Page 1

Cinéma

The Silent House (La Casa Muda) Venus pour remettre en état une maison abandonnée, un père et sa fille sont réveillés dans la nuit par des bruits suspects à l’étage… C’est d’Uruguay que nous vient cette rude épreuve pour les nerfs fragiles. Réalisé en une seule prise avec la fonction caméra d’un appareil photo, le résultat est aussi convaincant par sa qualité d’image que par l’efficacité de sa montée d’adrénaline !

U

ne toute jeune femme franchit une barrière branlante et suit son père dans les hautes herbes. Ils remontent tous deux vers une bicoque qui apparaît à peine sous la végétation. Les fenêtres sont closes, barrées de planches. La jeune femme en fait le tour, tentant au travers des interstices de saisir une image de l’intérieur. Elle est sortie de son exploration par une voiture qui arrive. Laura va avec son père Wilson au devant du propriétaire de la maison, un ami de Wilson. La bicoque est presque vendue, il est temps de lui redonner bonne mine. Wilson et sa fille sont là pour ça. Il a prévu qu’ils dormiraient tous deux sur place pour démarrer la journée au plus tôt, en commençant par le jardin. Le propriétaire les invite à entrer, leur fait découvrir l’intérieur à l’abandon à la seule lueur d’une lampe, prévenant que le triste état que l’on constate au rez-de-chaussée est probablement pire encore à l’étage. Et qu’il est préférable de ne pas s’y rendre. Laura explore les étagères fantomatiques, détaille les bibelots oubliés, puis rejoint Wilson dans le salon afin de s’installer pour la nuit. C’est alors que se font entendre des bruits à l’étage…

Le frisson a souvent des saveurs du sud depuis quelques années. Et nous avons pris bien du plaisir à voir les talents circuler entre l’Espagne et le Mexique. Il faut désormais compter un territoire de plus dans le club des fileurs de trouille à la sauce latine : l’Uruguay. Ce petit coin d’Amérique du Sud nous apporte régulièrement des films étonnants, de 25 Watts au récent Sale temps pour les pêcheurs. En compétition au 63e Festival de Cannes pour la caméra d’or, projeté au dernier festival fantastique de Gerardmer, la Casa Muda de Gustavo Hernandez a parfois été survendu par certains, mais a accumulé auprès des amateurs un capital sympathie mérité. Car cette intrigante pépite de frousse est aussi porteuse d’un fantastique

1

message d’espoir à tous ceux qui désespèrent de faire le film de leur rêve. Après le très réussi Rubber, cette Maison du silence (titre très mensonger de fait…) est le second film entièrement réalisé avec la fonction caméra d’un appareil photo digital dernière génération. Un engin maniable à souhait dont le directeur photo, Pedro Luque, exploite les capacités avec une réelle ingéniosité : le résultat à l’image est des plus convaincants. Mais si nos chers uruguayens ont choisi cet outil encore inhabituel, c’est pour deux excellentes raisons : réaliser un film avec moins de 6000 dollars de budget, et le réaliser en un seul et unique planséquence d’un peu moins d’une heure et 28 minutes… Si la prouesse n’est pas une première, elle reste audacieuse rien que par le casse-tête délirant qu’il implique dans sa préparation. Cette dimension temporelle opère deux effets intéressants : une immersion des acteurs certainement plus intense, mais aussi une réelle immersion du spectateur. La fluidité troublante de l’enchaînement des évènements sans coupe artificielle, sans subterfuges supplémentaires, produit un effet étrange sur notre perception habituée aux effets de narration. Loin d’être accessoire, le choix de réalisation apporte un plus non négligeable à ce suspens séduisant qui s’il ne tient pas toujours la dose d’adrénaline au maximum, sait diffuser une belle angoisse. Les blasés auront vite en tête d’autres productions qui ont employé la même situation, et certains devineront probablement la chute imaginée par les deux scénaristes à cet authentique fait divers resté célèbre en Uruguay pour n’avoir jamais été élucidé. Reste que le talent de Hernandez est évident. Pour son premier long métrage, il fait preuve d’une vraie maîtrise technique et d’une rigueur que l’on espère pouvoir découvrir ultérieurement dans un instructif making of... Ultime preuve de ce talent, le film n’est pas sur tous les écrans que la machine hollywoodienne s’est déjà précipitée pour en un faire remake, présenté au dernier festival de Sundance ! À noter que le film s’offre après générique, une seconde séquence, rajout décidé après le passage du film à Cannes. Loin de décevoir, cette scène apporte une réelle poésie, morbide, mais touchante, qui fait un beau contrepoint au final d’avant générique. À découvrir pour se ronger les ongles de joie…

Infos

L’avis de CpourlesHommes.com

Qu’il s’agisse de ce médecin face à la barbarie ou de ce gosse réagissant face à l’injustice, Revenge illustre la menace qui plane sans cesse sur nos idéaux, notre “civilisation”. Le scénario est habile, et les acteurs tous absolument irréprochables. Vraiment un très beau film, plein de sens et de sensibilité. Son Oscar est justifié. F.L.

Horreur Réalisé par Gustavo Hernandez Avec Florence Colucci, Gustavo Alonso, Abel Tripaldi… Durée : 1h28 Sortie en salles le 16 mars 2011

2

The Silent House (La Casa Muda)  

Test, avis et critique du film The Silent House (La Casa Muda) de Gustavo Hernandez avec Florence Colucci, Gustavo Alonso, Abel Tripaldi