mercure et jĂŠricho
Florian Luthi
mercure et jĂŠricho Florian Luthi
∞ mandibule i. occipital ii. sphénoïde iii. hyoïde iv. enclume–marteau v. apex–hallux vi. manubrium
Ă personne
avant propos
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Partir de la tragédie grecque, comprendre l’apollinien et son antedionysiaque, si complémentaire. Traverser l’Absurde et ses larmes ambidextres, s’incarner quelque temps en un rictus agonisant, tel le Solal qui se rouille dans son romantisme imparfaitement parfait. Gregor Samsa n’est pas en reste… Enfin ce qu’il en reste, anéanti par son quotidien, s’engouffrant dans chaque pore de souffrance suintant de son être. S’égarer, errer à l’intérieur de notre Dédale et s’éparpiller dans ses chemins jaillissants, pour finalement se retrouver dans son antre jobesque, implorant encore et toujours l’incompréhension adorée. Espérant secrètement que notre cher ami Michel pèsera plutôt notre âme du côté des vivants que celui des torturés éternels. Jouissant d’un statut de privilégié, l’humain crée «l’espérant», il souffre pour le salut de son esprit, comme si cette souffrance se devait d’être sacrifiée sur l’autel de Zeus, avant de pouvoir être érigé aux côtés de Dionysos et d’Apollon, souffrant le martyre, tout de croix vêtu et peut-être, dans un soubresaut inattendu, cherchants méticuleusement à ressusciter demain en deux inconnues. Mercure et Jéricho tâcheront d’essayer de savoir laquelle de X ou d’Y prévoit au mieux notre destinée. En attendant l’autre enfoiré qui ne viendra jamais, cette pièce est une sorte de «domini canes I er», me permettant d’amasser et de coller une quantité importante de moelle, afin d’arrêter de ronger ce cartilage spongieux de l’os squelletiquement vide, pour mon futur travail de diplôme. Sur ce, il est grand temps de vous souhaiter un joyeux noeud coulant et une extrême dernière onction.
mandibule Prologue ou ĂŠpilogue, au choix du lecteur.
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Murs blancs. Longue table en bois, dressée, avec nappe blanche, parallèle à la scène. Seuls les couverts vides sont visibles, aucune victuaille. Une grosse marmite surplombant le cœur de la table. Deux chaises derrière celle-ci, face au public. Cardamone et Gingembre aux deux extrémités de la table, elle à gauche, lui à droite, l’un en face de l’autre. Mercure et Jéricho assis entre les convives, face au public, silencieux, presque invisible.
cardamone (outrée)
— Bordel à cul.
gingembre (plus calme)
— On n’a pas idée.
cardamone
— Elles pullulent.
gingembre — Les idées ? cardamone
— De parler à table.
gingembre
— C’est monstrueux.
cardamone
— Tous ces morts.
mandibule
gingembre
— Terrifiant.
cardamone
— Oui.
gingembre — Ils se trouent pour leur liberté. cardamone — C’est effrayant. gingembre
— Un amusement pour nos réceptions.
cardamone — Et l’autre qui décide pour nous. gingembre
— C’est vieux.
cardamone — Ça date d’hier ! gingembre
— C’est toi qui fus jadis.
cardamone — C’est rien comparé à l’exorbitant. gingembre
— C’est la montée.
cardamone
— Oui. ça flambe !
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gingembre
— Dictatorialement.
cardamone
— Bientôt à la rue.
gingembre
— Tu parles trop.
cardamone (plus fort)
— Faudra vendre !
gingembre
— C’est impossible.
cardamone (résignée)
— Malheureusement.
gingembre prend son couteau et sa fourchette, fait mine de saisir quelque chose dans l’assiette, n’y arrive pas et les repose. — Arrête avec ta crise.
cardamone — Tu as pris tes cachets ?
gingembre
— Seulement chez le coiffeur.
cardamone (las).
— Et ces toasts beaucoup trop secs. (Énervée.) C’est tuant à la fin !
gingembre
— Je te léguerais les miens dans mon testament.
mandibule
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cardamone (ton niais, bourgeois, lançant un sourire à Gingembre). — Tu es adorable ! (âcre.) J’ai passé toute la matinée en cuisine pour ce repas. Ils pourraient avoir l’honnêteté gentillesse d’au moins me remercier, non ? (Un temps. Avec rage.) Bon Dieu !
gingembre
— Tu as donné les ordres.
cardamone
— Il fallait que quelqu’un le fasse.
gingembre
— Tu reprends un peu de breuvage ?
cardamone (ravie)
— Volontiers !
gingembre — Je te laisse te servir. (L’incite à se servir avec sa main droite.) Cardamone ne se sert pas. Un temps.
gingembre
— Encore un peu !
Cardamone fait mine de prendre une lamelle de beurre dans le beurrier vide.
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gingembre
— Tu me fais plaisir.
cardamone
— Il n’y a que ça.
gingembre
— Exquis. (Lèche le couteau d’un propre immaculé.)
cardamone (enchantée) — J’ai vu, entendu, regardé, trouvé, dis, lu, reçu... que nous parlions mieux accroupi qu’en faisant la pièce droite.
gingembre — Je t’en avais parlé. Même mieux encore, parraît-il, avec une lance à incendie.
cardamone — Oui, c’est vrai. (Un léger temps.) L’explosion y est meilleure. (Mâche dans le vide.)
gingembre
— En revanche, ils naissent chaque nano-seconde. (Entrechoquement de dents.)
cardamone
— Eblouissante, celle-ci, aujourd’hui.
gingembre
— La facilité.
cardamone
— Un émerveillement. (Porte sa fourchette à la bouche.
mandibule
Arrête son geste lorsque les piques touchent le bout des lèvres et la repose à côté de son assiette.)
gingembre
— Passe-moi le sel.
Un temps.
cardamone
— Ça te tuerait.
Un temps.
gingembre
— Plus besoin de réfléchir.
cardamone
— Tout ce fait seul.
gingembre
— Le Paradis !
Un temps.
cardamone
— On sonne !
gingembre
— Ça commence à bien faire !
cardamone
— Je reprendrais bien un verre de ce liquide.
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gingembre
— Il est fameux.
cardamone
— Coloré.
gingembre
— Sans goût.
cardamone
— Tout ce qu’on aime.
gingembre
— On sonne toujours.
cardamone
— La septième fois, je crois.
gingembre
— Tu as finis ?
cardamone
— Je ne sais pas.
gingembre
— Moi oui. C’était comme d’habitude.
cardamone
— C’est-à-dire ?
gingembre — Je ne sais pas.
cardamone
— Je reprendrais bien un bout de consistant.
mandibule
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gingembre
— Tu devrais finir.
cardamone — Oui, tu as raison. (Saisit son verre vide et fait mine de boire une gorgée)
gingembre
— C’est mieux ?
cardamone
— J’ai soif d’abreuvement.
gingembre
— Elle abonde.
Un temps.
gingembre
— Mais tu n’as pas soif.
cardamone
— Comme toujours.
gingembre (hésitant)
— Je ne sais pas quoi choisir.
cardamone
— Tu as le choix.
gingembre (d’une extrême assurance)
— Une chance sur des billions.
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cardamone (couteau dans la main droite, levée en direction de Gingembre) — Oui ! oui ! oui ! (accent sur le dernier oui)
gingembre
— Garder la ligne !
cardamone
— Une bonne ligne bien droite, légèrement courbée.
gingembre
— Gauchement.
gingembre
— Avec du piquant.
cardamone
— Orgasmique.
gingembre
— S’accroître est ma raison de vivre.
cardamone
— Oui, vivons !
gingembre
— Encore un moment.
cardamone
— Jusqu’à … (se tait, regarde son assiette, livide)
Gingembre mal à l’aise, regarde à son assiette, penaud. Un temps.
mandibule
jéricho (lentement à Mercure) — L’enfermement agressif tue lentement, mais sûrement.
mercure (à Jéricho, résigné)
— C’est étouffant, mais c’est bien comme ça.
Ils se rapprochent l’un de l’autre, comme oppressés par ce qui les entourent. Un temps.
jéricho et mercure (en même temps). — Il faut partir ! Ils sortent précipitamment de la table, se dirigent rapidement sur la droite de la scène. La quitte en courant.
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occipital
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Une paroi noire sur le côté gauche de la scène, perpendiculaire à celle-ci. Quelques peintures primitives barbouillées sur sa surface. Personne.
mercure
— Un abri !
jéricho
— Dépêchons-nous !
Éreintés, Mercure et Jéricho s’engouffrent violemment sur la scène.
mercure (voix très sûre, démarche quelque peu gauche)
— Regarde ! Un vrai, un beau, un noir réconfortant !
jéricho
— Je ne vois rien.
mercure (plus fort)
— Si ! Ouvre les yeux.
Un temps.
mercure
— Bon sang !
jéricho
— Tais-toi !
mercure (indiquant l’arrière de la scène, enthousiaste)
— L’ouverture se prolonge dans la montagne.
occipital
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jéricho (nonchalant)
— Quelle chance.
mercure (réellement ravi) — N’est-ce pas ! Nous qui courrons depuis trop longtemps. jéricho — Une véritable aubaine que de croiser un pompier dans cette forêt.
mercure
— À qui le dis-tu !
jéricho
— Ce n’est qu’un abri pour la nuit.
mercure
— Pour la vie, oui.
jéricho
— La vie… la nuit…
Un temps.
mercure
— La vie dure plus longtemps que la nuit consolante.
jéricho (avec assurance)
— L’équation ! (doigt pointé vers le ciel)
mercure
— Touche ! (pose sa main sur le mur)
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jéricho (fait mine de toucher le mur, mais s’arrête avant)
— Je ne sens rien.
mercure
— Tu ne sens jamais rien.
jéricho
— Je n’ai plus mal.
mercure
— C’est déjà ça.
Un temps.
jéricho (charmé)
— Un halo enveloppant mes turpitudes.
jéricho
— L’aveugle.
mercure
— Voit à nouveau.
jéricho
— Seulement ce qu’il veut.
Un temps.
mercure
— Encerclé par l’écho.
jéricho
— Le siège !
occipital
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mercure
— Réconfortant.
jéricho
— Je me sens moins lourd.
mercure
— Une légèreté de l’être.
jéricho
— Envoûté de moitié seulement.
mercure (se voulant rassurant)
— Laisse-toi faire !
jéricho
— Affaissé.
mercure
— Envolé.
Un temps. Mercure s’avance un peu plus loin en direction de l’arrière de la scène. Jéricho reste sur sa position et scrute la paroi qui lui fait face.
mercure (légèrement surpris)
— C’est drôle. Une impression de déjà-vu.
jéricho (inlassablement)
— Tu as toujours l’impression de quelque chose.
mercure (surpris)
— Vraiment !
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jéricho (désigne la paroi à Mercure, agréablement surpris)
— Des peintures !
mercure (se dirigeant toujours vers le fond de la scène)
— Je reconnais cet endroit.
jéricho
— Comme je te reconnais.
mercure (sous le charme) — Sentiment gigantesque, d’une chaleur revigorante. (Un temps. Touche à nouveau la pierre) Roche unique !
jéricho (scrutant le mur, nonchalamment)
— Vieilles peintures incompréhensibles.
mercure
— Écoute. Une plainte silencieusement criante.
jéricho (moqueur)
— Ça te ressemble ! Mais avec de la fourrure !
mercure (plus fort) — Écoute ! (indiquant le fond de la scène) Cette liturgie agonisante se déversant dans l’antre. Tu n’entends donc pas ! (Se retourne vers Jéricho.) C’est terrible. jéricho (plus calme) — Si, mais la fourrure te va bien. On dirait une peau d’agneau. Tu es resplendissant à l’intérieur de cette noirceur.
occipital
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mercure (avançant toujours plus loin) — C’est une sorte de tourbillon de faible lumière changeante. Impossible à dire d’où ça vient.
jéricho (devant les peintures, d’un ton moqueur)
— Tu es presque beau avec tous ces poils !
mercure
— C’est beau.
jéricho
— On dirait même que…
mercure (un temps plus tard)
— On dirait même que…
mercure et jéricho (s’exclamant ensemble, avec élan)
— Une trompette !
jéricho (vigoureusement) — Si ! regarde ! Tu joues de la trompette ! Si je m’attendais à ça.
mercure (réjoui)
— Oui ! c’est les échos d’une trompette que j’entends.
jéricho (plus calmement, avec une certaine assurance) — Une magnifique trompette en plus. Dorée, agrémentée de sept pistons. Tous d’un rouge écarlate. (Se retourne vers Mercure.) On ne s’est pas moqué de toi !
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mercure (énervé) — Tais-toi ! Tu n’entends donc pas ? (interrogatif) C’est étrange… On dirait à la fois une mélodie d’une douceur mélancolique, et en même temps, une sorte de râle psalmodiant une dernière fois. (Traits un peu trop tirés) Un temps.
une voix (dans un bruissement sévère) — Car celui qui meurt n’a plus ton souvenir ; Qui te louera dans le séjour des morts ? — Je m’épuise à force de gémir ; Chaque nuit ma couche est baignée de mes larmes, Mon lit est arrosé de mes pleurs. — J’ai le visage usé par le chagrin ; Tous ceux qui me persécutent le font vieillir. Un temps.
mercure (depuis le fond de la scène, surpris) — J’ai cette étrange impression d’avoir déjà entendu cette voix… (Un temps, plus sûr) On dirait, mais oui ! (plus fort) Je la reconnais. (Avec conviction) On dirait la voix de père !
jéricho (résigné)
— Encore une impression.
occipital
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mercure
— Non, c’est lui !
jéricho
— Oui, encore une impression.
mercure (comme par enchantement)
— Allons donc confirmer l’impression !
jéricho
— Pas sûr. Laisse papa en dehors, (fermement) Veux-tu !
mercure
— Tu n’es sûr de rien.
jéricho
— C’est déjà être convaincu.
mercure
— Pas convaincant.
jéricho
— Non, mais j’ai sommeil.
mercure
— Il fait toujours aussi sombre.
jéricho
— Justement.
mercure
— Tu pourras dormir plus tard.
jéricho
— Je dors déjà.
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mercure (râle)
— Tu ne fais que ça !
jéricho
— Dormir ?
mercure — C’est moins fatiguant. jéricho
— Avec malice et volupté.
Un temps. Une trompette sonne tout près de Mercure et de Jéricho. Un zéphyr hennissant passe à côté d’eux et se faufile derrière la scène. Une lueur blanchâtre apparaît quelque instant au fond, sur la gauche de la scène.
mercure
— Il faut qu’on avance. Continuons d’avancer.
jéricho
— Oui, Courons !
occipital
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spheno誰de
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Jéricho et Mercure au centre de la scène. Une forme humaine imposante, un peu décentré sur la gauche de la scène en avant, recouverte d’un drap blanc d’un côté et noir de l’autre. Le blanc est au-dessus, le noir est découvert grâce aux plis sur le bas de la forme humaine. Une couronne en bois est posée à ses pieds.
jéricho (à Mercure, interrogatif )
— J’ai l’impression de tourner en rond.
mercure (à Jéricho, avec assurance)
— Non, regarde. C’est tout droit.
jéricho
— C’est vrai. Il n’y a pas de droites dans un cercle.
mercure (laissant la place au doute)
— Sauf, si ce n’est pas un cercle.
jéricho (avec raison)
— Donc, on tourne en rond.
mercure
— Non, c’est tout droit.
jéricho — On n’est donc pas en train de tourner autour de quelque chose.
mercure
— On est à l’intérieur de quelque chose.
sphenoïde
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jéricho — Ça me rassure, parce que si on était à l’intérieur du cercle sans ce petit quelque chose, je serais retourné en arrière.
mercure
— Le cercle est dans ta tête.
jéricho
— Ma tête est fatiguée, arrêtons-nous un instant.
mercure
— Allons jusqu’au prochain virage.
jéricho
— Tu disais que c’était tout droit ?
mercure (très sûr)
— C’est toujours tout droit…
Un temps.
mercure
— Jusqu’à ce qu’on arrive à la fin de quelque chose.
jéricho (silencieux)
mercure
— Tu ne ressens rien. Rappelle-toi.
jéricho (toujours silencieux)
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mercure (violemment) — Tu dors ?
jéricho
— Non. J’ai sommeil.
mercure
— Bon.
jéricho
— Rondement.
mercure
— C’est notre spirale.
jéricho
— Je tourne en rond. (Il tourne sur lui-même.)
mercure
— Allons de l’avant. Je crois qu’il y a de la lumière.
jéricho
— Alors restons-la.
mercure
— Je crois même qu’il y a quelqu’un…
jéricho
— Impossible. Il n’y a que nous.
mercure
— Viens. (tirant Jéricho à contrecœur)
sphenoïde
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Ils s’approchent de la forme enveloppée. Lumière plus claire qu’auparavant, les permettant de distinguer cette présence.
mercure (rayonnant)
— Il y a bien quelqu’un.
jéricho (plus rationnel)
— Enfin, ce qu’il en reste. (léger rictus aux lèvres)
mercure
— Il m’inspire confiance.
jéricho
— Pas le moins du monde.
mercure (contemplatif ) — Si ! Il est beau, majestueux, il ne lui manque que son destrier blanc pour compléter cette parure divinement royale. Il ressemble à… (Il réfléchit longuement.) À… un de ces anciens rois. Tu sais… (Se retourne vers Jéricho, un temps.) Ceux qui possédaient une couronne, un royaume, une reine et un peuple. Un vrai roi… (moins sûr) Enfin, je crois.
jéricho (plus rationnel) — Ils avaient aussi un arc tes fameux rois ? Parce qu’il y en a un qui traîne par terre, juste là.
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mercure (voix qui se veut imposante, mais gauche. Seul dans son jeu) — Coiffé de son rassurant salut, il brandit de sa main ferme, son esprit merveilleux. (Cherche du regard Jéricho, continue le même jeu.) — De l’autre, il se protège grâce à son invisible et incroyable ténacité. (Un temps, scrutant avec un léger trouble.) — Celle-ci, gardée en son antre par la justice inébranlable. Son tout est ceint de son unique vérité, avant de se dresser sur ses éternels fidèles égalant.
jéricho ( le regarde, mine fermée, riant de l’intérieur)
— Tu vois ce que tu vois.
mercure (devant la forme humaine) — Je ne peux que m’agenouiller devant cette ancienne divinité. (Il s’agenouille donc.) jéricho
— Qui te dis qu’elle est ancienne.
mercure
— C’est père !
jéricho (soupirant)
— Encore !
mercure (Se recueillant, silencieux)
sphenoïde
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jéricho — J’y vois quelque chose d’extrême, trop de l’un ou trop de l’autre. Je n’y crois pas.
mercure
— Tu n’y as jamais cru.
jéricho
— Oui, avant de le voir.
mercure
— Tous ses ennemis devaient avoir peur en le voyant.
jéricho
— Ses alliés aussi.
mercure
— Tu as vu. Il y a une couronne à ces pieds.
jéricho
— En bois.
mercure — Qu’importe, c’est quand même une couronne et d’un grand roi !
jéricho
— Mais en bois quand même.
mercure
— Je la trouve jolie.
jéricho
— On dirait même qu’il y a du sang séché.
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mercure (admiratif, la soulevant) — Un trophée de guerre. Les cadavres amoncelés de partout. (fort, tourné vers Jéricho) Quelle gloire !
jéricho — La victoire sur l’ennemi. Quelle douloureuse victoire ! Un temps.
jéricho (moqueur, désignant la forme humaine) — Tiens, on dirait que ton roi, n’est pas complètement mort. mercure
— Il bouge. (laisse tomber la couronne.)
jéricho
— Il essaie de bouger.
mercure (froidement)
— Tu vois bien qu’il s’étire, non ?
jéricho — Il tressaille. c’est un frémissement qui parcourt son corps de roi déchu.
mercure
— C’est sa gloire d’antan.
jéricho
— La douleur de toujours.
sphenoïde
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mercure (en admiration)
— Il a vaincu !
jéricho
— Il est vaincu.
mercure — Le grand Roi revient parmi les mortels pour nous confier sa sagesse.
jéricho — Le Prince s’est paré de ses faux atours et nous aveugle de sa lumière noire.
mercure (montrant du doigt le Géant au Beau Blanc Livide)
— Attention ! Il se redresse !
géant au beau blanc livide (d’une voix très dure, rauque, à la limite de la vie. Il murmure à la manière d’une incantation, mais sans aucune intonation.) — Impétueux, viril, incessant, lentement éprouvé, solairement repoussant. — Masse informe, étoiles répulsives, généralement resplendissant, droites parfaites. — Avalant, névrosé, démesurément impuissant, continûment martelé. — Maître ascendant, christiquement mauvais, incongru, oui. Un temps.
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mercure (visage surpris, l’incompréhension se lit sur son visage)
— Hein ?
jéricho (joie revenue, les deux mains sur les hanches)
— Je le préfère comme ça.
mercure (à Jéricho)
— Tu as compris quelque chose ?
jéricho (regardant le Géant au Beau Blanc Livide)
— Non, mais je le trouve plus sympathique
mercure (mine réjouie retrouvée) — Je sais ! C’est une énigme ! Il suffit de lui donner la solution. jéricho (à la limite de l’ironie)
— Très certainement.
mercure — Il nous indiquera la route à suivre. (Jéricho hoche la tête pour confirmer, il n’en pense pas moins.)
jéricho (râlant)
— Tu l’as dit toi-même. C’est tout droit.
mercure — Sait-on jamais. J’essaie… (Il tente de sortir une ou deux syllabes de sa bouche. Ses lèvres grimacent de douleur. Il déforme son visage dans tous les sens possibles, en vain).
sphenoïde
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jéricho — C’est bien la première fois que je te vois torturé de la sorte. Tu es de compagnie moins désagréable lorsque tu essaies. Mercure refait une tentative, seul de l’air s’expulse violemment de sa bouche. Un temps.
mercure
— Arrg. (Essaie encore une fois sans réussite. Las) — C’est pas facile.
jéricho
— Pour une fois.
mercure (résolu)
— Je n’y arrive pas.
jéricho (très sûr)
— Évidemment que tu n’y arrives pas.
mercure (regardant le Géant au Beau Blanc Livide)
— Je crois qu’il se relève une nouvelle fois.
jéricho .
— Une dernière fois.
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géant au beau blanc livide (même jeu qu’auparavant). — Quatre, doublement cérébralisé, aveuglement raisonnant, fourberie lancinante. — Apogée géométrique, violemment accordée, surprise dantesque, jouissance. — Gargantuesque, démagogie virtuelle, vie nouvelle, naissance arborescente. — Anciennement moustache, nouvellement visuel, il règne abondamment. — Renversantes à jamais, éternité bienvenue, luminophore luciférien. Un temps.
géant au beau blanc livide — Amen. Un temps.
mercure (dans un extrême effort parvient à articuler)
— MAR-MER-MECU
Un temps.
mercure (syllabes très détachées)
— MER-CU-RE.
jéricho
— Tu ne sais même pas ce que tu dis.
sphenoïde
mercure
— Non, mais ça me paraissait approprié.
jéricho
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
mercure
— Pas la moindre idée.
jéricho
— Quel intérêt ?
mercure
— Aucun. Ça m’a pris comme ça.
jéricho
— Encore une de tes impressions.
mercure
— Peut-être.
jéricho
— Sûrement.
mercure
— Il ne bouge plus. Je me suis trompé.
jéricho
— Tu te serais trompé de toute façon.
mercure
— Il est mort ?
jéricho
— Enfin.
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mercure
— Ramasse l’arc à ses pieds.
jéricho
— Il n’est plus là.
mercure
— Il est donc mort.
jéricho
— Il a de la chance.
mercure (moqueur)
— Tu crois en la chance maintenant !
jéricho
— Je vois ce que je vois. Il ne tournera plus, lui.
mercure
— Alors, allons-y ! C’est par-là.
jéricho — Oui, tournons jusqu’à ne plus pouvoir essayer de tourner. Un courant d’air vient se lover tout près d’eux. Une lueur rougeâtre parcourt le plafond. Puis noir. Ils sortent.
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hyo誰de
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Grande chambre dénudée. Un lit en fer forgé face à la scène, avec un vieux matelas poussiéreux. Un corps couché dessus dans le sens de la longueur. Lumière grise sur le côté, éclairant faiblement le corps. Mercure et Jéricho sur l’extrémité droite de la scène, s’avançant dans sa direction. Ils s’arrêtent près du centre de la scène.
mercure
— C’est vaste.
jéricho
— Gris.
mercure
— Avec de la place pour des idées.
jéricho
— Pas trop non plus.
mercure
— On pourrait refaire le monde ici.
jéricho
— Sinon, il y a des risques d’explosion.
mercure
— Il y a comme un effet de dédoublement.
jéricho
— Une véritable fragmentation.
hyoïde
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mercure (croyant parler à son double)
— J’ai l’impression de changer, j’aime ça.
jéricho (se parlant à lui même)
— Je crois que je vais me faire sauter la cervelle.
mercure (à la limite de la crise de nerfs) — Arrête un peu tes jérémiades ! C’est tuant à la fin. (parlant à nouveau à son double) J’aime cette sensation de bien-être. jéricho — (dans le vide) C’est ton bonheur. (à Mercure) Je te laisse bien t’extasier devant tes bêtises. (plus déterminé) Imagine ! Ne plus avoir de tête. Le rêve absolu !
mercure — J’aime bien ma petite tête. (à celui qu’il croit être son double) Hein ! Elle est bien ma tête à sa jolie petite place !
jéricho — Mais imagine sans ! Pense que tu ne l’as plus ! La jouissance que ça doit être. Un temps.
jéricho — Un véritable accomplissement. Le bonheur universel !
mercure et jéricho
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mercure (se palpant le visage, comme pour vérifier que sa tête est toujours bien à sa place, s’interrogeant) — Il y aura un trou à la place ?
jéricho (tête au plafond) — Quelle place ! (les bras au ciel.) Oui, enfin de la place ! mercure (pensif)
— Mmm ?
jéricho (en extase, comme si c’était l’idée du siècle)
— Il te reste de la dynamite ?
mercure
— Évidemment…
jéricho
— Magnifique ! Donne-la moi !
mercure
— Non ! C’est la mienne.
jéricho
— Donne-la moi, je te dis !
mercure
— Jamais.
jéricho
— Si tu ne me la donnes pas, je te tue.
hyoïde
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mercure
— Tu es devenu fou. Je ne peux pas te la donner.
jéricho (s’impatiente)
— Plus vite ! Je meurs d’envie d’allumer la mèche.
mercure
— Il ne faut pas donner la mèche avant de l’avoir tuée.
jéricho (se jette d’un bond sur Mercure)
— VITE !
mercure (reculant rapidement, il boude)
— Je ne te la donnerais pas.
Jéricho s’énerve, il se rue sur Mercure, l’attrape et le fouille des pieds à la tête, en commençant par les pieds. Un léger temps.
jéricho (déçu)
— Tu n’as pas de dynamite.
mercure
— Je n’ai jamais dit que j’en avais.
jéricho (tire fort sur la tête de Mercure)
— Peut-être à l’intérieur…
mercure — Arrête ou j’allume la mèche ! Jéricho s’arrête soudainement. Il tourne une fois sur lui-même.
mercure et jéricho
52
Trente secondes de silence. Mercure et Jéricho sont face à face, statiques. Un temps. Mercure et Jéricho prennent conscience du corps. Ils s’approchent chacun d’un côté du lit.
mercure
— Il a l’air mal en point.
jéricho
— Il est tout cassé, tu veux dire.
mercure — On devrait lui demander s’il a besoin de quelque chose.
jéricho — Il ne peut même plus tenir debout avec ce squelette.
mercure (s’adressant au corps sur le lit). — Vous… (Un temps, peu sûr) Vous avez besoin de quelque chose ?
jéricho (sarcastique)
— D’un nouveau lit.
mercure (secouant gentiment le bras du corps)
— Vous ! Eh ! Vous !
hyoïde
53
Un temps.
jéricho
— Il est peut-être mort lui aussi.
mercure
— Tu vois bien qu’il remue.
jéricho
— Justement ! Je ne vois pas, non.
mercure (au corps, à nouveau)
— Vous êtes mort ?
jéricho (s’esclaffe d’un rire gras)
— Haha !
mercure
— Il nous dit quelque chose !
jéricho (s’arrête de rire précipitamment, affolé) — Laisse-moi entendre. (Se penche rapidement sur le corps.) le corps (d’une voix très faible, teintée de l’empreinte du temps) — Vous devez revivre… Mercure et Jéricho se regardent droit dans les yeux, l’un en face de l’autre, dubitatifs.
mercure et jéricho (en même temps) — Nous vivons déjà !
mercure et jéricho
54
Un temps.
mercure
— Enfin, je crois.
jéricho (rejetant la faute sur Mercure) — Si tu m’avais donné cette dynamite, on aurait pu s’en assurer. mercure
— J’espère du moins.
jéricho
— Quoique.
le corps (même jeu)
— Avec moi…
Mercure et Jéricho se regardent droit dans les yeux à nouveau, l’un en face de l’autre, surpris.
mercure et jéricho (en même temps, fort)
— Avec lui !
jéricho — Imagine te traîner la vie durant avec un cadavre à tes côtés.
mercure
— C’est moins tuant que ta dynamite.
jéricho (avec dégoût)
— Il sent la mort.
hyoïde
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mercure
— C’est toi qui le dis.
JÉRICHO — Plutôt mourir ! MERCURE — C’est peut-être lui qui va te tuer. JÉRICHO (avec prétention) — Quel déshonneur.
le corps (se relève brusquement jusqu’à la taille, parlant très fort droit devant lui) — NON ! (voix descendante) Non… Non… (un temps, voix dure et rancunière) C’est vous qui m’avez tué. Vous ! Le Corps regarde dans les yeux Mercure et Jéricho à la suite, très brièvement. Un temps.
le corps (cette fois-ci plus résigné, regardant droit devant lui) — Platitude que vous êtes. Vous m’avez effacé. Vous ne savez plus rien. Vous ne cherchez plus à comprendre. Un rien vous satisfait… (soubresaut des bras, puis pendants) Un temps.
mercure et jéricho
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le corps (sans intonation, de manière monocorde) — Sources taries depuis au commencement oublié d’une île clairsemées d’îlots jaillissantes pendant des millénaires au moins jusqu’à la fin des temps rien ne perdurera à jamais effacé pour toujours envie de tout mais envié de rien pendant l’accélération intemporelle d’une joute nouvellement primitive. Un temps.
le corps (s’adressant tour à tour à Mercure et Jéricho) — Vous, les anciens qui ne savez même plus vous nommer… (fort) Souffrez un peu, que Diable ! Il rit à faire peur pendant quelques secondes et retombe lourdement sur le lit. Un temps.
mercure
— Cette fois-ci, c’est bel et bien fini.
jéricho — Il dort, lui.
mercure et jéricho (agrippant chacun un bras du Corps, des deux côtés du lit) — Avec moi, avec lui… (Faisant monter et descendre les bras sur un même rythme) Avec lui, avec moi… (Même jeu avec les bras, mais cette fois-ci, désynchronisé)
hyoïde
mercure . — Tu crois qu’il faut… ? Ils se comprennent.
jéricho
— Jamais.
mercure
— Mais si on n’essaie pas, on ne saura pas.
jéricho
— Je ne préfère pas.
mercure
— Moi, non plus.
jéricho
— Alors vas-y !
mercure
— Non.
jéricho
— Pourquoi ?
mercure
— J’ai peur de savoir.
Un temps.
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mercure et jéricho
58
mercure — C’est drôle. Des fils pendent aux extrémités de ses membres. Ils n’étaient pas là.
jéricho — Profitons-en. Pendons-le une bonne fois pour toutes.
mercure
— On ne les aurait pas vus.
jéricho
— Rien ne vaut un bon nœud coulant bien serré.
mercure
— J’essaie quelque chose.
Mercure tire les fils vers lui et tente de faire bouger le corps à la manière d’une marionnette.
jéricho
— Sauf, peut-être… du goudron et des plumes.
mercure
— Je peux lui faire ce que je veux.
jéricho — Voire, à la rigueur, cette bonne vieille guillotine. Reine des cous sectionnés. Miam. (se passe la langue sur les lèvres.)
hyoïde
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Mercure essaie de reprendre la même voix que le corps précédemment, d’une voix qui se veut solennelle, mais qui devient gauche.
mercure — Vous devez… (une pause) Revivre… (Il rit, seul.)
jéricho — Allez ! Donne-moi ces fils que j’en fasse un joli petit nœud. (se caresse les mains à l’idée)
mercure (criant de joie)
— Attend ! J’ai retrouvé le fil de la parole.
jéricho (à deux doigts de céder)
— Je t’ai dit de me les donner.
mercure (le ramenant à sa cause) — Écoute ! (voix morne, comme un jouet) L’accélération des millénaires perdurera à jamais jusqu’à ce que les sources jaillissantes deviennent des îles d’une clarté inébranlable. Mercure et Jéricho rient très fort. Mercure lâche les fils et le corps retombe une nouvelle fois sur le lit, soulevant des petits tas de poussière. Un temps.
mercure
— Je ne change plus.
mercure et jéricho
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jéricho
— Noir à nouveau.
mercure
— C’est dommage.
jéricho
— Tant pis.
mercure
— C’est la vie.
jéricho
— En vain.
mercure
— Il faut continuer.
jéricho
— Je n’ai plus sommeil.
mercure
— Il fait toujours noir.
jéricho
— C’est comme ça.
mercure
— C’est le gris.
jéricho
— Tant qu’il n’y a pas de soleil.
mercure
— Sans nuage, alors.
hyoïde
jéricho
— Température agréable.
mercure
— Légère bruine.
jéricho
— Peut faire pis.
mercure
— Ça s’annonce bien.
jéricho
— Sortons !
mercure (s’excusant)
— C’est à moi de le dire.
Ils sortent par le même endroit par lequel ils étaient entrés.
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enclume-marteau
mercure et jéricho
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Un arbre mort centré sur la scène. Mercure à sa droite et Jéricho à sa gauche, couchés à son pied, dos à dos, parallèlement à la scène. Aucun bruit.
mercure (relevant la tête, rageant)
— Silence ! (repose sa tête au sol)
jéricho (reste complètement couché)
— Pourquoi ?
mercure (relevant la tête du côté de Jéricho grave)
— Écoute ! Je te dis !
jéricho (daigne incliner sa tête en direction de Mercure)
— Mais pourquoi ?
mercure (tête retournée de trois quarts sur Jéricho)
— Mais tais-toi à la fin !
jéricho (tête relevée, mais presque face à Mercure)
— Mais pourquoi toujours aussi sombre ?
mercure (le haut du corps relevé)
— Un jardin.
Un temps.
mercure
— Un jardin. J’aime mieux ça. (il se recouche complètement)
enclume-marteau
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jéricho (tête à nouveau couchée)
— Dormons.
mercure
— C’est vraiment pas le moment.
jéricho (se retournant complètement, tout comme Mercure il y a quelques instants) — Tu ne vois donc pas que notre présence dérange. mercure (ne bronche pas)
— La tienne peut-être.
jéricho (confirmant ses propos)
— Surtout la tienne.
mercure
— Alors… ? (se tait d’un coup)
jéricho (solennellement)
— Silence !
Un temps plus ou moins long. Mercure et Jéricho font mine de dormir.
une voix . (À peine perceptible au début, puis de plus en plus fort)
— …Étant donné l’avancée humaine exponentielle telle qu’elle est humainement grandissante fourmillante fourmi fourmi fourmillements incessants la croissance est démesurée démesurément malsaine telle qu’elle est présentement achevée achevante assassine jusqu’à la moelle comme la peste de
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mercure et jéricho
camus dérangeante comme la lolita loli lolita looooli ma lolita encore un moment nostalgique avec ma lolita mon enfant mon origine mon adorée enfin assassinée comme au premier jour à jamais presque vivante étant donné son état végétatif exponentiellement maladif que de nouvelles technologies bientôt futuristes encore inconnues ont été inventées pour guérir sans que sa santé mentale en soit affectée affublée plus grave encore toujours plus dur toujours plus insouciant à jamais de nouvelles technologies dépassants l’être humain exponentiellement intelligent qu’il croyait l’être mais les faits sont là ne se sont pas encore produits mais bientôt la dernière minute la minute ultime celle qui fait chavirer la planète celle qui découlera du siècle présent pour toujours dans cette nouvelle masse informe futuriste informisante informatiquement inépuisable une mine d’or incongrue un diamant presque taillé des carats invertébrés affreusement trop raisonnant comme un retour primitif rudimentairement rampant des rupestres partout florissants ici et là encore et pour toujours ils eurent beaucoup mais tous morts sauf lolita qui ne mourut qu’à l’âge de sa jeunesse comme toutes les adolescentes de son âge à ce fameux moment à cette dernière minute qui définit l’état féminin pour son siècle ultime presque à jamais sans jamais s’arrêter pour toujours espérant à jamais un
enclume-marteau
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ultime arrêt compulsif de l’être exponentiel celui qui croît à jamais sans jamais s’arrêter jusqu’à ne plus jamais perdurer l’humain noyé dans sa peste noire celle qui ne part plus celle qui reste pour toujours qui noircit même le bout des ongles qui envoûte l’exponentiellement presque à chaque fois s’incrustant corps et âme sans jamais s’arrêter parcourant la lande la ville les arrêtes les collines les vallons llons long longtemps les sommets rien ne l’arrête enveloppant chaque extrémité chaque écho dépassé dépassant exponentiellement l’organisme humain comme pour enfin oui enfin se venger humainement de la douleur de la douleur que de devoir oui de devoir se matérialiser à la vitesse de la lumière plus rapidement que quiconque vivant même exponentiellement parlant que quiconque ne puisse assimiler le moindre yota oui le moindre yota incroyable non oui enfin ne pas oublier les derniers restes encore vivant le sacrifice historiquement en voie de disparition à tout jamais pour toujours languissant de manière impromptue avec une joie fleurissante à chaque matin oui non chaque aurore crépusculairement imperceptible d’un changement qui ne dure pas existant seulement solairement s’effaçant inexorablement dans les noircitudes vaillamment suppliantes presque de douleur éternelle avec une allégresse dorée qui finalement oui dans un commencement lointain ma lolita enfin pas encore
mercure et jéricho
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morte attendant la mort la noir passera la chercher plus tard elle n’était pas la plus éloquente de son époque et pourtant on lui donne un sursis combien de temps pas plus d’une minute la fameuse l’éternelle minute incroyablement longue et pourtant inlassablement indéterminée comme jamais à tout jamais pour toujours dédoublée à la puissance encore possible accroissante incessamment sous… (de moins en moins fort jusqu’à être à peine perceptible, comme si la voix ne s’éteignait jamais, mais qu’on l’avait juste révélée un instant) Un temps. Jéricho et Mercure, même jeu.
mercure
— Encore quelques idiotes prophéties.
jéricho
— C’est toi l’idiot.
mercure
— Tu ne dors plus.
jéricho
— Si, mais en silence.
mercure
— Ça nous était destiné ?
enclume-marteau
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jéricho
— Bien sûr que non, on dormait.
mercure
— Toi, peut-être.
jéricho (se relève de moitié)
— C’est drôle, j’ai un souvenir qui me revient.
mercure (sourit d’un air moqueur)
— Ah oui !
jéricho (pensif, regarde droit devant lui) — Une sorte de masse d’idée informe, stabilisée depuis trop longtemps dans ma tête. (lève son bras gauche et se touche le crâne.) mercure (ne le croyant pas)
— Qu’est-ce que tu dis ? Toi, tu te souviens ?
jéricho — Je vois des images, mais elles sont toutes noires. Une douleur pousse à l’intérieur de mon front. (Sa main descend sur son front)
mercure (en alerte)
— Raconte-moi !
jéricho
— Je ne sais plus.
mercure (se relève à son tour de moitié)
— Essaie de savoir ! (abondamment intéressé)
mercure et jéricho
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jéricho (la deuxième main se détache de terre) — Je crois que ma cervelle va exploser. (criant) C’est intenable ! (Se prend la tête entre les mains)
mercure (s’approchant du visage de Jéricho)
— Tu ne vois toujours rien ?
jéricho — Un cheval avec seize pattes. Un oracle. Des géants à colonnes. Des terriers immenses. De l’eau, oui, beaucoup d’eau… Il y en a besoin. (un temps, gémissant) J’ai trop mal.
mercure (déçu)
— C’est tout ?
jéricho (crie de désespoir)
— Vite !
mercure (calmement, comme résigné)
— Tiens. Voilà ton bâton de dynamite.
jéricho
— Il était temps.
Jéricho allume la mèche et attend. Un temps. Une trompette sonne distinctement. La lumière faiblit lentement. Puis noir absolu.
enclume-marteau
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apex-hallux
mercure et jéricho
74
Grande pièce vide. Murs gris. Un tas de terre un petit peu excentré sur la gauche par rapport à la scène. Deux pelles enfoncées de moitié. Mercure et Jéricho en direction du tas, démarche plus ou moins lente et saccadée. Jéricho arrive vers le tas de terre, commence à tourner autour avec une démarche quelque peu dansante.
jéricho ( sur un ton neutre)
— Costume noir.
mercure (lui emboîte le pas)
— Cravate noire.
jéricho
— Costume.
mercure
— Noir.
jéricho
— Cravate.
mercure
— Noire.
jéricho
— Noir.
mercure
— Noire.
apex-hallux
jéricho
— Costume noir.
mercure
— Cravate noire.
jéricho
— Cravate.
mercure
— Noire.
jéricho
— Costume.
mercure
— Noir.
jéricho
— Noire.
mercure
— Noir. (en plaisantant) C’est funeste !
jéricho
— Autant que notre marche.
mercure
— Alors marchons !
jéricho
— Non.
Ils s’arrêtent.
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mercure et jéricho
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mercure
— Pourquoi ?
jéricho
— Il tombe des grenouilles.
Un temps.
mercure
— Tu as faim.
jéricho
— Plus vraiment.
mercure
— Tu as tort. Elles ont l’air succulentes.
jéricho
— Garde une cuisse pour moi.
Jéricho s’allonge sur le dos à côté du tas de terre, près de Mercure. Un temps. Mercure saisit une des pelles et commence à recouvrir de terre Jéricho. Le même geste, répété de manière systématique, toujours avec le même rythme, jovial.
mercure — Gambille ! jéricho (mains le long du corps)
— Il y a comme un bruit.
apex-hallux
mercure (prend une pelletée)
— C’est mes os qui craquent. (la jette sur Jéricho)
jéricho
— Un démembrement.
mercure (reprend une pelletée)
— Ils s’entrechoquent. (la jette à nouveau sur Jéricho)
jéricho
— Amère.
mercure (même jeu)
— Avec Amertume.
jéricho (plus lentement, mots bien détachés)
— Les restes remontant à la surface.
mercure (ils continuent ses pelletées)
— Dansants avec les cendres.
jéricho
— Dans un ruissellement de sueur.
mercure
— Tourbillonnant avec le juste souffrant.
jéricho
— Évaporée.
mercure
— De ses racines pourrissantes.
Un temps.
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mercure et jéricho
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Ils inversent les rôles précipitamment, comme si leurs vies en dépendaient.
mercure (sur le dos comme Jéricho tout à l’heure) — Une musique maintenant. jéricho
— La pluie.
mercure
— Le chant d’une trompette.
jéricho
— Anéantissant avant le temps.
mercure
— Consolant le desséché.
jéricho
— Brûlant l’absolu.
mercure
— Allant et venant au son du balancement.
jéricho
— Grinçant le ciel de sauvageries.
mercure
— S’érigeant vers le béant.
jéricho
— Intarissables.
apex-hallux
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mercure
— L’illusoire absolution.
jéricho
— Incessamment.
mercure
— Noir est la lune.
jéricho
— L’or aussi.
Ils inversent à nouveau les rôles de manière précipitée. Jéricho est couché. Mercure lui jette deux pelletées vigoureusement sur lui et ils intervertissent à nouveau les positions, toujours plus vite. Toujours deux pelletées. Ils font ça six fois, à chaque fois en accélérant. Lorsqu’ils entament le septième changement ils se cognent l’un dans l’autre et reste encastré dans cette position durant trente secondes, les bras ballants. Les pelles tombent dans un fracas. Un temps. Ils restent emboîtés.
mercure (au bon moment, calmement)
— Ça doit faire une bonne demi-heure maintenant.
jéricho — L’accomplissement du roi silencieux.
mercure
— Le commencement tu veux dire !
mercure et jéricho
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jéricho
— Ne recommence pas.
mercure
— Le début d’une fin inévitable.
jéricho
— La fin d’une naissance séculaire.
mercure (pousse un petit cris plaintif et drôle à la fois)
— Aaarg !
jéricho
— Une vérité !
mercure
— Tu me fais souffrir avec tes répliques.
jéricho
— C’est nécessaire.
mercure
— D’accord, mais quand même. (recul)
jéricho
— Tu as ton costume ? (prend de la distance, très sûr)
mercure
— Oui. (lui tend une cravate noire)
jéricho
— Amen. (la noue)
mercure
— Tu as la mienne ?
apex-hallux
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jéricho
— Non. (lui tend aussi une cravate noire)
mercure
— Tu es beau comme ça. (la noue aussi)
jéricho
— Tu ne t’étouffes pas ?
mercure
— Si, comme un chat.
jéricho
— Me voilà rassuré.
mercure
— On est donc fin prêt.
jéricho
— Ultimement !
Mercure et Jéricho sont dos au public. Mercure prend la terre avec sa pelle sur son tas, côté droit de la scène et la jette sur son côté gauche. Jéricho, à sa gauche reprend la terre jetée par Mercure et la lui relance sur son tas à droite. Ils continuent inlassablement, sur le même rythme. La lumière faiblit lentement sur eux. Les cravates sont bien visibles entre leurs jambes, dansants au rythme de leur balancement.
manubrium
mercure et jéricho
84
Mercure, revêtu d’un manteau de fourrure, une trompette sur ses genoux. Jéricho à sa gauche. Tous les deux assis face au public, légèrement décentré par rapport à la scène, dans une sorte de loge. Ils assistent à une représentation devant eux.
mercure (ravi)
— C’est comme j’aime.
jéricho (acquiesçant)
— Sans plus.
mercure
— Il y a beaucoup de costumes.
jéricho
— Trop.
mercure
— Elles chantent divinement bien.
jéricho
— Vulgairement.
mercure
— Tu n’aimes pas ?
jéricho
— Pas assez.
mercure
— Je me disais aussi.
manubrium
jéricho
— Ça ne me guérit pas.
Un temps.
mercure
— Ils jouent pour Moi.
jéricho
— Lequel ?
mercure
— Je suis roi, quand même !
jéricho
— Et pas n’importe lequel.
mercure
— Oh, ça non !
jéricho
— Il y a en a même plusieurs.
mercure
— Tu l’es aussi.
jéricho
— Non, moi je suis seul.
mercure
— C’est ce que je dis.
jéricho
— Qu’est-ce que ça te fait ?
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mercure et jéricho
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mercure
— Je suis satisfait.
jéricho
— Comment ?
mercure
— De pouvoir avoir le droit de choisir.
jéricho
— Choisir quoi ? La difficulté ?
mercure
— La beauté.
jéricho (il vomit à ses pieds)
— Beurk.
mercure
— Tu vois ! Toi aussi tu as des impressions.
jéricho
— J’ai mal.
mercure
— Prélasse-toi un peu, ça te fera du bien.
Jéricho vomit à nouveau, plus violemment.
mercure
— Ça devient une habitude.
Jéricho vomit de plus belle, convulsé.
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mercure
— C’est quoi comme pièce déjà ?
jéricho
— Je croyais que ça ne t’intéressait pas.
mercure
— C’était pour éviter que mes pieds ne se noient.
jéricho
— Merci.
mercure
— Avec plaisir.
Un temps.
jéricho (montrant une poche sur le devant du manteau en peau de Mercure) — Tu as un livre qui dépasse de ta poche. mercure
— Ce n’est pas le mien.
jéricho (refusant de perdre la face)
— Il est dans ta poche.
mercure (d’une confiance absolue) — Si je mets ma main dans ta poche, elle ne devient pas tienne, non ? Mercure scrute à nouveau la scène.
mercure et jéricho
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jéricho (jetant un regard à Mercure)
— Si tu n’arrives pas à le lire, c’est normal.
mercure
— Je n’ai même pas essayé.
jéricho (convaincu de son mensonge)
— Tu penses !
mercure
— Qu’est-ce que tu en sais ?
jéricho
— Je te connais.
mercure
— Sûrement pas.
jéricho
— Il a sûrement bon goût.
mercure
— Pas tout le temps.
jéricho
— Même avec du miel ?
mercure
— Il reste sur l’estomac.
jéricho (bascule sa tête en direction de Mercure)
— Tu vois que tu l’as lu.
mercure
— Impossible.
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jéricho
— Je le sais.
mercure
— Pas avant qu’elles aient toutes sonnées.
jéricho
— Je le savais.
mercure (faisant mine de prendre le livre)
— Il est à moi.
jéricho — Peut-être qu’en mettant ma main dans ta poche… ? (fait mine de mettre sa main dans sa poche)
mercure (montrant la poche de Jéricho)
— Il est dans ta poche.
jéricho
— J’en mettrais ma mèche à couper.
mercure
— Tu te ferais exploser.
Un temps.
jéricho — Tu te souviens de cet ancien roi qu’on a failli faire sauter ?
mercure et jéricho
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mercure — Non. Mais il était assis exactement à ta place. (lui désigne sa place)
jéricho
— Non, la tienne. (montrant sa propre place)
mercure
— Il n’est pas mort de toute manière.
jéricho
— Ce n’est pas une raison.
mercure
— C’est suffisant.
jéricho
— Tu penses que le monde a besoin de nous.
mercure (mains brandies devant lui) — Évidemment.
jéricho
— Comme on a eu besoin de lui.
mercure
— Ce n’est pas pareil.
jéricho
— C’est vrai.
Un temps.
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jéricho
— Nous, on est deux.
mercure
— Et éternels.
jéricho
— Il est venu pour qu’on ne le reproduise plus.
mercure
— Un cobaye, en sorte.
jéricho
— Mieux.
Un temps.
mercure
— Le peuple m’aime.
jéricho
— Ils pensent t’aimer.
mercure
— L’essentiel.
jéricho
— C’est d’aimer.
mercure (fais mine de vomir)
— Bien essayé !
jéricho (ne se retenant plus il vomit)
— Beurk.
mercure et jéricho
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mercure
— C’est ton jeu.
jéricho
— Ils pensent m’aimer aussi.
mercure
— D’un amour inconditionnel. (Rire fort et gras) Haha !
jéricho (doit se retenir violemment de peur de vomir, sévère)
— Cesse ! Maintenant !
mercure
— Je n’ai pas pu résister.
jéricho
— Ils résistent bien eux.
mercure
— Ils ne savent même pas qu’ils résistent.
Un temps.
jéricho
— Comment pourraient-ils le savoir.
mercure
— Ils ne peuvent pas.
jéricho (confiant)
— Non. Ils ne peuvent plus.
mercure
— Ils se sont aveuglés eux-mêmes.
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jéricho (souriant)
— On les a un peu aidés !
mercure
— Pas tant que ça.
Un temps.
jéricho
— Ils dansent mieux maintenant.
mercure
— Il faudrait les faire taire.
jéricho
— Oui, le silence manque.
mercure — Ils ne savent plus utiliser ce qui leur reste de langue.
jéricho
— Coupons leur la langue !
mercure (fait le geste de trancher la tête)
— TCHAC !
Un temps.
jéricho
— C’est presque réussi.
mercure et jéricho
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mercure
— Bruyant.
jéricho
— Ils vivent enfin.
mercure
— Il leur en a fallu du temps.
jéricho
— Il a surtout fallu le retrouver.
mercure
— C’était une bonne idée.
jéricho
— Ils savent pourquoi ils sont là.
mercure
— Tout est pur.
jéricho
— Nous décidons.
mercure (avec sarcasme)
— Et… Ils peuvent essayer.
jéricho
— Je n’ai plus mal.
mercure
— Enfin.
jéricho
— Oui.
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La sixième trompette sonne. Elles avaient toutes sonnées, sauf une. L’effondrement reste toujours une possibilité.
impressum mercure et jéricho travail de diplôme, écal 2012 seconde édition: janvier 2016, lausanne texte: florian luthi mise en page: charlotte hauser caractère typographique: genath, françois rappo, optimo.ch
© écal/florian luthi, 2012–2015