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Le volontariat, c’est pour toi et moi !

Une expo à ne pas manquer !

2011, Année européenne du Volontariat En partenariat avec

Supplément édité avec le soutien de La Libre Belgique Avec le soutien de


Edito

Il est venu le temps des… Volontaires Animateur dans un mouvement de jeunesse ou une école de devoirs pour enfants, administrateur au sein d’une crèche, d’un centre culturel, d’une école de l’enseignement libre, formateur ou entraîneur dans un club sportif, accompagnateur d’un séjour pour personnes porteuses d’un handicap, militant dans une ONG, une organisation environnementale ou un mouvement d’aînés, membre d’une commission consultative communale, visiteur de malades ou détenus, accompagnateur en maison de repos ou hôpital, chauffeur de taxi social… tous ont un point commun : ils sont volontaires ! Rendez-vous en terre (in)connue… Des volontaires ? C’est la terminologie légale pour désigner ce que plus communément nous appelons en Belgique francophone « les bénévoles ». C’est-à-dire des citoyens qui font le choix de s’engager, de manière libre, désintéressée et gratuite, pour offrir du temps, de l’énergie et du savoir faire à autrui et à la collectivité. Engagés le plus souvent au sein de l’associatif, le secteur dit non marchand, la société civile organisée, ce sont des femmes et des hommes de tous âges, de tous métiers, de toutes conditions sociales et de toutes origines culturelles. Que seraient donc nos villes et villages sans l’engagement volontaire et citoyen de ces personnes qui participent à leur organisation, leur animation et au développement d’une société plus juste et plus solidaire ? Et qui participent plus que jamais à la création de plus values sociales, économiques et démocratiques au bénéfice de l’ensemble de la société. Une réponse forte à la montée de l’individualisme et du repli sur soi, à l’isolement et à la solitude, à la marchandisation toujours plus grande de biens et services destinés à l’ensemble de la population. Volontaires ? Des paroles et des actes porteurs de sens, tant pour soi que pour la collectivité…

Raison pour laquelle, l’Europe a proclamé « 2011… Année européenne du Volontariat ». Une occasion formidable pour la Plate-forme francophone du Volontariat et ses organisaDe par les initiatives de citoyens et son tions membres, qui comptabilisent près de ancrage local, l’engagement volontaire est 300.000 volontaires, de marquer le coup. créateur de lien et de cohésion sociale, de D’abord pour valoriser et ainsi remercier solidarités interpersonnelles et intergénéra- ceux qui s’engagent volontairement tout au tionnelles, d’esprit d’entreprendre et de réa- long de l’année. Ensuite pour offrir un noulisation de soi. Les volontaires veau regard sur le volontariat du participent, par l’action sociale « Des citoyens XXIe siècle, évoquer les enjeux et qui sait… faire naître de noucollective, au renforcement des qui font le choix velles vocations ! fonctions collectives, du bienêtre individuel et d’un mieux de s’engager, de Alors ces volontaires, qui sontvivre ensemble. manière libre, ils ? D’où viennent-ils ? Où Ainsi, et souvent sans nous en désintéressée et sont-ils ? Que font-ils ? Que rendre compte, notre quotidien gratuite, pour recherchent-ils ? C’est ce que est influencé par l’engagement la Plate-forme francophone du offrir du temps, régulier, souvent discret et peu Volontariat va tenter de vous démonstratif, tout au long de de l’énergie et du faire découvrir tout au long de l’année, de ces volontaires. savoir faire à autrui l’année, en particulier au travers de ce supplément de La Libre Présents dans une dizaine de grands secteurs d’activités, et à la collectivité. » Belgique, mais également via une exposition itinérante « Toi comme nous le découvrirons, les profils et formes d’engagements volon- + Moi + Nous… 52 Portraits de volontaires taires sont tout aussi riches et diversifiés. en mouvement » qui s’arrêtera probablement près de chez vous, et aussi d’autres rendezIl est essentiel de mettre en avant l’investisse- vous à découvrir sur notre site internet ment gratuit et le renforcement des espaces de www.levolontariat.be/2011. gratuité comme valeurs sûres dans la relation interpersonnelle. Le message que délivrent Frédéric Possemiers ainsi tous les volontaires est quasi subversif Président de la Plate-forme francophone   dans ce monde où la valeur des choses est du Volontariat trop souvent estimée en fonction de critères marchands.

Sommaire

2011… Année européenne du Volontariat La richesse d’une société pourrait, voire devrait, être également évaluée par rapport à

Supplément de La Libre Belgique, édité par la Plate-forme francophone du Volontariat. Editeur responsable : Frédéric Possemiers, Boulevard de l’Abattoir 28 - B-1000 Bruxelles. Réalisation : Yuluka, agence de communication responsable. Création rédactionnelle : Cyrus Pâques, Magali Ronsmans, Frédéric Possemiers, Christophe Koninckx. Maquette et mise en page : Françoise Walthéry. Coordination administrative : Céline Kayogera. Crédits photo : Adrienne Thiéry, Yvonnic Coomans de Brachène, archives PFV. Ce supplément a été imprimé à 100.000 exemplaires sur les presse de SODIMCO, janvier 2011.

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l’engagement citoyen et au développement d’espaces de gratuité. Dès lors, un des enjeux de l’Europe est de contribuer au développement de citoyens responsables actifs critiques et solidaires, en abrégé des « CRACS ».

Edito Grand angle Tous terrains Focus Making of Guide de l’expo www.yaquasengager.org Analyse Interview Enjeux Interview

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Moteur d’épanouissement et de liens sociaux Ils sont jeunes, pères ou mères de famille, quinquas ou – de plus en plus souvent – déjà pensionnés : ils sont surtout plus d’un million et demi en Belgique, dont près de 700.000 du côté francophone, à consacrer, tout au long de l’année, en moyenne sept heures par semaine à une activité de volontariat, le plus souvent au sein d’une association. « Qu’il s’agisse de participer au conseil d’admi- L’immense majorité des associations actives en nistration d’une asbl, de gérer le pouvoir organi- Belgique reposent ainsi sur le volontariat. Selon sateur d’une école ou d’animer un mouvement de différentes études, les heures prestées bénévojeunesse ou un club sportif, les volontaires ont un lement représentent entre 150.000 et 200.000 rôle fondamental pour faire tourner les dizaines équivalents temps plein, soit entre 4 et 6% du de milliers d’associations qui font vivre une par- volume de l’emploi salarié. « Si le volontariat distie de la société belge », souligne paraissait du jour au lendemain, ce Suzanne Van Sull, prési- « Si le volontariat serait un cataclysme pour la société dente du Conseil supérieur qui perdrait une grande part de des Volontaires (CSV). « Le disparaissait du sa cohésion », estime Jacques volontariat permet notamment de jour au lendemain, Defourny, directeur du Centre d’économie sociale répondre aux nouveaux besoins dès ce serait un à HEC-Ecole de gestion de qu’ils apparaissent, par exemple l’Université de Liège. auprès des personnes âgées, des cataclysme pour la demandeurs d’asile ou des personnes société qui perdrait En dépit de son imporhandicapées. Il s’agit souvent d’un engagement fort, très gratifiant, mais une grande part de tance sociale et économique, l’étude scientifique du volonqui nécessite de l’énergie et engendre sa cohésion » tariat souffre d’un manque de des responsabilités. » moyens – raison pour laquelle Pour Eva Hambach, présidente du le secteur appelle à la création d’un obserCentre européen du Volontariat (CEV), vatoire de l’engagement citoyen volontaire l’Année européenne du Volontariat repré- et de la vie associative. Mais, aux yeux de sente l’occasion de diriger le projecteur sur Jacques Defourny, une chose est sûre  : « Le une activité fort répandue mais globalement volontariat prouve qu’un large espace de gratuité méconnue : « Selon la perception traditionnelle, continue à exister dans la vie économique, et c’est les volontaires aident des personnes qui se trouvent essentiel pour améliorer les liens sociaux comme dans le besoin. En réalité, les formes d’engagement l’épanouissement personnel. Même la vie démosont fort diversifiées  : environnement, sport, aide cratique a besoin de personnes qui se réunissent au développement, mouvement de jeunesse, orga- autour de projets communs pour donner de leur nisation des écoles,… » temps, de leur créativité et de leur énergie. »

Grand angle

Le volontariat en 10 secteurs Que ce soit au niveau européen, belge ou francophone, une forme de classification sectorielle du volontariat voit le jour. Voici les dix plus importants secteurs représentatifs de l’engagement volontaire et associatif : action humanitaires et solidarité internationale action sociale et judiciaire culture, loisirs et éducation permanente éducation, enseignement, formation enfance, famille environnement, nature jeunesse & seniors santé sport religion, philosophie, politique.

La jeunesse d’aujourd’hui a de plus en plus de désir d’offrir un peu ou beaucoup de son temps. C’est un bon signe avant qu’elle n’aborde une société d’argent, d’intérêts particuliers, ou de domination qui bouffent l’âme et tuent les rapports humains.  Le volontariat demande une grande qualité : l’humilité. Il reste une valeur sûre et irremplaçable. –– Guy Gilbert

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Tous terrains

Volontaires, en 1001 facettes… Ils sont animateurs, militants ou rendent service de multiples façons. De l’école primaire aux hôpitaux, des consultations de l’ONE aux projets de CAP48 en passant par le sport, la culture, l’économie sociale, les volontaires rendent possibles d’innombrables activités. Petit tour d’horizon…

Apprendre à lire et écrire

Animer une association de parents

Comme beaucoup d’associations, Lire & écrire a été initiée par des volontaires, avant de se professionnaliser au fil du temps. Avec 5.000 apprenants en Communauté française chaque année, elle est la plus importante association visant à alphabétiser les publics fragilisés. « Une centaine de bénévoles continuent à remplir des missions essentielles dans la gestion de l’asbl et dans la formation comme dans toutes sortes de missions, notamment les campagnes de sensibilisation et la mobilité des apprenants », explique sa directrice, Catherine Stercq.

Rendus obligatoires dans les écoles des différents réseaux en 1997, les conseils de participation permettent aux parents, notamment, de faire entendre leur voix. « Les parents peuvent apporter à l’école une aide matérielle (bibliothèque,…) ou pédagogique, et surtout permettre à un plus grand nombre de parents de suivre leurs enfants dans la scolarité », souligne Hira Laci, présidente de la Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel (Fapeo).

Faire vivre le sport « Qu’il s’agisse des entraînements ou des compétitions, le volontariat constitue la colonne vertébrale de toutes les activités organisées dans le secteur sportif », affirme Willy Monfort, de l’Association interfédérale du Sport francophone (AISF). Celle-ci réunit 65 fédérations sportives belges francophones, soit 6.000 clubs au service de quelques 600.000 sportifs. « C’est simple, rien ne serait possible sans les 100.000 volontaires, tant ils composent tous les échelons de la pyramide sportive. »

Certaines associations de parents organisent les fêtes, d’autres par exemple luttent contre le décrochage scolaire, en fonction de la réalité de l’école et de la place qui y est accordée aux parents. En Communauté française, des milliers de personnes s’investissent ainsi « gratuitement » dans la vie scolaire, en particulier dans l’enseignement fondamental. « Les parents les plus actifs se sentent utiles, impliqués en tant que citoyens », conclut Hira Laci. Une telle dynamique n’est pas propre qu’aux adultes. « Les enfants et jeunes eux-mêmes s’engagent au sein de l’école, en particulier comme délégués de classe, afin de développer leur engagement citoyen et leur participation au projet de l’école », déclare Magali Kremer, présidente de la JEC, organisation de jeunesse active essentiellement dans le milieu scolaire.

Même son de cloche du côté de la Fédération Multisports Adaptés (FéMA), qui regroupe quelque 150 clubs offrant aux personnes handicapées mentales ou physiques – ou qui se remettent d’un infarctus – la possibilité de pratiquer un sport de loisir, depuis le tennis de table jusqu’à la natation en passant par la spéléo.

Aider et secourir

« La moitié des clubs ne pourraient fonctionner sans volontaires », note Anne-Catherine Margot, directrice technique. « Aux côtés des personnes qualifiées qui soutiennent bénévolement les clubs – moniteurs, professeurs d’éducation physique –, d’innombrables volontaires se préoccupent des trajets, aident dans les vestiaires, veillent aux besoins de chacun, en particulier lors des stages résidentiels pour les gestes de vie quotidienne. »

Les 9.000 volontaires francophones de la Croix-Rouge de Belgique participent principalement aux secours (comme ambulanciers ou au dispatching) et à l’action sociale, notamment  auprès des personnes âgées et des demandeurs d’asile. « Toute personne motivée peut nous aider, quels que soient son âge, ses compétences et sa disponibilité », précise Marc Bouteiller, conseiller volontariat.

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Les volontaires, qui soutiennent en moyenne l’organisation durant cinq ans, bénéficient de formations garantissant des services de qualité. « Cette forme d’engagement est d’autant plus nécessaire que de nouveaux besoins apparaissent, notamment en raison d’une précarisation plus marquée, du vieillissement de la population avec risques d’isolement ou du raccourcissement des séjours en hôpitaux, alors qu’une assistance du patient est encore nécessaire », estime la Croix-Rouge.

Soutenir les patients Certaines institutions hospitalières disposent d’équipes de volontaires riches d’une centaine de personnes, encadrées et formées. « Les volontaires se trouvent moins dans le faire que dans l’être  : être présent auprès du patient ou résident, à leur écoute, prêt à soutenir les proches dans leurs démarches, tout en organisant éventuellement certaines activités. Il s’agit d’un engagement fort qui repose sur la régularité », explique Brigitte Jacquemin, consultant en éthique à la Fédération des Institutions Hospitalières (FIH). Cette fédération réunit quelques 150 structures de soins en Wallonie. « Le volontariat se réalise en concertation avec les équipes professionnelles, le patronat et les syndicats, de manière à respecter l’emploi. Souvent, il crée même de l’emploi en permettant aux besoins non pris en charge de se manifester. » La grande majorité des volontaires dépassent la quarantaine, voire la cinquantaine, même si des projets spécifiques font appel aux jeunes – comme dans le projet Yello de la Fondation contre le Cancer. « Mais les besoins les plus criants se situent dans les maisons de repos et d’accueil des personnes âgées », conclut Brigitte Jacquemin.


Focus

… et 4 profils de volontariat Au travers des différents secteurs d’activités où l’on retrouve de nombreuses personnes engagées, on peut dégager quelques profils et formes de volontariat. Si certains sont davantage connus du grand public, d’autres sont parfois plus méconnus. Au départ de quatre organisations, voici quatre profils classiques de volontariat : le volontariat de service, d’animation, de militance et de gestion. Les trois premiers profils trouvant pleinement à s’exprimer le plus souvent grâce à l’action permanente du dernier. Découverte…

Animation 

Service 

Avec 54.000 membres dont 10.000 volontaires francophones, la Fédération des Scouts Baden-Powell de Belgique est la plus importante organisation de jeunesse en Communauté française. âgés pour la plupart de 17 à 23 ans, les animateurs volontaires organisent des activités chaque semaine, plusieurs week-ends de camp au cours de l’année, et un camp de 6 à 15 jours en été. « Nous attendons de la part de nos volontaires du temps, du talent et du cœur. Un investissement nécessaire ne fût-ce que pour passer le brevet : 300 heures de formation théorique et pratique qui concernent la pédagogie comme la santé et l’hygiène », explique Marie Navarre, assistante exécutive du Président fédéral. Partout, les mouvements de jeunesse affichent une bonne forme. Car près de 10.000 autres jeunes volontaires animent des enfants et ados au sein des Guides catholiques de Belgique, des Scouts et Guides Pluralistes et des Patros. « Respect de la nature, respect d’autrui, vie en groupe, nos valeurs continuent manifestement à parler aux jeunes qui apprennent, tout en s’amusant, à gérer collectivement un budget, un logement, un programme d’activités, une panoplie de situations relationnelles… Autant de responsabilités qui leur seront utiles par la suite dans la vie professionnelle », estime Marie Navarre.

Planning familial, médiation de dette, soutien juridique, centre d’accueil de jour, école de devoirs pour enfants et ados, accompagnement de personnes sans emploi, projets destinés aux femmes ou à d’autres publics précarisés  : « Espace Social Télé-Service » vise avant tout à donner les moyens de se relever en sortant de la pauvreté, de l’exclusion et de l’isolement », résume Michel Kesteman, le directeur de ce « centre d’action sociale globale », situé à Bruxelles, et qui célèbre cette année ses 50 ans d’existence. Chaque jour, quelques 300 personnes font appel à l’association, membre de la Fédération des Centres de Service Social (FCSS). « Sans nos 250 volontaires (professeurs pour le rattrapage scolaire, juristes pour la médiation de dette, animateurs d’ateliers,etc.), nous serions contraints de réduire radicalement la portée de nos actions, ce qui provoquerait un vide énorme sur Bruxelles. Les qualités essentielles de nos bénévoles ? La disponibilité, le sens de l’écoute et un intérêt réel pour les relations humaines », affirme Michel Kesteman.

« Du temps, du talent et du cœur »

Militance L’association de protection de la nature Natagora repose essentiellement sur ses 1.200 volontaires, répartis sur toute la Wallonie et à Bruxelles. « Ils nous rejoignent généralement quelques heures par semaine, même si certaines personnes nous aident bien davantage », relève Mari-Luz Sanchez, responsable des volontaires. « Qu’ils soient naturalistes, comptables ou sans compétences particulières, jeunes ou pensionnés, ruraux ou urbains, seuls ou en famille, la plupart sont des passionnés de la nature, avec une certaine fibre militante, et s’investissent dans des projets communs qui leur donnent du plaisir. » La moitié des volontaires participe à la gestion des 150 réserves naturelles, couvrant plus de 4.300 hectares. D’autres étudient et cherchent à sauver les espèces menacées – comme le grand hamster, la loutre ou la cigogne noire. Ou bien, ils développent des programmes d’éducation et de sensibilisation à la nature au travers de centaines d’activités comme les Chouettes soirées, la Nuit des chauves-souris ou l’opération Grenouilles sur nos routes. « Chez Natagora, ils entrent dans un groupe qui leur permet d’apprendre et de découvrir tout en prenant du plaisir », conclut Mari-Luz Sanchez.

« De la place pour tout le monde »

« Présence   et écoute »

Gestion Si participer au pouvoir organisateur (PO) d’une école réclame du temps et des compétences, voilà encore une activité volontaire, sans contrepartie financière. Le Secrétariat général de l’Enseignement catholique (SeGEC) représente et coordonne 800 de ces ASBL qui permettent à 1.150 écoles catholiques de fonctionner et d’accueillir la moitié de la population scolaire de l’enseignement obligatoire – sans oublier 79 centres PMS libres et 52 internats. « Environ 10.000 volontaires permettent ainsi aux écoles de fonctionner dans de bonnes conditions, avec un projet pédagogique cohérent », note Sophie De Kuyssche (directrice du Service Pouvoirs organisateurs au SeGEC). « Même s’ils collaborent avec un directeur qui gère l’établissement au quotidien, les administrateurs volontaires sont responsables du fonctionnement de l’école. Ils supervisent les finances, décident de la rénovation ou de l’acquisition des bâtiments, engagent les directeurs et chapeautent au total 40.000 enseignants et 10.000 ouvriers et employés… » Modules de formation, conseils juridiques, publications : le SeGEC développe une batterie d’outils pour soutenir ce volontariat de gestion, réalisé à l’ombre des projecteurs. « De nombreuses personnes partagent leurs compétences particulières, qu’il s’agisse de pédagogie, de comptabilité ou d’expertise en bâtiment. Leur plus belle récompense ? Voir leur école pleine de vie. »

« Voir l’école pleine   de vie »

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Making of

Les dessous de l’expo

Pour réaliser ces 52 portraits de volontaires, Adrienne Thiéry de l’asbl Action Ciné Médias Jeunes (ACMJ) a parcouru en tous sens la Communauté française durant deux mois. Rencontre. Chargée des projets audiovisuels d’ACMJ, Adrienne Thiéry, 31 ans, anime notamment les ateliers photos de cette organisation jeunesse d’éducation aux médias. « Lorsque la Plate-forme francophone du Volontariat nous a contacté, nous avons rapidement proposé de réaliser une série de portraits en grandeur nature, de façon à symboliser la diversité du volontariat. Il ne restait plus qu’à choisir les personnes et les associations. »

« Ces rencontres m’ont plongée dans toutes sortes d’ambiances, dans un monde dont je ne soupçonnais ni la richesse, ni l’étendue. » Si Adrienne connaissait les mouvements de jeunesse, elle a « vraiment vu de tout en deux mois » : « J’ai fait la connaissance de personnes de tous les âges et de toutes les régions, œuvrant au quotidien dans la santé, l’aide sociale ou le sport… Ces rencontres, avec des personnes fort vivantes ayant souvent beaucoup de choses à raconter, m’ont plongée dans toutes sortes d’ambiances,

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dans un monde dont je ne soupçonnais ni la richesse, ni l’étendue. » Adrienne conservera « beaucoup de souvenirs  » de ces rencontres souvent marquantes. «  Une dame de 80 ans m’a beaucoup touchée – je la vois encore occupée à trier des vêtements destinés aux pays en développement, à 7 heures du matin, en compagnie d’autres petites dames… Ou il y a cette fille de 20 ans qui donne du temps, chaque semaine, pour accompagner des enfants auprès de leurs parents en détention… Ou encore ces personnes fort actives bien qu’en chaise roulante. » Peut-on définir un point commun entre des «  profils  » aussi multiples  ? «  L’humilité. J’ai rencontré des personnes simples, disponibles, qui ne cherchent pas à se valoriser. Il faut croire que le volontariat leur apporte une richesse, une ouverture d’esprit et un sentiment d’utilité particuliers. »

Qui est Action Ciné Médias Jeunes ? Pour Action Ciné Médias Jeunes (ACMJ), « une citoyenneté active et responsable nécessite de bien connaître les médias et de pouvoir les décrypter et les utiliser », relève sa coordinatrice, AnneClaire Orban. Grâce à une équipe de huit personnes, l’organisation de jeunesse donne les moyens d’analyser un JT ou un journal imprimé mais aussi de réaliser de nouvelles productions. Des ateliers et des stages permettent ainsi de se former aux techniques du documentaire, du courts-métrage de fiction, du blogging ou de l’affichage. Les projets sont menés dans les bureaux namurois, dans des maisons de jeunes, diverses associations ou en collaboration avec des écoles. « Nous n’éduquons pas les jeunes. Nous mettons en place des projets d’éducation aux médias PAR et POUR les jeunes ! », conclut AnneClaire Orban. www.acmj.be

Cera : volontairement engagée auprès des bénévoles Pour qu’un projet prenne forme de manière professionnelle, il s’agit de le financer. La coopérative financière Cera a répondu à l’appel de la Plateforme francophone du Volontariat pour l’aider à mettre sur pied l’expo des 52 Portraits de Volontaires en Mouvement. Nous avons demandé à Carmen de Crombrugghe, Coordinatrice de Programme Projets sociétaux pour Cera, ses motivations pour ce projet. « Le volontariat est un pilier de la coopérative Cera. La solidarité et la participation à la vie associative sont au cœur de son engagement sociétal. En soutenant l’Année européenne 2011 du Volontariat, Cera veut promouvoir de nouvelles mesures durables en faveur des (futurs) volontaires et favoriser la mise en place de nouveaux outils et pratiques de terrain utiles au secteur. »


En partenariat avec Avec le soutien de


Toi + moi + nous ... c’est d’abord une invitation à s’engager, à l’action collective; 52 portraits ... car c’est tout au long de l’année qu’ils répondent présents et Volontaires en mouvement ... parce qu’à travers leurs actes, leurs sourires et leurs paroles, ils sont acteurs du changement pour une société + juste + sociale + démocratique et solidaire.


Pour et avec la Plateforme francophone du Volontariat, Action Ciné Médias Jeunes, organisation de jeunesse, a créé cette exposition ludique afin de montrer la richesse et la diversité des engagements citoyens, des actes et témoignages sur le volontariat. Les objectifs principaux de cette exposition sont de valoriser et de reconnaître le volontariat et plus si le coeur vous en dit !


www.yaquasengager.org Le volontariat est le ciment d’une société entre les couches sociales. Sans volontariat, il n’y aurait pas de sport, de culture. La société serait d’une grande pauvreté. Il serait opportun que l’on se penche davantage sur le soutien des volontaires, au risque de les voir disparaître.   – Jacques Borlée

« Les ONG ont aussi besoin de volontaires en Belgique » La Fédération des associations de coopération au développement (ACODEV) regroupe plus de 80 organisations en Belgique. « Aujourd’hui, les ONG n’envoient quasiment plus de bénévoles volontaires dans les pays du Sud », explique Solange Orrego. « Par contre, de nombreuses ONG recherchent des volontaires pour toute une série d’activités en Belgique. Il peut s’agir de participer à des tâches courantes ou à des campagnes de sensibilisation sur certaines thématiques. Des exemples ? Animer un stand lors d’un salon ou d’un festival, aider les équipes d’animation à sensibiliser la population belge ou proposer des produits lors des campagnes de récolte de fonds. »

L’Association pour le volontariat oriente, informe et aide les candidats volontaires sur les associations proches de chez eux. À Bruxelles et en Brabant wallon essentiellement, des permanences permettent de s’y faire conseiller en fonction de ses aspirations, compétences et intérêts sans oublier son temps libre.

Le volontariat me tente… mais comment faire ? Il n’existe pas de procédure type pour s’engager. Très souvent, l’engagement provient de la manière dont chacun perçoit le monde, d’une rencontre, du bouche à oreille, d’une expérience comme bénéficiaire ou encore d’une situation considérée comme une injustice par exemple. La plupart des grandes organisations proposent de la documentation, des séances d’infos, des kits d’accueil pour les personnes intéressées. Plusieurs initiatives associatives voire publiques (certaines provinces par exemple) permettent également d’entamer les premières démarches. Pour devenir volontaire, Yaqua s’engager Il existe mille et une manières de s’engager ! Mais par où commencer ? Le site « Yaquasengager » est une des portes d’entrée possible quand on ne fait pas partie de réseaux associatifs à la base. Il permet de chercher une association ou un projet sur base de nombreux critères de sélection, notamment la localisation, le domaine d’activité et le type de projets. Le siteYaquasengager.org a pour ambition d’aider les personnes cherchant à s’engager dans une réflexion ou une action qui les lient plus fortement au monde qui les entoure, à trouver les informations pratiques dont ils ont besoin pour faire le choix de leur mode d’engagement », explique Céline Kayogera, chargée de projet au sein de la Plateforme francophone du Volontariat. La nouvelle mouture de ce site, lancé par la plate-forme en 2005, donne à découvrir à travers des portraits de volontaires et des présentations de projets associatifs, renouvelés chaque mois, les diverses formes

d’engagement citoyen et volontaire. Une bibliothèque virtuelle fournit également de la documentation sur les différentes thématiques travaillées par les secteurs de la vie associative faisant appel au volontariat et propose une base de données « formations » donnant accès à une liste de formations utiles pour le développement de l’engagement citoyen, notamment dans le secteur de la santé. Le site Yaquasengager.org facilite les rencontres entre citoyens et collectifs, groupes ou associations qui œuvrent au profit de la collectivité. Pour connaitre les possibilités de volontariat dans sa région, par exemple, il suffit de passer par la rubrique « recherche avancée » et d’introduire son code postal. Ainsi, près d’un millier d’associations inscrites présentent leurs activités, événements ainsi que les projets pour lesquels des volontaires sont souvent sollicités avec les coordonnées de contact. Une inscription gratuite permet de rester informé par mail de toute nouvelle offre de volontariat correspondant à ses critères de sélection.

Qui peut devenir volontaire ? Depuis 2005, il existe une loi relative aux droits des volontaires. Créée dans un souci de clarification et reconnaissance, cette loi fixe les droits et devoirs pour les volontaires et les organisations. Même s’il reste des questions, elle a le mérite d’apporter des éléments en termes de protection (en fixant les responsabilités et le cadre assurantiel), d’obligation d’information et de fixation d’un cadre de défraiement pour lever un frein potentiel à la participation. Tout le monde peut donc devenir volontaire sans crainte. Petit bémol toutefois, les allocataires sociaux, pour maintenir leurs droits, doivent en informer l’ONEM. Pour en savoir plus : Sur les enjeux : lire les pages 15 et 16 de ce dossier Sur la loi : www.socialsecurity.fgov.be ou www.levolontariat.be Sur les documents ad hoc : www.onem.be 11


Analyse

Des plus-values sociales, économiques et démocratiques A quel âge pratique-t-on du volontariat ? Essentiellement de 15 à 24 ans, puis entre 40 et 70 ans, selon différentes études. A l’occasion d’une enquête sur le travail volontaire en Flandre, Jozefien Godemont (KUL) et d’autres chercheurs ont même constaté en 2006 que la catégorie d’âge la plus active est celle des 40 à 70 ans : le pourcentage de volontaires peut y atteindre 24% pour une moyenne de 17%, toutes tranches d’âge confondues. La participation des plus âgés augmente ainsi en même temps que s’accroît le poids de leur classe d’âge dans la population.

Le Volontariat : incubateur de valeurs et source de créativité

Pour la Plate-forme francophone du Volontariat, « la spécificité de l’action volontaire réside non seulement dans les différents terrains d’investissement de centaines de milliers de personnes, mais aussi dans sa lecture des rapports sociaux. L’action volontaire propose un changement de cadre de référence qui nécessite une réflexion spécifique. Il ne s’agit pas de réduire la place du monde du travail ou des partenaires sociaux, ni de leur rôle structurant, mais d’intégrer le volontariat comme un mode d’action et de rapport au collectif ».

Vous aussi, vous en arrivez aux mêmes conclusions : nous sommes englués dans un société de surconsommation. Aujourd’hui, tous les projets sont réduits à la notion de coût et tout est monnayé, à en avoir la nausée. Tout ? Sans doute pas les projets volontaires : ceux-là échappent à la loi omniprésente du marché – justement, parce qu’ils ne sont pas rémunérés. Ainsi, observe-t-on dans bon nombre de projets volontaires le retour de l’initiative et le goût du risque, l’expérimentation de nouvelles formules de démocratie participative et le renforcement de l’action sociale collective.

Benoît César, Secrétaire général adjoint du CJC

« Le volontariat améliore l’estime de soi des jeunes » Le Conseil de la jeunesse catholique (CJC) regroupe 14 organisations de jeunesse, soit près de 20.000 volontaires, dont les activités touchent chaque année près de 100.000 jeunes en Communauté française. En tant que secrétaire général-adjoint du CJC, estimez-vous que le volontariat concerne tous les groupes de la population ? Chaque organisation tend à attirer ses propres publics, mais leur variété permet au volontariat d’attirer toutes les couches sociales et culturelles de la population. De nombreux projets appellent également des publics spécifiques, qu’il s’agisse de jeunes en difficulté, en recherche d’emploi ou aux études. Comment devient-on volontaire ? On ne naît pas volontaire  : on le devient, le plus souvent en rejoignant un groupe dans une relation d’échange où le plaisir est primordial. L’engagement n’est ni une 12

obligation, ni une action intéressée, mais un acte gratuit en rupture avec les valeurs de compétition et de rentabilité habituellement renvoyées par notre société. Quels sont les autres bénéfices du volontariat ? Sur le plan personnel, les jeunes volontaires développent une plus grande estime de soi. Ils découvrent et mettent en pratique leurs capacités alors que la société se montre souvent suspicieuse à leur égard. Sur le plan collectif, participer au fonctionnement d’une association leur permet de contribuer peu à peu à la vie sociale et démocratique. Les organisations de jeunesse offrent ainsi aux volontaires des espaces d’expérimentation pour l’initiative, la prise de risque, la gestion de l’échec et surtout le goût d’entreprendre. La durée de l’engagement des jeunes diminue… C’est plus subtil. Car les jeunes s’investissent davantage qu’auparavant dans plusieurs activités volontaires en parallèle. Et les formes d’engagement se diversifient, si l’on songe par exemple aux utilisations militantes des nouveaux médias. L’essentiel est qu’ils continuent à s’engager, que cela fasse sens pour eux, et qu’ils s’épanouissent.

Dans le culturel, tout comme dans les secteurs de l’action sociale et de la santé, les volontaires réaffirment ainsi le rôle premier des fonctions collectives utiles et nécessaires à notre société. En redonnant du sens à l’existence de bon nombre de citoyens qui ont perdu leurs points de repères, le volontariat devient un vecteur majeur de lien, d’insertion, d’épanouissement individuel et collectif. Il en est ainsi de l’Association des centres culturels (ACC) qui réunit 115 institutions reconnues et subventionnées, notamment les maisons de la culture. « Plus de 4.000 volontaires tiennent ainsi des responsabilités dans les centres culturels, pour l’essentiel en tant qu’administrateurs », explique Vincent Dehin, conseiller juridique. « A leurs côtés, de nombreux volontaires s’occupent des animations sur le terrain, de la billetterie ou du bar. Toutes ces ASBL fonctionnent grâce au travail de ceux qui leur consacrent du temps libre. C’est un travail de l’ombre, sans lequel l’offre culturelle du secteur associatif tomberait à l’eau. »


Interview Jacques Defourny, Professeur en Sciences économique (ULg)

« Le non marchand fait marcher le marchand » En tant que directeur du Centre d’économie sociale à HEC – Ecole de gestion de l’Université de Liège, vous vous intéressez de près au volontariat et au secteur non marchand. N’est-il pas étrange de chercher à chiffrer leur valeur économique ? Dans l’inconscient collectif, on a l’impression que les véritables richesses sont produites par le secteur marchand. Le non marchand – c’est-à-dire la santé, l’enseignement, le social, la culture, le sport… – serait une sorte de luxe obtenu sur le dos des entreprises via l’impôt. Quant au bénévolat, il relèverait de « l’aprèsjournée » et des bons sentiments. Sur le plan économique, cette vue ne tient absolument pas la route : c’est même le non marchand qui fait marcher le marchand. Mieux connaître cette situation n’a donc rien d’étrange, même si la prise de conscience est récente et que les premières recherches datent, en Belgique, de la fin des années 90. C’est l’associatif qui ferait tourner les entreprises privées ? La Belgique compte environ 60.000 ASBL actives. Leur valeur ajoutée au PIB dépasse légèrement celui de la construction et talonne le secteur financier. Et ce tissu associatif représente un client énorme des entreprises – si vous songez par exemple aux besoins des hôpitaux et des écoles en équipements et en infrastructures. Les volontaires et salariés représentent également une masse de consommateurs essentielle pour l’économie. Enfin, le non marchand prend en charge de nombreux besoins qui permettent à l’économie marchande d’exister, comme la formation, la santé, le bien-être ou les loisirs des travailleurs.

le volontariat. Peut-on mesurer son impact dans l’économie ?

structurée. Plus de deux tiers de l’emploi associatif émanent d’initiatives bénévoles.

Selon les estimations, environ 1,5 million de Aux yeux de l’économiste, quelles sont personnes exercent en Belgique une forme finalement les valeurs fondamentales de volontariat. On a calculé que les heures du volontariat ? prestées, mises bout à bout, représentent Le volontariat a la particularité de repoentre 150 et 200.000 équivalents ser sur une sorte de don. Cela temps plein. Soit entre 4 et 6% « On peut prouve qu’un espace de gradu volume de l’emploi salarié. Si tuité demeure dans l’économie même le volontariat disparaissait du jour au même titre qu’au sein des au lendemain, les conséquences parler d’un familles. Cette gratuité approseraient pires que la crise finan- entreprenariat fondit les liens sociaux, améliore cière. C’est comme si 200.000 perl’épanouissement personnel, sonnes arrêtaient soudainement de bénévole. donne du sens à la vie… travailler. Ce serait un cataclysme [...] Plus de pour la société qui perdrait une Sur le plan collectif, les affaires deux tiers grande part de sa cohésion. publiques nécessitent des perde l’emploi sonnes intéressées dès le plus Le volontariat menace-t-il associatif jeune âge par la gestion collecl’emploi ? tive. Rejoindre un groupe pour faire cause et caisse communes Non, au contraire. La plus émane s’apprend bien mieux en situagrande majorité des associations d’initiatives tion – qu’il s’agisse d’un mousont nées grâce à des initiatives bénévoles.» vement de jeunesse, d’un club bénévoles. On peut même parler d’un entreprenariat bénévole de sport, d’un centre culturel ou qui repose sur un profond investissement d’une association environnementale – qu’en personnel. D’abord, les volontaires répon- classe de cours. La vie démocratique a besoin dent à des besoins nouveaux ou insatis- de personnes qui se réunissent autour de faits. Ensuite, on crée peu à peu de l’em- sujets communs pour donner de leur temps, ploi pour y répondre de manière plus de leur créativité et de leur énergie.

Dans notre monde d’argent, la denrée la plus rare est la gratuité. La poésie est gratuite : on n’espère pas d’autre gain que celui de l’émotion. Le volontariat lui aussi est gratuit : c’est donner sans penser à prendre ou à recevoir ! –– Jacques Mercier

Une grande partie de ces associations repose, en tout ou en partie, sur 13


Enjeux

Entre contraintes et engagements Dans le cadre de l’Année européenne du Volontariat, la Plate-forme francophone du Volontariat souhaite prendre la balle au bon et formuler quelques mesures fortes qui sont de nature à créer des conditions plus favorables encore à l’engagement citoyen volontaire. Celui-ci doit rester un engagement sans contrainte, gratuit et tourné vers autrui et la collectivité. Petit tour d’horizon de quelques enjeux et propositions politiques ... Depuis 2005, la Belgique s’est dotée d’une loi visant à encadrer et soutenir le développement des activités de volontariat. Tout en lui reconnaissant des mérites, le secteur associatif souligne différentes « zones d’ombre », notamment lorsqu’elle définit les formalités qui s’appliquent aux allocataires sociaux (demandeurs d’emploi, prépensionnés). Si les prépensionnés doivent, au même titre que les demandeurs d’emplois, informer l’Onem de leur activité volontaire, dans les faits, ils sont moins exposés aux contraintes que connaissent les chômeurs. L’Onem peut refuser ou donner tacitement son accord et revenir ultérieurement sur sa position et imposer au volontaire l’arrêt de son activité. Cette contrainte, justifiée par l’obligation faite au chômeur de rester disponible pour le marché de l’emploi, pose plusieurs problèmes aux

yeux de Miguel San Roman Lopez, de l’Association Espace Seniors, membre du réseau de La Mutualité Socialiste. Lever les freins pour les allocataires sociaux Primo : « Cela signifie que l’Onem peut refuser à un demandeur d’emploi le droit d’exercer une activité bénévole qui lui paraît trop absorbante. Or, le volontariat peut permettre d’acquérir des compétences et d’étendre son réseau social de façon à sortir du chômage.  » Deuzio  : «  La législation manque de définir clairement les cas dans lesquels l’autorisation doit être accordée ou refusée. En pratique, chacun des bureaux de l’Onem est donc amené à prendre des décisions selon ses propres critères, en fonction de son interprétation de la loi. Ce système est trop discrétionnaire et manque de transparence. »

Il est souhaitable de rechercher au plus vite un équilibre entre le contrôle exercé sur le demandeur d’emploi et son épanouissement personnel… et professionnel. « La balle se trouve du côté du monde politique. Il faut adapter la législation qui paraît en contradiction avec la liberté d’association », estime Miguel San Roman Lopez. La situation des étrangers  Une règlementation plus transparente, applicable au plus grand nombre de volontaires  : tel est également le souhait du Conseil supérieur des volontaires (CSV). Dans la ligne de mire  : l’interdiction faite aux étrangers ayant besoin d’un permis pour travailler en Belgique de pratiquer une activité bénévole. «  Le volontariat représente précisément une façon idéale de s’intégrer dans la société », relève Suzanne Van Sull, présidente du CSV. Une plus grande protection pour tous les volontaires Autre dossier sur la table du CSV  : celui des assurances. En théorie, les organisations ont en effet l’obligation de souscrire une assurance pour mieux protéger leurs volontaires. Mais en pratique, les choses ne sont pas aussi simples… «  Des pans entiers du volontariat ne sont pas couverts, notamment une partie des associations de fait. Il faudrait simplifier la législation afin que tous les volontaires bénéficient d’une protection maximale », estime Suzanne Van Sull.

Pour porter ces différentes propositions à l’agenda politique, les volontaires et associations peuvent compter sur plusieurs espaces de concertation et de lobby. Au niveau francophone la Plate-forme francophone du Volontariat - PFV.

Au niveau fédéral le Conseil supérieur des Volontaires - CSV

Au niveau européen le Centre européen du Volontariat - CEV

L’asbl Plate-forme francophone du Volontariat est née en octobre 2002 pour contribuer à la promotion du volontariat et la défense des intérêts des volontaires en Belgique francophone (Communauté française, Région wallonne et Région de Bruxelles-Capitale).

Conseil consultatif créé en 2002 auprès du Ministère des Affaires sociales (l’actuel SPF Sécurité sociale), le Conseil supérieur des volontaires (CSV) est un organe de concertation et de consultation permanent où les volontaires et les autorités entrent en contact afin de garantir une attention permanente aux problèmes spécifiques des volontaires.

Tout au long de l’année, le Centre européen du Volontariat (CEV) et le secteur associatif, dont la PFV, peaufineront leurs recommandations.

Outre une mission de promotion et de conseil, la PFV effectue un travail de veille politique, organise une représentation et exprime la position politique de ses membres auprès des autorités publiques francophones, fédérales et européennes via le CSV et le CEV (voir ci-contre) www.levolontariat.be 14

Le CSV remet ainsi des avis sur les textes légaux ayant un impact sur l’action des volontaires en Belgique, qu’il s’agisse de sécurité sociale, de fiscalité ou de droit du travail. www.socialsecurity.fgov.be

Objectif : la publication d’un Livre blanc susceptible de donner un coup de fouet au secteur sur le continent. Parmi les idées sur la table : une meilleure valorisation de l’expérience acquise en tant que volontaire, une meilleure approche globale (en termes de mobilité de volontaires entre pays, de soutien à la formation, de simplification administrative…) www.cev.be


Interview Alda Greoli, Secrétaire Nationale de l’Alliance des Mutualités chrétiennes

En route pour un Pacte associatif et un congé citoyenneté ! Pourquoi plaidez-vous, en tant que secrétaire nationale des Mutualités chrétiennes, en faveur d’un nouveau pacte associatif ? Le Pacte associatif définit des règles que se donnent les pouvoirs publics et politiques. Ce sont de vraies conditions de bonne gouvernance dans le champ des politiques, acteurs du non marchand et associatifs qu’ils soient de petite taille (association active au niveau communale) ou de grande importance comme les hôpitaux, maisons de repos mais aussi l’enseignement, les mouvements de jeunesse, … Le pouvoir politique a historiquement en Belgique délégué une partie des missions de services au public à l’associatif. C’est très intéressant car cela produit de la cohésion sociale, cela développe la capacité d’initiative des citoyens, cela promeut une règle fondamentale de notre Constitution  : la liberté d’association. Quel est l’enjeu ? Durant plus de 150 ans la Belgique a vécu en étant structurée par deux grands piliers : le chrétien et le laïc. Il y a de nombreuses années que la société est sécularisée, que les parents choisissent une école en fonction d’autres critères que celui de la religion, que les patients se dirigent vers un hôpital ou une mutualité en fonction de la qualité

des services qui sont rendus, que les enfants volontaire que ce soit dans la gestion ou dans vont aux scouts, aux guides, aux patros ou l’action. Au sein de la Mutualité chrétienne, à Jeunesse et Santé en fonction des séjours le personnel bénéficie de cinq jours de congé et activités proposées. Mais un élépour accompagner un séjour ment essentiel est à sauvegarder dans de personnes handicapées. Les la sortie des piliers, c’est de continuer « Encourager employés qui ont pu vivre cette à garantir l’accès à tous, aux mêmes le volontariat, expérience non seulement ont conditions, et avec la même qualité. en profondeur le vécu c’est produire compris C’est empêcher la marchandisation des personnes handicapées, mais de ces services essentiels qu’ils soient de la société ils ont aussi saisi les enjeux qui petits ou grands, qu’ils relèvent des humaine ! » fondent la mutualité chrétienne.   loisirs ou des services fondamentaux C’est tout bénéfice pour eux, que sont l’enseignement et la santé. pour les personnes handicapées Cela incombe aux pouvoirs politiques de et pour la société en général. mettre en place ces conditions. Pourquoi encourager le volontariat ? Vous prônez également la création Posons la question autrement  : Que faut-il d’un «  congé citoyenneté  », pouvez- pour que des hommes et des femmes forvous nous en expliquer la raison ? ment « société humaine » ? Permettez-moi de souligner que si ces asso- L’acte gratuit engendre les relations sociales, ciations existent, si ces services sont rendus, l’amitié, l’amour… Si toutes les relations c’est parce que des hommes et des femmes sociales devaient être monétisées ou contracs’investissent, ont des idées d’entrepreneurs tualisées, y compris au sein de la famille – « à titre gratuit ». Ce n’est possible que parce comme certains y songent pour la relation que des centaines de milliers de volontaires d’aidant proche – nous ne vivrions plus au sont actifs dans la gestion, dans les pouvoirs sein d’une société mais dans une entreprise, organisateurs de ces services et associations et sous contrat. Si la gratuité disparaissait totapermettent à des centaines de milliers d’em- lement, la société cesserait tout simplement plois d’exister. Il est essentiel de permettre d’exister. l’engagement des personnes dans une associa- Encourager le volontariat, c’est produire de tion, un investissement qui est non seulement la société humaine ! producteur de solidarité, de citoyenneté, mais Et puis terminons par une touche d’espéaussi rentable pour l’ensemble de la société et rance et de motivation supplémentaire  : les même  pour les entreprises. Une piste est le statistiques montrent qu’une personne active « congé citoyenneté ». En accordant notam- dans une association possède cinq années ment quelques jours de congé supplémen- d’espérance de vie en bonne santé en plus. taires en cas d’engagement dans une activité N’est-ce pas là une autre excellente raison ?

En partenariat avec

« Le volontariat est l’une des manifestations les plus visibles et les plus appréciées du civisme international. Que ce soit à grande échelle ou de manière imperceptible, les volontaires transforment leur communauté et la planète et apportent des réponses concrètes aux besoins les plus pressants de l’humanité. –– Kofi Annan, Prix Nobel de la Paix.

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Avec ses organisations membres, la Plate-forme francophone du Volontariat représente en Communauté française de Belgique près de moteurs de lien social de bien-être et de vivre ensemble... créateurs d’espaces de gratuité, de solidarités interpersonnelles et intergénérationnelles.

Membres de la Plate-forme francophone du Volontariat Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes • Union Nationale des Mutualités Socialistes • Association des Centres Culturels • ACODEV – Fédération francophone et germanophone des associations de coopération au développement • Association des Maisons d’Accueil et des Services d’Aide aux sans abris • Association Francophone des Universités tous âges de Belgique • Association Interfédérale du Sport Francophone • Association pour le Volontariat • Caritas Catholica en Belgique francophone et germanophone • Fédération des Institutions Hospitalières • Centre d’Action Laïque • Centre National de Coopération au développement – 11.11.11. • Conseil de la Jeunesse Catholique • Conseil de la Jeunesse de la Communauté française • Natagora • Croix Rouge de Belgique • Fédération Belge des Banques Alimentaires • Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel • Fédération des Centres de Service Social • Inter-Environnement Bruxelles • Inter-Environnement Wallonie • Les Scouts • Ligue des Familles • Lire et Ecrire • Union des Fédérations d’Associations de Parents de l’Enseignement Catholique • Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique • Fédération Multisports Adaptés.

Plate-forme francophone du Volontariat asbl Boulevard de l’Abattoir, 28 B-1000 Bruxelles Téléphone : 02 512 01 12

Chaussée de Marche, 604 B-5101 Namur Téléphone : 081 31 35 50

Email : info@levolontariat.be www.levolontariat.be

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Ed. resp. : Frédéric Possemiers – 28, blv de l’Abattoir • B-1000 Bruxelles. Concept : yuluka.com

300.000 volontaires...


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