Guide de poche nature
Nathalie Delliou
Petite faune du bord de mer
OBSERVER ET RECONNAÎTRE 50 ESPÈCES DE NOTRE LITTORAL
Sommaire OBSERVER. . . . . . . . . . . . 5 Le phénomène des marées.............. 6 L’hydrodynamisme...............................7 La salinité................................................7 La température..................................... 8 Le substrat............................................. 8 S’adapter pour survivre.....................12 Les organismes marins de l’estran..............................................14 Menaces et protections...................26 Pour une sortie sur l’estran respectueuse et durable.................. 27
Porcellane ...........................................55 Anomie pelure d’oignon ..................56 Berthelle plume ................................. 57 Bittium réticulé ..................................58 Calliostome .........................................59 Citron de mer .................................... 60 Éolis à papilles ....................................61 Lièvre de mer moucheté ................62 Murex perceur ....................................64 Bryozoaire orange vif à points noirs...................................... 65 Astérie bossue ...................................66 Étoile de mer commune .................67 Étoile de mer épineuse ...................68
RECONNAÎTRE. . . . . . . . 31
Holothurie noire ................................69
Aplysille jaune soufre ......................32
Oursin cœur ......................................... 71
Éponge mie de pain .........................33 Orange de mer ...................................34 Anémone fraise .................................35 Anémone perle ..................................36 Anémone verte .................................. 37 Dahlia de mer .....................................39 Madrépore bouton d’or ...................40 Tomate de mer ....................................41 Vélelle ...................................................42 Arénicole ..............................................43 Eulalie ...................................................45 Lanice ...................................................46 Planaire blanche ............................... 47 Serpule triangulaire ..........................48 Anatife commun ................................49
Ophiure fragile ...................................70 Oursin vert ........................................... 72 Botrylle étoilé ..................................... 73 Cione intestinale ............................... 74 Flocon pédonculé orange .............. 75 Blennie gattorugine .......................... 76 Blennie mordocet ............................. 77 Chabot de mer ...................................78 Gobie paganel ....................................79 Hippocampe moucheté ................. 80 Motelle à cinq barbillons ................82 Nérophis lombric ...............................83 Porte-écuelle de Cornouailles ......84 Syngnathe aiguille ............................85
Crabe à longues pinces ...................50
Liste personnelle des observations................................86
Crabe de pierre ................................... 51
Glossaire...............................................88
Crevette à capuchon ........................52 Macropode rostré .............................53
Quelques suggestions de lecture pour aller plus loin.............................92
Nymphon grêle ..................................54
Index......................................................94
Avant-propos Les mers et les océans représentent près des trois quarts de notre planète. Leur étendue, leur puissance, et surtout le nombre impressionnant de créatures qui les habitent sont spectaculaires. Il y a un émerveillement, une certaine magie ou de la peur, à regarder flotter, nager et glisser, dans leur élément, tant d’espèces aux formes somptueuses, étranges ou repoussantes. Lors de la marée basse ou avec un simple masque et tuba, nous avons tout loisir de découvrir la richesse de nos estrans. Les espèces comestibles sont souvent bien connues, mais si nous décidons d’éveiller d’autres sens que le goût, nous découvrons une diversité incroyable. Sélectionner les espèces présentes dans ce guide a été compliqué tant cette diversité est importante. Alors ouvrons grand nos yeux et nos oreilles et partons à la découverte de ces cinquante espèces, abondantes mais parfois peu connues.
Légende
Ep
Éponges
B
Bryozoaires
C
Cnidaires
Ec
Échinodermes
An
Annélides
H
Hémichordés
Ar
Arthropodes
V
Vertébrés
M
Mollusques
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La faune de l’estran doit s’adapter quotidiennement à deux univers radicalement différents. L’estran se trouve, en effet, à l’interface entre le domaine terrestre et le domaine purement marin. La marée est le facteur écologique majeur qui conditionne la répartition des organismes de l’estran.
Le phénomène des marées Sous l’influence de l’attraction qu’exercent la Lune et le Soleil sur la Terre, la masse d’eau que représentent les océans s’élève et s’abaisse tour à tour, plus ou moins selon les points observés : sensiblement dans la Manche et l’Atlantique, très faiblement en Méditerranée ; c’est le phénomène des marées. Pendant environ six heures, une partie du littoral se découvre ; ce retrait est appelé jusant, descendante ou reflux. Après l’étale de basse mer, appelée aussi renverse, qui dure environ vingt minutes, l’estran se recouvre progressivement, ce phénomène est appelé flux ou flot. Puis survient l’étale de pleine mer, et le phénomène recommence. Il y a donc deux marées par jour, et comme le jour lunaire dure vingt-quatre heures et cinquante minutes, les heures des marées sont décalées un jour sur l’autre d’environ cinquante minutes. Lors de la pleine lune ou de la nouvelle lune, la Lune et le Soleil sont alignés, l’attraction est alors plus forte, la mer monte plus haut et descend plus bas : ce sont les grandes marées, appelées aussi marées de vives-eaux. Quand les actions se contrarient, aux premiers et derniers quartiers de lune, les dénivellations sont moins fortes, ce sont les marées de mortes-eaux. Les marées d’équinoxe ont lieu deux fois dans l’année, au printemps et à l’automne, lorsque le Soleil est dans le plan de l’équateur terrestre.
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L’annuaire des marées Les coefficients des marées s’expriment entre 20 et 120. Ce chiffre correspond à l’importance du marnage (la différence de hauteur d’eau entre la marée basse et la marée haute). Entre 20 et 45, la marée correspond à la période de morte-eau, entre 45 et 95, c’est une marée moyenne, et entre 95 et 120, on chausse les bottes car ce sont les marées de vives-eaux ! Pour une découverte de l’estran, il est important d’être vigilant sur les horaires de la marée basse. Choisissez d’être plutôt sur la descendante ; et à l’étale de marée basse, commencez à remonter.
L’hydrodynamisme L’estran désigne l’espace compris entre les niveaux de pleine mer et de basse mer. Si le facteur écologique dominant est la marée, l’exposition de l’estran est elle aussi importante. Les courants et les vagues constituent des forces hydrodynamiques influant sur la répartition, verticale et horizontale, des espèces. Les littoraux avancés dans la mer (pointes, caps…) et les sites ouverts sur le large subissent les actions les plus importantes de la houle ; ce sont les estrans battus. À l’inverse, les fonds de baies, les anses, les plages protégées… représentent les estrans abrités.
La salinité Ce facteur peut être amené à varier énormément en fonction du niveau de la marée et des saisons. Lors de fortes pluies, l’apport d’eau douce est important. Toutes les espèces n’ont pas la capacité de résister au choc osmotique subi. Inversement, le soleil peut, par évaporation, augmenter la teneur en sel. C’est souvent le cas l’été dans les petites flaques du haut de l’estran. 7
Bittium réticulé Bittium reticulatum Autres noms : cérithe réticulé, petit cérithe.
M
La coquille effilée de ce petit gastéropode est très souvent observée lors d’une exploration de la laisse de mer. Noms anglais
Needle whelk, small needle whelk.
Ceux-ci sont à l’origine du qualificatif « réticulé ». Il est herbivore et détritivore.
Famille
Taille
Cérithiidés.
La taille maximale du bittium réticulé est de 15 mm de long.
Répartition
Reproduction
Le bittium réticulé est présent en mer du Nord, en Manche, le long de la côte atlantique et en Méditerranée.
Lors de la reproduction, les mâles émettent du sperme dans l’eau. Les femelles vont le filtrer. Elles produisent alors plusieurs centaines de capsules, contenant elles-mêmes près d’un millier d’œufs.
Habitat Cette espèce affectionne les herbiers de zostères, les algues et les milieux rocheux.
Usage et anecdote
Abondance
Échoués souvent en grande quantité sur les plages, ces petits gastéropodes sont ramassés pour la réalisation d’objets en coquillage.
Le bittium réticulé est une espèce très commune.
Portrait
Espèces proches
Le bittium réticulé est de couleur brune, plus ou moins foncée, qui peut tendre vers le brun-orange dans la laisse de mer. La coquille est effilée et forme un cône pointu. L’opercule, ouverture de la coquille, est ovale, et les bords sont légèrement dentelés. La coquille est composée d’environ neuf tours spiralés bien marqués. Chaque tour est couvert de petits tubercules saillants bien réguliers, appelés nodules.
Il existe de nombreuses confusions possibles : il ressemble beaucoup au Bittium latreillii, qui est plus petit (8 mm) et légèrement plus large. Le bittium réticulé peut aussi être confondu avec Cerithiopsis tubercularis, mais il s’en différencie au nombre de rangées de petits tubercules sur les derniers tours : quatre pour le bittium réticulé, trois pour Cerithiopsis tubercularis. 58
Hippocampe moucheté Hippocampus guttulatus
Autres noms : hippocampe à long bec, cheval marin, hippocampe à ramules.
V
L’immobilité et le camouflage de l’hippocampe moucheté lui assurent une grande discrétion, alors pour le découvrir, ouvrez l’œil ! Noms anglais
de couleur brun foncé à jaune, moucheté de petits points blancs. Il est capable de changer de couleur en quelques minutes afin d’être le plus mimétique possible avec le milieu. Tentez de mimer la bouche d’un hippocampe, et vous comprendrez très vite comment se nourrit ce poisson : grâce à sa bouche en forme de tube, il aspire de petites proies composées de zooplancton, de petits crustacés, etc. L’hippocampe moucheté se déplace lentement, en agitant sa nageoire dorsale et en utilisant ses nageoires pectorales comme stabilisateur. Il vit le plus souvent fixé aux végétaux. Ses yeux sont mobiles, indépendants l’un de l’autre.
Seahorse, long-snouted seahorse.
Famille Syngnathidés.
Répartition Cette espèce est présente en mer du Nord, en Manche, en Atlantique et en Méditerranée.
Habitat L’hippocampe moucheté vit surtout dans les fonds meubles en milieu abrité. Il s’accroche aux feuilles des zostères ou des posidonies, aux algues ou à divers débris grâce à sa queue préhensile.
Taille
Abondance
L’hippocampe moucheté mesure entre 12 et 16 cm.
L’espèce est en voie de raréfaction, mais il y a une prise de conscience sur la nécessité de la protéger.
Reproduction Elle commence par une longue parade. Le mâle prend des couleurs brillantes, et accroché à la femelle par la queue, ils entament une danse. La femelle introduit ses œufs dans une poche incubatrice positionnée sur le ventre du mâle. Après fécondation, l’incubation dure entre trois et quatre semaines. Les jeunes
Portrait L’hippocampe moucheté tient son nom de la forme de sa tête qui rappelle celle d’un cheval. Comprimée latéralement, elle porte une sorte de crinière, composée très souvent de filaments dermiques. C’est un poisson sans écailles, au corps cuirassé, 80
individus sont ensuite expulsés par de fortes contractions. C’est la seule famille, dans le règne animal, où ce sont les mâles qui accouchent. Les hippocampes seraient des animaux fidèles.
des photos et à participer au programme Hippo-ATLAS de l’association Peau bleue, enquête participative collectant les photos et les observations de Syngnathidés (hippocampes et poissons aiguilles).
Usage et anecdote
Espèces proches
Dans la mythologie, les hippocampes étaient les animaux à tête de cheval et queue de poisson qui formaient l’attelage du char de Neptune. Les hippocampes sont pêchés pour l’aquariophilie, mais surtout pour leurs vertus aphrodisiaques et thérapeutiques en médecine chinoise. Leur pêche est importante. Des mesures de protection sont progressivement mises en place ; ils sont sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Contribuez à leur protection : lors d’observations, n’hésitez pas à faire
Il existe une petite cinquantaine d’espèces d’hippocampes dans le monde. En France métropolitaine, l’hippocampe à nez court, ou hippocampe commun, Hippocampus hippocampus, est l’espèce la plus proche de l’hippocampe moucheté. Si, pour les juvéniles, il n’est pas facile de les distinguer, pour les adultes, il existe plusieurs critères : l’hippocampe à nez court, comme son nom l’indique, a un museau tubulaire court. Sa peau n’est pas mouchetée de blanc et, sauf en Méditerranée, il ne possède pas de filaments dermiques.
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