dont je ne comptais plus les piqûres. Je restais évidemment silencieux, très discret, pour ne pas perturber le comportement naturel des essaims de criquets. Cette discrétion me permettait parfois quelques contacts rapprochés avec la faune sauvage locale : cerfs, tatous, sériémas, émeus. Une expérience inoubliable. Un jour, incommodé par la chaleur et trop préoccupé par le suivi d’un essaim, j’abandonnais au sol une veste de survêtement. Des collègues brésiliens, inquiets de ne pas me voir revenir, partirent à ma recherche et découvrirent ce vêtement. Ils pensèrent un instant que j’avais été entraîné par une panthère, ces bestioles étant abondantes dans la région. Au final, ce fastidieux mais passionnant travail de suivi me permit de revoir de fond en comble les théories en vigueur au Brésil sur le comportement de cet insecte et les causes de ses pullulations. Ce ne fut pas toujours facile à faire admettre !
Le criquet du Mato Grosso, Rhammatocerus schistocercoides (Rehn, 1906). Un insecte extraordinaire, quasiment méconnu avant le début de mes travaux en 1992. Je l'ai étudié pendant une quinzaine d'années avec divers collègues brésiliens et je pense avoir fait du bon boulot (ici une femelle mature à la couleur verte caractéristique).
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Au gîte de la société ALCOMAT, de retour du terrain après une longue journée au soleil à poursuivre un essaim. Sur la photo ci-dessus, la serviette sur le cou protège un peu du soleil et permet d'essuyer la transpiration. La fazenda ALCOMAT est une importante usine fabriquant de l’alcool par distillation de la canne à sucre cultivée en abondance dans la région. Elle possède un gîte confortable et constitue une excellente base terrain pour mes études sur les criquets. Grâce à l'appui de son propriétaire d'alors, Aristides Bittencourt Filho, j'y suis retourné à de nombreuses reprises, en saison sèche comme en saison des pluies. J'aurais difficilement pu être aussi productif sans l'appui de cet homme cultivé et raffiné qui, à chaque passsage, nous recevait fort courtoisement en mettant à notre disposition tous les moyens dont il disposait, véhicule compris.
A gauche, le fermenteur et la distillerie de l'usine ALCOMAT, installation industrielle surréaliste dans cette zone de chapada très isolée et au paysage monotone s'étendant à l'infini. A droite, préparation d’un churrasco au gite d’étape de la l’usine. Une référence: Lecoq M., 2000. How can acridid population ecology be used to refine pest management strategies? In J.A. Lockwood, A.V. Latchininsky, M.G. Sergeev (eds.), Grasshoppers and Grassland Health. Managing Grasshopper Outbreaks without Risking Environmental Disaster, 109-129. NATO Science Series 2. Environmental Security - Vol. 73, Kluwer Academic Publishers, Dordrecht, The Netherlands. X + 221 pages.
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1995 Et si l'on ne faisait rien? Bamako, Mali. Je suis là pour participer à la conférence internationale sur les nouvelles stratégies de lutte contre les criquets organisée par le GTZ et le CILSS du 3 au 8 avril. La conférence est pilotée par deux collègues allemands, Stephan Krall et Ralf Peveling, et par une collègue du Mali, Madame Ba Daoulé Diallo. Cette conférence a lieu cinq années après une violente invasion de criquets pèlerins qui a coûté fort cher en moyens de lutte à la communauté internationale. Le réveil a été brutal après près de 30 années de calme, de la fin de la dernière grande invasion ayant duré environ de 1940 à 1960 à l'invasion récente de 1987-89. Le problème criquet a soudainement été replacé au premier plan de l'actualité. On s'est rendu compte que rien n'était résolu comme d'aucuns voulaient le laisser croire. Les énormes quantités d'insecticides utilisées pour maîtriser le fléau ont entraîné une remise en cause profonde des stratégies et méthodes de lutte. Le problème était-il si important ? Fallait-il vraiment traiter aussi massivement et avec des produits aussi toxiques ? N'était-il pas urgent de ne rien faire ? Tel était le débat. Avec cette conférence, j'allais plonger dans la mêlée.
Avec un collègue sénégalais, Tahir Diop, pendant une pause. J'avais été rapporteur de sa thèse dirigée par Michel Verdier, et membre de son jury en 1987, à l'Université Paris VI. A partir de 1990 Tahir Diop avait pris ma succession au centre régional AGRHYMET à Niamey pour assurer les cours sur les criquets auprès des élèves techniciens et ingénieurs en protection des végétaux. Plusieurs points étaient critiques. Les stratégies de lutte, tout d'abord, faisaient l'objet de vifs débats centre les tenants de la lutte préventive (soutenue entre autre par le CIRAD et de nombreux pays africains) et ceux préconisant d'attendre le début des recrudescences et des invasions pour tenter de lutter (regroupant divers collègues allemands, britanniques, néerlandais...). L'utilisation massive des insecticides - 23 millions d'hectares traités en à peine plus d'un an - était particulièrement critiquée. La dieldrine - organochloré rémanent sur lequel reposait en grande partie la stratégie de lutte contre le criquet pèlerin - venait d'être brutalement interdite laissant les organisations de lutte démunies. Avaiton des produits de remplacement aussi efficaces? Ne pouvait-on utiliser des produits biologiques moins nocifs pour l'homme et l'environnement ? Qu'en était-il des progrès récents des mycopesticides, ces nouveaux insecticides à base de champignons entomopathogènes ? On suggéra que les agriculteurs, au lieu de traiter, feraient mieux, par exemple, de prendre des assurances en cas d'éventuels dégâts. La notion même de criquet ravageur fut mise en cause. Certains affirmaient que le criquet ce n'est pas véritablement un problème, que l'on a fort peu de chiffres fiables concernant les dégâts, que ce sont toujours les mêmes chiffres qui sont présentés et que, au final, l'on ferait peut-être mieux de ne rien faire. Et si l'on ne faisait rien, quelles seraient les conséquences ? Après tout, les criquets sont aussi consommés par les populations locales et jouent sans nul doute un rôle bénéfique dans le fonctionnement des écosystèmes. Au final, tout était remis 170
en cause dans un débat où s'affrontaient scientifiques de diverses tendances, représentants de l'industrie phytosanitaire et défenseurs de l'environnement.
A droite, je termine ma présentation sur la stratégie de lutte contre le criquet pèlerin. A gauche, l'ouvrage « New strategies in locust control » dans lequel ont été publiés en 1997 les comptes rendus de la conférence. Dans ce contexte passionnel, la conférence se proposait donc d'évaluer l'état actuel des recherches concernant les stratégies de lutte contre les criquets et en particulier contre le criquet pèlerin, et de faire un bilan des méthodes alternatives de lutte. Je présentais une communication assez générale sur le thème « Stratégies de lutte antiacridienne : concepts, contraintes, réalités, perspectives » ainsi qu'un poster consacré à mes travaux sur le criquet du Mato Grosso au Brésil. Je me suis également retrouvé à piloter un groupe de travail consacré aux stratégies de gestion des criquets ravageurs et, après de nombreuses discussions, j'arrivais à faire adopter quelques recommandations que j'estimais assez intéressantes.
Bamabo, les bords du fleuve vu d'une colline voisine. A gauche, les jardins et le golf de l'hôtel de l'Amitié (SOFITEL) et le pont sur le Niger. A droite, la tour de la banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest, la BCEAO. Mon groupe de travail considéra, qu'en l'état actuel des recherches, les techniques de pulvérisation d'insecticides demeuraient les seules utilisables dans I’immédiat, tout au moins en ce qui concernait la maîtrise des départs d'invasions. Tout en notant l'intérêt de quelques produits récents (inhibiteurs de croissance, phénylpyrazoles), il considéra que pour le criquet pèlerin, la stratégie de lutte préventive devait demeurer la priorité absolue, avec pour objectif la localisation et l'élimination à un stade précoce des premières formations grégaires dans leurs zones d'origine. Enfin, il recommanda la création de plans d'actions pour rationaliser les interventions et souligna la complémentarité et la nécessaire solidarité régionale entre pays affectés, insistant sur les rôles fondamentaux des forces régionales maghrébine et sahélienne, souhaitant leur renforcement, une meilleure coordination, voire même une intégration de ces deux forces. Toutes ces recommandations ne restèrent pas lettre morte. J'eu rapidement, dès 1997, l'occasion de mettre en application nombre d'entres elles dans le cadre du programme EMPRES de la FAO. Face aux interrogations, je n'étais pas resté si inactif que d'aucuns l'auraient souhaité.
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Promenade en pirogue avec quelques collègues (sur la photo de droite, Keith Creesman de la FAO et Joyce Magor du NRI en Grande Bretagne).
Visite d'un village dans la région de Bamako. Comme toujours, les enfants sont nombreux à nous entourer.
A gauche, préparation du repas. A droite, vente de bois de cuisine sur le bord de la route. Chaque jour, des centaines d’arbres sont abattus et vendus dans la capitale. La déforestation est une vraie menace pour la forêt africaine. 172
Rénovation de l'enduit en « banco » d'une maison traditionnelle: argile, paille et bouse de vache. A gauche, pétrissage des ingrédients. A droite, projection de l'enduit sur le mur. Au centre, lissage de l'enduit.
Pêcheur et pirogue de pêcheurs sur le Niger.
1996 Cache-‐cache avec la guérilla Je viens d’arriver à la station CORPOICA – CIAT de Carimagua, dans les llanos de Colombie, vastes plaines vouées au pâturage et drainées par les affluents de rive gauche de l’Orénoque. Je repense à mes lectures d’enfance du « Superbe Orénoque » de Jules Verne, dans la bibliothèque verte. Depuis le départ de Bogota, je me rends compte que tous les jours mes compagnons de voyage colombiens s’inquiètent auprès des autorités locales de la présence de la guérilla pour choisir leur route. A ma question « Comment reconnait-on un membre de la guérilla d’un soldat ? » Réponse : « On ne le sait qu’après ! » Réjouissante perspective. Je suis arrivé en Colombie en provenance du Brésil le 5 octobre. Les Colombiens, connaissant mes travaux dans ce pays et ayant le même problème, ont demandé mon expertise. Au départ de Bogota nous avons pris l’avion pour Villavicencio, au pied de la Cordillère des Andes, la « Porte des llanos », à 90 km seulement de la capitale. Mais pourquoi ne pas prendre une voiture ? J’eu la réponse quelques jours plus tard. Un français ayant fait le trajet terrestre le même jour que moi avait été enlevé par la guérilla. Finalement, mes collègues colombiens avaient sagement organisé ma mission ! Le criquet responsable des problèmes est Rhammatocerus schistocercoides (Rehn, 1906). Ici comme au Brésil, les pullulations de cet insecte ont surpris tout le monde. Les premiers essaims ont été aperçus en 1994 au nord des llanos puis se sont rapidement répandus sur l’ensemble de la région, menaçant les zones de cultures plus au sud. Ma mission me permet d’effectuer une ample visite des llanos, de Villavicencio jusqu’à la région de Cravo Norte à la frontière avec le Venezuela, en passant par Carimagua et en longeant plus ou moins le rio Meta. Routes, pistes, petits avions et pistes de brousse ultracourtes obligeant à laisser des passagers et à faire deux voyages... Je comprends vite que certaines zones sont à éviter et qu’il vaut mieux ne pas être trop curieux. 173
Devant l’entrée de la station de recherche CORPOICA de Carimagua (je suis le deuxième en partant de la droite). A droite, « Le superbe Orénoque » de Jules Verne, édité dans la collection « Bibliothèque verte » par Hachette. Mais rapidement, les explications apparaissent. Mes travaux au Brésil me donnent la clé du problème colombien. Là aussi je découvre que des pullulations identiques avaient eu lieu dans le passé, 30 ou 40 ans auparavant. Un rapport existait au fin fond d’un ministère… mais tout le monde l’avait oublié. 17 octobre conférence à Villavicencio devant un large parterre pour présenter mes explications à ces pullulations et proposer quelques recommandations. 23 octobre, fin de mission. Pot de départ dans un café. Mes collègues colombiens m’avouent qu’ils sont finalement très soulagés que la mission se soit bien déroulée ! J’ai l’impression d’avoir laissé passer une occasion de vacances gratuites et prolongées en Colombie. Aurais-je inconsciemment pris quelques risques !
Sur la façade d’une boutique : « El Grillo », le super-criquet!
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Mon avion avant le départ pour la région de Cravo Norte et paysages des llanos au voisinage de Carimagua.
1997 Bandes bleues ou bandes rouges Brésil. En ce mois d’avril, je suis une nouvelle fois sur la Chapada dos Parecis au Mato Grosso, dans la zone de pullulation du criquet Rhammatocerus schistocercoides (Rehn, 1906) que j'étudie depuis plusieurs années. Mes travaux ont commencé en 1992. Partant d'une espèce quasi inconnue mais occasionnant d'importants dégâts, j'ai éclairci de nombreux points de sa biologie et mis en évidence les causes de ses pullulations, rejetant radicalement les idées a priori en vogue à l'époque au Brésil. Après avoir élucidé le comportement et les capacités de vol des essaims de ce criquet (voir « Une hypothèse erronée » et « A la poursuite du criquet du Mato Grosso », pages 158 et 167), je m'attaque maintenant au comportement et aux capacités de déplacement des jeunes criquets, des larves, ce que l'on appelle des bandes larvaires. Ce sont d'impressionnants groupes de millions d'insectes, couvrant entièrement le sol et la végétation, marchant inexorablement vers un but mystérieux. Le comportement grégaire de ce criquet est très marqué et la densité de jeunes larves atteint souvent 30000 individus par mètre carré. Comment se déplacent ces bandes ? Quelles distances peuvent-elles couvrir ? Quels facteurs déterminent la direction du déplacement ? Autant de questions auxquelles je dois m'efforcer de répondre. J'ai déjà réalisé un premier voyage d'étude au Mato Grosso en janvier-février 1996. J'ai alors travaillé sur le comportement de jeunes bandes larvaires. Du fait de la pigmentation des jeunes larves, ces bandes vues de loin, prennent un aspect bleuté. En ce mois d'avril 1997, les larves sont plus âgées, ème stade larvaire et les bandes sont alors rougeâtres. Cependant, en fin de développement. C'est le 8 malgré leur visibilité, ces bandes passent le plus souvent inaperçues dans les zones de végétation naturelle. Les fermiers ne s'en préoccupent pas. Elles ne deviennent un problème que lorsque les larves sont devenues adultes et que la bande s'est transformée en essaim. Celui-ci peut alors envahir les zones de cultures et y provoquer d'importants dégâts.
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A la recherche des criquets dans le cerrado, avec mon matériel: un GPS de localisation, un GPS pour la cartographie des bandes, de nombreuses bandes de chantier en plastique, jaunes et rouges pour marquer l'emplacement des bandes larvaires... bleues ou rouges.
Je suis arrivé début mars pour tester un nouvel insecticide développé par Rhône Poulenc - le fipronil mais c'est également l'occasion d'étudier le comportement de ces bandes de larves. Mes études sont bien sûr réalisées dans le milieu naturel de ce criquet constitué de vastes étendues de « campocerrado », une savane arbustive et arborée, s'étendant à perte de vue, verdoyante en cette fin de saison des pluies. La zone est plate, homogène, monotone. On a vite fait de perdre le sens de l'orientation et mon GPS m'aide souvent à retrouver ma voiture.
Bandes larvaires du criquet Rhammatocerus schistocercoides. Ces bandes ont une forme caractéristique, plus ou moins en croissant, avec vers l'avant dans le sens du déplacement, un front bien marqué où la densité d'insectes est considérable. Vers l'arrière, au niveau de la traîne, la densité décroit peu à peu.
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Végétation typique de campo-cerrado sur la Chapada dos Parecis, au Mato Grosso. Ma méthode est maintenant bien rôdée. Je commence par chercher les bandes par un quadrillage systématique du terrain. Le parcours est long et fastidieux. Le 4x4 roule au pas et les observateurs, un de chaque côté du véhicule, tentent de repérer les bandes larvaires ou les traces de leur passage (végétation broutée, crottes sur le sol...). Après quelques jours, on dispose d'une vue générale de la situation sur plusieurs centaines d'hectares et quelques bandes sont choisies pour être suivies. Chaque jour, chaque bande est cartographiée à l'aide du GPS. J'obtiens ainsi une idée précise de sa forme et de sa taille. Je note également sommairement la densité de larves dans les différentes parties de la bande. Le suivi d'un jour à l'autre me permet de préciser l’orientation et l’ampleur du déplacement des bandes qui, fort heureusement, ne font pas plus de quelques dizaines de mètres de longueur et ne se déplacent que de quelques dizaines à une centaine de mètres par jour. C'est encore maîtrisable, mais une bande de près de 200 m de long fut particulièrement difficile à étudier.
Ci-contre, suivi d'une bande larvaire du 24 janvier au 4 février 1996. La zone hachurée correspond au front de la bande, là où la densité d’insectes est plus forte.
J'ai ainsi pu suivre certaines bandes pendant près de deux semaines. Travail long, pénible, fastidieux, que je dois mener seul car plusieurs personnes sur place ont vite fait de brouiller la situation et de perturber le comportement naturel des larves. Je dois partir tôt le matin pour retrouver les bandes encore au repos avant leur avancée journalière. L'humidité est maximale (100% le matin, 80% à la mijournée). Je suis en permanence entouré d'une multitude de petites mouches et de guêpes que je dois chasser de la main. Achetées dans un magasin de Cuiaba, mes bottes de gaucho indispensables pour me protéger des épines des palmiers nains et des nombreux serpents venimeux abondants dans la région - sont complètement détrempées. Souvent, en milieu de journée, un gros orage éclate, le sol se ramollit et il devient très difficile de circuler dans le cerrado. Par deux fois j'ai suivi le comportement d'une bande plus en détail, minute par minute, de 6h00 du matin avant le lever du soleil, à 19h00 juste avant la nuit. La soirée est consacrée au travail de saisie informatique et de première analyse des données collectées dans la journée. Fort heureusement, comme à l'habitude, je suis hébergé au gîte de passage de la société ALCOMAT qui m'offre un cadre de travail agréable en plein coeur de ma zone d'expérimentation.
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Jeunes larves de Rhammatocerus schistocercoides (stade 1 à gauche et 2 à droite). Jour après jour, inlassablement, le même protocole se répète. Au total, en 3 mois de terrain, j'ai pu étudier 38 bandes larvaires et cela se révèle finalement très payant. Mes données illustrent parfaitement le comportement grégaire intense de ce criquet et renforcent ma théorie sur les faibles capacités de déplacement de cet insecte et sur la nature locale du problème au Mato Grosso. Ce sont ces bandes que tout le monde ignore – qu’elles soient bleues ou qu’elles soient rouges - qu'il faut surveiller et éliminer. Une étape de plus dans la compréhension de ce criquet et la mise au point d'une stratégie de surveillance et de lutte que je formaliserai plus complètement quelques années plus tard.
Larves âgées (stade 8) de Rhammatocerus schistocercoides.
Dans le cerrado, le matin de bonne heure, dans la brume et l’humidité, je recherche les bandes de larves du criquet du Mato Grosso et pose des bandes de chantier pour les délimiter (photo: Wanderley Dias Guerra).
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NB. Le fipronil, que je testais au cours de ce séjour au Mato Grosso en avril 1997, était un nouveau produit de la famille des phénylpyrazoles développé par Rhône-Poulenc, et dont on nous promettait monts et merveilles. Rhône-Poulenc tentait à l’époque d’introduire le fipronil dans la lutte contre les criquets aux quatre coins du monde. Ce produit devait en particulier pouvoir remplacer la dieldrine, un puissant organochloré désormais interdit (voir « Et si l’on ne faisait rien ? » page 170). Le fipronil est alors présenté comme le produit miracle, fort peu toxique pour l’homme, mais efficace contre les criquets, très efficace comme nous allions le montrer… sans doute trop. Ce fut le début d’une longue polémique qui dura plus d'une décennie. Le fipronil fut finalement, à partir de 2004, préconisé par la FAO dans les traitements dits « en barrière » contre les criquets (où l’insecticide n’est alors appliqué que sur une faible portion de la zone contaminée), en particulier contre le criquet pèlerin, à une dose de 4,2 g/hectare. Mais l’engagement de notre unité de recherche CIRAD au côté de Rhône-Poulenc - et son appui quasi inconditionnel à cette société pour imposer son nouveau produit - nuisirent passablement à notre réputation d’impartialité. Arrivé à la tête de l’unité en 1997 je dus, malgré les conséquences financières, mettre un terme à cette collaboration.
1997 Un criquet pas si facile En 1997, j'étais engagé depuis plusieurs années dans un projet de modélisation de la dynamique des populations du criquet pèlerin dont plusieurs collègues étaient responsables (voir « Le fameux criquet pèlerin », page 110). Il s'agissait du projet « Biomodèle SGR », SGR étant les initiales du nom scientifique du criquet, Schistocerca gregaria (Forskål, 1775), ravageur majeur dont les invasions peuvent affecter une cinquantaine de pays, de l’Ouest africain à la péninsule indienne. Ce projet devait permettre de modéliser la dynamique de cet insecte afin de mieux prévoir les situations à risque. Les données météorologiques indispensables pour effectuer des prévisions étaient issues du Centre européen de prévision météorologique à moyen terme, à Reading, au Royaume-Uni. Pluie et température devaient permettre d’apprécier le développement du criquet, et les cartes de vents de suivre ses migrations.
Criquet pèlerin, en phase solitaire, photographié en 1989 au Tamesna, zone désertique du nord Niger. Le projet avait commençé dès 1989, mais il s'avéra rapidement que les résultats n'étaient pas très probants. Aucune publication scientifique ne fut jamais rédigée mais le modèle fut vanté - sinon pour ses résultats au moins sur son principe - sous la forme de communications multiples dans divers congrès internationaux. Solidarité oblige, je me livrais à l'exercice à plusieurs reprises. Mais ces communications manquaient de substance, de résultats. En réalité, le projet stagnait et le modèle avec. Une commission d'évaluation de notre unité de recherche, en 1991, releva la complexité de la tâche ainsi que ses enjeux, mais valida la construction du modèle. Elle soulignait cependant que, vu la faible fiabilité des données météorologiques, le modèle devait plutôt être utilisé comme un moyen de poser des questions et d’orienter les recherches et non comme un outil de prévision. Mais cette recommandation resta lettre morte. Pour mes collègues, l'objectif restait de prévoir la situation avec quelques semaines d'avance, et de concurrencer en cela les prévisions effectuées par la FAO* à
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Rome sur la base d'une extrapolation de la situation récente, en fonction des connaissances sur la dynamique de l'insecte et de l'évolution probable des conditions météorologiques. Plusieurs années plus tard, un deuxième audit - interne cette fois - fut demandé par la direction du CIRAD. Le collègue chargé de l'expertise était fort compétent mais fut noyé de belles paroles. Et pourtant, quelques faits étranges auraient dû lui mettre la puce à l'oreille. Un facteur clé de la dynamique des populations du criquet pèlerin - la pluie qui détermine la possibilité de reproduction semblait ne jouer aucun rôle. Par ailleurs, l'informaticien en charge du développement du modèle s'aperçut brusquement d'un « bug », d'une erreur. Toutes les directions de vent avaient été systématiquement inversées... mais le rétablissement d'une direction réelle ne changea rien aux résultats. Etrange ! Mais l'incident fut vite passé sous silence. Le collègue en charge du projet continua à prétendre que le modèle était validé par des tests utilisant les observations de terrain rapportées par la FAO et que le niveau des corrélations observées était hautement significatif, prouvant le bon fonctionnement du modèle dans la détection des invasions. Mais ce modèle restait une boite noire au sein du CIRAD et il n'était envisagé que pour plus tard de le mettre à disposition de la FAO pour un usage opérationnel. Dans la réalité, en interne, les tests continuaient car rien n'était véritablement concluant et l'atmosphère devenait chaque jour plus délétère.
En 1996, contre vents et marées le projet durait toujours.... et l'absence de résultats devenait encore plus criante. A part des rapports, toujours rien n'avait été publié dans des revues scientifiques et soumis à validation par des pairs comme cela est la règle. En fait, tout n'était que poudre aux yeux. Je le pressentais depuis longtemps, mais j'en eu finalement une preuve tangible. J'effectuais, courant 1996, une comparaison entre, d'une part, les prévisions du modèle et, d'autre part, les simples valeurs moyennes, mois par mois, de distribution des populations de criquets (compilation des observations de terrain sur plusieurs dizaines d'années réalisée par la FAO). Et, oh surprise ! On obtenait une meilleure prévision en se basant sur la simple situation moyenne. Le modèle ne servait donc strictement à rien ! En réalité, ne pouvant obtenir de valeurs fiables pour la pluviométrie en zone saharienne (zone clé pour la reproduction de ce criquet, où se trouvent les zones d'origine de ses invasions) on avait introduit dans le modèle, pour ces zones clés, la valeur moyenne de la pluie... et non les estimations obtenues par les modèles météorologiques en vigueur à l'époque et qui était sans nul doute très imprécises du fait de la quasi absence de stations météorologiques en zone saharienne (ce qu'avait d'ailleurs souligné l'audit de 1991). Naturellement, dans ces conditions, les résultats ne pouvaient être meilleurs que les prévisions basées sur les simples valeurs moyennes. Et dans ce cas, nul besoin de modèle.
Larve de criquet pèlerin en phase solitaire (Tamesna, Niger, 1989).
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Il devint évident, après tant d'années perdues, que ce projet n'était qu'une utopie et que l'approche suivie n'était pas la bonne - trop déterministe et pas assez probabiliste, données météorologiques peu fiables - et que de plus, les petites manipulations de données réalisées faisaient fort peu de cas de l'éthique scientifique. L'utopie devenait une imposture. Le fameux biomodèle n'était pas du tout ce qu'on en laissait paraître et était incapable d'effectuer des prévisions correctes. Mais il me fut impossible pendant longtemps de faire admettre cette évidence. Finalement, ce n'est qu'en 1997, après avoir - avec plusieurs collègues - fait part de nos doutes sur ce projet à une nouvelle commission d'évaluation, que le CIRAD se décida enfin à mettre un terme à l'aventure. Huit années de travaux et des sommes considérables engagées qui durent être passées par pertes et profits. Reprenant la direction des affaires et de l'unité, je dus négocier aussi adroitement que possible la transition avec les diverses parties impliquées: le Ministère français des affaires étrangères et l'Union européenne pour ce qui était des financements, et la FAO pour ce qui était de l'organisme qui aurait pu être en charge de la mise en application du modèle. Cela allait prendre plusieurs mois de discussions et de réunions délicates car il convenait d'effectuer une transition en douceur sans porter préjudice au CIRAD. Le criquet pèlerin ne se laisse pas manipuler si facilement ! * La FAO, dont le siège est à Rome, dispose d'un service - le DLIS - qui collecte en permanence les observations de terrain sur le criquet pèlerin et effectue des prévisions sur l'évolution probable de la situation et son degré de dangerosité.
1998 L'homme à la mallette noire Je suis de nouveau sur la Chapada dos Parecis, au Brésil. J'emporte toujours avec moi sur le terrain ma mallette noire, devenue célèbre pour mes collègues de Brasilia. Je mets dedans tout mon matériel photographique, indispensable pour photographier les bandes larvaires de criquets faisant l'objet de mes expérimentations et garder des témoignages objectifs de la densité d'insectes sur le terrain. Mais j'y ajoute également un bocal à cyanure de potassium pour tuer les criquets, ainsi qu'une petite trousse à dissection contenant pinces fines et ciseaux ophtalmologiques. Pour compléter la panoplie: jean, bottes de cuir hautes et chapeau. Avec cela je suis autonome! J'allais oublier: fréquemment une serviette de toilette jetée sur les épaules pour me protéger du soleil et essuyer la transpiration, abondante dans cette région chaude où l'humidité avoisine le plus souvent les 100%.
Sur le terrain, dans une zone de cerrado sur sol sableux. Un habitat de choix pour la reproduction du criquet du Mato Grosso. Je viens de descendre de voiture... ma malette noire à la main.
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La Chapada dos Parecis est une zone isolée du Mato Grosso, à une journée de voiture de Cuiaba, la capitale de l'état. On y accède à partir de Nova Lacerda par une piste en terre qui gravit, au milieu d'une forêt tropicale exubérante, la falaise cernant la chapada au sud sur plusieurs centaines de kilomètres. Arrivé sur le plateau, une végétation homogène de savane arborée - le cerrado - s'étend à perte de vue. On passe devant les quelques cabanes abandonnées, en planches, de Uiapuru. Puis, le long de la piste, en direction de Campos de Julho, commencent à apparaître d'immenses champs. Des fazendas de riz, canne à sucre, soja de plusieurs milliers d'hectares se sont installées récemment et continuent à s'implanter. Non loin à l'est, de l'autre côté du rio Juruena et de sa forêt galerie peuplée de jaguars, se trouve l'immense réserve des indiens Parecis qui s'étend sur un million d'hectares. Je suis là sur l'un des fronts pionniers du développement agricole du Brésil. Enfin, après une cinquantaine de kilomètres, apparaissent les bâtiments, l'usine et les trois immenses réservoirs à alcool de la fazenda ALCOMAT - une grosse société de distillerie de canne à sucre - où je suis hébergé à chacune de mes nombreuses visites dans cette région.
La chapada dos Parecis, lieu de mes expérimentations. Elle a été décrite par Claude Levi-Strauss en 1955 dans Tristes Tropiques: « Un pays infect, absolument infect, plus infect que n'importe quel autre... le chapadão. C'est un autre monde qui s'ouvre. L'herbe rude, d'un vert laiteux, dissimule mal le sable, blanc, rose ou ocré (...) Toujours domine une impression d'immensité. Le sol est si uni, les pentes si faibles, que l'horizon s'étend sans obstacle jusqu'à des dizaines de kilomètres: une demi-journée se passe à parcourir un paysage contemplé depuis le matin, répétant exactement celui traversé la veille. »
Je suis là pour expérimenter un insecticide biologique, un mycopesticide à base de champignon entomopathogène. Ce produit a été développé par des collègues brésiliens de l'EMBRAPA, à Brasilia, pour lutter contre les importantes pullulations de criquets qui sévissent dans la région depuis le milieu des années 80. Ils m'ont demandé de bénéficier de mes connaissances et de mon expérience sur le criquet du Mato Grosso pour tester l'efficacité de leur produit sur le terrain, en conditions réelles d'application. En plus de mes bottes, j'avais ma botte secrète, ma technique de suivi et d'évaluation des bandes larvaires mise au point au cours des années précédentes; et qui allait me permettre d'apporter aux collègues de Brasilia le moyen de vérifier réellement l'efficacité de leur produit en conditions naturelles et non plus en cages ou en laboratoire.
Bandes de larves de criquets dans le cerrado. La couleur orangé des larves âgées les rend assez facile à repérer de loin.
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Larves de Rhammatocerus schistocercoides (Rehn, 1906): le criquet du Mato Grosso (dernier stade larvaire - 9 - à gauche et stade 4 à droite). A chaque fois, le protocole expérimental était sensiblement le même. Il fallait tout d'abord sillonner les zones de végétation naturelle, le cerrado; quadriller le terrain en 4x4, à très faible allure, pour repérer des bandes larvaires de criquets sur lesquelles nous allions expérimenter le produit. En général, cela nous prenait quelques jours pour sélectionner une zone où des bandes étaient présentes en quantité suffisante. Puis quelques bandes étaient sélectionnées, les unes pour être traitées, les autres pour servir de témoin. L'insecticide était préparé. Il s'agissait de spores de champignons, élevées dans le laboratoire de Brasilia, mises en suspension dans de l'huile. Il fallait au préalable vérifier la viabilité des spores, faire le mélange, calculer la dose de spores que nous comptions tester, sachant que notre pulvérisateur était réglé pour épandre environ 2 litres de produit par hectare, et s'assurer que tous les paramètres de traitement étaient bien maitrisés. Une fois le traitement des bandes réalisé, soit avec un pulvérisateur ULV à pile, soit avec un pulvérisateur de type JACTO porté à dos d'homme, le travail laborieux commençait. En effet, l'insecticide biologique en question ne tuait pas les insectes immédiatement. L'efficacité ne se faisait ressentir qu'après plusieurs jours et ne devenait importante qu'après 7 à 10 jours. Autrement dit, pendant tout ce laps de temps, il fallait suivre les bandes larvaires et ne pas les lâcher, ne pas les laisser s'échapper dans ces immensités de cerrado.
A gauche, dans le cerrado, équipé pour suivre les bandes de larves de criquets. A droite, sur l'écran du GPS, la cartographie d'une bande que je viens d'étudier. Tout d'abord, il fallait être certain que les bandes suivies étaient bien les mêmes d'un jour à l'autre, qu'elles ne s'étaient pas divisées en deux ou qu'elles n'avaient pas fusionné avec une autre bande passée inaperçue. De plus, il fallait aborder la zone expérimentale avec beaucoup de précautions pour ne pas perturber les criquets et modifier leur comportement et l'agencement naturel des bandes. J'effectuais ce travail seul car plusieurs personnes sur le site risquaient de brouiller complètement la situation, la rendant impossible à interpréter. Les bandes larvaires jeunes, en décembre, faisaient de 1000 à 2000 m2, avec des densités de 10000 à 30000 larves au mètre carré, et se déplaçaient de moins de 50 mètres par jour. Les bandes plus âgées, en mars-avril, pouvaient atteindre 5000 m2 et se déplacer de plus de 100 mètres. A chaque fois, grâce à mon GPS, je devais retrouver la bande observée 2 jours auparavant. Je partais de la position précédente et, en suivant les traces et connaissant son sens de déplacement, j'essayais de la retrouver rapidement. Une fois la bande découverte, j'en faisais le tour pour la cartographier avec le GPS et évaluer sa superficie, puis j'estimais la densité de larves en divers points de la bande. Une fois une bande étudiée, il me fallait passer à la suivante. Et ainsi de suite, de jour en jour. A chaque séjour, je passais ainsi jusqu'à trois semaines à suivre plusieurs bandes larvaires, traitées ou non... en espérant qu'un orage ne viendrait pas perturber le travail.
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A gauche, avec Bonifacio Magalhães, le responsable brésilien du projet. A droite, Bonifacio avec le personnel de direction de la fazenda ALCOMAT. Ayant suivi des bandes jeunes de stade 3-4 en novembre/décembre 1998, je refis l'expérience en mars 1999 avec des bandes plus âgées de stade 8, avec le même succès. Puis de nouveau en novembre/décembre 2001. Dans le même temps, nous avions affiné la formulation et réduit peu à peu la dose utilisée, passant en gros de 2x10E13 spores de champignon par hectare à 2x10E12. Ce travail de suivi des bandes était une tâche ardue et très stressante, mais au final le résultat fut très probant. Les bandes traitées finissaient par disparaître en moins de 10 jours alors que les bandes non traitées continuaient à se porter normalement avec une légère diminution des effectifs due à la mortalité naturelle. Le produit était donc efficace et pouvait être intégré à une stratégie de lutte contre ce criquet du Mato Grosso. Mes collègues de Brasilia étaient ravis de notre collaboration. Dans le même temps, au fil des expérimentations, l'homme à la mallette noire arpentant le cerrado à grand pas à la poursuite des criquets, seul au milieu de nulle part, était devenu une légende locale. Il n'en aurait sans doute pas fallu beaucoup plus pour que je devienne une divinité indigène.
Marcos Rodrigues de Faria, l'un des chercheurs du projet, observant la viabilité des spores de champignon avant le traitement (à gauche), et préparant son matériel avant les traitements (à droite). On notera la bouteille de Coco Cola contenant la formulation de mycopesticide.
Remplissage du pulvérisateur avant traitement. Pulvérisateur à pile, à gauche, et pulvérisateur Jacto porté à dos d'homme, à droite. 184
A gauche, la menace permanente en saison des pluies: les orages souvent violents qui se déclenchaient systématiquement à partir de la mi-journée. A droite, traitement réalisé avec un pulvérisateur porté par Antoine Foucart.
Dans le gîte de la société ALCOMAT, de retour du terrain, j'analyse les données de la journée.
Résultat de ma première expérimentation: déplacement de deux bandes larvaires, l'une traitée (à droite) qui disparait peu à peu, l'autre non traitée (à gauche) qui évolue normalement.
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A gauche, larves de criquets collectées sur le terrain quelques jours après traitement; la couleur rouge est caractéristique d'une contamination. A droite, larves couvertes de spores vertes de champignon après avoir été placées quelques jours en incubation dans une boîte de Pétri.
A gauche, Francisco Schmidt, l'un des chercheurs du projet, préparant des cages pour élevage de criquets. A droite, avec Wanderley Dias Guerra, un ingénieur responsable de la protection des végétaux au Mato Grosso qui a suivi toutes mes expérimentations sur les mycopesticides.
Localisation de la fazenda ALCOMAT au Mato Grosso, à 600 km de Cuiabá et 3 jours de route de Brasilia.
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1998 El Niño et les criquets Je suis arrivé en Indonésie pour la première fois en juin 1998. D’importantes émeutes dans la capitale venaient juste de se terminer et le Boeing 747 faisant la liaison entre Singapour et Djakarta était quasiment vide. Les autorités indonésiennes avaient demandé au CIRAD une expertise pour les aider à faire face à une sérieuse invasion de criquets migrateurs (Locusta migratoria Linnaeus, 1758). Des pullulations importantes avaient été signalées dans de nombreuses iles de l’archipel indonésien au cours de la saison des pluies 1997-98, spécialement dans le sud de Sumatra, mais aussi à Java, Kalimantan (Bornéo), Sumba, Timor, Sulawesi (Célèbes), et Flores. La situation semblait sérieuse et nouvelle pour l’Indonésie qui n’avait jamais eu d’invasion de criquets. Ces pullulations étaient d’autant plus surprenantes que le criquet migrateur vit le plus souvent dans des zones plus sèches où il ne tombe guère plus de 1 m d’eau par an. Ici, c’était 2, 3 voire 4 m d’eau par an. Qu’est-ce qui avait bien pu provoquer cette invasion ? Un mystère !
En Indonésie, lors de ma première visite. Sukirno, l’ingénieur local qui a fait appel à mon expertise, est au centre. Les autres personnes sont des ingénieurs et techniciens des services de l’agriculture et de la protection des plantes. Je retrouvais à Djakarta un de mes amis du DEA d’Orsay, Gabriel de Taffin, devenu représentant CIRAD en Indonésie. Pendant 4 années, il allait m’aider à organiser mes missions dans ce pays. Après une enquête de terrain, à Java, Sumatra, Bornéo, dans les zones de plantations industrielles de canne à sucre, de palmier à huile, dans les zones villageoises de riziculture, dans les zones de défrichement plus ou moins récent … je constatais que des prémices de cette invasion avaient eu lieu dans un passé récent. Mais ces phénomènes étaient de faible ampleur et étaient restés inaperçus. De petites pullulations étaient survenues en 1992, puis en 1995… avant les très fortes pullulations de 1998. Et à chaque fois, ces pullulations coïncidaient avec un épisode de sécheresse quelques mois auparavant, pouvant être relié au phénomène climatique El Niño. En fait, sur le long terme, la déforestation intensive qui avait cours en Indonésie depuis de nombreuses années avait créé autant de milieux favorables où le Criquet migrateur avait pu s’implanter. Puis, chaque épisode de sécheresse lié à El Niño avait provoqué une réduction importante des ennemis naturels des criquets. Leur population avait augmenté peu à peu à chaque épisode sec… jusqu’au dernier et plus important épisode de 1997, provoquant l’invasion massive de 1998. Le mystère était résolu. Au cours des 3 années suivantes, je continuais à fréquenter l’Indonésie (Java, Sumatra, Bornéo) pour appuyer les autorités locales dans la lutte contre ce phénomène, en particulier en dispensant de nombreux cours de formation tant théoriques sur l’écologie de cet insecte, que pratiques sur les techniques de lutte, ainsi qu’en bâtissant un plan d’action sur le long terme.
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En haut, le criquet migrateur, Locusta migratoria, adulte (à gauche) et larve de dernier stade (à droite). En bas, à gauche, un essaim de criquets en vol et, à droite, une zone récemment déboisée sur Bornéo où des milieux favorables aux criquets ont ainsi été créés.
En haut, à gauche, collecte de larves de criquets à l’aide d’un grand filet et, à droite, application d’insecticide (avec des produits et du matériel le plus souvent inadaptés). En bas, à gauche, essaim de criquets migrateurs et dégâts sur canne à sucre à Sumatra et, à droite, galettes de manioc frites garnies de jeunes larves de criquets.
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Collecte de larves de criquets à l’aide d’un filet et enfouissement des insectes dans une fosse.
En 2001, dans le sud de Sumatra, dans la province de Lampung, avec quelques stagiaires au « Pest Observation Laboratory » à Semuli Raya, du côté de Kotabumi.
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Dans un village, au cours d’un séjour ultérieur à Sumatra, sans doute en 1999.
Passage d’un pont de fortune dans le sud de Sumatra. Derrière la voiture, Sukirno, l’ingénieur indonésien qui m’accompagnait au cours de mes missions.
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A Pontianak, sur la côte ouest de Bornéo, je pose à l’intérieur du monument marquant le passage de l’équateur.
Nota bene : il y a maintenant seulement deux sous-espèces reconnues du criquet migrateur : Locusta migratoria migratorioides (Reiche & Fairmaire, 1849) à reproduction continue dans les régions tropicales, et Locusta migratoria migratoria (Linnaeus, 1758) à diapause embryonnaire dans les zones tempérées. Locusta migratoria manilensis (Meyen, 1835), d’Asie du sud-est, est maintenant un synonyme de L. m. migratoriodes (R. & F., 1849).
1998 Commis voyageur au Sahel Nouakchott, Mauritanie. Je participe, en mars, à une réunion de présentation du programme EMPRES pour l'Afrique de l'Ouest et le Maghreb. Cet ambitieux programme lancé par la FAO est destiné à l'amélioration du dispositif de lutte préventive contre le criquet pèlerin (Schistocerca gregaria Forsk.), insecte ravageur de toute première importance économique. Sont présents l'ensemble des pays concernés par ce criquet en Afrique de l'Ouest et du Nord, les organisations régionales de lutte (OCLALAV, CLCPANO) ainsi que divers bailleurs internationaux susceptibles de financer plus de 20 millons de dollars sur 4 ans. La réunion est destinée à présenter le programme que je viens d'élaborer avec un collègue français et deux collègues africains, suite à une vaste mission en Afrique de l'Ouest à la fin de l'année 1997. Commis voyageur : « personne qui voyage pour vendre des produits et présenter leurs avantages ». C'est un peu ce que je venais de faire pendant plus d'un mois au cours de cette mission. Commis voyageur au Sahel pour vendre ce programme EMPRES de la FAO auprès des états qui pouvaient être concernés par la lutte préventive contre le criquet pèlerin. Du 7 septembre au 16 octobre 1997, j'ai visité Sénégal, Mauritanie, Mali, Niger et Tchad. Avec mes trois collègues (P. Martini, Lassana Soumaré du Mali et Bachir Chara d’Algérie) nous avons voyagé d'un pays à l'autre, prenant rendez-vous sur rendez-vous avec les ministres de l'agriculture de ces divers états, avec leurs services techniques en charge de la lutte contre le criquet pèlerin, avec les représentations locales des bailleurs de fonds et en particulier France et Union européenne. La mission étant financée par la France, j'avais commencé par un briefing au ministère des affaires étrangères à Paris pour avoir quelques indications sur ce que le ministère attendait de ma mission et les grandes orientations stratégiques, suivi d'un deuxième briefing au siège de la FAO, à Rome. De mon côté, j'avais une idée assez précise de ce vers quoi il fallait aller. Mais tout était à faire et le programme allait devoir recevoir l'assentiment de tous, pays et bailleurs. La tâche n'était pas mince!
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A Nouakchott, en séance, discussion sur le programme EMPRES avec un collègue. Les entretiens succédaient aux entretiens. A chaque fois nous nous partagions les rôles. J'étais chargé de la présentation du problème criquet pèlerin et de ce que le programme EMPRES allait pouvoir apporter pour améliorer le dispositif de prévention... mais aussi quels devraient être les engagements des états pour qu'ils puissent peu à peu prendre en charge les financements et assurer la durabilité des actions. Nous écoutions les divers points de vue et passions les soirées à faire le bilan, à rédiger nos notes, à réviser la conception du programme. Au final un document de près de 100 pages fut rédigé et c'est ce document que nous venions défendre à Nouackchott.
Clôture de la réunion: on applaudit et l'on range les dossiers. A droite, Abderrahmane Hafraoui, à l'époque responsable du « groupe acridien » à la FAO.
Le document de programme proposait un nouveau cadre régional de coopération sur le problème du criquet pèlerin. Basées sur le concept de lutte préventive, les actions envisagées devaient permettre de surveiller et d'intervenir plus rapidement et plus précocement au niveau des zones clés de la genèse des invasions. L'objectif était de maintenir le plus longtemps possible un état de rémission sans invasion de criquets - et, en cas de défaillance du dispositif, d'aider à organiser plus 192
rationnellement les opérations d'urgence selon des plans d'intervention clairement préparés à l'avance en fonction des divers niveaux de gravité de la situation. Bien sûr, il eût été surprenant que tout le monde soit d'accord et en particulier les financiers. Les critiques furent nombreuses. En coopération avec les collègues de la FAO, il me faudra batailler pendant encore plusieurs années, mieux justifier ce projet de restructuration de la lutte préventive, jeter les bases d’une nouvelle organisation régionale africaine, la CLCPRO* (la Commission de lutte contre le criquet pèlerin en région occidentale, remplaçant l’OCLALAV et la CLCPANO), susciter des réunions internationales de donateurs, monter à Bruxelles pour tenter d’obtenir des fonds. Et tout cela pour voir un démarrage du programme seulement à partir de 2001... mais sans financements. Ce n'est finalement qu'après une nouvelle invasion en 2004 que les fonds affluèrent et que le programme put effectivement démarrer. Le commis voyageur pouvait alors s'estimer satisfait... mais allait accompagner les actions du programme EMPRES jusqu'en 2011. * J'ai proposé en 1999, dans un rapport à la FAO, la création de cette nouvelle commission qui verra finalement le jour en 2000 sous le nom que j'avais suggéré, la CLCPRO. Mon projet d'accord portant création de cette commission et ses 21 articles fut naturellement revu par les services juridiques de la FAO pour aboutir au statut actuel de l'organisation... fort proche de ce que j'avais suggéré.
1998 A la Cité des sciences Cité des sciences et de l'industrie à Paris. Je tiens le stand du CIRAD dans le cadre de la journée de la science, stand bien sûr consacré aux criquets. On m'a fait la proposition de participation à cet événement 15 jours seulement avant l'exposition. J'ai accepté de suite, mon rôle étant également de contribuer à la vulgarisation de nos travaux dans le grand public, mais la tâche risquait d'être lourde. Fort heureusement le service communication du CIRAD me fournit l'assistance d'une société - Louma Production - spécialisée dans la conception et la réalisation de ce genre de stand. Nous disposions d'un vaste espace de 12 x 3 m qu'il allait falloir meubler... et animer. Avec Bernard Favre, de Louma Production, nous avons conçu rapidement l'ensemble du stand: occupation de l'espace, animations à prévoir, sélection de photos, rédaction de textes... tout cela en moins d'une semaine. En quelques jours un grand tryptique, 8 posters, 4 kakemonos et quelques aggrandissements photographiques furent réalisés. Le matériel fut rassemblé et finalement, 24 heures avant l'ouverture de l'exposition, un collègue chargea le tout dans une camionette et remonta sur Paris pour monter le stand.
Le stand du CIRAD à la fête de la science, en 1998, à la La Cité des sciences et de l’industrie de La Villette.
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Au sein de la Cité des sciences, nous disposions d'un magnifique emplacement au premier étage, juste à la sortie des escaliers roulants. Mais il allait falloir tenir une semaine, avec de très nombreux visiteurs dont de nombreux enfants souvent intéressés... mais turbulents. En plus des posters nous avions apporté un ordinateur avec des animations sur les criquets, des ouvrages sur ces insectes dont deux bandes dessinées et surtout, dans une grande cage, des criquets vivants que les enfants pouvaient contempler à loisir. Nous avions également installé une table avec une loupe binoculaire pour que les visiteurs puissent manipuler des criquets morts et les observer en détail, ainsi que divers gadgets consacrés aux criquets. Le stand connut un grand succès et attira de nombreux visiteurs dont un grand nombre d'enfants. Les bandes dessinées et autres ouvrages grand public, les stickers et les divers gadgets sur le thème des criquets partirent comme des petits pains. A la fin de la semaine, les criquets furent donnés à quelques visiteurs audacieux avec des indications pour leur élevage. Les posters et les kakémonos qui avaient été conçus pour cette exposition me servirent de nouveau, en 2001, à Montpellier lors du congrès de la Société internationale des Orthoptéristes dont j'étais l'organisateur. Ils ont orné les locaux de mon unité de recherche au CIRAD pendant de nombreuses années et ont de plus servi à éditer un petit livret de vulgarisation sur les actions du CIRAD dans le domaine de la recherche et de la lutte contre les criquets ravageurs. Finalement ce stand aura été bien rentabilisé. Ce fut de plus un excellent exercice de vulgarisation qui contribua à la visibilité et à la réputation de dynamisme et d'efficacité de l'unité. La Cité des sciences avait décidemment bien fait de nous héberger.
Les enfants furent parmi les visiteurs les plus nombreux et les plus intéressés par le stand «criquets».
Deux mannequins récupérés dans un grand magasin avaient été habillés, l'un en entomologiste avec son filet à insecte, l'autre en technicien appliquant un produit insecticide avec un pulvérisateur à piles d'un modèle largement répandu en Afrique. 194
Les posters conçus pour l'exposition à la Cité des Sciences de La Villette.
La bande dessinée sur les criquets largement distribuée aux enfants.
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1999 Vent d'est, vent d'ouest Après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et la dislocation de l'URSS en 1991, les chercheurs de l'ancien empire soviétique, longtemps isolés, reprennent leur place au sein de la communauté scientifique internationale. Le roman de Pearl Buck « Vent d'est, vent d'ouest » me revient en mémoire. Le choc des cultures orientales et occidentales va t'il avoir lieu? Quand le vent d'Est et le vent d'Ouest se rencontrent, c'est une tornade qu'ils provoquent ! Elle va survenir à Estes Park, au Colorado, aux USA, en septembre 1999, sous la forme « d'un polylogue international sur l'art et la science de l'acridologie appliquée » destiné à favoriser « une nouvelle approche pour résoudre les problèmes écologiques complexes ». Tels sont en effet le titre et l'objectif affichés de l'initiative de trois collègues de l'association internationale d'acridologie appliquée (la AAAI dont je suis également membre), un américain Jeffrey Lockwood de l'université du Wyoming, et deux russes, Alexandre Latchininsky (travaillant avec Jeffrey Lockwood) et Michael Sergeev de l'université de Novossibirsk.
Au cours de cet atelier de travail, moment de détente pour visiter les Montagnes Rocheuses dans le voisinage d’Estes Park. Ici, quelque part dans le parc à 3659 m d'altitude. Il s'agit d'un atelier de travail organisé dans le cadre des initiatives de l'OTAN pour un rapprochement international de la science. L'objectif est de rassembler des collègues occidentaux et des collègues des anciennes républiques soviétiques spécialistes des problèmes posés par les criquets. Russie, Ouzbékistan, Turkménistan, Kazakhstan, Kirghizistan... autant de territoires sérieusement affectés par les criquets marocains, italiens, migrateurs et bien d'autres. De leur côté, les USA sont également confrontés à de nombreuses espèces de criquets ravageurs, en particulier dans les vastes étendues de l'ouest américain, qu'elles soient consacrées à l'agriculture ou à l'élevage. Dans tous les cas, les criquets sont un problème économique important... mais ils font également peser une menace sur la santé des écosystèmes affectés du fait des traitements insecticides souvent massifs, répétés et utilisant des produits hautement toxiques. Tel doit être l'objet des discussions. Les collègues ont cherché à rassembler des personnes venant d'horizons (culturels, géographiques, politiques, économiques, philosophiques) très divers, internationalement connues et respectées pour leurs connaissances en acridologie appliquée que ce soit dans les domaines de la biologie, de l'écologie, de la taxonomie, de la conservation ou de la gestion des populations de criquets. Ils ont recherché des individus « très créatifs, ayant la réputation d'être des penseurs originaux mais également capables d'écoute »... et c'est ainsi que je me suis retrouvé invité à cet atelier de travail ! Les organisateurs ont choisi un lieu quelque peu isolé pour créer une atmosphère de collégialité et l'intimité nécessaire pour des discussions libres. Le cadre, la petite ville d'Estes Park, est idéal. Centre de villégiature estivale, Estes Park est situé à proximité immédiate du parc national des Montagnes Rocheuses. Nous sommes logés dans de confortables chalets en bois à la sortie de la ville, dans un cadre bucolique, au milieu des pins, avec vue sur les montagnes. On ne pouvait rêver 196
mieux pour favoriser la créativité. Les poubelles avec couvercle verrouillé nous rappellent cependant que les ours ne sont pas loin et rôdent parfois le soir dans la ville.
A gauche, couverture du livre édité à la suite de cet atelier de travail. A droite, en compagnie d'une collègue de la FAO, Annie Monard, rédaction des recommandations. Les réunions, au caractère universitaire, sont cependant sans formalités et favorisent une atmosphère conviviale, détendue où les échanges sont très libres, et une traduction simultanée anglais-russe est bien sûr assurée. Divers problèmes sont abordés concernant les risques associés aux pullulations de criquets et aux stratégies de gestion. Chaque discussion est précédée d'un exposé destiné à stimuler la réflexion. Je présente ainsi les résultats de mes recherches au Brésil sur le criquet du Mato Grosso, exposé qui semble particulièrement apprécié, puis pilote un groupe de travail très international. Au final, les divers groupes ont pu présenter un ensemble de recommandations consensuelles relatives à une gestion économiquement et écologiquement viable de ces criquets ravageurs.
Dîner dans un restaurant d'Estes Park en compagnie de Nick Jago (NRI, Grande Bretagne), de son épouse Margareth, et de Scott Schell (université du Wyoming). En arrière plan (barbe), Jeffrey Lockwood. Les comptes rendus de cet atelier ont été publiés en septembre 2000 par Kluwer Academic Publishers sous le titre « Grasshoppers and Grassland Health », ouvrage de 230 pages et 14 chapitres rédigé par 17 auteurs. Ce livre est la première exploration internationale complète des coûts économiques et environnementaux mais aussi des avantages des criquets considérés à la fois comme de sérieux ravageurs de l'agriculture mais aussi comme des composants essentiels des écosystèmes. J'ai continué par la suite à maintenir des liens avec les collègues des pays de l'exURSS et mon unité de recherche du CIRAD a conduit pendant de nombreuses années des campagnes de formation et d'expérimentation dans le domaine de la lutte contre les criquets, en particulier en Ouzbékistan et au Kazakhstan. D'est ou d'ouest, les vents soufflant sur Estes Park étaient finalement de bon augure.
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Quelque part dans les rocheuses: Michael Sergeev (université de Novossibirsk, Russie), Michael Samway (université de Stellenbosch, en Afrique du Sud) et Jeffrey Lockwood (université du Wyoming, USA).
1999 Mon essaim de criquets J’étais arrivé à Madagascar fin avril, envoyé par la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) pour tenter d’améliorer les opérations de lutte contre une invasion de criquets migrateurs. Lors d’une de mes premières missions de terrain, j’arrivais à Ihosy, petite ville du sud et siège d’une des bases pour les opérations de lutte aérienne. Deux hélicoptères affrétés par l’Union Européenne étaient là pour effectuer les repérages et les traitements de bandes ou d’essaims de criquets. J’embarquais dans l’un deux. Partant de Ihosy, j’effectuais une reconnaissance vers l’ouest en direction du massif de l’Isalo et de Ranohira, effectuant une large boucle sur le plateau de l’Horombe, au nord comme au sud de la route N7 reliant Antananarivo à Tuléar. Très rapidement, nous aperçûmes des essaims de criquets. Un essaim, puis deux, puis trois, puis d’autres. Des essaims stratiformes en vol, essaims vastes de plusieurs centaines d’hectares, s’étendant sur plusieurs kilomètres ; essaims denses, masquant souvent complètement la végétation et l’horizon. Spectacle grandiose que cette masse de millions d’insectes volant lentement, majestueusement, toute proche du sol, semblant couler sur le relief. Je demandais au pilote de s’approcher au plus près sans perturber les criquets, d’en faire le tour, de monter, de descendre. Je n’arrêtais pas de prendre photo sur photo. J’épuisais mes réserves de pellicule. Le spectacle que j’avais attendu depuis mon début de carrière était là, sous mes yeux. Trente années d’attente. Je savais que ces instants étaient rares. Je ne connaissais qu’une seule photo vraiment spectaculaire d’un essaim, prise par Hans Brédo, 40 ou 50 ans auparavant, au Maghreb. C’était fabuleux. Le soleil de cette fin d’après-midi se réfléchissait sur les élytres des criquets et faisait briller les essaims de mille feux. Puis, la nuit tombant, nous dûmes rentrer, mais j’avais ma photo. Si je ne devais en garder qu’une seule parmi les dizaines de milliers faites au long de ma carrière, ce serait celle là. Celle où deux paysans malgaches, perdus avec leur charrette au milieu des immensités herbeuses de l’Horombe, regardent, effarés, passer les « valalas » (les criquets en malgache). J’ai la faiblesse de considérer ces quelques photos, prises en 1999, comme des photos d’anthologie. La première, avec les deux malgaches, a été donnée à divers journalistes, agences de presse et institutions scientifiques à travers le monde. On me reprochera avec raison un certain manque de modestie, mais la lecture de la presse depuis cette date ne m’a guère permis de découvrir mieux et plus spectaculaire… malgré diverses invasions de criquets et une couverture médiatique chaque fois plus importante.
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Front d’un essaim de criquets migrateurs (Locusta migratoria Linné) couvrant environ 1000 hectares (2x5 km) sur le plateau de l’Horombe.
Front d’un essaim de criquets migrateurs (Locusta migratoria Linné) couvrant environ 2x5 km. Plateau de l’Horombe, Madagascar, mai 1999. La densité d’insectes est telle que le paysage est complètement masqué.
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Vues de différents essaims de criquets migrateurs. Plateau de l’Horombe, Madagascar, 1999. Sur les deux premières photos, on peut apercevoir à l’horizon le massif de l’Isalo. « Aza mifanipaka toy ny valala an-karona » (Ne vous chamaillez pas comme des criquets dans un panier) Proverbe malgache 200
2000 Contrôle d’une invasion de criquets La scène se passe en l’an 2000, à Madagascar. Je survole un essaim de criquets migrateurs dans un avion Turbo Thrush, à l’est de Morondava, non loin de Malaimbandy. La photographie de gauche laisse apparaître l'essaim comme une sorte de nuage blanc. Dans cette région accidentée, l'essaim vole à très basse altitude. Sur la photo de droite, l'application de l’insecticide a commencé et l’on peut voir le jet de produit sortant du pulvérisateur, sous l'aile gauche de l'avion. De temps en temps, le pilote se tournait vers moi pour voir si je résistais aux acrobaties requises par une telle pulvérisation d'insecticide dans cette région montagneuse. Mais finalement je me sentais fort bien et prenais beaucoup de photos pour documenter les opérations.
Traitement d’un essaim de criquets migrateurs dans la région de Malaimbandy. A gauche, l’essaim apparaît sous la forme d'un nuage blanc au dessus du relief montagneux. A droite, on distingue le jet d’insecticide sortant du pulvérisateur Micronair fixé sous l’aile du Turbo Thrush. En 1999, j’avais été sollicité par la FAO pour apporter un appui à des opérations de lutte contre une invasion de criquets migrateurs (Locusta migratoria Linné) dans la Grande Ile. Cette invasion avait commencé en 1996 (sinon avant), mais la situation était devenue critique en 1997. En quelques années, la quasi-totalité de l'île avait été envahie par des essaims de plusieurs milliers d'hectares et de grandes bandes larvaires. A la même époque, de nombreux essaims et bandes du criquet rouge (Nomadacris septemfasciata Serville) étaient également enregistrées dans tout le pays. L’organisme local de lutte contre les criquets, extrêmement affaibli depuis plusieurs années, ne pouvait gérer seul la situation. Il avait été dans l’incapacité totale d'empêcher l'invasion et n'avait pas les moyens de la contrôler. Le gouvernement malgache avait dû faire appel à une assistance internationale. Quand j’étais arrivé en avril 1999, la situation était devenue inextricable : une multitude de donateurs, plusieurs stratégies de lutte en compétition, des opérations conduites par l'ancien premier ministre et l'armée, les techniciens du centre de lutte contre les criquets marginalisés, de nombreuses ONG et entreprises locales profitant de l'aide internationale sans véritable contrôle du travail effectué. Et surtout, une invasion incontrôlée! Avec plusieurs experts internationaux, nous avons dû essayer de rétablir l'ordre et de faire des propositions pour améliorer la situation, à la fois sur le court terme pour réduire l'invasion, mais aussi sur les moyen et long termes pour définir une stratégie de lutte préventive durable et jeter les bases d’un nouvel organisme de lutte contre les criquets à Madagascar.
Madagascar 1999 – Opérations de lutte contre les criquets : une équipe de traitement terrestre à gauche et, à droite, la préparation d’un traitement aérien par hélicoptère dans la région de Ihosy (à droite, Kafoumba qui était mon gardien à Bepeha en 1969; voir « Une lessive à la rivière » page 19).
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Je suis retourné sur la Grande Ile en l’an 2000 pour vérifier la situation. L'invasion de criquets était sur le point d'être maîtrisée et je venais aider le gouvernement malgache pour la création de ce nouveau centre de lutte. Un centre qui devrait être autonome et durable et qu’au travers de plusieurs projets successifs, j’allais devoir aider au cours des années suivantes. « Akoholahy tsy maneno anio, rahampitso mbola andro » (Coq qui ne chante pas aujourd'hui, chantera demain). Proverbe malgache
Un Turbo Thrush équipé pour la pulvérisation d’insecticides dans le cadre de la lutte contre les criquets dans la région de Morondava.
Larves grégaires du criquet migrateur (stade 4 en haut à droite, toutes les autres de stade 5). Région de Majunga, 1999. 202
Essaim de criquet migrateur. Région de Ranohira, 1999. Au loin, le massif de l'Isalo.
2000 Encore une caïpirinha ? Brésil, août 2000. Je participe une nouvelle fois au Congrès international d'entomologie, grande messe qui a lieu tous les 4 ans et rassemble à chaque fois plusieurs milliers d'entomologistes du monde entier. Cette fois le congrès se tient dans un lieu touristique mythique : Foz de Iguaçu et ses célèbres chutes. Je présente quelques posters concernant mes récents travaux, et j'ai une communication dans un symposium organisé par un collègue britannique. Ce n'est pas la première fois que je me rends dans cette région du Brésil. J'ai déjà eu l'occasion de faire cette visite en 1991 et 1992. Cette fois Christiane et Jacqueline m'accompagnent. Pendant que je suis au congrès, elles en profitent pour faire des excursions dans la région... et visiter les stands des divers exposants du congrès. Et ces stands sont nombreux: représentants de matériels de traitements ou de produits insecticides, marchands de matériel scientifique, libraires, etc. Et chaque stand propose aux visiteurs un petit verre de cachaça ou une caïpirinha. Et les verres s'accumulent... et la gaité augmente !
A l'occasion du congrès, nous effectuons une courte excursion en Argentine pour ème ème et 18 siècles sur le territoire des visiter les missions jésuites, construites au 17 indiens Guaranís, et inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
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L'affichage des posters, un rituel en début de congrès.
Les pieds dans la rivière Iguaçu, non loin des chutes.
Avec Jacqueline et Christiane, devant les chutes d'Iguaçu.
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Quelques vues des chutes d'Iguaçu.
2000 Du haut de ces pyramides Je viens de louer un guide et une calèche au Caire pour découvrir les pyramides et le Sphinx. Tarif négocié, tout compris évidemment, pour un circuit touristique classique. Nous quittons donc le Caire, premier arrêt dans un magasin de papyrus, puis tour des pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos (bien gardées par de nombeux militaires à dos de chameau), arrêt devant le Sphinx, poursuite jusqu'à la pyramide à degrés de Djéser et visite du complexe funéraire, descente à l'intérieur d'une pyramide... et retour au Caire. Et naturellement, devant mon hôtel, palabres sans fin avec le guide qui demande un bakchich et trouve que ce n'est jamais assez. Du grand classique, mais un peu énervant. Je suis retourné quelques jours plus tard aux pyramides, de nuit, pour un spectacle son et lumière : la vie sous le règne des pharaons, l’histoire de la construction des pyramides et celle des grandes figures de l'Égypte antique. Une foule nombreuse mais un moment grandiose et inoubliable.
Mon guide et ma calèche - Devant la pyramide à degré de Djéser.
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A Gizeh, devant les pyramides. Je suis arrivé au Caire pour une réunion organisée par la FAO du 6 au 8 novembre sur le thème du renforcement de la recherche appliquée sur le criquet pèlerin, Schistocerca gregaria (Forskål, 1775). Cette réunion s'inscrit dans le cadre du programme EMPRES de la FAO d'amélioration du dispositif de lutte préventive contre cette espèce. Je connais bien, et ce criquet, et ce programme EMPRES, pour avoir conçu son extension en région occidentale - Sahel et Maghreb - trois ans auparavant, le programme ayant été développé initialement dès 1997 sur la région centrale, grosso modo les pays encadrant la mer Rouge. La recherche appliquée est une des composantes majeures du programme, certainement l'une des plus difficiles à mettre en oeuvre.
Gizeh: la pyramide de Mykérinos et les pyramides des reines. La réunion doit examiner l'état de la recherche appliquée sur le criquet pèlerin et les principaux obstacles, élaborer des propositions dans les domaines prioritaires, développer des modes de collaboration entre les institutions nationales (celles des pays affectés) et internationales, et développer des propositions d'activités sur les court, moyen et long termes. Je suis là pour représenter le CIRAD, en compagnie de collègues des Pays-Bas et d'Allemagne. Il convient de signaler qu'avant les années 1960, les recherches sur les criquets étaient très développées et avaient permis des avancées spectaculaires. Cette période faste a culminée dans les années 1960-70 avec le programme du Fonds spécial de recherche sur le criquet pèlerin mis en oeuvre par la FAO et 206
le PNUD. Puis, à partir des années 1980 et coïncidant également avec une meilleure maîtrise des populations de criquets et une longue période de rémission, les activités de recherche sur le criquet pèlerin déclinèrent peu à peu. Il convenait de tenter d'inverser la tendance, d'autant qu'une importante invasion en 1988-89 avait fait prendre conscience à toute la communauté internationale que le problème était toujours présent et que ce criquet pouvait toujours être un ravageur de toute première importance. Plusieurs grandes catégories d'obstacles à la mise en œuvre de projets de recherche sur le criquet pèlerin sont identifiées au cours de la réunion: manque de coordination, d'orientations claires, de coopération avec des institutions internationales de recherche; une application insuffisante des résultats de recherche déjà disponibles; un manque d'appui des gouvernements aux travaux de recherche de terrain; un manque de chercheurs qualifiés; et finalement un manque de continuité dans les travaux de recherche sur le criquet pèlerin. Tout ceci n'étant guère facilité par le caractère imprévisible de cet insecte qui n'est jamais là où on l'attend et qui peut être quasi absent - du moins en apparence - pendant plusieurs années.
Gizeh: la Grande pyramide de Khéops.
Au fil des discussions, j'arrive à positionner le CIRAD - et donc mon unité de recherche - sur quelques thèmes qui me semblent importants pour l'amélioration de la prévention et pour lesquels nous disposons de quelques compétences: (1) une meilleure compréhension de la dynamique des populations solitaires - celles à partir desquelles se développent les invasions - par utilisation de techniques de biologie moléculaire et en particulier de marqueurs ADN ; (2) l'utilisation de la télédétection spatiale pour cartographier les habitats du criquet et repérer en temps réel l'apparition de conditions écologiques devenant favorables à sa multiplication ; et enfin (3) l'expérimentation sur le terrain de nouveaux insecticides, tout spécialement de bio-insecticides à base de champignons pathogènes. Il me faudra du temps pour arriver à mettre en oeuvre ces axes de recherche, obtenir des fonds, recruter de jeunes chercheurs en biologie moléculaire, télédétection et modélisation spatiale, développer des collaborations, attaquer le problème en utilisant d'autres modèles plus faciles à étudier que le criquet pèlerin... mais - après plus de 10 ans - les résultats arrivèrent peu à peu, matérialisés par des publications scientifiques dans des revues internationales réputées. Finalement, plus que dans le passé, c'est vers l'avenir que l'on arrive à regarder très loin du haut de ces pyramides.
Le sphinx de Gizeh et la pyramide à degré de Djéser.
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Spectacle son et lumière devant les pyramides.
2001 Sous la tente khaïma En février, sous une tente khaïma, à Nouakchott, en Mauritanie, je dîne avec quelques collègues africains. La khaïma - tente blanche décorée à l'intérieur d'un patchwork - est la tente traditionnelle utilisée par les nomades dans les zones désertiques et arides de la Mauritanie et du Maroc. Ces tentes sont l'indispensable abri des gens du désert, un lieu de convivialité, de repos, d'échange et le symbole de l'hospitalité nomade.
Sous une tente khaïma, je dîne avec quelques collègues africains. Au menu, méchoui et couscous mauritanien (de gauche à droite: Thami Benhalima secrétaire exécutif de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin en Afrique du Nord-Ouest, Hafedh Hamdi de Tunisie, moi et Abderrahmane Hafraoui de la FAO).
Je suis là comme consultant de la FAO dans le cadre de la préparation du programme EMPRES de lutte contre le criquet pèlerin pour la région dite occidentale regroupant tous les pays du Sahel et du Maghreb: Mauritanie, Sénégal, Mali, Niger, Tchad, Maroc, Algérie, Tunisie et Libye. Je suis accompagné d'un collègue algérien, Bachir Chara, consultant FAO également, qui a participé avec moi à la formulation du programme qui vise, comme j'ai déjà eu l'occasion de le raconter, au renforcement des capacités nationales et régionales de lutte préventive contre cet insecte ravageur majeur qu'est le criquet pèlerin. La FAO a donc organisé du 10 au 15 février 2001 à Nouakchott, un atelier pour l’élaboration du schéma de planification du programme et du plan d’opérations d'une phase 1 de quatre ans allant jusqu'à décembre 2004. Outre les représentants des pays concernés, on trouve le chef du groupe acridien de la FAO, Abderrahmane Hafraoui, et divers experts 208
FAO, le Président et le Secrétaire exécutif de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin en Afrique du Nord-Ouest, ainsi que divers bailleurs de fonds : USA, France, Allemagne et Banque Islamique de Développement (la BID).
Sous la tente khaïma. A gauche, Thami Benhalima, Saïd Ghaout directeur du Centre national de lutte contre les criquets au Maroc, moi et Hafedh Hamdi de Tunisie. A droite, en discussion avec des participants.
Je rappelle pour mémoire que, dès 1997, j'ai contribué à la formulation de ce vaste programme international. Je l'ai présenté pour discussion auprès des diverses parties prenantes en 1998 et, en 1999, j'ai participé activement à la restructuration des organismes régionaux de lutte contre les criquets et à la création de la CLCPRO, la Commission de lutte contre le criquet pèlerin en région occidentale, un nouvel organisme régional de lutte préventive. Cet atelier se situe donc dans la prolongation de toutes ces actions et l'année 2001 marque, en théorie, le démarrage du projet. Un seul problème... les fonds ne sont pas là. Or il s'agit quand même d'un projet dont le coût global est de 24 millions de dollars, dont près de 9 millions sont demandés aux donateurs, les fameux partenaires au développement. Mais enfin, trop content d'avoir pu réussir à faire accepter le programme par tous les partenaires africains et à fédérer tous les pays concernés au sein de ce nouvel organisme régional qu'est la CLCPRO, la FAO décide de lancer les activités sans doute afin d'entretenir et de consolider la dynamique régionale créée. Les fonds suivront peut être... ou pas.
A gauche, en discussion avec Annie Monard de la FAO et Jean-Philippe Dufour, chargé de mission au ministère français des Affaires Etrangères; en bas à gauche, Christian Pantenius de la FAO. A droite, je déguste du lait caillé coupé d'eau, légèrement sucré et battu, présenté dans une calebasse que l'on se passe de main en main (à ma droite, Saïd Ghaout et Hafedh Hamdi).
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Après introduction du programme de l’atelier, je présente les grandes lignes de la conception du programme EMPRES pour la région occidentale. Je rappelle que le document de programme est le résultat d'une large consultation régionale, qu'un premier document a été révisé par les représentants techniques des pays et les bailleurs de fonds au cours d’un atelier tenu à Nouakchott en mars 1998, puis approuvé par les Etats concernés. Je souligne également l'intérêt de la création récente de la CLCPRO pour la bonne réalisation du programme EMPRES et la coordination de ses activités à l'échelle de la région occidentale. Je mets enfin l'accent sur les éléments devant assurer la durabilité des activités après l'arrêt des financements internationaux (s'ils arrivent enfin!) et comment les Etats devraient couvrir les coûts de la lutte préventive sur le long terme.
A gauche, divers collègues mauritaniens du ministère de l'agriculture. A droite, la « bande des quatre »: de gauche à droite, Mohamed Abdallahi Ould Babah, directeur du Centre de lutte antiacridienne de Mauritanie, puis Brahim Idrissa Djibrine, Mahatan Cheferou et Moussa Sissoko, respectivement directeurs de la protection des végétaux du Tchad, du Niger et du Mali, les principaux pays bénéficiaires du programme EMPRES car appartenant à la « ligne de front », autrement dit à la zone renfermant les aires d'origine des invasions de criquets pèlerins. La modération de l’atelier est ensuite assurée par un collègue marocain, Brahim Hafidi, avec qui je rédigerai le rapport pour la FAO. Séance de travail après séance de travail - et en adoptant la méthode de planification par objectif ayant permis une large participation de tous - les activités du programme sont peu à peu définies et planifiées pour les 4 années à venir. Les tâches sont clairement décrites et les responsabilités - Etats ou CLCPRO - identifiées. Tout semble donc aller pour le mieux. En réalité, le projet va fonctionner à minima sur fonds FAO pendant 4 années. Il s'agira plus d'un exercice de style destiné à maintenir la motivation des partenaires, et ce n'est que suite à une nouvelle invasion en 2003-2004 que les financements finiront par arriver et que le programme EMPRES pourra enfin véritablement commencer ses activités... en 2006. Tout vient à point à qui sait attendre, mais si les états africains commençaient à trouver le temps long, c'était également le cas de ma direction au CIRAD qui désespérait d'avoir des retombées un peu plus significatives que quelques missions d'expertise. Au final, ce n'est qu'à partir de 2006-2007 que je commencerai à avoir des retombées en terme de programmes de recherche et développement pour mon unité. Il m'aura fallu au total près de 10 années de persévérance!
A gauche, sur le marché de Nouakchott, des marchandes de bijoux. A droite, au voisinage de la ville, un dispositif pour tenter de fixer les dunes.
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Avec Brahim Hafidi, j'assure l'animation de l'atelier en utilisant la méthode de planification par objectif.
2001 Le quorum est atteint Oui, le quorum est atteint, et même dépassé. La conférence internationale que j'organise au Palais des Congrès de Montpellier - le Corum - du 19 au 22 août 2001 pour le compte de la Société internationale des Orthoptéristes (« The Orthopterists' Society »), est un grand succès et regroupe plus de 200 participants. Le double des congrès précédents! Une quarantaine de nationalités différentes (Russes, Hongrois, Argentins, Brésiliens, Australiens...) représentant les 5 continents sont là. Les universitaires côtoient les représentants de l'industrie phytopharmaceutique et des pays donateurs ainsi que des responsables d'organisations nationales et régionales de lutte contre les criquets. Et bien sûr de nombreux étudiants. En tout une quarantaine de présentations orales et 130 posters pour faire le point des recherches menées dans le monde sur les Orthoptères dans les domaines de la gestion des ravageurs, de la biologie, de l’écologie et de la systématique. Le tout rassemblé dans un numéro spécial de Metaleptea, le bulletin de la Société des Orthoptéristes, que j'ai réussi à faire imprimer juste avant le meeting pour le distribuer aux participants dans leur mallette de congressiste. Au final, pas trop mal pour ma première organisation d'un congrès!
Banderole du congrès avec les logos de la Société internationale des Orthoptéristes, à gauche, et celui du CIRAD, à droite.
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Une partie des participants sur les marches du Corum, à Montpellier. La couverture médiatique de l'événement a dépassé toutes mes attentes: plusieurs articles dans Midi Libre, un article dans le Point, Afrique Agriculture, Les clés de l’actualité junior, plusieurs dépêches de l’AFP, un reportage par la chaîne de télévision FR3, diverses radios : Radio Canada, Radio France International, Radio Bleu Hérault, Radio Vatican, Radio Monte Carlo, Radio Maghreb International, La voix de l’Allemagne... des interviews à la chaîne et pour couronner le tout, le 4 septembre, un article de Christiane Galus « Pour combattre les criquets, les chercheurs proposent une force d'action rapide » traite du problème des criquets ravageurs et du congrès et occupe une pleine page du journal Le Monde. J'avais bien préparé le dossier presse et soigné la communication et les résultats étaient au rendez-vous. Au CIRAD ma direction pouvait être satisfaite... juste un peu estomaquée du succès de l'événement. Je n'allais quand même pas bouder mon plaisir.
A la tribune, pendant la séance d'ouverture. Au cours de ce congrès, j'étais spécialement intervenu le 20 août dans le cadre d'un symposium que j'avais organisé sur le thème de la gestion des criquets ravageurs, avec un titre un peu provocateur: Est-il vraiment nécessaire de traiter les pullulations acridiennes ? et une conférence introductive intitulée : Les actions préventives sont-elles possibles? Progrès récents de la lutte contre les criquets migrateurs et pèlerins en Afrique. J'avais réussi à avoir la participation de quelques collègues de talent : Jeffrey Lockwood (Université du Wyoming, USA) Peut-on faire une lutte antiacridienne durable?, Ralf Peveling (Université de Bâle, Suisse) L'environnement peut-il supporter encore plus de campagnes de lutte?, Chris Lomer (Royal Veterinary and Agricultural University, Copenhague, Danemark) Quelle est la place de la lutte biologique dans la gestion intégrée des criquets ravageurs?, et Gary Belowskyi (Université de Notre Dame, IN, USA) Lutte contre les criquets - Et si l'on ne traitait pas... quels seraient les avantages? Beaucoup de questions dérangeantes, mais les conférences, au final, sont aussi là pour faire bouger les lignes. 212
Les participants dans la salle Einstein au Corum.
L'étage supérieur du Corum transformé en salle de restaurant pour les congressistes. Le traiteur Cabiron fit merveille et les compliments furent unanimes. L'aventure avait commencé trois ans plus tôt lorsque, au détour d'une conversation, un collègue américain de passage avait suggéré d'organiser le congrès à Montpellier. J'avais de suite sauté sur l'occasion, donné mon accord et mobilisé une petite équipe pour la préparation de l'événement: mon assistante administrative, un informaticien pour concevoir et gérer le site internet du congrès ainsi qu'un collègue entomologiste pour préparer l'excursion touristique post-congrès. J'avais de plus obtenu du CIRAD un poste supplémentaire pour une deuxième assistante qui s'occupa spécialement de la communication, des annonces, des mailings... Je disposais également de l'assistance de la documentaliste scientifique en appui à mon unité. L'ensemble constitua ma « dream team » qui se révéla super efficace. De plus, le choix du Corum s'avéra très judicieux. Nous pouvions bénéficier du demi-tarif pendant l'été et, aucun autre événement n'étant prévu pendant la même période, nous pouvions occuper une grande partie de l'espace intérieur: l'auditorium Einstein de plus de 300 places pour les conférences, le vaste hall Pasteur pour l'exposition des posters, tout le niveau supérieur pour la restauration, des petites salles pour les réunions en comité restreint, un bar, des accès internet et pour couronner le tout, le cadre somptueux du Corum... le rêve!
En discussion avec un journaliste de l'Agence France Presse (à gauche) et avec le Prof. T.J. Cohn, président de la Société internationale des Orthoptéristes (à droite). Au centre, lors du cocktail de réception, je souhaite la bienvenue aux participants et vante les produits régionaux qui sont exposés dans le hall du Corum. J'avais en effet pu obtenir la participation de plusieurs producteurs locaux, de vins, d'huile d'olive et autres produits du terroir montpelliérain.
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Au plan financier, j'avais pu mobiliser de nombreux sponsors: la région Languedoc-Roussillon, la ville de Montpellier, l'agence française de la francophonie (qui avait financé la traduction simultanée, soit 2 traductrices pendant toute la durée du congrès), le CTA qui avait payé l'intégralité des frais pour 3 participants africains. Et le CIRAD qui avait bien sûr mis la main à la poche. Au final, une organisation au top qui me valut de très nombreux éloges. Tout cela couronnant 3 années d'efforts avec mon équipe pour organiser cet événement scientifique dont on me reparle encore.
Des congressistes heureux ! A gauche (à table, de droite à gauche): Nick et Margaret Jago, Jean et Ted Cohn, David Eades. A droite (à table, de droite à gauche): Jean Roy, Charles Bomar, Michael Sergeev, Alexandre Latchininsky et (debout) Piotr Naskrecki et moi.
Avec Glenn Morris (à gauche) éditeur du Journal of Orthoptera Research, la revue scientifique de la Société internationale des Orthoptéristes. A droite, avec un collègue indien, Parimal Haldar. Au centre, Elphège Lecoq en grande conversation – en anglais - avec une collègue indonésienne, Mrs Ati Wasiati Hamid, tandis que Christiane discute avec mon assistante.
Ma « dream team »: Antoine Foucart, Laurence Schmitt, Frédérique Espinasse, Marie-Christine Lambert et Pierre-Emmanuel Gay.
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En marge du congrès, à l’occasion de la réunion du bureau de la Société internationale des Orthoptéristes, le résultat du vote pour le renouvellement des membres du bureau fut dévoilé et j'eus l'immense surprise d’être élu à l'unanimité président de cette société scientifique, charge que j'ai assumée pendant 4 années à partir de 2005 à la fin du mandat du président en exercice, le Professeur T. Cohn de l’Université du Michigan. Oui, décidément, le quorum fut atteint et largement dépassé au Corum !
2001 Le premier orthoptériste et autres dieux En ce mois d’août, avec le professeur Théodore Cohn, président de la société, je présente le gâteau aux participants du dîner de gala clôturant le congrès de la Société internationale des orthoptéristes (« The Orthopterists' Society »). Le logo de la société - un criquet tenant dans ses pattes le globe terrestre - figure en bonne place sur ce gâteau. L'événement se déroule à la manade du Ternen à Candillargues, sur le bord de l'étang de l'Or, à quelques kilomètres de Montpellier.
Présentation du gâteau par l'organisateur et le président de la société. L'aventure a commencé quelques mois plus tôt. Organisant le congrès, il me fallut trouver un lieu pour le dîner de clôture. Le choix se porta rapidement sur une manade typique de la région et des traditions camarguaises. Encore fallait-il en choisir une suffisamment attrayante et située pas trop loin de la ville. Après avoir visité nombre d'entre elles, le choix se porta sur la manade du Ternen qui disposait de locaux sympathiques à la fois pour le dîner, l'apéritif et les animations.
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Le congrès fut clôturé le vendredi 22 août en fin d'après-midi. Les bus nous attendaient à la porte du Corum - le palais des congrès de Montpellier. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous étions en Camargue, à la porte de la manade. Les congressistes furent accueillis par une double rangée de gardians à cheval, en tenue traditionnelle, chemise de couleur vive imprimée de petits motifs, trident* à la main. Puis vint l'apéritif avec explication des traditions camarguaises, brasucade de moules évidemment, danses gitanes, spectacle à cheval dans les arènes et, dans les prés alentours, démonstration par les gardians de leur travail avec les taureaux, les biòus comme on les nomme en provençal. A cette occasion, je fus amené, devant l'ensemble des participants, à stopper de la main un de ces biòus se précipitant vers moi. En réalité, l'affaire avait été montée avec le propriétaire de la manade, le taureau était bien dressé et avait l'habitude de cette démonstration. Ce qu'il venait chercher vers moi, c'était un morceau de pain que je tenais caché dans ma main. Mais cela faisait son petit effet.
Entrée dans la manade du Ternen: les gardians font une haie d'honneur aux participants.
Présentation de la manade par le propriétaire et apéritif.
Au cours du dîner, je prononçais le traditionnel discours, en anglais bien sûr. J'avais essayé de mettre en avant les histoires locales concernant les criquets. Je commençais par évoquer celui que j’ai appelé le « premier orthoptériste » avec la première représentation connue d'un insecte, un grillon - du genre Troglophylus retrouvé gravé sur un os de bovidé dans la grotte des Trois Frères, dans l'Ariège, gravure datée de l'époque magdalénienne, il y a environ 17000 ans. 216
Je continuais avec une évocation d’un ouvrage d'Alphonse Daudet, « Les lettres de mon moulin », ouvrage dont une des nouvelles, intitulée « Les sauterelles », est consacrée à l'arrivée d'un nuage de ème siècle. En voici un bref extrait: « On criquets pèlerins sur un petit village algérien à la fin du 19 allait se lever de table. Tout à coup, à la porte-fenêtre fermée pour nous garantir de la chaleur du jardin en fournaise, de grands cris retentirent: « Les criquets! Les criquets! » Mon hôte devint tout pâle comme un homme à qui on annonce un désastre, et nous sortîmes précipitamment (...) Dans le ciel vibrant de chaleur, je ne voyais rien qu'un nuage venant à l'horizon, cuivré, compact, comme un nuage de grêle, avec le bruit d'un vent d'orage dans les milles rameaux d'une forêt. C'étaient les sauterelles (...) A perte de vue, les champs étaient couverts de criquets, de criquets énormes, gros comme le doigt. Alors le massacre commença, et plus on en tuait, plus il y en avait (...) Cette nuit là je ne pus pas dormir… Le lendemain, quand j'ouvris ma fenêtre comme la veille, les sauterelles étaient parties; mais quelle ruine elles avaient laissée derrière elles! Plus une fleur, plus un brin d'herbe: tout était noir, rongé, calciné. »
Démonstration du travail des gardians.
Danses et spectacle dans les arènes.
Puis vint l'évocation du « Dieu criquet » aux confins de la forêt amazonienne, au Mato Grosso au Brésil, chez les indiens Parecis, dans une zone fréquentée et étudiée dans les années 1940 par le célèbre anthropologue français Claude Lévi-Strauss (voir « Sur les terres indiennes », page 159). Chez ces indiens existe un dieu criquet, deuxième divinité par ordre d'importance et d'apparition sur la terre. Ce dieu criquet a joué le rôle de Prométhée en donnant le feu aux hommes. Ces indiens 217
Parecis ont sans doute noté, consciemment ou inconsciemment, la relation qui existe entre les feux de brousse et la création d'habitats favorables à la ponte des criquets et à leurs pullulations... et donc à l'apparition d'une ressource alimentaire très importante pour eux dans cette zone très déshéritée.
Dîner à la manade et discours de l'organisateur. Enfin, je terminais par le criquet sauteur et une petite expérience avec un jouet en forme de criquet rapporté du Brésil. Il s'agissait de simuler une invasion de criquets ainsi que la stratégie de lutte à adopter. Ce criquet, muni d'une ventouse ventrale, avait la particularité de pouvoir rester collé au même endroit pendant un certain temps... que j'appelais la période de rémission, de calme, sans invasion de criquets. Cette période pouvait durer plus ou moins longtemps, puis la ventouse se relâchait, le criquet sautait soudainement sans prévenir: c'était l'invasion qui prenait tout le monde par surprise. Comment lutter ? On pouvait essayer d'attraper ce criquet lorsqu'il sautait, c'était d'ailleurs le but du jeu. Dans ma métaphore, cette tentative de capture manuelle du criquet représentait la lutte contre l'invasion. Mais cette capture était assez difficile. Une autre solution existait, la prévention. Il suffisait de laisser un doigt sur le criquet pour l'empêcher de sauter. Le seul problème était de savoir combien de temps on pouvait rester là sans se lasser, le doigt fixé sur le criquet. C'était en fait toute la problématique actuelle de la lutte préventive contre ces insectes. On sait qu'elle est efficace…. mais pendant combien de temps peut-on avoir la patience ou les moyens financiers de la poursuivre ? * Le trident est l'outil principal du gardian. C'est un fer fixé au bout d'un long bâton, pour se faire obéir du taureau.
2001 Deux jeunes filles sentimentales Sur le causse Méjean, quelques congressistes prennent la pose lors de l'excursion qui fait suite au congrès de la société internationale des orthoptéristes que je venais d'organiser à Montpellier. Notre bus nous emmène à travers les Cévennes, l'Aubrac, le Rouergue et les Causses sur un trajet parsemé d'arrêts touristiques, gastronomiques... et entomologiques. Chacun a apporté avec lui son matériel de chasse pour capturer des échantillons des diverses espèces d'orthoptères rencontrées au court de ce périple. Ce qui donna lieu à cette amusante photo où chacun brandit fièrement son filet de capture. Et aucun filet ne se ressemble, du plus grand dépassant le mètre, au plus petit dont la poche mesure moins de 10 cm. Et puis, il y a ceux qui n'ont aucun filet et capturent les insectes à la main, tandis que d'autres se contentent de les photographier et de tenir leur Nikon à bout de bras. Au cours du trajet, les gardes du parc national des Cévennes se joignirent à nous lors d'un arrêt au lac des Pises, dans le massif de l'Aigoual, et furent très heureux de bénéficier de l'expertise d'un tel groupe de spécialistes. 218
Sur le causse Méjean: concours de filet de chasse entomologique.
Debouts: Piotr Naskrecki (USA), Antoine Foucart (France), William Chapco (Canada), Michael Sergeev (Russie), Jean-François Voisin (France), Glenn Morris (USA), Daniel Otte (USA), Roger Hawkins (UK), Michel Lecoq (France), Andreï Gorokhov (Russie), Theodore Cohn (USA). Accroupis: Linette Lowe (Australie), David Eades (USA), Battal Ciplak (Turquie).
Le tour se termina par une visite de la cité médiévale de la Couvertoirade, sur le Larzac, et un spectaculaire repas ou le chef arriva au milieu de la salle avec un flambadou, vieil ustensile en fer utilisé depuis le Moyen-Âge et qui se compose d’une longue tige de plus d'un mètre de long terminée par un petit entonnoir conique permettant l’écoulement de la graisse enflammée sur la pièce de viande commandée. Spectacle assuré, moelleux, croustillant et petit goût incomparable. Nos collègues étrangers étaient aux anges!
Sur le causse Méjean, au Villaret, observation de chevaux de Przewalski, ancêtres des chevaux domestiques d'aujourd'hui et dernière race de cheval sauvage au monde. Lors d'un arrêt dans le centre de la petite ville historique d'Espalion, sur le Lot, le 15 septembre, devant un café, un collègue anglais, Roger D. Hawkins, eu la joie de découvrir une sauterelle verte qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de rencontrer. Sortant du bus et traversant le parking, il aperçut sur le sol, sous un érable argenté, une magnifique bestiole et en la ramassant il fut ravi de constater que ce n'était pas, comme attendu, Meconema thalassinum (De Geer, 1773)... mais une femelle de Meconema meridionale Costa, 1860 ! Il manifesta sa joie d'une manière si exubérante qu'il fut observé avec beaucoup d'amusement par deux jeunes filles assises à la terrasse du café voisin. J'allais immédiatement leur expliquer la situation en déclarant « Vous venez d'assistez à un moment historique », et il semble bien que cela fut effectivement le cas pour Roger Hawkins. Ces deux jeunes filles demandèrent que ce pauvre insecte ne soit pas tué. Heureusement, tel n'était pas l'intention de mon collègue qui le conserva en captivité afin d'observer son comportement et le rapporta chez lui en Grande Bretagne. Tout était donc pour le mieux. Nous quittâmes Espalion pour poursuivre notre
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périple en laissant ces deux jeunes filles rassurées sur le sort de notre exceptionnelle sauterelle. Roger Hawkins publia peu de temps après des observations sur cette espèce dans le numéro 14 de 2001 du British journal of entomology and natural history. Il y raconte son premier contact avec Meconema meridionale à l'occasion de cette excursion entomologique et le rôle déterminant que je fus amené à jouer pour rassurer ces sentimentales jeunes filles.
A gauche, maison caussenarde typique. A droite, arrêt du bus quelque part sur le causse et chasse aux orthoptères.
La Couvertoirade, cité templière, en 1912.
L'itinéraire de la sortie « touristico-entomologique » de 5 jours organisée pour le congrès de la société des orthoptéristes.
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2001 Lendemains de 11 septembre Quelques jours après les attentats du 11 septembre aux USA, je participe au siège de la FAO, à ème Rome, à la réunion du 36 comité de lutte contre le criquet pèlerin, plus connu sous son sigle anglais de DLCC, le « Desert Locust Control Committee ». Les avions étaient peu remplis. Beaucoup de délégations sont absentes, à commencer par celle des USA. Le meeting a lieu comme d'habitude dans la « Malaysia room », au charme tout asiatique. La session est ouverte par M. D. Harcharik, Directeur général adjoint de la FAO. Les président (égyptien) et vice-président (pakistanais) de séance sont élus. De mon côté, je me retrouve élu membre du comité de rédaction avec un collègue marocain. Le DLCC, créé en 1955 par la FAO, regroupe une soixantaine d'états et a pour mission d'orienter et de coordonner les activités relatives aux criquets à l'échelle internationale, en particulier contre le criquet pèlerin. Il suit l'évolution de la situation, coordonne les campagnes de lutte et encourage les actions de prévention dans les domaines de la lutte et de la recherche. Ces réunions ont lieu tous les deux ans. Ce n'est pas ma première participation et j'ai déjà assisté aux sessions de 1990 et 1995.
Siège de la FAO à Rome, via delle Terme di Caracalla. Je ne compte pas le nombre de fois où, même avec un peu d'expérience, je me suis perdu dans cet immense dédale de 8 étages et de 6 bâtiments
Comme souvent, lorsque l'actualité criquet est calme, les débats ne sont pas très passionnants, voire un peu mous. On donne un aperçu de la situation, on souligne les faiblesses, on porte l'attention sur l'importance de telle ou telle région, on note que les progrès sont lents, que peu de pays paient régulièrement leurs contributions au Fonds fiduciaire du DLCC... et surtout, on recommande ! On recommande de rester vigilant, de pousuivre les études, de prendre des mesures, de renforcer les effectifs, de réaliser des essais opérationnels... Fort heureusement, quelques exposés sur l'utilisation de la télédétection satellitaire ou encore sur de nouveaux insecticides biologiques viennent rompre la monotonie des séances, d'autant plus calmes qu'en cette période post-attentats l'assistance est deux fois moins nombreuse qu'à l'accoutumée. Cela change, par exemple, de la réunion de 1988, en pleine période d'invasion du criquet pèlerin, où les discussions sur la dieldrine - un insecticide organochloré maintenant interdit - étaient particulièrement animées, et les arguments tous plus féroces les uns que les autres. Ce sera également le cas de la session extraordinaire de 2004 qui, également à la faveur d'une forte invasion en Afrique du Nord et de l’Ouest, se révèlera beaucoup plus fertile que les sessions ordinaires précédentes, avec des débats très nourris, des contributions consistantes et la création d'une dynamique ayant permis de faire progresser le dispositif de prévention.
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Une vue de la « Malaysia Room », la B227, où se déroulaient fréquemment les réunions du DLCC.
Mais revenons en 2001. A l'époque, je faisais partie du groupe technique du DLCC, petit comité d'experts chargés d'aborder quelques questions techniques importantes et d'émettre, là aussi, des recommandations. La dernière réunion avait eu lieu en juin 2000, à Rome, et nous avions en particulier abordé le problème de la protection de l'environnement dans le cadre des opérations de lutte contre les criquets, le rôle du GPS dans les opérations de traitement, l'exemple du service australien de lutte contre les criquets et son utilisation - fort prometteuse - d'insecticides biologiques. ème session du DLCC nous résumions, pour les membres, les débats et nos Au cours de cette 36 conclusions.
ème
37 réunion du DLCC, 22-26 septembre 2003. Remise au CIRAD, par Mme Louise Fresco, directeur général adjoint, d'une médaille émise à l'occasion du cinquantième anniversaire du DLCC.
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Et puis, bien sûr, il fut fait état de l'extension du programme EMPRES de la FAO d'amélioration du dispositif de prévention contre le criquet pèlerin au Sahel et au Maghreb. J'avais élaboré la proposition de programme avec quelques collègues dès 1997. Jusque là rien ne s'était passé... ou si peu. Tout le monde soutenait ce programme, à commencer bien sûr par les pays concernés... mais personne n'avait les moyens. Finalement, le DLCC lança un appel pressant aux donateurs pour qu’ils appuient ce programme afin de le rendre pleinement opérationnel. Il faudra encore bien des années avant que cette recommandation ne devienne effective. Ce n'est finalement qu'en 2005, à la suite d'une nouvelle invasion, que les crédits finiront par arriver - parfois, d'ailleurs, en trop grand nombre et que le programme pourra effectivement prendre son envol.
Médaille commémorative émise par la FAO ème anniversaire du DLCC (1951-2001). à l'occasion du 50
Au final, ces réunions du DLCC, malgré leur caractère très formel et leur ambiance parfois morose, constituaient un bon dérivatif à mes activités de recherche et me permettaient surtout d'être directement en contact avec tous les responsables nationaux des centres de lutte contre les criquets, ainsi qu'avec tous les pays donateurs, susceptibles de financer, peut-être, quelques travaux de recherche... ce qui fut effectivement plusieurs fois le cas. Largement impliqué dans le programme EMPRES, j'ai continué par la suite à participer régulièrement aux réunions, en 2003, 2004 et 2009. J'ai souvent assumé seul la représentation française, rendant compte en fin de session à la Représentation permanente de la France auprès de la FAO, située Corso del Rinascimento, juste à côté de la fameuse Piazza Navona, la plus grande place touristique de Rome. Les principales conclusions étaient rédigées sous la forme d'un court télégramme diplomatique expédié à Paris et diffusé dans le monde auprès des ambassades françaises concernées. L'exercice était intéressant, et les jeux d'influence et les réunions en aparté souvent fort instructives. Le planning de tels séjours à Rome était le plus souvent très chargé et me laissait peu de temps libre. Je profitais du week-end pour les visites de la ville et de ses monuments et, le dimanche matin, pour faire un footing selon mon itinéraire habituel allant de l'hôtel Griffo - via del Boscheto, où j'étais devenu un habitué - au Vatican, en passant par le cirque Massimo, les bords du Tibre, la Piazza Navona où je prenais souvent un café, la fontaine de Trevi, la Piazza di Spagna, la Villa Borghese, le palais du Quirinal... avant un retour à l'hôtel Griffo. Rome est décidémment une petite ville où, au long de plus d'une vingtaine de séjours, j'ai souvent déambulé le soir avec des collègues africains à la recherche d'une bonne trattoria.
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2002 A la machette Brésil. Je suis de nouveau sur la Chapada dos Parecis, au Mato Grosso, pour poursuivre les essais d'un mycopesticide mis au point par des collègues de l'Embrapa à Brasilia. Hébergé comme toujours à la fazenda ALCOMAT. Les travaux commencent par la recherche de bandes de larves du criquet du Mato Grosso, Rhammatocerus schistocercoides (Rehn, 1906). Cela fait maintenant 10 ans que je travaille régulièrement dans cette zone du Brésil et à chaque fois les criquets sont abondants, bandes larvaires en saison des pluies et essaims en saison sèche. C’est toujours un spectacle grandiose que ces millions d'insectes. Mais cette fois... rien. Jour après jour, à la recherche de bandes de criquets pouvant se prêter à la conduite des essais, nous parcourons les vastes espaces de savane arborée le cerrado - dans un rayon de 30 km autour de la fazenda sans rien découvrir. Aucune bande larvaire, ni même aucune trace de bande (fèces, végétation broutée…), ne peut être détectée. Quelques larves isolées là où les années précédentes la densité atteignait par endroit plus de 10000 larves par mètre carré! Les expérimentations semblent bien compromises. Faute de grives... Nous décidons de changer l'objectif des essais et de nous rabattre sur l'effet du produit sur la faune non cible, autrement dit sur les insectes en général. En effet, le mycopesticide que nous testons sur les criquets est censé être assez spécifique, c'est-à-dire tuer essentiellement les Orthoptères. Nous voulons cependant en avoir le coeur net et le vérifier par nous même. Pour cela, nous délimitons dans le cerrado 3 vastes parcelles expérimentales de 4 hectares, espacées de 700 mètres. L'une servira de témoin, les deux autres feront l'objet d'un traitement, soit avec le mycopesticide (à 3,8x10E12 spores/ha), soit avec un insecticide classique, le fénitrothion (un concentré émulsionnable de Sumithion à 342 g de matière active/ha), largement utilisé dans la lutte contre les criquets. Dans chaque parcelle, nous installons toute une batterie de pièges : 2 pièges modèle Malaise, 3 pièges panneau et 20 saladiers jaunes. Tout un ensemble destiné à échantillonner les insectes et à nous montrer comment l'application de ce mycopesticide entraîne, ou non, une diminution de la faune entomologique. Après 3 semaines, les résultats furent, sans surprise, favorables au mycopesticide dont l'innocuité était indéniable pour tout ce qui n'était pas criquet. Aucune comparaison avec le fénitrothion que nous avions pris comme témoin. Ce n'était pas des résultats grandioses, mais au moins nous avions sauvé la mission.
A la machette et à la pelle, avec Antoine Foucart, un collègue du CIRAD, nous dégageons la zone où nous devons installer un piège à insectes. Le cerrado s'étend à perte de vue et l'on a très vite fait de perdre le sens de l'orientation dans ces zones où nous circulions en tout-terrain, loin de toute piste. Le GPS m'a souvent été très utile pour retrouver la voiture. 224
Ce fut le dernier de mes multiples séjours au Mato Grosso et de mes travaux sur ce criquet qui avait tant fait parler de lui et qui maintenant semblait être passé en période de rémission. Ces séjours constituèrent sans aucun doute la plus belle période de ma carrière, à la fois par le sujet d'étude - tout était nouveau et chaque séjour apportait son lot de découvertes et de publications, remettant souvent en cause des idées reçues - et par l'accueil chaleureux et les multiples rencontres amicales qu'il me fut donné de faire. J'abordais, certes, le cerrado la machette à la main... mais dans ces contrées isolées les relations étaient bien souvent plus cordiales qu'ailleurs.
A gauche, à la machette je dégage les herbes pour installer l'un de nos pièges. A droite, Antoine effectue le traitement avec le mycopesticide dont nous voulons mesurer l'impact sur la faune non cible.
Quelques uns des pièges utilisés pour échantillonner nos populations d'insectes sur les sites d'expérimentation: piège Malaise à gauche (les insectes sont récoltés dans un flacon blanc visible à la partie supérieure du piège) et piège « panneau » à droite (les insectes venant heurter le panneau vert sont récoltés, à la base, dans un bac remplit d'eau savonneuse).
Autre type de piège utilisé: les bols jaunes dont la couleur attire plus spécialement certains groupes d'insectes.
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Au gîte de la fazenda ALCOMAT, avec João, un collègue de l'Embrapa (à droite) et divers personnels de la fazenda dont, à gauche, le couple chargé de l'entretien du gîte et des repas, d'une gentillesse extraordinaire et ayant largement contribué à rendre agréable mon séjour dans ces contrées reculées.
Une biche surprise au milieu du cerrado. Travaillant en zone de végétation naturelle, loin de tout, faisant le moins de bruit possible, les rencontres avec la faune sauvage n'étaient pas rares: une multitude d'émeus, de tatous, de sériemas (Cariama cristata, oiseau grand amateur de criquets) et, plus rares, des biches, loups à crinière, iguanes, tamanoirs, tapirs... et parfois même, lorsque je m'aventurais en bordure des vastes galeries forestières le long des rios Juruena ou Juina, d'impressionnantes traces de pas de jaguars. 226
Un tamanoir rencontré lors de mes pérégrinations dans le cerrado. Environ 2 mètres de long et une quarantaine de kilos, museau allongé, longue queue touffue et d'impressionnantes griffes sur les pattes avant. Un animal plus dangereux qu'il n'y paraît.
La piste d'accès à la fazenda ALCOMAT était toujours aussi boueuse en saison des pluies. Mon collègue brésilien qui conduisait s'est laissé prendre au piège. La scène se passe en décembre 2001, lors d'une précédente expédition.
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Un restaurant flottant à Cuiaba, sur la rivière du même nom. La route étant longue depuis Brasilia, voire São Paolo, j'avais pris l'habitude de faire une halte dans la capitale de l'état du Mato Grosso. C'était aussi l'occasion de prendre contact avec les autorités locales, les services techniques divers (météo, agriculture...), de faire de derniers achats avant de rester bloqué sur la chapada pendant un ou deux mois, voire de récolter des informations sur l'ancienneté des pullulations de criquets au Mato Grosso en enquêtant dans les archives locales.
Quelque part sur la route entre Brasilia et Cuiaba, une boucherie (« açougue ») et un petit restaurant (« lanchonete »).
2003 Mon marchand de delicatessens Niger. Je visite le marché de Niamey et un étal attire mon attention. Un homme vend des criquets séchés! Un amoncellement d'insectes morts étalés sur un vieux sac. Dans le tas, je reconnais plusieurs espèces et la plus abondante est sans doute Ornithacris turbida (Walker, 1870), une espèce commune que je connais bien pour avoir étudié sa biologie il y a quelques années au Burkina Faso. Le vendeur n'a pas beaucoup de mal à me convaincre d'en acheter. J'en goûte un sur place, histoire de lui montrer que j'apprécie, et lui en prends un bon kilo pour ramener en France... où je ne suis pas certain d'avoir beaucoup de succès avec mes spécialités locales. Mais cela fera sans doute sensation en rentrant au labo.
Criquets en vente sur le marché de Niamey.
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Je suis à Niamey depuis quelques jours pour une réunion organisée par la FAO pour la préparation du programme EMPRES, un vaste programme de renforcement du dispositif de lutte préventive contre le criquet pèlerin dans les 10 pays du Sahel et du Maghreb. Ce programme m'occupe depuis maintenant plus de 5 ans. Depuis sa conception en 1997, à son acceptation par tous les pays du Sahel et du Maghreb, et à sa mise en place en 2001. Cependant, les financements tardent et il faudra attendre une invasion en 2004 pour que les fonds soient finalement mis à disposition par plusieurs bailleurs internationaux, dont la France. J'ai par la suite, jusqu'en 2011, continué à m'occuper régulièrement de ce programme, participant chaque année à la réunion du comité de pilotage et à la réunion des responsables nationaux. Et bien sûr, en coopération avec la CLCPRO (la Commission de lutte contre le criquet pèlerin en région occidentale) et ses états membres, en développant au Cirad des programmes de recherche s'inscrivant dans le cadre des objectifs d'EMPRES et du renforcement de la lutte préventive: télédétection satellitaire pour le repérage des sites de reproduction des criquets, marqueurs ADN pour estimer la taille et la mobilité des populations de phase solitaire et préciser le déterminisme génétique du processus de grégarisation et des départs d’invasions, etc.
Gros plan sur les criquets en vente sur le marché de Niamey. Parmi les principales espèces on trouve Ornithacris turbida, Kraussaria angulifera, Cyrtacanthacris tatarica et sans doute quelques autres. Le démarrage du programme a été lent, les crédits difficiles à obtenir, mais je pense qu'au long de toutes ces années - de 1997 à 2011 - mon appui et celui de toute mon unité de recherche a été apprécié de nos partenaires africains. L'engagement dans ce programme EMPRES a été une aventure passionnante ayant permis à toute l'équipe de réaliser quelques belles opérations de recherche et quelques intéressantes publications scientifiques.
Réunion EMPRES au Grand Hôtel de Niamey, sur les bords du Niger. A gauche, avec T. Benhalima , Secrétaire exécutif de la CLCPRO. A droite, la préparation du plan de travail du programme EMPRES pour les années à venir.
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Je ne résiste pas au plaisir de citer un extrait de l'évaluation de l'unité en 2013 (après mon départ du CIRAD mais portant sur la période 2008-2012 où j'étais encore en activité): « Le réel succès de ces recherches témoigne donc de la capacité de l’équipe à accomplir des ruptures tant conceptuelles que méthodologiques pour résoudre des questions importantes, aussi bien par leur portée scientifique (compréhension des mécanismes sous-jacents à la dynamique des populations éruptives de criquets à comportement grégaire) que par leur application pratique (identification des zones à surveiller pour mettre en œuvre une lutte préventive). Elles placent l’équipe dans une position de leadership international pour les recherches sur les criquets migrateurs. » Mais ne précipitons pas les événements. Avec mon marchand de delicatessens, nous ne sommes encore qu'en 2003. J'aurais l'occasion de revenir ultérieurement sur les résultats obtenus dans le cadre de ce programme EMPRES… qui manifeste un peu de retard au démarrage.
Le Niger à Niamey et le pont Kennedy.
L'hôtel Gaweye à Niamey sur les bords du Niger et l'étal d'un marchand d'antiquités africaines.
2003 Du retard au démarrage Cette année 2003 a été très intense en terme de négociations pour essayer, enfin, de faire démarrer ce programme EMPRES de la FAO dont je m'occupais depuis ma première mission sur le sujet en 1997. J'ai déjà eu l'occasion de parler de ce programme de renforcement du dispositif de lutte préventive contre le criquet pèlerin dans les 10 pays du Sahel et du Maghreb (voir « Mon marchand de delicatessens » , page 228). Depuis 1997 se sont succédés réunions, concertations avec les bailleurs, appuis à la FAO pour la création de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin en région occidentale (la CLCPRO)... mais pas de financements conséquents pour ce programme EMPRES, mis à part quelques fonds de la FAO largement insuffisants. Si la lutte préventive est bien l’approche la plus rationnelle pour la lutte contre ce criquet, son principal point faible demeurait à l'époque la défaillance des services nationaux de lutte et le principal défi restait la mobilisation de financements internationaux pour pouvoir enfin les renforcer. J'avais bien animé une première réunion FAO sur la planification des activités du programme en février 2001 en Mauritanie... mais rien ne s'était passé depuis. En ce début d'année 2003, rien n'a encore démarré et EMPRES demeure une coquille vide. Cependant, les événements vont se précipiter. Enfin, se précipiter, certes... mais bien lentement. Voici un résumé rapide de la chronologie. 30 janvier - 3 février 2003, Niamey, Niger - En ce début d'année, je participe comme consultant FAO à l'animation de la première réunion des agents de liaison du programme EMPRES, autrement dit à la réunion de tous les directeurs des centres de lutte contre le criquet pèlerin d'Afrique de l'Ouest 230
et du Nord. Il y a là Khaled Moumène d'Algérie, El-Gadgoud de Libye, Fakaba Diakité du Mali, Saïd Ghaout du Maroc, Mohammed Ould Babah de Mauritanie, Garba Yahaya du Niger, O. Diop du Sénégal et N. Tigaye du Tchad. Tous des collègues et amis que je connais bien pour avoir travaillé avec eux depuis des années à la préparation du programme. L’objectif de l'atelier - conduit selon la méthode PPO, de planification par objectif - est d'élaborer un plan d'opération pour l'année 2003. On établit une liste exhaustive des activités et sous-activités, on définit des indicateurs et un échéancier pour chaque activité, on attribue des responsabilités, on budgétise, etc. Mais tout cela demeure une sorte de fiction, une simulation d'activités qui ne peuvent démarrer faute de fonds. Il faut absolument faire bouger les lignes et arriver à mobiliser enfin un « club » de bailleurs. La France ne peut à elle seule financer le programme, mais la France est là dans sa zone d'influence historique, dans son domaine de coopération prioritaire. Elle doit donc prendre l'initiative.
Au Niger, en février 2003, lors de la première réunion des agents de liaison du programme EMPRES. Dernières vérifications du matériel de projection avant ma présentation.
17-18 février 2003, Paris - Lors d'une réunion au MAE, le Ministère des affaires étrangères, j'ai confirmation que la France croit en la pertinence du programme EMPRES. C'est déjà un acquis. La réunion est destinée à exposer les intentions françaises sur ce programme dont le budget de la phase 1, de 4 années, est d'environ 11 M$ US à la charge des Etats bénéficiaires et de 8 M$ à la charge des donateurs internationaux. Les frais de gestion de la FAO sont, classiquement, de 13 % soit environ 0,9 M$. La France s'engagerait pour un projet FSP (projet du fonds de solidarité prioritaire) de l’ordre de 1,5 M€ et des financements de l’ordre de 1 M€ seraient également disponibles via le FFEM, le Fonds français pour l’environnement mondial, pour traiter des aspects impacts environnementaux de la lutte contre le criquet pèlerin. Il resterait donc environ 6,5 M€ à répartir. D'après le MAE, deux bailleurs seraient intéressés à participer: l’Union européenne pour 2 M€ et la BAfD, la Banque africaine pour le développement. Mais pour le moment... rien n'est sûr. 4 mars 2003, Bruxelles - Avec des collègues de la FAO, et en particulier A. Hafraoui responsable du « Groupe acridien » qui gère le criquet pèlerin à Rome, je prends contact avec la Commission européenne pour sonder leurs intentions de financement. La réunion n'est pas très positive. Les collègues de la FAO, écoeurés, écourtent l'entretien. Et pourtant, si la CE refuse actuellement 2 M€, elle mettra sur la table sans problème 50 M€ quelques mois plus tard en situation d'urgence, promettant le double en cas de nécessité. Mais pour le moment.... toujours rien.
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Au Niger, en février 2003, lors de la première réunion des agents de liaison du programme EMPRES. A gauche, en discussion, en marge de la réunion, avec T. Benhalima , Secrétaire exécutif de la CLCPRO, et le Ministre de l'agriculture du Niger. A droite, discussion en soirée avec Jean-Philippe Dufour du MAE et Abderrahmane Hafraoui, directeur du groupe acridien et autres ravageurs migrants de la FAO.
Au Niger, en février 2003. A gauche, Khaled Moumène, futur directeur de la protection des végétaux d'Algérie.
8-12 juin 2003, Algérie - Je participe, cette fois comme représentant français délégué par le ministère ème session de la CLCPRO, la Commission de lutte contre le criquet des affaires étrangères, à la 2 pèlerin en région occidentale. Un bilan des promesses de financement concernant la mise en œuvre du programme EMPRES est effectué. J'informe les participants des intentions françaises et des 2,5 M€ qui pourraient être débloqués. L'ensemble des contacts informels avec divers bailleurs montre que la totalité du financement pourrait être couverte rapidement. Cependant, la concertation entre bailleurs apparaît indispensable et je présente la proposition française d'une réunion prochaine à Paris, proposition saluée par tous. On avance, mais pour le moment... toujours rien. Par ailleurs, la situation du criquet pèlerin en région occidentale est examinée. Elle est calme et aucun développement significatif n’est attendu pour les prochains mois. Tout va bien! 29 juillet 2003, Paris - La réunion annoncée en juin a finalement lieu fin juillet à Paris, au secrétariat d'état à la coopération et à la francophonie du ministère des affaires étrangère, encore à l'époque dans les locaux très classes du 20 de la rue Monsieur. Sont présents : la BAfD (Elie Doté directeur de division Afrique de l’Ouest, et Nejib Kacem du département agriculture et développement rural), le CIRAD (moi), la CLCPRO (Thami Ben Halima, secrétaire de la Commission), les Etats Unis (Harry Bettenberg, de l’USAID), la FAO (Abderrahmane Hafraoui, chef du groupe acridien) et le MAE (Jean-Marc Chataigner, adjoint à la directrice DCT ; Francis Stephan, sous-directeur du développement économique et de l’environnement ; Laurent Bonneau, chef du Bureau de gestion des ressources naturelles et de l’environnement ; et deux chargés de mission, Jean-Philippe Dufour et Nicolas Lambert). Un nombre limité de donateurs, mais ce n'est pas si mal pour un début. Après l'ouverture de la réunion par Francis Stephan du MAE, je présente les principes de la lutte contre le 232
criquet pèlerin en Afrique de l’Ouest et conclus que la région occidentale est très fragilisée et serait incapable de faire face à une nouvelle invasion. Puis Thami Ben Halima, pour la CLCPRO, expose les grandes lignes du programme EMPRES. Laurent Bonneau, pour le MAE, affiche les intentions de financement de la France et Nejib Kacem fait de même pour la BAfD. La réunion a au moins le mérite de faire le point sur les intentions de financement, de clarifier les positions et de vérifier que chacun partage une vision commune de la lutte préventive contre le criquet pèlerin et du programme EMPRES. Les participants estiment unanimement - face aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux - que la lutte contre le criquet pèlerin relève du développement durable et exige un niveau de riposte régional; et, par ailleurs, que l’expérience montre que seule la lutte préventive est réellement efficace et est donc à considérer comme un bien public régional. Tout cela est très positif, d'autant que l'on souligne la longue expérience de la coopération française dans le domaine de la recherche et de la lutte contre les criquets, la « lutte antiacridienne ». En conclusion, le MAE compte avoir une démarche active pour mobiliser d’autres donateurs – en particulier l'Union européenne – et arriver au financement complet du programme. Une prochaine réunion de concertation entre donateurs doit se tenir en marge du prochain Comité de lutte contre le criquet pèlerin (le DLCC) à la FAO, à Rome, en septembre 2003. Rien ne semble presser. Le processus continue donc tranquillement son petit bonhomme de chemin... mais les événements vont s'accélérer.
ème
réunion de la commission FAO de lutte contre le A Alger, en juin 2003, lors de la 2 criquet pèlerin en région occidentale. 20 au 28 septembre 2003, Rome, Italie - Réunion du Comité de lutte contre le criquet pèlerin: RAS. Le Bulletin FAO n° 299 de début septembre signale que « la situation relative au criquet pèlerin est restée calme au cours du mois d'août. » Mais... 22 octobre 2003, Rome - La FAO lance une alerte au criquet pèlerin : « Au cours des deux dernières semaines, de nouvelles résurgences de criquets pèlerins se sont déclarées en Mauritanie et au Soudan et des opérations de lutte ont commencé. Une autre résurgence est en cours au Niger et la situation reste préoccupante au Mali. La FAO et les pays concernés ont pris une action immédiate pour éviter que la situation ne se détériore davantage. » Mais à partir de là, cette situation ne va cesser de se dégrader, évoluer en recrudescence puis en invasion. Les pays affectés vont rester impuissants, et les bailleurs sourds aux appels de la FAO qui, en octobre 2003, estime à 1 M$ US les coûts nécessaires pour faire face... et pas de réaction ! Les pays affectés, et en particulier le Maroc, tentent de lutter mais rien n'y fait, l'invasion progresse. La FAO continue à alerter. En décembre les coûts sont réévalués à 5 M$, puis à 10 M$ en février 2004... et toujours pas de réaction. Presque un an après la première alerte, les coûts pour faire face sont maintenant estimés par la FAO entre 50 (en juin 2004) puis 100 M$ (en août). Enfin, enfin, les bailleurs se mobilisent et les fonds commencent à arriver. Mais... fonds débloqués ne veut pas dire action immédiate sur le terrain. Il faut commander et faire livrer le matériel et les produits, recruter du personnel supplémentaire, organiser la logistique, etc. Finalement, la lutte se met en place et conduit à une maitrise de la situation et à la fin de l'invasion dès le début 2005. Mais que de retards et que d'argent dépensé. Pendant toute cette crise de 2003-2005, mon unité CIRAD fut fortement sollicitée pour son expertise technique et scientifique, et joua un véritable rôle de plateforme d’information sur le problème criquet pèlerin au niveau national et international. Le site web de l'unité fut alors très fortement consulté, et continua à l'être. Notre action, à l’occasion de cette crise, me valut de chaudes félicitations de notre direction générale.
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C'est finalement cette invasion qui décidera les bailleurs à se mobiliser et à financer la phase 1 du programme EMPRES dès 2005... quand même 8 ans après ma première mission sur le sujet en 1997. En tout, de 1997 à 2012, je fis 25 missions pour la FAO dans le cadre du programme EMPRES, en Algérie, Belgique, Egypte, Italie, Libye, Mali, Maroc, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad... sans compter mes multiples déplacements sur Paris pour plaider la cause de la lutte préventive, défendre le programme EMPRES, et également, bien sûr, tenter de trouver des financements pour nos activités de recherche au CIRAD. Ce que j'arrivais finalement à faire puisque nous pûmes bénéficier de plusieurs lettres de commande dans le cadre des projets français FSP et FFEM d'appui à EMPRES: utilisation de la télédétection spatiale pour le repérage précoce des conditions écologiques favorables aux pullulations de criquets, publication d'une florule de la végétation saharienne des biotopes du criquet pèlerin, mise en place au niveau de 9 pays de l’Afrique de l’Ouest et du NordOuest d’un système de veille des dispositifs nationaux de lutte préventive, etc. Mon engagement sur le sujet n'aura donc pas été inutile. Comme l'écrivait un collègue du MAE, Laurent Bonneau, dans une note interne de 2003: « La collaboration ancienne et excellente du MAE avec le CIRAD sera importante, nécessaire et recherchée pour mettre en place ce dispositif d'appui à EMPRES. C’est déjà ce qui se fait. » C'est ce qui continua à se faire pendant au moins les 10 années suivantes.
2003 Danse avec le criquet Je viens de donner une conférence à Brasilia - en portugais, s'il vous plait - dans les locaux de l'Embrapa, l'organisme brésilien de recherche agronomique qui dispose de nombreux centres dans tout le pays et dont le siège est dans la capitale. J'avais déjà donné une conférence quelques jours plus tôt sur le problème des criquets ravageurs dans le monde. Le présent exposé était consacré aux résultats des expérimentations que je conduisais depuis plusieurs années avec des collègues de Brasilia pour démontrer, sur le terrain, l'efficacité d'un insecticide biologique qu'ils avaient mis au point. Les travaux avaient été conduits de 1998 à 2002 au Mato Grosso, sur un criquet que je connaissais fort bien pour l'avoir étudié pendant plusieurs années de 1992 à 1997. Mon expertise sur le sujet avait été déterminante. Les résultats avaient été très concluants et la collaboration avec l'équipe brésilienne extrêmement amicale et fructueuse. Ma conférence faisait donc le point sur le sujet, traçant des perspectives pour l'avenir, et s'intitulait « Développement d'un mycoinsecticide pour le contrôle des criquets ravageurs au Brésil. » Mes collègues brésiliens avaient décoré la salle de conférence avec un magnifique et immense criquet en plastique, vert aux yeux orange, qui avait dû servir lors du précédent carnaval dans la capitale. A la fin de mon exposé et après les questions et discussions d'usage, nous fîmes une séance de photos avec le criquet en question, et je fus amené à danser une sorte de samba avec ce magnifique insecte Orthoptère... mais mes collègues ne furent pas en reste et la conférence se termina dans une ambiance très brésilienne. Au cours de ce séjour, je consacrais un peu de temps à la visite de la capitale sur les traces d'Oscar Niemeyer: palais de Buriti siège du gouvernement fédéral, mémorial « JK » dédié au président Juscelino Kubitschek, cathédrale Nossa Senhora Aparecida, esplanade des ministères, congrès, place des Trois Pouvoirs, palais présidentiel de la Alvorada... les classiques. Mais le lieu sans doute le plus extraordinaire qu'il me fut donné de voir est sans hésitation la « Vallée de l'aube », la « Vale do Amanhecer », petite ville à quelques kilomètres de Brasilia, entièrement occupée par les membres de la communauté de la Vale do Amanhecer, sans doute le lieu mystique le plus fameux de la capitale brésilienne qui n'en manque pourtant pas. Cette communauté - cette nouvelle religion, cette secte - a été créée en 1969 par Neiva Zelaya Chavez (1925-1985), connue sous le nom de Tia Neiva, veuve d'un chauffeur routier, qui prétendait être la réincarnation de Cléopâtre et de Néfertiti. Leur culte est un mélange hétéroclite de chamanisme avec le christianisme, le spiritisme, l'Umbanda, les cultes indigènes africains, le New Age, le millénarisme, la communication avec les extraterrestres et autres idées toutes aussi farfelues, mobilisant à la fois les Mayas, Sparte, les Tsiganes et les moais de l'île de Pâques. Dans cette religion, l'Être suprême est l'indien « Seta Branca » - la Flèche Blanche - qui dirige un régiment « d'esprits de lumière ». La Terre aurait été colonisée il y a 32000 ans par des êtres immortels, en provenance de la planète « Capela », qui se sont mêlés aux Terriens et ont été à l'origine de nos diverses civilisations. Ce mouvement religieux est sans aucun doute l'un des cultes les plus fantasmagoriques connus.
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Ma danse avec le criquet fétiche du projet.
L'équipe du projet et son criquet fétiche. De gauche à droite: Marcos, João-Batista, Francisco et moi. Seul manque à l'appel (prenant la photo), Bonifacio.
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La cathédrale Nossa Senhora Aparecida de Brasilia.
Quoi qu'il en soit, arrivant sur place avec un collègue brésilien, nous fûmes bien reçus et guidés par un « prêtre » qui nous fit découvrir la ville. Partout dans les rues, des groupes de prière, des adeptes en costumes tous plus chamarrés les uns que les autres, brandissant des lances vers le ciel pour chasser les démons. Je pus visiter les divers lieux de culte, une sorte de cathédrale aux multiples divinités, assister à un début de cérémonie en plein air, la « ronde des initiés » autour d’un grand étang aux vertus magiques où les bancs disposés sur les rives étaient censés canaliser les énergies cosmiques positives et en faire bénéficier les fidèles. Tout cela constituait un spectacle des plus surprenants et ma danse avec le criquet n'aurait sans doute pas dénoté dans un pareil contexte. Plus on est de fous...
Vale do Amanhecer: l'Être suprême « Seta Branca » photographié dans un temple et rassemblement des fidèles avant une cérémonie sur les bords du grand étang.
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Cérémonie religieuse sur le site de la Vale do Amanhecer: costumes chamarrés, temples, espaces en plein air dédiés à la « concentration des énergies », pyramides cosmiques aux mystérieux pouvoirs...
La pyramide où, après avoir absorbé quelques cristaux de sel (rituel indispensable), je passais quelques minutes - sur recommandations de mon guide - à méditer avant de poursuivre la visite des lieux.
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2003 Un discours en arabe ? J'ai reçu une invitation à participer, du 12 au 16 octobre, au congrès arabe de protection des plantes à El Beïda, en Libye, à presque 200 km à l'Est de Benghazi. Le congrès doit se tenir à l'université Omar Al-Mukhtar, la seconde plus grande université du pays. C'est pour moi une formidable opportunité pour découvrir la Libye que je ne connais pas encore. Je suis invité par les organisateurs du congrès à donner une conférence plénière sur l'importance du criquet pèlerin ainsi que sur le rôle de la FAO dans l'organisation d'une stratégie de lutte préventive contre cette espèce. A cette époque, avec la FAO, je travaille à essayer de faire, enfin, démarrer le programme EMPRES d'amélioration de la lutte préventive contre ce criquet pèlerin qui représente l'une des principales menaces pour la sécurité alimentaire de nombreux pays d'Afrique. J'ai participé à la conception de ce programme dès 1997. Malheureusement, les fonds ne sont toujours pas là. L'invasion qui va précipiter les financements à partir de 2004/2005... n'est pas encore là. Je me contente donc d'appuyer la FAO, et son groupe acridien (dont Clive Elliot est à l'époque le responsable), dans ses tentatives de convaincre divers bailleurs - à commencer par la France - de financer ce vaste programme d’environ 20 millions de dollars dans sa phase 1 de quatre ans. Ma conférence sera publiée cette même année 2003 dans une revue arabe de protection des plantesThe Arab Journal of Plant Protection - éditée à Beyrouth, au Liban. En marge du congrès, naturellement, les organisateurs nous emmènent visiter la région d'El Beïda et ses nombreuses ruines, dont celles de l'antique colonie grecque de Cyrène, près de la petite ville de Shahat. On nous fait également passer dans la zone où aurait été tourné le film de Moustapha Akkad « Le Message », décrivant la vie de Mahomet, et réalisé en 1976 avec Anthony Quinn comme acteur vedette. Cette région de Cyrénaïque, englobant Cyrène, est appelée « La Montagne Verte », en arabe le Djebel Akhdar. Le paysage y est assez montagneux, les gorges nombreuses, et la végétation méditerranéenne rappelle, en plus sec, la garrigue de Montpellier. Sur le trajet, les jeunes « guides de la révolution » qui nous accompagnent sont très fiers de nous faire admirer un magnifique pont suspendu enjambant l'une des gorges où aurait eu lieu un épisode marquant de la guerre d'indépendance contre l'Italie.
Lors de ma conférence à l'université d'El Beïda.
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J'assiste bien sûr à la traditionnelle soirée de gala pour la clôture du congrès. Il y a là sans doute 300 ou 400 personnes. De langue arabe naturellement. Discours divers... en arabe évidemment. J'écoute « religieusement »... sans rien comprendre, car aucune traduction n'est disponible. Cependant, soudainement et dans le brouhaha ambiant, un nom m'évoque quelque chose. Et j'ai rapidement la confirmation que l'on m'attend sur scène pour prodiguer un discours à l'assemblée. Un voisin inconnu, parlant arabe, me fait signe de la main et m'indique le chemin de l'estrade. Les choses sont claires. Impossible d'y échapper. Et je me retrouve ainsi sur le podium, seul, le micro à la main, face à un parterre arabophone et à un animateur de soirée ne parlant également qu'arabe. Que faire ? Un discours en arabe ? Evidemment non. En anglais ? Cela ne me parut pas le plus approprié dans l'ambiance locale. Le français me sembla préférable, estimant y être sans doute plus à l'aise pour m'exprimer. Encore fallait-il trouver un traducteur. Fort heureusement, j'aperçus dans un coin de la salle, parmi l'assistance, un collègue marocain - francophone - et lui demandai de venir à mon aide et de traduire mon discours improvisé. Je pus ainsi remplir ma tâche et, après quelques minutes rejoindre ma place sous les applaudissements chaleureux de l'assistance.
Une partie des ruines de l'antique colonie grecque de Cyrène, à une dizaine de kilomètres de la mer, que l'on aperçoit à l'horizon sur la photo de droite.
A gauche, trois de nos « gardiens de la révolution » qui nous ont accompagnés pour cette excursion touristique organisée par le congrès. A droite, avec des collègues de l'Institut Agronomique d'El Harrach à Alger, dont A. Benzara, deuxième en partant de la droite, et à côté de moi (à l'extrême gauche), Mme Bahia Doumandji-Mitiche.
2004 Un café à Omdourman Soudan. Je visite le célèbre souk d’Omdourman, vieux quartier nord de Karthoum, où l’on trouve une étonnante variété de marchandises. Après avoir déambulé dans une multitude de ruelles, un café est rapidement le bienvenu. Servi par les femmes, c'est ici une tradition et un rituel. Les grains sont torréfiés dans une casserole sur un petit brasero à charbon de bois puis pilés, mis dans de l’eau bouillante avec des morceaux entiers de cardamome, de gingembre et de cannelle. Le café est ensuite transféré dans une sorte de sphère métallique à long col où le marc est décanté, puis sucré généreusement et servi dans une petite tasse sans anse. Je prends rapidement l’habitude de prendre un café traditionnel un peu partout, sur le trottoir, sur les marchés, sur le bord des routes, chez l’habitant…
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Un café traditionnel dans une rue d’Omdourman.
Cafés et repas traditionnels en divers lieux du Soudan (en bas à gauche, un repas de mariage). Je suis arrivé au Soudan fin mars. Depuis 2000 je collabore avec l’université du Kordofan, à El Obeid, dans le centre du pays, à environ 600 km de la capitale. Le programme porte sur l’étude des propriétés toxiques de certaines plantes pouvant éventuellement être utilisées en lutte contre les 240
criquets, ainsi que sur l’écologie de diverses espèces, dont le criquet sénégalais et les criquets arboricoles (provoquant d’importants dommages aux cultures de céréales pour le premier, et aux Acacias producteurs de gomme arabique, pour les seconds). J’essaye également de développer des collaborations avec d’autres universités locales, Khartoum, Gezira, Diling. Les collègues soudaniens du Kordofan n’ont guère de moyens et les financements accordés par les services culturels de l’ambassade de France à Karthoum sont très insuffisants.
J’arrive dans un pays ravagé par la guerre civile qui sévissait peu de temps auparavant : conflit au Darfour, lutte pour l’indépendance du sud soudan. A un moment, ma mission m’amène au sud d’El Obeid, vers Kadugli. Les traces du conflit sont encore là. La visite des laboratoires, des stations agronomiques, des postes météorologiques est consternante. Tout est à reconstruire. Sur la route on croise fréquemment les véhicules blancs de la mission de maintien de la paix de l’ONU (la MINUS), les 4x4 des démineurs, les camions du Programme alimentaire mondial (le PAM). Et bien sûr les véhicules des sociétés de recherche et d’exploitation pétrolière, à commencer par les sociétés chinoises.
En haut, avec des collègues à l'université d'El Obeid (Abdalla Mohammed Abdalla à droite), et sur le terrain quelque part du côté de Barah, à 60 km au nord d’El Obeid. En bas, du côté de Kadugli à environ 300 km au sud, et visite à Montpellier, au CIRAD, d'une délégation du Kordofan.
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Je suis retourné deux fois au Soudan, en septembre 2005 puis en 2006. Tous les ans j’accueillais dans mon unité de recherche à Montpellier, pour quelques semaines ou quelques mois, des collègues soudaniens, étudiants et chercheurs. Notre collaboration va durer plus d’une dizaine d’années et donner lieu à plus d’une douzaine de publications scientifiques et de communications dans des congrès, ainsi qu’à la soutenance d’un master et de deux thèses de doctorat. Ce n’est déjà pas si mal vu le contexte. Je garde un excellent souvenir des collègues et amis soudaniens - Abdalla M. Abdalla, Haroon Wail… de leur gentillesse et de leur volonté à chaque séjour de me faire découvrir leur pays : Omdourman et son souk (un des plus grands d'Afrique avec son « souk de l'or » où se trouvent les bijoutiers), la corniche du Nil et la confluence du Nil bleu et du Nil blanc, la tombe du Mahdi à Karthoum, le musée national, la province de Gezira à la riche agriculture irriguée, et bien sûr toute la région d’El Obeid, du nord désertique à la région beaucoup plus verdoyante de Kadugli au sud. Ce n’est pas là que j’ai effectué mes recherches les plus originales, mais ce fut quand même une très belle découverte.
Dans le souk d'Omdourman.
2004 Des chinoiseries à Pékin Pékin. J'ai été invité, du 11 au 16 mai, au Congrès international de protection des plantes pour organiser un symposium sur la dynamique des populations de criquets. J'ai rassemblé un certain nombre d'orateurs et j'assume la présidence des séances en compagnie d'un collègue chinois, Shi Wang-peng. En marge du congrès, je fais bien sûr un peu de tourisme. Connaissant déjà un peu Pékin pour y avoir séjourné brièvement en 1992, j'entraîne un collègue espagnol, qui ne connait pas la ville, pour faire un tour des lieux à voir impérativement: la Cité interdite, la place Tian'anmen, le mausolée de Mao, le Temple du Ciel... Je me rends vite compte que toutes ces « chinoiseries » ne sont pas de son goût, et nous effectuons la visite au pas de course en l'écourtant largement. Dommage! Il y a tellement de chinoiseries intéressantes à découvrir à Pékin. Sans compter, bien sûr, les chinoiseries diverses posées par les problèmes de langue.
A gauche, dans la Cité interdite avec Cándido Santiago-Alvarez, de l'université de Cordoba en Espagne. A droite, le temple du Ciel. 242
Pendant le symposium sur la dynamique des populations de criquets.
Le temple du Ciel, à gauche, et dans le parc Jingshan, non loin de la Cité interdite, à droite.
La Cité interdite.
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La place Tian'anmen, le mausolée de Mao Zedong (au fond à gauche) et l'Assemblée du Peuple (à droite).
Dans une vieille rue commerçante du centre de Pékin.
2004 La fille du boulanger Betioky-Sud, Madagascar. Jules fabrique des petits pains tous les jours dans un four en terre qu'il a lui-même construit, sous un abri de fortune adossé à sa maison. A chaque séjour à Betioky, j'ai pris l'habitude de venir lui en acheter quelques uns. J'en profite également pour prendre un café que son fils vient me servir tandis que je m'assois sur un banc sous la treille et discute avec les clients. Ces petits pains sont les seuls que l'on puisse trouver dans cette petite bourgade de brousse et cela vient un peu varier l'ordinaire, même si les grains de sable et les morceaux d'insectes ne sont pas absents de la farine. Sortant du four, ces petits pains sont néanmoins délicieux. Jules est pour moi l'une des figures attachantes de Betioky. Toujours souriant, accueillant, il est loin de rouler sur l'or et pratique de temps à autre des petits boulots pour améliorer ses revenus. Il a beaucoup contribué au « confort » de mes séjours et je lui ai souvent apporté quelques cadeaux venant de France.
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La fille de Jules, le boulanger de Betioky.
Parti le 7 septembre de Montpellier, je suis à Betioky depuis quelques jours, à la fois pour une session de formation au Centre national malgache de lutte contre les criquets, ainsi que pour préparer une convention entre le CIRAD et le FOFIFA dans le cadre d'un projet de lutte préventive financé par la Banque africaine pour le développement, la BAfD. Ce projet doit faire suite à un autre financé par la France entre octobre 2001 et fin 2003, le Projet français de contribution à la lutte antiacridienne à Madagascar. Les résultats ont été prometteurs et la BAfD doit accepter de financer la suite.
Rues de Betioky: enfants allant à l'école et « gare routière » dans la rue principale.
Betioky-Sud, est une petite sous-préfecture paisible de l'extrême-sud de Madagascar, à 170km de Tuléar (ou Toliara). C'est également là que se trouve le siège de l'organisme national de lutte contre les criquets. Ma première visite remonte à 1969 (voir « Une petite rivière bucolique » page 15). Au cours des années 2000, j'y effectue des séjours réguliers, une ou deux fois par an. Les quelques photos ci-dessous (prises en 2005) donnent une idée de l'ambiance champêtre. Les distractions sont rares, le confort rustique, et Jules et ses enfants m'ont régulièrement offert quelques instants de détente.
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Le fils de Jules pilant le café.
En périphérie de Betioky, le jour du marché: arrrivées en charette ou à pied.
Gendarmerie de Betioky et la toute nouvelle épicerie « Mon destin », non loin du centre de lutte contre les criquets.
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D'autres rues de Betioky, celle de gauche au voisinage immédiat du CNLA (le « Centre national de lutte antiacridienne » ou centre de lutte contre les criquets).
2004 Un regard sombre sur la situation Je reprends ici des extraits d'un article paru dans le Midi Libre où je suis interviewé par Antony Jones suite à une sérieuse invasion de criquets pèlerins en Afrique. Seuls les gros sous peuvent faire reculer le criquet pèlerin - Du Sahel au Maghreb, le criquet pèlerin s'incruste. Partout. Il paraît même que l'insecte s'est invité dans les conversations, à bord du Charles-de-Gaule, entre Jacques Chirac et la pléiade de chefs d'états africains conviés pour la commémoration du débarquement en provence. Car, assurément, l'aide internationale demandée fait cruellement défaut au moment où l'invasion du criquet pèlerin en est encore à ses prémices. Et l'Afrique tremble, appelant à la rescousse. Les images sont hallucinantes. Le criquet, devenu grégaire, se déplace en essaims qui dévorent tout sur leur passage. Vision d'apocalypse: l'arrivée des insectes ressemble à d'épais nuages pouvant s'étendre sur ... 150 km2! A la mi-août, la situation était plus que préoccupante. Rien que pour le Sahel, il y a plus de 3 millions d'hectares à traiter. Le Maghreb, sur ses fonds propres, a déjà traité 6 millions d'hectares. Pour autant, l'invasion n'a pu être stoppée. Michel Lecoq, entomologiste au Cirad et responsable du Prifas, ne déborde pas d'optimisme. Au début du mois d'août, il a été chargé d'une mission d'évaluation par le ministère des Affaires étrangères. « Nul ne peut s'estimer surpris par ce qui se passe. Nous sommes face à un cycle connu. Les pluies exceptionnelles en 2003 laissaient présager des pullulations généralisées dans toute la zone sud-saharienne, de la Mauritanie au Soudan. A l'automne 2003, les essaims ont migré vers le sud du Maroc, de l'Algérie et vers l'Arabie. Malgré les appels répétés des pays affectés et de la FAO (Food and Agriculture Organisation, qui dépend des Nations Unies) la mobilisation de la communauté internationale est restée faible » explique-t-il. Selon le chercheur, « les besoins exprimés se montent à 71 millions de dollars pour la seule partie sahélienne ». Et, plus on tarde à intervenir, plus la note s'alourdit.
Ci-dessus, dans mon labo, avec un criquet pèlerin à la livrée jaune vif caractéristique des individus de phase grégaire en période de reproduction (photo Ch. Palasz, Midi Libre).
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Dans cette région du monde, l'invasion des criquets fait partie de l'histoire. Avant les années soixante, le phénomène était systématique. Il a été contenu par la suite, en fonction d'un renforcement de l'aide. Entre 1987 et 1989, un certain relâchement dans les crédits affectés avait conduit à une nouvelle invasion. La mobilisation trop tardive des fonds a été payée au prix fort... La communauté internationale avait dû mettre la main à la poche à hauteur de 271 millions d'euros. « En l'absence de prévention, de surveillance, il faut répandre beaucoup d'insecticide. Les opérations de lutte en urgence ont un impact environnemental fort », déplore Michel Lecoq. Et d'ajouter: « Cette fois, il est probable que l'invasion ne pourra être maîtrisée au niveau des pays sahéliens, quels que soient les efforts de lutte, et qu'une campagne intensive est à prévoir au Maghreb à partir de la fin de l'année 2004. Des répercussions très importantes sont à craindre sur les cultures de primeurs et l'arboriculture, notamment au Maroc. » Le Cirad intervient régulièrement aux côtés de la FAO. La France se montre plus prompte à la volonté technique qu'à la décision financière. Ce que regrette Michel Lecoq: « Notre pays est traditionnellement un bailleur majeur dans cette partie du monde sur la lutte antiacridienne (la lutte contre les criquets ravageurs). Il y a nécessité de mobiliser des financements plus importants au niveau français. C'est une question d'intérêts nationaux à long terme sur la région. » Antony Jones Au final, cette invasion - qui sera maîtrisée au début de l'année 2005 - aura eu au moins le mérite de débloquer les financements internationaux nécessaires au lancement du programme EMPRES de la FAO de renforcement de la lutte préventive contre le criquet pèlerin, programme qui attendait ces financements depuis plusieurs années pour pouvoir démarrer effectivement.
ème
plaie d'Egypte, En 2004, plus de 3000 ans après Ramsès II, Moïse et la 8 un essaim de criquets pèlerins survole les pyramides (© Reuters). 248
2005 Jusque dans les grottes lointaines Sénégal. Je viens d'arriver à Dakar où j'ai été invité à participer à un séminaire scientifique international sur le criquet pèlerin du 11 au 13 janvier. Dans la salle de conférence, l'audience est nombreuse et très sélect: Président de l'Assemblée Nationale, Premier Ministre, nombreux ministres sénégalais et ministres de tous les pays du Sahel et d'Afrique du Nord, nombreux ambassadeurs et membres du corps diplomatique, représentants des bailleurs de fonds et d'organisations internationales (FAO, BAfD, USAID, CILSS...), très nombreux scientifiques, ONG, experts divers et organisations paysannes.... en tout environ 500 personnes dans cette grande salle du luxueux hôtel Méridien de Dakar. Le séminaire vient d'être ouvert par Son Excellence Maître Abdoulaye Wade en personne, le président de la république du Sénégal qui - suite à l'invasion de criquets pèlerins qui sévit sur l'Afrique depuis plus d'une année - s'est fortement impliqué. Il a « déclaré la guerre aux criquets » en juillet 2004, lancé un appel à la communauté internationale en août, puis réuni le 31 août à Dakar tous les ministres de l’agriculture des 10 pays membres de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin (la CLCPRO); et maintenant ce « séminaire scientifique ». Le Président sénégalais est fidèle à ses habitudes : il est très critique vis-à-vis de l’aide de la communauté internationale, il est très volontariste dans la lutte contre les criquets et il a l’intention manifeste de se positionner en leader pour la sous-région sahélienne. Son discours est très documenté et fait appel à des références classiques: Uvarov, Roblot, Pasquier, Magor... mais également aux travaux de mon unité de recherche au CIRAD, ce qui est quand même pour moi une satisfaction certaine. Dans sa conclusion, il invite à aller « trouver ces envahisseurs dans leur zone de reproduction, au besoin, jusque dans les grottes très lointaines de la Péninsule arabique, pour les détruire à jamais. » La formule ne manque pas de panache, mais il est évident que les criquets pèlerins ne vivent pas dans les grottes et que l'origine de l'invasion en cours n'est pas l'Arabie lointaine mais tout simplement les zones de reproduction habituelles situées au coeur du Sahara, donc pas si loin que cela du Sénégal. Mais enfin, le président s'exprime... on laisse dire.
Lors de ma réponse au discours introductif du président Abdoulaye Wade (à l'extrême droite, avec le drapeau sénégalais). Peu avant la fin du discours, je sens une main sur mon épaule. Un collègue sénégalais me susurre à l'oreille: « Monsieur Lecoq, il faut répondre au Président. » Et me voilà catapulté de mon siège pour me retrouver à la tribune, devant un micro, à quelques mètres du président Wade. Et je dois tenter de répondre... et si possible d'une manière intelligente devant une telle audience. Divers points m'ont gêné dans le discours du président. En particulier, regrettant l'OCLALAV - vieil organisme sahélien de lutte contre les criquets, basé à Dakar, moribond et sans aucune activité opérationnelle depuis des années - il veut créer une coordination sous-régionale de la lutte, la COSRELAA. Sa grande idée! En réalité, en recréant un organisme essentiellement sahélien, cette idée revient de facto à mettre en cause tous les efforts entrepris depuis plusieurs années par la FAO (avec mon aide) pour améliorer le dispositif de prévention des invasions, avec entre autre la création de la CLCPRO établissant une coordination d'ensemble sur l'Afrique de l'Ouest et du Nord, deux zones ayant des complémentarités évidentes sur les plans écologique et financier. Mais impossible de créer un incident et de remettre en cause frontalement les idées du président Wade. Je reste donc neutre et
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fais une réponse au final assez banale... mais diplomatique. J'ai laissé le soin aux collègues de la FAO, dans les jours et les semaines suivantes, de faire comprendre au président et à ses services que les idées exprimées étaient intéressantes, certes, mais qu'il vaudrait mieux tenir compte des initiatives déjà en cours. Et qu'en particulier la CLCPRO, créée récemment et dont le Sénégal et tous les pays sahéliens faisaient partie, serait un organisme beaucoup plus adapté et qu'il fallait surtout s'attacher à ce que le programme EMPRES de la FAO - qui devait soutenir la CLCPRO - ait enfin les moyens nécessaires. Tel était l’enjeu principal à l'époque du séminaire.
Les yeux au ciel, je cherche sans doute l'inspiration pour cette réponse au président, aussi improvisée qu'inattendue.
En compagnie de Tahar Rachadi, un collègue du CIRAD, je m'apprête à présenter ma conférence introductive au séminaire. 250
Quoi qu'il en soit, sur le moment, ma réponse paru satisfaisante, et l'on passa à la phase suivante qui était ma conférence introductive. En effet, les Sénégalais m'avaient fait le grand honneur de me confier cette tâche et j'avais intitulé mon propos « Les connaissances sur le criquet pèlerin sont-elles suffisantes pour éviter les crises ? » Ma conférence fut donnée en présence du Président et j'insistais dans ma conclusion sur ce qui me semblait être les points essentiels: un dispositif rénové de lutte préventive à géométrie variable reposant sur des unités nationales de lutte contre le criquet pèlerin, des plans d'urgence et un fonds de réserve international. Si des recherches sur le criquet pèlerin semblaient indispensables (en tant que chercheur je n'allais pas dire le contraire), les freins à une lutte efficace étaient à l'époque des problèmes d’organisation et de financement qu'il fallait en priorité résoudre. Point n'était besoin pour cela de courir jusqu'aux grottes très lointaines de la Péninsule arabique... mais je me gardais bien de le dire devant le Vieux !
A gauche, avec Robert Cheke, professeur de zoologie tropicale au Natural Resources Institute (UK), pendant une pause. A droite, lors d'une session du séminaire, je relis un compte-rendu de séance.
PS. Dans l'invasion de criquets pèlerins de 2003-2005, ce sont tous les acteurs institutionnels qui ont failli dans la gestion de la crise : les donateurs qui ont mobilisé leur aide très tardivement, la FAO qui n’a pas su sensibiliser efficacement la communauté internationale quand il était encore temps et les autorités des pays concernés (notamment dans les zones d'origine) qui à défaut d’avoir su maintenir un système de lutte préventive opérationnel ont laissé se développer l’invasion.
2005 Secret défense J'étais à mon bureau, le 22 mars 2005, quand le téléphone sonna. Un collègue du ministère des affaires étrangères (le MAE) avec qui j'étais régulièrement en contact sur les sujets criquets. La voix un peu troublée, il m'informa qu'il venait tout juste de recevoir un document classé « secret défense » en provenance du Secrétariat général à la défense nationale (SGDN). Et que cette note proposait, suite à l'invasion récente de criquets pèlerins, un certain nombre d'actions pour contrer la menace en Afrique. Et que ces actions n'étaient pas du tout en phase avec celles que nous développions ensemble depuis des mois. Il était sollicité dès le lendemain pour une réunion. Etais-je informé ? Avais-je une idée de l'origine de cette initiative qui risquait de gêner les actions en cours ?
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Non, je n'étais pas informé et n'avais aucune idée de l'origine de cette initiative. Pouvait-il me communiquer cette note ? Non. Cette note d'une quinzaine de pages n'était pas communicable et était disponible seulement en version papier. Il voulut bien, cependant, m'en lire quelques extraits. Parmi les actions proposées par le SGDN au MAE on trouvait, en vrac, un projet de « compilivre », un « biomodèle », un dispositif « Ecoforce », des « casques verts », ainsi qu'une agence portant le nom de « Alarme ». Tout cela était loin d'être anodin et divers intérêts privés se profilaient sans aucun doute derrière ces propositions. D’après mon correspondant au MAE, ce document avait été, à l’évidence, rédigé par un spécialiste des criquets. Il traduisait, selon lui, un déphasage complet par rapport à la réalité du moment, aux actions de la FAO, et à l'état de la coopération entre donateurs. Il qualifiait les actions proposées de « néo-colonialistes » et les considérait comme absolument incohérentes par rapport à la politique et aux actions françaises dans le domaine depuis plusieurs années.
Ayant pris connaissance des idées développées dans cette note et des actions proposées, je n'eus plus aucun doute sur l'origine de cette initiative malencontreuse. Pour moi tout était clair. Les idées développées étaient celles de l'ancien directeur de mon unité de recherche qui avait été évincé quelques années plus tôt. A l'évidence, il avait rédigé ou inspiré cette note et profitait de la situation actuelle de crise, provoquée par la récente invasion de criquets pèlerins, pour ressortir de vieilles idées ayant fait long feu. Mon interlocuteur trouva évidemment que tout cela faisait un peu désordre et qu'il se serait bien passé de ce tir de snipper.
Je m'engageais à régler cet incident en interne au CIRAD. De son côté, lui allait se rendre à cette réunion au SGDN. Nous avions des arguments solides. Il n'aurait aucun mal à démontrer que non, la France n'était pas inactive sur le sujet de la lutte préventive contre les invasions de criquets pèlerins. Le MAE n'avait pas attendu les propositions du SGDN pour entreprendre des actions et définir, au-delà des situations de crise, une politique à long terme sur le sujet. Nous avions été à l'origine de l'extension du programme EMPRES de la FAO en région occidentale (Afrique de l'Ouest et du Nord) et nous venions de lancer, en concertation avec la FAO et les autres bailleurs concernés, deux importants projets dans lesquels mon unité de recherche était fortement impliquée. J'informais ma direction, exposais la situation et mon point de vue sur l'origine de l'incident. Convocation de l'intéressé qui nia, évidemment, toute implication. Mais les faits étaient trop évidents. Remise au pas ferme. Fermer le ban! Mon correspondant au MAE m'informa, peu de temps après, que de son côté le problème avait été réglé et que nous étions parfaitement en phase. De telles « peaux de bananes » furent nombreuses au long de ma carrière. Mais j'avais un truc pour les éviter. Lequel ? Secret défense !
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Le célèbre concombre masqué de Mandryka aurait-il démasqué certains intérêts cachés ?
2005 A l'ombre des trois soeurs ème
Canada, 9 congrès de la société internationale des Orthoptéristes du 14 au 19 août à Canmore, dans l'Alberta. A la tribune, au cours de la soirée de gala et coiffé de mon « chapeau présidentiel » qui vient de m'être remis quelques instants plus tôt, je remets des distinctions honorifiques à quelques collègues réputés et à d'autres quelques bouteilles de vin du Languedoc (Mas de Daumas Gassac 1985) que j'ai apportées dans ma valise... en leur conseillant de bien les laisser reposer avant de les ouvrir. Ambiance amicale et chaleureuse pour cette soirée qui clôt une semaine de réunions scientifiques et où j'ai également présidé le conseil d'administration de la société: 5 heures à diriger des débats en anglais et où, du fait du manque de temps, j'avais fait remplacer le dîner par un plateau repas livré directement dans la salle de réunion... accompagné d'un excellent vin rouge du Canada produit dans la région de Vancouver.
Le massif des Trois soeurs (Three Sisters), la montagne emblématique de Canmore dominant la ville, sur l'affiche du congrès.
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Lors de ma conférence introductive au congrès « Progrès récents et problèmes clés de la gestion des criquets ravageurs », j'ai largement utilisé les dessins du Chat de Philippe Geluck pour marquer - sous forme de questions - les grandes articulations de ma présentation.
J'ai également eu recours à un caricaturiste britannique, Mike Flanagan, pour illustrer mon propos et le fait qu'au delà des connaissances scientifiques sur l'écologie des criquets, le problème était maintenant, le plus souvent, un manque de moyens et d'organisation dans les pays en charge de la prévention et des opérations de lutte. D'où ce dessin, avec le chef d'état major des criquets exposant son plan pour une invasion de l'Afrique et son officier d'ordonnance qui se félicite de l'inorganisation des hommes incapables de s'opposer à ce projet. Ma conférence fut également agrémentée de dessins extraits d'un vieil ouvrage de Jules Künckel d'Herculais traitant de la lutte ème siècle. Magnifiques gravures, comme on en contre les criquets en Algérie, au tout début du 20 faisait autrefois, que j'ai souvent utilisées dans mes cours ou mes conférences. Il s'agit de criquets pèlerins grégaires, rougeâtres lorsqu'ils sont immatures, et jaunes en période de maturité. Deux formes que pendant longtemps on pensait appartenir à deux espèces différentes.
Quelques illustrations de ma conférence.
Le collègue canadien de l'université de Lethbridge, qui organisait le congrès pour le compte de la société des orthoptéristes, avait fait livrer de la bière « Grasshopper » (« criquet » en français), produite par la société Big Rock, à Calgary, et dont le logo était un coq noir. On ne pouvait rêver mieux. Ce fut naturellement la bière « officielle » du congrès... servie dans des verres décorés d'un criquet. Les Trois soeurs ne manquaient décidemment pas de charmes.
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Soirée de gala du congrès et remise des prix par le nouveau président. Avec, de gauche à droite : E. Jago (UK), J. Lockwood (USA), C. Carbonnel (Uruguay).
Le soir, après les débats de la journée, autour d'une bière dans un bar de Canmore. C'est le plein été, mais le chauffage fonctionne en terrasse et quelques flocons de neige tombent sur les sommets. A droite, en discussion avec un collègue australien, dans un salon de l'hôtel Radisson où se déroule le congrès.
Les participants du congrès devant les trois Sœurs (mais pas vraiment à l’ombre !). En arrière plan, l'hôtel Radisson.
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La bière « Grasshopper », la bière « officielle » du congrès.
2005 Le président n'a pas la grosse tête ème
Soirée de gala dans le cadre de la 9 conférence internationale de la Société des orthoptéristes qui se déroule dans les locaux de l'hôtel Radisson à Canmore, non loin de Calgary, dans les Rocheuses Canadiennes, et tout près du célèbre Parc National de Banff. Je viens de prendre la présidence de cette société scientifique et au moment où, à la tribune, j'allais prendre la parole pour remettre divers prix, le président sortant, le professeur Theodore J. Cohn - Ted - vient me remettre un magnifique chapeau de la police montée canadienne comme symbole de mon autorité sur la société... avec bien sûr obligation de le coiffer immédiatement. Il porte d'ailleurs lui même un splendide chapeau australien vert, orné de clochettes destinées à éloigner les mouches, chapeau qui lui avait été remis lors de sa prise de fonction au congrès de Cairns, en Australie, en 1997.
A gauche: Ted me remettant le chapeau. A droite: avec Ted et Dan Johnson, l'organisateur canadien du congrès.
Après quelques instants d'hésitation - dans quel sens le mettre, le porter incliné ou horizontal et autres questions philosophiques - je me décide à le coiffer... Et là, je constate que le tour de tête est légèrement trop grand, provoquant des mouvements incontrôlés du chapeau que je dois veiller à maîtriser. Ted, avant d'acheter ce couvre-chef typique, avait demandé mon tour de tête à mon assistante de direction, qui elle même s'était enquise du sujet auprès de mon épouse... qui avait donné un chiffre approximatif sans oser prendre la mesure exacte de peur de me mettre la puce à l'oreille. Mais non, malgré mes nouvelles responsabilités, je n'avais pas pris la grosse tête!
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Lors de la soirée de gala, passation de pouvoir entre l’ancien et le nouveau président.
Pendant ma conférence pléniaire lors de la séance d'ouverture du congrès. En arrière plan, on aperçoit une photo prise à Brasilia en 2003 à l'issue d'une conférence donnée au CENARGEN, un centre de recherche brésilien. Avec des collègues, nous portons un criquet géant qui a dû être confectionné pour le carnaval. Ma conférence de Canmore fut publiée par la suite dans le Journal of Orthoptera Research: Lecoq M. 2005. Desert locust management: from ecology to anthropology. J. Orthoptera Res. 14(2):179-186.
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Les présidents de la Société des Orthoptéristes de 1997 à 2016 avec leurs chapeaux respectifs. T. Cohn gagna le sien à Cairns en 1997, M.M. Cigliano à Antalya en 2009, M. Samways à Kunming en 2013... et moi à Canmore en 2005.
Le massif des Trois soeurs, la montagne emblématique de Canmore, toute proche de la ville. La plus haute atteint près de 3000 m. Au premier plan, la « Bow River », rendue célèbre par le film « La rivière sans retour » (River of no return) d'Otto Preminger, avec Marilyn Monroe, film sorti en 1954. Les ours noirs et les grizzlis sont nombreux dans la région et les habitants de cette petite ville essaient de cohabiter avec eux. Plusieurs ours ont été signalés dans la ville ou au voisinage lors de mon séjour. Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion d'en observer.
Localisation de Canmore dans les rocheuses canadiennes. 258
Pendant une excursion organisée dans le cadre du congrès. A gauche, les glaciers, omniprésents dans les rocheuses canadiennes. A droite, avec des collègues, sur un site géologique protégé où chaque pierre renferme des fossiles. Il s'agit des schistes noirs de Burgess renfermant des specimens parmi les plus anciens au monde, vieux d'environ 505 millions d'années. J'ai eu l'occasion d'observer de nombreux trilobites... mais gare à celui qui s'aviserait de vouloir garder un souvenir. Les rangers du parc veillent et j'ai pu assister à l'arrestation d'un « randonneur » dont le sac à dos était trop bien garni.
2005 Le criquet pousse le phacochère à la mer En cette année 2005, à Zinder, j’accompagne un thésard nigérien travaillant sur le criquet sénégalais. Nous devons visiter ses stations d’étude situées sur un transect allant de Zinder au sud, non loin de la frontière avec le Nigéria, à Agadez dans la zone désertique au nord. Brève visite de la ville où je n’étais pas passé depuis longtemps. Déjeuner dans une gargote locale et passage obligé à l’ancienne base de l’OCLALAV - l’Organisation commune de lutte antiacridienne et de lutte antiaviaire - qui est toujours là, malgré les années. Coquille vide, témoin d'un passé prestigieux.
Déjeuner à Zinder et portail d’entrée de la base locale de l’OCLALAV. L’OCLALAV fut fondée le 29 mai 1965 à Fort-Lamy (actuellement N'Djaména), par la fusion de l’OCLA (Organisation commune de lutte antiacridienne) et de l’OCLAV (Organisation commune de lutte anti-aviaire). Pendant des années, l’OCLALAV mena le combat contre le criquet pèlerin dans l'ensemble de la zone sud-saharienne et développa, sous l’impulsion de personnes comme Aristide Mallamaire, Jean Roy, Jean-Marie Castel… une stratégie de lutte préventive contre cet insecte. Le logo de l’organisation était décrit en termes imagés par le personnel de l’OCLALAV : « Le criquet pousse le phacochère à la mer et le mange-mil les regarde passer ». L’organisation s’occupait en effet à la fois du criquet pèlerin et des oiseaux granivores (Quelea quelea). Sur le logo, l’ensemble des pays membres de l’organisation (en rouge) a en effet plus ou moins la forme d’un phacochère, et le criquet placé sur l’est de l’Afrique semble le pousser vers l’Atlantique. Aux jours fastes de l’OCLALAV, ce logo ornait les portières des Unimog, Land-Rover et autres Power-Wagon, tous véhicules sillonnant sans relâche les zones désertiques au sud du Sahara, de la Mauritanie au Tchad, à la recherche des populations de la trop fameuse huitième plaie d’Egypte.
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Puis le péril sembla s’éloigner. Les priorités étaient autres. L’OCLALAV coûtait cher, son efficacité, après avoir été appréciée en période d’invasion, paraissait douteuse le calme revenu. Les crédits se firent rares. Ce fut le début de la déchéance de l’Organisation et plusieurs liftings successifs n’y purent mais. Sa disparition fut décidée en 1987. Mais le criquet pèlerin était toujours là ! Depuis, un nouveau dispositif international a été mis en place dans le cadre du programme EMPRES de la FAO. La nouvelle structure, la CLCPRO (Commission de lutte contre le criquet pèlerin en région occidentale) couvre maintenant l’ensemble de l’Afrique du Nord et de l’Ouest. Les temps changent… les criquets restent !
2005 Hôtel Mahasoa Je suis dans la cour de l’hôtel Mahasoa, à Betioky, dans l’extrême sud de Madagascar, à 160 km de Tuléar en direction de Fort Dauphin. Depuis plusieurs années, l’hôtel Mahasoa (prononcez « ma-achou-a ») est devenu ma base de travail. Situé à côté du centre de lutte contre les criquets (le Centre national antiacridien ou CNA), il offre tout le « confort » dont on puisse localement rêver : chambre « coquette » un peu chaude à cause de son toit en tôle, salle d’eau collective un peu bricolée mais propre, une restauration sommaire, monotone, mais saine, et un couple s’occupant de tout cela en famille dans une ambiance bon enfant… et les enfants avaient l’air fort nombreux. Le café était torréfié sur un braséro dans la cour où circulaient chiens, oies, canards, poules, cochons… et la multitude d’enfants. J’étais le seul client étranger. Demeurant là parfois plusieurs semaines, j’étais devenu un habitué.
Torréfaction du café dans la cour de l'hôtel Mahasoa. De 2001 à 2007, effectuant régulièrement des missions dans le sud malgache, j’ai multiplié les séjours à l’hôtel Mahasoa. Je travaillais dans le cadre de deux projets successifs d’appui au CNA. Un projet financé par la France de 2001 à 2003, puis un autre, dans la stricte continuité du premier, financé par la Banque africaine pour le développement. Les objectifs étaient d’appuyer le CNA à mettre en place un dispositif de prévention des invasions du criquet migrateur (Locusta migratoria L.), et de mieux comprendre l’écologie du criquet nomade (Nomadacris septemfasciata Serv.) et le déterminisme de ses pullulations.
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Bière et brochettes de zébu avec le patron. Une des jeunes filles de la maison fait le service. L’hôtel Mahasoa m’offrait à chaque fois un gîte sûr et relativement agréable pour la région… ce qui était loin d’être possible dans de nombreuses localités de l’extrême-sud. Les bières accompagnées de brochettes de bœuf étaient un « must » que je partageais de temps à autre avec mes collègues malgaches. Le riz (vary) était évidemment omniprésent accompagné d’un bouillon dans lequel trempaient quelques herbes locales (les brèdes). Les frites de manioc étaient un régal. Le dessert était invariablement constitué de bananes ou de papayes. Le lait caillé de zébu, acheté par le patron sur le marché, était un délice local.
L'entrée de l'hôtel Mahasoa et la cour de l'hôtel au soleil couchant. Les résultats que j’ai pu obtenir avec mes collègues dans le cadre de ces deux projets étaient tout à fait intéressants. C’est du moins ce qu’il me semblait. Je m’étais attaché plus spécialement à l’écologie du criquet nomade et je n’étais pas mécontent des résultats : meilleure connaissance de la dynamique des populations et des migrations, délimitation des zones favorables à la reproduction, estimation des densités à partir desquelles le phénomène dit de transformation phasaire s’amorçe (étape clé prélude aux pullulations et aux invasions). Tout cela constituait un corpus de connaissances originales dont le centre antiacridien allait pouvoir faire bon usage. Malheureusement, l’avenir en décida autrement et l’assistance internationale terminée, la débâcle recommença.
La cuisine et la préparation du repas.
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Porcs et canards dans la cour de l'hôtel Mahasoa.
2005 Surprise au contrôle de Konni Niger. Le mois de mai n'est vraiment pas le plus approprié pour voyager dans ce pays. Température étouffante atteignant souvent 45°C à l'ombre, atmosphère laiteuse due aux poussières en suspension dans l'air. Je suis là depuis 2 semaines pour suivre le travail de thèse d'un de mes étudiants travaillant sur le criquet sénégalais. Vaste périple allant de Niamey à Zinder à l'est, puis remontant vers le nord en passant par Tanout et finalement Agadez. Au cours du trajet de retour d'Agadez sur Niamey, nous passons à Konni, à côté de la frontière avec le Nigéria et à 400 km de la capitale. Arrêt au poste de contrôle phytosanitaire... et là, surprise, je retrouve un ancien étudiant que j'avais eu auparavant en formation à Niamey (au Département de formation en protection des végétaux), lorsque j'effectuais chaque année des cours sur l'écologie des criquets du Sahel, au début des années 80. Cet ancien étudiant est devenu inspecteur phytosanitaire et occupe le poste de contrôle de Birni N'Konni. Peu de temps à consacrer à ces retrouvailles, mais beaucoup de plaisir quand même de se revoir après toutes ces années. En fait, ayant formé des dizaines d'étudiants de tous les pays sahéliens, ces rencontres étaient devenues fréquentes et agrémentaient souvent mes voyages en Afrique.
A Koni, avec un ancien élève devenu inspecteur phytosanitaire. Mais l'essentiel de ce séjour est consacré au travail de mon thésard, Idrissa Maiga. Idrissa étudie le criquet sénégalais, Oedaleus senegalensis (Krauss 1877). Il a implanté sur le terrain - sur environ 400km entre Zinder au sud et Tanout au nord - plusieurs sites d'observation que nous visitons les uns après les autres sous un soleil de plomb, cherchant souvent une ombre qui n'existe pas, passant de village en village en empruntant de petites pistes sablonneuses. Après un passage à Tanout, nous 262
poursuivons vers Agadez avant de retourner sur la capitale. Périple rapide mais instructif, m'ayant permi de vérifier le dispositif expérimental de mon thésard. Au final, le travail de Maiga aura été fructueux. En l'espace de 3 ans, il parviendra à soutenir sa thèse à Montpellier et à en tirer quelques intéressantes publications. Le criquet sénégalais est un important ravageur des cultures en Afrique de l’Ouest et de nombreux travaux y ont été consacrés. Je m'y suis moi-même intéressé pendant de nombreuses années. Maiga a en particulier étudié les facteurs influant sur la production des œufs, la distribution des pontes et le rôle des ennemis naturels dans la régulation des populations, évaluant également les conséquences à long terme des traitements chimiques à grande échelle. Ses données de terrain ont servi à valider un modèle de la dynamique des populations de ce criquet prenant en compte la croissance de la végétation, la dynamique du criquet sous l’influence des pluies et des ennemis naturels, ainsi que l’effet des criquets sur les espérances de récolte. Ce modèle a pu être proposé comme outil d’aide à la décision pour la gestion des populations dans le cadre d’une stratégie IPM (« integrated pest management »).
A gauche, entre Zinder et Tanout, un site d'étude où Maiga Idrissa, mon thésard que l'on voit ici de dos, étudie le criquet sénégalais, et en particulier ses oeufs qui passent la saison sèche en diapause. A droite, peu avant Zinder, les traces du passage récent d'un essaim : quelques criquets pèlerins (Schistocerca gregaria Forsk.) écrasés sur la piste.
Vent de sable entre Tanout et Agadez. Vaste étendue de reg dans la région de Tanout.
A gauche, une rue d'Agadez où ces charmantes jeunes femmes invitent les habitants à partager leur monde (qui semble aux antipodes de celui que l'on peut observer sous l'affiche). A droite, dans la cours du centre de lutte contre les criquets, à Agadez, avec le directeur et quelques prospecteurs, dont Kizao (en vert) avec qui j'ai effectué de nombreuses prospections dans le Tamesna 15 ans auparavant, en 1991.
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Minaret de la grande mosquée d'Agadez au soleil couchant. Sur la route au sud d'Agadez, un camion bien chargé et des passagers bénéficiant d'une vue panoramique (photo prise au travers du pare-brise fissuré de notre 4x4).
2006 Victor et le criquet rouge Sur la photo ci-dessous, je suis avec Victor, mon prospecteur, dans sa maison qui lui sert également de bureau et de laboratoire. L’action se passe en décembre 2006, à Madagascar. Je fais le point sur les récentes observations de Victor sur le criquet nomade, Nomadacris septemfasciata (Serville), encore appelé « criquet rouge » ou « red locust » en anglais. Victor habite dans le village d'Ankiliarivo, non loin de Betioky-sud et du centre national de lutte contre les criquets, dans l'extrême-sud de la Grande Ile. J’ai recruté Victor - agriculteur sans diplôme - une première fois en 2003 pour effectuer des observations sur le criquet nomade. Après quelques semaines de formation sur le tas, il s'est très vite révélé être un observateur consciencieux et extrêment efficace.
Avec Victor, dans sa case/laboratoire. Par la suite, pendant plus de trois années (de 2005 à 2008), Victor a assuré des prospections quasi quotidiennes dans les zones de cultures au voisinage de son village, observant les criquets, estimant leur densité, collectant des échantillons et les classant par âge, effectuant des dissections pour noter l'état de maturité des femelles, remplissant minutieusement les fiches d'observation. J'avais installé au voisinage de son habitation une petite station météorologique: pluviomètre, thermomètre mini/maxi et thermohygromètre enregistreur. Victor en pris un très grand soin et je pus ainsi disposer d'une série inestimable d'observations météo. Victor était devenu le « scientifique » du village et était - avec juste raison - très fier de son travail. En réalité, j'avais plus confiance dans ses observations que dans celles des prospecteurs attitrés du centre national de lutte contre les criquets. 264
Victor dans son « bureau-laboratoire »: dissection des criquets (à gauche) et remplissage des fiches d'observation (à droite).
Une partie des habitations du village d'Ankiliarivo. La maison de Victor était très semblable à celle de gauche.
A gauche et à droite, le criquet nomade (Nomadacris septemfasciata Serville), encore appelé « criquet rouge » à cause de la couleur de ses ailes postérieures d'un beau rouge vif. Au centre, Victor (en rouge) et un ingénieur du centre antiacridien, prospectent le site d'Ankiliarivo, non loin de Betioky-sud. Sur ce site, déjà étudié dans les années 1960 par Daniel Wintrebert, les hautes herbes au voisinage des rizières, sur sol lourd, constituent un milieu très propice pour le criquet nomade.
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2006 La petite charbonnière et le pot au lait Madagascar, 17 avril 2006. Cette charmante fillette tente de me vendre une bouteille de lait, entourée par de nombreux autres enfants de ce petit village de charbonniers implanté le long de la RN7, axe principal reliant la capitale Antananarivo, au centre, à Tuléar (Toliara), dans le sud-ouest. A peine descendu de voiture, je suis comme d'habitude entouré d'une horde d'enfants, toujours souriants, tous plus curieux les uns que les autres de voir des « vazahas » (des blancs, des étrangers) arriver. Arrêt bref. Mon chauffeur achète du charbon de bois, met le sac à l'arrière, et nous repartons, direction Betioky-Sud et le siège du centre de lutte contre les criquets - le CNA ou Centre national antiacridien laissant cette petite charbonnière et son « pot au lait », le reste du voyage éclairé par son sourire.
Marchande de lait le long de la RN7, non loin d'Andranovory.
Je rentre d'une tournée dans l'extême-sud malgache dans le cadre d'une mission d'appui à un projet de lutte préventive contre les criquets financé par la Banque africaine pour le développement. Parti de Betioky-Sud, je suis passé par Edjeda, puis Fotadrevo, Bekily, Isoanala, Betroka et enfin retour sur Betioky par Ranohira et Sakaraha. J'ai visité mon dispositif d'observation de terrain devant permettre de mieux comprendre la dynamique des populations d'une espèce de criquets ravageurs, le criquet nomade (Nomadacris septemfasciata Serville). J'ai implanté des sites d'observation en divers endroits. Chaque site est prospecté régulièrement par un observateur suivant à la fois la population de criquets et les conditions environnementales: état de la végétation, pluie, humidité du sol... Environ deux fois par an, lors de mes mission d'appui au projet, je visite les sites, collecte les données, contrôle l'état du matériel, paye le personnel permanent et les manoeuvres temporaires qui sont souvent nécessaires pour collecter des échantillons de criquets. En outre, je coordonne des enquêtes en milieu paysan dans tout l'extrême-sud avec l'appui d'étudiants de l'université de Tuléar et tente d'analyser les archives du centre malgache de lutte contre les criquets pour en tirer un maximum d'informations. Vaste tâche, mais passionante et finalement, au bout de 4 années, des résultats que j'estime à la hauteur des investissements.
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A chaque arrêt, les enfants sont toujours nombreux à venir nous voir, curieux de découvrir les « vazaha ».
Village des charbonniers le long de la RN7, non loin d'Andranovory: tas de charbon de bois et sacs prêts pour la vente. Le projet s'est en effet étendu de 2005 à 2009 avec pour objectifs de renforcer les connaissances sur l’écologie du criquet nomade afin d’améliorer la stratégie de surveillance et de lutte, mais aussi - et surtout - de développer un outil de surveillance et d’aide à la décision permettant de détecter en temps utile les zones à haut risque de pullulation du criquet migrateur, Locusta migratoria Linné, la principale espèce de criquets ravageurs de l'île. Pour le criquet migrateur, un système d'information géographique a été développé par des collègues du CIRAD et implanté dans les locaux du CNA comme outil de surveillance et d’aide à la décision devant permettre de détecter en temps utile les zones à haut risque de pullulation et de conduire plus efficacement les opérations de surveillance et de lutte préventive. Quant au criquet nomade, mes travaux sur la dynamique de ses populations ont permis d’aboutir à une compréhension plus fine du déterminisme des pullulations et à une délimitation plus précise des zones à risque devant être surveillées en priorité. Au final, les résultats de ce projet, associés à ceux de mes études antérieures et à ceux obtenus avec des collègues depuis une quarantaine d'années, constituaient une base solide sur laquelle le CNA pouvait s'appuyer pour améliorer sa stratégie de prévention. Malheureusement, quelques mois seulement après la fin du projet une nouvelle invasion démarra... et le pays fut incapable de faire face sans, de nouveau, une assistance financière internationale conséquente. A croire que nos résultats étaient partis en fumée dans les foyers de ma petite charbonnière et de sa famille.
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La « gare routière » d'Andranovory sur la RN7 au niveau de la bifurcation pour la RN10 en direction de Betioky-Sud et Fort Dauphin. Une multitude de marchands ambulants assaillant les taxis brousse, ème catégorie. De tout, un peu! de petites échoppes, bars, restaurants, hôtels de 7
Un itinéraire que j'ai fait de nombreuses fois dans le cadre de ce projet. Betioky-Betroka demandait souvent plus de 10 heures de temps, en 4x4, pour parcourir les 350 km de mauvaises pistes. .
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2007 Le mystère des criquets Suresnes, région parisienne. Je suis dans les locaux de la société Matin & Soir Films pour le montage du film « Le mystère des criquets » réalisé par Thierry Ragobert* et produit par la société MC4. L'aventure a commencé environ une année plus tôt lorsque nous avons été contacté par T. Ragobert pour voir si nous étions intéressés à participer à la réalisation d'un film sur le criquet pèlerin en Afrique. La question était alors d'actualité, relancée par une récente invasion qui avait commencé fin 2003 et n'avait pu être stoppée que début 2005. Cela avait été l'occasion de se souvenir que ce criquet coûte cher: les deux dernières invasions de criquets pèlerins (1987-89 et 2003-05) ont coûté aux pays infestés et à la communauté internationale plus d’un milliard d’euros. Outre les dégâts qu’ils causent sur les cultures, les criquets posent des problèmes sociaux et environnementaux et sans l’intervention de l’homme, les invasions de criquets pourraient durer 10 à 20 ans, comme ce fut le cas dans un passé pas si lointain. La proposition de T. Ragobert arrivait à point. L'occasion était trop belle et j'ai tout de suite accepté. Nous avons longuement discuté avec Thierry et le producteur, Pierre Fraudeau, pour leur expliquer la nature du problème posé par le criquet pèlerin, sa biologie, les causes de ses pullulations et de ses départs d'invasion, l'organisation des opérations de lutte... Mais nous avons également mis en avant les difficultés de la réalisation d'un tel film. Extrêmement mobile, migrant sur des distances considérables, le criquet n'est jamais là où on l'attend. Nous allions le vérifier une fois de plus.
Dans les locaux de Matin & Soir Films à Suresnes, travaillant avec T. Ragobert au montage du film.
Pris par d'autres activités en France, c'est un chercheur de mon labo, Antoine Foucart, qui participa aux expéditions sur le terrain et qui fut le héros du film. Mes nombreuses relations dans l'ensemble des pays d'Afrique de l'Ouest avec tous les acteurs de la lutte contre ce criquet nous permettaient d'organiser plus facilement la logistique et en particulier de disposer de véhicules 4x4 indispensables aux déplacements en zone désertique, ainsi que du matériel de campement. Un hélicoptère put même être mobilisé pour quelques séquences aériennes. Une première tentative de tournage au Niger se solda par un échec. Pas un seul criquet pèlerin! Juste la réalisation de quelques séquences de paysages des milieux où l'on était susceptible de le trouver.
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Pas très glorieux. La deuxième tentative en Mauritanie fut plus fructueuse. Des criquets pèlerins grégaires étaient là, pas en très grand nombre, mais suffisamment pour réaliser les principales séquences du film. Quelques images plus spectaculaires d'invasion de criquets seront finalement achetées. Mais l'essentiel fut tourné sur le terrain, dans le désert mauritanien. Le scénario du film avait été écrit par Pierre Fraudeau. Thierry Ragobert, à partir des dizaines d'heures de tournage, venait de réaliser un premier montage et avec Antoine Foucart, en ce début d'année 2007, je visionne ce premier jet de 52 minutes pour noter les éventuels problèmes, incohérences, erreurs flagrantes sur un plan scientifique. Au final, grâce à sa collaboration scientifique avec mon unité de recherche du Cirad, Thierry Ragobert a réalisé un impressionnant documentaire de 52 minutes sur ces criquets pèlerins qui dévastent les champs des agriculteurs et menacent la sécurité alimentaire de nombreux pays d'Afrique et du Proche Orient.
« Le mystère des criquets » - Un film de Thierry Ragobert, écrit par Pierre Fraudeau, musique de Frédéric Weber. Une coproduction Matin et Soir Films et MC4, avec la participation de Canal+, tournée avec l’appui du Cirad. Couverture de la cassette DVD.
Le film retrace le parcours d’Antoine Foucart lors de ses dernières missions au Niger et en Mauritanie sur la piste du criquet pèlerin. Antoine est présenté comme un entomologiste français du Cirad enquêtant pour mieux comprendre les migrations dévastatrices du criquet pèlerin et les combattre. A ses côtés, l'on remonte la piste des criquets qui mène tout droit vers le désert où ces insectes vivent de façon solitaire et inoffensive mais où parfois, et sans que l’on sache exactement pourquoi, ils se regroupent et changent d’aspect, de couleur et de comportement. Ils finissent alors par former de gigantesques essaims qui, lorsqu’ils se déplacent vers des régions habitées, ravagent alors les cultures. Pourquoi les criquets, solitaires durant la première partie de leur existence, se réunissent-ils par millions ? Qui dirige cette armée ? Où vont-ils ? Le film révèle peu à peu les mystères de ces étonnants insectes même si beaucoup de questions demeurent en suspens. De nombreuses séquences spectaculaires ont été réalisées grâce à des moyens techniques qui ont permis de filmer l’insecte au plus près. Un très beau documentaire animalier mais aussi une belle expérience pour Antoine et moi. Ce film fut projeté en avant-première le 31 mai 2007 à Paris, puis le 14 juin au Cirad à Montpellier. Il sera ensuite diffusé le 24 juin, à 17h sur Canal+, puis connut une diffusion mondiale sur diverses chaines de télévision dont Animal Planet et Discovery. Il sera primé à plusieurs reprises: au festival du film Nature de Namur, où il reçut la Cassette d'Or de la meilleure ème prix Argent Agriculture. Naturellement, les image, et au festival Agrifilms, en Tunisie, où il reçut le 2 spécialistes des criquets ne se sont pas privés pour effectuer diverses critiques... mais ces « spécialistes » n'étaient pas la cible du film et je n'ai entendu que des commentaires élogieux de toutes les personnes non spécialistes ayant eu l'occasion de le voir... et c'est bien là l'essentiel.
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Le tournage dans le désert mauritanien. Thierry Ragobert et le caméraman filmant des larves de criquet pèlerin sur un buisson.
Le réalisateur (à droite) et son acteur principal sur l'un des sites de tournage en Mauritanie.
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Certes, le mystère des criquets demeure... mais grâce, entre autre, à nos travaux au Cirad, il commence sérieusement à s'éclaircir et les techniques de prévention et d’alerte précoce se perfectionnent et deviennent chaque jour plus efficaces. Les invasions du criquet pèlerin sont maintenant nettement moins fréquentes et sont enrayées beaucoup plus rapidement que par le passé. Mon job aura quand même un peu servi à quelque chose.
* Thierry Ragobert est un réalisateur français de films, notamment connu pour les longs métrages cinéma La Planète blanche – documentaire animalier sur l'arctique sorti en 2006 – et Amazonia – une fiction animalière en 3D relief sortie en 2013. Mais il a monté et réalisé de nombreux documentaires pour la télévision, notamment une trilogie archéologique sur Alexandrie et la série La Bible dévoilée.
2007 Sauvé par les beignets Sur le bord de la rue principale, à Betioky-Sud, non loin du centre de lutte contre les criquets, je déguste un café et quelques beignets. Dans cette petite préfecture reculée du sud-ouest de Madagascar, les friandises sont rares. Grâce à cette dame, qui tous les jours propose aux passants son café et ses beignets, je peux profiter de quelques moments de détente… non loin des tracas professionnels.
Sur le marché, quelques instants de détente : un café et des beignets ! Depuis plusieurs années, je conduis un projet de recherche sur le criquet nomade à Madagascar. Cette espèce semble pulluler de plus en plus fréquemment et provoque d’importants dommages. Je cherche à cerner les causes de ces pullulations. J’ai implanté plusieurs sites d’observation dans le sud de l’île pour étudier la biologie et les migrations de cette espèce. Je tente également d’exploiter les archives locales du centre de lutte contre les criquets, le CNA ou Centre national de lutte antiacridienne. Et c’est là que les problèmes commencent.
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Je collabore naturellement avec les agents du CNA mais, malgrè la bonne volonté évidente de mes collègues malgaches (qui font gentiment leur possible pour satisfaire mes requêtes), le travail avançe fort lentement. Je pensais régler le problème de l’analyse des archives en quelques semaines… Il me faudra deux ans. Les conditions de travail mettent souvent les nerfs à rude épreuve et il est parfois difficile de rester calme. Ainsi, le matériel informatique est utilisé par le personnel à des fins privées pour visionner des films, écouter de la musique… Il en résulte un réseau informatique complètement saturé de virus. Il est souvent impossible de travailler plus de 15’ sur un ordinateur sans devoir tout fermer et relancer la machine. Mais cela ne semble déranger que moi ! Mes demandes pour consulter et analyser les archives sont immédiatement satisfaites… mais après un certain temps je me rends compte que les informations communiquées sont totalement éronées, et il me faut faire une nouvelle requête et tout recommencer à zéro. Et le scénario se répète de jour en jour, encore et encore. Dur, dur !
Quelques scènes prises sur le marché de Betioky-Sud : arrivée des charrettes, la place du marché, couturière et sa machine à coudre « Sincère ». Cette charmante dame, son café, ses beignets, l’atmosphère champêtre et bon enfant qui régnait autour de son stand, m’apportaient un peu de réconfort. Au final, je réussis néanmoins à exploiter les archives du CNA et à en tirer quelques publications intéressantes. Mais ce ne fut pas sans mal. Sans aucun doute les beignets ont contribué à la qualité des résultats obtenus.
2007 La femme du président et le champignon vert Saly, Sénégal. Dans un hôtel club de ce « haut lieu touristique » du pays, je discute avec Madame Viviane Wade, épouse du président, en compagnie de quelques collègues de la FAO. Nous parlons des perspectives offertes par un nouveau produit biologique apparu depuis quelques années pour la lutte contre les criquets, le champignon entomopathogène Metarhizium acridum. La FAO l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture - a organisé du 12 au 15 février un séminaire de travail pour tenter de comprendre pourquoi ce produit a du mal à passer dans la pratique et quelles seraient les mesures requises pour inciter à son utilisation, en lieu et place des traditionnels insecticides de synthèse. La réunion est placée sous l'égide de la Société internationale des Orthoptéristes (The Orthopterists' Society) dont j'assume à l'époque la présidence. J'ai donc une place de choix dans ce meeting. Metarhizium acridum est un parasite spécifique aux criquets. La maladie causée par ce champignon est appelée la muscardine verte à cause de la couleur verte de ses spores. Une souche particulièrement virulente a été isolée à partir d'insectes retrouvés morts sur le terrain au Niger. Un programme international (le programme LUBILOSA - Lutte Biologique contre les Locustes et
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les Sauteriaux) a développé - de 1989 à 2002 - les techniques de production de masse et les méthodes et techniques d'application de ce produit appelé commercialement Green Muscle. Les formulations développées, à base d'huile, permettent l'épandage des spores fongiques dans des conditions compatibles avec les techniques de pulvérisation en ultra bas volume (ou UBV, soit environ 1 litre de produit par hectare) utlisées généralement en lutte contre les criquets. Et pourtant... ce produit biologique n'est guère utilisé. S'il a de nombreux avantages (moins polluant, moins dangereux, plus spécifique, épargnant la faune non cible et la biodiversité…), il a également divers inconvénients: lenteur d’action, forte influence des conditions météorologiques sur l’efficacité, courte durée de vie des stocks formulés.
Discussion avec Madame Wade et quelques collègues de la FAO dont Thami Benhalima et James Everts.
Après la cérémonie d'ouverture, avec Madame Wade et le représentant de la FAO au Sénégal. 274
J'ai personnellement travaillé sur un produit similaire au Brésil et conduit de 1998 à 2003, avec des collègues de Brasilia, diverses expérimentations de terrain au Mato Grosso pour en montrer l'efficacité. Je connais donc un peu le sujet. De son côté, Madame Wade - dans le cadre de sa fondation « Agir pour l'Education et la Santé » - a depuis quelques années investi dans une unité industrielle de production de ce champignon - de ce biopesticide - qu'elle destine aux agriculteurs du Sénégal et de l'Afrique entière. Elle est donc directement intéressée au succès de ce produit. La réunion a bien sûr débouché sur diverses recommandations et un plan d'action dont il était souhaité que les autorités le mettent en oeuvre aussi rapidement que possible pour assurer l’intégration des biopesticides dans la gestion opérationnelle des criquets ravageurs, en particulier dans les campagnes de lutte préventive. Près de 10 ans plus tard, on ne peut pas dire, malheureusement, que les résultats soient là. Actuellement@ seule l'Australie utilise régulièrement un produit biologique voisin, le Green Guard... en complément des insecticides traditionnels, ainsi que la Chine. Au Sénégal, l'usine de production a été fermée. La production devrait reprendre au Maroc, mais le produit ne sera sans doute pas disponible avant 2017. L'avenir de ce champignon vert est donc encore loin d'être assuré.
Dans la conclusion de mon discours introductif à la réunion, je terminais en paraphrasant un grand homme politique français, et en soulignant qu'il serait très dommage que dans quelques années on puisse encore dire « Les mycopesticides sont des produits d’avenir…. et ils le resteront ».
Pendant une pause, je souligne à Madame Wade les avantages des champignons entomopathogènes pour la lutte contre les criquets... mais également toutes les difficultés auxquelles leur mise en oeuvre se heurte.
Danseurs dans un restaurant de Dakar, lors d'un dîner entre collègues.
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Criquet contaminé par le « champignon vert. » Pour l'anecdote, signalons qu'à l'époque l'administrateur de la fondation « Agir pour l'Education et la Santé » est un jeune ingénieur agronome français qui effectue alors un excellent travail pour développer la production de Green Muscle dans l'usine de Dakar. Trop excellent travail! L'argent afflue et Viviane Wade va vouloir une mainmise totale sur le projet au profit de son fils Karim, surnommé « Monsieur 15 % ». Sous divers prétextes, l'ingénieur français est emprisonné. Il n'est libéré qu'en 2011, après 6 mois de prison, grâce à l'intervention directe auprès du Président d'un ancien ambassadeur de France au Sénégal. Le Président n'aurait pas été au courant de l'affaire et ordonnera la libération immédiate de l'ingénieur qui quittera ainsi sa prison, sans lettre d'excuses, par la seule volonté du patriarche du clan des Wade.
Forêt de baobas entre Saly et Dakar, et affiche électorale du « Vieux ».
2007 Des stagiaires astucieux Madagascar. Suite à une invasion de criquets migrateurs, de 1997 à 1999, et à d'importantes pullulations du criquet nomade, la France apporta tout d'abord un appui à la lutte, puis à l’effort de réhabilitation du Centre national antiacridien malgache (CNA), le centre de lutte contre les criquets. Cette assistance portait le nom de Projet de contribution à la lutte antiacridienne (PCLA). Dans ce cadre, depuis l'année 2000 et au travers de lettres de commande de l'Ambassade de France à Tananarive, j'avais pu obtenir des financements pour collaborer avec le CNA pour la réalisation d’un outil d’alerte précoce contre les invasions du criquet migrateur et la conduite d’études écologiques sur le criquet nomade. Tous ces travaux, qui se sont étendus jusqu'à la fin 2003, étaient réalisés en accord avec les recommandations de la mission FAO de juin 1999 - dont j'avais fait partie - de formulation d’un programme de lutte antiacridienne à court, moyen et long termes.
L'hôtel « La Caravane Club » à Bekily. 276
A Bekily, en avril 2007, lors d'une de mes tournées dans l'extrême-sud pour vérifier mon dispositif d'observation sur le criquet nomade. Halte pour la nuit à l'hôtel La Caravane Club. A ma gauche sur la photo, l'épouse du propriétaire et sa fille. A ma droite, le propriétaire, un ingénieur du centre antiacridien, et mon chauffeur. Puis, l'assistance française touchant à sa fin, j'avais pu obtenir un nouveau contrat dans le cadre d'un projet d'assistance financé par la Banque africaine de développement (la BAfD) en appui au Centre national antiacridien, le Projet de lutte préventive antiacridienne (PLPA). Ce contrat, signé fin août 2005, passait par une convention avec un partenaire malgache, le FOFIFA, l'organisme national de recherche agronomique. Il s'agissait de continuer les travaux entrepris précédemment sur les criquets migrateurs et nomades. Je supervisais l'ensemble du projet mais avais pris en charge plus directement les travaux sur l'écologie du criquet nomade.
Salle de restaurant de l'hôtel La Caravane Club à Bekily. A droite, une vieille maison en centre ville. J'avais implanté un dispositif d'observation dans tout l'extrême-sud du pays. Régulièrement, à l'occasion de chacune de mes missions, environ 1 mois deux fois par an, j'effectuais une visite de mes sites. J'étais amené à passer à Edjeda, Fotadrevo, Bekily, Isoanala, Betroka... petites localités du sud. Les pistes étaient en très mauvais état et il m'arrivait d'être obligé de prendre 2 jours pour aller de Betioky à Betroka pourtant seulement distant de 300 km. Je m'arrêtais alors à Bekily dans un petit
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hôtel décrépi mais sympathique, au bord de la rivière Menarandra, l'Hôtel « La Caravane Club », où j'étais en général l'unique client. Le charmant couple qui tenait le lieu était alors aux petits soins pour moi. Les bungalows comportaient une chambre et une très vaste salle d'eau. En saison des pluies, il fallait parfois bouger un peu le lit pour échapper aux gouttes que le toit n'arrivait pas à arrêter. La salle de restaurant semblait un peu branlante. L'ensemble était rustique mais propre et les propriétaires fort sympathiques.
Mes deux stagiaires du DEA d'entomologie de Tuléar. A gauche, Arsène en tenue bariolée verte, en compagnie de Victor, mon prospecteur (polo rouge), et d'une chercheuse du FOFIFA (accroupie). A droite, Abdou au cours de ses échantillonnages de larves, dans un campement de fortune fait de paille qui lui permettra de passer la nuit en pleine brousse. Grâce à ma collaboration avec l'université de Tuléar, j'avais pu engager deux stagiaires et encadrer leurs travaux de DEA (diplôme d'étude approfondie, suivant la maîtrise) entre avril 2006 et début 2008. Arsène Indriambelo devait réaliser des enquêtes auprès des populations rurales dans un maximum de localités de l’extrême-sud du pays afin de préciser le cycle biologique du criquet nomade et ses particularités locales. Abdou Chamouine, d'origine comorienne, devait étudier l'influence de la densité des populations de larves de criquets nomades sur leur coloration, ce que l'on appelle le polymorphisme phasaire, très mal connu chez ce criquet. Ces étudiants motivés, débrouillards, très à l'aise sur le terrain, et qui plus est, naturellement, parlant malgache, me firent un travail extraordinaire grâce auquel je pu utilement compléter les résultats obtenus par ailleurs.
L'un des villages ayant fait l’objet des enquêtes d'Arsène : Ambararata dans la souspréfecture de Bekily, et à droite quelques unes des personnes interrogées. Arsène conduisit ses enquêtes en milieu paysan en pays Mahafaly et Antandroy. Il visita au total 31 communes et 102 villages, interrogeant 471 personnes. Ses données me permirent de préciser la localisation des zones de reproduction du criquet nomade et ses migrations saisonnières. J'ai largement utilisé les résultats d'Arsène pour une publication scientifique, parue en 2011 dans le Journal of Orthoptera Research, et faisant une synthèse de 8 années de travaux sur le criquet nomade à Madagascar. Abdou, de son côté, utilisa une méthode simple de description de la pigmentation des larves. Pendant 2 saisons des pluies (2006-2007 et 2007-2008), il échantillonna un grand nombre de populations larvaires de densités très variées, des plus basses (moins de 1 larve/m2) aux plus fortes (plus de 150 larves/m2). Au total il décrivit précisément la pigmentation de 1147 larves (toutes photographiées), dégagea une typologie très nette, reliant les divers types pigmentaires à la densité de la population larvaire et donc aux divers états phasaires du criquet. Là 278
aussi, je pus utiliser les résultats obtenus dans un travail publié en 2011 dans la revue Psyche, la plus ancienne revue américaine d'entomologie, fondée en 1874 par le Cambridge Entomological Club. Au final, grâce à ces deux étudiants, j'avais mes résultats.
Abdou et sa moto.
A gauche, la moto est en panne et Abdou continu son trajet en charrette. A droite, dans un village, Abdou plante sa tente, plus confortable que l'abri de paille vu plus haut.
A gauche, Abdou collectant des larves de criquet nomade et, à droite, interrogeant les habitants d'un village. Cependant, tout n'était pas rose, loin de là. Autant la maîtrise du travail de terrain de mes stagiaires était excellente, autant le travail d'analyse et de rédaction laissa à désirer: manque de rigueur, procédures brouillonnes, approximations, erreurs... Je dus vérifier l’ensemble des données et refaire toutes les analyses. Par ailleurs, l'ébauche de leur manuscrit de rapport de DEA me montra une rédaction très sommaire, tant au niveau du plan que du contenu, ainsi que du français le plus souvent
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très approximatif. Au final, je dus tout reprendre et tout rédiger de nouveau... mais c'était également mon job de maître de stage que de ne pas les laisser patauger trop longtemps et de les aider à remettre un document présentable. Et leur DEA fut accepté.
Quelques unes des centaines de personnes interviewées par mes stagiaires dans le sud de Madagascar, en pays Mahafaly et Antandroy. Je fis bien sûr partie du jury lors des soutenances. Exposé de l'impétrant, questions des membres du jury, délibération, énoncé du verdict - reçu, bien sûr - et remise du diplôme par le président du jury. Et là... les festivités commençaient, car toute la famille était là, et il y avait bien 50 personnes. Les jeunes filles commencèrent par distribuer des cadeaux aux membres du jury. Je me vis attribuer un énorme paquet emballé dans un papier à fleurs mauves et fermé avec un ruban vert. Dedans, une natte tressée en paille écru et mauve, avec un dessin de criquet. Suivirent les « kabary », les discours des anciens, puis enfin la collation. Et mes deux astucieux stagiaires l'avaient bien méritée.
Enoncé du verdict du jury lors de la soutenance de DEA de Arsène Indriambelo, à l'université de Tuléar. 280
Quelques photos de larves de criquets nomades prises par Abdou. Les différences de couleurs sont le résultat de la densité des populations au sein desquelles les jeunes criquets ont grandi. En faible densité, la coloration générale est plutôt verte. En très forte densité, elle devient très bariolée, constituée d'un mélange d'orange, de jaune et de noir.
2009 Le béret ème
Antalya, Turquie. J'assiste, du 21 au 25 juin, au 10 Congrès international sur les Orthoptères, sponsorisé par l’Université d’Akdeniz à Antalya et le Cirad, et organisé par la Société internationale des Orthoptéristes. Au cours du dîner de gala, je passe la présidence de la société, que j'assume depuis 2005, à Maria Marta Cigliano, une collègue d'Argentine. Tradition oblige, lors du précédent congrès au Canada, j'avais reçu un chapeau de la police montée en signe d'autorité sur la Société. Cette fois c'est à moi de remettre à mon successeur un autre type de chapeau: un béret bien français acheté chez Alfred, « grand chapelier » à Montpellier, et orné d'un splendide criquetbroche provenant d'un bijoutier parisien. Criquets, grillons, sauterelles, phasmes, mantes et autres blattes, tous ces insectes dont certains pullulent sur bien des continents ont fait l'objet des débats durant ce congrès qui a regroupé près de deux cent participants. De mon côté, c'est bien sûr plus particulièrement aux criquets que je me suis intéressé. Ces insectes - mon sujet de recherche depuis 1968 - constituent une préoccupation majeure dans de nombreux pays du monde où les pullulations sont fréquentes. A l'époque de ce congrès, au cours des dix dernières années, les criquets migrateurs, pèlerins, nomades et autres… avaient infesté régulièrement Madagascar, l’Australie, la Chine, le Pérou, le Kazakhstan et de nombreux pays d’Afrique. La dernière grande invasion était alors celle du criquet pèlerin en Afrique de l’Ouest en 2004. C'était la tâche de mon unité au CIRAD de conduire des recherches sur le comportement de ces espèces afin de proposer des stratégies de lutte efficaces. Le 25 juin, j'ai organisé un symposium intitulé « Lutte intégrée contre les criquets : les alternatives aux insecticides chimiques sont-elles crédibles ? » où il a été question de moyens de lutte plus respectueux de l'environnement, les biopesticides à base de champignons entomopathogènes « tueurs d'insectes », d'une part, et des phéromones, signaux chimiques de communication entre insectes pouvant être utilisées pour perturber leur comportement, d'autre part. Plusieurs de ces produits ont été mis au point et, en Afrique, c'est le cas du « Green Muscle » - le muscle vert - à base de spores du champignon entomopathogène Metarhizium acridum souche IMI 330189 (voir « La femme du président et le champignon vert » page 273). J'insiste sur le numéro, car il est fort probable que j'ai été fortuitement à l'origine de la découverte de cette souche en 1988, alors que j'effectuais des cours à Niamey, au Niger.
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Lors du dîner de gala, je remets le chapeau traditionnel à Maria Marta Cigliano, qui me succède à la présidence de la Société des Orthoptéristes.
Durant le congrès: remise du prix du meilleur poster étudiant et l'une de mes interventions durant le symposium que j'ai organisé sur la lutte intégrée contre les criquets (« Les alternatives aux insecticides chimiques sont-elles crédibles ? »).
Voici la manière dont les choses se sont passées. Lors d'une sortie sur le terrain avec mes étudiants, au voisinage du centre ICRISAT de Sadoré, proche de Niamey, je suis tombé sur un site où de très nombreux criquets de l'espèce Ornithacris turbida (Finot, 1907), étaient morts accrochés un peu partout dans les arbustes. La situation observée était typique d'une épizootie et je prélevais donc des échantillons que j'expédiais, une fois rentré en France, à deux laboratoires européens susceptibles d'identifier l'agent pathogène responsable. Et puis... plus rien. Je n'entendis plus parler de mes échantillons! Ce n'était d'ailleurs pas ma préoccupation du moment, ni celle de mes collègues au 282
CIRAD qui ne croyaient pas beaucoup dans la lutte biologique. En fait, j'appris bien plus tard que quatre champignons, deux bactéries et une levure furent isolés des cadavres ramassés. Parmi les champignons, une souche de Metarhizium flavoviride (actuellement M. acridum), qui fut enregistrée sous le numéro IMI 330189 à l’Institut international de mycologie. Cette souche fit l’objet de multiples tests et se révéla avoir une pathogénicité très élevée pour de nombreuses espèces de criquets. Quelques années plus tard, un projet international - le projet LUBILOSA (pour LUtte BIologique contre les LOcustes et SAuteriaux) - mit au point ce fameux Green Muscle dont la souche provenait des échantillons de criquets que j'avais collectés. Malgré de nombreuses prospections et des centaines d'isolats testés, les chercheurs de LUBILOSA ne purent jamais trouver de souche plus efficace que « la mienne ».
Durant le congrès, avec Laurence, mon assistante de direction. Et, à droite, visite de Side et quelques pas de danse dans la rue avec Battal Ciplak, organisateur du congrès.
Actuellement, environ 30 ans après ma trouvaille et 20 ans après la mise au point d'un produit commercial, ces mycopesticides ne sont que très peu utilisés. C'est surtout le cas en Chine et en Australie, mais partout ailleurs, et en particulier en Afrique, leur usage est quasi nul. Ces produits sont en effet plus délicats à mettre en oeuvre que les insecticides chimiques; ils agissent beaucoup plus lentement et sont sensibles à la température, d'où les difficultés pour les faire passer en pratique. Les recherches entreprises pendant plus de deux décennies pour mettre au point ces mycopesticides aurait-elles été conduites en vain ? En cas d'échec, qui devrait porter le béret... pardon, le chapeau ?
Cocktail de bienvenue dans les ruines de la cité antique de Side, non loin d'Antalya.
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A Side, en bordure de mer, le temple d'Apollon où un spectacle fut donné après le dîner.
Dans le hall d'accueil, première journée du congrès (Christiane et Jacqueline en bas à droite).
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En fin de congrès, dîner de gala à Antalya. Battal me remet un trophée commémoratif.
Après le congrès, dans les ruines de la cité antique de Termessos, à 34 km d'Antalya.
Coffres funéraires dans les ruines de Termessos. Christiane et Jacqueline avec le vigile du poste de surveillance anti-incendie, trop heureux d'avoir des visiteurs dans cet endroit perdu.
Depuis le château, vue sur la baie d'Alanya, 166 km à l'est d'Antalya. Plus à l'est, la citadelle d'Anamur.
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A gauche, à Aydincik, à 325 km à l'est d’Antalya: Christiane avec Mamut, son épouse et sa fille... 40 ans après un premier séjour de Christiane dans la région. A droite, visite de la région avec notre hôte local, Mustapha Yalciner, grâce à qui nous avons pu découvrir Aydincik et son arrière pays.
A gauche, le théatre antique d'Aspendos, à 40 km à l'est d'Antalya. A droite, la côte au niveau du site antique de Phaselis, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest d'Antalya.
A Simena, enfants sur le ponton d'où nous avons embarqué pour une visite des sites archéologiques engloutis de l'île de Kekova (où l'on peut observer les vestiges partiellement immergés de l'ancienne cité d'Apollonia, partiellement détruite par un tremblement de terre ème siècle apr. J.-C.). A droite, un tombeau lycien. durant le II 286
A Simena, Christiane et Jacqueline avec le pêcheur qui nous a fait effectuer la visite des sites archéologiques engloutis d'Apollonia.
Le théâtre antique de Kas (190 km à l’ouest d'Antalya).
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2010 Rendez-‐vous avec X Agadir, Maroc. Comme depuis plusieurs années, j'arrive à l'aéroport d'Agadir pour dispenser quelques cours à des étudiants en agronomie effectuant une spécialisation en « acridologie », c'est-à-dire dans le domaine de la lutte contre les criquets ravageurs. Cette formation est organisée par l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II en collaboration avec le CNLAA, le Centre national de lutte antiacridienne installé à Ait Melloul, non loin du campus de l'institut. Elle accueille des étudiants en provenance de l'ensemble des pays sahéliens et du Maghreb. Après avoir passé la police et la douane et récupéré ma valise, je sors dans le hall de l'aéroport où m'attend un chauffeur du centre antiacridien. Il m'informe qu'il doit également récupérer un autre collègue français que je connais bien pour avoir effectué avec lui mes études à l'Université d'Orsay 40 ans plus tôt. Je l'ai perdu de vue et nous ne nous sommes croisés qu'une seule fois depuis, à la fin des années 80 lors d'une réunion à Rome, à la FAO. Une occasion de reprendre contact et d'évoquer, sans doute, quelques souvenirs avec ce monsieur - je l'appellerai Monsieur X - chercheur comme moi et ayant effectué depuis toute sa carrière à Orsay. Je vois de loin le collègue arriver, commence par m'avancer vers lui en lui tendant la main... qu'il évite soigneusement pour ne s'adresser qu'au chauffeur en m'ignorant totalement. Un peu surpris, je reste stoïque et suis le chauffeur qui nous dépose tous deux à notre hôtel. Bonne nuit quand même, mais un peu troublée par cette rencontre glaciale. Le lendemain matin au petit déjeuner, seul dans la salle, je vois le collègue arriver, le visage fermé. Il continue à m'ignorer et va s'installer le plus loin possible de moi. Ayant terminé mon café, je me lève, fais un détour pour le saluer courtoisement... et ne récupère en guise de réponse qu'un vague grognement. Je décide donc d'ignorer totalement le problème, cet odieux Monsieur X, et passe ma semaine de cours tranquillement avec mes étudiants.
Avec mes 3 étudiants de la promotion 2010 en « acridologie ». J'apprendrai par la suite, lors d'un déjeuner avec mes collègues marocains organisant la formation, que ce Monsieur X avait un « vague reproche » à mon égard et avait vertement protesté auprès de la direction de l'Institut agronomique pour nous avoir fait venir ensemble. La direction de l'Institut, fort gênée par cet incident et par la grossièreté du personnage, a finalement décidé de se passer de ses services. Certains, quelles que puissent être leurs qualités scientifiques, ont vraiment le sens du contact et de la courtoisie ! Fort heureusement, l'ambiance de travail était excellente. Comme toujours, les collègues marocains qui me recevaient étaient charmants et attentionnés, les étudiants sérieux et motivés. A la fin de la semaine nous prîmes la traditionnelle photo de groupe... qu'une fois rentré en France j'ajoutais à ma collection. 288
J'eus également l'occasion, en cette année 2010, de visiter les nouveaux et magnifiques bâtiments du Centre antiacridien. Cet organisme est d'ailleurs, dans le domaine de la lutte contre les criquets, un centre modèle pour toute l'Afrique de l'Ouest et apporte fréquemment son assistance aux pays voisins. Il est l'héritier d'une longue tradition commencée avec l'appui de la France il y a fort longtemps puisqu'il a été créé en 1950. J'oublierai donc ce sinistre Monsieur X pour ne garder que la mémoire des grands scientifiques français de l'époque - R. Pasquier, C. Rungs, B. Zolorarevsky et bien d'autres - dont l'empreinte est encore localement très présente.
Les nouveaux locaux du centre de lutte contre les criquets (le CNLAA) à Agadir, et une partie de la flotte de véhicules.
Le hangar de stockage des fûts d'insecticides (environ 2 millions de litres dans des conditions de sécurité répondant aux normes européennes). A droite, le magasin de stockage d'appareils de pulvérisation.
Le magasinier du CNLAA et son univers: pièces détachées de véhicules, matériel de campement...
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Devant les locaux de l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II à Agadir. Avec la promotion 2009 en haut, et 2008 en bas.
2010 Deux heures moins le quart avant la révolution En marge d’une réunion FAO à Tripoli, je fais un break avec un collègue dans l’un des magnifiques fauteuils d’un salon de notre hôtel. Ici, le client est roi. A voir notre trône on ne peut en douter. C’était en décembre 2010, tout était calme et l’Ambassade de France nous invitait à développer la collaboration avec la Libye… Deux mois après la révolution éclatait et le colonel Khadafi était renversé dans la fureur. Depuis 1997, je contribuais avec la FAO et le ministère français des affaires étrangères, à rénover le cadre de la lutte préventive contre le criquet pèlerin. Une première mission m’avait permis de formuler un vaste programme régional de lutte contre ce criquet en Afrique de l’Ouest et du Nord, le programme EMPRES, définissant un nouveau cadre stratégique pour l'organisation de la lutte préventive. J’avais ensuite, en 1999, jeté les bases d’une nouvelle organisation régionale sous l’égide de la FAO. Cela avait débouché en 2002 sur la création de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin en région occidentale, la CLCPRO. Celle-ci allait enfin pouvoir mettre en application le programme EMPRES… mais encore fallait-il que les financements soient là, ce qui n’était pas le cas. 290
Il me fallut batailler pour mobiliser les donateurs, à commencer par la France, et essuyer un cinglant refus à la Commission europénenne à Bruxelles. Une nouvelle invasion de criquet pèlerin en 2004 contribua largement à débloquer les fonds. Finalement, le programme fut lancé. Depuis lors, quasiment tous les ans et jusqu’en 2012, je participais aux comités de pilotage du programme EMPRES, tenus à tour de rôle dans chacun des pays membres.
Avec un collègue du CIRAD, dans les salons de notre hôtel à Tripoli. ème
Cette réunion du comité de pilotage à Tripoli est la 6 . En dehors des longues séances de travail, les distractions en ville sont rares. Mais c’est ma première visite dans cette capitale et j’en profite pour visiter la médina (la vieille ville fortifiée), le bord de mer, la place Verte avec ses marchands de fleurs et ses calèches multicolores, le souk et sa multitude de boutiques et d’artisans, l’arc de Marc Aurèle unique monument romain de la ville encore debout… Un soir nous avons trouvé un restaurant proposant plats et vins français… sans alcool évidemment. Les portraits du leader de la révolution sont omniprésents ad nauseam, dans les intérieurs et dans les rues, en grands et en petits formats. Et bien sûr le petit livre vert est partout disponible.
Le leader de la révolution et le petit livre vert.
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Les richesses des bijouteries de la médina contrastent avec le spectacle des files d’ouvriers étrangers faisant la queue devant les banques ambulantes pour envoyer de l’argent à leur famille. Nous pouvons entre-apercevoir une autre réalité. Mais l’atmosphère est douce, la médina pleine du charme de ses vieilles pierres, nos hôtes charmants. Le soir, nous prenons une boisson à la terrasse d’un café devant la tour de l’Horloge. Tout cela se passe en décembre 2010, deux heures moins le quart avant la révolution, deux heures moins le quart avant le chaos.
Un aperçu des contrastes de la mode féminine locale.
En haut, le château de Tripoli et le front de mer près de la place Verte, et l’arc de Marc Aurèle et Lucius Verus. En bas, file d’ouvriers étrangers devant une banque ambulante et parures en or dans les bijouteries de la médina.
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2011 Qui a dit retraite ? Nous sommes en avril 2011 à Montpellier. J'ai décidé de quitter le CIRAD et mon unité de recherche après 42 années d'une carrière consacrée aux criquets. J'ai demandé à un caricaturiste britannique, Mike Flanagan qui a déjà réalisé des dessins humoristiques pour certaines de mes conférences, de traiter de mon départ. Quelques heures plus tard je recevais ce « cartoon » représentant le général en chef des criquets se réjouissant devant son état major : « Bonne nouvelle les gars, devinez qui bat en retraite au CIRAD ? » Et j'expédiais ce magnifique dessin à mes collègues de travail un peu partout dans le monde accompagné de quelques mots. Je reçu en retour une multitude de réponses, chaleureuses, amicales et pour certaines très émouvantes.
Dessin de Mike Flanagan pour mon départ en retraite (http://www.flantoons.co.uk/).
Au CIRAD, pendant mon pot de départ, avec des représentants de la direction et des collègues. En haut, avec Xavier Mourichon, adjoint au directeur du département. En bas, à gauche, dernier adieu à mon bureau; à droite, Patrick Caron, directeur général délégué, Cyril Piou, Marie-Pierre Chapuis, Christiane, Elphège, Marie-Christine Lambert.
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Avec une partie de mon équipe en 2011 pour mon départ en retraite, au Club House La Jalade à Montpellier (de gauche à droite: Valentine L., Cathy L., Jean-Michel V., Cyril P., Tahar R., Antoine F., Benjamin P., Pierre-Emmanuel G., Laurence S., moi, Laurence B., Régis B.; manquent Marie-Pierre C. et Christine P.).
A gauche, à l'Auberge du cèdre, à Lauret, pour fêter cet événement en famille (Christiane, Elphège, Julien, Alexandra, Lydéric et moi). A droite, je découvre l'album préparé par les enfants pour mon départ en retraite: une compilation de photos couvrant l'ensemble de ma carrière et des extraits des nombreux messages reçus du monde entier. Mon plus beau cadeau !
Mon message de départ en retraite adressé - en français et en anglais - à environ 2000 de mes correspondants dans le monde entier: Chers collègues et amis, Je tiens à vous informer qu’à partir du 15 avril 2011, je cesserai mes activités au Cirad pour prendre ma retraite. Je voudrais tout d’abord exprimer mes remerciements à l’ensemble de mes collègues de l’unité d’acridologie pour leur confiance, leur enthousiasme, et pour l’important travail accompli collectivement dans le cadre du mandat du Cirad de recherche scientifique pour le développement agricole, de formation et de partage des connaissances au bénéfice des pays du Sud.
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L’équipe d’acridologie continuera naturellement ses travaux. Ils s’effectueront désormais, dans le cadre d’une nouvelle unité « Bioagresseurs - Analyse et maîtrise du risque», sous la responsabilité de Jean-Michel Vassal qui m’a accompagné au cours de ces 5 dernières années et dont beaucoup d’entre vous ont eu l’occasion d’apprécier le dynamisme, les compétences et la cordialité. L’équipe continuera à affronter les défis que pose la maîtrise des problèmes de criquets ravageurs, problèmes importants pour la sécurité alimentaire. Le renouvellement des effectifs et des compétences entrepris depuis maintenant près de 5 ans va se poursuivre, avec l’appui de notre direction qui a toujours attaché beaucoup d’importance à cette problématique. Les grandes orientations vont demeurer et le criquet pèlerin sera toujours un modèle de choix. Si les méthodes mises en œuvre se renouvellent, la coopération avec nos partenaires du sud restera fondamentale. J’ai toujours tenté de répondre d’une manière aussi pertinente que possible à leurs préoccupations. Je tiens, à cette occasion, à les remercier pour les liens d’amitié et de confiance tissés au fil des années. Bien cordialement à tous… et sans doute à bientôt. Je compte bien, dans les mois et les années à venir, rester au service de cette « science des criquets », l’acridologie, une passion depuis plus de 40 années. Michel Lecoq
2011 De nouveau en Afrique ème
Après mon départ en retraite, j’ai été invité par la FAO en décembre 2011 à participer au 7 Comité de pilotage du programme EMPRES de lutte préventive contre le criquet pèlerin. J’ai ainsi séjourné au Tchad, à N’Djaména, pendant une semaine avec mes anciens collègues des divers pays d’Afrique de l’Ouest. Un collègue allemand, Christian Pantenius qui avait dirigé pendant plusieurs années le groupe acridien à la FAO, avait également été invité. Ces invitations étaient purement honorifiques en reconnaissance du rôle que nous avions pris, pendant de nombreuses années, dans l’amélioration du dispositif international de prévention contre le criquet pèlerin.
La place de la Nation au cœur de la capitale tchadienne.
Quelques masques africains photographiés chez un vendeur proche de mon hôtel (le Novotel « La Tchadienne »).
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2014 Quand l’ADN du criquet pèlerin a parlé Un essaim de criquets pèlerins survole l’une des îles du Cap Vert. Cette photo a été prise par mon collègue Maurice Balmat en 1988, lors d’une invasion. Ce criquet pèlerin est un habitant du Sahara. A l’état solitaire il est inoffensif. Une fois grégaire, c’est une sérieuse menace pour les cultures d’une vaste zone allant de la Mauritanie à l’Inde et de l’Afrique du Nord au Kenya. Les grégaires sont bien connus. On sait les essaims d’individus grégaires très mobiles, pouvant parcourir des centaines de kilomètres par jour. En 1988 de nombreux essaims ont même traversé l’océan Atlantique, atteignant de nombreuses îles des Caraïbes et les côtes nord de l’Amérique du Sud. A l’opposé, les individus solitaires - en période de rémission - sont longtemps demeurés un mystère. On les a d’abord considérés comme sédentaires et menacés par la sécheresse dans cet environnement Saharien où les précipitations sont rares. Puis l’on a eu des soupçons : et si les solitaires volaient et migraient également ? Seul problème, chez eux, cette activité de vol est nocturne. Comment étudier les migrations de populations de très faible densité et volant de nuit ? Elles ne peuvent que passer inaperçues dans l'immensité du Sahara.
Le criquet pèlerin, Schistocerca gregaria. A gauche, un essaim en vol pasant au dessus des îles du Cap Vert (photo M. Balmat, 1988). A droite, un criquet pèlerin dans sa phase solitaire, au Niger (photo M. Lecoq, 1989).
On avait bien quelques indices. On avait quelques études par radar montrant l’existence de vols de nuit de ces solitaires. De plus, les signalisations accumulées au fil des années par les services de surveillance montraient des localisations différentes de ces populations solitaires selon les saisons. On pouvait supposer des migrations saisonnières… mais ce n’était pas une preuve. La génétique allait apporter la solution. Avec une collègue du CIRAD, Marie-Pierre Chapuis, et avec l’aide de tous les services de surveillance de ce criquet, nous avons organisé une vaste collecte d’individus solitaires sur toute l’aire d’habitat. Ce travail a duré plusieurs années, de 2008 à 2012. Des échantillons sont parvenus de Mauritanie, d’Algérie, du Niger, du Soudan, du Pakistan… Et l’ADN a fini par parler. Avec des marqueurs génétiques (des microsatellites pour ne pas les nommer) nous espérions différencier des populations et tracer des routes de migration entre les différentes zones de reproduction de ces populations solitaires. En fait, les résultats ont finalement montré une seule grande population, sans aucune structure génétique, de l’Atlantique au Pakistan ! Cela signifie que ces populations solitaires sont beaucoup plus abondantes pendant les périodes de rémission que ce que l’on pensait. Et surtout, il est maintenant prouvé que ces populations solitaires se déplacent rapidement, se mélangent régulièrement sur l'ensemble de leur zone d’habitat, et peuvent ainsi très vite découvrir les zones favorables pour leur reproduction. Ces résultats modifient radicalement notre vision des populations de criquets pèlerins solitaires. Cet insecte est totalement adapté à son environnement saharien. Les organismes de prévention et de lutte sauront-ils faire bon usage de nos résultats pour améliorer la stratégie de surveillance ? Ceci est une autre histoire.
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2016 En guise d’épilogue : mes bestioles favorites En plus de 40 années de carrière consacrées aux criquets, de 1969 à 2011 (date à laquelle j'ai quitté le CIRAD), j'ai travaillé sur beaucoup d'espèces, mais naturellement quelques unes seulement, parmi les plus importantes économiquement dans le monde, ont fait l'objet de l'essentiel de mes travaux. Je ne mentionnerai ici que les espèces pour lesquelles j'ai personnellement effectué des recherches de terrain, sans mentionner les travaux de mes nombreux étudiants français ou étrangers ou mes travaux de laboratoire en France. J'ai commencé mes recherches de terrain sur le criquet migrateur, à Madagascar, dans un premier temps de 1969 à 1975, année où j'ai soutenu ma thèse de doctorat. Puis, après une longue interruption et suite à une nouvelle invasion, de nouveau à Madagascar de 1998 à 2009. Dans le même temps, de 1998 à 2001, je me suis intéressé aux causes des pullulations du criquet migrateur ayant affecté de nombreuses îles d'Indonésie en 1997, à la suite d'une forte période de sécheresse imputable au phénomène El Niño. A partir de 1975, j'ai commencé à m'intéresser à l'ensemble de la faune de criquets des régions sahéliennes d'Afrique de l'Ouest et en particulier au criquet sénégalais. Mes travaux de terrain se sont étendus de 1975 à 1977 dans le cadre d'un projet financé par la France, suite à d'importantes pullulations en 1974, sans doute liées, là aussi, à la sécheresse exceptionnelle des années précédentes. Après une courte période consacrée aux criquets du Nord-Est brésilien en 1985-86, j'ai travaillé sur le criquet pèlerin, sans aucun doute l'espèce ayant la plus grande importance économique dans le monde, de 1988 à 1991, puis très régulièrement par la suite. A partir de 1992, j'ai initié une série de travaux au Brésil sur le criquet du Mato Grosso, tout d'abord sur la biologie et l'écologie de cette espèce de 1992 à 1996, suivis par toute une série d'essais de terrain d'un insecticide biologique à base d'un champignon pathogène développé par une équipe du Cenargen, à Brasilia, entre 1997 et 2006.
Le criquet migrateur, Locusta migratoria (Linnaeus, 1758), jeune mâle grégaire, 1999, région de Majunga, Madagascar. A voir la différence avec les individus de ème siècle, on phase solitaire (ci-après), on comprend que, jusqu'au début du 20 ait considéré ces individus comme appartenant à deux espèces différentes : Locusta danica (Linnaeus, 1767) pour les individus de phase solitaire, et Locusta migratoria (Linnaeus, 1758) pour les individus grégaires observés pendant les périodes d'invasion.
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Tout ceci ne m'a pas empêché, parfois, de m'intéresser à des espèces protégées, menacées de disparition et classées sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature. Ce fut le cas en particulier avec le criquet rhodanien, en France, que l'on ne rencontre que dans la plaine de la Crau, au voisinage de Marseille, dans les zones de végétation de « coussou », et qui est très menacé par les divers aménagements et la fragmentation de ses habitats. Ou encore avec Poekilocerus bufonius hieroglyphicus (Klug, 1832), une espèce commune au Sahel, sans intérêt économique, mais pour laquelle j'ai eu l'occasion de pouvoir réaliser quelques observations originales sur son cycle biologique.
A gauche, Locusta migratoria (Linnaeus, 1758), le criquet migrateur; accouplement de deux individus de phase solitaire photographiés au voisinage de l'abbaye de Maguelone, sur le littoral non loin de Montpellier (France). A droite, Oedaleus senegalensis (Krauss, 1877), le criquet sénégalais (photographié dans la région d'El Obeid, au Soudan)
ème
A gauche, le criquet pèlerin, Schistocerca gregaria (Forskål, 1775), la fameuse 8 plaie d'Egypte de la Bible, photographié ici dans le Tamesna, zone désertique du nord du Niger. A droite: Rhammatocerus schistocercoides (Rehn, 1906), le criquet du Mato Grosso que l'on trouve également en Colombie et au Vénézuela (photo réalisée au Mato Grosso, sur la Chapada dos Parecis).
Le criquet rhodanien, Prionotropis rhodanica Uvarov 1923 (photo A. Foucart, 1998, plaine de la Crau, Bouches-du-Rhône, France).
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Nomadacris septemfasciata (Serville, 1838), le criquet rouge, photographié dans la région de Betioky-Sud, à Madagascar.
Poekilocerus bufonius hieroglyphicus (Klug, 1832). Femelle pondant, photographiée le 28 janvier 1991 dans la région d'In Abangharit, dans la zone désertique du nord Niger (18°11'069-6°0'626).
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Explication des sigles ADRIAS, Association pour le développement des relations internationales de l'Aunis et de la Saintonge, La Rochelle, France AGRHYMET, institution spécialisée du CILSS , Niamey, Niger APLC, Australian Plague Locust Commission, Canberra, Australie (organisme en charge de la surveillance et de la lutte contre les criquets en Australie) AUPELF-UREF, Association des universités partiellement ou entièrement de langue française, devenue l’Agence universitaire de la francophonie BAfD, Banque africaine pour le développement, Abidjan, Côte d'Ivoire CENARGEN, Embrapa Recursos Genéticos e Biotecnologia, Brasilia (un centre brésilien de ressources génétiques et de biotechnologies) CILSS, Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel, Ouagadougou, Burkina Faso CIRAD, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, Paris CLCPANO, Commission FAO de lutte contre le criquet pèlerin en Afrique du Nord-Ouest, Alger CLCPRO, Commission FAO de lutte contre le criquet pèlerin en région occidentale, Alger CNLA, Centre national de lutte antiacridienne, Betioky-Sud, Madagascar CNLAA, Centre national de lutte antiacridienne d’Ait Melloul (près d’Agadir), Maroc COSRELAA, Coordination sous-régionale de la lutte anti-acridienne, Dakar CTA, Centre technique de coopération agricole et rurale, Wageningen, Pays Bas (créé en 1983, à la suite de la convention de Lomé entre les États membres de l'Union européenne et 79 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique – les pays ACP - afin d'accroître leur autonomie dans le domaine du développement agricole et rural) DLCC, Desert Locust Control Committee (Comité de lutte contre le criquet pèlerin de la FAO), Rome DLIS, Desert locust information service, FAO, Rome EMBRAPA, Institut brésilien de recherche agronomique, Brasilia FAO, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, Rome FFEM, Fonds français pour l’environnement mondial FOFIFA, Organisme malgache de recherche agronomique, Antananarivo FSP, Fonds français de solidarité prioritaire FUNAI, Fundação Nacional de Assistência aos Indios (Fondation nationale d’assistance aux Indiens), au Brésil GERDAT, Groupement d'étude et de recherche pour le développement de l'agronomie tropicale (devenu le CIRAD en 1984), Paris GTZ, Agence de coopération internationale allemande pour le développement, Eschborn, Allemagne ICIPE, International Centre of Insect Physiology and Ecology, Nairobi, Kenya (fondé en 1970 par un célèbre entomologiste kenyan, Thomas Odhiambo) INPV, Institut national de la protection des végétaux, Alger MAE, Ministère français des affaires étrangères, Paris (l’appellation officielle a pu varier au fil des années) MINUS, Mission des Nations Unies de maintien de la paix au Soudan NRI, National Resources Institute, Chatam, UK (centre de recherche britannique visant à améliorer la sécurité alimentaire mondiale, le développement durable et la réduction de la pauvreté dans les pays en développement) OCLALAV, Organisation commune de lutte antiacridienne et de lutte antiaviaire, Dakar OICMA, Organisation internationale de lutte contre le criquet migrateur africain, Bamako, Mali ORSTOM, Office de la recherche scientifique et technique outre-mer (actuellement IRD), Paris OTAN, Organisation du Traité de l'Atlantique Nord PAM, Programme alimentaire mondial PNUD, Programme des Nations Unies pour le développement, New York, USA PRIFAS, Programme de recherche interdisciplinaire français sur les acridiens du Sahel (dépendant du GERDAT puis du CIRAD, et devenu plus tard l’unité « Ecologie et maîtrise des populations d'acridiens »), Montpellier, France SGDN, Secrétariat général à la défense nationale, France UE, Union européenne (il s’agit en général ici de la Commission européenne), Bruxelles UICN, Union internationale pour la conservation de la nature, Gland, Suisse USAID, Agence des États-Unis pour le développement international, Washington, USA
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Table des matières Avertissement ............................................ 5 1965-1968 Les années d'université ........... 7 1969 L'aventure commence ..................... 13 1969 Une petite rivière bucolique............. 15 1970 Une lessive à la rivière .................... 18 1970 Dans le sud profond ........................ 21 1970 Enfin, un peu de tourisme! .............. 22 1971 Révolte paysanne ........................... 26 1971 Le « fomba » gasy........................... 28 1971 MAG 70-523 .................................... 33 1971 Invasion de mouches à Lavanono .. 35 1972 Un feu à l'ancienne ......................... 39 1975 Avec les félicitations du jury ............ 49 1975 Arrivée en pays Mossi ..................... 51 1975 Que font les criquets la nuit ?.......... 52 1976 Sur les traces de la cavalerie Mossi ............................................... 53 1978 Ma traversée du Sahel .................... 62 1982 Débarquement sur une île déserte ............................................ 64 1982 Cinéaste dans les îles ..................... 66 1983 Formation sur les criquets du Sahel ............................................... 70 1983 Archives ? Vous avez dit archives ? ........................................ 70 1984 Dans l'outback australien ................ 75 1985 Une année peu captivante .............. 81 1985 Au pays des cangaceiros ................ 83 1986 Au pays de Xuxa ............................. 88 1986 Le criquet... ça se mange! ............... 94 1987 Un épervier sur le qui-vive ............ 100 1988 Invité par le calife du Kanem ......... 102 1988 Au milieu des criquets pèlerins ..... 104 1989 Une formation fleurie ..................... 108 1989 Le fameux criquet pèlerin .............. 110 1989 Perdus dans l’erg Iguidi................. 111 1989 La baguette d'Ayouba ................... 113 1989 Traversée du Sahara .................... 115 1990 Le chant du cygne ......................... 117 1990 Un fameux modèle ........................ 118 1990 Tourisme ? Non, voyage d'étude ! 122 1991 Opération GOELAN ...................... 129 1991 A la recherche du criquet pèlerin au Sahara ..................................... 132 1991 Mon premier patron ....................... 133 1991 Au pied du Kilimandjaro ................ 134 1991 Au pays de Laurent le Magnifique. 139 1991 Dans la gorge du Diable................ 140 1992 Escalade de la Grande Muraille .... 143 1992 Sisyphe et l'Arabie heureuse ........ 147 1992 Au Brésil baroque.......................... 152 1992 Une hypothèse erronée................. 158 1993 Sur les terres indiennes ................ 159 1994 A la poursuite du criquet du Mato Grosso .......................................... 167 1995 Et si l'on ne faisait rien? ................ 170 1996 Cache-cache avec la guérilla ........ 173
1997 Bandes bleues ou bandes rouges . 175 1997 Un criquet pas si facile .................. 179 1998 L'homme à la mallette noire .......... 181 1998 El Niño et les criquets ................... 187 1998 Commis voyageur au Sahel .......... 191 1998 A la Cité des sciences ................... 193 1999 Vent d'est, vent d'ouest ................. 196 1999 Mon essaim de criquets ................ 198 2000 Contrôle d’une invasion de criquets ......................................... 201 2000 Encore une caïpirinha ? ................ 203 2000 Du haut de ces pyramides ............ 205 2001 Sous la tente khaïma .................... 208 2001 Le quorum est atteint .................... 211 2001 Le premier orthoptériste et autres dieux ............................................. 215 2001 Deux jeunes filles sentimentales ... 218 2001 Lendemains de 11 septembre ....... 221 2002 A la machette ................................ 224 2003 Mon marchand de delicatessens .. 228 2003 Du retard au démarrage ................ 230 2003 Danse avec le criquet .................... 234 2003 Un discours en arabe ? ................. 238 2004 Un café à Omdourman .................. 239 2004 Des chinoiseries à Pékin ............... 242 2004 La fille du boulanger ...................... 244 2004 Un regard sombre sur la situation . 247 2005 Jusque dans les grottes lointaines ....................................... 249 2005 Secret défense .............................. 251 2005 A l'ombre des trois soeurs ............. 253 2005 Le président n'a pas la grosse tête ................................................ 256 2005 Le criquet pousse le phacochère à la mer ......................................... 259 2005 Hôtel Mahasoa .............................. 260 2005 Surprise au contrôle de Konni ....... 262 2006 Victor et le criquet rouge ............... 264 2006 La petite charbonnière et le pot au lait ............................................ 266 2007 Le mystère des criquets ................ 269 2007 Sauvé par les beignets .................. 272 2007 La femme du président et le champignon vert ........................... 273 2007 Des stagiaires astucieux ............... 276 2009 Le béret ......................................... 281 2010 Rendez-vous avec X ..................... 288 2010 Deux heures moins le quart avant la révolution ................................... 290 2011 Qui a dit « retraite » ? .................... 293 2011 De nouveau en Afrique ................. 295 2014 Quand l’ADN du criquet pèlerin a parlé .............................................. 296 2016 En guise d’épilogue : mes bestioles favorites ......................... 297
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Les pays où j’ai travaillé
Algérie, 73, 110, 115, 116, 208, 231, 232, 234, 247, 254, 296 Allemagne, 206, 209, 212, 300 Belgique, 234 Brésil, 62, 81, 83, 84, 85, 88, 89, 122, 125, 128, 140, 142, 152, 154, 158, 159, 160, 162, 163, 168, 171, 173, 174, 175, 181, 182, 197, 203, 217, 218, 224, 234, 275, 297, 300 Burkina Faso, 51, 52, 54, 57, 62, 63, 70, 81, 82, 119, 152, 228, 300 Cameroun, 44, 46, 47, 48 Canada, 212, 219, 253, 281 Chine, 27, 143, 144, 146, 281, 283 Colombie, 173, 174, 298 Côte d’Ivoire, 70 Egypte, 234, 248, 259, 298 France, 15, 26, 27, 36, 44, 46, 49, 52, 57, 62, 78, 84, 88, 89, 90, 99, 100, 102, 107, 108, 110, 123, 129, 130, 140, 154, 191, 209, 212, 213, 219, 223, 228, 229, 231, 233, 238, 241, 244, 245, 248, 252, 260, 269, 276, 282, 288, 289, 290, 291, 297, 298, 300 Grande Bretagne, 144, 172, 197, 219 Indonésie, 187, 297 Italie, 233, 234, 238 Libye, 208, 231, 234, 238, 290
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Madagascar, 13, 14, 15, 18, 21, 22, 27, 28, 29, 33, 35, 38, 39, 40, 41, 44, 45, 49, 50, 51, 54, 62, 78, 133, 145, 148, 198, 199, 200, 201, 244, 245, 260, 264, 266, 272, 276, 278, 280, 281, 297, 299, 300 Mali, 14, 44, 45, 46, 54, 65, 66, 70, 74, 120, 170, 191, 208, 210, 231, 233, 234, 300 Maroc, 115, 147, 208, 209, 231, 233, 234, 247, 248, 275, 288, 300 Mauritanie, 70, 74, 104, 110, 117, 120, 121, 191, 208, 210, 230, 231, 233, 234, 247, 259, 270, 271, 296 Niger, 44, 45, 48, 52, 62, 70, 72, 75, 94, 98, 99, 110, 111, 113, 115, 116, 117, 120, 129, 132, 133, 148, 171, 173, 179, 180, 191, 208, 210, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 234, 262, 270, 273, 281, 296, 298, 299, 300 Pays-Bas, 206 Sénégal, 69, 70, 71, 81, 104, 120, 191, 208, 231, 234, 249, 250, 273, 274, 275, 276 Soudan, 233, 239, 240, 241, 247, 296, 298 Suisse, 154, 212, 300 Tchad, 45, 47, 70, 100, 102, 103, 104, 108, 120, 121, 191, 208, 210, 231, 234, 259, 295 Tunisie, 108, 208, 270 Turquie, 219, 281 USA, 196, 198, 209, 212, 219, 221, 255, 300 Yémen, 147, 148, 150, 152
Quelques personnalités, collègues, amis et membres de la famille Abdalla Mohammed Abdalla, 241, 242 Abderrahmane Hafraoui, 192, 208, 232 Abdou Chamouine, 278 Abdoulaye Wade, 117, 249, 273, 274, 275, 276 A. Benzara, 239 Adrien Girardie, 115 A.G. Gatehouse, 144 Ahmed Hassanali, 134 Alain Louveaux, 14 Alex Mendès, 88 Alexandra Menec-Lecoq, 294 Alexandre Latchininsky, 196, 214 Aminata (Burkina Faso), 61 André Duhart, 65, 66 Andreï Gorokhov, 219 Andrianasolo Ravoavy Joanarivony, 14 Annie Fourcade, 11, 12 Annie Grivel, 9 Annie Monard, 197, 209 Antoine Foucart, 185, 214, 219, 224, 225, 269, 270, 294 Antony Jones, 247 Aristides Bittencourt Filho, 169 Arnold de Loof, 115 Haroon Wail, 242 Arsène Indriambelo, 278 Ati Wasiati Hamid, 214 Auria (Brésil), 153 Ayouba Ali, 73, 111, 113, 114, 129, 132 B. Zolotarevsky, 26 Ba Daoulé Diallo, 170 Bachir Chara, 191, 208 Bahia Doumandji-Mitiche, 239 Bakari Simaga, 14, 44 Battal Ciplak, 219, 283 Bernard Favre, 193 Bonifacio P. Magalhães, 162, 184, 235 Brahim Hafidi, 210, 211 Brahim Idrissa Djibrine, 210 Brulé (France), 9 Cándido Santiago-Alvarez, 242 Carlos S. Carbonnel, 255 Carmen Mendès, 88 Cathy Lyonnet, 294 Céma (Brésil), 92 Charles Bomar, 214 Chris Lomer, 212 Christian Duvigneau, 9 Christian Pantenius, 209, 295 Christiane Galus, 212 Christiane Lecoq, 5, 9, 57, 58, 59, 61, 88, 89, 90, 92, 145, 203, 204, 212, 214, 284, 285, 286, 287, 293, 294 Christiane Lassere, 9 Christine Martin, 9, 10 Clive Elliot, 238 Corina (Brésil), 153 Cyril Piou, 293 Dan Johnson, 256 Daniel Otte, 219 Daniel Wintrebert, 265
Dave Hunter, 75, 80 David Eades, 214, 219 Denis Hemme, 8, 9 Didier Morin, 8 Dominique Didelot, 9 Dominique Duviard, 97 Edie Pina de Barros, 164, 165 El-Gadgoud, 231 Elie Doté, 232 Elphège Rollet-Lecoq, 5, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 153, 214, 293, 294 Evelyne Maître, 9 Fakaba Diakité, 231 famille Mendès, 88 Francis Stephan, 232 Francisco Schmidt, 186, 235 François Ramade, 115 Françoise Clavel, 10, 11 Frédérique Espinasse, 214 Gabriel de Taffin, 14 Gana Diagne, 44 Garba Yahaya, 231 Gary Belowskyi, 212 Georges Popov, 45, 51, 68, 71, 72, 110, 113 Ginette Laugé, 14 Glenn Morris, 219 Hafedh Hamdi, 208, 209 Harry Bettenberg, 232 Homero Mendès, 88 Ian Graham, 12 Idrissa Maiga, 70, 210, 262 Ivo Pierozzi Jr., 122, 153, 158 J.P. Têtefort, 18, 22, 27, 33, 44 Jacqueline Philippon, 203, 204, 284, 285, 287 Jacques Bordon, 13 Jacques Maignant, 8 James W. Everts, 274 Jean Dabard, 9 Jean Roy, 13, 133, 214, 259 Jean-François Duranton, 50, 52 Jean-François Voisin, 219 Jean-Marc Chataigner, 232 Jean-Marie Castel, 259 Jean-Marie Legay, 49 Jean-Michel Vassal, 291, 294, 295 Jean-Philippe Dufour, 209, 232 Jean-Pierre Asselin, 8 Jean-Pierre Garrigue, 10 Jean-René Le Berre, 13, 14, 21, 22, 49, 50 Jeffrey Lockwood, 196, 197, 198, 212 João Batista Tavares da Silva, 226, 235 Joâo Garimpeiro, 164 José de Moura e Silva, 164 Joseph Bergerard, 13, 49, 50 Joyce Magor, 144, 172 Jules (Madagascar), 244, 245, 246 Julien Rollet, 294 Kafoumba (Madagascar), 19, 201 Keith Creesman, 172 Khaled Moumène, 231, 232 Kizao (Niger), 263 Lassana Soumaré, 191 303
Laurence Blondin, 294 Laurence Schmitt, 214, 294 Laurent Bonneau, 232, 234 Linette Lowe, 219 Louise Fresco, 222 Lydéric Lecoq, 5, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 153, 294 Mahatan Cheferou, 210 Maiga Idrissa, 263 Mamut (Turquie), 286 Marcos Rodrigues de Faria, 184, 235 Margareth Jago, 197, 214 Maria Marta Cigliano, 258, 281, 282 Marie-Christine Lambert, 214, 293 Marie-Pierre Chapuis, 293, 296 Maurice Balmat, 71, 106, 296 Maurice Vayssière, 14 Maxime Lamotte, 49 Michael Samway, 198, 258 Michael Sergeev, 196, 198, 214, 219 Michel Launois, 50, 52 Michel Poras, 14 Michel Verdier, 52, 170 Mike Flanagan, 254, 293 Mohamed Abdallahi Ould Babah, 210 Mohammed Lazar, 74 Monique Bourret, 8 Monique Fourcade, 10, 11, 12 Moussa Sissoko, 210 Mustapha Yalciner, 286 My-Hanh Luong, 14, 50, 52 Ndoubabé Tigaye, 231 Nejib Kacem, 232, 233 Nick Jago, 44, 197, 214, 255 Nicolas Lambert, 232 Nicole Alamichel, 9 Niède Guidon, 123
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Norbert Gerbier, 49 Ousseynou Diop, 231 Parimal Haldar, 214 Patrick Caron, 293 Paul Martini, 191 Phil Symmons, 78 Pierre Aguesse, 115 Pierre Fraudeau, 269, 270 Pierre-Emmanuel Gay, 214, 294 Piotr Naskrecki, 214, 219 Ralf Peveling, 170, 212 Raymond Huet, 62 Régis Babin, 294 Robert Cheke, 251 Robert Delavault, 9 Roger Farrow, 78, 80, 144 Roger Hawkins, 219 Roger Roy, 82 Saïd Ghaout, 209, 231 Scott Schell, 197 Shi Wang-peng, 242 Stephan Krall, 170 Sukirno, 187 Tahar Rachadi, 104, 250 Tahir Diop, 70, 170 Thami Benhalima, 208, 209, 229, 232, 274 Theodore Cohn, 213, 214, 215, 219, 256, 258 Thierry Ragobert, 269, 270, 271, 272 Thomas Zongo, 59, 61 Tia Rosangela (Brésil), 88 V.A. Drake, 144 Valentine Lebourgeois, 294 Victor (Madagascar), 264, 265, 278 Viviane Wade, 274, 275 Wanderley Dias Guerra, 178, 186 William Chapco, 219 Xavier Mourichon, 293