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DÉCEMBRE 2026 JANVIER 2027 TOMBÉES Tombée rédactionnelle : 11 novembre 2026 Réservation publicitaire : 13 novembre 2026 Matériel publicitaire : 16 novembre 2026 Sortie : 25 novembre 2026
FÉVRIER 2027 TOMBÉES Tombée rédactionnelle : 13 janvier 2027 Réservation publicitaire : 15 janvier 2027 Matériel publicitaire : 18 janvier 2027 Sortie : 27 janvier 2027
MARS 2027 TOMBÉES Tombée rédactionnelle : 10 février 2027 Réservation publicitaire : 12 février 2027 Matériel publicitaire : 15 février 2027 Sortie : 24 février 2027 Les communiqués doivent parvenir à la rédaction au plus tard le lundi précédant la tombée de l'édition.
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MICHEL TREMBLAY + RENÉ RICHARD CYR PAGE 24 « Michel : Quand on est ado en 1955 et qu’on se découvre gai, c’est un cliché, mais on pense qu’on est tout seul et qu’on est un monstre. J’ai voulu traiter de ça à ma façon...»
Sommaire novembre 2026 | no 506 CHRONIQUES
CRÉDIT: YVES RENAUD
08 Autrement dit / Yves Lafontaine 10 Par ici ma sortie / Denis-Daniel Boullé 12 Où sont les lesbiennes / Julie Vaillancourt 14 Au-delà du cliché / Samuel Larochelle 16 Place au Village / Gabrielle Rondy 48 Porte Voix / Puelo Deir 108 Arts & Icones / Richard Burnett 110 Sonny Issues / Frédéric Tremblay 118 Porte Voix / Nicolas Vandal 120 Horoscope / Robert Gareau
ENTREVUES / ACTUALITÉS 18
IMAGE+NATION PAGE 72 « Pour sa 39e édition, le Festival image+nation nous invite à découvrir un cinéma LGBTQ+ aussi diversifié dans ses formes que dans les réalités qu’il explore...»
20 22 24 26 28 30 32
Investir dans un lieu rassembleur pour les communautés LGBTQ+ La Grande Démesure : Être engagé·e tout en célébrant Campagne du GRIS-Montréal Entrevue avec Michel Tremblay + René Richard Cyr Entrevue avec Robert Laliberté Entrevue avec Philippe Lacroix Entrevue avec Maxime Roberge Entrevue avec Charly Mullot
CONSO / FINANCES 34 36 50 52
Louise Rousseau, une biographie inspirante Le coût de l’authenticité Au volant Alcools
COMMUNAUTAIRE / DÉCORHOMME 38 40 42 44 46 54
Voix d’espoir LIVRES : Les mots justes Groupes LGBTQ+ Équipe Montréalc Nouvelles communautaire de Québec Sébastien Deschênes, 25 ans à transformer des maisons
95 96 97 98 99
SÉRIE : VisionQuest SÉRIE : In the Grey / Reina Roja SÉRIE : Golden Axe / Neagley David Paquet vous vend un cornet à 275$ Julie Curly renoue avec ses racines dans Un peuple, une voix 100 Samuel Larochelle un conte de Noël queer, mais pas seulement 102 LIVRES : NOUVEAUTÉS 112 Montréal veut donner un second souffle à ses nuits
IMAGE+NATION 72 73 74 75 76 78 80 82 84 85 86 87 88 89 90 92 93
Give Me The Ball! Black Burns Fast / Coward Lesbian Simulator / Mineshaft Another Man / Brittney Griner Iván & Hadoum / Little tragedies On the road / À voix basse Slo Pitch Dégage Entrevue Lennikim et Sam-Éloi Girard Personnages secondaires de Dégage Barbara Forever / MMadfabulous Test / The Einstein of sex Du fioul dans les artères / The Education of Jane Cumming I Come Home / Labrador Entrevue avec Justin Ducharme Entrevue avec Pierre Le Gall The Restoration at Grayson Manor / Don’t Come Out (No salgas)
CLUBBING / FUGUES Y ÉTAIT 114 105 116 117
LIEUX LGBTQ+ Fugues y était Fugues y était Fugues y était
PETITES ANNONCES PHILIPPE LACROIX 28
LOUISE ROUSSEAU 34
56 Immobilier 57 Annonces classées
QUOI FAIRE 62 THÉÂTRE : Voyage voyage 64 THÉÂTRE : Tout sur le sexe 66 La magie des Fêtes en douze tableaux signés Québec Issime 68 Les Ballets Jazz de Montréal s’invitent dans l’univers de Leonard Cohen 70 Biennale ELEKTRA 71 Noël Jouissif 94 SÉRIE : Carrie (2026)
LE VIE NOCTURNE À MONTRÉAL 112 6 | FUGUES.COM
DEPUIS 1984 Magazine LGBTQ+ de société, culturel et communautaire, FUGUES est le seul média québécois/ canadien francophone à suivre l’actualité gaie, lesbien, bisexuelle et transgenre d’ici et d’ailleurs. Sa diffusion multiplateforme à la fois imprimée et virtuelle vous donne votre dose régulière d’actus LGBTQ+. Il repose sur une petite équipe de passionné-e-s ; )
Chronique autrement dit
YVES LAFONTAINE yveslafontaine@fugues.com
sur leur avenir. Le Québec est attaché à sa langue et à sa culture, mais il est aussi composé de personnes aux origines, aux parcours, aux croyances, aux orientations sexuelles et aux identités de genre multiples. Cette diversité fait partie de notre identité collective et l'enrichit. La protection du français et l'avenir de notre culture occupent une place importante dans votre projet politique. Ce sont des préoccupations que nous partageons. Je crois qu'il est possible de défendre une identité collective forte sans que certaines personnes se sentent exclues. La nomination de Pascal Bérubé, un parlementaire d'expérience, à la Culture, au Patrimoine, aux Communications et à la Langue française témoigne de l'importance accordée à ces dossiers. Au fil des décennies, notre société a su reconnaître les couples de même sexe, protéger leurs familles, combattre la discrimination et faire progresser les droits des personnes trans. Le Parti québécois a participé à plusieurs de ces avancées, se trouvant même à l'avant-plan de certains changements. C'est un héritage dont votre gouvernement peut assurer la continuité. Certaines de vos déclarations et positions concernant les personnes trans et non binaires suscitent toutefois de réelles appréhensions. Je trouve regrettable que, dans le climat actuel, on en vienne parfois à remettre en question jusqu'à la légitimité de leur existence. On peut débattre des politiques publiques, mais l'existence et la dignité des personnes ne devraient jamais être matière à débat.
Afin que personne ne soit oublié… Lettre ouverte à Paul St-Pierre Plamondon… À la suite de votre élection et de la formation de votre gouvernement, je tenais à vous adresser cette lettre pour vous faire part des préoccupations des communautés LGBTQ+, mais aussi de l'espoir que vous saurez rassembler les Québécoises et les Québécois, au-delà de leurs différences. Vos premières décisions témoignent d'une volonté de vous attaquer à plusieurs problèmes importants. Elles suscitent des attentes, même si des inquiétudes demeurent. Je vous écris à titre de citoyen, mais également comme directeur de Fugues, un média qui, depuis plus de quarante ans, accompagne les communautés de la diversité sexuelle et de genre, se fait l'écho de leurs préoccupations et porte leurs aspirations. J'ai vu le Québec changer et été témoin de progrès autrefois presque inimaginables. J'ai aussi appris que les avancées sociales ne sont jamais définitivement acquises. Vous avez exprimé votre volonté de gouverner pour l'ensemble des Québécoises et des Québécois. J'accueille cet engagement avec ouverture et espoir. Je souhaite qu'il se traduise dans vos décisions, notamment à l'égard de celles et ceux qui n'ont pas voté pour vous, ne partagent pas vos convictions ou que certaines de vos déclarations ont pu inquiéter. Devenir premier ministre, c'est aussi gouverner une population dans toute sa diversité. Je suis conscient des défis qui vous attendent. La hausse du coût de la vie, l'accès au logement, les problèmes du système de santé, l'avenir de l'éducation et les préoccupations économiques pèsent sur le quotidien de nombreuses familles. Les personnes LGBTQ+ partagent ces inquiétudes. Elles aussi cherchent un logement abordable, attendent des soins, élèvent des enfants, vieillissent et s'interrogent 8 | FUGUES.COM
Les discussions sur l'identité de genre, les espaces non mixtes ou l'éducation à la sexualité touchent directement des jeunes qui cherchent leur place, des parents qui souhaitent le bonheur de leurs enfants et des adultes qui veulent simplement vivre dignement, travailler, aimer et participer à la société. Ces personnes ne demandent pas un traitement privilégié, mais les mêmes protections et possibilités que les autres. La nomination de Marie-Claude Sarrazin à la Justice, avec la responsabilité de la lutte contre la discrimination envers les personnes LGBTQ+, est un signal que je souhaite accueillir positivement. Nos communautés auront une interlocutrice désignée au gouvernement. J'espère qu'elle saura établir un dialogue constructif avec les organismes et les personnes concernées, et que son mandat se traduira par des mesures concrètes. Je vous demande d'écouter les organismes communautaires, les professionnels de la santé, les chercheurs, les familles et, surtout, les personnes directement touchées par vos décisions. De privilégier les faits et les connaissances plutôt que les perceptions alimentées par les débats publics. Nous observons ailleurs dans le monde, mais aussi chez nous, une polarisation croissante autour de la diversité sexuelle et de genre. J'espère que le Québec saura éviter cette voie. Je souhaite également que votre gouvernement reconnaisse le travail des organismes LGBTQ+ et poursuive et renforce, son soutien financier. Depuis des décennies, ils interviennent auprès des jeunes, des personnes isolées, des aînés, des familles, des personnes vivant avec le VIH et des victimes de discrimination ou de violence. Leur connaissance du terrain est indispensable. Les responsabilités confiées à Marie-Karlynn Laflamme en Santé et à Camille Pellerin-Forget en Santé mentale et Services sociaux seront particulièrement importantes pour plusieurs de ces organismes. Je pense aussi à l'avenir du Village de Montréal, un quartier important dans l'histoire de nos communautés. L'itinérance, la sécurité et la cohabitation appellent des réponses respectueuses de la dignité des personnes en situation de précarité comme des besoins des résidents, des commerçants et des organismes. Votre décision d'assumer personnellement la responsabilité de la lutte contre l'itinérance mérite d'être saluée. Elle témoigne de l'importance que vous accordez à un problème qui dépasse largement le Village. J'espère que cet engagement permettra de mieux coordonner les interventions en matière de logement, de santé mentale, de dépendances et de services sociaux. La crise du logement, qui frappe particulièrement les jeunes, les aînés, les personnes seules et les ménages à faible revenu, exige aussi des réponses durables. À travers Fugues, nous continuerons à informer, à questionner, à donner la parole, à célébrer et —lorsque nécessaire — à critiquer les décisions de votre gouvernement. C'est notre responsabilité journalistique. Nous saurons aussi reconnaître les initiatives qui contribueront au mieux-être de nos communautés et de l'ensemble de la population. Je ne m'attends pas à ce que votre gouvernement et nos communautés soient toujours d'accord. Mais je crois au dialogue, même lorsque les points de vue divergent. Un gouvernement se juge sur ses actes et ses réalisations, mais aussi sur sa capacité à respecter les droits de celles et ceux qui ne partagent pas ses convictions. Je souhaite sincèrement que votre gouvernement réussisse à faire avancer le Québec. Et j'espère que, dans le Québec que vous souhaitez bâtir, chacune et chacun pourra continuer à se sentir pleinement chez soi.6
Chronique par ici ma sortie
DENIS-DANIEL BOULLÉ denisdanielster@gmail.com
amitié, comme on remplirait un long formulaire. Nous partageons les mêmes goûts, les mêmes passions, les mêmes analyses, la même conception de la vie, etc. Pourtant, des milliers de personnes pourraient cocher les mêmes cases. Même parmi celles que nous côtoyons régulièrement, certaines ne deviendront jamais des ami·es au sens d’une relation privilégiée et précieuse. L’amitié reste donc un mystère. Peut-être parce que nous l’avons trop rapidement considérée comme un fourre-tout, une catégorie destinée à accueillir toute relation qui n’entre pas dans les cadres déjà définis et balisés, comme les relations entre parents et enfants, entre frères et sœurs ou entre partenaires amoureux. Chacun·e peut ainsi construire sa propre définition de l’amitié, avec ses frontières floues et mouvantes.
Lieu d’appartenance : la famille versus l’amitié
Éloge et culture de l’amitié En refermant avec émotion le dernier livre d’Alain Labonté, Mourir, pointé du doigt, et en lisant parallèlement 3, une aspiration au dehors, de Geoffroy de Lagasnerie, sous-titré Éloge de l’amitié, je me suis rendu compte à quel point nous parlons souvent d’amitié, à quel point nous la célébrons, sans jamais vraiment savoir ce qu’elle recouvre. On sait généralement comment se comporter dans le cadre des relations familiales. On nous explique également comment agir avec un collègue et quelles limites ne pas dépasser. Dans la plupart des relations humaines, quelle que soit notre place ou notre fonction, nous avons appris les règles qui facilitent — ou devraient faciliter — les rapports avec les autres. Mais les contours de l’amitié sont beaucoup plus flous. D’autant que nous employons le mot ami·e avec une grande latitude. Une simple connaissance peut-elle être considérée comme une amie ? Même si nous la trouvons sympathique, agréable à côtoyer au gré des rencontres, quelles que soient leur fréquence et leur nature ?
La naissance de l’amitié On ne sait pas toujours comment naît une amitié. Généralement, on ne se souvient ni du moment précis où elle a commencé, ni du jour, ni du lieu. On se rappelle parfois les premières rencontres, mais elles n’étaient pas encore marquées du sceau de l’amitié. Puis, un jour, on se surprend à parler de telle ou telle personne en faisant précéder son nom de ces deux mots : « mon ami » ou « mon amie ». Comme si l’amitié s’était installée en nous à notre insu, comme si nous la vivions déjà sans l’avoir encore identifiée dans notre paysage mental. Cela peut prendre quelques jours, comme un coup de foudre, ou quelques semaines, voire quelques mois. L’amitié prend forme petit à petit, au fil des appels plus fréquents, des sorties, des soirées et des vacances partagées. En reprenant la célèbre phrase de Montaigne à propos de son amitié avec La Boétie — on ne saura jamais si leur relation a franchi l’océan qui sépare l’amitié de l’amour —, on pourrait dire que l’amitié se définit d’abord par un simple constat. On peut s’amuser à dresser la liste de tout ce qui nous plaît dans une 10 | FUGUES.COM
Il est de bon ton de parler de famille choisie lorsqu’on évoque l’amitié. Encore faudrait-il définir ce que nous entendons par famille et déterminer comment cette définition pourrait être élargie, sans pour autant teinter l’amitié des contraintes propres aux liens familiaux. On ne choisit pas sa famille. Par chance, celle-ci se révèle souvent un lieu de construction par excellence. Mais ce n’est pas toujours le cas : elle peut aussi devenir un espace d’enfermement, d’étouffement et d’amputation de soi. De quoi faire le bonheur des psys de tout poil, ou encore de fournir le socle sur lequel se fondent toutes les religions. Or, de la famille, point de salut ! Pas si sûr, heureusement. Je n’ai jamais associé mes ami·es à ma famille, dont les liens entre les différents membres sont extrêmement codifiés, hiérarchisés et parfois contraignants. Avec le temps et sous la pression sociale, nous maintenons des relations familiales — nous nous sentons tenus de le faire — alors même que nous ne partageons parfois plus rien avec les personnes qui la composent, sinon de façon très occasionnelle. Les sentiments s’émoussent, le plaisir d’être ensemble diminue et, si l’on noircit le tableau, les obligations familiales finissent par devenir davantage un fardeau qu’une source de joie. L’amitié se distingue en cela : elle est peut-être plus solide, justement parce que nous percevons, consciemment ou non, sa fragilité. Aucun contrat n’a été signé devant une quelconque autorité. Nous ne sommes donc pas liés par une obligation officielle et ne sommes redevables ni devant les institutions ni devant la société. Nous n’avons, en principe, aucune obligation envers nos ami·es. Nous pouvons mettre fin à une amitié à tout moment, sans avoir à rendre de comptes, sinon à nous-mêmes et, éventuellement, à l’ami·e que nous écartons. Encore que le silence prolongé puisse parfois tenir lieu de fin de non-recevoir.
L’amitié m’a sauvé la vie… La formule peut sembler pompeuse. Pourtant, au-delà de l’emphase, et parce que nous avons souvent du mal à regarder au-delà des apparences, elle correspond à une réalité. Nous avons toustes connu une personne de notre entourage traversant un effondrement. Nous savons ce que signifie se retrouver en première ligne, avant même les lignes d’écoute et les professionnel·les de la prévention du suicide. Nous avons toustes, un jour ou l’autre, contribué à sauver quelqu’un·e, portés par l’amitié que nous éprouvions pour cette personne. Ou, plus simplement, nous avons été présent·es auprès d’un être cher dans les situations les plus douloureuses, comme en témoigne Alain Labonté dans son livre, avec tendresse et pudeur. Sans mes ami·es, je ne serais certainement pas la personne que je suis aujourd’hui. Consciemment ou non, ils et elles ont contribué à faire de moi ce que je suis devenu. Et, humblement, j’espère avoir participé à cette transformation en retour.
L’amitié comme lien d’appartenance à une communauté Pour beaucoup de personnes exclues de la société, l’amitié a été un phare, une plage où accoster pour se reposer et se reconstruire. Il s’agit souvent de personnes qui ont vécu différentes formes de rejet, non seulement au sein de leur famille, mais aussi dans les institutions éducatives ou dans le monde professionnel. Elles ont ainsi pu faire l’expérience d’un autre mode de relation, moins rigide que ceux qu’elles avaient connus et, le plus souvent, subis jusque-là. Il est alors question d’une communauté qui se construit autour de parcours communs et qui permet enfin d’éprouver un sentiment d’appartenance à un groupe. Un groupe qui nous accueille, nous respecte et nous aime. Et qui sait si, au sein de cette communauté, ne naîtront pas avec certain·es des liens plus étroits, qui auront tout à voir avec l’amitié ?
Une aspiration au dehors Si Geoffroy de Lagasnerie évoque, dans son ouvrage consacré à l’amitié, le lien privilégié qu’il entretient avec les écrivains Édouard Louis et Didier Eribon, c’est notamment pour souligner cet appel au dehors, qu’il oppose à l’intériorité associée à la famille. L’amitié devient alors une relation qui échappe aux cadres parfois rigides des autres formes de liens humains. Je partage le regard de l’auteur sur l’amitié, mais j’irais un peu plus loin, en m’inspirant du titre de son ouvrage : Une aspiration au dehors. Bien sûr, il y a les ami·es proches, celles et ceux qui me sont indispensables, qui composent ce que j’appelle, non sans ironie, ma « garde rapprochée ». Ce sont les personnes qui peuvent m’appeler à tout moment et auxquelles je sais que je répondrai « présent », comme elles le feraient pour moi. Mais ne pourrions-nous pas étendre cette disposition à l’amitié, cette confiance qui nous lie à nos proches, pour aller davantage vers les autres ? Non pas nécessairement pour nouer de nouvelles amitiés, même si certaines pourraient naître de ces rencontres, mais simplement pour cesser de considérer l’Autre à travers tous les préjugés qui le transforment en étranger — étranger à soi, à sa famille, à sa communauté — et le font percevoir comme une menace. En somme, il s’agirait d’aller vers l’autre avec une intention amicale, de lui signifier que, tout comme nous, il ou elle appartient à une même communauté : celle des humain·es.6